"Dans l’affaire Hunger Games contre Divergente, je laisse la parole à la défense."

D’un geste mou, le juge signifie à l’avocat qu’il doit se lever : celui-ci fait un clin d’œil à sa cliente avant de s’exécuter et d’aller se placer devant le banc des jurés. Il tousse dans son poing, fait quelques mouvements de bras pour dégager ses longues manches pendantes, puis débute.

"Mesdames et Messieurs les jurés, je comprends votre trouble. J’ai entendu, comme vous, les arguments du demandeur qui prétendrait que le livre Divergente ne serait qu’une pâle copie de son chef d’oeuvre, Hunger Games. Et pourtant ! Il n’en est rien ! Alors ouiii, on pourrait éventuellement mettre en parallèle le fait que les deux se déroulent dans un univers post-apocalyptique. Certes, les deux se passent aux Etats-Unis. Bon, d’accord, les deux parlent d’une société qui s’est recomposée autour de factions aux rôles bien définis. Par un heureux hasard, il y est aussi question d’ordre. Par une formidable coïncidence, dans les deux cas, il s’agit d’une héroïne. Probablement à cause de l’alignement des planètes, dans les deux cas, cette dernière se retrouve à remettre en cause l’ordre établi alors que les autorités ont les yeux sur elle. Et ouiii, par un fameux miracle statistique, les deux se retrouvent à vivre une histoire d’amour avec un type qui a un nom à la con, mais tout de même : est-ce bien suffisant pour accuser ma cliente d’avoir resucé très fort l’oeuvre d’autrui ?"

L’ensemble du jury hochant vigoureusement la tête, l’avocat se gratte le menton, déçu : ça lui paraissait être un excellent argument. Au moins de la même qualité que les livres cités. Il détourne la tête :

"Monsieur le Président, puis-je m’entretenir avec ma cliente ?
- Mais, faites Maître Connard."

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D’un geste, je bondis vers ma cliente qui paraît nerveuse : le jury chuchote en la regardant et l’affaire paraît bien mal engagée. Tout de même, je la questionne :

"Ecoutez, je sais que vous m’avez pris pour ma mauvaise foi, mais tout de même, là ça devient compliqué.
- Maître, au prix où je vous paie, j’espère que vous pouvez faire mieux. 
- Heureusement que votre éditeur ne vous a pas dit la même chose.
- Hein ?
- Non, rien. Bon, vous savez quoi ? Nous allons utiliser l’argument ultime. Puisque sur le contenu ça va être compliqué, on va jouer sur le contenant."

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Je retourne vers le jury pour mieux tirer de ma manche un ouvrage que je présente aux yeux de tous :

"Voyez ce livre ! Il s’agit de Hunger Games ! Observez-le bien !"

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"Vous l’avez bien regardé ? Parfait, alors à présent, voyez le livre de ma cliente, il n’a strictement rien à voir !"

Divergeplanque

"Alors, vous voyez ! Aucun rapport !
- Maître, pourriez-vous retirer le papier blanc que vous avez collé sur la couverture ?
- Le pap… Monsieur le président ? Hoooo, tiens oui, ça alors ! Il a dû se glisser entre mes doigts par accident !
- J’insiste.
- Rhooo."

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D’un coup de doigt, le papier tombe, révélant ainsi la couverture complète.

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Je retourne vers ma cliente d’un vif entrechat.

"Alors Maître ? Vous pensez que le jury a remarqué quelque chose ?
- Je ne sais pas trop. Là ils rigolent. 
- Quelle est la suite du plan ?
- On spoile le film. Vu comme Hunger Games était une daube, avec un peu de bol, votre adaptation sera moins débile. On peut jouer dessus.
- Je compte sur vous Maître Connard !"

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Alors, Divergente, honteuse copie de Hunger Games ou oeuvre en soi ? L’héroïne est-elle moins stupide ? Le monde plus crédible ? Et surtout, peut-on trouver un nom plus con que "Pita" ?

Spoilons mes bons !

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L’affiche : si je vous dis que l’un des deux personnages a en fait le vertige, vous me croyez ? C’est lamentable, mais vous devriez.

Notre film commence du côté de Chicago, célèbre cité des Etats-Unis d’Amérique. Hélas, nous sommes dans un futur plus ou moins proche, et la ville n’a plus son étincelante beauté d’antan : ses buildings sont en piteux état et couverts de simili-éoliennes, et la végétation a repris ses droits sur une partie de la cité. Par ailleurs, une gigantesque enceinte fait le tour de la ville, probablement pour éloigner les Mexicains, et est couverte d’un enchevêtrement de passerelles qui monte si haut que même la grande roue du coin, à côté, fait doucement ricaner. Mais que s’est-il passé ?

La guerre, mes bons, la guerre !

Une voix off nous l’explique : une grande guerre aurait ravagé la Terre et celle-ci serait en ruine, les derniers humains s’étant regroupés et enfermés à Chicago avant de refonder la société pour que plus jamais de conflit n’éclate. Comment, me direz-vous ? C’est bien simple : en divisant le peuple en cinq castes ! Parce que les castes, c’est connu, ça apporte la paix éternelle, tout ça, si si. Chut. Arrêtez. Mais, détaillons !

Tout d’abord, il y a les Érudits : vêtus de bleu, ce sont des chercheurs, des savants, et ils s’enferment dans leurs bibliothèques pour jouer avec leurs tablettes tactiles et percer les mystères de l’univers, à moins que ce ne soit pour essayer de trouver le dernier Hot-Spot pré-apocalypse pour se connecter à Youporn. On est pas bien sûr.

Ensuite viennent les Fraternels : drapés de rouge, ils travaillent la terre et nourrissent donc la cité. La voix off se sent obligée de préciser qu’ils sont toujours souriants et sympas, parce que les gens de la terre, ils sont comme ça. La voix off n’a jamais dû assister à une manifestation d’agriculteurs ou voir les scores du Front National à la campagne.

Puis viennent les Sincères : dans leurs vêtements blancs, ils rendent la justice, puisqu’ils se passionnent pour la vérité, qu’ils balancent à autrui sans pincettes. Par exemple, quelqu’un qui balance "Moi, j’aime pas les Noirs !" est très sincère, donc du coup, il fera un excellent homme de justice. C’est bien, ce système, dites-donc.

Ils travaillent aux côtes des Altruistes : dans leurs tenues grises, ces derniers ont en charge, de par leur absence d’intérêts personnels, des questions relatives à la gestion de la cité, pour laquelle ils prennent les décisions. Ils distribuent la nourriture aux sans-clans, qui n’étant intégrés nulle part, fouillent les poubelles. Ce qui est un peu se foutre de la gueule du monde, puisque du coup, ça veut dire qu’au lieu que les Fraternels distribuent leur propre nourriture, ils doivent d’abord la filer aux Altruistes pour qu’ensuite ces derniers puissent passer pour des mecs à la cool. Désintérêt personnel, hein ! Mais bon, il faut bien faire des images de gentils qui donnent à manger aux pauvres, sinon on ne comprendrait pas bien que ce sont les gentils.

Enfin arrivent les Audacieux : vêtus de noir, ils sont à la fois la police et l’armée, si problème il y avait. Ils sont tout fou-fous et courent dans tous les sens, mais nous y reviendrons.

Et… c’est tout.

Non, il n’y a pas de caste des techniciens. Ni des artisans. Ni des cuisiniers. Ni des artistes. Ni… bon, je ne vous fais pas la liste, mais pour résumer, les gens utilisent des voitures dans un monde sans ouvriers, travaillent sur des tablettes tactile en parfait état probablement fabriquées à partir de circuit imprimés que les Fraternels font pousser dans le lopin juste à côté des patates, quant aux médicaments, on va supposer que la grande guerre a été menée par les homéopathes et qu’en plus ils l’ont gagnée (probablement en diluant une bombe atomique dans de l’eau sucrée, ou autre arme maléfique de ces fourbes).

Le film n’a pas commencé et c’est déjà complètement branlant. J’ai envie de dire : chapeau. Je pense qu’il y a une sorte de compétition malsaine à Hollywood, et que les candidats sont sacrément doués.

Passons ou je vais finir par prendre ça pour une provocation à mon égard.

Et retrouvons notre héroïne : Béatrice Prior, 16 ans, appartenant à la caste des Altruistes puisque ses parents le sont. Et non, on ne peut pas être enfant de parents de deux castes différentes : probablement que chaque clan a sa propre parade amoureuse et que du coup, ça empêche l’accouplement inter-espèce. On se souvient ainsi de la terrible expérience de cette Érudite tombée amoureuse d’un Fraternel, qui lorsqu’elle commença sa parade (lui faire jouer un scénario des Masques de Nyarlathotep), se vit répondre celle de l’être aimé (une chanson paillarde intitulée "Motoculteur, je motoculte"). Le résultat fut si terrible que l’on préféra oublier cette option.  Et enterrer les deux protagonistes.

Toujours est-il que Béatrice a un frère, Caleb, une maman, certes, mais aussi un papa qui est membre du conseil de la cité. La vie irait plutôt bien si Béatrice ne se sentait pas… disons, pas à sa place. Son frère Caleb fait pourtant  un Altruiste parfait : il aide tous ceux qu’il croise naturellement. Alors que Béatrice, à moins qu’on ne lui mette des coups de pied au derche, bon, elle s’en fout un peu. Ah, elle aimerait tant être une Audacieuse, ces chiens fous qui font des choses fabuleuses, comme escalader des murs, escalader des murs, ou mieux encore, escalader des murs !

Pardon ? Non, ils ne font rien d’autre. Oui, dans ce film, la définition "d’audacieux" est "qui kiffe le parkour". Je vous le dis tout de suite parce que moi, naïvement, j’ai attendu jusqu’à la fin du film qu’ils fassent preuve d’audace, hein. Au fond, je suis un grand optimiste.

Et ça tombe bien cette histoire, parce que dans cette société, à 16 ans, les adolescents sont invités à passer un test, qui va déterminer à quelle caste ils devraient appartenir pour le restant de leur vie. Dans 95% des cas, les gens nés dans une caste y restent, mais les 5% restants se découvrent une vocation pour une autre, qui leur ressemble plus. Dans tous les cas, le test n’est qu’un indicateur : le choix final revient à l’adolescent lui-même, puisqu’à cet âge là, on fait toujours les meilleurs choix.

Autant vous dire que Béatrice est un peu stressée en se rendant à son test, puisqu’elle n’a pas trop envie de rester une Altruiste, crotte de bique, c’est nul de porter des pulls qui grattent et de causer avec les prolos. Elle veut du rêve, bon dieu ! D’ailleurs, lorsqu’elle arrive devant le centre où se déroulera le fameux test, les Altruistes sont pris à parti par un Sincère qui se fout de leur gueule, voire limite les agresse, mais personne ne fait rien : les autres Sincères, pourtant chargés de la justice, trouvent ça tout à fait normal, quant aux Altruistes, ils laissent le mec pris à parti se chier dessus, parce que vous comprenez, on veut bien être Altruiste, mais pas aider les autres.

Décidément, mon dictionnaire ne doit pas être à jour.

Qu’importe : arrivent les Audacieux, qui ont pour moyen de transport une rame de métro aérien qui ne s’arrête jamais et tourne en ville en boucle, faisant que les larrons doivent sauter pour en sortir ou y rentrer, ce qui fait plus cool (et probablement 5 morts et 10 blessés chaque mois). Tout le monde a donc des étoiles plein les yeux, parce que les Audacieux, ils sont vraiment trop cools à faire du parkour. Puis, il faut aller passer son test, ce qui est fort simple : pas de sujet de bac, de brouillon ou de raclure qui redemande cinq fois des copies doubles, non ; ici, chacun s’enferme dans un petit cabinet médical où l’attend un adulte – une Audacieuse dans le cas de Béatrice – qui lui dit de boire l’équivalent local du LSD, je suppose. Et lors de ce trip sous acide, notre héroïne doit affronter des hallucinations qui détermineront la caste où elle doit atterrir.

