Politique


Cher éditorialiste politique,

Ce lundi matin, pour toi, c’est la grosse fête. Il faut dire que tu vas passer une bonne journée : tout le monde va vouloir lire ta chronique. Avoir ton opinion. La comparer avec celle du journal d’à côté. Bref, ce matin, tu vas être un larron drôlement important ! Puisque bon, il faut le reconnaître : tu ne fais pas un métier facile, tu es un peu le commentateur sportif de la politique. Quand il ne se passe rien sur le terrain, tout le monde se fout de ce que tu racontes, toi y compris, mais alors parbleu ! Quand ça remue, c’est ton heure de gloire ! Tu peux t"agiter, crier tel Eugène Saccomano, bondir en tous sens, tu as enfin de la matière, et tous ceux qui t’ignoraient jusqu’alors entendent clairement ce que tu dis, les yeux rivés sur l’action !

Et c’est dommage, parce que ce que tu vas dire n’aura probablement aucun intérêt.

Je publie ce post avec un peu d’avance sur toi, tu me pardonneras, juste pour te montrer à quel point tu es tristement prévisible et appuyer brièvement ce que j’ai dit ici-même la semaine dernière avec des petits dessins. Tu vas parler de l’abstention, ça oui ! On en parlait ici-même la semaine dernière. C’est bien, l’abstention. On peut se poser tout un tas de questions que l’on va résumer à "Le camp qui a perdu n’a pas su mobiliser son électorat". "Mobiliser l’électorat", ça fait bien, ça fait sérieux, ça fait même un petit peu technique. Et puis comme ça, ça permet aussi de répondre en une ligne à toutes les questions sur l’abstention sans trop y penser. Faire les questions et les réponses, c’est pratique (je le fais moi-même, je confirme). En même temps, que peux-tu faire d’autre ? Parce que contrairement au commentateur sportif, toi, les équipes sur le terrain se foutent un peu de ta gueule au sortir du match : certes, elles te disent peu ou prou que "l’important, c’est les trois points" , mais surtout, l’équipe qui a pris sa branlée t’explique très tranquillement que si elle a perdu, c’est qu’elle "n’a pas assez expliqué sa stratégie". C’était donc ça ! Et tu feras tous tes poncifs : tu parleras de "contexte national", de "déroute", de "montée du FN"… mais tout ça, je l’ai déjà dit. Toi aussi remarque, mais à ta différence, moi je ne suis pas payé pour faire du copier/coller. Mais histoire que ça ne se voit pas, tu qualifieras la situation "d’historique". Après tout, si c’est historique c’est que ça n’a jamais été fait avant. Et si ça n’a jamais été fait avant, comment t’accuser de te répéter ?

Tu es un malin, toi. On ne te la fait pas.

J'accuse !

L’éditorialiste politique tel qu’il se voit.

Mais, éditorialiste, ne t’inquiète pas ! Il va quand même y avoir de l’originalité dans ce que tu vas dire à la télé, dans les journaux et à la radio. Parce qu’on va te proposer ce qu’il y a de mieux : un remaniement ! Tu sais, ce truc qui n’a jamais répondu en rien à quoi que ce soit mais que tout le monde attend quand même. Bon, ça tu ne le diras pas, parce que le remaniement, c’est un sujet tellement bon qu’il ne faudrait pas s’en priver. Bref, tu vas pouvoir commenter une grosse partie de chaises musicales. Et comme tu es d’une folle originalité, éditorialiste, quand on te parlera de la nomination de Laurent Fabius, tu feras un laïus sur "l’expérience". Moi, à ta place, je ferais plus tôt laïus sur le fait que vouloir incarner le renouveau en nommant un type qui a déjà été premier ministre il y a trente ans, c’est quand même vaguement du foutage de gueule, mais toi, tu t’en fous : tu commentes sans trop te mouiller, même si tu prétends le contraire. Tu ne vas pas en plus souligner les absurdités, merde ! Tiens, et puis tu sais quoi ? Peut-être qu’ils vont aussi ramener l’amie Aubry ou l’amie Royal ? Ça aurait de la gueule, un gouvernement supposé endiguer la fameuse "montée du FN" dans lequel on rappelle des gens qui étaient déjà aux commandes, eux, il y a douze ans (comme le temps file, n’est-ce pas ?) et qui, justement, s’étaient pris une branlée "historique" lors d’une "poussée du FN".

Je ne sais pas toi éditorialiste politique, mais moi, quand je perds la guerre, j’évite de rappeler les généraux qui s’étaient mangés échec sur échec ou ceux qui commencent à sentir le raisin sec.

Alors évidemment, mon bon, tu me diras "Oui, mais si je parle pas de ça, je parle de quoi ?"

Hé bien tu sais quoi ? Après avoir prédit ton édito, je vais aussi te prédire ce qu’il va se passer cette semaine dans les mairies qui viennent de changer de main. C’est un joli spectacle : tu pourrais y assister simplement en prenant ton vélo et une heure de ton temps.

Tu sais quel est le service le plus débordé après un changement de camp au sein d’une mairie ? Celui des élections ? Celui des équipes juridiques ? Non : c’est le service informatique.

Entre celui qui a installé Angry Birds ou maté Youporn sur l’iPad du boulot et qui préférerait que ça ne se sache pas, et celui qui a vraiment besoin de faire disparaître tous ses mails sans exception, ça bosse dur. D’ailleurs, la nouvelle équipe s’étonnera en arrivant aux commandes d’avoir des ordinateurs si rapides : ils auront une installation toute propre, ça aussi je le prédis. Oui, je suis très fort. Certains auront même un disque dur neuf. C’est fou, n’est-ce pas ? Tu aimes ce genre de petits détails ? Je vais t’en filer un autre à commenter : regarde bien le site de ta région. Tu ne sais pas pourquoi ? Allons, réfléchis : toutes ces villes qui changent de mains, tous ces élus qui ne vont plus toucher une indemnité de maire ou d’adjoint, tous ces cabinets qui vont changer du jour au lendemain… ça en fait des gens sur le carreau ! Surtout qu’il y a un truc de vieux singe quand on est élu qui marche bien : prendre un prêt que l’on rembourse avec son indemnité. Tu sais pourquoi c’est malin ? Parce que quand on constitue des listes – ce moment critique auquel tu ne t’intéresses jamais, c’est dommage – les élus qui se représentent peuvent utiliser cet argument pour garder leur place : "Si vous ne me redonnez pas au moins la même position, c’est comme si vous preniez sa maison à ma famille !". Et quel candidat veut se mettre à dos un ancien colistier qui en plus, pourrait le faire passer pour un salaud auprès de ses petits camarades ?

Sauf que quand la mairie change de mains, que se passe-t-il à ton avis, mon bon ami ?

Parce qu’il est toujours là, le prêt. Et la maison. Et la voiture. Et le chien.

Hé bien il faut trouver du travail : les élus qui perdent ne se transforment pas en vapeur d’eau avant de réapparaître juste avant l’élection suivante (même si c’est ce que l’on pourrait croire de prime abord, j’en conviens), il faut qu’ils mangent et qu’ils paient. Oui mais ! Quand on est dans une ville qui est restée des années à gauche par exemple, dans un contexte de branlée générale, et que du coup on doit partir de son poste, que fait-on ? On trouve du travail ? Tu as vu le marché du travail ? Je suppose que oui, tu es supposé commenter les chiffres. Et puis pour quoi faire, d’abord ? Certains élus ont commencé en tant qu’attaché à un élu avant de le devenir eux-même, regarde leur CV. Quelles compétences ont-ils à proposer et à qui ? A leur parti ? Celui-ci touche du pognon en proportion de ses élus, donc en cas de branlée, au contraire, c’est régime Et puis où aller d’abord ? Si les perdants veulent se représenter pour récupérer leur place encore chaude la prochaine fois, ce n’est pas la mobilité qui les étouffe, tu y as pensé ? Il y aura bien une ou deux mairies du coin qui pourront recueillir une paire de naufragés en leur confiant des placards, mais les autres ?

Il faudrait qu’ils trouvent, au hasard, une collectivité, disons de la même sensibilité politique. Disons de préférence, qui n’a pas froid aux yeux parce que les règles électorales ont changé et qu’elle sait qu’elle a de bonnes chances de ne pas repasser. Et qui, du coup, aurait à la fois un budget, un va-tout à jouer et besoin de mecs pour l’aider à faire du réseau et de la campagne lors de ses prochaines échéances propres.

Vraiment, si j’étais toi éditorialiste politique, je regarderai les ouvertures de postes à paraître dans ma région prochainement. Histoire de voir si, mystérieusement, des élus battus y deviennent chargé de mission aux champignons. En tout cas, je prédis – encore ! – une mystérieuse vague de recrutement. Et tu sais quoi ? Je pourrais même presque mettre le nom des futurs recrutés dans une enveloppe cachetée, tiens. Mais bon, chacun sait que je suis de mauvaise foi : ça n’arrivera sûrement pas, pas vrai ?

L'éditorialiste politique tel qu'il est.

L’éditorialiste politique tel qu’il est.

Mais je peux me tromper, hein, je suis mauvaise langue. Probablement que tous ces gens qui ont milité pour la relance, le redressement économique et la création d’emploi vont tous mouiller leur chemise, créer une entreprise et recruter des jeunes et des seniors avec le "pacte de responsabilité". C’était dans leur profession de foi, les "valeurs", relis-les et pose leur la question, je serais curieux. On fait bien un "Que sont-ils devenus ?" pour les candidats de télé-réalité, pourquoi pas les élus ? Ça serait intéressant. Et ça pourrait même soulever un lièvre ou deux.

En tout cas, moi je sais deux choses :

Que si tu étais un journaliste politique et que tu voulais un scoop, tu irais dans les mairies qui changent de main en caméra cachée en te faisant passer pour quelqu’un "Qui au nom de l’autre candidat, vient vérifier les numéros de série des disques durs et ordinateurs" ou quelque chose dans le genre. Si tu veux voir des gens courir très vite en faisant de petits bruits de pets liquides, fais-toi plaisir, tu as moins d’une semaine pour le faire. Le vrai spectacle en ce moment est en coulisses.

Mais je sais qu’à la place, tu vas rester à ton bureau à parler d’abstention, de FN, de contexte national et bien évidemment, de remaniement en disant que holala attention, maintenant les Français attendent !

Bref, je sais que tu voudrais être Jaurès ou Zola.

Mais qu’hélas, tu ne seras que Nabilla.

Hier soir en France, c’était soirée électorale.

Pour celles et ceux qui auraient loupé ce merveilleux moment et seraient bien embêtés, pas de panique : votre serviteur a prévu le coup et vous propose une crypto-spoil graphique résumant 97% de ce qui a été dit, ainsi que, grâce à mes grands pouvoirs d’ancien des cabinets politiques (rappelons que pour une somme tout à fait respectable, ami élu, je rôde dans votre ombre et souffle mon haleine parfum cigare à votre oreille), ce qui sera dit lors des prochaines soirées électorales.

Aperçu

Cliquez donc sur l’image, mes bons !

On se retrouve donc dans cinq ans pour voir si l’on donne tort à l’Odieux Connard que je suis.

Les fêtes sont passées.

Alors que certains d’entre vous sont encore en train de se demander ce qu’il a bien pu se passer dans leur appartement, et effacent méthodiquement leur historique après chaque recherche Google sur "comment faire disparaître un cadavre", d’autres sont déjà prêts à repartir pour de nouvelles aventures, leurs résolutions savamment inscrites sur le post-it du frigo.  Et pourtant ! Si chacun essaie du passé, de faire table rase comme le dit la célèbre chanson (de Garou, je crois), il n’en est pas moins que les dernière semaines (souvenez-vous, c’était l’an dernier) ont été agitées par un certain nombre de débats plus ou moins pourris sur l’extrême-droite et certains de ses porte-drapeau.

Et comme c’était diablement absurde, faisons-le point sur la qualité des échanges, puisque que quitte à montrer du doigts des discours mystérieux, autant en profiter pour faire la tournée des claques.

Mais sans faire de pub à qui que ce soit, hein.

Cliquez sur l’image !

Cliquable

Scène de rue, décembre 2013

Et pour les fainéants, le résumé en un seul cliché :

Resumeuneimage

Etat-Major de la brigade des gentils, janvier 2014

Pour ceux qui cherchent l’origine des petits dessins, c’est là.

Et pour les autres : bonne année, comme il est de coutume, parce  que oui Monsieur, ici, c’est un blog où on a une certaine éducation, ah mais.

La période des élections municipales française est là, et avec elle, l’actualité traîne le pied.

Heureusement, et parce que sur ce blog, on aime pas laisser les gens sans de quoi se distraire un peu, vous trouverez ci-dessous une copie du "Guide du petit cumulard illustré", qui vous permettra de reconnaître, dans le discours de vos édiles, des techniques édifiantes de simplicité pour justifier l’injustifiable.

Nul doute que vous pourrez vous en servir pour faire un véritable bingo auprès de vos candidats préférés.

