La berline noire s’écarte de la circulation chaotique du boulevard, allant s’arrêter le long du trottoir au son des essuies-glaces qui tentent vainement d’affronter la pluie battante.
La portière arrière s’ouvre, laissant apparaître affalé sur la banquette en cuir un homme en costume au sourire radieux qui se permet de me faire un petit signe de la main. Soulevant légèrement mon parapluie pour m’assurer qu’il ne s’adresse pas à quelqu’un d’autre d’invisible juste derrière moi, je constate que l’inconnu semble bien m’en vouloir.
“Montez mon cher Odieux. Montez donc.”
Je dévisage quelque peu l’homme avant d’accepter son offre ; si ma maman m’a toujours interdit de monter dans la voiture d’un inconnu, il faut tout de même avouer que sous cette pluie, le risque est plus que tentant. M’aventurant à bord du véhicule, je note que l’individu me tend une enveloppe scellée.
“Qui êtes-vous ? - Ouvrez cette enveloppe, vous allez comprendre.“Déchirant doucement un côté de la dite enveloppe, j’en sors bientôt deux feuilles A4 ; sur l’une d’entre elles, on peut apercevoir le visage d’un homme l’air inquiet, une arme braquée derrière la tête : au-dessus de lui, quelqu’un a inscrit “Le Pacte” en lettres ocres. Sur l’autre feuillet, on peut lire “Synopsis“.
“Lisez à haute voix, Monsieur Connard. - Je ne comprends pas ! Qui êtes-vous ! Que me voulez-vous ? - Lisez. - Hmm… et bien je… alors, hem hem ; “Synopsis : Il y a des pactes qu’on ne peut renier. Après que sa femme se soit fait violemment agresser, Will Gerard (mon Dieu, quel nom qui impose le respect, on dirait une sorte de Will Smith de la Creuse) est contacté par une mystérieuse organisation. Face à une police inefficace et incompétente, un groupe de citoyens s’est réuni pour faire respecter la justice (ça ressemble au discours de recrutement d’une milice d’extrême-droite, c’est sympa ; c’est un film sur les Le Pen ?). Ils proposent à Will de venger sa femme en éliminant le coupable en échange d’un petit service qu’il devra leur rendre plus tard (probablement : aller chercher le pain). Lorsqu’il comprend que pour effacer sa dette il devra lui aussi tuer un homme (ah bin ça c’est surprenant !), il va réaliser qu’il est pris au piège et que les membres de cette organisation sont implantés à tous les niveaux de la société (tous ? Vraiment ? Au hasard : même chez les clodos ?).” - Alors ? - Ça a l’air tout pourri. - Maintenant, regardez mieux la photo Monsieur Connard.”M’exécutant, je laissais échapper un léger cri de surprise en étudiant mieux le visage de l’homme de l’image que l’on m’avait donné.
“Je… mais… c’est Nicolas Cage ! - En effet. Comme chaque début d’année, il revient avec son film pourri. L’an dernier, c’était “Le Dernier Templier”. Cette année, c’est ça. Et il sera bientôt dans Ghost Rider 2. Monsieur Connard, nous sommes un groupe de citoyens qui en a assez de saigner des gencives à force de serrer les dents à chaque nouvelle sortie de film avec ce Monsieur. Nous savons que le cinéma du coin ne vous accepte plus depuis le jour où vous avez planté la paille de son Pepsi Max dans la jugulaire de la fille à côté de vous parce qu’elle faisait “sluuuuurp sluuuuuuuuurp” en arrivant sur la fin et que ça vous empêchait de suivre les dialogues de Twilight. Un projectionniste appartient à notre organisation, et est prêt à vous donner une copie du film pour que vous puissiez le spoiler. - Je… Seigneur… c’est affreusement tentant, ça a l’air diablement pourri ! - En échange, il faudra juste nous rendre un petit service. Rien de bien important, rassurez-vous. Acceptez-vous ? - Bon sang, c’est Nicolas Cage : évidemment que j’accepte. - Fort bien. Prenez ce disque dur. Nous allons vous déposer devant vos bureaux.”Quelques minutes plus tard, je me trouvais sur un trottoir sous la pluie avec dans l’une des poches de mon manteau, la clé vers un film qui sentait bon la daube : Le Pacte, avec Nicolas Cage lui-même.
Alors n’hésitons plus : spoilons mes bons !
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L'affiche : comme toujours, la seule expression du film est là. Ce n'est pas moi qui me répète, c'est lui qui manque de variété, ah mais.
Le film s’ouvre sur une vidéo en train d’être enregistrée ; on y aperçoit Jean-Jacques, un cadre visiblement mal à l’aise qui sue très fort en expliquant à son interlocuteur invisible qu’il hésite à témoigner. L’homme hors-écran insiste : “Jean-Jacques, dites-moi, que signifie la phrase “Le hibou ravi jubile” ?“, mais Jean-Jacques a trop peur pour parler et explique que bon sang, s’il parle, l’organisation secrète à laquelle il appartient va le tuer, ou pire, l’abonner au tweeter d’Eric Besson. Terrorisé, le bougre décide de mettre fin à l’entretien en laissant son interlocuteur en plan, et grimpe dans sa voiture située sur un parking aérien.
Mais à peine a t-il démarré que ha ! Un monstrueux 4×4 vient le percuter par l’arrière, l’envoyant paître contre l’une des barrières du parking supposées empêcher les voitures de choir dans le vide. Mais comme ça ne suffit pas à le faire tomber, le 4×4 est obligé de faire une grosse marche arrière pour prendre de l’élan avant de s’y reprendre et d’envoyer le véhicule s’écraser quelques mètres plus bas. Evidemment, durant tout ce temps où son assassin manœuvre, Jean-Jacques n’a rien tenté : ni de reculer, ni de sortir de sa voiture, le néant : il attend juste gentiment qu’on le tue en remuant très fort les bras, des fois que le vent ainsi produit propulse son ennemi au-delà de la ligne d’horizon. Mais curieusement, ça ne marche pas, permettant ainsi à son assassin de prendre son temps pour achever sa tâche en sifflotant.
Passons donc à un flash info en train d’être diffusé dans un bar, où la police parle de cette mystérieuse chute d’un parking aérien en expliquant qu’elle ignore s’il s’agit d’un accident ou d’un meurtre.
Ah oui, c’est sûrement un accident : le mec a juste perdu le contrôle de sa voiture, qui a foncé assez vite dans une barrière de sécurité pour l’enfoncer, puis a fait marche arrière toute seule (pendant que son chauffeur continuait de hurler en agitant les mains), a recommencé la manœuvre, a chu dans le vide, et comble du hasard, le pare-choc arrière (qui n’a pas percuté le sol puisque la voiture est tombée en avant) est complètement défoncé avec des grosses traces de peinture d’un autre véhicule (ah, magie des pare-chocs peints !). Non vraiment : c’est sûrement un accident. Les journalistes ont raison de poser la question, c’est crédible.
En tout cas, le flash info était diffusé dans un bar de la Nouvelle-Orléans où nous découvrons Will Gérard et sa femme, Laura, célébrant leur anniversaire de mariage. Ils parlent de leur avenir, de leurs futurs enfants, tout ça… et c’est beau. Evidemment, comme le veut la tradition des films d’Hollywood, si tout se passe à la Nouvelle-Orléans, c’est obligatoirement la saison du carnaval (c’eut été pareil si ça avait été à Venise ou Rio), et nos loulous vont donc faire la fête avec deux autres larrons : Jimmy, le meilleur ami de Will, et Judy, la meilleure amie de Laura. Oui, moi aussi j’ai senti que le mec en charge des prénoms des personnages manquait un peu d’inspiration et de coke ; peut-être en avait-il marre de la vie et souhaitait se suicider en sautant d’un parking aérien avec sa voiture ? Faisons fi de la question et passons à la suite, puisque tout le monde s’amuse follement à la Nouvelle-Orléans.
