Politique


Il est, je le crains, temps d’annoncer la terrible nouvelle : ce blog serait sexiste.

Rougissez malandrins, blanchissez gourgandines, car la honte et la peur devraient à cet instant gagner votre petit coeur, vous rappelant votre écart du droit chemin vers l’égalité des individus. Enfin, je vous dis ça : c’est ce que j’ai lu, hein. Car il paraîtrait, au vu des derniers articles sur ce blog se moquant d’une analyse prouvant que le Roi Lion était une oeuvre machisto-fasciste ou accusant les FEMEN de ne pas toujours agir avec sagesse, que par conséquent il s’agirait ici de l’antre puante du patriarcat.

Bon, remarquez, j’aurais compris si les accusateurs avaient évoqué les diverses références au GHB, dissimulation de jeunes filles dans les coffres ou les sous-bois voire le fait que je me serve d’une collaboratrice comme table basse, mais cela n’a curieusement jamais été avancé. Un phénomène assez mystérieux. Et… raah, arrêtez de trembler Ludivine, ça m’empêche d’écrire correctement !

Toujours est-il qu’en cette période où l’Assemblée Nationale française a voté la proposition d’Osez le féminisme, sur le scrutin binominal aux élections cantonales, à savoir qu’au lieu d’un élu à un poste, vous aurez deux élus, un homme et une femme, pour s’assurer de lutter contre le sexisme, il convient de développer céans une notion essentielle trop peu connue :

Henri Désiré Landru à son procès, découvrant qu’on ne lui reproche pas tant les meurtres que d’avoir regardé Aladdin

L’agnoslipisme

Là où les religions peuvent se déchirer entre christianisme, islamisme, judaïsme et Nicolas Cagisme, il existe d’autres voies : l’athéisme, bien sûr, mais aussi l’agnosticisme ainsi que l’apathéisme. L’agnosticisme étant l’incapacité à déterminer l’existence de Dieu, et l’apathéisme de s’en moquer éperdument. Il en va donc de même avec le sexe : machisme, masculinisme, féminisme voire priapisme voient aussi d’autres voies de dessiner de manière proche. Ainsi, pour des raisons de simplicité, nous mélangerons l’agnosticisme et l’apathéisme en un seul concept, à savoir l’agnoslipisme : l’art de ne pas aller voir ce qu’il y a dans le slip de son prochain et de ne pas en tenir compte en dehors des situations impliquant des échanges de fluides. Bon, et puis "agnoslip", ça sonne quand même mieux que "apaslip", qui ressemble plus au cri désespéré d’un député conservateur sur une plage nudiste.

Passons.

Définition

L’agnoslipisme est donc la capacité à ne pas prêter attention au sexe d’autrui en dehors des tentatives d’accouplement, la chose pouvant alors avoir une certaine importance. L’agnoslipisme n’existe bien évidemment pas dans le hentai, où, de toute manière, tout le monde n’a que des tentacules, alors on est plus à ça près. Mais tout de même ! L’agnoslip, terme désigné pour employer un suivant de la doctrine agnoslipe, est souvent l’ennemi des quotas, puisqu’il ne comprend pas trop en quoi le contenu d’un slip peut être essentiel dans une prise de décision n’ayant objectivement strictement rien à voir. De la même manière, l’agnoslip n’écrit pas agnoslip-e-s ou agnoslipE (oui, j’ai découvert que maintenant, la mode était de rajouter un E majuscule à la fin de tous les mots pour ne pas paraître sexiste) quand il écrit quelque part, puisqu’il se fiche éperdument de connaître le sexe de la personne qu’il désigne et accessoirement, qu’il respecte la langue française, qui est un féminin, ce qui n’est pas une raison pour la violer dans des tournantes de barbarismes.

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Paris XVIIe, 1er mars 2013, locaux de la brigade des moeurs.

"Interrogatoire de Mme la Langue Française, qui vient déposer plainte pour les pratiques dégradantes qu’elle aurait subies. On vous écoute, racontez-nous ce qu’il s’est passé.
- Ils… ils étaient nombreux ! Si nombreux ! 
- Où est-ce que cela est arrivé ?
- Je ne sais plus, tout est allé si vite… parfois, ils me font du mal sur des Skyblogs… parfois sur des pétitions. Et dans des statuts Facebook, ho, si vous saviez !
- Est-ce que vous pouvez nous décrire ce qu’ils vous ont fait ?
- C’est encore difficile… 
- Indiquez-moi sur ce Bescherelle où ils vous ont touché. 
- Ici…
- Là, sur les terminaisons ? C’est immonde !
- Ils… ils y mettaient des tirets, parfois des -e placés aléatoirement… et ces majuscules, Seigneur ! Je préfère ne pas vous parler de l’emploi du pluriel.
- Je crois que… que j’ai moi aussi besoin de prendre un peu l’air soudainement… c’est si abominable…"

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Histoire

L’agnoslipisme serait né au IVe siècle avant notre ère à Athènes, lorsqu’Aspasie fille de Xénophon se rendit sur l’agora en compagnie d’Eschyle, son mari. Ils étaient venus trouver Platon qui, comme à son habitude, était en train de gaver un groupe de jeunes gens à l’aide de diverses platitudes d’où lui venait son nom, puisqu’en réalité il s’appelait Gérard Roubieux. Aspasie demanda donc à Platon : "Platon, vois donc l’Olympe : chaque Dieu y a sa compagne, formant une extraordinaire parité ! Pourquoi est-ce que nous autres, les Grecs, ne nous inspirons-nous pas de nos dieux pour faire de notre forum un endroit où pour chaque voix d’homme s’exprimerait aussi une voix de femme ?". Le vieil homme se leva et prenant un bâton, il dessina du bout de celui-ci dans la terre humide un étrange schéma. "Vois cette grotte, Aspasie", lui dit-il "Imagine que s’y trouvent des hommes et des femmes enchaînés, dos à la lumière du jour, qui ne voient du monde extérieur que des ombres se reflétant sur les parois, alors qu’eux-même sont tant et si bien plongés dans l’obscurité qu’ils ne peuvent voir leur propre corps. Maintenant, imagine qu’un débat éclate entre ces personnes pour savoir si l’ombre qu’ils voient sur le mur ressemble plutôt à un hippopotame ou à un éléphant : crois-tu vraiment que leur sexe à quelque chose avec le débat ?"

Aspasie, troublée par la sagesse du vieil homme, répondit "Bien sûr que oui, car potentiellement, cela peut aider un mec à faire une trompe en ombre chinoise." Après avoir copieusement pété la gueule à Aspasie, Eschyle et Platon la balancèrent dans la mer Egée lestée d’une dalle en marbre. Puis, ils firent jouer la garantie auprès de Xénophon, mais là n’est pas la question.

Rappelons que Platon était tellement lourd que même les pirates qui le capturèrent un jour voulurent s’en délester au plus vite. Des gens de bon sens.

Mais le mal était fait : Platon avait inventé le concept d’agnoslipisme, alors agnotogisme pour d’évidentes raisons, en invoquant le fait que l’entrejambe de son prochain n’avait pas à être prise en compte dans un débat d’idée. Il invoquait du même coup l’allégorie de la caverne, faisant ainsi la joie de quantité de copies de bac et la terreur d’autant de correcteurs.

Le comportement agnoslipe : une dangereuse dérive

Dans l’antiquité, l’agnoslipisme était relativement accepté, comme le prouve le commencement de la religion chrétienne, alors que l’on se contentait d’accepter que Dieu et les anges n’avaient pas de sexe, et que c’était très bien ainsi d’un point de vue tant religieux qu’hygiénique, même si cela donnait une image relativement chiante du Paradis comparé à d’autres religions où l’on parle de copulations à n’en plus finir plutôt que de gratter des tac-o-tac avec Saint Pierre pour gagner deux places pour le prochain concert de luth.

Mais l’Eglise finit par dériver, et commença à introduire le sexe (chut, on se concentre) dans sa doctrine (vous n’êtes pas concentrés, retirez-immédiatement ces calembours de vos esprits malades) : savoir qui a le droit de copuler avec qui, pourquoi et quand, ou tout simplement interdire la prêtrise aux femmes pour qu’il y ait au moins une robe qu’elle ne puisse pas insister pour acheter (et puis cela permettait de caser le célèbre "Passe ton âme d’abord" dans les conversations, permettant ainsi d’égayer les jours tristes d’un âge obscur où le principal loisir de la population était de construire des maisons en bouse avant la prochaine invasion des anglois).

Evidemment, si le temps a fini par effriter la foi d’une bonne partie de la population, plus guère convaincue par le fait que Dieu envoyait sa foudre sur quiconque couchait sans vouloir forcément se reproduire à la vue de Silvio Berlusconi toujours pas transformé en paratonnerre, cette volonté de voir le monde par le prisme du sexe n’a pour autant pas disparu.

Ainsi, dans une même phrase, des gens peuvent ouvertement s’insurger du fait que l’Eglise fasse des discours sur le sexe, mais applaudit des deux mains lorsque l’assemblée nationale légifère de manière contraignante sur celui-ci pour interdire à telle ou telle personne de se présenter ici ou là parce qu’elle n’est pas née avec le bon chromosome. Comme quoi, c’est rigolo l’indignation.

L’agnoslip, lui, a une doctrine simple : "le contenu de mon slip ne regarde que moi et les personnes consentantes qui iraient bien regarder", voir éventuellement les chèvres dans certains domaines militaires, mais nous entrons la dans des cas particuliers qu’il ne convient pas de traiter aujourd’hui.

Lorsque ceci est au coeur de votre politique électorale, il ne faut pas s’étonner que le reste ne vole guère plus haut

L’agnoslip est donc généralement opposé à toute politique de quota de sexe qui, par définition, est sexiste.

Exemple : "Au nom de la lutte contre le sexisme, permettez-moi de faire entrer votre culotte dans mes critères de recrutement : alors dites-moi, qu’y a-t-il dedans ?"

Ainsi, par exemple, là où certains se félicitent d’une avancée sur l’égalité, n’oublions pas que si, par exemple, un transexuel voulait se présenter à une élection, cela donnerait trois semaines de débats journalistiques pour savoir si, médicalement et administrativement, cette personne a le droit de s’exprimer à l’assemblée. Et ce en se basant une uniquement sur un critère n’ayant strictement rien à voir avec la choucroute. Magique n’est-ce pas ? Je trouve aussi. Je pense que la balance commerciale déficitaire du pays est essentiellement due aux imports massifs de schnouf pour alimenter tous ces nez bien inspirés (hohoho).

D’ailleurs, en cas de candidature de Vincent McDoom ou Christine Bravo, nous serions bien emmerdés de savoir dans quel quota les caser. Et j’ignore si notre budget serait suffisant pour motiver des experts à se pencher sur la question, mais passons.

L’agnoslipe français est donc très malheureux, puisque son pays est le seul à avoir ces curieuses pratiques visant à s’occuper de ce qui ne le regarde en rien pour tenter d’établir un principe d’égalité mathématique plutôt que celui d’égalité de droit (généralement d’ailleurs, vous noterez que les militants pro-quotas sont les premiers à s’opposer à "la politique du chiffre", ce qui est assez formidable). Et maintenant, il va pouvoir se retrouver à élire deux personnes à un poste, car les combattants du sexisme expliquent qu’ils refusent d’être représentés par un élu qui ne soit pas de leur sexe.

Je vous la refais autrement : "Non mais je ne suis pas raciste, mais au nom de l’égalité, je refuse d’être représenté par un noir."

De la même manière, j’espère qu’Osez le féminisme applaudit des deux mains cette proposition issue de ses rangs, qui interdit désormais à toute femme de se présenter sans un homme. On attend avec impatience le moment où quelqu’un va réaliser qu’une seule personne pour un seul poste, c’est drôlement plus pratique pour prendre des décisions sur un dossier, ou que deux femmes vont vouloir se présenter ensemble, et qu’au nom du féminisme, on leur interdira.

Il est donc intéressant de voir, qu’à l’heure du mariage pour tous, l’homosexualité binominale vient d’être interdite.

Ouf : heureusement que les partisans de la tolérance étaient là.

F.A.Q

Mais alors… les agnoslipes se moquent du sexisme ? Hein ? Bande de petits bâtards !

Non : l’agnoslipe ne se base que sur une règle simple :  y a-t-il une barrière à l’entrée d’une assemblée ou d’un groupe quelconque pour un sexe ? Si oui, il n’y a pas égalité de droit, l’agnoslipe s’insurge. Sinon, il se moque de savoir si un sexe est majoritaire et il s’occupe plutôt de trucs importants, comme par exemple, où se trouve la soirée barbecue la plus proche pour emmener ses interlocuteurs grognons lécher la grille en pleine cuisson.

Je porte des boxers, des strings voire parfois rien du tout, car j’aime sentir le vent fouetter mes cuisses quand je traverse Paris à vélo poursuivi par la police municipale, suis-je agnoslipe quand même ?

Vous êtes exhibitionniste, c’est un autre sujet. Ou ancien président de la République, mais là, c’est plus grave : vous vous rendez compte que vous avez géré un pays sans un binome paritaire ? Comment avez-vous fait ?

Comment puis-je savoir que je suis agnoslipe ?

Quand vous écoutez quelqu’un parler à la radio, est-ce que vous écoutez ce qu’il dit ou foncez-vous cherchez son carnet médical ? Si c’est la première solution, vous êtes agnoslipe. Si c’est la seconde vous êtes probablement un dangereux psychopathe.

Attendez, vous voudriez dire que… vous ne seriez pas un affreux machiste ?

Allons, allons ! C’est très personnel comme question, je ne peux me permettre d’y répondre. Surtout que là, déjà, je suis relativement peu concentré, j’ai un autre problème à traiter :

Ludivine, je vous ai prévenue : arrêtez de trembler ou je vous permute avec Cynthia pour me servir de tabouret.

Ça vous est tous arrivé un jour.

Alors que vous étiez en train de lire un quelconque ouvrage, ou de réviser on ne sait quelle leçon, arrivé en bas de la page vous avez réalisé que vous n’aviez pas la moindre idée de ce que vous veniez de lire. L’inquisition espagnole aurait pu défoncer la porte et vous sommer d’expliquer le sens de ce que vous veniez de consulter en vous menaçant de quelconques abominables tortures, comme de vous faire assister à une conférence de Bernard-Henri Lévy, vous n’auriez su trouver le moindre mot pour résumer ce que vos yeux étaient supposés avoir assimilé.

Pourtant, en relisant, tout cela vous disait bien quelque chose : vous l’aviez lu, mais votre cerveau n’y avait trouvé aucun sens.

C’est exactement le métier des experts, non pas ceux de la série à base de caméra qui zooment suffisamment pour pouvoir accuser Cricri la fourmi du meurtre de Crocro le haricot, mais bien de ces abominables créatures dont la vie consiste à rédiger des textes imbitables et des Powerpoints qui attaquent la rétine (mais si, ceux où chaque changement de diapo a une animation différente, souvenez-vous), et dont l’objectif ultime est de se faire payer pour intervenir lors d’interminables réunions auxquelles tout le monde assiste mais personne ne trouve d’intérêt (à part de faire avancer la cause de l’euthanasie).

Et bien, parfois, il arrive que l’un de ces experts soit pris sur le vif : c’est le cas de Jacques-Alain Miller, psychanalyste hantant les colonnes du Point pour expliquer longuement aux lecteurs en quoi sa science et son expertise lui permettent de disséquer la situation politique française mieux que personne. Et si cela fait trop longtemps que vous n’étiez pas tombé sur un texte capable de vous anesthésier le cerveau dès le premier paragraphe, alors régalez-vous : l’article complet est . Aussi, plutôt que de critiquer le quelconque baratin d’un expert classique lors d’une réunion, observons tous ensemble le propos d’un de ces fameux larrons pour avoir ainsi une référence commune à bâcher.

Pour ceux qui n’auraient pas suivi la situation politique française de ces dernières semaines, puisque vous étiez trop occupé à chercher un article capable de vous expliquer quel était l’intérêt de la WiiU (à ce qu’il parait qu’on peut en trouver sous le sabot des licornes) ou simplement que vous habitez une contrée sauvage et reculée comme le Québec (ne nie pas, ami trappeur), permettez-moi de résumer la semaine dernière :

L’UMP, principal parti de droite de l’échiquier politique français, organisait des primaires pour désigner son prochain patron. Hélas, les deux candidats arrivés au coude à coude, Jean-François Copé et François Fillon, ont eu bien du mal à se départager, se proclamant tour à tour vainqueur et accusant l’autre d’avoir triché comme de vulgaires équipes d’Intervilles. Finalement, diverses commissions ont proclamé Jean-François vainqueur d’une poignée de voix, et François a décidé de faire tous les recours possibles puisque continuant de douter des résultats. Finalement, et après s’être bien bagarrés, François a fait appel à Alain Juppé, éminence grise locale, pour qu’il vienne essayer de trouver une solution diplomatique en s’interposant tel un petit casque bleu (ou une vachette, si l’on reprend la référence précédente).

Vous avez compris ?

Jean-François et François se chamaillaient pour savoir qui avait gagné, et Alain a été appelé pour une mission bisous.

Rien de bien compliqué.

Dans le monde des experts, tout le monde s'éclate en réunion et meurt d'envie de les entendre un peu plus analyser les choses

Dans le monde des experts, tout le monde s’éclate en réunion et meurt d’envie de les entendre un peu plus analyser les choses

Du moins, jusqu’à l’intervention de Jacques-Alain Miller, expert et psychanalyste, rien que ça, qui à défaut de vous expliquer la situation a… heu… bon, regardons ensemble la puissance de notre expert local ! Et attention, parce que là, on peut carrément parler d’artiste. Lisez plutôt.

Le jour se lève, le cessez-le-feu tient toujours. On respire. On attend le "teafortwo-plus un" prévu dimanche à 19 heures, qui doit réunir à Paris Jean-François Copé et François Fillon à l’initiative d’Alain Juppé.

Premier paragraphe et première ligne : on reconnait l’expert à sa capacité à caser des anglicismes pour un oui ou pour un non. Par exemple, ici c’est plutôt pour un non, puisqu’en fait, ça n’a rien à voir avec un tea for two puisqu’ils sont trois et que notre homme lui-même l’admet. Mais bon, il avait envie, alors il l’a mis parce qu’il trouvait ça rigolo.

C’est à cela que l’on reconnait les pros.

On voudrait s’y introduire, n’est-ce pas, comme une petite souris. Une journaliste politique, Geneviève Tabouis, est restée célèbre pour ses émissions de radio, les Dernières nouvelles de demain, qui débutaient sempiternellement par la formule : "Attendez-vous à savoir…" Nous n’avons ici ni ses dons de pythonisse, ni ses réseaux d’informateurs privilégiés. Voyons si nous pouvons risquer quelques prévisions en prenant les choses comme Rouletabille, par "le bon bout de la raison".

L’expert aime aussi le name-dropping, le name-bombing (oui, moi aussi je sais mettre des anglicismes partout) et autres petits bonheurs qui servent ici à dire "Vous vous souvenez de Machine ? Ouais, Machine et son émission et tout… vous voyez ? Non parce que moi, je connais bien. Et bien en fait rien à voir !". Je ne sais pas vous, mais quelque chose me dit que le Monsieur est payé au caractère. A défaut de rouler ses billes, autant les placer.

[...] La Maison Fillon sera dépecée. Une négociation s’entame. Demandons-nous quel est, pour chacun des protagonistes, son impératif majeur.

Nous dit-on quelques lignes plus bas. C’est rigolo de mettre dès le début de l’article sa conclusion "Fillon a perdu". Savourons le type qui commence son analyse par un constat sorti de nulle part pour s’appuyer dessus par la suite. Mais c’est vrai que c’est pratique, tout de même puisque du coup on a toujours raison. On appelle ça un axiome, c’est très rigolo comme principe. "Mais non, je n’ai pas tort puisque j’ai dit que j’avais raison !".

Mais ne nous arrêtons pas là, car après quelques paragraphes de vent à répéter la même chose, notre homme décide de continuer sa fine analyse dans ce qui, je le rappelle, prétend être un site de journalisme :

Le principe de Jean-François Copé fait-il la preuve de son égoïsme ? Mérite-t-il une censure morale ? Est-ce le fait d’un "voyou", comme le suggère Marianne ce matin ? Non, pas nécessairement. Le président en exercice de l’UMP soutient que ce n’est que justice que de lui reconnaître sa victoire, et, dit l’adage, "Fiat justitia, et pereat mundus", traduit par "Que justice soit faite, quand bien même le monde devrait en périr". Ce fut la devise de Ferdinand Ier, empereur du Saint-Empire germanique, et Kant la commente dans l’une des annexes de son Projet de paix perpétuelle de 1795. Cette sentence, juge-t-il, est cavalière, mais elle est vraie, et elle témoigne de "l’idée, rationnelle et pure, d’un devoir-être inconditionnel" (J. Boulad-Ayoub, "La prudence du serpent et la simplicité de la colombe…", 1997).

Si vous regardez bien, sur un paragraphe de 7 lignes, seules les deux premières ont un rapport avec le sujet. A partir de la 3e, notre puissant psychanalyste se contente de coller lui-même un adage puis de l’analyser en balançant des références et citations pour faire mec qui a travaillé son sujet. Sauf que ça n’a aucun rapport avec la choucroute. La choucroute est un plat typique du Saint Empire Romain germanique, et comme le disait Léopold-Guillaume d’Hasbourg "Ch’est bon". Cette sentence, certes cavalière mais bien vraie, témoigne du fait que la choucroute est à la fois "délicieuse, fournie bien que parfois bourrative, et du genre à parfumer le lit conjugal" (A. Misou-Misou, "Musique de chambre et pétomanie, ode aux plus grands airs"). Hooo bon sang, je ne sais pas ce qui m’a pris je… je… je crois que je suis fin prêt à écrire pour le Point.

Kant détermine le "mundus" ici en question comme "les méchants en ce monde", et on voit en effet Jean-François Copé prêter à François Fillon des motifs infâmes : ressentiment, envie, mépris du suffrage universel, invitation au suicide collectif… On dira que c’est fort injuste pour François Fillon, et qu’il est dans cette affaire le gentil, l’homme honnête, décent, désintéressé, qui n’a pas d’autre impératif avoué que : "Il faut sauver l’honneur du parti !" Sans doute. Cependant, l’honneur d’un parti politique, c’est là une notion très aventurée, dont il n’est pas avéré qu’elle ait la moindre traduction pratique. Même à admettre que l’honneur d’un parti politique est quelque chose qui puisse se perdre, rien ne prouve qu’il ne puisse se raccommoder, comme le pucelage des filles de Venise selon Casanova. D’une façon générale, concernant les rapports de la morale et de la politique, les propos de François Fillon et de ses partisans témoignent d’une conception qui les a mis hors jeu, comme on le verra en revenant à la négociation en cours à l’UMP.

