Paris, octobre 2059

Le verre de synthé-scotch claqua sur le comptoir du bar lorsque Richard Dequart le reposa sans précaution après l’avoir vidé cul-sec. Derrière le zinc, l’hôtesse lui jeta un regard légèrement méprisant avant de s’emparer de l’objet, hésitant quelques secondes lorsqu’elle aperçut le type en trench-coat lui commander d’un geste de la main hésitant de le remplir à nouveau. Sitôt qu’elle eut glissé le verre aux glaçons craquant à l’air libre sous le nez de son client, Richard s’en saisit et le vida à nouveau d’un trait.

Ancore.
- Je croit que vous aver assez bu pour ce soir, Runner.”
  

Richard releva péniblement la tête pour fixer la jeune fille de ses yeux vitreux ; en grattant le mauvais rasage descendant de sa chevelure désordonnée aux tons châtains, il se demanda l’âge que pouvait avoir la serveuse. Probablement la moitié du sien : il se sentait vieux et hors-jeu rien qu’à la regarder ; elle n’avait probablement jamais connu les émeutes de 2038, et les épidémies de 2022 devaient être d’ennuyeuses histoires de ses parents.

“J’ai dis ancore. Je payes assez d’eurocrédits pour sa. 
- Vous connaisser les règle : pas de F5 après le second sans un alcootest d’abord.”
  

Sociéter de mairde“, marmonna Richard. Il détestait l’expression “F5“, petit truc rétro supposé vouloir dire “rafréchissemment” sans qu’il comprenne bien pourquoi. Truc rentré dans le dictionnaire en 2019 en référence à des pièces de vieilles machines du XXe siècle dénommées “clavier“, ou quelque chose du genre, si ses souvenirs de l’académie étaient bons.

Richard était un Runner, un membre d’une force d’élite chargée de faire respecter les nouvelles conventions grammaticales et orthographiques. Depuis les grands combats des années 2010, la langue n’avait eu de cesse d’évoluer pour devenir plus belle, plus égalitaire ; hélas, dans l’ombre, des hommes et des femmes d’obédience fasciste continuaient de vouloir préserver les règles de l’ancien monde et prétendaient que tout cela, c’était “de la connerie“. Les Runners étaient là pour les empêcher d’agir ; formés dans une académie spéciale au tir, au combat au corps à corps et aux règles de grammaire passées et présentes pour savoir tant ce qu’ils défendaient que comprendre leur ennemi, ils pourchassaient sans relâche les membres de ces groupuscules pour les renvoyer en rééducation à Skyblog Bay, un centre de coercition grammaticale tenu par une corporation privée travaillant main dans la main avec l’Etat.

En 2041, le rouge a été remplacé par le rose, parce que "Les garçons ont le droit au bleu sur le drapeau, alors pour avoir l'égalité, il nous faut le rose, sinon c'est machiste"

Derrière les persiennes qui couvraient les vitrines du bar, Richard pouvait apercevoir sur le vieux mur en face de l’établissement des tags de ses ennemis, qui bien qu’invisibles la plupart du temps, n’avaient de cesse de couvrir la cité de règles de grammaires et de conventions orthographiques dictatoriales et passéistes. Là, sur ce mur de résidence fatigué, on pouvait lire à la lueur d’un lampadaire grésillant “Dilemme, pas dilemne !” ou “L’infinitif, c’est pas impératif !” juste au-dessous d’une inscription officielle “Afficher ici se que vous vouler” certifiée par le Ministère de le Francophonie.

Faire respecter le Francophonie était relativement complexe dans ce monde qui n’avait de cesse d’évoluer : chaque mois, l’assemblée passait de nouveaux mots et nouvelles règles pour suivre des lobbys influents ; régulièrement, de nouveaux messages tombaient sur l’I-Plant de Richard, son implant crânien de dernière génération lui permettant d’enregistrer directement dans sa mémoire les nouvelles règles à appliquer. Parfois, il se demandait comment on faisait, avant tout cet équipement. Son mentor, Matthéo rOkssOr_18 lui racontait souvent comment les choses étaient difficiles, au début, quand les gens se montraient encore tellement conservateurs qu’il fallait se battre pour appliquer la moindre nouveauté à la langue. Richard ricana en repensant à la première fois où il avait rencontré Matthéo, la légende des Runners, les yeux embués par l’émotion : c’était rOkssOr_18 qui avait abattu Bernard Pivot, l’un des leaders fascistes alors qu’il réunissait en secret des gens dans les catacombes de Paris pour donner… des dictées. Brrr.

“Poke !
- Poke.”
 

La clochette au-dessus de la porte du bar tinta lorsque le nouvel arrivant la passa, saluant la salle de la manière traditionnelle imposée par la Grande Réforme de 2030, dites “Facetweet“, du nom de la corporation ayant soutenu son passage à l’assemblée et fait rentrer “J’aime” comme nouvelle manière d’approuver un propos dans le dictionnaire. Richard observa le type aller s’asseoir sur l’un des tabourets près du zinc, faisant craquer le faux-cuir de tout le poids de son embonpoint. Derrière eux, une femme âgée qui savourait jusqu’alors son sojakawa en lisant le journal s’approcha du I-Juke pour lancer un bon vieux morceau du début du siècle, du Justin Bieber. Y’a pas à dire, les vieux morceaux étaient toujours les meilleurs. On savait faire de la musique en ce temps-là.

“Allez Runner, oublier l’alcootest, vous m’aver l’air bien nostalgique. Raconter-moi ce qui vous rends triste comme sa.”
  

Richard se retourna vers la serveuse, notant que celle-ci s’était accoudée sur le comptoir, ouvrant ainsi un formidable point de vue sur l’intérieur de son débardeur ; le Runner se concentra pour fixer ses yeux, se répétant intérieurement qu’il aurait pu être son père.

“Vous saver, je ne fait pas un métié facile. Des fois, je me dit que je me fait vieux, que je n’arive plus à suivre.
- LOL c’et normal, vous saver. Depuis qu’ons ont nommé Cyber-Xavière Tibéri en tant que ministresse de le Francophonie, c’est vrai qu’il y a pas mal de loi chaque semaine, sa dois être dur à suivre.
- J’aime. Les conservateurs sons d’ailleurs de plus en plus actif ; un nonbre croissant d’illuminer de leur secte considère le Bescherelle comme un livre sain ; l’autre jour, ons ont carrément tenter de posé une bonbe station Loovre-Rivaulee, au motif que la nouvelle plaque apposer après les réfexions ne serait pas conforme au nom original de l’endroits. Quel bande de passéiste !
- Oui, les mêmes qui ont refuser que l’on transforme des noms masculins en féminins et inversement afin d’obtenir la pariter dans le dictionnaire. Foutus rétrograde ! S’est pas avec des gens comme eux que nous les femmes, on aura un jour l’égaliter. 
- Je sait, vous n’imaginer pas à quel point ons considèrent les textes comme importans. L’autre jour, on en a encore choppé une dizaine qui dealé des texte d’un certain “Maître Eolas” directement au pied de la tour Eifelle. Ons osent tout.”
  

En 2059, la suppression des cours d'histoire-géographie a persuadé l'ensemble de la population que la tour Eiffel avait été érigée en hommage au groupe de musique éponyme

L’implant crânien de Richard tourna à plein régime tout du long de la conversation, analysant la prononciation et l’élocution de son interlocutrice pour confirmer qu’elle utilisait les règles officielles de le Francophonie ; c’était à ça que l’on reconnaissait les conservateurs, ces fichus terroristes : aux détails. Mais tout du long, l’hôtesse avait utilisé les règles officielles correctement : du LOL (intégré au dictionnaire en 2018), un refus des accords (considérés comme sexistes en 2015), une utilisation aléatoire de l’orthographe et de la grammaire (la chute des notes de français avait alerté en 2023 Steevy Boulay, ministre de l’éducation lors du second mandat de Jean-François Copé, et afin de redresser les notes des élèves, avait fait supprimer les cours de français permettant ainsi de satisfaire tant les bambins que les journalistes qui critiquaient les statistiques des échecs au bac français, ainsi que l’on réglait tous les problèmes d’éducation depuis 2002). Bref : cette jeune fille était une citoyenne exemplaire, véritable Molière moderne quant à sa maîtrise de la langue ; cela faisait toujours plaisir de discuter avec des gens éduqués, qui savaient utiliser correctement la nouvelle personne du pluriel, “Ons“, remplaçant avantageusement “Ils” et “Elles“, pronoms porteurs de préjugés.

Vous parler drolement bien, belle maitrise de la langue. Dite-moi: d’ou vous viens cette éducacion ?
- Ho, j’étudis un peu… je voudré ètre conservatrisse au Musée de l’Homme ET DE LA FEMME. Serveuse, s’est juste le tant de payé mes étude. 
- Beau projais. 
- Merci. Maintenent, excusé moi, je vai servir l’autre cliant.
   

Elle s’éloigna d’un pas rapide jusqu’à son voisin, prenant la commande pendant que Richard se demandait ce qu’il en aurait été de lui si le monde n’avait pas tourné ainsi. Aurait-il sacrifié autant pour son travail ? Se serait-il marié ? Aurait-il pu voir grandir une fille comme celle là, et l’aider à poursuivre ses ambitions ? Tout avait commencé avec la loi sur la libre orthographe des prénoms et le choix de ceux-ci, et ensuite, tout s’était enchaîné : fin de certains mots, apparition de nouveaux, mise en place de lois précises… parfois, il se demandait ce qu’il se serait passé si, au lieu de changer les règles pour s’adapter aux nouvelles générations qui prétendaient ne pas arriver à les apprendre, on avait amélioré l’éducation des dites générations pour qu’elles puissent apprendre au moins aussi bien que leurs ancêtres ? Il chassa brièvement cette idée de son esprit, se disant que c’était probablement comme cela que l’on devenait un vieux conservateur.

Soudain, sa vision devint rouge, et de nombreux messages d’alerte s’affichèrent sur son holo-rétine, l’informant d’un danger immédiat. Bondissant en arrière en faisant choir son tabouret dans le mouvement, Richard tira de son holster son pistolet, braquant le laser de visée vers le type obèse qui s’était assis à sa droite tout en tirant son badge de sa poche.

“Dit donc toi, le gros !
- Pardon ? Moi Moncieur ? Que… qu’aisse que j’est fait ?
- Regarde mon badge ! Runner d’Etat, division des crime ortografiques ! Allonge toi sur le saule ! 
- Mer enfin je… je venez juste…
- Tu t’ai trahi ! Passe encore ton accent, mais tu vient d’appelé la dame “Mademoiselle !” Tu c’est très bien que c’et interdis, car sexiste !”
  

Le type à l’épatant embonpoint baissa doucement les mains, observant la sueur couler sur les tempes du Runner.

Bravo Runner, pour ce coup, vous m’avez eu. Mais vous aviez raison sur un point : nous sommes de plus en plus actifs. Grammaire vaincra !

Le temps que Richard appuie sur la gâchette, le type avait déjà ouvert en grand sa veste, révélant que son large bourrelet n’était pas constitué de gras, mais de bien autre chose.

Du Tekssmeksse !

Hurla le Runner avant qu’une explosion ne le réduise, ainsi que l’intégralité du café “Le Facebar“, à l’état de chaleur et de lumière.

Le bon côté, c'est qu'en 2059, tout le monde trouve les blagues sur le 21 décembre 2012 absolument nulles.

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Louise bondit en hurlant dans le lit, apposant ses mains partout sur elle-même pour s’assurer qu’elle était bien réveillée ; la sensation de la sueur sur sa peau coulant entre ses doigts lui confirma que tout cela n’était qu’un mauvais rêve.

Grmmmbllll…. c’que c’est ?” – dit une voix pâteuse à côté d’elle.

Elle hésita quelques instants, cherchant à se rappeler les détails de son rêve.

“Je… j’ai rêvé que la langue française était régie par des lobbys plus ou moins idiots qui demandaient des modifications de la loi pour un oui ou pour un non. Hoooo, si tu savais, c’était affreux ! 
- Hmmmm…. pffff… du genre ?
- Et bien par exemple, les féministes avaient demandé à ce que l’on féminise des accords, ou des mots en pagaille pourvu de donner l’impression de faire avancer la cause… c’était bizarre.”
  

Son voisin se redressa dans le lit.

“Louise allons : les féministes ne sont pas si bêtes ; je veux dire : même en féminisant les accords, du genre en utilisant la règle du “l’adjectif s’accorde avec le dernier nom dans une suite, et pas automatiquement le masculin s’il n’y a pas uniquement des termes féminins”, ce serait complètement idiot : il resterait le “Ils” et le “Elles” : 999 filles et 1 garçon font “Ils”. Alors à moins qu’elles décident de demander à ce qu’on applique cette règle en comptant les participants pour dire si il y a une majorité de “Ils” ou de “Elles” et en cas d’impossibilité de le déterminer, du genre ils sont un nombre égal ou inconnu, utiliser un nouveau pronom “Ons”, ce serait un combat non seulement inintéressant mais parfaitement stupide puisque ne changeant rien.
- Oui, mais dans mon rêve, pour elles, c’était la langue française qui était sexiste.
- Allons, te dis-je ! Si c’était vrai, et si une langue influençait vraiment les gens, alors les féministes en question ne pourraient pas exister, puisqu’elles parleraient le français expliquant que quiconque parle français a une vision des choses machiste ! Leur simple existence serait donc la preuve de l’absurdité de leurs arguments. Allez, calme-toi.
- Oui… tu as raison…
- Maintenant, en parlant d’égalité hommes-femmes, je ne me souviens pas avoir entendu ces dames hurler sur le fait que les hommes ne peuvent pas avoir autant d’orgasmes qu’elle, alors hop, au boulot mademoiselle.”
  

Louise fit brièvement la moue avant de disparaître sous les draps.

M’allumant un cigare, je me félicitais de ne pas être féministe : si je l’étais, je n’ose pas imaginer à quel point je deviendrais fou si des gens prétendant l’être sortaient ce genre d’énormité.

 

En soirée, on finit toujours par en croiser un.

L’oeil agile ne le détecte point de suite, tant il semble n’exister qu’aux confins de notre champ de vision ; sa simple existence parait nécessiter de formidables efforts pour que les personnes autour de lui finissent par le remarquer. Il est si insignifiant pour la plupart des gens que s’il apparaissait dans un roman, l’auteur ne prendrait même soin d’en parler ; tout au mieux, il dirait “Ah si, dans un coin, il y avait un mec qui jouait sur son téléphone, mais personne n’a retenu son prénom, alors revenons à l’intrigue : Paul avait décidé de dire à Cynthia qu’il l’aimait si fort qu’il avait envie de lui faire des enfants sur le capot de la R19 dans laquelle il avait eu un accident 6 mois auparavant” (tout le monde aura reconnu dans ce passage l’inimitable style de Marc Levy, mais passons) ; ainsi, il est possible que dans l’histoire de la littérature, des milliers de romans aient intégré ce personnage sans qu’aucun lecteur ne le sache : dans La Bête Humaine, il est peut-être sur un quai de gare à envoyer des Tweets sans qu’Émile Zola ne daigne en parler ; dans Tristan et Iseult, il discute probablement de la fin de la saison 02 de Dexter avec le Morholt (qui adore aussi Glee, qu’il regarde entre deux coups d’épieu empoisonné dans la gueule des passants) avant que celui-ci n’aille tatane Tristan, mais la légende ne l’a pas retenu. Enfin, il doit sûrement être dans le Da Vinci Code à prendre des photos du Louvre avec son Iphone, mais tout le monde s’en moque (du livre aussi remarquez, mais là n’est pas le sujet).

Cet être, c’est le Mi-Geek (qui est mi-geek, mi-raisin – attendez, qui vient d’écrire ça ? Qu’il se dénonce !), un individu hurlant être geek sans l’être.

Fléau des temps modernes, le Mi-Geek apparaît en nombre croissant dans nos sociétés occidentales, au même titre que les nouveaux produits Star Wars ou les infections urinaires. Tout comme le Migou est légendaire dans Tintin, faisant cordialement chier la moitié du Tibet à aller kidnapper des gens, courir la montagne pour faire peur aux alpinistes et déféquer devant la porte des monastères bouddhistes (d’où l’expression “couler un bonze” – bon ça suffit maintenant, hein, M. Ruquier, allez vous-en) pour jouer de bons tours aux pauvres moines se promenant en tongues, le Mi-Geek est un être de légende qui apparaît ici ou là pour ennuyer le bon peuple. Parfaitement invisible de prime abord tout comme son cousin des montagnes et appartenant presque au statut de légende à la réalité contestée (“Attends, on était pas que huit à la soirée chez Thomas ? Neuf tu dis ? Je vois pas du tout qui c’était le neuvième. Attends je recompte… naaan, on était que huit, je t’assure, tu as dû mal compter. Ah si, à un moment, j’ai cru voir une ombre dans la cuisine qui tapotait sur je ne sais quoi. J’ai sûrement rêvé.“), le Mi-Geek fait partie de ces gens au physique passe-partout que l’on ne remarque jamais ; pourraient-ils braquer une banque que l’on ne saurait les décrire : plutôt grands, mais pas trop, pas gros mais pas maigres non plus… le visage de Monsieur Tout-le-monde… bref : vous avez compris le principe : nul ne sait reconnaître le Mi-Geek dans la foule des passants.

Sauf que sous cette carapace de banalité, ces créatures insidieuses ont développé une stratégie visant à les distinguer de la masse afin de briller en société : s’auto-définir comme étant quelque chose qu’ils ne sont pas, et faire tout leur possible pour le crier à la face du monde pour enfin avoir quelque chose à dire. Et pas de bol pour l’humanité, le choix est tombé sur un phénomène des plus ennuyeux : les geeks.

Ok, et donc, il y en a pour se réclamer de ça ?

Pourtant, le geek n’a rien de très glamour (souvenez-vous) : la police en trouve parfois en faisant des descentes dans des caves, persuadée que l’odeur faisandée qui émane du sous-sol d’un tranquille bâtiment résidentiel provient d’un discret laboratoire de drogue, mais nenni ! Au milieu des émanations de pets et des posters Anonymous, aux premières lueurs des lampes de la maréchaussée, on peut les apercevoir se disperser et chercher des zones d’ombre en sifflant et crachant comme des félins effarouchés qui auraient un peu abusé du kebab. Cependant, la police finit généralement par tirer dans le tas sans chercher à comprendre ce que sont ces êtres, ne laissant le temps à ces derniers que d’agoniser dans une mare de sang en choisissant leurs derniers mots (en général, une citation de Star Trek ou de Game of Thrones, geekerie oblige).

Malgré tout cela, le Mi-Geek continue de voir dans l’appellation “Geek” une sorte de label chic qui permet de se définir en société comme ayant une caractéristique vous faisant sortir de la masse des anonymes. En général, le bougre ne lie à cette appellation que le goût des nouvelles technologies et autres gadgets liés, s’auto-persuadant tant bien que mal que si si, grave que j’suis un geek, hahaha, tu sais pas quoi ? L’autre jour, j’ai joué deux heures à Angry Birds, j’suis trop accro à mon phone, un vrai geek ! Et puis bon : ça fait tellement bien d’appartenir à un groupe, au même titre qu’une gamine de 14 ans se disant “gothique” parce qu’elle porte souvent un t-shirt noir et aime Tim Burton.

Pourtant en soirée, comme je l’évoquais plus haut, le Mi-Geek est souvent discret de prime abord ; tout d’abord parce qu’il ne sort pas naturellement de la masse par son charisme ravageur, mais aussi parce qu’il passe tellement de temps sur son téléphone qu’au bout d’un moment, les gens ne se souviennent même plus qu’il est là.

Hélas, tel le sous-marin germanique se tenant invisible à l’écart du convoi de joyeux marins britanniques s’enivrant au son des vagues de l’Atlantique nord roulant contre la coque, le Mi-Geek finit toujours par trouver une occasion de passer à l’assaut pour plomber l’ambiance : qu’il s’agisse d’une âme charitable lui adressant la parole, d’un cercle mal fermé laissant une place où s’insérer ou tout simplement d’un malheureux isolé passant dans sa proximité immédiate (pire encore, si c’est un autre Mi-Geek, la comparaison avec le u-boot se poursuit puisqu’il se mettent à chasser en meute), il saura exploiter toute faille. Dès lors, il ouvre grand la bouche et en sort quantité de torpilles verbales qui viennent percuter les esprits honnêtes, faisant flamber les sujets intelligents et sombrer le niveau ambiant des conversations. En un mot, il s’empresse d’étaler sous votre nez ce qu’il qualifie comme étant sa “geekitude“, à savoir ses gadgets, applications et autres pouvant lui permettre de vous expliquer que halala, quel geek (et de préférence “quel geek avec du meilleur matos que tous les présents, mais je ne dis pas du tout ça pour faire un concours de kiki avec ce que je peux !”)

Alors, Mi-Geek, même si tu n’as pas forcément conscience d’entre être un (“Ah non, moi pas du tout : j’ai un petit côté geek, voilà tout, je ne suis pas concerné !“), comment t’expliquer que ta seule présence semble être une incitation à la relance de l’industrie du napalm ? Comment te faire comprendre que si l’on inventait une dynamo à mépris, tu nous permettrais de résoudre la crise énergétique mondiale ?

Disons-le simplement : Mi-Geek, tu es complètement con.

"Ho j'ai des lunettes et un Iphone : je ris de ma propre geekitude, holala !"

Trop loin des êtres humains approchables sans envie directe de les gifler (cette catégorie ne comprend donc pas Arthur ou Cauet par exemple), et trop distant des geeks de par ton inaptitude totale à avoir une véritable maîtrise du domaine que tu prétends connaître, tu n’es finalement qu’un technophile ; ce ne serait pas un problème en soi si tu acceptais de reconnaître cette appellation sans tenter de la transformer en “geek”, parce que technophile, ça fait mouton-consommateur-high-tech et surtout, ce n’est ni anglais, ni à la mode. Mi-Geek, tu nous emmerdes avec ton iPhone sorti pour un oui ou pour un non, ton Mac “tellement fin qu’il tient dans une enveloppe” (et il faut te trouver une enveloppe de suite pour le prouver) alors que je sais pas toi, mais moi, je trimbale rarement mon matériel dans des enveloppes (surtout que comme le disait Antoine Lavoisier “Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. A part ce que l’on met sous pli chez la Poste, des fois, ça fait juste pouf“, même si l’Histoire n’a pas retenu la citation entière), et nous n’en avons strictement rien à faire de savoir que tu as plus de followers que de follow, ce qui prouverait que tu es “influent” (on cherche encore en quoi) et que tu as une bonne gestion des hashtag pour faire le buzz. De la même manière, non, regarder des séries dans ton lit n’est pas un prétexte à dire “Quel geek je fais, huhu“. Ou alors, on peut aussi commencer à dire “Une fois, j’ai pris la voiture. Quel pilote de course je fais, huhu !“, ce qui, tu en conviendras, est un peu con.

Mi-Geek, si tu avais existé du temps de Moïse, tu peux être sûr que Dieu t’aurais introduit au palais de Pharaon pour faire choir une nouvelle plaie sur l’Egypte ; en effet, quelle civilisation pourrait résister à des hordes d’experts autoproclamés d’un domaine qu’ils ne maîtrisent pas ? Le Mi-Geek, c’est un peu comme Christine Boutin qui se déclarerait Love-Coach : on est sûr qu’elle le pense, mais on n’a pas encore bien compris pourquoi et on préfère éviter ses conseils. Mi-Geek, l’étalage de ton discours creux drapé d’atours supposément techniques permet à chacun de comprendre en un coup d’oeil à quel point tu n’y connais strictement rien et vis simplement au milieu de tes illusions. Mots en “-ing” en permanence parce que toi tu ne tweetes pas, tu fais du micro-blogging, propos anglais pour un oui ou pour un non comme ces jeunes garnements qui sortent d’école de commerce (pardon : de Management School) mais même pas foutus d’arriver à vendre leur propre formation, préjugés présentés comme des vérités générales façon “Pardon ? Tu ne travailles pas sur Mac ? Mais comment fais-tu, lol !” parce qu’à force de vouloir te convaincre qu’avec ça tu faisais sérieux comme à la télé, tu as fini par en attendre autant des autres… autant de signes qui permettent à chacun de savoir que oui, tu es un Mi-Geek qui suit une mode absolument consternante consistant à prendre pour chic ce qui ne l’est pas (comme la plupart des modes, en fait), et que tu dois donc être bien malgré toi une sorte d’enveloppe vide errant sur deux pattes se réclamant de n’importe quoi.

A titre de comparaison, tu serais un peu comme un type qui se proclamerait “un peu mécano, grease monkey tu vois” parce qu’il adore aller au salon de l’auto, même s’il n’y pige rien à la mécanique mais qui tente de caser “joint de culasse” le plus possible pour faire expert à chaque fois qu’il croise quelqu’un, bien qu’infoutu de simplement trouver seul où se trouve le boîter à liquide lave-glace sur sa voiture. En fait, simplement un type qui aurait envie de s’inventer des qualités pour mieux parler de sa voiture neuve.

En deux mots, un beauf, qui comme tous les beaufs, suit la mode pour mieux se mettre en avant.

Vous comprenez cette blague ? Et bien non, ça ne fait pas de vous un geek pour autant. Flûte alors.

Evidemment, tout cela pourrait rester sans conséquence : le Mi-Geek serait finalement simplement un personnage des plus ennuyeux (qu’importe son sexe) tentant de se définir au travers d’un terme qu’il ne comprend pas lui-même. Mais hélas, la chose est bien plus affreuse : ils incarnent désormais un fléau pour les sociétés modernes, puisque leur passion pour les gadgets technologiques et la passivité des gens à ne pas les renvoyer à leur incompétence crasse leur permet de faire carrière dans les métiers du web, au grand dam des gens un peu doués qui y travaillent et voient ainsi des pelletées de gros nuls être déversées dans leur domaine sous les acclamations de la hiérarchie des braves travailleurs, persuadée qu’elle vient de recruter des cadors d’internet (après tout : ils utilisent des mots en “-ing” et ont un Mac, ils sont forcément sérieux pour le vieux décideur lambda). Certains domaines encore jeunes, et où il est encore difficile de distinguer le bon grain de l’ivraie (et Corky d’Einstein) pour le mécréant sont donc envahis de ces enfants du démon, comme par exemple :

- “Community manager” : ce qui est bien avec le web, c’est que la génération qui a grandi – ou presque – avec l’outil n’est pas encore la plus âgée, et donc les décideurs qui pensent encore minitel et bebop peuvent se faire baratiner par le premier type venu qui leur dit “Je maîtrise twitter, j’ai au moins 217 followers” ; du coup, entre la personne vraiment apte à animer une communauté, et celle qui rédige des tweets à base de “@porco_banana Regarde ce que je viens de trouver : une vidéo avec un chat arc-en-ciel qui fait “nian nian” ! C’est lol #cat #fun” – posté le 07 mars 2012 , c’est un peu comme mettre dans la même catégorie de journalistes Joseph Pulitzer et Ariane Massenet : la simple existence de la seconde donne des envie de balles dans la bouche au premier (mais pas forcément pour sa bouche à lui, hein, attention)

- “Expert web-marketing” : grâce à sa puissant maîtrise du web, le Mi-Geek en web-marketing peut donner d’astucieux conseil à ses employeurs : “Faudrait faire de la pub sur internet et sur les socials networks“, pour au final, se retrouver à taper plein d’enthousiasme des newsletter bourrées de fautes qu’il enverra à ses clients en oubliant de cocher la case “correspondant caché“, puisqu’il était occupé au même moment à lire une news sur “Comment Foursquare va équiper l’armée américaine” sur un site sérieux du genre Lepost.fr (c’est communautaire, c’est social, c’est web2.0, c’est donc génial).

- “Consultant Social Web” : ses conseils sont si merveilleux qu’il faut les payer pour qu’il les prodigue ; parmi les experts de ce genre, je me permets de vous citer quelques conseils et explications véridiques (j’insiste) entendus de la bouche de Mi-Geeks :

  • Il vous faut votre propre réseau social : on ne peut pas créer de groupes privés sur Facebook” (on sent l’expert)
  • Des ordinateurs pour faire du tableur ? Des iMac, ce sont les plus performants. 1 500€ pièce, avec un pour chacun de vos gars, ça fait 20.” (si vous voulez la fin de l’histoire : les mecs ont acheté parce que le responsable des acquisitions informatiques était aussi un Mi-Geek)
  • Ahaha, mais enfin ! Twitter n’a aucun rapport avec des statuts ! Le créateur affirme le contraire sur la page officielle, mais il se trompe” (c’est vrai : quel petit prétentieux ce créateur de Twitter de prétendre savoir pourquoi et comment il l’a créé, intolérable)

- “Blogueur indépendant” : chômeur, ça le faisait moyennement sur un CV, le Mi-Geek finit donc en général par ouvrir un blog pour expliquer qu’il gère trop le internet, et qu’accessoirement, il adore prendre des photos de son chat, “Link”, avec son smartphone et aidé de l’ami Instagram. De fait, il est “indépendant” car personne n’a jamais voulu le payer pour de la pub, mais ça fait beaucoup plus classe que “Mec pas lu” (ce qui n’est pourtant pas un mal en soi : tout le monde commence par ça, mais le Mi-Geek ne supporte pas l’idée de ne pas être adulé pour son génie dès la première semaine). D’ailleurs, il parle souvent de “blogosphère” aux gens n’ayant pas de blog pour donner l’impression qu’il appartient à un tout, tel un chaman défoncé à la ganja expliquant qu’il est l’ami des arbres et des écureuils puisqu’il appartient à la planète.

Le Mi-Geek, c’est un peu cet écuyer encombrant et un peu con que les chevaliers pouvaient autrefois prendre sous leur aile : il est gentil mais on ne peut lui confier que des tâches de base puisqu’il n’est pas très doué, et personne ne lui parle quand on est entre hommes de guerre parce que l’on sait que ça reste avant tout une grosse tanche, mais sitôt ledit écuyer devant ses potes vachers qui n’y connaissent rien à l’armée et à la guerre, il fait le kéké en disant “Ahaha, oui, c’est une épée dernier modèle que je porte là… regarde, regarde, le pommeau, il est super ouvragé, t’as vu ? Moi, homme de guerre ? Ouiiii un peu, oui, j’ai un p’tit côté… enfin p’tit… ouais, chuis trop un homme de guerre en fait, huhu”.

Alors non : les geeks, ce n’est pas chic.

Vouloir leur ressembler et devenir un ersatz de ces créatures peu ragoûtantes, c’est déjà faire preuve à la fois d’un goût curieux et d’un certain sens de l’absurde. Les geeks, c’est très sale, ça parle de trucs techniques poussés et ça a des passions qui font que lorsqu’on les traite de “geeks“, ils sont les premiers à s’en défendre parce que merde, c’est pas très gentil vous savez. Seul le Mi-Geek prend l’appellation pour un compliment, persuadé qu’être geek, c’est avoir une caractéristique un peu cool qui signifie “amateur de gadgets technologiques” et que oui, vraiment, il aime les smartphones et poster des âneries en ligne, alors il est forcément geek. Et puis surtout, il aime faire croire au tout venant qu’il maîtrise la technologie et est donc le type le plus moderne du coin, les autres autour de lui n’étant que de foutus passéistes conservateurs qui ne pigent rien à rien.

Mi-Geek, rends donc service à l’humanité : tweete si cela te plait, mate des séries si tu l’entends ainsi et achète les ordinateurs qui te font envie, mais par pitié : arrête de vouloir te faire passer pour autre chose que ce que tu es : un simple consommateur de gadgets technologiques.

Et je ne dis pas du tout ça car je viens de voir qu’un certain parti venait de lancer une plate-forme “socialgeeks“, utilisée par des gens se définissant comme tels mais toujours pas foutus de comprendre la différence entre une page et une personne sous Facebook.

Travailleurs sérieux de l’internet : je vous plains.

L’Histoire est d’actualité.

Après les dernières aventures de la Saint-Valentin, où nous apprenions que derrière cette fête accusée à tort d’être mercantile se trouvait en fait un formidable patrimoine historique lié à un moine biclassé love-coach depuis longtemps trépassé, voici que l’Histoire avec un grand H comme Haschich  Hastings est revenue sur la scène hier avec le rejet par le Conseil Constitutionnel du projet de loi sur la négation du génocide arménien. Ne me demandez pas comment la décision a été prise par une assemblée comprenant quantité de petits vieux, dont certains en sont réduits à jouer de l’accordéon pendant que d’autres doivent décider de comment traiter de la mémoire d’évènements vieux d’un siècle quand ils expliquent dans le même temps ne pas se souvenir de ce qu’il se passait dans leur mairie il y a 20 ans, je l’ignore moi-même. J’imagine qu’il y a eu une grande partie de bingo ou un concours du “le premier qui a la prostate qui lâche a perdu“, mais je laisse ce débat aux experts en gérontologie du Val-de-Grâce, qui savent sûrement mieux que moi ce qu’il en est du monde mystérieux des anciens présidents de la République.

Ainsi donc, sitôt le projet retoqué, nombre de candidats à la dite présidence se sont empressés de donner leur avis sur la question, expliquant que c’était quand même une question à traiter promptement, parce que vous savez, on ne rigole pas avec l’histoire, à part celles de Toto (quoique non, on n’y rigole pas non plus, en fait).

Jusqu’ici, guère de rapport avec ce blog me direz-vous, à part peut-être un ou deux calembours un peu anguleux, comme le disait le designer de la croix gammée.

Sauf que ce débat semble être un nid à arguments pourris et à gros oublis (ce qui est tout de même beau quand on prétend agir au nom de la mémoire) qui vaut le détour, aussi il sonne aux oreilles de l’amateur de n’importe quoi comme le chant majestueux et envoûtant d’une sirène qui aurait un peu trop nagé à proximité d’un super-tanker de Ricard en plein naufrage.

Aujourd’hui, donc, nous parlerons des lois mémorielles, merveilleuses inventions s’il en est.

L'historien/archéologue en théorie. Alors qu'en vrai, sa voiture ne fait même pas de petits traits rouges sur la carte lorsqu'il se rend au collège voir les 5eB à 9h le lundi.

Lecteur, il est fort probable que dans votre longue et périlleuse vie emplie de déceptions jusqu’à la découverte de ce blog, vous ayez connu à un moment ou à un autre un professeur d’histoire-géographie. Bercé par Indiana Jones, vous étiez persuadé lorsque le jour de votre entrée en 6e, on vous a annoncé que vous auriez un professeur d’histoire, que vous vous retrouveriez en face d’un type habitué à manier le fouet, à combattre des nazis et à entreposer dans un petit bureau derrière-lui quantité d’objets ramenés d’expédition, comme par exemple une tête réduite Jivaro ou un vieux doublon espagnol récupéré lors d’une plongée sur un quelconque galion englouti en compagnie d’amis archéologues. Hélas, quelle ne fut pas votre déception en découvrant Monsieur Rocheteau, visiblement habitué à lever le coude, à combattre les alcootests et à entreposer en salle des profs quantité d’objets ramenés d’expédition, comme par exemple une chaise qui grince de chez Emmaüs ou un ordinateur avec Windows 95 récupéré lors d’une vente dans une quelconque brocante en compagnie d’amis du syndicat.

Oui, vous jeune fille, vous qui aviez déjà écrit “I love you” sur vos paupières en prévision de votre rencontre avec un potentiel professeur Jones, vous avez dû vous empêcher de cligner des yeux durant toute votre première heure de cours provoquant un tel dessèchement de vos globes oculaires que vous avez passé les deux jours suivant dans la peau de Gilbert Montagné. Un souvenir terrible que vous n’osez plus conjurer, espérant que le devoir de mémoire ne s’applique pas à la vôtre. Je comprends.

Pourtant, malgré son air passablement hostile et son goût pour les cartes des Etats-Unis bien coloriées “avec des couleurs chaudes“, le professeur d’histoire et ses amis chercheurs restent des scientifiques, car ha ! Le vil préjugé que voilà  : “Nan mais l’histoire, c’est pas une science, y en a moins en S et y a même pas besoin de calculette pour en faire“, alors qu’en fait, si, il s’agit d’une science dite “humaine” étudiant des faits historiques et des pièces archéologiques pour tenter de comprendre le vaste bordel qui est derrière nous (je plains les historiens qui se pencheront un jour sur notre siècle et qui ferons des thèses de doctorat comme “L’influence des “blogs Girly” dans la 3e guerre mondiale” et dans lesquels ils expliqueront que les blogs, ancêtres des holologs ont influencé les penseurs de notre époque, et comment le conflit a commencé en 2014 avec l’assassinat de Diglee, sorte d’archiduc François-Ferdinand du XXIe siècle, abattue par un anarchiste à cravate alors qu’elle dégustait des macarons chez Ladurée, mais je m’égare, fermons la parenthèse). Un travail pas toujours simple, puisque pour être bien étudié, un sujet ne doit être ni trop vieux (on manque de pièces, les historiens comblent donc les trous avec leur imagination, l’égyptologie en a fait les frais), ni trop récent (l’historien manque alors tellement de recul que comme pour la photographie Lifestyle, il se retrouvera avec un sujet mal cadré, trop près de lui et complètement flou mais qu’il sera quand même fier de montrer à ses copains).

L’historien a donc une vie difficile, errant entre les préjugés et les livres de Marc Bloch, les deux étant souvent d’un fort beau gabarit, rendant sa survie des plus difficile au quotidien.

Ainsi, dans les autres sciences, personne n’aurait idée de faire une loi pour interdire une affirmation : en mathématiques, vous pouvez expliquer que 2+2=18, votre conclusion sera soigneusement démontée et par un savant exercice, tout le monde pourra constater que vous racontez de la daube. En biologie, vous pouvez expliquer que l’être humain n’a pas besoin d’oxygène si on lui remplit les poumons de patafix, de la même manière, on vous démontrera que vous avez tort, quitte à tester sur vous même vos inepties (vous vous retrouverez alors avec des poumons à peu près aussi naturels que ceux de Pamela Anderson, mais passons). Et en physique, à un moment, on a bien essayé de voir ce que ça donnait d’interdire des trucs, comme par exemple lorsque cette andouille de Galilée débarqua un jour pour expliquer à l’Eglise que “Hé les mecs, en fait c’est pas le soleil qui tourne autour de la Terre, c’est l’inverse” ; comme ça remettait un peu tout en question depuis Aristote et que certains faits étayaient la thèse de ses opposants (il manquait des bouts à la théorie de Galilée pour expliquer certaines choses, comme les marées, et les bougres se sont donc entre autres appuyés là-dessus pour démontrer que Galilée sucrait les fraises), l’Eglise a donc eu une grande idée :

Elle déclara le “Ta gueule Galilée“.

Par la suite, on réalisa qu’il ne disait peut-être pas que des conneries, et qu’en fait, c’était plutôt idiot de condamner automatiquement ce qui allait à l’encontre de tout ce qui paraissait établi et arrêté : autant s’arrêter simplement sur les observations et les faits pour mieux comprendre.

Galilée faisant croire qu'il observait les astres, alors qu'à cette hauteur, il matait plutôt la voisine

Sauf en histoire.

Car oui, pour des raisons qui laissent à penser qu’il y a eu de la trépanation de masse à un moment ou à un autre de notre histoire (je demande une loi mémorielle sur le sujet), l’historien se retrouve dans le seul domaine de recherche au monde dans lequel pour infirmer une théorie on ne dit pas “C’est de la daube, voici les preuves et les faits“, on dit juste “Nan mais t’as pas le droit de le dire, chut, dis-le encore et tu auras une amende dans ta gueule“.

Attention les enfants : ça ne veut pas dire que le révisionnisme, c’est super, bien au contraire, mais essayez de vous mettre 30s dans la peau d’un révisionniste. Attention, ça ne sent pas toujours très bon là-dedans (pensez à bien fumer et saler la peau avant de la suspendre dans votre salon, sinon après ça a la même odeur qu’un DVD de Sex & the City).

Prenons par exemple Bruno Lepon, jeune fripon aux cheveux blonds comme les blés né dans une famille de 14 enfants de l’Ouest de la France ; dès son plus jeune âge, Maman et Papa Lepon lui enseignent les choses de la vie : être courtois, travailleur et aimer les siens, à condition qu’ils soient d’une couleur plutôt rosée, comme la boisson préférée de papa. En grandissant, Papa Lepon apprend justement l’histoire à son fils comme il l’a apprise de son père, qui lui même l’a apprise du sien qui lui l’a apprise d’un castor : la peste noire, la pauvreté, la pollution et les résultats de l’équipe de France, c’est jamais la faute des bons français patriotes, mais celle des juifs, des francs-maçons, des gens de couleur et de la famille Bourdu, les voisins des Lepon depuis des générations qui emmènent leurs chiens faire leurs besoins sur leur trottoir (une haine pluriséculaire oppose les deux familles, façon Montaigu et Capulet, mais en plus bas du front national). Quand Grand-Père Lepon a dénoncé des juifs pendant la guerre, c’était parce que c’était un patriote et que c’était la loi, on ne va quand même pas lui reprocher d’avoir été un bon citoyen, et repasse-moi le rosé s’il te plaît j’ai la gorge qui pique. Et les Allemands les ont simplement emmenés travailler à ces comploteurs étoilés : les camps de la mort, c’est de la connerie, ça n’a jamais existé. C’est un complot des juifs pour se faire plaindre mon Bruno, te laisse pas avoir.

Alors forcément, lorsque l’on parle des crimes nazis à Bruno, celui-ci a tôt fait de s’exclamer : “Ça n’a jamais existé, c’est un complot des juifs relayé par les biens-pensants“.

Il pourrait s’exclamer que 2+2=3 que ce serait aussi absurde (mais un peu moins insultant, sauf pour l’Association des Nombres Pairs de France, connue pour interrompre régulièrement les spectacles de Luc Chatel. Comment ça Luc Chatel n’est pas un comique déchu ?). Sauf que là, c’est la réponse qui est absurde.

