"Mesdames et Messieurs, veuillez enfiler vos lunettes. Bonne séance à vous."

L’hôtesse devant le large écran agita la main en direction de deux spectateurs occupés à discuter au fond de la salle, les enjoignant une nouvelle fois de suivre la procédure, avant de s’éloigner en direction de l’une des sorties de la salle. Diego, assis lui quelques rangs devant, grogna un peu en constatant que les imposantes montures lui couvraient à présent non seulement les yeux mais aussi les oreilles, une sorte de casque audio paraissant intégré à l’attirail de visionnage.

"Je ne savais pas que le film était en 3D.
- Mais, il ne l’est pas mon bon Diego. Toi qui n’avais pas vu l’épisode I des Expendables, tu dois être un peu surpris.
- Pardon Monsieur ? Je… et bien non, pardonnez-moi je ne vois pas l’intérêt de ces montures s’il n’y a pas de 3D. Et puis je vois tout bizarre avec !
- Ne t’inquiète pas Diego, je vais tout t’expliquer."

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Retirant les imposantes lunettes identiques à celles de mon voisin, je m’empressais d’indiquer à Diego la petite inscription sur l’une des branches de celles-ci, où l’on pouvait lire "Expendables Goggles".

"Vois-tu mon bon, ces lunettes ont été spécifiquement conçues pour permettre de visionner ce film précis dans de bonnes conditions. Regarde-moi parler par exemple, que vois-tu ?
- Hmmm… j’ai l’impression que vous avez la bouche inclinée à 45 degrés et la peau luisante, c’est bizarre.
- Non, c’est justement fait exprès petit forban ! Vois : ces verres redressent automatiquement les bouches, et permettent ainsi de regarder un film avec Sylvester Stallone sans avoir l’impression qu’il parle toujours avec le faciès en diagonale. Et appliquent automatiquement un effet photoshop pour cacher les acteurs vieillissants.
- Ah oui, effectivement. Mais, le casque en plus des lunettes, c’est pour quoi ?"
- Retire les et écoute bien."

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Diego, obéissant, m’observa toussoter poliment les lunettes à la main avant que je ne me lance :

"Diego, tes putains de lunettes de merde tu vas les remettre sur ton nez avant que je ne te les foute dans le cul, sale petit bâtard"

Le pauvre garçon resta immobile quelques instants, les yeux écarquillés, avant de commencer à bafouiller une réponse

"Mais vous m’avez dit de…
- Oui Diego, justement. Remets tes lunettes, et écoute bien, je vais reprononcer exactement la même phrase."

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S’exécutant, le bougre se tourna vers moi en faisant fi du fait qu’il voyait désormais ma bouche penchée de 45 degrés. Il s’étonna de voir que le mouvement de mes lèvres ne correspondait pas à ce qu’il entendait sortir du casque filtrant le son sur ses oreilles, puisqu’il put simplement percevoir :

"Diego, vous seriez bien urbain de rechausser vos lunettes."

Une moue d’intense réflexion déforma le visage du pauvre serviteur, s’étonnant de la situation. Retirant à nouveau ses lunettes, j’anticipai sa question.

"Comme tu peux le constater mon bon, ce casque filtre automatiquement le langage de charretier des films d’action pourris pour le rendre plus proche du langage du reste de l’humanité. C’est un outil fort pratique. Maintenant, remets tes lunettes, ça commence : tu ne voudrais quand même pas avoir l’impression de regarder pareil chef d’oeuvre dans de mauvaises conditions, n’est-ce pas ?
- Ho, non Monsieur."

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Et Diego rechaussa ses lunettes, prêt à découvrir l’un des plus beaux films de l’été.

Y a t-il vraiment besoin de pareil matériel pour visionner ce film ? Y a t-il une vie après gouverneur de Californie ? Autant de questions auxquelles il convient de répondre, alors : spoilons mes bons !

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L’affiche : avec autant de stéroïdes au mètre carré, on aurait pu penser à une publicité pour le tour de France, mais non. Je sais, c’est trompeur.

Notre histoire débute au Népal, dans une province oubliée du monde au nom parfaitement imprononçable ("Eva Joly", ou quelque chose du genre). Au fin fond d’une forteresse gardée par des centaines de militaires, l’officier tyrannique semblant visiblement commander la base est occupé à tabasser un détenu au visage dissimulé sous un sac de toile, lui demandant gentiment s’il ne voudrait pas parler pour donner son identité, une information, ou pourquoi pas, une blague à Toto. La chose pourrait durer un petit moment si, au même moment, à l’extérieur, il ne se passait pas des choses mystérieuses (un terme rare dans ce genre de film, vous l’imaginez bien)

En effet, trois véhicules blindés viennent d’apparaître à l’horizon, pilotés par une bande de mercenaires vêtus de noir : les Expendables !

Alors pour rappel jeunes gens, les Expendables sont une unité constituée des créatures aux plus gros testicules de l’univers (loin devant l’éléphant, le diplodocus ou Jeanne Moreau). On retrouve donc à leur tête le charismatique Barney Ross, capable d’imposer le respect par la simple exhibition de son hideuse moustache, Lee Christmas, un spécialiste du lancer de couteaux, Gunnar Jensen, un être venu de Suède disposant d’une mâchoire à faire pâlir un tractopelle, Toll Road, qui est juste gros, et Billy the Kid, le plus jeune membre de l’unité et gros niais souriant sniper attitré de celle-ci. On pourra tout de même noter pour les préjugés raciaux qu’il y a parmi eux Yin Yang, un asiatique qui pratique donc forcément les arts martiaux, et Hale Caesar, le black qui a donc forcément une arme plus grosse que les autres.

Ho, et ne vous embêtez pas à retenir les noms : retenez juste celui du chef, les autres auront finalement assez peu d’intérêt, un peu comme le film, donc (il y a une certaine constance au moins, on pourra saluer cela).