Si vous ne vous êtes pas endormi à mi-chemin (mais je sais que vous êtes fort puisque vous me lisez ; très honnêtement, je ne serais pas moi, je ne me lirais pas, je suis beaucoup trop bavard), et que vous êtes toujours en train de chercher ce que Kant et Casanova viennent faire dans cette analyse qui pour l’instant, ne dit strictement rien à part "Vous voyez, je vous l’avais dit que François Fillon s’était perdu, bon, je n’ai toujours amené aucun fait, mais promis, je le fais plus tard". Et comme vous l’aurez deviné : ça n’arrivera pas. Peut-on raccommoder l’honneur d’un crypto-journaliste ? Qu’en dirait Casanova ? En parlerait-il aux filles de Venise ? Ou est-ce un coup à les faire fuir tant elles ont autre chose à faire que d’écouter du vent ? Quant à Kant, que vient-il faire là, à part sonner de manière rigolote dans "Quant à Kant" ? Mystère.

D'autres adeptes du name-bombing : les hipsters. Un principe rigolo, qui consiste à dire qu'à défaut de comprendre quelque chose, on connait quelqu'un qui sait.

D’autres adeptes du name-bombing : les hipsters. Un principe utile pour eux qui consiste à dire qu’à défaut de comprendre quelque chose, ils connaissent quelqu’un qui sait. Intelligence et éducation, deux choses différentes.

On peut raisonnablement prévoir son issue. Il suffit de s’inspirer de la théorie mathématique des jeux, voire simplement de la théorie des ensembles. Dans le contexte du duel Copé-Fillon, dont l’enjeu était la présidence de l’UMP, nous étions devant un jeu "à somme nulle" : ce que l’un perd, l’autre le gagne, et vice versa ; c’est Fillon le président, ou c’est Copé. Pas de milieu. Tout change avec l’apparition dans le jeu d’un nouveau joueur, Alain Juppé. Non pas que nous ayons maintenant trois joueurs. Comme nous l’avons expliqué, il se substitue au joueur Fillon. Seulement, et tout est là, il ne s’y substitue pas à la même place.

Vous connaissez la théorie des jeux ? La théorie des ensembles ? Non ? Ce n’est pas grave, lui non plus.

La preuve : en fait, il ne va plus en parler, ni même y faire référence, c’était juste pour les caser. Ce n’est pas beau, ça, tout de même ? Mais là encore, personne ne lui a fait remarquer.

Notez d’ailleurs le : "Non pas que nous ayons maintenant trois joueurs. Comme nous l’avons expliqué, il se substitue au joueur Fillon. Seulement, et tout est là, il ne s’y substitue pas à la même place."

Attention, définition du verbe "substituer" selon le Larousse : Mettre quelqu’un, quelque chose en lieu et place de quelqu’un, de quelque chose d’autre. "Substituer (se)" : Prendre la place de quelqu’un, de quelque chose. Mais ce n’est pas grave, notre expert et journaliste n’a pas froid aux yeux : il vous explique que quelqu’un prend la place de quelqu’un d’autre, mais pas à la même place. Hmmmoui, on peut appeler ça du caca. Aussi. Mais c’est un peu direct, il ne faudrait pas brusquer l’animal. Je rappelle tout de même qu’il écrit dans un journal ayant pignon sur rue, si en plus il faut faire des phrases qui veulent dire quelque chose, mais où va-t-on ?

Le fait capital, c’est que, désormais, l’enjeu n’est plus le même. Alain Juppé a su l’énoncer avec une parfaite lucidité. Jeudi après-midi, dans le communiqué où il posait son premier "ultimatum", il écrivait ceci : "Ce qui est désormais en cause, ce n’est plus la présidence de l’UMP, c’est l’existence même de l’UMP." Ce dit est transformationnel. Il change la nature même de la situation, et la logique qui l’anime. Nous n’avons plus affaire à un jeu à somme nulle, où les joueurs sont des adversaires se disputant le même gain. À la différence du duel Copé-Fillon, le duel Copé-Juppé est un jeu du type coopératif.

"Coopératif". Là encore, un mot relativement compliqué, puisque non seulement faire des duels coopératifs est relativement compliqué, mais en plus, rappelons que la "coopération" était tellement amicale qu’au final, elle n’a duré que 25 minutes, mais j’y reviendrai (et moi, je le fais : mais je n’écris pas dans un grand journal, je ne dois pas savoir, enfin je dis ça…). Ah et au fait, sinon, François Fillon là-dedans ? Non parce que qu’il est quand même un peu à l’origine de tout cela, ça vaut le coup d’encore en parler ou bien ? Non ?

Et bien non. Oublions-le.

Quel sens de l’analyse. C’était quand même pas compliqué : il n’y avait que trois personnages à retenir. Dont deux impliqués depuis le début et un qui se proposait de débarquer le temps d’une réunion. Résultat ? Et bien notre expert vire l’un des principaux protagonistes et garde celui qui vient à peine d’arriver. Je… d’accord. Et donc, comme ça, vous êtes expert en analyse politique. Ah. J’espère qu’on vous ne confiera pas la question du Moyen-Orient un jour sinon, j’imagine bien : "Bon, dans le conflit Israël-Palestine, je pense que ça ne vaut pas le coup de parler d’Israël. Les conflits avec plus d’une personne, c’est trop compliqué".

Simplifions. D’un côté, "sauver l’UMP". De l’autre, "sauver la présidence Copé, l’UMP dût-elle en périr". L’impératif Juppé est-il incompatible, antagoniste, avec l’impératif Copé ? Réponse : les deux se recoupent partiellement, il y a une intersection, et c’est précisément "l’existence de l’UMP". Pour simplifier encore davantage, disons que nous sommes devant une situation de "choix forcé", au sens de Lacan, et qu’il illustre de l’exemple "la bourse ou la vie" (cf. Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, 1973).

En 5 lignes, il y a deux tentatives de simplification, dont une faisant référence à un livre que tout le monde n’aura pas lu, tant Lacan sert plus à caler les bibliothèques qu’à les remplir. Mais c’est pas mal ; "Simplifions et article : il s’agit d’une "bouse à grumeaux" au sens de Diomède, comme on peut le trouver dans mon livre de chevet, Diomède contre Goldorak, 2007".  Mais rassurez-vous, j’exagère quelque peu : l’homme développe sa "simplification", me laissant là aussi dubitatif quant à la présence d’un dictionnaire à ses côtés.

Vous voilà arrêté sur une route de campagne par des brigands de grand chemin, comme le jeune Barry Lyndon dans le film de Kubrick. Le capitaine Feeney, les armes à la main, vous réclame votre bourse. La lui donner ou pas, vous êtes libre, vous avez le choix. Si vous cédez, vous perdez votre bourse. Si vous résistez, vous perdez et votre bourse et la vie. Dès lors, votre choix est forcé. Vous livrez votre bourse, puisque, dans tous les cas, elle est déjà perdue. Le choix entre les deux termes proposés se limite donc à perdre les deux, ou bien n’en conserver qu’un, toujours le même, la vie, certes écornée d’une perte inévitable..

Après un peu de name-bombing, notre puissant larron nous donne donc un exemple pour vous expliquer la situation… qui là encore, n’a aucun rapport. Puisqu’il vous explique que voilà, dans la bourse ou la vie, vous perdez automatiquement la bourse. Sauf que dans le cas présent, aucune perte n’est automatique, puisque c’est d’ailleurs tout l’objectif des négociations en cours, et celui de tous les participants : il n’y a donc aucun rapport.

Excellent exemple : l'un des thèmes de Barry Lyndon est

Excellent exemple : l’un des thèmes de Barry Lyndon est "Peut-on baratiner tout le monde" ? Le bougre n’a pas dû le regarder en entier.

Un détail, évidemment. Un de plus.

Sauf bien sûr, si on sort de son chapeau un raisonnement débile pour expliquer que si, si, perte inévitable il y a.

Dès lors que l’impératif d’Alain Juppé est le "primum vivere", la vie de l’UMP (et il n’est entré dans le jeu que pour le promouvoir), les jeux sont faits : Jean-François Copé gardera la présidence. Quant à François Fillon, il est hors jeu. Il est là, mais ce n’est que pour signer sa reddition. La question de savoir si on lui permettra de sauver la face, et de quelle manière, n’intéresse pas notre logique.

Ah. Bon bin, nous dit-on : François Fillon va se faire défoncer quoiqu’il arrive. C’est rigolo parce que l’ensemble des faits semblent donner tort à notre auteur, encore une fois, mais que sont les faits face à une analyse de pareille qualité ? Et puis d’ailleurs, il a bien raison : "savoir si on lui permettra de sauver la face, et de quelle manière, n’intéresse pas notre logique.". Car oui, là encore, c’est tout à fait clair : cela n’intéresse pas la logique d’un analyste, de savoir si un duel autour de la tête d’un parti, une main sera tendue pour éviter l’implosion dudit parti… là encore thème central de l’article.

On imagine bien le rédacteur en pleine conversation avec son relecteur.

"Attends mais en fait, ton article parle d’une problématique et finalement tu n’en parles pas. Par contre tu cases Kant et le Saint Empire Romain Germanique, tu m’expliques ?
- Ouais c’est un truc intellectuel, tu peux pas comprendre. Tu n’as pas dû assister à assez de réunions.
- Mais c’est malhonnête !
- Pas si je dis… attends, passe-moi mon papier…. gnnn… ça… nous… intéresse… pas. Voilà.
- Ah oui, ça marche vachement mieux maintenant. Z’êtes fort quand même.
- L’expérience petit. J’ai tout appris aux éoliennes. A part la partie productive."
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Et parce qu’un bon article ne finit pas sans une bonne conclusion :

Bien que purement formelle, notre analyse de ce samedi matin nous amène donc à prévoir que la "médiation Juppé" ne capotera pas, quels que soient les aléas qu’elle rencontrera. Des soubresauts, des affects, il y en aura, mais ils se plieront en définitive à la logique du choix forcé.

Voilà. Donc ça, c’était samedi dernier, la veille de la fameuse rencontre. Notre homme, après avoir pinaillé des heures, expliquait donc que quoiqu’il arrive, c’était plié et tout allait rouler. Résultat ?

Dimanche, Alain Juppé est allé voir François et Jean-François, au bout de 25 minutes, il s’est barré en disant que tout le monde était trop con, et Jean-François a expliqué en coulisses qu’il était bien content de s’être débarrassé de ce fauteur de troubles qui venait tenter de lui piquer la couronne. Et dans la foulée, François est parti en emmenant avec lui une partie des députés du parti, sans compter un bon paquet de militants qui ont rendu leur carte de dégoût.

"Coopératif" et qui "ne capotera pas", donc ?

Chez les vrais journalistes, quand on raconte n’importe quoi, en général, on s’excuse un peu après. Mais à la rédaction du Point, non. On fait même mieux.

"Hey, salut Michel !
- Salut Gégé.
- T’as vu ce qu’il s’est passé dimanche ? En fait, on a grave raconté n’importe quoi !
- Qui c’est qui s’occupait de l’article ?
- Un expert vaguement médiatisé…  Jacques-Alain Miller. J’ai pas trop compris le rapport entre la psychanalyse et la politique, mais en tout cas il s’est planté comme un gros busard.
- Super, réserve-lui la prochaine tribune sur le sujet."

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Et ce qui fut dit fut fait. Oui, c’est complètement surréaliste, mais c’est comme ça. Et non, personne n’est allé bâcher ce fameux commentateur : il s’en est même trouvé pour l’inviter et disserter avec lui de l’actualité. D’ailleurs, pour le coup, plutôt que de recommencer l’exercice à nouveau, l’article en question étant aussi consternant – si ce n’est plus – que le précédent,  je vous laisse tout seul profiter du festival : on vous explique que ça y est, c’est fini, qu’il n’y a jamais eu de problème (ah oui, quand même), et que tout cela a été "très adroit", soit l’exact opposé des faits, mais là encore, ce n’est pas grave, puisqu’après tout, personne ne semble rien dire.

Et là encore, tout une série de professionnels n’ont vu strictement aucun problème à non seulement raconter à peu près n’importe quoi dans ses colonnes, mais aussi à recommencer sans même prendre en compte le fait que c’était complètement à côté de la plaque.

Du vent, des erreurs grossières et une mauvaise maîtrise d’un sujet pourtant connu enrobé d’une teinte de professionnalisme semi-intellectuel étalés sans vergogne à un public à qui l’on prétend analyser la situation, sans compter que le coupable est aussitôt invité à revenir pour recommencer…

Mesdames et Messieurs : on applaudit bien fort les experts.

Comme certains d’entre vous l’ont peut-être remarqué : sur ce blog, on se soucie beaucoup de questions d’éducation et de ludisme.

Aussi, afin d’aider les plus jeunes à appréhender des notions aussi incompréhensibles que l’état actuel des débats politiques ou les élections qui se préparent au sein de certains partis, je vais me contenter aujourd’hui de vous proposer un set complet pour recréer, chez vous, l’intégralité des débats grâce aux fiches de personnages des principaux intervenants de celui-ci. Vous pourrez ainsi initier les plus jeunes aux joies de la mauvaise foi au travers d’une formidable partie de jeux de rôles, utilisant les règles de L’Appel de Chtulhu (soit ce qu’il y a de plus proche des débats du moment, à savoir une oeuvre basée sur la folie qui nous guette tous).

Et pour ceux qui ne connaîtraient pas, j’ose supposer que les fiches parleront d’elles-mêmes. Evidemment, si les photographies correspondent bien à des personnes réelles, les fiches, elles, ne reflètent en rien leurs compétences, ou alors par pure coïncidence, vous l’imaginez bien.

Bref.

Vous avez-envie de recréer chez vous la saine ambiance d’un congrès du parti socialiste, avec ses motions, ses débats à base de "Nan, moi j’suis d’gauche, tous les autres sont de droite" et autres arguments de fond ? N’hésitez pas à proposer à vos joueurs la fiche de Martine.

Evidemment, n’oubliez pas les règles du jeu : pour bien faire comprendre aux plus jeunes le concept de démocratie, expliquez-leur que quoiqu’il arrive, à la fin de la partie, c’est le joueur qui joue Harlem qui gagne. Vous lui attribuerez donc quand même une fiche.

Là aussi, il est possible de cliquer. C’est tout de même bien fait.

Et, après avoir fait jouer à vos joueurs ce scénario à base de débats entre Martine et elle-même ("Excellent travail Martine – Merci Martine, tu es la meilleure"), n’hésitez pas à pimenter un peu les choses en leur proposant ensuite de jouer une aventure beaucoup plus violente, comme celle opposant François et Jean-François.

Oui, là, je ne sais pas si cliquer est bien raisonnable en fait

Et casez donc en face un adversaire à sa hauteur avec François, permettant aux deux de s’affronter en d’épiques batailles à base de petites phrases et pourquoi pas, de popopopo.

Cliquetage toujours. Ne me demandez pas pourquoi je le précise à chaque fois.

Cela dit, il peut arriver qu’en voyant les deux s’empoigner, d’autres jeunes gens veuillent se joindre à la bataille : n’hésitez pas alors à leur proposer la fiche d’un autre sidekick qui n’a évidemment rien à voir avec une personne existante ou ayant existé et ne demandant aucune compétence pour être joué (au sens littéral : la moindre compétence trahit l’esprit du personnage).

Toi qui cliques ici, abandonne tout espoir

Et enfin, lorsque vous aurez fait le tour de toutes les possibilité avec ces personnages fabuleux et tous ceux que vous aurez envie d’ajouter à la bataille pour rajouter encore plus d’action et de ludisme pour vos jeunes gens, quand enfin, ils auront les yeux qui pétilleront à la simple audition des mots "politique", "débat", ou "parti", alors n’hésitez pas à leur proposer d’introduire un nouvel être dans la partie demandant encore plus de maîtrise du jeu :

Je ne me répète plus, il suffit.

Voilà.

Avec ça, des heures d’instruction civique faite avec pédagogie et ludisme vous attendent. Amusez-vous bien, et n’oubliez pas : qu’importe si votre partie ressemble à n’importe quoi, ça reste tout de même plus crédible que les échanges actuels.

La prochaine fois, nous verrons comment se joindre à un club d’amateurs de jeux historiques pour refaire avec des figurines 28mm les plus grands moments du bourrage d’urne du congrès de Reims 2008 du PS.

Amusez-vous bien.

"Alors, vous pensez quoi des résultats ?"

La jeune fille s’est tournée vers moi, sombre, l’air d’attendre une réponse qu’elle a déjà en tête.

Au milieu des autres invités allant et venant dans la vaste appartement dont l’immense salon a été réaménagé en salle-vidéo, un large écran plat accroché au mur faisant défiler les scores des candidats, elle tente de garder son air profond tout en donnant de discrets coups d’oeil à droite et à gauche à la recherche d’un des serveurs portant plateau d’amuse-gueules. Elle finit cependant par reprendre lorsqu’un invité la bouscule et manque de peu de faire choir un peu de son champagne sur sa robe de soirée.

"Vous avez voté pour qui ?
- Jacques Cheminade, évidemment. J’ai toujours eu envie de voir des navettes partir pour Mars.
- Vous êtes sérieux ? Vous croyez à toutes ces histoires de station de colonisation ? Ah vous doutez de rien !
- Attendez, j’ai dit que je voulais envoyer des gens sur Mars, pas que je voulais qu’ils y survivent, ne vous méprenez pas Mademoiselle. L’équipe de John Carter, par exemple. Il y aurait d’ailleurs une délicieuse ironie, puisque…
- C’est "Madame" ! Je n’ai pas à vous donner mon statut marital en vous disant "Mademoiselle !"
- Ho, vous savez, j’ai rarement été arrêté par un statut marital. Par un mari, une fois, mais je doute que cette anecdote soit de votre âge. "

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Sa peau change légèrement de couleur, allant plus dans les tons de ma cravate, alors que pour ma part, je sirote dans ma flûte de ce mousseux de seconde zone que le propriétaire des lieux ose appeler champagne parce qu’il a payé suffisamment cher pour. De son côté, la jeune fille arrive péniblement à intercepter un serveur, parvenant ainsi à se saisir de l’ultime gougère du plateau qu’elle dévore avec le minimum de retenue nécessaire imposé par les lieux où elle se trouve. Sitôt sa bouche vide, elle poursuit.

"Vous savez, c’est à cause de gens comme vous qui votent n’importe comment que l’extrême-droite monte dans notre pays ! Si ça ne tenait qu’à moi, on interdirait ce parti ! Pas de tolérance pour l’intolérance ! 
- C’est profond. – dis-je d’un air distant, les yeux rivés sur les courbes d’une étudiante en journalisme passant à côté de nous avant de disparaître dans la foule des autres invités.
- Vous n’écoutiez pas ! De toute façon, je les connais les gens de votre genre, les bourgeois auto-satisfaits plein de morgue et de préjugés ! 
- Si vous ne m’aviez pas dit être pour la tolérance, j’aurais juré vous avoir entendu me sortir un préjugé.
- Hein ? Qu’est-ce que vous… je… ma… ma tête elle…"
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Les yeux de la damoiselle deviennent subitement vitreux, alors qu’elle se fige sur place, la bouche entrouverte, quelques morceaux de gougère encore entre les dents. Je me permets de sourciller, l’observant tout autant que son verre, et tapotant du doigt sur son front pour constater qu’elle ne réagit plus à rien, se contentant de pencher la tête en arrière sous la pression de ma main avant de la ramener en place tout en bavant.

"Diego, viens voir !"

Le serveur qui venait de passer revient avec son plateau vide, l’air interrogateur en me voyant appuyer sur le front de la damoiselle avec mon doigt.

"Monsieur ?
- Dis-moi Diego, c’était la gougère au GHB ?
- Heu… non Monsieur, pas que je sache. Je la gardais en réserve.
- Ah non parce que là, on dirait qu’elle a reniflé un baril de Le Chat à la paille. Tu es sûr ?
- Oui Monsieur. Peut-être est-ce, autre chose Monsieur ?
- Hmmm… tu as raison mon bon Diego. Je pense savoir d’où ça vient. Je crois que c’est une groupie politique : son intellect limité a dû planter une fois mise face à ses propres contradictions : il ne faut jamais introduire de réflexion chez ces êtres, ça pourrait les tuer. J’aurais dû le savoir. 
- Une… groupie politique ? Monsieur ? Je… 
- Ne t’inquiète pas Diego. Va chercher un bavoir pour la demoiselle, et je t’explique de suite."

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Le serviteur trotte promptement jusqu’à disparaître dans la foule, alors que je reste en face de la pauvre damoiselle dans un état second. Profitant d’un trou dans la foule me laissant percevoir le maître des lieux, je lève vers lui ma flûte en souriant, flattant son ego d’ignare en matière de cuvée à champagne. Puis, sitôt notre liaison visuelle brisée par l’installation d’un groupe d’intrus entre nous, je cherche un endroit où vider le restant de mon verre en toute discrétion.

Ah, les groupies politiques, me dis-je intérieurement en contemplant la pauvresse me faisant face. Tout un poème.

Mais, parlons-en brièvement, si vous le voulez bien.

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Si vous regardez fixement l’image, vous finirez par apercevoir deux journalistes au fond. Si, si, il faut se concentrer mais c’est possible !

Pour celles et ceux qui ne le sauraient pas car vivant dans de lointains pays où l’on n’a pas décapité son roi pour une sombre histoire impliquant force pains et moult brioches, il se trouve que ces derniers mois en France se déroulait l’élection présidentielle française. Depuis ce dimanche, donc, la chose est terminée puisque la majorité des Français était d’accord sur un point : il fallait mettre Mickael Vendetta dehors (si vous ne connaissez pas non plus, toujours parce que vous habitez des terres étranges, méfiez-vous, il pourrait se décider à venir s’installer chez vous), ce qui fut fait.

Il ne saurait être question de commenter céans les résultats des urnes, cela ayant été fait avec brio par bien d’autres (que celui qui a dit "David Pujadas" se lève et prenne la porte, merci) mais plutôt de traiter d’un sujet régulièrement abordé durant la campagne : la montée des extrêmes.

Si quantité d’experts ont tenté d’expliquer le phénomène avec moult arguments, mais en s’attardant quand même plutôt sur l’extrême-droite que sur l’extrême-gauche (si un électeur d’extrême-droite est "intolérant", un électeur d’extrême-gauche est "indigné", pensez à réviser vos raccourcis d’analystes télé), on peut s’étonner qu’un extrémisme pourtant répandu ait pu passer aux travers des mailles du filet de nos fins observateurs :

L’extrême-groupisme.

Là où l’extrémiste de droite est qualifié de nazi et celui de gauche de communiste (voire de mangeur de bébés, alors que tout le monde sait que c’est un gibier très difficile à cuisiner, surtout en sauce), l’extrémiste appartenant à un parti qualifié comme ne l’étant pas par les commentateurs les plus en vue n’est jamais montré du doigt, puisque considéré comme le représentant normal d’une démocratie en plein fonctionnement. Pourtant, bonnes gens, qui n’a jamais eu le droit, à l’occasion d’un repas, d’une sortie ou d’une soirée mousse dans un club échangiste (ne faites pas les innocents), de trouver en face de lui l’une de ces fieffées groupies (qu’importe son sexe) soucieuse de vous expliquer qu’elle avait toujours raison, que son parti avait d’ailleurs aussi toujours raison, et que quiconque votait autrement que pour son camp était un fasciste/pétainiste/bourgeois conservateur/gros mou/défenseur de l’assistanat/bobo/partisan de la ruine de l’état/coco/sale rouge/gros enculé (biffez la/les mentions inutiles en fonction de vos opinions) ? Qui n’a jamais vu ses actualités Facebook se remplir de vidéos d’un ami dans lesquelles on peut voir son candidat glorieux sur fond de Carmina Burana ou une explication détaillée sur pourquoi son adversaire est en fait un étron qui parle ? Qui n’a jamais eu à subir de non-débat, dans lequel quelqu’un se contente de vouloir imposer son point de vue sans argumenter (un peu comme Twitter, mais en permanence) ? Et surtout, qui n’a jamais rêvé de coller une grosse torgnole dans le visage poupin de ces larrons qui estiment ne pas être extrémistes, puisque attends, attends, mon parti ne l’est pas, comment pourrais-je l’être ?

