Bon appétit !

Le bruit des couverts sonnant contre les assiettes en disséquant délicatement leur contenu se fait entendre, au milieu du brouhaha tranquille des conversations qui débutent ; les verres se remplissent de divers alcools, on complimente la maîtresse de maison dès la première bouchée de chaque plat, et entre deux coups de fourchette, on jette un regard suspicieux à la personne assise en face de soi afin d’essayer de voir si elle vous a surpris en train de peiner à avaler ce foutu morceau de salade trop gros.

Excusez-moi Bérengère ?

Notre hôtesse se tourne vers moi dans le curieux tourbillon des foulards et froufrous qui ornent sa robe à la dernière mode dont elle n’est pas peu fière.

Oui Odieux ? Vous revoulez du soja ?
- Je… non, je… écoutez Bérengère, ce n’est pas que ce ne soit pas bon, hein, c’est succulent, tout ça, mais dites-moi, ne devait-on pas manger une choucroute ?
- Attention Bérengère : il va mettre une mauvaise note à votre dîner !

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Le type à côté de moi, un cadre à l’embonpoint aussi développé que sa calvitie s’essuie la bouche de sa serviette avant de partir d’un petit rire que les autres invités suivent bientôt. Bérengère achève de pouffer pour mieux reprendre.

Allons Odieux, ne faites pas l’enfant : regardez, c’est la verrine !

Et en effet, dans le coin supérieur droit du carré que forme mon assiette, un minuscule réceptacle de verre doit bien abriter une trentaine de grammes de chou enroulés autour d’une demi-knacki.

C’est-à-dire que j’imaginais quelque chose de plus…
- Attention Bérengère, vous allez vraiment l’avoir votre mauvaise note !”

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Ce qui ressemble au début d’une longue série de blagues basées sur le comique de répétition sort encore de la bouche de mon voisin, que je regarde de ma plus belle mine signifiant “J’espère qu’une cirrhose va t’emporter d’ici la fin de la soirée“, alors que le restant de la tablée repart du même petit rire poli. Voyant que l’heure n’était plus à la diplomatie, je décidai d’expliquer clairement mon problème sans me laisser interrompre par un énième calembour impliquant M6 comme unique référence culturelle.

Bon, écoutez les enfants, c’est super, tout ça, j’adore vos blagues sur Un Dîner Presque Parfait histoire de faire ceux qui en rient sans y toucher quand bien même ils pompent allègrement le principe à chaque fois qu’ils ont des invités, mais maintenant, j’exige des explications : pourquoi ma choucroute a l’air de provenir de Mogadiscio plutôt que de Francfort ?
- Hooooo ! - fait la tablée scandalisée
- Vous savez Odieux, ce n’est pas la peine d’être désagréable : j’ai prévu une deuxième verrine de choucroute pour tout le monde.
- Formidable, Bérengère : j’entends déjà les organisateurs de l’Oktoberfest pleurer devant une telle orgie culinaire.
- Bel exemple ! Une congrégation d’amateurs de gras !
- Certes, graisse il y a, mais contrairement à ici, les gens ne sont pas servis par des boudins”

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Je crois que c’est à ce moment précis que les choses ont dégénéré. Ou peut-être lorsqu’après avoir allumé un cigare pour ponctuer mon propos, je l’ai écrasé sur le crâne de mon voisin qui venait de refaire un bon mot sur la “note de l’ambiance“.

Les gens sont tellement susceptibles de nos jours.

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"Vous savez, le métier de ministre est très surfait : j'ai beaucoup de temps pour aller dans des trucs comme "Un Diner Presque Parfait""

La mode ne se contente pas de corrompre tout ce qui est beau pour déclarer la laideur comme référence officielle pour une période donnée, particulièrement en cette période de soldes où quantité de magazines invitent leurs lectrices à “shopper” (oui, il n’y a pas de mot en français pour dire “acheter” ; ho, attendez !) divers objets, qui en général, ont tous pour propriété principale d’être incroyablement moches (et souvent chers pour faire chic), signalant ainsi au tout venant que la damoiselle portant pareil objet n’a ni goût, ni indépendance d’esprit (auquel cas, celui-ci aurait refusé de suivre la consigne idiote d’un magazine), mais visiblement pas mal de pognon à foutre en l’air.

