L’employée tapote machinalement sur son bureau, le visage tourné vers les coulisses de son administration, alors que les échos d’une lointaine conversation entre deux collègues lui parviennent depuis un couloir voisin.

Soucieux de ne pas brusquer la travailleuse, je m’approche délicatement du comptoir, toussotant poliment en arrivant à celui-ci afin d’attirer l’attention de la préposée vers mon humble demande ; au son de ce bruit de gorge, elle se tourne vers moi d’un air attristé, visiblement dérangée par ma présence. Elle baille ostensiblement avant de daigner s’occuper de ma requête.

"Monsieur ?
- Oui, bonjour Madame, je vous prie de bien vouloir m’excuser de vous déranger, mais je viens au sujet d’un colis.
- A retirer ? Vous avez le bon de réception ?
- Ahah, non, en fait il se trouve que…
- Si vous n’avez pas le bon je ne peux pas vous le donner Monsieur.
- Non, non, il y a méprise : c’est un colis que j’ai envoyé et qui n’est jamais arrivé, semble t-il."

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Elle pousse un long soupir, signifiant son ennui à la simple évocation de la chose ; de mon côté, je me contente de garder mon légendaire sourire afin de m’assurer des bonnes grâces de la brave dame.

"Colis à quelle destination ?
- Paris VI.
- A quoi ressemblait le contenu ?
- Une petite boîte noire cartonnée relativement légère. Elle sent un peu la viande, et dessus il y a écrit "Voilà un doigt de ta fille, merci de me payer avant le 21 sinon tu vas la récupérer pièce par pièce façon éditions Delprado. P.S : Enculé !"."

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Je regarde innocemment le plafond, essayant d’oublier ce moment d’égarement dans la formulation de ma missive tout en attendant la réponse de mon interlocutrice, occupée à gribouiller ce que je viens de lui expliquer ; elle articule chaque mot à voix basse, et lorsque ses lèvres achèvent de former quasi-silencieusement "…culé", elle me tend un formulaire.

"Bon bin désolé Monsieur, mais La Poste n’est pas responsable de la perte de votre colis. Vous signez donc ce formulaire ici et là, y inscrivez vos coordonnées, le déposez dans la boîte qui déborde là-bas et on vous enverra une lettre pour vous redire la même chose. Voilà, suivant."

Elle incline la tête sur le côté afin de bien faire comprendre son message, et penaud, je tourne le dos au comptoir, m’éloignant doucement vers la boîte indiquée "Plaintes" submergée de papier. Après avoir machinalement déposé mon message parmi la pile des courriers attendant leur heure, je sortis dans l’air frais de ce matin d’hiver. Sur la vitrine du marchand de journaux en face de moi, une affiche scotchée contre la vitrine indiquait en grandes lettres noires :

"Colis piégé : deux morts dans la rédaction d’un magazine féminin"

Je me permis de pousser un soupir de soulagement.

Comme quoi, tous mes colis n’avaient pas été perdus cette semaine.

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Cérémonie d'invocation du facteur à Calais, 1921

La Poste, comme je l’évoquais il y a peu en d’autres lieux suite à quelques moult aventures, est probablement ce qu’il y a de plus proche sur Terre de l’ambassade des Enfers.

Toi, lecteur qui vit sous d’autres cieux, peut-être ne connais-tu point La Poste, formidable institution française qui, depuis des siècles, sous divers noms, a participé à faire circuler courriers et missives dans tout le pays ; derrière le pas honnête et pressé du facteur virevoltant d’une maisonnée à l’autre dans les bourgs du royaume de France, chacun a attaché depuis longtemps le spectre des nouvelles circulant à vive allure : engoncé dans son uniforme bleu, le brave homme – ou la brave femme – des services postaux vient déposer ici un faire-part de naissance, là une lettre d’un ami perdu de vue depuis longtemps ; il génère ainsi sur son passage rires et larmes de joie, alors que les bonnes nouvelles viennent illuminer de leur prose les chanceux foyers qui les reçoivent. Bon, parfois, le facteur dépose plutôt un courrier des impôts, auquel cas les foyers joyeux ont plutôt tendance à insulter sa mère, mais là n’est pas le sujet.