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"N’aie pas peur, je suis là pour vérifier que tu ne fais pas d’overdose. Et si tu reveux du crack, tu n’as qu’à me demander."

Oui, moi aussi je trouve sympa le concept de filer de la drogue à des ados avant de leur demander de faire le choix le plus important de leur vie une fois défoncés. Combien sont-ils à avoir expliqué dans un filet de bave qu’ils avaient vu leur vocation : c’était devenir un puuuuutain de pâtissier-magicien, si si, ho putain, je suis déééfoncé, vas-y, passe passe passe le oinj’, y a du monde sur la corde à linge ? Les Erudits doivent planquer les statistiques sous la Méta-amphétamine.

Ils sont taquins, dans cette société du futur.

Bref, l’hallucination de Béatrice  se déroule ainsi : elle est dans une salle avec des miroirs, et un de ses reflets lui dit qu’elle doit choisir un objet parmi ceux qui viennent d’apparaître à côté d’elle, à savoir un couteau, un pavé de viande, et comme je n’ai pas bien vu le reste, je décide donc qu’il y aura un ukulélé, une photo dédicacée de Ben Affleck et un demi-paquet de Pépito. Notre héroïne a donc l’idée intelligente de demander "Mais pourquoi ?" mais c’est trop tard, les objets ont disparu. Et à la place, un chien vient d’apparaître… et s’apprête à croquer une petite fille qui semble être une version plus jeune de Béatrice ! "Bon sang !" pense Béatrice "Que n’ai-je pris le paquet de Pépito, j’aurais pu lui lapider la gueule !" mais tant pis : ni une, ni deux, elle bondit sur le teckel fou et l’arrête avant qu’il ne croque un mollet de l’enfant… et se réveille !

A côté d’elle, l’Audacieuse en charge du test qui surveillait des écrans pour voir le résultat en direct est toute en sueur : jamais personne n’avait sauté sur le chien !

Ah bon ? D’habitude, les gens en voyant le pavé de viande et la photo de Ben Affleck comprenaient directement ce qui allait se passer et réagissaient en conséquence ? Ils sont forts, quand même! Bon, enfin c’est bien gentil votre affaire, mais alors, Béatrice, qu’est-elle ?

"Je ne peux rien te dire, souffle l’audacieuse un peu paniquée. Fuis, passe par la porte de derrière, rentre chez toi et dis que le sérum t’as rendu malade, que ça n’a pas fonctionné !
- Mais enfin, pourquoi ? Que se passe-t-il ? Que suis-je alors ? Une Altruiste ?
- Tu veux vraiment le savoir ? Tu es une Altruiste. Mais aussi une Érudite. Et une Audacieuse ! Tu es tout à la fois !
- C’est impossible !
- Tu ne rentres dans l’ordre des choses… tu es une Divergente !
- C’est marrant, ça sonne un peu "Manif’ pour tous", dit comme ça.
- Ça suffit ! Tu représentes un danger en n’ayant ta place dans aucune caste : tu ne dois rien dire  ! A personne !
- D’accord, mais pourrait-on reparler de la signification du teckel et de la boîte de Pépito ?"

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Nous ne saurons jamais pour ce dernier point : c’est terrible. Pourtant, ce test avait l’air tellement pratique et cohérent.

Détail rigolo : on explique à notre héroïne que ne rentrer dans aucune caste, c’est être une divergente, un danger. Il faudra donc m’expliquer d’où sortent les sans-castes qui fouillent les poubelles et attendent l’aumône des Altruistes, que l’on a le bon goût de laisser de côté et de traiter comme de la merde, parce que comme ça, nul doute qu’ils n’auront aucune envie de révolution. On pourra me dire "Ce sont peut-être des gens qui ont été rejetés par d’autres castes ?" sauf que non puisque plus tard dans le film, il sera bien expliqué que la simple idée de virer quelqu’un d’une caste est totalement absurde et n’a jamais été fait jusqu’alors. Et au début du film, on disait bien que ce n’étaient pas des criminels, juste des gens n’ayant "pas trouvé leur place".

Donc soit les divergents se ramassent à la pelle, et le film ne tient pas, soit les sans-castes n’ont aucune raison d’exister, et le film ne tient pas.

Vous avez le choix, attention, c’est pas facile. Moi je suis allé demander la réponse à la dame qui vend les tickets à l’entrée du cinéma, mais elle a dit que je commençais à faire chier avec mes commentaires. Je vous jure, on vit dans un monde de petits malappris.

Bref : Béatrice rentre chez elle et raconte que oui, elle a été malade durant le test, tout ça, et tente d’être aussi crédible que possible, par exemple en racontant comment elle a vomi ou pourquoi il va falloir sceller les toilettes au chalumeau. Ses parents la rassurent et lui disent que demain aura lieu la cérémonie du choix. Test ou non, c’est donc à Caleb et Béatrice que revient le choix de leur caste. Papa Béa fait tout de même remarquer que Béatrice n’aurait pas dû filer du centre de test par une porte dérobée, même malade : les Érudits, en ce moment, surveillent de près les Altruistes… certains les soupçonnent même de vouloir prendre le pouvoir. Ils colporteraient des ragots comme le fait que Marcus, le chef des Altruistes, aurait battu son fils par le passé et serait donc trop vilain pour gérer la cité. Donc, prudence avec les actes et les choix.

Soit.

Le lendemain, donc, toute la cité (qui selon les plans, fait quelques centaines ou plusieurs milliers d’individus) se réunit dans l’amphithéâtre du coin pour la cérémonie du choix. Cinq vasques sont disposées, chacune avec le sigle d’un clan. Les jeunes de 16 ans ayant passé leur test la veille sont chacun appelés et doivent se couper la main pour verser une goutte de sang dans la vasque de la faction qu’ils veulent rejoindre. Les jeunes défilent, et dans 95% des cas, ils choisissent leur caste d’origine. A part un Sincère qui met son sang dans le bol des Fraternels : probablement que toute sa vie, il avait rêvé de se péter le dos, de bouffer des betteraves et de s’exprimer avec un fort accent picard ; il va enfin pouvoir accomplir son destin. Surprise, aussi : Caleb, pourtant un Altruiste évident… choisit la caste des Érudits !

Quant à Béatrice, elle hésite… et décide de rejoindre les Audacieux.

Les parents des deux marmots sont choqués, voire en pleurs : lorsque l’on quitte sa caste, on n’y revient jamais. Ils ne reverront donc plus leurs enfants ! Quelques derniers regards et, ha ! Chacun part avec sa nouvelle grande famille. Nous suivons donc Béatrice qui suit les Audacieux à l’extérieur de l’amphithéâtre, qui se mettent à courir partout et à faire du parkour sur fond de Woodkid : heureusement que notre héroïne avait la moyenne en sport, puisqu’elle peut donc suivre cette bande de débilous hyperactifs jusqu’au rail de leur fameux métro aérien pour y sauter en marche. Dans la rame, elle fait la connaissance de deux autres transfuges d’autres factions : Christina, qui débarque de chez les Sincères, et… un type de chez les Érudits. Comme les personnages secondaires masculins qui entourent l’héroïne chez les Audacieux sont tous complètement interchangeables, j’en déduis que nous venons de trouver là un nid à Jean-Jacques. Bref, il faut environ 17 secondes pour que Christina et Béatrice deviennent les meilleures amies du monde, puis, elles doivent suivre les Audacieux qui continuent de sauter partout parce qu’ils n’ont pas eu leur ritaline, par exemple en se jetant du métro aérien pour atterrir sur le toit d’un immeuble voisin. Sur place, on leur indique un grand trou dont on ne voit pas le fond dans lequel sauter pour rentrer chez les Audacieux ; Béatrice se lance, et après une chute impressionnante atterrit dans un grand filet : c’est l’entrée du QG de la faction !

Sur place, d’autres Audacieux l’accueillent et l’aident à sortir du filet en question. L’un d’entre eux, grand, beau et fort, semble être le chef et lui demande :

"Comment t’appelles-tu, petite nouvelle ?
- Bé…
- Attends, avant de me répondre, sache que comme tu as choisi une nouvelle vie, tu as aussi le droit à un nouveau nom. Mais tu dois le faire là, tout de suite, au débotté.
- Bon bin alors je m’appelle "Tris"."

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Je vous donne tout de même le reste du dialogue, coupé au montage.

""Tris" de Béatrice ? Comme "Bella" de Isabella dans Twilight ? Toi aussi tu trouvais que ton nom avait trop de syllabes ?
- Hé ho, ça va, c’est la faction des Audacieux que j’ai rejoint, pas celles des langues de pute. Et puis d’abord, je pensais avoir touché le fond à vivre dans un monde où tu choisis l’orientation de toute ta vie lors d’un trip sous acide, mais me retrouver face à des mecs qui demandent en plus à des ados de 16 ans de se trouver un pseudo en 5 secondes, je t’avoue que je commence à me demander si vous n’êtes pas tous un peu cons.
- Hmmm. Je ne vois pas de quoi tu parles : laisse-moi plutôt te présenter tes nouveaux compagnons. Voici Dark_Lord.
- Salut.
- Princesse_Poney83…
- Salut.
- Et là ces 62 types s’appellent tous "Batman". 
- Salutsalutsalutsalutsalut."

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Bref, après avoir enchaîné autant de concepts idiots, le Monsieur grand, beau et fort se présente : il se nomme "Quatre". Christina fait aussitôt une blague sur ce nom ridicule, mais elle se fait rabrouer. Personnellement, je pense que ce garçon a été nommé d’après les résultats de son test de QI, mais qu’importe, déjà, il divise les nouveaux en deux groupes. D’un côté partiront ceux qui sont fils et filles d’Audacieux, et d’un autre iront les transfuges. On en profite pour leur faire faire le tour du propriétaire : le QG des Audacieux se résume à une sorte de carrière souterraine installée sous d’anciens hangars et où tout le monde s’habille en cuir, kiffe les piercings et les tatouages, et écoute du Woodkid à fond (décidément, ils avaient dû se payer les droits de l’album). Soit.

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Voici donc "Quatre". C’était chaud de faire pire que "Peeta" l’homme-kebab : ils l’ont fait. Quel talent.

Les transfuges découvrent leur dortoir : jusqu’à ce qu’ils aient terminé leur entraînement, ils vivront dans une espèce de vieux truc collectif où l’intimité n’existe pas et où on ne trouve que le minimum vital. Puis, ils sont invités à découvrir la cantoche des Audacieux, où on mange des burgers et tout, parce qu’on est jeune et cool. L’occasion pour Tris d’essayer de taper la causette avec Quatre, qui l’envoie péter en lui demandant d’où elle se croit permise de lui adresser la parole, dis-donc, biatch.

Je ne sais pas ? Parce qu’elle est "Audacieuse" ? Mais non : personne ne pense à cette réponse. Ni à aller voir ce que ça veut dire, d’ailleurs.

