L’été est un moment merveilleux pour rattraper son retard.

Qu’il s’agisse de lectures abandonnées et reprises à l’occasion d’un jour brûlant, ou d’un bricolage toujours remis à demain enfin achevé, pour certains, c’est l’occasion de voir les blockbusters qu’ils avaient loupés. Ainsi, pour ma part, c’est à la fois l’occasion de me pencher sur les CVs de lectrices en attente, mais aussi sur les plus grandes œuvres de ces derniers mois, à commencer par l’un d’entre eux : Noah. Ou Noé, dans la langue de Molière et de Patrick Sébastien.

Puisque oui : quitte à adapter n’importe quel best seller au cinéma (non, je ne pense pas que j’irai pas voir 50 Shades of Grey, je pense que c’est au-delà de Twilight et de ce qu’un être humain peut supporter), pourquoi ne pas adapter la Bible ? Après tout, ce n’est pas plus bête qu’adapter un Marvel : des héros en pagaille, des super-pouvoirs à foison, des gens qui meurent et ressuscitent dans la foulée pour ne pas décevoir les fans, et bien sûr, des incohérences grosses comme des dinosaures.

Bref ! Il fait chaud, c’est l’été et votre ordinateur fait office de radiateur à côté de votre chaise dégoulinante de sueur, aussi soyons brefs et passons au cœur du sujet : Noah, bateau qui flotte ou étron qui coule ?

Ni une, ni deux, spoilons mes bons !

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L’affiche. Pas une seule explosion ! Voilà qui annonce un film de qualit… attendez, attendez, je crois que le titre suffit à lui seul à annoncer un déluge fécal.

Notre film commence… par un Powerpoint.

Oui, c’est rude. Si quelqu’un a une autre explication quant à cet enchaînement de diapositives digne d’une réunion de la COGIP, je veux bien qu’il m’explique. C’est donc avec une police de caractère immonde et dorée entrecoupée de brèves scènes bruitées à l’aide d’une base de sons gratuits trouvée sur internet (non vraiment, les gens qui ont vu ce film au cinéma ont dû se demander où ils étaient) que l’on rappelle au spectateur quelques étapes importantes du début des temps selon les grandes religions monothéistes.

Au commencement, il n’y avait rien, ce qui était tout de même un peu nul pour s’occuper le dimanche, qui lui-même, n’existait pas soit dit en passant. Ensuite, Dieu créa tout un tas de trucs, dont la Terre, les étoiles et la moutarde à l’ancienne. Puis, Adam et Eve, suite à un pique-nique ayant dégénéré, furent chassés du jardin d’Eden et envoyés sur Terre, comme ça, ça leur ferait les pieds. Ils eurent trois fils : Caïn, Abel et Jean-Jacques. Cain tua Abel lors d’une rixe autour d’une partie de pogs (c’était le début des temps, c’est loin tout ça), puis s’enfuit vers l’Est lointain, où il rencontra des anges déchus, qui comme ils étaient sympas lui proposèrent… de l’aider à fonder une civilisation industrielle ainsi que l’éditeur White Wolf.

Chut. On se concentre et on oublie ce que vous a dit la Madame du catéchisme. Je continue.

Donc disais-je, ne me demandez pas pourquoi mais les anges déchus avaient apparemment très envie de voir naître une civilisation industrielle, probablement à cause d’un goût prononcé pour le steam-punk qui est prétexte à tous les corsets comme chacun sait. Sauf que les cités des descendants de Caïn se multiplièrent. Ne me demandez pas comment, Caïn s’est probablement reproduit en faisant sensuellement l’amour à des ragondins, puisqu’aux dernières nouvelles, ils étaient trois frères et c’est tout et le film n’en dit rien. Bref, zoophilie ou non, les cités de Caïn disais-je, grandirent au point de couvrir toute la surface de la terre et d’en épuiser l’ensemble des ressources et en faire un vaste désert.

Ne restèrent alors plus que les descendants de Jean-Jacques pour protéger la Création…

Et le film (à la fois pré et post-apocalyptique, du coup) débute donc lorsque Noé enfant, dernier descendant de Jean-Jacques, s’apprête à passer le rituel avec son papounet pour devenir un homme. Que dites-vous ? Un seul descendant pour Jean-Jacques là où il y a eu assez de gens par générations chez Caïn pour couvrir la Terre ? Oui, je pense qu’il y en a un qui s’est gardé pour lui le secret des ragondins. Mais bref ! Le dernier des Jean-Jacques est donc avec son papa dans un coin rocailleux, lorsque Papa Noé s’enroule autour du bras une relique : la mue du serpent du jardin d’Eden. Elle se met à briller et pour achever le rituel de passage à l’âge adulte, Papa Noé doit toucher son fils avec, mais au moment où il va le faire, toute une armée accompagnée d’anges déchus (qui sont de gros golems de pierre, pour faire simple) apparaît à 20 mètres de nos héros qui, non, ne les avaient pas remarqués.

C’est ballot. Ils avaient sûrement mis des patins.

A la tête de cette vilaine armée de descendants de Caïn : Tubal (aussi appelé "Tuduku" par ses amis). Celui-ci est bien évidemment très méchant et avide, et il explique à Papa Noé que ça suffit les conneries, la Création, Dieu, tout ça… après tout, dans les villes, on meurt de faim et de soif par manque de ressources et le Créateur n’a rien fait. Tubal donne donc une grosse mandale à Papa Noé en lui expliquant qu’au nom de son peuple et de l’humanité, il prendra tout ce dont il a besoin pour survivre. Il se saisit donc de la relique du serpent du jardin d’Eden, qu’il fait sienne, puis… bute Papa Noé, histoire qu’il arrête ses sermons écolos.

Noé, qui s’est caché, voit donc son père mourir sous ses yeux des mains de Tubal.

Un début de film d’une folle originalité, donc, nous en conviendrons.

Au passage, j’en profite : Tubal explique que ce coin où vivaient les derniers descendants de Jean-Jacques a un sol riche en pierres jaunes magiques qui explosent, une ressource bien connue sur Terre, et que sa civilisation exploite. Appelons cette matière le "Broufanium", puisque "Brouf" est le bruit qu’elle fait quand on la tape et qu’elle explose, permettant ainsi de dégager chaleur et énergie. Non, moi non plus, je ne comprends pas bien ce que ça vient faire dans ce film. J’imagine qu’un scénariste s’est dit que ce serait rigolo de rajouter des trucs. Sa première idée, les sabres lasers, ayant été refusée, il s’est rabattu là-dessus. Pourquoi pas.

Cela étant dit, bondissons dans le temps et allons retrouver bien des années plus tard le jeune Noé qui est désormais devenu un Noé d’âge mûr, un Noé poilu, bref, une sorte de Russel Crowe. Celui-ci vit toujours dans les coins désolés qu’offre désormais la Terre, et fouille le sol désolé à la recherche de nourriture avec ses enfants Sem & Cham lorsque soudain tombe du ciel une goutte d’eau. Et à la seconde où celle-ci touche le sol… pousse une fleur.

Brouf

Ici, Tubal étudie le sol à la recherche de Broufanium. Rappelons que le Broufanium n’a strictement aucun intérêt dans l’histoire, c’est juste comme ça.

Noé sourcille un peu : ce n’est pas banal. Il se demande, si c’est si facile de faire pousser une fleur, si le mec de Jardiland ne l’aurait pas un peu entubé l’autre jour, mais alors qu’il en est tout à ses réflexions, un des derniers animaux de la planète, une sorte de croisement entre un chien et un tatou – pourquoi l’équipe du film a-t-elle dépensé du budget à inventer un animal sans aucune raison, je n’en sais rien – passe devant lui en couinant, blessé. Noé part donc à sa poursuite, car s’il protège la Création toute entière (seul contre tout le reste de l’humanité, rappelons-le), il doit aider les animaux, tous les animaux. Ainsi, même la mouche affamée sait que, comme le spectateur averti, si elle va voir Noé, elle trouvera du caca à volonté. C’est beau l’entraide. En tout cas la bête, qui a été blessée par une flèche, s’arrête au pied d’un rocher et notre héros va l’aider. L’animal, qui a probablement lu le script, n’essaie pas de lui arracher la main et se contente de laisser Noé le triturer avant de mourir parce que bon, c’était un peu tard. Tant pis.

"Hé, vazy bâtard, qu’esse tu fais à not’ miam ?" s’enquiert soudain un brigand derrière Noé.

Le brigand en question est venu accompagné de deux amis, et puisque la nourriture manque, il ne souhaite pas partager la proie qu’il vient de chasser avec Noé le clodo. Il décide donc de le passer à tabac, ce qui est une grosse erreur, car Noé reste avant tout Russel Crowe, qui mouline donc la gueule des margoulins avec aisance, les tuant tous sans distinction. Scène coupée au montage, l’un des brigands qui agonise pose cette question qui brûle les lèvres des spectateurs :

"Ah… Noé… tu es fort… très fort… mais dis-moi, sachant que ton père est mort et que tu vis en ermite, comment as-tu appris à te battre ?
- Je me suis entraîné avec des cailloux. Une fois, j’ai même battu un silex au catch.
- Ho… tout s’explique alors… ce n’est pas du tout incohérent.
- Hé non. Allez, meurs !"

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Pfou ! Un animal mort, trois brigands meulés et une fleur tombée du ciel, allez, la journée a été longue : Noé décide de rentrer à la maison. Car oui, Noé a une maison. Enfin ! Nulle structure en dur : en réalité, lui et sa famille (il a aussi une femme, Naameh, comme dans la phrase "Naameh t’as fini de raconter des conneries ?" et un nouveau-né, Japhet comme dans "Japhet un autre jeu de mot pourri ou ça ira ?") vivent dans des tentes et errent sur la Terre désolée comme de vulgaires clodos à la rechercher d’un Monoprix devant lequel s’installer. Après avoir embrassé femme & enfants, Noé va donc se coucher histoire de se remettre des événements de la journée.

Mais dans ses songes, il a une vision.

Le sol de cendres du monde ravagé dans lequel il erre au quotidien lui colle aux pieds comme de la boue : en réalité, la cendre est devenue sang. Et alors qu’il est encore tout éberlué, voilà qu’il se retrouve sous l’eau. Le monde est recouvert d’eau, et des cadavres montent du fond tout autour de lui en poussant de grands hurlements.

Noé se réveille donc tout en sueur aux côtés de Naameh.

"Chéri ? Qu’est-ce qui ne va pas ? Tu digères mal ton bouillon de racines ?
- Non, Naameh. J’ai eu… une vision. Un rêve… de l’eau… de l’eau partout… des gens tout autour de moi.
- Oui ça s’appelle un rêve humide mon choubidou. Moi aussi j’en fais souvent un, on est au Macumba avec tous ces gens autour de moi et soudain, il y a cet énorme videur qui me…
- Non, non, vraiment humide, genre beaucoup, beaucoup d’eau. Le créateur m’a parlé. Il m’a envoyé une vision. Il va… détruire le monde tel que nous le connaissons.
- Tu es sûr ? Peut-être qu’il voulait juste te prévenir qu’il allait pleuvoir et qu’il fallait rentrer le barbecue."

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Mais non, Noé est sûr de son coup : Dieu est en colère et il va nettoyer la Création. Dans son rêve, il a aussi vu une montagne, et il pense que des réponses sont là-bas. Tout le monde prend donc son petit sac à dos et la famille après avoir démonté le camp part à l’aventure en suivant Noé qui doit savoir ce qu’il fait, après tout, il a eu un rêve et en a déduit des trucs sur l’avenir de l’humanité, il ne faudrait surtout pas le remettre en question, les élucubrations oniriques, c’est tout ce qu’il y a de plus crédible. Comme la fois où Noé les avait obligé à se mettre des pneus autour du cou car il avait vu en rêve que c’était le seul moyen d’invoquer Salma Hayek, halala, ils avaient passé six mois comme ça mais il avait fini par être raisonnable. La famille  traverse donc des paysages dévastés pour rappeler que la Terre est dans un sale état : forêts de souches calcinées, plaines aux étangs empoisonnés, ruines de villes, villages et d’exploitations minières… et c’est en traversant l’une d’entre elles que soudain, tout le monde entend gémir.

Une caravane de malheureux a été attaquée ici, et il y a une jeune survivante, Ila (ça a dû être dur à porter à l’école), qui a une blessure au bidou. Heureusement, Naameh connaît bien les remèdes magiques (qui lui a enseigné ? Mystère) et guérit la pauvresse avant de l’emmener. Sauf que voilà : les fripons qui avaient attaqué la caravane n’étaient pas loin, et voyant un nouveau groupe de survivants errer dans les décombres, ils passent à l’attaque. Noé, sa petite famille et la blessée qu’ils transportent cavalcadent donc dans la direction opposée, mais las ! Voilà qu’ils tombent nez-à-nez avec une sorte de frontière dessinée avec des piques et des crânes délimitant un désert encore plus calciné que le reste de la planète. Tant pis, il faut y aller !

Tout le monde s’élance donc à fond les ballons dans la zone dangereuse, quand soudain, un gros tas de pierres s’anime… un ange déchu ! Et s’il fait fuir les brigands, il n’en colle pas moins un gros pain dans la margoulette de Noé, qui tombe inconscient.

A son réveil, Noé et sa famille sont dans un ravin sans issue, et entourés d’anges déchus qui discutent de leur sort. Noé, qui malgré son gros pain de plusieurs tonnes de roches dans la tronche, a le visage impeccable puisque ce film est cohérent à tout point de vue, essaie de les raisonner.

"Anges déchus ! Nous ne vous voulons aucun mal, nous traversons juste vos terres pour nous rendre à la montagne où vit mon grand-père, Mathusalem.
- Un descendant de Mathusalem ? Voilà qui ‘est intéressant. Mais tu es un homme, et les humains nous ont trahi comme ils ont trahis le Créateur ! 
- Non mais attendez, c’est justement votre ancien boss Dieu qui nous envoie.
- Ho l’autre, le vieux bluff ! Restez ici à pourrir, tiens."

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Et les anges abandonnent Noé et sa famille dans le trou en plein cagnard. Flûte !

Notez : les anges déchus croient moins en Dieu que la famille de Noé. Comme quoi.

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Pour bien dire qu’il est gentil, l’un des anges a tout le temps une tête de type qui vient de renverser un lapin kikinou. Là où les autres sont borgnes avec des sourcils de pierre froncés en permanence. Et des voix de méchants, bien sûr.

Abandonnés, désespérés, nos héros sont cependant surpris au beau milieu de la nuit par un ange déchu qui a une tronche de gentil comparé aux autres histoire que le spectateur comprenne bien qu’il ne va pas les transformer en kebab. Celui-ci ordonne à l’équipe de le suivre, et il les aide à s’enfuir du lieu de leur détention, avant de les guider au travers du désert de cendres. Il en profite au passage pour raconter l’histoire des anges déchus. Au commencement des temps, ils étaient faits de lumière et veillaient sur Adam et Eve, même si certains auraient pu parler de "mater comme des cochonous". Lorsque le couple d’humains fut chassé du jardin d’Eden, certains anges désobéirent et filèrent sur Terre pour les guider, aider leur fils Caïn a monter une civilisation qui dépote, etc. Mais Dieu n’ayant guère apprécié cet abandon de poste résilia leur CDI et en plus les changea en pierre, mais ça, c’est principalement parce que ça le faisait marrer.

L’ange explique aussi, lors d’une scène ridicule de flashback, que les fils de Caïn se sont retournés contre eux quand ils n’ont plus eu besoin d’eux (ils se sont dit "Tiens, si on se lançait dans une guerre inutile contre nos alliés géants super forts juste comme ça sans explication ?") et ont commencé à leur tataner la face. On voit donc une armée qui couvre tout à peu près jusqu’à l’horizon (c’est très subtil, ce film est décidément fantastique à tout point de vue) courser les anges déchus, et soudain arriver le dernier allié des golems, Mathusalem, qui s’est trouvé une armure on ne sait où, et surtout, une épée de feu probablement trouvé sous une ortie. Et lorsqu’il la plante dans le sol, puisqu’il est seul contre environ 17 milliards de guerriers, une tempête de feu tue toute l’armée ennemie. C’est ça, le sol tout calciné dans le coin : c’est le champ de bataille.

C’est bête qu’avec une telle puissance, Mathusalem n’ait pas pensé à guider l’humanité plutôt qu’à se contenter de cramer des gens, comme ça, pouf, avant de retourner ne rien faire.

Mais bon, hein, c’est vrai que "Protéger la Création" se limite sûrement à tuer des gens à des moments précis.

Allez, on s’essuie les yeux et on poursuit.

En tout cas, le récit est certes fascinant, mais il n’en est pas moins qu’ainsi guidés et escortés, nos héros arrivent promptement au pied de la dernière montagne verte de la Terre, où vit Mathusalem, grand-père de Noé. Nono emmène donc son aîné Cham avec lui et tous deux grimpent sur la montagne jusqu’à arriver dans une grotte au fond de laquelle vit un vieillard encore vif : Mathusalem.

"Aaaah, ben c’est gentil de venir rendre visite à Papy ! Avec la canicule, ça fait plaisir.
- Bonjour Mathusalem. Je te présente mon fils aîné : Cham. 
- Hooo ben viens t’asseoir à côté de ton grand-Papy. Alors, qu’est-ce que tu racontes ? Ça va l’école ? Tu as une copine ? Tu t’amuses bien avec tes amis ?
- Tout le monde est mort, Papy.
- Ah oui, tiens, c’est vrai ça. Bon, sinon, qu’est-ce que tu aimes dans la vie ?
- Les baies.
- Hm, c’est vrai que c’est bon, les baies ! Mais tu dois être fatigué de ton long voyage ? Laisse-moi te faire la prise de Monsieur Spock.
- La ? Mais qu’est-ce que… zzzzzzzzzzzz…"

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Et en effet : d’une simple imposition du pouce sur le front de Cham, celui-ci s’endort profondément. Autant vous dire que derrière, quand Mathusalem sert un thé à Noé pour discuter en paix, notre héros regarde le breuvage si fort qu’on l’entend presque penser "La vache ! Je suis sûr que le vieux avait du GHB sur le pouce pour faire ce coup là !". En tout cas, Mathusalem explique à Noé qu’il sait pourquoi il vient : son propre père lui avait dit qu’un jour, cela arriverait car Dieu voudrait arrêter les humains et leurs conneries s’ils continuaient. Noé explique donc que c’est bien ce pourquoi il vient, mais qu’il n’y a plus aucune chance d’arrêter le processus : Dieu va noyer la Création.

Notons que Dieu est joueur : il a attendu que l’humanité s’anéantisse elle-même dans sa propre apocalypse pour l’anéantir à son tour. C’est vrai que c’est très utile, puisque techniquement, ça veut dire que le bougre n’intervient que lorsqu’il est déjà trop tard. Utile.

Noé n’avait cependant peut-être pas tort de se méfier du thé de Papy : Mathusalem lui explique que Dieu l’a envoyé ici pour une raison… peut-être pour trouver plus de réponses dans ses visions ? Ce pourquoi Papy a mis a peu près 35 moles de benzodiazépine dans son thé, ce qui explose les pupilles de Noé qui à nouveau, a une vision. Il se retrouve encore une fois sous l’eau, entouré de cadavres, sauf que cette fois, des animaux jaillissent d’entre eux et nagent vers la surface, où flotte un énorme navire à fond plat…

Et Noé ouvre les yeux

Il partage donc ce qu’il a vu avec Mathusalem.

"Mathusalem, Dieu va rayer l’humanité de la carte. Mais aussi sauver les animaux, qui sont tous innocents et gentils.
- Même les chats et les caniches nains ?
- Mmmgn… mmmm…. mgnnnnn… même chats et les les caniches nains. La vache, ça pique la langue rien qu’à le dire.
- Très bien. Et quel est le plan du Créateur ?
- Il veut tout effacer et tout recommencer. Il me confie une mission. Construire une arche pour sauver les animaux et ainsi recommencer le monde après le déluge.
- Une arche ? Toi ? On parle bien du mec qui a vécu toute sa vie sur une planète dévastée à gratter le sol pour sucer des cailloux et n’a donc jamais vu la mer ou le moindre bout de bois correct ?
- C’est ça.
- Ah ben, ça va être pratique alors. Si tu arrives à faire un radeau et à sauver deux chèvres, ça sera déjà bien.
- Et encore Papy, tu n’as pas vu le bateau de ma vision : on dirait une sorte de croisement entre une péniche et l’USS Yorktown CS-5. Je pense que Dieu veut se faire un revival de la bataille de Midway."

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Pour avoir une idée : voici l’arche. Moi, j’y vois un porte avion. Pour d’autres, c’est un vieux quai. Mais en tout cas, pour personne, ce n’est un bateau crédible.

Noé retourne donc au pied de la montagne expliquer à sa famille ce qu’il en est de sa nouvelle mission (qui là encore, lui dit "Okay, très bien" sans souci), et il en profite pour emporter avec un lui cadeau de Mathusalem, à savoir une graine du jardin d’Eden, qu’il s’empresse donc de planter dans la cendre histoire de voir si comme pour les patates, ça donne un résultat intéressant. Et en effet, dès le lendemain, alors que des anges déchus les ont retrouvés et sont en train d’engueuler leur frère qui avait guidé les humains loin de leur prison du désert, là où il y avait la graine jaillit… de l’eau (juste avant qu’un ange déchu ne tabasse Noé et ne s’arrête donc net ; Dieu a un grand sens de la mise en scène hollywoodienne). Qui ruisselle sur la cendre dans toutes les directions, et de l’herbe se met à pousser, puis des arbres à toute vitesse puis l’eau s’étend dans toutes les directions en ruisseaux glougloutants  et Noé ainsi que les anges déchus se retrouvent bientôt au milieu d’une merveilleuse et verdoyante forêt.

C’est bête quand même : depuis des plombes, Mathusalem avait avec lui une graine capable de sauver toute la Création (sa mission, je le rappelle), mais il a oublié de l’utiliser. C’est ballot.

Encore une fois, scénariste, n’oublie pas la règle de base : si tu donnes à un personnage un grand pouvoir, il serait bien con de ne pas s’en servir.

Mais visiblement, on t’a filé une bien grande responsabilité, et tu as été trop con pour la porter.

En tout cas, cela suffit à convaincre les anges déchus d’aider Noé dans sa tâche, puisqu’une pareille magie ne peut être qu’acte du Créateur et non de Gérard Majax. Et comme les anges déchus, abandonnés par les hommes, regrettent leurs erreurs et veulent à nouveau servir Dieu, ils s’empressent de l’aider à monter l’arche, pusqu’il s’avère qu’ils sont tous un BTS charpenterie et que l’un d’entre eux a même fait un stage au chantier naval de Saint-Nazaire en 3e.

Il n’empêche, niveau miracles, c’est moyen : les mecs ont besoin d’une arche, Dieu leur envoie une forêt. L’arche, directement, aurait- peut-être été vaguement plus pratique, mais bon, hein. Dieu, c’est un peu la version céleste des édition Delprado. Le numéro 1, le plan de l’arche, le DVD et l’écoutille ouest, 1€, le numéro suivant est à 12€. Scandaleux.

Les années passent et la construction de l’arche, aidée par les anges déchus et le bullshit biblico-scénaristique progresse à toute allure. Les enfants ont grandi, et la réfugiée qui avait mal au ventrou, Ila, est devenue Emma Watson pour le plus grand plaisir des nerds et de Cham, qui aime courir avec elle dans la forêt pour lui faire des bisous. Mais dès que Cham, qui est un peu chaud comme la braise, envisage un passage dans lequel on se met des trucs dans les machins, Ila refuse catégoriquement.

Car Ila, qui a sûrement passé son diplôme de médecine à l’école des noisettes et fabriqué de quoi se faire passer une échographie seule à partir d’un bâton, d’un écureuil et de 15 mètres de liane, sait que depuis sa blessure au bidou elle ne pourra pas donner d’enfant. Alors, à quoi bon baisouiller si ce n’est pour se reproduire ?

Je laisse à chacun le soin de choisir une réponse parmi les plusieurs millions de possible. Ila, elle, ne trouve pas. Vous pouvez être sûr qu’au Trivial Pursuit, je ne la prendrai pas dans mon équipe. Enfin, dans tous les cas Ila va pleurer auprès de Naameh de son triste sort, et celle-ci lui dit de ne pas trop s’inquiéter, et puis que bon, Dieu a tout cela bien en main. Pour ma part, j’espère que Cham aussi parce que sinon, le garçon est parti pour avoir de sérieuses douleurs testiculaires.