Hélas, jeune forban : non, la carte d’un parti démocrate n’a jamais fait de qui que ce soit un démocrate (ou alors, vous connaissez un mec qui vend du carton enchanté, et là, je m’inquiète)

La démocratie étant le débat, et accessoirement, selon certaines légendes druidiques, une vague possibilité de respecter l’opinion de l’autre (ce qui n’empêche pas de la contredire, mais on appelle ça "contre-argumenter", pas "J’en ai rien à foutre de ce que tu me dis, c’est toi qui as tort, moi j’ai toujours raison hihihihi", comme le dirait probablement une jeune fille de 12 ans en tirant la langue alors que ses pouces tirent sur les bretelles de son  sac Hello Kitty), on en déduira donc que la groupie n’a toujours pas compris tout ce qu’impliquait le verbe "débattre". Et se contente donc, comme une vulgaire bougresse sur le chemin de Justin Bieber, ou un piètre bougre sur celui de David Guetta, de hurler le nom de son idole en expliquant à qui veut bien l’entendre que holala, il est trop génial vas-y haaaaan y m’a serré la main, plus jamais je me la laverai, ce qui me donnera accessoirement l’occasion d’entamer une collec’ de panaris, trop cool. Cela vous parait ridicule ? Ma foi, ça, nous le savions : nous avions déjà évoqué précédemment l’incroyable capacité de la groupie à trouver normal voire génial le truc le plus improbable. Mais en fait, c’est aussi vaguement incohérent, et aussi plutôt dangereux.

Ainsi, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais personne ne fait jamais remarquer que dans une démocratie, avec des débats et tout, les assemblées ne fonctionnent pas vraiment comme elles le font chez nous, où le groupisme est devenu une sorte de normalité parfaitement acceptée.

Un exemple de groupie dans son milieu naturel. On notera que la mauvaise foi peut plier jusque l’espace-temps.

Je m’explique.

Prenons l’Assemblée nationale en France ; comme dans quantité d’autres pays, on y trouve des partis, organisés en groupes le plus souvent, qui constituent une majorité, une minorité, et diverses tendances se présentant comme "non-alignées" (c’est un peu le tiers-monde de l’assemblée, sauf que la cantoche est mieux remplie). Grâce à des concepts universellement acceptés tels que "La discipline de parti‘" ou "Mon équipe a toujours raison", en général, les débats n’ont aucun suspens (à part dans de rares cas où il y a vraiment eu des vagues dans l’opinion publique), et les choses se finissent de la manière suivante : le groupe majoritaire a la majorité, et la loi proposée par celui-ci passe. A l’inverse, les lois proposées par le groupe minoritaire ont de forte chances de se faire éjecter ("Ne vote pas pour leur amendement, ils sont de droite" – citation authentique entendue avant même la présentation dudit amendement dans une assemblée officiellement démocratique où ladite consigne fut appliquée). Du coup, le seul suspens est de savoir à quelle heure une loi va être votée, unique moment où par la grâce de l’absence de députés partis dormir du sommeil des justes, la minorité peut soudainement se retrouver majoritaire.

Une démocratie fonctionnant selon l’heure du dodo, c’est tout de même curieux. Inquiétant diraient certains, mais ce sont de petits pessimistes.

La chose est d’ailleurs si ancrée que, pour ceux ayant quelque mémoire, on peut se souvenir que les rares députés à ne pas avoir voté comme leur groupe en diverses occasions, faisant parfois passer une loi à une voix près, ont été montrés du doigt comme des traîtres qui méritent de manger des DVD de Battleship jusqu’à la fin de leurs jours ou présentés comme des héros qui ont osé faire leur boulot, ce qui est quand même très très courageux, tant la chose parait inhabituelle. A l’inverse, lorsque l’on allume la télévision pour regarder l’Assemblée en direct et que l’on y trouve quotidiennement des gens lisant le journal en ignorant ouvertement les débats (ou se levant en hurlant et tapant sur leur table pour montrer que c’est à bâbord que l’on gueule le plus fort), personne ne réagit : c’est normal. On a fini par s’y habituer. De la même manière, car la chose n’arrive pas qu’à l’Assemblée, on se souvient que dans des conseils municipaux, des télévisions avaient pu filmer les fiches contenant les "rails" de chaque parti, donnant les consignes de vote pour toutes les propositions mises aux voix à un jour dit, et signifiant de ce fait que les votes sont décidés avant même les débats. Et encore une fois : personne n’y a rien trouvé à redire : c’est devenu la norme, et est donc accepté.

Il va donc falloir m’expliquer : quel démocrate peut, honnêtement, accepter de suivre un tel fonctionnement, puisque par principe, celui-ci est anti-démocratique (à part les députés suivant Vladimir Poutine, hein, parce que eux, s’ils ne le font pas, on les retrouve le lendemain lestés au fond de la Volga, la police concluant à un suicide par baignade avec parpaings dans l’anus) ?

On me répondra que ces outils sont forts utiles : après tout, il est difficile pour un élu d’étudier en profondeur tous les dossiers qui vont lui être soumis, surtout lorsque les dits élus ne le sont pas à temps plein (si vous ne voyez pas de quoi je parle, n’hésitez pas à aller à un conseil municipal jeter un oeil), aussi il est toujours bon que ses petits camarades ayant étudié la question puissent lui dire ce qu’il est raisonnable de choisir et pourquoi il doit les suivre.

Mais sincèrement, si des gens ont des arguments pertinents à même d’aider à la prise de décision, pourquoi les partagent-ils avant le débat pour créer le "rail de vote", plutôt que le jour même pour qu’il y ait une vraie discussion, et que chacun puisse prendre sa décision sans a priori avec tous les arguments qui auront été donnés ? Non, parce que c’est dangereux, mine de rien, un rail de vote : imaginez que quelqu’un arrive à changer, au dernier moment en graissant la patte du militant chargé de la photocopieuse, le rail de vote ? Le type pourrait prendre le contrôle du parti majoritaire, et donc de l’assemblée pour enfin faire passer une loi interdisant Joséphine Ange Gardien. Ou pire, il pourrait glisser, entre deux paquets de couches, ses propres feuillets au conseil constitutionnel pour obtenir que sa secrétaire ne puisse pas le poursuivre suite à un très sympathique calembour qu’il lui avait fait impliquant de la drogue et du café (en même temps, je devrais la virer, elle n’a décidément aucune ouverture d’esprit, il va falloir que j’y pense) !

On peut aussi utiliser d’autres rails.

Surtout que bon : si quelqu’un ne connait vraiment rien d’un dossier, il dispose de la possibilité de s’abstenir : ça s’appelle savoir dire "Je ne sais pas", et c’est probablement plus responsable que de lancer "J’en sais foutrement rien, mais j’vais voter comme on me l’a dit".

Du coup, à force de vider le principe du débat démocratique de son sens, et donc du principe même de l’échange d’arguments raisonnés pour prendre la meilleure décision, les groupies ont pu imposer un mode d’échange basé sur la non-argumentation et l’utilisation massive de notion de Bien et de Mal pour remplacer le tout. Ainsi par exemple, quand Eric Zemmour, philosophe de comptoir, lançait il y a deux ans des propos sur la couleur des trafiquants en France, on retrouvait en face de lui SOS Racisme, qui diffusait une série de spots suite à ces propos pour lutter contre le racisme (comme son nom l’indique, jusque là, c’est logique). Mais alors, me direz-vous, que nous disait-on dans ces spots ? Nous expliquait-on, comme Maître Eolas l’avait fait, en quoi cela était un point de vue quelque peu biaisé pour ne pas dire plus ? Et bien non : on nous disait juste, je cite :  "Méfiez-vous des idées qui puent". Et rien de plus, pouf pouf, voilà, démonstration terminée. On ne disait pas "Ce qu’il dit est faux", on disait "Ce qu’il dit pue". Comme ça, c’était bien : ceux qui étaient d’accord avec lui pouvaient, selon le même raisonnement "Bon/Mauvais" se dire victimes de la "bien-pensance" (ce que l’auteur des dits propos fit sans hésiter), et ceux qui n’étaient pas d’accord se dire que ce Monsieur racontait du caca sans avoir le moindre argument pour appuyer leur propos ; bref, tout le monde a pu rester dans ses positions, voire les radicaliser autour de ce joyeux échanges de sympathiques et pourtant superfétatoires propos. Ce qui se traduit en général, sur Facebook, par des échanges en militants à base d’accusations sur du vent et de dignité outragée toutes les deux minutes (chacun se posant en victime de la méchanceté de l’autre).

La groupie, donc, qu’importe son camp, tue donc simplement le principe de la discussion, se contentant de radicaliser ses interlocuteurs autant qu’elle le fait elle-même ; parfois, au nom de la démocratie, elle se permet aussi de tenir les propos les plus anti-démocratiques qui soient comme "Interdisons tel parti parce que je ne suis vraiment pas d’accord avec lui", "Refusons cette oeuvre parce qu’elle porte des idées que je ne soutiens pas" (Monsieur le chien illustre bien ce qu’il en est dans la BD, il y a quelques planches à lire), "Ne mangeons plus de rutabaga, aliment connu pour être pétainiste"  (caser Pétain partout est un argument ; c’est comme une sorte de sous-point Godwin local, genre Franco-Godwin, en fait. On pourrait appeler ça "Le point Gaudouin", ou un truc dans l’esprit) ou "Ne parlons pas avec les gens de tel parti au nom de la démocratie" : ces derniers jours par exemple, on se souvient de la levée de boucliers après qu’un ministre ait dit que l’on pouvait "parler" à l’extrême-droite (et pourtant, chacun sait que je ne suis pas fan du FN : je les trouve trop modérés, chacun connaissant mon amour immodéré pour les petites moustaches et le prince William), ou il y a quelques années maintenant, lorsqu’un journaliste de France 2 avait été accusé d’être affilié au FN, et qu’un responsable de la rédaction s’était fendu, dans un petit reportage d’un "Ah non, ici, on est pour la tolérance alors on ne travaille pas avec des gens du Front National". Là encore, tout cela était bien normal.

Il en va de la politique comme des croyances : il n’y a pas besoin que celle-ci soit extrême pour que l’on trouve des extrémistes en son sein ; combien de livres saints prônent la tolérance quand leurs adeptes ne le font pas ? Combien de partis se revendiquent démocrates quand certains de leurs membres, à tous niveaux, ne le sont pas ? La comparaison est bête, méchante et cucu la praline, mais finalement, toujours moins que la groupie lambda, ce qui n’est hélas pas bien dur.

Alors, oui : la montée des extrêmes en France a eu le droit à son lot d’analyses, mettant ça sur le compte de l’intolérance, du poujadisme, de la banalisation des idées d’extrême-droite, etc.

Mais c’est peut-être aussi parce qu’au nom de la démocratie, on tue gentiment débat et raisonnement que l’on voit désormais dans une démocratie grandir des partis pas vraiment démocrates et pas vraiment raisonnables.

Chères groupies, vous n’êtes, finalement, que des extrémistes comme les autres.

Mais si maintenant il faut être démocrate pour défendre la démocratie, rah, mais où va t-on ?

Avant de terminer cet article, n’oubliez pas découper ce point Gaudouin sur votre écran.

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La jeune fille se réveille brutalement, agitant ses mèches brunes en tous sens alors qu’elle regarde tout autour d’elle, notant qu’elle ne semble pas avoir changé d’endroit depuis sa perte de conscience ; elle est toujours à la même soirée, il est toujours à peu près la même heure d’après la télévision, et le type en face d’elle n’a pas bougé. Par contre, sa robe est humide.

"Qu’est-ce… qu’est-ce qu’il s’est passé ?
- Tenez, mangez quelque chose, vous en avez besoin. Vous avez été victime d’un syndrome de groupisme : votre cerveau est cliniquement mort quelques minutes, le temps qu’il réalise que la politique était une affaire plus complexe qu’une histoire de gentils contre des méchants. Logiquement, vous ne devriez pas avoir de grosses séquelles, à part peut-être une envie de donner de temps à autre votre opinion sur Twitter. D’autres comme vous sont dans le même cas, mais rassurez-vous, c’est socialement accepté.
- Mais ? Et pourquoi suis-je trempée d’abord ? – dit-elle en mâchant la pâtisserie que je lui ai tendue pour reprendre des forces
- Disons que j’ai dû utiliser le contenu de mon verre de champagne pour vous réveiller. 
- En le versant dans mon décolleté, sale pervers ! 
- Hé ho, vous aviez du maquillage. Je l’ai fait par pure obligation, comprenez-vous ?
- Ho que non ! Ce que je comprends, c’est surtout que vous êtes un salaud, un connard, un… gu… zuf… huuu…"

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A nouveau, le débit de la jeune fille ralentit, alors qu’à quelques secondes de faire un scandale, ses bras retombent ballants sur les côtés de son corps redevenu amorphe.

"Diego ?
- Monsieur ? – dit le serveur en arrivant au petit trot
- Cette fois, c’est bien la gougère au GHB, on est d’accord ?
- Parfaitement Monsieur, à effet rapide. Dois-je charger Mademoiselle dans le coffre de Monsieur ? 
- Oui. Et assure-toi que la pelle soit prête, nous avons du travail."

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Le serviteur hésite quelques secondes, pendant que j’utilise ma flasque de brandy pour remplir à nouveau ma flûte d’un breuvage plus raisonnable.

"Monsieur, pourquoi l’avoir réveillée, si c’était pour à nouveau la mettre dans cet état"

Versant les dernières gouttes d’alcool dans le récipient, je me fends de mon sourire le plus paternaliste pour préciser ma pensée.

"Parce que c’est un principe Diego, un rail, toute fête a son lot de drogue ; c’est ce que l’on pourrait appeler, si tu veux, ma, disons, discipline de party"

Dis-je en prenant la première gorgée du délicat liquide.

L’Histoire est d’actualité.

Après les dernières aventures de la Saint-Valentin, où nous apprenions que derrière cette fête accusée à tort d’être mercantile se trouvait en fait un formidable patrimoine historique lié à un moine biclassé love-coach depuis longtemps trépassé, voici que l’Histoire avec un grand H comme Haschich  Hastings est revenue sur la scène hier avec le rejet par le Conseil Constitutionnel du projet de loi sur la négation du génocide arménien. Ne me demandez pas comment la décision a été prise par une assemblée comprenant quantité de petits vieux, dont certains en sont réduits à jouer de l’accordéon pendant que d’autres doivent décider de comment traiter de la mémoire d’évènements vieux d’un siècle quand ils expliquent dans le même temps ne pas se souvenir de ce qu’il se passait dans leur mairie il y a 20 ans, je l’ignore moi-même. J’imagine qu’il y a eu une grande partie de bingo ou un concours du "le premier qui a la prostate qui lâche a perdu", mais je laisse ce débat aux experts en gérontologie du Val-de-Grâce, qui savent sûrement mieux que moi ce qu’il en est du monde mystérieux des anciens présidents de la République.

Ainsi donc, sitôt le projet retoqué, nombre de candidats à la dite présidence se sont empressés de donner leur avis sur la question, expliquant que c’était quand même une question à traiter promptement, parce que vous savez, on ne rigole pas avec l’histoire, à part celles de Toto (quoique non, on n’y rigole pas non plus, en fait).

Jusqu’ici, guère de rapport avec ce blog me direz-vous, à part peut-être un ou deux calembours un peu anguleux, comme le disait le designer de la croix gammée.

Sauf que ce débat semble être un nid à arguments pourris et à gros oublis (ce qui est tout de même beau quand on prétend agir au nom de la mémoire) qui vaut le détour, aussi il sonne aux oreilles de l’amateur de n’importe quoi comme le chant majestueux et envoûtant d’une sirène qui aurait un peu trop nagé à proximité d’un super-tanker de Ricard en plein naufrage.

Aujourd’hui, donc, nous parlerons des lois mémorielles, merveilleuses inventions s’il en est.

L'historien/archéologue en théorie. Alors qu'en vrai, sa voiture ne fait même pas de petits traits rouges sur la carte lorsqu'il se rend au collège voir les 5eB à 9h le lundi.

Lecteur, il est fort probable que dans votre longue et périlleuse vie emplie de déceptions jusqu’à la découverte de ce blog, vous ayez connu à un moment ou à un autre un professeur d’histoire-géographie. Bercé par Indiana Jones, vous étiez persuadé lorsque le jour de votre entrée en 6e, on vous a annoncé que vous auriez un professeur d’histoire, que vous vous retrouveriez en face d’un type habitué à manier le fouet, à combattre des nazis et à entreposer dans un petit bureau derrière-lui quantité d’objets ramenés d’expédition, comme par exemple une tête réduite Jivaro ou un vieux doublon espagnol récupéré lors d’une plongée sur un quelconque galion englouti en compagnie d’amis archéologues. Hélas, quelle ne fut pas votre déception en découvrant Monsieur Rocheteau, visiblement habitué à lever le coude, à combattre les alcootests et à entreposer en salle des profs quantité d’objets ramenés d’expédition, comme par exemple une chaise qui grince de chez Emmaüs ou un ordinateur avec Windows 95 récupéré lors d’une vente dans une quelconque brocante en compagnie d’amis du syndicat.

Oui, vous jeune fille, vous qui aviez déjà écrit "I love you" sur vos paupières en prévision de votre rencontre avec un potentiel professeur Jones, vous avez dû vous empêcher de cligner des yeux durant toute votre première heure de cours provoquant un tel dessèchement de vos globes oculaires que vous avez passé les deux jours suivant dans la peau de Gilbert Montagné. Un souvenir terrible que vous n’osez plus conjurer, espérant que le devoir de mémoire ne s’applique pas à la vôtre. Je comprends.

Pourtant, malgré son air passablement hostile et son goût pour les cartes des Etats-Unis bien coloriées "avec des couleurs chaudes", le professeur d’histoire et ses amis chercheurs restent des scientifiques, car ha ! Le vil préjugé que voilà  : "Nan mais l’histoire, c’est pas une science, y en a moins en S et y a même pas besoin de calculette pour en faire", alors qu’en fait, si, il s’agit d’une science dite "humaine" étudiant des faits historiques et des pièces archéologiques pour tenter de comprendre le vaste bordel qui est derrière nous (je plains les historiens qui se pencheront un jour sur notre siècle et qui ferons des thèses de doctorat comme "L’influence des "blogs Girly" dans la 3e guerre mondiale" et dans lesquels ils expliqueront que les blogs, ancêtres des holologs ont influencé les penseurs de notre époque, et comment le conflit a commencé en 2014 avec l’assassinat de Diglee, sorte d’archiduc François-Ferdinand du XXIe siècle, abattue par un anarchiste à cravate alors qu’elle dégustait des macarons chez Ladurée, mais je m’égare, fermons la parenthèse). Un travail pas toujours simple, puisque pour être bien étudié, un sujet ne doit être ni trop vieux (on manque de pièces, les historiens comblent donc les trous avec leur imagination, l’égyptologie en a fait les frais), ni trop récent (l’historien manque alors tellement de recul que comme pour la photographie Lifestyle, il se retrouvera avec un sujet mal cadré, trop près de lui et complètement flou mais qu’il sera quand même fier de montrer à ses copains).

L’historien a donc une vie difficile, errant entre les préjugés et les livres de Marc Bloch, les deux étant souvent d’un fort beau gabarit, rendant sa survie des plus difficile au quotidien.

Ainsi, dans les autres sciences, personne n’aurait idée de faire une loi pour interdire une affirmation : en mathématiques, vous pouvez expliquer que 2+2=18, votre conclusion sera soigneusement démontée et par un savant exercice, tout le monde pourra constater que vous racontez de la daube. En biologie, vous pouvez expliquer que l’être humain n’a pas besoin d’oxygène si on lui remplit les poumons de patafix, de la même manière, on vous démontrera que vous avez tort, quitte à tester sur vous même vos inepties (vous vous retrouverez alors avec des poumons à peu près aussi naturels que ceux de Pamela Anderson, mais passons). Et en physique, à un moment, on a bien essayé de voir ce que ça donnait d’interdire des trucs, comme par exemple lorsque cette andouille de Galilée débarqua un jour pour expliquer à l’Eglise que "Hé les mecs, en fait c’est pas le soleil qui tourne autour de la Terre, c’est l’inverse" ; comme ça remettait un peu tout en question depuis Aristote et que certains faits étayaient la thèse de ses opposants (il manquait des bouts à la théorie de Galilée pour expliquer certaines choses, comme les marées, et les bougres se sont donc entre autres appuyés là-dessus pour démontrer que Galilée sucrait les fraises), l’Eglise a donc eu une grande idée :

Elle déclara le "Ta gueule Galilée".

Par la suite, on réalisa qu’il ne disait peut-être pas que des conneries, et qu’en fait, c’était plutôt idiot de condamner automatiquement ce qui allait à l’encontre de tout ce qui paraissait établi et arrêté : autant s’arrêter simplement sur les observations et les faits pour mieux comprendre.

Galilée faisant croire qu'il observait les astres, alors qu'à cette hauteur, il matait plutôt la voisine

Sauf en histoire.

Car oui, pour des raisons qui laissent à penser qu’il y a eu de la trépanation de masse à un moment ou à un autre de notre histoire (je demande une loi mémorielle sur le sujet), l’historien se retrouve dans le seul domaine de recherche au monde dans lequel pour infirmer une théorie on ne dit pas "C’est de la daube, voici les preuves et les faits", on dit juste "Nan mais t’as pas le droit de le dire, chut, dis-le encore et tu auras une amende dans ta gueule".

Attention les enfants : ça ne veut pas dire que le révisionnisme, c’est super, bien au contraire, mais essayez de vous mettre 30s dans la peau d’un révisionniste. Attention, ça ne sent pas toujours très bon là-dedans (pensez à bien fumer et saler la peau avant de la suspendre dans votre salon, sinon après ça a la même odeur qu’un DVD de Sex & the City).

Prenons par exemple Bruno Lepon, jeune fripon aux cheveux blonds comme les blés né dans une famille de 14 enfants de l’Ouest de la France ; dès son plus jeune âge, Maman et Papa Lepon lui enseignent les choses de la vie : être courtois, travailleur et aimer les siens, à condition qu’ils soient d’une couleur plutôt rosée, comme la boisson préférée de papa. En grandissant, Papa Lepon apprend justement l’histoire à son fils comme il l’a apprise de son père, qui lui même l’a apprise du sien qui lui l’a apprise d’un castor : la peste noire, la pauvreté, la pollution et les résultats de l’équipe de France, c’est jamais la faute des bons français patriotes, mais celle des juifs, des francs-maçons, des gens de couleur et de la famille Bourdu, les voisins des Lepon depuis des générations qui emmènent leurs chiens faire leurs besoins sur leur trottoir (une haine pluriséculaire oppose les deux familles, façon Montaigu et Capulet, mais en plus bas du front national). Quand Grand-Père Lepon a dénoncé des juifs pendant la guerre, c’était parce que c’était un patriote et que c’était la loi, on ne va quand même pas lui reprocher d’avoir été un bon citoyen, et repasse-moi le rosé s’il te plaît j’ai la gorge qui pique. Et les Allemands les ont simplement emmenés travailler à ces comploteurs étoilés : les camps de la mort, c’est de la connerie, ça n’a jamais existé. C’est un complot des juifs pour se faire plaindre mon Bruno, te laisse pas avoir.