A la place, on a juste Christina qui intervient pour dire à Tris "Hihihi tu as parlé à ce bogosse de Quatre, huhuhu, tu es folle ! Il aurait pu te tuer !" alors que je le rappelle, dans la scène précédente, Christina à peine arrivée vannait le Monsieur sur son prénom. Encore une fois, j’aime ce don qu’a Hollywood pour payer des scènes et dialogues qui ne servent qu’à souligner des incohérences. Qu’importe : quand tout le monde a mangé, on découvre 4 adultes qui arrivent dans la cantine, parce que oui, chez les Audacieux, tout le monde a moins de 20 ans il faut croire. Et les seuls adultes sont tous des mecs : il faudra qu’on m’explique comment ils se reproduisent. Probablement par mitose, un peu comme les cadres du Parti Socialiste, mais là n’est pas le sujet. Les vieux de la vieille expliquent donc que les nouveaux vont commencer leur entraînement sous peu pour devenir de vrais Audacieux, en route, donc.

Car en effet : on les confie aux soins d’Eric, une grosse brute un peu débile, qui leur explique les règles.

"Bonjour les nouveaux. Pour devenir des Audacieux, il va falloir passer plein de tests, physiques et mentaux, pour tester votre résistance à l’effort et à la peur et faire de vous des bêtes de guerre. Il y aura un classement, et ceux en queue de peloton… seront rejetés et deviendront des sans-clans !
- Haaaan ! Mais on nous l’a pas dit quand on a choisi la faction ! C’est dégueulasse !  Si j’avais su…
- Tu aurais choisi une autre faction ? Non ! Et puis c’est une nouvelle règle."

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Voilà, c’est ce que je disais : tout le monde est choqué à la simple idée qu’une faction puisse rejeter des gens comme ça, hop. Et visiblement, c’est une règle qui n’avait jamais existé nulle part auparavant, d’où le choc. Donc vraiment, d’où sortent les sans-clans ? Mystère. N’empêche, j’aime bien le principe : on prend des gens, on leur fait suivre un gros entraînement militaire, et ensuite seulement on les jette comme des crottes. Nul doute que des gens humiliés, n’ayant plus rien à perdre et entraînés à jouer les commandos ne poseront aucun problème dans la nature.

Je commence à me demander si le nom original de la faction n’était pas "Les Trépanés". Ou "Les grosses buses", hein, je reste ouvert.

En tout cas, l’entraînement commence : course, lancer de couteau, tir au fusil (ce sont probablement les Fraternels qui font là encore pousser armes et munitions sur un arbre à Smith & Wesson), arts martiaux… soyons clairs, Tris a du mal, puisqu’elle est un peu gentille et pas assez offensive. Mais comme elle veut absolument devenir une vraie Audacieuse, elle s’entraîne plus que les autres, et de la queue du classement, elle remonte doucement. Quatre en plus vient l’aider lors de séances où il la tripote pour "guider ses mouvements" (le procès pour harcèlement sexuel n’est pas loin) et passe son temps à lui chuchoter de bons conseils comme "Utilise ta vitesse", "Ne baisse pas ta garde" ou "Bois ce verre, je te jure, je n’ai rien mis dedans, hahaha, mais non, c’est du sucre, hem."

Eric, lui, se révèle être un vilain petit chef tyrannique, qui martyrise les recrues et passe son temps à leur dire qu’elles doivent fermer leur gueule, obéir quoiqu’on leur dise, et ne pas réfléchir.

Attendez, encore une fois, quelle est la caractéristique principale pour recruter dans cette faction ? L’adoss… l’uda…. l’auda… ah, je ne sais plus. Ce n’était sûrement pas très important. Mais ça voulait sûrement dire "Gens qui aiment fermer leur gueule et rester à leur place".

Non mais ?

Après des plombes d’entraînement et de scènes où Quatre fait glisser ses mains sur les courbes de Tris sous divers prétextes, nos héros sont invités à passer le test final des épreuves physiques : une grande opération de guérilla dans les ruines de Chicago où chaque équipe doit aller piquer son drapeau à l’autre. Eric est le capitaine d’une équipe, et Quatre de l’autre. Soit dit en passant, on a appris que Quatre avait été le premier à tous les exercices durant sa formation, et que les Audacieux l’avaient voulu plusieurs fois comme chef mais qu’il avait refusé, probablement puisque trop cool. Alors que Quatre réunit son groupe dans un coin et commence à discuter d’un plan, Tris… se barre ?

Hé, tu le dis si on te fait chier, hein.

Qu’importe : comme ils sont proches de la grande roue du coin, elle décide d’aller y faire un tour.

Et Quatre l’y rejoint.

Il faudra donc me dire ce que font les autres pendant ce temps : le chef s’est barré en plein milieu du plan du coup ils ont sorti leur jeu des 7 familles ? Toujours est-il que Tris entreprend d’escalader la grande roue pour "repérer l’équipe ennemie". Quatre commence donc à la suivre, mais ralentit pour avouer à mi-chemin qu’il a beau être über-audacieux, il a une grande peur : il a le vertige.

Je retourne en parler à la Madame de l’entrée du cinéma et je reviens, j’aimerais avoir son avis sur la question.

Non parce que je reformule : le champion de la faction des mecs qui font du parkour, sautent d’immeuble en immeuble, font les zazous sur le métro aérien et ont pour mission de protéger l’immense enceinte couverte de passerelles branlantes qui entoure Chicago a le vertige.

Et personne ne l’avait remarqué.

Mais pourquoi ? Pourquoiiiiiiiiii ? La prochaine fois, on découvre que le chef des Érudits est analphabète et fait semble de lire L’âne Trotro en prenant un air concentré à chaque fois que l’on rentre dans son bureau ? Mais qu’est-ce que vous fumez avant d’écrire ? Non parce que à part du pétard chargé aux métaux lourds, je ne vois pas bien pour arriver à des résultats aussi lamentables. Essayons de nous concentrer sur la suite.

Tris escalade donc la grande roue et une fois au sommet, seule avec Quatre qui se révèle faible et kikinou sous sa carapace de gros dur, elle repère l’ennemi, planqué dans un vieux clocher. Ni une, ni deux, nos loulous équipés "d’armes à seringues neurologiques simulant la douleur d’une blessure par-balles" (le paint-ball ou l’airsoft, c’était trop cher, et en cas de seringue dans l’œil, on va supposer qu’il repousse) vont donc péter la gueule aux margoulins, et comme il se doit, l’équipe de Tris sort victorieuse de l’affrontement. Pour fêter ça, les Audacieux ont prévu une petite cérémonie de fin des épreuves physiques, consistant en un gigantesque tour en tyrolienne (non, ne cherchez pas) au travers de tout Chicago et où le candidat risque de mourir tous les deux mètres et d’en chier pour freiner.

On espère donc que Quatre n’est jamais passé par là, sinon arrivé à destination, il devait avoir un petit fumet. "Cette odeur chaude et nauséabonde ? C’est heu… la tyrolienne. Les… les freins ont chauffé. Voilà voilà."

J’en déduis donc que dans son cas, la cérémonie était "en Tyrolien", et on se contentait de chanter en Allemand tout en sautant sur des chaises. Et seulement raisonnablement haut.

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Audacieux.

Les épreuves physiques terminées, les novices Audacieux commencent à participer à la vie de la cité. Ainsi, alors que Tris participe au déchargement de sacs de nourriture pour ravitailler le QG de sa faction, quelqu’un lui envoie de la lumière dans la gueule à coups de miroir depuis un coin sombre. Intriguée, et un peu bougonne parce que c’est chiant quand même, notre héroïne va donc sur place et découvre… sa mère ! Qui est heureuse de la revoir et lui dit que "Attention Béatrice, je sais que tu me mens sur ce qu’il s’est vraiment passé à ton test. Méfie-toi des épreuves qui arrivent chez les Audacieux : ils vont rentrer dans ta tête, et il y a des choses qu’ils ne doivent pas découvrir !"

Ne t’inquiète pas Maman : s’ils arrivent à rentrer là-dedans, le contact direct avec le néant absolu devrait vite les calmer.

Avant que Tris ne puisse demander à sa mère d’où elle connait la suite des épreuves des Audacieux, cette dernière disparaît tel un ninja, woush woush. Ho, j’en profite pour le préciser : dans un moment de doute durant l’entraînement, Tris et ses copains ont décidé de se faire tatouer (parce que les tatoos, ça règle tout) et alors qu’il n’y a que des modèles tribaux ou presque de disponibles, évidemment, Tris trouve le seul truc avec trois oiseaux kikinous qui portent des fleurs dans le bec à se faire imprimer sur la clavicule. Et sa tatoueuse n’est autre que l’Audacieuse qui lui avait fait passer le test qui lui répète des conseils du même acabit à savoir : "Tu n’aurais pas dû te planquer chez les Audacieux, ils vont te découvrir ! Personne ne doit savoir que tu es divergente. Ici, les gens comme toi, ils les tuent."

Okay.

En tout cas, les tests mentaux débutent peu après tout cela, et Tris est invitée à passer les siens avec Quatre (ça alors !). Le test est simple : dans un petit cabinet, on lui injecte un gros coup de drogue qui la fait halluciner (c’est varié, vraiment), et elle doit dès lors combattre ses peurs. Quatre, lui, verra sur un écran ce qui se passera dans son crâne. Et dans le futur, c’est tellement bien que l’écran en question fait même ses propres montages, et propose ainsi différents plans de caméra. Intéressant. Mais pour le coup, tourner des pornos fétichistes est aussi devenu beaucoup plus rapide et moins coûteux. Enfin ça, ce sont les Érudits qui le disent. Enfin qui disent l’avoir lu. Ou le tenir d’un mec qui aurait lu… oui, bon bref, c’est magique, pouf.

Après s’être pris un bon coup de seringue, Tris se retrouve donc face à ses peurs : dans un champ près de la frontière de Chicago, l’herbe autour d’elle prend feu. Puis, des corbeaux jaillissent et viennent lui maraver la gueule. Pire encore, quand elle tente de fuir, elle se retrouve à patauger dans un marais. Cependant, elle finit par se répéter très fort "Rien de tout cela n’est réel !" et hop, ça l’aide à fuir tout ce bordel. Sa dernière hallucination est un bocal dans lequel elle est enfermée et qui se remplit d’eau : consciente que ce n’est pas réel, elle brise la vitre sans effort et s’en sort…

… pour mieux se réveiller.

Et visiblement, le résultat ne plaît guère à Quatre : elle a réussi à vaincre ses peurs en 3 minutes du premier coup, quand les autres en mettent 20. C’est un nouveau record ! Et un record un peu suspect, d’après Quatre. Tout comme certains Jean-Jacques, qui commencent à se dire qu’elle a peut-être grugé. Et à chaque fois que le test est répété, les résultats sont peu ou prou les mêmes : Quatre finit donc par lui poser la question de savoir quels ont été les résultats à son test pour choisir sa faction. Et il semble très au courant du fait qu’elle ment… bref, tout cela sent un peu le pâté.

Paniquée, elle décide d’aller faire un tour chez les Érudits pour voir son frère avec qui elle veut partager son trouble.

Vous dites ?

C’était pas interdit d’aller voir les gens des autres factions, raison pour laquelle ses parents pleuraient et… non ?

Bon, on va dire que ça non plus, ce n’était pas important.

Sérieusement, il y a quoi qui tient rien que dans les concepts de base du film ? Même les trucs posés dans le pitch sont zappés au bout de quinze secondes !