Dans tous les cas, que vous soyez un habitant du royaume de France ou un vil étranger (ou pire, un Belge), il y a fort à parier que vous ne connaissez point véritablement cette noble administration ; je vous propose donc aujourd’hui de traiter brièvement du sujet pour mieux comprendre en quoi les cimetières indiens sont de la grosse rigolade comparés aux centres de tri de La Poste en matière de phénomènes paranormaux.

Commençons avec un peu d’histoire.

En 1477, Facebook n’existe pas ; impossible de poker le roi d’Angleterre ou de partager ses photos du dernier banquet : autant vous dire que Louis XI est bien embêté. Le bougre, roi de France Valois et capétien de son état, a quantité de soucis : d’abord, il est moche, mais là n’est pas le sujet, et ensuite, il a quantité d’ennemis qui ne pensent qu’à envahir le royaume, piller ses belles cités et violer son cheptel. Les bergers du cru, qui en ont un peu marre de retrouver leurs moutons avec un arrière train semblable à une porte des étoiles, aimeraient bien voir le roi envoyer ses armées pour calmer tout ce petit monde, mais, las ! Il se trouve que Louis XI n’aime pas la bagarre ; il n’a jamais été très fort dans ce domaine, probablement après avoir été bizuté – pardon, intégré – à moult reprises à la Royal High School of Kingdom Management for Heirs d’Orléans.  Aussi est-il célèbre pour régler ses problèmes d’une autre manière : par la ruse.

Tissant des réseaux, manipulant ses victimes et se jouant d’elles, il est surnommé "L’Universelle Aragne" par ses adversaires puisque tel la patiente arachnide, il tisse sa toile avec patience pour piéger ceux qui s’opposent à lui. L’évêque Basin, connu pour ses chroniques, parlera même de lui dans les termes suivants : "fourbe insigne connu d’ici jusqu’aux enfers, abominable tyran d’un peuple admirable". La partie où il parle de "Gros bâtard à bouyav‘" est encore contestée par les historiens, tout comme le fait qu’il portait la mitre à l’envers façon West Coast de la Seine, nous ne développerons donc pas la chose ici.

Fourbe, maléfique, légende infernale : autant de caractéristiques qui étaient nécessaires à l’invention de La Poste ; et en effet, en cette vile année 1477, soucieux de pouvoir communiquer plus rapidement avec le reste du monde, Louis XI crée donc les relais de poste, structures permettant aux messagers royaux de circuler plus vite afin d’acheminer leurs documents à destination en un temps record. La transformation est immédiate : en quelques semaines seulement, Louis peut envoyer "Kikoo" à Londres à son copain Edouard IV, qui peut lui renvoyer en moins d’un mois ": – )". Le progrès est en marche.

Les bases de l’institution maudite sont jetées, mais pour l’instant, seul le roi peut voir ses courriers être perdus/volés/égarés/pouf pouf disparus. Aussi, quelques temps plus tard, en 1576, Henri III jaloux du fait que son peuple ne soit pas aussi emmerdé que lui décide de faire partager ce formidable don de Satan en ouvrant les offices de messagers royaux, pouvant transporter les courriers des particuliers, ce qui est une véritable révolution : désormais, tout le monde peut se faire rabouiner ses colis. Cela créera l’ancêtre des mécontents qui râlent à la Poste : les Malcontents, groupes influents qui mettront sérieusement à mal le pouvoir d’Henri III, mais c’est une autre histoire que je laisse le soin à d’autres de raconter (même si ces vieux barbons prétendent que cela n’aurait aucun rapport avec La Poste, et plutôt avec les guerres de religion).