Bref : les véhicules des Expendables couverts de dizaines d’inscriptions supposément drôles, (comme "toc toc" sur le bélier) mais faisant plutôt passer tout ça pour un convoi d’amateurs de tuning, foncent à toutes blindes (calembour, merci), et défoncent sans problème les portes de la forteresse (ainsi que les obstacles antichars qu’il y avait devant celle-ci, qu’il suffit de vaguement toucher pour qu’ils s’envolent en tous sens : probablement des obstacles en polystyrène pour bloquer des… heu… des chatons. Petits. Et pas trop féroces alors) avant de s’y engouffrer, mitraillant à tout va depuis le toit de leurs véhicules à l’aide de grosses mitrailleuses. Comme il se doit, les soldats ennemis se contentent de ne pas tirer ou alors complètement à côté, puisque comment des figurants pourraient-ils tuer des personnages, hein, je vous le demande, alors qu’en retour, pour chaque balle tirée par un membre de l’unité, il y a 7 morts et un mur qui explose au minimum. Par ailleurs, selon la tradition des films modernes, quand un mec se prend une balle, il ne tombe pas : d’abord, il fait une sorte de petite danse façon Balunga avant de se vautrer. Quel siècle étrange que le nôtre.

En tout cas, le convoi de nos héros circule à bonne allure dans l’endroit, et bientôt, les Expendables défoncent des murs, des portes, des gueules et  grimpent même sur les toits allez savoir comment avec leurs voitures, et finissent pas descendre des véhicules pour se préparer à aller botter des culs à l’ancienne. Ce qui serait fort intéressant, si déjà, le film ne nous régalait pas d’un grand moment : Barney et Lee se retrouvent au sommet de la forteresse, et constatent qu’un hélicoptère est venu soutenir leurs ennemis pendant qu’eux donnaient l’assaut sur le fort. Comment l’abattre, se demandent-ils ?

Alors là, vous vous dites : "Je ne sais pas : en utilisant l’énorme mitrailleuse située sur les véhicules dont vous venez de descendre et évoquée deux paragraphes plus haut ?". Petits naïfs.

Et bien non : nos héros ont par le plus grand des hasards avec eux une moto, et décident donc de la démarrer pour l’envoyer sauter sur un tremplin, l’hélicoptère ennemi ayant le bon goût de venir se mettre a) au niveau du toit b) devant le tremplin c) juste à distance de saut de la moto d) moto qui ne se vautre pas alors qu’il n’y a personne dessus durant la manoeuvre. En conséquence de quoi, l’appareil volant et le deux roues entrent en collision, provoquant un certain chaos ainsi qu’un gros besoin de constat amiable. Cela fait, nos deux larrons vont rejoindre le reste de l’unité dans les couloirs de la forteresse pour foncer vers la salle d’interrogatoire au coeur de celle-ci.

Regardez bien : le véhicule capable d’abattre l’hélicoptère est tellement près que nos héros se cachent derrière. Mais malgré tout, non, ils vont plutôt lui lancer une moto. C’est tout à fait normal.

Après avoir massacré 241 gardes qui n’avaient aucune chance dans les couloirs du coin, nos mercenaires préférés déboulent donc là où ils le voulaient et cartouchent sauvagement le patron de la base et ses sbires, avant de s’atteler à leur mission : libérer le prisonnier. Sauf qu’en enlevant le sac sur la tête de celui-ci, nos loulous semblent fort surpris : déjà, il est très moche, et ensuite, il ne s’agit pas de l’homme qu’ils étaient venus chercher, mais de Trench, alias Schwarzi, le chef d’une autre unité de mercenaires concurrente ! Mais que fait-il là le galopin, hein ? Dis-donc ! Tu vas répondre oui ?

"La même chose que vous, tas de gros bâtards", explique donc posément notre homme : il est venu sauver le prisonnier que les Expendables voulaient, à savoir un millionnaire chinois qui s’avère en fait être retenu juste quelques mètres plus loin. Mais comme c’est une grosse quiche, il a  échoué et s’est fait capturer. Un peu déçu d’avoir besoin d’aide, il se laisse détacher puis, ils libèrent donc leur cible, et Barney s’inquiète tout de même : il faut se barrer de cet endroit, Trench a t-il un moyen de s’enfuir ?

"Ouais, pas de souci les gros nazes, mes hommes m’attendent à l’extérieur ! Tirez-vous de votre côté, moi du mien ! Et je vous en dois une…"

Oui, vous avez bien lu : le mec avait toute une division de mercenaires à ses ordres d’après ses dires, mais ces derniers étaient occupés à l’extérieur à jouer de la guitare en mangeant des chips en attendant qu’il se fasse tabasser à mort. Quel beau travail d’équipe. Et sinon, vu que ça n’a pas l’air de l’inquiéter, à quel moment il pensait qu’il aurait été de bon ton qu’ils interviennent, ses petits gars ? Au moment où le méchant dirigeant la base allait proposer une partie de Time’s Up pour se détendre ?

Enfin, passons : Trench fuit donc de son côté quand, dans le même temps, les Expendables se barrent du leur, d’abord en fuyant la forteresse en tyrolienne (… ho. Ah oui, d’accord) en emmenant le prisonnier sauvé avec eux, avant de se diviser en deux groupes : Barney et Lee vont chercher l’avion, pendant que les autres fuient vers la rivière pour y trouver un hors-bord et s’engouffrer dedans. Entre temps, Billy the Kid et son fusil sniper interviennent ici ou là pour faire exploser le crâne de quelques gardes lancés à leur poursuite, mais dans l’immédiat, tout va bien : malgré les véhicules nautiques lancés derrière les hommes sur la rivière, les soldats locaux n’ont aucune chance, ne parvenant même pas à toucher le bateau ennemi situé à 10 mètres d’eux et allant en ligne droite quand eux tombent par paquets de douze à chaque tir.

On notera d’ailleurs que certains figurants meurent plusieurs fois, ce qui doit être très frustrant et douloureux à la fois, ou que des véhicules qui venaient d’exploser réapparaissent aléatoirement, mais bon, hein, comme chacun sait, le spectateur lambda s’en fout : à cet instant, son cerveau est déjà mort cliniquement.

En tout cas, après avoir fui en hors-bord un moment, les Expendables sur la rivière se lassent de cette scène de course-poursuite et quittent donc le bateau pour sauter sur des jetskis (Ah ?!) et rejoindre l’hydravion de l’équipe, piloté par Barney, qui vient de se poser sur la rivière un peu plus loin. Après avoir rejoint celui-ci, tout le monde décolle donc, les gardes locaux, malgré leur batterie anti-aérienne placée à 20 mètres de là et pile dans l’axe de l’appareil, ne parvenant pas à le toucher une fois encore : si vous vous demandiez ce que cela aurait donné si Amadou et Mariam avaient fait l’armée, c’est chose faite.

