Politique


Comme souvent après les élections, je suis grognon.

Non pas à cause des résultats des élections – c’est mon côté beau joueur et mon amour des chansons bavaroises – mais des réactions indignées et des commentaires constructifs de tout et tout le monde, avant de recommencer comme avant. Et puisque se répéter ne semble déranger personne, en sus du dernier article post-électoral, je propose  donc un petit complément que voici.

Comme d’habitude : on clique.

Europclick

Il faut croire que ça m’amuse : c’est probablement le plus inquiétant.

Et on s’indigne, bien sûr.

Cher éditorialiste politique,

Ce lundi matin, pour toi, c’est la grosse fête. Il faut dire que tu vas passer une bonne journée : tout le monde va vouloir lire ta chronique. Avoir ton opinion. La comparer avec celle du journal d’à côté. Bref, ce matin, tu vas être un larron drôlement important ! Puisque bon, il faut le reconnaître : tu ne fais pas un métier facile, tu es un peu le commentateur sportif de la politique. Quand il ne se passe rien sur le terrain, tout le monde se fout de ce que tu racontes, toi y compris, mais alors parbleu ! Quand ça remue, c’est ton heure de gloire ! Tu peux t"agiter, crier tel Eugène Saccomano, bondir en tous sens, tu as enfin de la matière, et tous ceux qui t’ignoraient jusqu’alors entendent clairement ce que tu dis, les yeux rivés sur l’action !

Et c’est dommage, parce que ce que tu vas dire n’aura probablement aucun intérêt.

Je publie ce post avec un peu d’avance sur toi, tu me pardonneras, juste pour te montrer à quel point tu es tristement prévisible et appuyer brièvement ce que j’ai dit ici-même la semaine dernière avec des petits dessins. Tu vas parler de l’abstention, ça oui ! On en parlait ici-même la semaine dernière. C’est bien, l’abstention. On peut se poser tout un tas de questions que l’on va résumer à "Le camp qui a perdu n’a pas su mobiliser son électorat". "Mobiliser l’électorat", ça fait bien, ça fait sérieux, ça fait même un petit peu technique. Et puis comme ça, ça permet aussi de répondre en une ligne à toutes les questions sur l’abstention sans trop y penser. Faire les questions et les réponses, c’est pratique (je le fais moi-même, je confirme). En même temps, que peux-tu faire d’autre ? Parce que contrairement au commentateur sportif, toi, les équipes sur le terrain se foutent un peu de ta gueule au sortir du match : certes, elles te disent peu ou prou que "l’important, c’est les trois points" , mais surtout, l’équipe qui a pris sa branlée t’explique très tranquillement que si elle a perdu, c’est qu’elle "n’a pas assez expliqué sa stratégie". C’était donc ça ! Et tu feras tous tes poncifs : tu parleras de "contexte national", de "déroute", de "montée du FN"… mais tout ça, je l’ai déjà dit. Toi aussi remarque, mais à ta différence, moi je ne suis pas payé pour faire du copier/coller. Mais histoire que ça ne se voit pas, tu qualifieras la situation "d’historique". Après tout, si c’est historique c’est que ça n’a jamais été fait avant. Et si ça n’a jamais été fait avant, comment t’accuser de te répéter ?

Tu es un malin, toi. On ne te la fait pas.

J'accuse !

L’éditorialiste politique tel qu’il se voit.

Mais, éditorialiste, ne t’inquiète pas ! Il va quand même y avoir de l’originalité dans ce que tu vas dire à la télé, dans les journaux et à la radio. Parce qu’on va te proposer ce qu’il y a de mieux : un remaniement ! Tu sais, ce truc qui n’a jamais répondu en rien à quoi que ce soit mais que tout le monde attend quand même. Bon, ça tu ne le diras pas, parce que le remaniement, c’est un sujet tellement bon qu’il ne faudrait pas s’en priver. Bref, tu vas pouvoir commenter une grosse partie de chaises musicales. Et comme tu es d’une folle originalité, éditorialiste, quand on te parlera de la nomination de Laurent Fabius, tu feras un laïus sur "l’expérience". Moi, à ta place, je ferais plus tôt laïus sur le fait que vouloir incarner le renouveau en nommant un type qui a déjà été premier ministre il y a trente ans, c’est quand même vaguement du foutage de gueule, mais toi, tu t’en fous : tu commentes sans trop te mouiller, même si tu prétends le contraire. Tu ne vas pas en plus souligner les absurdités, merde ! Tiens, et puis tu sais quoi ? Peut-être qu’ils vont aussi ramener l’amie Aubry ou l’amie Royal ? Ça aurait de la gueule, un gouvernement supposé endiguer la fameuse "montée du FN" dans lequel on rappelle des gens qui étaient déjà aux commandes, eux, il y a douze ans (comme le temps file, n’est-ce pas ?) et qui, justement, s’étaient pris une branlée "historique" lors d’une "poussée du FN".

Je ne sais pas toi éditorialiste politique, mais moi, quand je perds la guerre, j’évite de rappeler les généraux qui s’étaient mangés échec sur échec ou ceux qui commencent à sentir le raisin sec.

Alors évidemment, mon bon, tu me diras "Oui, mais si je parle pas de ça, je parle de quoi ?"

Hé bien tu sais quoi ? Après avoir prédit ton édito, je vais aussi te prédire ce qu’il va se passer cette semaine dans les mairies qui viennent de changer de main. C’est un joli spectacle : tu pourrais y assister simplement en prenant ton vélo et une heure de ton temps.