Alors forcément, lorsque l’on parle des crimes nazis à Bruno, celui-ci a tôt fait de s’exclamer : "Ça n’a jamais existé, c’est un complot des juifs relayé par les biens-pensants".

Il pourrait s’exclamer que 2+2=3 que ce serait aussi absurde (mais un peu moins insultant, sauf pour l’Association des Nombres Pairs de France, connue pour interrompre régulièrement les spectacles de Luc Chatel. Comment ça Luc Chatel n’est pas un comique déchu ?). Sauf que là, c’est la réponse qui est absurde.

"Non Bruno. Mais plutôt que de te prouver que tu as tort et que tu à un étron en guise de langue, je vais t’interdire de le dire."

Je vous la refais du point de vue de Bruno :

"Je suis sûr qu’on nous ment sur cette période !
- Bien sûr que non Bruno, il n’y a RIEN à cacher là-dessus. Par contre, il est interdit d’émettre CERTAINES théories, mais ça n’a AUCUN rapport."
   

Si après ça, Bruno n’a pas l’impression que Papa avait raison et que tout est une machination des juifs-francs-maçons-communistes-homosexuels-mangeur-d’enfants qui cherchent à cacher la vérité vraie comme quoi les nazis étaient en fait des gens plutôt sympas (et venant de la face cachée de la lune), je ne sais pas ce que l’on peut faire de plus pour le conforter dans sa théorie du complot.

Evidemment, vous pourrez me dire que même en lui mettant les preuves sous le nez, un vrai négationniste/amateur de complots trouvera toujours de quoi nier "Nan mais le rescapé là, c’est un acteur, ça se voit, il a pas la même tête que sur les photos, il est beaucoup plus vieux !" – "Amen, c’est nul, j’ai préféré Brice de Nice, en plus le mec a eu un oscar, alors qu’Amen, j’attends encore" – "Ça se voit que c’est des montages les photos des survivants des camps : j’ai vu les mêmes dans les pages mode de Elle". Mais là, le problème est tout autre :

C’est juste que Bruno est un gros con.

Or, la plupart des pays occidentaux refusent de faire des lois interdisant les gros cons, sinon il faudrait rejeter à la mer près de 78% de leur population, ainsi que bon nombre de voitures tunings. On parlerait alors du "génocide des gros cons", et il se trouverait forcément quelqu’un pour mettre en place une loi punissant la négation de l’évènement des années après, créant alors l’occasion pour un nouveau groupe de gros cons de se former, sur la théorie du "Je suis sûr que ça n’a jamais existé et que cette histoire c’est juste un truc monté par ces gens pour se faire plaindre et obtenir du pouvoir". Notez alors que le paradoxe n’en serait que plus grand, et accessoirement que les gros cons peuvent donc se générer automatiquement à partir du moment où on leur donne du grain à moudre, mais c’est une autre histoire.

Non, cette image n'a aucun rapport avec le paragraphe précédent, vous l'imaginez bien. Hem.

Voilà pour la magie des révisionnistes. Vous avez saisi la logique (appelons-ça comme ça) ? Alors arrêtons-nous sur la loi sur le génocide arménien, qui reprend non seulement le même principe du "à un instant T, nous considérons tel fait comme vrai et avéré, il est donc désormais indiscutable, historiens, merci de passer votre chemin sinon on vous botte le cul", mais y ajoute toute une tripotée d’arguments parfaitement absurdes. Ainsi, 20 minutes citait sans sourciller un manifestant venu apporter son support à la loi : "L’état turc a le droit de nier en Turquie, pas en France, il faut cette loi". Et plusieurs hommes et femmes politiques de reprendre cet excellent argument : "Il faut en finir avec le négationnisme d’état turc", et autres variantes sur le sujet.

Sauf que, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais le négationnisme de l’état turc se passe surtout en Turquie, justement. Et par une incroyable coïncidence, la loi française ne s’applique que dans les limites de… hmmm… grosso modo, je dirais la France. Du coup, l’état turc continuera toujours de nier autant qu’il le voudra, et la loi aura très exactement un effet nul (y compris électoralement) dans ses objectifs, à part pour les historiens. C’est ce qui distingue vaguement la loi Gayssot (interdiction de nier le génocide juif) de l’interdiction de nier le génocide arménien : en France, à un moment, il y avait vraiment un petit paquet de loulous niant la Shoah ou la minimisant (nous pourrions citer un célèbre président de parti, mais je me contenterai de rappeler le cas de  M. Lepon, évoqué ci-dessus), d’où le fait qu’on se pose la question (même si la réponse fut absurde). Alors que le génocide arménien, on n’a pas entendu beaucoup de voix le contester.

Du coup, l’intérêt de nombre de candidats à la présidentielle laisse encore un peu plus perplexe, et donne simplement envie de tabasser son prochain à coups de battes de base-ball en hurlant "Mais vous n’avez que ça à foutre bande de galopins ?", ou quelque chose du genre (moult variantes sont possibles).

Mystère supplémentaire : quantités de journalistes probablement épuisés par des reportages sur le chien de Jean Dujardin ont oublié de noter dans le débat que tiens, en fait, des cas de censure plus ou moins prononcés sur son histoire, la France en avait connu il y a plus de 40 ans, et à chaque fois, les interdictions s’étaient révélées non seulement stupides, mais particulièrement contre-productives dans le cadre de la recherche historique. Une information probablement jugée comme moins pertinente dans le débat que "On a fait un micro-trottoir, et en fait, les gens s’en tapent".

Ainsi, bande de petits filous, vous êtes sûrement trop jeunes pour connaître cela, mais jusqu’en 1973, bien avant l’invention de Facebook, en France, si jamais vous entriez dans une salle d’archives en disant "Bonjour Madame la dealeuse de cartons à documents, j’aimerais écrire un mémoire sur la France de Vichy pour parler de comment papy Pétain, il a quand même un peu fourgué des juifs, alors si vous pouviez me sortir les télégrammes intitulés "Bisous à Himmler", ce serait sympa.", toute la salle faisait "Hooooo !" parce qu’on ne disait pas trop de mal du Maréchal : il avait officiellement courageusement joué un double-jeu, oui Monsieur ! Il avait protégé la France ! Espèce de petit jean-foutre sortez d’ici, c’est une salle de gens sérieux ici, pas de petits négationnistes de merde !

Jusqu’à ce qu’en 1973, un américain prénommé Robert Paxton, qui lui, n’avait pas à s’inquiéter d’une éventuelle censure sur le sujet, sorte un bouquin dans lequel il expliquait qu’en fait, non, le Maréchal ne s’était pas contenté d’inventer la fête des mères, et qu’il n’hésitait pas à faire fonctionner les chemins de fer en offrant des voyages. Le reste du monde pouvait donc en savoir plus par ses recherches sur l’histoire de France que la France elle-même, ce qui était quand même déjà la preuve que le concept de censure historique était fin idiot, au point qu’il n’aurait pas choqué dans le script de La Planète des Singes (ce qui est dire).

Et depuis, ho, bin dis, en fait on a découvert qu’il y aurait eu de la collaboration chez nous ! Bon, on a peut-être poussé le concept un peu loin dans le pathos par la suite, puisque maintenant, tout téléfilm sur l’occupation qui se respecte montre tous les français prêts à rejoindre la milice à part Marguerite, la résistante féministe farouche et son amie la petite vieille, pour que les ménagères et mamies qui sont les dernières à regarder ce genre de fiction puissent s’identifier dans ces personnages d’héroïnes isolées face à l’adversité. Et vas-y que j’explique la vie à tous les mâles sexistes du voisinage, que je sauve les gentils et que je fais les gros yeux aux méchants, que je prends le maquis sans jamais perdre mon brushing ni mon rouge à lèvres… bref, passons.

De la même manière, puisque nous parlons cinéma, en 1957, un petit réalisateur prénommé Stanley Kubrick réalise un film prénommé "Les sentiers de la gloire", avec Kirk Douglas, dans lequel durant la première guerre mondiale, suite à une grosse débandade lors d’un assaut français, on désigne des hommes à fusiller "pour l’exemple" ; hop, film interdit en France durant près de 20 ans, pif pouf, parce que vous comprenez, on ne va pas diffuser des documents allant à l’encontre de la vision de l’histoire donnée par l’état. Au nom de "l’histoire" puisque ha, non, non non, on a fusillé que des gens qui le méritaient, oui ma bonne dame. Alors interdiction d’évoquer ne serait-ce que le contraire (alors que je rappelle que dans le cas de Galilée, si l’Eglise avait condamné sa théorie, elle l’autorisait encore à en parler, mais uniquement sous forme d’hypothèse, comme quoi l’Eglise du début du XVIIe siècle était plus ouverte que certains, mais je dis ça, je ne dis rien), et gare à qui oserait. D’ailleurs, ça a tant et si bien été répété que jusqu’en 1998, lorsque Lionel Jospin évoqua en public le cas de ce genre de fusillés, il y eut une levée de boucliers (et même un saccage de monument) pour dire que hé, ho, ça suffit les conneries, on a dit chut (on trouvait d’ailleurs parmi les effarouchés un certain Nicolas S, qui prit la position exactement opposée 10 ans plus tard lorsque ce fut plus "mieux vu", comme quoi, heureusement qu’il n’avait pas fait passer une loi). L’avantage que l’on a maintenant, c’est que ce n’est pas avec des films comme 2012 que l’on risque grand chose dans le cinéma engagé.

Mais curieusement, tout le monde a donc l’air d’avoir oublié que tiens, en fait, ces prises de position avaient posé quelques petits problèmes. Y compris les opposants à la loi sur le génocide arménien, mais c’est normal : la plupart s’y opposent sans trop s’y opposer, sinon il faudrait pousser la logique jusqu’au bout et supprimer la loi Gayssot, ce qui serait très mal vu en période électorale.

Autre parallèle ayant semble t-il échappé  au débat : le procès chez nos sympathique voisins espagnols intenté à un juge du petit nom de Baltasar Garzón le mois dernier (oui c’est loin, ça a sûrement déjà été oublié), pour avoir voulu enquêter sur les victimes du franquisme, alors qu’il y avait eu une grosse loi pour dire "Chut, on en parle plus et c’est indiscutable" votée en 1977 pour calmer les esprits. Du coup, en voulant enquêter sur divers massacres, le bougre a eu le droit aux gros yeux de la justice, car vous comprenez, qu’est-ce que c’est que ces chercheurs et enquêteurs qui se permettent de chercher et enquêter sur ce qui a été déclaré comme étant la vérité officielle ? Merde alors. Qu’il fasse un mémoire sur le chorizo ou la sangria, pas sur la guerre civile, enfin ! Si on commence à s’intéresser aux sujets qui fâchent, on risque de devoir se comporter intelligemment, et ça, jamais !

Un sujet de recherche acceptable, amis historiens, merci de vous y tenir.

Par ailleurs, et puisque la fin approche, rappelons l’excellent argumentaire d’un député de bon matin sur France Info qui répondait à ceux qui disaient qu’à ce rythme, il faudrait une loi par génocide : "Nous avons vu cela en commission : il n’y a eu que quatre génocides dans l’histoire : la Shoah, l’Arménie, le Rwanda et la Bosnie, donc il n’y aurait que quatre lois au maximum".

Rappelons-donc le principe : il n’y a eu que 4 génocides qualifiés comme tels par une administration dans l’histoire. Ainsi, et afin de mieux comprendre comment fonctionnent les lois mémorielles si on s’en tient à la logique de leurs défenseurs :

  • Vous n’avez pas le droit de dire que les juifs n’ont pas été exterminés.
  • Vous avez par contre le droit de dire que les nazis n’ont jamais fait de mal aux homosexuels, comme l’a fait le toujours farceur Christian Vanneste qui est un sacré boute-en-train, comme on le dit dans le langage imagé et ferroviaire sur la question (l’abréviation de boute-en-train étant "Boutin" dans les cercles les plus fermés), c’est tout à fait normal, merci
  • Vous n’aurez sûrement pas le droit de dire que les Arméniens n’ont pas été exterminés.
  • Vous avez par contre le droit de dire que Staline n’a jamais eu le moindre goulag et qu’il adorait la glace à la pistache
  • Vous pourriez ne pas avoir le droit de dire qu’il y a eu un génocide au Rwanda
  • Vous avez par contre tout à fait le droit de dire que les Amérindiens ont vu leur population baisser uniquement parce qu’il faisait très froid sous leur pagne
  • Vous pourrez bientôt, qui sait, ne plus pouvoir dire qu’il ne s’est rien passé en Bosnie
  • Vous pouvez continuer de dire que hahaha, non, les Japonais n’ont jamais tenté d’exterminer qui que ce soit, ils réunissaient juste les Chinois dans des camps pour des gros karaokés. Et la peste noire qui s’est déclenchée après leur départ n’avait rien à voir avec des expériences pour créer une nouvelle race de pokémons

Ainsi, en prenant en compte la définition de génocide, vous pouvez vous aussi apprendre la différence entre un génocide et un massacre, seul le premier pouvant subir, à en croire les membres de la commission sur le sujet, les foudres des lois mémorielles. Petit exercice pratique donc :

Anakin est un seigneur Sith. Il s’en va donc exterminer 10 jedis, ses ennemis jurés, éradiquant presque entièrement cette ethnie peu fournie. Anakin a visé prioritairement des membres de la religion jedi, il est donc selon l’ONU coupable de génocide. Par ailleurs, Michel Sardoubi, maître jedi rescapé vivant en France peut donc légitimement demander une loi punissant d’éventuels supporters des siths niant ses actes sur le territoire français.

Maintenant, reprenons.

Anakin est un seigneur Sith. Il sort dans la rue et tue 52 personnes avec son sabre laser, dont 11 jedis, même s’il ne les visait pas spécialement. Il s’agit donc d’un massacre d’après l’ONU, puisqu’Anakin n’a pas visé un groupe ethnique particulier. Michel Sardoubi est donc bien ennuyé car les siths peuvent donc expliquer que tout cela n’est jamais arrivé sans que l’on puisse les condamner, zut : il va falloir argumenter, ce qui embête bien Michel Sardoubi.

Vous avez compris ? A en croire cette loi, l’apprenti-Attila saura que tout comme les 5 fruits & légumes, les lois mémorielles favorisent ceux qui savent varier leurs victimes. Sinon, c’est pas bien.

En attendant donc que le débat finisse par s’achever probablement dans un feu d’artifice de bêtise crasse touchant plus au pathos qu’au raisonnement, et d’une mauvaise foi plus poussée que sur ce blog (non ?), je vous laisse donc en suspens sur la suite de ces absurdités visiblement largement acceptées dans le débat avec les questions suivante :

"Je suis protestant, puis-je demander une loi interdisant la négation de la Saint-Barthélémy ?"

"Je suis historien, si je voulais ne pas être emmerdé et être libre dans mes recherches, aurais-je dû faire des mathématiques ?"

Et enfin, dernière question :

"Sachant que par le passé, on a constaté que ce type de concept était débile, peut-on confier l’Histoire à des gens n’ayant pas de mémoire ?"

Vous avez 4 heures.

La communication est un domaine qui m’échappe.

Non pas parce que mes tympans prennent feu à chaque fois que quelqu’un abuse des mots en -ing et autres anglicismes, choses répandues en ce domaine (avec le tutoiement à outrance, car le communicant sitôt qu’il vous a serré la main se prend aussitôt pour votre meilleur pote, y compris quand il s’agit de demander un service, prouvant ainsi que communication et empathie font deux), mais plutôt parce que les mystères produits par les sombres séides qui y travaillent me laissent pantois. La chose serait anodine, bien sûr, s’il n’y avait en ce moment une foire à l’absurde en direct dans tous les médias : les frémissements du début de la campagne présidentielle.

Alors évidemment, on pourra me rétorquer que nous n’en sommes plus ni aux frémissements, ni même au début, mais bon, hein, je vous rappelle que l’UMP n’a toujours pas de candidat et que nous n’avons aucune idée de qui ils vont présenter (même si personnellement j’hésite encore entre Dominique Le Sourd et Jean-Claude Mignon), aussi il parait difficile de dire que la campagne bat son plein. Et de toute manière, là n’est pas le sujet.

Non en fait, le vrai mystère, c’est comment la communication, qui repousse déjà régulièrement les frontières de l’absurde (les publicitaires particulièrement ont un certain don : feuilletez n’importe quel magazine et ensuite demandez-vous comment quelqu’un a pu déclarer "Et là, on mettrait une photo de nana morte de rire parce qu’elle mange une pomme pour dire que c’est sain et que les fruits sont connus pour raconter de formidables blagues" ou quel esprit malade a pu créer les publicités Orangina, truc tellement vide de sens qu’à chaque diffusion de spot, un philosophe meurt quelque part dans le monde. Mais curieusement, ça épargne toujours BHL, je ne comprends pas pourq… ah, si, en fait, je vois), peut parvenir à un tel niveau de n’importe quoi sitôt qu’elle s’engage dans le domaine mystérieux qu’est la politique.

Une image parmi des centaines : on constate clairement que la pomme raconte quand même super bien celle des deux Belges qui entrent dans un bistrot

Mettons-nous d’accord tout de suite : la politique n’est pas le sujet le plus facile à aborder ; chacun sait par exemple qu’en soirée, nombreux sont celles et ceux à dire "Non, on ne parle pas de politique" parce que a), ils trouvent ça chiant, b), ils ont peur de dire une connerie, c), il y a Maurice qui est présent et est toujours partant pour discuter du sujet, mais à condition que tout le monde soit d’accord avec lui parce que son camp a toujours raison et tous les autres sont des cons.

Mais franchement, ce n’est pas une raison pour nous pondre ça ou ça

Certes, je cite deux exemples du Parti Socialiste, mais c’est surtout parce que je viens de tomber sur la nouvelle chanson de campagne, aussi ai-je décidé de la citer en exemple ; croyez bien que si notre président se représentait, sur le thème dont il est friand de la vaillance de l’homme d’état luttant dans les instants difficiles, je serais le premier à lui proposer le thème de Kirikou comme hymne électoral. Or, il n’en est rien, et je n’ai encore rien aperçu des autres candidats, pas même de Marine, dont j’espérais au moins un hymne de campagne ("Marine, nous voilà !") ou un geste de ralliement ("Tend ton bras vers l’avenir !"). Bref, que disais-je ? Ah, oui.

Oui, donc : QUI peut penser, sérieusement, que l’un de ces trucs sert à quelque chose ? Combien de vis à bois faut-il s’enfoncer dans les narines pour commencer à penser, l’espace d’un instant, que ces créations ont d’autres intérêts qu’à décrédibiliser son propre camp ? Je veux dire : une campagne présidentielle, l’objectif, c’est de faire gagner son candidat, non ? Persuader qu’il est meilleur que les autres, que son programme est plus chatoyant, que la France sera heureuse avec lui et son gouvernement…

Alors quel rapport avec des clips et des chansons ? Non parce que depuis la sortie du premier, on peut lire et entendre un peu partout : "Hou, c’est ridicule" ; certes, j’entends bien, bouger les mains façon "Je scratche un baba-au-rhum, je suis DJ-pâtisser" n’est guère valorisant, mais attendez, la vraie question c’est : "Quelle est l’utilité de cette daube ?" ; imaginons que le signe de ralliement eut été formidable (ce qui, si j’en crois ce que je lis, qui ne s’arrête que sur la qualité de la chose, aurait suffi à faire taire les critiques) ; qu’on eut vu dans ces membres en mouvement une sorte de grâce majestueuse à en faire pleurer les danseuses du Bolchoï, et que chacun se soit levé pour applaudir pareille chorégraphie, mais dites-moi, en QUOI cela aurait eu un QUELCONQUE rapport avec le candidat/le programme/la campagne ?

Ah, bah aucun en fait.

Bon, alors on pourra aussi me répondre que la chose est le fruit des Jeunes Socialistes, qui ont quand même pour président un type qui n’est pas choqué que, d’après ses calculs, la journée scolaire moyenne d’un petit français dure 52 000 heures (ça laisse peu de marge pour les devoirs à la maison après le goûter) et qui peut annoncer sans souci sur Facebook que non, il ne s’est pas présenté à une vraie élection pour être président du mouvement, qu’en fait, c’est la précédente occupante qui lui a proposé le poste (zut, moi qui croyais qu’il y avait une vague histoire de démocratie, tout ça), on comprend quelques trucs, mais quand même : comment les communicants qui encadrent la campagne ont pu laisser passer un truc aussi idiot que ce clip ?

Encore, ils auraient fait leur geste de ralliement un peu plus haut, ça aurait pu éventuellement protéger d’éventuels jets de farine, mais même pas. Heureusement que pour préserver l’équilibre cosmique, en face, chez les Jeunes Populaires, la présidence est à Benjamin Lancar, l’homme du lip-dub (oui, aujourd’hui, beaucoup de liens, mais il faut être documenté pour bien travailler) ce qui donne, en cas de débat présidence jeunes socialistes – présidence jeunes populaires, une sorte de conversation absurde digne de La Ferme Célébrités.

Mais bref ; la vraie question est donc "Comment ces gens peuvent-ils penser que l’on raisonne pour avoir des procédés pareils ?"

Pour que personne n'oublie jamais les exploits de certains dans le domaine

Je veux dire, oui, effectivement, dans l’antiquité, 50 clampins qui gueulaient sur le forum, ça devait avoir un intérêt (tout le monde se souvient du fameux hymne de campagne de Jules César pour les élections consulaire de -49 intitulé "Pompée, Pompée, enculé", désormais célèbre dans tous les stades du monde), mais maintenant, honnêtement ? Quel est l’objectif ? Gagner des voix à l’aide de chant et de chorégraphie ? Encore, Shakira se présenterait, je pourrais comprendre parce que bon, un déhanché pareil, ça doit avoir sa petite influence au G20, mais quand même, là, voir des péquins bouger les bras et/ou donner de la voix ? Mais enfin, dans quelle dimension vivent les gens à l’origine de ce genre de trucs ?

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Nous interrompons ce blog pour vous proposer un flash d’une autre dimension.

Au même moment, dans la dimension X.

Le footman #124-B51 s’avança dans la petite salle du Technodrome, observant prudemment les blanches parois alentour sur lesquelles couraient divers câbles plus ou moins entretenus ; après s’être ainsi étonné de ne voir personne dans l’endroit, il s’avança doucement vers la petite table au centre de la salle où trônait une urne à demi-remplie, aux côtés de laquelle reposaient diverses renveloppes et bulletins. Alors qu’il n’était plus qu’à quelques centimètres de l’endroit et que les papiers étaient presque à portée de sa main, une trappe claqua au plafond et un petit écran au bout d’un bras mécanique en sortit ; une voix robotique se fit entendre.