Non : la mode, mal rampant traversant les âges dans le seul but d’asservir l’humanité sous le joug de concepts tous plus ridicules les uns que les autres, s’attaque depuis maintenant un petit moment aux repas popularisés par l’émission “Un Dîner Presque Parfait“, que la plupart d’entre vous connaissent. Bien sûr, si jamais vous faisiez partie de ces gens qui n’ont pas la télévision (“Kwa ? T’as pas la télévision ? Mais tu t’ennuies pas ?“), petit rappel du concept : les candidats doivent, chacun son tour, inviter les autres à dîner et leur préparer de bonnes choses à manger. Une fois le repas terminé, chacun des invités va noter l’hôte sur plusieurs critères : est-ce que c’était bien cuisiné ? Est-ce que la table était bien décorée ? Et enfin, l’ambiance était-elle bonne ?

Vous noterez qu’un critère n’apparaît nulle part : “Est-ce que j’ai bien mangé“, concept complètement ringard s’il en est, puisque chacun sait que l’important dans un repas, c’est de savoir si les assiettes carrées étaient assorties à la nappe ou s’il y a ou non une partie de Time’s Up après (cela dit, chez moi, ce dernier critère est assez essentiel, puisqu’en cas de réponse positive, je balance une grenade lacrymogène avant de m’enfuir dans un rire diabolique).

Du coup, tout comme pour l’art moderne, nous en sommes arrivés à un point critique : le minimalisme.

L’objectif est triple :

  • Faire des trucs petits, et donc choupis
  • Pouvoir utiliser la nourriture comme un accessoire de déco sur la table (et quand je parle de déco, je pense plus à Valérie Damidot qu’à Alfons Mucha)
  • Trouver tous les prétextes possibles et imaginables pour affamer les gens en leur disant que c’est pour leur bien

Ce dernier point étant bien évidemment essentiel : et pour s’en assurer, il suffit de faire le tour des magazines féminins (bibles de la mode s’il en est) et de regarder les deux thèmes principaux de leurs rubriques “cuisine” : les tous petits plats et/ou les régimes, comme ici (où vous noterez que l’on vous parle de soupe assez largement, mais c’est normal : la soupe, c’est mode, c’est un type de régime comme l’indique le même site) ou (le lecteur malicieux se dira “Ho bin non, ils parlent de tartiflette” mais regardez bien les photos : ce sont des mini-tartiflettes dans des bols si petits que ma montre de poche n’y tiendrait pas). Alors à part pour nourrir un chihuahua montagnard, je ne vois pas bien l’intérêt (et non, le chihuahua n’est pas vraiment un animal montagnard, ses tentatives d’accouplement avec des saint-bernard s’étant toujours conclues par de cuisants échecs ainsi que par un fort besoin de points de sutures)

D’ailleurs, sur le premier lien, vous noterez aussi que l’on vous parle de “tendances” en cuisine, parce que là encore, ne mangez pas ce que vous trouvez bon : mangez ce qui est à la mode, bande de fripons. Mais revenons à ce que je disais, puisque donc, à force de vouloir toujours des aliments plus petits, et d’insister sur le fait que c’est mieux comme ça, je suis sûr qu’un de ces quatre, au grand collisionneur de Hadrons, le CERN va découvrir que le plus petit composant de l’univers est en fait le cupcake de magazine féminin.

Alors toi, oui, toi qui prends des heures à t’enquiquiner à faire des petites assiettes décorées au vinaigre balsamique dans lesquelles tu glisses deux feuilles de salade et une rondelle de fromage de chèvre en étant persuadé que ce soir, tu fais des folies, sache que nous autres, nous qui voulons simplement manger à notre faim, nous te maudissons ; tu ne serais pas déjà en deux dimensions à cause de ton manque chronique de calories, nous te raboterions à coups de cravache pour t’enseigner le sens du mot “repas”.