Bref, au sein du radieux immeuble des Érudits (où tout est propre et blanc : la caste des femmes de ménage doit se cacher chez eux), Caleb papote un peu avec elle avec plaisir, mais lui explique qu’il a rejoint le point de vue des Érudits : les Altruistes ne devraient pas diriger la ville. Les Érudits seraient meilleurs pour cela. Tris est un peu déçue d’entendre son frère raconter ce genre de truc, et alors qu’elle va quitter le bâtiment, deux Érudits essaient de l’arrêter en y mettant un peu de force : elle commence à se battre avec eux quand soudain surgit Jeanine (c’est son vrai nom, ce film était un appeau pour ce blog), la patronne des Érudits, qui fait cesser ce trouble et invite Tris à venir papoter avec elle.

Bon, mais ils voulaient quoi les deux types qui l’ont agressée, en fait ? On ne saura pas. C’était peut-être pour déconner.

Allez, on va dire que c’était une mise en scène de Jeanine pour l’emmener dans son bureau, parce que juste demander poliment, elle n’y avait pas pensé.

Okay, donc je confirme : le champion des Audacieux a le vertige, et la chef des Érudits est une huître avec une moumoute.

Formidable, formidable.

L’entretien entre Jeanine et Tris est bref : Jeanine veut juste lui mettre une petite pression amicale pour bien lui dire que "J’espère que tu es bien une Audacieuse loyale à ta cité, et que tu tuerais père et mère pour le bien de tous". Sooooit  ? Bon, je ne cherche plus : toujours est-il que Jeanine la fait raccompagner par son chauffeur (un chauffeur Érudit, donc ? Le mec s’est fait arnaquer à un moment) chez les Audacieux. Sauf que sur place, trois hommes cagoulés l’attendent au détour d’un couloir et menacent de la balancer dans l’un des ravins qui parcourent la carrière souterraine !

Quel dommage que tous ces gens habitent dans un site en ruines super dangereux, alors que la ville est recouverte d’immeubles que personne n’a jamais pensé à remettre en état, soit dit en passant.

Bref, notre héroïne est sur le point de faire le grand saut quand arrive Quatre qui distribue des coups de tatane à qui ramène sa fraise. Dans l’affaire, l’un des assaillants a perdu sa cagoule : c’est Jean-Jacques ! Je ne sais plus lequel, mais un Jean-Jacques jaloux des résultats de Tris qui voulait du coup l’éliminer pour éviter de se faire jeter du clan ! Quatre, plutôt que de prévenir les autorités (surtout que rappelons-le : le QG des Audacieux est aussi le QG de la police), préfère emmener Tris qui est un peu choquée dans sa chambre à lui (bien joué petit malin, tu peux le dire : tu as payé les trois hommes cagoulés, va !), et la glisse dans son lit.

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jean-Jacques la cagoule et ses amis que personne ne cherchera plus à identifier du film, quand bien même ils ont tenté de tuer l’héroïne. Leurs cagoules doivent être enchantées.

Mais comme c’est un gentleman, lui dort par terre. Ah mais oui. Il est comme ça le garçon.

Et non, personne au dortoir-sans-intimité ne remarque que tiens, Tris a disparu et que dis-donc, elle sort de la chambre du chef au petit matin. Du coup, personne ne gueule au piston non plus : c’est donc bien. C’est vrai que c’est tellement peu intéressant comme information dans une compétition où on joue sa vie (une compétition où on joue sa vie ? Dit comme ça, ça me rappelle un autre film… hmm, mais lequel ?).

S’ensuit la révélation que tout le monde attendait (mais si !) : Quatre a compris depuis longtemps que Tris était divergente. Mais comme rapidement, tous deux se mettent à se rouler des patins, mais pas plus parce qu’il ne faut "pas aller trop vite" (encore une fois, vous qui avez un jour couché le premier soir, sachez qu’Hollywood condamne fermement votre attitude de dépravée), la confiance règne. Et Tris demande aussi à Quatre "Au fait, c’est quoi le tatouage que l’on voit tout le temps dépasser de ton T-shirt ? Il signifie quoi ?"

Oui, parce que Tris fait aussi partie de ces gens qui sont persuadés que les tatouages ont tous une signification profonde. Pas juste que des gens peuvent trouver ça joli. Non parce que sinon, j’en connais qui vont en chier pour expliquer philosophiquement leur dauphin à la cheville. La prochaine fois, elle tentera "Alors, ton piercing sur le nez, c’est par rapport à Kant ou Platon ?".

En tout cas, c’est un excellent prétexte pour que Quatre se mette torse-nu et révèle son affreux tatouage couvrant tout son dos, et probablement fait par un surfer mal inspiré. Au milieu de sigles tribaux grossiers, on retrouve donc les sigles des cinq castes, et Quatre explique : "C’est parce que je veux être plus qu’un Audacieux : je veux être Érudit, Altruiste, Fraternel, Sincère et..."

A ce stade, tout le monde a compris que Quatre était un divergent. Un divergent tellement intelligent qu’il a eu la bonne idée de se le tatouer en énorme dans le dos.

Juste une seconde : quelqu’un a vu passer le pétard aux métaux lourds ? J’en aurais bien besoin, là. Merci.

Il n’y a que Tris qui ne fait pas le rapprochement et se contente de baver un peu en faisant des bruits comme "Gnuuu...". Qu’elle est brillante.

Mais assez de moqueries : Tris finit par partager ses doutes sur ce que les Érudits préparent. Et Quatre, qui a expliqué que sa spécialité était "le renseignement", lui répond qu’effectivement, les Érudits semblent préparer un truc. Ça fait plusieurs fois qu’ils viennent traîner au QG des Audacieux et qu’ils trafiquent du matériel informatique et un sérum qui rend les gens "plus réceptifs à la suggestion". Intéressant.

Et ça ne vous dirait pas d’en parler, je sais pas moi : aux Sincères, la justice ? Aux Altruistes, le pouvoir politique ? Non ? Non, vous avez raison : peut-être qu’en fait ils veulent juste monter une LAN pour se faire du Counter-Strike. Et le sérum, c’est pour les mauvais joueurs. C’est complètement crédible : surtout ne dites rien !

Visiblement désintéressés de la question, nos héros décident de reprendre la phase 2 de l’entrainement de Tris, à savoir lutter contre les peurs. Car bientôt arrive le grand examen final, celui qui fera d’elle une Audacieuse à part entière : affronter ses peurs avec tout un jury qui regarde sur les écrans ce qu’il se passe dans sa tête. Quatre a alors une idée géniale :

"Tris, j’ai pensé à un truc. Tu sais, je t’ai déjà vue affronter tes peurs sur écran. Et j’ai vu que tu les affrontais comme une divergente, à savoir que tu t’en moques en te disant qu’elles n’existent pas, parce que non, personne d’autre n’a jamais pensé à le faire, et non comme une Audacieuse, c’est à dire en les affrontant. C’est pourquoi j’ai pensé à un truc. On va t’entraîner à agir comme une Audacieuse.
- Excellente idée !
- Et pour ça on va utiliser ce petit appareil qui va relier nos pensées : nous serons dans la même hallucination et nous l’affronterons ensemble. Je te guiderai.
- Génial !
- C’est donc parti, allons-y : explorons mes peurs.
- Que… quoi ? Mais attends, c’est complètement con ton affaire ! A quoi ça sert que je m’entraîne sur TES peurs sachant que je vais affronter les miennes le jour J ? Les corbeaux, le champ en feu, le marais, la boîte pleine d’eau, tout ça ? Ça me sert à rien ton truc ; tu vas m’entraîner à un exam que je ne vais pas passer, gros débilou !"

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Mais non : en fait, Tris se contente de trouver l’idée géniale, et perd donc un moment du film à explorer les peurs de Quatre dans une hallucination commune. C’est-à-dire affronter le vertige, la claustrophobie, le meurtre d’innocents et enfin, le père de Quatre qui le battait étant enfant… et n’est autre que Marcus, le chef des Altruistes ! Quatre peurs : d’où son nom "Quatre", ce qui souligne à quel point tout ce film semble être une succession d’idées pourries tirées d’un chapeau. Une fois que Tris a appris à combattre ces peurs qui ne lui serviront à rien, le jour J, elle est envoyée dans une grande salle où entourée d’Audacieux et d’Érudits (qui n’ont pourtant rien à faire là, mais ça ne choque personne), elle se retrouve donc à affronter ses peurs, sur lesquelles elle n’a pas révisé à cause du plan foireux de Quatre. Mais comme le script est de son côté, si si, en fait, grâce à l’entraînement de son amant qui n’avait pourtant rien à voir avec la choucroute, elle utilise le feu dans le champ pour éloigner les corbeaux qui l’attaquent, puis elle se retrouve dans la boîte pleine d’eau dont elle bouche l’arrivée avec son blouson, et enfin, elle doit affronter deux peurs nouvelles : celle de se faire violer par Quatre (elle lui explose les roudoudous), et celle de devoir tuer sa famille (elle fait feu sans hésiter avec un gros flingue). Du coup, à son réveil, tout le monde l’applaudit très fort, y compris Jeanine l’Érudite qui, j’insiste, n’a aucune raison ni droit d’être là, sauf pour appuyer qu’elle est méchante et surveille l’héroïne. A noter qu’elle n’a pas eu à affronter la peur du scénario de merde : ça, c’est son quotidien.

L’affaire conclue, tous les Audacieux qui ont réussi le test sont… sont…

Oui ? Que dites-vous ? "Et les fameux qui étaient en bas du classement ?" Ah bin eux, on en parle plus en fait. Un détail.

Ah si, vous vous souvenez Jean-Jacques-la-cagoule ? Celui qui avait agressé Tris ? Hé bien il est reparu juste le temps de s’excuser, expliquant qu’il était comme "sous contrôle" (je me demande bien par qui aloooors) mais Tris ne l’a pas cru, et du coup, humilié et pas vraiment bien placé dans le classement, il a décidé de tenter l’option suicide. Ou on l’a suicidé, mais dans tous les cas : tout le monde s’en fout. Pauvre Jean-Jacques-la-cagoule !

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J’allais oublier de vous montrer le tatouage très discret que s’est fait Quatre, qui cherche avant tout à ne pas se faire repérer. Chapeau l’artiste !

Après avoir célébré leur entrée officielle chez les Audacieux, tout le monde, y compris les anciens, est invité à se faire injecter "un dispositif tout neuf de géolocalisation", ce qui est donc fait à la chaîne. Puis, la troupe s’en va pioncer, parce que la journée a été longue.

Mais peu avant l’aube, Tris est réveillée par Christina à côté d’elle, qui a l’air… en transe. Tout comme tous ses camarades en fait. Tous s’habillent et vont chercher des armes sans dire un mot, et se mettent en ligne pour traverser le QG en ordre, silencieux. Tris décide de faire de même le temps de comprendre ce qu’il se passe, et ça tombe bien puisqu’au milieu des rangs, les Audacieux adultes et Eric, qui sont tous bêtes et méchants, dévoilent leur plan à haute-voix :

"Alors ! Tu es sûr qu’ils ne nous entendent pas ?
- Techniquement ils nous voient et nous entendent, hohoho, mais leur cerveau ne peut rien faire, ahaha ! Le sérum et le petit processeur que nous leur avons injecté en fait des marionnettes sous notre contrôle, tout ça grâce à notre salle informatique cachée derrière cette porte ! 
- Excellent : nous allons enfin pouvoir aider les Érudits à défoncer des relous d’Altruistes ! Mais, ce sérum, a-t-il des faiblesses ?
- Hé bien il ne marche pas sur les divergents… si seulement on en avait un sous la main !"