Alors je sais que d’habitude, céans, on se moque juste du jeu d’acteur consternant de Nicolas Cage, mais là, il semblerait qu’il y ait un concours : pour expliquer que la foule s’amuse, tout le monde rit en ouvrant la bouche si grand qu’on pourrait y garer une Twingo. Du genre “Alors Will, tu reprends à boire ? HA HA HA HA HA HA QU’EST CE QUE L’ON S’AMUSE REGARDEZ COMME MA BOUCHE S’OUVRE TELLE CELLE DU CACHALOT MAJESTUEUX TELLEMENT TOUT CELA EST FOLLEMENT DRÔLE HO HO HO !“. Ça fait très très peur ; Judy, particulièrement semble vouloir aspirer votre âme à chaque fois qu’elle rit. Je me suis roulé en boule un moment en attendant que ça passe tellement j’avais peur en poussant de petits couinements.
En tout cas, la vie va bien pour nos loulous : Will offre un splendide pendentif en cadeau d’anniversaire de mariage à Laura (qui elle, ne lui offre rien en retour, la truie des bois, j’vous jure), et on en apprend aussi un peu plus sur leurs occupations respectives. Ainsi, Will est professeur de littérature dans un lycée difficile (où l’utilisation principale d’un livre consiste à y cacher drogue et armes à feu, comme c’est le cas dans mon exemplaire du Da Vinci Code pour lequel je n’ai trouvé aucune autre fonction), dont Jimmy est le directeur ; Laura est musicienne dans un orchestre classique, quant à Judy, elle a un rôle tellement peu important qu’on en parle même pas. Marquez son nom sur un post-it, on en reparlera qu’une fois dans tout le film. Voilà. Dans le même temps, on nous informe que Will est un idéaliste crypto-gauchiste qui n’hésite pas à payer de sa poche pour emmener des délinquants à des concerts de musique classique pour adoucir leurs moeurs, c’est d’ailleurs par ce biais qu’il a rencontré Laura. Soit.
Mais un soir, tout va basculer (oui, je fais des spoilers dans le spoiler, ça s’appelle une mise en abyme stylistique, c’est eunebeulibibeule) : Will et Jimmy, qui adorent jouer aux échecs parce que ça fait intelligent, se rendent à leur club préféré où ils coupent leurs téléphones le temps de jouer. De son côté, Laura, elle, achève une répétition avec son orchestre et s’en retourne vers sa voiture quand soudain ! Oui, soudain ! Un homme aux chaussures en croco et aux cheveux mi-longs l’agresse lorsqu’elle monte dans son véhicule et, la menaçant d’une arme, décide de la violer parce que là, tout de suite, il a très envie.
Alors certains me diront “Ouiiiii mais elle était habillée comment, hein ? Elle aurait pas un peu cherché ?” ; bon, cette phrase est déjà un peu con en soi, surtout que son sens varie un peu selon qui la prononce :
- Selon le couillon lambda de nos contrées, c’est du “J’ai vu un string et une minijupe : elle m’a allumé“
- Selon le couillon lambda d’Arabie Saoudite, c’est du “Je l’ai vue sortir seule : elle m’a allumé“
- Selon le couillon lambda du FMI, c’est du “J’étais tout nu, toute femme que j’apercevais était donc potentiellement en train de m’allumer“
Auquel cas, que dire de tous ces jeunes qui portent le pantalon si bas qu’ils se promènent en slip ? Mesdemoiselles, exigez qu’ils arrêtent de vous allumer avec tant de classe. Mais passons sur ces considérations, et retournons à Will, qui lorsqu’il rallume son téléphone au sortir de sa partie d’échecs, apprend ce qui est arrivé à sa femme : il fonce donc à l’hôpital pour retrouver sa douce, qui est quand même méchamment contusionnée et traumatisée, ce qui peut vaguement se comprendre.

"Vite ! Sortez de ce film mademoiselle, c'est pour votre bien"
C’est alors que surgit un curieux homme au crâne rasé (alors attention, c’est facile : tous les gens au crâne rasé de ce film seront des méchants, histoire que personne ne se trompe) engoncé dans un fort beau costume qui vient se poser aux côtés de Will dans la salle d’attente de l’hôpital pour lui expliquer que lui aussi, il a connu ça il y a des années ; cet homme, c’est Simon, du moins se présente t-il ainsi, et il propose une curieuse offre à notre héros : il sait où est le violeur qui a agressé sa femme, et il peut le faire exécuter, là, maintenant, parce que les procès, c’est nul. Il représente une organisation secrète de citoyens de la Nouvelle-Orléans qui en ont assez et font la justice eux-mêmes en tuant assassins, violeurs et pédophiles, parce que comme chacun sait, il suffit de parler de la peine de mort pour entendre le célèbre “Moi je suis contre, sauf pour les assassins, les violeurs et les pédophiles“, ce qui ressemble à un vague contresens inavouable, mais évidemment, tout cela n’a rien à voir avec du pathos bas de gamme.
Juste comme ça, petite question au fait Simon : comment tu sais où se trouve le violeur, même pas 2h après les faits ? Et comment sais-tu que c’est lui ? Tu as enquêté ? Tu as des témoins ? Et bien non : le film ne l’expliquera jamais. On supposera donc que Simon a tout simplement des pouvoirs psychiques extraordinaires. D’ailleurs ça ne choque pas le héros “Ah oui, donc vous savez tout du violeur de ma femme et en savez visiblement moult sur les criminels mais vous n’avez rien fait pour aider jusqu’ici. Ça me parait bien normal, merci.”
En tout cas, Will hésite sur l’offre qui lui est faite, et comme il faut bien rappeler que le héros aime sa femme (surtout avec un mauvais acteur), on a le droit a des flashbacks du début du film où il est heureux avec elle, mais en sépia façon Instagram pour faire temps lointain perdu ; c’est pas pour baver, mais les flashbacks en sépia pour remontrer ce qu’on a vu il y a 5 minutes dans le film, c’est un peu con. Heureusement que dans la vie, ça se passe autrement, parce que sinon :
“Hmmm, comme cette frite à l’air bonne, je la mangerai bien. Hop ! Ho non, je l’ai fait tomber, zut.” *flash sépia du moment où la frite est encore entre les doigts* “Ah, je me souviens du bon temps où cette frite n’était pas encore tombée… elle était si appétissante ; et j’étais si jeune, si fougueux !“. Bref.
Mais ne nous étonnons pas pour si peu car le meilleur arrive, puisque Simon déclare :
“Si vous acceptez mon offre pour tuer ce criminel…” oui Simon ? “… allez à la cafet’…” pardon ? Comme dans un épisode d’Hélène et les garçons ? “… et achetez deux barres de chocolat à la machine“.
Mesdames et Messieurs, le code le plus pourri du monde ! Lancer un contrat de tueur en achetant des barres de chocolat, c’est formidable. En tout cas, Simon prévient qu’en échange, Will devra juste rendre à l’avenir un “petit service” à l’organisation en échange du meurtre. Ho oui, sûrement trois fois rien “Salut mec ! Moi je tue quelqu’un pour toi, et toi en échange, on va dire que tu… tu me prêtes ton DVD de la saison 1 de Hamtaro“. C’est crédible.