"Bonjour citoyen #124-B51 – vous êtes un citoyen de classe footman – Votre nom civil est Alexander Francis Joshua Roudoudou – Validez-vous cette information ?
- Heu… oui ? – lança timidement le citoyen #124-B51
- Enregistrement validé – Nous vous rappelons que cette élection déterminera qui dirigera la forteresse roulante multi-dimensionnelle de classe Technodrome pour les 8 prochaines années – Validez-vous cette information ?
- Oui je… j’ai compris.
- Enregistrement validé – Vous avez le choix entre deux candidats : Shredder, un ninja qui combat avec une râpe à fromage,  ou Krang, un cerveau parlant qui se déplace à bord d’un robot anthropomorphe en slip – Souhaitez-vous plus d’informations sur les prétendants ?
- Oui, j’aimerais savoir lequel des deux propose de fermer la faille dimensionnelle au travers de laquelle des communicants de chez nous fuient pour se réfugier sur Terre ? Je suis sûr que ça va finir par nous attirer des…
- REQUÊTE ILLOGIQUE – Pour choisir, nous allons diffuser sur cet écran deux clips musicaux – Vous voterez logiquement pour celui qui a le meilleur.
- Moi j’aime bien Shredder quand même. On peut commencer par son clip ?
- Requête validée – CLIP UN : UN FAN DE SHREDDER FAIT DU BREAK DANCE"

Sur l’écran au bout du bras mécanique apparut un type aux cheveux longs s’évertuant à s’agiter en tous sens au son d’une beat box, alors qu’un choeur chantait "Shredder, Shredder, avec lui, ça va le faire". L’écran s’éteignit finalement et la voix robotique reprit.

"CLIP DEUX : LES JEUNES POUR KRANG FONT DU SMURF"

Une fois encore, la lucarne électronique s’illumina et apparurent quelques jeunes gens s’évertuant à tourner en tous sens alors qu’entre diverses trompettes on pouvait clairement entendre "Si tu veux pas que ça tangue, choisis Krang !"

Le footman #124-B51 resta un instant les yeux pleins de larmes, son regard changé sur Krang et son programme : oui, ce clip musical l’avait convaincu de voter pour lui de par la force de ses arguments. Et puis ce refrain… "Ho non, ça tangue ! Viteuh viteuh viteuh : Krang !" ; il fit un dernier pas vers la table, plia le papier au nom du cerveau amateur de robots géants et le glissa dans l’urne avant de retourner avec impatience travailler dans son secteur de l’immense forteresse mobile errante ; à la seconde où le sas de la salle se ferma derrière lui, il put entendre "CITOYEN SUIVANT !"

Après ce flash, le blog va reprendre, merci de votre attention.

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Non vraiment, en quoi, à part à dépenser du pognon, ce genre de truc peut bien servir ? Qui pourrait changer d’avis en voyant cela ?

Et comme je l’évoquais plus haut, voilà qui me rend donc d’autant plus perplexe sur la réaction habituelle : "Ho, la chanson/chorégraphie, elle est ridicule" ; non mais en fait ce n’est pas ça le problème, hein, c’est le principe même qui l’est. Et le fait que du coup, à chaque élection, de gens se sentent obligés de pondre ce genre de productions comme un quelconque besoin gastrique soulagé à même nos yeux et nos oreilles.

Evidemment, tout aurait pu s’arrêter là, répétant encore et encore le même modèle incohérent jusqu’à ce que l’humanité connaisse son crépuscule dans le feu nucléaire, si en plus, quelqu’un n’avait pas eu la mauvaise idée d’expliquer à tout ce petit monde qu’il existait un nouvel endroit à souiller à grands coups d’étrons communicatifs : le Internet. Et depuis qu’en plus, on y trouve des réseaux sociaux, le Internet est devenu une sorte de cible formidable que tout le monde vise, mais personne ne sait vraiment trop comment ou pourquoi.

L'homme qui a le mieux compris internet au gouvernement : "C'est une sorte de truc où l'on va discretos au boulot pour poster des conneries sur Twitter"

Par exemple, en ce moment, sur Facebook, c’est un peu le bordel : impossible de vous connecter sans vous retrouver avec des gens relayant des tonnes de trucs sur "Pourquoi mon candidat c’est le plus gentil du monde" ou "Pourquoi les autres sont bêtes et méchants et sentent le prout" , et de préférence, le second (si vous avez un doute sur le sujet, je vous propose deux captures d’écran, l’une des jeunes populaires, l’autre des jeunes socialistes : c’est tellement caricatural que si vous regardez bien, pour savoir qui propose quoi, il faut consulter le site du camp d’en face ; les autres formations politiques me pardonneront de ne me concentrer que sur les deux principales, mais sinon, je risque de ne pas être couché de suite). Du coup, encore une fois, la question se pose :

Qui peut réellement penser que c’est en spammant tout le monde à répétition (oui, spammer à répétition, c’est un pléonasme, je sais mais il fallait appuyer la chose) que d’un coup les gens vont se dire "Ho, merci, à force de me spammer, j’ai envie d’être d’accord avec toi, tu m’as convaincu, et ce n’était pas du tout super lourd au point de me donner envie de tuer toute ta famille" ? Des gens qui au 114e "Enlarge your penis" quotidien, dévalisent toutes les pharmacies du net, désormais convaincus qu’en quelques pilules ils se retrouveront métamorphosés en crypto-éléphants (mais d’Asie, l’éléphant) ? Alors évidemment, on pourrait me dire que "Non non, hein, ça n’a rien à voir avec de la communication, ce sont les militants qui font ça de leur propre initiative !", mais attendez, ne parle t-on pas des mêmes militants à qui l’on file des "outils de partage" pour faire tourner tout et n’importe sur Facebook ? Qui ont des formations, je cite le programme d’une université d’été de 2011 "Comment devenir influent sur les réseaux sociaux ?" par des gens qui expliquent qu’il y a une formule magique pour ce faire, qu’ils la maîtrisent parfaitement, et qui sont payés pour la présenter, mais qui s’avèrent finalement aussi influents qu’une huître, et en plus, ont des profils Facebook intégralement consultables par le public avec photographies personnelles & co  (véridique) ? Qui ouvrent des sites "réseaux sociaux" qui se disent "copiés sur le modèle de Barack Obama" (la formule magique pour ne pas avoir à argumenter quoi que ce soit "Naaaan mais c’est un truc américain, mais américain cool"), en oubliant que leur propre camp avait ouvert exactement la même chose, pile deux ans auparavant, et qui oublient donc aussi de l’utiliser, payant donc deux fois la même chose ? Quel est le but ? Faire une campagne axée autour du thème "Regardez comme notre camp est relou, haïssez-le" ? ; "Tenez, si vous pensiez qu’on pouvait gérer un pays, sachez qu’on arrive même pas à gérer un mur Facebook" ?

Aussi, dans la même veine subtile et délicate que ces braves communiquant qui encouragent ces pratiques qui, non seulement n’ont aucun sens, mais en plus sont diablement contre-productives, je vous propose brièvement quelques solutions à des situations fréquemment rencontrées grâce à un habile recyclage de courrier de lecteurs évidemment parfaitement originaux. Jetons donc un oeil.

Cher Odieux,

Une amie à moi n’arrête pas de poster sur Facebook et Twitter des photos de son candidat préféré, mais je n’ai pas envie de bloquer son mur car des fois, elle poste quand même des photos d’elle en bikini, comment faire pour lui demander de cesser sans la froisser ?

Aurélien, 19 ans, Metz

Cher Aurélien,

Il convient d’expliquer à cette damoiselle que non, la politique, ce n’est pas Meetic et que du coup, ça n’a pas grand intérêt son affaire. Puisque c’est sympa un candidat bien fait de sa personne, mais en fait, ça n’a tout simplement aucun rapport avec la choucroute. Par exemple, Lucy Pinder rend mieux sur les photos que Robert Badinter, mais bon, un seul des deux pourrait éventuellement se pencher sur la mallette nucléaire sans que ça ne déclenche un tir vers Moscou d’entrée de jeu.

Et puis de toute manière, en cette saison, elle ne risque pas de poster des photos d’elle en bikini : bloquez-là aujourd’hui, débloquez-là en mai. Et éventuellement, déboîtez-là en juin.

Monsieur Connard, 

Je suis bien embêtée car un ami m’a demandé de participer à l’une des nombreuses campagnes sur les réseaux sociaux des candidats qui veulent le plus de "J’aime" possible. Je n’ai pas bien compris l’intérêt, mais bon, vous savez ce que c’est hein, je n’ai pas de chromosome Y, tout ça, alors je suis sûrement passée à côté d’un truc.

Raphaëlle, 31 ans, Toulouse

Chère Raphaëlle,

Vous abonneriez-vous à une newsletter dont vous ne voulez pas ? C’est le même principe : écrivez donc à Mark Zuckerberg de votre plus belle plume en lui demandant de bien vouloir rajouter l’option, juste à côté du "J’aime" Facebook "Je n’en ai strictement rien à foutre", avec un gros doigt comme illustration.

Vous découvrirez ainsi que non seulement cela vous permettra de répondre aux demandes insistantes de vos amis, mais qu’en plus, vous aurez enfin une option pertinente pour répondre à leurs statuts "Attends le train", "En cours de maths" ou "Ah, une bonne douche !"

Mark, si tu me lis, voici le bouton dont je rêve

Cher Monsieur,

Est-ce vrai que toutes les civilisations ne se valent pas ?

Bien à vous,

Jean-Marie, 88 ans, Paris

Cher Jean-Marie,

En effet : tous les Civilizations ne se valent pas. Surtout le 4 qui rame pas mal en fin de partie.

Cher Connard,

Vous prétendez suivre, mais j’ai bien vu que vous ne suiviez personne sur Twitter ; or, la campagne se passe aussi là-bas ! C’est ça, le Internet ! 

Nadine, 5212 ans, Toul

P.S : Vous ai-je déjà dit que le Président était génial ?

Chère Nadine,

A partir du moment où l’on estime que l’on peut discuter sérieusement de politique sur un site qui limite l’argumentation à 140 caractères, il faut commencer à se poser de sérieuses questions sur la richesse de son propre propos.

Par contre, pour raconter que Truc a dit ceci ou cela sans vérifier les sources avant d’ajouter les mots "Honteux", "Caniveau" ou "Boue" dans un coin, c’est super.

Cher Monsieur,

Je pense que vous avez tort. Vous n’avez rien compris à la notion de partage sur internet

Maxime, 29 ans, Limoges

Cher Maxime,

C’est faux. D’ailleurs, j’aurais bien répondu avec quelque chose d’argumenté, mais il est vrai que nous sommes sur internet, où les gens sont forcément des cons à en croire ce qu’on leur propose, et où donc on peut leur balancer n’importe quoi  pour faire du "buzz" ; j’aurais pu passer deux jours à élaborer une réponse, à la mettre sous forme de vidéo avec chiffres et schémas à l’appui pour présenter de manière simple et pédagogique ma réponse à votre problématique, voire quelques idées, mais je me suis dit que j’allais plutôt passer ce temps là et l’argent allant avec dans une chanson de la même durée qui ne vous apprendra rien, n’est même pas bonne à écouter et n’est, finalement, ni une chanson, ni un discours, mais juste du rien.

C’est débile et absurde ? Personne de sensé ne pourrait laisser passer quelque chose d’aussi gros ?

Bravo : vous avez compris le problème.

Parlons de la crise.

Ah, je sais : râlez donc, fieffés filous : "Nan, mais c’est chiant, on en parle partout", "Moi j’y comprends rien en plus à leurs histoires de prêts et de zone euro" ou "Laissez-moi, laissez-moi, pitié, je ne dirai rien si vous me laissez sortir de la cave", mais je n’ai que faire de vos jérémiades (particulièrement concernant la cave, on en a déjà parlé mesdemoiselles).

La crise, depuis près d’un an, on en parle pour nous annoncer le "dernier sommet", les "marchés qui retiennent leur souffle", "la sortie de crise imminente" & co ; curieusement, et paradoxalement, il semblerait que peu de commentateurs se soient penchés sur les textes issus de chacun des sommets, et de l’incroyable capacité de ces grands moments de réunionite à être présentés comme la dernière réunion de la dernière chance de l’Armaggedon, alors que mis bout à bout, ça ressemble tout simplement à du n’importe quoi de compétition. D’où sa place sur ce site, qui aime bien lorsqu’il se passe des choses complètements absurdes mais qui semblent relativement acceptées par le tout venant.

Vous n’avez rien pigé à ces sombres histoires cette année ? Vous avez envie de briller en société ? Vous avez besoin de draguer Ana, la petite étudiante ukrainienne venue faire ses études d’économie en France mais n’avez pas envie de lire de gros livres rébarbatifs, même si ces derniers font d’excellentes armes contondantes ? Alors en route.

Faisons un petit point sur notre belle année 2011 et ses sommets de la dernière chance (Pour ceux que ça intéresse, un point plus sérieux mais moins chafouin a été fait ici par un journaliste qui déjà, s’était demandé s’il n’y avait pas un truc bizarre dans toute cette rhétorique, à raison)

Commençons par revenir au début de l’an de grâce 2011. En ce temps béni, on savait rire ; souvenez-vous : on cherchait encore dans quelle cave se cachait Ben Laden ou cuvait Amy Winehouse, Dominique Strauss-Kahn était parti pour devenir le prochain président de la République, et le monde n’avait pas encore eu les yeux souillés par le visionnage de La Planète des Singes. Bref, tout était plutôt banal, seuls quelques évènements venant troubler ce premier trimestre de la jeune année : le Japon était secoué par un diable de séisme tournant en catastrophe nucléaire, le monde arabe rentrait une ère de révolutions, et la Belgique tentait de les imiter, mais face à l’absence de gouvernement à renverser, rentrait chez elle pour lire Tintin au Congo avant que celui-ci ne soit interdit. Face à de tels évènements, l’ONU se décidait comme toujours à taper du poing sur la table (ou de la chaussure ; aaah, Khrouchtchev, où es-tu ?), en n’hésitant pas à déclarer "l’année internationale de la forêt".

Oui, moi aussi je pense qu’ils fument de la résine ; forêt, tu parles. Petits brigands, allez donc !

Bref. A peu près à cette même époque, en Europe, l’économie va mal : plusieurs pays s’avèrent ne plus trop s’en sortir avec leurs dettes, comme par exemple l’Irlande, le Portugal ou l’Espagne, prouvant ainsi que baser son économie uniquement sur la bière semi-solide, la morue ou le chorizo ne suffit pas à faire un grand état. C’est la crise, quoi.

C’est donc le moment pour l’Union Européenne d’agir : il est grand temps de relancer l’économie pour sortir de là ! Une réunion est ainsi décrétée le 11 mars (je le mets en gras, comme ça vous pourrez faire des fiches. Oui, même vous amies lycéennes : je vous connais, vous allez juste tout recopier en plus petit, mettre du fluo partout et appeler ça "une fiche" ; si j’étais votre prof, vous seriez reliée à une batterie de R19 rien que pour vous apprendre).

Georges Papandréou, premier ministre grec, déclare donc à ce moment là qu’il s’agit de "l’une des dernières chances pour l’Europe", ce qui veut bien dire ce que ça veut dire : en cas d’échec, l’Union risque d’imploser, de se désintégrer, voir de sombrer dans le néant (comprendre : passer sur TF1). La tension est à son comble, le monde libre tremble, le pavillon bleu aux étoiles d’or s’agite dans la tempête… l’avenir semble bien sombre.

Mais c’est un peu comme dans les Power Rangers : quand une crise géante attaque nos pays, ces derniers combinent leurs forces pour former l’Union Européenne, sorte de Mégazord chargé de coller une branlée à la menace rampante.

Mégazord, solution à tous les problèmes économiques de l'Union Européenne

"Aaaaah", fait le peuple, tout rassuré.

Alors, que se passe t-il ce 11 mars ? Mégazord bourre t-il la crise à coups de pognons et de rudes décisions et de coups sous la ceinture ?

Mieux que ça.

Un "pacte de compétitivité" est mis en place dont le but est de "ne plus connaître ce type de crises". C’est plutôt une bonne idée dit comme ça : autant faire quelque chose pour non seulement triompher de la vilaine crise, mais aussi éviter de la voir revenir dans trois mois. Le monde est donc sauvé ? L’Europe aussi ? Oui, oui, tout est dans ce document qui… tiens ? Mais si on jetait justement un coup d’oeil à ce papier, plutôt que de se contenter de se taper les vidéos des conférences de presse de nos chefs d’état (où, de manière fort originale, le président de la France des français parle "d’historique" ; c’est incroyable, je n’arrive pas à me souvenir d’une seule fois où ce type n’a pas déclaré avoir changé l’Histoire. Ça doit pas être facile au quotidien : "Michel, tu viens de me passer le sel : c’est un accord historique", "Je viens de finir ma choucroute, ce fut un repas sans précédent", ou "Le gendarme de Saint-Tropez est définitivement le plus grand film de tous les temps")  ? Regardons plutôt ce qui est décidé par les Etats ce jour là pour sauver vos âmes de pécheurs, et là, morceaux choisis :

Les chefs d’État ou de gouvernement conviennent de la nécessité de réfléchir à l’introduction
d’une taxe sur les transactions financières et de faire avancer les travaux aux niveaux de la
zone euro et de l’UE ainsi que sur le plan international.

C’est bien comme concept : on convient de réfléchir à un truc hypothétique. Ça va sûrement régler bien des problèmes "Les mecs, la situation est grave ; je vous propose donc que l’on réfléchisse à des solutions ! – Mais ouais, mec, grave, excellent plan ! – Parfait ; la réunion est levée" (oui, ça doit rappeler le boulot à certains j’imagine, ce genre de moments de vide complet), couplé à la fin du paragraphe, consistant à "faire avancer les travaux" ; c’est pas mal non plus, ça, comme décision : "Faire quelque chose" ou "Continuer ce qu’on faisait déjà". Se réunir en urgence pour convenir qu’il faudrait agir, effectivement, il y avait de quoi claironner que le monde était sauvé.

Mais bon, hein, je sens que vous allez chipoter et dire que je prends un paragraphe au hasard. Mais j’aurais pu prendre le coeur du truc :

Nos objectifs
Les États membres de la zone euro s’engagent à prendre toutes les mesures nécessaires pour
poursuivre les objectifs suivants:
§ favoriser la compétitivité;
§ favoriser l’emploi;
§ mieux contribuer à la viabilité des finances publiques;
§ renforcer la stabilité financière.

J’ai déjà vu des blogs girly plus précis dans leurs objectifs, mais bon.

En tout cas, voilà, maintenant, à vous de trouver un pays qui n’avait déjà pas ça pour objectif (ça ne veut pas dire qu’il faisait beaucoup de chose pour y arriver, hein, mais en tout cas il disait toujours vouloir l’atteindre). Je pense que ces gens sacrifient une chèvre aux mânes de Monsieur de La Palisse avant chaque sommet. Enfin bon, je suis un peu de mauvaise foi : tout cela était surtout un gros plan pour préparer un autre sommet, où, là, évidemment, des décisions plus concrètes ont dû être prises, celui du 25 mars.

Cette fois, donc, ça ne rigole plus : fini de préparer des choses vagues, on passe à l’action, nom de nom.

Première décision : arrêter les conneries.

Plus particulièrement, les États membres présenteront des plans pluriannuels d’assainissement
prévoyant notamment des objectifs spécifiques en matière de déficit, de recettes et de
dépenses, la stratégie prévue pour atteindre ces objectifs et un calendrier pour sa mise
en œuvre. Les politiques budgétaires pour 2012 devraient viser à rétablir la confiance
en ramenant l’évolution de la dette à des niveaux supportables et à faire en sorte que les
déficits repassent sous la barre des 3 % du PIB, dans les délais fixés par le Conseil

Dit comme ça, ça fait super sérieux : des dates, des chiffres, des mots tellement compliqués qu’il faut au moins son brevet pour les lire ; on sent que les experts sont au travail. Désormais, il y a une limite pour les déficits, fini, on a plus le droit de s’endetter comme une vulgaire famille devant un écran plat avec une étiquette "Payez en 252 fois à seulement 25% d’intérêts !", ah mais.

"Tu veux cette cafetière gadget ? Je ne demande en échange que ton âme immortelle ! "

Sauf que c’est bête : la règle existait déjà (mais on y reviendra), et tout le monde s’en tapait cordialement ; c’est à peu près aussi con que de dire "Vous savez la règle qu’on avait écrite et dont on avait rien à foutre ? Et bien on la rappelle, hop." . C’est bien les gars, on avance. Mais, justement : tant qu’à faire n’importe quoi, autant continuer.

Ces efforts d’assainissement budgétaire doivent être complétés par des réformes structurelles
favorisant la croissance. À cette fin, les États membres soulignent leur volonté de faire aboutir
la stratégie Europe 2020.

Ça vous parle ? Souligner sa volonté ?

En même temps, c’est vrai que ça ne coûte rien de le dire : et en période de manque de pognon, ce qui est gratuit est bon. Cela dit, une stratégie aussi ambitieuse pour sortir de la crise fait rêver : ça revient à dire

"Chef, chef, on vient de nous déclarer la guerre ! Le pays est en danger !
- Pas d’inquiétude, j’ai un plan.
- Dites nous tout !
- On veut gagner.
- Oui et ?
- Bin c’est tout.
- Ok, je prépare le drapeau blanc."

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Ça vous parait ridicule ? Moi aussi. Mais visiblement, c’est crédible pour beaucoup de gens.  Je commence à me demander si certains dialoguistes d’Hollywood ne sont pas aussi chefs d’état en Europe à mi-temps pour pondre des trucs aussi consternants.

Enfin bon, ça aurait pu être pire, ils auraient pu préciser leur "volonté" avec d’autres lapalissades pour baratiner un peu à peu de frais et ainsi montrer qu’ils racontaient ouvertement des conner… Tiens ? Mais je n’avais pas vu ! Ce paragraphe avait justement une suite ; je vous la livre (et n’invente rien, malheureusement) :

Ils mettront notamment en œuvre des mesures visant à:
- rendre le travail plus attractif

Oui parce que c’est marrant, les gens ne vont pas toujours travailler de bon coeur, c’est incroyable quand même. Pire encore : parfois, il faut les payer pour le faire ; un vrai scandale. En tout cas, c’est assez moderne comme idée ; je crois qu’on la trouvait déjà un peu avant la période du troc, en Mésopotamie. Alors soit c’est juste de la daube, soit Gilgamesh participe aux sommets européens, je ne suis pas encore bien sûr.

- aider les chômeurs à retrouver un emploi

Excellent décision : d’habitude, les Etats adorent avoir une petite colonie de chômeurs sur leur territoire, parce que c’est mignon et que le dimanche les promeneurs adorent leur lancer des morceaux de pain dans les parcs pour les voir se battre avec les canards.

-  lutter contre la pauvreté et promouvoir l’inclusion sociale

Bon, en France la phrase était un peu trop longue par contre, Claude Guéant a dû s’endormir à la moitié, et à son réveil, s’est rappelé qu’il avait lu un truc comme quoi il fallait "lutter contre les pauvres". Bref.