Tu sais quel est le service le plus débordé après un changement de camp au sein d’une mairie ? Celui des élections ? Celui des équipes juridiques ? Non : c’est le service informatique.

Entre celui qui a installé Angry Birds ou maté Youporn sur l’iPad du boulot et qui préférerait que ça ne se sache pas, et celui qui a vraiment besoin de faire disparaître tous ses mails sans exception, ça bosse dur. D’ailleurs, la nouvelle équipe s’étonnera en arrivant aux commandes d’avoir des ordinateurs si rapides : ils auront une installation toute propre, ça aussi je le prédis. Oui, je suis très fort. Certains auront même un disque dur neuf. C’est fou, n’est-ce pas ? Tu aimes ce genre de petits détails ? Je vais t’en filer un autre à commenter : regarde bien le site de ta région. Tu ne sais pas pourquoi ? Allons, réfléchis : toutes ces villes qui changent de mains, tous ces élus qui ne vont plus toucher une indemnité de maire ou d’adjoint, tous ces cabinets qui vont changer du jour au lendemain… ça en fait des gens sur le carreau ! Surtout qu’il y a un truc de vieux singe quand on est élu qui marche bien : prendre un prêt que l’on rembourse avec son indemnité. Tu sais pourquoi c’est malin ? Parce que quand on constitue des listes – ce moment critique auquel tu ne t’intéresses jamais, c’est dommage – les élus qui se représentent peuvent utiliser cet argument pour garder leur place : "Si vous ne me redonnez pas au moins la même position, c’est comme si vous preniez sa maison à ma famille !". Et quel candidat veut se mettre à dos un ancien colistier qui en plus, pourrait le faire passer pour un salaud auprès de ses petits camarades ?

Sauf que quand la mairie change de mains, que se passe-t-il à ton avis, mon bon ami ?

Parce qu’il est toujours là, le prêt. Et la maison. Et la voiture. Et le chien.

Hé bien il faut trouver du travail : les élus qui perdent ne se transforment pas en vapeur d’eau avant de réapparaître juste avant l’élection suivante (même si c’est ce que l’on pourrait croire de prime abord, j’en conviens), il faut qu’ils mangent et qu’ils paient. Oui mais ! Quand on est dans une ville qui est restée des années à gauche par exemple, dans un contexte de branlée générale, et que du coup on doit partir de son poste, que fait-on ? On trouve du travail ? Tu as vu le marché du travail ? Je suppose que oui, tu es supposé commenter les chiffres. Et puis pour quoi faire, d’abord ? Certains élus ont commencé en tant qu’attaché à un élu avant de le devenir eux-même, regarde leur CV. Quelles compétences ont-ils à proposer et à qui ? A leur parti ? Celui-ci touche du pognon en proportion de ses élus, donc en cas de branlée, au contraire, c’est régime Et puis où aller d’abord ? Si les perdants veulent se représenter pour récupérer leur place encore chaude la prochaine fois, ce n’est pas la mobilité qui les étouffe, tu y as pensé ? Il y aura bien une ou deux mairies du coin qui pourront recueillir une paire de naufragés en leur confiant des placards, mais les autres ?

Il faudrait qu’ils trouvent, au hasard, une collectivité, disons de la même sensibilité politique. Disons de préférence, qui n’a pas froid aux yeux parce que les règles électorales ont changé et qu’elle sait qu’elle a de bonnes chances de ne pas repasser. Et qui, du coup, aurait à la fois un budget, un va-tout à jouer et besoin de mecs pour l’aider à faire du réseau et de la campagne lors de ses prochaines échéances propres.

Vraiment, si j’étais toi éditorialiste politique, je regarderai les ouvertures de postes à paraître dans ma région prochainement. Histoire de voir si, mystérieusement, des élus battus y deviennent chargé de mission aux champignons. En tout cas, je prédis – encore ! – une mystérieuse vague de recrutement. Et tu sais quoi ? Je pourrais même presque mettre le nom des futurs recrutés dans une enveloppe cachetée, tiens. Mais bon, chacun sait que je suis de mauvaise foi : ça n’arrivera sûrement pas, pas vrai ?

L'éditorialiste politique tel qu'il est.

L’éditorialiste politique tel qu’il est.

Mais je peux me tromper, hein, je suis mauvaise langue. Probablement que tous ces gens qui ont milité pour la relance, le redressement économique et la création d’emploi vont tous mouiller leur chemise, créer une entreprise et recruter des jeunes et des seniors avec le "pacte de responsabilité". C’était dans leur profession de foi, les "valeurs", relis-les et pose leur la question, je serais curieux. On fait bien un "Que sont-ils devenus ?" pour les candidats de télé-réalité, pourquoi pas les élus ? Ça serait intéressant. Et ça pourrait même soulever un lièvre ou deux.

En tout cas, moi je sais deux choses :

Que si tu étais un journaliste politique et que tu voulais un scoop, tu irais dans les mairies qui changent de main en caméra cachée en te faisant passer pour quelqu’un "Qui au nom de l’autre candidat, vient vérifier les numéros de série des disques durs et ordinateurs" ou quelque chose dans le genre. Si tu veux voir des gens courir très vite en faisant de petits bruits de pets liquides, fais-toi plaisir, tu as moins d’une semaine pour le faire. Le vrai spectacle en ce moment est en coulisses.