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A ce moment, par un heureux hasard, jaillit Bob-le-divergent, un type qui se met à courir dans les rangs en criant : "Houhou les copains ! Pourquoi vous êtes tous hypnotisés ? Qu’est-ce qu’il se passe ? Pourquoi je suis tout seul à être conscient ? Héhooo !". Les méchants lui collent donc une balle dans la tête pour bien montrer qu’ils ne rigolent pas avec les divergents, ah mais dis-donc ! Tris fait donc semblant de rien et rejoint planquée au milieu de ses camarades le métro aérien. Où elle repère Quatre ! Elle s’avance donc parmi ses camarades en transe pour aller voir si son copain est dans le même état auquel cas elle pourrait peut-être profiter de sa faiblesse face à la suggestion pour lui demander des trucs coquins ou lui faire des blagues comme lui dessiner un kiki au Velleda sur le front. Mais pas de bol pour elle : c’est aussi un divergent (et elle ne le réalise que maintenant), qui lui prend discrètement la main pour lui dire que oui oui, je suis bien conscient, chut. Elle range donc son Velleda discretos.

Ainsi, tout leur régiment de fripons est relâché sur le quartier où vivent les Altruistes, que l’on regroupe de force, en abattant ceux qui résistent.

Alors vous me direz que ça doit un peu énerver les Sincères, qui sont là pour faire la justice, mais non : ce sont un peu les Poufsouffle du coin, tout le monde s’en fout, y compris le script.

Bref. Durant l’affaire, Tris et Quatre arrivent à foncer à la maison de Papa et Maman Béa et la trouvent vide. Auraient-ils trouvé le moyen de filer, les larrons ? Sauf qu’en route, nos héros croisent Eric qui ricane très fort en les arrêtant "Alors Quatre ? On fait moins le malin maintenant qu’on est hypnotisé comme une bouse ? Espèce de gros naze !" mais hélas, Quatre se trahit quand Eric lui raconte une blague de Toto (celle de Toto qui a une fuite d’eau dans un monde post-apocalyptique où il n’y a pas de plombier). Damnation ! Malgré une brève tentative de résistance de Tris et lui, durant laquelle Tris se prend un pruneau dans le bras, ils sont bien vite arrêtés et emmenés voir la chef du coup d’Etat en cours qui, allez savoir pourquoi, passait par là : Jeanine, donc. Celle-ci est contente de trouver deux divergents en vie : elle va emmener Quatre pour faire des expériences dessus. Quant à Tris, qui est déjà entamée, elle peut bien aller mourir. Elle commande donc à ses hommes d’aller l’exécuter dans un coin.

C’est donc emmenée par le peloton d’exécution le plus lent du monde que Tris s’en va, et alors qu’ils la mettent en joue (leeeeeeeeeeeeeenteeeemeeeeeeeeeent, ils n’ont pas fait autant de chichis pour Bob-le-divergent), des coups de feu éclatent et tuent ses bourreaux : c’est maman Béa qui surgit d’un buisson, une arme à la main !

Heureusement que les centaines de soldats qui encombraient le secteur il y a encore une scène sont tous partis fumer une clope au même moment et n’ont rien entendu, hein.

Maman Béa fait donc une grosse confession : "Avant d’être une Altruiste, j’étais une Audacieuse ! C’est pour ça que je suis mi-Altruiste, mi-Yamakazi ! Maintenant, ramasse une arme et fuyons !". Ce qui est dit est donc fait, et le duo mère-fille essaie de filer vers les rues les plus proches, mais croise en chemin un véhicule transportant quelques soldats qui se lancent à leur poursuite. Équipées de leurs armes contenant environ 17 000 cartouches par chargeur, elles tuent un certain nombre d’assaillant, dont un Jean-Jacques en transe, ce qui choque un peu Tris quand bien même dans la salle personne n’avait jamais éprouvé la moindre compassion pour ce personnage au charisme proche de la feuille de calque. Mais dans la bagarre, Maman Béa se ramasse un pruneau et meurt en ordonnant à sa fille de rejoindre son père qui doit se cacher dans un quartier pas loin avec d’autres réfugiés.

Tris s’enfuit donc malgré les Audacieux qui lui tirent dessus. Mais pas trop, hein : par exemple, ils mitraillent les murs de la ruelle où Tris se planque quand ils ne la voient pas, et quand elle sort pour courir en ligne droite au milieu de ladite ruelle, ils ne tirent plus. Ils sont vraiment sympas, en fait.

En parlant de trucs sympas, Tris arrive dans le coin où son père est supposé se planquer. Poursuivie, elle rentre donc dans la première porte qui passe et… ho bin ça alors, c’est là que son père et tous les survivants se cachaient ! C’est tout petit Chicago, tout de même. Je crois que même Arcis-sur-Aube est un peu plus grand. Enfin bref, sur place il y a donc Papa Béa, des réfugiés, Marcus, le chef de la faction, et même Caleb, son frère, qui a quitté les rangs des Érudits sitôt qu’il a compris qu’ils allaient prendre le pouvoir sans pincettes. Tout ce petit monde réfléchit donc : mais comment arrêter les Audacieux complètement drogués ?

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"Quelle chance ma fille que les méchants aient débité tout leur plan à haute voix pendant que tu passais pas là !"

Tris sait : la base des Audacieux. Il y a là-bas le centre informatique d’où ils contrôlent les pauvres bougres. Et elle sait même comment y rentrer sans se faire repérer. Et non, son plan n’implique même pas une fausse moustache.

Accompagnée de son père, Caleb, Marcus et d’une paire d’autres types ayant encore moins d’intérêt que les précédemment cités, elle file donc au métro aérien, qui, oui, continue de tourner en boucle, saute dedans avec ses compagnons d’aventure, et les emmène au fameux toit d’où on peut sauter dans l’entrée du QG où elle était arrivée le premier jour.

Que non, personne ne garde, évidemment.

C’est pas comme s’il y avait un coup d’état en cours. J’ai vu des parties de Junta mieux encadrées.

En avançant, elle tombe tout de même sur un Jean-Jacques, qui n’a rien d’hypnotisé et coopère de son plein gré avec les Érudits. Il se fait donc péter la gueule et indique où se trouve la salle informatique qui sert de salle de commandement. Nos héros y foncent, et apercevant trois gardes qui défendent la place, plutôt que de s’organiser, Papa Béa fonce dans le tas en faisant des bruits comme "Yayayaya !". Il fait donc une diversion aussi spectaculaire que débile, puis meurt plombé par ses adversaires peu avant qu’eux-même ne se fassent descendre. J’aime beaucoup ces personnages qui meurent juste parce qu’ils s’ennuyaient. En même temps, je peux les comprendre.

Qu’importe. La salle de contrôle ouverte, Tris s’y engouffre seule pendant que ses camarades montent la garde dehors, prête à combattre tout le… le…

Mais j’y pense, elle ne s’était pas prise une balle dans le bras un peu plus tôt ? Ça va maintenant, tout va bien ? D’accord. J’ai dû rêver. Ou regarder un autre film pendant ce temps.

Bref, elle arrive dans la salle de contrôle et là, découvre Quatre assis, les yeux dans le vague, à ses côtés Jeanine qui ricane car oui, elle le contrôle lui aussi à présent ! En effet, pendant que nos héros fonçaient au QG des Audacieux, elle a réussi à terminer ce qu’elle faisait chez les Altruistes, à prendre sa bagnole, à revenir plus vite qu’un métro aérien qui ne marque jamais d’arrêt, à rentrer dans la base, gagner la salle de contrôle, refermer la porte blindée de celle-ci, puis rechercher un sérum de contrôle des divergents qu’elle a aussi mis au point dans la foulée avant de l’administrer. Et parce qu’il lui restait du temps, je crois bien qu’elle a préparé du cake aux fruits.

En parlant de cake tout chaud, Quatre se voit ordonné par Jeanine de tuer Tris ! Holala, comme c’est cruel ! Heureusement, se battant divinement bien grâce à sa guérison miraculeuse du bras, Tris non seulement se défend mais lui répète en boucle "C’est moi ! Arrête ! Mais si, tu sais, moi ! C’est parce que je suis habillée que tu ne me reconnais pas ?". Finalement, voyant que ça ne marche guère, elle ramasse un pistolet et plutôt que de tuer Quatre, le braque sur son propre front en lui hurlant de tirer et accessoirement, qu’elle l’aime. Ce qui arrête net Quatre.

Parce que oui, Quatre était chaud bouillant pour la tuer, mais pas si elle fait tout le travail en lui lançant des niaiseries.

Misère.

Quatre sort de sa transe et aidé de Tris, ils défoncent bien vite tous les agents de sécurité du centre de contrôle jusqu’à ce qu’il ne reste guère plus que Jeanine, qui refuse de coopérer. Un petit coup de son propre sérum dans la gueule plus tard, Quatre, qui n’a jamais vu comment fonctionnait l’espèce de logiciel qui permet de contrôler le cerveau des gens sous sérum mais sait parfaitement le faire quand même lui ordonne d’arrêter le coup d’Etat puis d’effacer tout le programme qui permettait de contrôler les pauvres gens. Elle appuie donc sur retour arrière puis lance un Format C: et aussitôt, tous les Audacieux qui entouraient les Altruistes se réveillent et se demandent ce qu’ils font là. En effaçant le programme, Jeanine elle-même sort de sa transe… et pleure donc de rage en voyant ses précieux efforts (pourris) réduits à néants.

Hélas, il faut partir : les Audacieux qui participaient au coup de plein gré retournent vers la base pour voir ce qu’il s’y passe, aussi nos héros filent donc tous bondir dans le métro aérien, toujours en pleine course, avant de s’éloigner à toute allure de Chicago (car oui, soudain, le métro a des rails qui vont en direction de l’enceinte autour de la ville, allons bon). Et…

Oui ? Oui, ils viennent d’arrêter le coup d’état oui. Et oui, plutôt que d’aller expliquer ce qu’il s’est passé pour rétablir la paix et faire que les Audacieux réveillés de leur hypnose les aident à se débarrasser des corrompus, ils se barrent en laissant tout en plan, comme ça, les Érudits et les Audacieux corrompus pourront continuer tranquillement leurs affaires et continuer de filer des ordres aux Audacieux innocents. En un mot comme en cent : jusqu’à la fin, ils auront fait n’importe quoi.

C’est donc sur cette ultime incohérence que s’achève notre histoire et…

… FIN !

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"Maintenant que nous avons sauvé la ville, barrons-nous en laissant les méchants en paix, histoire que la situation pourrisse suffisamment pour nous permettre de faire un 2 !"

_______________________________

"Bon alors Maître, c’était plutôt un bon film, non ?
- …
- Maître ?
- …"

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Elle me regarde en levant un sourcil jusqu’à ce que le président la fasse sursauter.

"Maître Connard, levez-vous ! Que demandez-vous pour votre cliente ?"

Je réfléchis un long moment, pendant que du bout des lèvres, elle répète encore et encore "L’acquittement !"

Je prends une grande inspiration, et au nom de la défense, déclare :

"Mais, la peine de mort Monsieur le président !"

Lecteurs, lectrices,

"Point d’article ? Mais enfin, que fait la police ?" grognez-vous en passant pourtant quotidiennement devant ces affiches pour Divergente qui semblent pour votre serviteur l’équivalent cinématographique (moui, bon, on va dire que si) du Bat-signal. Alors déjà, sachez que la police est déjà bien occupée à fouiller les sous-bois, d’ailleurs si elle venait à trouver quelque chose, je ne suis au courant de rien et Diego peut le confirmer, quant au Bat-signal, j’aimerais qu’on laisse ce vieux bourgeois conservateur de Bruce Wayne là où il est.