Non Bruno. Mais plutôt que de te prouver que tu as tort et que tu à un étron en guise de langue, je vais t’interdire de le dire.

Je vous la refais du point de vue de Bruno :

“Je suis sûr qu’on nous ment sur cette période !
- Bien sûr que non Bruno, il n’y a RIEN à cacher là-dessus. Par contre, il est interdit d’émettre CERTAINES théories, mais ça n’a AUCUN rapport.”
   

Si après ça, Bruno n’a pas l’impression que Papa avait raison et que tout est une machination des juifs-francs-maçons-communistes-homosexuels-mangeur-d’enfants qui cherchent à cacher la vérité vraie comme quoi les nazis étaient en fait des gens plutôt sympas (et venant de la face cachée de la lune), je ne sais pas ce que l’on peut faire de plus pour le conforter dans sa théorie du complot.

Evidemment, vous pourrez me dire que même en lui mettant les preuves sous le nez, un vrai négationniste/amateur de complots trouvera toujours de quoi nier “Nan mais le rescapé là, c’est un acteur, ça se voit, il a pas la même tête que sur les photos, il est beaucoup plus vieux !” – “Amen, c’est nul, j’ai préféré Brice de Nice, en plus le mec a eu un oscar, alors qu’Amen, j’attends encore” – “Ça se voit que c’est des montages les photos des survivants des camps : j’ai vu les mêmes dans les pages mode de Elle”. Mais là, le problème est tout autre :

C’est juste que Bruno est un gros con.

Or, la plupart des pays occidentaux refusent de faire des lois interdisant les gros cons, sinon il faudrait rejeter à la mer près de 78% de leur population, ainsi que bon nombre de voitures tunings. On parlerait alors du “génocide des gros cons“, et il se trouverait forcément quelqu’un pour mettre en place une loi punissant la négation de l’évènement des années après, créant alors l’occasion pour un nouveau groupe de gros cons de se former, sur la théorie du “Je suis sûr que ça n’a jamais existé et que cette histoire c’est juste un truc monté par ces gens pour se faire plaindre et obtenir du pouvoir“. Notez alors que le paradoxe n’en serait que plus grand, et accessoirement que les gros cons peuvent donc se générer automatiquement à partir du moment où on leur donne du grain à moudre, mais c’est une autre histoire.

Non, cette image n'a aucun rapport avec le paragraphe précédent, vous l'imaginez bien. Hem.

Voilà pour la magie des révisionnistes. Vous avez saisi la logique (appelons-ça comme ça) ? Alors arrêtons-nous sur la loi sur le génocide arménien, qui reprend non seulement le même principe du “à un instant T, nous considérons tel fait comme vrai et avéré, il est donc désormais indiscutable, historiens, merci de passer votre chemin sinon on vous botte le cul“, mais y ajoute toute une tripotée d’arguments parfaitement absurdes. Ainsi, 20 minutes citait sans sourciller un manifestant venu apporter son support à la loi : “L’état turc a le droit de nier en Turquie, pas en France, il faut cette loi“. Et plusieurs hommes et femmes politiques de reprendre cet excellent argument : “Il faut en finir avec le négationnisme d’état turc“, et autres variantes sur le sujet.

Sauf que, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais le négationnisme de l’état turc se passe surtout en Turquie, justement. Et par une incroyable coïncidence, la loi française ne s’applique que dans les limites de… hmmm… grosso modo, je dirais la France. Du coup, l’état turc continuera toujours de nier autant qu’il le voudra, et la loi aura très exactement un effet nul (y compris électoralement) dans ses objectifs, à part pour les historiens. C’est ce qui distingue vaguement la loi Gayssot (interdiction de nier le génocide juif) de l’interdiction de nier le génocide arménien : en France, à un moment, il y avait vraiment un petit paquet de loulous niant la Shoah ou la minimisant (nous pourrions citer un célèbre président de parti, mais je me contenterai de rappeler le cas de  M. Lepon, évoqué ci-dessus), d’où le fait qu’on se pose la question (même si la réponse fut absurde). Alors que le génocide arménien, on n’a pas entendu beaucoup de voix le contester.

Du coup, l’intérêt de nombre de candidats à la présidentielle laisse encore un peu plus perplexe, et donne simplement envie de tabasser son prochain à coups de battes de base-ball en hurlant “Mais vous n’avez que ça à foutre bande de galopins ?“, ou quelque chose du genre (moult variantes sont possibles).

Mystère supplémentaire : quantités de journalistes probablement épuisés par des reportages sur le chien de Jean Dujardin ont oublié de noter dans le débat que tiens, en fait, des cas de censure plus ou moins prononcés sur son histoire, la France en avait connu il y a plus de 40 ans, et à chaque fois, les interdictions s’étaient révélées non seulement stupides, mais particulièrement contre-productives dans le cadre de la recherche historique. Une information probablement jugée comme moins pertinente dans le débat que “On a fait un micro-trottoir, et en fait, les gens s’en tapent“.

Ainsi, bande de petits filous, vous êtes sûrement trop jeunes pour connaître cela, mais jusqu’en 1973, bien avant l’invention de Facebook, en France, si jamais vous entriez dans une salle d’archives en disant “Bonjour Madame la dealeuse de cartons à documents, j’aimerais écrire un mémoire sur la France de Vichy pour parler de comment papy Pétain, il a quand même un peu fourgué des juifs, alors si vous pouviez me sortir les télégrammes intitulés “Bisous à Himmler“, ce serait sympa.“, toute la salle faisait “Hooooo !” parce qu’on ne disait pas trop de mal du Maréchal : il avait officiellement courageusement joué un double-jeu, oui Monsieur ! Il avait protégé la France ! Espèce de petit jean-foutre sortez d’ici, c’est une salle de gens sérieux ici, pas de petits négationnistes de merde !

Jusqu’à ce qu’en 1973, un américain prénommé Robert Paxton, qui lui, n’avait pas à s’inquiéter d’une éventuelle censure sur le sujet, sorte un bouquin dans lequel il expliquait qu’en fait, non, le Maréchal ne s’était pas contenté d’inventer la fête des mères, et qu’il n’hésitait pas à faire fonctionner les chemins de fer en offrant des voyages. Le reste du monde pouvait donc en savoir plus par ses recherches sur l’histoire de France que la France elle-même, ce qui était quand même déjà la preuve que le concept de censure historique était fin idiot, au point qu’il n’aurait pas choqué dans le script de La Planète des Singes (ce qui est dire).

Et depuis, ho, bin dis, en fait on a découvert qu’il y aurait eu de la collaboration chez nous ! Bon, on a peut-être poussé le concept un peu loin dans le pathos par la suite, puisque maintenant, tout téléfilm sur l’occupation qui se respecte montre tous les français prêts à rejoindre la milice à part Marguerite, la résistante féministe farouche et son amie la petite vieille, pour que les ménagères et mamies qui sont les dernières à regarder ce genre de fiction puissent s’identifier dans ces personnages d’héroïnes isolées face à l’adversité. Et vas-y que j’explique la vie à tous les mâles sexistes du voisinage, que je sauve les gentils et que je fais les gros yeux aux méchants, que je prends le maquis sans jamais perdre mon brushing ni mon rouge à lèvres… bref, passons.

De la même manière, puisque nous parlons cinéma, en 1957, un petit réalisateur prénommé Stanley Kubrick réalise un film prénommé “Les sentiers de la gloire“, avec Kirk Douglas, dans lequel durant la première guerre mondiale, suite à une grosse débandade lors d’un assaut français, on désigne des hommes à fusiller “pour l’exemple” ; hop, film interdit en France durant près de 20 ans, pif pouf, parce que vous comprenez, on ne va pas diffuser des documents allant à l’encontre de la vision de l’histoire donnée par l’état. Au nom de “l’histoire” puisque ha, non, non non, on a fusillé que des gens qui le méritaient, oui ma bonne dame. Alors interdiction d’évoquer ne serait-ce que le contraire (alors que je rappelle que dans le cas de Galilée, si l’Eglise avait condamné sa théorie, elle l’autorisait encore à en parler, mais uniquement sous forme d’hypothèse, comme quoi l’Eglise du début du XVIIe siècle était plus ouverte que certains, mais je dis ça, je ne dis rien), et gare à qui oserait. D’ailleurs, ça a tant et si bien été répété que jusqu’en 1998, lorsque Lionel Jospin évoqua en public le cas de ce genre de fusillés, il y eut une levée de boucliers (et même un saccage de monument) pour dire que hé, ho, ça suffit les conneries, on a dit chut (on trouvait d’ailleurs parmi les effarouchés un certain Nicolas S, qui prit la position exactement opposée 10 ans plus tard lorsque ce fut plus “mieux vu“, comme quoi, heureusement qu’il n’avait pas fait passer une loi). L’avantage que l’on a maintenant, c’est que ce n’est pas avec des films comme 2012 que l’on risque grand chose dans le cinéma engagé.

Mais curieusement, tout le monde a donc l’air d’avoir oublié que tiens, en fait, ces prises de position avaient posé quelques petits problèmes. Y compris les opposants à la loi sur le génocide arménien, mais c’est normal : la plupart s’y opposent sans trop s’y opposer, sinon il faudrait pousser la logique jusqu’au bout et supprimer la loi Gayssot, ce qui serait très mal vu en période électorale.

Autre parallèle ayant semble t-il échappé  au débat : le procès chez nos sympathique voisins espagnols intenté à un juge du petit nom de Baltasar Garzón le mois dernier (oui c’est loin, ça a sûrement déjà été oublié), pour avoir voulu enquêter sur les victimes du franquisme, alors qu’il y avait eu une grosse loi pour dire “Chut, on en parle plus et c’est indiscutable” votée en 1977 pour calmer les esprits. Du coup, en voulant enquêter sur divers massacres, le bougre a eu le droit aux gros yeux de la justice, car vous comprenez, qu’est-ce que c’est que ces chercheurs et enquêteurs qui se permettent de chercher et enquêter sur ce qui a été déclaré comme étant la vérité officielle ? Merde alors. Qu’il fasse un mémoire sur le chorizo ou la sangria, pas sur la guerre civile, enfin ! Si on commence à s’intéresser aux sujets qui fâchent, on risque de devoir se comporter intelligemment, et ça, jamais !

Un sujet de recherche acceptable, amis historiens, merci de vous y tenir.

Par ailleurs, et puisque la fin approche, rappelons l’excellent argumentaire d’un député de bon matin sur France Info qui répondait à ceux qui disaient qu’à ce rythme, il faudrait une loi par génocide : “Nous avons vu cela en commission : il n’y a eu que quatre génocides dans l’histoire : la Shoah, l’Arménie, le Rwanda et la Bosnie, donc il n’y aurait que quatre lois au maximum“.

Rappelons-donc le principe : il n’y a eu que 4 génocides qualifiés comme tels par une administration dans l’histoire. Ainsi, et afin de mieux comprendre comment fonctionnent les lois mémorielles si on s’en tient à la logique de leurs défenseurs :

  • Vous n’avez pas le droit de dire que les juifs n’ont pas été exterminés.
  • Vous avez par contre le droit de dire que les nazis n’ont jamais fait de mal aux homosexuels, comme l’a fait le toujours farceur Christian Vanneste qui est un sacré boute-en-train, comme on le dit dans le langage imagé et ferroviaire sur la question (l’abréviation de boute-en-train étant “Boutin” dans les cercles les plus fermés), c’est tout à fait normal, merci
  • Vous n’aurez sûrement pas le droit de dire que les Arméniens n’ont pas été exterminés.
  • Vous avez par contre le droit de dire que Staline n’a jamais eu le moindre goulag et qu’il adorait la glace à la pistache
  • Vous pourriez ne pas avoir le droit de dire qu’il y a eu un génocide au Rwanda
  • Vous avez par contre tout à fait le droit de dire que les Amérindiens ont vu leur population baisser uniquement parce qu’il faisait très froid sous leur pagne
  • Vous pourrez bientôt, qui sait, ne plus pouvoir dire qu’il ne s’est rien passé en Bosnie
  • Vous pouvez continuer de dire que hahaha, non, les Japonais n’ont jamais tenté d’exterminer qui que ce soit, ils réunissaient juste les Chinois dans des camps pour des gros karaokés. Et la peste noire qui s’est déclenchée après leur départ n’avait rien à voir avec des expériences pour créer une nouvelle race de pokémons

Ainsi, en prenant en compte la définition de génocide, vous pouvez vous aussi apprendre la différence entre un génocide et un massacre, seul le premier pouvant subir, à en croire les membres de la commission sur le sujet, les foudres des lois mémorielles. Petit exercice pratique donc :

Anakin est un seigneur Sith. Il s’en va donc exterminer 10 jedis, ses ennemis jurés, éradiquant presque entièrement cette ethnie peu fournie. Anakin a visé prioritairement des membres de la religion jedi, il est donc selon l’ONU coupable de génocide. Par ailleurs, Michel Sardoubi, maître jedi rescapé vivant en France peut donc légitimement demander une loi punissant d’éventuels supporters des siths niant ses actes sur le territoire français.

Maintenant, reprenons.

Anakin est un seigneur Sith. Il sort dans la rue et tue 52 personnes avec son sabre laser, dont 11 jedis, même s’il ne les visait pas spécialement. Il s’agit donc d’un massacre d’après l’ONU, puisqu’Anakin n’a pas visé un groupe ethnique particulier. Michel Sardoubi est donc bien ennuyé car les siths peuvent donc expliquer que tout cela n’est jamais arrivé sans que l’on puisse les condamner, zut : il va falloir argumenter, ce qui embête bien Michel Sardoubi.

Vous avez compris ? A en croire cette loi, l’apprenti-Attila saura que tout comme les 5 fruits & légumes, les lois mémorielles favorisent ceux qui savent varier leurs victimes. Sinon, c’est pas bien.

En attendant donc que le débat finisse par s’achever probablement dans un feu d’artifice de bêtise crasse touchant plus au pathos qu’au raisonnement, et d’une mauvaise foi plus poussée que sur ce blog (non ?), je vous laisse donc en suspens sur la suite de ces absurdités visiblement largement acceptées dans le débat avec les questions suivante :

Je suis protestant, puis-je demander une loi interdisant la négation de la Saint-Barthélémy ?

Je suis historien, si je voulais ne pas être emmerdé et être libre dans mes recherches, aurais-je dû faire des mathématiques ?

Et enfin, dernière question :

Sachant que par le passé, on a constaté que ce type de concept était débile, peut-on confier l’Histoire à des gens n’ayant pas de mémoire ?

Vous avez 4 heures.

Le nuage à l’odeur méphitique apparut devant Joël, qui recula d’un pas en s’étonnant tant de ce phénomène physique peu banal que de la silhouette qui apparut bientôt lorsque les dernières volutes se dissipèrent, aspirées par la bruyante ventilation du centre commercial.

L’homme qui venait de surgir au milieu de ces effluves de soufre était grand, vêtu d’un impeccable costume sombre agrémenté d’une double boutonnière argentée du meilleur goût, et doté d’un visage que Joël aurait aisément qualifié de “vieux beau” s’il n’était pas encore sous le coup de la surprise ; l’individu passa lentement la main sur ses cheveux grisonnants gominés avant d’agiter de l’autre une petite canne décorée d’une tête de bouc en direction de son interlocuteur.

Bonjour Joël, je crois que tu sais déjà qui je suis !” – ses yeux luisirent légèrement l’espace d’un instant, telles deux braises sur lesquelles on aurait soufflé.

Joël hésita quelques secondes avant d’oser timidement :

Garcimore ?

Les épaules du nouvel arrivant s’affaissèrent légèrement dans un long soupir, avant qu’il ne se reprenne en observant autour de lui où il venait d’apparaître ; Joël crut lire une certaine déception lorsque l’individu constata qu’il était au rayon frais d’une grande surface. Faisant fi de cet élément, il se tourna à nouveau vers son interlocuteur, s’appuyant sur sa canne comme pour reprendre de la hauteur.

“Non Joël, je suis le Diable enfin. Tu sais, odeur de soufre, flammes dans les yeux, tout ça. Ça te dit quelque chose, hmmmm ?
- Heu… oui, oui je vois assez bien, mais pourquoi êtes-vous là ? 
- Ha ha ! Maiiiis, tu devrais le savoir ! Ne viens-tu pas de penser “Je vendrais bien mon âme pour avoir le courage de parler à cette jeune fille, là-bas” ? – le Démon fit basculer sa canne par-dessus son épaule, désignant derrière lui sans même tourner la tête une jeune femme en débardeur un peu plus loin en train de déchiffrer l’étiquette d’un paquet de compotes 
- Nan mais c’était une formule de style Monsieur Satan, vous savez, non parce que je ne veux pas vraiment vendre mon âme, j’ai vu les films où en fait c’est un vieux piège à con. Et puis d’ailleurs, vous vous manifestez à chaque fois que quelqu’un pense cela ?
- Non Joël je… écoute mon garçon, pour toi c’est spécial. C’est juste que là je viens de voir Ghost Rider, un film avec un de mes agents dedans, et je me disais “C’est pas mal cette idée de mettre un esprit vengeur enflammé dans l’enveloppe d’un mortel ayant vendu son âme, le tourmentant et prenant son corps à la nuit tombée pour répandre le chaos sur sa monture de feu !” ; donc là, comme j’ai entendu ton appel, je me suis dit…”
 

Joël regarda un instant son interlocuteur en sourcillant.

“Ecoutez Monsieur Satan, je sais que vous vous êtes déplacé et tout, mais vous savez, ça va pas marcher votre truc.
- Comment ça ? Vends-moi ton âme et tu vas voir ! Je te donnerai le courage de mille hommes pour séduire cette donzelle ! Mieux, je peux même la rendre folle de toi, en faire ton esclave ! Elle sera tienne si tu le…
- Je ne parle pas de ça : votre histoire de Rider, là, elle pue. Dans les films, ouais, le mec qui vend son âme il fait toujours un métier comme aventurier, cascadeur ou un truc du genre ; mais dans le monde réel, statistiquement, vous risquez plutôt de tomber sur des gens banals à faire pleurer. “
 

Le Diable réfléchit un instant.

“Ah ? Heu… je n’y avais pas pensé. Tu fais quoi comme métier ?
- Je suis comptable. Vous m’imaginez en Rider ? Un mec qui aurait pour arme une calculatrice enflammée ? Avec comme super pouvoir la possibilité de détruire la TVA sur l’essentiel des produits de grande consommation ? Super.
- Moui je… je… ho, je crois qu’une caissière vient de dire qu’elle vendrait bien son âme pour une heure de pause, peut-être que…
- Nan mais attendez, et elle ? Elle aura un tapis roulant enflammé ? Ce sera un Rider capable de lire n’importe quel code-barre avec son regard de feu ? Ça pue votre truc. Cherchez votre inspiration ailleurs mon vieux, dans le monde réel, vous aurez juste des possibilités pourries. Maintenant laissez-moi choisir mes mousses au chocolat en paix.”
 

Satan tapota de sa canne sur le sol, l’air contrarié, avant d’avoir une illumination : Ghost Rider 2 venait de sortir ! Et s’il allait le voir, si ça se trouve, il trouverait une autre idée dedans permettant de surmonter ce petit souci : ni une, ni deux, il y eut un léger “Pschouf“, et la ventilation du centre commercial entreprit à nouveau de disperser les effluves de soufre encombrant le rayon frais là où quelques secondes auparavant, le maître des enfers s’était dressé.

Allons jeter un oeil à ce film : spoilons mes bons !

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L'affiche : on comprend tout de suite que ça va parler d'une créature infernale

Notre odyssée débute lorsque, quelque part en Europe de l’Est (le spectateur avisé aura reconnu la Roumanie), un motard se promène gaiement sur les routes du pays, zigzaguant en bord de ravin. Cependant, nenni de Rider : il s’agit ici d’un curé baroudeur relativement noir mais aussi plutôt aviné qui s’en va fièrement sur sa monture mécanique en direction d’un monastère fort mystérieux.

Oui, fort mystérieux bonnes gens : en effet, celui-ci est tenu, non seulement par des moines, mais aussi par toute une tripotée de gardes, ce qui est déjà plus suspect ; par ailleurs, l’endroit grouille de caméras de vidéo-surveillance pointées un peu partout, reliées à un centre de sécurité ultra-moderne. Je ne sais pas ce que l’Eglise utilise comme nouveau modèle de tronc pour engranger tant de pognon de ses paroissiens, mais m’est avis qu’ils ont récupéré le modèle qui a servi à la campagne d’Edouard Balladur en 1995. Mais passons : notre curé, prénommé Moreau, sitôt arrivé dans l’endroit sur sa moto s’en va discuter avec l’abbé du coin venu l’accueillir, Bénedict, qui lui explique que “Oui, Moreau, nous avons l’enfant ! Il est en sécurité ici, avec sa mère. Dans quelques jours, ce sera le solstice d’hiver… passé cette date, il ne risquera plus rien, même si je doute que cette vieille prophétie sur le solstice soit véridique, hohoho !” (un enfant, une prophétie, un élu : c’est bon, on a les bases d’une bonne soupe au navet). Moreau, lui, ne semble pas du même avis : “Mais palsembleu, arrêtez ! L’enfant ne sera en sécurité qu’au sanctuaire, et uniquement s’il est sous la protection du Rider, il faut agir !” ; Bénedict lui, insiste “Tatata, sottises, ici, c’est la grosse sécurité mec, on dépote un peu, maintenant, tu te tais ou je fronce les sourcils.“.

Seulement voilà : si Bénedict connait sa règle (les amateurs de bons mots religieux seront servis), il connait beaucoup moins celle d’Hollywood qui dit, je cite :

Quiconque dit que sa planque est inviolable la verra violée dans les 10 minutes

Si cela explique pourquoi Paris Hilton se promène toujours sur elle avec un magnétophone répétant en boucle “Je suis inviolable“, cela n’est pas sans conséquence pour notre fieffé monastère ! Car évidemment, la chose ne manque pas : à peine la phrase de Bénédict finie, des coups de feu résonnent partout dans la forteresse religieuse : des types habillés en forces spéciales débarquent de nulle part et mitraillent à tout va, enfonçant la porte principale du lieu à grands coups de véhicule-bélier, descendant des toits en rappel, courant un peu partout… sans que personne ne puisse les arrêter.

Non, non, oubliez toutes les caméras de sécurité de la scène précédente : en fait, elles ne servaient à rien et n’ont pas pu voir arriver 200 mecs surarmés sur un bâtiment fortifié isolé. Il en va bien évidemment de même des gardes, qui étaient probablement occupés à disserter sur l’influence de Descartes sur le cubisme et les mouvements picturaux déstructurants. Du coup, les bougres n’ont pas vu arriver par la seule route menant au lieu, pourtant situé en haut d’un pic, tous les véhicules contenant les malandrins venus leur donner l’assaut. Oui, même ceux qui sont passés par la porte principale, ils ne les ont pas vus arriver : c’est fort. Pour le reste, les bougres sont aussi doués pour le combat que l’observation : ils se contentent de courir partout en hurlant avant de danser la gigue en mourant sitôt qu’un des vilains a décidé de tirer sur eux.

Moreau, lui, n’a qu’une idée en tête : aller protéger le fameux enfant dont il avait parlé plus tôt, et après avoir abandonné Bénedict (sympa mec !), il s’enfonce donc aussi vite qu’il le peut dans les entrailles du vieux bâtiment ; au détour d’un couloir, après avoir castagné plusieurs assaillants à coups de poing (oui, les mecs défoncent toute la sécurité suréquipée de l’endroit sans une perte, mais ils ne peuvent rien contre un curé qui pue la villageoise distribuant des tatanes), il croise donc une jeune femme avec un ado de 13 ans : Nadya et son fils, Danny, l’heureux élu de la prophétie.

Mais en voyant le prêtre arriver droit sur eux, la donzelle emmène son marmot aussi vite qu’elle le peut loin de lui, et ouvre même le feu en  direction du malheureux prêtre avec son petit pistolet personnel pour éviter qu’il n’approche (je soupçonne surtout Nadya d’être un peu raciste, nous verrons qu’en fait elle est surtout un peu con-con) ; puis, empruntant on ne sait quel tunnel, elle parvient à rejoindre un véhicule et à s’enfuir avec ; Moreau remonte alors vers la cour principale du monastère afin d’y récupérer sa moto et de s’élancer à la poursuite de la bougresse et de son marmot, et le spectateur avisé notera que tiens, c’est magique, vous vous souvenez des 200 mecs qui prenaient la place d’assaut il y a 2 minutes ? Et bien ils ont tous disparu, il n’y a même plus de coups de feu, rien. D’ailleurs, on n’aperçoit pas de cadavres : c’est fou. Tout le monde a dû partir boire un verre, probablement.

Ou alors, c’est juste un problème de script, mais non, je n’ose y penser.

En tout cas, Moreau et sa mobylette s’en vont à la poursuite de Nadya, mais c’est sans compter sur un nouveau personnage qui fait son apparition : Carrigan. Ce simili-bellâtre qui a commandé l’assaut sur le monastère est un gros méchant qui a tué tous les religieux de l’endroit, bien que désarmés (il est très très cruel). Et comme il a aperçu Nadya puis Moreau fuir l’endroit, il part lui-même avec l’un de ses hommes vers un véhicule avant de coller au train des fuyards, mitraillant Moreau juste devant lui.

Je vous passe les détails, mais la moto de Moreau se prend une vilaine balle et il en perd le contrôle, puis se fait éjecter en direction du ravin le plus proche ; mais comme c’est un curé-ninja, il tire (tout en tombant et au ralenti s’il-vous-plait) sur la voiture de Carrigan pour crever ses pneus, empêchant le véhicule de poursuivre Nadya plus avant. Enfin, il choit comme une merde, mais est sauvé par des branchages car le film a encore besoin de lui : la nature est bien faite.

L'accès au monastère : c'est vrai que c'est difficile de voir une voiture bélier arriver discrètement par là, je comprends la surprise des gardes

Voilà pour la petite séquence d’introduction ; mais je vous sens impatients : allons donc retrouver notre héros préféré.

Vous le connaissez probablement déjà : il s’agit de Johnny Blaze, célèbre cascadeur incarné par le sieur Nicolas Cage, qui la nuit se transforme en esprit vengeur, le “Rider“. Si vous ne le connaissiez pas encore, ça tombe bien, le film vous rappelle comment il en est arrivé là grâce à un rapide résumé, et là, attention.

“Salut les kids. Moi, c’est Johnny Blaze. Avant, j’étais cascadeur, je faisais des acrobaties en mobylette, c’était trop super. Mais un jour, mon papa a attrapé le cancer, ce qui a un peu cassé l’ambiance, vous voyez ? Le Diable est donc venu me trouver et il m’a proposé de guérir papounet en échange de mon âme. Comme je ne m’en servais pas trop, j’ai dit oui, surtout qu’en cadeau pour tout engagement pour l’éternité, il y avait un smartphone gratuit.

Hélas, c’était un piège ! Si mon père fut guéri, c’était sans tenir compte du fait qu’il était un peu con (et qu’en plus, c’était héréditaire) : pour fêter sa guérison, papounet a décidé de faire une grosse cascade et s’est tué ce faisant ; le Diable a donc bien rigolé en disant “Tu vois, j’ai guéri ton papa, et tu l’as perdu quand même, maintenant, ton âme est à moi, hohohoho !” ; sur le coup, j’ai cru que c’était juste une coïncidence, mais quand j’ai reçu le smartphone gratuit, j’ai compris : c’était un Windows Phone. Le Diable m’avait donc roulé, en fait ! Vas-y, c’est pas sympa.

Satan a alors décidé de faire de moi son instrument : il a placé en moi un esprit vengeur (il a dit “qu’il y avait de la place pour deux !” ce faisant, mais j’ai pas compris), le Rider. Pour vous la faire bref, la nuit, je me transforme en lui, et ma tête laisse place à un simple crâne éternellement en flammes (mais qui ne brûle pas mes fringues, c’est choupi), ce qui ruine pas mal la plupart de mes plans dragues. Seulement voilà, si je servais le Démon, j’ai fini par m’échapper de son influence ! Et j’ai décidé d’utiliser le Rider pour faire la justice moi-même, comme par exemple, en appliquant la peine de mort aux gens que je croise et que je considère comme méchants, parce que vous savez, les tribunaux, les avocats, les enquêtes, ça ne sert à rien. Bref, je disais ? Ah oui :

Mais ces derniers temps, le Rider m’échappe ! Au nom de la justice, il tue tous ceux ayant commis un crime, qu’importe sa nature : un mensonge innocent, une tricherie, un téléchargement illégal (ndloc : véridique, le film cite cet argument), tout est prétexte à son courroux ! 

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INTERLUDE

Au même moment, chez l’un de mes lecteurs.

Thomas regarda la molette de sa souris, à demi-fondue après avoir dû l’utiliser de longues minutes pour retrouver un vieil article. Il avait beau suivre ce blog depuis quelques temps, il se demandait parfois si ce ne serait pas plus malin d’afficher juste quelques lignes de chaque article sur chaque page avec le bouton “lire la suite“, comme cela se faisait ailleurs, plutôt que de bombarder de pavés son écran. Alors qu’il était tout à ses réflexions, il aperçut un petit encadré s’afficher au bas de son écran

Téléchargement de La_soupe_aux_choux_TrueFrench_DVDRIP_[VengoZqu4d].avi achevé

Le jeune garçon eut un sourire en cliquant sur l’icone, fier de son forfait : il allait enfin pouvoir regarder à nouveau la séquence des prou…

La fenêtre explosa dans un bruit d’apocalypse alors qu’une moto en flammes, moteur hurlant, s’écrasait sur le sol de la chambre au son de ses suspensions grinçantes ; le parquet prit feu à son tour là où la roue avait touché les lieux, détruisant au passage quelques objets traînant dans la chambre du piratin : t-shirt froissé, boîte de jeu à demi-éventrée, chaussettes roulées en boule… Thomas n’eut pas le temps de passer de la surprise à la peur en voyant le crâne enflammé remplaçant la tête de son assaillant que déjà, une chaîne de moto chauffée à blanc par la fournaise émanant du personnage s’abattait sur lui.

COUPABLE !” s’écria le crâne du motard en grinçant. “ON NE TÉLÉCHARGE PAS LA SOUPE AUX CHOUX IMPUNÉMENT !” ajouta t-il, avant d’essorer sa poignée d’accélérateur pour s’enfuir par la fenêtre sur son destrier mécanique en entendant la maman de Thomas montant les escaliers pour savoir ce que c’était ce bazar dans la chambre de son fils, et que si c’était encore sa musique de sauvageon, il allait voir son argent de poche réduit de 5€.

Le Rider venait encore de faire son devoir. La Terre était un endroit plus sûr ; mais déjà, le crime l’attendait, ailleurs : quelqu’un n’avait pas payé son parcmètre quelque part au Mans.

Le Mal était partout.

FIN DE L’INTERLUDE

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 Aussi, j’ai dû fuir jusqu’en Europe de l’Est (ndloc :véridique, encore une fois), parce que quitte à tuer des gens, autant que ce soit des Roumains, c’est moins grave. Oh, au fait, vous vous souvenez de ma copine du dernier film ? Et bien pas moi : elle demandait un cachet trop élevé, alors on va juste ne pas en parler, d’accord ? Allez, reprenons le déroulement du film.”

Voilà : Johnny est donc en ce moment, et ça tombe bien, en Roumanie, ce qui est quand même une sacrée coïncidence, car il aurait été au Bhoutan, ça aurait posé quelques problèmes avec cette histoire de prophétie, mais non, ouf. Et justement : alors que Johnny est dans un entrepôt isolé du pays à méditer sur l’avenir qui l’attend, un homme se présente à sa porte : Moreau. Grâce à ses supers pouvoirs intitulés “J’ai accès au script“, il l’a trouvé sans problème, et lui explique la situation : “Salut Johnny, je me présente, je suis un type qui pue l’alcool et qui sort de nulle part. Tiens, voilà une photo en noir et blanc d’un enfant, car ici, chez les Roumains, on a pas inventé la couleur. Tu vas retrouver ce gosse sans que je te dise pourquoi et me l’amener. Oui, je te dis ça car je sais que tu es le Rider, et tu pourras sentir où est cet enfant car il a l’odeur du Diable. Et si tu le fais : moi et mon ordre, on exorcisera le Rider et tu seras liiiiiibre !

Personnellement, je serais Johnny, je me serais vaguement demandé comment ce mec a pu me trouver, comment il peut savoir que le Rider, c’est moi & co, mais Johnny, non. Il dit juste “Okay !” : vous m’étonnez qu’après il se retrouve à signer des pactes avec le premier couillon venu. J’espère qu’il n’a pas internet.

De : NMagou@africa-online.com

A : BlazeJojo666@AOL.com

Objet : Aide-moi !

Bonjour Johnny, je suis Amaury N’Magou ! Mon père, le vénérable Mougou N’Magou est mort dans un accident de balancelle ; il a cependant laissé à la National Bank of Bamako un compte contenant 9.008.00 dollars ! Mais je ne peux l’encaisser sans garant ! S’il-te-plaît, Johnny, viens à mon aide et tu auras 20% de la somme. P.S : peux tu m’avancer 2 000 dollars sur la somme que nous allons toucher ?

Non vraiment : internet est une place trop dangereuse pour Johnny.

"Moreau, tu n'as pas été suivi jusqu'ici ?" - "Nan nan, ou alors le mec était balaise."

En attendant, où sont Nadya et Danny (notez la subtile proximité entre les deux noms pour ne pas perdre le spectateur) pendant ce temps, hmm ? Et bien figurez-vous qu’ils se planquent dans une ville du coin, où Nadya dragouille de potentiels maris infidèles pendant que son fils leur fait les poches histoire d’obtenir de quoi subvenir à leurs besoins ; nous apprenons ce faisant qu’ils sont gitans, obtenant ainsi la combo Roumain-gitan-voleur du premier coup. On attend avec impatience le banquier juif, le coiffeur homosexuel et le mauvais Nicolas Cage. Ho ? Attendez !

En tout cas, sitôt leur dernier forfait accompli, la mère et son fils décident de quitter la ville où ils opéraient pour prendre la route afin d’éviter les ennuis ; hélas, ils ne remarquent pas qu’ils sont suivis par deux énormes 4×4 noirs mystérieux (et pourtant, il fait grand jour et curieusement, Nadya et Danny compris, ce sont les trois seuls véhicules de la ville à circuler), et ce visiblement durant plusieurs heures, puisque dans le plan suivant, il fait nuit noire (ou alors… ou alors c’est juste un autre problème de script ? Ah bin oui, mais nous verrons que la chose se répétera encore et encore) ; mais c’est vrai que c’est pas facile de repérer deux 4×4 dans son rétro quand, de tout le film, il n’y aura jamais la moindre trace de circulation (à l’exception d’une voiture rouge au début, dans la course poursuite qu’il y a eu entre Moreau, Carrigan et Nadya et que le prêtre a failli se manger sur sa moto pour être exact, mais sinon, pas une seule).

Carrigan, donc, le chef des malandrins, décide de passer à l’action : je vous rappelle que son objectif est de récupérer Danny. Que faire ? Continuer de suivre le véhicule de Nadya et profiter d’un arrêt pipi-essence pour agir, en profitant du fait que visiblement, elle n’est pas foutue de regarder dans son rétro ? Lui intimer de s’arrêter en lui collant un flingue sous le nez ? Non. Carrigan est beaucoup plus intelligent que ça : il fait nuit noire, ils sont lancés à pleine vitesse, il va donc…

… percuter la bagnole de Nadya pour l’envoyer voler.

Dis-moi galopin, quelle partie du plan tu n’as pas compris dans “récupérer l’enfant” ? C’est le passage où on t’a expliqué que sous forme de pulpe, il était vaguement moins utile ? Et sinon, pourquoi as-tu attendu la nuit ? Pour être sûr d’éventuellement louper un obstacle/un virage/perdre l’épave dans un ravin durant la manœuvre d’attaque ? Les routes de ce film sont désertes, tu ne risquais rien, alors pourquoi ?

Bref : suite à diverses manœuvres routières plus ou moins aventureuses, la voiture de Nadya finit en bord de route, puis les deux véhicules des malandrins s’arrêtent à son niveau, et en sortent toute une série de chenapans armés de diverses armes de plus ou moins gros calibre. Parmi eux, donc, Carrigan, leur chef ; Nadya s’exclame donc “Halala, donc ! Carrigan ! Mon ex ! Je te hais, tu es vilain ! Tu n’auras jamais mon fils, en plus, il n’est même pas de toi, alors hein, ho, touche-z’y-pas gros bâtard !” (elle manque d’éducation, j’en conviens). Oui, le méchant est l’ex de la gentille : ça n’aura aucun intérêt dans l’histoire, mais ça rend les choses encore moins crédibles. Bien pensé.

Enfin, revenons à notre sujet : Carrigan est donc en train de menacer Nadya, en demandant à ses hommes de se saisir de Danny, quand soudain, un gros bruit de pétarade se fait entendre : qu’est-ce ? La police ? L’armée ? Une soirée flammenküche qui aurait dégénéré ? Non ! C’est une moto infernale qui arrive en sautant depuis on ne sait quel invisible tremplin, et faite de métal en fusion et de flammes ; sur son assise, on trouve un homme vêtu en motard, mais au crâne nu et flamboyant : le Rider !

Oui : Johnny, qui luttait depuis des mois pour garder le contrôle la nuit et ne plus devenir le Rider, l’a laissé prendre le dessus pour pouvoir partir à la recherche de l’enfant qui sent “comme le Diable” (il contrôle très mal ses sphincters). Le voici donc pour sa première scène d’action du film où, pour faire le spectacle, il prend des poses cools. Et évidemment, les méchants restent immobiles à le regarder faire ses trucs de kéké sans même poser de questions, parce que vous comprenez, un squelette en flammes motard, c’est tellement banal. D’ailleurs, même quand celui-ci commence à les tuer un par un, parfois en se contentant de les regarder droit dans les yeux durant de longues minutes, personne ne tire, ils font juste “Ah bin ça alors !” ; misère, ce que c’est nul.

Carrigan, lui, est lassé par cette scène sans fin, et décide donc de passer à l’action en demandant à ses hommes de tirer, ce qu’ils font  - enfin - sans hésiter ; mais ah ! Voilà que le Rider résiste aux balles ! Ni une, ni deux, Carrigan va donc dans son coffre chercher son lance-grenades, et envoie une cacahuète à la créature de l’enfer, qui est donc projetée en arrière avant d’exploser lamentablement : le Rider est vaincu ! Les méchants, pas peu fiers d’être débarrassés de cette bestiole bizarre, embarquent donc Danny et fuient promptement, laissant Nadya sur place, histoire qu’elle puisse leur attirer plein d’emmerdes, comme par exemple mettre la police ou on ne sait qui à leurs trousses. Faudrait pas voir à se débarrasser de l’unique gêneuse et témoin du coin, fraîche et disponible pour leurs balles ou tout autre plan plus ou moins vil.

Non, ne cherchez pas. Cht. Dites à vos neurones de se calmer, ils se font du mal, et tout cela va aller crescendo.

Quelques heures plus tard, Johnny Blaze se réveille dans un hôpital roumain, où une charmante infirmière vient lui expliquer que la police veut lui parler ; le pauvre cascadeur, étonné, se rappelle soudain de ce que le Rider a fait la nuit-même en possédant son corps : comment a t-il survécu ? Visiblement, l’esprit vengeur est plus fort qu’il ne le pensait, puisque tout ce qu’il reste comme trace de sa branlée de la veille est une cicatrice sur son torse : ça va, ça aurait pu être pire ; mais comme ça pique encore un peu, et que Johnny n’a pas trop envie d’expliquer à la police que “Vous comprenez Monsieur l’agent, je sais qu’on m’a retrouvé au milieu de voitures en feu criblées de balles, de cadavres à demi-brûlés & co, mais je peux tout vous expliquer : tout a commencé quand le Diable m’a proposé un smartphone, et…“, il se lève tranquillement, récupère ses affaires qui traînaient juste à côté de lui, se sert en anti-douleurs dans la pharmacie en libre service de sa chambre d’hôpital (il y en a toujours une, c’est connu), puis s’en va tranquillement puisque la police qui voulait lui parler et l’avait retrouvé sur le site d’un massacre vaguement intéressant ne surveille pas la porte de la chambre, ni quoi que ce soit en fait.

Oui, je sais, ça fait mal, mais ne viens-je pas de dire de calmer vos neurones ? Si vous tentez de réfléchir aussi, hein ! Vers la fin du film, vous aurez l’impression que votre cerveau a perdu 15% de sa masse, vous verrez.

Pour la petite histoire, voilà à quoi ressemblent Nadya et Danny. Comment ? Etaient-ils dans une discothèque au moment de la photo ? Non non, ça c'est le début du film quand ils sont dans le monastère attaqués. Sûrement l'abbaye perdue de Saint Funky-Groove

En sortant de l’hôpital, Johnny croise dans les couloirs la petite Nadya, qui n’a rien à faire là mais a dû se dire “Tiens, si je me mettais dans un endroit où la police risque de me trouver et de m’interroger des heures sur le massacre d’un monastère bourré de caméras où l’on pouvait me voir sur toutes les bandes, et sur le massacre de la nuit dernière si jamais le motard bizarre qu’ils ont retrouvé sur place se mettait à parler ? Oh oui, ce serait tellement intelligent !“, et se décide donc à la suivre ; celle-ci n’apprécie guère la manoeuvre et finit par l’attendre l’arme à la main sur le parking (désert) de l’hôpital en lui demandant qui il est, car elle reconnait sa tenue, même si cette fois-ci sa tête n’est pas un crâne en flamme, mais bien pire finalement, et celui-ci se contente d’un “Salut, petite, je veux retrouver ton fils et je tue des gens en me transformant en démon, donc je vois pas pourquoi tu ne me ferais pas confiance en me racontant ta vie avec tous les détails et en m’aidant à retrouver ton morveux sans que je te détaille ce que je compte en faire” ; autant vous dire que la bougresse est aussitôt convaincue (… hein ? Non, je n’ai rien dit, ça se passe de commentaire). Nos deux loulous désormais en équipe se dirigent donc vers…

Nan vraiment, là c’est dur, j’ai l’impression que ça ne s’arrête jamais.