A vous de jouer !

Cumulard1

Cumulard2

Cumulard3

Cumulard4

Cumulard5

Cumulard6

Cumulard7

cumulard8

Cumulard9

Cumulard10

Bon allez, je pars en réimpression.

J’aime les théories du complot.

Attentats organisés par des gouvernements au sein de leur propre pays, produits chimiques diffusés par avion pour enrichir l’industrie pharmaceutique, assassinats de personnalités (une personnalité ne peut jamais mourir comme tout le monde, ce serait tellement banal) pour parvenir à de sombres fins… il y en a quantité, pour la plupart appuyées par des éléments aussi troublants que des vidéos youtube dans lesquelles on voit parfaitement, à 1:15, un pixel non-identifié qui ressemble comme deux gouttes d’eau à un missile de croisière XV-245 en forme de pixel.  Pour ma part, je suis depuis longtemps rassuré par un élément aisément vérifiable :

Ceux qui nous gouvernent sont bien trop mauvais pour comploter correctement.

Dissimuler l’existence d’une civilisation extra-terrestre à sa population me paraît compliqué lorsqu’on a déjà du mal à planquer un compte en Suisse de ministre, faire assassiner le président Kennedy a dû être diablement compliqué pour une équipe qui quelques années plus tard, bien que plus expérimentée, n’a pas réussi à faire taire une stagiaire amatrice de cigares, quant à la dissimulation de toute la vérité vraie, visiblement, elle ne marche pas aussi bien sur les chiffres du chômage ou la dette. C’est ballot.

Mais s’il est aisé de se moquer des moins compétents que nous, mon éducation judéo-chrétienne me commande de leur tendre une main charitable en proposant aujourd’hui un guide complet sobrement intitulé :

Comment expulser humainement

Car en effet, depuis quelques jours à présent, le net et ses réseaux bruisse de propos concernant l’expulsion de Leonarda, une collégienne de 15 ans qui a été arrêtée lors d’une sortie scolaire avant de gagner un voyage pour le Kosovo, région dont sa famille serait originaire, mais en fait, on est pas trop sûr, ce serait peut-être l’Italie (une équipe de géographe travaille actuellement sur le sujet, les économistes n’ayant pas réussi à finir le jeu des 7 différences qu’on leur avait confié sur le sujet). Du coup, la toile s’enflamme, les journaux de même, et bientôt, radios, télévisions et même lycéens n’hésitent pas à s’indigner de cet événement. Pourquoi ? Observons plutôt ce que l’on peut trouver :

Tenez, par exemple, sur Europe 1 :

Alors que moi, j’ai toujours rêvé que la police vienne me chercher pour me sortir de mes cours de géométrie.

Ou France TV, évoquant la réaction de l’Elysée :

La présidence de la République a expliqué, jeudi 17 octobre au soir, que plusieurs mesures étaient envisagées pour éviter que des enfants soient emmenés par la police alors qu’ils se trouvent en classe 

Voire Reuters, citant Harlem Désir, connu pour sa lutte pour l’intégration :

"Nous, la gauche, nous nous sommes battus quand la droite était au pouvoir contre des arrestations de jeunes à la sortie des écoles", a souligné Harlem Désir.

"Là, elle était dans une activité scolaire et donc, il y a au niveau de la préfecture -c’est ce que l’enquête administrative qui est en cours va je pense montrer- une faute qui doit amener à tirer un certain nombre de leçons", a-t-il ajouté.

Et je vous passe donc toutes les autres réactions, d’officiels, de lycéens ou d’utilisateurs de Facebook qui, drapés de la bannière des Droits de l’Homme, hurlent qu’il est inconcevable qu’en France, on expulse des enfants pour renvoyer dans des pays qu’ils n’ont jamais connu sur le temps scolaire ! Ça, ma bonne dame, jamais !

Et là, logiquement, il y a un truc qui doit vaguement vous titiller.

Mais si, allez.

Si.

En fait, tout le monde n’est pas en train de s’indigner qu’on mette des coups de pied au cul à des enfants, non, ça, on s’en fout visiblement.

Le problème selon nos fiers humanistes, c’est que ça se fasse à l’école devant tout le monde. Un peu comme quand on bombarde des gens : tant que l’on a pas les images pendant que l’on est table et que ça gâche le jambon, tout le monde s’en fout. Faites ce que vous voulez, mais alors ne nous obligez pas à regarder, monstres !

Aussi, et puisque cela semble être le cœur du problème, laissez-moi m’aligner sur le courageux militantisme citoyen de mes contemporains, et proposer mon humble assistance au gouvernement pour expulser des mineurs, oui, mais de manière humaine. Allons-y donc.

I. Se renseigner sur l’emploi du temps

Si planquer une équipe en véhicule utilitaire est toujours un bon moyen de se renseigner sur les habitudes de la cible, beaucoup continuent de dire que les messieurs en camionnette qui surveillent les enfants à l’aide de jumelles ne sont pas du meilleur effet dans le paysage urbain (sauf à Charleroi, mais nous nous contenterons de parler ici d’endroits qui existent vraiment). Heureusement, les enfants étant fondamentalement sympa avec la maréchaussée, principalement parce qu’ils ont encore de trop petites jambes pour les semer à la course après avoir jeté un parpaing, ils transportent toujours avec eux un emploi du temps pour faciliter la tâche des forces de l’ordre. Observons plutôt à quoi celui-ci peut ressembler.

Emploi du temps

Vous avez bien lu ? Alors comme pour les cahiers de vacances, exercice :

"Sachant que le petit Jean-Jacques vient de gagner un ticket pour Bamako (mais sous un gouvernement de gauche, il a donc le droit a un rafraîchissement gratuit sur le vol), à quelle heure puis-je aller le chercher en semaine sans que les gens ne s’indignent ?"

Allez-y, c’est à vous, soyez attentifs.

C’est bon ? Alors passons au corrigé.

Corrige

Pour expulser le petit Jean-Jacques humainement, notons qu’il n’est pas possible d’aller le chercher à l’heure du repas. En effet, celui-ci se déroulant au sein de la cantine scolaire, il est du plus mauvais effet de faire entrer le GIGN entre les frites et le dessert, au risque de froisser non seulement les amoureux des droits de l’Homme (mais sur le temps scolaire uniquement) mais aussi les diététiciens, qui rappellent que se faire défoncer la gueule à coup de matraque pendant le repas est très mauvais pour la digestion (et donc, par extension, pour les toilettes du charter). Ne soyez donc pas maladroits et n’oubliez pas de respecter la plus belle des valeurs de notre pays : la gastronomie.

Si vous avez pensé au mercredi après-midi, c’est hélas aussi faux ! Il s’agit là du jour des activités extra-scolaires, et il y a de fortes chances qu’en allant chercher le marmot, vous déclenchiez une nouvelle polémique comme "C’est intolérable d’expulser des enfants pendant un cours de judo" ou "Mon fils a vu l’un de ses amis être emmené pendant son tournoi de Magic, du coup il n’a même pas eu le temps de taper 2 manas pour le finir à la boule de feu, ce qui lui a gâché la partie, c’est ça la France ?" Le mercredi étant le jour des enfants, laissez donc les marmots gambader en paix : autant les chopper à un moment où ils sont plus isolés.

Et justement, quels sont-ils, ces instants précieux, où le pied au cul devient limite main tendue tant il est humain ?

Dans le cas présent, le mardi après-midi (il y a sûrement des cours de sport, mais comme ce n’en sont pas vraiment, on ne les note même pas sur l’emploi du temps) est une belle occasion de trouver l’enfant isolé : il n’est plus en classe et la plupart des activités de groupe n’ont pas lieu ce jour là. L’attendre en embuscade dans une ruelle avec un taser paraît donc être un moyen à la fois efficace et humain de capturer l’enfant, en faisant tout de même attention aux convulsions et vomissements (il pourrait salir votre uniforme et ce sont les deniers publics qui vous le fournissent, prenez-en soin).

Il en va de même avec le jeudi et vendredi après-midi, même si dans ce dernier cas, il faut faire attention à ce que la cible ne soit pas invitée à prendre le goûter chez un ami pour célébrer le week-end. Pour ce faire, n’hésitez pas à demander au cuisinier de la cantoche de mettre double ration de gras, histoire de couper l’appétit au marmot : non seulement celui-ci sera moins enclin à accepter une invitation à goûter, mais en plus, il courra moins vite rendant sa cueillette d’autant plus facile. Pensez pratique. Et puis l’opinion publique est toujours moins tendre avec un petit gros : ça fait profiteur.

A noter que le jeudi midi à l’heure du repas, ici, la cible a deux heures devant elle : elle ne les passera pas toutes à table et ira donc probablement se promener dans la cour du collège. L’occasion idéale pour l’attirer à l’écart avant de la capturer, par exemple en lui proposant des bonbons. Pensez juste à avoir votre carte de police sur vous, au risque de vous retrouver au cœur d’un malheureux quiproquo qui fera bien rire tout le commissariat en y repensant après-coup, mais qui impliquera de manière un peu aride matraques, annuaires et endoscopies surprises. Méfiance, donc.

Dernier point : s’il n’est pas possible d’aller chercher un enfant devant toute sa classe parce qu’on est en France, sacrebleu, vous pouvez malgré tout profiter d’un cours particulièrement soporifique pour vous rendre le plus silencieusement possible dans la salle et repartir avec le marmot sans donner l’alarme. Pensez par exemple aux cours de latin, où la plupart des élèves tournent de l’œil après la troisième traduction de "L’honneur des anciens restera toujours dans le cœur des enfants du forum grâce à la mémoire des livres" ou étude d’Alix.  Au réveil des petits camarades de l’expulsé, si jamais confusion il y avait contentez vous de dire que Jean-Jacques n’était qu’une idée implantée dans leur esprit, puis lancez la musique d‘Inception dans tout l’établissement.

C’est ça ou une polémique impliquant Vincent Peillon, Manuel Valls et Harlem Désir, alors restons sur Inception, ça sera plus crédible.

Attention à ne pas confondre "classe ennuyante" et "GHB à la cantine". Dans un des deux cas, c’est dans mon coffre que la lycéenne imprudente est invitée au voyage.


II. Penser large

S’il existe moult ruses pour s’emp… approcher humainement d’un enfant en semaine et à l’école sans choquer le bon peuple, il est tout autant possible de feinter pour contourner la difficulté. Ainsi, la première règle est la même que celle des lois pourries : les faire passer durant les vacances.

En effet, à l’aide d’un calendrier des différentes académies, il est possible de déterminer les périodes migratoires des bonnes gens et donc de s’occuper d’autres questions migratoires sans que personne ne s’indigne ; car en effet, si dans l’espace on ne vous entendra pas crier, au cœur de l’été, on entend rien non plus tant tout le monde est tourné vers de vrais problèmes, comme savoir si les restaurateurs font une bonne saison où quels sont les maillots de bain féminins à la mode et autres passionnantes informations. Comme quoi, si en cette saison magique, on ne manque pas de reportages pour raconter l’histoire de Kiki, le chat qui a fait 1 000 kilomètres pour retrouver sa famille, il en va curieusement autrement lorsque le chat s’appelle Mokobé, a le pelage moins soyeux et ne sait même pas dormir sur un clavier en prenant l’air mignon. Je n’en finirai pas de m’étonner de voir les électeurs FN vouloir virer "Tous les branleurs" (alors que dès qu’on a des papiers, on est un foudre de guerre, je salue ici l’administration dans son ensemble qui pourtant, des papiers, en a plein) mais qui s’obstine à ne pas vouloir dégager les chats du pays. Allez comprendre.

Il est donc triste de constater qu’à quelques jours de la Toussaint, nos amis du Ministère de l’Intérieur n’aient pas pensé à attendre un peu pour virer en paix qui de droit de l’Homme.

Mais parfois, on a pas envie d’attendre les vacances pour être humain, aussi existe-t-il des moyens plus efficaces pour agir sans embêter l’opinion publique, comme par exemple profiter du dimanche (méfiez-vous du samedi, c’est aussi le jour des activités) ou mieux encore, débarquer en soirée au moment où tout le monde est à table. Cela peut se faire soit pendant le film du soir, pendant que tout le monde se demande comment Ben Affleck peut jouer aussi mal, soit vers 20h05, puisque c’est l’heure de Scènes de Ménages, et que l’on se pose peu ou prou les mêmes questions devant son écran.

Cela fait, vous contourner toute la difficulté et pouvez donc expulser simplement et humainement comme bon vous semble : on ne vous embêtera pas. C’est magique.

III. Où agir

S’il existe encore la bonne vieille ruse de la convocation en préfecture qui permet de jouer à domicile (ami sans-papier, quand tu reçois un courrier couvert de postillons, c’est souvent que son rédacteur se marrait en l’imprimant ; méfie-toi donc, cela sent fort la ruse), il existe différents endroits où opérer en paix.