Tout cela pour dire que du neuf arrive bientôt, parce que dans mon humble échoppe 2.0, on aime bien alimenter les étals de produits frais.

En attendant, je laisse les plus érudits de mes visiteurs continuer à expliquer aux autres dans les commentaires du précédent article que "Mais non ce film n’est pas de la merde : vous n’avez juste pas compris.".

C’était donc ça.

Sur ce, je retourne travailler sur des projets top-secrets qui me permettent à la fois de trouver d’excellents prétextes pour mes retards, et surtout de me donner un côté mystérieux. On en reparle dans quelques semaines.

Maintenant, où diable ai-je mis ces horaires de cinéma ?

Comme chacun sait, je suis partisan des économies d’énergie, à commencer par la mienne.

Aussi, et comme le précédent article traitait des compétences hors du commun de nos amis de la presse (qui s’étonnent que leurs ventes baissent, rappelons-le, mais c’est la faute de la télé, d’internet, de la crise et des ninjas), permettez-moi dans une subtile transition de débuter celui-ci avec les critiques du film Snowpiercer : le Transperceneige.

Attention, c’est parti :

5/5 "La richesse de "Snowpiercer" est telle qu’il faudrait le voir encore et encore pour cerner tout ce qui fait de ce film l’oeuvre complexe et politique qu’on n’attendait plus."

- Cinema Teaser

5/5 "Une œuvre cinématographique à la fois divertissante, spectaculaire et foncièrement abstraite."

- Le Monde

5/5 "(…) un film d’action éblouissant sans jamais quitter l’espace clos d’un train lancé autour du monde."

- Les Inrockuptibles

5/5 "[Pour] Dans "Snowpiercer", on passe de l’effroi au burlesque, de l’action à la philosophie le temps d’une séquence dialoguée ou d’une explosion de violence. (…) Du caviar à la louche pour cinéphiles affamés. (NDOC : Ah oui, rien que ça)"

- Paris Match

Nul doute qu’avec des critiques pareilles, les lecteurs qui attendaient la critique d’un chef d’oeuvre seront satisfaits. Alors, Snowpiercer, véritable révolution politico-cinématographique ou épopée digne d’un Tchoupi fume du shit ? Ni une, ni deux : spoilons, mes bons !

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L’affiche : rien que le concept est bancal. Ça valait bien une adaptation cinématographique.

Notre film s’ouvre sur de jolies images de "chem-trails", à savoir ces belles traînées blanches laissées par les avions volant à haute altitude et dans lesquelles les théoriciens du complot voient la preuve que l’on tente de les empoisonner en diffusant des produits chimiques dans l’atmosphère. D’autres personnes y voient surtout la preuve de l’existence de la condensation, mais elles n’y connaissent rien, puisqu’alors que ces images défilent devant nous, on entend des extraits de journaux télévisés annonçant qu’il s’agit bien là d’une dispersion officielle et à grande échelle des gouvernements mondiaux d’un agent chimique révolutionnaire devant refroidir notre planète qui chauffe un peu trop : il contient en effet des extraits de l’humour de Kad Merad, ce qui pourrait refroidir n’importe quoi.

Sauf que ça a tellement bien marché que du coup, le globe a gelé au point d’anéantir toute forme de vie (oui, toute. Toute. Arrêtez de chipoter : si les humains ne peuvent pas survivre, c’est connu, tout le reste meurt).

Heureusement, les humains ont eu une idée géniale : embarquer à bord d’un train qui fait le tour de la Terre puisque c’est connu, les rails, ça ne demande aucun entretien, ça n’a aucun souci avec le froid et la neige comme vous le diront tous les cheminots qui ont déjà travaillé en hiver (ou les gens qui ont tenté de prendre le RER), et en plus, ça permet d’accueillir un monde fou. Bref, moins pratique qu’un bunker, qu’une voiture ou même qu’une mule avec une cagoule, nos survivants collectent donc des Smiles toute l’année. Tout cela commence fort et nous n’en sommes qu’au pitch.

Toujours est-il qu’il est temps d’aller voir dans le train qui fend la nuit et la neige de quoi il retourne.

En effet, à l’intérieur, nous retrouvons Curtis, un héros cool à la barbe bien taillée et son jeune ami, Relou le relou. Tous deux font partie de la 3e classe à bord du train, qui vit dans les wagons de queue ou à part des couchettes et le minimum vital, il n’y a quasiment rien. Et en plus, la sécurité du Snowpiercer n’est pas tendre avec eux et vient recenser la population des 3e classe tous les… deux ou trois jours. Ce qui est très logique, puisqu’on ne sait jamais : ils pourraient tous mourir sans que personne ne le remarque, ou à l’inverse, invoquer l’esprit du Grand Lapin pour forniquer comme des bêtes furieuses et se reproduire en 48 heures.

Ou alors, c’est juste que la sécurité se fait chier, allez savoir. Le dernier jeu de carte a dû geler.

Bref, l’ambiance pue un peu la révolte, puisque non seulement se faire recenser en boucle, c’est un peu lourd, mais en plus, le seul repas autorisé  consiste en une "barre de protéines" , truc noir et flasque distribué une fois par jour aux malheureux qui doivent trouver moyen de s’en contenter tant bien que mal. Mais c’est aussi l’occasion de s’amuser un peu, puisqu’un mystérieux inconnu glisse des messages dans les barres protéinées, et que Curtis, qui est donc notre héros, essaie donc de les réunir puisque chaque message contient un mot, un nom ou un indice sur comment aider la révolte qui gronde.

Qui les aide ? Pour quel mystérieux motif ? Et surtout, comment Curtis fait-il pour toujours obtenir le message sachant qu’il ne sait jamais dans quelle barre il est ?

Que de questions.

D’ailleurs, aujourd’hui, Curtis est bien embêté : une passagère annonce à celui-ci que c’est son fils (à elle, pas à notre héros : c’est un vieux mâle célibataire) qui a la barre protéinée contenant le message du jour. Sachant que ni le gamin, ni la plupart des gens n’ont commencé à manger leur barre, par quel miracle sait-elle qu’un message se cache dans son miam ? Elle a probablement une vision à rayons X : j’espère que Curtis porte bien son slip en plomb.

D’ailleurs, le gamin est évidemment énervant et refuse de donner la barre de protéines. Mais plutôt que de lui éclater la gueule contre une couchette ou une porte (chacun peut avoir sa petite préférence), Curtis préfère longuement négocier pour que finalement, le trou du cul (qui évidemment court partout et écoute à peine quand on lui parle) lui donne la barre de protéines et qu’il découvre dedans la fève qui pour le coup, est un message disant :

Namgoong Minsoo

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Relou le relou, illustration. Ici, Relou le relou apprend que non, il ne pourra pas surfer aujourd’hui.

Si l’avis de la plupart des passagers est que cela signifie "Celui qui lit ça est un con" en coréen ou un nom de soupe Liebig, Curtis a une toute autre idée : grâce à ses connaissances encyclopédiques tirées de son… sa… hem, ses connaissances encyclopédiques parfaitement justifiées, il sait que Minsoo est un expert en sécurité qui pourrait ouvrir les portes des voitures du train et donc leur ouvrir la voie vers l’avant et ses richesses. Curtis va donc en parler à Gandalf, le vieux sage manchot du train. Gandalf est en effet un des ingénieurs ayant bossé sur le Snowpiercer, mais après s’être visiblement fait doubler par Wilford, l’actuel propriétaire du train, il a fini en 3e classe. Feinté, papy. Les deux papotent donc d’un plan à mettre en place pour aller trouver Minsoo, qui serait retenu dans la voiture-prison plus à l’avant, et c’est l’occasion d’aborder un sujet qui reviendra en boucle avec toutes les personnes que Curtis va croiser :

"Curtis, tu es si sombre, si cool et si charismatique, tout le monde veut te suivre !
- Non, je suis dark et torturé, je ne suis pas un leader.
- Alleeeeez faipataput’ !"

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Mais, si : il fait un peu sa pute.

Il n’empêche que le lendemain, une fois encore, la sécurité oblige tous les 3e classes à se regrouper, et plus particulièrement, à mettre leurs enfants au premier rang. La rumeur court : Wilford, qui "adore les enfants" (… non, rien) viendrait en chercher un nouveau, comme une vulgaire Angélina Jolie faisant du shopping en Afrique. Il a donc missionné un sbire, ou plutôt une sbirette, Jeannine. Celle-ci vient donc observer les enfants et les mesurer… lorsqu’elle entend un mystérieux éternuement dans les rangs des 3e classe. Et grâce à ses supers pouvoirs, non seulement elle identifie instantanément l’éternuement comme celui d’un enfant planqué dans les rangs, mais en plus, elle identifie la maman qui a planqué le marmot dans ses jupes du premier coup (encore une histoire des rayons X). Notre bougresse embarque donc le marmot planqué ainsi qu’un autre, et cela provoque une émeute chez nos amis de 3e classe, difficilement maîtrisée par la sécurité.

Dans l’affaire, une chaussure est envoyée sur Jeannine par le père d’un des enfants, que nous appellerons Roro.

Fâchée d’avoir été traitée comme un vulgaire Georges W. Bush, Jeannine demande donc à la sécurité d’agir. Ce qui est bien vite chose faite puisque Roro est saisi par les hommes en armes, qui font appel à une petite chef locale, Gertrude, pour faire un speech sur pourquoi c’est méchant de jeter des chaussures sur les gentils riches qui viennent chercher des ch’tites n’enfants, le tout en faisant un geste bizarre sur lequel nous reviendrons. C’est donc fait pendant que Roro subit son châtiment : il est condamné à garder son bras au-dehors du train durant 7 minutes (ça tombe bien, le train est équipé figurez-vous en petits orifices permettant de juste passer un bras sans que le froid ne pénètre, c’est merveilleux, ils avaient pensé à tout au départ), ce qui, d’après les calculs des larrons du bord, devrait le geler entièrement.

Et en effet : 7 minutes plus tard, Roro n’a plus un bras mais un Miko. La sécurité lui pète donc au marteau, et c’est donc Roro le manchot qui rejoint les siens, un peu bougon. On lui a pris son enfant et son bras droit, maintenant, comment va-t-il se soulag… hem, comment va-t-il faire au quotidien ?

Du coup, le soulèvement gronde, si fort qu’il est prévu pour le lendemain. En effet, Curtis a noté que les chargeurs des armes de la sécurité étaient tous vides : ils ont dû trop tirer lors de la dernière insurrection, 4 ans auparavant. Avec des lames et masses de fortune, il est donc probablement possible de leur péter la gueule. Et en attendant de libérer Minsoo, l’expert en portes, Curtis propose de fabriquer un bélier à partir de… hem. Bon, vous savez quoi ? On va dire que la sécurité leur a laissé les barils de barres protéinés. Et que mieux encore, ils s’emboîtent pour faire un bélier parfait avec parties démontables pour coincer les sas que l’on tenterait de refermer.

Ça tombe bien, dites-donc.

Le lendemain, le plan est donc mis à exécution : au moment du recensement, les 3e classes sortent tout ce qu’ils ont pu bricoler comme armes et tombent sur le coin du nez des pauvres gardes qui n’ont effectivement plus de balles (quel dommage que personne n’ait pensé à juste faire passer les barres protéinées par une trappe et les laisser dans leur crottin). Ils leur tapent donc le museau puis aidé de leur bélier (sur lequel Curtis grimpe, probablement pour rendre la manœuvre plus ardue, il doit aimer faire chier), passent les portes de sécurité et tabassent tout le monde sur leur passage jusqu’à arriver à la prison du coin.