… Ils se dirigent vers une dépanneuse sur laquelle trône la moto de Nicolas Cage. Oui : la police a retrouvé sa moto, l’a chargée sur une dépanneuse, et l’a amenée à l’hôpital pour des raisons que l’on ignore totalement, avant de laisser le tout en plan sur le parking. Voilà voilà. Ho, petit détail pour ceux qui se poseraient la question : quand Johnny n’est pas sous sa forme de Rider, c’est une moto normale ; elle ne change que lorsqu’il se transforme. Donc non, la police n’a pas ramené une moto démoniaque hurlant aux gardiens de la paix d’aller sucer des biroutes en enfer tout le long du trajet. Enfin bon : dans tous les cas, Johnny et Nadya partent donc en vadrouille ensemble à bord du beau véhicule jaune, et emmenant ainsi la monture de notre héros avec eux. Ce n’est pas du tout télescopé.

Nadya raconte alors son histoire, qui est tout à fait passionnante : dans sa jeunesse, elle a fait des bêtises (comme par exemple télécharger Miss Détective) et est donc allée en prison ; là-bas, elle a rencontré Carrigan, avec qui elle a eu une liaison, mais uniquement parce qu’il trafiquait des armes et du matériel permettant potentiellement de s’évader. Mais une fois dehors, le vil fourgueur d’armes lui a proposé un braquage qui a mal tourné : Nadya s’est retrouvée mortellement touchée lorsque la situation a mal tourné, et le Diable lui est apparu : il lui a proposé de la soigner… mais en échange, elle devrait porter un enfant… son enfant ! Et voilà que Satan veut récupérer ce qui est à lui, et a donc payé Carrigan pour la retrouver et se saisir du marmot !

Mais avant que Johnny ne pose la question “Oui d’accord, mais alors Satan, c’est un bon coup ?“, allons plutôt voir ce qu’il se passe du côté de Carrigan. Car celui-ci s’est arrêté dans un coin désert pour appeler son boss, le Diable, même s’il ignore que c’est lui (ce dernier se fait appeler Jean-Jacques) et lui expliquer que oui, ça y est, il a l’enfant, mais que il va falloir payer plus cher pour le récupérer : en effet, il n’était pas prévu dans le contrat d’affronter des motards-squelettes-enflammés (peu de contrats le prévoient, c’est vrai, la maman de Thomas n’a découvert que trop tard que son assurance ne couvrait pas les dégâts commis par les démons mécanisés en agglomération, elle devra donc payer le changement de la fenêtre de son fils ainsi que du parquet à ses frais). Le Diable est donc très intéressé par la nouvelle de la présence du Rider dans les parages, et demande à parler à Danny. Sitôt qu’il l’a au téléphone, il lui chuchote des trucs à l’oreille dans une langue curieuse (sûrement des trucs cochons, vieux pédophile), et l’enfant semble entrer en transe avant de hurler puis de s’évanouir ; lorsque Carrigan reprend la ligne pour demander ce que c’est que ce bordel, Jean-Jacques lui explique que “Tu vois, ce garçon est comme un ordinateur : je viens de couper l’accès du Rider à celui-ci. Il ne pourra plus le retrouver“. Soit, disent les méchants : mais j’espère que c’est pas un Mac alors, parce que si le gamin commence à nous gaver avec les conditions d’utilisation de Itunes, on le balance. Enfin, ils reprennent la route.

A noter : durant les heures qui vont suivre, Danny tentera brièvement de s’évader à la nuit tombée en sautant depuis l’arrière du véhicule vers l’avant de celui-ci pour tourner brutalement le volant du 4×4 qui l’emmène, lui, Carrigan et quelques uns de ses hommes. Oui, malgré plusieurs gorilles, dont un qui tient le volant, personne ne parvient à arrêter un merdeux de 13 ans gros comme une allumette. Mieux encore, on peut apercevoir le chauffeur parvenir à reprendre le contrôle du véhicule et à repartir droit avant que… que mystérieusement dans le plan suivant, le véhicule ne soit curieusement en train de partir sur le côté en faisant 40 tonneaux. A part un homme de Carrigan, tout le monde s’en tire sans bobos, parce que vous savez, les tonneaux, bon… Danny parvient même à fuir sur quelques mètres sans la moindre égratignure (il avait remis sa ceinture, tout s’explique), mais est arrêté par un obstacle terrible : des GALETS HUMIDES ! Ce qui le fait glisser et se briser la cheville en hurlant.

Je résume :

- Tonneaux en 4×4 à pleine vitesse = tranquille Emile

- Galets humides = éternité de douleur

Après avoir récupéré un nouveau véhicule dans une séance qui se veut “lolilol“, Carrigan, sa troupe et son prisonniers repartent à bord d’un van hippie emprunté à des touristes allemands. Voilà, c’est drôle : riez un bon coup, on reprend dès que vous avez fini de vous remettre de ce grand moment d’humour digne du cinéma français.

GHOST RIDER PUNIT LES VILAINS GALETS HUMIDES QUI GLISSENT !

Revenons à Johnny et Nadya qui roulent paisiblement, mais désormais sans guidage, puisque notre héros ne “sent plus” soudainement Danny, et sait que c’est parce que quelqu’un lui a bloqué l’accès (ou lui a appris la propreté, allez savoir) ; notre héroïne, elle, s’exclame donc “Nan mais t’inquiète chaussette, je connais un pote de Carrigan, un gros trafiquant, il nous dira où il est” : ni une, ni deux, nos larrons se rendent donc jusqu’à une sorte de club de combats illégaux, et dans les coulisses, Johnny tombe alors que la nuit est tombée sur Popov, le fameux trafiquant. Il a tôt fait de le faire parler grâce à une chose simple : le Rider, profitant de la lune désormais haute et du fait que l’endroit respire la corruption et le crime, se bat à l’intérieur de Johnny pour prendre le contrôle. De temps à autre, l’oeil de Johnny se transforme en crâne, ou sa mâchoire, bref : c’est pas bien naturel et ça fait très peur. Ou alors, ce sont juste ses cheveux qui font peur, mais c’est un autre sujet : Popov avoue donc bien volontiers : “Oui, je sais où est Carrigan, il a rendez-vous dans une carrière pas loin d’ici pour acheter tout un tas d’armes ce soir, ça tombe bien quand même, non ? Mais je doute que vous arriviez à temps !” : c’est sans compter sur Johnny, qui part chercher sa moto à l’arrière de la dépanneuse, et fonce vers la fameuse carrière (dont il connait l’emplacement précis grâce à heu… rien).

Et là, attention, scène abominable : environ une minute de Nicolas Cage en gros plan qui fait le psychopathe sur sa moto avec le Rider qui se bat pour prendre le contrôle. Et finit d’ailleurs par le faire, mais à voir, vraiment, ça fait super peur. Actor’s studio.

A la carrière, donc, que se passe t-il ? Et bien déjà, pour ne pas poser de problèmes, le film a à nouveau “oublié” que deux scènes plus tôt, Carrigan circulait désormais en van hippie (d’ailleurs visiblement, il a même trouvé un coin pour se changer, mais passons), et on le retrouve donc attendant Papav (le pote de Popov), pour lui acheter… des lance-missiles à têtes chercheuses ! A peine le deal conclu, un bruit de pétarade typique se fait entendre… tous les hommes tant de Carrigan que de Papav se mettent donc en position pour se préparer à tataner l’intrus, quand soudain, ils découvrent celui-ci débarquant dans toute sa splendeur : le Rider sur sa moto de feu ! Connaissant déjà l’animal, Carrigan réagit promptement et lui décoche donc un missile, mais cela ne suffit pas à l’arrêter ! Pas plus que les autres projectiles du genre qui le touchent : donc oui, le Rider encaisse très mal les grenades, mais les missiles, trucs vaguement 10 fois plus gros, ça par contre ça ne lui fait quasiment rien, merci.

Non, il n’y a aucune explication. S’il est possible de faire de l’encre à partir de matières fécales, je puis vous confirmer que ce scénario a été rédigé au stylo-plume.

Après avoir ainsi montré sa grande résistance aux missiles, roquettes et autres projectiles de gros calibre, le Rider entreprend donc de tuer à peu près tout et tout le monde, permettant ainsi de découvrir qu’à l’instar du film Commando, avec Arnold Schwarzenegger, il y a un petit problème avec les figurants, au point que notre héros se retrouve à tuer plusieurs fois le même personnage (spectateurs, regardez particulièrement le jeune homme avec une capuche qui se fait tuer deux fois dans deux plans successifs de deux manières différentes), mais cela n’a guère d’importance ; non, afin de profiter pleinement de la bataille, le Rider se décide à abandonner sa moto pour grimper sur l’énorme excavatrice qui domine la carrière, et comme pour sa moto, il la transforme en… excavatrice du démon. Qui va donc super vite, fait des flammes, etc. Autant vous le dire : avec ça, il éclate à peu près tout et tout le monde dans quantité de gerbes d’étincelles ; Nadya, elle, qui a suivi le Rider profite du chaos ambiant pour aller, à l’écart de la carrière, récupérer son fils qui attendait sagement ligoté dans un coin. Cela fait, elle file, laissant le massacre se finir.

A noter que Carrigan, lui, évidemment, affronte le Rider en personne, mais que sans aucune raison, ce dernier plutôt que de le transformer en cendres comme il le fait toujours, l’envoie juste paître sous un gros caillou où il agonise longuement. C’est important de le préciser : on sent que le personnage va resservir lui aussi et qu’il faut donc le garder en bon état. Cela fait : tout le monde reprend la route, loin de tous ces mécréants.

Le lendemain, donc, après de longues heures à rouler, nous retrouvons Nadya, Danny et Johnny dans un restoroute, où Danny regarde envieux les autres familles présentes, car on sent bien ce qui lui manque : un papa gentil pour lui tapoter la tête d’un air satisfait, comme dans toute bonne famille qui se respecte. Johnny, qui ne connait pas le marmot depuis plus de 10mn tente de jouer ce rôle, ce à quoi le fils du Diable (puisque bon, quand même, c’est son statut et que ça explique pas mal pourquoi papa n’a jamais été un père de famille exemplaire) répond que “Ouais Johnny, t’es plus cool que tous les autres mecs avec qui maman est sortie !” (hé bé, ça devait pas voler bien haut) ; notre héros apprécie le compliment comme il se doit, et lorsqu’ils reprennent la route, toujours au volant de leur dépanneuse transportant le destrier de Johnny, c’est Nadya qui conduit, alors que le cascadeur et le marmot sont sur la plate-forme à l’arrière à discuter entre hommes du genre “Dis Johnny, pourquoi j’ai des poils qui poussent ?“. La conversation porte beaucoup sur le Rider et l’effet que cela fait à Johnny de le devenir, puisque le jeune homme trouve cela, là encore, “trop cool“. Cependant, le marmot soulève plusieurs questions intéressantes lors d’un dialogue que je n’invente hélas pas (mais que la production a refusé que je complète curieusement, voici l’original avec mes ajouts encore barrés) :

“Mais alors Johnny, pourquoi ta moto prend feu quand tu deviens le Rider ?
- Hé bien parce que tout ce que monte le Rider prend feu : une voiture, une moto, une excavatrice… c’est comme ça.
- Ah ouais, mais alors si tu montes en avion ? Ou sur un chameau par exemple ?
- Hmmmm, je ne sais pas. Je devrais peut-être grimper sur ta mère pour voir.
- Et quand tu veux faire pipi sous forme de Rider, il se passe quoi ?
- Et bien là, je fais pipi, un vrai lance-flammes ! (là, image à l’appui, on voit à l’écran le Rider urinant du feu)
- Hihihi, tu es trop drôle John, t’es trop cool ! Enfin si tu fais jaillir des flammes de ton zob, évite de faire un facial-napalm à maman quand même.
  

C’est un peu grivois, j’en conviens, mais allez savoir pourquoi, j’avais l’impression que ça remonterait au moins un peu le niveau du film. Mais laissons de côté ces quelques propos car voici qu’un autre véhicule arrive sur la route déserte derrière nos héros : chevauchant sa moto, c’est Moreau ! Mais au fait, sa moto elle n’était pas au fond d’un rav… bon, on va dire qu’il peut générer des motos à volonté que c’est son pouvoir caché. Allez. Bref : Moreau dit “Youpi les amis, je suis content de vous avoir retrouvé : bon et Nadya, je sais qu’avant tu me tirais dessus car tu refusais mon aide, mais c’est fini, on est tous dans la même équipe !

Vous pensez que je rigole ? Mécréants : voyez où nous en sommes !

Pardon ?

Au début du film, Nadya vidait donc des chargeurs entiers vers Moreau pour “refuser son aide” ? Merde, j’espère qu’il n’y a pas trop de gens qui lui proposent de l’aider à porter ses courses, sinon, bonjour les coups de fusil à pompe dans les gencives. Hystérique ? Maiiiiis non. La preuve : tout le monde rigole de cette mésaventure, Moreau en premier, avant de dire “Venez les amis, je vous guide jusqu’au Sanctuaire où mon ordre pourra protéger l’enfant et exorciser le Rider ! Tu seras libre, Johnny, tu as tenu parole et ramené Danny !

Et justement, alors, le sanctuaire, où est-ce ? Et bien il s’agit d’une sorte d’immense village troglodyte que les puristes sauront situer en Cappadoce, qui prouve qu’en une journée de route, nos héros ont dû rouler en moyenne à 250km/h en dépanneuse ou en avoir une qui vole pour traverser le Bosphore, et donc, l’endroit pour le coup abrite un ordre de moines fort discret qui semble avoir pour tradition de s’écrire plein de trucs sur la peau, comme de vulgaires écolières en fleur. Et le chef de cette ordre, le plus sage de tous les moines, celui qui a tant et tant vécu que son visage même est recouvert d’écritures est…

Vous êtes bien assis ? Allez, redressez-vous. Le dos droit, allez, on vous l’a déjà dit ! C’est bon ?

C’est…

Christophe “Hin hin hin” Lambert

Quel ordre terrible ! Être commandé par pareil énergumène ! En tout cas, Nicolas Cage et Christophe Lambert dans le même film, m’est avis qu’aux oscars, ils ne sauront à qui le décerner. Quelle bataille de titans, mais bref : Danny et Nadya sont emmenés par les moines pour être mis en sécurité,  alors que Johnny et Moreau partent d’un autre côté pour aller exorciser le Rider du corps de notre héros, lui permettant de retrouver une vie normale. C’est alors qu’une discussion pas banale va naître : “Mais au fait Moreau, c’est quoi, le Rider ?

C’est vrai qu’il serait peut-être temps de t’en inquiéter, mais bon.

Moreau explique alors ce qu’il en est : le Rider est en fait un ange qui a été autrefois envoyé sur Terre pour répandre la justice. Mais hélas, il a été capturé par les forces de Satan (comment ? Je suis curieux quand même, ils ont fait un gros piège à ours ?) et corrompu en l’obligeant à regarder toute la bassesse de l’humanité (c’est-à-dire une bonne partie de la saison I de Sex & the City, ce qui ferait craquer n’importe qui) ; il est donc alors devenu fou et s’est mis à punir tout et tout le monde. Satan s’est servi de lui comme agent car il avait quand même le pouvoir de botter bien des culs, ce qui était bien pratique. Bon, allez assez causé, que l’exorcisme commence :

Le prêtre noir, qui prétend adorer le vin mais le boit au goulot (nan mais sacrilège), oblige donc notre héros à se confesser avant de communier avec lui puis de l’envoyer dans une pièce à part où l’exorcisme doit avoir lieu. Moreau dit juste “On se boira ce bon vieux vin – en désignant une vieille bouteille – sitôt tout cela fini, d’accord ?” : ah, ne JAMAIS dire ça dans un film américain mec, ça revient à dire “Quand tout sera fini, j’irai retrouver ma fiancée“, c’est un coup à mourir, mais passons. Sitôt Johnny entré dans la salle, une lourde pierre roule derrière lui (oui, les villages troglodytes ancestraux ont longtemps eu des portes automatiques, tous les archéologues le savent), et le bougre se retrouve tout bonnement enfermé. C’est alors qu’il sent un truc remuer en lui : l’exorcisme commence !

Mais pendant ce temps, quid des méchants, hein ? Je vous le demande ! Revenons à la carrière où notre Rider s’était déchaîné à coups d’excavatrice plus tôt : quantité de secouristes et de pompiers opèrent sur place, éteignant les restes des incendies occupant encore l’endroit, et récupérant les rares survivants. Cependant, alors que tout ce petit monde est occupé, personne ne voit arriver un homme en costume sur les lieux : Jean-Jacques, alias le Diable en personne ! Et qui trouve t-il sous son gros caillou en train d’agoniser ? Carrigan, visiblement encore vivant, mais que personne n’aide alors que les secouristes passent tranquillement en marchant à un mètre de lui. Nan mais sérieusement les enfants ? Bref ; le Diable, lui, vient le voir et lui dit “Carrigan mon lapin, tu ne m’as pas bien servi ! Tu devais me ramener l’enfant !“, ce à quoi l’autre répond “Nan mais en fait, là, je suis occupé, je meurs. Aaargh… couic“. Et il ne bluffe pas : il meurt sous ses yeux, il l’avait juste attendu pour ce faire, ce qui est vraiment sympa, notons-le, et pas du tout télescopé.

Scrogneugneu“, dit le Diable, avant d’ajouter “Nan mais t’es en CDI mec, attends, tu te barres pas sans préavis en prétextant que tu es mort, là, ho, dis !” : et en touchant le corps encore chaud d’un doigt, celui-ci semble soudain se réveiller de manière désagréable avant de se recroqueviller sous son gros caillou, pour mieux ressortir de sous celui-ci, désormais affublé d’une nouvelle forme. Carrigan a en effet quitté le monde des vivants et est désormais une créature ni morte, ni vivante, mais surtout, il est devenu blond à cheveux longs. Ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais rien, en tout cas, voilà : il a aussi les traits un peu tirés, mais en-dehors de ça, il se porte bien. Le Diable lui explique alors sa nouvelle condition : il est désormais une créature à son service, qui doit toujours terminer son contrat, et ramener Danny à lui. Il a d’ailleurs désormais des pouvoirs magiques :

  1. Où qu’il aille, il y a une sorte de zone d’ombre autour de lui qui donne l’impression aux gens quand il approche que, soudain, il fait nuit noire
  2. Il fait pourrir tout ce qu’il touche. Ce qui laisse supposer qu’il a eu accès au scénario.

Le bougre teste donc aussitôt son pouvoir sur un secouriste isolé, qui d’un simple contact, se transforme en momie sur place ; notre méchant n’a plus qu’à voler son véhicule pour partir à la poursuite de Danny. Bonne route, Carrigan ! J’espère qu’en chemin tu te poseras la question “Mais attends, à quoi ça sert un pouvoir de putréfaction au toucher sur un squelette immortel en flammes ?” ou “Ça alors, pourquoi mes fringues ne pourrissent pas alors ? Pourtant, pourrir mon slip, ça me connait en temps normal, c’est fou“, hein. Mais je dis ça…

Le méchant pourri qui obtient le pouvoir pourri du pourri : c'est vraiment recherché

Bon, pendant que vous en êtes encore à vous demander comment Carrigan peut savoir dans quelle direction sont partis les gentils, retrouvons Johnny qui a été exorcisé pendant ce temps. Oui, il lui a suffit de rester allongé au milieu de la pièce où il était enfermé pour que le Rider le quitte. Je suis un peu déçu, il n’y a même pas eu de passage où le héros vomit partout en hurlant des insanités, ce n’est plus ce que c’était. Trop heureux d’être ainsi libéré, Johnny sort donc de l’endroit (la porte automatique se rouvre, elle détecte automatiquement quand un mec a été exorcisé ou non, c’est sympa), et las ! Notre cascadeur préféré découvre que les moines de Christophe Lambert sont de petits enfoirés ! Ils ont attendus que le Rider quitte l’ami Blaze pour capturer tout le monde, et expliquer leur plan : il est impossible de protéger Danny. Le Diable le veut pour le solstice d’hiver, soit le soir même, mais quand bien même il ne serait pas repris par le Démon d’ici là, même une fois cette date dépassée, il resterait un danger selon les religieux : il faut donc le tuer, purement et simplement.

Nos héros sont donc retenus par des moines, pendant qu’une poignée d’entre eux part dehors pour se mettre en cercle autour d’un billot où Danny est invité à placer son frêle petit cou, alors que Christophe Lambert sort son épée sacrée pour procéder à l’exécution, tant les décapitations, il maîtrise depuis Highlander.

Mais pile au moment (ça vous surprend, hein ?) où il s’apprêtait à exécuter le marmot, Christophe se rend compte qu’il fait nuit noire. Ho ? Et autour de lui, il voit ses frères disparaître un par un, emportés par les ténèbres : comment ? Qu’est-ce ? What the fuck ? Rapidement, Totophe comprend lorsqu’il se retrouve lui même attaqué par une créature qui fait pourrir ses mains lorsqu’il tente de lui faire du kung-fu dans la gueule : Carrigan !

Oui, Carrigan a une ambulance encore plus magique que la dépanneuse de nos héros : il a réussi à les rejoindre en moins d’une journée, puisqu’il fait encore grand jour ! On en déduira donc que celle-ci, en plus d’elle aussi voler au-dessus du détroit du Bosphore, devait circuler à une vitesse moyenne de 350 km/h. Je ne sais pas ce qu’ils ont comme véhicules d’urgence en Roumanie, mais j’ai l’impression qu’on nous cache quelque chose.

En tout cas, voilà : Carrigan tue le Frère Lambert et s’enfuit en emportant Danny (ne me demandez pas comment il fait pour qu’il ne pourrisse pas lorsqu’il le touche) avec lui. Lorsque Johnny, Moreau et Nadya arrivent donc enfin dehors pour voir ce qu’il s’est passé, ils ne découvrent donc que quelques momies recroquevillées portant encore des robes de bure pourries. Hmmmm… tout cela est bien mystérieux.

Ho, et sinon, les autres prêtres ? Ceux que l’on voyait un peu partout lorsque nos héros ont découvert l’endroit ? Ceux-là mêmes qui pour certains, retenaient nos héros pendant que l’exécution avait lieu, ils font quoi ? Ah bin rien, là encore : ils ont tous disparu, pfouit. Comme les assaillants du début du film dans le monastère.

Ça devient redondant quand même, ces disparitions de masse.

En tout cas, alors que Nadya pense que tout est perdu, Moreau explique qu’il connait le plan de Satan, parce que… il a lu une prophétie sur le sujet. Voilà. Ne demandez pas d’où elle sortait : c’était une prophétie. Et donc, le prêtre à la peau sombre explique :

Satan a un souci : il ne peut apparaître sur Terre qu’en empruntant des corps humains. Or, ses pouvoirs sont si puissants qu’ils peinent à être contenus dans une enveloppe charnelle classique, et ils finissent par ravager celle-ci ; Satan a donc décidé d’avoir un fils, Danny (il n’a pas dû choisir le prénom, c’est pas lui qui porte la culotte), en utilisant une mère porteuse, Nadya. Cet enfant a en lui tous les pouvoirs du Diable, et son corps est conçu pour résister aux dégâts normalement causés par ces derniers. Bref ! Si Satan a voulu kidnapper Danny, c’est parce qu’au solstice d’hiver de l’année de ses 13 ans – soit aujourd’hui même ! – il pourra se transférer dans son corps, et ainsi être désormais libre d’utiliser tous ses pouvoirs sur Terre sans limite ! Et il dominera le mooooonde !

Pourquoi il faut toujours que les gens sauvent le monde ? Ils ne pourraient pas faire plus petit ? Rah.

Bon cela dit, cela soulève plusieurs questions :

  • Pourquoi le Diable n’y a t-il pas pensé plus tôt dans l’Histoire ?
  • Au fait, pourquoi ne se contente-il pas de changer de corps plus souvent ?
  • Et à part pour le côté “juste à temps !“, pourquoi le bougre n’a t-il pas tenté de récupérer son fils plus tôt que 2 jours avant la date limite de consommation ? Il voulait juste maximiser ses chances d’échec ?

Encore une fois, aucune réponse logique. Mais bon : sinon Moreau, tu ne saurais pas où le rituel de transfert va se passer à tout hasard ? Mais si, répond le bougre, bien sûr : dans l’endroit le plus éloigné qui soit du Paradis… une nécropole antique en Turquie elle aussi (c’est bien fait). Mon ami Claude G, ministre de l’intérieur d’une petite république, qui regardait le film avec moi, m’a d’ailleurs glissé à l’oreille à ce moment là “Ah, je savais bien que la Turquie était l’endroit le plus éloigné qui soit de notre Seigneur !“, mais il est un peu taquin en ce moment.  Bref, allons justement voir ce qu’il se passe chez Satan.

Christophe Lambert et son ordre n'ont pas compris le principe de la galette au four

Car le Diable est déjà à la nécropole, bientôt rejoint par Carrigan qui lui livre Danny tel une sorte de FedEx du kidnapping ; le seigneur des enfers commence donc à expliquer à l’enfant que voilà voilà mon lapin, tu es bien gentil, mais je vais devoir me servir de toi comme enveloppe corporelle. J’ai d’ailleurs d’ores et déjà mis tous mes pouvoirs en toi pour gagner du temps, parce que tu comprends, quand j’utilise un corps qui n’est pas fait sur-mesure, comme celui que j’utilise actuellement, il se détruit car mes pouvoirs sont trop puissants pour lui et ravagent cette enveloppe dès que je m’en sers.

D’accord grosse tanche, mais alors explique moi comment le Rider ou encore ton pote Carrigan-Cul-Pourri peuvent utiliser leurs pouvoirs sans souci : ne sont-ce pas des humains avec des pouvoirs infernaux ? Tu te foutrais pas de ma gueule ?“, aurais dû dire Danny, mais comme il est un peu con, il reste sur place béat.

Satan, pour s’assurer qu’il ne file pas avant la cérémonie de transfert qui doit avoir lieu le soir même, plante donc une seringue dans le marmot pour le faire pioncer. Oui, sinon mec : la dernière fois, il t’avait suffi de lui chuchoter des trucs à l’oreille par téléphone pour lui faire perdre connaissance : je te trouve un peu léger pour le maître des enfers, hein, mais bon.

Mais pendant ce temps, Johnny, Moreau et Nadya sont eux aussi arrivés sur place ! Après avoir vidé une cache d’arme dont disposait l’ordre des moines du sieur Lambert (ne me demandez pas ce qu’ils foutaient avec ça), ils se sont donc rendus jusqu’à l’endroit où doit avoir lieu le rituel et, caché à quelque distance de là, observent de leurs jumelles la valse des voitures délivrant leurs flots d’invités : Nadya explique “Mon Dieu, regardez ! Ce sont tous les satanistes du coin : hommes politiques, vedettes, personnages influents… ils sont tous là !” ; ah ? Il n’y a pas d’ouvrier ou de paysan sataniste ? Le Diable mangerait-il au Fouquet’s ? Et puis surtout : une telle concentration de personnalités en vue, c’est un coup à se retrouver avec Gala publiant des photos volées “Exclusif : Justin Bieber sacrifie des chèvres au Démon ! Et à l’intérieur, notre dossier spécial : Jean-François Copé dessine des pentacles avec le sang des jeunes adhérents UMP !“. En tout cas, tous ces gens ne sont pas seuls : les forces spéciales qui avaient attaqué le monastère au tout début du film montent la garde sur place : ce sont des humains au service de Satan ! Enfin bon : dans tous les cas, notre fine équipe attend que la nuit tombe, car c’est aux heures les plus sombres que le rituel va débuter et que tous les invités vont se placer dans un vieil amphithéâtre vêtus de robes noires pour chanter des choses interdites (“Baby Baby Baby oh…“) alors que sur la scène devant eux, le Diable et Danny, visiblement en transe , marmonnent en choeur pendant que le transfert s’apprête à débuter.

Sinon les gentils : pourquoi vous n’avez pas essayé d’agir avant, genre au début de la nuit, avant que Danny ne soit au coeur de tout le dispositif ? Hmmm ? Enfin moi, je dis ça…

Bref, Moreau s’exclame donc “C’est le moment“, et la Gentil-Team passe à l’action : Nadya sort un énorme fusil à lunette et on découvre que c’est une déesse chez les tireurs d’élite (… elle qui ratait Moreau à un mètre dans un couloir au début quand elle lui tirait dessus dans le monastère, bon), puisqu’avec son arme silencieuse, elle tue un par un tous les gardes qui ne remarquent rien (non, ils n’utilisent même pas de radio entre eux du genre “C’est marrant ça fait 25mn qu’on a plus de nouvelles de l’équipe sur le flanc nord” et patrouillent par groupes de un) car ce ne sont que des forces d’élite, ils ne peuvent rien contre un cascadeur concon, un prêtre aviné et une voleuse de poules. D’ailleurs, Johnny et Moreau éclatent tranquillement et sans grand souci les quelques gardes restant encore sur leur passage, avant d’arriver juste derrière l’amphithéâtre. Le plan est donc le suivant : Johnny doit foncer sur la scène et récupérer Danny, pendant que Moreau fait diversion dans les tribunes avec subtilité en entrant en hurlant et en vidant des pistolets mitrailleurs dans la foule. Sitôt la chose décidée, elle est donc entamée, et autant vous le dire : les petits choristes en cape noire sont vachement moins concentrés sitôt qu’ils se font mitrailler la face.

Le rituel est donc stoppé, et Satan sort groggy de sa transe ; Johnny approche donc pour lui coller un bon vieux pain des familles dans le museau (normal), avant de courir vers Danny qui émerge lui aussi pour tenter de le sortir de là ; mais à peine a t-il avancé vers lui qu’une sorte de champ de force l’arrête : Danny a activé sa protection automatique contre les blaireaux.

Oui, le gamin de 13 ans se débrouille mieux avec ses pouvoirs dont il ignore tout que Satan lui-même qui se fait tatane la face par un vulgaire Nicolas Cage. Ma foi, tout cela parait bien cohérent, une fois encore.

Vous êtes encore là vous ? Non parce que moi-même, je me demande ce que je fais là.

Quelqu'un vient de raconter une blague belge au Rider, mais elle avait l'air un peu complexe

Enfin, nous approchons de la fin, alors poursuivons : le Diable n’a guère apprécié de se prendre une mandale aussi, en se relevant, plutôt que de tuer Johnny, il se contente de l’envoyer voler au bas de la scène (mais enfin ? Pourquoi tu ne le tues pas dir… ah oui, pardon, on est plus à ça près, c’est vrai). Pendant ce temps, Moreau, qui vidait ses chargeurs contenant visiblement chacun environ 2 millions de balles (ça fait dix minutes qu’il tire sans recharger), est arrêté net par Carrigan qui le fait pourrir sur place, notre prêtre préféré en mourant donc sans avoir le temps de riposter avec ses propres pouvoirs magiques, comme par exemple en faisant apparaître une moto neuve sur la gueule de son adversaire (souvenez-vous : c’est son pouvoir). Étonnant non ? C’est pas comme s’il avait dit “Quand tout ça sera fini…” quelques scènes avant, et donc, qu’il était sûr de mourir. Ça lui apprendra à être caricatural, à ce malandrin.

Sitôt l’homme d’église tué, Carrigan saute sur Johnny et… ho ! Celui-ci ne pourrit pas ! Mais comment ? Un pouvoir spécial ? Une protection divine ?

Hmmm… non. En fait, non. C’est juste un autre oubli, encore… plus tôt dans le film, Carrigan s’apercevait qu’il ne pouvait même plus manger, tant chaque aliment qu’il saisissait pourrissait car son pouvoir était incontrôlable, mais maintenant, non, c’est bon, ça roule, merci. Moi j’ai quand même surtout envie de dire qu’avec tout son botox et ses cheveux en nylon, le bougre ne risque pas de faire pourrir Nicolas Cage.

Revenons à notre situation : Johnny est entre les mains de Carrigan, et Satan attend avec impatience de le voir pourrir ; mais soudain, alors que tout le monde se demande ce qu’ils attendent, Danny se lève et dit “Satan, mon père, j’ai tous tes pouvoirs ? Dans ce cas, je vais aider Johnny !” ; là vous vous dites “Ah, cool, il va tirer des boules de feu dans tous les sens et tuer tous les vilains et ainsi libérer notre héros” ? Et bien non : il s’approche de lui… et lui remet le Rider en lui !

Trop sympa “Tu sais, l’exorcisme que tu venais de réussir et grâce auquel tu allais enfin pouvoir reprendre ta vie ? Et bien je n’en ai rien à foutre alors que j’avais d’autres solutions moins puputes pour toi et plus efficaces“. Johnny, oubliant à son tour ce énième trou du scénario, est donc super content et en profite pour se transformer aussitôt en squelette enflammé, tuant tous les adorateurs du Démon alentour ; en voyant cela, le maître des enfers décide donc de prendre la fuite, accompagné en cela par Carrigan. Accessoirement, il parvient à re-kidnapper Danny dans la confusion, ne me demandez pas comment, et s’enfuit avec ses hommes vers un convoi de leurs véhicules qui les attendait pour s’échapper de toute urgence, avant de prendre la route. Mais hélas pour eux, le Rider n’a pas dit son dernier mot, et c’est donc sous un soleil brûlant que…

Je… Attendez… je regarde bien la scène. Essayons de procéder dans l’ordre.

  • Bon déjà, le Diable a kidnappé Danny on ne sait comment alors qu’il le surpasse visiblement on ne sait pourquoi : d’accord
  • C’est sympa ce convoi militaire qui l’attendait avec moult de ses gardes à bord. Dites-moi, les soldats en question, ils faisaient quoi pendant que Moreau vidait des millions de balles sur l’endroit qu’ils étaient censés protéger ? Ah oui, rien. De là à dire qu’ils sortent de nulle part, il n’y a qu’un pas que je franchis en dansant le tango
  • Dites-moi, il ne faisait pas nuit il y a très exactement un plan ? Pourquoi il fait grand jour dans le suivant ? Je…
  • Ho, et le Rider, il n’est pas censé ne sortir que la nuit ? Vous m’expliquez comment il peut se balader sous le soleil ?

A ce moment du film, j’ai quitté mes lunettes 3D (car oui, c’était encore un de ces films en 3D où finalement, il n’y a pas vraiment de 3D et c’est juste tout sombre) pour vérifier si ça ne venait pas de là, mais hélas, non.

Je suis las. Mais las. Et pourtant, ce n’est pas fini : le Rider poursuit les fuyards sur sa moto, éclatant la moitié du convoi, puis finit par grimper sur un des camions de transport de troupes pour le transformer en camion de l’enfer et ainsi défoncer tous les autres véhicules sur son passage. Carrigan tente bien d’agir pour stopper tout cela, mais hélas, comme prévu, il constate que ses pouvoirs ne fonctionnent pas sur le Rider, ce qui confirme que le Diable lui a fourgué le pouvoir le plus inutile du monde, puisqu’il devait bien savoir (et c’était assez évident) que le Rider devait être le seul ennemi du coin immunisé contre la chose ; alors sachant que c’était lui la cible à abattre, c’était d’autant plus con ; même un pistolet à eau eut été plus efficace contre un squelette en feu.

Finalement, le Rider s’avance jusqu’à la voiture de Satan contenant Danny et, comme il se doit, la défonce et l’envoie faire 48 tonneaux d’affilée dans la poussière du bord de route.

Hmmm, comme plan pour sauver Danny, ça me parait un peu pourri, mais bon. Je dis ça, hein, encore une fois, c’est comme ça.

"Un peu pourri", comme dans "C'est l'histoire d'un ange déchu squelette flamboyant qui a deux passions : la justice et le solex". Faire deux films sur ce pitch, c'est quand même pas mal

Un homme couvert de sang commence alors à sortir du véhicule : c’est le Diable, à qui l’accident n’a pas fait du bien, son enveloppe humaine ayant pris relativement cher ; le Rider s’approchant n’hésite pas une seule seconde : en deux coups de cuiller à pot, il le renvoie en enfer pour un petit moment. Quel hooooomme ! Et c’est sans compter qu’ensuite, il extrait doucement Danny du véhicule, évanoui, en le portant dans ses bras façon Bodyguard, ce qui est probablement un hommage discret à Whitney Houston. Nadya, qui suivait le convoi d’un peu plus loin, approche donc et constate l’horrible vérité : son fils est mort !

Non, sérieusement ? Et de quoi je vous prie ? Malgré ses 48 tonneaux il n’a pas UNE égratignure ! Il est mort de quoi ? Le Diable avait mis la clim’ à fond et il a choppé un gros rhume et en est mort ? Il avait trop de cholestérol ? Mais enfin !

Le Rider lit donc toute la tristesse dans les petits yeux de Nadya, et une chose incroyable se produit : ses flammes… deviennent bleues (oui, comme à Super Mariokart quand on fait des dérapages), car c’est l’ange qu’il était autrefois qui se manifeste, et en touchant délicatement l’enfant (il  lui colle un gros doigt dans la narine), le marmot est ressuscité et peut désormais profiter pleinement des joies de la vie sur Terre avec à sa disposition l’intégralité des pouvoirs de Satan !

Tout le monde est heureux, et on peut alors apercevoir le Rider reprenant la route, mais désormais auréolé de flammes azurées, plus ange que démon, prêt à rendre la justice véritable désormais, mais toujours sans procès, parce que merde.

Et… FIN

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Pschouf !

L’homme toussota en se demandant d’où ce nuage pouvait sortir, reculant en tentant d’en identifier la source ; il se frotta les yeux en grognant, imaginant qu’il s’agissait là d’une quelconque farce que l’on lui faisait, bien qu’il se demandât de quelle manière un fumigène aurait bien pu atterrir dans la pièce où il se trouvait, pourtant fermée. Alors qu’il s’apprêtait à se boucher le nez après avoir perçu l’odeur émanant de ce curieux phénomène, il laissa échapper un cri de surprise en apercevant une silhouette en costume là où quelques secondes auparavant il n’y avait rien. L’inconnu qui venait d’apparaître prit alors la parole :

“Bonsoir. Je crois que tu sais déjà qui je suis.
- Ou… oui ! Oui ! Je sais ce que je viens de penser je… je me disais “je vendrais mon âme pour obtenir l’opulence”, et vous voilà : le Diable !”
  

Satan afficha un sourire satisfait.

“Ecoute-moi : je vais te proposer un pacte. Je vais te donner l’opulence, et tu me donneras ton âme ! 
- Oui ! Oui, j’accepte ! J’accepte ! Je veux… la richesse ! Je veux être vu, je veux des affiches de moi partout, je veux que les portes s’ouvrent devant moi, que les invitations s’accumulent !
- Soit ! Tu l’auras. Mais avant, je dois te prévenir… je viens de voir un film qui m’a donné une idée : dis-moi, me servirais-tu ?
- Volontiers ! Si vous m’accordez ce que je vous ai demandé, avec plaisir, ô mon noir Seigneur !
- Bien : je vais t’accorder un pouvoir pour me servir. Un pouvoir surnaturel d’une puissance incommensurable : le pouvoir de la putréfaction. Le désires-tu ?
- Ouiiii, Seigneur, ouiii !”
 

Le Diable n’était pas sûr que son nouveau serviteur ait tout compris, mais qu’importe, un pacte était un pacte : une feuille se matérialisa dans sa main, et il invita son “client” à s’entailler la main sur l’une des cornes du bouc ornant sa canne, avant d’appliquer sa blessure en bas du document. Sitôt que le sang fut entré en contact avec le papier, un courant d’air nauséabond emplit la pièce en tournoyant autour du désormais sans-âme, lui conférant une force nouvelle.

Voilà. Désormais, tout ce que tu toucheras deviendra pourri !

Dit le Diable en contemplant le visage satisfait de son serf.

Ouiiii, mon maaaaître

Répondit Kad Merad.

Nous sommes le 14 février.

Ah, le prévisible sujet que voici ! D’ores et déjà, j’entends s’élancer dans l’air humide de ce jour d’hiver les cris d’orfraies de celles et ceux qui s’insurgent que l’on traite de la question : “Ah, voici qu’ici encore, on va nous parler de cette fête ; c’en est assez ! Et quand bien même ce serait pour s’en moquer et se concentrer sur sa nature marchande, voilà qui est déjà connu ! Non, parlons d’autre chose, je vous en prie.” ; si j’entends bien la complainte n’oublions pas que mon mépris n’a d’égal que mon ego, et que de fait, je vous conchie, petits râleurs. Aussi aujourd’hui, nous parlerons bel et bien de la Saint Valentin.

Mais pas en soi ; qui a envie d’entendre parler d’Augustin offrant des chocolats à Margaux, susurrant son nom à son oreille accompagné de quelque mots doux ? Qui trouve de l’intérêt à suivre la journée d’Emilie, partie en quête du mystérieux inconnu qui lui a fait livrer des fleurs ce matin ? Et qui voudrait savoir comment Bichette la chèvre a trouvé l’amour cette nuit même, peu après l’arrivée dans son pâturage d’une compagnie de la légion étrangère ?

Non, nous ne parlerons pas de tout cela. Aujourd’hui, je vous propose plutôt de nous arrêter sur le 14 février au travers de l’histoire, afin de mieux comprendre les origines de cette fête, et expliquer à votre moitié avec moult arguments que non, vous ne lui ferez pas de cadeaux aujourd’hui, à part éventuellement un coup de clé à molette dans la gueule si elle ne va pas faire la vaisselle sur le champ (vous êtes vraiment romantique), pour la simple et bonne raison que vous ne pouvez célébrer correctement une fête avec quelqu’un qui en ignore tout.