En tout cas, après avoir un peu hésité et s’être frotté la tête avec la main (c’est comme ça que tout le film il montrera qu’il réfléchit), Will se résigne à monter à la cafétéria de l’hôpital pour y jouer l’une des scènes les plus pourries de l’histoire du cinéma : le mec qui va acheter ses barres de chocolat pour ordonner une exécution. En même temps, faut pas que quelqu’un passe avant lui en ayant un petit creux, sinon j’imagine bien le truc :
“Voilà Will, cet enfoiré est mort. - Pardon ? - Hé bien on a tué le violeur. - Oui mais en fait j’ai rien demandé, hein. - Mais pourtant, quelqu’un a acheté deux barres de chocolat dans un distributeur ! - Quelqu’un qui avait faim ? - Bon sang ! Je n’avais pas pensé à cette faille dans mon plan, je… ho… diable. Bon, vous me rendez un service quand même ? - Non, je crois pas, vous êtes vraiment trop con.”Bref, on a le droit à une scène filmée en gros plan et super lente du gars qui hésite à acheter du chocolat, tout ça sous les yeux d’un agent de sécurité qui surveille grave ce qu’il achète en fronçant les sourcils comme s’il était en train d’amorcer une bombe ; alors vous me direz “Ca doit être un gars de l’organisation qui regarde ce qu’il achète pour s’assurer qu’il accepte le pacte“, mais en fait pas du tout : c’est juste fait pour que seul Nicolas Cage puisse penser ça, alors qu’en fait, c’est juste un type qui n’a que ça à foutre de contrôler qui achète quoi pour ensuite lâcher “Vous avez bien choisi…” d’un air dramatique, avant de compléter “… quand on a faim, il faut acheter à manger, hohoho !“. On dirait une publicité pour Kinder Bueno. Vous savez, une de celles où il y a cette nana tête à claque qui rentre sans prévenir chez un sportif sur le retour pour exiger de bouffer un fucking kinder et faire comme chez elle. Charmante.
Mais qui a pu écrire dans le script “Et là, il y a un agent de sécurité dont le hobby est de surveiller les achats de sucreries pour les commenter” ? Qui ?!
En tout cas, cela fait, nous retrouvons le violeur qui rentre chez lui après une dure soirée de labeur ; lui, sa coupe de cheveux hideuse et ses chaussures moches se posent donc dans un fauteuil pour un bon repos bien mérité ; mais à peine a t-il commencé à somnoler que soudain, un type armé entre chez lui, visiblement mal à l’aise et probablement pas vraiment professionnel, avant de lui coller son flingue sur le front ; il lui hurle “Enfoiré de violeur, tu vas payer !“, et après une brève tentative de résistance du brigand, celui-ci se prend un pruneau dans le museau. L’assassin soulagé sort donc de la demeure et compose un numéro sur son portable avant de murmurer à son interlocuteur “le hibou ravi jubile“. Hmmm… quel code classe. Existe aussi en version “Le mulot a gagné un chapeau bleu“, “Les oreilles de Mickey sont dans le chocolat” et “David Douillet est pertinent” (mais là, ça se voit que c’est un code quand même).
Quelques heures plus tard, un homme approche Will à l’hôpital en lui tendant une enveloppe qu’il présente comme “contenant des papiers pour l’assurance” ; ouvrant celle-ci, notre héros tombe nez-à-nez avec une photographie du violeur mort, ainsi qu’avec le médaillon qu’il avait offert à sa femme et que le criminel avait pris ; Will flippe un peu à cette découverte (il se frotte la tête avec la main), range le bijou et la photo dans sa veste, et retourne au chevet de sa douce lui dire qu’elle n’a plus rien à craindre, sans pour autant être fier de sa décision.
Quelques jours plus tard, rentrant chez eux, Laura et Will commencent à penser à leur vie après cette épreuve et la douce damoiselle précise très rapidement que désormais, elle veut une nouvelle serrure, des barreaux aux fenêtres et autres précautions afin de se sentir plus en sécurité : soit, lui dit son compagnon, ce sera fait. Même si bon : ça ne vaut quand même pas une bonne vieille mine antipersonnel sous le paillasson, permettant ainsi de se débarrasser au passage d’éventuels démarcheurs à domicile. Par contre, il faut aussi compter un petit budget “changement de porte”, ai-je découvert après la visite de témoins de Jéhovah, mais je m’égare.
Avançons de 6 mois dans le temps, et retrouvons Will qui… qui… heu… attendez, est-ce moi ou cet acteur n’arrive même pas à jouer le type qui fait son jogging ? On dirait une sorte de cheval complètement défoncé à la ganja qui ne saurait plus comment on se sert de ses jambes ; c’est assez curieux à voir, mais bon : dans tous les cas, le bougre après son sport (enfin, ce truc qu’il fait avec les jambes) arrive au lycée où tout va pour le mieux, et où son plus gros problème est désormais tout simplement la discipline en cours (s’il lisait ce blog, il saurait qu’aucun problème scolaire ne peut durer pour peu qu’il rencontre une batte de base-ball lancée à pleine vitesse). Sa femme, elle, a encore peur, mais les choses vont mieux : elle a juste, en cachette de Will, acheté une bombe au poivre (hmmm), un petit revolver (hooo), et pris des cours de tir où le conseil qu’on lui a donné, et attention, c’est authentique est “Pensez à appuyer sur la gâchette“. Monsieur de La Palisse dialoguiste, bonjour.

"Alooooors... j'ai tout bien fait dans l'ordre, maintenant, où dois-je appuyer pour tirer ?"
Mais un soir, alors que Will joue au billard avec Laura, il reçoit un appel de Simon, qui ne l’a pas oublié : celui-ci lui demande de sortir sur le champ, de foncer à la supérette du coin, d’acheter du chewing-gum l’air super nerveux (c’est vrai que c’est discret), de sortir par la porte de derrière accessible à tous les passants, c’est connu, et de l’y retrouver dans une ruelle. Là, Simon et plusieurs hommes au crâne rasé à son service l’attendent pour lui proposer de renvoyer l’ascenseur après ce qu’ils ont fait pour lui : poster une lettre marquée “au Père Noël” le lendemain à 16h15 dans une boîte aux lettres devant le zoo de la ville. Soit : notre loulou retourne donc trouver sa douce mais n’est guère d’humeur à continuer de faire le malin au billard, et tout le monde rentre donc à la maison, ce qui met la puce à l’oreille de Laura, qui trouve son mari un brin tendu (toi, là, tu viens d’y penser : tu devrais avoir honte, petit pervers. Ho non, je ne suis pas fier de toi ; regarde mes gros yeux. Oui, hein ? Voilà.).
Après avoir longuement réfléchi et hésité à ouvrir l’enveloppe (mais oui Will, tu as raison, ouvre le courrier d’une organisation qui tue des gens, je suis sûr qu’ils le prendront bien), notre héros finit par se rendre à 16h15, comme prévu, à la boîte aux lettres devant le zoo, où il hésite longuement. Ça tombe bien, son téléphone sonne “C’est Simon : tu es à la boîte ? Bien : ne poste pas la lettre, ouvre-là !” : hé bé ! Heureusement que Will a hésité, parce que sinon il aurait dit “Oups, désolé les mecs, j’ai suivi les ordres et posté le bousin, maintenant, va falloir que je défonce la boîte à coups de pieds si je veux récupérer votre bidule” ; en même temps, pourquoi lui avoir dit de la poster pour ne pas le faire ? Enfin bon, hein, le film jusqu’ici a déjà dévoilé son potentiel, ne nous étonnons plus. Si vous, à ce stade, vous êtes encore à sourciller là-dessus, allez prendre un bon gros lexomil, vous en aurez besoin.
Et dans l’enveloppe, donc, Will trouve deux choses : la photo d’une femme avec ses enfants, et celle d’un homme barbu l’air louche (oui, j’ai mis “barbu” et “louche”, c’est redondant, mais que voulez-vous, il y a sûrement encore ici de rares âmes innocentes qui n’ont pas encore peur des barbus. Je pense surtout à ceux qui n’ont pas connu Carlos. Le chanteur, hein, pas le terroriste). Simon lui explique sa mission : la femme avec les enfants va se rendre au zoo, notre professeur de lettres préféré doit la suivre, et s’assurer que le monsieur barbu ne traîne pas dans le coin. Si jamais il le voyait, il doit appeler Simon sur un numéro secret (il doit déchirer le papier où il est inscrit après l’avoir mémorisé) et dire “Le hibou ravi jubile“, le code officiel de l’organisation (un code bien pourri quand même, notons-le). En tout cas, notre héros accomplit sa tâche avec brio, mais de barbu, il n’aperçoit guère ; sa journée n’est cependant pas perdue : il en apprend beaucoup sur les éléphants, comme par exemple, le fait qu’ils soient incapables de sauter, ce qui en fait de piètres supporters de football ainsi que des gymnastes controversés (comme on pouvait le voir dans le célèbre film de Luc Besson Elephant Yamakazi VS Hippo-ninja).