Afin de clarifier mon propos, j’ai réussi à obtenir grâce à mon influence la carte de Paris affichée derrière François Hollande en conseil des ministres. La voici :

J’ai aussi la carte de France, mais elle était copyrightée par Adibou.

Alors, où peut-on humainement arrêter un étranger pour le coller dans un avion direction pauvreté-land (que celui qui a dit "Grèce" se dénonce) ?

Pas à la mairie. A la mairie, l’humain, c’est important. Depuis qu’un petit malin s’est amusé à taguer "Liberté, égalité, fraternité" sur le fronton pour des raisons inconnues, on essaie de faire des efforts. Depuis peu par exemple, on tolère les homosexuels en salle des mariages. Alors si en plus on commence à parler de rajouter des étrangers, ça va être le bordel : attendons un peu.

Pas à l’école. S’il existe bien des manières humaines comme évoquées ci-dessus d’arrêter des écoliers pour leur proposer un séjour linguistique de longue durée au Kosovo, n’oubliez pas que c’est l’endroit de toutes les passions. Mais comme les passions s’arrêtent visiblement à 17 heures, autant ne pas s’embêter. Quant au bus scolaire, là encore, mauvaise idée : pas seulement à cause de l’image, mais aussi parce qu’aucun adulte digne de ce nom ne voudrait y pénétrer, tant l’air y est plus épais pour cause d’effluves de sébum et d’hormones en folie. 

Pas sur le rond point. Parce qu’il y a le gentil Monsieur dessus qui fait la circulation et si tout le monde commence à s’arrêter, ça va être le bordel, alors dit, va expulser ailleurs. N’oubliez pas le vieil adage : "Il n’y a pas meilleur moyen de se décrédibiliser dans l’opinion publique qu’en lui pourrissant ses transports." Pour rappel, il est inscrit au fronton du QG de la RATP.

Pas au Fouquet’s. Expulser humainement, c’est savoir quand il faut se rappeler que la France est un grand pays où chacun a sa place. Par exemple, si la cible est la progéniture d’un émir du Qatar, ou pire, un footballeur en puissance, rangez tasers et matraques. Par contre, s’il est simplement docteur en physique nucléaire à 16 ans, dégagez-le : de toute manière, on a plus de pognon pour la recherche. C’est ça, l’humain. Savoir faire la part des choses.

A domicile. A condition que le sans-papier en ait un, car parfois, il est taquin. Mais si c’est le cas, pas d’inquiétude : si vous ne faites pas trop de bruit dans la cage d’escalier, personne ne sortira pour gueuler. Et vous pourrez donc opérer en paix. Penser à ses concitoyens, c’est essentiel.

Chez quelqu’un d’autre. Attention ! Ici, prudence : là encore pensez humain. S’il peut-être avantageux d’aller chercher la cible lorsque l’on arrive enfin à la localiser, il faut tout de même prendre des pincettes : des mineures à la légalité douteuse invitées chez autrui, ça peut aussi bien être une cachette pour sans-papiers qu’une villa de Berlusconi. Méfiez-vous, donc, un incident diplomatique est si vite arrivé.

Sur la balançoire jaune à gauche de l’écran. C’est bien parce que c’est vous : oui, il est possible de capturer un mineur sans papier sur une balançoire. Soit en remplaçant les cordes du jeu pour enfant la nuit venu pour les remplacer par un gros élastique, et sitôt l’enfant grimpé dessus, s’en servir de catapulte géante pour propulser le marmot jusqu’à Kampala, soit vous pouvez aussi simplement y mettre de la colle pour piéger l’animal et faciliter son transport. Bien sûr, d’autres jeux pour enfants peuvent s’avérer très utiles, comme par exemple la cage à poules, où il suffit simplement de rajouter des barreaux pour piéger toute une famille d’un coup.

Et avec ça, déjà, vous devriez déjà avoir de quoi rendre la France plus humaine selon les critères de l’opinion publique et le niveau des débats actuels.

Résumons.

A écouter les commentateurs, une bonne expulsion, c’est donc :

  • Un adulte, pas un enfant parce que c’est potentiellement kikinou (ce qui n’est pourtant qu’une légende urbaine)
  • Un truc qui se passe loin de ses propres enfants, il ne faudrait pas les perturber.
  • Un truc qui se fasse discrètement, parce qu’on en est pas très fier, mais si ça se voit pas, c’est okay.

Et si c’est fait comme ça, c’est bon : pas d’indignation !

Du coup, je suis rassuré : heureusement qu’il existait un moyen simple de calmer les défenseurs des Droits de l’Homme et autres combattants de la liberté autoproclamés. Et dire que pour un peu, je pensais que c’était le fait d’expulser des mineurs qui les choquait

Je suis naïf, parfois.

C’est fou.

Ce qui est chouette avec les faits divers, c’est que cela engendre toujours quantité de réactions.

Or, les réactions sont probablement ce qu’il y a de mieux : c’est en effet là que s’exprime à peu près tout sauf les discours raisonnés, puisque le raisonnement nécessitant du temps et de la réflexion, c’est bien là une chose trouvant rarement sa place dans un reportage d’1mn30 dans un quelconque journal télévisé, entre un reportage sur les prix de l’essence sur la route des vacances et un autre sur pour ou contre le top-less (un sujet majeur, j’en conviens). On a donc le droit à ce qui se fait de mieux en terme de débat public : la réaction foireuse, celle pleine de pathos qui fait appel aux tripes et pas au cerveau : un seul des deux se déclenche au moins une fois par jour (sauf forte constipation).

Ainsi, il y a quelques temps encore, je continuais de m’émerveiller en constatant dans divers médias que le traitement de l’affaire Méric n’était pas terminé, et que continuaient donc de s’échanger les plus beaux arguments de la Terre. Pour celles et ceux qui n’auraient pas le bon goût de vivre sous les cieux enchanteurs du royaume de France, l’affaire Méric se résume ainsi : il y a quelques semaines un type d’extrême-droite n’aimant pas beaucoup les gens de l’extrême gauche a tué dans une rixe un type d’extrême-gauche n’aimant pas beaucoup les gens d’extrême-droite.  La conclusion fut donc la suivante : non seulement se taper sur la gueule et s’entretuer, c’est mal (jusqu’ici, l’analyse était déjà assez poussée), mais en plus, ça serait bien de dissoudre… les groupes d’extrême-droite.

D’accord. Et ce qui fut donc dit fut donc décidé.

C’est donc ici bon lecteur que votre serviteur sourcille. Non pas suite à un amour immodéré pour l’extrême-droite (même si chacun connait ma passion pour le char Tigre, toujours utile au péage en ces temps de vacances pour aider le type devant vous à se dépêcher de ramasser le ticket qu’il n’aura pas manqué de faire tomber, le gredin), mais simplement parce qu’il parait assez intéressant de noter que dans le cas présent, ce qui a posé problème n’est pas l’idéologie d’un camp (la gauche ou la droite) mais ses méthodes (à savoir l’extrémisme, qui est à la réflexion ce que Jean-Pierre Pernaut est au journalisme). Et ça tombe bien, de leur propre aveu, les deux camps ont recours aux même, et évoquent sans trop de problèmes le fait d’en venir aux mains, à la batte ou à tout autre objet contondant tel qu’une Twingo. Si ça vous intéresse, pas mal de journaux ont fait des portraits de membres d’un camp ou de l’autre, et tous deux revendiquent assez fièrement le fait de faire des "descentes" ou de distribuer des torgnoles à tire-larigot. Un hobby que je serais bien malvenu de critiquer cela dit, moi-même le pratiquant mais essentiellement sur les enfants (ils ripostent plus difficilement ou au mieux, vous giflent le genou en retour avant que ce dernier ne vienne les aider à perdre leurs dents de lait, mais je m’égare).

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"Bon, et là on y va, on leur pète la gueule et on fait taire leurs idées ! Putain dire que ces cons pensent qu’ils ont raison !
- Ahaha, c’est clair ! Quand je pense qu’ils veulent nous péter la gueule pour faire taire nos idées alors qu’on a raison, faut vraiment être con."

Ainsi donc, quantité de groupes d’extrême-droite viennent d’être officiellement dissous, ce qui ne les empêchera probablement pas de se reformer sous d’autres noms plus discrets, comme par exemple l’Association Historique des Amis des Chorales Bavaroises de 1933.

Du coup, prenons les faits :

  • Des extrémistes se battent entre eux. Que ce soit pour savoir si Marx ou Adolf avait la plus belle pilosité faciale est sûrement fascinant, mais bizarrement, le problème est que s’ils n’avaient pas été extrémistes mais vaguement ouverts, ils auraient peut-être pu en discuter. Un détail, sûrement.
  • Suite à un Blitzkrieg no jutsu mal bloqué par un Lenin’s Dragon Skin, le militant d’extrême gauche tombe et meurt
  • D’ailleurs, oui, on a le droit à ce genre de blagues : n’oubliez pas les enfants, le premier des respects dû aux morts est d’en parler comme s’ils étaient vivants. Sinon, c’est un peu hypocrite, et comme même les candidates de télé-réalité connaissent ce mot, bon
  • Conséquence de la mort, tout le monde s’indigne et on décide d’interdire divers groupes d’extrême-droite
  • On sait très bien que ça ne sert à rien puisqu’ils vont se reformer ailleurs, mais on les punit symboliquement, pourquoi pas
  • L’autre camp impliqué dans la baston, lui, organise par contre des défilés en mémoire de leur camarade tombé et de ses idées
  • Le recul étant une notion un peu chiante, on écrit même des articles sur des lycéennes qui décident d’en parler dans toutes leurs copies au bac en comparant feu le militant d’extrême-gauche avec Stéphane Hessel ou Nelson Mandela, sans que personne ne fasse remarquer qu’ils étaient tous deux des diplomates n’ayant eu recours à la violence que lorsqu’ils ne pouvaient plus faire autrement et condamnant fermement l’extrémisme et l’irrespect des autres opinions, probablement un détail assez méconnu puisque ne représentant que l’ensemble de leur carrière

Parfois, le soir, en écrasant mon cigare sur le dos courbé de Diego pour avoir osé proposer de mettre du coca dans mon whisky, je me demande si lors de la prochaine rixe, si cette fois-ci c’est un type d’extrême droite qui meurt, on les laissera défiler dans les rues en hurlant leurs slogans magiques tout en disant à l’extrême-gauche qu’on ne veut plus la voir, la vilaine. J’imagine déjà ce spectacle avec bonheur, tant j’ai une certaine bienveillance pour les skinheads : au moins, eux vont jusqu’au bout en essayant par tous les moyens de ressembler à des glands. Mais je diverge une fois encore, si je puis me permettre. Enfin, je me comprends.

Bref, disais-je : j’ai une véritable admiration pour celles et ceux, qui, dans une baston entre extrême-gauche et extrême-droite, n’arrivent pas trouver dans ces deux appellations le mot commun qui pose vaguement problème. C’est vrai que c’est pas facile, pfou. Je crois que ça ferait une bonne énigme pour le Journal de Mickey (certains s’étant arrêtés à cette phrase avant d’aller lire la suite, on parle bien de méthodes, pas d’idéologie, c’est aussi marqué au début de l’article, en fait).

Jeu : essayez de savoir si ces gens sont fascistes ou antifascistes. Histoire de savoir s’il faut les interdire ou les applaudir.

Ainsi, on tolérerait l’utilisation arbitraire de la force par un camp et non par l’autre, puisque tous deux reconnaissent bien volontiers l’utiliser l’un contre l’autre au nom de leurs idéaux, ce qui laisserait entendre qu’il y aurait un côté lumineux de celle-ci et que donc, celui-ci ne poserait pas de problème. Après tout, c’est bien normal de péter la gueule de quelqu’un à partir du moment où il véhicule des idées différentes des vôtres, aussi nauséabondes soient-elles. Nan passque tu vois, moi, ch’uis un défenseur de la liberté, s’pour ça que j’laisse pas les autres s’essprimer, t’vois. Un raisonnement tout à fait intéressant, puisque vous pouvez faire le test : mettez n’importe quel extrémiste amateur de claques à côté d’un Choco-BN, au bout de 10 minutes d’entretien, c’est curieusement le Choco-BN qui a l’air le plus malin. Pour un peu vous le verriez fumer la pipe d’un air méprisant. Même si lui aussi commence à fondre devant la masse de non-sens et d’absurdités historiques débitées à la minute. Que l’on parle de politique, de religion ou d’autre chose, d’ailleurs.

Mangez le BN quand même ensuite, ce serait ballot de gâcher. Laissez juste la pipe de côté.

En tout cas visiblement, là encore, malgré les centaines de personnes invitées à débattre de l’affaire, le mot extrémisme n’a jamais posé problème. D’ailleurs, lorsqu’une paire de petits malins a dit "Hep ! Et pourquoi dans cette affaire, on ne dissout pas l’extrême-gauche aussi ?"  notre premier ministre a eu le bon goût "d’appeler à la retenue". Hmmm, "retenue" comme dans "faire preuve d’extrémisme serait mauvais" ? C’est moi ou il y avait un énorme contresens dans ce raisonnement ? C’est intéressant. Quand on aime les mauvais scripts, du moins.