Ainsi donc, abordons sans plus attendre la question :

Le 14 février dans l’histoire

Enfin une carte que les célibataires pourront envoyer à diverses parties de leur corps

En effet, contrairement à une rumeur répandue par de fieffés sacripants en quête de prétexte pour ne pas offrir de chocolats à autrui (avec un petit mot “Vu ton cul, j’ai hésité mais c’est la tradition” pour les plus élégants), la Saint-Valentin a de profondes origines historiques, dont nous avons connaissance grâce aux nombreux documents qui sont parvenus jusqu’à nous : tablettes de marbre, textes monastiques et autres dépliants Interflora.

Ainsi, si dès la Grèce antique, la période alentour du 14 février est connue pour être la saison de la prospérité à venir, des amours naissants et de la fertilité, on ne rencontre la date exacte de la Saint-Valentin, alors nommée “lupercales” qu’au sein de la Rome antique, où on savait s’amuser. Il ne s’agissait point d’aller trouver son beau ou sa belle pour lui déclamer un poème et lui expliquer que son amour était aussi pur que l’éclat des stalactites sur les chalets de Courchevel au petit matin, mais d’un rituel un poil moins innocent : après avoir sacrifié une chèvre en l’honneur de Lupercus, une divinité associée à pas mal de choses y compris la fertilité, deux jeunes gens étaient sélectionnés pour s’en aller gambader dans toute la cité à moitié à poil en hurlant des insanités, fouettant le cul des passantes à grands coups de lanières fraîchement taillées dans l’animal sacrifié.

Ah.

Alors oui, ce n’était que moyennement romantique (mais Rome antique quand m… je… que… qu’est-ce qu’il s’est passé ? Pourquoi je saigne du nez ?) , j’en conviens, mais tout de même, il y avait un rapport direct avec l’amour, mais pas vraiment celui des sentiments : chaque femelle ainsi rougie de la croupe façon “Rome est mon donjon, aucun fessier n’échappera à ma cravache“, comme le disait Caius Gimpus, est supposée devenir fortement féconde, et il convient donc de s’occuper promptement de son cas pour produire de nouveaux citoyens au sein de la cité au plus vite, des fois que les Wisigoths traînent dans le coin et que l’on manque de soldats. Bref, en un mot comme en cent, en ce temps, l’objectif n’était pas vraiment d’offrir des chocolats à sa douce, mais plutôt de la traîner par les cheveux jusqu’à la domus, de lui proposer avec insistance de faire fick-fick fraülein dans l’atrium, puis une fois cela obtenu, de s’en aller avec la satisfaction du devoir accompli. On se souvient de la tablette dite “de la Via Flaminia“, traitant du sujet, qui bien que grandement endommagée permet encore de lire ces quelques mots : “…après le coït, péta puis s’endormit dans le cubiculum. La jeune Lucilia à son côté caressa son ventre fécond, espérant y voir prochainement la vie grandir ; quelle ne fut pas sa surprise lorsque dans l’heure qui suivit, son amant la fit emmener jusqu’à Ostie pour la livrer à la cale de l’une des galères de la garde  : cela fait, il s’en retourna retrouver sa femme, s’excusant de son retard car il y avait beaucoup de travail aujourd’hui sur le forum. Oui, Augustus Connard avait passé un merveilleux 14 février“.

La fête, profondément implantée à Rome, était une véritable institution et un jour de fête durant lequel les femmes souhaitant avoir des enfants n’hésitaient pas à se mettre volontairement le jour des lupercales sur le chemin des fouetteurs de cucu fous (ah, ces donzelles…) ; durant plusieurs siècles de pratique, la chose resta très populaire, à part chez Pline le Jeune, qui ressemblant beaucoup à une jeune fille, en avait assez de se retrouver avec la croupe rougie tous les 14 février, surtout que mine de rien, une toge, ça protège peu, alors ça pique, merde, vous faites chier les gars. Il s’opposera un temps à la pratique de ce rituel qu’il considérera comme dégradant, avant d’être nommé par l’empereur Trajan en la province de Pont-Bithynie à 1 200 bornes de là histoire que ce gros lourd arrête d’enquiquiner cette pratique traditionnelle qui n’est pas sans rappeler aujourd’hui les soirées d’intégration des écoles d’ingénieur ou de commerce (même si chez les romains, c’était quand même un peu moins bas du front, tant les grandes écoles ont imposé un certain niveau qui fait rêver).

Finalement, la tradition subit le même sort qu’Halloween ou Noël : les chrétiens débarquèrent, et ne pouvant complètement éradiquer un rite aussi solidement implanté dans la société romaine, ils se contentèrent de le transformer en fête : la Saint Valentin.

Mais alors, me direz-vous, qui était ce mystérieux saint Valentin ? Pouvait-il tirer de la guimauve avec les yeux et envoyer des arcs-en-ciel avec la bouche ? Brandissait-il son crucifix debout sur le dos d’une licorne ? Criait-il devant les films de Ryan Gosling ?

Non, c’était vachement mieux que ça : c’était un mec qui donnait des tuyaux pour dragouiller. Et mieux encore :

C’était un moine.

"Vois-tu mon bon Adso, en tant que coach en séduction, je peux te dire comment tu vas toutes les faire tomber : d'abord, tu dois faire semblant d'écouter ce qu'elles te racontent, même si elles parlent de Drive"

Demander des conseils en drague à un moine, cela revenait un peu à demander des conseils en tir à l’arc à Gilbert Montagné, mais à l’époque, on avait le goût de la gaudriole ; il faut tout de même reconnaître que si Valentin avait un contact avec le Seigneur, celui-ci devait, de par son omnipotence et sa connaissance sans limite de l’Humanité, sa création, savoir comment aider les jeunes hommes à conquérir leur douce (oui, il ne conseillait que les jeunes hommes, parce que dans les monastères, les moines sont fort peu autorisés à recevoir des jeunes filles en rendez-vous privé, allez savoir pourquoi). Ainsi, certains soirs, Valentin recevait des éphèbes dans sa cellule (juste pour parler, hein, vous n’imaginez quand même pas qu’un membre du clergé puisse être homosexuel, enfin ! Si c’était le cas, pif pouf, directement il se mangerait la foudre du Seigneur dans les gencives ; non, arrêtez avec vos théories foireuses. Faites confiance à un ordre d’hommes restant entre eux, refusant de voir des filles, ayant partout chez eux des images d’un mec en slip le torse au vent, et le tout en s’habillant en robe, bon sang) et les conseillait sur la meilleure manière de séduire le coeur des douces du village proche.

“Frère Valentin, frère Valentin !
- Oui Alban ? Que puis-je pour vous, n’êtes vous pas à la ferme de votre père aujourd’hui ?
- Non… frère Valentin, je dois savoir : au village, Herbert dit que vous avez un don pour séduire les douces ; m’aideriez-vous à conquérir la belle Adeline, la fille du meunier ?
- Allons Alban… je suis un homme d’église. Je dois savoir : la désires-tu pour la pureté de son coeur, ou est-ce son apparence qui trouble tes sens ?
- C’est que frère Alban, son rire est comme le son de la source ricochant sur les galets ! Ses cheveux sont plus légers que la brise, éclairant à chacun de leurs mouvements son visage délicat ! Et ses boobs, bordel, elle a une de ces grosses paires de loch…
- Hem, oui, je crois que j’ai compris Alban ; mais tu ne dois pas oublier : il ne s’agit pas de tentation, mais d’amour ! Tu ne dois pas voir simplement la beauté sous tes yeux, tu dois lire en elle. Vois cette Bible, elle est comme elle : sa couverture est merveilleuse, mais sa vraie beauté est dans ses pages, et seul l’érudit apprenant à en déchiffrer les lettres saura la comprendre, la garder et la chérir. Comprends-tu ce que je veux te dire, Alban ?
- Non.
- Raaah, pourquoi est-ce que je suis obligé de conseiller des ploucs ? Bon Alban, on va faire simple : emmène-là pique-niquer à la cascade près de la maison du forestier, les connasses adorent ça : là, tu choppes un gros caillou, tu lui mets dans la gueule, tu fais ce que tu as à faire et tu balances le corps à la rivière : le courant est fort dans le coin, elle sera à Pérouse avant que ses parents ne remarquent sa disparition. Maintenant, fais péter du denier petit con, le toit de la chapelle va pas s’entretenir tout seul.”
  

Sacré saint Valentin, quel déconneur.

Hélas, l’empereur Claude II le Cruel, qui comme son nom l’indique, n’était pas vraiment commode, ne goûtait guère ce genre de boutade, et appréciait encore moins de savoir que de plus en plus de jeunes gens, au lieu d’aller mourir au nom de Romulus et Rémus en Forêt Noire en se ramassant des coups de hache dans le museau de la part de germains farceurs, préféraient aller conter fleurette aux donzelles en prenant pour conseiller des chrétiens, demanda gentiment à sa garde d’aller trouver Valentin et de le coller au trou histoire qu’il devienne conseiller conjugal dans les douches de prisons, une spécialité trop peu présente, plus encore dans l’empire romain. La légende varie alors en deux versions :

  • la première est que Julia, la fille du geôlier, était aveugle et qu’il lui aurait rendu la vue grâce à ses pouvoirs de moine de niveau 4
  • la seconde est qu’il aurait glissé des petits mots à la même Julia, toujours fille du geôlier, mais pour le coup beaucoup moins aveugle, en les signant “de la part de ton Valentin“, prouvant ainsi que pour un moine, il avait quand même la détente facile le chenapan. D’où la tradition actuelle d’envoyer des mots “de la part de ton Valentin” à sa moitié. Qui en retour se contente d’un “Mirki, lol ;) “.

La fin du récit est en tout cas identique dans les deux cas : Claude II  le Cruel souhaitant rendre hommage à son patronyme se décide à en finir avec le moine en le faisant tabasser par un paquet de légionnaires pas contents (“Vas-y bâtard, t’as conseillé le mec qu’a pécho ma meuf, j’vais t’bouillav‘”) avant de le faire décapiter parce qu’on rigole, on rigole, mais il vient quand même un moment où il faut retourner au travail et arrêter les conneries.

Voilà donc le fin mot de l’histoire, qui permet de se rappeler que si en ce 14 février on s’offre des chocolats, c’est en hommage à des types à poil qui claquaient les fesses des passantes en hurlant et d’un moine-conseiller-conjugal avec des supers pouvoirs qui s’est fait décapiter. Vous voilà donc paré pour expliquer à votre moitié tout ce qu’elle ignore de cette fête des plus formidables ce qui devrait, logiquement, l’aider à ne plus vous ennuyer avec ça.

Cependant, il serait tout de même cruel de ne pas citer dans la continuité de cette présentation les plus célèbres 14 février de l’histoire, certains ayant définitivement marqué les pratiques de ce jour de fête, afin d’enfoncer le clou. Faisons donc un petit florilège, comme on dit en cette saison :

842, le bisou de Strasbourg 

En cette période de trouble où Lothaire Ier, aîné des descendants de Charlemagne règne sur un tiers de l’empire de son glorieux ancêtre. Louis le Germanique, régnant sur un autre tiers à l’est, et Charles le Chauve, sur le dernier tiers à l’ouest (oui, dans ces histoires de Saint Valentin, quand on ne parle pas d’un mec avec une tonsure, on tourne autour d’un chauve : on reste dans le thème) se décident à se rencontrer à Strasbourg pour se faire de gros bisous, puisque c’est la saison des amours : Charles dit à Louis qu’il l’aime, Louis dit qu’il aime Charles, on s’échange des chocolats, des fleurs, des haches et des épieux puis on rédige un beau papier disant “On s’aime très fort tous les deux, par contre, on aime pas trop Lothaire. S’il bouge, on lui défonce la gueule, non mais ho“. Ces quelques mots qui ont fait l’histoire et qui nous sont parvenus sont l’une des plus belles preuves que le 14 février est le jour des mots gentils. Strasbourg se pose alors en capitale européenne de la Saint Valentin.

Enfin un cadeau de Saint Valentin utile

1349, Mazel tov, Strasbourg !

En tant que capitale de la fête de l’amour, on ne s’étonnera pas de retrouver la légendaire cité de l’est à nouveau mise en avant dans l’histoire un 14 février ; en effet, en ce petit matin d’hiver médiéval de 1349, un drame secoue la ville : Justine Frochounet est retrouvée morte dans sa chambre de l’hôtel particulier de son père, Baptiste Frochounet. Les conclusions du médecin sont formelles : sa mort doit avoir un vague rapport avec la peste noire, vu que la bougresse a des bubons un peu partout sur elle, au point qu’elle ressemble un peu à une tortue vaguement molle. Si la comparaison zoologique fait beaucoup rire les témoins, Baptiste Frochounet rigole beaucoup moins lorsqu’il demande au praticien comme sa fille a bien pu attraper la peste. L’homme de science, le sieur Hubert Dagonnet, se met à suer à grosses gouttes en assurant qu’il ne voit pas, et que la seule chose dont il est sûr, c’est que ça n’a AUCUN rapport avec la soirée où il avait emmené la jeune fille quelques jours plus tôt, contenant quantité de malades, puisqu’avant l’invention de la soirée mousse, on faisait des soirées pus en se faisant assister de volontaires crevant leurs excroissance en direction des invités.

Ah, on savait rire en ce temps là.

Déçu de cette analyse, Baptiste Frochounet consulte donc le Grand Livre des Coupables, afin de savoir qui il doit punir : les francs-maçons n’existant pas encore et les étrangers n’étant pas encore assez nombreux pour pouvoir être accusés de tous les maux, ce sont donc les juifs qui sont désignés. Ainsi, en ce 14 février, l’ensemble des membres de cette communauté habitant Strasbourg sont accusés d’être derrière la peste noire et massacrés en conséquence.

Baptiste Frochounet célèbre donc l’évènement en se gavant de chocolat pendant qu’on écartèle le dernier rabbin. La tradition des confiseries restera, celle du rabbin, moins (encore que, dans certains partis, on continue de vouloir la réhabiliter, mais c’est un autre sujet)

1876, le premier baisé par téléphone

En cette journée de l’amour, Elisha Gray, sympathique citoyen de l’Ohio, s’en va en sifflotant vers le bureau des brevets : il vient d’inventer un outil extraordinaire qui permettra aux gens de se dire qu’ils s’aiment où qu’ils soient dans le monde ! Le coeur léger et la tête haute, il passe donc la porte de l’administration et, après avoir rempli suffisamment de papiers pour qu’enfin on daigne s’occuper de lui, il pose sa création à breveter sur la table :

Le téléphone.

A peine l’instrument est-il disposé sur le bureau du fonctionnaire chargé de délivrer les brevets que l’appareil sonne, ce qui laisse Elisha un poil dubitatif, tant il ne voit guère qui pourrait appeler l’appareil qu’il vient juste d’inventer ; décrochant le combiné, il entend alors la voix ponctuée du charmant accent écossais de Graham Bell qui lui déclare tout de go : “Salut Elisha, je viens de déposer le brevet il y a une heure : tu es bien niqué. Par contre raccroche vite, on a pas encore inventé l’abonnement, du coup là on paie plein pot“. La légende raconte que Gray, échaudé par la nouvelle, aurait répondu par un juron si bref et grossier qu’il fut aussi le premier SMS de l’histoire.

Depuis, chaque année, en souvenir de ce crypto-échange de fluides par téléphone, les amoureux du monde entier s’appellent pour se dire ce qu’ils pensent l’un de l’autre, avant de finir par “Naaaan, c’est toiiii qui raccroche !“.

1933, la solitude n’existe plus

Paris, ville de l’amour par excellence juste après Melun, lance en grande pompe un nouveau service téléphonique pour compléter la tradition du 14 février instaurée par Graham Bell : l’horloge parlante.

Désormais, même le célibataire le plus endurci peut entendre à l’autre bout du fil une voix s’adresser à lui, et lui susurrer quelques mots doux à base de “top” ; partout, des hommes et des femmes qui n’avaient plus personne à qui parler à part à leur chat, qui comme tous ceux de son espèce, est un connard qui se lèche les parties pendant qu’on lui cause, retrouvent foi en la vie en pouvant discuter quelque peu avec la première machine vocalisant une réponse à une interrogation précise.

Bien sûr, nous n’en sommes pas encore au stade du téléphone rose, mais ce sont les balbutiements ; de nos jours, pour la Saint Valentin, les vrais célibataires se connectent à World of Warcraft, afin de pouvoir rencontrer l’amour sous la forme d’une belle prêtresse elfe de la nuit en réalité jouée par un type qui porte le même t-shirt depuis 2003.

1939, le Bismarck chante l’amour

Déjà évoqué céans il y a deux ans,  n’oublions pas que le 14 février 1939 fut l’occasion pour Adolf Hitler de feinter la Société Des Nations qui, s’étonnant du lancement de l’un des plus monstrueux navires de guerre de tous les temps, gros comme le Titanic, mais avec pour orchestre des canons de 380 à la place des violons, rappelant au führer qu’il lui était interdit de produire pareil navire de guerre depuis le traité de Versailles, s’entendit répondre que “Ach ! Che gombrend fotre zurbrize ! Mais ce n’est pas tu tout ein große nafire bour béter la queule aux pritanniques, ja ? Das ist juste eine große poite de chocolats !“. Le représentant de la SDN, un temps circonspect et suspectant le chancelier de le prendre un peu pour un con, fut finalement convaincu lorsqu’Adolf ajouta “Maiiiiis si c’est ein poite de chocolats ! Recardez ! Ch’ai mis ein petit noeud sur le mat, fous gonnaissez peaucoup de choses afec un petit noeud dessus à part ein poite de chocolats ? Mein gott zoyons zérieux !“.

Le 24 mai 1941, le HMS Hood, au service de la couronne britannique, repère une énorme boîte de chocolats dérivant sur la Manche, et décide de s’élancer à sa poursuite afin d’essayer de taper un ou deux rochers Suchard discrètement, en espérant ne pas tomber sur les chocolats à la liqueur qui piquent la bouche.

Le commandant du navire ne réalisera son erreur qu’une fois à portée de canon de l’ennemi en apercevant des marins de la Kriegsmarine s’affairer sur celui-ci ; à partir de 1945, le code naval enfin remis à jour interdira de décorer tout navire de guerre de plus de 25 000 tonnes avec un noeud.

En regardant bien cette image, vous vous apercevrez qu'en effet, il s'agit d'un navire et non d'un tas de confiseries. Concentrez-vous, ce n'est pas évident.

Evidemment, il y aurait quantité d’autres dates à rappeler, mais je laisse le soin à chacun de pousser le sujet, car vous avez déjà en main un argumentaire complet vous permettant d’expliquer à ces petits blasés qui vous racontent que tout cela, c’est uniquement commercial que non, pas du tout, il y a une véritable origine historique à la Saint Valentin, et que la commémorer, c’est se souvenir que si l’histoire porte trace de célébrations de l’amour, c’est parce que l’éternité ne peut se concevoir qu’aux côtés de…

Attendez, attendez, je cause, je cause mais moi aussi je dois aller fêter la Saint Valentin :

Ce soir, les filles, je vous laisse 10 minutes de lumière en plus dans la cave. Enfin si vous ne faites pas trop les chipies en essayant encore d’appeler à l’aide en morse, sinon je devrai encore balancer une lacrymo par la trappe.

Je sais, je sais : je suis trop tendre avec elles.

Mais bon : on est pas tous les jours le 14 février.

La communication est un domaine qui m’échappe.

Non pas parce que mes tympans prennent feu à chaque fois que quelqu’un abuse des mots en -ing et autres anglicismes, choses répandues en ce domaine (avec le tutoiement à outrance, car le communicant sitôt qu’il vous a serré la main se prend aussitôt pour votre meilleur pote, y compris quand il s’agit de demander un service, prouvant ainsi que communication et empathie font deux), mais plutôt parce que les mystères produits par les sombres séides qui y travaillent me laissent pantois. La chose serait anodine, bien sûr, s’il n’y avait en ce moment une foire à l’absurde en direct dans tous les médias : les frémissements du début de la campagne présidentielle.

Alors évidemment, on pourra me rétorquer que nous n’en sommes plus ni aux frémissements, ni même au début, mais bon, hein, je vous rappelle que l’UMP n’a toujours pas de candidat et que nous n’avons aucune idée de qui ils vont présenter (même si personnellement j’hésite encore entre Dominique Le Sourd et Jean-Claude Mignon), aussi il parait difficile de dire que la campagne bat son plein. Et de toute manière, là n’est pas le sujet.

Non en fait, le vrai mystère, c’est comment la communication, qui repousse déjà régulièrement les frontières de l’absurde (les publicitaires particulièrement ont un certain don : feuilletez n’importe quel magazine et ensuite demandez-vous comment quelqu’un a pu déclarer “Et là, on mettrait une photo de nana morte de rire parce qu’elle mange une pomme pour dire que c’est sain et que les fruits sont connus pour raconter de formidables blagues” ou quel esprit malade a pu créer les publicités Orangina, truc tellement vide de sens qu’à chaque diffusion de spot, un philosophe meurt quelque part dans le monde. Mais curieusement, ça épargne toujours BHL, je ne comprends pas pourq… ah, si, en fait, je vois), peut parvenir à un tel niveau de n’importe quoi sitôt qu’elle s’engage dans le domaine mystérieux qu’est la politique.

Une image parmi des centaines : on constate clairement que la pomme raconte quand même super bien celle des deux Belges qui entrent dans un bistrot

Mettons-nous d’accord tout de suite : la politique n’est pas le sujet le plus facile à aborder ; chacun sait par exemple qu’en soirée, nombreux sont celles et ceux à dire “Non, on ne parle pas de politique” parce que a), ils trouvent ça chiant, b), ils ont peur de dire une connerie, c), il y a Maurice qui est présent et est toujours partant pour discuter du sujet, mais à condition que tout le monde soit d’accord avec lui parce que son camp a toujours raison et tous les autres sont des cons.

Mais franchement, ce n’est pas une raison pour nous pondre ça ou ça

Certes, je cite deux exemples du Parti Socialiste, mais c’est surtout parce que je viens de tomber sur la nouvelle chanson de campagne, aussi ai-je décidé de la citer en exemple ; croyez bien que si notre président se représentait, sur le thème dont il est friand de la vaillance de l’homme d’état luttant dans les instants difficiles, je serais le premier à lui proposer le thème de Kirikou comme hymne électoral. Or, il n’en est rien, et je n’ai encore rien aperçu des autres candidats, pas même de Marine, dont j’espérais au moins un hymne de campagne (“Marine, nous voilà !“) ou un geste de ralliement (“Tend ton bras vers l’avenir !“). Bref, que disais-je ? Ah, oui.

Oui, donc : QUI peut penser, sérieusement, que l’un de ces trucs sert à quelque chose ? Combien de vis à bois faut-il s’enfoncer dans les narines pour commencer à penser, l’espace d’un instant, que ces créations ont d’autres intérêts qu’à décrédibiliser son propre camp ? Je veux dire : une campagne présidentielle, l’objectif, c’est de faire gagner son candidat, non ? Persuader qu’il est meilleur que les autres, que son programme est plus chatoyant, que la France sera heureuse avec lui et son gouvernement…

Alors quel rapport avec des clips et des chansons ? Non parce que depuis la sortie du premier, on peut lire et entendre un peu partout : “Hou, c’est ridicule” ; certes, j’entends bien, bouger les mains façon “Je scratche un baba-au-rhum, je suis DJ-pâtisser” n’est guère valorisant, mais attendez, la vraie question c’est : “Quelle est l’utilité de cette daube ?” ; imaginons que le signe de ralliement eut été formidable (ce qui, si j’en crois ce que je lis, qui ne s’arrête que sur la qualité de la chose, aurait suffi à faire taire les critiques) ; qu’on eut vu dans ces membres en mouvement une sorte de grâce majestueuse à en faire pleurer les danseuses du Bolchoï, et que chacun se soit levé pour applaudir pareille chorégraphie, mais dites-moi, en QUOI cela aurait eu un QUELCONQUE rapport avec le candidat/le programme/la campagne ?

Ah, bah aucun en fait.

Bon, alors on pourra aussi me répondre que la chose est le fruit des Jeunes Socialistes, qui ont quand même pour président un type qui n’est pas choqué que, d’après ses calculs, la journée scolaire moyenne d’un petit français dure 52 000 heures (ça laisse peu de marge pour les devoirs à la maison après le goûter) et qui peut annoncer sans souci sur Facebook que non, il ne s’est pas présenté à une vraie élection pour être président du mouvement, qu’en fait, c’est la précédente occupante qui lui a proposé le poste (zut, moi qui croyais qu’il y avait une vague histoire de démocratie, tout ça), on comprend quelques trucs, mais quand même : comment les communicants qui encadrent la campagne ont pu laisser passer un truc aussi idiot que ce clip ?

Encore, ils auraient fait leur geste de ralliement un peu plus haut, ça aurait pu éventuellement protéger d’éventuels jets de farine, mais même pas. Heureusement que pour préserver l’équilibre cosmique, en face, chez les Jeunes Populaires, la présidence est à Benjamin Lancar, l’homme du lip-dub (oui, aujourd’hui, beaucoup de liens, mais il faut être documenté pour bien travailler) ce qui donne, en cas de débat présidence jeunes socialistes – présidence jeunes populaires, une sorte de conversation absurde digne de La Ferme Célébrités.

Mais bref ; la vraie question est donc “Comment ces gens peuvent-ils penser que l’on raisonne pour avoir des procédés pareils ?

Pour que personne n'oublie jamais les exploits de certains dans le domaine

Je veux dire, oui, effectivement, dans l’antiquité, 50 clampins qui gueulaient sur le forum, ça devait avoir un intérêt (tout le monde se souvient du fameux hymne de campagne de Jules César pour les élections consulaire de -49 intitulé “Pompée, Pompée, enculé“, désormais célèbre dans tous les stades du monde), mais maintenant, honnêtement ? Quel est l’objectif ? Gagner des voix à l’aide de chant et de chorégraphie ? Encore, Shakira se présenterait, je pourrais comprendre parce que bon, un déhanché pareil, ça doit avoir sa petite influence au G20, mais quand même, là, voir des péquins bouger les bras et/ou donner de la voix ? Mais enfin, dans quelle dimension vivent les gens à l’origine de ce genre de trucs ?

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Nous interrompons ce blog pour vous proposer un flash d’une autre dimension.

Au même moment, dans la dimension X.

Le footman #124-B51 s’avança dans la petite salle du Technodrome, observant prudemment les blanches parois alentour sur lesquelles couraient divers câbles plus ou moins entretenus ; après s’être ainsi étonné de ne voir personne dans l’endroit, il s’avança doucement vers la petite table au centre de la salle où trônait une urne à demi-remplie, aux côtés de laquelle reposaient diverses renveloppes et bulletins. Alors qu’il n’était plus qu’à quelques centimètres de l’endroit et que les papiers étaient presque à portée de sa main, une trappe claqua au plafond et un petit écran au bout d’un bras mécanique en sortit ; une voix robotique se fit entendre.

“Bonjour citoyen #124-B51 – vous êtes un citoyen de classe footman – Votre nom civil est Alexander Francis Joshua Roudoudou – Validez-vous cette information ?
- Heu… oui ? – lança timidement le citoyen #124-B51
- Enregistrement validé – Nous vous rappelons que cette élection déterminera qui dirigera la forteresse roulante multi-dimensionnelle de classe Technodrome pour les 8 prochaines années – Validez-vous cette information ?
- Oui je… j’ai compris.
- Enregistrement validé – Vous avez le choix entre deux candidats : Shredder, un ninja qui combat avec une râpe à fromage,  ou Krang, un cerveau parlant qui se déplace à bord d’un robot anthropomorphe en slip – Souhaitez-vous plus d’informations sur les prétendants ?
- Oui, j’aimerais savoir lequel des deux propose de fermer la faille dimensionnelle au travers de laquelle des communicants de chez nous fuient pour se réfugier sur Terre ? Je suis sûr que ça va finir par nous attirer des…
- REQUÊTE ILLOGIQUE – Pour choisir, nous allons diffuser sur cet écran deux clips musicaux – Vous voterez logiquement pour celui qui a le meilleur.
- Moi j’aime bien Shredder quand même. On peut commencer par son clip ?
- Requête validée – CLIP UN : UN FAN DE SHREDDER FAIT DU BREAK DANCE”

Sur l’écran au bout du bras mécanique apparut un type aux cheveux longs s’évertuant à s’agiter en tous sens au son d’une beat box, alors qu’un choeur chantait “Shredder, Shredder, avec lui, ça va le faire“. L’écran s’éteignit finalement et la voix robotique reprit.

CLIP DEUX : LES JEUNES POUR KRANG FONT DU SMURF

Une fois encore, la lucarne électronique s’illumina et apparurent quelques jeunes gens s’évertuant à tourner en tous sens alors qu’entre diverses trompettes on pouvait clairement entendre “Si tu veux pas que ça tangue, choisis Krang !

Le footman #124-B51 resta un instant les yeux pleins de larmes, son regard changé sur Krang et son programme : oui, ce clip musical l’avait convaincu de voter pour lui de par la force de ses arguments. Et puis ce refrain… “Ho non, ça tangue ! Viteuh viteuh viteuh : Krang !” ; il fit un dernier pas vers la table, plia le papier au nom du cerveau amateur de robots géants et le glissa dans l’urne avant de retourner avec impatience travailler dans son secteur de l’immense forteresse mobile errante ; à la seconde où le sas de la salle se ferma derrière lui, il put entendre “CITOYEN SUIVANT !

Après ce flash, le blog va reprendre, merci de votre attention.

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Non vraiment, en quoi, à part à dépenser du pognon, ce genre de truc peut bien servir ? Qui pourrait changer d’avis en voyant cela ?

Et comme je l’évoquais plus haut, voilà qui me rend donc d’autant plus perplexe sur la réaction habituelle : “Ho, la chanson/chorégraphie, elle est ridicule” ; non mais en fait ce n’est pas ça le problème, hein, c’est le principe même qui l’est. Et le fait que du coup, à chaque élection, de gens se sentent obligés de pondre ce genre de productions comme un quelconque besoin gastrique soulagé à même nos yeux et nos oreilles.

Evidemment, tout aurait pu s’arrêter là, répétant encore et encore le même modèle incohérent jusqu’à ce que l’humanité connaisse son crépuscule dans le feu nucléaire, si en plus, quelqu’un n’avait pas eu la mauvaise idée d’expliquer à tout ce petit monde qu’il existait un nouvel endroit à souiller à grands coups d’étrons communicatifs : le Internet. Et depuis qu’en plus, on y trouve des réseaux sociaux, le Internet est devenu une sorte de cible formidable que tout le monde vise, mais personne ne sait vraiment trop comment ou pourquoi.

L'homme qui a le mieux compris internet au gouvernement : "C'est une sorte de truc où l'on va discretos au boulot pour poster des conneries sur Twitter"

Par exemple, en ce moment, sur Facebook, c’est un peu le bordel : impossible de vous connecter sans vous retrouver avec des gens relayant des tonnes de trucs sur “Pourquoi mon candidat c’est le plus gentil du monde” ou “Pourquoi les autres sont bêtes et méchants et sentent le prout” , et de préférence, le second (si vous avez un doute sur le sujet, je vous propose deux captures d’écran, l’une des jeunes populaires, l’autre des jeunes socialistes : c’est tellement caricatural que si vous regardez bien, pour savoir qui propose quoi, il faut consulter le site du camp d’en face ; les autres formations politiques me pardonneront de ne me concentrer que sur les deux principales, mais sinon, je risque de ne pas être couché de suite). Du coup, encore une fois, la question se pose :

Qui peut réellement penser que c’est en spammant tout le monde à répétition (oui, spammer à répétition, c’est un pléonasme, je sais mais il fallait appuyer la chose) que d’un coup les gens vont se dire “Ho, merci, à force de me spammer, j’ai envie d’être d’accord avec toi, tu m’as convaincu, et ce n’était pas du tout super lourd au point de me donner envie de tuer toute ta famille” ? Des gens qui au 114e “Enlarge your penis” quotidien, dévalisent toutes les pharmacies du net, désormais convaincus qu’en quelques pilules ils se retrouveront métamorphosés en crypto-éléphants (mais d’Asie, l’éléphant) ? Alors évidemment, on pourrait me dire que “Non non, hein, ça n’a rien à voir avec de la communication, ce sont les militants qui font ça de leur propre initiative !“, mais attendez, ne parle t-on pas des mêmes militants à qui l’on file des “outils de partage” pour faire tourner tout et n’importe sur Facebook ? Qui ont des formations, je cite le programme d’une université d’été de 2011 “Comment devenir influent sur les réseaux sociaux ?” par des gens qui expliquent qu’il y a une formule magique pour ce faire, qu’ils la maîtrisent parfaitement, et qui sont payés pour la présenter, mais qui s’avèrent finalement aussi influents qu’une huître, et en plus, ont des profils Facebook intégralement consultables par le public avec photographies personnelles & co  (véridique) ? Qui ouvrent des sites “réseaux sociaux” qui se disent “copiés sur le modèle de Barack Obama” (la formule magique pour ne pas avoir à argumenter quoi que ce soit “Naaaan mais c’est un truc américain, mais américain cool“), en oubliant que leur propre camp avait ouvert exactement la même chose, pile deux ans auparavant, et qui oublient donc aussi de l’utiliser, payant donc deux fois la même chose ? Quel est le but ? Faire une campagne axée autour du thème “Regardez comme notre camp est relou, haïssez-le” ? ; “Tenez, si vous pensiez qu’on pouvait gérer un pays, sachez qu’on arrive même pas à gérer un mur Facebook” ?

Aussi, dans la même veine subtile et délicate que ces braves communiquant qui encouragent ces pratiques qui, non seulement n’ont aucun sens, mais en plus sont diablement contre-productives, je vous propose brièvement quelques solutions à des situations fréquemment rencontrées grâce à un habile recyclage de courrier de lecteurs évidemment parfaitement originaux. Jetons donc un oeil.

Cher Odieux,

Une amie à moi n’arrête pas de poster sur Facebook et Twitter des photos de son candidat préféré, mais je n’ai pas envie de bloquer son mur car des fois, elle poste quand même des photos d’elle en bikini, comment faire pour lui demander de cesser sans la froisser ?

Aurélien, 19 ans, Metz

Cher Aurélien,

Il convient d’expliquer à cette damoiselle que non, la politique, ce n’est pas Meetic et que du coup, ça n’a pas grand intérêt son affaire. Puisque c’est sympa un candidat bien fait de sa personne, mais en fait, ça n’a tout simplement aucun rapport avec la choucroute. Par exemple, Lucy Pinder rend mieux sur les photos que Robert Badinter, mais bon, un seul des deux pourrait éventuellement se pencher sur la mallette nucléaire sans que ça ne déclenche un tir vers Moscou d’entrée de jeu.

Et puis de toute manière, en cette saison, elle ne risque pas de poster des photos d’elle en bikini : bloquez-là aujourd’hui, débloquez-là en mai. Et éventuellement, déboîtez-là en juin.

Monsieur Connard, 

Je suis bien embêtée car un ami m’a demandé de participer à l’une des nombreuses campagnes sur les réseaux sociaux des candidats qui veulent le plus de “J’aime” possible. Je n’ai pas bien compris l’intérêt, mais bon, vous savez ce que c’est hein, je n’ai pas de chromosome Y, tout ça, alors je suis sûrement passée à côté d’un truc.

Raphaëlle, 31 ans, Toulouse

Chère Raphaëlle,

Vous abonneriez-vous à une newsletter dont vous ne voulez pas ? C’est le même principe : écrivez donc à Mark Zuckerberg de votre plus belle plume en lui demandant de bien vouloir rajouter l’option, juste à côté du “J’aime” Facebook “Je n’en ai strictement rien à foutre“, avec un gros doigt comme illustration.

Vous découvrirez ainsi que non seulement cela vous permettra de répondre aux demandes insistantes de vos amis, mais qu’en plus, vous aurez enfin une option pertinente pour répondre à leurs statuts “Attends le train“, “En cours de maths” ou “Ah, une bonne douche !

Mark, si tu me lis, voici le bouton dont je rêve

Cher Monsieur,

Est-ce vrai que toutes les civilisations ne se valent pas ?

Bien à vous,

Jean-Marie, 88 ans, Paris

Cher Jean-Marie,

En effet : tous les Civilizations ne se valent pas. Surtout le 4 qui rame pas mal en fin de partie.

Cher Connard,

Vous prétendez suivre, mais j’ai bien vu que vous ne suiviez personne sur Twitter ; or, la campagne se passe aussi là-bas ! C’est ça, le Internet ! 

Nadine, 5212 ans, Toul

P.S : Vous ai-je déjà dit que le Président était génial ?

Chère Nadine,

A partir du moment où l’on estime que l’on peut discuter sérieusement de politique sur un site qui limite l’argumentation à 140 caractères, il faut commencer à se poser de sérieuses questions sur la richesse de son propre propos.

Par contre, pour raconter que Truc a dit ceci ou cela sans vérifier les sources avant d’ajouter les mots “Honteux“, “Caniveau” ou “Boue” dans un coin, c’est super.

Cher Monsieur,

Je pense que vous avez tort. Vous n’avez rien compris à la notion de partage sur internet

Maxime, 29 ans, Limoges

Cher Maxime,

C’est faux. D’ailleurs, j’aurais bien répondu avec quelque chose d’argumenté, mais il est vrai que nous sommes sur internet, où les gens sont forcément des cons à en croire ce qu’on leur propose, et où donc on peut leur balancer n’importe quoi  pour faire du “buzz” ; j’aurais pu passer deux jours à élaborer une réponse, à la mettre sous forme de vidéo avec chiffres et schémas à l’appui pour présenter de manière simple et pédagogique ma réponse à votre problématique, voire quelques idées, mais je me suis dit que j’allais plutôt passer ce temps là et l’argent allant avec dans une chanson de la même durée qui ne vous apprendra rien, n’est même pas bonne à écouter et n’est, finalement, ni une chanson, ni un discours, mais juste du rien.

C’est débile et absurde ? Personne de sensé ne pourrait laisser passer quelque chose d’aussi gros ?

Bravo : vous avez compris le problème.

La voyante sourcille en consultant le creux de ma main.

Sous les lampes fatiguées pendant du plafond de la roulotte, je laisse la vielle femme à l’oeil de verre passer un doigt noueux sur la paume de ma main, suivant les lignes de celle-ci à la recherche d’informations invisibles.

“Oui… hihi… kof… – son rire siffle dans sa gorge en soufflant des vapeurs de mauvais tabac – … je vois… hihi ! Vous êtes un homme cruel ! Vous avez fait beaucoup de mal autour de vous… hihi ! 
- Bravo mamie : c’est parce qu’il reste une dent plantée sur l’une des mes phalanges que vous avez deviné cela ? Mais vous savez, ce type avait bien mérité ce crochet du…
- Hihi… non ! Non Monsieur, non ! – elle passa un long doigt dans ses immenses cheveux gris sales – je vois que vous avez dit du mal de beaucoup de choses… de gens bons… de films de qualité ! Souvenez-vous… Drive… Inception… je sais que vous en avez dit du mal !
- Vous m’en direz tant. Maintenant, si vous me parliez de mon futur ?
- Kof kof… oui ! Bien sûr Monsieur… je vois… je vois Le Pacte qui va bientôt sortir…
- Je le sais déjà.
- Oui mais… au même moment… il y aura… – elle s’arrêta en crachant une substance noirâtre dans sa main avant de se reprendre – … une soirée spéciale Nicolas Cage sur M6 !
- Comment ? – bondissais-je – Que dis-tu, vieille folle, c’est impossible !
- Hihi… siiiii… siii… et dedans il y aura… Prédictions ! Et Lord of War ! Mais épuisé par le spoil du Pacte, tu ne pourras t’en occuper que d’un seul d’entre eux… lequel choisiras-tu ? Hihi ! Vois cette ligne sur ta main, se divisant en deux autres : chacune annonce un Destin différent ; que choisirais-tu ? Que… attends ! L’avenir s’éclaire d’un coup ! C’est comme si toutes les lignes de ta main devenaient plus cla…”
 

La vieille s’effondre dans une gerbe de sang en recevant ma main à forte vitesse dans le nez ; quantité de fichus et autres grigris l’accompagnent dans sa chute, alors que la boule de cristal qui ornait la table part s’écraser au sol, déséquilibrée avec son support dans la cohue.

L’avenir s’annonce sombre“, me dis-je “Tant de films, si peu de temps pour spoiler”. “Ta prédiction est sombre, vieille femme“.

Un petit râle se fait entendre, en provenance du tas de tissu dont émergent quelques cheveux gris en-dessous de moi.

Mais je t’apprendrais à me tutoyer au pied levé, gitane !

Cela dit, mon manteau claque alors que je passe la porte de l’étroite maisonnette sur roues ; tant qu’à parler de futur, mon choix se porterait sur Prédictions.

Il est temps de spoiler, mes bons.

____

L'affiche : regardez bien le titre, parce que vous allez voir, en fait, ça n'a aucun rapport avec là où le film veut en venir. Mais on en reparle à la fin.

Tout commence en 1959 à Lexington, Massachussetts, cet Etat au nom qui ne fait quand même pas très sérieux. Nous y retrouvons dans une cour d’école de joyeux marmots s’ébattant gaiement ; un seul d’entre eux semble un peu moins profiter de l’allégresse d’une bonne vieille récréation : une certaine Lucinda Wayland, petite fille mystérieuse (elle a de longs cheveux bruns) qui observe l’horizon les yeux dans le vague, probablement parce qu’elle a encore léché la collection de timbres au LSD de papa. D’ailleurs, la came est si bonne qu’elle a l’impression d’entendre des voix lui chuchoter des choses (“Lucinda, fuis ce film, vite !“) ; heureusement, comme toutes les élèves, s’il y a bien une voix qu’elle n’entend jamais, c’est bien celle de Mme Taylor, sa maîtresse, qui lui intime de rentrer en classe, allez, ça suffit de regarder le paysage les yeux vides, on est pas dans un film de Godard, sacrebleu.