Soit.

Tiens sinon, juste comme ça : pourquoi avoir utilisé un hors-bord pour fuir puisque visiblement, c’était pour finir à jetski ? Vous ne pouviez pas directement enfourcher ces petits véhicules ? Ho, et puis tiens, en fait, allons jusqu’au bout : pourquoi avoir utilisé des jetskis quand c’était pour finir en avion ? Après tout, vous ne vous seriez pas divisés en deux groupes, vous alliez tous à l’avion avec Barney (l’appareil étant visiblement juste à côté, bien planqué et prêt à décoller magiquement vu qu’il n’a fallu que quelques secondes au chef de l’équipe pour arriver en volant au-dessus de la course-poursuite sur la rivière) et hop, c’était plié, et ce en toute sécurité.

Mais c’est vrai que du coup, c’était un poil plus intelligent : il ne faudrait pas trop se fouler.

Quelques heures plus tard, donc, au-dessus de la Chine, l’avion des Expendables décide de libérer le millionnaire qu’ils ont sauvé, et comme leur appareil n’a pas l’autorisation de se poser, ils procèdent à un largage en parachute du bonhomme au-dessus de son pays natal accompagné de l’ami Yin Yang pour le ramener jusqu’en ville. Profitez-en : c’est la dernière fois que vous verrez Yin Yang du film, qui a bien compris que vu le bousin, mieux valait sauter en route.

Hale est en train de se dire qu’il aurait peut-être dû suivre Yin Yang. Maintenant, il va devoir assurer les quotas tout seul.

Bref : de retour aux Etats-Unis, les Expendables s’en vont se prendre une cuite pour fêter la victoire dans un bar du coin, où Billy the Kid fait signe à Barney qu’il aimerait lui parler. Tous deux sortent donc à l’extérieur pour un petit moment de confidence :

  • Billy en a assez de cette vie de guerre, il veut prendre sa retraite dans un mois

Le spectateur fait "Hooo !" car comme chacun sait, tout personnage à un mois de la retraite a de fortes chances de mourir.

  • Billy décide qu’il est grand temps, là, tout de suite, de parler de sa fiancée qu’il aime, une petite infirmière française

Le spectateur fait "Haaa !" car comme chacun sait, tout personnage qui parle de sa fiancée a de fortes chances de mourir. Et si en plus il est à un mois de la retraite, il est bon pour remourir (si, si).

Cela étant dit, Barney accepte la décision du jeune homme, lui disant qu’il a bien raison de vouloir profiter de la vie (il a intérêt, puisque vu ce qu’il vient de dire, il lui reste moins d’un mois), puis tous deux se séparent car il est 21h10 et le chef des Expendables a bien envie de rentrer chez lui pioncer avec son nounours.

Ce qu’il fait, donc, sauf que un chez lui, il n’en a pas vraiment malgré tout le pognon qu’il gagne en mission (il claque tout en tatouages moches je suppose) : à la place, il va faire dodo dans l’avion de l’équipe, qui est aussi son foyer (c’est une sorte de flying gitan : si les poules ne volent pas, c’est juste pour lui échapper). Mais sur place, il constate qu’il n’est pas seul et que quelqu’un l’attendait dans l’appareil pour lui parler quelque peu : Brice Woullous !

Woullous est un agent de la CIA qui dans le précédent film, était à l’origine de la mission réalisée par les Expendables. Et comme celle-ci ne s’était pas exactement passée comme prévu (Barney et ses copains avaient tout fait péter en vomissant de la testostérone dans tous les sens et qu’il a donc fallu passer la serpillière après), Woullous explique que Babar a une dette envers lui : il lui propose donc une mission toute simple pour rembourser ce qu’il doit, à savoir, aller en Albanie retrouver l’épave d’un avion chinois venant de s’écraser pour y récupérer une petite boite au contenu devant rester inconnu de la troupe. Et pour s’assurer que tout se passe bien, une femme de la CIA devra accompagner l’équipe (ce qui fait gueuler Barney, qui n’aime pas trop les femmes, ces créatures sans pastèques dans le slip) : une certaine Maggie. Woullous indique une heure et un lieu de rendez-vous pour aller la rencontrer avant de partir en mission.

Chevauchant sa grosse moto, Barney s’y rend donc et a donc l’opportunité de découvrir sa nouvelle copine : une asiatique passionnée de moto (ça tombe bien quand même) qui explique qu’elle aussi, elle peut botter des culs sur demande, alors tout se passera bien, pas besoin de la surveiller. Barney lui dit donc "Bien, alors rendez-vous demain matin à 5h", puis ils se séparent.

Je me demande à quel moment l’un des deux a fini par réaliser qu’ils avaient oublié de se donner un lieu de rendez-vous, mais passons.

Le lendemain, donc, nous retrouvons nos larrons au sein de l’avion des Expendables, survolant l’Albanie. Au sein de celui-ci, Maggie reste mystérieuse, ne parlant à personne. Sauf, incroyable coïncidence, à Billy pour lui dire "Hey, toi, le plus jeune de l’équipe, tu ne voudrais pas me raconter ta vie avec tous les détails, comme ça, sans aucune raison, alors que je me branle cordialement de tous les autres membres de l’unité ?" même pas étonné par ce dialogue pourri, ledit Billy (qui est funky) enchaîne donc comme il se doit en racontant qu’autrefois, il était sniper en Afghanistan, et qu’il en a trop chié lorsqu’il a vu ses camarades tomber. Mais ce qui l’a carrément trop dégoûté, c’est son chien Kiki s’est pris une balle (véridique : les copains, on s’en fout, le chien, non). Il a donc quitté l’armée… avant de rejoindre des mercenaires ultra-violents que sont les Expendables (quelle logique imparable).

Bien bien bien, passons à la suite, voulez-vous ? Parce que moi, là, l’histoire de Kiki le chien, ça me laisse sceptique, allez savoir pourquoi.