Avec tout ça, le 25 mars, l’Europe était donc sauvée. La crise reculait, on se faisait des bisous à Bruxelles, et chacun retournait vers son pays d’origine pour conter à son peuple comment l’hydre économique avait été vaincue lors d’un combat digne des contes nordiques les plus épiques (je pense par exemple à la "Chanson des Nibelungen", au " Helgakviða Hundingsbana" ou à "Olaf est grognon")

Enfin j’exagère : il y a quand même eu une décision à ce sommet ; quelqu’un a eu la bonne idée de réformer le FESF, ce qui, grosso modo, revient à proposer aux états européens endettés d’emprunter encore plus de pognon. Attention, petite leçon d’économie :

J’emprunte 1€ à Cofidos, le banquier maléfique. Il me met des d’intérêts : je devrai rembourser 1,03€.

Je n’ai plus de pognon pour rembourser Cofidos. C’est la crise ! Vite, j’emprunte 1,03€ à Médiatos, le banquier des enfers ! Et hop, comme ça je rembourse Cofidos, bien joué ! Maintenant, je ne dois plus, avec les intérêts, que 1,06€ à Médiatos qui…

Ah, merde.

Curieusement, et malgré ces plans géniaux, trois mois plus tard, donc, le 25 juin, les Européens ont un nouveau problème : la crise est revenue, elle déambule à moitié ivre dans les rues du continent en hurlant "V’nez vous bat’, les Power Rangers ! J’vous atteeeeends" (certaines mauvaises langues disent qu’elle n’est jamais partie, mais hein, bon, qui oserait douter ?) ; on parle alors de "semaine de tous les dangers" dans les médias (là encore, je n’invente pas), tant le combat sera rude.

Avec un tel thème, le sommet européen a aussitôt inspiré certains scénaristes

Bon sang, moi qui croyais que tout danger était écarté, puisque pile trois mois plus tôt, on avait pris des décisions pour éviter que ça ne se reproduise ? Quelqu’un aurait raconté des carabistouilles ? Roooh, je n’ose y croire. Heureusement, encore une fois, et sans explications, tous les commentateurs se tournent vers ce sommet en attendant de voir ce qui va en sortir, alors que même Sloupy le petit poisson pouvait le deviner au vu du précédent : du rien.

Enfin non, j’exagère, si on lit le document, on peut quand même lire

11. Les chefs d’État ou de gouvernement des États membres de la zone euro réaffirment leur
détermination à faire tout ce qui sera nécessaire pour garantir la stabilité financière de la zone
euro dans son ensemble.

12. La reprise dans la zone euro est en bonne voie et s’achemine durablement vers une croissance
solide. L’euro repose sur des bases saines et nous sommes grandement satisfaits des résultats
obtenus en matière de stabilité des prix depuis l’introduction de l’euro.

Donc si on en croit ce texte, en fait, ça va trop, trop bien en Europe : c’est tellement la semaine de tous les dangers que tout le monde a des trucs plus importants à faire que de chercher des solutions. Je pense qu’on aurait eu une croissance de 60% par an et un taux de chômage en baisse d’1 million de personnes par jour, on aurait pas écrit mieux.

Accessoirement, on félicite des gens, comme à tout hasard, la Grèce, qui a vraiment bien travaillé.

En ce qui concerne la Grèce, le Conseil européen reconnaît les progrès considérables
accomplis au cours de l’année écoulée, notamment en matière d’assainissement
des finances publiques

Du coup, après s’être bien félicités, on discute bien plus longuement de sujets autrement plus importants, comme par exemple, la surveillance des frontières, parce qu’il y en a marre de tous ces étrangers qui viennent chez nous : ils seraient bien capables de produire de la richesse, ces gros chafouins, et ça, ce serait très mal.

Au passage : on revient quand même brièvement sur la Grèce, pour lui prêter encore un peu plus de pognon pour rembourser les prêts qu’elle n’arrivait pas à rembourser. Étonnamment, en proposant plus de dettes à un pays endetté, il le reste. Incroyab’. L’économie, c’est vraiment trop compliqué.

Tout le monde se fait donc un bisou et se sépare, retournant chez soi en expliquant que "la semaine de tous les dangers" était passée et que la Grèce pétait la forme (et qu’un film était en préparation avec Ben Affleck, ce qui restait la principale information de ce sommet).

Ce pourquoi, le 21 juillet, soit moins d’un mois plus tard, un nouveau sommet est appelé, la crise continuant de faire son petit bonhomme de chemin, et ne comprenant pas trop pourquoi à chaque fois les gens se réunissent pour dire qu’ils vont la bourrer avant de faire du rien. Ce sommet sera évidemment lui aussi qualifié "d’étape fondamentale" (par un certain Nicolas S., étonnamment), puisqu’il enregistre le fait que "Ah ben tiens, en fait, la Grèce, elle rembourse pas dis-donc. Un peu comme si… un peu comme si elle n’avait pas de pognon."

Quel constat incroyable : combien d’économistes pour ce résultat ?

Au passage, on continue de s’enfoncer dans le n’importe quoi.

Tous les autres pays de la zone euro réaffirment solennellement qu’ils sont fermement
déterminés à honorer pleinement leur propre signature souveraine et tous les engagements
qu’ils ont pris en matière de viabilité des finances publiques et de réformes structurelles
durables. Les chefs d’État ou de gouvernement de la zone euro appuient sans réserve cette
volonté, la crédibilité de toutes leurs signatures souveraines étant un élément déterminant pour
assurer la stabilité financière de l’ensemble de la zone euro

Vous vous souvenez du sommet de mars ? Les commentateurs de l’époque, visiblement, non, puisqu’on se réengage à s’engager à avoir la volonté de tenir ses engagements pour aller mieux. D’accord d’accord.

Une décision historique est donc quand même bien prise : demander à la Grèce de vendre des trucs qui lui rapportent du pognon.

Attention, nouvelle leçon d’économie :

"Bonjour, j’ai une dette 1€ intérêts compris ; heureusement, grâce à mon pantalon magique qui produit 4 centimes par an, j’aurai tout remboursé dans 25 ans.
- Non ! Vends ton pantalon magique pour 10 centimes aujourd’hui ! Ainsi, tu ne devras plus que 90 centimes !
- Ah ouais, pas bête : tenez, voici mon pantalon magique ! J’espère qu’une société privée en fera bon usage !
- Bon, et maintenant, rembourse les 90 centimes.
- Mais ? Je ? Avec quel argent je… et puis je suis en slip !
- Allez, je suis pas une pute : tiens, voilà un prêt. Tu pourras rembourser ta dette, et avec les intérêts, tu ne me devras plus que 1€, remboursable sur 25 ans. Mais tu sais, en vendant ton slip, tu pourrais toucher 6 centimes, là, tout de suite.
- Bouhouhou…"
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Bref, on n’en était qu’au troisième sommet du danger de l’ultime aventure de la sauvegarde de la préservation de l’Europe.

Patrice Carmouze, pilier méconnu de la culture européenne

Mais c’était sans compter, trois mois plus tard (tout comme le poisson rouge, le commentateur a une mémoire d’environ 3 mois ; vous noterez qu’on respecte toujours ces délais pour ne pas lui montrer qu’on se fout ouvertement de lui), le sommet du 26 octobre , date "historique", puisque c’était tout de même l’anniversaire de Patrice Carmouze. Nicolas Sarkozy, conscient de la symbolique d’une telle date, déclarera lui-même "Notre destin se joue dans les dix jours", et Angela Merkel parlera de "maintenant ou jamais", ce qui ne fera jamais que la quatrième fois en un an qu’on fait le coup. Afin d’exagérer encore un peu plus la tension du moment, il est un temps évoqué la possibilité de faire jouer Carmina Burana en fond sonore durant tous les discours, mais finalement, pour des raisons de droits, la décision sera annulée.

Une décision majeure est prise lors de ce sommet : outre supprimer une partie de la dette de la Grèce (ce qui est bien, puisque de toute manière, quand on sait qu’on ne va pas toucher le moindre euro, autant dire que c’est de son propre chef, et puis bon, la Grèce est toujours en train de pleurer en slip, donc ça ne change pas grand chose de diminuer sa dette tant qu’on la laisse dedans), on demande aux états européens de respecter la règle d’or avant fin 2012, c’est-à-dire, limiter leur déficit et se débrouiller pour rentrer plus de pognon qu’ils n’en dépensent.

Donc, il faut comprendre : respecter la règle qui avait été fixée en mars de la même année. Règle qui était déjà la réécriture exacte d’une règle qui existait déjà. Et dont tout le monde se foutait éperdument.

Le soir même de ce non-accord, Nicolas Sarkozy déclare devant des journal… des… non attendez, journalistes, ce sont les gens qui font de l’investigation sur les sujets dont ils parlent ? Ok, donc, il déclare devant des présentateurs télé : "c’est la totalité de la zone euro qui risquait en cascade d’être emportée" avant d’ajouter "Surtout que merde, la Grèce, elle sert quand même de rotule sur le genou droit quand on se combine pour former Mégazord, alors v’la le gros sauvetage". Personne ne fait remarquer que tiens, mais en fait, ça ferait pas un petit peu quatre fois que la crise est finie en un an ? Avec les mêmes décisions à chaque fois, non ? Et les mêmes discours d’enrobage à base de "On a évité une foutue apocalypse : encore un peu et on envoyait Bruce Willis poser une charge au coeur du FMI pour éviter l’Armaggedon" ? Non.

Ça passe tellement facilement que du coup, le prochain sommet n’attend pas 3 mois pour se lancer, histoire de voir si les gens avalent quand même les mêmes couleuvres. C’est ainsi que le 8 décembre, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy en tête sortent la grosse artillerie : il faut refonder l’Europe, avec un nouveau traité. Au coeur de celui-ci, on trouverait un pacte de stabilité avec des "sanctions automatiques" en cas d’endettement "supérieur à 3% du PIB". Nos deux loulous n’ont donc pas hésité à ajouter de belles phrases comme ""jamais le risque d’explosion de l’Europe n’a été aussi grand" ou encore "Nous n’aurons pas de seconde chance", ce qu’ils avaient aussi dit les quatre fois précédentes, mais bon, après tout, personne ne leur fait jamais remarquer qu’on a eu tellement de dernières chances rien qu’en un an que plus personne ne saurait les compter.

Histoire de bien enfoncer le clou, je rappelle qu’un peu partout, cette semaine, on s’enflammait en dissertant sur cette nouvelle Europe et ses nouvelles règles, et les risques encourus si dès à présents on ne changeait pas la donne. Il suffisait pourtant d’aller sur le site officiel de la législation européenne (environ 4 secondes sous Google) pour obtenir cette page et sa jolie petite synthèse pour que même un pigiste pressé puisse réaliser le petit souci : tout cela existe déjà, quasiment depuis le début, tant la règle des 3% de déficits, que les sanctions en cas de non respect.

Si vous avez la flemme, extraits :

Définie par le protocole sur la procédure de déficit excessif, annexé au traité sur le fonctionnement de l’UE (par le traité de Maastricht en 1992), la valeur de référence pour le déficit public est 3 % du produit intérieur brut (PIB). Le dépassement de cette valeur est considéré comme exceptionnel

Et donc, en sus, et en plus mis en gras sur le site pour être sûr que personne ne puisse l’ignorer :

Mise en demeure et sanctions. Dans un délai de deux mois à compter de l’adoption de sa décision constatant l’absence de toute action suivie d’effets, le Conseil peut mettre l’État membre concerné en demeure de prendre des mesures visant à la réduction du déficit. Si l’État a bien engagé une action suivie d’effets pour se conformer à la mise en demeure et si des événements économiques négatifs et inattendus qui ont une influence très défavorable sur les finances publiques de l’État concerné se produisent après l’adoption de cette mise en demeure, le Conseil peut décider, sur recommandation de la Commission, de réviser la mise en demeure.

Au plus tard quatre mois après la mise en demeure, si l’État membre ne se conforme pas aux décisions du Conseil, celui-ci décide normalement d’imposer des sanctions.

"Marty ! Nous sommes de retour à Maastricht, c'est incroyable !"

Voilà, donc, pour ce petit bilan de ces folles aventures de l’année 2011, que l’on vend comme sérieuses alors qu’elles ne le sont pas (du moins dans leur traitement) ; histoire de synthétiser, on vous a donc gentiment vendu 5 sommets comme étant les ultra-ultimes dernières chances de sauver nos âmes de la damnation éternelle et de la guerre mondiale, alors qu’il s’est simplement agi de faire du rien, et de préférence, en déclarant que c’était une véritable révolution.

Maintenant, à vous de jouer en société : vous avez désormais tous les éléments en main pour écraser de votre mépris toute personne qui se la jouerait "Hmmm, je suis grave les sommets, c’est incroyable ce qu’il se joue en ce moment" : rappelez lui qu’il est juste un fat qui disserte sur du rien, qu’on aurait honte de présenter à une classe de lycéens option sciences économiques et sociales.

Au moment où j’écris ces lignes, je viens de lire ça et ça ; sachant que mystérieusement, de cette conférence aussi sont sortis des textes de bonnes intentions, je crois qu’il est grand temps que j’aille stranguler des chatons.

Et déposer leurs corps meurtris dans la boîte aux lettres de certaines rédactions, bien sûr.

 
 


Assis sur sa chaise, il se contente de jeter des coups d’oeils distraits aux murs nus qui l’entourent.

De temps à autres, il fait entendre le cliquetis des menottes qui le retiennent à son assise en agitant vainement un bras, probablement dans le but de soulager les muscles douloureux de ses membres supérieurs. Le t-shirt sale, les cheveux en bataille et la mâchoire couverte d’un léger duvet, il n’est guère mis en valeur par la lumière pâlotte du néon qui grésille au-dessus de lui, ce qui ne l’empêche pas de porter de temps à autres un regard fier et hautain en direction de la glace sans tain. Il commence presque à sourire, lorsqu’il entend le bruit d’un haut parleur dans un coin du plafond qui s’allume.

"Bonjour Jean. Je sais que vous êtes persuadé de la noblesse de votre combat, mais je vous le demande encore une fois : soyez raisonnable. Acceptez de coopérer, et vous repartirez libre. 
- Et si je refuse ?
- Je serai très triste. Je partirai pleurer dans ma chambre, j’enfouirai ma tête dans mon gros oreiller, et là, au milieu de mes posters, j’humidifierai la taie de mes larmes, alors que mon petit coeur meurtri battra la chamade au simple souvenir de votre refus.
- Ça fait très peur.
- Puis, j’irai ouvrir mon journal intime, celui avec un coeur dessus, et j’écrirai combien vous avez été vilain.
- Non, vraiment, je tremble.
- Alors je rangerai mon journal dans ma commode, et j’ouvrirai mon tiroir, celui où je range Svetlana, mon poing américain.
- Ha ! Svetlana est un nom de fille, gros débile. 
- Oui, mais Svetlana fait de gros bisous, et toujours sur les deux joues."
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Jean semble prendre en considération cette remarque, et fait de petits mouvements de mâchoire, probablement soucieux de préserver celle-ci d’éventuels dommages à venir. A 21 ans, Jean est fier de sa denture : celle-ci est parfaite, sans que quiconque n’ait eu à le soumettre à quelque torture orthodontiste. A vrai dire, il n’a jamais vraiment eu de problèmes, de quelque sorte que ce soit. Un type sans histoires. Jusqu’à ce soir, où, sans raison, à la sortie d’un restaurant où il venait de quitter quelques amis, quelqu’un lui a glissé un tissu sombre et malodorant sur le crâne avant de le pousser vers une voiture. Ses ravisseurs ont roulé un moment, tant et si bien qu’il ignore l’heure qu’il peut bien être ; c’est incroyable comme on peut perdre toute notion du temps lorsque l’on ne peut plus voir le monde extérieur. Curieusement, cette pensée le faisait marrer : le même phénomène lui arrivait souvent, aussi, devant son ordinateur, lorsqu’il jouait volets fermés. Mais bon, la situation était alors bien meilleure. Dans l’immédiat, il n’avait que deux fiertés : ne pas avoir gerbé dans l’espèce de cagoule obturée qui l’aveuglait alors que ses ravisseurs semblaient tourner sur des ronds-points pour achever de tuer son sens de l’orientation, et avoir jusqu’ici tenu face aux pression de ces terroristes qui voulaient lui faire signer une déclaration avec laquelle il était parfaitement en désaccord :

Le fait qu’il téléchargeait illégalement des trucs parce que c’était bien pratique.

Jean télécharge parce qu’il ne veut pas filer son argent aux majors du disque. Jean télécharge parce qu’il est contre Hadopi. Jean télécharge parce que la culture doit être accessible à tous. Jean télécharge parce qu’internet, c’est avant tout le partage. Jean télécharge parce que l’ère 2.0 achèvera de balayer les moeurs conservatrices des vieux capitalistes. Jean est un idéaliste.

Alors jamais, non, jamais ne signera un document stipulant qu’il télécharge parce que ça l’arrange.

"Sois raisonnable Jean. Signe. 
- Jamais ! Allez vous faire foutre, qui que vous soyez !"
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Le haut-parleur dans la pièce laisse échapper un bruit curieux, comme celui produit par un micro que l’on lâcherait précipitamment. Puis, celui-ci restant visiblement ouvert, Jean semble entendre le bruit d’une cavalcade, comme celui produit par quelqu’un galopant dans un escalier, le tout parcouru de lointains sanglots. Enfin, le jeune homme perçoit le son d’une porte qui claque, suivi de pleurs à demi-étouffés dans un oreiller.

Jean réalisa qu’il venait peut-être de faire une connerie.

"Ahaha, mon combat est noble : je vais me regarder l'intégrale de Dr House juste pour feinter le système"

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Aujourd’hui, nous ne traiterons pas de la communication gouvernementale sur le téléchargement : tout le monde s’en est déjà donné à coeur joie, et ce, à raison. Il faut dire que ces derniers temps, avec la campagne pro-Hadopi et ses spots à base de "Sans Hadopi, nous n’aurons pas le droit à des productions de merde dans le futur", ça ressemblait méchamment à une incitation à faire chauffer les échanges de données pour que Emma Leprince aille s’asseoir derrière une caisse de Monoprix plutôt qu’aux NRJ Music Awards en 2022 (même si la différence entre les deux n’est pas toujours évidente, j’en conviens). Et puis bon, ça fait quelques années que ça dure : qui se souvient, dans la première décennie du XXIe siècle, alors que nous étions jeunes et insouciants, des messieurs qui avaient dit "Bon, on va mettre des taxes supplémentaires sur tous les outils de stockage informatique pour compenser le téléchargement" , l’équivalent de "Bon, on va mettre des prunes sur toutes les bagnoles, bien garées ou non, pour compenser les mauvais stationnements" : curieusement, ça donnait envie de payer pour quelque chose. Non, il n’y a pas à dire : il y a eu de la qualité dans le discours, il y en a encore, et je préfère ne même pas penser à ce qui nous attend.

Mais bref : je disais qu’aujourd’hui, nous ne traiterions pas de cela. Non. Nous allons traiter du camp d’en face : celui des joyeux pirates. Dont vous faites probablement partie, car disons-le : que celui qui n’a jamais téléchargé me jette la première pierre.

Par contre, qu’il courre vite après, car si je le rattrape, je transforme son museau en réplique de ground zéro.

Internet, c’est un peu la nouvelle Tortuga : c’était tellement mal surveillé que c’est rapidement devenu un repaire de boucaniers plus ou moins farouches, où il est coutume d’aller piller un galion espagnol discretos, puisque de toute manière, il n’y a personne pour râler. Du coup, le jour où le gouverneur de France débarque à la taverne du port en disant "Bon les mecs, je sais qu’on rigole bien et tout, mais en fait, piller comme des gros porcs, c’est pas vraiment sympa", il se fait cueillir à grands coups de "On a toujours fait comme ça, et quiconque réduit les libertés dont on a l’habitude de jouir est forcément un enfoiré de crypto-fasciste liberticide". Et puis du fond de la salle, on entend distinctement gueuler "Ouaiiiis et puis moi d’abord, je fais ça pour lutter contre les méchants Espagnols, qui ne vivent que parce qu’ils exploitent les gentils Aztèques et les trésors qu’ils produisent. Alors certes, en pillant les galions, je pille des trucs aztèques ramenés à fond de cale vers Barcelone, mais vous comprenez, c’est mieux pour eux. Et puis même qu’une fois j’ai acheté un collier aztèque, alors c’est dire si je suis honnête et reconnaissant".

Voilà le problème à l’heure actuelle : alors que le gouvernement propose des trucs pas très malins, l’essentiel de la répartie de nombre de piratins (je n’ai pas dit tous, ouf, il y a quelques trucs sérieux) est une sorte de nid à mauvaise foi qui semble être le miroir de celle des troupes de Jean-François Copé. Quand bien même tout le monde sait que télécharger, ce n’est pas bien, et qu’il va bien falloir trouver une solution où tout le monde s’y retrouve, on a encore le droit à une ligne de défense façon "Moi, si je télécharge, c’est pour de bonnes raisons" ; est-ce si dur que ça d’avouer "Moi, si je télécharge, c’est parce que c’est facile" ? Que "ça m’arrange" ? Que "Je me fais plaisir sans claquer de thunes et il y a peu de chances que l’on m’attrape" ? Visiblement, oui : parce qu’on se tape encore tous les argumentaires à base de "Non mais attendez, moi quand je télécharge, c’est pour feinter le système, Hadopi, le gouvernement, les majors du disque… ", bref, une sorte de colique verbale pour piratins du dimanche qui tentent de réécrire l’histoire pour se donner le beau rôle.

C’est clair : tes 556 Go d’épisodes de Lost, de génériques de dessins-animés et de films de Michael Bay, c’est pour défoncer le système, le faire s’effondrer, montrer qui est le Che Guevara du net qui descend des collines numériques pour copier les richesses impérialistes avant de retourner dans le maquis se taper un bon gros 2012 en mangeant des chips, ne laissant derrière soi qu’une IP mystérieuse, et encore. La révolution est à nos portes, nom d’une pipe !

"Aujourd'hui mes amis, nous allons faire croire que nous pillons un galion espagnol non pas pour aller aux putes à Maracaibo, mais parce que nous sommes graves subversifs"

"Non ça n’est pas du tout ça, j’ai aussi des films de Nicolas Cage d’ailleurs, mais ce n’est pas le sujet", répondent donc nombre de fieffés larrons, "On télécharge parce que la culture est un droit, que ça doit être libre et/ou gratuit". Car en effet, nous explique t-on savamment  sur de nombreux sites et blogs, la culture est un droit, que tout le monde doit y avoir accès, soit, mais que donc, elle ne doit pas être payante, ou alors uniquement au bon vouloir de l’utilisateur. Et quiconque conteste cela a le droit à toute une leçon sur le fait que riches comme pauvres doivent y avoir accès, et que c’est ça, une lutte fondamentale, bordel ! Ouais. Curieusement, dans le même temps, les zazous ne se rebellent pas contre le prix de la nourriture, qui lui, n’a de cesse d’augmenter (et qui manque vaguement à 1 milliards de personnes sur la planète, mais comme ils ont pas Twitter pour dire "G pas mangé, j’en chie #jevaiscrever #dysenterie", on s’en tape un peu, enfoirés de pauvres), et qui est plus indispensable encore que la culture : vivre sans culture, c’est moyen, sans manger, c’est difficile (preuve en est, beaucoup de gros vivent très bien en ne regardant que TF1). Donc en suivant leur logique, j’ai tendance à penser que là encore, riches comme pauvres ont un droit à la survie, et donc à la bouffe, et même bien plus encore que pour la culture. Oui mais voilà : depuis qu’il est petit, le piratin a toujours payé son miam-miam, ça lui parait donc normal et établi. Alors que sur internet, il ne paie pas ce qu’il télécharge (ou rarement). Du coup, de là à penser qu’il se cache derrière sa "noble cause" pour simplement continuer de ne pas payer ce dont il profite bien, il n’y a qu’un pas que je franchis allègrement d’un petit saut souple et gracieux. Mais bon, je peux me tromper : peut-être pensent-ils vraiment que la culture est plus indispensable que tout, et que crever de faim, d’accord, mais alors en ayant droit d’écouter du Michel Sardou. C’est ça, leur combat : "La Culture pour tous".