Cependant, allez, mettons que la décision soit parfaitement pertinente. Prenons les faits, un truc d’ailleurs pas très intéressant.

Car en effet, si tout le monde couine à la montée de l’extrême-droite en France et en Europe voire au-delà, chacun estime que hohoho, non, il n’est pas responsable. Sûrement que tout cela est la faute de farfadets nazis qui viennent la nuit déposer des exemplaires de Mein Kampf sous les oreillers. Sacrés farfadets, quels taquins.

Non parce que, pour ceux qui ne l’auraient pas remarqué, depuis 40 ans, du moins en France, l’extrême-droite a une seule stratégie : se poser en victime. Et depuis 40 ans, elle progresse. Avec d’ailleurs, dans la plupart de ses discours, des références à des affaires de justice où le Front National, là encore, explique être du côté des victimes de l’injustice. Hmmm, un peu comme si on essayait d’attirer à soi :

  • les bonnes gens, en se disant du côté des opprimés (même votre voisin a un paladin de niveau 2 qui sommeille en lui)
  • les théoriciens du complot, en disant que l’on est opprimé soi-même

Du coup, comment combat-on l’extrême-droite ? Ho bin tiens, si on leur donnait plein de prétextes pour crier à l’injustice ? Et au complot ? Et au pouvoir qui tente de les museler et pas les autres ? Ou tiens, si on utilisait exactement les méthodes qu’on leur reproche en se disant antifacho ? Comme le disait Winston Churchill, qui s’y connaissait probablement bien moins en fascisme qu’une lycéenne passant son bac : « les fascistes de demain seront les antifascistes » (on me souffle que c’est un hoax dans les commentaires, je m’en remettrai donc à son perroquet, qui parlait aussi de fascisme et bien d’autres mots en f) . Mais c’est probablement notre passion commune pour le cigare et les aventures du Bismarck qui trouble ma pensée.

Et puis bon, c’est un personnage historique assez obscur, personne n’en a entendu parler et il disait sûrement ça pour déconner.

Du coup, je ne dis pas que dissoudre les groupes des deux camps aurait été plus efficace : leurs membres ne vont pas subitement disparaître ou se dire qu’ils vont se mettre au macramé et à l’amour de la nature, mais qu’au moins, quitte à punir, autant être juste et vaguement sérieux, a minima ça ne donne pas de biscotte. Sinon, c’est non seulement incohérent, mais en plus contre-productif. Mais bon, hein, si en plus il faut s’intéresser à ce que l’on fait, merde alors !

Conjugaison

Pour les plus jeunes, un extrait du tableau de conjugaison du verbe "convaincre" qui à ce qu’il parait, est vaguement plus efficace que le verbe "Tabasser comme un blaireau bas du front". En fait, c’est même comme ça qu’une idéologie progresse, flûte alors.

Bref, la démocratie, finalement, ça a l’air d’être un truc vachement compliqué, puisque visiblement même ses défenseurs n’ont pas bien pigé les règles.

C’est vachement plus simple avec des gentils et des méchants quand même.

Alors qu’en fait, la première loi est simple : tout le monde a le droit d’être un gros con.

Sinon, une bonne partie de l’humanité vivrait dans l’illégalité.

Il est, je le crains, temps d’annoncer la terrible nouvelle : ce blog serait sexiste.

Rougissez malandrins, blanchissez gourgandines, car la honte et la peur devraient à cet instant gagner votre petit coeur, vous rappelant votre écart du droit chemin vers l’égalité des individus. Enfin, je vous dis ça : c’est ce que j’ai lu, hein. Car il paraîtrait, au vu des derniers articles sur ce blog se moquant d’une analyse prouvant que le Roi Lion était une oeuvre machisto-fasciste ou accusant les FEMEN de ne pas toujours agir avec sagesse, que par conséquent il s’agirait ici de l’antre puante du patriarcat.

Bon, remarquez, j’aurais compris si les accusateurs avaient évoqué les diverses références au GHB, dissimulation de jeunes filles dans les coffres ou les sous-bois voire le fait que je me serve d’une collaboratrice comme table basse, mais cela n’a curieusement jamais été avancé. Un phénomène assez mystérieux. Et… raah, arrêtez de trembler Ludivine, ça m’empêche d’écrire correctement !

Toujours est-il qu’en cette période où l’Assemblée Nationale française a voté la proposition d’Osez le féminisme, sur le scrutin binominal aux élections cantonales, à savoir qu’au lieu d’un élu à un poste, vous aurez deux élus, un homme et une femme, pour s’assurer de lutter contre le sexisme, il convient de développer céans une notion essentielle trop peu connue :

Henri Désiré Landru à son procès, découvrant qu’on ne lui reproche pas tant les meurtres que d’avoir regardé Aladdin

L’agnoslipisme

Là où les religions peuvent se déchirer entre christianisme, islamisme, judaïsme et Nicolas Cagisme, il existe d’autres voies : l’athéisme, bien sûr, mais aussi l’agnosticisme ainsi que l’apathéisme. L’agnosticisme étant l’incapacité à déterminer l’existence de Dieu, et l’apathéisme de s’en moquer éperdument. Il en va donc de même avec le sexe : machisme, masculinisme, féminisme voire priapisme voient aussi d’autres voies de dessiner de manière proche. Ainsi, pour des raisons de simplicité, nous mélangerons l’agnosticisme et l’apathéisme en un seul concept, à savoir l’agnoslipisme : l’art de ne pas aller voir ce qu’il y a dans le slip de son prochain et de ne pas en tenir compte en dehors des situations impliquant des échanges de fluides. Bon, et puis "agnoslip", ça sonne quand même mieux que "apaslip", qui ressemble plus au cri désespéré d’un député conservateur sur une plage nudiste.

Passons.

Définition

L’agnoslipisme est donc la capacité à ne pas prêter attention au sexe d’autrui en dehors des tentatives d’accouplement, la chose pouvant alors avoir une certaine importance. L’agnoslipisme n’existe bien évidemment pas dans le hentai, où, de toute manière, tout le monde n’a que des tentacules, alors on est plus à ça près. Mais tout de même ! L’agnoslip, terme désigné pour employer un suivant de la doctrine agnoslipe, est souvent l’ennemi des quotas, puisqu’il ne comprend pas trop en quoi le contenu d’un slip peut être essentiel dans une prise de décision n’ayant objectivement strictement rien à voir. De la même manière, l’agnoslip n’écrit pas agnoslip-e-s ou agnoslipE (oui, j’ai découvert que maintenant, la mode était de rajouter un E majuscule à la fin de tous les mots pour ne pas paraître sexiste) quand il écrit quelque part, puisqu’il se fiche éperdument de connaître le sexe de la personne qu’il désigne et accessoirement, qu’il respecte la langue française, qui est un féminin, ce qui n’est pas une raison pour la violer dans des tournantes de barbarismes.

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Paris XVIIe, 1er mars 2013, locaux de la brigade des moeurs.

"Interrogatoire de Mme la Langue Française, qui vient déposer plainte pour les pratiques dégradantes qu’elle aurait subies. On vous écoute, racontez-nous ce qu’il s’est passé.
- Ils… ils étaient nombreux ! Si nombreux ! 
- Où est-ce que cela est arrivé ?
- Je ne sais plus, tout est allé si vite… parfois, ils me font du mal sur des Skyblogs… parfois sur des pétitions. Et dans des statuts Facebook, ho, si vous saviez !
- Est-ce que vous pouvez nous décrire ce qu’ils vous ont fait ?
- C’est encore difficile… 
- Indiquez-moi sur ce Bescherelle où ils vous ont touché. 
- Ici…
- Là, sur les terminaisons ? C’est immonde !
- Ils… ils y mettaient des tirets, parfois des -e placés aléatoirement… et ces majuscules, Seigneur ! Je préfère ne pas vous parler de l’emploi du pluriel.
- Je crois que… que j’ai moi aussi besoin de prendre un peu l’air soudainement… c’est si abominable…"

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Histoire

L’agnoslipisme serait né au IVe siècle avant notre ère à Athènes, lorsqu’Aspasie fille de Xénophon se rendit sur l’agora en compagnie d’Eschyle, son mari. Ils étaient venus trouver Platon qui, comme à son habitude, était en train de gaver un groupe de jeunes gens à l’aide de diverses platitudes d’où lui venait son nom, puisqu’en réalité il s’appelait Gérard Roubieux. Aspasie demanda donc à Platon : "Platon, vois donc l’Olympe : chaque Dieu y a sa compagne, formant une extraordinaire parité ! Pourquoi est-ce que nous autres, les Grecs, ne nous inspirons-nous pas de nos dieux pour faire de notre forum un endroit où pour chaque voix d’homme s’exprimerait aussi une voix de femme ?". Le vieil homme se leva et prenant un bâton, il dessina du bout de celui-ci dans la terre humide un étrange schéma. "Vois cette grotte, Aspasie", lui dit-il "Imagine que s’y trouvent des hommes et des femmes enchaînés, dos à la lumière du jour, qui ne voient du monde extérieur que des ombres se reflétant sur les parois, alors qu’eux-même sont tant et si bien plongés dans l’obscurité qu’ils ne peuvent voir leur propre corps. Maintenant, imagine qu’un débat éclate entre ces personnes pour savoir si l’ombre qu’ils voient sur le mur ressemble plutôt à un hippopotame ou à un éléphant : crois-tu vraiment que leur sexe à quelque chose avec le débat ?"

Aspasie, troublée par la sagesse du vieil homme, répondit "Bien sûr que oui, car potentiellement, cela peut aider un mec à faire une trompe en ombre chinoise." Après avoir copieusement pété la gueule à Aspasie, Eschyle et Platon la balancèrent dans la mer Egée lestée d’une dalle en marbre. Puis, ils firent jouer la garantie auprès de Xénophon, mais là n’est pas la question.

Rappelons que Platon était tellement lourd que même les pirates qui le capturèrent un jour voulurent s’en délester au plus vite. Des gens de bon sens.

Mais le mal était fait : Platon avait inventé le concept d’agnoslipisme, alors agnotogisme pour d’évidentes raisons, en invoquant le fait que l’entrejambe de son prochain n’avait pas à être prise en compte dans un débat d’idée. Il invoquait du même coup l’allégorie de la caverne, faisant ainsi la joie de quantité de copies de bac et la terreur d’autant de correcteurs.

Le comportement agnoslipe : une dangereuse dérive

Dans l’antiquité, l’agnoslipisme était relativement accepté, comme le prouve le commencement de la religion chrétienne, alors que l’on se contentait d’accepter que Dieu et les anges n’avaient pas de sexe, et que c’était très bien ainsi d’un point de vue tant religieux qu’hygiénique, même si cela donnait une image relativement chiante du Paradis comparé à d’autres religions où l’on parle de copulations à n’en plus finir plutôt que de gratter des tac-o-tac avec Saint Pierre pour gagner deux places pour le prochain concert de luth.

Mais l’Eglise finit par dériver, et commença à introduire le sexe (chut, on se concentre) dans sa doctrine (vous n’êtes pas concentrés, retirez-immédiatement ces calembours de vos esprits malades) : savoir qui a le droit de copuler avec qui, pourquoi et quand, ou tout simplement interdire la prêtrise aux femmes pour qu’il y ait au moins une robe qu’elle ne puisse pas insister pour acheter (et puis cela permettait de caser le célèbre "Passe ton âme d’abord" dans les conversations, permettant ainsi d’égayer les jours tristes d’un âge obscur où le principal loisir de la population était de construire des maisons en bouse avant la prochaine invasion des anglois).

Evidemment, si le temps a fini par effriter la foi d’une bonne partie de la population, plus guère convaincue par le fait que Dieu envoyait sa foudre sur quiconque couchait sans vouloir forcément se reproduire à la vue de Silvio Berlusconi toujours pas transformé en paratonnerre, cette volonté de voir le monde par le prisme du sexe n’a pour autant pas disparu.

Ainsi, dans une même phrase, des gens peuvent ouvertement s’insurger du fait que l’Eglise fasse des discours sur le sexe, mais applaudit des deux mains lorsque l’assemblée nationale légifère de manière contraignante sur celui-ci pour interdire à telle ou telle personne de se présenter ici ou là parce qu’elle n’est pas née avec le bon chromosome. Comme quoi, c’est rigolo l’indignation.

L’agnoslip, lui, a une doctrine simple : "le contenu de mon slip ne regarde que moi et les personnes consentantes qui iraient bien regarder", voir éventuellement les chèvres dans certains domaines militaires, mais nous entrons la dans des cas particuliers qu’il ne convient pas de traiter aujourd’hui.

Lorsque ceci est au coeur de votre politique électorale, il ne faut pas s’étonner que le reste ne vole guère plus haut

L’agnoslip est donc généralement opposé à toute politique de quota de sexe qui, par définition, est sexiste.