Seulement voilà : en rentrant chez lui le soir même, Will est recontacté par Simon, qui veut un rapport de sa mission ; le bon héros est embêté car il ne veut pas que sa femme sache dans quoi il trempe, et sort donc téléphoner dans le couloir, ce qui ne fait que renforcer l’impression de celle-ci sur le fait qu’il lui cache quelque chose. En tout cas, Simon est satisfait de savoir que le barbu n’a pas embêté la petite famille au zoo et félicite Will, mais lui dit que non, malgré ce petit service, ils ne sont pas encore quittes (c’est étonnant). Pour cette soirée, en tout cas, ils en restent là.
Le lendemain, au lycée, quelqu’un bouscule notre héros dans les couloirs avant de lui dire “Hey mec, tu as fait tomber cette enveloppe que tu n’as jamais vue, vite, prends-là !” ; celle-ci contient encore une photo du même monsieur barbu que la dernière fois, ainsi qu’une feuille visiblement extraite de son casier judiciaire où l’on peut apprendre que le bougre est un vilain pédophile. Simon appelle aussitôt derrière en expliquant à Will que “Hahaha, ouiiiii Will, comment ça va mec, ça pulse ? Tout ça ? Bon, je voulais juste te dire : le mec là, en photo, tu dois le buter. Il passe tous les matins à la même heure par une passerelle au-dessus de la voie rapide ; demain, tu vas voir, ta voiture aura un souci, tu devras aller au taf en bus : arrête toi à cet endroit et attends-le pour le faire passer par dessus les barrières de sécurité, ainsi, tout le monde pensera à un suicide. Accessoirement, deux caméras surveillent l’endroit, mais t’inquiète chaussette, on les déconnectera. Allez bisous gros.“. Zut, se dit Will, je suis pas trop un meurtrier, moi, je suis plutôt un prof de lettres malmené par des trous de balle de 16 ans et pas vraiment taillé comme un catcheur, alors bon, tuer un mec, ça me parait assez moyen.
On notera que comme tout bon professeur de lettres, il maîtrise les euphémismes à la perfection.
Et effectivement : le matin suivant, lorsque Will va à sa voiture, il découvre que celle-ci a eu les pneus crevés, malgré le fait qu’elle soit dans un garage sécurisé ; il doit donc prendre le bus… et hésite très, très longuement en voyant l’arrêt fatidique approcher. Mais finalement, après moult réflexion, il se dégonfle un peu et se décide à ignorer les ordres de Simon parce que merde, il n’est pas un tueur.
Quelle erreur ! Ce dernier n’apprécie guère, et veut donc absolument parler à Will de sa débandade ; aussi, lorsque ce dernier arrive dans sa salle de cours où tous ses élèves l’attendent déjà, il tombe nez-à-nez avec un immense numéro de téléphone inscrit sur son tableau blanc : le numéro de Simon qui veut ainsi lui montrer qu’il peut le toucher quand il veut et où il veut (toi au fond, avec tes pensées perverses, ça commence à bien faire).
Hmmm ? Oui ? Oui, vous avez bien lu : le méchant Simon a bien écrit son numéro top-secret en grand sur le tableau d’une classe d’élèves un peu racaillous. Quelle subtilité ; je crois qu’il ne mesure pas les conséquences de son acte dans un monde réaliste, où tout numéro de portable mis à disposition de lycéens taquins a des conséquences. Du genre :
Tboudouboudoup Touboudouboudoup – On pense encore à toa ô bwanaaa (oui, la sonnerie de Simon est un bon vieux Michel Sardou)
“Allô, ici Simon. Alors Will, on se… - Allô ? Allô gros bâtard ? Suce des biroutes hééé ! - Mais qui ? Enfin ? Qui est au bout du fil ?Allô ! Allô ! - *clic* - Raah, c’est pas banal.”Tboudouboudoup Touboudouboudoup - On pense encore à toa ô bwa….
“Simon à l’appareil ! Will ? - Hey, hey ! Hey, hey ! Allô ? Allô ? - Allô ? Qui est-ce ? - C’est ta mère ! *rires gras en fond sonore* - Ça suffit bande de galopins ! Je raccroche, voilà !”Tboudouboud…
“ALLÔ ! - … - Allô ? - pffffuuuuuuuuiiiiiit…. - ? - *rires nombreux, voix en fond hurlant “Ho non abusé Mokobé tu lui as louffé dans l’oreille !”, une autre plus aiguë hurle “Rendez-moi mon téléphone c’est pas rigolo !”* - Ecoutez, ça commence à bien faire, je suis le GRAND MÉCHANT DU FILM, je tue des gens, je fais SUPER PEUR, j’ai le CRANE RASE, je ne PEUX PAS être enquiquiné par des lycéens, oubliez ce numéro, tas de petits cons ! - * voix lointaine : “parle à mon cul !”, rires gras*”Bref, quand on est un méchant sérieux, on écrit pas le moyen top secret d’être joint sur le tableau d’un prof de lettres de lycée, nom de nom. Or donc, revenons aux faits : Will rappelle Simon, qui l’informe qu’il l’attend sur le parking de l’école, où les deux hommes ont une brève conversation : Will explique qu’il n’est pas un assassin et ne peut pas tuer celui qu’on lui a désigné, pédophile ou non, et Simon explique que d’autres lui ont pourtant bien rendu ce service par le passé. Et qu’un pacte est un pacte. Will signifie son refus définitif, et s’en va en demandant à être laissé tranquille.

Will en a marre : après les élèves qui dessinent des kikis sur son tableau, voici que Simon y met son 06 en boucle
Mais las ! Le soir même, notre héros et sa femme vont au restaurant dîner en amoureux, occasion durant laquelle Laura compte bien demander à son doux époux pourquoi il semble si étrange ces derniers temps ; mais alors qu’il s’apprête à lui dire ce qu’il en est, une voix l’interpelle : “Will ? Will Gérard ?” : crotte ! C’est Simon lui-même qui se pointe, en se faisant passer pour un ancien collègue enseignant de Will ; il pourrit un peu l’ambiance de la soirée en lâchant laconiquement un “Ah, je ne fais que passer en ville mon vieil ami ! Je viens voir un copain dont la femme a été… *suspens*… assassinée ! Un peu comme cela pourrait arriver *CLIN D’OEIL* à d’autres *CLIN D’OEIL* s’ils ne suivaient pas les ordres *CLIN D’OEIL*”. Hmmm, décidément, ce garçon est de plus en plus subtil. Et derrière cela, il redonne une carte de visite avec son numéro au héros (il n’arrête pas : donner son numéro, c’est son hobby).
Lorsque le petit couple, après ces évènements, finit par rentrer chez lui, Will constate quelque chose de curieux : malgré les douze sécurités de sa serrure, quelqu’un est rentré chez lui et a écrit “Choisis !” sur son frigo avec les lettres aimantées qui y traînaient. Le bougre déplace vite tout ça pour ne pas effrayer sa femme, et constatant que l’ennemi a à sa disposition des ninjas capables de pénétrer chez lui comme ils le voulaient, il stresse suffisamment pour accepter de rappeler Simon. Et pour ce faire, sort de l’appartement et va jusqu’au garage en prétextant avoir oublié un truc dans la voiture ; là, il lui dit juste “Laisse moi tranquiiiiilleuuuuuuuuuuuuuuuh” avant de remonter chez lui, mais là, ho ! La porte est grande ouverte ! Et quelqu’un a encore écrit “Choisis !” avec les aimants du frigo ! Rah, mais les lourds, laissez le frigo tranquille, enfin !
Décidément, plusieurs choses m’intriguent à cet instant du récit :
- Simon a à sa disposition des ninjas, mais il préfère confier ses petits meurtres à des professeurs de lettres réticents. Il a sûrement eu un traumatisme durant sa scolarité et veut faire souffrir le corps éducatif. Et potentiellement, rater ses assassinats.
