Il y a des nouvelles qui font pousser des "Hooo !" et des "Haaa !" dans les chaumières : réduction d’impôts, déclaration de guerre, ou éventuellement, annonce d’un film produit par Jean Roucas. La chose est compréhensible.

Pourtant, dernièrement, c’est plutôt une autre nouvelle qui a fait réagir nos amis internautes, qui comme chacun sait, sont nombreux à passer 30% dans leur journée dans un cycle quasi-infini "mes mails – mon facebook – mes deux sites favoris – un site d’infos"  ; aussi, lorsque la nouvelle est tombée, certains ont chu de leur chaise de bureau en poussant des cris d’orfraie.

En effet, on peut se prendre un coup de pied au cul de la part de son employeur après avoir raconté des carabistouilles sur Facebook. Même si on a mis des smilies.

Il n’en fallait pas plus pour que les Jean Moulin de la Résistance 2.0 sautent sur leurs claviers pour lancer quantité d’actions courageuses : lâcher des com’ à base de "et la vie privée, alors !", "on vit vraiment dans un pays fasciste" (point Godwin obligatoire), ou encore "et la liberté d’expression !" ; tels d’audacieux maquisards virtuels, ils se dépêchèrent donc de souiller ainsi les commentaires de nombreux sites avant de s’en retourner dans leurs cachettes depuis lesquelles ils pourraient s’adonner à des vraies activités de rebelles, comme devenir fan du groupe "contre la torture des animeau dans le monde entié", ou mettre un avatar du Che sur MSN. C’est à se demander ce que fait la milice.

Résumons l’affaire tout de même : trois employés d’Alten, une société d’ingénierie spécialisée dans les conseils en technologies, les services informatiques et réseaux, se décident à baver sur leur employeur sur leurs profils Facebook. Bien que comme son nom l’indique, moult employés d’Alten soient des ingénieurs, c’est-à-dire,  je cite wikipédia (et d’autres sites ayant repris la définition, Google est votre ami) : "L’ingénieur apporte son expertise technique et sa créativité en tenant compte de contraintes de temps, de ressources, d’innovation, d’ergonomie et de respect de l’environnement et des réglementations.", aucun d’entre eux n’a l’idée, même un vague instant, malgré leurs compétences d’ingénieurs-experts-conseils en sécurité réseau, d’aller voir les paramètres de confidentialité de leurs comptes Facebook pour voir si le monde entier ne peut pas lire leur échange.

 

"Bertier, je sais que je ne devrais pas, mais depuis que vous êtes devenu fan de "Mon patron est un gros con", j'ai décidé de ne pas vous augmenter"

Hélas, en chemin, ils sont dénoncés par une tierce personne qui, écoutant le secrétaire d’état aux PME, se souvient que la dénonciation est un devoir républicain, et va donc tout raconter à la hiérarchie, en échange de quoi il reçoit 30 deniers, potentiellement échangeables contre des points cools sur FB tant le denier a un cours relativement bas à Wall Street ces derniers temps.

Je ne sais pas ce qui a dû le plus faire sourciller le patron : ce qui se disait ou le fait qu’à trois supposés spécialistes, ils n’étaient pas foutus de penser à changer leurs réglages de base sur un site grand public (surtout que dans réseau social, il y a "réseau" et "social", soit deux bonnes raisons de supposer que d’autres risquent de lire l’échange). Dans tous les cas, il leur proposa une douce caresse du fessier aidé en cela par ses croquenots fraîchement cirés.

Mais, les employés, tant qu’à prendre un coup de pied au cul, le prirent avec panache et invoquèrent deux motifs pour contrer cette décision : la conversation était privée, et en plus, ils y avaient mis des smilies. Deux points que les Jean Moulin de l’internet n’ont pas oublié de rappeler pour venir en aide des malheureux licenciés. Evidemment, trop occupés à se cacher dans le maquis, ils avaient oublié de lire les conditions d’utilisation de Facebook (mais si, vous savez, ces trucs que personne ne lit jamais et où vous cliquez sur "accepter" pour aller vite), dont vous pourrez, toujours histoire de gagner du temps, constater l’évolution en un coup d’oeil ici et . Bref, si vous ne touchez pas à vos paramètres de base Facebook (comme nos trois champions), les amis de vos amis ont accès à vos données. Soit, sachant qu’en moyenne, chaque personne a 50 amis sur Facebook, un total de 2 500 spectateurs potentiels.