Curieusement, on pourrait télécharger des steaks hachés, je suis sûr que le discours en serait chamboulé.

Ce qui est tout aussi intéressant, c’est que tout l’argumentaire plein de mauvaise foi des deux camps tourne autour de la défense des artistes, qui sont les producteurs directs de produits culturels. Au gouvernement on dit "Ah ouais nan mais on va faire une loi pourrie, mais c’est pour les artistes, hein, pas du tout un truc pondu par Pascal Nègre. Et puis le pognon qu’on pourra potentiellement engranger, ce sera aussi pour eux, vous savez comme on est : on redistribue l’argent à ceux qui en ont besoin comme Liliane Bettencourt. Voilà voilà. Quoi ? Les intermitt… qui ? Mais pourquoi voulez-vous qu’on s’adresse à ces gens là quand on parle d’artistes et de rétributions ? Bon, barrez-vous, laissez nous avoir un interlocuteur sérieux." et en face on a le droit à "Nan mais internet, ça permet d’en finir avec les majors et la SACEM qui s’en mettent plein les fouilles avec de la daube ! Nous on télécharge pour en finir avec cette exploitation commerciale ! On veut la culture libre (c’est-à-dire : "je donne ce que je veux, si je le souhaite") !".

L’artiste, puisqu’on en parle, évoquons-le tout de même vaguement, est une créature elle aussi parfaitement immatérielle (comme ses productions), qui ne mange pas et ne fait pas caca (c’est logique. Et ça en fait un être particulièrement propre dont on a pas à changer la litière trop souvent) : elle sert essentiellement de prétexte pour que chacun explique pourquoi il veut continuer de bien abuser sur son dos, mais toujours pour son bien, évidemment. J’aime beaucoup le principe de "culture libre", qui revient à expliquer à tout producteur de biens culturels qu’il est bon à aller faire la manche dans le métro : il joue par exemple la bamba à l’accordéon, ou fait un mini-show, puis les gentils passagers décident si oui ou non ils vont accepter de lui filer du pognon, et combien, parce que bon, c’est eux qui jugent de sa valeur, et ce aussi en fonction de leur humeur et de leur portefeuille. C’est bien la Culture libre : ça veut dire que 100% de la partie décisionnelle sur le pognon échappe à l’artiste et se retrouve donnée à tous les passants. Bin oui, parce que la production culturelle, c’est connu, ce n’est pas un travail, hein. Donc vouloir du pognon en échange, c’est très mal. C’est vrai que ça nous fait revenir quelques siècles en arrière, où, comme chacun sait, les artistes vivaient bien mieux, ne devant compter que sur le bon-vouloir des gens pour toucher un peu d’argent. Je propose aussi que l’on réintroduise la peste noire : c’était très sympa.

Remarquez, voir Mélanie Laurent en guenilles poussant sa roulotte embourbée sur les routes de Bourgogne pour se produire sur les places de village en essayant de gagner assez d’argent pour soigner sa triple pneumonie, ça aurait son charme, je ne dis pas. Mais nous nous écartons du sujet.

A noter que le résistant moderne explique bien que ce n’est pas du vol que de télécharger : prendre quelque chose à quelqu’un sans son autorisation n’est pas un larcin puisqu’on se contente de copier, ce qui est très différent ! C’est vrai : parce exemple, depuis des siècles, quand quelqu’un "emprunte" une idée à quelqu’un d’autre, ce n’est pas du vol, c’est un fait reconnu de tous. C’est juste du "partage" de "l’échange" (sur internet, on a encore un peu de mal avec les mots "partage" et "échange", particulièrement sur le fait qu’ils impliquent qu’on donne tous quelque chose, mais allons-y doucement, ne brusquons pas trop vite le pirate du dimanche. C’est un comme les artistes "généreux" : les premiers à utiliser ce mot très à la mode pour tout et n’importe quoi sont ceux qui en donnent le moins). Ce qui, pour l’anecdote, me fait penser à plusieurs sites qui, il y a quelques mois, avaient copié du contenu traitant de révisions historiques de cet humble blog pour l’héberger sur le leur, le tout en prenant bien soin d’effacer l’origine du bidule, qui était pourtant indiquée dans un coin. Lorsque je vins à leur faire remarquer que bon, virer la signature de l’auteur, c’était une pratique assez moyenne (et en utilisant aussi des arguments impliquant leurs génitrices ainsi que moult singes bonobos, on ne se refait pas), on m’a expliqué que internet, c’était de l’échange, du partage, sans limites & co, et que je n’étais qu’un vieux conservateur qui ne comprenait rien au net. C’est vrai : copier du contenu d’un blog gratuit et sans pub pour ensuite virer toute référence sur sa provenance, et coller le tout sur un site avec des bannières publicitaires qui rapportent en fonction du nombre de visiteurs, c’était une telle démarche idéaliste : le contenu gratuit, c’est déjà trop cher, maintenant, il faut en plus qu’il vous rapporte du pognon ! Encore une fois, ce fut un monument de bonne foi, avec des discours sur le monde qui évolue en bien, allant vers le Grand Partage, etc, et que quiconque émet la moindre remarque est forcément un animal préhistorique (partouzeur) de droite.

"Répondez par oui ou par non : ne seriez-vous pas un peu en train de vous foutre de la gueule du monde ?"

Par ailleurs, il semblerait que la rébellion 2.0 prenne d’intéressantes directions actuellement : dernièrement, un célèbre site de musique en ligne, jusqu’ici financé par d’affreuses publicités qui piquaient les tympans, est devenu payant, proposant pour 5€/mois d’avoir accès à tout, sans pub, et en illimité. Il s’est aussitôt trouvé quelques rabouins pour hurler au scandale, parce que merde, la Culture, on ne doit pas la payer (encore une fois, parce que les artistes n’ont pas besoin de manger, comme chacun sait, et ne vivent que de remerciements). Et dans le même temps, les mêmes ne voient aucun inconvénient à payer une boîte de jeu "World of Warcraft"  puis plus de 10€/mois pour avoir le droit de finir célibataire jouer à quelque chose qu’ils ont déjà payé, argent qui rétribue une major de l’industrie du jeu vidéo (parce que non, ça ne va pas aux gentils développeurs, qui eux, qu’ils en vendent ou pas, ont un salaire fixe contrairement aux artistes, justement), qui en plus, lorsqu’elle sort un nouveau produit pour le même jeu, explique gentiment que "Ho bin ça alors ! Si vous voulez en profiter, il va falloir repayer encore une fois !". Intéressant : maintenant, imaginez que World of Warcraft soit un groupe de rock Vivendi Universal ultra-commercial, qui vous propose d’acheter son CD, puis de payer 10€/mois pour avoir le droit de l’écouter sinon il ne marche pas, sans compter qu’il vous refasse payer à chaque sortie d’un nouvel album. Vous appelleriez pas ça un peu du foutage de gueule ?

Et bien nos Che Guevara, non. Ils trouvent même ça parfaitement normal et paient sans rechigner pour tous ceux d’entre eux qui y jouent, parce que payer une boîte de produits informatiques, c’est normal. Une boîte de produits culturels, non. Mais à part ça, s’ils piratent, c’est pour la Culture, avec un grand C.

Alors, non, vraiment, les idéalistes du dimanche, par pitié, arrêtez, arrêtez ce discours de merde sur le fait de télécharger comme des gros porcs au nom d’idéaux de justice et de liberté. Et reconnaissez que diable, télécharger, c’est surtout un truc illégal qui se fait par facilité plus que par conviction, et qu’il ne faut pas faire passer une soirée dans un bar à putes de Tortuga pour un moment céleste de liberté dans un monastère tibétain. Et peut-être alors que lors du prochain débat sur une loi sur le téléchargement, on arrêtera de voir les deux camps s’arroser à coups de répliques dignes des plus grands moments gastro-entériques de l’histoire.

Sur ce,  je vous laisse : mon intégrale de Kirsten Prout vient de finir de tomber sur mon disque dur, je dois aller profiter de la Culture qui en émane.

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Jean jeta un coup d’oeil paniqué vers la porte de la petite pièce, lorsque celle-ci s’ouvrit dans un terrible raffut, laissant place à une silhouette portant veston, cravate, cigare à la bouche et poing américain à la main. Il reconnut le visage du type derrière lui au restaurant ce soir, qui avait passé la soirée à se plaindre de "l’absence de brandy dans ce taudis". Les manches de chemise retroussées, le type se dirigea vers lui l’air décidé. Il se souvint soudainement, dans un instant de clarté, de ce qui avait dû énerver ce personnage : dans la soirée, il s’était vanté du nombre de Go de trucs qu’il avait téléchargé sur son disque dur, en expliquant à Sophie, l’une des rares filles en deuxième année d’école d’ingé, plutôt mignonne de surcroît, qu’il faisait tout ça par conviction, parce qu’internet était un monde de liberté totale. Et lorsqu’elle évoqua le concept de "vol", bien que déçu par ce réflexe typiquement petit-bourgeois, il expliqua sa théorie sur le fait que prendre ce qui n’est pas à soi n’est pas du vol tant que ce n’est pas matériel. Oui, effectivement, maintenant qu’il y pensait, il avait peut-être poussé le mensonge un peu loin.

Jean n’eut pas le temps de dire qu’il était prêt à signer, finalement, pourvu qu’on le laisse partir. Alors qu’il ouvrait la bouche pour articuler quelque chose, il se prit un coup de Svetlana sur chaque joue, avant de lourdement chuter au sol, toujours menotté à sa chaise. La suite, il ne la réalisa guère : il perçut dans un brouillard sanglant des coups de chaussures, l’odeur de cirage frais qui en émanait, et une sensation de chaud lorsqu’après de longues minutes, il sentit que quelqu’un laissait tomber les cendres d’un cigare sur l’une de ses plaies béantes.

Quelques instants plus tard, un autre homme entra dans la pièce en traînant derrière lui un jerrycan plein d’un liquide nauséabond qu’il commença à déverser sur le corps de Jean.

"Ca va Monsieur ? Vous ne vous êtes pas fait mal à une phalange en vous occupant de lui ?
- Non, Diego, ça va. Il n’aurait pas pu reconnaître qu’il profitait juste d’une faille ? J’en ai marre de ces trous du cul qui font preuve d’une mauvaise foi maladive."
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Diego releva la tête pour jeter un regard interrogatif à son patron. Ce dernier reprit :

"Je déteste les gens de mauvaise foi." dit-il avant de jeter son cigare sur le corps imbibé d’essence.

Frotte-frotte.

Le petit bruit de Martha s’employant à faire resplendir le parquet du bureau n’est qu’à peine audible lorsque l’on est concentré. Et je le suis : froissant le papier du Monde entre mes mains, bien installé à mon bureau, je m’applique à faire défiler devant moi les derniers articles sur l’actualité, prétexte scandaleux pour en réalité jeter de discrets coups d’oeil à la croupe rebondie de la jeune femme appliquée à cirer une latte de plancher récalcitrante. De temps à autres, je feins tout de même un certain intérêt pour ma lecture supposée être l’un des journaux les plus réputés de France, tentant d’oublier que c’est de son ventre maudit qu’est sorti le site de non-information Le Post, sorte d’allégorie de l’absence complète de talent, de goût et d’éthique.

Or, cette semaine, comme tous les organes de presse de France et de Navarre, Le Monde a longuement disserté sur l’affaire  Dominique Strauss-Khan, sujet qui a en a passionné plus d’un : crime odieux ? Machination galactique ? Irrespect de la présomption d’innocence ? Mépris de la plaignante ? Une foule immense s’est jetée dans l’arène des commentateurs et des théoriciens, chacun y allant de son avis sur le sujet. Personnellement, mon opinion sur la chose est assez limitée : on pourrait la résumer à "Méfiez-vous des femmes de ménage".

Souvenez-vous, Dreyfus ! L’histoire d’un français accusé d’un crime monstrueux qui se retrouve au trou pendant que la presse nationale se déchaîne autour de sa culpabilité ou de son innocence, le pays tout entier se divisant sur la question : vous allez me dire que ça n’a aucun rapport, mais, hé ! Qui se souvient de comment toute l’affaire a commencé ? En septembre 1894, c’est Marie Bastian, une femme de ménage, tiens donc, qui alors qu’elle nettoie consciencieusement les bureaux de l’ambassade d’Allemagne, trouve dans une poubelle un mystérieux bordereau déchiré indiquant que quelqu’un balance des infos aux teutons (informations sur le frein hydraulique du canon de 120, recette du pain perdu, etc). C’est de sa trouvaille que partira toute l’affaire.

Fanny Kaplan, celle qui tira sur Lénine, et dont le chemisier devint le symbole de quantité de femmes de ménage de par le monde

Quelques années plus tard, rebelote ! Le 2 février 1933, Christine et Léa Papin, deux braves bonnes, probablement en mission commandée pour une puissance étrangère, tuent leurs patronnes : là encore, hop, la France s’émeut, disserte autour de ce qu’il s’est passé, la presse puis le cinéma s’en empare, et le crime est si terrible qu’il retentit jusqu’à l’étranger ; incroyable coïncidence, c’est le même jour qu’Adolf Hitler fait interdire tous les journaux opposés au régime en Allemagne, probablement pour éviter que l’on ne découvre qu’encore une fois, les bonnes étaient en mission commandée pour le pays de la choucroute. Dans les années qui suivent, certains soldats retrouvés à moitié fou sur le bord de diverses routes d’Europe jurent avoir été attaqués par une Panzerdivision totalement féminine aux uniformes alambiqués qui aurait pour héraldique un bouclier frappé d’un plumeau et d’une saucisse marqué "Groß Ménache !". Bien que l’on trouve trace de tels récits de la guerre d’Espagne à l’opération Wacht am Rhein, aucun document officiel n’a jamais permis de confirmer l’existence d’une telle armée. Pendant presque 70 ans, soucieuses de ne pas se dévoiler plus avant, les bonnes se font oublier.

Jusqu’à cette semaine, donc : au même moment, une femme de ménage accuse le président du FMI de viol, alors qu’une bonne de l’autre côté des Etats-Unis expliquait qu’elle manipulait le gouverneur de Californie grâce à un fameux chantage autour d’un enfant illégitime.

Coïncidence ? Complot mondial ? Je laisse ce débat à tous les experts qui se sont succédés sur les plateaux de télévision cette semaine pour disserter sur du rien ("J’y étais pas mais je sais comment ça s’est passé"). Car le plus intéressant, c’est en fait la méta-affaire, c’est à dire, tout ce qu’il s’est dit autour : faut-il parler de la vie privée des hommes politiques, quel rôle ont les médias, et quelle place pour les femmes, dans tout ça, bordel…

Et c’est donc Christophe Deloire, directeur du centre de formation des journalistes (ça veut déjà en dire beaucoup), dans Le Monde, qui a ouvert les hostilités avec classe et bon goût (au point d’amener plus de 4200 lecteurs à relayer l’article sur Facebook) en traitant de "l’omerta des médias sur DSK"  :

 Pour parler de la vie politique, les médias français alignent traditionnellement une cohorte d’éditorialistes, rebaptisés depuis peu "commentateurs", là où les Anglo-Saxons, avec tous leurs défauts, préfèrent lancer leurs enquêteurs pour livrer au public le maximum de révélations. Or de la soif de vérité factuelle les démocraties ne se portent jamais mal.

Voilà ; la "soif de vérité factuelle" , c’est le terme poli pour parler des critiques faites à la France ces derniers jours : si vous n’avez pas suivi, sachez que le grand reproche qui a été fait a été que nos grands médias ne s’intéressent pas à la vie sexuelle des hommes politiques, que ce soit DSK ou autre. Il est tout de même bon de lire sous la plume d’un type en charge de former des journalistes que oui, la vie sexuelle des gens est un facteur important dans la vie démocratique. Auquel cas, on pourrait donc qualifier Gala, Voici ou Closer de "journaux d’investigation", à ranger  sur la même étagère que le New York Times, le Spiegel ou le Canard Enchainé.

Et c’est là que l’affaire DSK est belle : certains petits malins ont décidé de s’en servir de cheval de Troie pour faire passer leurs idées, expliquant que si depuis des années, ils s’intéressaient à qui mettait son trilili dans qui (ou dans quoi, soyons fous : souvenez-vous de cette folle nuit passée avec Renato le poulpe sur le sable humide de la plage de la Baule), c’était UNIQUEMENT pour le bien de la Démocratie, avec un grand D comme Devoir.

Voilà : ça c'est du vrai journalisme !

Aucun rapport avec du racolage pourri pour inciter les collégiennes et les salons de coiffure à s’abonner.

J’espère que Public aura le prix Pulitzer cette année, dites donc.

La décence commune en l’espèce, c’est le respect des personnes, bien entendu, mais surtout le refus de l’hypertrophie verbale, une obsession de la soumission aux faits. Cette décence devrait prohiber le commentaire vaseux qui se croit libre parce qu’il ne s’autorise que de lui-même.

En tout cas, il faudra m’expliquer où commence le respect des personnes si on ne les autorise pas à avoir une vie privée. "Nan mais Michel, on te respecte et on respecte ta vie, tout ça, mais faudrait que tu nous dises quelle position tu as effectué avec Sonia, la petite stagiaire de la compta. Arrête de dire qu’on est de gros obsédés : oui, on l’est, mais juste par les faits. Bon, reprenons : est-ce que tu l’as prise sur la photocopieuse, et si oui, est-ce que tu as activé la copie couleur ou noir et blanc ? ".

Quant à l’hypertrophie et aux commentaires vaseux, venons-y.

En 2006, je fus l’auteur avec Christophe Dubois d’un livre d’enquête sur le caractère aphrodisiaque du pouvoir, Sexus politicus (Albin Michel), qui traitait aussi des coups bas sous la ceinture dans la vie politique. Pour la première fois, un chapitre intitulé "L’affaire DSK" évoquait le comportement hors normes de celui qui n’était pas encore directeur général du FMI, et révélait ses risques inconsidérés pour un homme d’Etat, ses vulnérabilités. Les scènes racontées ne relevaient pas que de la séduction de salon.

C’est beau. Critiquer l’hypertrophie et les commentaires vaseux pour se fendre d’une tribune qui est prétexte à rappeler qu’on a sorti un livre sur le sujet. Ouvrage qui parlait "pour la première fois" de "l’affaire DSK" dès 2006. Si la Modestie décide un jour de s’incarner sur Terre, nul doute qu’elle prendra la forme de Christophe Deloire.

A noter que paradoxalement, l’apôtre des "faits" explique que son ouvrage traite de "risques" et de "vulnérabilité", ce qui, par définition, consiste à traiter de choses qui ne sont pas arrivées. Mais, faisons fi de la mauvaise foi, et allons jusqu’au bout du raisonnement, en nous disant que ces théories dignes de "commentateurs" devaient donc être basées sur des faits avérés et étudiés. Oui, puisque "Les scènes racontées ne relevaient pas que de la séduction de salon". Comment ça "que" ? Vous voudriez dire que vous auriez aussi disserté sur des scènes de séduction de salon, c’est-à-dire révélatrices de rien mais qui permettaient de tartiner le bouquin de détails intimes n’ayant d’autre intérêt que jouer de voyeurisme ? Voilà qui fait rêver.

Enfin, puisque le brave homme dit cela, c’est donc qu’il y a aussi autre chose, des faits probablement plus révélateurs, qui eux, éclairent sous un jour nouveau toute cette affaire et… tiens ? Tiens, c’est curieux : ces faits si révélateurs, qui justifieraient tout, il n’en parle pas. Il dit juste qu’ils sont dans son livre : comme c’est subtil ! Enfin pas aussi subtil que le fait suivant : le bon monsieur s’étend dans Le Monde pour expliquer qu’il savait depuis 2006 des choses incroyables ; mais alors peut-il nous expliquer pourquoi il ne s’est pas étendu de la même dans la presse de l’époque pour révéler ces faits qui, semble t-il, impliquaient des choses bien plus graves que de simples amourettes intimes ?

Je vous résume la chose : "Ahaha, je suis journaliste ! Et j’ai un scandale énorme à révéler : vite, n’en parlons surtout pas aux journaux !". Pour rappel, nous sommes bien en train de parler du directeur du centre de formation des journalistes. Je crois que je commence à comprendre bien des choses sur la crise du métier.

Depuis dimanche 15 mai, j’ai décliné toutes les propositions d’interviews, ne voulant pas ajouter mes commentaires à ceux de spécialistes n’ayant rien vu, rien su, rien lu, ni bavarder sur la séduction en politique (hors sujet), ni resservir des informations publiées il y a cinq ans.

"C’est pour ça que j’ai décidé d’écrire une tribune entière dans laquelle j’explique que j’avais tout vu, su et lu, et que je bavardais de le séduction en politique (le thème de mon livre) dans des informations que j’ai publiées il y a cinq ans."

Mon héros.

Rien que le bandeau résume le niveau de la chose.

Mais une nouvelle fois l’actualité nous oblige à poser la question de l’utilité des journalistes. A quoi servent-ils ?

C’est en lisant ce genre de personnes qu’en effet, je me pose la question. J’hésite entre "Présenter Euromillions" ou "Parler du dernier fabricant de santons de La Creuse". Enfin, non, je suis mauvaise langue : ils font aussi d’excellentes tables basses.

En publiant Sexus politicus, Christophe Dubois et moi avons transgressé un tabou. Le fallait-il ? La question mérite débat, et il est parfaitement concevable de s’offusquer sur le principe.

"En écrivant notre livre, nous avons franchi toutes les frontières, nous étions jeunes et fougueux ; le lendemain du jour de parution, je me souviens avoir traversé Paris en skate ; alors que je taguais "Prout" (vous ai-je dit que je ne respectais aucune convention ?) sur le Sacré Coeur, j’entendis les cris de la foule offusquée par les limites politiquement correctes que nous avions franchies : les hommes hurlaient de colère, les femmes s’évanouissaient, et le Pape s’était mis en tête d’appeler à la Croisade contre nous."

Mais oui les enfants : vous aviez franchi tous les tabous. Ou alors, vous aviez juste fait une compilation d’anecdotes plus ou moins privées et plus ou moins connues. Présenter les faits derrière les ragots. Si ma concierge me parle durant trois plombes de qui a couché avec qui, que la personne soit connue ou non, elle ne brise pas de tabous (par contre elle me les brise un peu).

Introduisions-nous en France les méthodes du journalisme anglo-saxon et/ou crevions-nous une bulle de secrets privés ? Les lecteurs, y compris les responsables politiques, par leur nombre et leurs réactions, ont manifestement considéré que le dévoilement était légitime, notamment si on ne le recouvrait pas d’une couche de morale.