- Les ninjas n’ont que ça à foutre d’écrire des conneries sur les frigos des gens ; Will n’aurait pas eu d’aimants pour ce faire, l’intrus aurait fait quoi ? Ecrit au gros feutre ? Gravé au compas ?
- La nana de Will, qui jusqu’à ce moment du film, paniquait au moindre bruit et demandait à Will de décliner son identité dès qu’il passait une porte suite à sa désagréable expérience passée, n’en a soudain plus rien à foutre : elle dit juste à Will “Ah ? Tu viens à peine de remonter ? Mais alors qui ai-je entendu marcher dans tout l’appart’ il y a 5 minutes ?” mais, sûrement le vent, sûrement le vent ma chère
- Enfin, Laura devait faire caca au bon moment, puisque le frigo est situé en plein milieu de l’immense pièce principale de l’appart’, visible depuis toutes les autres pièces où l’on peut être. Donc pour que le ninja puisse tripoter le frigo sans se faire gauler à jouer avec des aimants l’air bien bête, il faudra m’expliquer où était la donzelle. Surtout si en plus, elle entendait du bruit.
Après cette soirée à avoir un peu peur pour notre bon héros, il se décide à agir dès le lendemain et, sa voiture étant donc toujours sans pneus faute de garagiste, il repart à l’aventure en bus, mais cette fois, oui, cette fois, il s’arrête au fameux endroit où il y a la passerelle empruntée par le vilain barbu chaque matin !
Heu, juste comme ça : t’auras pas pu prévenir Simon alors ? Qu’il coupe les caméras surveillant le coin comme prévu, non ? Bon. Pourquoi pas, comme nous le verrons, Simon et ses pouvoirs psychiques avaient déjà prévu le coup pour compenser ce énième trou du scénario.
Et sur la passerelle, en effet, peu de temps après notre héros, on voit arriver le fameux barbu, un certain Alan Marsh (le héros a son nom puisqu’il avait son fichier de casier judiciaire), à qui il crie “Alan, je veux vous parler !” ; à peine a t-il dit cela que le dit monsieur, visiblement un peu nerveux, lui jette le vélo qu’il transportait avec lui à la gueule, avant d’essayer de lui bourrer la mouille de coups de poings ; Will se défend à peine, et alors qu’il se baisse pour esquiver un coup, Marsh se laissant emporter par l’un des siens passe par-dessus la rambarde de sécurité de la passerelle et se vautre lamentablement sur la voie rapide un peu plus bas, ce qui lui vaut de pouvoir expérimenter si ses abdominaux peuvent arrêter un 36 tonnes lancé à pleine vitesse : la réponse est hélas négative.
Will, complètement apeuré par ce qu’il vient de se passer s’enfuit, et file au lycée pour tenter de faire comme si de rien n’était ; mais sur place, un de ses élèves, le seul à avoir un prénom du film, mais que j’ai déjà oublié, entame une bagarre avec un de ses camarades : notre amoureux de Shakespeare tente bien de les séparer, mais l’élève grognon lui saute alors dessus dans l’espoir de lui tripoter les molaires à coups de mandales. Mais c’est sans compter sur notre bonhomme un peu stressé, qui en a aussi un peu marre de tous ces gens qui essaient de le tataner aujourd’hui : après avoir esquivé quelques coups, il colle donc une bonne droite au trou du cul, et évidemment, tout le monde est choqué, élèves et autres profs compris, la scène se déroulant dans un gymnase où avait lieu une répétition de musique ; notons que les gens n’étaient pas choqués quand le gaminou frappait l’enseignant, ne me demandez pas pourquoi, mais quand ce dernier touche à l’élève, on entend un cri d’indignation s’élever tout autour. D’accord. En tout cas, la sanction tombe de suite : Jimmy en bon proviseur convoque Will dans son bureau et lui colle 3 semaines de suspension pour son intolérable geste.
Apparemment, personne n’a l’air de prendre en compte le fait que le geste ait eu lieu lors d’une tentative de pugilat de l’ado : sûrement un détail sans intérêt.
Pendant ce temps, à la résidence Gérard, Laura voit le garagiste de l’assurance arriver pour changer les pneus de la voiture ; et pour ce faire, ce dernier a besoin d’un truc dans la boîte à gants. Mais lorsque la douce épouse l’ouvre, sur quoi tombe t-elle ? Le pendentif que son violeur lui avait pris ! Et que Will avait fini par récupérer dans une enveloppe. Alors forcément, lorsqu’elle voit Will revenir plus tôt du boulot car suspendu, elle lui demande d’où ça sort, puisque c’est son violeur qui lui avait pris.
Allez mec, mensonge facile : “La police l’a retrouvé et me l’a rendu“. Par contre, ne me demandez pas pourquoi Will ne lui avait pas rendu à elle ensuite, ni pourquoi il avait décidé de le cacher… dans la boîte à gants de la voiture que sa nana prend tous les jours. C’est… oui, en fait, moi aussi un truc est en train de violer ma raison. Avec barbarie, en plus. Je me sens… si sale.
Mais Will étant aussi mauvais menteur que son acteur, il se contente de répondre “Brggllrlgllllmmfmffflboulouboulou“, ce qui est un peu léger d’un point de vue argumentaire selon cette petite prétentieuse de Laura, qui fait donc ce que les femmes font de mieux : elle part bouder (dans son cas, elle file à une répétition de son orchestre en fronçant les sourcils très fort).
Monsieur Gérard ne reste cependant pas seul chez lui bien longtemps, car deux policiers viennent bien vite frapper à sa porte : il est accusé du meurtre d’Alan Marsh. Ah ? Zut ! Comment l’ont-ils retrouvé ? La réponse tombe bien vite quand, une fois au commissariat, la maréchaussée dit deux choses à Will :
- Déjà, ils expliquent que deux caméras filmaient la passerelle où a eu lieu le drame, mais qu’une seule des deux fonctionnait, curieusement : on peut donc voir en vidéo Will arriver sur la passerelle, puis Alan Marsh, puis Will revenir seul en sens inverse, l’air complètement paniqué
- Ensuite, ils expliquent qu’Alan était journaliste sans casier, aucune histoire de pédophilie ou autre, et que visiblement, il connaissait Will puisqu’on a retrouvé sur son téléphone (qui a survécu à un bisou frontal avec un 36 tonnes, il faudrait penser à l’avenir à construire des voitures en téléphones mobiles pour faire baisser le nombre de mort sur les routes de manière drastique), et que sur celui-ci, on peut voir Will filmé dans un certain zoo… le zoo où il était supposé suivre une famille en vérifiant qu’Alan ne soit pas dans le coin !
Will comprend qu’il a été piégé pour tuer un journaliste gênant. Le spectateur, lui, ne comprend pas comment cette grosse tanche a pu rater au zoo, vu l’angle de la caméra sur la vidéo du téléphone, un mec visiblement en train de le filmer sans se cacher à 10 mètres de lui, mec dont en plus il avait la photo et qu’il cherchait en regardant partout autour de lui. Ho, Accessoirement, le film ne dira jamais comment le journaliste a pu se retrouver dans ce zoo pile à la bonne heure, pourquoi, et pour quelles raisons il a filmé Will. Vidéo qui ne servira plus à rien du film, à part à tirer une balle dans le pied du scénario, donc. J’ai toujours été fasciné par ces réalisateurs qui paient plus cher pour faire moins bien volontairement : c’est sûrement pour rester modestes.

"Bonjour Monsieur, on a une vidéo de vous où on ne vous voit pas tuer qui que ce soit, vous êtes donc arrêté pour meurtre"
Will est complètement paralysé : la vidéo où on le voit aller sur la même passerelle que Marsh et revenir seul lui semble accablante. Bon, en même temps, j’ai envie de dire : on ne l’y voit pas tuer qui que ce soit, et en plus, il peut dire la vérité – du moins en partie – : “Ce type me suivait pour des raisons que j’ignore, et ce depuis un moment à en croire ce téléphone, et sur la passerelle, il a tenté de m’agresser quand j’ai voulu lui parler et a chu tout seul“, mais non : à la place, il dit juste “Bglblgllllgrsssblulbulbulublu”. Décidément, quel homme à l’aise avec la langue et l’expression en public : j’espère qu’il ne fait pas un métier comme, je ne sais pas moi, prof de lettres.