Arrivés en Albanie, nos héros progressent donc au coeur d’un bois joli (ce qui n’empêche pas Lee d’appeler sa copine aux Etats-Unis, car comme chacun sait, il y a du réseau, ça passe niquel, et en plus, aucun décalage horaire : c’est beau), jusqu’à ce que Barney décide d’envoyer Billy en reconnaissance : celui-ci a tôt fait de retrouver les restes de l’avion chinois, et bientôt, tout le monde découvre donc l’épave distordue de l’appareil, les cadavres de l’équipage à son côté, morts suite à leurs blessures dans le crash. Pour plus de sécurité, Barney demande donc à Billy d’aller se poster sur une colline voisine avec son fusil de sniper pour couvrir la zone, pendant que les autres Expendables montent la garde (comprendre : rester à découvert en regardant méchamment les alentours, quand bien même ils pourraient faire la même chose depuis un abri, des fois que ; par contre, si un lapin gentil passe devant eux, il aura tellement peur de leurs regards de psychopathes qu’il se transformera instantanément en petite flaque poilue. Impressionnant).

Exclusif : une photo d’un Expendable à couvert. Un phénomène extrêmement rare

A l’intérieur de l’épave, donc (ne me demandez d’ailleurs pas pourquoi les Chinois n’ont eux, envoyé personne la sécuriser quand bien même ils ont forcément dû être au courant du crash avant la CIA, ils doivent n’avoir rien à faire de leur propre avion au contenu sensible), le petit boitier à récupérer est rapidement localisé et emporté par Maggie, piratant la sécurité pourrie encore active supposée empêcher le vol de la chose (un code qui change toute les 120 secondes et qui fait tout péter en cas d’erreur : bref, le truc trop pratique). Que contient la boite ? De l’argent ? Des informations ? Une figurine exclusive de Naruto ? Mystère ! Mais là n’est pas le sujet : il est grand temps de se barrer maintenant que la mission est accomplie.

Sauf que… en quittant l’épave, Barney constate que Billy ne répond plus sur la radio : comme c’est étonnant !

Ni une, ni deux, lui et ses copains partent à la recherche du galopin, et découvrent au détour d’un fourré celui-ci aux mains de tout un groupe de brigands vêtus de cuir noir, et arborant tous au cou un formidable tatouage de bouc satanique pour bien faire comprendre qu’ils sont méchants. Visiblement, ils ont déjà un peu tabassé le pauvre sniper, et le gardent désormais comme otage. Leur chef s’avance donc vers le petit groupe des Expendables, et on découvre que de fieffé mécréant n’est autre que… Jean-Claude Van Damme ! Dont le nom dans ce film est… "Vilain".

Je ne l’invente pas, c’est authentique : le vilain s’appelle Vilain. L’un des types ayant travaillé sur ce film a dû lire ce blog, je ne vois pas d’autre explication à un choix aussi pourri.

Bref, Vilain le vilain présente la situation en quelques mots : "Posez vos armes et donnez nous la boite, sinon, on bourre la gueule de vote copain. Et pas de geste brusque, je suis super aware."

Après une brève mais intense réflexion, nos héros attendent donc la dernière seconde pour finalement coopérer et poser leur matériel militaire. Puis, Lee jette le boitier tant convoité aux pieds des méchants, ce qui donne un dialogue d’anthologie :

"Hééééé naaaan ! Tu le lances pas, tu m’le donnes ! Alors ramasse-le !
- Non. Toi, ramasse-le.
- Non, toi. J’suis pas ta bonne.
- Maîtreeeeesse y veut pas ramaaaassseeeeeeeer ! Pour la peine, je vais tuer ton pote, na !
- Bon, ok, je ramasse. Tiens, je le mets dans ta main."

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Voilà voilà : les mecs sont à deux doigts de s’entretuer parce que l’un des méchants a décidé, sans raison aucune, qu’il était trop fatigué pour se baisser et voulait juste potentiellement faire dégénérer la situation. Ah oui, d’accord. Accessoirement, Barney, lui, ne demande à aucun moment, même après avoir donné la boite aux brigands, qu’ils relâchent leur otage, ce qui serait pourtant logique pour 99% de la population mondiale ayant compris le concept "d’otage". Mais lui, non. Vilain, lui, fait venir un hélicoptère pour s’en aller, et voyant que visiblement, Billy n’a pas l’air d’intéresser grand monde, avant de monter dans celui-ci avec ses hommes… le tue.

Allez, vous êtes surpris, hein ?

Hoooo ! S’écrient les gentils, fonçant sur Billy dès que possible alors que l’hélicoptère de Vilain s’élève au-dessus d’eux. Hélas pour le pauvre jeune homme, sa mort est proche – ce qui n’était pas du tout prévisible, rappelons-le : il n’a que quelques secondes pour pleurer et donner à Barney l’ultime lettre qu’il voulait envoyer à sa fiancée. Puis, cela fait, il meurt comme un caca. A un mois de la retraite, donc, pour bien rappeler le niveau de poncifs dans lequel nous évoluons.

Nos héros, attristés par cette perte, décident donc d’enterrer le jeune homme sur place sous un vieux tas de cailloux, tant le ramener au pays serait trop d’honneur pour ce petit merdeux, probablement. Puis, en guise d’éloge funèbre, Barney lit devant toute l’équipe l’ultime lettre que le garçon avait écrite à sa fiancée, ce qui est décidément bien le signe qu’il est aussi à deux doigts de pisser sur sa tombe en cailloux vu le respect qu’il semble montrer à son égard. Mais là encore, personne ne le fait remarquer dans le film : au contraire, tout le monde semble trouver tout cela très émouvant.

Attention : afin d’éviter que vos neurones ne se meurent complètement, entraînons-les un peu en retenant bien cette photographie, elle resservira à la fin du film

Mais allez ! Billy ne doit pas être mort pour rien ! Alors Maggie, qu’y a t-il dans cette foutue boîte pour laquelle il est parti rejoindre Kiki le chien au paradis des animaux débilets (car oui, c’est là que vont les Expendables morts, au même titre que les lamantins ou les fans de Sucker Punch) ? Et bien la bougresse passe très vite à table : la boite contient des plans… ceux d’une mine russe contenant 5 tonnes de plutonium datant de la guerre froide ! Il ne faut surtout pas que ces ressources tombent entre de mauvaises mains, sinon, cela pourrait servir à… je ne sais pas, fabriquer une cabane en plutonium par exemple ! Soit, dit Barney : alors on va y aller, arrêter ce trafic de plutonium, et tabasser Vilain le vilain, ah mais ! Tous dans l’avion !