Blagues grivoises mises à part, sur ces entrefaites, un oiseau apparaît au-dessus de la forêt. Puis deux. Puis douze. Puis cent cinquante mille.

"On va se faire bombarder de merdes !" devraient hurler nos héros en rentrant immédiatement la Punto fraîchement lavée au garage, mais nenni. Les oiseaux trouvent leur chemin dans l’arche, et figurez-vous que non seulement il y a de la place pour tout le monde, mais ils ont même des couchettes. Des couchettes avec des rideaux. Non, je n’invente pas : c’est juste dramatiquement nul. J’imagine bien l’urgence qu’il y avait à aménager cela. Et comme pour les voyages en avion, Naameh a tout prévu : elle a inventé la seule décoction de la terre qui envoie des émanations qui endorment tous les animaux de la Terre sauf les humains. Les enfants de Noé passent donc près des couchettes avec de simili-encensoirs et endorment donc tous les volatiles qui vont probablement se réveiller avec de sérieuses courbatures.

Hélas, cette intervention divine à base d’oiseaux n’est pas suffisante pour nous faire quitter les sujets slipesques puisque bien vite, le second fils de Noé, Sem, vient poser des questions.

"Papa…
- Oui mon fils ?
- Papa, comment… comment on fait les bébés ?
- Tu sais comment on fait une connerie ?
- Par accident ?
- Bah voilà t’as tout compris. Allez, dégage, je bosse."

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Mais malgré le rude langage de son père, Sem insiste un peu.

"Papa, pourquoi il n’y a que Cham qui a une meuf ?
- C’est ainsi.
- Oui mais s’il y a le déluge… alors il sera le seul à avoir une femme ! Et moi alors ?
- Si le Créateur veut que tu aies une femme, il t’en fournira une. Vois comme il nous a donné une forêt ! Vois comme il a guidé les oiseaux !"

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Pour les commentaires sexistes, pas besoin de se forcer : le film fait tout. Oui, toi, femme, tu ne le sais pas, mais tu es en fait juste un accessoire que Dieu envoie à droite ou à gauche en fonction de ses commandes Amazon. Et donc, quand quelqu’un agit bien, en récompense, Dieu lui file une nana. Et s’il agit mal, Dieu lui en file deux.

Ou un truc du genre. Rah, je m’y perds, avec ce film.

Je ne comprends même pas comment qui que ce soit a pu lire le scénario de cette daube passé la première page. C’est fou, quand même.

Peu de temps après cette conversation, d’autres animaux arrivent, là encore, en groupe : les reptiles. Et ils vont tous à la même vitesse. Le film ne nous parlera pas du groupe d’animaux qui comprenait l’escargot, qui a dû en chier pour arriver jusqu’à l’arche, ou encore du sauvetage du manchot, qui a dû avoir quelques difficultés à rejoindre cette forêt luxuriante et quasi-tropicale. Enfin bon, hein. On va dire qu’ils ont pris un taxi. En tout cas, l’arche se remplit peu à peu, et à chaque fois, les animaux sont endormis grâce aux pouvoirs mystérieux des préparations de Naameh, qui j’insiste, font dormir jusqu’aux éléphants, mais pas les gentils humains. Soit.

Sauf qu’un jour que Sem se promène dans les bois, il tombe soudain sur un groupe armé… mené par le terrible Tubal !

Celui-ci se présente comme le roi de la région, et il estime donc que cette forêt lui appartient. Il se fait guider jusqu’au camp de Noé par Sem, et sur place, demande ce que c’est que cette curieuse place forte au milieu des bois qui devrait lui revenir de droit. Mais Noé ne l’entend pas ainsi : il se présente donc à son tour comme le descendant de Jean-Jacques de la "huitième génération" (vu qu’entre temps les humains de Caïn ont peuplé la Terre et ont eu le temps de la détruire en plus d’être en surpopulation, ils sont rapides les pépères, même les lapins doivent être jaloux ; avant le déluge, Dieu aurait juste dû envoyer la myxomatose), et informe donc Tubal que oui, il a tué son père et qu’il lui en veut un peu. Tubal se propose donc de tuer Noé et de prendre de force cette forteresse qui est en fait une arche aux dires de son constructeur, lorsque ce que Tubal prenait pour des tas de pierre s’anime : les anges déchus sont du côté de Noé !

L’armée de Tubal panique donc un peu et se replie sans même combattre. Mais Tubal jure vengeance, et qu’il reviendra prendre ce qui lui revient. Surtout quand Noé lui dit bien que le Créateur va tout raser bientôt, et que seule l’arche y survivra. Le méchant leader se retire donc dans les bois où, équipé de son masque de soudeur (si, si, ils ont osé), il commence à forger des armes et à essayer de réunir une grande armée on ne sait comment pour aller distribuer des claques aux anges déchus et s’emparer de l’arche.

Forge

Je vous laisse admirer. Ho, vous avez remarqué, aussi, la forge en dur derrière ? Sûrement fabriquée à l’aide de tout ce métal que l’on trouve dans la forêt. Mais si. Siii. Sous les feuilles. Allez !

Ah, si seulement habitait dans le coin un type disposant d’une épée de feu pouvant vaincre une armée en quelques secondes… pfou.

Les derniers animaux arrivent eux jusqu’à l’arche, même si désormais, pour cela, ils doivent traverser le camp des vilains. Du coup, une paire passe à la poêle et ne sera jamais sauvée, probablement que c’est ainsi que le film justifie l’extinction des dinosaures, ainsi que l’absence des licornes, dragons et critiques de cinéma professionnels talentueux de notre monde : Tubal les a mangés.

L’arche remplie, le déluge ne devrait plus tarder. Avant de partir, Noé tente bien de s’infiltrer dans le camp de Tubal, désormais gigantesque, pour voir s’il ne pourrait pas piquer une fille ou deux pour ses fils, mais la mission est un échec et il se replie en voyant que le camp des méchants est vraiment trop plein de méchants qui tuent et violent pour un oui ou pour un non. Devant cet échec à lui ramener de quoi soulager son adolescence bouillonnante, Sem part dans les bois infiltrer le camp à son tour. Et en s’égarant au fond d’une fosse où les gens du camp jettent leurs morts, Sem tombe bien naturellement sur une jeune fille de son âge tout à fait attirante, maquillée et tout ce que vous voulez, puisque c’est connu, les filles adorent se promener dans les fosses communes.

Autre option mon petit Sem : ils l’ont balancée là parce qu’elle contenait plus de MST que le dictionnaire médical.

Mais bon, je m’égare : trop heureux d’avoir trouvée une louloute, Sem la ramènerait bien à la maison. Il tente donc de s’évader avec elle, hélas, c’est au même moment que la pluie commence à tomber. Et donc que l’armée de Tubal sent qu’il faut se dépêcher de se mettre en route pour l’arche ! Tout le monde part donc à l’assaut, et Sem et sa donzelle, fuyant à en perdre haleine, sont soudain arrêtés par un piège que les hommes de Tubal avaient posé dans les bois. La jeune femme, le pied dans le piège, ne peut s’en tirer, et Sem ne doit son salut qu’à son père, parti à sa recherche, qui le tire de ce mauvais pas… mais abandonne la fille derrière lui.

Celle-ci meurt donc piétinée par l’armée des vilains. Ah oui ? Bon.

A peu près au même moment que ces événements, il s’est passé bien des choses ailleurs ! Car Naameh ayant entendu la douleur d’Ila qui ne peut avoir d’enfants file donc sur la montagne magique trouver Mathusalem et lui explique son souci. Mathusalem disposant de supers pouvoirs, il descend donc et au prétexte de chercher des baies au fond des bois, se met sur la route d’Ila. Et d’un simple passage de la main sur la bidou, il la rend fertile comme un champ de betteraves.

Et visiblement, chaude comme un moteur deTwingo sur autoroute car dans la foulée, Ila court sur Cham et lui arrache les vêtements pour lui faire sauvagement l’amour.

Décidément, niveau drogue du viol, Mathusalem en connaissant un rayon. A mon avis, il y en a un, il n’y a pas que son épée qui était enflammée et…

Ah oui, on est au ras des pâquerettes, j’en conviens. Mais je ne sais pas si vous avez remarqué, mais ce film passe son temps à être rythmé par des scènes où les hommes veulent de la nana et les nanas coucher avec leurs hommes (mais pour se reproduire, hein). Plus que le déluge, c’est surtout de bromure que la plupart des protagonistes ont besoin, mais passons.

En tout cas, au final, tout le monde se retrouve du côté de l’arche. Cham et Ila qui ont des sourires idiots, Naameh et Japhet dont plus personne ne se souvenait qu’il existait encore dans le film, Noé et Sem qui lui fait la gueule parce que son père n’a pas sauvé la jeune femme qu’il s’était trouvé… et toute l’armée de Tubal, au pied de l’arche, qui en prendrait bien le contrôle alors que la pluie tombe désormais à seaux. Et entre eux, les anges déchus qui ne tiennent pas à ce que l’on s’approche de l’arche. Et qui tendent entre eux des chaînes pour… pour…

Ah oui, vous ai-je parlé du fait que Noé & co travaillaient avec des outils en métal ? Ils ont même eu le temps de fabriquer des chaînes, vous voyez. C’est dire si, comme l’arche, c’était facile à faire, ils ont décidé de prendre le temps d’ouvrir une mine de fer, de le raffiner, de le forger, etc. Bravo, Noé. Décidément, pour un mec qui vivait en mangeant des racines dans un désert de cailloux, tu sais en faire, des trucs. Sûrement qu’un vieux caillou avait un long passé de forgeron et qu’il a partagé sa sagesse avec toi sous les étoiles. Les cailloux t’ont tant appris.

L’armée de Caïn se retrouve donc avec des anges déchus, géants de pierre qui tendent des chaînes entre eux pour empêcher l’ennemi de passer.  Ce qui est ballot sachant qu’ils forment juste une ligne devant l’arche : il suffit de faire le tour pour passer. Mais ça, évidemment, personne n’y pense à part les spectateurs qui hurlent de douleur devant une bouse pareille et tous les vilains se jettent comme des gros débiles sur les golems, qui leur mettent une raclée. Du moins, jusqu’à ce qu’arrive Tubal en personne, dont la civilisation a inventé l’increvable tôle ondulée dont ils se servent en guise de boucliers, et Tubal, planqué derrière cette protection, utilise du Broufanium dans un tube pour inventer… l’arme à feu ! Bien vite, les projectiles font mal aux géants de pierre, qui l’un après l’autre, reculent et s’effondrent sous les assauts des innombrables humains. Qui les tuent à la lance juste pour dire qu’en fait, ils n’avaient pas besoin du Broufanium pour les vaincre et que c’est un énième ajout ridicule de principe.

Ce faisant, les anges de pierre explosent et découvrent, heureux, qu’en mourant pour Noé, ils reprennent leur forme d’ange de lumière et montent au paradis.

Je vous la traduis : tant que les anges vivaient pour aider les autres, ils pouvaient bien crever comme des merdes, mais maintenant qu’ils tuent des humains pour Dieu, ils ont bien mérité le paradis.

Mmm. Je sens comme une morale subtile derrière tout cela. Je crois que même Al-Qaida a du mal à s’aligner, là.

Boum

On peut aussi la formuler comme ça : "Si tu exploses au milieu de tes ennemis, tu vas au paradis". C’est rigolo, ça me rappelle un truc.

L’explosion de l’un des anges jette Tubal à terre et le blesse à la jambe, mais hardi petit, celui-ci parvient à passer les derniers anges déchus et constate que sur le bord de l’arche, il y a un échafaudage lui permettant de monter le long du navire discrètement, ce qu’il fait. Grand bien lui en prend, car au même moment, Dieu qui s’est dit qu’en fait, avec la pluie, ça allait prendre longtemps cette affaire fait jaillir du sol des geysers d’eau, puis à l’horizon, un tsunami vient tout balayer, y compris Mathusalem qui plutôt qu’aider Noé, continuait à chercher des baies et en trouve une juste avant de mourir balayé par les eaux, tout content de manger avant de mourir.

C’est vraiment, vraiment, vraiment complètement nul.

A l’intérieur de l’arche, Sem, qui avait un peu une tête de traître depuis le début du film entend un bruit bizarre : en moins d’une minute, Tubal a réussi à créer un trou assez gros pour lui au-dessus de la ligne de flottaison et se glisse dans l’arche sous les yeux de Sem. Sem qui l’accueille puisque comme il en veut à son père, les ennemis de son ennemi sont ses amis. Hop, trahison. Sans compter qu’une fois que l’arche est soulevée par les eaux (et oui, elle résiste à un tsunami sans problème, merci, on va parler de miracle) et qu’elle se met à flotter, l’ambiance à bord est un peu pourrie : on entend les hurlements à l’extérieur de derniers humains abrités au sommet de montagnes que croisent nos héros. Et Noé est inflexible : Dieu n’a pas demandé à sauver qui que ce soit, donc il ne prendra personne à bord à part sa famille.

Ila, c’est pas le moment de dire à Cham que tu aimerais le plaquer pour reprendre des études et avoir une carrière.

Pour réchauffer l’atmosphère, Noé allume un feu à l’aide de Broufanium dans la célèbre cheminée de l’arche (tout en fer, en plus, ils ont vraiment dû bien l’exploiter leur mine) et raconte à sa famille une énième fois la création du monde lors d’une séquence où l’équipe du film tente de mêler subtilement divin & évolution. Et il explique que Dieu est surpuissant et le contredire, c’est risquer, je ne sais pas moi, un déluge ? Il précise aussi que voilà, si Dieu n’a pas voulu qu’ils aient de nana en rab’ à bord et que la seule, Ila, n’est pas supposée pouvoir faire d’enfant, c’est que Dieu veut l’extinction de l’espèce.

"Ainsi, Sem, tu enterreras ton aîné Cham près de sa femme Ila. Puis, Japhet, à ton tour, tu enterreras Sem. Et tu seras le dernier homme sur Terre. 
- Et personne ne m’enterrera ? Sympa, merci. Super les copains.
- Allons, ne sois pas aigri. Pas plus que toi, Sem, je sais que tu m’en veux.
- Non, tu as juste laissé crever ma nouvelle copine.
- C’est que Dieu le voulait.
- Ah oui ? Et alors quel est le projet de Dieu pour moi ?
- Allons Sem. Nous sommes dans une arche.
- Et ?
- As-tu vu tous les animaux ?
- Oui, et ?
- Es-tu sûr ?
- Ben oui.
- Alors peux-tu me dire où l’on a rangé les tiques, la gale, les poux et les morbacs ?
- Hein ? Bé c’est vrai que maintenant que tu en parles, je ne me souviens pas de… de… attends ?
- Oui, mon fils : il fallait bien un hôte pour tous les parasites de merde. Dieu t’a choisi ! Tu en as de la chance !
- J’en ai marre ! C’est toujours sur moi que ça tombe ! C’est ça que ça gratte depuis des jours ! J’m’en fous, j’vais dans ma chambre et j’deviens bouddhiste !
- JE T’INTERDIS DE FAIRE CA !"

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Vexé comme un pou (hoho), Sem retourne donc dans un coin de l’arche où personne n’a remarqué que Tubal attendait son heure. Le vieux guerrier bouffe des animaux discrètement (tant pis pour eux ! Adieu, la reproduction !) et les partage avec Sem pour lui faire accepter sa vision de l’humanité : tuer ou être tué. L’important c’est la survie, et l’accomplissement des choses par soi-même, pas les projets de Dieu. Et il compte bien tuer Noé qui est en travers de sa route pour rebâtir un nouveau monde avec cette idée de méchant qui est que l’être humain peut vivre sans Dieu.

Noé ne manque pas d’ennemis à bord, principalement parce qu’il est un peu con. Après ne pas avoir remarqué un type en armure blessé dans un coin de son rafiot, voilà qu’Ila vient lui apprendre qu’elle est miraculeusement enceinte ! Noé en devient tout colère au lieu de se réjouir : il sent que les supers pouvoirs de Mathusalem ont quelque chose à voir avec cela. Il se met donc à gueuler que cela s’oppose au plan de Dieu et qu’Ila risque de permettre à l’humanité de se reproduire au lieu de disparaître. Il annonce donc clairement la couleur :

  • Si l’enfant est un garçon, il vivra.
  • Si l’enfant est une fille, elle mourra puisqu’elle pourrait porter la vie et risquer de repeupler la Terre.

D’accord, donc c’est pour empêcher la présence d’une femme fertile, soit, mais sinon, mec, une femme fertile, tu n’en aurais pas justement une, enceinte, juste en face de toi ? Mais non, Noé n’y pense pas. Il a dû oublier lui-même comment il avait fait plusieurs enfants (et il devait d’ailleurs être le premier de sa lignée puisque le film explique bien que Noé est le dernier de la lignée de Jean-Jacques).  L’annonce étant cependant faite, les mois s’écoulent à bord dans la grosse ambiance que l’on peut imaginer, à jouer au rami en silence. Utilisant du bois venu d’on ne sait où, Cham et Ila bricolent un radeau pour échapper à Noé et sa colère. Mais le jour du lancement, Noé fabrique une grenade au Broufanium et la balance sur le radeau avant qu’ils n’y montent. Le frêle esquif brûle donc et emmène au fond de l’océan toutes les malles qui y étaient entreposées.

Parce que oui, ils avaient des malles tout ce qu’il y a de plus moderne. Mais après tout, quand on rate son film, on peut rater ses accessoires sans souci, n’est-ce pas ? Après l’histoire du masque de soudeur, plus rien ne m’étonne.

Radeau

Le radeau en train de brûler avec ses malles. A noter que sachant que c’était une famille de clodos, je serais curieux de savoir ce qu’il y a à dans les malles en question. Mais sinon, les spectateurs n’auraient sûrement pas compris.

Sauf que toute cette agitation déclenche l’accouchement d’Ila. Et que du coup, le film s’accélère brutalement (il était temps cela dit) : l’arche qui naviguait sans but s’échoue soudain au sommet d’une montagne, Tubal, guéri, décide avec Sem de passer à l’attaque, quant à Cham, après avoir appris qu’Ila avait accouché (en 5 minutes chrono, bravo madame ! Vous êtes une femme toboggan) de non pas une, mais de deux filles, il décide aussi d’aller tuer son père avant qu’il ne tue ses enfants. Quant à Japhet, tout le monde s’en fout, vous l’imaginez bien, puisque vous aussi.

Plutôt que de vous décrire le combat, je vous en donne les éléments : gentil + méchant + lieu quasi-désert + armes qui glissent au sol.

Du jamais vu, n’est-ce pas ? Ça valait le coup de faire presque une heure de film dans l’arche à base de dialogues chiants pour arriver à pareil sommet.

Tubal, qui se révèle être le chef de guerre le plus pourri du monde ("Hohoho, j’attends Noé dans l’ombre avec un couteau et une masse… tiens, si je lui sautais dessus pour lui faire des brûlures indiennes en fait ?") est tellement naze qu’il finit tué par son propre allié, Sem, qui sauve son papounet d’un bon coup de couteau. Cela étant dit, Noé est toujours un peu grognon au sujet des deux filles qu’Ila vient d’avoir, et monte donc sur le pont pour buter les bambins.

Sa femme tente bien de le raisonner d’un "Tu dis toujours que Dieu pourvoit à tous nos besoins : deux de nos fils n’ont pas de femmes et il donne à Ila deux filles !"

Ah ouais. Bonne ambiance. Donc le plan, si je comprends bien, c’est de dire aux deux grands dadets de Sem et Japhet "Voilà vos nièces ! Vous attendez 15-16 ans histoire que ça soit pas trop sale, et vous leur faites des gosses." Non mais on n’est pas chez Christine Boutin, ici ! Pas en famille que diable ! Ou alors, vous allez repeupler la planète avec un tel niveau de consanguinité qu’au bout d’une ou deux générations, elle ressemblera au conseil municipal de Neuilly-sur-Seine. Brrrr.

Noé, en tout cas, est grognon un moment, mais en voyant les enfants, il les trouve trop kikinou et se refuse à les transformer en brochettes.

Le niveau des eaux redescend donc, et peu à peu, des terres fertiles se découvrent. Les animaux partent les repeupler (et tant pis pour ceux qui vivaient aux pôles et doivent faire la route par leurs propres moyens) en prenant soin de ne pas se bouffer entre eux avant de s’être un minimum reproduits (les lions et autres carnivores prennent donc des coupes faim durant quelques années et deviennent anorexiques pour certains, leur ouvrant ainsi une grande carrière dans la mode), la famille de Noé commence à bâtir des maisons, et Noé lui-même va vivre dans une grotte et se saoule la gueule à partir de raisin qu’il a trouvé sur une plage (endroit typique où le raison pousse comme chacun sait). Il peut donc reprendre sa vie de clodo et brailler des chansons paillardes à tue-tête du soir au matin.

Le reste de sa famille fait donc sa petite vie dans son coin. Sem finit cependant par se barrer parce que bon, c’est pas tout ça, mais lui, il est toujours un peu sur la béquille et il en veut toujours à son père. Il abandonne derrière lui la peau de serpent qu’il avait reprise à Tubal. Et quand tout le reste de la famille s’exclame "Allez Noé, reviens, tu as tenté de buter nos enfants mais on t’aime bien quand même !" Noé revient, est accepté par les siens, reprend la fameuse peau de serpent et commence le rituel qui lui, de son temps, avait été interrompu pour confier à ses petites filles la responsabilité, un jour, de prendre soin avec leur descendance de la Création.

Et… FIN !

Attendez, c’était vraiment un film ? Ce n’était pas juste une blague ?

Noéclodo

J’ai failli oublier de vous montrer Noé le clodo dans sa grotte : là, pour vous montrer qu’il boit beaucoup, ils lui ont filé des dizaines de pichets en bois vide au lieu des traditionnelles bouteilles. C’est vrai, on imagine bien Noé se fabriquer un pichet à chaque fois avant de le balancer.

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Si je résume ce que je viens de voir, ce film conte l’histoire d’une bande d’obsédés sexuels qui de dépit et après la plus grande douche froide du monde, décide de s’enfermer avec des animaux loin de tout.

J’envoie immédiatement un mail à la légion étrangère pour plagiat.

Les grandes vacances sont là.

Terminées, les longues heures passées en salle de cours avec ses petits camarades à guetter du coin de l’œil cette horloge dont les aiguilles semblent avancer au ralenti. Finies, les soirées passées à rédiger des études sur les différents champs lexicaux présents dans La Bête Humaine de la page 164 à la page 174. Et pour les bacheliers, que de joie à l’idée de ne plus retourner au lycée et d’entrer dans une vie nouvelle au son d’un djembé qui bat sur une plage où le barbecue est alimenté par des cours de mathématiques qui ne serviront plus.

Mais pour beaucoup, l’été, c’est aussi une période de forte activité : profitant du temps et du peu d’hommes disposés sur nos côtes, les touristes débarquent en France et montent vers la capitale en longues colonnes bariolées, où le Français apprend à reconnaître d’un seul coup d’œil ses voisins. Celui-ci qui porte des chaussettes dans les sandales ? C’est un Allemand bien sûr ! A ne pas confondre avec l’autre, là-bas, qui transporte sur sa caravane plus de vélos qu’il n’a d’enfant : comment ne pas reconnaître un Néerlandais ! Ho, et là, cette flaque de vomi où rampent des êtres inintelligibles ? C’est une colonie d’Anglais en pleine migration ! Comme tout cela est majestueux !

Qu’importe, cependant, car toujours est-il que ces masses étrangères sont là et qu’entre nous et les barbares ne se dresse qu’une seule ligne de défense, mais aussi solide qu’un bataillon de la légion :

Le garçon de café parisien.

Capable à lui seul de donner envie à plus d’étrangers de retourner dans leur pays que toute une fédération du Front National, penchons-nous, aujourd’hui, sur cet être aussi légendaire qu’utile à la civilisation.

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Le garçon de café tel qu’on essaie de vous le vendre. On voit tout de suite que c’est un faux, c’est évident.