Exemple : "Au nom de la lutte contre le sexisme, permettez-moi de faire entrer votre culotte dans mes critères de recrutement : alors dites-moi, qu’y a-t-il dedans ?"

Ainsi, par exemple, là où certains se félicitent d’une avancée sur l’égalité, n’oublions pas que si, par exemple, un transexuel voulait se présenter à une élection, cela donnerait trois semaines de débats journalistiques pour savoir si, médicalement et administrativement, cette personne a le droit de s’exprimer à l’assemblée. Et ce en se basant une uniquement sur un critère n’ayant strictement rien à voir avec la choucroute. Magique n’est-ce pas ? Je trouve aussi. Je pense que la balance commerciale déficitaire du pays est essentiellement due aux imports massifs de schnouf pour alimenter tous ces nez bien inspirés (hohoho).

D’ailleurs, en cas de candidature de Vincent McDoom ou Christine Bravo, nous serions bien emmerdés de savoir dans quel quota les caser. Et j’ignore si notre budget serait suffisant pour motiver des experts à se pencher sur la question, mais passons.

L’agnoslipe français est donc très malheureux, puisque son pays est le seul à avoir ces curieuses pratiques visant à s’occuper de ce qui ne le regarde en rien pour tenter d’établir un principe d’égalité mathématique plutôt que celui d’égalité de droit (généralement d’ailleurs, vous noterez que les militants pro-quotas sont les premiers à s’opposer à "la politique du chiffre", ce qui est assez formidable). Et maintenant, il va pouvoir se retrouver à élire deux personnes à un poste, car les combattants du sexisme expliquent qu’ils refusent d’être représentés par un élu qui ne soit pas de leur sexe.

Je vous la refais autrement : "Non mais je ne suis pas raciste, mais au nom de l’égalité, je refuse d’être représenté par un noir."

De la même manière, j’espère qu’Osez le féminisme applaudit des deux mains cette proposition issue de ses rangs, qui interdit désormais à toute femme de se présenter sans un homme. On attend avec impatience le moment où quelqu’un va réaliser qu’une seule personne pour un seul poste, c’est drôlement plus pratique pour prendre des décisions sur un dossier, ou que deux femmes vont vouloir se présenter ensemble, et qu’au nom du féminisme, on leur interdira.

Il est donc intéressant de voir, qu’à l’heure du mariage pour tous, l’homosexualité binominale vient d’être interdite.

Ouf : heureusement que les partisans de la tolérance étaient là.

F.A.Q

Mais alors… les agnoslipes se moquent du sexisme ? Hein ? Bande de petits bâtards !

Non : l’agnoslipe ne se base que sur une règle simple :  y a-t-il une barrière à l’entrée d’une assemblée ou d’un groupe quelconque pour un sexe ? Si oui, il n’y a pas égalité de droit, l’agnoslipe s’insurge. Sinon, il se moque de savoir si un sexe est majoritaire et il s’occupe plutôt de trucs importants, comme par exemple, où se trouve la soirée barbecue la plus proche pour emmener ses interlocuteurs grognons lécher la grille en pleine cuisson.

Je porte des boxers, des strings voire parfois rien du tout, car j’aime sentir le vent fouetter mes cuisses quand je traverse Paris à vélo poursuivi par la police municipale, suis-je agnoslipe quand même ?

Vous êtes exhibitionniste, c’est un autre sujet. Ou ancien président de la République, mais là, c’est plus grave : vous vous rendez compte que vous avez géré un pays sans un binome paritaire ? Comment avez-vous fait ?

Comment puis-je savoir que je suis agnoslipe ?

Quand vous écoutez quelqu’un parler à la radio, est-ce que vous écoutez ce qu’il dit ou foncez-vous cherchez son carnet médical ? Si c’est la première solution, vous êtes agnoslipe. Si c’est la seconde vous êtes probablement un dangereux psychopathe.

Attendez, vous voudriez dire que… vous ne seriez pas un affreux machiste ?

Allons, allons ! C’est très personnel comme question, je ne peux me permettre d’y répondre. Surtout que là, déjà, je suis relativement peu concentré, j’ai un autre problème à traiter :

Ludivine, je vous ai prévenue : arrêtez de trembler ou je vous permute avec Cynthia pour me servir de tabouret.

Ça vous est tous arrivé un jour.

Alors que vous étiez en train de lire un quelconque ouvrage, ou de réviser on ne sait quelle leçon, arrivé en bas de la page vous avez réalisé que vous n’aviez pas la moindre idée de ce que vous veniez de lire. L’inquisition espagnole aurait pu défoncer la porte et vous sommer d’expliquer le sens de ce que vous veniez de consulter en vous menaçant de quelconques abominables tortures, comme de vous faire assister à une conférence de Bernard-Henri Lévy, vous n’auriez su trouver le moindre mot pour résumer ce que vos yeux étaient supposés avoir assimilé.

Pourtant, en relisant, tout cela vous disait bien quelque chose : vous l’aviez lu, mais votre cerveau n’y avait trouvé aucun sens.

C’est exactement le métier des experts, non pas ceux de la série à base de caméra qui zooment suffisamment pour pouvoir accuser Cricri la fourmi du meurtre de Crocro le haricot, mais bien de ces abominables créatures dont la vie consiste à rédiger des textes imbitables et des Powerpoints qui attaquent la rétine (mais si, ceux où chaque changement de diapo a une animation différente, souvenez-vous), et dont l’objectif ultime est de se faire payer pour intervenir lors d’interminables réunions auxquelles tout le monde assiste mais personne ne trouve d’intérêt (à part de faire avancer la cause de l’euthanasie).

Et bien, parfois, il arrive que l’un de ces experts soit pris sur le vif : c’est le cas de Jacques-Alain Miller, psychanalyste hantant les colonnes du Point pour expliquer longuement aux lecteurs en quoi sa science et son expertise lui permettent de disséquer la situation politique française mieux que personne. Et si cela fait trop longtemps que vous n’étiez pas tombé sur un texte capable de vous anesthésier le cerveau dès le premier paragraphe, alors régalez-vous : l’article complet est . Aussi, plutôt que de critiquer le quelconque baratin d’un expert classique lors d’une réunion, observons tous ensemble le propos d’un de ces fameux larrons pour avoir ainsi une référence commune à bâcher.

Pour ceux qui n’auraient pas suivi la situation politique française de ces dernières semaines, puisque vous étiez trop occupé à chercher un article capable de vous expliquer quel était l’intérêt de la WiiU (à ce qu’il parait qu’on peut en trouver sous le sabot des licornes) ou simplement que vous habitez une contrée sauvage et reculée comme le Québec (ne nie pas, ami trappeur), permettez-moi de résumer la semaine dernière :

L’UMP, principal parti de droite de l’échiquier politique français, organisait des primaires pour désigner son prochain patron. Hélas, les deux candidats arrivés au coude à coude, Jean-François Copé et François Fillon, ont eu bien du mal à se départager, se proclamant tour à tour vainqueur et accusant l’autre d’avoir triché comme de vulgaires équipes d’Intervilles. Finalement, diverses commissions ont proclamé Jean-François vainqueur d’une poignée de voix, et François a décidé de faire tous les recours possibles puisque continuant de douter des résultats. Finalement, et après s’être bien bagarrés, François a fait appel à Alain Juppé, éminence grise locale, pour qu’il vienne essayer de trouver une solution diplomatique en s’interposant tel un petit casque bleu (ou une vachette, si l’on reprend la référence précédente).

Vous avez compris ?

Jean-François et François se chamaillaient pour savoir qui avait gagné, et Alain a été appelé pour une mission bisous.

Rien de bien compliqué.

Dans le monde des experts, tout le monde s'éclate en réunion et meurt d'envie de les entendre un peu plus analyser les choses

Dans le monde des experts, tout le monde s’éclate en réunion et meurt d’envie de les entendre un peu plus analyser les choses

Du moins, jusqu’à l’intervention de Jacques-Alain Miller, expert et psychanalyste, rien que ça, qui à défaut de vous expliquer la situation a… heu… bon, regardons ensemble la puissance de notre expert local ! Et attention, parce que là, on peut carrément parler d’artiste. Lisez plutôt.

Le jour se lève, le cessez-le-feu tient toujours. On respire. On attend le "teafortwo-plus un" prévu dimanche à 19 heures, qui doit réunir à Paris Jean-François Copé et François Fillon à l’initiative d’Alain Juppé.

Premier paragraphe et première ligne : on reconnait l’expert à sa capacité à caser des anglicismes pour un oui ou pour un non. Par exemple, ici c’est plutôt pour un non, puisqu’en fait, ça n’a rien à voir avec un tea for two puisqu’ils sont trois et que notre homme lui-même l’admet. Mais bon, il avait envie, alors il l’a mis parce qu’il trouvait ça rigolo.

C’est à cela que l’on reconnait les pros.

On voudrait s’y introduire, n’est-ce pas, comme une petite souris. Une journaliste politique, Geneviève Tabouis, est restée célèbre pour ses émissions de radio, les Dernières nouvelles de demain, qui débutaient sempiternellement par la formule : "Attendez-vous à savoir…" Nous n’avons ici ni ses dons de pythonisse, ni ses réseaux d’informateurs privilégiés. Voyons si nous pouvons risquer quelques prévisions en prenant les choses comme Rouletabille, par "le bon bout de la raison".

L’expert aime aussi le name-dropping, le name-bombing (oui, moi aussi je sais mettre des anglicismes partout) et autres petits bonheurs qui servent ici à dire "Vous vous souvenez de Machine ? Ouais, Machine et son émission et tout… vous voyez ? Non parce que moi, je connais bien. Et bien en fait rien à voir !". Je ne sais pas vous, mais quelque chose me dit que le Monsieur est payé au caractère. A défaut de rouler ses billes, autant les placer.

[...] La Maison Fillon sera dépecée. Une négociation s’entame. Demandons-nous quel est, pour chacun des protagonistes, son impératif majeur.

Nous dit-on quelques lignes plus bas. C’est rigolo de mettre dès le début de l’article sa conclusion "Fillon a perdu". Savourons le type qui commence son analyse par un constat sorti de nulle part pour s’appuyer dessus par la suite. Mais c’est vrai que c’est pratique, tout de même puisque du coup on a toujours raison. On appelle ça un axiome, c’est très rigolo comme principe. "Mais non, je n’ai pas tort puisque j’ai dit que j’avais raison !".

Mais ne nous arrêtons pas là, car après quelques paragraphes de vent à répéter la même chose, notre homme décide de continuer sa fine analyse dans ce qui, je le rappelle, prétend être un site de journalisme :

Le principe de Jean-François Copé fait-il la preuve de son égoïsme ? Mérite-t-il une censure morale ? Est-ce le fait d’un "voyou", comme le suggère Marianne ce matin ? Non, pas nécessairement. Le président en exercice de l’UMP soutient que ce n’est que justice que de lui reconnaître sa victoire, et, dit l’adage, "Fiat justitia, et pereat mundus", traduit par "Que justice soit faite, quand bien même le monde devrait en périr". Ce fut la devise de Ferdinand Ier, empereur du Saint-Empire germanique, et Kant la commente dans l’une des annexes de son Projet de paix perpétuelle de 1795. Cette sentence, juge-t-il, est cavalière, mais elle est vraie, et elle témoigne de "l’idée, rationnelle et pure, d’un devoir-être inconditionnel" (J. Boulad-Ayoub, "La prudence du serpent et la simplicité de la colombe…", 1997).

Si vous regardez bien, sur un paragraphe de 7 lignes, seules les deux premières ont un rapport avec le sujet. A partir de la 3e, notre puissant psychanalyste se contente de coller lui-même un adage puis de l’analyser en balançant des références et citations pour faire mec qui a travaillé son sujet. Sauf que ça n’a aucun rapport avec la choucroute. La choucroute est un plat typique du Saint Empire Romain germanique, et comme le disait Léopold-Guillaume d’Hasbourg "Ch’est bon". Cette sentence, certes cavalière mais bien vraie, témoigne du fait que la choucroute est à la fois "délicieuse, fournie bien que parfois bourrative, et du genre à parfumer le lit conjugal" (A. Misou-Misou, "Musique de chambre et pétomanie, ode aux plus grands airs"). Hooo bon sang, je ne sais pas ce qui m’a pris je… je… je crois que je suis fin prêt à écrire pour le Point.

Kant détermine le "mundus" ici en question comme "les méchants en ce monde", et on voit en effet Jean-François Copé prêter à François Fillon des motifs infâmes : ressentiment, envie, mépris du suffrage universel, invitation au suicide collectif… On dira que c’est fort injuste pour François Fillon, et qu’il est dans cette affaire le gentil, l’homme honnête, décent, désintéressé, qui n’a pas d’autre impératif avoué que : "Il faut sauver l’honneur du parti !" Sans doute. Cependant, l’honneur d’un parti politique, c’est là une notion très aventurée, dont il n’est pas avéré qu’elle ait la moindre traduction pratique. Même à admettre que l’honneur d’un parti politique est quelque chose qui puisse se perdre, rien ne prouve qu’il ne puisse se raccommoder, comme le pucelage des filles de Venise selon Casanova. D’une façon générale, concernant les rapports de la morale et de la politique, les propos de François Fillon et de ses partisans témoignent d’une conception qui les a mis hors jeu, comme on le verra en revenant à la négociation en cours à l’UMP.