L’occasion donc d’ouvrir les cellules, qui sont en fait plus ou moins des tiroirs de morgue qui contiennent des mecs en stase, mais qui se réveillent comme des fleurs, et avec grâce s’il-vous-plait : pas une courbature. Ils doivent avoir été condamnés à faire du yoga à perpet’. Minsoo, l’expert en sécurité, est donc bien vite libéré et même s’il ne parle pas anglais, ça tombe bien, le coin grouille de traducteurs universels qu’on avait laissé là, houplà. Les choses sont bien faites. Minsoo cependant n’est pas du genre reconnaissant d’être sorti de sa prison. Il a plus urgent : déjà, il veut sortir sa fille Yuna de stase, ce qui tombe bien puisqu’elle est dans le tiroir d’à côté, hop, debout. Yuna est déjà une adulte, je précise, puisque nous reviendrons plus tard sur la pyramide des âges de ce train. Puis, Minsoo explique qu’il veut bien aider nos héros, mais pas gratuitement : il veut être payé en Schnoof, la drogue du train faite de vieux rejets chimiques. Soit : il aura une dose par porte ouverte. Prêt ?

Non, attendez, pas prêt.

D’abord, j’aimerais faire un point : à chaque fois que nos héros s’apprêtent à avancer dans le train, ils évoquent la voiture suivante. Et au début, faisaient même des plans du train avec des barres protéinées. Du coup, à chaque fois qu’ils avancent d’une voiture, on a le droit à une scène. Du coup, calculer la longueur du train est facile : là encore, on en reparlera pour bien montrer à quel point la réalisation insiste sur sa capacité à se vautrer.

Plan

La preuve par l’image : ici, Curtis expliquant à Gandalf la succession des wagons à l’aide de barres protéinées pour bien expliquer que non, il n’y a pas d’ellipse, tout le train ne fait que quelques wagons, regarde papy, j’ai fait un plan.

Maintenant que c’est dit, nous sommes prêts. La voiture suivante n’est pas n’importe laquelle : c’est celle qui produit les barres protéinées.

A l’intérieur, il n’y a qu’un 3e classe qui avait été réquisitionné comme ouvrier et qui montre à Curtis la matière première de ces barres : ces milliers et des milliers d’insectes.

"Caca !" se dit Curtis. Oui, certes, pourquoi pas mais et sinon, tu ne te demandes pas où les mecs arrivent à trouver quotidiennement plusieurs milliers voire centaines de milliers d’insectes vu les cuves ? Non ? Bon, ce n’est sûrement qu’un détail inintéressant : après tout, ce n’est que la base de la survie de toute une partie du train, ça ne méritait pas d’explication rationnelle. Qu’importe : Curtis a déjà des questions, comme "Qui met des messages dans les barres protéinées ?" le larron en charge est incapable de répondre précisément, mais ajoute qu’un message est arrivé aujourd’hui où l’on peut lire "Eau".

"La citerne !" s’exclame Gandalf, qui accompagne l’expédition. "Elle est deux voitures plus loin, et qui contrôle la citerne contrôle toute l’eau du train et peut donc négocier ce qu’il veut, comme de la coke et des p… la liberté, tout ça." C’est effectivement très intéressant, on demande donc à Minsoo de s’activer pour ouvrir la prochaine porte. Mais pendant qu’il y travaille, Curtis va trouver sa fille, Yuna. Et lui demande :

"Toi qui a des pouvoirs de voyance, qu’y a-t-il de l’autre côté de la porte ?"

Que… pardon ?

Des pouvoirs de voyance ? Depuis quand ? Attendez, il n’en a jamais été question du film, d’où Curtis sort-il soudainement ça ? Bon, on va dire que c’est lui qui a des pouvoirs de voyance. Du coup, Yuna devient subitement voyante (ben oui), et pouf, annonce ce truc formidable : "Il y a un grand danger de l’autre côté de la porte, ne l’ouvrez pas !"

Hé bien merci de ton aide, Yuna. Je propose que tout le monde retourne à l’arrière du train jouer au Uno.

De toute manière, c’est trop tard : Minsoo a déjà piraté la porte qui s’ouvre donc et révèle… une voiture sans meubles contenant seulement une horde de types avec des cagoules et des haches. Parce que oui, quand les mecs ont embarqué sur le dernier train de l’humanité, ils se sont dit qu’une cargaison de 150 haches, c’était parfait pour… couper des arbres qu’il n’y a pas ? Ce film est décidément merveilleux : bref, nos 150 types armés de haches attendent tranquillement dans la voiture et sitôt que les 3e classe y rentrent, une grosse baston éclate avec moult morts de part et d’autre.  Baston qui implique, entre autres, des rebondissements comme "J’ai glissé sur un poisson qui traînait par terre, chef". Oui, un poisson. Au milieu du train. Indice : quand un film a des ficelles que l’on retrouve dans Le Flic de Shangaï, c’est plutôt mauvais signe.

Et puis soudain, pouf, tout le monde s’arrête.

Ah ? Mais ? Que ? Comme ça, hop ?

Si, si : Gertrude, la vilaine experte en speeches, vient d’arriver pour faire un discours parce que c’est… le nouvel an.

Oui, c’est la guerre, mais c’est urgent. Ils font même le compte à rebours.

Qualité, tout ça.

Nouvel an qui est marqué, comme le train fait le tour du monde en très exactement un an, par un passage sur un immense pont (qui s’entretient lui aussi tout seul). Bref, comme c’est le nouvel an, on écoute Gertrude dire bonne année à tout le monde (véridique) avant de compléter un peu en disant que les 3e classe sont des vilains de se rebeller, et que de toute manière, 74% d’entre eux vont mourir.

Bon bon bon.

Une autre connerie, là, au débotté ?

Pas de problème, ce film est un gros étron pour rester courtois : soudain, tous les types équipés de hache sortent de leurs poches… des lunettes de vision nocturne. Parce que là encore, les derniers survivants de l’humanité se sont dit que vraiment, c’était du matériel de première nécessité dans un train illuminé en permanence. Et c’est bien là la ruse : le train passe dans un tunnel, les lumières sont éteintes par les vilains et… commence alors un massacre puisque les amis des haches peuvent défoncer en paix leurs ennemis qui se retrouvent aveugles.

Poisson

Ce plan a lui seul permet de se poser la question "Est-ce vraiment un film sérieux ?"

Dans l’affaire, Relou meurt. Et c’est triste, sauf pour les spectateurs.

Curtis, lui, sent que c’est un peu la panique dans les slips. Mais c’est sans compter sur nos amis de 3e classe qui ont fabriqué des torches. Si. Des dizaines. Et oui, en moins de deux minutes, avec tout le nécessaire qu’ils avaient bien entendu avec eux. La contre-attaque est donc brutale et les 3e classe arrivent donc à tataner correctement les amis des haches et même à capturer la vilaine Gertrude ainsi que divers hommes de main. L’occasion donc d’envoyer les survivants dans la voiture suivante, qui est donc la citerne et qui est équipée en douches (ah bin oui) pendant que Curtis et Gandalf discutent avec Gertrude :

"On contrôle la citerne. Et comme vous l’avez dit dans la scène précédente pour votre discours du nouvel an : c’est la réserve de toute l’eau du train. Si on la contrôle… on contrôle le train.
- Ahaha ! Sauf que non : l’étrave à l’avant du train alimente la citerne, donc ça ne sert à rien !
- Je ne vois pas le rapport : l’étrave brise la glace et pourquoi pas approvisionne la citerne, mais tout ça, c’est à l’extérieur. Donc sans la citerne, ça va être compliqué quand même les enfants.
- Non : le script dit que soudain, pif pouf, mon argument suffit à alimenter en eau tout le train et donc que vous vous désintéressez complètement de la citerne pour laquelle vous venez de combattre et de mourir.
- Est-ce que le script dit autre chose de complètement con ?
- Oui, regardez la page suivante des dialogues ! Et dire que la presse française nous a encensés !"

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Parce que non, ce n’est pas fini : Curtis décide de trouver une utilité à Gertrude en lui demandant "Où sont les enfants qui ont été emmenés ? Et Wilford ? Tu vas devoir nous guider de force, Gertrude !"

C’est un train.

C’est un foutu train.

Si tu veux trouver quelqu’un dans un train, c’est pas bien compliqué : tu avances. Donc Gertrude n’a aucune utilité : c’est comme si tu demandais à ce qu’elle te guide dans un couloir sans portes. Remarque, il y avait aussi une autre option si tu voulais vraiment avoir l’information super pertinente "Les enfants et Wilford sont vers l’avant du train" : demander à Yuna et ses pouvoirs de voyance. Pardon ? Elle les a perdu aussi vite qu’elle les avait gagné et on en parlera plus du film ?

Très bien.

Une seconde, je prends mon sachet de chatons salés. C’est rigolo, c’est comme des chips, ça craque sous la dent, et en plus ça aide à se passer les nerfs pour ne pas craquer devant le film. C’est bon, les chatons salés.

Où en étais-je ? Ah, oui.

Nos héros décident déjà de se reposer un peu et de passer la nuit en profitant de l’eau et de la nourriture qu’ils ont conquis au mépris du danger. L’occasion d’avoir une petite séance de papotage nocturne entre Curtis et Gandalf, dans laquelle Curtis se plaint, car contrairement à Gandalf il a… deux bras. Nous comprendrons plus tard pourquoi (oui, encore, je sais, mais vous allez voir, ce sera une explosion de matière fécale) , même si, rassurez-vous, ça reste très con. Connerie toujours, au matin, les 3e classe décident d’abandonner l’avantage du nombre et de se scinder en deux groupes : un petit commando mené par Curtis ira vers l’avant, pendant que les autres attendrons des nouvelles de la révolution en jouant à la marelle.

Si, si.

Encore une fois, relisez les critiques en introduction de ce spoiler, vous verrez, c’est magique.

Le commando guidé par Gertrude part donc pour la voiture suivante… qui est une serre. Mais attention, hein, il y a bien, pfiou, 8 arbustes et quelques étagères de plantes en pot.

Et c’est tout : quelque chose me dit que tout le monde n’a pas ses 5 fruits et légumes quotidiens.

Qu’importe : la voiture suivante est… un tunnel aquatique ?! Mais ? Mais enfin ! Ça suffit maintenant, les conneries ! Bon, ça explique d’où venait le poisson sur lequel des gens ont glissé quelques scènes plus tôt, mais par contre, l’œil attentif notera que des espèces d’eau douce et salée cohabitent dans le même tunnel. Probablement qu’il y a une langouste qui deale du sel de Guérande au fond. D’ailleurs, savez-vous ce qu’abrite aussi cette voiture ? Un bar à sushis, mais si. L’occasion pour nos héros de s’en régaler, donc. Sans se demander d’où vient le riz, par ailleurs : encore un détail.

Allez, allons voir s’il y a des incohérences dans la voiture suivante : il s’agit là de la chambre froide de la boucherie ! Où carcasses de bœufs et poulets attendent leur heure. On peut donc imaginer sans mal que la voiture suivante est bien évidemment celle où ces animaux vivent en batt…

Ah non, tiens : c’est l’école.

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L’école avec la chambre froide juste derrière : ça ressemble un peu à la Belgique.

Du coup, on peut donc en déduire que les cours sont régulièrement interrompus par des transports de bidoche puisque quelqu’un a oublié de mettre côte à côte les voitures élevage et stockage (on supposera que l’abattoir est avec l’élevage) ? Sans rire : le mec qui a fait le film, il n’a pas pris, je ne sais pas moi, 10 minutes pour dessiner son train sur un bout de papier et vérifier que ça tenait un minimum debout ? Qu’il y avait une logique ? Une cohérence ? Non : après tous, même les professionnels trouvent ça génial, alors pourquoi faire un effort ?