Dénomination

Généralement appelé "Garçon !", "Serveur" ou "Serveuse" pour les femelles de l’espèce, les dénominations ne manquent pas pour le garçon de café parisien. Pourtant, et tout comme pour Voldemort dont ils partagent la nature maléfique, on hésite tout de même avant d’employer leur nom et généralement on les interpelle d’un "Hep !", "S’il-vous-plaît ?" "Excusez-moi ?" ou encore "Tu me snobes encore une fois, je te pète les rotules.". Il est à noter qu’il existe bien d’autres possibilités d’attirer l’attention du garçon de café, comme par exemple, en imitant le bruit de la monnaie (essayez d’imiter des grosses pièces tout de même, ou éventuellement le frottement d"un billet chiffonné contre une table) mais très honnêtement, quand on sait véritablement ce qu’est la bête, on essaie pas de l’attirer : on la fuit. Oubliez donc.

Histoire

Le garçon de café parisien a des origines qui remontent au cœur même de notre histoire nationale.

En effet, tout commence aux alentours de 1302, lorsque Jacques de Molay, dernier grand maître de l’ordre templier, est un peu pompette dans une taverne de l’île de la cité à raconter son dernier raid sur l’Egypte. Alors qu’il en est à détailler comment ils ont christianisé une indigène qui tentait de s’enfuir à coups d’épée à deux mains, le maître s’aperçoit que sa chopine est vide : il réclame donc à boire. Oui mais voilà, le propriétaire de l’auberge a bien noté que Jacques était rond comme une manche de pioche et que s’il le servait encore, il risquait de se planter à cheval en regagnant le quartier du temple et après, il va être emmerdé. Il refuse donc courtoisement, expliquant au templier que c’est pour son bien. C’en est trop pour Jacques de Molay, qui décide donc de le maudire, puisque bon, reconnaissons-le, il était un peu soupe au lait.

"Maudit, Maudit ! Tabergiste, je te maudis, toi et tous ceux de ta race pour les siècles des siècles ! Puissiez-vous être honnis de tous, et surtout de vous-même ! Que votre nom soit significatif de malheur et de haine ! Que vos boissons tournent, mais que vos établissements perdurent malgré tout pour que votre supplice jamais ne s’arrête ! Mauuuudiiiiit !"

Ce soir-là, le tavernier fit sortir le grand maître à coups de pied au cul, et on pensa que l’histoire en resterait là, puisque la même semaine, Jacques de Molay avait maudit sa femme de ménage pour avoir mal repassé sa cotte de maille, deux passants qui l’avaient bousculé dans la rue, ainsi qu’un teckel qui l’avait regardé de travers.

Pourtant, plusieurs siècles plus tard, la malédiction allait bel et bien frapper le pays qui ne s’y attendait pas.

Nous sommes en 1940, et la drôle de guerre fait rage. En France, l’Etat-Major, prudent, travaille sur plusieurs plans secrets au cas où l’armée Allemande parviendrait à passer la ligne Maginot. Si l’un d’entre eux, non retenu, consiste directement à faire sauter les Ardennes, un autre attire l’attention, conçu par le généticien de génie Albert Thierron et sobrement baptisé "On les encaisse tout de suite." Le plan est le suivant : si l’ennemi parvenait à passer, il serait difficile de prévoir l’endroit où se jouerait la bataille. La seule chose certaine est qu’il foncerait sur Paris. Albert Thierron, propose donc de créer une armée secrète de supers soldats, aptes à repousser n’importe quelle invasion étrangère. Ceux-ci attendraient dans Paris, habilement déguisés en cafetier puisque ces établissements seraient un lieu de passage obligé pour toute armée de conquête, et donneraient alors très envie à l’ennemi de retourner chez lui.

Le projet est lancé, et l’ADN des plus gros enculés de France est combiné pour créer ces supers soldats : 50% Ravaillac, 50% chat domestique, les premiers êtres naissent en cuve et bien qu’imparfaits, paraissent prometteurs. Hélas, la malédiction de Jacques de Molay fait son oeuvre et avant que le programme ne touche à sa fin, un char Allemand traverse le mur du laboratoire et met fin aux travaux en même temps qu’à la bataille de France. La plupart des sujets d’expérience meurent dans l’affaire, mais une partie d’entre eux s’échappe et se disperse dans la nature. Et poussés par les instructions inscrites au cœur même de leur ADN, ils se regroupent autour des cafés parisiens où ils finissent par décrocher des emplois de serveurs.

La première génération de garçons de café parisiens était née.

Anatomie

De prime abord, le garçon de café parisien ressemble à un être humain tout ce qu’il y a de plus classique, mais pour qui sait observer les détails anodins, on découvre vite sa nature de créature génétiquement modifiée imparfaite. Ainsi, le professeur Albert Thierron (que l’on retrouva assassiné chez lui, lapidé à coups de tasses de café de 5 cl et avec un verre d’eau à côté du corps) avait noté dans ses carnets que la musculature faciale de ses enfants était loin d’atteindre ses espoirs. Ce que l’on peut encore noter aujourd’hui : incapable de lutter face à la gravité, le visage du garçon de café est invariablement attiré vers le bas, ce qui fait qu’il tire toujours la gueule. L’audition est aussi considérée comme défaillante, puisque non seulement il faut gueuler quinze fois pour avoir quelque chose, mais en plus, lorsqu’il vous parle, le garçon de café parisien regarde toujours ailleurs (essayez, vous verrez, c’est très rigolo). Longtemps considéré comme inexplicable, ou comme une forme de mépris venue de ses ancêtres félins, on soupçonne aujourd’hui qu’il ne s’agisse en fait que du fait qu’il a besoin d’orienter son oreille droit vers le client, et donc de tourner la tête, pour l’entendre.

D’autres parlent simplement de foutage de gueule, mais je ne mange pas de ce pain là : j’ai le respect de mon sujet, moi, Monsieur.

On suppose, par contre, que l’ouïe du garçon de café parisien est surdéveloppée sitôt qu’il s’agit d’entendre des pièces de monnaie qui s’entrechoquent. La police nationale aurait ainsi, au sein de sa brigade cynophile, deux garçons de café parisiens qu’ils emploieraient dans les aéroports pour détecter les trafics financiers. Si l’information n’a pas été confirmée officiellement par la police, l’UMP, par contre, confirme que Jean-François Copé aurait été mordu près de 17 fois par des cafetiers parisiens rendus fous par le bruit qu’il faisait en se déplaçant.

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Sur cette image, quelqu’un a fait tomber un billet de 50€ dans une rue commerçante pleine de terrasses. Les prédateurs l’ont entendu, pauvre de lui.

Comportement

A la fois unique et mystérieux, le comportement du garçon de café parisien a été mille fois étudié sans jamais que l’étude ne soit terminée. En effet, même avec des bourses de l’état, aucun ethnologue n’est parvenu à rester assez longtemps à une terrasse pour étudier la bête, celle-ci lui proposant café sur café avant de le dégager sitôt qu’il n’avait plus de quoi consommer. Cependant, plusieurs éléments ont été notés.

Structure sociale

La structure sociale du garçon de café parisien est particulièrement bien établie. On trouve ainsi, tout en haut de la hiérarchie, l’employeur. Celui-ci, qui s’est probablement dit que recruter un mec qui fait la gueule était une excellente idée, est une sorte de point de repère pour l’animal, qui régulièrement, va s’accouder au comptoir pour échanger tout bas avec lui en jetant des coups d’œil étranges vers l’extérieur. On suppose qu’il s’agit en fait d’une sorte de technique d’hypnose, seule capable de justifier que qui que ce soit emploie ce genre d’énergumène, et que cela consiste à susurrer des passages du Nécronomicon à l’oreille de son maître pour le garder sous contrôle. Le garçon de café parisien, en-dehors de cela, est plutôt solitaire et casanier, ancré sur son territoire comme une moule sur le Charles de Gaule, faisant de lui un élément à part entière du paysage au même titre qu’une table, une chaise ou une vieille à caniche.

Communication

La communication du garçon de café parisien est relativement limitée. En effet, l’apprentissage de la parole étant trop long pour un déploiement rapide de ces êtres supérieurs, le professeur Thierron avait imaginé, non pas leur enseigner la langue, mais leur donner une simple base de données réutilisable à l’infini, conçue à partir des conditions générales de vente d’Apple et des dialogues pré-enregistrés de Baldur’s Gate. Ce qui donne une série de phrases typiques comme :

  • "Vous voulez quoi ?"
  • "Les toilettes ? Vous consommez ?"
  • "Un verre d’eau ? Non, vous devez consommer au moins un café pour rester." (d’où le verre d’eau avec le café : c’est un pack. Comme ça, si quelqu’un lui demande un verre d’eau, on lui amène un café, quelle bande de fieffés goupils)
  • "Dix-sept euros pour le café et le croissant."
  • "Vous avez fini ? Il faut libérer la table. Quoi les autres tables sont toutes libres ? C’est le règlement."
  • "Hé, c’est moi, Imoen !" (oui, il y a du reliquat des produits de base)
  • "Spique inegliche ? Non, on est en France. Un café ? Deux ? Allez."
  • "Demandez à l’office de tourisme."
  • "Je peux vous encaisser ?" (attention à votre réponse à cette question : répondre "Visiblement, non" ne les fait pas rire, c’est très décevant)
  • "Pfff…"
  • "PFFFFF…"
  • "PFFFFFFFFFFFFFFHALALALAAAARARHEUMRHEUM !"
  • "C’est bon Michel, ils se barrent, je crois qu’ils ont compris mon subtil message."

Sur tout ce qui est non-verbal, par contre, il y a par conséquent quantité de variations : regard lourd de sous-entendus comme "Barrez-vous", "Je veux un pourboire" ou "Je vais dévorer votre âme", allers-retours près de votre table sous-entendant qu’elle devrait se libérer ou encore essuyage de ce tout ce qui vous entoure tout en faisant des bruits de gorge, le larron ne recule devant rien.

Territoire

Le territoire du garçon de café parisien se limite généralement, comme son nom l’indique, à un seul café parisien (bien que l’on ait déjà vu des membres de leur race émigrer pour aller pourrir d’autres coins touristiques), de la salle jusqu’à la terrasse sans exception. Comme précisé précédemment, le garçon de café parisien aime essuyer des trucs : mais en réalité, il faut savoir que son chiffon magique est une partie de lui-même, et qu’il peut par conséquent y envoyer des phéromones qu’il étale ensuite assez largement sur tout ce qu’il touche. Ainsi, il prévient qu’il ne fait pas bon rester sur son territoire, et évite qu’un autre membre de sa race n’essaie de venir lui piquer sa tanière. Ce qui est bien, puisqu’auparavant, il faisait pareil avec son urine. A noter que certains établissements n’ont pas vraiment changé cette pratique, ce qui explique en grande partie la saveur unique de leurs cocktails, mais passons.

S’il ne marque pas son territoire, il n’est pas rare qu’un autre garçon de café parisien s’installe et commence à arnaquer les touristes à sa place, ce qui est bien embêtant. S’ensuit en général un combat rituel durant lequel les deux valeureux combattants s’affrontent se jetant leur monnaie ou en se fouettant avec leurs tabliers respectifs jusqu’à ce que l’un des deux tombe et que son corps ne soit transformé en rillettes à servir à la prochaine famille de teutons qui en demandera.

Reproduction

S’il existe des garçons de café parisiens mâles comme femelles (bien qu’il y ait fort peu de différence entre les deux, ça revient un peu à tenter de sexuer des gargouilles), ils sont stériles et ne se reproduisent que d’une manière bien particulière : ils font venir des étudiants pour les assister l’été, puis sucent leur âme toute la journée en leur expliquant qu’ils font mal leur boulot, que ce sont des connards, qu’ils ne bossent pas assez vite et qu’ils ne feront rien de leur vie. Quand l’étudiant est devenu assez dépressif et fatigué pour haïr tout ce qui a trait de près ou de loin à un café parisien, il est mûr : on lui offre un CDI.

De là, un nouveau garçon de café parisien peut commencer à semer haine et malheur sur son territoire, voire se trouver un nouveau café à hanter.

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Tout le monde se souvient du témoignage bouleversant de Judas, serveur de Jérusalem au sujet de ce client qu’il avait dénoncé aux Romains parce que non seulement il ne commandait que de l’eau, mais en plus il la transformait en vin pour tous ses potes. Et le respect du petit commerce, hein ?

Quelques garçons de café célèbres

Raoul Villain

Etudiant en archéologie passant ses vacances d’été au café du Croissant où un garçon de café parisien qui inspirera le professeur Thierron exerçait déjà, Raoul sert tranquillement ses clients en cette belle soirée de fin de mois de Juillet. Il est cependant agacé : un de ses clients n’a pas commandé depuis au moins sept minutes, et ignore superbement ses soupirs et râle plaintifs (qui cette fois-ci, inspireront le personnage de Chewbacca bien plus tard). Pire, au bout de dix minutes, l’impudent interpelle Raoul en lui demandant s’il pourrait avoir "Un verre d’eau et des cacahuètes" ; c’en est trop, Raoul sort un revolver de son tablier et abat le malappris sur le champ. Il n’apprendra que plus tard qu’il s’agissait d’un certain "Jean Jaurès", ce qui, de toute manière, ne l’autorisait pas à réclamer des cacahuètes, non mais.

Michel Vautier

En 1958, Michel se lève comme tous les jours en espérant que tout le monde va crever, ce qui est donc une journée somme toute assez banale pour cet employé de café. Il ignore qu’il va pourtant accomplir un geste historique ce jour-là, puisque s’assoit à sa terrasse un universitaire américain désœuvré. Celui-ci lui commande un café, et comme il se doit, Michel lui apporte une tasse suffisamment petite pour qu’on ne puisse même pas y tremper une phalange de son petit doigt sans toucher le fond. Alors qu’il règle ses 25 francs, l’universitaire a soudain une illumination. De retour au pays, il est obsédé par le café français. Et un an plus tard, Richard Feynmann, puisque c’est son nom, est le premier homme à lancer la recherche dans le domaine dit de "l’infiniment petit".

Paul Fonthibault

Un beau matin de fin du XXe siècle, Paul Fonthibault reçoit à sa terrasse un dialoguiste sans aucun succès. Celui-ci, perdu à Paris après une mésaventure amoureuse, demande à Paul s’il ne pourrait pas lui indiquer la direction de l’office de tourisme. Paul lui répond, comme de bien naturel, que ce n’est pas son boulot, et que le dialoguiste peut bien aller se faire voir, et l’exprime sous la forme de près de 25 minutes d’insultes non-stop. Puis, Paul estimant avoir renseigné le gaillard comme il se devait, s’en retourne jeter des regards noirs au passant. Hélas ! Il vient de passer à côté d’une fortune : le dialoguiste, sublimé par la grossièreté du larron, a noté l’intégralité de ses paroles, et revend le texte tel quel à ces comédiens sans talent. Débutent alors ainsi la carrière de Jean-Marie Bigard, Nicolas Bedos et d’une bonne partie des humoristes du PAF.

Paul ne touchera bien sûr, aucun droit d’auteur, et n’en deviendra que plus méchant, et donc meilleur serveur. Quel talent.

F.A.Q

J’ai vu un garçon de café parisien sourire, est-ce normal ?

Non, en effet. Une des blagues favorites des touristes, puisque nous n’avons pas de gardes façon Buckingham pour essayer de les faire marrer, est de tenter la même chose sur nos garçons de café. Certains, frustrés de ne pas y parvenir, utilisent donc du Tranxène qu’ils glissent dans le sandwich de la pause du malheureux, qui se retrouve ainsi à sourire. Si jamais vous repériez pareil phénomène, n’oubliez pas d’avoir le bon réflexe : prévenez le ministère de la culture ou la ville de Paris qui enverra une équipe enquêter pour dégradation du patrimoine de la cité.

Combien gagne en moyenne un garçon de café parisien ?

Environ 6 âmes innocentes par jour. Les âmes d’enfants comptant double, en période de vacances scolaires, ils peuvent considérablement augmenter leurs revenus.

Si je mets une mannequin de magazine féminin face à un garçon de café parisien, qui fait le plus la gueule ?

Les témoins.

Je suis étudiant, et cet été, je travaille dans un café, quels sont les premiers symptômes de la transformation ?

Le monde perd peu à peu ses couleurs et le temps devient plus long. Vous avez l’impression que l’air est plus épais, que les nuages sont plus bas, plus menaçants. Chaque visage que vous croisez vous semble hideux, déformé, et plein d’une malice qui n’augure rien de bon. Et puis un jour, vous vous surprenez à trouver que les clients font chier à venir chez vous. C’est à ce moment là que vous savez.

Je vous emmerde, vous le savez ?

Très bien, je vais reprendre un café.

En cette radieuse journée du 26 juin, ce blog célèbre ses 5 années de vie.

Que vous célébriez l’événement en brûlant religieusement un cigare, un cierge ou un soutien-gorge, comme vous le savez, l’événement est l’occasion chaque année de se tourner vers le passé et de faire le point sur le chemin parcouru. Des sujets qui vous intéressent bien peu, petits sagouins, mais vous connaissez mon gros ego : je ne résiste jamais à la possibilité de parler de moi-même. Dans tous les cas, que vous soyez une lectrice baroudeuse qui suit ce vil site depuis ses débuts ou un lecteur tout frais qui n’a encore jamais entendu parler de la forêt de Jean-Jacques, mettons-nous en route si vous le voulez bien.

Et vous le voulez bien puisqu’en venant ici, nous ne le dirons jamais assez, vous prouvez que vous êtes des gens de goût.

Ainsi donc, désormais, le blog approche doucement des 300 articles (284 pour être exact), ce qui, tout de même, commence à faire beaucoup surtout si l’on considère qu’un certain nombre de personnes se plaignent d’avoir les rétines en feu avant d’arriver à la fin. Soit disant que ce serait trop long : est-ce ma faute si mon mépris a besoin de place pour s’étaler ? On notera par ailleurs cette année le succès de quelques articles, à commencer par les séries de gravures honteusement détournées pour parler politique, et qui prouvent encore une fois (si les fausses pages Facebook ne l’avaient déjà fait) que, monde ingrat, quand j’écris une tartine tout le monde s’en fout, mais quand je met des images, ça passe mieux. La prochaine fois, je ferai ça avec un album de Bigoudi. Enfin, et j’en félicite le peuple, vous êtes toujours plus nombreux à passer par ici, ce qui me permet d’entretenir mon orgueil, merci à vous, donc. Bien sûr, le quidam à la mémoire sans faille notera un ralentissement de l’activité du blog – ce qui arrive en fait chaque année, rien d’original – lié à un mystérieux projet (et non, ce n’est pas l’édition du blog, ou alors pas encore) sur lequel je n’ai pas encore le droit de m’exprimer sous peine de me faire abattre dans la minute par un tireur d’élite serbe.

Je me suis dit qu’une image de cupcake était parfaitement dans l’esprit de ce blog.

Mais puisque l’anniversaire du blog est aussi l’occasion d’annoncer les changements à venir, profitons-en.

  • Le changement de la charte du blog

Annoncé depuis le commencement de cet humble site, on sent bien que le gros flemmard que je suis a quelques difficultés à le mettre en exécution. Oui, j’ai entendu vos cris indignés : des articles mieux rangés, qui ne s’affichent pas forcément en entier quand on farfouille les archives, un système de classement qui permette de retrouver le spoiler d’une bouse de 2011 en un clin d’œil… tout cela a été entendu. Mais hélas pour vous, n’ayant pas la passion du code, et malgré de premiers essais hors-lignes prometteurs, rien n’a encore été fait.

Alors que moi aussi je suis d’accord : il serait temps que ça change. Je sens que je vais finir par déléguer à moins fainéant que moi. Mon côté patron.

  • Paris… ah, Paris !

Le maître des lieux, après des années de vie en province à profiter d’activités typiques aussi divertissantes que la recherche de nouveaux coins pour enterrer ses victimes ou la chasse aux lépreux qui hantent les routes secondaires, a décidé de remonter vers la capitale et sa riante région. Logiquement, mon auguste lectorat s’en fout (à moins qu’il ne soit agent immobilier ou autre fournisseur de logis je suppose), mais il a été évoqué l’idée de célébrer cela avec mes lecteurs et lectrices disponibles vers la rentrée (au lieu de proposer de déblatérer autour d’un verre en semaine), voire de s’essayer à une séance de cinéma commune avec des volontaires pour bitcher (mais à la sortie, que diable, soyons éduqués) sur Nicolas Cage de concert.

  • Toulouse… ah, Toulouse !

Ho, et comme chaque année, j’irai tenter cet été, sauf incident, de civiliser le sud sauvage en apportant avec moi dictionnaires et verroteries. Et si l’éducation des autochtones échoue, ce sera distribution de couvertures avec la petite vérole pour tout le monde, non mais.

Et pour ceux qui m’écrivent "Ah bon, vous buvez des coups avec les gens ? Non parce que moi je voulais vous parler de…/ je souhaitais vous proposer de… / je fais un bonnet… " oui, cela arrive parfois et c’est généralement annoncé sur Twitter et Facebook. Ce qui donne l’occasion aux volontaires d’aborder des inconnus au point de rendez-vous en demandant "C’est vous le connard ?". Une sorte de Meetic en mode Hardcore si je puis dire (pour la partie rencontre du moins, puisque… moui, non, j’aurais dû choisir une autre formulation). Mais mes lecteurs et lectrices s’en sont jusqu’ici toujours tirés avec brio : quelle élite.

Tradition toujours, profitons-en pour passer en revue les mots clés qui amènent jusqu’à ce blog rien qu’aujourd’hui pour illustrer le grand n’importe quoi de ces lieux :

rrrrrrrrruuuuu

Je suis lu par des chats (qui en plus, ont fait deux fois cette recherche, c’est troublant). Durant toutes ces années, vous avez cru que la bête aimait juste dormir sur votre clavier ? Nenni. Elle tape en douce des recherches quand vous avez le dos tourné. La mauvaise nouvelle, c’est que les 10 kilos de Ronron que vous allez recevoir, ils ont été payés avec votre carte de crédit. La bonne, c’est que vous avez enfin à accuser pour toutes ces occurences de Youporn dans votre historique.

[vidéo choquante] fille est morte après avoir cet acte avec le chevalpauvre fille n’avait aucune idée qu’elle mourra après cela. elle essayait juste…

Elle essayait juste de lui faire plaisir, je pense. Mais comme on dit à la SNCF "Le train était trop large pour les quais". C’est bête.

tentacul abué

L’ennemi juré de tentacul avapeur.

formule magic pour draguer

Taper deux manas et jouer l’artefact "GHB".

quelle kaiju sui je

Le moche.

Il n’en reste pas moins qu’avec tout ça, on atterrit sur cet humble blog, mes excuses, donc, à ceux qui voulaient en savoir plus sur des sujets passionnants mais se sont perdus céans.

Et enfin, éternel rappel en ce jour anniversaire :

La page Facebook est ICI, la page Twitter (je cherche toujours à quoi sert ce truc) LA, je rappelle qu’il y a une FAQ, et qu’enfin, pour me crier votre amour, votre haine ou m’envoyer votre plus beau CV, il y a la page de CONTACT. Et comme les années précédentes, sur cet article, j’essaierai d’être plus présent dans les commentaires.

Maintenant, n’oublions pas : c’est l’été, les bouses vont trouver la fraîcheur dans les salles obscures, j’ai donc du travail qui m’attend.

Ooooh oui.

"Vous devez m’aider Monsieur Connard, je revis toujours la même journée !"

Le type a agrippé ma manche au moment où je passais devant son bureau. Il la serre de toute ses forces au point que je suis obligé de froncer un peu les sourcils pour lui faire comprendre que s’il arrache un seul des boutons de ma manchette, la prochaine manchette sera justement pour son nez. Il se calme un peu et se recule dans son bureau, m’entraînant avec lui en roulant des yeux fous. Aussitôt que la porte claque derrière moi, il s’agite en tous sens.

"Monsieur Connard, ce n’est plus possible ! Cela fait des dizaines, des centaines de fois que je revis la même journée !
- Allons Berthier, soyez raisonnable, toutes ces histoires, c’est le stress qui parle.
- Mais non, enfin ! Ecoutez, je peux le prouver ! Je voyage dans le temps ! Je ne contrôle juste pas le déplacement : je suis bloqué dans… dans une boucle !
- Hé bien, prouvez-le alors."

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Au moment où ma main descend vers ma poche intérieure, il m’arrête.