Si vous ne vous êtes pas endormi à mi-chemin (mais je sais que vous êtes fort puisque vous me lisez ; très honnêtement, je ne serais pas moi, je ne me lirais pas, je suis beaucoup trop bavard), et que vous êtes toujours en train de chercher ce que Kant et Casanova viennent faire dans cette analyse qui pour l’instant, ne dit strictement rien à part "Vous voyez, je vous l’avais dit que François Fillon s’était perdu, bon, je n’ai toujours amené aucun fait, mais promis, je le fais plus tard". Et comme vous l’aurez deviné : ça n’arrivera pas. Peut-on raccommoder l’honneur d’un crypto-journaliste ? Qu’en dirait Casanova ? En parlerait-il aux filles de Venise ? Ou est-ce un coup à les faire fuir tant elles ont autre chose à faire que d’écouter du vent ? Quant à Kant, que vient-il faire là, à part sonner de manière rigolote dans "Quant à Kant" ? Mystère.

D'autres adeptes du name-bombing : les hipsters. Un principe rigolo, qui consiste à dire qu'à défaut de comprendre quelque chose, on connait quelqu'un qui sait.

D’autres adeptes du name-bombing : les hipsters. Un principe utile pour eux qui consiste à dire qu’à défaut de comprendre quelque chose, ils connaissent quelqu’un qui sait. Intelligence et éducation, deux choses différentes.

On peut raisonnablement prévoir son issue. Il suffit de s’inspirer de la théorie mathématique des jeux, voire simplement de la théorie des ensembles. Dans le contexte du duel Copé-Fillon, dont l’enjeu était la présidence de l’UMP, nous étions devant un jeu "à somme nulle" : ce que l’un perd, l’autre le gagne, et vice versa ; c’est Fillon le président, ou c’est Copé. Pas de milieu. Tout change avec l’apparition dans le jeu d’un nouveau joueur, Alain Juppé. Non pas que nous ayons maintenant trois joueurs. Comme nous l’avons expliqué, il se substitue au joueur Fillon. Seulement, et tout est là, il ne s’y substitue pas à la même place.

Vous connaissez la théorie des jeux ? La théorie des ensembles ? Non ? Ce n’est pas grave, lui non plus.

La preuve : en fait, il ne va plus en parler, ni même y faire référence, c’était juste pour les caser. Ce n’est pas beau, ça, tout de même ? Mais là encore, personne ne lui a fait remarquer.

Notez d’ailleurs le : "Non pas que nous ayons maintenant trois joueurs. Comme nous l’avons expliqué, il se substitue au joueur Fillon. Seulement, et tout est là, il ne s’y substitue pas à la même place."

Attention, définition du verbe "substituer" selon le Larousse : Mettre quelqu’un, quelque chose en lieu et place de quelqu’un, de quelque chose d’autre. "Substituer (se)" : Prendre la place de quelqu’un, de quelque chose. Mais ce n’est pas grave, notre expert et journaliste n’a pas froid aux yeux : il vous explique que quelqu’un prend la place de quelqu’un d’autre, mais pas à la même place. Hmmmoui, on peut appeler ça du caca. Aussi. Mais c’est un peu direct, il ne faudrait pas brusquer l’animal. Je rappelle tout de même qu’il écrit dans un journal ayant pignon sur rue, si en plus il faut faire des phrases qui veulent dire quelque chose, mais où va-t-on ?

Le fait capital, c’est que, désormais, l’enjeu n’est plus le même. Alain Juppé a su l’énoncer avec une parfaite lucidité. Jeudi après-midi, dans le communiqué où il posait son premier "ultimatum", il écrivait ceci : "Ce qui est désormais en cause, ce n’est plus la présidence de l’UMP, c’est l’existence même de l’UMP." Ce dit est transformationnel. Il change la nature même de la situation, et la logique qui l’anime. Nous n’avons plus affaire à un jeu à somme nulle, où les joueurs sont des adversaires se disputant le même gain. À la différence du duel Copé-Fillon, le duel Copé-Juppé est un jeu du type coopératif.

"Coopératif". Là encore, un mot relativement compliqué, puisque non seulement faire des duels coopératifs est relativement compliqué, mais en plus, rappelons que la "coopération" était tellement amicale qu’au final, elle n’a duré que 25 minutes, mais j’y reviendrai (et moi, je le fais : mais je n’écris pas dans un grand journal, je ne dois pas savoir, enfin je dis ça…). Ah et au fait, sinon, François Fillon là-dedans ? Non parce que qu’il est quand même un peu à l’origine de tout cela, ça vaut le coup d’encore en parler ou bien ? Non ?

Et bien non. Oublions-le.

Quel sens de l’analyse. C’était quand même pas compliqué : il n’y avait que trois personnages à retenir. Dont deux impliqués depuis le début et un qui se proposait de débarquer le temps d’une réunion. Résultat ? Et bien notre expert vire l’un des principaux protagonistes et garde celui qui vient à peine d’arriver. Je… d’accord. Et donc, comme ça, vous êtes expert en analyse politique. Ah. J’espère qu’on vous ne confiera pas la question du Moyen-Orient un jour sinon, j’imagine bien : "Bon, dans le conflit Israël-Palestine, je pense que ça ne vaut pas le coup de parler d’Israël. Les conflits avec plus d’une personne, c’est trop compliqué".

Simplifions. D’un côté, "sauver l’UMP". De l’autre, "sauver la présidence Copé, l’UMP dût-elle en périr". L’impératif Juppé est-il incompatible, antagoniste, avec l’impératif Copé ? Réponse : les deux se recoupent partiellement, il y a une intersection, et c’est précisément "l’existence de l’UMP". Pour simplifier encore davantage, disons que nous sommes devant une situation de "choix forcé", au sens de Lacan, et qu’il illustre de l’exemple "la bourse ou la vie" (cf. Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, 1973).

En 5 lignes, il y a deux tentatives de simplification, dont une faisant référence à un livre que tout le monde n’aura pas lu, tant Lacan sert plus à caler les bibliothèques qu’à les remplir. Mais c’est pas mal ; "Simplifions et article : il s’agit d’une "bouse à grumeaux" au sens de Diomède, comme on peut le trouver dans mon livre de chevet, Diomède contre Goldorak, 2007".  Mais rassurez-vous, j’exagère quelque peu : l’homme développe sa "simplification", me laissant là aussi dubitatif quant à la présence d’un dictionnaire à ses côtés.

Vous voilà arrêté sur une route de campagne par des brigands de grand chemin, comme le jeune Barry Lyndon dans le film de Kubrick. Le capitaine Feeney, les armes à la main, vous réclame votre bourse. La lui donner ou pas, vous êtes libre, vous avez le choix. Si vous cédez, vous perdez votre bourse. Si vous résistez, vous perdez et votre bourse et la vie. Dès lors, votre choix est forcé. Vous livrez votre bourse, puisque, dans tous les cas, elle est déjà perdue. Le choix entre les deux termes proposés se limite donc à perdre les deux, ou bien n’en conserver qu’un, toujours le même, la vie, certes écornée d’une perte inévitable..

Après un peu de name-bombing, notre puissant larron nous donne donc un exemple pour vous expliquer la situation… qui là encore, n’a aucun rapport. Puisqu’il vous explique que voilà, dans la bourse ou la vie, vous perdez automatiquement la bourse. Sauf que dans le cas présent, aucune perte n’est automatique, puisque c’est d’ailleurs tout l’objectif des négociations en cours, et celui de tous les participants : il n’y a donc aucun rapport.

Excellent exemple : l'un des thèmes de Barry Lyndon est

Excellent exemple : l’un des thèmes de Barry Lyndon est "Peut-on baratiner tout le monde" ? Le bougre n’a pas dû le regarder en entier.

Un détail, évidemment. Un de plus.

Sauf bien sûr, si on sort de son chapeau un raisonnement débile pour expliquer que si, si, perte inévitable il y a.

Dès lors que l’impératif d’Alain Juppé est le "primum vivere", la vie de l’UMP (et il n’est entré dans le jeu que pour le promouvoir), les jeux sont faits : Jean-François Copé gardera la présidence. Quant à François Fillon, il est hors jeu. Il est là, mais ce n’est que pour signer sa reddition. La question de savoir si on lui permettra de sauver la face, et de quelle manière, n’intéresse pas notre logique.

Ah. Bon bin, nous dit-on : François Fillon va se faire défoncer quoiqu’il arrive. C’est rigolo parce que l’ensemble des faits semblent donner tort à notre auteur, encore une fois, mais que sont les faits face à une analyse de pareille qualité ? Et puis d’ailleurs, il a bien raison : "savoir si on lui permettra de sauver la face, et de quelle manière, n’intéresse pas notre logique.". Car oui, là encore, c’est tout à fait clair : cela n’intéresse pas la logique d’un analyste, de savoir si un duel autour de la tête d’un parti, une main sera tendue pour éviter l’implosion dudit parti… là encore thème central de l’article.

On imagine bien le rédacteur en pleine conversation avec son relecteur.

"Attends mais en fait, ton article parle d’une problématique et finalement tu n’en parles pas. Par contre tu cases Kant et le Saint Empire Romain Germanique, tu m’expliques ?
- Ouais c’est un truc intellectuel, tu peux pas comprendre. Tu n’as pas dû assister à assez de réunions.
- Mais c’est malhonnête !
- Pas si je dis… attends, passe-moi mon papier…. gnnn… ça… nous… intéresse… pas. Voilà.
- Ah oui, ça marche vachement mieux maintenant. Z’êtes fort quand même.
- L’expérience petit. J’ai tout appris aux éoliennes. A part la partie productive."
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Et parce qu’un bon article ne finit pas sans une bonne conclusion :

Bien que purement formelle, notre analyse de ce samedi matin nous amène donc à prévoir que la "médiation Juppé" ne capotera pas, quels que soient les aléas qu’elle rencontrera. Des soubresauts, des affects, il y en aura, mais ils se plieront en définitive à la logique du choix forcé.

Voilà. Donc ça, c’était samedi dernier, la veille de la fameuse rencontre. Notre homme, après avoir pinaillé des heures, expliquait donc que quoiqu’il arrive, c’était plié et tout allait rouler. Résultat ?

Dimanche, Alain Juppé est allé voir François et Jean-François, au bout de 25 minutes, il s’est barré en disant que tout le monde était trop con, et Jean-François a expliqué en coulisses qu’il était bien content de s’être débarrassé de ce fauteur de troubles qui venait tenter de lui piquer la couronne. Et dans la foulée, François est parti en emmenant avec lui une partie des députés du parti, sans compter un bon paquet de militants qui ont rendu leur carte de dégoût.

"Coopératif" et qui "ne capotera pas", donc ?

Chez les vrais journalistes, quand on raconte n’importe quoi, en général, on s’excuse un peu après. Mais à la rédaction du Point, non. On fait même mieux.

"Hey, salut Michel !
- Salut Gégé.
- T’as vu ce qu’il s’est passé dimanche ? En fait, on a grave raconté n’importe quoi !
- Qui c’est qui s’occupait de l’article ?
- Un expert vaguement médiatisé…  Jacques-Alain Miller. J’ai pas trop compris le rapport entre la psychanalyse et la politique, mais en tout cas il s’est planté comme un gros busard.
- Super, réserve-lui la prochaine tribune sur le sujet."

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Et ce qui fut dit fut fait. Oui, c’est complètement surréaliste, mais c’est comme ça. Et non, personne n’est allé bâcher ce fameux commentateur : il s’en est même trouvé pour l’inviter et disserter avec lui de l’actualité. D’ailleurs, pour le coup, plutôt que de recommencer l’exercice à nouveau, l’article en question étant aussi consternant – si ce n’est plus – que le précédent,  je vous laisse tout seul profiter du festival : on vous explique que ça y est, c’est fini, qu’il n’y a jamais eu de problème (ah oui, quand même), et que tout cela a été "très adroit", soit l’exact opposé des faits, mais là encore, ce n’est pas grave, puisqu’après tout, personne ne semble rien dire.

Et là encore, tout une série de professionnels n’ont vu strictement aucun problème à non seulement raconter à peu près n’importe quoi dans ses colonnes, mais aussi à recommencer sans même prendre en compte le fait que c’était complètement à côté de la plaque.

Du vent, des erreurs grossières et une mauvaise maîtrise d’un sujet pourtant connu enrobé d’une teinte de professionnalisme semi-intellectuel étalés sans vergogne à un public à qui l’on prétend analyser la situation, sans compter que le coupable est aussitôt invité à revenir pour recommencer…

Mesdames et Messieurs : on applaudit bien fort les experts.