Bref ; au fil du temps, tout ce petit bazar va gentiment se structurer, jusqu’à ce qu’apparaissent les facteurs, même si au départ déjà, leurs distributions sont relativement aléatoires, puisque le courrier découvre son ennemi naturel : la souris. Embusquée dans les boîtes aux lettres du royaume, parfois placée par un malandrin en goguette, la bougresse ronge sans vergogne les belles lettres de Tata Jeannine, ne laissant comme seule signature dans la boîte que quelques crottes rondes (parfois aussi, elle éclate d’un rire diabolique en accomplissant son odieux forfait, mais une souris qui rigole, ça ne s’entend pas trop). L’animal sera vaincu au XXe siècle avec l’avènement de la publicité : au bout du 5e tract Aldi quotidien à bouffer, le rongeur tombe sur le côté, pète, puis meurt d’indigestion.

Accessoirement, au départ, le facteur circule dans les villes en agitant une crécelle ou une clochette pour signaler son passage, ce qui prouve bien une chose : il est considéré comme ayant le même statut que le lépreux ou le pestiféré, ce qui résume bien la mauvaise image dont bénéficient déjà nos amis postiers.

Ca aussi, vous le devez à la Poste, base du scena... non, rien, rien.

Par la suite, évidemment, ces attributs sont retirés aux facteurs par quelques maîtres ès fourberie, qui veulent réussir à faire croire aux honnêtes gens que les employés de La Poste sont des humains, alors que chacun sait qu’en réalité ils sont constitués à 80% de soufre et à 20% de morceaux de types morts dans des files d’attente. De même, les progrès technologiques risquant de rendre La Poste rapide et efficace, les mêmes spécialistes du pourrissage d’autrui agissent : à l’arrivée des chemins de fer, voyant le courrier circuler à folle allure, de sombres séides créent la SNCF afin de s’assurer que tout n’aille pas trop vite, et lorsque l’avion fait son apparition, les mêmes créent Air France. C’est vraiment à vous dégoûter du progrès.

Alors évidemment, là, on me dira "Rooooh, Monsieur Connard, vous exagérez, hein, vous savez, je pense que vous pipeautez un peu quand vous dites que tout cela n’est en fait qu’une organisation crypto-infernaliste"

Et je répondrai : "Oui, hein, et alors, au fait, par exemple, de quand date La Banque Postale ? 2006, c’est ça ? Et quelle était sa spécialité ? Les crédits immobiliers ; pouf, dans les deux ans qui suivent, le marché s’effondre, à cause de problèmes sur le marché de l’immobilier : quelle coïncidence ! Alors évidemment, passé 2008, tout le monde explique qu’il faut arrêter de faire n’importe quoi avec les crédits. Ce pourquoi, à partir de 2010, La Banque Postale part sur les crédits à la consommation ; et re-pouf, dans l’année qui suit, l’économie se vautre. Alors hein, il va falloir arrêter de faire semblant de rien les enfants : c’est un complot sataniste !"

Bref, maintenant que vous voilà tous instruits sur l’histoire de celle belle institution, revenons-en au présent, et parlons-en ; toi, étranger qui n’as jamais connu La Poste et vit probablement heureux ce faisanttoi à qui je m’adressais en début d’article, permets-moi de te présenter la chose au quotidien.

La Poste, c’est une série de bâtiments un peu partout en France, dans lesquels il est possible d’aller effectuer diverses opérations : envois de lettres, achats de timbres, préparations de colis, obtention d’une maladie mentale : tout est disponible d’un simple tour sur place. Les locaux se ressemblent d’ailleurs généralement : un petit hall, au bout duquel se trouve un comptoir où les préposés attendent que de nouveaux naïfs clients se présentent, une série de machines pour peser et timbrer ses courriers, une photocopieuse à disposition : bref, rien d’extraordinaire.

Mais c’est sans compter sur la fourberie extraordinaire qui prévaut en ces lieux : tout a été soigneusement étudié pour vous pourrir la vie tout en ayant l’air parfaitement innocent ; ainsi, il suffit qu’un innocent pénètre le bâtiment pour que sans s’en rendre compte, il marche sur une dalle piégée qui active ce que l’on appelle dans le jargon, la trapavieux.