Mais je sais qu’à la place, tu vas rester à ton bureau à parler d’abstention, de FN, de contexte national et bien évidemment, de remaniement en disant que holala attention, maintenant les Français attendent !

Bref, je sais que tu voudrais être Jaurès ou Zola.

Mais qu’hélas, tu ne seras que Nabilla.

Hier soir en France, c’était soirée électorale.

Pour celles et ceux qui auraient loupé ce merveilleux moment et seraient bien embêtés, pas de panique : votre serviteur a prévu le coup et vous propose une crypto-spoil graphique résumant 97% de ce qui a été dit, ainsi que, grâce à mes grands pouvoirs d’ancien des cabinets politiques (rappelons que pour une somme tout à fait respectable, ami élu, je rôde dans votre ombre et souffle mon haleine parfum cigare à votre oreille), ce qui sera dit lors des prochaines soirées électorales.

Aperçu

Cliquez donc sur l’image, mes bons !

On se retrouve donc dans cinq ans pour voir si l’on donne tort à l’Odieux Connard que je suis.

Les fêtes sont passées.

Alors que certains d’entre vous sont encore en train de se demander ce qu’il a bien pu se passer dans leur appartement, et effacent méthodiquement leur historique après chaque recherche Google sur "comment faire disparaître un cadavre", d’autres sont déjà prêts à repartir pour de nouvelles aventures, leurs résolutions savamment inscrites sur le post-it du frigo.  Et pourtant ! Si chacun essaie du passé, de faire table rase comme le dit la célèbre chanson (de Garou, je crois), il n’en est pas moins que les dernière semaines (souvenez-vous, c’était l’an dernier) ont été agitées par un certain nombre de débats plus ou moins pourris sur l’extrême-droite et certains de ses porte-drapeau.

Et comme c’était diablement absurde, faisons-le point sur la qualité des échanges, puisque que quitte à montrer du doigts des discours mystérieux, autant en profiter pour faire la tournée des claques.

Mais sans faire de pub à qui que ce soit, hein.

Cliquez sur l’image !

Cliquable

Scène de rue, décembre 2013

Et pour les fainéants, le résumé en un seul cliché :

Resumeuneimage

Etat-Major de la brigade des gentils, janvier 2014

Pour ceux qui cherchent l’origine des petits dessins, c’est là.

Et pour les autres : bonne année, comme il est de coutume, parce  que oui Monsieur, ici, c’est un blog où on a une certaine éducation, ah mais.

La période des élections municipales française est là, et avec elle, l’actualité traîne le pied.

Heureusement, et parce que sur ce blog, on aime pas laisser les gens sans de quoi se distraire un peu, vous trouverez ci-dessous une copie du "Guide du petit cumulard illustré", qui vous permettra de reconnaître, dans le discours de vos édiles, des techniques édifiantes de simplicité pour justifier l’injustifiable.

Nul doute que vous pourrez vous en servir pour faire un véritable bingo auprès de vos candidats préférés.

A vous de jouer !

Cumulard1

Cumulard2

Cumulard3

Cumulard4

Cumulard5

Cumulard6

Cumulard7

cumulard8

Cumulard9

Cumulard10

Bon allez, je pars en réimpression.

J’aime les théories du complot.

Attentats organisés par des gouvernements au sein de leur propre pays, produits chimiques diffusés par avion pour enrichir l’industrie pharmaceutique, assassinats de personnalités (une personnalité ne peut jamais mourir comme tout le monde, ce serait tellement banal) pour parvenir à de sombres fins… il y en a quantité, pour la plupart appuyées par des éléments aussi troublants que des vidéos youtube dans lesquelles on voit parfaitement, à 1:15, un pixel non-identifié qui ressemble comme deux gouttes d’eau à un missile de croisière XV-245 en forme de pixel.  Pour ma part, je suis depuis longtemps rassuré par un élément aisément vérifiable :

Ceux qui nous gouvernent sont bien trop mauvais pour comploter correctement.

Dissimuler l’existence d’une civilisation extra-terrestre à sa population me paraît compliqué lorsqu’on a déjà du mal à planquer un compte en Suisse de ministre, faire assassiner le président Kennedy a dû être diablement compliqué pour une équipe qui quelques années plus tard, bien que plus expérimentée, n’a pas réussi à faire taire une stagiaire amatrice de cigares, quant à la dissimulation de toute la vérité vraie, visiblement, elle ne marche pas aussi bien sur les chiffres du chômage ou la dette. C’est ballot.

Mais s’il est aisé de se moquer des moins compétents que nous, mon éducation judéo-chrétienne me commande de leur tendre une main charitable en proposant aujourd’hui un guide complet sobrement intitulé :

Comment expulser humainement

Car en effet, depuis quelques jours à présent, le net et ses réseaux bruisse de propos concernant l’expulsion de Leonarda, une collégienne de 15 ans qui a été arrêtée lors d’une sortie scolaire avant de gagner un voyage pour le Kosovo, région dont sa famille serait originaire, mais en fait, on est pas trop sûr, ce serait peut-être l’Italie (une équipe de géographe travaille actuellement sur le sujet, les économistes n’ayant pas réussi à finir le jeu des 7 différences qu’on leur avait confié sur le sujet). Du coup, la toile s’enflamme, les journaux de même, et bientôt, radios, télévisions et même lycéens n’hésitent pas à s’indigner de cet événement. Pourquoi ? Observons plutôt ce que l’on peut trouver :

Tenez, par exemple, sur Europe 1 :

Alors que moi, j’ai toujours rêvé que la police vienne me chercher pour me sortir de mes cours de géométrie.