Mais sur ces entrefaites, un autre flic arrive, demandant aux deux autres de sortir de la pièce ; il dit simplement à Will “Le hibou ravi…” et l’autre de répondre “… jubile ?” : Ok, lui dit le policier, avant de lui virer ses menottes et de lui tendre un badge de visiteur pour pouvoir sortir du commissariat sans que l’on lui pose de questions. Et en lui expliquant que s’il ne fuit pas, il sera abattu dans la nuit par un membre de l’organisation pour ne pas qu’il parle. Will ne pose donc pas trop de questions et galope donc vers la sortie aussi vite que possible. Lorsque les deux autres agents des forces de l’ordre reviennent, ils trouvent donc la salle d’interrogatoire vide, avec simplement les menottes ouvertes gisant sur la table. Aucun d’entre eux ne se dit “Tiens c’est bizarre : y a Bob qui nous a dit de dégager 5 minutes, et quand on revient, il n’y a juste plus personne et quelqu’un a ouvert ses menottes avec les clés“, non. Ils disent juste “Ho non, cacaboudin !“, comme tout professionnel de l’investigation qui se respecte. C’est impressionnant.
Will profitant de sa liberté retrouvée file donc aussitôt là où sa douce répétait avec son orchestre pour l’inviter à parler en coulisses : là, il lui raconte tout et lui demande pardon d’avoir passé un pacte en échange de la mort de son violeur. Sa femme lui répond alors :
“Moi aussi, j’aurais fait pareil, tu sais.”
Oui, mais personne ne veut de Nicolas Cage, c’est là toute la différence ma louloute, il a donc peu de chances de se faire violer, là, comme ça. Je disais ?
Ah oui : après avoir discuté, elle décide de l’aider en lui confiant le petit revolver qu’elle s’était acheté, avant de lui demander de filer, car la police arrive. En effet, les deux agents qui l’avaient arrêté et qui étaient tellement forts qu’ils ne se demandaient même pas comment il avait pu fuir viennent trouver sa dame en lui demandant de les appeler si jamais elle avait des nouvelles de son mari : mentant aussi bien que lui elle affirme “Je *gloups* NON je l’ai PAS VU“. Actor’s studio.
Mais quelques temps plus tard, un autre policier arrive, celui-là inconnu au bataillon, se présentant en tant que lieutenant Jailecranerasémaijesuipaméchanquevatuimaginerhahaha, et demandant à la jeune femme de le suivre pour aller au commissariat du coin, où il y a désormais de nouvelles preuves innocentant Will : ils ont donc besoin de son aide pour reprendre contact avec lui ; seulement voilà, en chemin, plusieurs choses mettent la puce à l’oreille de notre gourgandine : le flic comme son soi-disant équipier ont tous deux le crâne rasé, de sales gueules, des cicatrices, et leur voiture ne comporte même pas de gyrophare. Sentant le coup pourri, elle arrose donc tout l’habitacle à la bombe à poivre avant de filer en glapissant (c’est une femme, j’insiste).
Will, de son côté, se rend à son lycée pour consulter quelque chose qu’il n’a jamais pensé à faire avant : taper Alan Marsh sous Google dans la salle informatique du coin dont il a les codes (il irait bien chez lui, mais il suppose bien qu’on l’y attend) ; et là, qu’est-ce qu’il sort ? Que Marsh était un super journaliste aimé de tous, avec moult récompenses, et disposant même d’un hideux blog vidéo. Ah, si seulement Will avait pensé à taper son nom sous Google AVANT de le croiser sur une passerelle, c’eut été tellement plus simple, mais comme nous le verrons, dans ce film, internet est une notion assez floue. Visiblement, la Nouvelle-Orléans vit dans une sorte de trou dans l’espace-temps menant droit en 1973.
En tout cas, Will note deux choses sur le blog du journaliste :
- Il ne fait mention nulle part du fait qu’il est un peu con et jette son vélo sur tous les gens qui veulent lui parler, un vieux tic faisant de lui le premier cycliste-berserk de l’histoire
- Il a réussi à indiquer qu’une fête était donnée pour ses funérailles par ses amis dans un bar du coin (oui, il est mort, mais ça ne l’empêche pas de mettre son blog à jour : quelle abnégation, il est très fort)
Visiblement cette communication avec les morts ne surprend pas le héros plus que ça, qui décide tout simplement de se rendre à la fête des funérailles pour voir si le journaliste n’enquêtait pas sur un truc intéressant avant de mourir expliquant qu’on lui ait demandé de l’éliminer (je me demande bien sur quoi il enquêtait ; je dirais bien Simon au hasard, mais je peux me tromper : peut-être faisait-il un dossier sur la culture de l’échalote en Ardèche, un truc super sensible).
Après avoir passé la nuit caché au sein du lycée, Will se rend donc dès qu’il le peut au bar où les amis d’Alan festoient en lui rendant hommage, réunis autour d’une photo de lui et de divers objets lui ayant appartenu. Notre professeur a tôt fait de se faire passer pour un ami du défunt, et d’entamer la conversation avec ses compagnons journalistes pour savoir ce qu’il faisait avant de mourir : ils confirment qu’il enquêtait sur une société ultrasecrète de la Nouvelle Orléans, et que tout ça l’avait rendu un peu parano ; il avait donc, tout naturellement, caché les pièces de son enquête en cours, que personne ne sait où il a bien pu les planquer. Après avoir lâché tout cela, les amis du mort disent donc en choeur “Oui, enfin maintenant, chut, on sait que tu es flic depuis le début vu les questions que tu poses, et on te dira rien.“
Ho. Vous ne venez pas de tout lui dire pourtant ? Encore une fois : les dialogues ! Les dialogues ! Superbes.
Seulement voilà : la mamie qui tient le bar, pendant ce temps, a elle bien repéré Will et son bouc hideux et a passé un discret coup de fil : comme toutes les vieilles, elle est de tous les complots. Aussi, peu après, des types au crâne rasé arrivent dans le rade : des hommes de main de Simon ! Vite, fuyons ! Will attrape un badge appartenant à Alan qui traînait sur la table des objets du défunt et met les voiles aussi vite qu’il le peut ; une course poursuite débute durant laquelle les malandrins à sa suite ouvrent assez généreusement le feu sur lui ; derrière eux, on peut retrouver Simon qui court en hurlant “Reviens Will ! Je veux juste te parler, viens voir, on a la vidéo qui prouve ton innocence, c’est très net, vite, viens regarder !”

Négociateur de l'armée américaine voulant juste parler en plein effort
C’est tellement crédible : “Oui, on veut juste te parler, ce n’est pas un piège : on te tire dessus, mais c’est juste pour attirer ton attention !“. Ah oui, hmm hmm, je vois. Moi aussi des fois, quand je veux parler à quelqu’un, je l’arrose au fusil à pompe d’abord.
Malgré tous ces chenapans à sa poursuite, notre professeur parvient à s’enfuir, laissant ses agresseurs loin derrière-lui via diverses rabouineries que je vous passe. Heureusement, ses pérégrinations l’emmènent à proximité d’un hôtel de luxe où il rentre comme dans un moulin, atteignant sans souci le vestiaire de l’endroit qui est moins surveillé que celui d’un théâtre de 50 places. Ni une, ni deux, le bougre de galopin se saisit d’un manteau et farfouille celui-ci pour y trouver un ticket de voiturier ; retournant à l’entrée, il tend donc le papier à un employé qui va aussitôt lui chercher un énorme et rutilant 4×4, lui permettant ainsi désormais de se déplacer vite et bien, ce qui est mieux quand on est un fugitif.