Sitôt en salle de cours, nous apprenons que l’école est neuve, et que dans quelques jours aura lieu l’inauguration officielle de celle-ci par les autorités, aussi les enfants ont chacun proposé une idée d’évènement pour célébrer la chose ; on découvre en passant que nous sommes bien dans un film américain, puisque tous les galopins de la classe sont évidemment dotés de coupes de cheveux à la con (plus proches de 1420 que de 1959), sont sages et ne papotent jamais entre eux, se tiennent droit et répondent avec bonheur en choeur à chaque propos de la maîtresse, et ne se lâchent que pour chuchoter des trucs du genre “Ho, chic alors ! J’espère que mon idée sera retenue, quel bonheur d’apprendre à l’école !” : c’est tellement crédible, l’enfant n’étant pas du tout un trou du cul indiscipliné par définition dont le seul objectif est de se tirer de ce bourbier pour aller tabasser ses comparses sous le préau. La maîtresse, lorsqu’elle leur propose de réfléchir, leur demande même d’enfiler leur “chapeau créatif“, petit rituel durant lequel les enfants tous ensemble font semblant d’enfiler un chapeau invisible : c’est tellement affligeant qu’on dirait de la pédagogie moderne, tenez. Bref : tout ça pour dire que l’idée retenue pour l’inauguration sera évidemment celle de Lucinda, puisqu’elle est la seule à avoir un prénom dans cette classe, et que son plan consiste à mettre en terre une “capsule temporelle“, tube de métal dans lequel les enfants glisseront chacun un dessin représentant leur vision du futur, avant que le tout ne soit mis en terre pour 50 ans. Ainsi, les générations futures qui occuperont les lieux pourront découvrir comment leurs ancêtres les imaginaient, quelle belle idée (ou confondre le bidule avec une bombe d’Al Qaida et faire péter le tout d’entrée de jeu).

Toute la classe se met donc au travail, en imaginant le futur, probablement des dessins de soviétiques brûlant le Capitole ou, à l’inverse, d’enfants joyeux dansant sur la tombe de Fidel Castro ; on ne voit guère les productions des marmots, à l’exception de celle de Lucinda, qui fâche un peu la maîtresse : au lieu d’avoir fait un beau dessin bien laid, la bougresse a couvert sa feuille d’une suite de chiffres incompréhensibles, et alors qu’elle s’apprête à finir ce qu’elle écrivait, Mme Taylor en bonne fasciste lui retire sa feuille en lui faisant les gros yeux, parce que merde, c’est quoi ce travail ? Elle avait demandé un dessin, pas une missive de Bertrand Renard !

Passons et allons directement quelques jours plus tard, le jour de l’enterrement de la capsule, où Lucinda est curieusement introuvable alors qu’elle était avec sa classe quelques instants plus tôt ; toute l’école est fouillée de fond en comble, et ho ! La bougresse est retrouvée, certes, mais enfermée dans un placard après y avoir gravé quelques chiffres – probablement ceux qu’elle n’a pas eu le temps d’écrire sur sa feuille – dans le bois d’une porte… via ses ongles : autant dire qu’elle a un peu bobo les mains, parce que flûte, ça pique maîtresse ! Chose intéressante, la morveuse se plaint d’avoir fait ça parce que “des voix dans sa tête le lui demandaient” ; de là, deux solutions :

  • C’est la réincarnation de Jeanne d’Arc, et autant dire que dans un pays où le peuple parle plutôt l’anglais, elle va essayer de passer tout le monde au fil de l’épée (à part peut-être Chico, le travailleur agricole mexicain en situation irrégulière)
  • Elle est complètement défoncée à la ganja, et comme on est en 1959, la seule solution que la médecine préconise pour ce genre de problèmes est une bonne grosse série d’électrochocs dans la gueule, ce qui risque de lui brûler un peu les couettes

Mais avant que le scénariste ne réalise ce petit détail sur les principes médicaux de l’époque, nous voici face au générique du film : traversons l’espace-temps d’environ… hmmm… 50 ans. Pouf pouf.

Nous voilà donc en 2009 : le futur est bien pire que ce que les enfants pouvaient imaginer, puisque les Nicolas Cage existent ; celui-ci, prénommé John Koestler d’après le scénario, a pour fils Caleb, autre caricature de l’enfant du film américain ; consultons la check-list du morveux, voulez-vous ?

  • Coupe de cheveux vaguement au bol ? Check.
  • Côté soi-disant “Je suis un enfant malicieux, hihihi” mais en fait juste “Je suis super lourd et je me la joue Monsieur Je-sais-tout, hihihi” ? Check.
  • A un animal de compagnie qui est son meilleur ami ? Check (dans notre cas, ce sera un lapin probablement prénommé Adolf comme tous les petits animaux à moustache, par contre, curieusement, il n’apparaîtra que dans cette scène).
  • Dialogues pas du tout enfantins ponctués de  ”Mais si je suis un enfant, regardez, quand je finis une phrase, je pars en courant” ? Check (mais si, vous avez tous déjà vu un film où le morveux remet en place ses parents en leur expliquant comment se comporter dans la vie avant de partir en courant parce que remettre les gens en place, ça le bouleverse)
  • L’enfant dit toujours la vérité et incarne l’innocence même, sans compter qu’il est une sorte d’allégorie de la gentillesse sur Terre ? Check.

Petit bonus, Caleb, pour faire l’enfant fragile, a un appareil auditif (retire-le petit, tu échapperas aux dialogues avec un peu de bol !). Soit, c’est bien noté, mais alors, que se passe t-il ? Et bien John et son fils sont en plein barbecue nocturne à observer les étoiles ensemble, quand soudain, Caleb lâche sa première ligne de dialogue :

Papa, est-on seul dans l’univers ?

Ça y est, c’est bon, je sais pas vous, mais moi j’ai la fin du film.

En tout cas, je sais qu’elle va impliquer des aliens, puisque comme chacun sait : tout dialogue doit être utile. Et si en plus c’est Caleb qui cause, alors là… bref, John répond que “Ho bin on sait pas mais dans l’immédiat, on est seuls… POUR L’INSTANT *CLIN D’OEIL*” ; s’ensuit peu après un autre dialogue durant lequel on apprend que Maman Koestler est morte, mais qu’elle aussi est dans le ciel, probablement dans un endroit magique où les champs sont de macarons et où les fers à repasser poussent sur les arbres. Que demander de plus pour une femelle, à part éventuellement une machine à laver angélique ?

Cela étant dit, la soirée se passe sans incident, et nous retrouvons donc notre héros au travail le jour suivant, au Massachussetts Institute of Technology, ou M.I.T pour les amateurs, où il enseigne donc l’astrophysique, même si de prime abord, on dirait surtout qu’il s’occupe plutôt de philosophie, tant il pose des questions existentielles à ses élèves du genre “Pensez-vous que l’avenir soit écrit ?” ; aucun de ses étudiants n’a l’audace de lever la main pour lui dire “Professeur, vous vous foutriez pas de notre gueule ? Au prix de nos études, on aimerait avoir des cours d’astrophysique, pas vos questions existentielles à deux sous balancées sur le tapis au prétexte que ça arrange carrément l’intrigue d’un film qui parle de prédictions, ah bin tiens, d’ailleurs, c’est le titre.”, et à la place, la petite classe supporte juste le discours de notre enseignant qui explique sans raison que lui, il ne croit pas trop en Dieu, que pour lui, la vie est le fruit du hasard, et que donc, elle est sans but (il ponctue ce propos d’un soudain silence avec regard dans le néant façon “Je me suis perdu dans ma propre obscurité, je suis trop dark, hmmmmm.“, aucun doute que ça fasse chavirer le coeur des amatrices de Dark Kiss dans la salle).

A noter que nous apprenons autre chose : entre deux réflexions philosophiques, le seul sujet scientifique abordé dans ce cours est “le soleil“. Là encore, je me demande trop si ça va servir, tenez.

De toute manière, tout le monde sait très bien que le soleil est méchant : un bébé maléfique vit dedans

Sitôt le cours terminé, John sort retrouver l’un de ses collègues, Phil, qui lui propose de venir à un repas en présence de sa femme et de sa belle-soeur, célibataire et fortement poumonnée à en croire le scientifique ; John n’hésite donc pas à réfléchir longuement afin de bien souligner que non, même si tout cela est diablement tentant, il n’a pas encore surmonté le deuil de sa femme et préfère décliner. Phil, plein de désarroi, insiste sur le fait qu’il est dans l’erreur, mais John l’interrompt soudain : “Ho non, j’avais oublié : aujourd’hui, ce sont les 50 ans de l’école de mon fils, il participe à la fête, je dois y aller !” ; ne voulant pas que son fils lui reproche de le délaisser, il fonce.

Ça aussi, c’est du jamais vu : “Ho non ! J’ai encore oublié le match de base-ball de mon fils, vite, je dois y aller !” suivi de “Papa, t’es encore arrivé en retard… tu m’avais promis que tu viendrais voir le match :( ” ; je suis sûr qu’il y a quelque part, dans une cave d’Hollywood, un générateur à scripts de films dans lequel il suffit de mettre quelques pièces et de sélectionner les éléments préconçus à glisser dedans pour obtenir le document complet.

“VOUS AVEZ SÉLECTIONNÉ ”Père célibataire” ET “Prophétie” ET “Apocalypse” VOICI VOTRE FILM” et pouf : le scénario de Prédictions

“VOUS AVEZ SÉLECTIONNÉ ”Père divorcé”  ET “Prophétie” ET Apocalypse” VOICI VOTRE FILM” et pouf : l’intrigue de 2012

“VOUS AVEZ SÉLECTIONNÉ ”Rien” ET “Rien” ET “Rien” VOICI VOTRE FILM” et pouf : le CV de François Baroin

Pratique, cette machine. Mais passons : John arrive évidemment en retard à la cérémonie de l’école de son fils, et voit ce dernier le lui reprocher dans le plus pur style “Papa, tu avais encore oublié…” ; en tout cas, lors de l’évènement, la “capsule temporelle” est rapidement sortie de terre sous les applaudissements des officiels, et ouverte pour que chaque enfant puisse avoir dans les mains une belle réalisation d’un marmot d’autrefois : “Regarde, j’ai eu un dessin de fusée !”, “Et moi, d’enfants russes se mangeant du napalm !”, mais Caleb, lui, n’a pas cette chance : en ouvrant son enveloppe, il entend de curieux chuchotements, qu’il met sur le compte de son appareil auditif défaillant, et aperçoit au loin un curieux homme en noir observant la scène avant de disparaître ; il réalise alors qu’il s’est méchamment fait rabouiner sur son courrier : au lieu d’avoir un dessin d’un Richard Nixon cyborg, voilà qu’il se tape la vieille croûte de Lucinda, soit une misérable suite de chiffres sur toute la feuille ! Cette arnaque ! Caleb s’étonne un peu mais ne fait aucune remarque sur le fait que bon, la petite fille qui a fait ça aurait coulé un bronze dans la capsule, il n’aurait pas été plus déçu en recevant dans ses mains moites le coprolithe cinquantenaire.

Le soir, de retour chez lui, Caleb râle un peu car son père est incroyablement protecteur avec lui, l’empêchant même d’aller faire un tour avec des amis sur le bateau du papa de l’un d’entre eux (un certain Francesco, bref) ; on découvre aussi que le morveux, toujours plus caricatural, regarde aussi chaque soir dans sa chambre avant de dormir une de ces vidéos que l’on ne retrouve que dans les mauvais films où l’on peut voir sa mère le bercer enfant avant de faire des trucs comme rigoler en gros plan face à la caméra et autres choses supposées être des “instants précieux” (Lifestyle ?) pour verser dans le sentimentalisme. Sitôt la vidéo terminée, l’enfant chuchote “Bonne nuit maman” avant de s’endormir paisiblement, sous les yeux de son père ayant surpris la scène depuis le seuil de sa chambre.

Parents, pensez-y : laissez derrière vous des vidéos déjà montées de vous riant très fort de blagues connues de vous seuls, pour qu’en cas de soucis, vos enfants puissent vous mater vous esclaffer la larme à l’oeil. Par contre, avant de mourir, pensez à léguer le bon DVD ; ce serait bête que Bichon mate chaque soir un Marc Dorcel en étant persuadé que c’est une vidéo posthume de maman (même si ce n’est pas fondamentalement impossible). Je disais ?

Voyant que son fils regarde des vidéos de sa mère morte avant de s’endormir, et ne se faisant pas la remarque que c’est quand même vaguement plus glauque que cucu, John décide de plutôt redescendre regarder tranquillement un documentaire sur les tigres (probablement une métaphore du porno là encore) tout en se cuitant au whisky pour oublier sa triste vie. A noter que, comme vous vous en doutez, lui et son fils habitent évidemment une superbe et grande maison triste quelque part au fond des bois, pour plus de nostalgie au quotidien ; mais passons, car alors que John est fort activé à se palucher s’instruire sur la vie des grands félins, voici qu’il aperçoit dépassant du sac d’école de son fils la curieuse lettre que celui-ci a ramené de l’école ; n’ayant que ça à faire, il se décide à essayer de la décoder.

Comme quoi, même pompette, John est toujours un mec fondamentalement chiant.

En quelques minutes, le bougre réalise que les suites de chiffres forment des dates : incroyaaaable coup de bol, la PREMIERE suite sur laquelle il tombe est 11092001, et il s’exclame donc “11/09/2001 ? Le 11 septembre !” ; hé bin heureusement que t’es tombé là-dessus, parce que tu serais tombé sur une catastrophe minière au Vénézuela dont la date ne te disait rien, tu serais sûrement passé complètement à côté, mais heureusement, la vie est bien faite. Juste derrière, il trouve le chiffre 2996, soit, d’après internet, le nombre de morts officiel des attentats ! Ho ? sur un papier vieux de 50 ans ? Mais c’est impossible, nom de nom ! Promptement (pour appuyer le fait que c’est prompt, il pousse les livres qui occupaient une table au sol pour s’y installer, car comme chacun sait, quand on est pressé de travailler, on ne peut rien déplacer : il faut tout balancer par terre pour bien montrer son entrain), il commence à déchiffrer le reste, et tombe sur la liste de toutes les grandes catastrophes dans le monde (nous allons voir ce qu’il en est) de ces 50 dernières années ! En sachant que, il ne le remarque pas, mais :

  1. Il ne s’agit que de catastrophes ayant choqué l’Amérique, quelle coïncidence ! La prophétie semble n’avoir rien à faire de ce qu’il se passe chez nos amis bridés ou plus ou moins musulmans, par exemple, bref, le monde est occupé à 90% par les USA. D’ailleurs, la prophétie ne compte pas dans les catastrophes la sortie du premier single de M Pokora, ce qui prouve le manque de sérieux de celle-ci
  2. Le compteur de morts est toujours pile poil le même que celui officiel, c’est quand même bien fait !
  3. Cela prend aussi en compte les attentats, mais jamais les guerres, parce que si c’est fait par une armée officielle, ça ne peut pas être une catastrophe nom d’une pipe, C’EST PAS PAREIL !

Quelle superbe prophétie pas du tout orientée ; j’ignore qui étaient les voix dans la tête de Lucinda, mais il semble qu’elles étaient quand même un peu con-con. C’est fou ; quitte à entendre des voix, je préférerais entendre celle d’Einstein plutôt que de Steevy, mais bon, on a pas toujours le choix dans ses pathologies.

Tenez, d’ailleurs, c’est tellement centro-centré sur les Iounaïted staïtes que l’on trouve dans les catastrophes recensées… l’incendie d’un hôtel américain où il y a eu 60 morts, celui qui a coûté la vie à la femme de John ! Attendez, il y a quoi sur ce papier, 40 dates ? Sur 50 ans ? Et ils ont trouvé la place de recenser celle-là ?! Il n’y en avait pas d’autres, pour que l’on prenne en compte le MONDE ? Ah bin non. Raaah, nan mais sérieusement ? Qu’est-ce que c’est que cette prophétie de daube ? N’importe quelle mésaventure de boat-people ou goulag Nord-Coréen en fait plus chaque année !

Ah mais oui pardon, j’avais oublié le principe de base : ces gens sont pauvres, donc on s’en fout. Au temps pour moi.

En tout cas, John constate qu’il y a, liée à chaque date, une série de chiffres qu’il n’arrive pas à identifier (c’est vrai que c’est compliqué : tout le reste du code situait un évènement dans le temps, je me demande bien à quoi peut servir le reste. A le situer dans l’espace par exemple ? C’est super chaud.), et surtout, réalise que… les dernières dates ne sont pas encore arrivées, et sont toutes pour ces prochains jours : là encore, quelle coïncidence ! Non parce que devoir attendre 4 ans pour vérifier si tout cela est du vieux pipeau, ce serait ballot quand même.

Une catastrophe curieusement non-listée

Le lendemain, John fonce donc au M.I.T pour retrouver son copain Phil et lui montrer sa découverte : “Regarde mec ! C’était sur un papier vieux de 50 ans ! Toutes les dates des catastrophes du monde (enfin de notre vision du monde du moins) et nombre de morts sont là, tout ce que je n’ai pas pu identifier, c’est la série de chiffres après le nombre de victimes à chaque fois, mais sinon, tout écrit !” ; John insiste sur le fait que cela n’est pas une blague, qu’il a vu la capsule contenant les papiers être sortie de terre et ouverte devant lui, et qu’en plus, l’enveloppe contenant le courrier était “scellée” (ce qui est faux, puisqu’on l’a vue en gros plan, mais on compte sur la mémoire lamentable des spectateurs pour leur dire que si, si, en fait, elle l’était). Phil, lui, reste sceptique face à tout cela ; plutôt que d’évoquer une théorie vaguement crédible comme “Oui mais qui te dit que des petits malins n’ont pas déterré le truc, rajouté cette enveloppe et ré-enterré le tout  pour faire la blague du siècle?“, il tente de souiller les oreilles de tous ceux entendant son propos grâce à une logique à peine digne d’un intestin grêle :

  • Non mais, attends John, tu es juste fatigué, tu as voulu voir ce que tu voulais dans ces chiffres, comme une vulgaire victime de numérologie“.

Oui Phil, c’est clair : et le fait que ça forme VRAIMENT des dizaines de dates à la queue-leu-leu avec compteur de mort à chaque fois, c’est juste une coïncidence. Joue au loto, mec.

  • En plus, tu vois, tu n’as pas pu décoder les chiffres à côté de chaque date : c’est bien qu’ils sont complément aléatoires, ce qui prouve bien que c’est bidon.”

Ho la vache ! “Si tu n’as pas trouvé le code, alors c’est que ce n’est pas codé“. Merde, ce type  n’est pas un humain, c’est un Shadok ! Cours John, il va te pomper !

John n’est pas convaincu par ce discours (moi non plus), ce qui est assez crédible puisqu’il était tout pourri, et s’en va donc tenter de creuser la question en allant chopper Mamie Taylor, l’ancienne institutrice de la classe qui avait réalisé les dessins ; il lui apporte donc le courrier de Lucinda en disant “Ho Mémé ! Au lieu de vous faire dessus, vous pourriez me dire si c’est bien le courrier que Lucinda a écrit ?” ; et sans souci, mamie dit “Oui, c’est bien celui-là“. Pas en le regardant genre “Ha oui, une feuille couverte de chiffres, c’est bien ça“, non ! Elle lit la chose et essaie de se souvenir si c’était la bonne suite de chiffres avant de confirmer que oui oui, c’est bien ça ; c’est ce que j’appelle avoir de la mémoire, bravo mamie, tu vas pas sucrer les fraises de suite. Mais enfin, c’est moi ou c’est complètement con ? Enfin… pendant que je pleurais du sang en regardant cette scène, celle-ci s’achevait donc lorsque mémé ajoutait que, fait curieux : Lucinda avait disparu le jour de l’enterrement de la capsule, et avait été retrouvée terrorisée dans un placard. Hmmm hmm, je vois.

Cela étant dit, après cette journée bien remplie (“Ah, j’ai encore bien fait chier les vieux moi aujourd’hui !“) John rentre tranquillement chez lui pour s’occuper de son fils qui, comme tous les enfants solitaires, joue tout seul au ballon (pas contre un mur ou un arbre, hein, non : seul et dans le vide, c’est assez triste à voir en fait). Mais alors qu’il est pris par cette folle activité de gros autiste, le bougre est interrompu par une voiture qui se gare en bas de la maison, et dans laquelle deux étrangers semblent chuchoter directement dans sa tête pour l’attirer à eux ! Ne me demandez pas comment, j’imagine que Caleb entend dans son crâne mou “Viiieeeens petit garçon, j’ai des bonboooons pour toi, viens les prendre dans ma pooooche ! Hu hu hu !“, et comme tout enfant un peu con, s’empresse de se jeter dans ce piège pédophile. Sitôt le marmot arrivé à la fenêtre de la voiture, sans ouvrir la bouche, les deux hommes lui glissent dans la main… un curieux caillou noir.

Et bien moi qui parlais de coprolithe cinquantenaire un peu plus haut, je crois qu’on y est, là.

Honnêtement, c’est avec ce genre de cadeau pourri que je comprends pourquoi je n’ai jamais été un enfant de film américain : bien que fort mignon, j’aurais probablement utilisé l’objet pour caillasser le véhicule des malandrins, provoquant certes l’ire de ses occupants, mais paradoxalement, la richesse de Carglass. Caleb, lui, bien moins revendicatif, se contente donc de ramener l’objet chez lui, sous le regard de son père qui, un peu paniqué, a surpris la fin de la scène un peu inquiet de la présence de ces mystérieux hommes en noir rôdant autour de sa maison. Ça peut se comprendre.

Dans les heures qui suivent, nous découvrons Ginette, la soeur de John et infirmière militaire de son état, qui vient saluer son frangin et papoter un peu avec lui : l’occasion pour nous d’apprendre que notre héros, non content de ne pas croire en Dieu, est aussi le fils d’un pasteur (Monsieur Camden ?!), ce qui a forcément brouillé les deux hommes (je me demande s’ils vont se réconcilier, maintenant qu’on en parle ?) ; mais ce n’est pas bien important pour l’instant, puisque le temps continue de s’écouler et que dans la soirée, en regardant la télévision, notre héros entend parler sur toutes les chaînes et à toutes les sauces d’importants rayonnements solaires s’apprêtant à balayer la Terre ; John n’étant qu’astrophysicien et, nous le découvrirons que plus tard, spécialiste en phénomènes solaires, il s’en tape cordialement et éteint son poste en oubliant tout ce qu’il vient d’entendre. Ho bin oui, tout cela est bien normal.

Seulement voilà : le lendemain, en allant chercher son fils à l’école, le bougre est pris dans un embouteillage, un camion étant accidenté sous la pluie battante qui balaie l’endroit, paralysant toute une voie. John n’hésite donc pas à prendre la décision qui s’impose : consulter son GPS pour savoir s’il n’y aurait pas une route alternative, car oui, petit a) ça a beau être le trajet pour aller chercher son fils à l’école, il ne le connait toujours pas bien, et petit b), il a beau être pris dans un bouchon et complètement coincé, un trajet alternatif peut toujours servir, des fois qu’il trouve sur sa voiture le bouton qui permet de voler afin de quitter tant l’embouteillage que l’autoroute sans encombre. Cette scène sans intérêt permet cependant à John en consultant son appareil de géolocalisation de constater que, ho ! Les chiffres latitude et longitude de son GPS… et si… mais oui ! Et si sur la lettre de Lucinda, la partie du code qu’il n’arrivait pas à déchiffrer était en fait des coordonnées spatiales (ho bin ça, personne n’y avait pensé !) ? Mais oui, c’est exactement ça ! D’ailleurs, en consultant le document – qu’il a toujours avec lui – il constate que la prochaine catastrophe, qui devait se dérouler aujourd’hui, justement, devrait arriver… pile poil là où il est ! Ça fait quand même VRAIMENT beaucoup de coïncidences (et nous n’en sommes qu’au début) !

Diable ! Que va t-il se passer ? John n’en sait rien aussi il… heu… il sort de sa voiture sous la pluie. Ah ? Et pourquoi ? Et bien pour aller voir une cinquantaine de mètres plus loin le lieu de l’accident du camion où la maréchaussée l’invite à regagner son véhicule ; mais alors qu’il discute avec un agent de police (“Mais votre gueule Monsieur Koestler ! Remontez dans votre bagnole, c’est un accident ici, pas un parc d’attraction, pervers dégénéré !”), John entend soudain un terrible grondement : un avion vient de surgir des cieux et, le pilote visiblement taquin, a décidé de parier avec un pote qu’il pouvait labourer un champ avec une aile, comme ça, pour voir : résultat, une partie des voitures dans l’embouteillage se ramassent une aile de Boeing dans le museau, avant que l’appareil n’aille s’écraser un peu plus loin au cri du pilote hurlant “Je te l’avais dis Roger que je pouvais le faire, tu vas pouvoir planter des putains de gros radis dans mon sillon ha ha ha *BAM*”

"Et la prochaine fois, je fais la même chose avec un paquebot, wouhouuu !"

Autant vous le dire, c’est un peu la panique ; John, lui, loin de perdre pied, s’en va vers le lieu du crash pour tenter d’aider les survivants ; c’est assez impressionnant car, dans ce spectacle d’apocalypse d’un champ boueux sous une pluie battante, sortent de l’épave en flamme des gens qui marchent sans soucis (les crash à 300km/h, c’est très surfait), mais qui sont pour certains en feu : l’un d’entre eux passe juste à côté de John en hurlant, et notre héros lui…

Je…

J’ai mal.

Il lui crie “Hey !

Non, il ne le plaque pas au sol pour le rouler dans une flaque, non il n’essaie pas de l’aider, il lui crie juste “Hey !” ; des fois que les flammes se disent “Attention, un mec vient d’interpeller le type que l’on crame, vite disparaissons !” ; c’est clair que moi aussi, j’ai connu des pompiers qui faisaient pareil en cas d’incendie : ils prennent un gros mégaphone, interpellent les flammes et aussitôt, elles font pouf pouf disparition. Ho cette scène est formidable ! Enfin voilà : le mec en flammes poursuit donc son chemin paisiblement. Sinon, vous vous souvenez de tous les gens, genre policier et ambulanciers qui étaient près du camion accidenté 5 minutes plus tôt ? Et bien ils ne font rien. Ils ne viennent pas, n’aident pas : ils ont sûrement un truc à finir, comme par exemple, une saison de Grey’s Anatomy.

Au bout d’une bonne dizaine de minutes donc, le temps que John se la joue héros solitaire premier sur les lieux, on voit donc enfin arriver les secours (l’épisode est enfin fini, ils savent que Grey vient de se remettre avec Derek, ils sont soulagés) qui tentent d’aider les survivants, avant de demander à John de bien vouloir se casser parce que là, ils gêne un peu les opérations à crier “Hey” à tous les passants.

Le soir, lorsqu’enfin, notre héros retrouve son foyer, sa soeur Ginette l’y attend pour discuter de tout cela en regardant les informations à la télévision : les appareils se seraient crashés suite aux vilaines ondes envoyées par le soleil qui ont pourri tous les Tom-Tom de la flotte aérienne américaine, causant 4 crashs (mais on notera que la prophétie ne parlait que de celui où John allait se trouver, vraiment, quelle coïncidence ! Ça pouvait être partout dans le monde et c’était à côté de chez lui, c’est bien quand même. A un moment, la dialoguiste lui-même fait dire au héros “C’est pas possible, c’est le Destin“, mais plus tard dans le film on nous apprendra que non : c’était vraiment juste de la (mal)moule. Formidable), et provoquant ainsi 81 morts, soit pile ce qu’indiquait le message de Lucinda (car là encore : le premier bilan est directement le bon, il n’y a personne à l’hôpital dans un état critique, non, tous ceux qui devaient mourir son morts pour faciliter le décompte, c’est bien fait) !

Caleb, qui est rentré de l’école avec sa tante, demande à son papa pourquoi il fait une drôle de tête, mais ce dernier refuse de lui raconter sa mésaventure. Caleb étant un enfant un peu con, il n’a pas remarqué que la télé parlait d’un crash d’avion sur le chemin de son école, et d’ailleurs, lui-même n’a rien remarqué en revenant de celle-ci. Autiste, je vous dis. Mais malgré tout, le bougre de morveux insiste “Pôpa, pourquoi t’as l’air tout traumatisé et que tu as la gueule couverte de suie ?” ; avant de se lancer dans une tirade sur les bonnes relations père-fils façon mère de famille chiante, fasciste et moralisatrice, et je vous laisse deviner ce qu’il fait sitôt qu’il a fini ce propos pas du tout crédible : oui, en effet, il tourne le dos à son père et part en courant façon “Je suis bouleversé de t’avoir expliqué la vie“. C’est consternant. Tu m’étonnes que ça s’appelle “Prédictions” : tout est prévisible.

Phil, le copain du M.I.T de John, finit lui aussi par arriver, ayant appris que son ami avait assisté au crash et que cela doit être vaguement traumatisant ; il lui explique donc que “Bon, d’accord, ton papier, c’était peut-être pas du pipeau” (oui parce que 37 coïncidences d’affilée entre les chiffres inscrits et des dates, lieux et bilans de catastrophes sur le papier comme il semblait le dire au début du film, c’est crédible, 38, non), mais en laisse les choses là. Voilà. Oui, et sinon les deux dates des prochaines catastrophes, ça ne t’intéresse pas vaguement mec ? Hmmm… non. Le soir, en quittant la demeure en voiture, Phil ne l’aperçoit pas, mais dans l’obscurité du bois joli, des hommes en noir observent la maison, immobiles.

Ça fait trop peur. Pas à cause des hommes en noir, hein : juste parce que c’est nul.

Sitôt la nuit tombée, on découvre que l’un d’entre eux est rentré furtivement dans la maison… et se dirige droit vers la chambre de Caleb ! Mais enfin, qui sont ces gens ? Des adorateurs d’Emile Louis ? Laissez cet enfant tranquille enfin ! En tout cas, lorsque le marmot s’éveille au son de curieux chuchotements, il note qu’au pied de son lit, un homme le regarde sans ouvrir la bouche ; il indique d’un doigt la fenêtre à l’enfant, et s’approchant de celle-ci, notre jeune héros aperçoit… des flammes. Beaucoup de flammes. L’horizon en flammes ! Et dans cette vision de fin du monde, il voit, surgissant de la forêt ravagée, des animaux eux-mêmes brûlant, ce qui le rend quand même très triste, jusqu’à ce qu’il aperçoive des ragondins en feu, parce que ça, ça fait plaisir, tant chacun sait que ces animaux sont de fieffés bâtards.

John, comme il se doit, entend donc un hurlement en provenance de la chambre de son fils, et le trouve prostré près de la fenêtre, maugréant qu’il a fait un cauchemar où le monde brûlait ; son père le calme donc en lui rappelant que chhhht, ça va, et puis tu sais, quand tu as ce genre de cauchemar de fin du monde, dis-toi que Raphaël Mezrahi aussi brûle : tu verras, rien qu’en y pensant ça te fera bien rigoler et après tu iras mieux.

Mais le bon enseignant a soudain envie de vérifier si le monde ne brûle pas, et regarde donc à son tour par la fenêtre, où loin de voir le monde brûler, il voit la forêt tranquille… et au milieu, un homme en noir le fixant, immobile !

Ni une, ni deux, notre larron descend donc en trombe pour aller bouter le gueux en hurlant que ça va chier, qu’il faut les laisser tranquilles maintenant, agitant ce faisant une bonne vieille batte de base-ball, mais les mystérieux individus ont disparu ; il n’y a pas à dire, ils ont du bol les hommes en noir, parce que prendre la pose devant les fenêtres pour faire cool sur une propriété privée reculée, aux Etats-Unis, c’est plutôt un coup à se recevoir une décharge de fusil à pompe dans les narines, ce qui fait perdre un peu en classe, tant un crâne explosé manque de glamour, mais faisons fi de ce détail.

Le lendemain, sans aucune raison plausible, le héros se dit “Bien, je ne vais surtout pas prévenir la police du fait que des mecs louches encerclent ma propriété la nuit, je vais plutôt emmener mon fils avec moi pour passer une bonne journée à aller voir la famille de Lucinda, la mystérieuse fille à l’origine de la lettre qui nous pose tant de soucis.” ; coup de bol, Lucinda a en effet eu des descendants avec un type que ça excitait beaucoup, les nanas qui entendent des voix, et double coup de bol, il s’agit d’UNE descendante, triple coup de bol, de l’âge de John, quadruple coup de bol, avec une fille (prénommée Abby, et jouée par la même actrice que Lucinda, c’est trop subtil), quintuple coup de bol, de l’âge de Caleb. Ho, ai-je dit que la fille de Lucinda et mère d’Abby, Diana, était célibataire ? Sextuple coup de bol.

Autre coup de bol : Diana n'est pas moche. Vraiment, c'est fou

Encore une fois : ce film s’appelle Prédictions, rappelons-le. Ce doit être ironique.

John et son fils, plutôt que d’aller frapper à la porte de la petite famille décident donc plutôt de les suivre comme de gros pervers père & fils lorsque les deux damoiselles se rendent au musée d’histoire naturelle du coin ; l’occasion pour John de tenter une approche subtile de dragouille en envoyant son fils servir d’appât “Ho, ça alors, vous avez vu comme mon fils et votre fille ont l’air de bien s’entendre devant la vitrine des lamantins ? Des animaux formidables n’est-ce pas ? Vous a t-on déjà dit que vous ressembliez à ces animaux majestueux, belle dame ?“. Rapidement, Diana tombe dans le piège de John, et commence à papoter avec lui, jusqu’à ce que soudain, oubliant toute subtilité, ce dernier lâche “Ahahah, oui, moi aussi j’aime les poneys. Bon, sinon, ça n’a rien à voir, mais votre mère, elle n’était pas à moitié folle et persuadée de voir l’avenir ? Est-ce qu’elle sacrifiait des chèvres à Satan ? Dansait-elle avec des boucs lorsque la lune était pleine ?“.

Curieusement, la Madame le prend mal et s’en va en expliquant qu’elle ne sait rien de tout cela, laissez-moi, je m’en vais, viens Abby, on se tire.

Rentrant chez lui ressasser cet échec devant un bon whisky en se demandant où il a bien pu merder, John jette un oeil à la prophétie, et note ainsi que la prochaine date de catastrophe aura lieu le lendemain ; au même moment, à la télévision, on annonce des risques d’attentats sur la côté est du pays le lendemain (c’est précis) : John décode donc la longitude et la latitude du prochain évènement : ce sera à l’angle d’une rue de New York ! Vite : il appelle le FBI depuis une cabine pour leur annoncer que l’attentat aura lieu à tel endroit, demain, à Manhattan, et que ça va méchamment chier (n’oublions pas qu’il a le compteur de morts à l’avance, qui annonce plusieurs centaines de victimes, ce qui l’inquiète un peu).

John étant un peu con, il se décide à se rendre sur place pour voir ce qu’il va en être ; confiant son fils à son infirmière de soeur, il file donc pour la journée. Notons qu’à cet instant du film, il est encore persuadé que les catastrophes ne se produisent que là où il est, que c’est le karma ou que sais-je encore, aussi, pour être sûr de voir des centaines de morts se produire, il s’assure d’être au bon endroit au bon moment (et puis comme ça, il a plus de chance de rendre son fils doublement orphelin, excellent idée) : quel enfoiré, en fait !

En tout cas, sur place, il note que le FBI n’a rien bouclé du tout : quelle grosse déception ! Il y a donc foule là où notre larron se trouve, ce qui est bien embêtant ; John va donc râler auprès des policiers du coin en hurlant à l’attentat en préparation, ce qui curieusement, les rend un peu nerveux (et les empêche de patrouiller en paix, ce qui est donc un peu contre-productif) ; mais alors que notre héros est en train d’expliquer aux forces de l’ordre comment faire leur métier, le bougre aperçoit pile à l’angle de rue incriminé… une station de métro : flûte ! Et si c’était là-dessous que tout allait se passer ? Il part donc en courant poussé par son intuition, ce qui forcément, met un peu la puce à l’oreille de la police, qui part à sa poursuite dans la foule de ce beau jour d’automne sur New York.

Sur place, le bougre repère dans la foule grâce à son oeil bionique un type dans la foule l’air louche qui attend le métro en cachant un gros paquet sous son manteau ; ce dernier sent le regard vide de notre astrophysicien sur sa nuque, et, l’apercevant avec la police derrière lui, panique et grimpe dans le métro ; s’ensuit toute une course poursuite de voiture en voiture où, après force bousculades, le chenapan se rend et montre ce qu’il cachait : des DVD volés. Comment ? Mais alors, où est l’attentat ?

Bin je ne sais pas : vous avez la date, mais vous n’avez pas l’heure, hein, vous avez donc sûrement encore quelques heures pour le voir venir, non ?

Evidemment : non. En fait, point d’attentat : un court-circuit dans l’aiguillage des voies dirige tout simplement une rame venant en face dans celle à l’arrêt dans laquelle notre héros était encore en train de se dire “Bin merde alors, où qu’elle est la catastrophe ?” ; pour tout vous dire, on retrouve le même syndrome que dans Super 8 : celui du train qui pour faire plus spectaculaire, roule à environ un demi-million de kilomètres heures lorsqu’il percute un obstacle. Ainsi, le métro fou traverse :

  • Une rame entière, mais en bondissant habilement par-dessus Nicolas Cage tel un mouton malicieux
  • Une bonne trentaine de piles de béton supposées séparer les voies
  • Une dizaine de petits piliers au niveau du quai de la station dans laquelle il débouche
  • Environ 600 personnes

Mais sans JAMAIS ralentir ! Car finalement, qu’est-ce qui va arrêter cette machine infernale ?

Une marche d’escalier.

Pouf. Le métro fou est grimpé sur un quai sans ralentir, par contre une marche d’escalier, pfoulala, c’est haut. Pour faire chier comme ça avant de s’arrêter devant un escalier, ça devait être un train de vieux, j’imagine. Enfin bon. Curieuse chose, aussi, que John ne semble pas remarquer : les coordonnées GPS de la catastrophe sont bien celles de la station de métro, pas celles où le train a commencé à dérailler ; bon sang, encore une fois, comment cette prophétie fait-elle ses calculs ? Elle indique là où une catastrophe s’arrête, pas là où elle commence ? Et tenez : au moment du crash de l’avion, les coordonnées GPS indiquaient là où se situait la voiture de notre héros sur l’autoroute, pas l’endroit où l’avion commençait à tomber ni là où il s’est crashé.

Ho mais attendez, ça me revient : la prophétie ne donne que des trucs qui arrangent les scénaristes pour faciliter les rebondissements. Voilàààà.

Le soir, donc, notre héros rentre donc chez lui un peu déprimé, car ayant encore un peu vu des centaines de personnes se faire sproutcher par un métro en goguette ; à la télévision, entre deux flashs sur cet évènement, on nous bombarde d’informations majeures : le soleil continue d’envoyer des ondes louches qui perturbent les appareils électroniques. Misère, cette hiérarchisation de l’information est digne de TF1, je m’inquiète. En tout cas, une chose intéressante arrive : Diana et Abby, descendantes de Lucinda, ont décidé de venir visiter notre héros et son fils. En effet, Diana souhaite éclaircir un peu les choses avec John : elle l’a fui car son passé avec sa mère à moitié folle n’a pas toujours été facile ; mais celle-ci lui a toujours dit que la dernière date de la prophétie, celle qui n’est pas encore arrivée, le 19 octobre, sera celle… où elle, Diana, mourra.

Ca devait sympa les repas de famille dites-donc.

“Passe-moi le sel ma chérie.
- Tiens maman.
- Merci ma chér… – TU VAS CREVER COMME UNE MERDE LE 19 OCTOBRE 2009 RAAAAAAH – … i. Ouh, dis, j’ai mal à la gorge d’un coup ?
- Oui maman, tu as encore parlé avec ta grosse voix et avec les yeux révulsés en me menaçant de mort.
- Ah ? Ouf, un instant, j’ai cru que j’avais pris froid.”
 

De son côté, John est jaloux, parce que merde, il n’y a pas de raison que Diana soit la seule à raconter une histoire triste : il lui narre donc que sa femme est morte dans l’incendie de son hôtel (toute seule dans un hôtel hein ? As-tu senti tes cornes prendre feu, bon héros ?), et que depuis, il ne croit plus du tout en Dieu, ni en rien en fait. Du coup, cette foutue prophétie le chamboule un peu (oui, et puis peut-être un peu tous les gens que tu as vu mourir en direct aussi, non ?  Non, c’est vrai, c’est très secondaire.) ; ils décident donc tous deux d’aller enquêter sur les visions de Lucinda, en allant à sa dernière résidence : le mobile-home inquiétant au milieu des bois embrumés où elle s’était retirée pour “se préparer” à on ne sait quoi, dixit sa fille, et où elle a été retrouvée morte (ça n’aurait pas pu être une maison de retraite accueillante ? Un asile bien éclairé et propre ? Non plus ? Ah. Enfoiré de générateur de films qui colle des lieux pré-conçus dedans genre mobile-home désert au coeur de la forêt profonde !), et où personne n’a jamais rien touché depuis. C’est bien : la petite troupe prend donc le pick-up familial et arrive donc devant l’endroit guère éloigné de la ville, laissant les enfants dormir dans la voiture pendant que nos deux adultes pénètrent les lieux.