Ou France TV, évoquant la réaction de l’Elysée :

La présidence de la République a expliqué, jeudi 17 octobre au soir, que plusieurs mesures étaient envisagées pour éviter que des enfants soient emmenés par la police alors qu’ils se trouvent en classe 

Voire Reuters, citant Harlem Désir, connu pour sa lutte pour l’intégration :

"Nous, la gauche, nous nous sommes battus quand la droite était au pouvoir contre des arrestations de jeunes à la sortie des écoles", a souligné Harlem Désir.

"Là, elle était dans une activité scolaire et donc, il y a au niveau de la préfecture -c’est ce que l’enquête administrative qui est en cours va je pense montrer- une faute qui doit amener à tirer un certain nombre de leçons", a-t-il ajouté.

Et je vous passe donc toutes les autres réactions, d’officiels, de lycéens ou d’utilisateurs de Facebook qui, drapés de la bannière des Droits de l’Homme, hurlent qu’il est inconcevable qu’en France, on expulse des enfants pour renvoyer dans des pays qu’ils n’ont jamais connu sur le temps scolaire ! Ça, ma bonne dame, jamais !

Et là, logiquement, il y a un truc qui doit vaguement vous titiller.

Mais si, allez.

Si.

En fait, tout le monde n’est pas en train de s’indigner qu’on mette des coups de pied au cul à des enfants, non, ça, on s’en fout visiblement.

Le problème selon nos fiers humanistes, c’est que ça se fasse à l’école devant tout le monde. Un peu comme quand on bombarde des gens : tant que l’on a pas les images pendant que l’on est table et que ça gâche le jambon, tout le monde s’en fout. Faites ce que vous voulez, mais alors ne nous obligez pas à regarder, monstres !

Aussi, et puisque cela semble être le cœur du problème, laissez-moi m’aligner sur le courageux militantisme citoyen de mes contemporains, et proposer mon humble assistance au gouvernement pour expulser des mineurs, oui, mais de manière humaine. Allons-y donc.

I. Se renseigner sur l’emploi du temps

Si planquer une équipe en véhicule utilitaire est toujours un bon moyen de se renseigner sur les habitudes de la cible, beaucoup continuent de dire que les messieurs en camionnette qui surveillent les enfants à l’aide de jumelles ne sont pas du meilleur effet dans le paysage urbain (sauf à Charleroi, mais nous nous contenterons de parler ici d’endroits qui existent vraiment). Heureusement, les enfants étant fondamentalement sympa avec la maréchaussée, principalement parce qu’ils ont encore de trop petites jambes pour les semer à la course après avoir jeté un parpaing, ils transportent toujours avec eux un emploi du temps pour faciliter la tâche des forces de l’ordre. Observons plutôt à quoi celui-ci peut ressembler.

Emploi du temps

Vous avez bien lu ? Alors comme pour les cahiers de vacances, exercice :

"Sachant que le petit Jean-Jacques vient de gagner un ticket pour Bamako (mais sous un gouvernement de gauche, il a donc le droit a un rafraîchissement gratuit sur le vol), à quelle heure puis-je aller le chercher en semaine sans que les gens ne s’indignent ?"

Allez-y, c’est à vous, soyez attentifs.

C’est bon ? Alors passons au corrigé.

Corrige

Pour expulser le petit Jean-Jacques humainement, notons qu’il n’est pas possible d’aller le chercher à l’heure du repas. En effet, celui-ci se déroulant au sein de la cantine scolaire, il est du plus mauvais effet de faire entrer le GIGN entre les frites et le dessert, au risque de froisser non seulement les amoureux des droits de l’Homme (mais sur le temps scolaire uniquement) mais aussi les diététiciens, qui rappellent que se faire défoncer la gueule à coup de matraque pendant le repas est très mauvais pour la digestion (et donc, par extension, pour les toilettes du charter). Ne soyez donc pas maladroits et n’oubliez pas de respecter la plus belle des valeurs de notre pays : la gastronomie.

Si vous avez pensé au mercredi après-midi, c’est hélas aussi faux ! Il s’agit là du jour des activités extra-scolaires, et il y a de fortes chances qu’en allant chercher le marmot, vous déclenchiez une nouvelle polémique comme "C’est intolérable d’expulser des enfants pendant un cours de judo" ou "Mon fils a vu l’un de ses amis être emmené pendant son tournoi de Magic, du coup il n’a même pas eu le temps de taper 2 manas pour le finir à la boule de feu, ce qui lui a gâché la partie, c’est ça la France ?" Le mercredi étant le jour des enfants, laissez donc les marmots gambader en paix : autant les chopper à un moment où ils sont plus isolés.

Et justement, quels sont-ils, ces instants précieux, où le pied au cul devient limite main tendue tant il est humain ?

Dans le cas présent, le mardi après-midi (il y a sûrement des cours de sport, mais comme ce n’en sont pas vraiment, on ne les note même pas sur l’emploi du temps) est une belle occasion de trouver l’enfant isolé : il n’est plus en classe et la plupart des activités de groupe n’ont pas lieu ce jour là. L’attendre en embuscade dans une ruelle avec un taser paraît donc être un moyen à la fois efficace et humain de capturer l’enfant, en faisant tout de même attention aux convulsions et vomissements (il pourrait salir votre uniforme et ce sont les deniers publics qui vous le fournissent, prenez-en soin).