Si vous vous êtes posé la question, sachez que non, malgré le monstrueux GPS à bord, personne ne pensera jamais à déclarer le vol en précisant à la police que grâce au GPS, le véhicule volé est localisable en permanence, transformant ainsi la chevauchée de Will en gros fiasco. Voilà.
Bref, grâce à sa nouvelle monture, notre héros a tôt fait de se rendre au journal où travaillait Alan, afin d’essayer d’y trouver ce qu’il en était de l’enquête qu’il menait ; pas de bol, le rez-de-chaussée du coin est occupé par l’imprimerie du cru, qui est en train de produire en boucle la une du prochain journal où l’on peut voir en première page le visage de Will avec marqué en larges lettres “Recherché !” . En voyant cela, Will tente donc de se faire discret il… il… il déambule donc au milieu de tout le monde en baissant la tête d’un air pas du tout suspect. Et formidable : malgré le fait que tout le monde n’ait que sa tronche en boucle sous les yeux depuis des heures que les presses tournent, PERSONNE ne le reconnait. D’ailleurs, si vous faites attention, lors du plan de l’imprimerie, on peut même voir un figurant qui rigole après avoir regardé Nicolas Cage à droite de l’écran. Et comme il est tout seul, cela va être dur de justifier que son personnage “rit parce que l’on vient de lui raconter une blague“. Mais bon : moi aussi j’aurais ri en voyant ça. Ou pleuré à chaudes larmes. Voire, les deux.
En tout cas, Will finit grâce à son badge par accéder à l’open space de la rédaction, où il trouve le bureau d’Alan Marsh : celui-ci ne contient pas grand chose, à part une pile de tickets de caisse cachés dans un livre, tous en provenance du même relais routier. Hmmmm, soit c’était un très bon routier, soit il y allait pour enquêter. Dernière option : c’était le lieu de travail de Germaine la goulue, l’héroïne des camionneurs de l’A6, et il aimait se détendre après le boulot. Allez savoir.
Filant du journal sans trop se faire repérer, notre héros va donc au fameux routier en périphérie de la ville, où il apprend auprès du propriétaire que Marsh possédait un petit garage sur place où il stockait un bateau pour aller à la pêche à proximité ; filant s’y rendre, Will parvient à y pénétrer et farfouille le bateau rangé dans l’endroit : et bien figurez-vous que du premier coup, parmi les dizaines de boîtes qu’abrite le rafiot, il tombe pile sur la bonne, qui contient un DVD et quelques papiers. L’enquête inachevée pour laquelle Alan est mort, elle est là, sous ses yeux !
Mais au loin, un gyrophare retentit : le propriétaire du routier a reçu le journal du jour et a ainsi découvert qu’il venait de parler avec le sujet le plus recherché du coin, chose qui l’a un peu motivé à appeler nos amis des forces de l’ordre pour qu’ils le transforment en kebab via divers tirs de taser : comme il se doit, une course-poursuite s’engage avec un véhicule de police qui, surtout, prend grand soin de ne pas appeler de renforts, c’est pas comme s’il coursait le mec qui faisait la une des journaux. En tout cas, finalement, le pauvre agent se fait semer, et visiblement, ça n’intéresse pas trop le reste de la police de prendre la suite : Will peut ensuite se promener tranquillement en ville sans être ennuyé. Ah. Bon bon bon.
S’arrêtant dans une ruelle tranquille, notre héros prend le temps d’allumer la lumière du plafonnier pour bien montrer à toute la rue qu’il se prend la tête dans les mains l’air pensif, ce qui permet au téléspectateur de bien saisir que notre héros réfléchit, mais qui aide aussi tous les passants à mieux voir la tronche du mec le plus recherché du coin. Je… je veux que ce film se finisse : le moindre petit geste semble pensé pour être incohérent.
Il finit donc par se saisir du DVD d’Alan Marsh et l’insère dans le lecteur de la voiture pour regarder de quoi il retourne : il s’agit de l’interview de Jean-Jacques, le type que l’on voyait au tout début du film hésiter à témoigner sur l’organisation secrète à laquelle il appartenait ! Mais ici, en version complète. Il explique que cette société répond au code “Le hibou ravi jubile“, qui signifie H pour Humanité, R pour Raison et J pour Justice, un groupe de citoyens de la Nouvelle Orléans lassés par la justice officielle qui s’occupe personnellement de débarrasser la ville des assassins, violeurs et pédophiles. Jean-Jacques trouvait tout cela bien normal jusqu’à ce que le chef de sa cellule, Simon (les cellules ne se connaissent pas entre elles), a fondu un câble et dézingue désormais quiconque se met sur son chemin, plus seulement les coupables de vilains crimes.
Apparemment, ces gens vivent dans le même monde que Bruce Wayne : les coupables sont toujours bien identifiés et indiscutables (chez Batman, ils sont même toujours pris en flagrant délit ou vêtu de couleurs criardes pour que jamais le bougre d’homme chauve-souris ne puisse péter la gueule à un innocent par erreur).
En plus de ce témoignage, il y a aussi des photos de tous les membres de la cellule de Simon, parmi lesquels… Jimmy ? Le pote proviseur du héros ? Ho !
Pas une minute à perdre : pour avoir des explications, Will fonce chez lui pour aller le trouver en pyjama en pilou et le menacer avec son revolver, en lui hurlant de lui donner le vrai nom de Simon : allez savoir comment, Jimmy le connait et le donne, il s’appelle en fait Eugène Cook. Seulement voilà : en quittant les lieux avec cette information, notre héros est suivi en voiture puis pris à partie par un type armé qui lui hurle qu’il va le buter, ce sale pédophile ; notre enseignant préféré comprend : il s’agit là d’un autre type manipulé comme lui par Simon, qui a dû lui raconter qu’il était un dangereux délinquant sexuel (ce qui vu sa tête, est crédible en fait). Pas de problème pour notre héros, qui depuis le début du film, est passé de l’état d’enseignant timide à celui de super combattant sans aucune raison, et casse donc la gueule à son agresseur après l’avoir désarmé en deux temps trois mouvements. Il récupère sur celui-ci un téléphone contenant le numéro auquel il devait faire son rapport à Simon, et appelle le bougre.
Il lui explique qu’il veut échanger les documents qu’il a contre la vidéo prise par l’autre caméra de la passerelle que la police n’a pas pu consulter, et où l’on peut voir qu’il n’a pas tué Marsh, que celui-ci est tombé en tentant de l’agresser. Et lui donne rendez-vous au stade du coin le lendemain pour procéder à l’échange.

Comment cramer son budget de réalisation, figure 1 : Dans cette scène, il y a des centaines de figurants et toute une compétition de Monster Truck en cours, tout ça pour... rien. Simon déambule dans les travées du stade sur ordre de Will alors qu'en fait, ce n'est pas là qu'il veut le rencontrer. Ah ?
Heu… bon, je passe déjà sur le fait que visiblement, Simon savait que Will allait venir chez Jimmy (preuve en est : il avait prévu un gars pour le suivre et l’abattre devant chez lui), mais n’a pas prévenu le dit Jimmy, pourtant membre de l’organisation, ce qui lui aurait évité de folles émotions et surtout, de pouvoir révéler le nom de Simon. Non, la question que je me pose, c’est maintenant que Will a les cartes en main, pourquoi il ne demande pas que Simon lui envoie la vidéo de son innocence par cet outil magique appelé internet, sinon il diffuse toutes les infos qu’il a sur lui ? Il a peur de la voir mise sur un site de téléchargement avec son compte premium au moment où le FBI arrive ? Il n’a pas de boîte mail ? Il ne connait pas les MMS ? Il préfère le contact d’un doux CD gravé ? Ou bien est-il tout simplement con ?
Chhhht… ne dites rien. Je sais.