"Là par exemple, vous allez vous allumer un cigare ! Je le sais : vous le faites à chaque fois ! 
- C’est un peu facile : vous savez très bien que j’aime fumer un cigare lorsque je fais semblant d’écouter quelqu’un. Ca me donne un côté pensif qui m’aide à dissimuler le mépris pour votre propos.
- Ensuite, vous allez chercher votre flasque de brandy !
- Oui mais uniquement puisque tout amateur de cigare sait bien que celui-ci ne se savoure qu’avec un alcool bien choisi. Là encore Berthier, c’est facile.
- Non mais… ensuite, on entend un cri qui vient des sous-sols. Ecoutez… maintenant !
- Ce sont les stagiaires qui appellent à l’aide. Vous ne m’apprenez rien. Ecoutez Berthier, dites-moi : qu’est-ce qui vous a mis cette idée dans la tête ?"

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La tête de Berthier s’enfonce lentement dans ses épaules, et il lâche d’une voix plaintive : "The Edge of Tomorrow ! L’histoire d’un type qui a le même problème que moi !"

Je lève un sourcil inquisiteur à l’attention du petit homme. Le film est-il si puissant que cela sur l’esprit des pauvres spectateurs ? Que faire lorsque l’on revit en boucle une seule journée ? Et surtout, Berthier ne serait-il pas un petit peu con ?

Spoilons, mes bons !

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L’affiche : des explosions, des grosses armures et des grosses épées. Je m’incline.

Notre film s’ouvre sur une succession de flashs télévisés qui nous informent que la Terre va bien mal : des fripons d’extra-terrestres appelés "Mimics" ont débarqué lors d’une pluie de météorites et semblent bien décidés à péter la gueule à l’humanité, ce qui est somme toute tout à fait compréhensible si jamais ils ont capté Direct 8 depuis le fin fond de l’espace intersidéral. Chose originale : ils ont débarqué en Europe, ce qui a rendu les échanges Erasmus beaucoup plus compliqués, surtout quand ils ont conquis la quasi-totalité du coin (à part l’Angleterre, qui, contrairement à la Turquie, met d’accord tout le monde pour dire qu’elle n’est pas en Europe). Le film montre même parmi moult images de dirigeants mondiaux réagissant à l’invasion une demi-seconde de François Hollande, qui explique probablement que attention, maintenant, il ne déconne plus, il a mis ses menaces à exécution : il a envoyé un courrier recommandé avec accusé de réception à l’armée ennemie pour leur dire qu’il est "très déçu". Quelle violence.

Mais fi de commentaires putassiers, car au milieu de tout ce petit monde, un autre visage apparaît : celui du major Bill Cage, officier de l’armée américaine et porte-parole des forces alliées unies à peu de choses près, qui va de plateau télé en plateau télé pour dire aux gens que c’est okay, on va les éclater ces petits spatio-bâtards. Les flashs infos défilent et un jour, le major est fier d’annoncer que l’ennemi a pris sa première branlée à Verdun (ne me demandez pas ce que les mecs fichaient en plein milieu de l’Europe conquise, on va dire que quelqu’un a oublié de prendre une carte), puisque l’armée y a déployé de nouveaux exosquelettes pour les soldats qui les rendent plus efficaces et aussi plus jolis, hein, parce que du coup on peut faire du tuning militaire (qui n’a jamais rêvé d’avoir des néons sous les rangers ?). Ainsi, une certaine Rita Popolski a réussi grâce à son armure dernier cri à exterminer un nombre d’ennemis à trois chiffres sans trop se fatiguer, et on imagine donc quels prodiges pourrait accomplir l’armée terrienne avec cette arme en grande quantité. C’est donc parti pour en filer à tout le monde.

Nous retrouvons donc, un peu plus tard, le major Bill Cage qui ronfle tranquillement dans un hélicoptère alors que celui-ci l’amène dans la joyeuse cité de Londres.

Car Billou se rend chez le général Brigham, en charge de commander toute l’armée en Europe, qui l’attend de pied ferme. La conversation débute donc dans le vaste bureau du général en chef.

"Bonjour général Brigham ! Alors, que puis-je pour vous ?
- Hé bien mon p’tit Cage, comme vous le savez, demain, on envahit la France pour commencer la reconquête de l’Europe. On va donc envoyer 100 000 hommes et du matériel de foufou sur les plages du coin et bourrer la binette à tout ce que nous allons rencontrer. 
- C’est formidable général, en effet. Mais je ne vois pas trop pourquoi vous avez besoin de moi ? Je ne suis qu’un porte-parole.
- Il se trouve qu’il va sûrement y avoir de bien beaux actes de courage sur cette plage. Je voudrais que vous y alliez, Cage, pour filmer ce qui va s’y passer. 
- Mmmm ouiiii alors bon…
- Oui major ?
- C’est-à-dire que c’est un peu con. Déjà, parce que je suis porte-parole et non caméraman : c’est un peu comme si vous envoyiez Tex filmer l’Irak parce que vous l’avez vu à la télé.
- Ah.
- Bon et puis accessoirement : on est dans un film où toute l’armée est équipée d’exosquelettes du futur avec des caméras de visée et tout. Je suis assez certain qu’on doit pouvoir assez facilement les faire filmer leurs actions, voire juste leur coller une go-pro sur le casque. Pour pas cher, en plus.
- Oui mais non : pour d’obscures raisons, c’est vous que j’ai envie d’envoyer sur cette plage, major. Je me suis déjà mis d’accord avec votre supérieur : vous partez demain pour l’invasion."

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Un jour, je trouverai un film où, dès qu’un personnage a un plan, c’est autre chose qu’une enfilade d’incohérences. J’en suis sûr. Mais pas aujourd’hui.

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"Bon Cage, en fait je dois vous l’avouer : hier, on était un peu bourrés avec votre supérieur et quand je me suis réveillé, mon bureau sentait le vomi, mon stylo le caca, et il y avait cet ordre de mission pour vous dans ma poche. Alors je n’ai vraiment pas envie de revenir là-dessus : contentez-vous d’obéir, moi non plus je ne comprends pas comment on en est arrivé là et je ne veux pas savoir."

Puisque non seulement envoyer Billou se prendre des pruneaux est débile, puisqu’il n’a rien à voir avec la mission que l’on attend de lui, mais qu’en plus je ne sais pas vous, mais personnellement, quand mon armée a un visage public, j’évite que celui-ci ne se prenne des shrapnels dans la gueule : à ce qu’il paraît que c’est moyennement bon pour le moral. Mais là encore : je ne suis point militaire, ce genre de subtilité doit donc m’échapper.

Toujours est-il que le major Cage, lui, n’a pas non plus envie d’aller crever comme une merde même si on lui promet que tout va bien se passer. Il explique donc bien que lui n’est qu’un publicitaire au sein de l’armée qui n’a jamais combattu, mais le général n’en a que faire. Cage tente donc une ultime ruse de Sioux : il dit au général que si c’est comme ça, après l’invasion, grâce à ses pouvoirs de grand communiquant, il fera bien attention à mettre tous les morts sur le dos du général pour que les familles lui en veuillent très fort. Face à ce chantage, Brigham fait arrêter Cage, et lorsque celui-ci tente de se barrer, complètement paniqué par cette situation qui n’a strictement aucun sens (je le comprends), il se fait taser la gueule par un homme de la police militaire sur son chemin. C’est pas d’bol, comme dirait l’autre.

A son réveil, Bill Cage est allongé et menotté sur un tas de sacs au milieu d’une base militaire pleine d’activité. Après une rapide analyse de la situation, il constate qu’aucun homme d’arme désœuvré n’a profité de lui pendant son sommeil : l’honneur est plus ou moins sauf.

Mais s’il est encore relativement étanche, Bill Cage n’en est pas moins fort surpris.

En effet, un instructeur vient l’obliger à se lever, et avant qu’il ne l’engueule, un certain sergent Farell vient à sa rencontre pour lui annoncer que debout les campeurs, et haut les cœurs ! Il est désormais sur la super base qui prépare l’invasion de la France pour le lendemain. Cage tente donc de lui expliquer son cas :

"Ecoutez sergent, c’est sympa et tout, mais j’ai besoin de téléphoner car il y a un gros malentendu : je ne suis pas une nouvelle recrue pour l’invasion de demain. Je suis l’officier Bill Cage, de l’armée américaine, et suite à une grosse méprise, je suis ici. Je ne suis pas un soldat mais un communiquant, alors si vous pouviez m’aider à trouver un fucking téléphone, ce serait vraiment chouettos. 
- Ahaha… tiens donc ! J’ai ici un courrier du général Brigham qui me dit que vous êtes un déserteur qui va tenter de se faire passer pour un officier, justement ! Alors ferme ton clapet, bleu bite, et va enfiler ton uniforme de bidasse pour participer à l’entraînement pour demain !
- Sérieusement ?
- Pardon ?
- Je disais, sérieusement ? C’est le scénario ? Je suis l’officier le plus connu au monde, le visage de l’armée, mes papiers disent que je suis bien Bill Cage, mon uniforme dit que je suis bien Bill Cage, je vous dis que je suis bien Bill Cage, ma tête est celle de Bill Cage et je peux même vous donner des détails et vous, vous ne me croyez pas à cause d’un papier administratif qui raconte une histoire pas vraiment crédible ?
- Tout à fait. Mais si ça peut vous rassurer, alors qu’on a passé tout le début du film à vous montrer sur moult écrans de télé, et même à dire que vous étiez à l’origine du recrutement de millions de recrues, personne dans toute l’armée ne vous reconnaîtra jamais plus jusqu’à la fin de cette sombre bouse dans laquelle nous sommes. On y va ?
- Bon, ben, allez…"

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Pour la petite histoire, sachez qu’en fait, justement, toute la première partie du film sur le fait que Bill Cage est une légende dans la communication de l’armée ne servira à rien dans l’intrigue. Ils l’ont juste rajoutée pour s’assurer de se vautrer dès les premières minutes. Chapeau les enfants, quel talent. Mais, poursuivons, voulez-vous ?

Cage est donc emmené malgré ses protestations jusqu’à l’escouade J, composée de quelques soldats pas finauds, et avec lesquels notre héros va plus ou moins s’entraîner (et apprendre un certain nombre de blagues hilarantes, n’en doutons pas) jusqu’à l’invasion du lendemain où pour la première fois de sa vie, on le glisse dans l’une des fameuses supers armures de combat. Evidemment, personne ne veut lui dire où est la sécurité sur son arme, du coup, notre héros se retrouve incapable de savoir comment tirer le moindre coup de feu alors qu’il va partir à la bataille, hahaha, houhouhou, qu’est-ce qu’on déconne les petits amis. Qu’importe : il est chargé dans un des gros hélicoptères du coin et avec des milliers d’autres, direction la civilisation gastronomique France !

Dans l’appareil, on se fait plein de blagues (j’ai demandé à Diego de plâtrer mes côtes tellement elles étaient drôles, puis de plâtrer la gueule du dialoguiste) jusqu’au moment où, peu avant le saut, l’engin se ramasse un missile. Puisque, oui, les aliens tirent des missiles. C’est assez décevant je dois dire, je m’attendais à ce qu’ils envoient des shblürg ionisés ou des particules de schmülülü, mais non, visiblement, ils se fournissent chez madame le marchande, comme tout le monde. Qu’importe.

Toute l’escouade un peu paniquée saute donc à terre et se retrouve sur la plage, où c’est un massacre : l’ennemi, qui ne devait pas être là dans les plans et ne devait même pas savoir que les humains arrivaient, arrose toute la plage de loin et c’est un peu la boucherie. Les hommes se font massacrer, les hélicos en flammes s’écrasent sur les survivants, et Billou ne doit sa survie qu’à une sacrée chance. L’ennemi étant constitué de grosses bêtes tentaculaires (des tentacules ? Pas d’armes ? Mais alors, d’où viennent les missiles de la scène précédente ? Ce sont sûrement des projectiles magiques), autant vous dire que tout le monde se fait méchamment tentaculer, au point que même une écolière japonaise pourrait en être jalouse. Dans un coin de la plage, Billou surprend Rita Popolski, la légendaire "ange de Verdun", qui se fait écraser par un appareil allié venu se crasher sur la plage.

Bref, c’est la merde.

Bill Cage retrouve donc ses petits camarades survivants de l’escouade J entre deux dunes, mais, hélas, des mimics viennent leur latter la tête vite fait bien fait, et notre héros se retrouve à terre à mouiller ses chausses, alors que les ennemis se regroupent autour de lui. C’est alors que Bill note la présence d’une créature tentaculaire plus massive que les autres, et bleue là où les autres sont orangées. Il est donc tout intrigué jusqu’à ce que la bestiole lui saute sur la tronche en remarquant qu’il est vivant. Bill a donc juste le temps d’attraper une mine antipersonnelle que transportait l’un de ses camarades et de la mettre contre son torse lorsque la vilaine bête vient le croquer : tout explose, et Bill meurt donc…

… mais la bestiole bleue, en mourant elle aussi, le couvre de son sang, et Billou sent qu’il absorbe quelque chose de la bête.

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"Regardez sergent, j’crois que Cage est touché ! Ho mais… qu’est-ce qu’il fait à cette bête ? Ils échangent des fluides ? Mais ? Mais ? Il en a partout ! Bordel, je déteste le hentai !"

Mais meurt quand même, faut pas déconner.

Et pouf !

Bill Cage se réveille menotté sur un tas de sacs dans une base militaire en pleine activité, et bientôt, le sergent Farell, pourtant mort durant la bataille, vient vers lui, parfaitement en forme, et debout les campeurs !

Bill comprend qu’il se passe quelque chose d’anormal. Déjà, parce qu’à l’heure actuelle, il devrait ressembler à un steak Charal oublié dans un coffre de Twingo en revenant de Shopi, et ensuite parce que tout le monde est vivant et agit exactement comme à la veille de l’invasion. Où qu’il aille, tout se passe exactement de la même manière.  Mais comment est-ce possible ? Avant que le pauvre bougre n’aie la réponse, l’assaut recommence, donc à nouveau on le colle dans un hélicoptère qui s’écrase au-dessus de la plage où la bataille a lieu et à nouveau, tout le monde meurt de la même manière. Bill tente bien de sauver un copain, mais du coup, c’est lui qui meurt à sa place comme une crotte.

Il se retrouve donc à nouveau à se réveiller sur la base à la veille de l’invasion, et c’est reparti !

Notre héros s’interroge donc quand même un peu : "Mon p’tit Billou, il se passe un truc bizarre. Mais quoi ?Réfléchis : tu es coincé au milieu de militaires caricaturaux, tout le monde agit de manière complètement scriptée, et quand tu meurs comme une merde, tu reviens à ton point de départ… mmmm, je crois que je vois : je suis bloqué dans une partie de Call of Duty." mais un faisceau d’indices le met sur le chemin de la vérité : la moyenne d’âge de ses camarades n’est pas de quinze ans, et aucun n’a de pseudo comme "Mega_Knight81" ou "[TACOS]RoXoR" : il est donc plus probable qu’il soit bloqué dans une boucle temporelle. Par ailleurs, personne ne lui propose de DLC toutes les quinzes minutes, ce qui confirme son idée, mais bref.

Bill (qui a le même prénom qu’un certain Monsieur Murray, mais c’est une coïncidence ; cela dit, il a aussi le même nom de famille qu’un certain Nicolas, ça doit être pour équilibrer) revit alors l’invasion, encore et encore, et il tente tout : expliquer son histoire (on le croit donc fou), faire flipper ses camarades en leur révélant tout ce qu’ils vont faire juste avant qu’ils ne le fassent, tenter d’être meilleur sur la plage… mais tout se finit invariablement par sa mort de manière plus ou moins ridicule. Il y a même un jour où il déserte et découvre que juste après l’invasion échouée, l’ennemi en profite pour commencer sa propre contre-invasion de l’Angleterre. Et que dans la même journée, Londres tombe donc.

Jusqu’au jour où il se dit qu’il va essayer d’aider l’ange de Verdun sur la plage puisque c’est quand même un super soldat, et après de nombreux essais pour apprendre tous les dangers qui la guettent comme des trucs qui tombent du ciel ou Paul le Poulpe qui l’attend tapi dans le sable pour la tentaculer sévère, il parvient à aller relativement loin sur la plage avec elle sans mourir. Elle note cependant que notre héros semble capable de prévoir tous les dangers, comme s’il avait déjà vécu cette bataille moult fois. Il finit donc, entre deux rafales, par plus ou moins lui avouer, que c’est une histoire qu’elle ne croira jamais, mais qu’il a déjà vécu cette journée moult fois. Elle lui hurle donc : "Venez me trouver quand vous vous réveillerez !" avant de se laisser mourir à côté d’un appareil que Bill lui a pourtant recommandé de ne pas approcher, parce que oui, hop, plutôt que d’essayer d’être efficace, autant se suicider.

C’est ce que je préfère dans ce film : même les personnages se suicident plutôt que de le continuer. Intéressant.

En tout cas, Bill meurt donc à peu près au même moment puisque c’est de la grosse explosion ça madame, et il se réveille comme d’habitude la veille.

Il trouve donc avec plus ou moins d’essais/erreurs (où il meurt) un moyen de fuir son escouade pour courir retrouver le hangar où Rita et sa propre équipe s’entraînent , et celle-ci est tellement coolos et badass qu’elle fait des exercices physiques au milieu d’un système d’entraînement super dangereux censé reproduire des attaques de mimics, et est constitué de grosses pinces de chantier qui volent dans tous les sens à vive allure. Puisque oui, faire ses exercices dans un coin tranquille, c’est pour les nazes. Et idem pour Bill, donc, qui plutôt que d’appuyer sur le gros bouton rouge FIN DE L’EXERCICE situé au portique devant le site d’exercice, se lance en plein milieu des bidules lancés à pleine vitesse pour rejoindre Rita.

Et sinon, agir de manière logique, non ?

Mais faisons fi de tout cela, car avant tout, Rita s’étonne de voir ce bidasse s’approcher d’elle.

"Oui soldat ?
- Rita Popolski ? Ecoutez, je sais que ça va vous paraître bizarre mais…
- Qui vous a dit que vous pouviez me parler ? Je suis bien trop cool pour vous.
- Hé bien vous, en fait. Demain. Vous m’avez dit "Venez me parler à votre réveil", parce que je revis toujours la même journée et…
- Suivez-moi !"

Rita tire donc son nouveau compagnon par la manche et lui demande d’expliquer tout ce qu’il a vécu, l’invasion qui merde (peut-être aussi parce qu’aucun satellite n’a repéré 12 000 poulpes qui attendent sur la plage, ou que personne n’a pensé à juste les bombarder de haut – ha, si les drones, l’artillerie ou les avions existaient, par exemple !), quand tout cela a commencé… et elle lui demande si à tout hasard, il n’aurait pas buté, avant son premier "réveil", une grosse bête bleue.

"Ah ben si alors, même qu’elle m’a foutu du sang et de la bidoche plein la margoulette !" s’indigne notre héros qui sait très bien que tout ça, ça ne part pas au lavage.

Rita va donc chercher un autre type dans le hangar, un certain Carter, mécanicien de son état, et tous trois vont s’enfermer dans une petite salle où Bill n’est pas bien sûr de comprendre ce qui lui arrive. C’est donc le moment où Rita lui explique les choses un peu plus en détail.

"Billou mon bon, tu vis une chose extraordinaire : tu voyages dans le temps. J’ai moi aussi eu ce pouvoir. C’est comme ça qu’à Verdun j’ai été super efficace ! 
- Mais comment est-ce possible ?
- Le docteur Carter va t’expliquer.
- Oui, merci Rita. En effet, je ne suis pas un simple mécanicien : je suis un physicien-biologiste-scientifique-de-film-américain donc je sais forcément tout faire. Avant je travaillais dans un centre de recherches, mais j’ai émis l’idée que l’ennemi pouvait voyager dans le temps. On m’a donc traité de fou et j’ai atterri ici pour suivre Rita lorsque j’ai compris qu’elle avait ce pouvoir elle aussi. Vois-tu mon petit Billou, contrairement à ce que nous pensons pour beaucoup, nous n’avons pas DES ennemis mais UN ennemi. C’est en fait un organisme. Il y a les poupoulpes, orangés, que nous connaissons tous. Et tous les X millions de poupoulpes, il y a une grosse version du poupoulpe, bleue, que j’appelle sobrement "la marmotte". Là où les poupoulpes sont des globules blancs, la marmotte est plutôt le système nerveux. Il faut donc un cerveau à tout cela, et il existe ! Il s’appelle… l’omega ! Regarde cette fantastique représentation 3D que j’en ai faite dans le moindre détail alors que je ne l’ai jamais vu !
- Incroyab’ ! Mais quel rapport avec moi ?
- Hé bien l’omega a le pouvoir de voyager dans le temps, ce qui le rend invincible ou presque. Ainsi, dès qu’il perd une marmotte, comme il les aime très fort, hop ! Il remonte le temps et recommence la journée sans perdre sa précieuse marmotte. Et idem s’il perd une bataille : il remonte le temps et la recommence pour mieux nous latter les balls. C’est comme ça qu’il a su pour l’invasion de la France : il a remonté le temps et redéployé ses forces pour nous attendre.
- Du coup, si les marmottes sont super précieuses, quelqu’un pourrait m’expliquer ce que l’une d’entre elles faisait sur une plage où l’ennemi savait qu’on allait arriver ?
- Nous pensons que l’omega est con comme une motte de beurre.
- Je vois. Rita, votre avis ?
- Sur l’omega qui est un con ? Ça ne fait aucun doute sinon il aurait déjà plié le film : les voyages dans le temps, c’est surpuissant.
- Non, sur comment j’ai pu me retrouver avec ce pouvoir.
- Hé bien en fait, les marmottes sont reliées à l’omega on ne sait comment. Mais lorsqu’elles sont tuées et que leur sang coule sur un humain – ce qui rend d’autant plus con le fait de les exposer – elles transmettent le pouvoir de l’omega à l’humain. Qui peut alors rebooter la journée. Alors que l’omega ne peut plus.
- C’est navrant de nullité.
- Oui hein ? Bref, l’omega doit te chercher pour essayer de récupérer son pouvoir. Il va tenter d’infiltrer ton esprit. Et tu auras des visions, tu le verras, lui, tu sauras où il est ! C’est comme ça que j’ai su qu’il était à Verdun. Mais le temps que j’arrive, il était parti. 
- Juste une question : comment il fait pour récupérer son pouvoir ? Il me tue ? Ça va être moyennement pratique vu que je reboote comme un vieux Windows 98 quand ça arrive.
- Heu… il va… il va…
- Il va faire la même chose en sens inverse ? Demander à une marmotte de se rouler dans mon sang ? 
- … bon, laissons tomber. Il est méchant et tu as le pouvoir, point final."

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La représentation 3D ultra-précise de l’oméga : sachant que Carter ne l’a jamais vu et que Rita n’en a eu que de vagues visions, on en déduira que Carter est avant tout un ancien champion de Pictionary

C’est ainsi que nos deux fiers compagnons décident de mettre à profit la capacité de notre héros à recommencer en boucle la même journée, non pas pour voir s’il peut finir par avoir vu tout Youtube, mais pour l’entraîner, encore et encore, et en faire une bête de guerre. Et s’il est fatigué, blessé ou autre, sa petite camarade lui tire une balle dans la tronche pour lui faire rebooter la journée et reprendre. Bon, à chaque fois il faut supposer qu’il se tape le réveil "Debout les campeurs et haut les cœurs !" qu’il doit déserter sa section, gagner celle de Rita et lui ré-expliquer qui il est pour qu’elle accepte de l’entraîner, ce qui doit être un peu lourd, mais il semble se débrouiller.

Lors d’un entraînement, tout de même, Rita donne un bon conseil :

"Au fait, assure-toi toujours de mourir vite et bien chaque jour. Sinon tu perdras le pouvoir.
- Comment ça ?
- Hé bien moi, je me suis retrouvée blessée, à perdre pas mal de sang, mais sans mourir. Du coup, j’ai perdu connaissance et me suis réveillée dans un hôpital de campagne où on m’avait fait une perfusion. J’avais perdu le sang avec le pouvoir, on m’en avait mis du tout pourri de pauvre mortel : résultat, je ne pouvais plus voyager dans le temps en mourant.
- Je peux poser une question ?
- Je t’en prie.
- Comment tu peux le savoir puisque tu n’es pas morte depuis, du coup, sinon tu ne serais pas là ?
- Heu… je… haha… hohoho… hé bieeeeeen…
- Non mais laissons tomber en fait, je crois que j’ai compris le problème."