Surtout que bon, hein, nous savons toi et moi que tu fais ta prude à table façon “Ho non, je ne vais pas reprendre d’eau minérale, j’ai déjà bien assez mangé avec ma demi-carotte“, mais que sitôt que tout le monde est hors de vue à l’heure du goûter, il y a la moitié du pot de Nutella qui subit les derniers outrages ; évènement qui t’incitera, gourgandine, à renforcer ton fascisme alimentaire au prochain repas pour évacuer ta culpabilité en annonçant tout de go “Qui veut partager ma demi-carotte ?“.

Alors, oui, on sait, dans les magazines/blogs modes, les rédactrices ont écrit comme à leur habitude “Le culte de la minceur c’est mal, ici on est trop libérées, on s’accepte même si on est un peu ronde, genre taille 40″, ce qui te donne vaguement l’impression que tu es une sorte de flan mobile à la ramasse derrière ces bombasses autoproclamées (c’est surtout l’autoproclamation qu’il faut retenir). Mais en fait, non : ces propos sont rédigés par des femmes qui n’aiment pas les femmes, et ça se sent. Essayons d’expliquer cela avec des exemples suffisamment simples pour que même une lectrice de Public puisse saisir le problème, allons-y :

Par exemple, nous avons ci-dessous deux mâles, à gauche, Bob, fakir chez Apple, et à droite, un certain “Will Smith“, bien que cela ne me dise rien. Un seul des deux peut se faire une fondue sans se sentir coupable, même si bizarrement, je le soupçonne de faire de la muscu’ à côté, mais là n’est pas le sujet.

Par contre, reconnaissons-le : un seul des deux peut réaliser une mission d'infiltration au Darfour (attention, c'est pas facile, il y a un piège)

Dans 99,9% des cas, les personnes vaguement attirées par les messieurs devraient trouver celui de droite vaguement plus intéressant que celui de gauche. Et pourtant, ce n’est pas le plus mince, puisqu’il doit peser environ 4 fois le poids de son voisin.

C’est compris ? Bien.

Maintenant, faisons le même exercice avec des mesdames (ou des mesdemoiselles, ne soyons pas sectaires) ; attention, c’est reparti : à ma gauche, Rachel Zoe styliste de son état considérée par beaucoup comme étant une prêtresse de la mode et une icône de la beauté citée dans pléthore de magazines comme une déesse vivante ; à ma droite, Christina Hendricks, qui ne rentre pas vraiment dans du 38 et a de la place pour manger des hamburgers sans se faire vomir tout de suite après.

Bon d'accord, l'une des deux est rousse, mais regardez : même ça on lui passe

Dans 99,9% des cas, les personnes vaguement attirées par les dames vont jeter des cailloux à la blonde se nourrissant exclusivement d’un haricot vert par jour en hurlant “Par Horus, demeure !“, et éventuellement se tourner vers la seconde, pourtant assez nettement plus “ronde”  (et encore) ; preuve en est : Christina Hendricks se retrouve aussi dans des magazines masculins, alors que Rachel Zoe, elle, se contente de végéter entre deux pages de pubs dans les magazines pour donzelles, personne d’autres n’en voulant en-dehors des lectrices crédules. Car une fois encore, le principe est là : si les canons de la beauté étaient dans les magazines féminins, les hommes aussi en achèteraient.

Sauf que non (particulièrement quand on voit les modèles sous les projecteurs, qui donnent l’impression que les stylistes ont aussi étudié la nécromancie pour pondre autant de morts-vivants à franges).

Alors on me dira “Oui mais si je veux encore maigrir,  c’est pour me plaire à moi, pas aux autres, je m’en fous des canons de la beauté”, ce à quoi je répondrai : alors ça tombe bien, n’essaie pas d’y ressembler, tu feras moins d’efforts et tout le monde va y gagner.