En tout cas, Simon accepte le rendez-vous ; mais rusé comme un goupil, il décide de reprendre l’avantage dans la bataille en demandant à Jimmy de harceler Judy (je sais, vous l’aviez oubliée, mais si elle a un prénom, c’est qu’elle sert à un moment : souvenez-vous, c’est la meilleure amie de Laura, la femme du héros, vous avez dû le noter sur un post-it en début de film) pour qu’elle avoue où se cache Laura, qui n’est plus réapparue depuis l’épisode où elle avait fui une fausse voiture de police à coups de bombe au poivre. L’information obtenue, il ordonne son enlèvement.
Le lendemain, au stade, Will passe des coups de fils à Simon pour lui faire faire n’importe quoi sans aucune raison : va ici, va là, et même, là encore, authentique “Va faire pipi“. Pas va aux toilettes, hein “Va faire pipi“, et le mec s’exécute. Quelle ambiance dramatique dans ce film. On sent qu’on arrive sur la fin : la tension est à son apogée.
Finalement Will et Simon se retrouvent pour discuter en plein milieu d’un hall du stade bondé de monde puisqu’il s’y déroule une compétition de Monster Truck. Notre héros demande donc promptement à son ennemi “Alors, tu as la vidéo p’tit bâtard ?” (on le sent un peu stressé, là, sur la fin) et en effet : ce dernier montre sur son téléphone une séquence bien nette où l’on voit Marsh agresser Will sur la fameuse et funeste passerelle, avant de tomber tout seul, mourant ainsi comme un con. “Très bien“, dit notre enseignant “Maintenant, amenez moi à l’original“.
Pardon ? Mais enfin ! Encore une fois, tu n’as PAS besoin de l’original, juste de la vidéo ! Il peut te l’envoyer par MMS, Bluetooth, Wifi, que sais-je ! Pourquoi veux-tu l’original ? Quand tu regardes une vidéo de chatons sur internet, tu ne la comprends pas si ce n’est pas sur l’ordinateur l’ayant réalisée ? Tu n’es plus con, là, mon vieux, tu es au-delà, tu es une sorte de courgette qui parle, ou un truc du genre. Je suis perdu.
Seulement, pendant que l’on disserte, Simon reçoit à son tour un coup de fil de ses hommes : ça y est, ils ont Laura ! Ahaha, Will, tu es bien feinté, elle est retenue dans le centre commercial désert de l’autre côté de la rue (ah bin oui. Oui, effectivement, je me disais qu’on avait eu tous les poncifs, mais pas encore la bataille finale dans un lieu désert, vite ! Merci les mecs !) ; les deux hommes y vont, et de touchantes retrouvailles ont lieu entre les époux, sous les yeux de toute la cellule au crâne rasé de Simon + Jimmy (qui est le seul méchant avec des cheveux, c’est suspect).
La phrase qui va bien retentit donc : “C’est bon, j’ai les documents du journaliste. Ils en savent trop maintenant, tuez les ! Hahahaha, je suis trop maléfique !“
C’est là que l’on comprend pourquoi Jimmy est le seul avec des cheveux : il est n’est pas vraiment méchant, lui, on lui avait juste dit “Attrape-les vivants on ne leur fera aucun mal !” ; bin oui, c’est pas comme si toute la cellule tentait de tuer Will depuis une heure de film, hein, il ne pouvait pas savoir. Le bougre de corniaud sort donc son pistolet pour protéger son ami, et ça commence à défourailler dans tous les sens ; je vous passe les détails, mais comme vous l’imaginez, si la scène finale est dans un truc désert/désaffecté, il y a forcément un passage où le héros et le méchant s’affrontent au corps à corps, avec les pistolets qui glissent sur le sol, les coups de poings dans la gueule et tous les poncifs du genre qui s’enchaînent ; finalement, Simon finit par ramasser une arme, et comme il se doit là encore, braque avec celle-ci la tête de Will, persuadé qu’il va mourir, durant 15 bonnes secondes en faisant un petit sourire en coin façon “Je vais te tuer mais je ne tire pas sans aucune raison à part pour attendre qu’un personnage secondaire ne me tue au moment où je vais appuyer sur la gâchette” ; ça ne manque pas ! Vous vous souvenez de Laura lorsqu’elle a acheté une bombe au poivre (qui a servi dans le film) et un revolver (qui a servi aussi), qu’a t-elle fait de plus ? Elle a pris des cours de tir où on lui a donné le secret du bon tireur : “appuyer sur la gâchette” ; elle sauve donc son mari grâce à une arme ramassée sur le corps d’un des hommes de main mort de Simon, et ce dernier meurt donc aussi bêtement qu’il a vécu en se faisant cribler de plomb par une donzelle un peu douillette.
En sortant du centre commercial, Will (évidemment à demi en sang façon héros viril) et Laura croisent le policier qui avait aidé notre enseignant favori à s’enfuir du commissariat, qui lui explique qu’il appartient à une autre cellule de l’organisation, et qui condamne les agissements de Simon (mais qui ne faisait rien pour l’en empêcher non, plus hein, bravo les mecs, quel courage !). D’ailleurs, il va couvrir la fusillade du centre commercial pour que les deux tourtereaux ne soient pas inquiétés, en disant que c’est Jimmy qui a abattu tout le monde avant de mourir.
Accélérons un peu après tout cela, et quelques temps plus tard, la police, qui dispose désormais de la vidéo prouvant que Will était innocent (comment a t-elle fait sans l’original ? Elle a dû se contenter de celle retrouvée sur le téléphone de feu Simon, ça alors, c’est donc possible ?) laisse le bougre repartir en liberté, et ce dernier se rend au journal d’Alan Marsh pour leur rendre les documents qu’il avait pu récupérer sur le corps de Simon ; l’un des collègues de feu Alan qui avait traité le héros de flic dans le bar lors des funérailles arrive alors et le remercie chaleureusement pour tout ce qu’il a fait. Will l’invite à poursuivre l’enquête pour dissoudre toute cette société secrète.
Ce n’est qu’en remontant vers son bureau qu’il se retourne une dernière fois vers Will en lui lançant “L’enquête est entre de bonnes mains… allez : le hibou ravi jubile !“.
Notre héros se frotte donc le visage pour faire le mec qui réfléchit comme il l’a fait durant tout le film pour parer à son manque d’expressions faciales, et réalisant qu’il vient de confier toutes les pièces à un membre de la société secrète, il reste sur place la bouche grande ouverte, interdit (pour sûr que c’est utile, tenez).
Et… FIN

Vous êtes arrivé à la fin de l'article ? C'est bien. Maintenant, remontez au début et regardez à nouveau l'affiche ; osez me dire que j'exagère sur la constance du personnage.
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Quelques mois plus tard.
Toubou boudoup bibidoup… Einigkeit und Recht und Freiheit, für das Deutsche Vaterla…*clic*
“Oui allô ? - Monsieur Connard ? - Qui est à l’appareil ? - Vous vous souvenez de moi ? Je vous ai rendu un petit service il y a quelques temps. Vous vouliez voir une daube avec Nicolas Cage et je… - Oui, je vois. Que puis-je pour vous ? - Et bien, notre organisation aurait besoin que vous lui… disons… renvoyiez l’ascenseur. - Ho. Et de quelle manière je vous prie ? Vous avez besoin d’argent ? De drogue ? Vous voulez que je tue quelqu’un ? N’hésitez pas. - Oui hmm… d’un… service… nous avons un pacte et nous espérons que vous allez le tenir. Voyez-vous, en tant qu’amateurs de cinéma, nous aimons les grands réalisateurs, et nous avons réalisé une petite page Facebook et… - Oui ? - Pourriez-vous aller sur la page “Quentin Tarantino” et cliquer sur j’aime ? Il le mérite. Après, nous serons quittes.”Le téléphone me parut mettre une éternité à atteindre le sol après l’avoir lâché. Pour ma part, je me contentais de pousser un long hurlement.
On ne peut pas obliger les gens à faire des choses aussi horribles.
Il y a des Pactes qu’il ne faut jamais accepter.






