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Non non mec, je t’assure, il y a encore plus d’incohérences. Tiens, tu veux un autre dialogue ?

"Mais, Rita, pourquoi n’avez-vous pas essayé de parler au général Brigham quand vous voyagiezdans le temps ? Lui expliquer ce qui vous arrivait ?
- Mais je l’ai fait des dizaines de fois ! Et à chaque fois, c’est l’hôpital psychiatrique, ou pire, s’il me croit, la dissection pour tenter de me prendre le pouvoir… c’est affreux !
- Attendez, vous voulez dire qu’on a fait d’horribles expériences sur vous ?
- Oui !
- Dans des laboratoires ?
- Oui !
- Donc qu’on vous a mis dans un lit en vous foutant des poches de sang pendant qu’on jouait avec votre bidoche !
- Oui !
- Un peu comme dans un hôpital de campagne, en fait ?
- Ou… ah merde oui, attendez.
- Du coup, si vous avez subi ce genre de truc, pourquoi le pouvoir ne s’est pas barré avec votre sang à ce moment là ?
- Hihihihi, hohoho, regardez, j’ai trouvé une fleur !"

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Vous en voulez encore ?

"Bill, nous devons attendre que vous ayez des visions de l’omega. Lorsque nous saurons où il est, nous irons le chercher tous les deux. Et le tuerons. 
- Ça me va. Mais sinon, je ne pourrais pas vous le transmettre, ce pouvoir ? Non parce que moi, sinon, je ne suis quand même pas super bon.
- Non, j’ai déjà tout essayé. Même le sexe, des fois que ce soit une MST.
- Je vois. Il n’y a donc aucun moyen ?
- Aucun.
- Quel dommage. Ah, si seulement on connaissait un endroit où il va y avoir une marmotte magique. Un endroit où on pourrait se rendre facilement. Genre sur une plage, avec toute une armée. Un endroit où on serait sûr que la marmotte serait puisque, du genre si on connaissait quelqu’un qui voyageait dans le temps et l’avait vue. Vue de si près qu’il serait mort avec et aurait piqué ses pouvoirs.
- Oui, ça serait chouette Bill, mais je ne connais personne comme cela. Continuons plutôt d’attendre qu’il se passe quelque chose."

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Allez, on va s’arrêter là pour l’instant si vous voulez bien, parce que vraiment : ça fuse.

Bref d’entraînement en entraînement, si Bill devient meilleur, il n’en commence pas moins à avoir des songes étranges : l’omega l’a retrouvé. Il a donc la vision lointaine d’un barrage hydro-électrique qui se trouverait en Suisse selon le Dr Carter au sein duquel se planquerait l’oméga. C’est donc parti pour nos petits amis : il faut qu’ils gagnent la Suisse ! Certes, mais comment ? En se faisant larguer au-dessus ? En détournant un avion ? En…

"On a qu’à rester avec l’invasion !" déclare Rita.

Ah mais oui, tenez. Tant qu’à faire, autant débarquer à pied sur une plage du Nord de la France. Pour aller en Suisse en passant par toutes les lignes ennemies, ça me paraît être une super idée. Vraiment, vous êtes des champions. Vous avez pris votre plan Mappy j’espère. Du coup, Bill, qui visiblement n’a aucun traumatisme quant au fait de mourir de toutes les manières jour après jour, apprend par cœur ce qu’il se passe sur la plage, l’explique à chaque réveil à Rita, et chaque jour, ils arrivent un peu plus loin avant de mourir.

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Et chaque matin, Bill se réveille donc sur cette base en se disant "Si seulement je savais où trouver un véhicule capable de nous emmener en Suisse !"

A noter que le docteur Carter, qui assiste à leurs petits briefings chaque matin s’exclame "Je sais ! Le barrage de votre vision, je l’ai localisé : il est en Suisse !" et Bill de lui répondre d’un ton blasé "Oui, cela fait des dizaines de fois que vous le trouvez, docteur, nous savons qu’il est en Suisse." Certes mon bon Bill, mais qui est le rabouin qui du coup, doit décrire le barrage chaque matin, obligeant ainsi le mec à lancer une recherche plutôt que de lui dire directement "Il est en Suisse, je le sais, vous l’avez déjà découvert dans une précédente boucle" ? Non parce que sinon, il ne dirait pas ça. Donc soit tu es con, soit ce film est incohérent, soit les deux.

Je vais y réfléchir très fort.

En tout cas, la petite troupe s’amuse donc joyeusement sur la côte à chaque boucle, jusqu’à ce qu’enfin, la plage soit passée pour nos deux héros qui découvrent derrière la dernière dune…

… un village de caravanes de rednecks avec vieux manège qui grince.

Probablement les légendaires forains mystérieux des plages du Pas de Calais. Ou de Normandie. On n’est pas très sûr sur l’endroit où ils débarquent. Mais qu’importe, car notre héros lance :

"Nous sommes déjà venus ici plusieurs fois. Et à chaque fois, nous avons échoué à trouver une voiture qui marche. Il n’en reste plus que deux à tenter, une chance sur deux  donc !"

Quel dommage que personne n’ait pensé, en sachant cela, à emmener de l’essence, une batterie, ou juste à prendre l’un des nombreux véhicules abandonnés sur la plage (qui marchent tellement bien que lors de l’une des premières boucles, l’un d’entre eux roule sur Bill). Mais non : continuons d’essayer de trouver une R12 pourrie qui marche à peine, quitte à mourir, c’est un sentiment si agréable.

Qu’importe : nos deux couillons finissent par trouver un véhicule en état de marche, et après avoir mitraillé la gueule de quelques poupoulpes, ils font route vers la Suisse et en ont donc pour un moment. L’occasion de rajouter encore du n’importe quoi à ce film qui n’en avait plus besoin.

"Enfin nous sommes en route, Bill ! Allons en Suisse !
- Tout à fait. Bon, si on parlait un peu de vous sur la route ?
- Non.
- Vous allez le faire, je le sais : d’habitude, vous commencez à parler lorsque nous arrivons vers Lyon.
- Attendez, vous avez déjà vécu ce trajet ?
- Tout à fait. C’est comme ça que j’ai appris des trucs sur vous, comme votre copain que vous avez vu mourir plus de 300 fois à Verdun.
- C’est cool, mais si vous avez déjà vécu tout ça, pourquoi m’avoir dit que vous ne saviez pas quel véhicule prendre au village des gitans mystérieux et qu’on avait une chance sur deux d’en trouver un qui marche ?
- … 
- Vous comprenez pourquoi je ne parle pas maintenant ? Dès qu’on le fait dans ce film, c’est pour dire une connerie !"

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La route se fait donc silencieusement, jusqu’à ce que notre duo tombe en panne sèche, puisque si la route est couverte de véhicules abandonnés, personne ne pense à essayer de piquer un peu d’essence. On en déduira donc qu’à chaque fois que Bill a fait ce trajet, il a oublié ce détail : ce qu’il est tête en l’air, hohoho, oublier la même chose des dizaines de fois, alors qu’il n’a que ça à penser durant des heures de routes, c’est tellement ballot. Mieux encore, en abandonnant leur véhicule, nos héros se retrouvent aussi à court de batterie pour leurs armures (oui, ils conduisaient avec, merci) et les laissent derrière eux à leur tour pour aller s’abriter dans une petite maison isolée à quelque distance de la route. Sur place, il y a même un hélicoptère d’épandage, mais sans la clé. Crotte de bique ! Bill profite donc d’être au calme, tous deux, dans cette demeure tranquille pour faire sa parade amoureuse (qui ferait pâlir d’envie les champions du site Art de Séduire), mais ça ne marche que moyennement. Surtout lorsqu’il se trahit et que Rita comprend qu’ils sont déjà arrivés jusqu’ici plusieurs fois, et que Bill sait exactement où sont les clés de l’hélicoptère. Mais il tente d’expliquer le problème :

"Nous ne sommes jamais arrivés plus loin, Rita ! A chaque fois, vous tentez de faire décoller cet hélicoptère, je ne parviens pas à vous convaincre de ne rien en faire, et des poupoulpes enterrés à proximité vous détruisent la gueule ! Ne prenez pas cet hélicoptère, il y a d’autres solutions ! Et puis… je dois l’avouer, ça me fait mal de vous voir mourir chaque jour !"

Mais Rita s’en fout, de ce gros aveu plein de bons sentiments : elle grimpe dans l’hélico, et en effet, le bruit du moteur attire des méchants qui tuent tout le monde.

Juste comme ça mon petit Bill : tu ne veux pas qu’elle meure ? Que vous finissiez toujours dans cette impasse avec cet hélico ?

Hé ben la prochaine fois, tu fais le plein et tu n’emmerdes pas le monde. Comme ça, vous ne vous arrêtez jamais dans cette maison avec son hélicoptère, et il n’y a aucun problème. Mais c’est vrai que c’est un peu subtil. Non parce que du coup, à chaque fois, c’est en fait toi qui l’emmène là où tu ne veux pas.

Du coup, à son réveil, Bill en a marre : ce jour là, il ne contacte pas Rita. Comme ça, elle n’enquiquinera plus et ne mourra plus devant lui, non mais, quelle emmerdeuse ! Bon, à un détail près mec : si tu ne l’aides pas, elle meurt sur la plage, donc le résultat sera le même, mais bon. Détail, hein, ce n’est jamais que celle que tu aimes qui meurt, et puis si tu tues l’omega, tu ne pourras plus revenir en arrière. Vraiment, touuuut petit détail. Allez, continuons. Il va donc tout seul jusqu’à la maison avec l’hélicoptère après avoir passé la plage durant l’invasion et visiblement, finit par trouver un moyen de tuer les méchants avant qu’ils ne l’embêtent, lui permettant de voler jusqu’en Suisse sans problème (le petit hélico doit avoir un très gros réservoir). Il se pose donc sur le fameux barrage du pays du chocolat, et descend dans ses entrailles à la recherche de l’oméga. Sauf que sur place, point d’oméga !

"Quel est le fuck ?" s’exclame Bill juste avant que ne surgissent un poupoulpe et une marmotte qui essaient de lui taper le museau !

Un-jour-sans-fin

Rappelons que la marmotte est un animal très dangereux : ici, l’une d’entre elles juste après avoir pris Bill Murray en otage.

Et visiblement, les deux ont un plan puisqu’ils ne tuent pas notre héros, et le désarment même lorsqu’il essaie de se suicider pour rebooter ! Quel est leur objectif maléfique ? On ne le sait pas trop, car au final, Bill trouve le moyen de se noyer pour mourir quand même, et comme ça, il peut rebooter en paix. Non mais.

"Debout les campeurs, et haut les cœurs !"

De retour la veille à sa base de départ, Bill file voir Rita et le docteur Carter et après s’être présenté, leur réexplique la situation : oui, il a eu des visions de l’oméga. Et vous savez quoi ? L’oméga n’était pas à l’endroit des visions, ce qui veut dire qu’il envoyait de fausses informations pour tendre des pièges ! Un peu comme cette fois où l’oméga lui a envoyé une vision de lui et de Salma Hayek faisant la chenille, il se disait bien qu’il y avait un truc bizarre. Donc si Rita a vu l’oméga à Verdun… c’est que l’oméga VOULAIT qu’elle y aille ! Et il voulait qu’elle gagne la bataille ! Parce que comme ça, en déduit Bill qui a forcément raison puisque c’est Tom Cruise quand même, l’armée terrienne enverrait toutes ses forces, sûre de sa victoire, lors de l’invasion de la France, prendrait sa fessée, et la conquête du reste du monde n’en serait que plus facile une fois l’armée balayée alors qu’elle était loin de ses retranchements.

Mais alors, que faire ?

"Bah il y a bien le transpondeur !" explique tranquillement le docteur Carter. "C’est un truc qui permet, à partir d’une marmotte, de savoir où se trouve l’oméga."

Bill tombe donc de sa chaise, tout comme l’ensemble des spectateurs devant cet étron cinématographique.

"Mais enfin ? Pourquoi personne n’en a parlé plus tôt ? J’ai du sang de marmotte dans les veines, donc je dois pouvoir me connecter avec l’oméga non ?
- Non mais bon, on se disait que ça ne valait pas le coup d’en parler. Mais de toute façon, le transpondeur ne marche pas. Ce n’est qu’un prototype que j’ai fait quand je travaillais dans mon centre de recherche. Quand je leur ai dis sur quoi je travaillais, mes collègues m’ont dit fou et j’ai dû fuir. 
- J’imagine bien, oui. Parler d’oméga, de marmotte et de voyages temporels, ils n’ont pas dû y croire.
- Non en effet. Mais du coup, il y a plein de prototypes qui marchent planqués dans le coffre-fort du général Brigham.
- Que… PARDON ? Vous voulez dire qu’on vous a traité de fou, traîné dans la boue, viré à coup de pied au cul mais que dans la foulée, on a terminé des recherches considérées comme loufoques, produit des exemplaires du prototype en question et enfermé le tout dans le coffre personnel du plus général en chef de la plus grande armée de l’histoire tellement tout le monde trouvait ça ridicule ?
- Hem je… oui ?"

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Bon ben, d’accord, on peut au moins dire que c’est cohérent avec le reste du film. Je parle du niveau général, hein.

Par conséquent, la nouvelle mission de nos héros est désormais d’infiltrer le QG de Brigham pour aller dans son bureau. Ce que, à force d’essais-erreurs, Bill a fini par savoir faire à la perfection. Ils esquivent donc les gardes, les mecs qui pourraient reconnaître Rita (mais pas Bill : comme expliqué au début de ce spoil, tout le monde ignore qui est Bill, pourtant passé au début du film sur toutes les télés du monde), et arrivent dans le bureau de Brigham, qui est fort surpris.

"Que… Bill ? Mais enfin ! Je vous ai viré de ce bureau de ce matin, si je m’attendais à vous voir revenir aujourd’hui même avec ma soldate la plus décorée à vos côtés ! Hé ! Mais d’ailleurs, vous êtes armés ? Que me voulez-vous ?
- Je vais vous raconter une histoire que vous ne croirez sûrement pas, général. L’invasion a eu lieu. J’y suis mort. Et suite à une erreur de l’ennemi qui peut contrôler le temps, me revoilà dans le passé pour essayer de vous prévenir. J’ai déjà vécu cette conversation des dizaines de fois, car à chaque fois, je reviens à cet endroit du temps. Je peux tout prédire. Votre téléphone qui va sonner ? C’est le général Beaufort qui vous dit que son avion est retardé à cause de la pluie. Décrochez et dites-lui que vous le rappelez.
*Dring !*
- … allô ? Général Beaufort ? Mmm… très bien. Je vous rappelle.
- Bien général. Un autre exemple ? Votre secrétaire va rentrer dans une seconde et vous demander si tout va bien.
*Clac*
-  Mon général ? Est-ce que tout va bien ?
- Mmmoui…moui… très bien.
- Votre secrétaire a tapé des rapports. Il en manque un sur le largage de carburant pour demain.
*Flip flap*
- Mais… effectivement !
- Maintenant, elle va vous annoncer ce qu’elle sait depuis un instant seulement : votre dîner de ce soir est annulé.
*Glups*
- Comment est-ce que… il a raison mon général ! Mais je viens de l’apprendre, c’est impossible !
- Et à présent je vais vous montrer mon cul.
*Boing boing*
- Incroy… hé mais dites-donc Cage, vous me prenez pour un con ? Remettez ce slip sur le champ !
- Excellent général, c’était un test pour voir si vous suiviez. Maintenant, je vais vous dire mon problème : de toutes les fois où je suis venu dans ce bureau, jamais vous n’avez accepté d’ouvrir ce coffre derrière vous pour me donner un prototype du transpondeur, quand bien même c’est le seul espoir de l’humanité. Alors je vous le demande général : allez-vous le faire ?
- Mmmm… okay."

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Et à la surprise générale (hohoho, suis-je drôle), Brigham accepte d’ouvrir son coffre-fort et tend un prototype de transpondeur à un Bill qui se demande comment il a réussi son coup.

Tout serait donc si simple que cela ?

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Personnellement, j’aurais opté pour la séquence tirage de slip et brûlures indiennes jusqu’à ce que le général donne la combinaison du coffre. Comme ça, à la prochaine boucle temporelle, il n’y avait même pas besoin de le convaincre. Mais bon.

Hé bien non : car si le général a décidé de donner aux enquiquineurs ce qu’ils voulaient, il a donné l’alerte, et à la sortie, des gardes attendent de pied ferme nos héros. Après plusieurs essais grâce aux voyages temporels, nos héros décident de fuir vers le garage du QG où ils font les kakous en voiture pendant que Bill utilise le transpondeur sur lui-même… et découvre lors d’une vision qui lui rappelle sa jeunesse en boîte de nuit à se péter les rétines sous LSD que l’oméga n’est pas en Suisse : il est à Paris, sous le Louvre !

Les entités aliens ont du goût, reconnaissons-le : on les retrouve rarement embusquées sous l’hôtel Formule 1 de Limoges.

Hélas, si le plan fonctionne, il se termine mal : la sécurité du QG finit par avoir raison du véhicule de nos héros, et ceux-ci finissent dans le décor. Aussi, lorsque notre héros se réveille…

… il n’est pas sur une base militaire avec le sergent Farell : il est dans une infirmerie, attaché, et on l’a perfusé ; il a donc probablement perdu son pouvoir !

Miséricorde ! Enfoirés du don du sang ! Ça va se payer !

Cependant, notre héros est bien vite secouru par sa bonne amie Rita, qui le tire de cette situation et l’aide à fuir les lieux sans anicroche. Et ensuite ?

"Rita, merci, mais j’ai perdu mon pouvoir ! Je suis inutile, hein, une grosse bouse à présent ! Nous savons où est l’oméga mais personne ne nous croira… et il ne reste que quelques heures avant l’invasion !
- Alors il faut nous grouiller d’aller à Paris. Mais comment ? Et puis en pleine zone occupée, il va nous falloir des soldats pour nous aider !
- Bof, sachant qu’on pouvait aller jusqu’en Suisse quasiment sans être emmerdé plus tôt dans le film.
- Oui mais chut. Il nous faudrait un appareil volant et des hommes.
- Mmmm… je pense savoir où l’on peut trouver ça !"

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Et Bill va trouver les soldats de l’escouade J, dans la nuit précédant l’invasion, pour leur expliquer toute son histoire. Et ils sont convaincus car il connaît moult secrets sur eux, puisque oui, Bill avait prévu cette situation et donc trouvé le temps de convaincre tous ses camarades de révéler leurs plus grands secrets (comme leur personnage préféré de Naruto) lors de précédentes boucles, ce qui est complètement crédible puisqu’il passait son temps à se barrer pour aller voir Rita d’entrée de jeu. Mais bon, toujours est-il que les loulous sont bien vite dans son camp, et qu’ensemble, ils vont détourner un engin volant de la base pour voler jusqu’à Paris sans que personne ne s’en émeuve sur la plus grande base de l’humanité la veille de l’invasion de la dernière chance.

Rien que de bien naturel, donc. S’il reste un peu de LSD à Tom Cruise, je suis preneur.

Et c’est donc bien vite que nos larrons arrivent au-dessus de la cité en bien piteux état : quelqu’un a joué au bûcheron avec la tour Eiffel, et visiblement, les aliens avaient connaissance du secret du lac de la Forêt d’Orient et autres réservoirs merveilleux de la Champagne-Ardenne et sont ainsi parvenus à noyer la ville. C’est donc une équipe qui patauge dans l’eau qui est larguée près du Louvre et s’approche du coin en mitraillant sévère. Le véhicule de largage s’est crashé, certains camarades sont morts, mais faisons la courte : sur place, il y a moult poupoulpes et même une marmotte pour garder l’oméga. Rita explique la situation :

"Surtout, ne tuez pas la marmotte… sinon l’oméga va le sentir, rebooter la journée et probablement mettre les voiles ou en tout cas s’adapter !"

Oui, ou alors autre option : si vous tuez une marmotte, pensez à vous barbouiller de son sang les enfants. Comme ça on pourra recommencer cette ultime mission avec une sauvegarde à l’entrée du niveau, si je puis me permettre. Et ça n’en sera donc que plus facile. Mais là encore, c’est un détail : après tout, ce n’est que ce qui a changé le destin de Rita et Bill et la dernière chance de l’humanité. Je comprends que l’on puisse oublier.

Mais bref : la troupe entre dans le Louvre après moult spectaculaires aventures, certains se sacrifient héroïquement, et au final ne restent que Rita et Bill (ça alors!), Rita n’hésitant pas à rouler un gros patin à Bill en pleine situation critique pour dire que oui, bon, tout de même, il ne l’a pas volé, son bisou, et que oui, là tout de suite, ils n’ont que ça à faire. Par ailleurs, le scénariste a dû oublier qu’à part pour Bill, personne n’a connaissance des autres boucles : donc pour Rita, c’est la première fois aujourd’hui qu’elle rencontre notre héros, et elle qui est super froide et pro ne devrait donc pas vraiment sombrer dans ce genre de cucuterie avec un quasi-inconnu, mais bon, là encore, hein, bon, dites, ho. On va dire que ces tous ces poupoulpes et cette grosse marmotte, ça les a follement excité. Mais en tout cas, elle va faire diversion pour emmener la marmotte et les poupoulpes dans un coin pendant que Bill se rue vers l’oméga. Rita meurt dans l’affaire, et pour ne rien cacher, Bill aussi, puisque s’il parvient à envoyer tout un paquet de grenades vers l’oméga qui est planqué au fond d’un trou d’eau sous le musée, il se fait tuer par une marmotte furieuse. Je vous disais que c’était un animal taquin.

Les grenades arrivent sur l’oméga, lui explosent à la tronche, et celui-ci pète lamentablement, faisant que, ça alors, tous les aliens de la planète s’effondrent, raides morts.

J’aime beaucoup le principe des extra-terrestres qui meurent toujours d’un seul coup, histoire que ce ne soit pas trop compliqué à gérer dans l’intrigue. La Terre serait envahie par des humains, ou pire, des démarcheurs téléphoniques, on serait vachement plus emmerdés en fait. Heureusement que les aliens sont sympas.

En attendant, me direz-vous, Bill et Rita sont morts, le monde est sauvé, tout est fini ? Non ! Car le corps de Bill s’enfonce lentement dans les eaux noires où l’oméga avait fait son nid… et des morceaux de la bête viennent s’agglutiner autour de lui (souvenez-vous : xénozoonécrophilie jusqu’au bout !) jusqu’à ce que…

… Bill se réveille dans l’hélicoptère qui l’emmenait au début du film chez le général Brigham : il est revenu dans le temps ! Il a à nouveau le pouvoir ! Lorsque son hélicoptère se pose à Londres, la ville est en liesse : l’invasion alien est terminée. D’après les informations, une vague d’énergie a été détectée à Paris et tous les poupoulpes et autres marmottes se sont effondrés comme de vulgaire footballeurs dans une surface de réparation.

Ce qui serait très intéressant si tout cela n’était pas supposé arriver le lendemain, et ce grâce à Bill. L’oméga se serait donc suicidé ? Il serait revenu dans le temps pour mourir ? Le scénario serait tout pourri jusqu’au bout et en fait, tout cela n’aurait aucun sens autre qu’un happy ending sorti de nulle part ?

Je n’ose y penser.

Qu’importe : la victoire est à l’humanité, et Bill se rue donc sur la base où l’invasion se préparait. Dans son bel uniforme de major, personne ne l’embête lorsqu’il se rend aux quartiers de l’escouade de Rita, et lorsqu’il va trouver la belle, il lui fait son sourire le plus ravageur, se disant qu’il a désormais tout son temps pour essayer de lui montrer que tous les tentacules ne sont pas forcément hostiles et…

… FIN.

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On termine tout de même avec une spéciale cacedédi à François Bayrou.

______________________

"Alors ? Vous comprenez ? J’ai le même problème !"

Berthier s’excite tant et si bien que ses gestes font à présent voler tous les papiers présents dans le bureau.

"Tous les matins, je me lève et je suis toujours aussi fatigué ! Je me traîne jusqu’au RER où les mêmes personnes me bousculent ! Puis, je me glisse dans un métro où un type rentre pour jouer la cucaracha à l’accordéon ! Ensuite, j’arrive ici et je fais les mêmes tableaux Excel, toute la journée ! Je répète sans cesse la même tâche ! Et quand je vais sur les réseaux sociaux, c’est pareil : les mêmes amis se plaignent qu’on est déjà lundi, d’autres postent des photos d’eux enfants en me défiant de faire de même, et un autre parle de la météo. Je rentre le soir, épuisé, je passe à Franprix où la caissière me regarde à peine, et je me couche pour me réveiller à nouveau le même jour et tout recommencer."