Suivant le signal du boitier (car oui, il en émet un), nos joyeux amis volent donc jusqu’en Russie et, au bout d’un moment, perdent le signal : "Parce qu’ils sont sous terre !", hurle Maggie. Oui : ou alors parce qu’ils ont fini par se demander s’ils ne devraient pas désactiver le mouchard du bidule, va savoir. Mais comme c’est l’une des gentilles qui le dit : elle a forcément raison, c’est bien ça : ils sont sous terre.

Et en effet, Vilain vient d’arriver dans la fameuse mine, où des centaines de gardes attendent, surveillant quelques dizaines seulement de mineurs (on dirait un documentaire sur l’Afrique du Sud, c’est sympa, tiens). Ces derniers, qui curieusement, creusent à la main (les pioches, c’est trop cher), meurent littéralement d’épuisement dans leur labeur, ou se font abattre par les hommes de Vilain lorsqu’ils se plaignent. Visiblement, Vilain savait déjà que cette mine contenait du plutonium, mais ne savait où creuser : maintenant qu’il a les plans… il demande à ce que les travaux accélèrent ! Et pour ce faire, ordonne que l’on trouve des ouvriers supplémentaires. Tous les hommes des villages du coin ayant déjà été recrutés, il ordonne à ce que l’on ramène immédiatement en sus les femmes et les enfants, histoire que tout le monde y mette un peu du sien, sacrebleu. Soit : il en sera ainsi, lui disent ses hommes.

Mais au même moment, ailleurs dans le pays, les Expendables posent leur avion dans les collines du coin, ce qui visiblement, est très facile, quand bien même leur appareil volant est plutôt massif : probablement qu’un sentier de chèvres et un terrier de lapin suffisent à la procédure, je dois être un peu ignare. Toujours est-il que débarquant dans une ferme idéalement abandonnée, et comprenant par un incroyable hasard des véhicules militaires pourrissant n’ayant besoin que de deux coups de clé à molette et d’un coup d’éponge pour retrouver leur forme d’antan (ce doit être l’équivalent des footballeurs chez les voitures), les Expendables décident d’aller jeter un oeil dans un village du coin pour en savoir plus sur la région et pourquoi pas trouver la base de Vilain.

Ni une, ni deux, la petite troupe se rend donc en début de soirée en camion jusqu’à un petit bled où un autre véhicule militaire garé devant une auberge attire leur attention : tiens, et si c’était un véhicule du gang de trafiquants de plutonium de Vilain ? Allons donc jeter un oeil à l’intérieur de l’endroit !

En même temps, un accessoiriste un peu zélé ayant fait installer au-dessus de l’auberge un panneau avec le bouc satanique servant de symbole aux hommes de Vilain, il n’y avait pas vraiment besoin du camion pour comprendre. Mais, curieusement, aucun des personnages ne semble remarquer ce détail.

Enfin, dans tous les cas, nos héros rentrent donc dans l’endroit, et abordés de manière un peu virile par les brigands du coin jusqu’alors occupés à se saouler et à profiter du charme de filles de petit vertu, ils sont obligés de se battre et d’étaler tout le monde au sol à grands coups de high-kick, low-kick et autres Hadoken. Il n’y a donc plus, à présent, qu’à faire parler les filous pour obtenir d’eux qu’ils indiquent l’endroit d’où ils venaient : aucun problème puisque Maggie dispose sur elle de matériel de torture avec force scalpels, ce qui fait rien rire notre équipe parce que la torture, c’est rigolo (alors que parler de la mort de Kiki, le chien de Billy, ça c’était dur). D’accord. Et ce sont les gentils moralistes, donc. Ce doit être mes Expendables Goggles qui ont dû merdouiller, je pense.

Une fois informés de l’endroit où se situe la mine de Vilain, les Expendables décident déjà, sans aucune raison, de se rendre dans une base militaire désaffectée voisine pour y passer la nuit. Ah ? Mais… et la ferme où vous aviez atterri ? Non ? Bon, okay, okay, j’imagine que vous avez vos raisons, genre faire du tourisme… enfin : dans tous les cas, Barney et ses hommes arrivent donc dans un endroit bien étrange, puisque non seulement, il y fait à nouveau jour (je vous assure, le nombre de film où l’on retrouve ce problème pourtant assez grossier, c’est un peu lassant pour faire un euphémisme), mais surtout, s’y trouve un gigantesque décor de New York, avec plusieurs rues et bâtiments fidèlement reproduits : comment ? Et bien c’est simple, explique Maggie : à l’époque de la guerre froide, ces bases servaient à entraîner les soldats à envahir l’Amérique. On y reproduisait donc des blocs de villes des Etats-Unis pour rendre l’exercice plus réaliste.

C’est très intéressant, dit Barney, mais pour moi, c’est l’heure de mettre mon petit pyjama, donc ta bouche s’il te plait : dormons ici.

Et en effet, après avoir trouvé une reproduction de restaurant italien, nos larrons s’y installent, et après une soirée passée à faire profiter Maggie de l’humour Expendables (elle manque de peu de mourir d’asphyxie au quatrième concours de pets), tout le monde s’endort donc paisiblement…. ou presque.

Car Barney, lui, est resté éveillé à fumer un cigare en rêvassant, et voit bientôt Maggie venir vers lui pour lui faire un terrible numéro de drague, qui s’achève lorsqu’elle réalise que ce vieux paternaliste de Babar la traite comme une petite fille dont il ne voudrait pas s’occuper. Pourquoi donc ? Parce que le bougre dit qu’il a perdu tellement de gens qu’il aimait… il ne veut plus perdre de proche. Alors c’est un solitaire, un rebelle, un homme qui observe la mort s’approcher droit dans les yeux et qui…

A noter que dans leur reproduction fidèle de New York, les russes n’ont pas oublié… les lampes à pétrole. D’accord.

