Ah, malheur, je n’ai toujours pas trouvé de sponsor prêt à me payer une fortune pour que je vous rédige des billets dans lesquels je vous explique comment mes problèmes de capiton se sont envolés depuis que je me roule chaque soir dans du saindoux Boncochon©. Croyez bien que je le vis relativement mal, mais bon ; pour compenser ce grand vide en moi, je vais faire de la pub pour des compagnons de débauche et de mauvais goût, que ceux qui fréquentent mes liens ont connus après avoir cliqué sur le blog d’Ultimex ou celui de Wandrille

Mettons-nous en situation : ce soir, vous avez dîné chez les Martin. Si le repas fut une succession d’agréables mets, il n’en fut pas moins difficile de tenir au milieu du classicisme sans borne des conversations : remarques sur les saisons qui sont devenues folles, observations sans intérêt sur la situation du pays et plus particulièrement de son paysage audiovisuel, et même une imitation du général De Gaulle à l’aide du tire-bouchon qui avait servi pour le rosé. Ne nous le cachons pas : si vous avez bien mangé, vous vous êtes cordialement fait chier.

C’est pourquoi lorsque la dernière miette du dessert a été engloutie, vous devenez particulièrement anxieux, sachant ce que vos compagnons de table vont proposer ; et le coup ne rate pas : Anne-Sophie, qui était assise en face de vous tout du long et mangeait en consultant son smartphone, annonce d’une voix enjouée “Hooo, et si on se faisait un petit Time’s Up ?“.

Comme toute personne normalement constituée, vous vous levez en renversant la table afin de bien souligner l’importance du propos que vous allez tenir, et au milieu des bruits de porcelaine brisée, vous envoyez un bon crochet du droit dans la gueule d’Anne-Sophie, que vous ponctuez d’un “Dis-donc, ça fait trois plombes qu’on s’fait chier, t’as pas idée de proposer des trucs pareils, dis ?” ; la main sur son museau sanguinolent afin d’éviter d’éclabousser les convives d’hémoglobine, la bougresse ajoutera alors prestement “Nan mais si tu veux pas, on peut se faire un petit Jungle Speed ?“. C’en sera trop pour votre patience, puisque vous vous étiez jusqu’ici contenu, et vous utiliserez probablement votre chaise comme arme contondante afin de réduire la vilaine au silence pour de bon : pour que les invités saisissent bien votre légitime mais parfois incomprise réaction, vous hurlerez donc ce-faisant “Parce que tu crois que j’ai envie de jouer à un jeu dont le but est de sentir tes ongles se planter dans mon poignet, hein ? Tu crois que j’ai envie de t’entendre couiner que “Hoooo noooon Michel, y triche, j’avais une demi-phalange de plus que lui sur le totem”, dis ?” alors, jetant la chaise désormais aussi brisée qu’Anne-Sophie loin de vous, vous remettrez la table sur pied et y déposerez le jeu Coups d’un soir, expliquant que pour une fois que vous pouvez mêler ludisme et bon goût, autant en profiter. Sans compter que ça permettra à Christian de réussir à draguer une fille au moins une fois dans sa vie.

Mais alors“, s’exclameront vos convives, “En quoi ce jeu consiste t-il ? Est-ce cocasse et susceptible de nous divertir ? Et quelle est cette substance visqueuse qui sort de l’oreille d’Anne-So ?

Soyons concis ; comme nous le souffle le personnage Ultimex dessiné au dos de la boîte, l’objectif est simple : “Attrapez les toutes !

Si vous ne connaissez pas le Monsieur avec un gros oeil, dénommé Ultimex, c'est une faute de goût. Et non, il ne fait pas partie des cartes à deviner au Time's Up.

En effet, le jeu est constitué de deux paquets de cartes, dont l’un contient une série de demoiselles telles Céline Deschanel, une rousse incendiaire aux formes généreuse pour laquelle tous les joueurs se battront, Eva Sangria, une jeune fille qu’il est possible de séduire en remplissant suffisamment son verre, Vanessa Racli, caillera sensible de son état, qui nous dit en citation associée “Prends-moi la bouche, bâtard“, ou encore  Truc, la copine de Valérie. Chacune de ses damoiselles a des attentes dans différentes catégories : la virilité, la morale, la réussite et la classe.

C’est là qu’intervient notre second paquet de cartes, qui contient des arguments et des coups de pute (avouez que c’est autre chose que vos soirées Uno) ; la première catégorie permet d’obtenir les atouts nécessaires à la conquête de ces dames : une moustache vous rendra plus viril, une canne-épée vous donnera une certaine classe, raconter que vous êtes parrain d’orphelins dans un pays pauvre vous aidera à vous faire passer pour quelqu’un de moral, et un portefeuille bien rempli permettra d’exhiber votre réussite au tout-venant. Une fois suffisamment influent dans ces diverses catégories, vous pourrez donc souffler sous le nez de vos amis les plus belles filles de la soirée ; mais c’est sans compter leurs coups de pute, visant à vous ridiculiser, à envoyer le fisc s’assurer que votre réussite n’est pas liée à une sombre histoire de cotisations non payées, ou même à retourner votre jardin pour y retrouver vos précédentes compagnes (quand je vous dis que ce jeu est de bon goût).

La partie s’achève lorsqu’un joueur a atteint un certain nombre de points de conquête, un peu comme à Risk, mais sans le Kamchatka. Je vous cite les règles du jeu sur la question : “Le gagnant est celui qui le premier atteint le score que les joueurs se sont fixé en début de partie. Il devient alors le roi de la soirée, et peut donc se lever bruyamment et se moquer de ses adversaires en utilisant des insultes à caractère homophobe, comportement que les créateurs du jeu désapprouvent, mais vous savez comment sont les gens…“.

Voilà. Maintenant, vous faites ce que vous voulez, mais soyons francs : si vos amis sont des gens très premier degré dont la tirade clé est “On ne rigole pas de ces choses là“, et si en plus ils trouvent Laurianne Deniaud charismatique et pertinente, n’achetez pas le jeu et investissez plutôt dans une grenade lacrymogène qui vous permettra de fuir leurs soirées sans encombres. Pour le reste, une première extension du jeu est déjà programmée, pour que l’on puisse y séduire des hommes, aussi, que l’on attirera probablement avec des pièges à bière, un peu comme les guêpes. On regrettera bien sûr que le jeu ne comporte pas de cartes “Pelle“, “Pistolet maüser” ou “Odieux Connard“. Mais bon, si malgré tous ces défauts, ça ne vous arrête pas, c’est par là. Sinon, c’est par ici.

P.S : Ce billet ne retardera pas la parution du prochain sur le blog. C’est qu’on est sérieux, ici, vous savez. Ce n’est pas parce qu’on a ni principes ni éthique qu’on ne peut pas avoir une ligne éditoriale. Regardez Le Figaro.