Et, allez savoir pourquoi, il semblerait que des propos tenus devant 2 500 personnes soient considérés comme publics. C’est fou, quand même. En tout cas, ça veut surtout dire qu’il faut que je pense à réduire drastiquement le nombre de personnes que j’invite à mes orgies, mais c’est une autre histoire qui, j’en suis sûr, vous ennuierait profondément. Je vous l’épargnerai donc.

Seconde chose, l’utilisation de smilies rendrait les propos inoffensifs. Ah. Ainsi, il serait donc de bon ton de dire "Allez vous faire enculer :)" ou "Je te conchie si fort que même un scatomancien ne saurait te sauver du golem fécal que je compte poser sur ta tête ;)". L’humour serait plus subtil qu’un smiley ? Zut alors ; ainsi donc, lorsque j’envoie à ma secrétaire "Ce soir, je compte bien te mettre un bon coup de 8===> dans le (Y)", cela pourrait quand même être assimilé à du harcèlement sexuel malgré l’utilisation – habile, vous en conviendrez – de smilies et autres figures artistiques ? Ah nan, mais c’est carrément trop nul en fait.

Attention, donc, les enfants : contrairement à un mur, une cabane ou un Guy Carlier, il est impossible de se cacher derrière un smiley. Soyez prudents.

 

"Je t'avais dit que c'était pas malin de mettre l'évolution de notre désertion quotidiennement à jour sur twitter"

Mais en tant que membre de la Ligue des Enculés de Patrons Extraordinaires, je trouve cette manière d’agir sur internet tout à fait formidable : en effet, Facebook sert à notre classe néfaste à détecter les grosses buses. Parce qu’allez comprendre pourquoi, ces dernières trouvent très important de partager plein d’informations personnelles avec tous leurs amis, tout en supputant que jamais au grand jamais un employeur ne serait assez pervers et fourbe pour aller taper votre nom/votre adresse mail (aaah, combien de curriculum vitae comportent des adresses mails "petite_pipounette78@caramail.fr" ou "19cmdebonheur@gmail.com" ?). Ce qui évidemment, revient à grandement nous sous-estimer. Ainsi, c’est avec bonheur qu’il est possible de constater que certains utilisent la même photo pour leur CV et leur profil : mais si, vous savez, ce genre de photo prise avec la webcam où un appareil tenu à bout de bras sur laquelle on peut lire, derrière ce visage qui se veut simili-sérieux, ce rictus qui signifie "bordel, je suis bien cadré là ou pas ?" ; bien que cette même expression puisse aussi signifier "bon sang, je n’aurais pas dû reprendre de la choucroute aux fruits de mer ce midi, qu’est-ce que j’ai mal au bide". Ca fait toujours plaisir.

De même, quoi de mieux que de constater que les statuts d’une personne sont rédigés dans une langue relativement inconnue, dans laquelle "é" et "er" sont sans cesse confondus ? Comment ne pas sourire en imaginant maman relisant le CV de son chérubin d’un oeil tendre, corrigeant cette ligne où il a écrit "je suit diplomer en science de l’ingénieure" ? Et puis, quel bonheur de noter dans certains cas que l’éventuel salaire que l’on pourrait verser à une nouvelle recrue terminerait dans les poches de quelques épiciers vendeurs de mauvaise vodka ? Car non, avoir accès aux photos d’un candidat en slip faisant la chenille un mauvais-whisky-mauvais-coca à la main ne donne pas particulièrement envie de rêver. Même si vous êtes tout à fait libre de le faire : une passion pour les chorégraphies en slip sous l’emprise de l’alcool ne peut être considérée comme discriminatoire.

Alors vraiment, vraiment, continuez, bonnes gens. Continuez de mettre sur internet tout ce que vous ne voudriez pas que d’autres gens connectés à internet trouvent. Continuez de montrer que vous êtes de grands professionnels, mais que vous n’êtes mêmes pas foutus de lire les conditions d’utilisation des sites que vous utilisez, alors que tout le monde vous met en garde. Et continuez d’invoquer le respect de votre vie privée : c’est vrai que ça fait tellement envie, des gens qui pensent qu’il n’est pas de leur responsabilité de gérer ce qu’ils font sur internet.

Alors évidemment, on me dira que c’est scandaleux de consulter les profils Facebook d’autrui ; que je ferais mieux de changer mes méthodes et de me montrer plus responsable dans ma manière d’agir.

D’accord. Mais si je ponctue cet article d’un smiley, alors je peux faire ce que je veux, pas vrai ?

:-)

About these ads