Oui mais alors, en fait, on s’en fout. Allons directement au lendemain matin, voir s’il se passe quelque chose de plus intéressant dans ce film tout pourri.

Et en effet : alors que le soleil peine à se lever, les Expendables qui prenaient le café sans monter la garde, en grands professionnels pourtant au fin fond du territoire ennemi (… franchement, ça demandait quoi de dire "Il y a une sentinelle" juste pour ne pas faire trop débile ?), voient débouler droit sur eux des centaines d’hommes : les forces de Vilain les ont retrouvés grâce à… heu… non, rien en fait. Ils ont juste fait pouf pouf on est là Vite, il faut sortir !

En sous-nombre, puisqu’à seulement 5 contre 790, nos malheureux Expendables n’arrivent seulement qu’à tuer 545 des assaillants avant de tomber à court de munitions (et sans avoir subi une seule perte, vous l’imaginez, puisque les balles vont à peu près partout sauf vers les gentils, je pense qu’elles sont repoussées par la seule vue de leurs faces botoxées). Par ailleurs, les méchants, eux, n’ont pas hésité à carrément ramener… un tank ! La situation est perdue, ils vont tous mourir comme de petites m…

Tacatacatac boum boum, font des balles venant de nulle part en tuant en quelques secondes l’ensemble des ennemis restant, avant que le char, lui, n’explose littéralement.

Comment ? Que s’est-il passé ? D’où venaient ces tirs salvateurs ?

La réponse parait bien vite lorsque, émergeant de la fumée des combats, une silhouette bien connue se révèle : c’est Chuck Norris ! Grâce à ses talents surhumains, il a tué à lui seul tout ce qui restait de l’ennemi, avant de faire sauter le char on ne sait comment puisqu’il n’avait qu’un fusil d’assaut, mais passons : le véhicule blindé a dû simplement mourir de peur au point d’imploser après avoir réalisé quel ennemi il venait de se faire.

Alors là, lecteur, vous vous dites "Ho bin ils vont sûrement expliquer ce qu’il faisait là, et comment il s’est retrouvé au bon endroit au bon moment pour sauver les héros !"

Et bien non. Et personne ne posera la question : Barney entame juste la conversation avec le bonhomme pour révéler qu’ils sont de vieux amis, et que Chuck est un mercenaire qui travaille désormais seul. Ah oui, d’accord, mais, comment t’es tu retrouvé là, dans ce coin perdu, au bon moment, sur une base déserte où nos héros n’avaient d’ailleurs aucune raison d’aller ?

Bin on sait pas. Et on s’en tape. Hmmm, d’accord.

Bref : Barney propose à Chuck de le rejoindre dans le combat contre Vilain, mais le bougre de surhomme lui répond que non, il est un solitaire. Il n’aidera pas les Expendables, mais peut par contre leur dire où trouver de l’aide : au petit village non loin de Saint-Joigny-sur-Plutonium, où il y aurait des gens détestant autant la troupe de Vilain qu’eux. Fort bien, dit Barney avant de souhaiter bonne chance à son vieil ami qui s’éloigne. Maggie, rentre le nom du bled dans le GPS au lieu de pleurer sur l’intrigue, on y va.

Voilà, c’est Chuck Norris, donc pas la peine de s’embêter à justifier sa présence, pas vrai ? C’est un peu comme les zombies : tant qu’on le file aux geeks, ils sont contents.

Quelques heures plus tard, donc, nos héros débarquent donc en camion dans un village désert de prime abord, du moins jusqu’à ce que surgissent des maisons des femmes armées de fusil, tirant fort mal (ce qui fait rire les Expendables parce qu’elles ne parvienne pas à les toucher puisqu’elles visent mal en bonnes femmes qu’elles sont, mais sérieusement, vous me rappelez qui a réussi à bien viser depuis le début du film à part vous, même face à des soldats professionnels ?), mais s’avèrent toutes crypto-anglophones (elles parlent façon "Popov moumouchki toi suivre moi dans église niut kokov"), et réalisant qu’elles n’ont pas affaire à des hommes de Vilain, acceptent de recevoir les Américains pour leur expliquer leur situation :

Au début Vilain est venu au village expliquer qu’il cherchait des mineurs, et que ce serait bien payé ; sauf que finalement, il s’est avéré que la chose relevait plus de l’esclavage qu’autre chose. Il est donc revenu pour emporter cette fois-ci tous les hommes des villages du coin et les mettre au travail, et voilà que maintenant, il a ordonné d’emmener toutes les femmes et tous les enfants. Mais par un curieux trou dans le script, finalement, ils n’ont jamais emmené les femmes puisque la preuve : elles sont là à leur expliquer. Comme quoi, bon, les hommes de Vilain doivent s’être syndiqués et avoir entamé une grève.

Les femmes de Saint-Joigny-sur-Plutonium implorent donc nos héros : pitié, défendez-nous contre les vilains qui vont revenir pour prendre nos enfants ! Barney leur répond hélas que bah, non, il s’en moque de toute cette histoire : il compte bien arrêter Vilain, mais il a autre chose à faire que de protéger les populations locales, nom d’une pipe. Les supplications des donzelles ne permettent pas de faire chavirer le coeur de pierre du chef du commando, et malgré le fait qu’elles insistent lourdement, ce n’est que lorsque Barney réalise qu’en les sauvant, il pourrait peut-être passer pour le héros local et organiser une petite orgie avec ces dames que les pastèques au fond de son slip lui murmurent "Baaaarneyyyyy… sauuuuuuuve les meuuuuufs… fais-le pour nouuuuuuuuuuuuuus…" ; et comme ses big balls sont le vrai centre de décision de son être, il finit donc par accepter.

Autant vous le dire, quand dans les heures qui suivent un camion d’hommes de Vilain débarque au village pour emmener les enfants (je vous l’ai dit qu’il y avait un trou dans le script : ils ont oublié les ordres concernant les femmes, j’insiste. Tiens, sinon Vilain : si tu étais si pressé de creuser, vu ton armée de mercenaires, je suis sûr que tu aurais pu en mettre quelques-uns au boulot, ou alors payer des renforts de main d’oeuvre, va savoir), ils n’ont pas le temps de réaliser ce qu’il se passe qu’ils se font transformer en pulpe sanglante par nos vaillants héros. Pas d’bol.