Comme dans toute baraque pré-conçue par un ordinateur à scripts hollywoodiens, sitôt que le héros a commencé à explorer la maison, il tombe nez-à-nez avec une pièce dans laquelle Mamie Apocalypse collectionnait les articles de journaux sur le sujet qu’elle collait au mur ; bon, sérieusement, expliquez-moi ? Pourquoi dans ces films les gens qui s’intéressent à un sujet collent toujours des articles de journaux liés au mur ? Ils ne savent pas ce que c’est, un classeur par exemple ? C’est une merveille technologique trop évoluée ? C’est quand même malheureux. Enfin toujours est-il que dans le tas, John s’arrête sur une image représentant l’apocalypse tirée de la Bible ; ne me demandez pas pourquoi celle là plutôt qu’une autre : il a décidé que celle là était importante, il la saisit donc avant de continuer à fouiller l’endroit avec Diana. Et là, un autre détail attire vite son attention : des cailloux noirs, comme ceux que les hommes en noir avaient remis à son fils, sont présents en nombre sous le lit dans le chambre ; inspectant l’endroit, notre héros croit apercevoir quelque chose d’écrit sous le pieu : il le retourne donc pour l’inspecter.

Ceci n'existe pas aux Etats-Unis, c'est une technologie trop élaborée

Et là, HO ! Gravé dans le bois, il y a marqué en gros, et partout “Everyone Else“, “Tous les autres” ! Ah oui ? Ça veut dire que mamie Lucinda passait ses dimanches sous son lit à graver son sommier à coups de burin ? C’est crédible. Pourquoi là et pas ailleurs ? Ah bin oui : pour rien.

Alors là lecteurs, vous vous demandez “Mais pourquoi “Everyone Else” ? Quel rapport avec la choucroute ?” ; et bien galopins, sachez-le : John avait remarqué qu’à la date du 19 octobre, il n’y avait ni nombre de morts, ni coordonnées GPS… il en avait donc déduit que Lucinda n’avait pas dû avoir le temps de finir sa feuille avant que Mme Taylor ne la récupère ; à la place, il y avait juste deux “E”. Diana et lui comprennent donc :

Le 19 octobre, il n’y aura pas un certain nombre de morts. C’est tout le monde qui va mourir ! La fin du mooooonde ! Il n’y a plus qu’à déambuler en slip dans les rues en frappant un gong pour l’annoncer, j’imagine.

Mais avant que nos loulous n’en viennent à cette conclusion, allons voir ce qu’il se passe dehors : les pédophiles hommes en noirs ont encerclé l’endroit, et se rapprochent du véhicule où Caleb et Abby dorment ; ils s’approchent tant et si bien que les chuchotements qu’ils envoient dans la tête des marmots réveillent ces derniers, qui entendent alors “Suiiiiiveeeez-nouuuuuuuuuuus – en tout bien tout honneur – sooooorteeeeez de la voiiiituuuuuure – on ne va pas du tout vous montrer nos kikoutes – viiiiiiiite” ; Abby, en bonne femelle, cède donc aussitôt à ces allusions sexuelles et s’empresse d’ouvrir la porte à ces inconnus ; mais c’est sans compter sur Caleb qui lui, tient à garder son rectum dans une condition à peu près correcte pour l’état des lieux : il se jette donc sur le volant et klaxonne, avertissant aussitôt les adultes, qui sortent en courant du mobile-home pour voir de quoi il retourne. John, apercevant l’un des hommes en noir disparaissant dans la forêt enchantée décide d’aller chercher son revolver dans la boîte à gant (comme ça sentait le danger, il avait pris une arme. Par contre, ne me demandez pas pourquoi il l’avait laissée dans la voiture, où elle avait peu d’utilité, à part pour que les enfants jouent à la roulette russe – ce qu’ils n’ont hélas pas fait),  puis part à la poursuite du vilain brigand qu’il a aperçu.

Après quelques mètres dans les bois, John débouche dans une curieuse clairière où l’un des hommes l’attend l’air cool en lui tournant le dos ; en entendant notre enseignant favori lui hurler de se retourner, il s’exécute, mais… ouvre soudain lentement la bouche, dont sort une lumière aveuglante qui laisse notre héros pantois ! Lorsque celle-ci se dissipe, l’homme a disparu !

Bon sang John : tu as affaire à des mecs qui utilisent de l’Email Diamant, ça ne rigole plus ! Sûrement des disciples de Patrick Sabatier !

La fine équipe se regroupe donc rapidement à la voiture et repart donc promptement en direction de la maison de John. Cela dit, moi avec des mecs qui ont une bouche-stroboscope qui traînent dans les bois du coin, je ne serais pas retourné dans ma grande maison isolée, et j’aurais plutôt cherché la sécurité au sein de la petite demeure urbaine de Diana, mais bon, hein, je dis ça, c’est pour aider hein, après, vous faites comme vous voulez. Diana, justement, passe une partie de la nuit à râler un peu “Ho, John, nous serons le 19 octobre demain et je ne veux pas mourir comme un vieil écureuil sur une autoroute ! J’ai tellement envie de connaître à nouveau l’amour, la vie de couple, et surtout, de voir la saison 2 de Game of Thrones !“. Et sitôt qu’elle a fini de couiner, elle va dormir avec sa fille ailleurs dans la maison afin de se séparer en groupes de 2, parce que ce n’est pas comme s’il y avait des mecs mystérieux rôdant partout autour de la maison et cherchant à kidnapper leurs enfants. Noooon.

Le lendemain, donc, jour de la fin du monde, John se lève pour aller demander à la petite Abby si, elle aussi, elle prend des Chocopops dans son whisky le matin ; mais la jeune fille est occupée à faire du coloriage sur la représentation de l’apocalypse que John a ramenée du mobile-home, mettant du jaune sur le soleil, central dans la chose.

Le héros comprend alors enfin : “Bon sang, mais on parle du soleil depuis le début du film… serait-ce… que le soleil va transformer la Terre en tomate farcie ? Bon sang, moi qui suis astrophysicien, malgré tous ces signaux dont même la télé parle depuis des jours, je n’avais rien remarqué !” ; pour confirmer sa thèse, le bougre fonce donc au M.I.T pour profiter de l’observatoire disponible sur place où il a ses bureaux, et il retrouve Phil dans les locaux, avec qui il confirme sa théorie en tapant trois touches sur un clavier qui font aussitôt apparaître une représentation du soleil sur l’écran (j’ai toujours aimé la vision de l’informatique dans les films, où il n’y a pas besoin de souris : on appuie sur trois touches au hasard et le PC obéit), rentrant dans une phase où il fait brûler la couche d’ozone et donc, la Terre : l’astre solaire va ainsi détruire la planète aujourd’hui, là, comme ça, pif pouf ! On apprend au passage que John en est sûr parce que sa spécialité est bel et bien les phénomènes solaires et leurs conséquences.

Je repose ma question donc : tu foutais quoi depuis le début du film, mec ? Ah oui : tu te pintais au whisky tout en parlant philo à tes élèves. C’est vrai.

John fait donc le héros bouleversé en se dirigeant vers la fenêtre de l’endroit tout en parlant en tournant le dos à ses interlocuteurs, pour mieux fixer le soleil d’un air choqué, façon poète maudit contemplatif.

Oui. Ou alors, tu vas juste te cramer les rétines, gros malin.

Diana, qui avait suivi le héros au coeur du secteur scientifique du M.I.T sans que personne ne lui pose de question, pleure donc en entendant cette nouvelle, et demande s’il n’y aurait pas moyen de survivre en allant se cacher dans des grottes. Pas un abri atomique, hein : des grottes. Oui, pourquoi pas, peut-être qu’en bouchant l’entrée avec des cadavres de marmottes ignifugés et en respirant du rien, il y a moyen de moyenner. Tiens, Diana, d’ailleurs, si tu commençais à t’entraîner en arrêtant de respirer tout de suite, ce serait vraiment sympa.

 Après avoir recommandé à Phil d’aller profiter du dernier jour de la Terre avec sa femme (Phil le sceptique est convaincu directement que ah bin oui, tiens, la Terre va crever dans 6 heures et personne n’a rien remarqué, c’est normal), John s’en retourne avec Diana et les enfants chez lui pour récupérer quelques affaires, à commencer par un médaillon avec à l’intérieur une photo de lui et sa femme, Caleb entre eux, gravé “Ensemble pour toujours“, puis il appelle son pasteur de père pour se réconcilier avec lui (ah, je me disais aussi) avant de lui dire d’aller planquer ses fesses sous Terre s’il ne veut pas connaître une grosse canicule qui risque d’épargner peu de vieux ; mais l’homme d’église n’aime pas trop qu’on lui demande de survivre : si Dieu veut le rappeler à lui, alors qu’il en soit ainsi. Il restera chez lui jusqu’à la fin. La conversation s’arrête lorsque les téléphones ne fonctionnent plus, les ondes de portables commençant à méchamment manger du vent solaire. C’est ennuyeux, mais ce n’est pas grave, car tout le monde a pu lâcher sa petite phrase pleine d’émotion.

Lorsqu’il monte dans la chambre de son fils lui dire de s’activer pour préparer ses affaires, John surprend Caleb, comme hypnotisé, écrivant à son tour des chiffres sur une feuille ; son père a beau le secouer, il continue, et lorsqu’on lui prend le stylo, il écrit avec ses ongles sur la table (heu, oui ? Bin je veux vous dire qu’il doit avoir des ongles en adamantium vu sa vitesse d’écriture sur table ; mec, ton fils, c’est Wolverine !). John comprend alors la vérité : Lucinda, quand elle était dans le placard de l’école, elle a dû écrire des coordonnées sur la porte !

Mais ? Mais enfin, d’où sort cette conclusion de merde ?

"En fait, j'ai lu le script"

Sachant que c’est la fin du monde, pourquoi irait-elle mettre des coordonnées ? Pour dire où ce sera le plus chaud histoire de réussir son bronzage ?

Comment as-tu pu savoir que Lucinda avait gravé quelque chose dans le placard, Mme Taylor n’ayant pas parlé de ce détail, au fait ?

Ho, et surtout, quand bien même, comment sais-tu qu’elle aurait gravé la porte plutôt que sur un mur ?

Dernière chose, John, explique-moi : toi qui as une soudaine envie de décoder des trucs, pourquoi tu ne t’intéresses pas au message que ton fils était en train d’écrire ? Hein ? Comment ? Quel message ? Ah oui, j’oubliais: on en parlera plus du film. C’est pas comme si ça avait de l’importance, un autre message d’une provenance inconnue contenant d’immenses secrets qui tombait là, comme ça, pouf. Raaaah, mes neurones ! Mes neurones !

Enfin voilà : John ne sait rien de l’histoire de la porte gravée par Lucinda, c’est juste un gros télescopage (télescopage…astrophysicien… calembour… ho, ça va hein, on approche de la fin, hé, ho !) ; il se propose donc d’aller sur place voler la porte (… ho non, mais sérieusement ? Le mec est à quelques heures de l’apocalypse et il se transforme en cambrioleur de chez Lapeyre !), ce qu’il fait promptement ; mais celle-ci a été repeinte entre temps, du coup, Diana s’impatiente un peu en le voyant sortir son décapeur thermique, et le supplie d’arrêter les conneries pour se mettre à l’abri (car non, il ne lui explique rien, même durant tout le temps qu’il a à tuer lors de la route maison-école aller et retour, parler et conduire, c’est trop dur) : mais nenni ! Notre héros refuse de partir sans ces foutues coordonnées ; Diana décide en conséquence et à contrecœur de filer sans lui, emmenant les enfants vers les grottes pour se mettre à l’abri, pendant que l’autre âne s’amuse à décaper des portes, saine occupation en cas d’apocalypse, particulièrement alors que la chaleur au sol grimpe de plus en plus (ce qui ne semble pas déranger le héros qui continue de faire du décapage thermique en gros blouson, la chaleur montante n’étant représentée que par un filtre sépia façon Instagram).

Finalement, John parvient à retrouver ce qui était gravé sur la porte : non pas “prout à celui qui lira” (auquel cas Lucinda aurait réussi le plus grand calembour spatio-temporel de l’histoire) mais bien des coordonnées ! Et qui sont pile poil non loin en plus, encore une fois, quelle chance que toute cette prophétie mondiale voie son dénouement se jouer dans une zone de 4 kilomètres carrés !

Pendant ce temps, et malgré la zone extrêmement réduite dans laquelle toute l’intrigue se passe, Diana réalise que flûte ! Son véhicule est bientôt à court d’essence ; rien qu’un arrêt dans une station ne saurait régler. L’occasion pour elle de découvrir en direct à la télévision que ça y est, le gouvernement prend des mesures et déclare l’état d’urgence : “Bonjour chers concitoyens. On voulait juste vous dire que s’il faisait chaud, cette fois-ci, ce n’était pas la faute des Russes qui nous dérèglent le temps avec tous leurs spoutniks : en fait, c’est le soleil qui a des problèmes gastriques et là, les enfants, on va grave manger du vent solaire, alors si vous pouviez trouver un abri souterrain, ce serait bien.” ; autant vous le dire, ça panique un peu chez les gens qui entendent ce message, tant cela sonne comme une annonce d’apocalypse façon Paco Rabanne. Quant à Caleb, il se décide à profiter de cette pause pour sortir de la voiture histoire d’appeler son père : “Allô papa ? Oui, toi aussi, tu as remarqué que tous les téléphones qui étaient en panne jusqu’ici refonctionnent aussitôt sitôt que je veux t’appeler ? C’est super hein ? Tout ça pour dire : on est à la station service de Coincoin’s Road, dépêche-toi de nous rejoindre. Comment ? Tu veux parler à Diana ? Ne bouge pas, je te la passe !” ; et à peine Diana a t-elle pris le combiné que John tente de lui expliquer la situation : oui, la fin du monde est bien là, oui, l’histoire des grottes pour s’abriter, c’est de la daube, et oui, il y avait bien des coordonnées sur la porte qu’il a décapée… probablement celles d’un abri !

Mais alors que Diana fait sa petite crise d’hystérie au téléphone en hurlant “Maiiis John nooooon on doit aller dans les grottes, c’est plus sûûûûr, j’ai déjà ignifugé une bonne centaine de marmottes !“, elle ne voit pas Caleb remonter dans la voiture… et les hommes en noir surgir pour prendre le contrôle du véhicule et ainsi kidnapper d’un coup d’un seul tant le fils de John que la petite Abby !

Diana devient donc doublement hystérique et se roule par terre en hurlant (moyen de déplacement officiel de la femme perdant ses nerfs)  jusqu’à atteindre une voiture qui traînait pour se lancer à la poursuite de ces sombres chenapans voleurs d’enfants, bon hein, c’est pas parce que la fin du monde arrive qu’il faut tout se permettre les enfants !

Mais c’est sans compter que même en cas d’apocalypse, certaines règles ne changent pas, et une femme au volant, bon : traversant un carrefour à folle allure, notre douce héroïne se mange donc un méchant poids lourd dans les gencives, ce qui pique un peu. Diable ? Serait-ce la fin ?

John, pendant ce temps, débarque à la station-service où il fait la description de Diana au tenancier, qui lui apprend qu’une jeune femme correspondant à ce qu’il raconte est en effet partie à la poursuite d’hommes ayant kidnappé deux enfants ; promptement, notre héros reprend donc la route et quelques minutes plus tard, arrive donc sur les lieux de l’accident pour trouver ainsi la pauvresse venant fraîchement de décéder à l’arrière de l’ambulance locale (hoooo !) ; chouinant un peu sur ce rebondissement imprévu, il note alors dans la main de la damoiselle un curieux caillou noir (qui est celui de Caleb, en fait, qu’il avait posé sur le téléphone au moment d’appeler son père à la station service, ne me demandez pas pourquoi cet enfant téléphone avec des cailloux, je crois que nous sommes tous d’accord qu’il est complètement con depuis le début), et comprend ainsi que la bougresse devait être à la poursuite des hommes en noir ! Encore eux !

Ni une, ni deux, notre héros continue donc sa route en direction des coordonnées laissées sur la porte de l’école, puisqu’il semble que ce soit la direction générale vers laquelle les brigands sont partis, et arrive en effet ainsi… au mobile-home de Lucinda ! La prophétesse savait pour la fin du monde, et avait donc de décider d’installer un mobile-home là pour y vivre, non pas par hasard, mais parce que c’était le seul abri sûr !

Sauf que John aperçoit des empreintes de pneus fraîches s’éloignant de l’endroit pour s’enfoncer dans les bois… la voiture avec les enfants ? Il prend donc le même chemin, et arrive donc ainsi à une vaste clairière recouverte de ces fameux galets noirs, où l’attend encore une fois un homme en noir seul ; John, un petit peu colère, sort donc son gros revolver en exigeant de savoir où est son fils, mais avant que l’homme ne réponde, Caleb surgit des fourrés avec Abby (ne me demandez pas ce qu’ils y fichaient), portant dans les mains, tout comme sa copine, un gros lapin.

Papa, ne tire pas sur le Monsieur ! Ces gens distribuent des lapins, ils sont forcément gentils !

Il ne dit pas vraiment ça, mais en tout cas, c’est le seul intérêt des lapins : des mecs qui en distribuent ne peuvent pas être foncièrement méchants, pas vrai ? Vous imaginez le mec qui a écrit ça ? “Et là, les kidnappeurs commencent à distribuer des lapins” ? Le pauvre, il a dû se tirer une balle à sanglier dans le museau juste après, j’imagine, la honte le rattrapant. Bref, Caleb continue :

Papa, ces gens veillent sur nous, ils m’ont dit que maman était en sécurité là où elle était !

Oui, en effet : elle est vaguement morte. Du coup, c’est compliqué de lui faire du mal (à part via la nécrophilie, mais c’est un autre sujet)

Et puis tu sais, en fait, ils sont gentils, ils viennent nous protéger, ils sont venus “préparer le chemin”, c’est cool !”

Comment, se dit le héros ? Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Pourquoi tiennent-ils ce discours crypto-mystique à son fils ? Serait-ce… des scientologues ? Vite John, ouvre le feu ! Il y a peut-être Tom Cruise dans le tas, vise le plus petit du groupe !

Mais la déception est grande, car ce sont pire que des scientologues : ces hommes en noir sont carrément la scientologie incarnée, car en effet, quelques minutes plus tard, un immeeeeeense vaisseau volant perce les nuages au-dessus de la petite troupe, descendant vers elle ! Notre héros en tombe à genoux de surprise, alors que son fils joue tellement mal que l’on dirait qu’il regarde un porno quand ses petits yeux pervers brillent en direction du ciel. Il annonce aussitôt ensuite à son paternel “C’est mon taxi papa ! On doit partir, car c’est nous qui devons tout recommencer !” ; mouais, sauf qu’Abby et Caleb, ça sonne un peu moins bien qu’Adam et Eve. Et que l’un des hommes en noirs, qui prennent leur véritable apparence  d’humanoïdes lumineux façon esprits purs et classes, s’adresse directement à la petite cervelle de Caleb pour lui dire “Noooon Caleb, on emporte pas les Nicolas Cage avec nous : faut pas déconner, on ne va pas repartir sur des bases pareilles, tu imagines, toi ? Non, tu es trop jeune pour avoir connu Volte-Face. Seuls les élus ont le droit de monter dans la soucoupe, c’est-à-dire Abby et toi ; on s’est dit qu’un morveux horripilant à moitié sourd et complètement con et sa petite copine énervante et égocentrique seraient parfaits pour faire renaître la race humaine

Là, lecteur, vous me dites une fois encore, car vous êtes bavards, “Vous exagérez une fois encore ! Abby n’est pas égocentrique, vous le tirez de votre chapeau !” ; ah oui ? Vous n’avez pas l’impression qu’il manque quelque chose dans cette scène où, pendant que Caleb parle à son père, elle, elle se contente de câliner son lapin ? Si, cherchez bien : voilà, elle ne demande aucune nouvelle de sa mère, dont elle n’a semble t-il strictement rien à foutre du devenir en pleine apocalypse. Sympa.

John, qui ne croyait plus en rien, est lui bouleversé : il comprend la décision des aliens, et donne donc à son fils le médaillon “Ensemble pour toujours” où se trouve une photo de Caleb avec ses parents. C’est trop triste, vraiment. Il dit à son enfant que c’est normal, que les aliens sont gentils, vraiment, parce que même s’ils ne l’emmènent pas, ils ont voulu lui laisser le temps de dire au revoir à son papa “Alors qu’ils auraient pu t’enlever depuis le début“.

Ah, tu n’as pas regardé le début du film mec ? C’est ce qu’ils font depuis le départ. D’ailleurs, Diana est morte en les poursuivant justement parce qu’ils venaient d’enlever les enfants, mais elle, décidément, tout le monde s’en tape, on ne se souvient même plus de son existence. Sérieusement ? C’était la scène précédente, sacrebleu !

Ho, je n'ai pas mis la scène du métro. Chhtt, observez, avec plein de gens uniquement en noir pour faire "moment sombre"

Caleb et Abby montent alors dans le vaisseau alien, suivant ces derniers qui leur tiennent gentiment la main, jusqu’à ce qu’enfin, une fois à bord, la nef spatiale monte vers les cieux et quitte la Terre ; on constate alors que de partout sur la planète, des dizaines d’autres vaisseaux s’élèvent, chacun emmenant lui aussi deux élus (un vaisseau pour deux enfants ? Ah bin v’la le budget de la WWF extra-terrestre !), avant d’accélérer pour quitter l’espace connu.

Bon. Je sais qu’on est pas loin de la fin, mais là, quelque chose devrait vous choquer.

Réfléchissez bien, car c’es ici que le film prend toute sa saveur.

Vous vous souvenez du titre ? Du synopsis ? De cette histoire de papier sur les apocalypses à venir et tout ? Et bien :

  • En réalité, aucune utilité. En effet, prédictions ou pas, tout le monde allait crever.
  • Du coup, ça servait à quoi amis aliens de chuchoter à une petite fille de cacher une prédiction codée dans un tube pendant 50 ans si votre objectif n’avait rien à voir avec prévenir l’humanité pour qu’elle puisse faire quelque chose ? Ah oui : rien
  • J’insiste : pour des aliens, votre vision des catastrophes mondiales était quand même pas mal pro-US.
  • Mais alors, quel intérêt à cette heure quarante-cinq de film jusqu’ici ? Ho bin tiens, aucune en fait : ça n’avait aucun rapport avec la choucroute, filer les dates de deux accidents et de l’inévitable fin du monde, c’était juste pour se marrer
  • Et c’était quoi ces putains de cailloux noirs ? Ah bah, rien non plus. C’est juste que c’était un truc du coin où les aliens prévoyaient d’atterrir ; ils auraient pu filer des feuilles ou de l’herbe aux enfants, c’était la même chose. Quoique non : l’herbe au moins aurait pu servir
  • Tiens d’ailleurs, pourquoi avoir rendu Lucinda à moitié folle, détruit sa vie et tout et tout en lui chuchotant des conneries, sachant que non seulement ça ne servait à rien, mais qu’elle ne faisait pas partie des gens que vous vouliez sauver ? D’ailleurs, tant qu’à l’emmerder, pourquoi vous l’avez laissée crever elle, et pas les élus de dernière minute ? Parce que c’était quoi votre plan les mecs : “On pouvait emmener des enfants humains pour sauver l’espèce tranquillou en tout sécurité depuis des années, mais on a décidé de juste sauver les derniers des derniers à l’ultime seconde avant la fin de la Terre  comme ça, si on se loupait sur le chronomètre, non seulement l’opération était loupée, mais des milliers des nôtres mouraient” ?
  • Donc je résume : on a juste suivi les pérégrinations de John, l’astrophysicien spécialiste du soleil qui ne remarque rien du soleil qui va tuer tout le monde… sans aucun rapport avec le reste. Il serait resté chez lui à fumer la pipe sans jamais lire ce fameux papier, la conclusion était EXACTEMENT la même, puisque les aliens n’avaient de toute manière AUCUNE raison de communiquer les fameuses prédictions. Intéressant.

 Ah bin oui :  fait, les 7/8 du film n’avaient aucun rapport avec là où il voulait emmener, les prédictions, c’était juste pour s’occuper.

La vache, c’est quand même balaise : personne sur plusieurs centaines de membres de l’équipe de tournage ne s’est jamais dit “Tiens, mais en fait pourquoi ces fameuses prédictions, parce que bon, c’est un peu le titre ?” ; non. Seigneur… je… bon sang, vite, du brandy.

Après cet interlude : reprenons. Et terminons. Vite.

Resté sur Terre à observer les lumières des vaisseaux aliens s’éloigner, John pleure longuement son fils perdu et son destin à venir, avant de remonter dans sa voiture, alors que le ciel prend une curieuse teinte de plus en plus orangée. Traversant des villes où les gens errent dans les rues désespérés sous la chaleur toujours grimpante, et où évidemment, le héros est le seul à circuler en automobile (ce serait bête d’être pris dans un bouchon, hein ?), il finit donc par rejoindre… son père, sa mère et sa soeur, qui dans la grande maison familiale de leur enfance, attendent paisiblement la fin ; s’enlaçant tous tendrement, ils laissent donc venir l’instant funeste, et en effet, la couche d’ozone disparaissant dans un grand “pif pouf”, une gigantesque série d’explosions (?) ravage la Terre, détruisant tout sur son passage, la cité de la petite famille de John y compris, sans leur laisser le temps de souffrir, et c’est triste (enfin pas totalement en fait, j’ai même senti un léger soulagement je crois).

Mais pendant ce temps, les aliens scientologues amateurs d’espèces protégées débarquent sur une nouvelle planète semblable à la Terre, encore vierge, et au-milieu d’un immense champ de blé dominé par un arbre aux proportions bibliques (c’est très subtil, jardin d’Eden es-tu là ?), ils relâchent Caleb et Abby, désormais vêtus de petites toges blanches, en compagnie de leurs lapins, alors qu’au loin, d’autres vaisseaux font de même.

On attend avec impatience le moment où Caleb va devoir arracher la tête de Lapinou avec ses dents de lait pour survivre, et l’instant où Abby lui dira que non vraiment, ils ne peuvent pas se reproduire, parce que Caleb est son meilleur ami et qu’elle ne voudrait pas briser une si belle amitié, alors s’il voulait bien dormir sur la béquille au lieu de faire son relou, ce serait sympa.

Et… FIN !

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Diego toussote quelque peu en jetant le bidon dans un fourré à proximité.

Et bien Diego, on tousse ? On a perdu l’habitude de brûler des roulottes ?

Le pauvre garçon se recule de quelques pas en tentant d’évacuer les vapeurs d’essence montant à l’assaut de ses narines ; face à nous, le bois ocre de l’abri mobile qui servait jusqu’à il y a quelques minutes encore de cabinet de consultation commence à noircir alors que les flammes crépitent de plus en plus fort à l’intérieur.

Mais, pourquoi ?” – marmonne Diego en me jetant un regard interloqué

Je laisse échapper un petit rire tout en me tournant vers lui

“Car rien n’est écrit Diego ! Rien ! L’avenir n’est que celui que nous nous forgeons ; c’était une vielle folle jouant sur les superstitions d’autrui, voilà tout.
- Mais… pourquoi être allée la voir alors ?
- Rien de plus simple mon jeune ami : sa belle-fille travaille à Télé Loisirs, du coup, elle était super balaise pour prédire les mauvais films à venir. Toujours bon à prendre. Mais là, elle m’a tutoyé, alors, bon, hein, on ne peut pas laisser passer ça, sinon, tout le monde s’y met, et c’est la chienlit.”
  

Un long râle émergea des flammes, suivi de hurlements hystériques ; Diego se figea en voyant la silhouette enflammée qui s’agitait à l’intérieur, mais avant qu’il ne puisse lui hurler “Hey !” pour tenter de l’éteindre, elle s’immobilisa et une voix d’outre-tombe se fit entendre dans la clairière :

Odieux ! Je te maudis ! Oui ! Maudis ! Je te condamne à aller voir Ghost Rider 2, film dans lequel un motard à tête de mort fait pipi des flammes, tu m’entends ? PIPI DES FLAMMES !

Le temps parut suspendu l’espace de quelques secondes, et pas seulement parce que nous constations Diego et moi que les vieilles pouvaient balancer des liens hypertextes dans leurs malédictions ; enfin, le corps figé qui se consumait dans la roulotte retomba, et on n’entendit plus que le son des flammes léchant le bois peint. Mon assistant me regarda terrorisé.

Jamais un homme n’avait été maudit de manière aussi cruelle.

La berline noire s’écarte de la circulation chaotique du boulevard, allant s’arrêter le long du trottoir au son des essuies-glaces qui tentent vainement d’affronter la pluie battante.

La portière arrière s’ouvre, laissant apparaître affalé sur la banquette en cuir un homme en costume au sourire radieux qui se permet de me faire un petit signe de la main. Soulevant légèrement mon parapluie pour m’assurer qu’il ne s’adresse pas à quelqu’un d’autre d’invisible juste derrière moi, je constate que l’inconnu semble bien m’en vouloir.

Montez mon cher Odieux. Montez donc.”

Je dévisage quelque peu l’homme avant d’accepter son offre ; si ma maman m’a toujours interdit de monter dans la voiture d’un inconnu, il faut tout de même avouer que sous cette pluie, le risque est plus que tentant. M’aventurant à bord du véhicule, je note que l’individu me tend une enveloppe scellée.

Qui êtes-vous ?
- Ouvrez cette enveloppe, vous allez comprendre.
 

Déchirant doucement un côté de la dite enveloppe, j’en sors bientôt deux feuilles A4 ; sur l’une d’entre elles, on peut apercevoir le visage d’un homme l’air inquiet, une arme braquée derrière la tête : au-dessus de lui, quelqu’un a inscrit “Le Pacte” en lettres ocres. Sur l’autre feuillet, on peut lire “Synopsis“.

“Lisez à haute voix, Monsieur Connard.
- Je ne comprends pas ! Qui êtes-vous ! Que me voulez-vous ? 
- Lisez. 
- Hmm… et bien je… alors, hem hem ; “Synopsis : Il y a des pactes qu’on ne peut renier. Après que sa femme se soit fait violemment agresser, Will Gerard (mon Dieu, quel nom qui impose le respect, on dirait une sorte de Will Smith de la Creuse) est contacté par une mystérieuse organisation. Face à une police inefficace et incompétente, un groupe de citoyens s’est réuni pour faire respecter la justice (ça ressemble au discours de recrutement d’une milice d’extrême-droite, c’est sympa ; c’est un film sur les Le Pen ?). Ils proposent à Will de venger sa femme en éliminant le coupable en échange d’un petit service qu’il devra leur rendre plus tard (probablement : aller chercher le pain). Lorsqu’il comprend que pour effacer sa dette il devra lui aussi tuer un homme (ah bin ça c’est surprenant !), il va réaliser qu’il est pris au piège et que les membres de cette organisation sont implantés à tous les niveaux de la société (tous ? Vraiment ? Au hasard : même chez les clodos ?).”
- Alors ?
- Ça a l’air tout pourri. 
- Maintenant, regardez mieux la photo Monsieur Connard.”
  

M’exécutant, je laissais échapper un léger cri de surprise en étudiant mieux le visage de l’homme de l’image que l’on m’avait donné.

“Je… mais… c’est Nicolas Cage !
- En effet. Comme chaque début d’année, il revient avec son film pourri. L’an dernier, c’était “Le Dernier Templier”. Cette année, c’est ça. Et il sera bientôt dans Ghost Rider 2. Monsieur Connard, nous sommes un groupe de citoyens qui en a assez de saigner des gencives à force de serrer les dents à chaque nouvelle sortie de film avec ce Monsieur. Nous savons que le cinéma du coin ne vous accepte plus depuis le jour où vous avez planté la paille de son Pepsi Max dans la jugulaire de la fille à côté de vous parce qu’elle faisait “sluuuuurp sluuuuuuuuurp” en arrivant sur la fin et que ça vous empêchait de suivre les dialogues de Twilight.  Un projectionniste appartient à notre organisation, et est prêt à vous donner une copie du film pour que vous puissiez le spoiler. 
- Je… Seigneur… c’est affreusement tentant, ça a l’air diablement pourri !
- En échange, il faudra juste nous rendre un petit service. Rien de bien important, rassurez-vous. Acceptez-vous ?
- Bon sang, c’est Nicolas Cage : évidemment que j’accepte.
- Fort bien. Prenez ce disque dur. Nous allons vous déposer devant vos bureaux.”
  

Quelques minutes plus tard, je me trouvais sur un trottoir sous la pluie avec dans l’une des poches de mon manteau, la clé vers un film qui sentait bon la daube : Le Pacte, avec Nicolas Cage lui-même.

Alors n’hésitons plus : spoilons mes bons !

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L'affiche : comme toujours, la seule expression du film est là. Ce n'est pas moi qui me répète, c'est lui qui manque de variété, ah mais.

Le film s’ouvre sur une vidéo en train d’être enregistrée ; on y aperçoit Jean-Jacques, un cadre visiblement mal à l’aise qui sue très fort en expliquant à son interlocuteur invisible qu’il hésite à témoigner. L’homme hors-écran insiste : “Jean-Jacques, dites-moi, que signifie la phrase “Le hibou ravi jubile” ?“, mais Jean-Jacques a trop peur pour parler et explique que bon sang, s’il parle, l’organisation secrète à laquelle il appartient va le tuer, ou pire, l’abonner au tweeter d’Eric Besson. Terrorisé, le bougre décide de mettre fin à l’entretien en laissant son interlocuteur en plan, et grimpe dans sa voiture située sur un parking aérien.

Mais à peine a t-il démarré que ha ! Un monstrueux 4×4 vient le percuter par l’arrière, l’envoyant paître contre l’une des barrières du parking supposées empêcher les voitures de choir dans le vide. Mais comme ça ne suffit pas à le faire tomber, le 4×4 est obligé de faire une grosse marche arrière pour prendre de l’élan avant de s’y reprendre et d’envoyer le véhicule s’écraser quelques mètres plus bas. Evidemment, durant tout ce temps où son assassin manœuvre, Jean-Jacques n’a rien tenté : ni de reculer, ni de sortir de sa voiture, le néant : il attend juste gentiment qu’on le tue en remuant très fort les bras, des fois que le vent ainsi produit propulse son ennemi au-delà de la ligne d’horizon. Mais curieusement, ça ne marche pas, permettant ainsi à son assassin de prendre son temps pour achever sa tâche en sifflotant.

Passons donc à un flash info en train d’être diffusé dans un bar, où la police parle de cette mystérieuse chute d’un parking aérien en expliquant qu’elle ignore s’il s’agit d’un accident ou d’un meurtre.

Ah oui, c’est sûrement un accident : le mec a juste perdu le contrôle de sa voiture, qui a foncé assez vite dans une barrière de sécurité pour l’enfoncer, puis a fait marche arrière toute seule (pendant que son chauffeur continuait de hurler en agitant les mains), a recommencé la manœuvre, a chu dans le vide, et comble du hasard, le pare-choc arrière (qui n’a pas percuté le sol puisque la voiture est tombée en avant) est complètement défoncé avec des grosses traces de peinture d’un autre véhicule (ah, magie des pare-chocs peints !). Non vraiment : c’est sûrement un accident. Les journalistes ont raison de poser la question, c’est crédible.

En tout cas, le flash info était diffusé dans un bar de la Nouvelle-Orléans où nous découvrons Will Gérard et sa femme, Laura, célébrant leur anniversaire de mariage. Ils parlent de leur avenir, de leurs futurs enfants, tout ça… et c’est beau. Evidemment, comme le veut la tradition des films d’Hollywood, si tout se passe à la Nouvelle-Orléans, c’est obligatoirement la saison du carnaval (c’eut été pareil si ça avait été à Venise ou Rio), et nos loulous vont donc faire la fête avec deux autres larrons : Jimmy, le meilleur ami de Will, et Judy, la meilleure amie de Laura. Oui, moi aussi j’ai senti que le mec en charge des prénoms des personnages manquait un peu d’inspiration et de coke ; peut-être en avait-il marre de la vie et souhaitait se suicider en sautant d’un parking aérien avec sa voiture ? Faisons fi de la question et passons à la suite, puisque tout le monde s’amuse follement à la Nouvelle-Orléans.

Alors je sais que d’habitude, céans, on se moque juste du jeu d’acteur consternant de Nicolas Cage, mais là, il semblerait qu’il y ait un concours : pour expliquer que la foule s’amuse, tout le monde rit en ouvrant la bouche si grand qu’on pourrait y garer une Twingo. Du genre “Alors Will, tu reprends à boire ? HA HA HA HA HA HA QU’EST CE QUE L’ON S’AMUSE REGARDEZ COMME MA BOUCHE S’OUVRE TELLE CELLE DU CACHALOT MAJESTUEUX TELLEMENT TOUT CELA EST FOLLEMENT DRÔLE HO HO HO !“. Ça fait très très peur ; Judy, particulièrement semble vouloir aspirer votre âme à chaque fois qu’elle rit. Je me suis roulé en boule un moment en attendant que ça passe tellement j’avais peur en poussant de petits couinements.

En tout cas, la vie va bien pour nos loulous : Will offre un splendide pendentif en cadeau d’anniversaire de mariage à Laura (qui elle, ne lui offre rien en retour, la truie des bois, j’vous jure), et on en apprend aussi un peu plus sur leurs occupations respectives. Ainsi, Will est professeur de littérature dans un lycée difficile (où l’utilisation principale d’un livre consiste à y cacher drogue et armes à feu, comme c’est le cas dans mon exemplaire du Da Vinci Code pour lequel je n’ai trouvé aucune autre fonction), dont Jimmy est le directeur ; Laura est musicienne dans un orchestre classique, quant à Judy, elle a un rôle tellement peu important qu’on en parle même pas. Marquez son nom sur un post-it, on en reparlera qu’une fois dans tout le film. Voilà. Dans le même temps, on nous informe que Will est un idéaliste crypto-gauchiste qui n’hésite pas à payer de sa poche pour emmener des délinquants à des concerts de musique classique pour adoucir leurs moeurs, c’est d’ailleurs par ce biais qu’il a rencontré Laura. Soit.

Mais un soir, tout va basculer (oui, je fais des spoilers dans le spoiler, ça s’appelle une mise en abyme stylistique, c’est eunebeulibibeule) : Will et Jimmy, qui adorent jouer aux échecs parce que ça fait intelligent, se rendent à leur club préféré où ils coupent leurs téléphones le temps de jouer. De son côté, Laura, elle, achève une répétition avec son orchestre et s’en retourne vers sa voiture quand soudain ! Oui, soudain ! Un homme aux chaussures en croco et aux cheveux mi-longs l’agresse lorsqu’elle monte dans son véhicule et, la menaçant d’une arme, décide de la violer parce que là, tout de suite, il a très envie.

Alors certains me diront “Ouiiiii mais elle était habillée comment, hein ? Elle aurait pas un peu cherché ?” ; bon, cette phrase est déjà un peu con en soi, surtout que son sens varie un peu selon qui la prononce :

  • Selon le couillon lambda de nos contrées, c’est du “J’ai vu un string et une minijupe : elle m’a allumé
  • Selon le couillon lambda d’Arabie Saoudite, c’est du “Je l’ai vue sortir seule : elle m’a allumé
  • Selon le couillon lambda du FMI, c’est du “J’étais tout nu, toute femme que j’apercevais était donc potentiellement en train de m’allumer

Auquel cas, que dire de tous ces jeunes qui portent le pantalon si bas qu’ils se promènent en slip ? Mesdemoiselles, exigez qu’ils arrêtent de vous allumer avec tant de classe. Mais passons sur ces considérations, et retournons à Will, qui lorsqu’il rallume son téléphone au sortir de sa partie d’échecs, apprend ce qui est arrivé à sa femme : il fonce donc à l’hôpital pour retrouver sa douce, qui est quand même méchamment contusionnée et traumatisée, ce qui peut vaguement se comprendre.

"Vite ! Sortez de ce film mademoiselle, c'est pour votre bien"

C’est alors que surgit un curieux homme au crâne rasé (alors attention, c’est facile : tous les gens au crâne rasé de ce film seront des méchants, histoire que personne ne se trompe) engoncé dans un fort beau costume qui vient se poser aux côtés de Will dans la salle d’attente de l’hôpital pour lui expliquer que lui aussi, il a connu ça il y a des années ; cet homme, c’est Simon, du moins se présente t-il ainsi, et il propose une curieuse offre à notre héros : il sait où est le violeur qui a agressé sa femme, et il peut le faire exécuter, là, maintenant, parce que les procès, c’est nul. Il représente une organisation secrète de citoyens de la Nouvelle-Orléans qui en ont assez et font la justice eux-mêmes en tuant assassins, violeurs et pédophiles, parce que comme chacun sait, il suffit de parler de la peine de mort pour entendre le célèbre “Moi je suis contre, sauf pour les assassins, les violeurs et les pédophiles“, ce qui ressemble à un vague contresens inavouable, mais évidemment, tout cela n’a rien à voir avec du pathos bas de gamme.

Juste comme ça, petite question au fait Simon : comment tu sais où se trouve le violeur, même pas 2h après les faits ? Et comment sais-tu que c’est lui ? Tu as enquêté ? Tu as des témoins ? Et bien non : le film ne l’expliquera jamais. On supposera donc que Simon a tout simplement des pouvoirs psychiques extraordinaires. D’ailleurs ça ne choque pas le héros “Ah oui, donc vous savez tout du violeur de ma femme et en savez visiblement moult sur les criminels mais vous n’avez rien fait pour aider jusqu’ici. Ça me parait bien normal, merci.”