Comme certains d’entre vous l’ont peut-être remarqué : sur ce blog, on se soucie beaucoup de questions d’éducation et de ludisme.

Aussi, afin d’aider les plus jeunes à appréhender des notions aussi incompréhensibles que l’état actuel des débats politiques ou les élections qui se préparent au sein de certains partis, je vais me contenter aujourd’hui de vous proposer un set complet pour recréer, chez vous, l’intégralité des débats grâce aux fiches de personnages des principaux intervenants de celui-ci. Vous pourrez ainsi initier les plus jeunes aux joies de la mauvaise foi au travers d’une formidable partie de jeux de rôles, utilisant les règles de L’Appel de Chtulhu (soit ce qu’il y a de plus proche des débats du moment, à savoir une oeuvre basée sur la folie qui nous guette tous).

Et pour ceux qui ne connaîtraient pas, j’ose supposer que les fiches parleront d’elles-mêmes. Evidemment, si les photographies correspondent bien à des personnes réelles, les fiches, elles, ne reflètent en rien leurs compétences, ou alors par pure coïncidence, vous l’imaginez bien.

Bref.

Vous avez-envie de recréer chez vous la saine ambiance d’un congrès du parti socialiste, avec ses motions, ses débats à base de "Nan, moi j’suis d’gauche, tous les autres sont de droite" et autres arguments de fond ? N’hésitez pas à proposer à vos joueurs la fiche de Martine.

Evidemment, n’oubliez pas les règles du jeu : pour bien faire comprendre aux plus jeunes le concept de démocratie, expliquez-leur que quoiqu’il arrive, à la fin de la partie, c’est le joueur qui joue Harlem qui gagne. Vous lui attribuerez donc quand même une fiche.

Là aussi, il est possible de cliquer. C’est tout de même bien fait.

Et, après avoir fait jouer à vos joueurs ce scénario à base de débats entre Martine et elle-même ("Excellent travail Martine – Merci Martine, tu es la meilleure"), n’hésitez pas à pimenter un peu les choses en leur proposant ensuite de jouer une aventure beaucoup plus violente, comme celle opposant François et Jean-François.

Oui, là, je ne sais pas si cliquer est bien raisonnable en fait

Et casez donc en face un adversaire à sa hauteur avec François, permettant aux deux de s’affronter en d’épiques batailles à base de petites phrases et pourquoi pas, de popopopo.

Cliquetage toujours. Ne me demandez pas pourquoi je le précise à chaque fois.

Cela dit, il peut arriver qu’en voyant les deux s’empoigner, d’autres jeunes gens veuillent se joindre à la bataille : n’hésitez pas alors à leur proposer la fiche d’un autre sidekick qui n’a évidemment rien à voir avec une personne existante ou ayant existé et ne demandant aucune compétence pour être joué (au sens littéral : la moindre compétence trahit l’esprit du personnage).

Toi qui cliques ici, abandonne tout espoir

Et enfin, lorsque vous aurez fait le tour de toutes les possibilité avec ces personnages fabuleux et tous ceux que vous aurez envie d’ajouter à la bataille pour rajouter encore plus d’action et de ludisme pour vos jeunes gens, quand enfin, ils auront les yeux qui pétilleront à la simple audition des mots "politique", "débat", ou "parti", alors n’hésitez pas à leur proposer d’introduire un nouvel être dans la partie demandant encore plus de maîtrise du jeu :

Je ne me répète plus, il suffit.

Voilà.

Avec ça, des heures d’instruction civique faite avec pédagogie et ludisme vous attendent. Amusez-vous bien, et n’oubliez pas : qu’importe si votre partie ressemble à n’importe quoi, ça reste tout de même plus crédible que les échanges actuels.

La prochaine fois, nous verrons comment se joindre à un club d’amateurs de jeux historiques pour refaire avec des figurines 28mm les plus grands moments du bourrage d’urne du congrès de Reims 2008 du PS.

Amusez-vous bien.

"Alors, vous pensez quoi des résultats ?"

La jeune fille s’est tournée vers moi, sombre, l’air d’attendre une réponse qu’elle a déjà en tête.

Au milieu des autres invités allant et venant dans la vaste appartement dont l’immense salon a été réaménagé en salle-vidéo, un large écran plat accroché au mur faisant défiler les scores des candidats, elle tente de garder son air profond tout en donnant de discrets coups d’oeil à droite et à gauche à la recherche d’un des serveurs portant plateau d’amuse-gueules. Elle finit cependant par reprendre lorsqu’un invité la bouscule et manque de peu de faire choir un peu de son champagne sur sa robe de soirée.

"Vous avez voté pour qui ?
- Jacques Cheminade, évidemment. J’ai toujours eu envie de voir des navettes partir pour Mars.
- Vous êtes sérieux ? Vous croyez à toutes ces histoires de station de colonisation ? Ah vous doutez de rien !
- Attendez, j’ai dit que je voulais envoyer des gens sur Mars, pas que je voulais qu’ils y survivent, ne vous méprenez pas Mademoiselle. L’équipe de John Carter, par exemple. Il y aurait d’ailleurs une délicieuse ironie, puisque…
- C’est "Madame" ! Je n’ai pas à vous donner mon statut marital en vous disant "Mademoiselle !"
- Ho, vous savez, j’ai rarement été arrêté par un statut marital. Par un mari, une fois, mais je doute que cette anecdote soit de votre âge. "

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Sa peau change légèrement de couleur, allant plus dans les tons de ma cravate, alors que pour ma part, je sirote dans ma flûte de ce mousseux de seconde zone que le propriétaire des lieux ose appeler champagne parce qu’il a payé suffisamment cher pour. De son côté, la jeune fille arrive péniblement à intercepter un serveur, parvenant ainsi à se saisir de l’ultime gougère du plateau qu’elle dévore avec le minimum de retenue nécessaire imposé par les lieux où elle se trouve. Sitôt sa bouche vide, elle poursuit.

"Vous savez, c’est à cause de gens comme vous qui votent n’importe comment que l’extrême-droite monte dans notre pays ! Si ça ne tenait qu’à moi, on interdirait ce parti ! Pas de tolérance pour l’intolérance ! 
- C’est profond. – dis-je d’un air distant, les yeux rivés sur les courbes d’une étudiante en journalisme passant à côté de nous avant de disparaître dans la foule des autres invités.
- Vous n’écoutiez pas ! De toute façon, je les connais les gens de votre genre, les bourgeois auto-satisfaits plein de morgue et de préjugés ! 
- Si vous ne m’aviez pas dit être pour la tolérance, j’aurais juré vous avoir entendu me sortir un préjugé.
- Hein ? Qu’est-ce que vous… je… ma… ma tête elle…"
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Les yeux de la damoiselle deviennent subitement vitreux, alors qu’elle se fige sur place, la bouche entrouverte, quelques morceaux de gougère encore entre les dents. Je me permets de sourciller, l’observant tout autant que son verre, et tapotant du doigt sur son front pour constater qu’elle ne réagit plus à rien, se contentant de pencher la tête en arrière sous la pression de ma main avant de la ramener en place tout en bavant.

"Diego, viens voir !"

Le serveur qui venait de passer revient avec son plateau vide, l’air interrogateur en me voyant appuyer sur le front de la damoiselle avec mon doigt.

"Monsieur ?
- Dis-moi Diego, c’était la gougère au GHB ?
- Heu… non Monsieur, pas que je sache. Je la gardais en réserve.
- Ah non parce que là, on dirait qu’elle a reniflé un baril de Le Chat à la paille. Tu es sûr ?
- Oui Monsieur. Peut-être est-ce, autre chose Monsieur ?
- Hmmm… tu as raison mon bon Diego. Je pense savoir d’où ça vient. Je crois que c’est une groupie politique : son intellect limité a dû planter une fois mise face à ses propres contradictions : il ne faut jamais introduire de réflexion chez ces êtres, ça pourrait les tuer. J’aurais dû le savoir. 
- Une… groupie politique ? Monsieur ? Je… 
- Ne t’inquiète pas Diego. Va chercher un bavoir pour la demoiselle, et je t’explique de suite."

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Le serviteur trotte promptement jusqu’à disparaître dans la foule, alors que je reste en face de la pauvre damoiselle dans un état second. Profitant d’un trou dans la foule me laissant percevoir le maître des lieux, je lève vers lui ma flûte en souriant, flattant son ego d’ignare en matière de cuvée à champagne. Puis, sitôt notre liaison visuelle brisée par l’installation d’un groupe d’intrus entre nous, je cherche un endroit où vider le restant de mon verre en toute discrétion.

Ah, les groupies politiques, me dis-je intérieurement en contemplant la pauvresse me faisant face. Tout un poème.

Mais, parlons-en brièvement, si vous le voulez bien.

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Si vous regardez fixement l’image, vous finirez par apercevoir deux journalistes au fond. Si, si, il faut se concentrer mais c’est possible !

Pour celles et ceux qui ne le sauraient pas car vivant dans de lointains pays où l’on n’a pas décapité son roi pour une sombre histoire impliquant force pains et moult brioches, il se trouve que ces derniers mois en France se déroulait l’élection présidentielle française. Depuis ce dimanche, donc, la chose est terminée puisque la majorité des Français était d’accord sur un point : il fallait mettre Mickael Vendetta dehors (si vous ne connaissez pas non plus, toujours parce que vous habitez des terres étranges, méfiez-vous, il pourrait se décider à venir s’installer chez vous), ce qui fut fait.

Il ne saurait être question de commenter céans les résultats des urnes, cela ayant été fait avec brio par bien d’autres (que celui qui a dit "David Pujadas" se lève et prenne la porte, merci) mais plutôt de traiter d’un sujet régulièrement abordé durant la campagne : la montée des extrêmes.

Si quantité d’experts ont tenté d’expliquer le phénomène avec moult arguments, mais en s’attardant quand même plutôt sur l’extrême-droite que sur l’extrême-gauche (si un électeur d’extrême-droite est "intolérant", un électeur d’extrême-gauche est "indigné", pensez à réviser vos raccourcis d’analystes télé), on peut s’étonner qu’un extrémisme pourtant répandu ait pu passer aux travers des mailles du filet de nos fins observateurs :

L’extrême-groupisme.

Là où l’extrémiste de droite est qualifié de nazi et celui de gauche de communiste (voire de mangeur de bébés, alors que tout le monde sait que c’est un gibier très difficile à cuisiner, surtout en sauce), l’extrémiste appartenant à un parti qualifié comme ne l’étant pas par les commentateurs les plus en vue n’est jamais montré du doigt, puisque considéré comme le représentant normal d’une démocratie en plein fonctionnement. Pourtant, bonnes gens, qui n’a jamais eu le droit, à l’occasion d’un repas, d’une sortie ou d’une soirée mousse dans un club échangiste (ne faites pas les innocents), de trouver en face de lui l’une de ces fieffées groupies (qu’importe son sexe) soucieuse de vous expliquer qu’elle avait toujours raison, que son parti avait d’ailleurs aussi toujours raison, et que quiconque votait autrement que pour son camp était un fasciste/pétainiste/bourgeois conservateur/gros mou/défenseur de l’assistanat/bobo/partisan de la ruine de l’état/coco/sale rouge/gros enculé (biffez la/les mentions inutiles en fonction de vos opinions) ? Qui n’a jamais vu ses actualités Facebook se remplir de vidéos d’un ami dans lesquelles on peut voir son candidat glorieux sur fond de Carmina Burana ou une explication détaillée sur pourquoi son adversaire est en fait un étron qui parle ? Qui n’a jamais eu à subir de non-débat, dans lequel quelqu’un se contente de vouloir imposer son point de vue sans argumenter (un peu comme Twitter, mais en permanence) ? Et surtout, qui n’a jamais rêvé de coller une grosse torgnole dans le visage poupin de ces larrons qui estiment ne pas être extrémistes, puisque attends, attends, mon parti ne l’est pas, comment pourrais-je l’être ?

Hélas, jeune forban : non, la carte d’un parti démocrate n’a jamais fait de qui que ce soit un démocrate (ou alors, vous connaissez un mec qui vend du carton enchanté, et là, je m’inquiète)

La démocratie étant le débat, et accessoirement, selon certaines légendes druidiques, une vague possibilité de respecter l’opinion de l’autre (ce qui n’empêche pas de la contredire, mais on appelle ça "contre-argumenter", pas "J’en ai rien à foutre de ce que tu me dis, c’est toi qui as tort, moi j’ai toujours raison hihihihi", comme le dirait probablement une jeune fille de 12 ans en tirant la langue alors que ses pouces tirent sur les bretelles de son  sac Hello Kitty), on en déduira donc que la groupie n’a toujours pas compris tout ce qu’impliquait le verbe "débattre". Et se contente donc, comme une vulgaire bougresse sur le chemin de Justin Bieber, ou un piètre bougre sur celui de David Guetta, de hurler le nom de son idole en expliquant à qui veut bien l’entendre que holala, il est trop génial vas-y haaaaan y m’a serré la main, plus jamais je me la laverai, ce qui me donnera accessoirement l’occasion d’entamer une collec’ de panaris, trop cool. Cela vous parait ridicule ? Ma foi, ça, nous le savions : nous avions déjà évoqué précédemment l’incroyable capacité de la groupie à trouver normal voire génial le truc le plus improbable. Mais en fait, c’est aussi vaguement incohérent, et aussi plutôt dangereux.