Cela fait, les femmes du village agitent leurs petits mouchoirs pour remercier les sauveurs de leurs enfants, alors que ceux-ci décident d’enfin passer à la suite : aller tabasser le pauvre Vilain dans sa mine (il y a plusieurs sens à cette phrase, tous sont valables). Après avoir opéré une mission de reconnaissance, et constatant que l’endroit est bien gardé (enfin pas plus que tout ce que nos héros ont massacré avant), Barney a une idée pour entrer simplement dans l’endroit :

S’écraser dedans avec son avion.

Je…

Ho, misère. Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? Qui a bien pu écrire ça ? Sérieusement ? Et bien visiblement, oui, puisque nos héros mettent leur plan à exécution : arrivant avec leur zinc (au passage, je critique rarement les effets spéciaux, mais là, franchement, l’incrustation dans l’image est tout simplement affreuse et digne d’un téléfilm M6), ils mitraillent donc tous les gardes à l’entrée de la mine, puis font rentrer l’appareil dans celle-ci, brisant ses deux ailes sur l’entrée du passage souterrain.

Incroyable coup de bol : la mine est en ligne droite parfaite, assez large pour un gros hydravion, et n’a que peu de relief au sol ; du coup, la petite troupe débarque sans même une égratignure au coeur de l’endroit, massacrant allègrement les gardes restants avant de libérer les mineurs opprimés sous leurs applaudissements. Ne reste plus qu’à trouver Vilain pour lui péter sa gueule, puisque bon, hein, ça va, on est pas venu pour rigoler !

Oui. Sauf que ce dernier a eu le temps de fuir l’endroit, avec cinq camions contenant chacun une tonne de plutonium chacun ! Et en partant, il a eu la bonne idée de bourrer l’entrée de la mine d’explosifs, bouchant ainsi celle-ci derrière lui et empêchant ainsi nos vaillants héros de partir à sa poursuite ! Ah, le fourbe ! Il les condamne à rester sous terre, tels des taupes psychotiques !

Toi aussi, retrouve le nom et l’intérêt de ce personnage dans le film. Attention, ce n’est pas facile !

Tout le monde reste donc bloqué à grommeler dans l’endroit, jusqu’à ce que soudain, un grand bruit se fasse entendre et qu’une machine de forage ne pénètre la couche de gravats à l’entrée de la mine : c’est… Trench ! Encore une fois, ne me demandez pas pourquoi il est tout seul alors qu’il est censé commander à une troupe de mercenaires, mais voilà : aidé de Brice Woullous, qui lui a indiqué l’endroit, il est venu libérer nos héros afin de rembourser la dette qu’il avait contractée au début du film auprès de Barney Ross et de ses hommes. Il permet donc à tout ce petit monde de regagner la liberté, et emmène les Expendables jusqu’à Woullous, descendu lui-même sur le terrain pour tenter de récupérer le plutonium volé par Vilain. Tous ensemble, donc, ils sautent donc dans un hélicoptère de la CIA pour devancer le convoi de camions de Vilain qui se rend à l’aéroport du coin. Sitôt cela fait, l’appareil se pose et toute la troupe en sort, arme à la main, prête à arroser les camions des méchants.

Et là encore, mystère : Vilain, qui les voit sur la route, ne bouge pas d’un poil. Du genre "Ah, tiens, des gens qui braquent mes fragiles camions avec des armes de guerre, tiens, si j’allais droit vers eux sans même essayer de forcer le barrage ? Peut-être veulent ils juste me faire des bisous ?" ; et ce n’est que lorsque soudain, les gentils ouvrent le feu qu’il commence à penser à, je ne sais pas moi, sortir de la route principale pour les éviter en jurant "Crotte de bique, ils me veulent du mal !". Cela fait, et parce qu’il est pressé, il défonce donc avec son convoi les verrières de l’aéroport et descend avec quelques-uns de ses hommes (qui se transformeront en une bonne centaine dans le plan suivant) dans l’aéroport pour freiner les gentils qui lui en veulent, pendant que le plutonium, lui, part pour être chargé dans un hangar un peu plus loin où un avion attend spécialement cette cargaison peu banale.

C’est donc là la grande scène d’action du film : Woullous, Trench et Barney Ross débarquent ensemble face à la troupe de Vilain, et commencent à dézinguer sévère tout ce qui passe, bientôt rejoints par l’ami Chuck Norris qui, là encore, a dû deviner qu’on avait besoin de lui à l’aéroport. Les hommes de Vilain ne font pas un pli, se contentant de tomber face aux balles des trois hommes ignorant la notion de "se mettre à couvert", certains figurants ayant le bon goût encore une fois de mourir plusieurs fois, comme dans les films à petit budget. Woullous et Trench finissent d’ailleurs, pour plus de spectacle, par monter dans une Smart qui passait par là pour rouler dans tout l’aéroport en massacrant allègrement les présents : bref, on rigole bien.

Ou on regarde sa montre, ça dépend, puisqu’au bout d’un moment, les scènes où les gentils avancent juste en ligne droite mâtinées de plans sur des gens qui dansent la tektonik en se prenant des cacahuètes, ça n’est pas très intéressant, même pour un film d’action.

Vilain, lui, a fini par déguerpir avec sa garde rapprochée pour aller en direction du hangar où se charge le plutonium, alors que son bras droit, lui, s’en va vers un autre pour prendre un hélicoptère (je n’ai pas non plus bien saisi pourquoi, mais après réflexion : en fait, il n’a aucune raison de le faire). A noter que malgré l’ordre de Vilain de lancer les moteurs de l’avion pour partir immédiatement, dans la scène suivante, celui-ci n’a pas bougé d’un iota, ses hommes continuant de courir partout sans faire quoi que ce soit de constructif. Cela permet donc d’un côté à Lee Christmas d’aller tabasser le bras droit de Vilain, finissant par le décapiter à l’aide du rotor de son hélicoptère (que le mec avait démarré alors qu’il se trouvait encore dans le hangar, peut-être voulait-il juste aller assez haut pour changer une ampoule au plafond), quand Barney, lui, va plutôt à la poursuite de Vilain et massacre aisément tous ses hommes près de l’avion. Il peut donc le poursuivre jusqu’à un coin désert du fameux hangar (étonnant, non, le duel final dans le coin désert ? Je vous sens surpris), où les deux hommes se battent avec joie, allégresse, et remarques couillues.