La trapavieux, c’est une petite trappe dans le sol contenant un vieux qui est régulièrement frappé à coups de bâton par les employés, avant d’être bombardé de calmants ; constamment placé dans un état entre excitation et demi-sommeil, il est complètement perdu. Toutes les heures, on lui envoie de la musique contenant des messages subliminaux comme "J’aime les timbres de petits chiots" ou "J’ai envie d’envoyer du courrier à un correspondant à l’étranger" ; parfois, un employé galopin glisse dans les messages "J’enverrais bien un gros colis par avion à mon copain Maurice dont je ne suis plus sûr de l’adresse" mais là même les autres lui font "Roooh, t’abuses Michel", même si ça les fait bien rigoler quand même.

Ainsi, lorsque l’innocent pénètre ces lieux maudits des hommes et des dieux, il se trouve toujours grâce à ce procédé avec un vieux (ou une vieille, c’est variable), qui surgit juste devant lui pour demander un truc chiant/improbable qui permette d’emmerder un maximum de gens ; la stratégie de base consiste, bien évidemment, à acheter des timbres, mais pas n’importe lesquels : des timbres décorés. Et là, papy ou mamie prennent grand soin de sélectionner, de longues heures durant, le carnet de chiot ou de chatons qui ira le mieux décorer leur missive. Vous, malheureux qui patientez derrière, vous tenez souvent bon le premier quart d’heure ; mais quand au bout de 25 minutes, ils en sont toujours à se demander s’il vaut mieux le lapin qui mange une carotte ou la fusée qui tourne autour de la Terre, vous avez juste envie de faire gagner de l’argent à la caisse de retraite en supprimant un vieux, là, tout de suite, et de préférence en faisant craquer des os comme des gâteaux secs.

Evidemment, ce n’est qu’un exemple : le vieux peut aussi vouloir envoyer un colis, mais il ne sait plus trop quoi ni à qui, aussi va t-il demander à Madame la postière si elle n’aurait pas dans sa mémoire magique le souvenir qui lui manque pour parvenir au bout de sa mission.  Mais curieusement, non : c’est fou.

Grâce à l’énergie ainsi générée par les souffrances endurées par votre âme immortelle et votre patience déjà bien entamée, les conseillers clients de La Poste peuvent se repaître de vos douleurs psychiques, et ainsi générer de nouvelles idées (probablement à base de popopo) pour ruiner votre quotidien.

Gérard, vieux chez La Poste, heureux de sortir de sa trappe pour aller demander à Madame la postière de lui présenter toutes les tailles et couleurs de colis existants avant de dire qu'il n'a rien à envoyer

Ainsi, parfois, lorsque vous envoyez quelque chose par La Poste, ça n’arrive pas à destination : le courrier s’est perdu, a été dérobé dans la boîte aux lettres du destinataire ou plus simplement, a disparu, car comme le dirait Lavoisier : "Rien ne se perd, rien ne se crée, à part dans les centres de tri pour ce premier cas, d’ailleurs j’aimerais bien savoir où sont les tubes à essai que j’ai commandés sur ebay". Jusque là, me direz-vous, ça peut arriver à peu près n’importe où : le risque zéro n’existe pas ("à part concernant mes chances de retrouver mes tubes un jour, bande de chafouins", aurait toujours ajouté Lavoisier en maugréant sous sa moumoute). Sauf que là, des génies maléfiques ont conçu un système visant à vous rendre fou intitulé le "C’est pas notre problème".