Il en va de même avec le jeudi et vendredi après-midi, même si dans ce dernier cas, il faut faire attention à ce que la cible ne soit pas invitée à prendre le goûter chez un ami pour célébrer le week-end. Pour ce faire, n’hésitez pas à demander au cuisinier de la cantoche de mettre double ration de gras, histoire de couper l’appétit au marmot : non seulement celui-ci sera moins enclin à accepter une invitation à goûter, mais en plus, il courra moins vite rendant sa cueillette d’autant plus facile. Pensez pratique. Et puis l’opinion publique est toujours moins tendre avec un petit gros : ça fait profiteur.

A noter que le jeudi midi à l’heure du repas, ici, la cible a deux heures devant elle : elle ne les passera pas toutes à table et ira donc probablement se promener dans la cour du collège. L’occasion idéale pour l’attirer à l’écart avant de la capturer, par exemple en lui proposant des bonbons. Pensez juste à avoir votre carte de police sur vous, au risque de vous retrouver au cœur d’un malheureux quiproquo qui fera bien rire tout le commissariat en y repensant après-coup, mais qui impliquera de manière un peu aride matraques, annuaires et endoscopies surprises. Méfiance, donc.

Dernier point : s’il n’est pas possible d’aller chercher un enfant devant toute sa classe parce qu’on est en France, sacrebleu, vous pouvez malgré tout profiter d’un cours particulièrement soporifique pour vous rendre le plus silencieusement possible dans la salle et repartir avec le marmot sans donner l’alarme. Pensez par exemple aux cours de latin, où la plupart des élèves tournent de l’œil après la troisième traduction de "L’honneur des anciens restera toujours dans le cœur des enfants du forum grâce à la mémoire des livres" ou étude d’Alix.  Au réveil des petits camarades de l’expulsé, si jamais confusion il y avait contentez vous de dire que Jean-Jacques n’était qu’une idée implantée dans leur esprit, puis lancez la musique d‘Inception dans tout l’établissement.

C’est ça ou une polémique impliquant Vincent Peillon, Manuel Valls et Harlem Désir, alors restons sur Inception, ça sera plus crédible.

Attention à ne pas confondre "classe ennuyante" et "GHB à la cantine". Dans un des deux cas, c’est dans mon coffre que la lycéenne imprudente est invitée au voyage.


II. Penser large

S’il existe moult ruses pour s’emp… approcher humainement d’un enfant en semaine et à l’école sans choquer le bon peuple, il est tout autant possible de feinter pour contourner la difficulté. Ainsi, la première règle est la même que celle des lois pourries : les faire passer durant les vacances.

En effet, à l’aide d’un calendrier des différentes académies, il est possible de déterminer les périodes migratoires des bonnes gens et donc de s’occuper d’autres questions migratoires sans que personne ne s’indigne ; car en effet, si dans l’espace on ne vous entendra pas crier, au cœur de l’été, on entend rien non plus tant tout le monde est tourné vers de vrais problèmes, comme savoir si les restaurateurs font une bonne saison où quels sont les maillots de bain féminins à la mode et autres passionnantes informations. Comme quoi, si en cette saison magique, on ne manque pas de reportages pour raconter l’histoire de Kiki, le chat qui a fait 1 000 kilomètres pour retrouver sa famille, il en va curieusement autrement lorsque le chat s’appelle Mokobé, a le pelage moins soyeux et ne sait même pas dormir sur un clavier en prenant l’air mignon. Je n’en finirai pas de m’étonner de voir les électeurs FN vouloir virer "Tous les branleurs" (alors que dès qu’on a des papiers, on est un foudre de guerre, je salue ici l’administration dans son ensemble qui pourtant, des papiers, en a plein) mais qui s’obstine à ne pas vouloir dégager les chats du pays. Allez comprendre.

Il est donc triste de constater qu’à quelques jours de la Toussaint, nos amis du Ministère de l’Intérieur n’aient pas pensé à attendre un peu pour virer en paix qui de droit de l’Homme.

Mais parfois, on a pas envie d’attendre les vacances pour être humain, aussi existe-t-il des moyens plus efficaces pour agir sans embêter l’opinion publique, comme par exemple profiter du dimanche (méfiez-vous du samedi, c’est aussi le jour des activités) ou mieux encore, débarquer en soirée au moment où tout le monde est à table. Cela peut se faire soit pendant le film du soir, pendant que tout le monde se demande comment Ben Affleck peut jouer aussi mal, soit vers 20h05, puisque c’est l’heure de Scènes de Ménages, et que l’on se pose peu ou prou les mêmes questions devant son écran.

Cela fait, vous contourner toute la difficulté et pouvez donc expulser simplement et humainement comme bon vous semble : on ne vous embêtera pas. C’est magique.

III. Où agir

S’il existe encore la bonne vieille ruse de la convocation en préfecture qui permet de jouer à domicile (ami sans-papier, quand tu reçois un courrier couvert de postillons, c’est souvent que son rédacteur se marrait en l’imprimant ; méfie-toi donc, cela sent fort la ruse), il existe différents endroits où opérer en paix.

Afin de clarifier mon propos, j’ai réussi à obtenir grâce à mon influence la carte de Paris affichée derrière François Hollande en conseil des ministres. La voici :

J’ai aussi la carte de France, mais elle était copyrightée par Adibou.