La grande scène du film : pour le savoir, il suffit de cumuler le cachet de ces trois acteurs, et vous devriez obtenir le PIB du Rwanda.

Par contre, autant Van Damme semble encore capable de faire des acrobaties, autant on sent que Stallone fatigue : du coup, le spectateur attentif pourra remarquer que lors des gros plans chaotiques entre les deux hommes, on aperçoit un troisième type qui se bat. Tiens ? Mais qui est-ce, vous direz-vous ? Un autre personnage venu aider Barney ? Et bien non : c’est la doublure de Stallone. Sauf que non seulement elle ne ressemble pas, mais en plus, quelqu’un a oublié de lui coller la moustache hideuse de Barney Ross, du coup, on a aucune chance de confondre. C’est intéressant.

Faire un film d’action à gros budget et rater les scènes d’action, c’est un concept.

Bref : au terme d’un duel un peu longuet, entrecoupé de dialogues plus ou moins idiots sur "Qui est le loup, qui est le mouton ?" ou "Il s’appelait comment, déjà, ce petit jeune de ton équipe que j’ai tué, hein Barney ? Hohohoho, je suis trop vilain, car je suis Vilain le vilain !", Barney finit par tataner le vil méchant, l’empalant sur la lame dont il s’était lui-même servi pour tuer Billy. Et ce faisant, il lui murmure, justement, le nom de ce dernier pour bien lui dire qui il était venu venger. Vilain s’effondre donc au sol, mort. Et pour faire bonne mesure, hop, Barney lui découpe la tête histoire de pouvoir ramener une preuve à Brice Woullous que sa mission est accomplie (une photo où indiquer la position du corps ne suffisait pas. Probablement que Barney a toujours sa scie sur lui).

Lorsqu’il revient inspecter ce qu’il en est du reste de l’aéroport, Babar constate que la bataille est terminée : tous les méchants sont morts, et aucun gentil n’a ne serait-ce qu’une égratignure. Trench et Woullous sont occupés à bien rire tous les deux de cette belle aventure à base de grosses cartouches dans la gueule, alors que Chuck Norris les rejoint en annonçant qu’il en a assez d’être un mercenaire solitaire, qu’il veut rentrer au pays et travailler à nouveau en équipe. Maggie, elle, hésite un peu : elle aimerait tant rester avec Barney mais… la CIA l’appelle. Elle espère juste que tous deux pourront bientôt se revoir, et bouleversée par cette séparation, elle monte dans l’hélicoptère qui l’emmène loin d’ici, alors que Barney reste au sol à la saluer, la remerciant d’avoir assuré le quota asiatique après le départ de Yin Yang au début de cette belle aventure.

Pendant ce temps là, en France, une certaine Sophie trouve une boîte à chaussures devant sa porte : un peu étonnée, elle ne découvre nenni d’étron dedans comme le voudrait la tradition, mais des milliers et des milliers de dollars accompagnés de la dernière lettre de Billy the Kid, et avec celle-ci, une ultime photo de lui au milieu des bois, fusil à la main et regard vers le lointain, dans la tenue qu’il portait le jour de sa mort… soit celle que je vous ai demandé de retenir durant ce spoil ! Souvenez-vous ! Retournez-voir, vous y verrez même un bout de train d’atterrissage de l’avion chinois écrasé.

Ce qui signifie donc qu’un Expendables pervers s’amusait à faire des photos façon blogueuse en pleine mission en Albanie, et qu’il y en avait même un assez con pour prendre la pose en terrain hostile. Ne manque plus qu’un coup d’Instagam.

Et de l’autre côté du monde, à bord d’un vieil avion russe récupéré sur l’aéroport où Vilain a trouvé la mort, les Expendables chantent et trinquent à la victoire et à la mémoire de leur ami : encore une fois, les big balls ont triomphé sur les méchants. Et comme le veut la tradition, tout se termine dans une blague beauf qui déclenche l’hilarité générale, et alors que chacun profite de l’ambiance magique de cette troupe victorieuse, l’avion des Expendables dont s’échappe déjà les effluves d’un nouveau concours de pets s’éloigne vers l’horizon et…

FIN

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Apportant brandy et verre sur un plateau, Diego s’étonna de trouver son employeur enfoncé dans le fauteuil de son bureau, les Expendables Goggles encore vissées sur lui. Hésitant à faire un commentaire, le serviteur se contenta d’aller décharger ce qu’il transportait sur le guéridon voisin de son employeur, et tenta de voir ce qu’il pouvait bien tenter de faire. Curieusement, il était visiblement en train de regarder la télévision, activité inhabituelle chez lui.

"Monsieur a trouvé une rediffusion du premier volet des Expendables ?"

"Hmmm ?" interrogé-je en soulevant le casque couvrant l’une de mes oreilles afin de mieux entendre ce que venait de me dire le brave garçon.

"Je disais, vous regardez les Expendables, que vous portez les lunettes du film ?

- Ah, ça ? Nenni mécréant ! J’ai surtout trouvé une nouvelle utilité à ce formidable appareil. Figure-toi qu’il y a une autre personne sur laquelle les fonctionnalités de ces lunettes s’appliquent à merveille."

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Diego fronça les sourcils, tentant de comprendre de quoi il retournait, puis observa avec attention le téléviseur : sur celui-ci, une chaîne d’information était sélectionnée, et devant un micro tendu, une femme semblait expliquer doctement des concepts qui paraissaient tout simplement absurdes à l’humble serviteur.

Tout en bas de l’écran, un petit bandeau indiquait "Nadine Morano"

"Ho." lâcha Diego tant en signe de compréhension que d’approbation : son maître, lui, avait bien repositionné le casque audio des lunettes sur les oreilles, et semblait savourer le fait que l’appareil fonctionne à merveille en pareille circonstance.

Silencieusement, le brave employé salua la sagacité de son supérieur.