J’aime les gens qui font les questions et les réponses. "Changions nous la face du monde avec nos actions ? Oui. Ça vous dérange si je me caresse un téton pendant que je vous parle ?"  Et de préférence, en expliquant que les gens ont lu en "nombre" et en ont eu moult "réactions", du simple quidam au responsable politiques, tous trouvant que pareille production était oeuvre de salut public. C’est vrai que ça a méchamment fait avancer la Démocratie.

A la parution du livre, les médias, quoique diserts sur l’ensemble du livre, se sont montrés plus que discrets sur les informations concernant Dominique Strauss-Kahn. Bien sûr, il eût fallu le cas échéant vérifier, pousser plus loin les enquêtes. Beaucoup, là encore, ont préféré le commentaire au scoop. Comme en témoignent les taux d’audience ou les ventes des médias qui privilégient les révélations, le journalisme plaît lorsqu’il nous révèle le monde, les gens, plutôt que de poser devant nos yeux et nos oreilles un voile de logorrhée subjective.

Tous les médias de l’époque en ont évidemment parlé… et incroyable : aucun n’a évoqué DSK alors qu’il y avait dedans, je cite "un scoop".

C’est connu : les médias détestent les scoops. Quand ils en reçoivent un, ils font "Rhooo, pffff, non, c’est nul, je préférerai qu’on parle de rien, c’est bien, le rien ; en plus les scoops, c’est naze, puisque ça nous attire de l’audience et donc du pognon, et ça, ça nous intéresse vraiment pas". En 2006, en plus, je rappelle le contexte : l’UMP est au pouvoir (ah, ça nous rajeunit pas !), Dominique Strauss-Khan est candidat pour avoir l’investiture du Parti Socialiste, et là, pouf, selon notre bon monsieur Deloire, un énooooorme scoop permettant de le discréditer atterrirait sur la table et… personne ne l’exploiterait. Y compris les médias opposés à lui.

C’est tellement crédible. "Ce n’est pas que nos informations étaient sans intérêts, c’est une omerta vous comprenez ! Un complot !"

Si demain les Français, lecteurs ou électeurs, nous accusent une nouvelle fois d’avoir gardé un secret entre soi, d’avoir accepté chez les puissants ce que nous refusons aux humbles, que leur répondrons-nous ? Que nombre d’entre nous ne savaient pas ou n’ont pas cherché à savoir ? Nous ne pouvons pas donner aux citoyens des raisons de penser que nous leur mentons, même par omission. Il ne s’agit pas ici de trancher l’affaire de la chambre du Sofitel, simplement d’affirmer, une fois encore, que nous devons avoir l’ambition de dire rien que la vérité, mais toute la vérité.

Si demain, les français posent ce genre de question, je sais ce que notre héros pourra leur répondre : "Ouais, nan mais ouais, je savais, mais en fait j’ai préféré ne rien écrire dans les journaux pour plutôt en faire un livre ; quand j’écris dans les journaux comme aujourd’hui, c’est justement pour vous informer que j’ai écrit un livre, vous comprenez." et là, si les français ne le brûlent pas sur le champ en faisant cuire des merguez sur sa dépouille rôtie, ils répondront sûrement "Tu te foutrais pas un peu de notre gueule dis-donc ?". Et ensuite, ils le brûleront quand même, parce que bon, hein, faut pas déconner, et puis les merguez, c’est bon.

"Si personne ne parle de ce que je raconte, ce n'est pas parce que c'est nul, mais parce que c'est un complot"

Enfin d’ailleurs, ce raisonnement n’a pas lieu d’être, si on suit la logique du Monsieur :

- soit comme il l’affirme, son bouquin a été lu partout en France, auquel cas, les français n’ont aucune raison de penser qu’on leur a caché l’information, et il n’y a donc aucune omerta (une loi du silence imposée par une mafia à tout le monde sans exception, pour rappel), auquel cas, Christophe Deloire est en train de mentir.

- soit personne n’a lu son bouquin, et dans ce cas, le seul mec en tort, c’est celui qui a écrit son supposé scoop dans un bouquin intimiste plutôt que dans un journal et qui raconte derrière que son livre a été un succès qui a créé le débat. Auquel cas, Christophe Deloire est en train de mentir.

Hmmm… j’hésite.

Les médias doivent-ils lever le pied sur les révélations, afin d’éviter un accident électoral, ou au contraire accélérer en plein carrefour ? C’est une question essentielle pour la démocratie. Donner un coup de frein serait une faute de conduite, avec le risque de donner le sentiment qu’on protège le "système". Bien conduire, pour un journaliste, c’est avancer vite sans donner de coups de volant. En tout cas, le dérapage incontrôlé "lécher, lâcher, lyncher" nous fait risquer la sortie de route.

Voilà la morale de cette histoire : il faut toujours plus de révélations. Soit !

Mais entre les lignes, il faut donc lire "brisons le tabou sur la vie privée !" (si vous avez encore un doute, je vous rappelle que tout l’article disserte autour d’un livre qui soi-disant était une grande avancée puisque parlant du sexe et de la dragouille chez les politiciens). C’est vrai que c’est ça, la vraie révolution dont la démocratie a besoin : savoir si X a trempé sa biscotte avec Y. Et si Z préfère les filles ou les garçons, et en sus couche avec plusieurs personnes à la fois.

Toute cette histoire est donc au final supposée expliquer que si on s’était plus intéressé à la vie sexuelle des hommes politiques, on en serait pas là. Tiens ?  Un type qui court à droite à gauche (dans le cas de DSK, je vous laisse profiter des mille sens de lecture possibles) serait donc automatiquement un violeur potentiel ? A l’inverse, un filou n’ayant jamais eu les faveurs des gueuses serait forcément incapable de passer à l’acte ? Et quand bien même, si c’était prévisible par je ne sais quel recours à la magie noire, si l’on suit le raisonnement comme quoi il fallait se méfier de ces "vulnérabilités", qu’aurait-on dû faire ? Ne pas le nommer à un poste à responsabilités, comme le disent certains ?

"Ah, non monsieur : d’après nos fichiers, vous pouvez être un violeur potentiel : on ne va pas vous nommer au FMI.
- Bon, bin tant pis. Sinon, je fréquente des femmes en dehors de mes fonctions au FMI, donc c’est pas grave ?
- Non, non : ce qui nous emmerde, ce n’est pas qu’une femme se fasse violer : c’est que ce soit le directeur du FMI. Avec d’autres fonctions, c’est moins grave."
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Formidable. Et ce qui est génial, c’est que ça fait une semaine que ce genre de raisonnement emplit téléviseurs et radios sans que personne ne remarque qu’il y a comme des trucs vaguement incohérents dedans. Enfin ; ne volons pas la vedette à notre héros, et revenons au sire Deloire, qui semble persuadé que le sort du monde libre se joue sur un coït. Parce que bon, moi je pensais que l’on pouvait faire ce que l’on voulait dans sa chambre à coucher tant que ça n’empiétait pas sur la vie publique ("Française, français : j’ai choisi de former un gouvernement uniquement à partir de mes maîtresses") et/ou la légalité ("Tiens, je vais violer quelqu’un, c’est ma vie privée, venez pas m’emmerder !"). Mais notre homme a sûrement raison ; aussi, puisqu’il considère que la vie privée et l’intimité sont les deux ennemis de la Démocratie, je lui propose de donner l’exemple sur le champ : révélez-nous les noms de toutes les personnes avec qui vous avez couché ! C’est pas du voyeurisme, hein, c’est pour la France. Et puis sinon, vous pensez quoi de la Toupie Javanaise ? Vous préférez ça ou la position du Hollandais Volant ? Sinon, ça vous dérange pas si moi et mon équipe de tournage on vient dans votre chambre à coucher ? Rassurez-vous : tout comme vous, une fois qu’on aura un scoop sur vos pratiques intimes, on ne diffusera pas ça dans les journaux : on fera plutôt un DVD vendu à la Fnac à côté de votre livre.

Je suis sûr que la Démocratie s’en portera mieux.

Un modèle d'éthique : les français méritent la vérité

Mais, allons ! Trêve de plaisanteries douteuses, il serait bien cruel de ne s’en prendre qu’à notre pauvre monsieur alors que d’autres ont aussi carburé pour surfer sur la vague pour défendre aussi leur propre cause cette semaine, comme par exemple : le féminisme. Parce qu’il y avait une femme impliquée dans l’affaire, donc, en avant !

Et cette fois-ci, c’est Gisèle Halimi qui s’y colle, dans Le Monde toujours, présentée comme avocate et féministe, deux métiers à part entière. Je cite son morceau de bravoure sur le fait que certains partisans de la théorie du complot soupçonnent la femme de chambre d’avoir participé à un coup monté (je vous laisse à vos grivois jeux de mots) :

"[...] la jeune femme employée de l’Hôtel Sofitel de New York qui accuse Dominique Strauss-Kahn d’agression sexuelle "dit la vérité"."Comment voulez-vous croire qu’une simple femme de ménage, noire, mère célibataire de surcroît, ne dise pas la vérité ? Quel serait son intérêt ?"

C’est bon les mecs, inutile d’enquêter : une femme de ménage, noire et mère célibataire ne peut pas mentir. Si elle essaie, pouf pouf, elle change de couleur (ou de sexe, ou de conjoint, ou de métier, au choix ; voire, son enfant disparaît dans un nuage de souffre) : c’est très pratique ! Après les histoires de cul qui font avancer la Démocratie, voici l’autre nouvelle du jour : votre sexe, votre couleur de peau, votre métier et votre situation familiale vous permettent ou non de mentir. Dans le cas présent, donc, c’est tout simplement impossible. Et c’est une féministe & avocate qui le dit, autrement dit, une spécialiste de la défense argumentée dans les deux cas.

Quant à l’intérêt, effectivement ; elle n’en a aucun. Même pas l’argent (sur Terre, les gens travaillent par passion uniquement), si tentative de filouterie il y avait eu : il est impossible de corrompre une femme de ménage noire et mère célibataire. Si vous lui tendez de l’argent, il se désintègre automatiquement grâce au champ de force anti-corruption qu’elles intègrent automatiquement. Du coup, c’est un peu chiant pour les pourboires, mais quelque part, ça en fait un peu des golgoths de ménage.

Mais l’aimable dame ne s’en est pas arrêtée là dans sa vision du monde, et a embrayé :

Elle se dit "persuadée que si cette affaire était arrivée en France, on n’en aurait rien su". 

C’est vrai. En France, on est méchants. On protège tellement la vie privée de nos hommes politiques qu’ils ont droit de faire ce qu’ils veulent : quand un journaliste apprend qu’un homme politique viole, tue, boit dans le crâne de ses ennemis et sacrifie des vierges à Odin, il se décide à écrire un article sur le tricot. Si Gisèle avait pris deux minutes pour consulter les archives de journaux ou demandé à son copain Google, elle se serait probablement souvenue de ce conseiller d’un rayonnant premier ministre, qui, un soir qu’il se promenait à 4h du matin, aperçut une jeune fille sur le bas-côté ayant besoin d’aide. Alors qu’il baissait la vitre pour lui demander de quoi elle avait besoin, quelle ne fut pas sa surprise de découvrir que le verrouillage automatique de sa berline merdouillait et avait ouvert la portière à la pauvrette ! La voyant monter à bord, il se dit que, tant pis, il allait faire un peu de route avec. Las ! Les policiers un peu plus loin, qui l’attrapèrent avec une prostipute mineure dans sa voiture, rigolèrent très fort lorsque le bon monsieur leur conta cette histoire.

Réunion de l'association "Les amis de Dominique"

Et curieusement, toute la presse aussi ; et pourtant, c’était un type moins visible qu’un DSK, et ce n’était pas un viol. Alors un scoop sur une personnalité en vue pour un crime plus grave encore, on imagine mal la presse s’en priver.

Comme quoi, cette semaine, il y a ceux qui ont parlé de complot politique. Et ceux qui ont expliqué que ceux qui parlaient de complot participaient eux-même à un complot médiatique. Toute ces histoires, ça me perd ; il va falloir que je me recentre sur le coeur du sujet et que j’en parle à Martha : après tout, elle a sûrement un avis sur la question.

Posant mon journal, je me tournais donc vers la jeune femme qui était occupée à ranger ses derniers instruments dans son sac, dont dépassaient nonchalamment quelques embouts de produits ménagers et autres plumeaux. Tentant vainement de la regarder dans les yeux lorsqu’elle se retourna, je sortais mon portefeuille.

"Tenez Martha, c’est pour vous. Merci pour le ménage.
- Ho, je vous en prie M. Connard, c’est toujours un plaisir de…"
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Martha arbora subitement une moue interrogative en contemplant les billets que je venais de glisser dans sa main.

"… Mais ? M. Connard ? Ce ne sont pas des euros, ce sont des…
- des Reichsmark, ma petite. N’est-ce pas la monnaie de votre pays, ma chère Martha, ou peut-être devrais-je dire… Colonel Martha Von Knecht, de la Panzerdivision Groß Ménache !"

0

Elle me regarda avec un air parfaitement interloqué.  Les pieds sur le bureau, je savourais mon calembour tout comme son étonnement, fouillant dans le même temps la poche de mon veston pour voir si je n’aurais pas quelques véritables euros à lui donner.

C’est à ce moment précis qu’elle sortit un lüger de son sac avec une vitesse quasi-surhumaine avant de le tourner vers moi. Au travers de ses dents serrées, elle jura :

"Scheiße !"


Le monde va mal.

Crise financière, tremblements de terre, glissements de terrains, famine, maladie, neige en hiver, massacres, situation en Côte d’Ivoire, Francis Huster, incertitude en Tunisie… la litanie des malheurs s’abattant sur notre monde ne saurait s’arrêter à ces quelques exemples, mais il serait vain de vouloir se montrer exhaustif dans l’inventaire du malheur mondial. Régulièrement, nous rencontrons des amis au grand coeur qui n’hésitent pas à dire lorsque sont abordés les tracas de nos contrées "Ne nous plaignons pas : c’est pire ailleurs !", car comme chacun sait, à partir du moment où il y a plus malheureux que soi, il ne faut surtout rien faire.

Heureusement, au coeur de ce chaos mondial, un fier étendard rallie les différentes nations vers un objectif commun de paix et de développement à l’échelle planétaire ; ce drapeau est d’azur et on y trouve de blanches figures représentant notre bonne planète entourée de rameaux d’oliviers. Votre expertise héraldique ne saurait vous tromper : il s’agit en effet de l’Organisation des Nations Unies, ou ONU.

Et devant la ruine de notre monde, face au spectacle des braises de l’insurrection rallumant les feux d’hier pour mieux alimenter les incendies de demain, la fière organisation a décidé de frapper du poing sur la table, de mettre fin à cette intolérable situation.

En effet, depuis le 1er janvier 2011, l’ONU a mis en place un nouvel organisme : l’ONU – Femmes.

 

Une candidate potentielle pour représenter les Femmes à l'ONU

Ah.

Bon, j’entends d’ici les esprits chagrins qui n’hésiteront pas à dire que vu la situation mondiale ces derniers temps, la création d’un tel organisme avec un budget de 500 millions de dollars, ce n’était peut-être pas la priorité.

Malandrins ! Oubliez-vous que nous sommes en janvier ? C’est la période des soldes. Et vu comment se comportent les détentrices d’un double chromosome X dès la vision d’un chemisier à moins 50%, il va bien falloir un demi-milliard pour financer les compagnies de casques bleus que l’on va devoir envoyer chez H&M, Jennyfer et autres Camaieu afin d’éviter de nombreux massacres (chaque année au mois de février, on retrouve de discrets charniers dans des cabines d’essayage isolées, dernière demeure de celles qui n’ont pas réussi à vaincre lors de la bataille pour le sac à main à moins 66% imitation vintage). Mais je suis mauvaise langue : comme nous l’indique le site de l’ONU – Femmes, il y a des raisons bien plus profondes derrière cette création, comme nous l’indique la FAQ

L’entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes — ou ONU Femmes — a été créée par les États Membres pour que l’ONU puisse aider plus facilement ceux-ci à accélérer les progrès en vue de réaliser leurs objectifs en matière d’égalité des sexes

Et c’est connu, pour favoriser la progression de l’égalité entre les sexes, rien de mieux que d’expliquer aux damoiselles que l’ONU ne peut pas s’occuper des hommes et des femmes de la même manière : autant créer un organisme particulier pour ces dames. Si l’on avait décidé de créer l’ONU – Noirs, tout le monde aurait gueulé à la discrimination raciste. Si l’on avait créé l’ONU – Protestants, tout le monde aurait crié à la discrimination religieuse. Si l’on avait créé l’ONU – Nains, tout le monde aurait pleuré à la discrimination physique, avant de proposer un certain Nicolas S. à sa tête. Mais on a créé l’ONU – Femmes, alors on a applaudi.

En juillet dernier, d’ailleurs, on était déjà fou de joie à l’annonce de ce nouvel organisme (qui n’est pas si nouveau : il regroupe en réalité quatre anciennes structures qui ont eu le droit à un coup de peinture avant d’être fusionnées), preuve en est le discours de Mme Tiina Intelmann, ambassadeur estonienne, qui s’est sentie obligée de préciser :

« ONU Femmes, à travers le contrôle à l’échelle du système de ses activités et des rapports de son secrétaire général adjoint, devra être une entité responsable dont les résultats seront examinés scrupuleusement »

Parce que c’est vrai qu’à la base, certains pensaient que ça allait être une entité irresponsable et incontrôlée, qui allait claquer toute sa thune en macarons et louboutins. Très en forme, la bougresse a bien évidemment poursuivi :

le mandat d’« ONU Femmes » prévoit clairement la féminisation des postes de décision au sein même de l’Organisation

Puisque c’est connu, pour gérer ONU – Femmes, il faut des femmes. Et pour gérer des problèmes entre hommes, des hommes. Non, l’égalité des sexes ne peut pas être un combat mené par un homme, c’est comme ça. S’il y en a un qui essaie, son chromosome Y se dissout en libérant du cyanure dans son organisme et il meurt en quelques minutes. Et non, faire de la discrimination positive, ce n’est pas faire de la discrimination, bande d’esprits chagrins. Si vous refusez un homme pour prendre une femme, ce qu’il faut voir, c’est que vous avez pris une femme, et c’est bien. Si vous refusez une femme et que vous prenez un homme, ce qu’il faut voir, c’est que vous avez refusé une femme, et c’est mal. C’est comme ça. Il est important de rappeler aux femmes qu’on ne les recrute pas sur leurs compétences, mais sur leur sexe. C’est ça, l’égalité.

 

Casque bleu s'assurant que les femmes restent bien à l'écart des hommes, pour plus d'égalité

Bien que cela n’apparaisse pas dans le compte-rendu de cette conférence, la même aurait d’ailleurs ajouté :

"Et sur la porte de nos bureaux de New York, on mettra "interdit aux garçons !", hi hi hi ! D’ailleurs, on pense faire venir Isabelle Alonso régulièrement pour donner des conférences, et on a déjà demandé à Pénélope Bagieu de nous refaire notre logo : s’il y a un drapeau bleu pour les garçons, on veut un drapeau rose pour les filles ! Mdr !"

A partir de ce mois-ci, donc, Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili et désormais responsable de ONU-Femmes, pourra réunir régulièrement son conseil de décision afin de lancer la grande lutte pour l’égalité des sexes, mais la salle de réunion étant toujours squattée par ces cochons de mâles, elle devra utiliser une solution alternative, comme organiser des soirées pyjama autour d’un DVD de Bridget Jones et, bien évidemment, d’un pot de Häagens-Dazs. Si les deux tiers des présentes ne parviennent pas à une décision, Mme Bachelet pourra utiliser l’article 49-3 de l’organisme :

"En cas de désaccord entre les participantes, et si une majorité constituée à minima des deux tiers des voix n’a pas pu se constituer, une bataille de polochons déterminera le camp qui l’emporte. Si la réserve de polochons de l’ONU est épuisée, ce sera un combat de catch dans la boue équipée du bikini réglementaire qui permettra de connaitre l’issue du débat."

Ce bel exemple de démocratie devrait donc ravir les oreilles de toutes les femmes en difficulté dans le monde, qui sauront désormais que l’ONU, l’UNICEF et l’UNESCO, ce n’est pas pour elles, non, qu’elles, elles doivent s’adresser à l’ONU – Femmes si elles veulent quelque chose. Heureusement, le budget évoqué précédemment pourrait évoluer par la suite pour couvrir les besoins grandissants de l’organisation, car comme le conclue la conférence de presse annonçant la création de cet organisme :

Les États Membres ont reconnu qu’au moins 500 millions de dollars seront nécessaires pour répondre aux besoins initiaux d’« ONU Femmes ».

Et par ce "au moins", on comprend qu’il faudra plus. Car comme en témoigne Silvio B., détenteur d’un siège à l’ONU, "il faudra sûrement plus, surtout si l’on prend en compte le budget SMS et appels entre copines". D’après les premières informations de ce mois de janvier, et afin d’estimer les besoins de l’organisation pour le budget 2012, Michelle Bachelet aurait déjà hérité d’un téléphone de fonction avec forfait bloqué NRJ mobile pour éviter tout débordement.

 

La première ébauche du drapeau ONU - Femmes

Rassurez-vous donc, mesdemoiselles, ce nouvel organisme travaillera donc véritablement à s’assurer que partout dans le monde, les femmes soient respectées. C’est pourquoi l’Iran n’a pas eu le droit d’y siéger, tant la situation des femmes est catastrophique dans le pays. L’Arabie Saoudite, elle, par contre, a eu une place de choix, puisque chacun sait que ce pays est à la pointe des innovations en matière d’égalité des sexes : les femmes n’ont pas le droit d’y conduire une voiture (tout le monde sait qu’elles en chient sur les créneaux), ou même de prendre de décisions sans l’accord de leur mari (par exemple, si l’une d’entre elles prend une balle durant un match de foot, et que son mari veut voir la fin de la rencontre, elle a intérêt à prier pour que les arrêts de jeu ne durent pas trop, puisqu’il faut l’accord du chef de famille pour avoir accès à des soins médicaux). Rassurez-vous, ce n’est pas uniquement pour ce modèle en avance d’un temps sur le reste du monde que l’Arabie Saoudite a eu le droit à un siège, mais aussi – et surtout – parce que le pays a donné quelques sous à l’organisme pour l’encourager (profitant du fait que les femmes sont vénales et ne sauraient refuser, comme chacun sait), et a donc profité d’une place en tant que "donateur". Alors si vous croyez qu’une organisation va faire les gros yeux à l’un des pays qui la finance, mesdemoiselles, vous vous voilez la face (femme, voile, Arabie Saoud… non ? Hoo, allez.)

Bref, sympathiques lectrices, soyez heureuses : le monde applaudit en ce mois de janvier la naissance de cet organisme qui est là pour s’occuper de vous et de votre considération comme étant l’égal des hommes. Mais bien évidemment dans des structures à part de ces derniers, car chacun sait que la mixité est l’ennemie de l’égalité.

Heureusement qu’il y a des blogs comme celui-ci pour lutter contre les préjugés sur les femmes, pas vrai ? Vous pouvez retourner lire Closer ou Public, maintenant, les filles.

 

 

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