J’écoute tranquillement l’homme finir son récit, tout en écrasant mon cigare dans le vieux cendrier de la fête des pères qui trône fièrement sur son bureau. Je hoche la tête puis lui tape sur l’épaule.

"Allons Berthier, pas d’inquiétude, vous n’êtes pas Tom Cruise. Vous n’êtes pas dans une boucle temporelle.
- Vous… vous êtes sûr ? 
- Berthier vous êtes mon comptable depuis un moment, vous me connaissez, j’aime être direct, à part peut-être avec le fisc. Alors si vous vivez toujours la même journée, rien ne doit changer, non ?
- Non !
- Alors dans ce cas, comment était la stagiaire qui servait de table basse dans la salle d’attente devant mon bureau hier ? Vous savez bien que j’en change chaque jour.
- Hé bien… châtain, je crois.
- Et aujourd’hui ?"

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Berthier entrouvre timidement la porte pour regarder de l’autre côté du couloir et la referme dans un grand soupir.

"Rousse ! Elle est rousse ! Je suis sorti de la boucle temporelle !
- Ah, Berthier, Berthier… pas d’inquiétude : il n’y a jamais eu de boucle temporelle.
- Mais ? Vous êtes sûr ?"

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Je pose une main paternelle sur l’épaule de mon employé, et nous contemplons tous deux la ville qui vibre juste de l’autre côté de la fenêtre de son bureau.

"J’en suis sûr", lui dis-je tranquillement. "Aucune boucle temporelle." Je sens ses épaules se détendre sous mes doigts.

"Vous avez juste une vie de merde", conclus-je avant de repartir vers mon bureau pour les entretiens d’embauche de mes assistantes.

Comme chaque collégien le sait : "Lorsque l’on est en retard, il faut présenter un mot d’excuse."

Ne cherchez pas d’autres citations issues de la sagesse collégienne : ça s’arrête à peu près là. On parle d’adolescents tout de même, déjà qu’ils ont du mal à utiliser un savon, vous imaginez bien qu’ils ne font pas de grands philosophes. Dans tous les cas, le forban que je suis n’ayant aucune excuse quant à mon propre retard, laissez-moi profiter de cette occasion pour partager les mots d’excuses les plus populaires en ce moment et qui fleurissent bon sur internet grâce à la magie de l’auto-diagnostic et d’une partie du corps médical qui a compris depuis longtemps que la bêtise, à défaut d’être guérissable, pouvait largement être rentabilisée.

Allons-y donc :

Si vous avez entre 4 et 16 ans – l’hyperactivité. 

Vous êtes jeune et plein de fougue, et à partir d’un certain âge, plein d’hormones qui transforment doucement votre visage poupin en crumble aux fruits : quelle chance. Seulement voilà, vous êtes aussi un sacripan qui aime bien faire ce qu’il veut quand il le veut puisque l’autorité de vos parents s’arrête à ces phrases mystiques :

  • "Non, ce n’est pas bien !"
  • "Arrête s’il-te-plaît !"
  • "Tu vois bien que tu embêtes la dame à taper dans son siège depuis deux heures !"
  • "Attention !"

Par conséquent, vous faites un petit peu ce que vous voulez, et certaines personnes n’hésitent pas à vous qualifier de "galopin", " de "brigand" voire de "méphitique petit étron". Vous avez bien conscience que le reste du monde a bien envie de vous discipliner en vous collant des pinces crocodiles reliées à une batterie de Trabant sur les tétons, mais vous n’avez pas envie d’arrêter, puisque tout de même, c’est chouette d’être chiant. Rassurez-vous, grâce à l’hyperactivité © vous allez enfin pouvoir faire tout et n’importe quoi en expliquant que ce n’est pas votre faute, c’est celle de la nature, alors c’est au reste du monde de vous supporter. Du moins, c’est ce qu’expliquent vos parents, parce que l’hyperactivité ©, c’est tellement bien que ça fait aussi mot d’excuse pour l’échec de la mission parentale.

N’hésitez donc plus : vous n’avez aucune excuse pour vos actes ? Ce n’est pas vous, c’est l’hyperactivité ©.

Et en plus, ça dédouane papa et maman, alors que demande le peuple ?

Si vous avez entre 16 et 24 ans – l’autisme Asperger

Passé 16 ans, c’est fou ce que le nombre d’hyperactifs diminue. Un miracle, probablement, qui n’a rien à voir avec une soudaine envie de ne rien branler (ou l’inverse, ce n’est pas bien clair). Aussi, après avoir cordialement fait chier la moitié de l’humanité durant les premières années de votre vie, comment expliquer que vous n’ayez pas beaucoup d’amis ? Vous passez pourtant vos journées à échanger avec beaucoup de gens sur Twitter et Facebook, mais curieusement, vous avez l’impression que rester chez vous vous isole (c’est fou). Comment arriver à trouver un coupable à tout cela, et ainsi pouvoir avoir encore plus de prétextes à pleurnicheries en ligne (85% de l’activité des réseaux sociaux, rappelons-le) pour faire le kakou ?

Le syndrome d’Asperger© est là pour vous.

Syndrome qui a mystérieusement proliféré dans la population ces dernières années, coïncidant exactement avec pléthore de nouvelles séries télévisées où le personnage principal est un génie incompris du reste du monde en partie asocial (c’est fou, le hasard), il permet d’expliquer que l’on est pas comme les autres, et que tout échec est forcément à mettre sur le dos de ce symptôme : c’est pas moi, c’est Asperger©. Et qu’en plus, vous êtes intelligent d’une manière que le commun des mortels ne peut saisir. Rappelons que le syndrome d’Asperger touche en réalité une infime partie du spectre de l’autisme, lui-même touchant une minuscule partie de la population, mais sitôt que vous allumez Twitter, vous avez tellement d’Asperger que l’intégrale du personnel de l’INSEE devrait se trancher la gorge à la simple idée de l’absurdité statistique qui se cache là-dessous. Le syndrome d’Asperger© est par ailleurs très facile à s’auto-diagnostiquer : vous êtes timide ou vous pensez souvent que les gens sont cons ? C’est une "difficulté d’interaction sociale". Vous avez une paire de passions ? Ce sont des "intérêts restreints". Vous vérifiez deux fois que vous avez fermé la bagnole ? Ce sont des TOC. Banco & kamoulox : vous êtes autiste Asperger ©.

Alors, oui, si vous tombez sur quelqu’un qui a déjà vu de vrais autistes Asperger, ça va vite se voir que vous jouez au malade imaginaire. Mais ce qui est bien, c’est que comme peu de gens en ont vu de vrais puisqu’ils sont très rares, vous ne risquez pas trop de les croiser. Et puis sinon, c’est comme la dyslexie pour justifier que vous écriviez comme une merde : dites que vous avez une "forme légère", une "forme particulière" ou bien chloroformez votre interlocuteur.

Vous direz qu’il souffre d’une "forme légère de narcolepsie" aux témoins avant de le charger dans le coffre.

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"Hmmm, encore un patient qui est arrivé en m’expliquant qu’il avait tous les symptômes du diagnostic qu’il voulait après les avoir lus sur internet. Je me demande si ça ne joue pas, genre, un tout petit peu pour lui trouver le diagnostic en question."

Si vous avez entre 24 et 77 ans – L’adulte surdoué, ou Zèbre 

Vous n’êtes pas spécialement hyperactif et ne l’avez jamais été ? Vous trouvez que vous dire autiste alors que vous ne l’êtes pas, ça va se voir ? Pas de problème : les "Zèbres" sont là pour vous. Ce nom mystérieux donné par une psychologue auteure d’un livre à succès sur le domaine, a ainsi décidé de qualifier ces "drôles de zèbres" que sont les surdoués. Même si le zèbre reste quand même un animal con comme un cheval, et ne m’entraînez pas sur ce terrain là sinon je vous reparle des dauphins, ah mais. Pour ceux qui n’ont jamais lu le livre en question, dont on ne fera pas la publicité ici, c’est facile : lisez-le, vous allez vous découvrir surdoué. Envoyez-le à n’importe lequel de vos amis, il le sera aussi. Pour ceux qui l’ont, faites le test : si vous trouvez une personne qui ne se reconnaît pas dans les symptômes, vous venez de trouver un trépané. Vous êtes hypersensible ("Holala, oui, moi aussi, quand j’écoute de la musique des fois je suis pris à la gorge !") ? Vous avez l’impression de penser à plein de trucs en même temps, voire de vous y perdre ("Mais qu’est-ce que je suis allé chercher dans la cuisine ?") ? Vous avez parfois l’impression de vous faire chier (Vous avez vu Spring Breakers) ? C’est bon : vous êtes surdoué. Si vous n’avez pas écouté Berthier en réunion, que vous avez paumé le dossier McCall et que vos mails sont illisibles, ce n’est pas votre faute : vous êtes un Zèbre ©.

Pour ceux qui penseraient que j’exagère, j’ai le livre sous les yeux, avec une liste des symptômes pouvant aider à se dire "Holala mais je suis surdoué !", j’en cite seulement quelques-uns :

  • Insatisfaction de vie
  • Sentiment d’incomplétude.
  • Moments de découragement
  • Besoin de prouver et de se prouver.

La dernière fois que j’ai lu ça, je feuilletais un prospectus sur la scientologie.

Une fois Zèbre © vous pouvez donc aller sur des sites pour rencontrer d’autres Zèbres © (mais si), parce que le livre dit que bon, vous serez mieux ensemble, et c’est bien fait, parce qu’un non-Zèbre pourrait quand même faire remarquer que quand on se laisse coller une étiquette par un livre vendu en grande surface pour expliquer tous les problèmes de sa vie, c’est peut-être pas vraiment du génie, en fait. D’ailleurs le livre est sympa et vous précise que même si vous échouez aux tests d’intelligence divers et variés, ça ne veut pas dire que vous ne soyez pas un Zèbre © pour autant. Même si vous n’avez pas tous les symptômes d’ailleurs, loin de là. Bref, vous pouvez donc prétendre à la zébritude à peu de frais, et ça, c’est quand même pratique.

Alors n’hésitez plus : vous pourrez briller en société.

Si vous avez plus de 77 ans – Vous êtes vieux.

Sans rire, vous avez besoin d’une autre justification pour vous promener en pyjama dans la rue ?

Bien, cela étant dit, à vous de jouer en choisissant votre propre excuse pour expliquer au reste du monde qu’en fait, c’est pas votre faute.

Et si certains trouvent des raccourcis dans cet article, c’est pas ma faute : je suis atteint d’une grosse forme de mépris.

Alors me le reprocher serait de la discrimination.

C’est bête.

Comme souvent après les élections, je suis grognon.

Non pas à cause des résultats des élections – c’est mon côté beau joueur et mon amour des chansons bavaroises – mais des réactions indignées et des commentaires constructifs de tout et tout le monde, avant de recommencer comme avant. Et puisque se répéter ne semble déranger personne, en sus du dernier article post-électoral, je propose  donc un petit complément que voici.

Comme d’habitude : on clique.

Europclick

Il faut croire que ça m’amuse : c’est probablement le plus inquiétant.

Et on s’indigne, bien sûr.

Il existe bien des manières de rater un film.

La première est bien évidemment d’y faire tourner Nicolas Cage une veille de date limite pour rendre sa feuille d’impôt. Mais il en existe bien d’autres, qui ont déjà été expliquées sur ce blog. Or, l’art de la pédagogie étant celui de la répétition, revenons sur une règle simple, dite règle de l’Odieux Connard, à savoir que pour rater un film, il existe trois éléments incroyablement compliqués à gérer qui à moins d’y prêter une attention particulière, sont une garantie certaine de ratage. Il s’agit :

  • de Dieu
  • de la grosse magie/des übers pouvoirs
  • des voyages dans le temps

On pourrait croire que ce n’est pas si compliqué que ça, sauf qu’en fait, à partir du moment où vous avez soit des pouvoirs tellement puissants qu’ils peuvent régler tous les problèmes, soit la capacité de les régler avant même qu’ils n’arrivent, le film n’a que peu de chance de durer. Sauf si A) il est incroyablement bien maîtrisé et écrit ou B) c’est une merde assumée, faire un truc cohérent, c’est fatiguant et tout le monde s’en fout.

Et puisque nous parlons généralement d’Hollywood, je vous laisse donc deviner de la solution qui l’emporte.

Aussi, lorsque j’ai ouï dire que le prochain X-Men parlerait de gens avec des übers-pouvoirs voyageant dans le temps, vous imaginez bien que j’ai eu des étoiles dans les yeux, principalement lorsque j’ai tenté de me poncer les rétines. Aussi, je vous propose de ne pas en dire plus : alors, X-Men : Days of future past, brillante réussite ou blockbuster au script tenant à peu près autant debout que le professeur Xavier ?

Ni une, ni deux : spoilons, mes bons !

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L’affiche : des explosions, des robots volants, des éclairs et des gens tout bleu, M. l’ambassadeur, vous nous avez vraiment gâtés.

Notre film s’ouvre quelque part dans le futur, et plus précisément du côté de la riante bourgade de New York. Hélas, celle-ci est justement un poil moins riante qu’on ne pourrait le penser de prime abord, voire fait carrément la gueule : en effet, elle est diablement en ruines. C’est donc au milieu des immeubles éventrés et des rues transformées en champ de bataille de cet univers désespéré où les Starbucks ont disparu (les hipsters sont donc probablement morts de désespoir) que nous découvrons de braves gens un peu grognons qui circulent au sein d’un gigantesque camp de prisonniers futuriste (comprendre : les barbelés sont des barbelés laser qui chatoient. J’en connais qui doivent avoir une grosse facture EDF). La voix off d’un certain professeur Xavier nous explique donc de quoi il retourne : dans le futur, les humains sont en guerre ouverte avec les mutants. Ces derniers sont pourchassés et enfermés, tout comme les humains qui essaient de les aider, parce que dans le futur, on aime pas trop ces mutants qui volent le pain des braves humains et restent chez eux à rien branler en profitant du RSA, ma bonne dame.

Heureusement, telle une flamme dans la nuit (ou la lumière de votre portable sous la couette, j’adapte mes figures de style à mon jeune public), la résistance existe encore. Allons donc la voir !

C’est donc du côté de Moscou, car on voyage dans ce film, que nous retrouvons dans les souterrains une équipe de mutants qui… fait des trucs de mutants ? Bon, on ne sait pas bien ce qu’ils font là, mais ils ont l’air très préoccupés. Cela dit, il serait probablement bon de les présenter, voici donc leur équipe :

  • Shadowcat – pouvoir : peut traverser les murs
  • Iceberg – pouvoir : peut faire de la glace
  • Solar – pouvoir : peut faire du feu et du rap
  • Joe l’Indien – pouvoir : peut détecter les méchants qui approchent et ouvrir des casinos
  • Portal Girl – pouvoir : peut créer des portails pour téléporter des gens
  • Doudou Bishop – pouvoir : peut absorber l’énergie des autres, ce qui confirme qu’il est bien un n… un mutant, un mutant (je m’adapte aussi aux résultats électoraux)

Et justement : alors que nos larrons sont très occupés à faire du rien, voici que Joe l’Indien détecte l’approche imminente de gros vilains. Et ses pouvoirs ne le trompent pas car à la surface, des vaisseaux en forme de morceaux de Toblerone (une stratégie habile pour appâter l’ennemi : dans le futur, les blogueuses mode mutantes ne font pas 20 minutes) survolent le coin et larguent des humanoïdes plutôt robotiques qui s’empressent de commencer à creuser en transformant leurs bras en foreuses pour tenter d’aller péter la gueule aux margoulins souterrains.

Toute l’équipe des mutants se prépare donc à recevoir les vilains robots, pendant que Shadowcat et Doudou Bishop vont s’enfermer dans un coin tranquille. Non pas pour s’amuser une dernière fois avant de recevoir une sonde anale robotique, mais pour bien moins rigolo, car Shadowcat se contente d’obliger Doudou Bishop à s’allonger puis en plaçant ses mains de chaque côté de ses tempes… a l’air de le shampouiner. Soit, pourquoi pas.

Pendant ce temps, les autres mutants se battent comme des petits fous pour retenir les vilains robots. Mais soyons clairs : leurs pouvoirs ne leur font quasiment rien. Ho, il y a bien Portal Girl qui par accident, coupe le bras d’un robot en lui refermant un portail sur la gueule, mais non, elle ne pense pas à du coup ouvrir et fermer des portails sur les bestiaux pour les couper en deux vite fait bien fait. A la place, elle préfère faire des trucs vachement plus efficaces comme téléporter ses copains dans tous les sens pour qu’ils donnent des coups de couteaux ou de poing (si si) aux bestioles blindées, qui du coup rigolent un peu d’une stratégie aussi pourrie. Tu m’étonnes que la résistance perde vu les busards.

Bon, remarquez, il y a bien les pouvoirs des mutants, mais les robots s’adaptent à chaque pouvoir : ils transforment leur blindage en flammes pour attaquer Iceberg, en glace pour tabasser Solar (Ah ? Mais justement, s’ils se transformaient en feu pour affronter la glace, c’est pas justement parce que ça donnait l’avantage au feu ? On va dire qu’on a rien vu) ou en couverture portant la petite vérole pour laminer Joe l’Indien. Résultat : la plupart des mutants sont tués. Et au moment où les vilains arrivent pour claquer la margoulette de Shadowcat et Doudou Bishop…

Ces derniers disparaissent !

Pourquoi donc ? Comment donc ? La réponse se trouve en Chine (je vous avais prévenus), alors qu’un avion mystérieux survole le coin pour aller se poser dans un vieux temple dans les montagnes. En descendent des têtes connues : Wolverine, Tornade, Magneto et le professeur Xavier, qui a profité du futur pour investir dans une chaise volante puisque les roues, c’est has-been. Le spectateur aura évidemment envie de demander "Mais attendez les petits gars, on est dans le futur, alors pourquoi personne dans l’équipe ne semble avoir vieilli ?" mais la réponse tient là encore dans la chaise magique du professeur Xavier, qui a probablement pour carburant le budget maquillage du film. Tant pis.

Toujours est-il que la petite équipe menée par Magneto et Xavier, vieux ennemis désormais alliés pour leur survie, retrouve dans le temple l’équipe de Shadowcat,  qui explique ce qu’ils foutent là (et accessoirement pourquoi son équipe que l’on a vue se faire découper dans la scène précédente est vivante).

"Xavier ! Magnéto ! Et toute la fine équipe, c’est bon de vous revoir !
- Mmm… Shadowcat, c’est un plaisir partagé. Nous avons eu du mal à vous retrouver. Comment avez-vous survécu à toute cette guerre ?
- Hé bien professeur, c’est tout simple : figurez-vous que j’utilise mon pouvoir de mutante qui me permet de renvoyer la conscience de quelqu’un dans le passé pour habiter son corps plus jeune et…
- Shadowcat, ton pouvoir, ce n’est pas de traverser les murs ?
- Si pourq… ah merde, oui.
- Oui hein ? Bon, tu sais quoi ? On va dire qu’on a rien vu et que c’est parfaitement logique. Reprends ton explication sur comment ce pouvoir que tu n’as aucune raison d’avoir te sert à échapper aux méchants.
- Alors, oui, disais-je : à chaque fois que Joe l’Indien sent que l’ennemi nous a trouvé et arrive, je m’enferme avec Doudou Bishop et je renvoie son esprit dans le passé, quelques jours auparavant. Là, il peut prévenir l’équipe que notre cachette va être découverte, et il modifie donc le futur. Du coup, ce futur disparaît… puisque nous sommes déjà partis avant même que l’assaut ne commence ! Ça marche aussi après un mauvais restaurant remarquez : je peux renvoyer quelqu’un dans le passé dire que c’est dégueulasse avant même qu’il ne chope une gastro. 
- C’est surpuissant Shadowcat ! C’est justement pour cela que nous sommes venus te chercher : nous voulons modifier le passé pour faire disparaître ce futur. 
- Ho !"

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En même temps, vu la mode dans le futur, moi aussi je voudrais effacer ce monde.

Excellent plan, professeur Xavier. Maintenant que la plupart des mutants se sont fait bourrer la gueule, c’est en effet assez pertinent de se souvenir que, tiens, en fait on avait moyen de voyager dans le temps et de sauver tout le monde depuis un bail, hihihi, oups, désolé les gars. Toujours est-il que c’est l’occasion pour le professeur de nous expliquer à partir de quand tout a commencé à partir en sucette. En effet, par le passé, un industriel de génie nommé Bolivar Trask (Trask, Stark, vous voyez le subtil rapport ?) atteint de nanisme est devenu célèbre en proposant plein de plans d’armes pour contrer les mutants, et en leur faisant plein d’expériences sur la gueule (comme tester du rouge à lèvres), aussi. Jusqu’à un beau jour de 1973 où aux accords de Paris consacrés à la fin de la guerre du Vietnam, Mystic, la mutante transformiste a décidé de buter Monsieur Trask. Et si elle a réussi, elle s’est aussi faite capturer. Et les industries Trask ont donc étudié son ADN pour le filer à leurs nouvelles machines, les sentinelles, des robots qui grâce à cela pourraient se transformer pour s’adapter à toutes les situations (ceux qui dans le futur, font donc régner la terreur et deviennent glace ou feu, comme ça, pif pouf).

Le professeur Xavier, qui n’est pas la moitié d’un con, s’exclame donc : "Il faut donc retourner dans le passé empêcher Mystic de tuer Trask ! Parce que c’est aussi son premier meurtre… elle qui était si gentille, on pourrait la sauver d’une vie de crime !"

C’est donc ici que commence le bullshit spatio-temporel : le vrai souci du voyage dans le temps au cinéma, c’est qu’il permet de régler toutes les situations en un clin d’œil. Ainsi, si Xavier n’était pas une grosse buse, il pourrait dire "On a qu’à retourner dans le temps sauver Mystic avant même qu’elle ne fasse sa crise d’ado/neutraliser Trask avant même qu’il ne décide de devenir scientifique, et à la place l’orienter vers un cursus de boulanger-pâtissier/arrêter Hitler, comme ça en plus on peut sauver tes parents mon petit Magnéto/empêcher Ridley Scott de faire carrière/les honnêtes gens d’aller voir ce film" ou autre, mais non. Et personne ne dit rien d’ailleurs, parce que personne n’a trop d’idées : le voyage dans le temps, c’est tellement surfait. Xavier peut donc continuer sur sa logique moisie, mais déjà, se renseigne un peu auprès de Shadowcat pour savoir si elle pourrait renvoyer quelqu’un dans le temps loin en arrière. Certes, lui répond la bougresse, mais il faudrait quelqu’un avec un esprit super puissant et résistant, parce que déjà que sur une petite distance, c’est compliqué à faire, renvoyer quelqu’un 50 ans en arrière, ça sera vraiment une expérience compliquée. Alors, qui envoyer ?

Wolverine prend donc la parole :

"Le voyage risque d’endommager l’esprit ? Et si… si on envoyait quelqu’un avec un esprit capable de se régénérer ?"

Superbe idée, Wolverine. Sauf que c’est pas ton pouvoir : toi, tu peux guérir des impacts de balles et des brûlures indiennes, pas des blessures de l’esprit. D’ailleurs c’est rigolo parce que justement, tu as eu deux films sur ton nom où on expliquait que si ton corps guérissait, ton esprit lui était loin d’en faire de même, même que c’est pour ça que tu étais amnésique, galopin.

Un détail (qui fait deux films), un détail.

"Top moumoute", répond Xavier "On t’envoie dans le temps alors puisqu’on a personne de plus qualifié.".

Parfaitement mon petit Xavier : ah, si seulement on avait sous la main un mutant dont le pouvoir serait d’avoir un esprit surpuissant, tellement que dans les films précédents où il apparaissait, quand on détruisait son corps son esprit parvenait à survivre et à se recomposer. Un mutant qui en plus serait capable d’influencer les gens, ce qui est super pratique pour aller tenter d’empêcher des trucs dans le passé.

Oui, si seulement on avait ça, professeur Xavier.

Mais vous avez raison : envoyons plutôt le type qui n’a aucun rapport avec la choucroute et qui a pour seule qualité d’être le préféré du public. C’est pas mal.

Miséricorde.