Alors, où peut-on humainement arrêter un étranger pour le coller dans un avion direction pauvreté-land (que celui qui a dit "Grèce" se dénonce) ?

Pas à la mairie. A la mairie, l’humain, c’est important. Depuis qu’un petit malin s’est amusé à taguer "Liberté, égalité, fraternité" sur le fronton pour des raisons inconnues, on essaie de faire des efforts. Depuis peu par exemple, on tolère les homosexuels en salle des mariages. Alors si en plus on commence à parler de rajouter des étrangers, ça va être le bordel : attendons un peu.

Pas à l’école. S’il existe bien des manières humaines comme évoquées ci-dessus d’arrêter des écoliers pour leur proposer un séjour linguistique de longue durée au Kosovo, n’oubliez pas que c’est l’endroit de toutes les passions. Mais comme les passions s’arrêtent visiblement à 17 heures, autant ne pas s’embêter. Quant au bus scolaire, là encore, mauvaise idée : pas seulement à cause de l’image, mais aussi parce qu’aucun adulte digne de ce nom ne voudrait y pénétrer, tant l’air y est plus épais pour cause d’effluves de sébum et d’hormones en folie. 

Pas sur le rond point. Parce qu’il y a le gentil Monsieur dessus qui fait la circulation et si tout le monde commence à s’arrêter, ça va être le bordel, alors dit, va expulser ailleurs. N’oubliez pas le vieil adage : "Il n’y a pas meilleur moyen de se décrédibiliser dans l’opinion publique qu’en lui pourrissant ses transports." Pour rappel, il est inscrit au fronton du QG de la RATP.

Pas au Fouquet’s. Expulser humainement, c’est savoir quand il faut se rappeler que la France est un grand pays où chacun a sa place. Par exemple, si la cible est la progéniture d’un émir du Qatar, ou pire, un footballeur en puissance, rangez tasers et matraques. Par contre, s’il est simplement docteur en physique nucléaire à 16 ans, dégagez-le : de toute manière, on a plus de pognon pour la recherche. C’est ça, l’humain. Savoir faire la part des choses.

A domicile. A condition que le sans-papier en ait un, car parfois, il est taquin. Mais si c’est le cas, pas d’inquiétude : si vous ne faites pas trop de bruit dans la cage d’escalier, personne ne sortira pour gueuler. Et vous pourrez donc opérer en paix. Penser à ses concitoyens, c’est essentiel.

Chez quelqu’un d’autre. Attention ! Ici, prudence : là encore pensez humain. S’il peut-être avantageux d’aller chercher la cible lorsque l’on arrive enfin à la localiser, il faut tout de même prendre des pincettes : des mineures à la légalité douteuse invitées chez autrui, ça peut aussi bien être une cachette pour sans-papiers qu’une villa de Berlusconi. Méfiez-vous, donc, un incident diplomatique est si vite arrivé.

Sur la balançoire jaune à gauche de l’écran. C’est bien parce que c’est vous : oui, il est possible de capturer un mineur sans papier sur une balançoire. Soit en remplaçant les cordes du jeu pour enfant la nuit venu pour les remplacer par un gros élastique, et sitôt l’enfant grimpé dessus, s’en servir de catapulte géante pour propulser le marmot jusqu’à Kampala, soit vous pouvez aussi simplement y mettre de la colle pour piéger l’animal et faciliter son transport. Bien sûr, d’autres jeux pour enfants peuvent s’avérer très utiles, comme par exemple la cage à poules, où il suffit simplement de rajouter des barreaux pour piéger toute une famille d’un coup.

Et avec ça, déjà, vous devriez déjà avoir de quoi rendre la France plus humaine selon les critères de l’opinion publique et le niveau des débats actuels.

Résumons.

A écouter les commentateurs, une bonne expulsion, c’est donc :

  • Un adulte, pas un enfant parce que c’est potentiellement kikinou (ce qui n’est pourtant qu’une légende urbaine)
  • Un truc qui se passe loin de ses propres enfants, il ne faudrait pas les perturber.
  • Un truc qui se fasse discrètement, parce qu’on en est pas très fier, mais si ça se voit pas, c’est okay.

Et si c’est fait comme ça, c’est bon : pas d’indignation !

Du coup, je suis rassuré : heureusement qu’il existait un moyen simple de calmer les défenseurs des Droits de l’Homme et autres combattants de la liberté autoproclamés. Et dire que pour un peu, je pensais que c’était le fait d’expulser des mineurs qui les choquait

Je suis naïf, parfois.

C’est fou.

Ce qui est chouette avec les faits divers, c’est que cela engendre toujours quantité de réactions.

Or, les réactions sont probablement ce qu’il y a de mieux : c’est en effet là que s’exprime à peu près tout sauf les discours raisonnés, puisque le raisonnement nécessitant du temps et de la réflexion, c’est bien là une chose trouvant rarement sa place dans un reportage d’1mn30 dans un quelconque journal télévisé, entre un reportage sur les prix de l’essence sur la route des vacances et un autre sur pour ou contre le top-less (un sujet majeur, j’en conviens). On a donc le droit à ce qui se fait de mieux en terme de débat public : la réaction foireuse, celle pleine de pathos qui fait appel aux tripes et pas au cerveau : un seul des deux se déclenche au moins une fois par jour (sauf forte constipation).