Ainsi, lorsque des objets disparaissent comme par enchantement dans des centres de tris, plutôt que d’envoyer des baraques de deux mètres de haut avec des barre à mine refaire les gencives des employés jusqu’à ce qu’ils parlent (une procédure pourtant évidente, tout de même pour préserver la bonne image d’autodiscipline de la maison), l’administration se fend plutôt d’un courrier en direction du client floué afin de lui dire, en substance : "C’est ballot, hein ? Mais on est pas responsables." ; dans ces moments là, on a juste envie de déchiqueter des jugulaires à coups de dents : si je confie un objet à une société pour l’emmener d’un point A à un point B, que je paie pour ça, mais que l’objet est paumé en route : qui est responsable ? Imaginez confier une voiture à un chauffeur à Paris en le payant pour l’emmener à Lyon ; quelques jours plus tard, à Lyon, vous attendez votre véhicule et voici le chauffeur arrivant à pied. Forcément, vous lui demandez : "Heu, et sinon, ma bagnole ?" ; s’il vous répondait "Bah, j’en sais rien moi, j’suis pas responsable. Au fait, merci d’avoir payé la course par avance", vous auriez tendance à vouloir lui malaxer les molaires à coups de mandales ; mais là, visiblement, il y a des gens qui trouvent ça normal.

Le top du top étant éventuellement l’argument ultime, déjà entendu :

"Vous l’aviez envoyé en recommandé, votre pli ?
- Bin non.
- Et bien voilà : si vous voulez être sûr que ça arrive, prenez un recommandé"

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Ah oui. Bon, d’accord : si j’avais su qu’en fait il y avait un tarif "Je suis sûr que ça arrive" et un tarif "Ça arrive peut-être, ça va dépendre si vous avez du bol" façon Française des Jeux, je me serais posé plus de questions, mais bon. En attendant, si ça ne vous dérange pas, je vais ressortir de votre aimable boutique et re-rentrer dedans, mais cette fois-ci avec une voiture bélier et en hurlant des trucs qui feraient rougir Jean-Marie Bigard.

Ainsi, de par ces fameux artifices, la Poste peut rendre fou n’importe quel citoyen sain d’esprit, dont la détresse psychique alimentera les sombres seigneurs postaux qui se régalent de la misère des mortels depuis le monde souterrain ; et pour ceux qui leur résistent, ils n’hésiteront pas à leur envoyer ce qui est un peu le VRP des enfers :

LE FACTEUR

Comme nous l’avons vu dans l’historique de La Poste, autrefois, le facteur circulait en agitant clochettes et crécelles, tel le lépreux en goguette, signifiant à la population qu’il fallait se tenir à distance de pareille créature maléfique ; mais après qu’un complot sataniste lui ait permis de quitter ces attributs pour enfiler le sympathique uniforme de messager du peuple allant de foyer en foyer, il n’en a pas moins poursuivi son terrible travail de sape de notre société, visant à meuler quotidiennement le moral des pauvres hères que nous sommes, particulièrement grâce à une stratégie bien connue :

Le bon d’absence.

En théorie, ça se passe comme ça : Monsieur le facteur sonne chez vous, dring dring. Vous répondez : "Bonjour facteur ! Quel plaisir de vous voir de si bon matin ! Ho, mon colis, bonheur ! Tenez, je signe… et hop, bonne journée facteur !"  ; serrant la main de l’employé consciencieux, vous refermez la porte et déballez votre bien, et tout heureux, vous jouissez en paix de votre nouvelle possession (dans le cas présent, un fusil à lunette que vous utilisez sur le fils du voisin qui crie quand il fait de la balançoire).

En sus de "Bienvenue chez les Ch'tis", sachez qu'il y a "Le facteur de Saint Tropez", avec Paul Preboist. Autant d'insultes à l'humanité toute entière, c'est quand même gros, ça devrait se voir.

Dans la réalité, hélas, ça se passe plutôt comme ceci : Monsieur le facteur arrive devant chez vous, puis hésite. Bof, s’il doit sonner chez tout le monde, ça risque d’être long vu sa tournée ; hop, il va plutôt remplir un mot comme quoi vous n’êtes pas là et déposer votre colis au centre de tri, qui ouvre après que vous soyez parti au boulot, et qui ferme avant que vous ne rentriez, vous obligeant à poser un RTT pour vous y rendre ; sauf que déjà que vous avez envie de tabasser le porteur de paquets qui joue à plier l’espace temps pour vous expliquer que vraiment, non non, il a tout fait pour prendre contact avec vous mais vous n’étiez pas là à 10h02 jeudi, alors que vous avez parfaitement souvenir du contraire, ainsi que de l’avoir entendu ricaner en remplissant un bon de l’autre côté de la porte, voici qu’en plus si vous prenez un congé pour aller retirer votre colis, vous vous retrouvez dans les pièges évoqués plus haut : le facteur vous a ainsi démarché directement à domicile pour vous obliger à vous rendre à la poste et ainsi subir les milles tortures de Belzébuth. Vous pensiez que c’était juste un cas isolé d’employé malicieux ? Non, c’est un plan de damnation à grande échelle.