Mais rassurez-vous, niveau trucs nuls, on ne s’en arrête pas là, puisque Magnéto et Xavier commencent à briefer Wolverine sur sa mission :

"Wolverine, nous allons te renvoyer en 1973, tu pourras ainsi arrêter Mystic ET Dalida, ce qui n’est pas rien. Pour ce faire, tu devras me trouver, moi, Xavier, à l’époque où j’étais jeune et désespéré. Tu devras être patient avec moi, me convaincre de te suivre…
- Je ne peux pas juste péter la gueule à Mystic ?
- Que… heu… non. Il va te falloir la convaincre d’être gentille. Et puis tiens t’en au script qui dit que soudainement, ton personnage violent et impulsif devient instantanément un grand partisan de la diplomatie.
- Soit. Donc je résume : je vous trouve, je vous dis de m’aider, vous trouvez Mystic avec vos grands pouvoirs et on va lui dire que tuer c’est mal, et pouf, elle s’arrête.
- C’est en effet mon plan génial. 
- Vous savez que si vous me renvoyez 10 ans de plus en arrière, je peux parler à Mystic tranquillou sans avoir à la chercher ni à m’emmerder à vous convaincre vous, puisqu’elle est encore jeune, gentille et vit chez vous ?
- … bon, Wolverine, tu fais chier. Alors tu suis mon plan. Bien, donc, une fois que tu m’auras trouvé, tu devras aller chercher Magnéto, à une époque où lui et moi sommes de terribles ennemis, pour le convaincre de m’aider à parler à Mystic.
- Donc attendez : je dois convaincre DEUX relous pour aller eux-même en convertir une seule à la gentillesse ?
- Oui, et à une époque où nous nous haïssons !
- Et me renvoyer à l’époque où vous êtes potes, non ?
- WOLVERINE CA SUFFIT ! Le script bordel ! Tu trouves mon plan génial, personne ne pose de question, et comme ça on a pas à avouer que celui-ci n’est qu’un prétexte pour que ça dure le temps d’un film au lieu de se régler en 5 minutes en buvant un café !"

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C’est donc sur cet incroyable plan (qui est aussi le pitch, mais visiblement, personne ne l’a remarqué avant de tourner le film en entier) que Wolverine va s’allonger sur un autel au sein du temple chinois, Shadowcat se plaçant derrière lui pour lui expliquer comment ça va se passer : il faut qu’il pense à des trucs paisibles, comme par exemple à des fans de Garou en train de se faire stranguler, pour ne pas briser le pont qui va s’établir entre son corps actuel et son corps d’autrefois. Et ensuite, tout devrait rouler. Pendant ce temps, les mutants défendront le temple, le temps que Wolverine change le passé.

Parce que oui, si Wolverine veut passer 20 minutes dans le passé, il faut que Shadowcat utilise son pouvoir sur lui durant 20 minutes aussi. Et non, rien ne bouge ou ne change dans le futur, qu’importe ce que fait Wolverine dans le passé, jusqu’au moment où le script dira "Ayéééé c’est bon, le futur est changé". Visiblement, personne n’a entendu parler de l’effet papillon par ici, ce qui rend ce pouvoir aussi incohérent que débile (et comme c’est le prétexte du film, je vous laisse deviner la suite). Quelque chose me dit que le futur ne sera changé qu’au dernier moment de la dernière seconde d’un assaut des méchants sur le temple chinois. Au hasard. Mais en attendant, rien ne bouge : les vilains n’ont pas encore repéré le temple, Shadowcat peut donc commencer à se concentrer sur Wolverine, qui ferme les yeux…

… et les rouvre dans une chambre.

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"Qu’eeeeesse que j’ai fait hier soir… "

Les rideaux sont moches, la musique contestable et le matelas sur lequel il est allongé est rempli d’eau : aucun doute, il est bien de retour en 1973. Bon, il se réveille avec une fille sous le bras et pas vraiment de souvenir de comment elle a bien pu atterrir là, mais bon, hein, à qui cela n’est-il jamais arrivé, je vous le demande (je veux dire, à part aux joueurs de Magic) ? Le fripon se prépare donc à filer en douce (là aussi, un classique), mais est interrompu par de fieffés brigands qui veulent l’empêcher de passer, puisque la fille serait, figurez-vous, la fille du boss d’un gang local. Quelques coups de poing dans la gueule plus tard, Wolverine repart donc tranquillement profiter du New York de 1973. A noter que lors de la bagarre, Wolverine a constaté qu’il était à une époque où il n’avait pas encore ses griffes en métal, mais ses vieilles griffes en os. Soit.

Pendant ce temps, à Washington, l’industriel Bolivar Trask est en train de passer devant la commission du sénat pour proposer une solution au problème mutant (ah bon ? Dans les autres films, les gens n’avaient l’air que moyennement au courant, mais bon) : des robots volants qui détectent automatiquement les mutants et les butent.

Ah ben oui, oui, pourquoi pas.

L’argumentaire de Trask est le suivant : les USA viennent de perdre la guerre du Vietnam, où ils manquaient diablement d’équipement adapté, ils seraient donc bien bêtes de ne pas lui acheter ses équipements über-méga-dernier cri et perdre ainsi la guerre contre les mutants. Le sénat, cependant, refuse d’entendre parler de cette histoire, et aucun sénateur ne pense seulement à dire "Ah bon, mais alors tu avais des über-armes et tu n’as pas pensé à nous les vendre plus tôt alors qu’on était en pleine guerre, mec ? C’est fou ! Et puis ils sont chouettes tes robots, tu sais, on ne pourrait pas les acheter pour taper autre chose que des mutants, comme des communistes par exemple, qui sont une autre forme de mutation ?"

Mais non : au sénat américain, lorsqu’on achète une arme, c’est pour une cible. On sait très bien que les balles, c’est un truc très complexe et pas vraiment polyvalent.

Allez, on continue malgré tous les trous du scénario ! Nous n’en sommes qu’au début !

Retrouvons donc Wolverine, qui se rend au manoir Xavier pour y trouver l’école de surdoués abandonnée. Ho ? Mais comment donc ? Accident ? Erreur ? Réforme de la carte scolaire ? Tout cela est bien mystérieux. Le brigand frappe donc à la porte pour voir s’il n’y aurait pas âme qui vive et celle-ci est ouverte par le jeune Mc Coy, aussi connu sous le nom de "Fauve" (l’animal sauvage, pas le mauvais groupe), et qui lui explique que non, il n’y a pas de professeur ici, Xavier ou non. Wolverine insiste une fois, deux fois, puis lui colle la porte dans la gueule histoire de faire comprendre qu’il aimerait passer. Après s’être un peu bagarré avec ledit Fauve, Wolverine constate que le bruit a attiré quelqu’un : le professeur Xavier. Et chose impressionnante : celui-ci marche ! Alors qu’il devrait être en petit fauteuil. Voilà qui n’est pas banal (venant de la part de mecs qui voyagent dans le temps, cela dit, bon).

La conversation s’engage donc promptement, Wolverine expliquant qu’il vient du futur, ce qui est peu crédible mais que le professeur peut confirmer en lisant son esprit.

Sauf que le professeur explique qu’il a perdu ses pouvoirs. Parce que oui, Xavier l’a en plus renvoyé à une époque où il était inutile ! N’est-ce pas merveilleux ? Car à l’époque, Mc Coy a développé un sérum à partir de l’ADN de Mystic permettant de reconstituer la moelle épinière du professeur… mais la chose neutralise ses pouvoirs en même temps ! Sans compter que le prof se défonce comme un petit fou avec, parce qu’il est super malheureux depuis que Mystic est partie, et que ça tape plus fort que du LSD, rastafari, yeah man. Et en plus, avec la guerre du Vietnam, beaucoup de ses élèves et professeurs ont été appelés… d’où le fait que l’école soit fermée et quasi-abandonnée.

Bref, Xavier nous fait sa petite dépression. Quel dommage qu’aucun mutant ne s’appelle Xanax.

Qu’importe : allons voir pendant ce temps ce qu’il se passe du côté de Mystic.

Car la bougresse est à l’autre bout du monde, et plus précisément, justement, au Vietnam où des recrues ont été mises en isolement puisque l’on s’est aperçu qu’elles étaient vaguement mutantes (celle avec des piquots sur la gueule, par exemple, je me demande combien de temps ils ont mis pour se dire que, tiens, c’était pas top normal cette affaire). On leur fait donc des prises de sang, jusqu’à ce qu’arrive un militaire pas vraiment sympathique : un certain commandant Stryker (dont la taille, la tête et la corpulence varient à chaque film), qui explique qu’il est missionné par les industries Trask pour venir chercher les mutants et leur faire subir plein de trucs moyennement rigolos, comme des prélèvements douloureux, des exercices physiques épuisants, et la lecture intégrale du script.

Mystic, qui n’est pas trop d’accord avec tout cela, prend donc l’apparence d’un officier pour infiltrer le site où sont retenus les pauvres hères, puis marave la margoulette de tous les malandrins sur son passage. Les mutants en profitent pour l’aider : l’un a des pouvoirs de crapaud-hypno et fait s’évanouir des gardes, un autre a la langue du crapaud-tout-court et peut donc désarmer des vilains, et un dernier a l’incroyable pouvoir de refiler la chiasse à tout ce qui se dresse devant lui, ce qui est tout bonnement terrifiant. Cela fait, le bourreau des slips et ses amis suivent Mystic jusqu’à l’aérodrome militaire voisin où ils s’embarquent à bord d’un avion qui décolle aussitôt et les emmène loin de Stryker & co.

A noter qu’aucune explication n’est fournie sur d’où sort cet avion ni pourquoi il emmène les mutants loin du camp militaire sans que personne ne pose de question. Ou pourquoi Stryker, qui se réveille et voit l’avion décoller, ne pense pas à dire à un membre de la base "Au fait, cet avion contient des évadés dangereux, ce serait sympa de s’en préoccuper."

Mais non : ce serait logique. Et au vu de ce que nous avons suivi jusqu’ici, vous avez bien compris que ce n’était pas le fort de ce film.

Revenons donc du côté de l’école de surdoués du professeur Xavier, où Wolverine continue d’essayer de convaincre le professeur que ce serait sympa de l’aider.

"Donc, mon petit Wolverine, mettons que vous veniez bien du futur, d’où je vous aurais envoyé, soit. Mais que voulez-vous de moi ?
- Hé bien dans le futur, les mutants se font tataner par des robots appelés "sentinelles". Ces robots ont été développés par Trask Industries en utilisant le sang de Mystic, capturée en assassinant Monsieur Trask lors des accords de Paris. Accords qui arrivent bientôt. Donc il faudrait empêcher que ça arrive.
- Donc, ce que vous voulez, c’est empêcher que Trask soit tué par Mystic, c’est ça ?
- C’est ça.
- Bon hé bien j’en suis alors. Mais uniquement parce que c’est ma sœur adoptive et que je veux la sauver. Direction Paris, donc ?
- Non, pas encore. D’abord, il nous faut un autre allié de choix. Un certain… Magnéto !
- Pardon ?
- Oui. Pour des raisons qui m’échappent, il y aurait besoin de vous deux pour convaincre Mystic d’arrêter les conneries. Mais je pense que c’est juste une vieille ruse scénaristique, personnellement.
- Sauf que Magnéto va être difficile à ramener parmi nous : il est enfermé au centième sous-sol du Pentagone, dans une structure spéciale sans aucun métal. Parce qu’en fait, c’est lui qui a tué Kennedy.
- C’est très intéressant professeur. Mais voilà qui nous complique la tâche… heureusement, je pense connaître quelqu’un qui peut nous aider à effectuer cette mission ultra-risquée !"
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Un des mutants libérés par Mystic. Non vraiment, je me demande comment il a pu aller jusqu’au Vietnam avant que l’armée ne remarque quelque chose.

Comme, disons, un type qui aurait le pouvoir de manipuler l’esprit des gens et pourrait donc aller chercher Magnéto sans aucun risque ni tirer une seule balle ? Un type qui en plus aimerait ce plan puisqu’il est partisan de la non-violence ? Un type qui aurait le choix entre utiliser ses pouvoirs pour ce plan, et ainsi pouvoir aller sauver sa sœur adoptive qu’il pleure depuis des années et tous les mutants d’un avenir abominable, ou danser le Charleston ?

Non : là encore, cette idée n’a pas traversé l’esprit de nos héros selon la bonne vieille règle de comment rater un film évoquée plus haut: "A partir du moment où l’on donne des pouvoirs surpuissants à des personnages, il y a de fortes chances qu’ils aient envie de les utiliser". Mais non, pas dans X-Men. Dans X-Men, on voyage dans le temps pour retourner se mettre dans la situation la plus pourrie possible, et on n’utilise ses pouvoirs mentaux surpuissants uniquement pour obtenir des ragots à revendre à Closer.

Quel talent.

Bref : Wolverine emmène Xavier et Mac Coy jusqu’au foyer d’une famille tranquille où il sait que vit celui qui deviendra plus tard un fameux mutant, à savoir Vif-Argent, le mutant qui peut se déplacer à la vitesse de l’éclair. Celui-ci est un ado rebelle qui dans le plan de nos amis, n’est séduit que par la perspective d’aller faire le zazou au coeur même du Pentagone. Tout le monde met donc au point un plan fameux :

  • Mc Coy pourrira les caméras du Pentagone grâce à un super gadget
  • Vif-Argent ira chercher Magnéto au sous-sol
  • Le professeur Xavier et ses non-pouvoirs feront du rien
  • Wolverine escortera le professeur Xavier

Autre moyen incroyable de protéger le professeur Xavier : ne pas l’emmener. Enfin, je dis ça, mais bon, hein, c’est vrai que c’est pas évident. Il est probablement plus en sécurité au cœur de la cible à attaquer que chez lui à manger une tarte aux fraises.

Le plan – pourri – se déroule plutôt bien : Vif-Argent se déplace si vite que c’est comme si le temps était arrêté pour lui, autrement dit, personne ne le voit et il parvient sans encombres jusqu’à la cellule de Magnéto, dont il brise le verre en faisant des vibrations fort rapides avec ses mains (j’espère pour lui que ses pouvoirs ne se sont pas révélés à lui durant une session d’onanisme, auquel cas les urgences locales ont dû être fascinées par ce cas de combustion spontanée de kikounette), puis attrape Magnéto et utilise sa super vitesse pour le sortir du sous-sol sans problème.

Bon, il y a bien la sécurité qui comprend que quelque chose se passe à un moment, mais là encore, Vif-Argent neutralise tout le monde sans le moindre effort.

Conclusion du professeur Xavier : "Merci Vif-Argent ! Tu as franchi toutes les défenses du bâtiment le mieux protégé au monde, neutralisé la sécurité sans souci, libéré Magnéto en quelques secondes et le tout, sans tirer un seul coup de feu ni perdre le sourire. Tu sais quoi ? Maintenant tu n’as qu’à te casser, moi et mes copains on va continuer le film sans toi, c’est pas comme si ton pouvoir pouvait nous être utile."

Attendez, je crois avoir compris comment fonctionnait le film depuis le début :

  1. Un problème apparaît
  2. Quelqu’un a un pouvoir pour résoudre le problème facilement
  3. Le professeur Xavier débarque et propose de faire n’importe quoi à la place.
  4. Retour à l’étape 1

Heureusement que le professeur Xavier est censé être un homme d’une intelligence supérieure, sinon, qu’est-ce que ce serait ? Non parce qu’à titre personnel, mon plan aurait été :

  1. On emmène Vif-Argent puisqu’il peut gérer 95% des situations problématiques
  2. Le jour J, juste avant l’attentat quand Mystic se dévoile pour tirer, Vif-Argent arrête le temps, empêche la mort de Trask et embarque la bougresse
  3. Vif-Argent emmène Mystic dans un entrepôt désaffecté de Charleville-Mézières où l’attend le reste de l’équipe avec un bottin et une rallonge électrique
  4. Diplomatie.
  5. Vif-Argent va chercher de quoi fêter la victoire
  6. Le lendemain, la mairie de Charleville-Mézières découvre pèle-mêle dans un entrepôt désaffecté près de deux tonnes de cotillons, l’intégrale de Patrick Sébastien, près de 770 bouteilles de tequila vides, une flasque de brandy, 17 restes de cigares, Salma Hayek nue et un guide complet intitulé "Faire la chenille pour les nuls".

Hélas, mon plan n’ayant pas été retenu par les scénaristes, c’est donc celui du professeur Xavier qui est mis en branle.

Ainsi, tout le monde saute dans le jet privé du professeur, où Magnéto et lui s’engueulent un peu sur les voies qu’ils ont décidé de suivre, à savoir vivre avec les humains ou les combattre. Magnéto explique aussi qu’il n’a pas tué Kennedy, au contraire, il a essayé de le sauver puisque c’était en fait… un mutant (son pouvoir devait être de rester au-dessus de 50% dans les sondages, ce qui nous confirme que de notre côté, notre président est "normal" : promesse tenue) ! Peu de temps après cette révélation pas vraiment utile, la fine équipe arrive à Paris, où c’est la grosse fête à l’occasion des accords sur le Vietnam. Un dignitaire du pays du nước mắm est d’ailleurs tellement occupé à faire la teuf qu’il se laisse séduire par une jolie blonde qui se révèle bien évidemment être Mystic, ce qui est ballot. Qui s’étant rendue chez Trask plus tôt, a appris qu’il serait à Paris(elle s’est rendue chez lui et a trouvé son placard super secret où il cache ses dossiers les plus sensibles sur une étagère transparente pour que l’on puisse bien voir là où il y a marqué "TOP SECRET" ou non, c’est sympa). Le lendemain, donc, c’est habilement déguisée en vietnamien que celle-ci se rend à la conférence

Et à cette occasion, Monsieur Trask est effectivement là.

Puisque figurez-vous que pour de mystérieuses raisons, le bougre donne une conférence aux dignitaires des deux camps pour leur présenter son projet Sentinelle, rejeté par le congrès américain. Car c’est connu : lors des accords de paix, on adore proposer une conférence à un vendeur d’armes privé. Non, vraiment, les scénaristes se sont fait plaisir : le film ne repose que sur des scènes qui n’ont pas lieu d’être.

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"Bonjour Messieurs, c’est bien ici la conférence de paix ? Je suis le vendeur d’armes qui n’a aucun rapport avec la choucroute, je me suis dit que des diplomates adoreraient me voir."

Toujours est-il que lors de cette scène absurde, l’ami Trask sort de sa poche un petit appareil que tous les experts identifieront comme le truc qui fait pouic que vous trouvez dans les boîtes de Taboo. Mais loin de s’en servir pour tenter de lancer une grande partie de ni oui ni non ni blanc ni noir ni Igor ni Grishka (la partie n’en est que plus excitante), il explique à l’assemblée qu’il s’agit là d’un détecteur de mutants. Ne me demandez pas comment le bidule détecte l’ADN mutant sans passer par une prise de sang (Trask a probablement découvert que tous les mutants avaient, par exemple, une légère odeur de Monchéri), mais toujours est-il qu’alors qu’il le brandit pour expliquer que tous ses robots sentinelles en sont équipés pour ne mitrailler la gueule que de ce qui n’est pas un humain "classique" (espérons que ses robots soient okay sur le nanisme), un bruit se fait soudain entendre :

"POUIC !"

Tout le monde se regarde, l’air un peu gêné, puisque bon, pouiquer comme ça, là, au pied levé, c’est tout de même un peu cavalier.

"POUIC !" refait l’appareil.

Trask sourcille donc et commence à braquer le bidule en direction des présents, jusqu’à un certain dignitaire vietnamien. Et là :

"POUIC POUIC POUIC !"

A pouiquer comme ça, il n’y a plus aucun doute : soit le type s’appelle Igor-Grishka Niwininonniblaninwar, soit c’est un mutant qui se fout de la gueule du monde.

L’option un étant vite écartée, Trask prêche l’option deux et ordonne à la sécurité de se saisir de ce vilain dignitaire vietnamien, ce qui est très con et dangereux, puisqu’aux dernières nouvelles, les vietnamiens n’ont pas déclaré la guerre aux mutants, et le type pourrait très bien ne pas être conscient d’en être un. Donc qu’un industriel privé américain décrète soudain, en pleine conférence de paix "Arrêtez ce vietnamien, son ADN ne me revient pas !" c’est complètement con, voire vaguement raciste.

Mais là encore, le script s’en moque et tout le monde autour de la table trouve cette scène parfaitement normale et approuve Trask. Sur ces entrefaits histoire de sauver l’affaire, Mystic décide de quitter son déguisement et de reprendre son apparence de Schtroumpf Punk (que vous avez tous connus dans le célèbre album de Peyo Les Schtroumpfs et la canette de 8-6 enchantée) pour commencer à distribuer des coups de tatane au tout venant. Ce qu’elle réussit brillamment, avant de s’emparer du pistolet d’un type de la sécurité (qui n’avait pas pensé à s’en servir) pour essayer de tuer l’ami Trask.

Mais alors qu’elle s’apprête à le plomber, voici que débarquent…

Magnéto, Xavier, Wolverine et Mc Coy !

Car oui, c’est une conférence de paix suivie mondialement, mais nos bons amis ont pu y rentrer sans souci, quand bien même Xavier n’a plus le moindre pouvoir pour influencer les gens. Probablement qu’il a utilisé la carte de fidélité de son coiffeur pour bluffer les gardes. Aussitôt, les événements s’enchaînent. Tout d’abord, Xavier essaie de convaincre Mystic de redevenir gentille, parce qu’être méchante, c’est mal, mais ce discours digne d’un épisode de Naruto ne suffit pas à retourner la belle (en même temps, elle a joué dans Hunger Games et sait donc bien que ce n’est pas parce que quelque chose est mauvais que ça ne va pas rapporter). Wolverine, lui, aperçoit dans la pièce le commandant Stryker, et aussitôt, cela fait remonter en lui tous les souvenirs de l’époque (pas encore arrivée, mais le Wolverine du futur le sait) où Stryker a fait des expériences sur lui pour lui filer des griffes en adamantium. Cela brouille ses pensées et aussitôt, le pont entre le Wolverine du futur et son corps présent est un peu abîmé.

Pendant ce temps, dans le futur, Wolverine est donc tout agité et risque donc de sortir de sa transe le reliant au passé, ce qui surprend tout le monde.

Ce qui est intéressant, j’insiste, puisqu’encore une fois, cela nous rappelle que les voyages dans le temps, aucun scénariste n’arrive à les gérer correctement. Ce n’est pourtant pas compliqué : soit le type renvoyé dans le passé influence celui-ci, et crée donc un futur alternatif (auquel cas, ce n’est pas très utile pour les gens du futur tout pourri, qui sont bloqués dans le leur), soit le type renvoyé, par ses actes dans le passé influence le futur original, auquel cas, chacune de ses actions dans le passé est instantanément répercutée sur le futur original. Et donc, cette scène ne devrait pas exister puisque le futur devrait déjà avoir été changé d’une manière ou d’une autre. Ou à minima, Xavier et Magnéto avoir en direct des souvenirs de ce qu’il s’est passé ce jour là, et donc de pourquoi Wolverine est agité. Et encore, là, c’est en étant super gentil et en supposant que les actions de Wolverine, pourtant majeures, n’ont rien changé d’autre.

Bref, encore une fois : même en essayant de même des sparadraps sur les trous, c’est une scène qui ne sert à rien, si ce n’est à montrer un gros loupé du scénario. Hop.

Enfin je dis ça, mais pour rappel, voici ce qu’en dit Filmactu

Faire aller et venir ses X-Men dans le temps n’était pas chose facile. Loin de s’y casser les dents, Bryan Singer en profite pour livrer, plus qu’un énième film de super-héros, une véritable oeuvre de science-fiction.

L’avis de Metro

Voyages dans le temps fluides et savamment orchestrés [...] un spectacle de grande envergure, intelligent et ambitieux.

Et celui de ma stagiaire

Vous êtes sûr que dans ma convention, il est écrit que je peux servir de porte-gobelet quand je suis en débardeur ?

J’aime beaucoup les gens qui prennent les plus gros ratés pour les présenter comme les plus grandes qualités du film. Encore une fois, les professionnels ont du talent. A l’occasion, sinon, ce serait sympa de faire votre boulot. Mais bon, je dis ça comme ça, vous faites comme vous voulez.