Ainsi, il y a quelques temps encore, je continuais de m’émerveiller en constatant dans divers médias que le traitement de l’affaire Méric n’était pas terminé, et que continuaient donc de s’échanger les plus beaux arguments de la Terre. Pour celles et ceux qui n’auraient pas le bon goût de vivre sous les cieux enchanteurs du royaume de France, l’affaire Méric se résume ainsi : il y a quelques semaines un type d’extrême-droite n’aimant pas beaucoup les gens de l’extrême gauche a tué dans une rixe un type d’extrême-gauche n’aimant pas beaucoup les gens d’extrême-droite.  La conclusion fut donc la suivante : non seulement se taper sur la gueule et s’entretuer, c’est mal (jusqu’ici, l’analyse était déjà assez poussée), mais en plus, ça serait bien de dissoudre… les groupes d’extrême-droite.

D’accord. Et ce qui fut donc dit fut donc décidé.

C’est donc ici bon lecteur que votre serviteur sourcille. Non pas suite à un amour immodéré pour l’extrême-droite (même si chacun connait ma passion pour le char Tigre, toujours utile au péage en ces temps de vacances pour aider le type devant vous à se dépêcher de ramasser le ticket qu’il n’aura pas manqué de faire tomber, le gredin), mais simplement parce qu’il parait assez intéressant de noter que dans le cas présent, ce qui a posé problème n’est pas l’idéologie d’un camp (la gauche ou la droite) mais ses méthodes (à savoir l’extrémisme, qui est à la réflexion ce que Jean-Pierre Pernaut est au journalisme). Et ça tombe bien, de leur propre aveu, les deux camps ont recours aux même, et évoquent sans trop de problèmes le fait d’en venir aux mains, à la batte ou à tout autre objet contondant tel qu’une Twingo. Si ça vous intéresse, pas mal de journaux ont fait des portraits de membres d’un camp ou de l’autre, et tous deux revendiquent assez fièrement le fait de faire des "descentes" ou de distribuer des torgnoles à tire-larigot. Un hobby que je serais bien malvenu de critiquer cela dit, moi-même le pratiquant mais essentiellement sur les enfants (ils ripostent plus difficilement ou au mieux, vous giflent le genou en retour avant que ce dernier ne vienne les aider à perdre leurs dents de lait, mais je m’égare).

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"Bon, et là on y va, on leur pète la gueule et on fait taire leurs idées ! Putain dire que ces cons pensent qu’ils ont raison !
- Ahaha, c’est clair ! Quand je pense qu’ils veulent nous péter la gueule pour faire taire nos idées alors qu’on a raison, faut vraiment être con."

Ainsi donc, quantité de groupes d’extrême-droite viennent d’être officiellement dissous, ce qui ne les empêchera probablement pas de se reformer sous d’autres noms plus discrets, comme par exemple l’Association Historique des Amis des Chorales Bavaroises de 1933.

Du coup, prenons les faits :

  • Des extrémistes se battent entre eux. Que ce soit pour savoir si Marx ou Adolf avait la plus belle pilosité faciale est sûrement fascinant, mais bizarrement, le problème est que s’ils n’avaient pas été extrémistes mais vaguement ouverts, ils auraient peut-être pu en discuter. Un détail, sûrement.
  • Suite à un Blitzkrieg no jutsu mal bloqué par un Lenin’s Dragon Skin, le militant d’extrême gauche tombe et meurt
  • D’ailleurs, oui, on a le droit à ce genre de blagues : n’oubliez pas les enfants, le premier des respects dû aux morts est d’en parler comme s’ils étaient vivants. Sinon, c’est un peu hypocrite, et comme même les candidates de télé-réalité connaissent ce mot, bon
  • Conséquence de la mort, tout le monde s’indigne et on décide d’interdire divers groupes d’extrême-droite
  • On sait très bien que ça ne sert à rien puisqu’ils vont se reformer ailleurs, mais on les punit symboliquement, pourquoi pas
  • L’autre camp impliqué dans la baston, lui, organise par contre des défilés en mémoire de leur camarade tombé et de ses idées
  • Le recul étant une notion un peu chiante, on écrit même des articles sur des lycéennes qui décident d’en parler dans toutes leurs copies au bac en comparant feu le militant d’extrême-gauche avec Stéphane Hessel ou Nelson Mandela, sans que personne ne fasse remarquer qu’ils étaient tous deux des diplomates n’ayant eu recours à la violence que lorsqu’ils ne pouvaient plus faire autrement et condamnant fermement l’extrémisme et l’irrespect des autres opinions, probablement un détail assez méconnu puisque ne représentant que l’ensemble de leur carrière

Parfois, le soir, en écrasant mon cigare sur le dos courbé de Diego pour avoir osé proposer de mettre du coca dans mon whisky, je me demande si lors de la prochaine rixe, si cette fois-ci c’est un type d’extrême droite qui meurt, on les laissera défiler dans les rues en hurlant leurs slogans magiques tout en disant à l’extrême-gauche qu’on ne veut plus la voir, la vilaine. J’imagine déjà ce spectacle avec bonheur, tant j’ai une certaine bienveillance pour les skinheads : au moins, eux vont jusqu’au bout en essayant par tous les moyens de ressembler à des glands. Mais je diverge une fois encore, si je puis me permettre. Enfin, je me comprends.

Bref, disais-je : j’ai une véritable admiration pour celles et ceux, qui, dans une baston entre extrême-gauche et extrême-droite, n’arrivent pas trouver dans ces deux appellations le mot commun qui pose vaguement problème. C’est vrai que c’est pas facile, pfou. Je crois que ça ferait une bonne énigme pour le Journal de Mickey (certains s’étant arrêtés à cette phrase avant d’aller lire la suite, on parle bien de méthodes, pas d’idéologie, c’est aussi marqué au début de l’article, en fait).