Tiré du site "monshowroom.com", collection "Je viens t'annoncer que je suis en phase terminale". Ho, oui, comme tout cela est beau, classe et attirant !

Alors sérieusement, expliquez-moi : comment peut-on suivre ce genre de modèles ? Et comment donc peut-on suivre le même exemple de gastronomie où, l’important dans un repas, ce n’est pas de manger correctement mais que ce soit “beau“, “esthétique“, “hype” et autres concepts du même calibre ? Pourquoi une bande de crypto-fascistes du “Ce que doit être un repas” sévit-elle impunément, dictant ce qui a sa place sur la table ou non ? Ne peut-on point juste se faire plaisir en mangeant bien ? Repartir chez soi en pleurant toutes les larmes de son corps, priant pour que les nuages s’écartent et que dans une lumière divine descende un peu de bicarbonate ?

Et tout comme dans l’art contemporain, à nouveau, nous retrouvons l’un des plus grands paradoxes de l’histoire de l’Humanité : lorsque pour trouver quelque chose de bon, il faut que celui qui l’a fait vienne expliquer pourquoi ça l’est, sinon, ça parait juste quelconque. Il y a quelques temps de cela, par exemple, je me trouvais dans un restaurant de la capitale qui se vantait de servir d’excellents plats dits “gastronomiques“. Or, je vous rappelle jeunes gens que, dans “gastronomique“, certes, il y a gastro ET astronomique, ce qui ne met pas vraiment en confiance de prime abord, mais surtout, il y a plusieurs notions, dixit l’Académie française elle-même, je cite :

  • La préparation des plats

Certes, vu le temps qu’il m’a fallu attendre, j’imagine que préparation il y a eu ; je pense que l’animal a eu le temps de grandir, de passer son bac et de valider le premier semestre de sa licence d’agronomie entre le moment où j’ai passé ma commande et celui ou je l’ai reçue.

  • La quantité des mets

Et là, visiblement, il y a une sorte d’amnésie collective des gens sur la définition de la gastronomie : quand on voit son assiette arriver, on est presque ébloui tellement on voit de porcelaine étincelante en lieu et place de là où aurait dû se trouver ce que vous aviez voulu manger. Donc pas vraiment de la gastronomie, juste du rien.

  • La qualité des mets

Si je devais écrire un Guide du Connard, je crois que je ferais le tour de ces restaurant où ce que l’on vous sert est d’une qualité inférieure à celle d’un routier, mais comme le nom du plat est écrit en araméen sur le menu (Pavé de veau sur son lit de haricots garni de son coulis ainsi que son accompagnement de fruits de la terre pour désigner un steak de quarante grammes, trois frites et deux haricots verts) et que le prix équivaut à l’un de vos reins (à partir du moment ou vous devez vendre plus de viande que vous n’en mangez, posez-vous quand même des questions), on hésite pas à vous expliquer que hohoho, si vous n’aimez pas, c’est que vous n’avez pas un palais de gourmet, petit cuistre ! Il faudrait être sot pour ne pas apprécier un plat présenté avec autant d’art : voyez comme le steak est bien mis au milieu de l’assiette ; et ces haricots, ne sont ils pas parallèles au bord supérieur ? Et je ne vous parle pas des frites, qui forment un triangle ! Oui, un TRIANGLE MONSIEUR ! Alors comment OSEZ-VOUS dire que ce n’est pas de la GASTRONOMIE ?

Techniquement, donc, si l’on oubliait Un Dîner Presque Parfait et autres loulous de ce calibre pour n’en rester qu’à la définition officielle et ancestrale de la gastronomie, alors on pourrait en déduire qu’un de vos potes vous servant un bon gros pavé de boeuf (oui, je suis très viande) préparé avec amour, le tout excellent (il a mis de la sauce bourguignonne et il sait choisir un vin), alors vous faites un repas que l’on peut qualifier de “gastronomique” ; par contre, même sans prendre en compte la question du “Y a t-il une addition exorbitante” , si l’on vous sert des trucs minuscules présentés façon soirée prout-prout à Neuilly, alors vous n’avez pas à faire par définition à de la gastronomie, mais juste à du foutage de gueule.