Revenons donc dans le passé, où la situation n’a de cesse de dégénérer. Alors que par terre, Trask fait "POUIC POUIC" avec tous ces mutants autour de lui, Magnéto décide d’employer les grands moyens pour régler la situation : il récupère le pistolet avec lequel Mystic comptait tuer Trask, et menace la bougresse en lui disant que puisque c’est son ADN à elle qui amène à la naissance des sentinelles, il va la buter et hop, ce sera bien comme tout. Mystic, qui n’est que moyennement d’accord, se met donc à cavalcader vers une fenêtre pendant que Mc Coy essaie de calmer Magnéto. Mais le filou a le temps de tirer !

Heureusement, Mystic a déjà brisé la fenêtre de la pièce où se tenait la réunion, et tombe donc déjà vers la place, quelques mètres plus bas, où la presse du monde entier attend. La balle devrait l’éviter… sauf que Magnéto, tout en se battant avec Mc Coy, parvient à courber la trajectoire du projectile… qui touche Mystic à la jambe !

Oui, sans voir à l’extérieur. Mais c’est un détail : depuis quand faut-il voir sa cible pour guider ses balles et faire quelque chose d’aussi simple que toucher quelqu’un tombant à pleine vitesse depuis l’étage d’une ambassade ?

Sacré Magnéto, va. Lui aussi développe de nouveaux pouvoirs, semble-t-il. Il faudra le présenter à Shadowcat, la fille qui traverse les murs, et puis pouf, fait voyager les esprits dans le temps parce que hein, hé, ho, hein, bon.

Mais qu’importe, nous n’en sommes plus à cela près.

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Et puisque tout le monde se posait la question : oui, Omar est bien victime du syndrome du Grand Journal qu’il partage avec son ami Mouloud, à savoir qu’on l’annonce dans un blockbuster et en fait il a un troisième rôle dans deux scènes avec une demi-ligne de dialogue. Je suis désolé. Et non, il ne rit même pas.

Car alors que blessée, Mystic s’écrase comme une bouse bleue sur les pavés de la place voisine, toute la presse braque ses caméras sur cette mutante à l’apparence mystérieuse, qui vient d’apparaître alors qu’on a entendu des coups de feu. Diable, mais que se passe-t-il ? Mystic tente bien de fuir, mais Magneto s’est déjà lancé à sa poursuite : il voudrait bien l’achever, mais Mc Coy, qui essaie toujours de lui péter la gueule sous son apparence du Fauve (ça commence à bien faire, tous ces gens bleus, on se croirait dans Avatar), le déconcentre un peu et Mystic finit donc pas profiter du bordel général (à noter que la sécurité locale ne remue pas un orteil, faudrait pas déranger) pour mettre les voiles sous l’apparence d’un vieux qui boîte (elle génère même une canne à partir de rien, elle aussi est de plus en plus forte).

Magnéto, qui a réussi à se débarrasser du Fauve, est donc bien embêté : ah, comment diable pourrait-il retrouver une changeforme dans la foule ? Si seulement celle-ci avait un objet métallique sur elle, comme disons, une balle dans la jambe pour la repérer… bon, allez, tant pis : il va plutôt se barrer. Et là encore, sans être embêté. Hop. Idem pour Wolverine (qui a retrouvé ses esprits) et Xavier, qui après avoir récupéré Mc Coy, quittent donc les lieux tranquille pépère sans que personne ne les embête.

Une seconde, je vais chercher ma coke en intraveineuse et je reviens.

Voilà, on peut continuer.

Donc, disais-je, tout le monde repart tranquillement pendant que la sécurité et la police française sont occupées à lire du Proust en fumant la pipe près de la cheminée. Mais toute la presse, elle, parle par contre de l’affaire, et c’est ainsi que le président des Etats-Unis en personne, Richard Nixon, est bien étonné de tout ce bazar. Et par un heureux hasard, a déjà l’ami Bolivar Trask dans son bureau au milieu de tous ses conseillers, qui lui explique que hahaha, il le savait, ça devait arriver ! Et dire que le congrès a rejeté son projet Sentinelle… autant dire qu’aussitôt, le président en personne valide le projet, lui accorde tout le pognon nécessaire, et en plus, lui propose de lui filer l’ADN de Mystic, retrouvé sur le pavé à Paris par la police française, là où elle était tombée, blessée !

Oui parce qu’en 1973, c’est connu, la police française relevait l’ADN et mieux encore, le distribuait à qui de droit sur simple demande.

Non, vraiment : stop.

Allez, dégageons d’ici pour aller voir si ailleurs, le film tiendrait un peu mieux debout. Ce qui est une subtile transition puisqu’à New York, de retour au manoir Xavier, le professeur sent que son sérum arrête de faire effet et ses jambes le lâchent pendant que ses pouvoirs lui reviennent. Mc Coy lui prépare aussitôt une nouvelle dose de sérum, mais pour la première fois du film, Xavier prend une décision intelligente : il refuse de se l’injecter. Ses pouvoirs pouvant potentiellement sauver le monde, il choisit d’abandonner ses jambes pour redevenir télépathe, et retourne donc dans son célèbre fauteuil roulant (qui, poussé par Vif-Argent, pourrait faire de lui une bête à Super Mario Kart mais là n’est pas le sujet). Avec lequel il se rend jusqu’au Cerebro, sa machine montée maison mais top-design quand même lui permettant de décupler ses pouvoirs et de pouvoir entrer en contact avec tous les esprits de la planète et de les pénétrer avec aisance. Wolverine est tout fou, il sait que ça va enfin permettre de faire avancer le script.

"Professeur, c’est formidable ! Avec ça, vous allez pouvoir sans bouger de chez vous influencer Bolivar Trask et lui faire aimer les mutants. Comme ça, plus de sentinelles, plus de danger et pas une goutte de sang versée !
- Hein ? Mais non Wolverine, enfin ! A la place, je vais plutôt me servir de la machine pour retrouver Mystic et ensuite faire du rien et laisser Bolivar Trask tenter de nous exterminer avec ses sentinelles !"

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Okay. Je retire ce que j’ai dit sur la décision intelligente du professeur Xavier un peu plus haut, il reste égal à lui-même.

Toujours est-il qu’en utilisant le Cerebro, Xavier a un peu perdu l’habitude et perd le contrôle avant même d’arriver à quoi que ce soit. Il se met donc à couiner que ses pouvoirs sont nuls, qu’il n’arrive à rien en faire, que de toute manière il est naze et qu’il va retourner dans sa chambre se faire des couettes et écouter Kyo en écrivant des poèmes sur son agenda Hello Kitty. Wolverine, qui essaie de ne pas lui dire qu’il devrait en effet se faire des couettes tant qu’il le peut encore, se lance dans un grand discours sur le fait que rhooo, mais non professeur, vous n’êtes pas une crotte, enfin pas une si grosse, enfin… bon bref, allons allons. Et l’invite à lire son esprit, pour voir toutes les bonnes choses qu’il réussira justement à faire dans le futur. Xavier, curieux, s’exécute donc.

Si au départ, Xavier ne voit que toutes les souffrances du pauvre petit Wolverine ("Mon dieu, tu as eu DEUX films pourris à ton nom ?"), il finit par découvrir un futur où durant un temps, son école aide moult jeunes mutants. Puis, ses pouvoirs font un truc fort mystérieux : puisqu’il explore l’esprit de Wolverine, lui-même relié avec le futur grâce aux pouvoirs de Shadowcat, Xavier parvient à projeter son esprit dans le futur et ainsi… à rentrer en contact avec l’esprit de son lui-même du futur, qui se tient juste à côté de Wolverine ! La conversation est donc fameuse :

"Hooo ! Moi-même du futur !
- Salut, moi-même du passé. J’ai tant de choses à te dire.
- J’aimerais surtout savoir pourquoi je vais devenir tout chauve. Bon, ça tombe bien qu’on discute, puisque comme tu es moi-même du futur, tu dois avoir tous mes souvenirs, et ainsi savoir à partir d’ici quels sont les erreurs que je dois éviter et choix que je dois faire pour résoudre tout ce vaste bordel.
- Oui mais non, puisque là encore, le script n’a pas prévu cette éventualité. Tu ne veux pas plutôt un discours cucu la praline sur l’espoir et l’avenir ?
- C’est complètement con.
- Je te rappelle que je suis toi.
- Ha ben oui, c’est vrai, du coup, ça se tient.
- Parfait : bon alors, sache que tu dois avoir confiance en toi, que l’avenir te réserve plein de bonnes choses et qu’investir dans la région de Fukushima n’est pas une riche idée.
- Okay merci. Bon, je retourne dans le présent… enfin mon présent, le passé quoi.
- Ça marche. Et ne t’inquiète pas : maintenant que l’on a découvert que l’on pouvait communiquer entre passé et futur via Wolverine, je propose de ne plus le faire du film, des fois que ça puisse être utile.
- Je me reconnais bien là, hohoho.
- Huhuhu.
- Allez, j’me casse."

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Le jeune Xavier retourne donc dans son présent, et sourit à Wolverine : maintenant qu’il a confiance en lui, il peut utiliser ses pouvoirs plus sereinement, et donc retenter d’utiliser le Cerebro. Grâce à celui-ci, non seulement il retrouve Mystic, en train de se balader dans un aéroport à l’autre bout du monde, mais en plus il utilise ses pouvoirs pour prendre possession de gens et ainsi parler à Mystic (d’habitude, il ne se servait du Cerebro que pour faire des blagues, comme faire chanter du Patrick Sébastien aux réunions de l’Académie Française). Il apparaît même sous forme d’illusion pour là encore, tenter de la remettre sur le droit chemin. Wolverine tente bien quelque chose :

"Mais professeur, pourquoi vous ne l’arrêtez pas directement, elle, en rentrant dans sa tête ?
- Parce qu’elle ne me laisse pas rentrer !"

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Ah ben oui, tiens. Parce que c’est connu : d’habitude, pour forcer quelqu’un à faire quelque chose qu’il ne ferait pas autrement via la manipulation mentale, les gens se laissent faire bien volontiers. "Je vous en prie, allez-y professeur, obligez-moi à faire ce que je ne veux pas faire volontairement." Non mais sérieusement ?

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"Je vais me concentrer très fort et grâce au Cerebro, je pourrai influencer les gens, mais uniquement s’ils sont déjà d’accord avec moi !"

Du coup, et c’est fou, comme Mystic ne veut pas laisser Xavier l’obliger à faire l’inverse de ce qu’elle souhaite, Xavier repart broucouille. Tout au plus a-t-il, en prenant possession des pinpins du coin, réussi à trouver la destination de l’avion que Mystic allait prendre, qui n’est autre que Washington. En effet, afin de célébrer le lancement du projet Sentinelle, une grande conférence de presse y est donnée. Nul doute que c’est là que Mystic tentera à nouveau de tuer Trask !

Sauf que pendant ce temps, à l’autre bout du pays, un train transporte les sentinelles vers Washington justement pour la cérémonie, puisque 8 prototypes sont déjà prêts. Ces versions de 1973 bien éloignées de leurs cousins du futur sont armées de mitrailleuses, disposent de réacteurs d’avions pour voler, et ont toutes le fameux pouic-pouic à mutants de Trask intégrés pour détecter leurs cibles. D’ailleurs, histoire de se vautrer encore un peu, Trask a bien expliqué que ces robots sont conçus à 100% sans le moindre métal, justement pour pouvoir combattre des gens comme Magnéto !

On supposera donc que les mitrailleuses sont en bois, le réacteur d’avion en papier de riz et les circuits imprimés en bambou.

J’ai clairement l’impression que ce film se complaît à se foutre de ma gueule.

D’ailleurs, et quand bien même, quel plan génial, ami Trask ! Toute ton armée faite d’une autre matière que celle que Magnéto peut manipuler, excellente idée ! Ça a dû te coûter, quoi, quelques milliards au bas mot ? Et sinon, tu as pensé qu’un autre mutant pourrait, au hasard, avoir lui le pouvoir de manipuler cette matière là et donc poser exactement le même problème ? Non ?

C’est ballot.

Bref : alors que le train trimbale les prototypes, justement, Magnéto qui passait par là décide de démonter des rails, non pas devant le train pour le faire dérailler et ainsi détruire les prototypes, mais derrière pour les récupérer, en dépiauter l’acier, et envoyer le tout sous forme de fils fins comme des câbles dans les sentinelles… pour en prendre le contrôle.

Parce que oui, là encore, Magnéto (qui était au-dehors du train) est capable de diriger le métal dans les wagons, où il n’a pourtant aucun angle de vue, de placer les câbles sur 8 robots avec une précision de chirurgien là encore sans les voir, et en plus de savoir exactement où placer quoi pour les pirater sans avoir les plans ou la moindre connaissance du sujet.

Où diantre est ce bouton pour doubler ma dose de coke ? Ah, voilà.

Au même moment (enfin plus ou moins, je me comprends), dans le futur où rien n’a bougé, donc, Doudou Bishop et ses amis voient soudain arriver au loin les sentinelles ! Il va y avoir un affrontement farouche, voir une baston, et potentiellement une branlée. Il faut donc les retenir le temps que Wolverine achève sa mission dans le passé, même si ça n’a strictement aucun sens, allez, on s’en fout ! Tiens mais au fait, au début du film, on nous expliquait pas qu’à la moindre attaque de sentinelle, il suffisait d’aller dans le passé prévenir l’équipe de changer de planque avant que ça ne parte en cacahuète pour sauver la situation ? Alors on me dira "Oui, mais là, Shadowcat est occupée avec Wolverine qui ignore tout de ce qu’il se passe dans le futur !"

C’est vrai.

Ah, si seulement il y avait dans le futur un personnage super intelligent et télépathe qui avait découvert deux scènes avant qu’il pouvait, au travers de Wolverine, communiquer avec le passé, et ainsi informer son lui-même de l’époque que la planque de Chine ne serait pas assez sûre…

Vraiment : les mecs nous ont expliqué cette stratégie au début du film comme ça, hop. Et au moment de l’appliquer, ils préfèrent faire du rien.

Mais comme ça, au moins, il y a une scène de bataille épique. Que l’on avait pas du tout vu venir.

Dans le passé, donc en attendant, Nixon débute une conférence de presse dans la cour de la Maison Blanche devant un gros drapeau américain marqué du sigle des industries Trask (c’est connu, tous les présidents adorent se montrer en public devant un drapeau vendu à un groupe extérieur, qui n’a jamais vu le drapeau américain couvert de sponsors après tout ?). Xavier, Wolverine et Mc Coy cherchent donc dans la foule à identifier où se planque Mystic, et Xavier finit par la trouver, habilement déguisée en agent de la sécurité présidentielle. Sauf qu’avant que celle-ci ne puisse agir correctement, ou que les mutants ne puissent l’intercepter (qui a eu l’idée de virer Vif-Argent, déjà ?) un phénomène étrange surprend tout le monde :

  • D’abord, les 8 sentinelles présentées au public s’activent seules… et commencent à tirer sur la sécurité
  • Ensuite, un stade de baseball volant (si, si) survole la capitale, avec Magnéto en son centre, qui lévite avec lui

C’est en effet peu banal, tant d’habitude les stades sont connus pour être plutôt ras des pâquerettes de bien des manières.

Le plan de Magnéto est pourtant simple : il oblige tout le monde à reculer grâce aux sentinelles sous son contrôle (ah, les prototypes piratés… un truc jamais vu chez Marvel), et force ainsi le président à se planquer dans son bunker sous la Maison Blanche. Mystic arrive à se glisser dans la suite présidentielle, pendant qu’à la surface, Magnéto écrase le stade autour de la Maison Blanche… formant ainsi une énorme enceinte autour de celle-ci ! La police est donc bloquée dehors, alors que les sentinelles les empêchent d’approcher. Wolverine et Mc Coy tentent bien d’empêcher le bougre d’accomplir ses noirs desseins, mais les deux sont mis hors de combat, Wolverine étant plus précisément transpercé de morceaux d’armature de béton du stade par Magnéto, avant que celui-ci ne le propulse au fond du fleuve le plus proche. Où il se noie donc (mais sa capacité à se régénérer lui permet aussi de se remettre de la noyade, hop). Et est donc indisponible pour un moment !

Dans le futur, on constate donc que Wolverine doit avoir un souci puisqu’il semble se noyer. C’est donc un peu la panique : car d’un côté, les sentinelles approchent toujours malgré la résistance des mutants pour protéger leur cachette chinoise, et de l’autre Wolverine est hors-de-combat.

Hmmm… attendez, si je comprends bien, la mission de Wolverine vient de s’achever, non ? Pas comme prévu, mais c’est fini, n’est-ce pas ?

Alors pourquoi le futur ne change-t-il pas ?

Hé bien parce que selon le film, Wolverine ou pas, il faut désormais attendre (dans le futur) que les gens du passé arrêtent Magnéto & co. Donc accrochez-vous, puisque cela signifie aussi, que si le temps se déroule de la même manière dans le présent et le passé, et qu’il faut attendre que les gens du passé agissent pour influencer le futur (au lieu que tout se répercute instantanément), cela signifie que pour que les gens 50 ans dans le futur soient enfin sauvés, il va falloir attendre… 50 ans.

Non, sans rire les enfants : arrêtez avec les voyages dans le temps. Quand on ne sait pas gérer, on ne fait pas.

Bref : dans le passé, donc, Magnéto débarrassé de Mc Coy et Wolverine est enfin tranquille. Il reste bien Xavier, coincé sous des morceaux de stade, mais ce dernier ne peut rien contre Magnéto, le bougre ayant retrouvé avant de venir son casque moche lui permettant de résister aux pouvoirs mentaux du professeur (ah bon ? Mais plus tôt dans le film, on a expliqué qu’avec Mystic, il suffisait de "ne pas vouloir laisser le professeur rentrer dans sa tête" pour qu’il ne puisse rien faire, non ? Donc soit le casque ne sert à rien, soit quelqu’un a sorti un gros baratin pour empêcher le film de se terminer plus vite. Ah, suspens…). Magnéto décide donc d’utiliser ses grands pouvoirs de mutant magnétique pour orienter toutes les caméras qui restaient encore dans le jardin de la Maison Blanche vers lui, puis utilise ses talents surnaturels pour tirer le bunker présidentiel hors de terre et l’ouvrir comme une boîte de conserve. A l’intérieur, il y trouve donc Trask (qui a son bidule qui fait POUIIIIIC en boucle dans sa veste, ce qui lui donne un certain charisme, reconnaissons-le), le président Nixon, et il ne sait pas encore, mais Mystic, toujours déguisée en agent de la sécurité présidentielle. Magnéto triomphe donc :

"Hahaha, président Nixon ! Pour avoir lancé le programme Sentinelle d’éradication des mutants, je vais vous tuer devant le monde entier, vous et vos copains !
- Pardon ? Mais Monsieur Magnéto, il y a erreur !
- Comment donc ?
- Hé bien, je veux dire, vous venez de faire léviter un bâtiment entier, de pirater les sentinelles, de créer une diversion, de nous enfermer avec le stade volant, d’attendre que je sois dans le bunker présidentiel suite à cet assaut pour mieux m’en sortir de force, et tout et tout…
- Certes, et ?
- Et c’est que, si vous vouliez me tuer devant toutes les caméras, il vous suffisait d’ordonner à une sentinelle de me tuer. Ça prenait deux secondes, c’était sans risques et en plus ça décrédibilisait à jamais ce programme contre les mutants. Vous gagniez sur tous les fronts et pouviez faire le kéké en montrant comment il ne fallait pas faire chier les mutants.
- …
- Oui ?
- Je me sens… comment dire… comme un vulgaire professeur Xavier.
- Ho. Allons, tout de même. N’exagérez pas : c’était certes un plan de merde inutile visant à faire durer le film avec plein de spectacle sans aucun sens, mais vous au moins, personne ne prétend que votre personnage est un génie. Allez, faisons câlin et oublions ce gros malentendu."

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Magnéto, réalisant que l’ensemble de son plan ne servait qu’en fait à faire monter le budget du film pour des raisons absolument incohérentes. Notez la confusion et le mépris pour le scénariste sous le casque.

Sauf que Magnéto est là pour tuer le président, pas pour lui faire des câlins, merdum. Et exige donc qu’il sorte de ce qu’il reste du bunker pour mourir au grand jour. Ce qu’il fait.

Mais pas de bol, en réalité, il s’agit là de Mystic ! Qui a sur elle un pistolet en plastique avec des balles du même acabit, et s’en sert donc pour blesser Magneto et ainsi l’empêcher de faire du mal au président et sa suite. Mystic, qui a pris sa vraie apparence pour bien montrer devant toutes les caméras que les mutants pouvaient être gentils, parce qu’en fait, elle est cool, enlève donc son casque à Magnéto, et Xavier peut ainsi entrer dans son esprit et l’obliger à arrêter les sentinelles et calmer tout son bordel (mais pas à le rendre gentil, faut quand même pas déconner).

Magnéto ainsi neutralisé, Mystic se tourne vers Trask, son arme à nouveau prête à faire feu. Elle hésite un moment, pendant que Xavier tient un énième discours cucu, et finalement, ne tire pas.

Les journaux titreront dès le lendemain : "Une mutante sauve le président, donc les mutants sont cools".

Sauf Le Point qui titre "Mutants – les nouveaux Franc-Maçons ?", bien évidemment.

Pendant ce temps, donc, dans le futur, c’est la merdouille : les mutants se font tatane, alors que le passé n’a pas encore magiquement modifié le futur. La porte de la salle où se cachent les mutants va-t-elle tenir suffisamment longtemps ? Ah, si seulement (oui, encore) il y avait dans l’équipe quelqu’un capable de faire des portails pour téléporter l’équipe en sécurité ou à l’inverse, en mettre un sur la porte histoire que toute tentative de l’enfoncer s’achève par une réapparition sur la lune (au hasard, sinon ailleurs, je ne suis pas regardant). Ou quelqu’un capable de déclencher une tornade juste devant. Ou…

Ah mais oui, non : il n’y a que des grosses buses, au temps pour moi.

Bref, comme vous l’imaginez, les sentinelles tuent tout et tout le monde jusqu’à la porte, commencent à enfoncer celle-ci, et à la seconde où elles vont tuer le professeur Xavier…

… c’est exactement à la même seconde que Mystic sauve le président dans le passé, et que le film décide que ça y est, pif pouf, le script s’active et le futur est modifié !

Non vraiment : on ne s’y attendait pas. Tout s’arrête donc et disparaît.

Wolverine quitte donc le passé pour se réveiller dans le futur. Il ne le sait pas, mais peu après ces événements, Mystic est aussi venue le sauver de la rivière puisque par la magie du pipeau, elle savait exactement où Wolverine avait coulé alors qu’elle était dans le bunker présidentiel quand c’est arrivé. C’est donc déguisée en officier qu’elle a envoyé une vedette de police le repêcher et le sortir de la mouise métallique et sous-marine dans laquelle il était.

Mais bref, donc : Wolverine est bien vivant et dans le futur. Sauf qu’ici, plus de New York en ruines : il est à l’école des surdoués du professeur Xavier, qui est en parfait état. Mieux encore : tous ceux qui étaient morts durant la guerre avec les sentinelles sont à nouveau vivants et bien vivants ! La guerre n’a jamais existé grâce à tout cela… et seul Wolverine se souvient donc de l’univers original. D’ailleurs, même son amour de jeunesse, Jean, est à nouveau vivante puisque quitte à sauver le monde des pires horreurs, visiblement, Wolverine a même réussi à empêcher X-Men 3 d’arriver (moi aussi, j’ai envie de vivre dans un monde où ce film n’a jamais existé).

Tout le monde est donc heureux, et croisant le professeur Xavier dans l’école, ce dernier s’étonne de voir Wolverine ici : il a un cours d’histoire à donner aux plus jeunes. Wolverine explique donc que là, il revient d’un futur alternatif, donc que c’est lui qui aurait bien besoin d’un cours d’histoire sur ces 50 dernières années.  Tout est donc bien qui finit bien et…

… FIN !

Je rappelle que nombre de fans parlent du "meilleur de la série".

Dès lors, que penser des autres ?

Ma santé mentale vacille.

_________________________

Oh, et oui, il y a bien une scène post-générique, comme le veut la grande mode. On y voit, dans l’antiquité un albinos mystérieux faire le kakou en montant des pyramides en manipulant par son esprit des assemblages de bloc de granit qui volent dans les airs.

J’en ai donc naturellement aisément déduit la seule explication logique à ce teaser :

La prochaine licence adaptée au cinéma, c’est Tétris.

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