Et si vous pensez, naïvement, que les enfants sont épargnés, détrompez-vous : c’est aussi la Poste qui gère le service du "secrétariat du Père Noël", permettant au petit Kévin qui a innocemment glissé une enveloppe pour le gros homme rouge dans une boîte au lettre de recevoir en retour "Ho ho ho, bonjour mon petit Kévin ! J’ai bien reçu ta lettre ; cependant, elle n’était pas timbrée, aussi, tu serais bien gentil de m’en renvoyer une avec deux timbres, histoire de compenser, car, ho ho ho ! Les timbres, c’est très important ! Sache d’ailleurs que tu peux venir en choisir plein avec ta mamy dans nos bureaux, de préférence aux heures où les gens qui bossent viennent chercher leurs colis, histoire de faire chier un maximum ! A bientôt Kévin ! Et pense aux timbres, sinon tout ce que tu trouveras dans tes pantoufles le 25 décembre, ce sera un long et chaud étron ! Ho ho ho !"

J’imagine qu’ici, certains lecteurs travaillant à La Poste (j’en connais, ne niez pas) s’insurgeront de ce propos plein de généralités honteuses qui ne sont pas représentatives du travail au quotidien de l’institution, ce en quoi je répondrai :

- "Non mais je ne suis pas responsable de ce qu’il se passe chez moi : peut-être est-ce un pirate qui vient d’écrire cet article ? C’est ballot."

- "Je n’ai jamais reçu votre mail de plainte, l’avez-vous bien envoyé en recommandé ?"

- "Je n’étais pas là quand je tapais cet article : d’ailleurs, j’ai un bon d’absence du facteur qui prouve que je n’étais pas chez moi à l’heure à laquelle je le tapais : ce qui signifie que soit je suis innocent, soit il y a vraiment des facteurs maléfiques, ce qui dans tous les cas, me donne raison"

- Au concours de mauvaise foi, c’est moi l’plus fort, galopins.

Ah, mais.

Sur ce, je vous laisse : j’ai un colis à aller chercher. Je me signe, je prends mon eau bénite et j’y vais.

Adieu.

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La portière de la berline claque alors que je m’engouffre sur la banquette arrière, Diego se contentant simplement de me jeter un rapide regard depuis le siège conducteur via le rétroviseur dans lequel il était en train de vérifier le noeud de cravate de sa tenue de chauffeur.

"C’est fait Monsieur ?
- Ils ont paumé le colis Diego. C’est tout de même incroyable.
- Je comprends votre déception Monsieur.
- Non Diego, ta perception ne peut qu’effleurer la sphère de mon désarroi. Allez, déverrouille-moi tout ça."
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Un cliquetis se fit entendre. Après avoir vérifié que le parking était désert, je sortis de la voiture et me rendis au coffre de celle-ci, révélant en l’ouvrant la silhouette gracile d’une jeune fille tenant une main bandée contre elle.

"Vous… vous allez me laisser sortir ?
- Cécile, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle pour vous.
- …
- La bonne, c’est que votre père n’a pas refusé de payer la rançon dans l’immédiat : tous les espoirs sont permis.
- Et… la mauvaise ?"
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Je ris pour détendre l’atmosphère.

"La mauvaise, c’est que La Poste a égaré le colis avec la demande, comme c’est cocasse, n’est-ce pas ?"
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Ses yeux s’écarquillèrent.

"Tu pourras te plaindre auprès d’eux, mais en attendant, il va me falloir tout recommencer : allez, donne ta main !"
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