Ainsi, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais personne ne fait jamais remarquer que dans une démocratie, avec des débats et tout, les assemblées ne fonctionnent pas vraiment comme elles le font chez nous, où le groupisme est devenu une sorte de normalité parfaitement acceptée.

Un exemple de groupie dans son milieu naturel. On notera que la mauvaise foi peut plier jusque l’espace-temps.

Je m’explique.

Prenons l’Assemblée nationale en France ; comme dans quantité d’autres pays, on y trouve des partis, organisés en groupes le plus souvent, qui constituent une majorité, une minorité, et diverses tendances se présentant comme "non-alignées" (c’est un peu le tiers-monde de l’assemblée, sauf que la cantoche est mieux remplie). Grâce à des concepts universellement acceptés tels que "La discipline de parti‘" ou "Mon équipe a toujours raison", en général, les débats n’ont aucun suspens (à part dans de rares cas où il y a vraiment eu des vagues dans l’opinion publique), et les choses se finissent de la manière suivante : le groupe majoritaire a la majorité, et la loi proposée par celui-ci passe. A l’inverse, les lois proposées par le groupe minoritaire ont de forte chances de se faire éjecter ("Ne vote pas pour leur amendement, ils sont de droite" – citation authentique entendue avant même la présentation dudit amendement dans une assemblée officiellement démocratique où ladite consigne fut appliquée). Du coup, le seul suspens est de savoir à quelle heure une loi va être votée, unique moment où par la grâce de l’absence de députés partis dormir du sommeil des justes, la minorité peut soudainement se retrouver majoritaire.

Une démocratie fonctionnant selon l’heure du dodo, c’est tout de même curieux. Inquiétant diraient certains, mais ce sont de petits pessimistes.

La chose est d’ailleurs si ancrée que, pour ceux ayant quelque mémoire, on peut se souvenir que les rares députés à ne pas avoir voté comme leur groupe en diverses occasions, faisant parfois passer une loi à une voix près, ont été montrés du doigt comme des traîtres qui méritent de manger des DVD de Battleship jusqu’à la fin de leurs jours ou présentés comme des héros qui ont osé faire leur boulot, ce qui est quand même très très courageux, tant la chose parait inhabituelle. A l’inverse, lorsque l’on allume la télévision pour regarder l’Assemblée en direct et que l’on y trouve quotidiennement des gens lisant le journal en ignorant ouvertement les débats (ou se levant en hurlant et tapant sur leur table pour montrer que c’est à bâbord que l’on gueule le plus fort), personne ne réagit : c’est normal. On a fini par s’y habituer. De la même manière, car la chose n’arrive pas qu’à l’Assemblée, on se souvient que dans des conseils municipaux, des télévisions avaient pu filmer les fiches contenant les "rails" de chaque parti, donnant les consignes de vote pour toutes les propositions mises aux voix à un jour dit, et signifiant de ce fait que les votes sont décidés avant même les débats. Et encore une fois : personne n’y a rien trouvé à redire : c’est devenu la norme, et est donc accepté.

Il va donc falloir m’expliquer : quel démocrate peut, honnêtement, accepter de suivre un tel fonctionnement, puisque par principe, celui-ci est anti-démocratique (à part les députés suivant Vladimir Poutine, hein, parce que eux, s’ils ne le font pas, on les retrouve le lendemain lestés au fond de la Volga, la police concluant à un suicide par baignade avec parpaings dans l’anus) ?

On me répondra que ces outils sont forts utiles : après tout, il est difficile pour un élu d’étudier en profondeur tous les dossiers qui vont lui être soumis, surtout lorsque les dits élus ne le sont pas à temps plein (si vous ne voyez pas de quoi je parle, n’hésitez pas à aller à un conseil municipal jeter un oeil), aussi il est toujours bon que ses petits camarades ayant étudié la question puissent lui dire ce qu’il est raisonnable de choisir et pourquoi il doit les suivre.

Mais sincèrement, si des gens ont des arguments pertinents à même d’aider à la prise de décision, pourquoi les partagent-ils avant le débat pour créer le "rail de vote", plutôt que le jour même pour qu’il y ait une vraie discussion, et que chacun puisse prendre sa décision sans a priori avec tous les arguments qui auront été donnés ? Non, parce que c’est dangereux, mine de rien, un rail de vote : imaginez que quelqu’un arrive à changer, au dernier moment en graissant la patte du militant chargé de la photocopieuse, le rail de vote ? Le type pourrait prendre le contrôle du parti majoritaire, et donc de l’assemblée pour enfin faire passer une loi interdisant Joséphine Ange Gardien. Ou pire, il pourrait glisser, entre deux paquets de couches, ses propres feuillets au conseil constitutionnel pour obtenir que sa secrétaire ne puisse pas le poursuivre suite à un très sympathique calembour qu’il lui avait fait impliquant de la drogue et du café (en même temps, je devrais la virer, elle n’a décidément aucune ouverture d’esprit, il va falloir que j’y pense) !

On peut aussi utiliser d’autres rails.

Surtout que bon : si quelqu’un ne connait vraiment rien d’un dossier, il dispose de la possibilité de s’abstenir : ça s’appelle savoir dire "Je ne sais pas", et c’est probablement plus responsable que de lancer "J’en sais foutrement rien, mais j’vais voter comme on me l’a dit".

Du coup, à force de vider le principe du débat démocratique de son sens, et donc du principe même de l’échange d’arguments raisonnés pour prendre la meilleure décision, les groupies ont pu imposer un mode d’échange basé sur la non-argumentation et l’utilisation massive de notion de Bien et de Mal pour remplacer le tout. Ainsi par exemple, quand Eric Zemmour, philosophe de comptoir, lançait il y a deux ans des propos sur la couleur des trafiquants en France, on retrouvait en face de lui SOS Racisme, qui diffusait une série de spots suite à ces propos pour lutter contre le racisme (comme son nom l’indique, jusque là, c’est logique). Mais alors, me direz-vous, que nous disait-on dans ces spots ? Nous expliquait-on, comme Maître Eolas l’avait fait, en quoi cela était un point de vue quelque peu biaisé pour ne pas dire plus ? Et bien non : on nous disait juste, je cite :  "Méfiez-vous des idées qui puent". Et rien de plus, pouf pouf, voilà, démonstration terminée. On ne disait pas "Ce qu’il dit est faux", on disait "Ce qu’il dit pue". Comme ça, c’était bien : ceux qui étaient d’accord avec lui pouvaient, selon le même raisonnement "Bon/Mauvais" se dire victimes de la "bien-pensance" (ce que l’auteur des dits propos fit sans hésiter), et ceux qui n’étaient pas d’accord se dire que ce Monsieur racontait du caca sans avoir le moindre argument pour appuyer leur propos ; bref, tout le monde a pu rester dans ses positions, voire les radicaliser autour de ce joyeux échanges de sympathiques et pourtant superfétatoires propos. Ce qui se traduit en général, sur Facebook, par des échanges en militants à base d’accusations sur du vent et de dignité outragée toutes les deux minutes (chacun se posant en victime de la méchanceté de l’autre).

La groupie, donc, qu’importe son camp, tue donc simplement le principe de la discussion, se contentant de radicaliser ses interlocuteurs autant qu’elle le fait elle-même ; parfois, au nom de la démocratie, elle se permet aussi de tenir les propos les plus anti-démocratiques qui soient comme "Interdisons tel parti parce que je ne suis vraiment pas d’accord avec lui", "Refusons cette oeuvre parce qu’elle porte des idées que je ne soutiens pas" (Monsieur le chien illustre bien ce qu’il en est dans la BD, il y a quelques planches à lire), "Ne mangeons plus de rutabaga, aliment connu pour être pétainiste"  (caser Pétain partout est un argument ; c’est comme une sorte de sous-point Godwin local, genre Franco-Godwin, en fait. On pourrait appeler ça "Le point Gaudouin", ou un truc dans l’esprit) ou "Ne parlons pas avec les gens de tel parti au nom de la démocratie" : ces derniers jours par exemple, on se souvient de la levée de boucliers après qu’un ministre ait dit que l’on pouvait "parler" à l’extrême-droite (et pourtant, chacun sait que je ne suis pas fan du FN : je les trouve trop modérés, chacun connaissant mon amour immodéré pour les petites moustaches et le prince William), ou il y a quelques années maintenant, lorsqu’un journaliste de France 2 avait été accusé d’être affilié au FN, et qu’un responsable de la rédaction s’était fendu, dans un petit reportage d’un "Ah non, ici, on est pour la tolérance alors on ne travaille pas avec des gens du Front National". Là encore, tout cela était bien normal.

Il en va de la politique comme des croyances : il n’y a pas besoin que celle-ci soit extrême pour que l’on trouve des extrémistes en son sein ; combien de livres saints prônent la tolérance quand leurs adeptes ne le font pas ? Combien de partis se revendiquent démocrates quand certains de leurs membres, à tous niveaux, ne le sont pas ? La comparaison est bête, méchante et cucu la praline, mais finalement, toujours moins que la groupie lambda, ce qui n’est hélas pas bien dur.

Alors, oui : la montée des extrêmes en France a eu le droit à son lot d’analyses, mettant ça sur le compte de l’intolérance, du poujadisme, de la banalisation des idées d’extrême-droite, etc.

Mais c’est peut-être aussi parce qu’au nom de la démocratie, on tue gentiment débat et raisonnement que l’on voit désormais dans une démocratie grandir des partis pas vraiment démocrates et pas vraiment raisonnables.

Chères groupies, vous n’êtes, finalement, que des extrémistes comme les autres.

Mais si maintenant il faut être démocrate pour défendre la démocratie, rah, mais où va t-on ?

Avant de terminer cet article, n’oubliez pas découper ce point Gaudouin sur votre écran.

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La jeune fille se réveille brutalement, agitant ses mèches brunes en tous sens alors qu’elle regarde tout autour d’elle, notant qu’elle ne semble pas avoir changé d’endroit depuis sa perte de conscience ; elle est toujours à la même soirée, il est toujours à peu près la même heure d’après la télévision, et le type en face d’elle n’a pas bougé. Par contre, sa robe est humide.

"Qu’est-ce… qu’est-ce qu’il s’est passé ?
- Tenez, mangez quelque chose, vous en avez besoin. Vous avez été victime d’un syndrome de groupisme : votre cerveau est cliniquement mort quelques minutes, le temps qu’il réalise que la politique était une affaire plus complexe qu’une histoire de gentils contre des méchants. Logiquement, vous ne devriez pas avoir de grosses séquelles, à part peut-être une envie de donner de temps à autre votre opinion sur Twitter. D’autres comme vous sont dans le même cas, mais rassurez-vous, c’est socialement accepté.
- Mais ? Et pourquoi suis-je trempée d’abord ? – dit-elle en mâchant la pâtisserie que je lui ai tendue pour reprendre des forces
- Disons que j’ai dû utiliser le contenu de mon verre de champagne pour vous réveiller. 
- En le versant dans mon décolleté, sale pervers ! 
- Hé ho, vous aviez du maquillage. Je l’ai fait par pure obligation, comprenez-vous ?
- Ho que non ! Ce que je comprends, c’est surtout que vous êtes un salaud, un connard, un… gu… zuf… huuu…"

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A nouveau, le débit de la jeune fille ralentit, alors qu’à quelques secondes de faire un scandale, ses bras retombent ballants sur les côtés de son corps redevenu amorphe.

"Diego ?
- Monsieur ? – dit le serveur en arrivant au petit trot
- Cette fois, c’est bien la gougère au GHB, on est d’accord ?
- Parfaitement Monsieur, à effet rapide. Dois-je charger Mademoiselle dans le coffre de Monsieur ? 
- Oui. Et assure-toi que la pelle soit prête, nous avons du travail."

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Le serviteur hésite quelques secondes, pendant que j’utilise ma flasque de brandy pour remplir à nouveau ma flûte d’un breuvage plus raisonnable.

"Monsieur, pourquoi l’avoir réveillée, si c’était pour à nouveau la mettre dans cet état"

Versant les dernières gouttes d’alcool dans le récipient, je me fends de mon sourire le plus paternaliste pour préciser ma pensée.

"Parce que c’est un principe Diego, un rail, toute fête a son lot de drogue ; c’est ce que l’on pourrait appeler, si tu veux, ma, disons, discipline de party"

Dis-je en prenant la première gorgée du délicat liquide.

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