Mais chic. Et puis surtout, j’insiste : mode. Avec ses plats branchés ou en vue, ses sauces et mélanges “in“, et ses petits trucs qui, finalement, servent surtout à se faire mousser comme un vulgaire champagne mal servi.

Alors vraiment, il suffit : la prochaine fois que vos hôtes mettent 6 heures à préparer 2 misérables concombres pour vous voir mourir de faim parce que “se faire plaisir, ce n’est pas raisonnable“, le tout en commentant la déco de chaque assiette, soyez sympas : renversez la table, hurlez, frappez les forts et emmenez-les se taper un kebab.

Le fascisme ne passera pas par nos assiettes !

"Jabba wika mukto aboule les verrines miam miam"

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Le verre brisé autour de moi fit un peu de bruit, alors que je me relevais péniblement du trottoir sur lequel j’avais chu après être passé par la fenêtre de l’appartement sous le regard bovin des rares badauds s’attardant à l’extérieur à cette heure de la soirée. Au-dessus de moi, au premier étage de la façade de l’immeuble haussmannien que je venais de quitter précipitamment, on pouvait voir à la fenêtre illuminée que je venais de traverser les grands rideaux rouges décorant l’endroit, volant désormais dans le vent du soir en profitant de cet impromptu courant d’air.

Époussetant brièvement les épaules salies de mon costume avant de m’asseoir en sortant un nouveau cigare, je tentais de me remémorer la fin abrupte de ce repas pour faire le bilan de la soirée : après avoir expliqué mon désarroi face au manque de nourriture dans les assiettes, je m’étais décidé à me frayer un chemin jusqu’à la cuisine pour confirmer mon intuition sur le dessert supposé nous attendre ; certes, Bérengère et son mari avaient tenté de s’interposer, mais s’il avait suffi d’un bon droit pour calmer le second, la première avait opposé plus de résistance ; je lui avais donc offert une occasion rêvée d’avoir à nouveau recours à la rhinoplastie, pour d’excellentes raisons cette fois-ci. Curieusement, mes souvenirs sur la suite étaient plutôt flous. Du moins jusqu’à ce que mon téléphone me signale la réception d’un SMS.

Mr Odieux vou avé déchiré, surtou kan vou ete devenu berserk en dékouvran kil y avé ke dé makarons en dessert. PS : vou étié tré sexy kan vou tapié mon bopère, je vous <3

La jeune lycéenne qui n’avait pipé mot à table  avait dû récupérer mon numéro sur l’une des cartes de visite ayant chu de mon veston lorsque finalement, Bertrand, le judoka de la soirée, avait réussi un magnifique ippon en m’évacuant par la fenêtre.

Sentant mon ventre gargouiller suite à ce frugal repas, je me mis à penser à une hallucination liée à la faim lorsque je vis apparaître devant moi un homme en costume blanc étincelant, tendant une main pleine d’amour et de compassion dans ma direction.

“Viens à moi, Odieux, et tu n’auras plus jamais faim.
- Je… Jésus ?
- Non.
- Mais alors, qui ?
- Contente-toi de m’appeler Colonel ; suis-moi, et je t’emmènerai dans un pays où les collines sont de poulet et les rivières de sauce piquante ; ceux qui se prennent pour les pharaons de la gastronomie te diront que c’est mal parce que c’est pour la plèbe, mais tu verras, c’est autre chose que de manger trois feuilles d’endive au tapioca en tout et pour tout.”

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Me relevant pour suivre ce prophète, je n’entendis même pas le vent qui, traversant la fenêtre brisée qui dominait la scène, portait une voix rigolarde qui disait :

Et bien quelle soirée ! Je vais mettre une bonne note pour l’ambiance !

Et un essaim de rires polis fusa, s’envolant en tournant au-dessus des toits pour filer vers le ciel nocturne de Paris.