En tout cas, Will hésite sur l’offre qui lui est faite, et comme il faut bien rappeler que le héros aime sa femme (surtout avec un mauvais acteur), on a le droit a des flashbacks du début du film où il est heureux avec elle, mais en sépia façon Instagram pour faire temps lointain perdu ; c’est pas pour baver, mais les flashbacks en sépia pour remontrer ce qu’on a vu il y a 5 minutes dans le film, c’est un peu con. Heureusement que dans la vie, ça se passe autrement, parce que sinon :

Hmmm, comme cette frite à l’air bonne, je la mangerai bien. Hop ! Ho non, je l’ai fait tomber, zut.” *flash sépia du moment où la frite est encore entre les doigts* “Ah, je me souviens du bon temps où cette frite n’était pas encore tombée… elle était si appétissante ; et j’étais si jeune, si fougueux !“. Bref.

Mais ne nous étonnons pas pour si peu car le meilleur arrive, puisque Simon déclare :

Si vous acceptez mon offre pour tuer ce criminel…” oui Simon ? “… allez à la cafet’…” pardon ? Comme dans un épisode d’Hélène et les garçons ? “… et achetez deux barres de chocolat à la machine“.

Mesdames et Messieurs, le code le plus pourri du monde ! Lancer un contrat de tueur en achetant des barres de chocolat, c’est formidable. En tout cas, Simon prévient qu’en échange, Will devra juste rendre à l’avenir un “petit service” à l’organisation en échange du meurtre. Ho oui, sûrement trois fois rien “Salut mec ! Moi je tue quelqu’un pour toi, et toi en échange, on va dire que tu… tu me prêtes ton DVD de la saison 1 de  Hamtaro“. C’est crédible.

En tout cas, après avoir un peu hésité et s’être frotté la tête avec la main (c’est comme ça que tout le film il montrera qu’il réfléchit), Will se résigne à monter à la cafétéria de l’hôpital pour y jouer l’une des scènes les plus pourries de l’histoire du cinéma : le mec qui va acheter ses barres de chocolat pour ordonner une exécution. En même temps, faut pas que quelqu’un passe avant lui en ayant un petit creux, sinon j’imagine bien le truc :

“Voilà Will, cet enfoiré est mort.
- Pardon ?
- Hé bien on a tué le violeur.
- Oui mais en fait j’ai rien demandé, hein.
- Mais pourtant, quelqu’un a acheté deux barres de chocolat dans un distributeur !
- Quelqu’un qui avait faim ?
- Bon sang ! Je n’avais pas pensé à cette faille dans mon plan, je… ho… diable. Bon, vous me rendez un service quand même ?
- Non, je crois pas, vous êtes vraiment trop con.”
 

Bref, on a le droit à une scène filmée en gros plan et super lente du gars qui hésite à acheter du chocolat, tout ça sous les yeux d’un agent de sécurité qui surveille grave ce qu’il achète en fronçant les sourcils comme s’il était en train d’amorcer une bombe ; alors vous me direz “Ca doit être un gars de l’organisation qui regarde ce qu’il achète pour s’assurer qu’il accepte le pacte“, mais en fait pas du tout : c’est juste fait pour que seul Nicolas Cage puisse penser ça, alors qu’en fait, c’est juste un type qui n’a que ça à foutre de contrôler qui achète quoi pour ensuite lâcher “Vous avez bien choisi…” d’un air dramatique, avant de compléter “… quand on a faim, il faut acheter à manger, hohoho !“. On dirait une publicité pour Kinder Bueno. Vous savez, une de celles où il y a cette nana tête à claque qui rentre sans prévenir chez un sportif sur le retour pour exiger de bouffer un fucking kinder et faire comme chez elle. Charmante.

Mais qui a pu écrire dans le script “Et là, il y a un agent de sécurité dont le hobby est de surveiller les achats de sucreries pour les commenter” ? Qui ?!

En tout cas, cela fait, nous retrouvons le violeur qui rentre chez lui après une dure soirée de labeur ; lui, sa coupe de cheveux hideuse et ses chaussures moches se posent donc dans un fauteuil pour un bon repos bien mérité ; mais à peine a t-il commencé à somnoler que soudain, un type armé entre chez lui, visiblement mal à l’aise et probablement pas vraiment professionnel, avant de lui coller son flingue sur le front ; il lui hurle “Enfoiré de violeur, tu vas payer !“, et après une brève tentative de résistance du brigand, celui-ci se prend un pruneau dans le museau. L’assassin soulagé sort donc de la demeure et compose un numéro sur son portable avant de murmurer à son interlocuteur “le hibou ravi jubile“. Hmmm… quel code classe. Existe aussi en version “Le mulot a gagné un chapeau bleu“, “Les oreilles de Mickey sont dans le chocolat” et “David Douillet est pertinent” (mais là, ça se voit que c’est un code quand même).

Quelques heures plus tard, un homme approche Will à l’hôpital en lui tendant une enveloppe qu’il présente comme “contenant des papiers pour l’assurance” ; ouvrant celle-ci, notre héros tombe nez-à-nez avec une photographie du violeur mort, ainsi qu’avec le médaillon qu’il avait offert à sa femme et que le criminel avait pris ; Will flippe un peu à cette découverte (il se frotte la tête avec la main), range le bijou et la photo dans sa veste, et retourne au chevet de sa douce lui dire qu’elle n’a plus rien à craindre, sans pour autant être fier de sa décision.

Quelques jours plus tard, rentrant chez eux, Laura et Will commencent à penser à leur vie après cette épreuve et la douce damoiselle précise très rapidement que désormais, elle veut une nouvelle serrure, des barreaux aux fenêtres et autres précautions afin de se sentir plus en sécurité : soit, lui dit son compagnon, ce sera fait. Même si bon : ça ne vaut quand même pas une bonne vieille mine antipersonnel sous le paillasson, permettant ainsi de se débarrasser au passage d’éventuels démarcheurs à domicile. Par contre, il faut aussi compter un petit budget “changement de porte”, ai-je découvert après la visite de témoins de Jéhovah, mais je m’égare.

Avançons de 6 mois dans le temps, et retrouvons Will qui… qui… heu… attendez, est-ce moi ou cet acteur n’arrive même pas à jouer le type qui fait son jogging ? On dirait une sorte de cheval complètement défoncé à la ganja qui ne saurait plus comment on se sert de ses jambes ; c’est assez curieux à voir, mais bon : dans tous les cas, le bougre après son sport (enfin, ce truc qu’il fait avec les jambes) arrive au lycée où tout va pour le mieux, et où son plus gros problème est désormais tout simplement la discipline en cours (s’il lisait ce blog, il saurait qu’aucun problème scolaire ne peut durer pour peu qu’il rencontre une batte de base-ball lancée à pleine vitesse). Sa femme, elle, a encore peur, mais les choses vont mieux : elle a juste, en cachette de Will, acheté une bombe au poivre (hmmm), un petit revolver (hooo), et pris des cours de tir où le conseil qu’on lui a donné, et attention, c’est authentique est “Pensez à appuyer sur la gâchette“. Monsieur de La Palisse dialoguiste, bonjour.

"Alooooors... j'ai tout bien fait dans l'ordre, maintenant, où dois-je appuyer pour tirer ?"

Mais un soir, alors que Will joue au billard avec Laura, il reçoit un appel de Simon, qui ne l’a pas oublié : celui-ci lui demande de sortir sur le champ, de foncer à la supérette du coin, d’acheter du chewing-gum l’air super nerveux (c’est vrai que c’est discret), de sortir par la porte de derrière accessible à tous les passants, c’est connu, et de l’y retrouver dans une ruelle. Là, Simon et plusieurs hommes au crâne rasé à son service l’attendent pour lui proposer de renvoyer l’ascenseur après ce qu’ils ont fait pour lui : poster une lettre marquée “au Père Noël” le lendemain à 16h15 dans une boîte aux lettres devant le zoo de la ville. Soit : notre loulou retourne donc trouver sa douce mais n’est guère d’humeur à continuer de faire le malin au billard, et tout le monde rentre donc à la maison, ce qui met la puce à l’oreille de Laura, qui trouve son mari un brin tendu (toi, là, tu viens d’y penser : tu devrais avoir honte, petit pervers. Ho non, je ne suis pas fier de toi ; regarde mes gros yeux. Oui, hein ? Voilà.).

Après avoir longuement réfléchi et hésité à ouvrir l’enveloppe (mais oui Will, tu as raison, ouvre le courrier d’une organisation qui tue des gens, je suis sûr qu’ils le prendront bien), notre héros finit par se rendre à 16h15, comme prévu, à la boîte aux lettres devant le zoo, où il hésite longuement. Ça tombe bien, son téléphone sonne “C’est Simon : tu es à la boîte ? Bien : ne poste pas la lettre, ouvre-là !” : hé bé ! Heureusement que Will a hésité, parce que sinon il aurait dit “Oups, désolé les mecs, j’ai suivi les ordres et posté le bousin, maintenant, va falloir que je défonce la boîte à coups de pieds si je veux récupérer votre bidule” ; en même temps, pourquoi lui avoir dit de la poster pour ne pas le faire ? Enfin bon, hein, le film jusqu’ici a déjà dévoilé son potentiel, ne nous étonnons plus. Si vous, à ce stade, vous êtes encore à sourciller là-dessus, allez prendre un bon gros lexomil, vous en aurez besoin.

Et dans l’enveloppe, donc, Will trouve deux choses : la photo d’une femme avec ses enfants, et celle d’un homme barbu l’air louche (oui, j’ai mis “barbu” et “louche”, c’est redondant, mais que voulez-vous, il y a sûrement encore ici de rares âmes innocentes qui n’ont pas encore peur des barbus. Je pense surtout à ceux qui n’ont pas connu Carlos. Le chanteur, hein, pas le terroriste). Simon lui explique sa mission : la femme avec les enfants va se rendre au zoo, notre professeur de lettres préféré doit la suivre, et s’assurer que le monsieur barbu ne traîne pas dans le coin. Si jamais il le voyait, il doit appeler Simon sur un numéro secret (il doit déchirer le papier où il est inscrit après l’avoir mémorisé) et dire “Le hibou ravi jubile“, le code officiel de l’organisation (un code bien pourri quand même, notons-le).  En tout cas, notre héros accomplit sa tâche avec brio, mais de barbu, il n’aperçoit guère ; sa journée n’est cependant pas perdue : il en apprend beaucoup sur les éléphants, comme par exemple, le fait qu’ils soient incapables de sauter, ce qui en fait de piètres supporters de football ainsi que des gymnastes controversés (comme on pouvait le voir dans le célèbre film de Luc Besson Elephant Yamakazi VS Hippo-ninja).

Seulement voilà : en rentrant chez lui le soir même, Will est recontacté par Simon, qui veut un rapport de sa mission ; le bon héros est embêté car il ne veut pas que sa femme sache dans quoi il trempe, et sort donc téléphoner dans le couloir, ce qui ne fait que renforcer l’impression de celle-ci sur le fait qu’il lui cache quelque chose. En tout cas, Simon est satisfait de savoir que le barbu n’a pas embêté la petite famille au zoo et félicite Will, mais lui dit que non, malgré ce petit service, ils ne sont pas encore quittes (c’est étonnant). Pour cette soirée, en tout cas, ils en restent là.

Le lendemain, au lycée, quelqu’un bouscule notre héros dans les couloirs avant de lui dire “Hey mec, tu as fait tomber cette enveloppe que tu n’as jamais vue, vite, prends-là !” ; celle-ci contient encore une photo du même monsieur barbu que la dernière fois, ainsi qu’une feuille visiblement extraite de son casier judiciaire où l’on peut apprendre que le bougre est un vilain pédophile. Simon appelle aussitôt derrière en expliquant à Will que “Hahaha, ouiiiii Will, comment ça va mec, ça pulse ? Tout ça ? Bon, je voulais juste te dire : le mec là, en photo, tu dois le buter. Il passe tous les matins à la même heure par une passerelle au-dessus de la voie rapide ; demain, tu vas voir, ta voiture aura un souci, tu devras aller au taf en bus : arrête toi à cet endroit et attends-le pour le faire passer par dessus les barrières de sécurité, ainsi, tout le monde pensera à un suicide. Accessoirement, deux caméras surveillent l’endroit, mais t’inquiète chaussette, on les déconnectera. Allez bisous gros.“. Zut, se dit Will, je suis pas trop un meurtrier, moi, je suis plutôt un prof de lettres malmené par des trous de balle de 16 ans et pas vraiment taillé comme un catcheur, alors bon, tuer un mec, ça me parait assez moyen.

On notera que comme tout bon professeur de lettres, il maîtrise les euphémismes à la perfection.

Et effectivement : le matin suivant, lorsque Will va à sa voiture, il découvre que celle-ci a eu les pneus crevés, malgré le fait qu’elle soit dans un garage sécurisé ; il doit donc prendre le bus… et hésite très, très longuement en voyant l’arrêt fatidique approcher. Mais finalement, après moult réflexion, il se dégonfle un peu et se décide à ignorer les ordres de Simon parce que merde, il n’est pas un tueur.

Quelle erreur ! Ce dernier n’apprécie guère, et veut donc absolument parler à Will de sa débandade ; aussi, lorsque ce dernier arrive dans sa salle de cours où tous ses élèves l’attendent déjà, il tombe nez-à-nez avec un immense numéro de téléphone inscrit sur son tableau blanc : le numéro de Simon qui veut ainsi lui montrer qu’il peut le toucher quand il veut et où il veut (toi au fond, avec tes pensées perverses, ça commence à bien faire).

Hmmm ? Oui ? Oui, vous avez bien lu : le méchant Simon a bien écrit son numéro top-secret en grand sur le tableau d’une classe d’élèves un peu racaillous. Quelle subtilité ; je crois qu’il ne mesure pas les conséquences de son acte dans un monde réaliste, où tout numéro de portable mis à disposition de lycéens taquins a des conséquences. Du genre :

Tboudouboudoup Touboudouboudoup – On pense encore à toa ô bwanaaa (oui, la sonnerie de Simon est un bon vieux Michel Sardou)

“Allô, ici Simon. Alors Will, on se…
- Allô ? Allô gros bâtard ? Suce des biroutes hééé !
- Mais qui ? Enfin ? Qui est au bout du fil ?Allô ! Allô !
- *clic*
- Raah, c’est pas banal.”

Tboudouboudoup Touboudouboudoup - On pense encore à toa ô bwa….

“Simon à l’appareil ! Will ?
- Hey, hey ! Hey, hey ! Allô ? Allô ? 
- Allô ? Qui est-ce ?
- C’est ta mère ! *rires gras en fond sonore*
- Ça suffit bande de galopins ! Je raccroche, voilà !”

Tboudouboud…

“ALLÔ !
- …
- Allô ?
- pffffuuuuuuuuiiiiiit….
- ?
- *rires nombreux, voix en fond hurlant “Ho non abusé Mokobé tu lui as louffé dans l’oreille !”, une autre plus aiguë hurle “Rendez-moi mon téléphone c’est pas rigolo !”*
- Ecoutez, ça commence à bien faire, je suis le GRAND MÉCHANT DU FILM, je tue des gens, je fais SUPER PEUR, j’ai le CRANE RASE, je ne PEUX PAS être enquiquiné par des lycéens, oubliez ce numéro, tas de petits cons !
- * voix lointaine : “parle à mon cul !”, rires gras*”
   

Bref, quand on est un méchant sérieux, on écrit pas le moyen top secret d’être joint sur le tableau d’un prof de lettres de lycée, nom de nom. Or donc, revenons aux faits : Will rappelle Simon, qui l’informe qu’il l’attend sur le parking de l’école, où les deux hommes ont une brève conversation : Will explique qu’il n’est pas un assassin et ne peut pas tuer celui qu’on lui a désigné, pédophile ou non, et Simon explique que d’autres lui ont pourtant bien rendu ce service par le passé. Et qu’un pacte est un pacte. Will signifie son refus définitif, et s’en va en demandant à être laissé tranquille.

Will en a marre : après les élèves qui dessinent des kikis sur son tableau, voici que Simon y met son 06 en boucle

Mais las ! Le soir même, notre héros et sa femme vont au restaurant dîner en amoureux, occasion durant laquelle Laura compte bien demander à son doux époux pourquoi il semble si étrange ces derniers temps ; mais alors qu’il s’apprête à lui dire ce qu’il en est, une voix l’interpelle : “Will ? Will Gérard ?” : crotte ! C’est Simon lui-même qui se pointe, en se faisant passer pour un ancien collègue enseignant de Will ; il pourrit un peu l’ambiance de la soirée en lâchant laconiquement un “Ah, je ne fais que passer en ville mon vieil ami ! Je viens voir un copain dont la femme a été… *suspens*… assassinée  ! Un peu comme cela pourrait arriver *CLIN D’OEIL* à d’autres *CLIN D’OEIL* s’ils ne suivaient pas les ordres *CLIN D’OEIL*”. Hmmm, décidément, ce garçon est de plus en plus subtil. Et derrière cela, il redonne une carte de visite avec son numéro au héros (il n’arrête pas : donner son numéro, c’est son hobby).

Lorsque le petit couple, après ces évènements, finit par rentrer chez lui, Will constate quelque chose de curieux : malgré les douze sécurités de sa serrure, quelqu’un est rentré chez lui et a écrit “Choisis !” sur son frigo avec les lettres aimantées qui y traînaient. Le bougre déplace vite tout ça pour ne pas effrayer sa femme, et constatant que l’ennemi a à sa disposition des ninjas capables de pénétrer chez lui comme ils le voulaient, il stresse suffisamment pour accepter de rappeler Simon. Et pour ce faire, sort de l’appartement et va jusqu’au garage en prétextant avoir oublié un truc dans la voiture ; là, il lui dit juste “Laisse moi tranquiiiiilleuuuuuuuuuuuuuuuh” avant de remonter chez lui, mais là, ho ! La porte est grande ouverte ! Et quelqu’un a encore écrit “Choisis !” avec les aimants du frigo ! Rah, mais les lourds, laissez le frigo tranquille, enfin !

Décidément, plusieurs choses m’intriguent à cet instant du récit :

  • Simon a à sa disposition des ninjas, mais il préfère confier ses petits meurtres à des professeurs de lettres réticents. Il a sûrement eu un traumatisme durant sa scolarité et veut faire souffrir le corps éducatif. Et potentiellement, rater ses assassinats.
  • Les ninjas n’ont que ça à foutre d’écrire des conneries sur les frigos des gens ; Will n’aurait pas eu d’aimants pour ce faire, l’intrus aurait fait quoi ? Ecrit au gros feutre ? Gravé au compas ?
  • La nana de Will, qui jusqu’à ce moment du film, paniquait au moindre bruit et demandait à Will de décliner son identité dès qu’il passait une porte suite à sa désagréable expérience passée, n’en a soudain plus rien à foutre : elle dit juste à Will “Ah ? Tu viens à peine de remonter ? Mais alors qui ai-je entendu marcher dans tout l’appart’ il y a 5 minutes ?” mais, sûrement le vent, sûrement le vent ma chère
  • Enfin, Laura devait faire caca au bon moment, puisque le frigo est situé en plein milieu de l’immense pièce principale de l’appart’, visible depuis toutes les autres pièces où l’on peut être. Donc pour que le ninja puisse tripoter le frigo sans se faire gauler à jouer avec des aimants l’air bien bête, il faudra m’expliquer où était la donzelle. Surtout si en plus, elle entendait du bruit.

Après cette soirée à avoir un peu peur pour notre bon héros, il se décide à agir dès le lendemain et, sa voiture étant donc toujours sans pneus faute de garagiste, il repart à l’aventure en bus, mais cette fois, oui, cette fois, il s’arrête au fameux endroit où il y a la passerelle empruntée par le vilain barbu chaque matin !

Heu, juste comme ça : t’auras pas pu prévenir Simon alors ? Qu’il coupe les caméras surveillant le coin comme prévu, non ? Bon. Pourquoi pas, comme nous le verrons, Simon et ses pouvoirs psychiques avaient déjà prévu le coup pour compenser ce énième trou du scénario.

Et sur la passerelle, en effet, peu de temps après notre héros, on voit arriver le fameux barbu, un certain Alan Marsh (le héros a son nom puisqu’il avait son fichier de casier judiciaire), à qui il crie “Alan, je veux vous parler !” ; à peine a t-il dit cela que le dit monsieur, visiblement un peu nerveux, lui jette le vélo qu’il transportait avec lui à la gueule, avant d’essayer de lui bourrer la mouille de coups de poings ; Will se défend à peine, et alors qu’il se baisse pour esquiver un coup, Marsh se laissant emporter par l’un des siens passe par-dessus la rambarde de sécurité de la passerelle et se vautre lamentablement sur la voie rapide un peu plus bas, ce qui lui vaut de pouvoir expérimenter si ses abdominaux peuvent arrêter un 36 tonnes lancé à pleine vitesse : la réponse est hélas négative.

Will, complètement apeuré par ce qu’il vient de se passer s’enfuit, et file au lycée pour tenter de faire comme si de rien n’était ; mais sur place, un de ses élèves, le seul à avoir un prénom du film, mais que j’ai déjà oublié, entame une bagarre avec un de ses camarades : notre amoureux de Shakespeare tente bien de les séparer, mais l’élève grognon lui saute alors dessus dans l’espoir de lui tripoter les molaires à coups de mandales. Mais c’est sans compter sur notre bonhomme un peu stressé, qui en a aussi un peu marre de tous ces gens qui essaient de le tataner aujourd’hui : après avoir esquivé quelques coups, il colle donc une bonne droite au trou du cul, et évidemment, tout le monde est choqué, élèves et autres profs compris, la scène se déroulant dans un gymnase où avait lieu une répétition de musique ; notons que les gens n’étaient pas choqués quand le gaminou frappait l’enseignant, ne me demandez pas pourquoi, mais quand ce dernier touche à l’élève, on entend un cri d’indignation s’élever tout autour. D’accord. En tout cas, la sanction tombe de suite : Jimmy en bon proviseur convoque Will dans son bureau et lui colle 3 semaines de suspension pour son intolérable geste.

Apparemment, personne n’a l’air de prendre en compte le fait que le geste ait eu lieu lors d’une tentative de pugilat de l’ado : sûrement un détail sans intérêt.

Pendant ce temps, à la résidence Gérard, Laura voit le garagiste de l’assurance arriver pour changer les pneus de la voiture ; et pour ce faire, ce dernier a besoin d’un truc dans la boîte à gants. Mais lorsque la douce épouse l’ouvre, sur quoi tombe t-elle ? Le pendentif que son violeur lui avait pris ! Et que Will avait fini par récupérer dans une enveloppe. Alors forcément, lorsqu’elle voit Will revenir plus tôt du boulot car suspendu, elle lui demande d’où ça sort, puisque c’est son violeur qui lui avait pris.

Allez mec, mensonge facile : “La police l’a retrouvé et me l’a rendu“. Par contre, ne me demandez pas pourquoi Will ne lui avait pas rendu à elle ensuite, ni pourquoi il avait décidé de le cacher… dans la boîte à gants de la voiture que sa nana prend tous les jours. C’est… oui, en fait, moi aussi un truc est en train de violer ma raison. Avec barbarie, en plus. Je me sens… si sale.

Mais Will étant aussi mauvais menteur que son acteur, il se contente de répondre “Brggllrlgllllmmfmffflboulouboulou“, ce qui est un peu léger d’un point de vue argumentaire selon cette petite prétentieuse de Laura, qui fait donc ce que les femmes font de mieux : elle part bouder (dans son cas, elle file à une répétition de son orchestre en fronçant les sourcils très fort).

Monsieur Gérard ne reste cependant pas seul chez lui bien longtemps, car deux policiers viennent bien vite frapper à sa porte : il est accusé du meurtre d’Alan Marsh. Ah ? Zut ! Comment l’ont-ils retrouvé ? La réponse tombe bien vite quand, une fois au commissariat, la maréchaussée dit deux choses à Will :

  • Déjà, ils expliquent que deux caméras filmaient la passerelle où a eu lieu le drame, mais qu’une seule des deux fonctionnait, curieusement : on peut donc voir en vidéo Will arriver sur la passerelle, puis Alan Marsh, puis Will revenir seul en sens inverse, l’air complètement paniqué
  • Ensuite, ils expliquent qu’Alan était journaliste sans casier, aucune histoire de pédophilie ou autre, et que visiblement, il connaissait Will puisqu’on a retrouvé sur son téléphone (qui a survécu à un bisou frontal avec un 36 tonnes, il faudrait penser à l’avenir à construire des voitures en téléphones mobiles pour faire baisser le nombre de mort sur les routes de manière drastique), et que sur celui-ci, on peut voir Will filmé dans un certain zoo… le zoo où il était supposé suivre une famille en vérifiant qu’Alan ne soit pas dans le coin !

Will comprend qu’il a été piégé pour tuer un journaliste gênant. Le spectateur, lui, ne comprend pas comment cette grosse tanche a pu rater au zoo, vu l’angle de la caméra sur la vidéo du téléphone, un mec visiblement en train de le filmer sans se cacher à 10 mètres de lui, mec dont en plus il avait la photo et qu’il cherchait en regardant partout autour de lui. Ho, Accessoirement, le film ne dira jamais comment le journaliste a pu se retrouver dans ce zoo pile à la bonne heure, pourquoi, et pour quelles raisons il a filmé Will. Vidéo qui ne servira plus à rien du film, à part à tirer une balle dans le pied du scénario, donc. J’ai toujours été fasciné par ces réalisateurs qui paient plus cher pour faire moins bien volontairement : c’est sûrement pour rester modestes.

"Bonjour Monsieur, on a une vidéo de vous où on ne vous voit pas tuer qui que ce soit, vous êtes donc arrêté pour meurtre"

Will est complètement paralysé : la vidéo où on le voit aller sur la même passerelle que Marsh et revenir seul lui semble accablante. Bon, en même temps, j’ai envie de dire : on ne l’y voit pas tuer qui que ce soit, et en plus, il peut dire la vérité – du moins en partie – : “Ce type me suivait pour des raisons que j’ignore, et ce depuis un moment à en croire ce téléphone, et sur la passerelle, il a tenté de m’agresser quand j’ai voulu lui parler et a chu tout seul“, mais non : à la place, il dit juste “Bglblgllllgrsssblulbulbulublu”. Décidément, quel homme à l’aise avec la langue et l’expression en public : j’espère qu’il ne fait pas un métier comme, je ne sais pas moi, prof de lettres.

Mais sur ces entrefaites, un autre flic arrive, demandant aux deux autres de sortir de la pièce ; il dit simplement à Will “Le hibou ravi…” et l’autre de répondre “… jubile ?” : Ok, lui dit le policier, avant de lui virer ses menottes et de lui tendre un badge de visiteur pour pouvoir sortir du commissariat sans que l’on lui pose de questions. Et en lui expliquant que s’il ne fuit pas, il sera abattu dans la nuit par un membre de l’organisation pour ne pas qu’il parle. Will ne pose donc pas trop de questions et galope donc vers la sortie aussi vite que possible. Lorsque les deux autres agents des forces de l’ordre reviennent, ils trouvent donc la salle d’interrogatoire vide, avec simplement les menottes ouvertes gisant sur la table. Aucun d’entre eux ne se dit “Tiens c’est bizarre : y a Bob qui nous a dit de dégager 5 minutes, et quand on revient, il n’y a juste plus personne et quelqu’un a ouvert ses menottes avec les clés“, non. Ils disent juste “Ho non, cacaboudin !“, comme tout professionnel de l’investigation qui se respecte. C’est impressionnant.

Will profitant de sa liberté retrouvée file donc aussitôt là où sa douce répétait avec son orchestre pour l’inviter à parler en coulisses : là, il lui raconte tout et lui demande pardon d’avoir passé un pacte en échange de la mort de son violeur. Sa femme lui répond alors :

Moi aussi, j’aurais fait pareil, tu sais.”

Oui, mais personne ne veut de Nicolas Cage, c’est là toute la différence ma louloute, il a donc peu de chances de se faire violer, là, comme ça. Je disais ?

Ah oui : après avoir discuté, elle décide de l’aider en lui confiant le petit revolver qu’elle s’était acheté, avant de lui demander de filer, car la police arrive. En effet, les deux agents qui l’avaient arrêté et qui étaient tellement forts qu’ils ne se demandaient même pas comment il avait pu fuir viennent trouver sa dame en lui demandant de les appeler si jamais elle avait des nouvelles de son mari : mentant aussi bien que lui elle affirme “Je *gloups* NON je l’ai PAS VU“. Actor’s studio.

Mais quelques temps plus tard, un autre policier arrive, celui-là inconnu au bataillon, se présentant en tant que lieutenant Jailecranerasémaijesuipaméchanquevatuimaginerhahaha, et demandant à la jeune femme de le suivre pour aller au commissariat du coin, où il y a désormais de nouvelles preuves innocentant Will : ils ont donc besoin de son aide pour reprendre contact avec lui ; seulement voilà, en chemin, plusieurs choses mettent la puce à l’oreille de notre gourgandine : le flic comme son soi-disant équipier ont tous deux le crâne rasé, de sales gueules, des cicatrices, et leur voiture ne comporte même pas de gyrophare. Sentant le coup pourri, elle arrose donc tout l’habitacle à la bombe à poivre avant de filer en glapissant (c’est une femme, j’insiste).

Will, de son côté, se rend à son lycée pour consulter quelque chose qu’il n’a jamais pensé à faire avant : taper Alan Marsh sous Google dans la salle informatique du coin dont il a les codes (il irait bien chez lui, mais il suppose bien qu’on l’y attend) ; et là, qu’est-ce qu’il sort ? Que Marsh était un super journaliste aimé de tous, avec moult récompenses, et disposant même d’un hideux blog vidéo. Ah, si seulement Will avait pensé à taper son nom sous Google AVANT de le croiser sur une passerelle, c’eut été tellement plus simple, mais comme nous le verrons, dans ce film, internet est une notion assez floue. Visiblement, la Nouvelle-Orléans vit dans une sorte de trou dans l’espace-temps menant droit en 1973.

En tout cas, Will note deux choses sur le blog du journaliste :

  • Il ne fait mention nulle part du fait qu’il est un peu con et jette son vélo sur tous les gens qui veulent lui parler, un vieux tic faisant de lui le premier cycliste-berserk de l’histoire
  • Il a réussi à indiquer qu’une fête était donnée pour ses funérailles par ses amis dans un bar du coin (oui, il est mort, mais ça ne l’empêche pas de mettre son blog à jour : quelle abnégation, il est très fort)

Visiblement cette communication avec les morts ne surprend pas le héros plus que ça, qui décide tout simplement de se rendre à la fête des funérailles pour voir si le journaliste n’enquêtait pas sur un truc intéressant avant de mourir expliquant qu’on lui ait demandé de l’éliminer (je me demande bien sur quoi il enquêtait ; je dirais bien Simon au hasard, mais je peux me tromper : peut-être faisait-il un dossier sur la culture de l’échalote en Ardèche, un truc super sensible).

Après avoir passé la nuit caché au sein du lycée, Will se rend donc dès qu’il le peut au bar où les amis d’Alan festoient en lui rendant hommage, réunis autour d’une photo de lui et de divers objets lui ayant appartenu. Notre professeur a tôt fait de se faire passer pour un ami du défunt, et d’entamer la conversation avec ses compagnons journalistes pour savoir ce qu’il faisait avant de mourir : ils confirment qu’il enquêtait sur une société ultrasecrète de la Nouvelle Orléans, et que tout ça l’avait rendu un peu parano ; il avait donc, tout naturellement, caché les pièces de son enquête en cours, que personne ne sait où il a bien pu les planquer. Après avoir lâché tout cela, les amis du mort disent donc en choeur “Oui, enfin maintenant, chut, on sait que tu es flic depuis le début vu les questions que tu poses, et on te dira rien.

Ho. Vous ne venez pas de tout lui dire pourtant ? Encore une fois : les dialogues ! Les dialogues ! Superbes.

Seulement voilà : la mamie qui tient le bar, pendant ce temps, a elle bien repéré Will et son bouc hideux et a passé un discret coup de fil : comme toutes les vieilles, elle est de tous les complots. Aussi, peu après, des types au crâne rasé arrivent dans le rade : des hommes de main de Simon ! Vite, fuyons ! Will attrape un badge appartenant à Alan qui traînait sur la table des objets du défunt et met les voiles aussi vite qu’il le peut ; une course poursuite débute durant laquelle les malandrins à sa suite ouvrent assez généreusement le feu sur lui ; derrière eux, on peut retrouver Simon qui court en hurlant “Reviens Will ! Je veux juste te parler, viens voir, on a la vidéo qui prouve ton innocence, c’est très net, vite, viens regarder !”

Négociateur de l'armée américaine voulant juste parler en plein effort

C’est tellement crédible : “Oui, on veut juste te parler, ce n’est pas un piège : on te tire dessus, mais c’est juste pour attirer ton attention !“. Ah oui, hmm hmm, je vois. Moi aussi des fois, quand je veux parler à quelqu’un, je l’arrose au fusil à pompe d’abord.

Malgré tous ces chenapans à sa poursuite, notre professeur parvient à s’enfuir, laissant ses agresseurs loin derrière-lui via diverses rabouineries que je vous passe. Heureusement, ses pérégrinations l’emmènent à proximité d’un hôtel de luxe où il rentre comme dans un moulin, atteignant sans souci le vestiaire de l’endroit qui est moins surveillé que celui d’un théâtre de 50 places. Ni une, ni deux, le bougre de galopin se saisit d’un manteau et farfouille celui-ci pour y trouver un ticket de voiturier ; retournant à l’entrée, il tend donc le papier à un employé qui va aussitôt lui chercher un énorme et rutilant 4×4, lui permettant ainsi désormais de se déplacer vite et bien, ce qui est mieux quand on est un fugitif.

Si vous vous êtes posé la question, sachez que non, malgré le monstrueux GPS à bord, personne ne pensera jamais à déclarer le vol en précisant à la police que grâce au GPS, le véhicule volé est localisable en permanence, transformant ainsi la chevauchée de Will en gros fiasco. Voilà.

Bref, grâce à sa nouvelle monture, notre héros a tôt fait de se rendre au journal où travaillait Alan, afin d’essayer d’y trouver ce qu’il en était de l’enquête qu’il menait ; pas de bol, le rez-de-chaussée du coin est occupé par l’imprimerie du cru, qui est en train de produire en boucle la une du prochain journal où l’on peut voir en première page le visage de Will avec marqué en larges lettres “Recherché !” . En voyant cela, Will tente donc de se faire discret il… il… il déambule donc au milieu de tout le monde en baissant la tête d’un air pas du tout suspect. Et formidable : malgré le fait que tout le monde n’ait que sa tronche en boucle sous les yeux depuis des heures que les presses tournent, PERSONNE ne le reconnait. D’ailleurs, si vous faites attention, lors du plan de l’imprimerie, on peut même voir un figurant qui rigole après avoir regardé Nicolas Cage à droite de l’écran. Et comme il est tout seul, cela va être dur de justifier que son personnage “rit parce que l’on vient de lui raconter une blague“. Mais bon : moi aussi j’aurais ri en voyant ça. Ou pleuré à chaudes larmes. Voire, les deux.

En tout cas, Will finit grâce à son badge par accéder à l’open space de la rédaction, où il trouve le bureau d’Alan Marsh : celui-ci ne contient pas grand chose, à part une pile de tickets de caisse cachés dans un livre, tous en provenance du même relais routier. Hmmmm, soit c’était un très bon routier, soit il y allait pour enquêter. Dernière option : c’était le lieu de travail de Germaine la goulue, l’héroïne des camionneurs de l’A6, et il aimait se détendre après le boulot. Allez savoir.

Filant du journal sans trop se faire repérer, notre héros va donc au fameux routier en périphérie de la ville, où il apprend auprès du propriétaire que Marsh possédait un petit garage sur place où il stockait un bateau pour aller à la pêche à proximité ; filant s’y rendre, Will parvient à y pénétrer et farfouille le bateau rangé dans l’endroit : et bien figurez-vous que du premier coup, parmi les dizaines de boîtes qu’abrite le rafiot, il tombe pile sur la bonne, qui contient un DVD et quelques papiers. L’enquête inachevée pour laquelle Alan est mort, elle est là, sous ses yeux !

Mais au loin, un gyrophare retentit : le propriétaire du routier a reçu le journal du jour et a ainsi découvert qu’il venait de parler avec le sujet le plus recherché du coin, chose qui l’a un peu motivé à appeler nos amis des forces de l’ordre pour qu’ils le transforment en kebab via divers tirs de taser : comme il se doit, une course-poursuite s’engage avec un véhicule de police qui, surtout, prend grand soin de ne pas appeler de renforts, c’est pas comme s’il coursait le mec qui faisait la une des journaux. En tout cas, finalement, le pauvre agent se fait semer, et visiblement, ça n’intéresse pas trop le reste de la police de prendre la suite : Will peut ensuite se promener tranquillement en ville sans être ennuyé. Ah. Bon bon bon.

S’arrêtant dans une ruelle tranquille, notre héros prend le temps d’allumer la lumière du plafonnier pour bien montrer à toute la rue qu’il se prend la tête dans les mains l’air pensif, ce qui permet au téléspectateur de bien saisir que notre héros réfléchit, mais qui aide aussi tous les passants à mieux voir la tronche du mec le plus recherché du coin. Je… je veux que ce film se finisse : le moindre petit geste semble pensé pour être incohérent.

Il finit donc par se saisir du DVD d’Alan Marsh et l’insère dans le lecteur de la voiture pour regarder de quoi il retourne : il s’agit de l’interview de Jean-Jacques, le type que l’on voyait au tout début du film hésiter à témoigner sur l’organisation secrète à laquelle il appartenait ! Mais ici, en version complète. Il explique que cette société répond au code “Le hibou ravi jubile“, qui signifie H pour Humanité, R pour Raison et J pour Justice, un groupe de citoyens de la Nouvelle Orléans lassés par la justice officielle qui s’occupe personnellement de débarrasser la ville des assassins, violeurs et pédophiles. Jean-Jacques trouvait tout cela bien normal jusqu’à ce que le chef de sa cellule, Simon (les cellules ne se connaissent pas entre elles), a fondu un câble et dézingue désormais quiconque se met sur son chemin, plus seulement les coupables de vilains crimes.

Apparemment, ces gens vivent dans le même monde que Bruce Wayne : les coupables sont toujours bien identifiés et indiscutables (chez Batman, ils sont même toujours pris en flagrant délit ou vêtu de couleurs criardes pour que jamais le bougre d’homme chauve-souris ne puisse péter la gueule à un innocent par erreur).

En plus de ce témoignage, il y a aussi des photos de tous les membres de la cellule de Simon, parmi lesquels… Jimmy ? Le pote proviseur du héros ? Ho !

Pas une minute à perdre : pour avoir des explications, Will fonce chez lui pour aller le trouver en pyjama en pilou et le menacer avec son revolver, en lui hurlant de lui donner le vrai nom de Simon : allez savoir comment, Jimmy le connait et le donne, il s’appelle en fait Eugène Cook.  Seulement voilà : en quittant les lieux avec cette information, notre héros est suivi en voiture puis pris à partie par un type armé qui lui hurle qu’il va le buter, ce sale pédophile ; notre enseignant préféré comprend : il s’agit là d’un autre type manipulé comme lui par Simon, qui a dû lui raconter qu’il était un dangereux délinquant sexuel (ce qui vu sa tête, est crédible en fait). Pas de problème pour notre héros, qui depuis le début du film, est passé de l’état d’enseignant timide à celui de super combattant sans aucune raison, et casse donc la gueule à son agresseur après l’avoir désarmé en deux temps trois mouvements. Il récupère sur celui-ci un téléphone contenant le numéro auquel il devait faire son rapport à Simon, et appelle le bougre.

Il lui explique qu’il veut échanger les documents qu’il a contre la vidéo prise par l’autre caméra de la passerelle que la police n’a pas pu consulter, et où l’on peut voir qu’il n’a pas tué Marsh, que celui-ci est tombé en tentant de l’agresser. Et lui donne rendez-vous au stade du coin le lendemain pour procéder à l’échange.

Comment cramer son budget de réalisation, figure 1 : Dans cette scène, il y a des centaines de figurants et toute une compétition de Monster Truck en cours, tout ça pour... rien. Simon déambule dans les travées du stade sur ordre de Will alors qu'en fait, ce n'est pas là qu'il veut le rencontrer. Ah ?

Heu… bon, je passe déjà sur le fait que visiblement, Simon savait que Will allait venir chez Jimmy (preuve en est : il avait prévu un gars pour le suivre et l’abattre devant chez lui), mais n’a pas prévenu le dit Jimmy, pourtant membre de l’organisation, ce qui lui aurait évité de folles émotions et surtout, de pouvoir révéler le nom de Simon. Non, la question que je me pose, c’est maintenant que Will a les cartes en main, pourquoi il ne demande pas que Simon lui envoie la vidéo de son innocence par cet outil magique appelé internet, sinon il diffuse toutes les infos qu’il a sur lui ? Il a peur de la voir mise sur un site de téléchargement avec son compte premium au moment où le FBI arrive ? Il n’a pas de boîte mail ?  Il ne connait pas les MMS ? Il préfère le contact d’un doux CD gravé ? Ou bien est-il tout simplement con ?

Chhhht… ne dites rien. Je sais.

En tout cas, Simon accepte le rendez-vous ; mais rusé comme un goupil, il décide de reprendre l’avantage dans la bataille en demandant à Jimmy de harceler Judy (je sais, vous l’aviez oubliée, mais si elle a un prénom, c’est qu’elle sert à un moment : souvenez-vous, c’est la meilleure amie de Laura, la femme du héros, vous avez dû le noter sur un post-it en début de film) pour qu’elle avoue où se cache Laura, qui n’est plus réapparue depuis l’épisode où elle avait fui une fausse voiture de police à coups de bombe au poivre. L’information obtenue, il ordonne son enlèvement.

Le lendemain, au stade, Will passe des coups de fils à Simon pour lui faire faire n’importe quoi sans aucune raison : va ici, va là, et même, là encore, authentique “Va faire pipi“. Pas va aux toilettes, hein “Va faire pipi“, et le mec s’exécute. Quelle ambiance dramatique dans ce film. On sent qu’on arrive sur la fin : la tension est à son apogée.