Jeu : essayez de savoir si ces gens sont fascistes ou antifascistes. Histoire de savoir s’il faut les interdire ou les applaudir.

Ainsi, on tolérerait l’utilisation arbitraire de la force par un camp et non par l’autre, puisque tous deux reconnaissent bien volontiers l’utiliser l’un contre l’autre au nom de leurs idéaux, ce qui laisserait entendre qu’il y aurait un côté lumineux de celle-ci et que donc, celui-ci ne poserait pas de problème. Après tout, c’est bien normal de péter la gueule de quelqu’un à partir du moment où il véhicule des idées différentes des vôtres, aussi nauséabondes soient-elles. Nan passque tu vois, moi, ch’uis un défenseur de la liberté, s’pour ça que j’laisse pas les autres s’essprimer, t’vois. Un raisonnement tout à fait intéressant, puisque vous pouvez faire le test : mettez n’importe quel extrémiste amateur de claques à côté d’un Choco-BN, au bout de 10 minutes d’entretien, c’est curieusement le Choco-BN qui a l’air le plus malin. Pour un peu vous le verriez fumer la pipe d’un air méprisant. Même si lui aussi commence à fondre devant la masse de non-sens et d’absurdités historiques débitées à la minute. Que l’on parle de politique, de religion ou d’autre chose, d’ailleurs.

Mangez le BN quand même ensuite, ce serait ballot de gâcher. Laissez juste la pipe de côté.

En tout cas visiblement, là encore, malgré les centaines de personnes invitées à débattre de l’affaire, le mot extrémisme n’a jamais posé problème. D’ailleurs, lorsqu’une paire de petits malins a dit "Hep ! Et pourquoi dans cette affaire, on ne dissout pas l’extrême-gauche aussi ?"  notre premier ministre a eu le bon goût "d’appeler à la retenue". Hmmm, "retenue" comme dans "faire preuve d’extrémisme serait mauvais" ? C’est moi ou il y avait un énorme contresens dans ce raisonnement ? C’est intéressant. Quand on aime les mauvais scripts, du moins.

Cependant, allez, mettons que la décision soit parfaitement pertinente. Prenons les faits, un truc d’ailleurs pas très intéressant.

Car en effet, si tout le monde couine à la montée de l’extrême-droite en France et en Europe voire au-delà, chacun estime que hohoho, non, il n’est pas responsable. Sûrement que tout cela est la faute de farfadets nazis qui viennent la nuit déposer des exemplaires de Mein Kampf sous les oreillers. Sacrés farfadets, quels taquins.

Non parce que, pour ceux qui ne l’auraient pas remarqué, depuis 40 ans, du moins en France, l’extrême-droite a une seule stratégie : se poser en victime. Et depuis 40 ans, elle progresse. Avec d’ailleurs, dans la plupart de ses discours, des références à des affaires de justice où le Front National, là encore, explique être du côté des victimes de l’injustice. Hmmm, un peu comme si on essayait d’attirer à soi :

  • les bonnes gens, en se disant du côté des opprimés (même votre voisin a un paladin de niveau 2 qui sommeille en lui)
  • les théoriciens du complot, en disant que l’on est opprimé soi-même

Du coup, comment combat-on l’extrême-droite ? Ho bin tiens, si on leur donnait plein de prétextes pour crier à l’injustice ? Et au complot ? Et au pouvoir qui tente de les museler et pas les autres ? Ou tiens, si on utilisait exactement les méthodes qu’on leur reproche en se disant antifacho ? Comme le disait Winston Churchill, qui s’y connaissait probablement bien moins en fascisme qu’une lycéenne passant son bac : « les fascistes de demain seront les antifascistes » (on me souffle que c’est un hoax dans les commentaires, je m’en remettrai donc à son perroquet, qui parlait aussi de fascisme et bien d’autres mots en f) . Mais c’est probablement notre passion commune pour le cigare et les aventures du Bismarck qui trouble ma pensée.

Et puis bon, c’est un personnage historique assez obscur, personne n’en a entendu parler et il disait sûrement ça pour déconner.

Du coup, je ne dis pas que dissoudre les groupes des deux camps aurait été plus efficace : leurs membres ne vont pas subitement disparaître ou se dire qu’ils vont se mettre au macramé et à l’amour de la nature, mais qu’au moins, quitte à punir, autant être juste et vaguement sérieux, a minima ça ne donne pas de biscotte. Sinon, c’est non seulement incohérent, mais en plus contre-productif. Mais bon, hein, si en plus il faut s’intéresser à ce que l’on fait, merde alors !

Conjugaison

Pour les plus jeunes, un extrait du tableau de conjugaison du verbe "convaincre" qui à ce qu’il parait, est vaguement plus efficace que le verbe "Tabasser comme un blaireau bas du front". En fait, c’est même comme ça qu’une idéologie progresse, flûte alors.

Bref, la démocratie, finalement, ça a l’air d’être un truc vachement compliqué, puisque visiblement même ses défenseurs n’ont pas bien pigé les règles.

C’est vachement plus simple avec des gentils et des méchants quand même.

Alors qu’en fait, la première loi est simple : tout le monde a le droit d’être un gros con.

Sinon, une bonne partie de l’humanité vivrait dans l’illégalité.

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