Finalement Will et Simon se retrouvent pour discuter en plein milieu d’un hall du stade bondé de monde puisqu’il s’y déroule une compétition de Monster Truck. Notre héros demande donc promptement à son ennemi “Alors, tu as la vidéo p’tit bâtard ?” (on le sent un peu stressé, là, sur la fin) et en effet : ce dernier montre sur son téléphone une séquence bien nette où l’on voit Marsh agresser Will sur la fameuse et funeste passerelle, avant de tomber tout seul, mourant ainsi comme un con. “Très bien“, dit notre enseignant “Maintenant, amenez moi à l’original“.

Pardon ? Mais enfin ! Encore une fois, tu n’as PAS besoin de l’original, juste de la vidéo ! Il peut te l’envoyer par MMS, Bluetooth, Wifi, que sais-je ! Pourquoi veux-tu l’original ? Quand tu regardes une vidéo de chatons sur internet, tu ne la comprends pas si ce n’est pas sur l’ordinateur l’ayant réalisée ? Tu n’es plus con, là, mon vieux, tu es au-delà, tu es une sorte de courgette qui parle, ou un truc du genre. Je suis perdu.

Seulement, pendant que l’on disserte, Simon reçoit à son tour un coup de fil de ses hommes : ça y est, ils ont Laura ! Ahaha, Will, tu es bien feinté, elle est retenue dans le centre commercial désert de l’autre côté de la rue (ah bin oui. Oui, effectivement, je me disais qu’on avait eu tous les poncifs, mais pas encore la bataille finale dans un lieu désert, vite ! Merci les mecs !) ; les deux hommes y vont, et de touchantes retrouvailles ont lieu entre les époux, sous les yeux de toute la cellule au crâne rasé de Simon + Jimmy (qui est le seul méchant avec des cheveux, c’est suspect).

La phrase qui va bien retentit donc : “C’est bon, j’ai les documents du journaliste. Ils en savent trop maintenant, tuez les ! Hahahaha, je suis trop maléfique !

C’est là que l’on comprend pourquoi Jimmy est le seul avec des cheveux : il est n’est pas vraiment méchant, lui, on lui avait juste dit “Attrape-les vivants on ne leur fera aucun mal !” ; bin oui, c’est pas comme si toute la cellule tentait de tuer Will depuis une heure de film, hein, il ne pouvait pas savoir. Le bougre de corniaud sort donc son pistolet pour protéger son ami, et ça commence à défourailler dans tous les sens ; je vous passe les détails, mais comme vous l’imaginez, si la scène finale est dans un truc désert/désaffecté, il y a forcément un passage où le héros et le méchant s’affrontent au corps à corps, avec les pistolets qui glissent sur le sol, les coups de poings dans la gueule et tous les poncifs du genre qui s’enchaînent ; finalement, Simon finit par ramasser une arme, et comme il se doit là encore, braque avec celle-ci la tête de Will, persuadé qu’il va mourir, durant 15 bonnes secondes en faisant un petit sourire en coin façon “Je vais te tuer mais je ne tire pas sans aucune raison à part pour attendre qu’un personnage secondaire ne me tue au moment où je vais appuyer sur la gâchette” ; ça ne manque pas ! Vous vous souvenez de Laura lorsqu’elle a acheté une bombe au poivre (qui a servi dans le film) et un revolver (qui a servi aussi), qu’a t-elle fait de plus ? Elle a pris des cours de tir où on lui a donné le secret du bon tireur : “appuyer sur la gâchette” ; elle sauve donc son mari grâce à une arme ramassée sur le corps d’un des hommes de main mort de Simon, et ce dernier meurt donc aussi bêtement qu’il a vécu en se faisant cribler de plomb par une donzelle un peu douillette.

En sortant du centre commercial, Will (évidemment à demi en sang façon héros viril) et Laura croisent le policier qui avait aidé notre enseignant favori à s’enfuir du commissariat, qui lui explique qu’il appartient à une autre cellule de l’organisation, et qui condamne les agissements de Simon (mais qui ne faisait rien pour l’en empêcher non, plus hein, bravo les mecs, quel courage !). D’ailleurs, il va couvrir la fusillade du centre commercial pour que les deux tourtereaux ne soient pas inquiétés, en disant que c’est Jimmy qui a abattu tout le monde avant de mourir.

Accélérons un peu après tout cela, et quelques temps plus tard, la police, qui dispose désormais de la vidéo prouvant que Will était innocent (comment a t-elle fait sans l’original ? Elle a dû se contenter de celle retrouvée sur le téléphone de feu Simon, ça alors, c’est donc possible ?) laisse le bougre repartir en liberté, et ce dernier se rend au journal d’Alan Marsh pour leur rendre les documents qu’il avait pu récupérer sur le corps de Simon ; l’un des collègues de feu Alan qui avait traité le héros de flic dans le bar lors des funérailles arrive alors et le remercie chaleureusement pour tout ce qu’il a fait. Will l’invite à poursuivre l’enquête pour dissoudre toute cette société secrète.

Ce n’est qu’en remontant vers son bureau qu’il se retourne une dernière fois vers Will en lui lançant “L’enquête est entre de bonnes mains… allez : le hibou ravi jubile !“.

Notre héros se frotte donc le visage pour faire le mec qui réfléchit comme il l’a fait durant tout le film pour parer à son manque d’expressions faciales, et réalisant qu’il vient de confier toutes les pièces à un membre de la société secrète, il reste sur place la bouche grande ouverte, interdit (pour sûr que c’est utile, tenez).

Et… FIN

Vous êtes arrivé à la fin de l'article ? C'est bien. Maintenant, remontez au début et regardez à nouveau l'affiche ; osez me dire que j'exagère sur la constance du personnage.

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Quelques mois plus tard.

Toubou boudoup bibidoup… Einigkeit und Recht und Freiheit, für das Deutsche Vaterla…*clic*

“Oui allô ?
- Monsieur Connard ? 
- Qui est à l’appareil ?
- Vous vous souvenez de moi ? Je vous ai rendu un petit service il y a quelques temps. Vous vouliez voir une daube avec Nicolas Cage et je…
- Oui, je vois. Que puis-je pour vous ?
- Et bien, notre organisation aurait besoin que vous lui… disons… renvoyiez l’ascenseur.
- Ho. Et de quelle manière je vous prie ? Vous avez besoin d’argent ? De drogue ? Vous voulez que je tue quelqu’un ? N’hésitez pas.
- Oui hmm… d’un… service… nous avons un pacte et nous espérons que vous allez le tenir. Voyez-vous, en tant qu’amateurs de cinéma, nous aimons les grands réalisateurs, et nous avons réalisé une petite page Facebook et…
- Oui ?
- Pourriez-vous aller sur la page “Quentin Tarantino” et cliquer sur j’aime ? Il le mérite. Après, nous serons quittes.”

Le téléphone me parut mettre une éternité à atteindre le sol après l’avoir lâché. Pour ma part, je me contentais de pousser un long hurlement.

On ne peut pas obliger les gens à faire des choses aussi horribles.

Il y a des Pactes qu’il ne faut jamais accepter.

Lecteurs, lectrices.

Aujourd’hui encore, je reçois du courrier de la part de l’un d’entre vous, hanté par de lourdes questions existentielles ; permettez-moi donc de partager avec vous cette saine lecture. Lisons donc.

Cher Monsieur Connard,

Jusqu’à la semaine dernière, j’étais un homme riche et adulé ; certes, pas autant que vous, mais chaque jour dans mon bel uniforme blanc, je faisais rêver quantité de vacancières aux poches débordant de pognon. Or, suite à une sombre histoire de manoeuvre ratée (avez-vous déjà essayé de faire un créneau avec un paquebot ? C’est un peu comme une R19, les clignotants en moins, mais passons), je me retrouve sans emploi. Du coup, je me demandais si vous ne connaîtriez pas une autre filière où je pourrais continuer de fréquenter des nanas aussi riches que niaises, et où aucune compétence ne serait requise pour briller de mille feux.

Amitiés,

Francesco S.

P.S : Vous me devez bien ça, sinon je raconterai aux carabiniers ce que vous avez fait à cette jeune enseignante tchèque au large de Malte.

Cher Francesco, je comprends bien évidemment votre désarroi, aussi imaginez-vous bien que si je vous réponds ce jour, c’est bien parce que je veux vous aider par pure bonté, et pas du tout à cause de votre mystérieux post-scriptum (je ne vois pas du tout de quoi vous voulez parler, et par ailleurs, je vous rappellerais que vous m’avez aidé à la lester, alors, hein, ho, attention canaillou).

Aussi, je vais vous confier un formidable secret : il existe bien un domaine dans lequel aucun talent n’est exigé, et qui permet de fréquenter de la blogueuse mode en veux-tu en voilà, créature niaise et aux poches débordant de pognon s’il en est. Et ce domaine c’est…

La photographie lifestyle

Si vous ne connaissez pas le principe, sachez qu’il est assez simple à résumer : longtemps, on a pensé que la photographie était une sorte d’art, demandant pratique, attention et inventivité pour approcher la maîtrise ; on trouvait même dans ce milieu des cours et formations pour armer les photographes en herbe afin de les aider dans leur longue et difficile quête du cliché parfait. Si en ce temps, le monde vivait heureux, amateurs et professionnels pouvant disserter en paix tout en échangeant autour de leur passion commune, on raconte qu’un jour, un vieux scientifique qui tentait de faire revenir d’entre les morts la seule femme qu’il avait jamais aimée se mit en tête de composer une mixture capable de donner vie à ce qu’elle touchait ; or, sa femme de ménage, qui était d’un naturel plutôt tête-en-l’air, confondit quelques temps plus tard, alors qu’elle s’apprêtait à faire une machine, le produit avec la lessive : à peine avait-t-elle fermé la porte de la salle d’eau que du hublot, une lumière étrange se mit à filtrer.

Quelques heures plus tard, quand la soubrette revint pour étendre le linge, quelle ne fut pas sa surprise ! Une chemise à carreaux particulièrement laide, le genre de truc que seul un scientifique veuf et à demi-fou pourrait décemment acheter, avait pris forme humaine. On aurait pu imaginer qu’elle aurait pris l’apparence d’un bûcheron en hommage à son apparence originelle, mais une surdose de minidoux dans la machine en avait fait un coupeur de bois un peu chochotte, le genre qui aime trop la nature pour l’abîmer, et qui se met deux doigts dans la gorge pour vomir après chaque lampée de sirop d’érable pour essayer de ressembler aux garçons des magazines.

Bref, si la chemise était vivante, elle était toujours con comme du coton : le premier hipster était né.

“Je déteste être heureux : c’est bien trop populaire”

Bien sûr, la légende ne dit pas ce qu’il advint des autres vêtements qui étaient dans la machine ce jour là, mais il est assez évident de deviner qu’ils donnèrent naissance à d’autres créatures de classe ultra-bobo du même genre ; on peut ainsi voir ce qu’est devenu un vieux débardeur, un t-shirt avec des tâches de graisse de saucisse, une serviette de table de 1976, ou encore un slip.

Or donc, les hipsters, ces créatures crypto-branchouilles à mi-chemin entre une blogueuse mode et un des philosophes maudits qui hantent les skyblogs ont rapidement découvert la photographie, qui a un gros avantage par rapport au dessin ou à la peinture : le matériel coûte cher. C’est donc forcément plus chic qu’un foutu crayon ou qu’un pinceau usé. Et rapidement, pour ne pas faire dans le classicisme absurde de nos sociétés, ils ont inventé le concept de “Photographie Lifestyle“, dont l’avantage est de ne demander ni talent, ni technique.

Mais alors, qu’est-ce que c’est ? Parce que je parle, je parle, mais comme à mon habitude, je m’égare et m’écarte du sujet. Voyons donc.

Si j’essayais de penser comme un hipster, c’est-à-dire, que je m’enfonçais un tournevis dans le nez jusqu’à me gratouiller le cerveau, je dirais que la photographie Lifestyle, c’est la poésie des petites choses, la beauté des instants spontanés et naturels qui ponctuent nos vies et que nous ne prenons pas le temps de coucher sur papier glacé ; c’est le regard complice entre deux êtres qui s’aiment, l’étincelle dans l’oeil du penseur solitaire, la magie d’une feuille chutant en virevoltant par une belle soirée d’automne avant de se poser dans l’onde claire d’un ruisseau oublié.

Bon par contre, vu d’un oeil extérieur, la photographie Lifestyle, c’est à peu près l’opposition complète de cela : c’est tout sauf spontané, et à peu près aussi poétique qu’une heure d’écoute de C.B de routiers.

Mais plutôt qu’un long discours, essayons de comprendre avec des exemples illustrés comment cela fonctionne, et passons déjà en revue le matériel nécessaire à une bonne séance de photographie Lifestyle :

  • Une tenue à la con, qui fait “celui qui s’en fout” alors qu’au contraire, tout est sélectionné avec soin pour faire le plus j’m'en foutiste possible.
  • De grosses lunettes. Obligatoire, même si vous n’en avez pas besoin normalement.
  • Une coupe de cheveux contestable, et/ou comprenant une grosse mèche, mais attention ! Pas plus bas que le sourcil, la mèche ; au-dessus, c’est trop “normal“, en-dessous, c’est trop “émo“. Pour les filles, dans le ton des blogueuses modes, la frange façon casque prussien de 1870 est obligatoire.
  • Une pilosité faciale aléatoire, mais de préférence, soit une barbe entretenue avec soin, soit une moustache taillée avec amour. Les filles, encore une fois, votre frange suffit déjà à cacher 70% de votre visage : n’en rajoutez pas.
  • Un appareil photo. Le plus cher possible, de préférence, parce que plus ça l’est, mieux c’est. Qu’importe si vous n’êtes pas foutu de vous en servir : ça fait sérieux. Ho, sinon un vieil appareil, c’est bien aussi. Mais racheté cher, dans une boutique spécialisée, hein.
  • Un Mac. Pas parce que vous préférez, ou que vous avez un besoin spécifique, mais parce que c’est plus in.
  • Du pognon. Plein, beaucoup, mais pas à vous : travailler, c’est un truc trop populaire. Un vrai artiste/philosophe voyage, réfléchit et cherche l’inspiration, de préférence aux frais de Papa et Maman. Vous apprendrez par la suite comment contourner ce sujet douloureux en mettant toujours en avant vos coûteuses activités tout en expliquant que vous, vous êtes “au-dessus de ça” quand on parle argent, parce que c’est vulgaire et réducteur.
  • Un blog. Ce n’est pas obligatoire, mais pour vos photos, c’est mieux ; après tout, vous allez vous autoproclamer photographe, alors autant le faire en public. Choisissez l’interface la plus sobre possible, casez de l’anglais partout et essayez au maximum de mettre des trucs poétiques/paroles de chansons de groupes du siècle dernier ou de la scène underground New-Yorkaise dans vos titres de posts si possible.

Vous êtes fin prêt ? Alors partons à l’aventure pour un exemple de séance photo dans la nature, parce que la nature, c’est bio, et donc cool.

Si vous étiez un être humain normalement constitué, l’une de vos photos de la nature magique ressemblerait à ceci :

Hoooo le truc de ringard : des arbres verts !

Mais comme on peut le constater, tout cela est bien trop normal pour être acceptable ; le photographe Lifestyle parle de la vie, des petits instants et de la mort prochaine, donc forcément, chez lui, la forêt est en automne toute l’année, même s’il faut passer par Photoshop pour que ce soit le cas. Allez hop, pouvoir du Lifestyle, en avant !

Ça y est, c’est l’automne dans mes yeux et l’hiver dans mon coeur, on se rapproche du ton recherché

Bien : on se rapproche doucement. Mais ce n’est pas encore ça : un vrai photographe Lifestyle ne photographie pas les choses de la vie contrairement à ce qu’il prétend, il se photographie LUI (et pourquoi pas ses potes s’ils sont sympas) ; rien à voir avec de l’égocentrisme : c’est de l’art, tas de mauvaises langues. Nous allons donc, pour mieux comprendre ce concept, demander à une créature proche du hipster de poser pour nous : le Playmobil. En effet, tout comme le hipster, on peut clipser plein d’accessoires au Playmobil, les enfants rient en le montrant du doigt et les parents peuvent les garder des années au fond d’un garage. De fait, cela fera un sujet parfait ; Playmobil shérif assurera donc le rôle du photographe qui se prend en photo.

Cependant attention, car il y a un piège ! Vous, vous êtes en train de vous dire “Ah, on prend le bonhomme en photo en fait ? Bon, ok, je vais cadrer“, mais surtout pas malheureux ! Le cadrage, c’est pour les nuls ! Pensez à respecter le schéma ci-dessous lorsque vous glissez votre oeil dans le viseur de votre appareil.

La technique, c’est pour les faibles : un appareil hors de prix suffit à devenir un bon photographe

Vous avez bien compris le principe ? Fort bien ; prenons donc en photo notre cible en prenant bien soin de la mettre dans un endroit qui n’a rien à voir avec le reste ; c’est ce qui donne le côté “spontané” à la photographie. Oui, parce qu’en dehors de ça, niveau spontanéité, v’la l’affaire : ça vous arrive souvent, vous, dans les bois, d’être pris en photo par vous-même sans vous en apercevoir ?

Mais bon, peut-être sont-ce des licornes qui subtilisent discrètement les appareils aux photographes Lifestyle avant de leur tirer le portrait et de rendre le bien ainsi emprunté ? Le fait de prendre la photo avec des sabots expliquerait pas mal le cadrage, cela dit ; voyons donc ce que cela donne avec notre Playmobil.

Il a l’air heureux, là, comme ça au fond des bois, pas vrai ? Grave erreur !

A cet instant de notre exercice, certains s’exclameront “Et bien voilà qui est fait ! Après cette dure journée de labeur photographique, je peux rentrer chez moi en toute sérénité“, mais ha ! Que croyez-vous, mécréants ? Qu’un photographe Lifestyle bâcle ses oeuvres ? Nenni ; un crime monstrueux apparaît sur cette photo qui serait taxée par le moindre hipster de “ridicule” : le personnage sourit.

Vous êtes un photographe Lifestyle ! Un fucking poète ! Un Rimbaud habillé en Dolce & Gabbana ! Croyez-vous vraiment que vous pouvez vous permettre d’apparaître heureux, vous, philosophe maudit ? Non. C’est pour ça que sur TOUTES les photos de ce genre, on peut retrouver le personnage l’air pensif. Mais attention, pas juste le regard dans le vide ou inexpressif, hein, le truc complètement surjoué façon Nicolas Cage, tant le hipster est aussi mauvais acteur que photographe : n’hésitez pas à en faire des caisses ! Fixer un point invisible de la caméra en faisant la gueule, regarder le plafond l’air très concentré car il y a probablement un truc très intéressant dessus, ou carrément les sourcils froncés voire la tête dans les mains façon grosse prise de tête, à vous de voir, mais n’oubliez pas : soyez complètement artificiel ! Le Lifestyle, c’est un peu Francis Huster photographe qui vous vanterait les mérites de la spontanéité.

Demandons à notre cobaye de bien vouloir faire une vraie photo typique des énergumènes de notre étude et de bien vouloir effacer sa joie de vivre de son visage et de nous faire sa plus belle “Poker face“.

La spontanéité est un art.

Merci shérif. Là, nous venons d’ores et déjà de bien avancer : n’oublions pas que si quelqu’un sourit sur une photo, on pourrait soupçonner que ce ne soit pas spontané ; alors que s’il joue super mal la réflexion profonde du genre “Hmmm, je pense souvent à la mort de Kiki mon hamster“, il n’y a aucun doute, on sent que la photo a été prise à l’insu de la cible.

Mais il manque donc encore un élément essentiel pour être vraiment Lifestyle : du flou partout, façon “j’ai complètement loupé ma photo parce que j’étais encore en mode Macro mais on va dire que c’est artistique” . Si jamais vous n’arriviez pas assez à louper votre photo, n’oubliez pas de rajouter du flou via votre logiciel de retouche (votre Mac est là pour ça) en haut et en bas de l’image, parce que ça fait cool et pris sur le vif.

“Mais puisque je vous dis que c’est artistique bordel, bande de béotiens”

Et hop ! Voilà, vous avez une VRAIE photo Lifestyle : des couleurs orangées et/ou filtrées (n’hésitez pas à utiliser instagram à fond), le photographe lui-même pas cadré qui prétend qu’il ne savait pas qu’on le prenait en photo, et que vraiment, cette histoire de licorne pickpocket, c’est crédible, et un jeu d’acteur qui fait rêver les petits et les grands.

En suivant ce schéma, vous pouvez donc, à volonté, prendre des photos “Lifestyle” sans JAMAIS avoir besoin de démontrer la moindre compétence ou once de talent !

Alors évidemment, j’entends déjà râler les photographes autoproclamés en question qui s’exclameront que “Ah ! Robert Capa lui-même faisait des photos floues et mal cadrées, et elles sont rentrées dans l’Histoire ! Le Lifestyle est un art déjà reconnu, philistin !“. Et en effet, c’est un excellent argument : chacun se souvient de cette photo prise le 6 juin 1944, mais il faut rappeler ce petit détail : quand Capa prenait ce genre de photo, c’est souvent parce qu’il pataugeait dans l’eau pendant qu’on l’arrosait à la MG-42, ce qui, vous en conviendrez, est une situation bien trop rare au sein des communautés hipsters qui ne sont pas assez souvent exposées au feu à mon goût.

Ainsi, si par exemple, on avait confié des appareils photos aux mains de photographes Lifestyle plutôt qu’à des gens un peu talentueux, la face de l’Histoire en aurait été changée, prenons ci-dessous quelques exemples :

Si l’on en croit la dernière photographie, le côté artiste raté des hipsters aurait pu faire prendre un sacré tournant à la guerre froide en 62.

Voilà donc, mon bon Francesco, comment tu peux recommencer une nouvelle carrière ne nécessitant rien à part du pognon pour continuer à fréquenter de la blogueuse mode en te faisant passer pour un artiste maudit, et ce, sans te fatiguer à essayer d’être compétent.

Alors, bien sûr, j’entends déjà des forbans s’écrier “Ahahah, quelle grosse caricature ! Le Lifestyle, c’est bien plus complexe que ça, ce n’est pas du tout juste un truc pourri avec un terme anglais pour sonner cool où l’on se prend surtout en photo soi sous tous les prétextes ou des clichés ratés !

Et je répondrai : ah oui ? Alors dans ce cas, prenons sans préjugés une référence du milieu pour vérifier.

Je vous laisse tout simplement savourer. Chhhhht. On y trouve même une célèbre blogueuse mode, gage de qualité.

Vraiment : savourez. Il n’y a rien à ajouter.

Bon appétit !

Le bruit des couverts sonnant contre les assiettes en disséquant délicatement leur contenu se fait entendre, au milieu du brouhaha tranquille des conversations qui débutent ; les verres se remplissent de divers alcools, on complimente la maîtresse de maison dès la première bouchée de chaque plat, et entre deux coups de fourchette, on jette un regard suspicieux à la personne assise en face de soi afin d’essayer de voir si elle vous a surpris en train de peiner à avaler ce foutu morceau de salade trop gros.

Excusez-moi Bérengère ?

Notre hôtesse se tourne vers moi dans le curieux tourbillon des foulards et froufrous qui ornent sa robe à la dernière mode dont elle n’est pas peu fière.

Oui Odieux ? Vous revoulez du soja ?
- Je… non, je… écoutez Bérengère, ce n’est pas que ce ne soit pas bon, hein, c’est succulent, tout ça, mais dites-moi, ne devait-on pas manger une choucroute ?
- Attention Bérengère : il va mettre une mauvaise note à votre dîner !

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Le type à côté de moi, un cadre à l’embonpoint aussi développé que sa calvitie s’essuie la bouche de sa serviette avant de partir d’un petit rire que les autres invités suivent bientôt. Bérengère achève de pouffer pour mieux reprendre.

Allons Odieux, ne faites pas l’enfant : regardez, c’est la verrine !

Et en effet, dans le coin supérieur droit du carré que forme mon assiette, un minuscule réceptacle de verre doit bien abriter une trentaine de grammes de chou enroulés autour d’une demi-knacki.

C’est-à-dire que j’imaginais quelque chose de plus…
- Attention Bérengère, vous allez vraiment l’avoir votre mauvaise note !”

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Ce qui ressemble au début d’une longue série de blagues basées sur le comique de répétition sort encore de la bouche de mon voisin, que je regarde de ma plus belle mine signifiant “J’espère qu’une cirrhose va t’emporter d’ici la fin de la soirée“, alors que le restant de la tablée repart du même petit rire poli. Voyant que l’heure n’était plus à la diplomatie, je décidai d’expliquer clairement mon problème sans me laisser interrompre par un énième calembour impliquant M6 comme unique référence culturelle.

Bon, écoutez les enfants, c’est super, tout ça, j’adore vos blagues sur Un Dîner Presque Parfait histoire de faire ceux qui en rient sans y toucher quand bien même ils pompent allègrement le principe à chaque fois qu’ils ont des invités, mais maintenant, j’exige des explications : pourquoi ma choucroute a l’air de provenir de Mogadiscio plutôt que de Francfort ?
- Hooooo ! - fait la tablée scandalisée
- Vous savez Odieux, ce n’est pas la peine d’être désagréable : j’ai prévu une deuxième verrine de choucroute pour tout le monde.
- Formidable, Bérengère : j’entends déjà les organisateurs de l’Oktoberfest pleurer devant une telle orgie culinaire.
- Bel exemple ! Une congrégation d’amateurs de gras !
- Certes, graisse il y a, mais contrairement à ici, les gens ne sont pas servis par des boudins”

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Je crois que c’est à ce moment précis que les choses ont dégénéré. Ou peut-être lorsqu’après avoir allumé un cigare pour ponctuer mon propos, je l’ai écrasé sur le crâne de mon voisin qui venait de refaire un bon mot sur la “note de l’ambiance“.

Les gens sont tellement susceptibles de nos jours.

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"Vous savez, le métier de ministre est très surfait : j'ai beaucoup de temps pour aller dans des trucs comme "Un Diner Presque Parfait""

La mode ne se contente pas de corrompre tout ce qui est beau pour déclarer la laideur comme référence officielle pour une période donnée, particulièrement en cette période de soldes où quantité de magazines invitent leurs lectrices à “shopper” (oui, il n’y a pas de mot en français pour dire “acheter” ; ho, attendez !) divers objets, qui en général, ont tous pour propriété principale d’être incroyablement moches (et souvent chers pour faire chic), signalant ainsi au tout venant que la damoiselle portant pareil objet n’a ni goût, ni indépendance d’esprit (auquel cas, celui-ci aurait refusé de suivre la consigne idiote d’un magazine), mais visiblement pas mal de pognon à foutre en l’air.

Non : la mode, mal rampant traversant les âges dans le seul but d’asservir l’humanité sous le joug de concepts tous plus ridicules les uns que les autres, s’attaque depuis maintenant un petit moment aux repas popularisés par l’émission “Un Dîner Presque Parfait“, que la plupart d’entre vous connaissent. Bien sûr, si jamais vous faisiez partie de ces gens qui n’ont pas la télévision (“Kwa ? T’as pas la télévision ? Mais tu t’ennuies pas ?“), petit rappel du concept : les candidats doivent, chacun son tour, inviter les autres à dîner et leur préparer de bonnes choses à manger. Une fois le repas terminé, chacun des invités va noter l’hôte sur plusieurs critères : est-ce que c’était bien cuisiné ? Est-ce que la table était bien décorée ? Et enfin, l’ambiance était-elle bonne ?

Vous noterez qu’un critère n’apparaît nulle part : “Est-ce que j’ai bien mangé“, concept complètement ringard s’il en est, puisque chacun sait que l’important dans un repas, c’est de savoir si les assiettes carrées étaient assorties à la nappe ou s’il y a ou non une partie de Time’s Up après (cela dit, chez moi, ce dernier critère est assez essentiel, puisqu’en cas de réponse positive, je balance une grenade lacrymogène avant de m’enfuir dans un rire diabolique).

Du coup, tout comme pour l’art moderne, nous en sommes arrivés à un point critique : le minimalisme.

L’objectif est triple :

  • Faire des trucs petits, et donc choupis
  • Pouvoir utiliser la nourriture comme un accessoire de déco sur la table (et quand je parle de déco, je pense plus à Valérie Damidot qu’à Alfons Mucha)
  • Trouver tous les prétextes possibles et imaginables pour affamer les gens en leur disant que c’est pour leur bien

Ce dernier point étant bien évidemment essentiel : et pour s’en assurer, il suffit de faire le tour des magazines féminins (bibles de la mode s’il en est) et de regarder les deux thèmes principaux de leurs rubriques “cuisine” : les tous petits plats et/ou les régimes, comme ici (où vous noterez que l’on vous parle de soupe assez largement, mais c’est normal : la soupe, c’est mode, c’est un type de régime comme l’indique le même site) ou (le lecteur malicieux se dira “Ho bin non, ils parlent de tartiflette” mais regardez bien les photos : ce sont des mini-tartiflettes dans des bols si petits que ma montre de poche n’y tiendrait pas). Alors à part pour nourrir un chihuahua montagnard, je ne vois pas bien l’intérêt (et non, le chihuahua n’est pas vraiment un animal montagnard, ses tentatives d’accouplement avec des saint-bernard s’étant toujours conclues par de cuisants échecs ainsi que par un fort besoin de points de sutures)

D’ailleurs, sur le premier lien, vous noterez aussi que l’on vous parle de “tendances” en cuisine, parce que là encore, ne mangez pas ce que vous trouvez bon : mangez ce qui est à la mode, bande de fripons. Mais revenons à ce que je disais, puisque donc, à force de vouloir toujours des aliments plus petits, et d’insister sur le fait que c’est mieux comme ça, je suis sûr qu’un de ces quatre, au grand collisionneur de Hadrons, le CERN va découvrir que le plus petit composant de l’univers est en fait le cupcake de magazine féminin.

Alors toi, oui, toi qui prends des heures à t’enquiquiner à faire des petites assiettes décorées au vinaigre balsamique dans lesquelles tu glisses deux feuilles de salade et une rondelle de fromage de chèvre en étant persuadé que ce soir, tu fais des folies, sache que nous autres, nous qui voulons simplement manger à notre faim, nous te maudissons ; tu ne serais pas déjà en deux dimensions à cause de ton manque chronique de calories, nous te raboterions à coups de cravache pour t’enseigner le sens du mot “repas”.

Surtout que bon, hein, nous savons toi et moi que tu fais ta prude à table façon “Ho non, je ne vais pas reprendre d’eau minérale, j’ai déjà bien assez mangé avec ma demi-carotte“, mais que sitôt que tout le monde est hors de vue à l’heure du goûter, il y a la moitié du pot de Nutella qui subit les derniers outrages ; évènement qui t’incitera, gourgandine, à renforcer ton fascisme alimentaire au prochain repas pour évacuer ta culpabilité en annonçant tout de go “Qui veut partager ma demi-carotte ?“.

Alors, oui, on sait, dans les magazines/blogs modes, les rédactrices ont écrit comme à leur habitude “Le culte de la minceur c’est mal, ici on est trop libérées, on s’accepte même si on est un peu ronde, genre taille 40″, ce qui te donne vaguement l’impression que tu es une sorte de flan mobile à la ramasse derrière ces bombasses autoproclamées (c’est surtout l’autoproclamation qu’il faut retenir). Mais en fait, non : ces propos sont rédigés par des femmes qui n’aiment pas les femmes, et ça se sent. Essayons d’expliquer cela avec des exemples suffisamment simples pour que même une lectrice de Public puisse saisir le problème, allons-y :

Par exemple, nous avons ci-dessous deux mâles, à gauche, Bob, fakir chez Apple, et à droite, un certain “Will Smith“, bien que cela ne me dise rien. Un seul des deux peut se faire une fondue sans se sentir coupable, même si bizarrement, je le soupçonne de faire de la muscu’ à côté, mais là n’est pas le sujet.

Par contre, reconnaissons-le : un seul des deux peut réaliser une mission d'infiltration au Darfour (attention, c'est pas facile, il y a un piège)

Dans 99,9% des cas, les personnes vaguement attirées par les messieurs devraient trouver celui de droite vaguement plus intéressant que celui de gauche. Et pourtant, ce n’est pas le plus mince, puisqu’il doit peser environ 4 fois le poids de son voisin.

C’est compris ? Bien.

Maintenant, faisons le même exercice avec des mesdames (ou des mesdemoiselles, ne soyons pas sectaires) ; attention, c’est reparti : à ma gauche, Rachel Zoe styliste de son état considérée par beaucoup comme étant une prêtresse de la mode et une icône de la beauté citée dans pléthore de magazines comme une déesse vivante ; à ma droite, Christina Hendricks, qui ne rentre pas vraiment dans du 38 et a de la place pour manger des hamburgers sans se faire vomir tout de suite après.

Bon d'accord, l'une des deux est rousse, mais regardez : même ça on lui passe

Dans 99,9% des cas, les personnes vaguement attirées par les dames vont jeter des cailloux à la blonde se nourrissant exclusivement d’un haricot vert par jour en hurlant “Par Horus, demeure !“, et éventuellement se tourner vers la seconde, pourtant assez nettement plus “ronde”  (et encore) ; preuve en est : Christina Hendricks se retrouve aussi dans des magazines masculins, alors que Rachel Zoe, elle, se contente de végéter entre deux pages de pubs dans les magazines pour donzelles, personne d’autres n’en voulant en-dehors des lectrices crédules. Car une fois encore, le principe est là : si les canons de la beauté étaient dans les magazines féminins, les hommes aussi en achèteraient.

Sauf que non (particulièrement quand on voit les modèles sous les projecteurs, qui donnent l’impression que les stylistes ont aussi étudié la nécromancie pour pondre autant de morts-vivants à franges).

Alors on me dira “Oui mais si je veux encore maigrir,  c’est pour me plaire à moi, pas aux autres, je m’en fous des canons de la beauté”, ce à quoi je répondrai : alors ça tombe bien, n’essaie pas d’y ressembler, tu feras moins d’efforts et tout le monde va y gagner.

Tiré du site "monshowroom.com", collection "Je viens t'annoncer que je suis en phase terminale". Ho, oui, comme tout cela est beau, classe et attirant !

Alors sérieusement, expliquez-moi : comment peut-on suivre ce genre de modèles ? Et comment donc peut-on suivre le même exemple de gastronomie où, l’important dans un repas, ce n’est pas de manger correctement mais que ce soit “beau“, “esthétique“, “hype” et autres concepts du même calibre ? Pourquoi une bande de crypto-fascistes du “Ce que doit être un repas” sévit-elle impunément, dictant ce qui a sa place sur la table ou non ? Ne peut-on point juste se faire plaisir en mangeant bien ? Repartir chez soi en pleurant toutes les larmes de son corps, priant pour que les nuages s’écartent et que dans une lumière divine descende un peu de bicarbonate ?

Et tout comme dans l’art contemporain, à nouveau, nous retrouvons l’un des plus grands paradoxes de l’histoire de l’Humanité : lorsque pour trouver quelque chose de bon, il faut que celui qui l’a fait vienne expliquer pourquoi ça l’est, sinon, ça parait juste quelconque. Il y a quelques temps de cela, par exemple, je me trouvais dans un restaurant de la capitale qui se vantait de servir d’excellents plats dits “gastronomiques“. Or, je vous rappelle jeunes gens que, dans “gastronomique“, certes, il y a gastro ET astronomique, ce qui ne met pas vraiment en confiance de prime abord, mais surtout, il y a plusieurs notions, dixit l’Académie française elle-même, je cite :

  • La préparation des plats

Certes, vu le temps qu’il m’a fallu attendre, j’imagine que préparation il y a eu ; je pense que l’animal a eu le temps de grandir, de passer son bac et de valider le premier semestre de sa licence d’agronomie entre le moment où j’ai passé ma commande et celui ou je l’ai reçue.

  • La quantité des mets

Et là, visiblement, il y a une sorte d’amnésie collective des gens sur la définition de la gastronomie : quand on voit son assiette arriver, on est presque ébloui tellement on voit de porcelaine étincelante en lieu et place de là où aurait dû se trouver ce que vous aviez voulu manger. Donc pas vraiment de la gastronomie, juste du rien.

  • La qualité des mets

Si je devais écrire un Guide du Connard, je crois que je ferais le tour de ces restaurant où ce que l’on vous sert est d’une qualité inférieure à celle d’un routier, mais comme le nom du plat est écrit en araméen sur le menu (Pavé de veau sur son lit de haricots garni de son coulis ainsi que son accompagnement de fruits de la terre pour désigner un steak de quarante grammes, trois frites et deux haricots verts) et que le prix équivaut à l’un de vos reins (à partir du moment ou vous devez vendre plus de viande que vous n’en mangez, posez-vous quand même des questions), on hésite pas à vous expliquer que hohoho, si vous n’aimez pas, c’est que vous n’avez pas un palais de gourmet, petit cuistre ! Il faudrait être sot pour ne pas apprécier un plat présenté avec autant d’art : voyez comme le steak est bien mis au milieu de l’assiette ; et ces haricots, ne sont ils pas parallèles au bord supérieur ? Et je ne vous parle pas des frites, qui forment un triangle ! Oui, un TRIANGLE MONSIEUR ! Alors comment OSEZ-VOUS dire que ce n’est pas de la GASTRONOMIE ?

Techniquement, donc, si l’on oubliait Un Dîner Presque Parfait et autres loulous de ce calibre pour n’en rester qu’à la définition officielle et ancestrale de la gastronomie, alors on pourrait en déduire qu’un de vos potes vous servant un bon gros pavé de boeuf (oui, je suis très viande) préparé avec amour, le tout excellent (il a mis de la sauce bourguignonne et il sait choisir un vin), alors vous faites un repas que l’on peut qualifier de “gastronomique” ; par contre, même sans prendre en compte la question du “Y a t-il une addition exorbitante” , si l’on vous sert des trucs minuscules présentés façon soirée prout-prout à Neuilly, alors vous n’avez pas à faire par définition à de la gastronomie, mais juste à du foutage de gueule.

Mais chic. Et puis surtout, j’insiste : mode. Avec ses plats branchés ou en vue, ses sauces et mélanges “in“, et ses petits trucs qui, finalement, servent surtout à se faire mousser comme un vulgaire champagne mal servi.

Alors vraiment, il suffit : la prochaine fois que vos hôtes mettent 6 heures à préparer 2 misérables concombres pour vous voir mourir de faim parce que “se faire plaisir, ce n’est pas raisonnable“, le tout en commentant la déco de chaque assiette, soyez sympas : renversez la table, hurlez, frappez les forts et emmenez-les se taper un kebab.

Le fascisme ne passera pas par nos assiettes !

"Jabba wika mukto aboule les verrines miam miam"

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Le verre brisé autour de moi fit un peu de bruit, alors que je me relevais péniblement du trottoir sur lequel j’avais chu après être passé par la fenêtre de l’appartement sous le regard bovin des rares badauds s’attardant à l’extérieur à cette heure de la soirée. Au-dessus de moi, au premier étage de la façade de l’immeuble haussmannien que je venais de quitter précipitamment, on pouvait voir à la fenêtre illuminée que je venais de traverser les grands rideaux rouges décorant l’endroit, volant désormais dans le vent du soir en profitant de cet impromptu courant d’air.

Époussetant brièvement les épaules salies de mon costume avant de m’asseoir en sortant un nouveau cigare, je tentais de me remémorer la fin abrupte de ce repas pour faire le bilan de la soirée : après avoir expliqué mon désarroi face au manque de nourriture dans les assiettes, je m’étais décidé à me frayer un chemin jusqu’à la cuisine pour confirmer mon intuition sur le dessert supposé nous attendre ; certes, Bérengère et son mari avaient tenté de s’interposer, mais s’il avait suffi d’un bon droit pour calmer le second, la première avait opposé plus de résistance ; je lui avais donc offert une occasion rêvée d’avoir à nouveau recours à la rhinoplastie, pour d’excellentes raisons cette fois-ci. Curieusement, mes souvenirs sur la suite étaient plutôt flous. Du moins jusqu’à ce que mon téléphone me signale la réception d’un SMS.

Mr Odieux vou avé déchiré, surtou kan vou ete devenu berserk en dékouvran kil y avé ke dé makarons en dessert. PS : vou étié tré sexy kan vou tapié mon bopère, je vous <3

La jeune lycéenne qui n’avait pipé mot à table  avait dû récupérer mon numéro sur l’une des cartes de visite ayant chu de mon veston lorsque finalement, Bertrand, le judoka de la soirée, avait réussi un magnifique ippon en m’évacuant par la fenêtre.

Sentant mon ventre gargouiller suite à ce frugal repas, je me mis à penser à une hallucination liée à la faim lorsque je vis apparaître devant moi un homme en costume blanc étincelant, tendant une main pleine d’amour et de compassion dans ma direction.

“Viens à moi, Odieux, et tu n’auras plus jamais faim.
- Je… Jésus ?
- Non.
- Mais alors, qui ?
- Contente-toi de m’appeler Colonel ; suis-moi, et je t’emmènerai dans un pays où les collines sont de poulet et les rivières de sauce piquante ; ceux qui se prennent pour les pharaons de la gastronomie te diront que c’est mal parce que c’est pour la plèbe, mais tu verras, c’est autre chose que de manger trois feuilles d’endive au tapioca en tout et pour tout.”

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Me relevant pour suivre ce prophète, je n’entendis même pas le vent qui, traversant la fenêtre brisée qui dominait la scène, portait une voix rigolarde qui disait :

Et bien quelle soirée ! Je vais mettre une bonne note pour l’ambiance !

Et un essaim de rires polis fusa, s’envolant en tournant au-dessus des toits pour filer vers le ciel nocturne de Paris.

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