D’ailleurs, en parlant de cohérence, la voiture école n’est peuplée… que d’enfants de 8 ans.

Où sont les autres ? Ils n’existent pas ? Hé bien en effet : dans ce film, soit on est un adulte, soit on est un vieux, soit on a 8 ans. Probablement qu’à partir de 9 ans, on accroche les marmots sur les flancs du train et on ne va les chercher que lorsqu’ils ont 18 ans parce qu’entre les deux, on a rien prévu pour eux. Et toutes les femmes accouchent d’enfants de 8 ans (ça pique un peu sur le coup). Hélas, les enfants kidnappés plus tôt dans le film ne sont pas là : ils ont été emmenés plus à l’avant. Mais comme nous sommes dans une école, profitons-en puisque la maîtresse fait cours, pour en apprendre plus sur l’histoire du convoi légendaire où nous sommes.

Wilford, le propriétaire du train, aurait tout petit déjà eu une passion pour les chemins de fer (et la drogue, je pense). Il a donc monté une société qui a non seulement fonctionné mais lui a permis d’accomplir son rêve : relier les chemins de fer du monde entier (il a fallu une paire de petits ponts, mais sinon, ça va, c’était facile) pour y faire circuler un train de luxe qui ferait le tour du monde en un an. Et qui dit luxe dit train suréquipé, d’où tout le bordel qu’on y trouve en sus d’une machine, La Machine, située en tête de train et qui fournit de l’énergie à tout ce petit monde pour toujours (elle est probablement alimentée par les trous dans le scénario). Donc quand l’apocalypse a débuté, tout le monde a tenté de prendre place dans ce train dont tout le monde se moquait à l’origine.

Le film n’évoque pas le plan français, "l’Arche Ultime", elle aussi conçue comme un train devant rouler pour toujours, probablement puisqu’il a fallu dix minutes après la sortie de la gare pour que la première grève éclate à bord, et vingt pour qu’un incident de voyageur l’arrête définitivement. La France n’était pas prête.

Qu’importe : la voiture-école est aussi l’occasion pour la maîtresse de montrer quelque chose d’intéressant par la fenêtre : 7 formes dans la glace. Ce sont les restes de 7 passagers qui, 15 ans auparavant (le train roule depuis 18 ans soit dit en passant), ont décidé que stop, ça suffisait le bullshit, on s’en va. Menés par une femme eskimo, ils ont fait 50 mètres avant d’être transformés en Apéricubes. Depuis, chaque année, le train passe devant, l’occasion de montrer aux enfants ce qui arrive à ceux qui ne veulent pas suivre les règles du train. Ou l’importance de porter une cagoule.

Détail intéressant : les gestes de la maîtresse n’ont aucun rapport avec ce qu’elle raconte. Par exemple, quand elle parle de "mourir congelé", elle mime un hachoir ou un éléphant tétraplégique, on est pas bien sûr, mais en tout cas, ça n’a aucun rapport avec le froid et toute la classe mime ces mouvements en chœur. Là encore : quel talent, perdre du temps et de l’argent à demander à des acteurs d’apprendre une chorégraphie qui n’a aucun rapport avec la scène, c’est beau. Et mieux encore : c’est encensé.

Qu’importe : un employé du train poussant une brouette remplie d’œufs apparaît dans la classe. En effet, pour le nouvel an, des oeufs cuits dans l’eau de La Machine sont offerts à toute la population du train. L’employé du train semble bien se moquer du commando des 3e classe au milieu de l’école, et leur file des oeufs. Et dans celui de Curtis, il y a un message : "Sang"

Incroyable télescopage : à cet instant précis, le type qui distribuait les œufs, à présent à l’arrière du train, ainsi que la maîtresse d’école sortent tous deux des mitraillettes et commencent à arroser les 3e classe. A l’arrière, les employés du train qui avaient joué de la hache plus tôt et étaient prisonniers sont libérés, et eux aussi récupèrent des armes et ouvrent le feu sur les prolos.

C’est bête, quand même, toutes ces armes que nos larrons avaient depuis le début mais qu’ils n’avaient pas pensé à utiliser plus tôt.

La maîtresse qui joue du flingue est vite calmée par un couteau volant, mais par contre, à l’arrière du train, la sécurité reprend le contrôle de la situation dans le sang. Curtis et son commando sont donc à présent isolés. Quel dommage qu’ils n’aient pas vu cela venir : si seulement quelqu’un dans l’équipe avait des pouvoirs de voyance. Mais je m’égare. Dans l’affaire en tout cas, Gandalf se prend une balle dans la tête, histoire de. En représailles, Curtis en colle aussi une dans Gertrude, parce que hein, flûte, bon, ça suffit maintenant.

Nos larrons décident donc d’avancer dans le train : ils traversent donc la voiture où se situent les cabinets médicaux & les artisans, poursuivent au travers de la voiture salon de coiffure, et traversent la voiture piscine, où il y a de grandes fenêtres. Ça tombe bien (ça alors !) puisqu’à ce moment là, le train est sur des rails formant une gigantesque courbe, et par la fenêtre, on peut donc voir le cul du convoi, convoi qui soudainement, fait près d’une centaine de voitures alors que le film a bien insisté sur le fait qu’il n’en était rien, les personnages comptant régulièrement les portes à traverser.

C’est consternant.

Oui oui : le petit trait noir au fond, c’est bien le (gigantesque) train. Et oui, notre héros est bien en train de mitrailler sa propre vitre en visant une cible minuscule avec une arme pas adaptée.

Mais ce qui l’est encore plus, c’est que depuis la voiture école où les méchants viennent d’arriver, Guy le bad guy, nommé ainsi puisqu’il est l’homme de la sécurité qui a collé une balle dans la tête de Gandalf, prend son fusil d’assaut et décide… de tirer à travers les vitres blindées du train en direction de la voiture, bien plus loin à l’avant, de nos héros (qui je le rappelle, officiellement, n’ont traversé que trois voitures, mais on en voit au moins 50 derrière eux), qui ont eux même des vitres blindées. C’est très con et ça donne une ridicule scène de fusillade entre Guy et Curtis où tous deux se ratent comme des grosses buses en perçant avec peine le verre blindé de leurs propres fenêtres, autant dire pas du tout celle d’en face, le tout dans un train en mouvement.

Sitôt qu’ils ont fini les conneries, Guy et deux hommes de la sécurité se remettent en marche vers l’avant, et probablement en utilisant un trou de ver de Lorentz, se retrouvent dans la même voiture que celle dans laquelle nos héros viennent d’arriver : le sauna. Rapidement, la situation tourne au pugilat, puisque jaillissant des cabines, nos héros sautent sur l’ennemi. Si les deux agents de la sécurité anonymes sont vite morts, Guy ne se laisse pas faire et tue à peu près tout et tout le monde simplement avec ses petits poings (si) jusqu’à ce qu’il ne reste plus que Curtis (qui avait un pistolet mitrailleur mais n’a pas trop tiré sur Guy, c’était pas rigolo), Minsoo et Yuna. Guy est quand même tué dans la bagarre par Curtis, qui lui strangule sa face de margoulin.

Cela étant réglé, nos amis vont aux prochaines voitures : la voiture boîte de nuit, où tous les jeunes du train s’éclatent en prenant de la Schnoof, la fameuse drogue à la mode, puis la voiture pleine de gens qui portent des manteaux de fourrure mais personne ne sait pourquoi, que nos héros dépouillent de leurs oripeaux.

Dites-donc, j’espère que dans ce train, on a pas trop souvent des envies de sushis sinon il faut traverser un sauna, un nightclub, une école, une chambre froide…

Qui a dit "C’est du foutage de gueule pur et simple à ce niveau ?" Bravo, vous venez de gagner un regard approbateur de ma part.

Nos héros continuent donc à progresser et traversent une salle de sécurité où personne ne les embête (ben non ! C’est une salle de sécurité, on ne va pas y mettre des agents de sécurité !) mais je crois qu’à ce stade, nous sommes tous d’accord que c’est tout simplement n’importe quoi depuis le début. Ils peuvent donc arriver à leur ultime destination : une voiture avec un pont au-dessus des rouages d’une étrange machine (La Machine), et en face, une porte avec un "W" doré : celle qui mène à la voiture de tête, la demeure de Wilford.

Yuna s’endort soudainement : comme ça, pouf. Non, aucune explication : elle est dans un coin de l’écran, ils arrivent au terme de leur quête, elle n’en a donc fort logiquement plus rien à péter.

Hmmm, soit.

Minsoo et Curtis décident de s’asseoir pour faire une petite pause avant de pirater l’ultime porte. L’occasion pour Minsoo d’offrir un trésor à Curtis : la dernière clope de l’humanité. Que notre héros allume mais se contente de garder entre ses doigts pendant qu’il raconte sa vie, principalement parce qu’il est con. Et quelle vie raconte-t-il ? Hé bien pas n’importe laquelle ! Il y a 18 ans, il est monté dans le train clandestinement, comme les autres 3e classe. Mais bien vite, un problème s’est posé : il n’y avait pas de nourriture (oui, les mecs ont construit une machine à barres protéinées à partir de rien et lui ont même trouvé un wagon alors que le train était déjà en route depuis un moment, dites-donc !). Les gens ont donc commencé à se dévorer les uns les autres, jusqu’à ce qu’un jour, Curtis tente de manger un bébé. Mais Gandalf a surgi et sauvé l’enfant en coupant son propre bras pour nourrir les affamés à la place.

Cet enfant, c’était Relou.

Comme quoi, il aurait mieux fini en steak.

Par la suite, les barres protéinées sont arrivées, mais Curtis ne s’est jamais pardonné ce moment d’égarement. Ce pourquoi il trouvait triste d’avoir deux bras, plus tôt dans le film, alors que Gandalf en avait courageusement donné un pour les nourrir. Hmmm, soit ? Et après cette histoire inintéressante, c’est au tour de Minsoo d’expliquer la sienne : lui n’a pas prévu d’ouvrir la porte menant à Wilford. Lui, son plan, c’est d’utiliser la Schnoof, qui est inflammable, pour faire sauter une porte condamnée du train et s’enfuir dehors. Car par la fenêtre, il a remarqué que la neige avait un peu diminué en épaisseur : c’est donc que ça se réchauffe, et il pense avoir une chance.

Ah bin oui, du coup, oui, il doit faire bon dehors, tu as raison. Et puis surtout, qu’importe quand quel coin du monde et à quelle altitude tu sors, pas vrai ? Ça n’a sûrement aucune importance.

Au début du film, il n’a pas suffit à un mec de passer le bras dehors pour qu’il gèle d’ailleurs ? Non ? C’était sûrement un autre film, je dois me tromper.

Ho, et puis juste comme ça : si c’était ton plan, pourquoi attendre d’être devant la porte de Wilford et donc te taper la sécurité de touuuut le train pour le mettre à exécution ? Parce qu’il te fallait assez de doses de Schnoof et que tu en gagnais une par porte ouverte ? Et sinon, passer par une fenêtre, ouvrir une porte autrement (ta spécialité, je le rappelle) ou même sortir par n’importe quelle issue, non ? Parce qu’aux dernières nouvelles, tout à l’heure on a parlé de 7 passagers qui avaient "sauté en route" : ils ont bien utilisé une issue, non ?

Okay, vous êtes donc tous particulièrement crétins, j’en prends bonne note.

De toute manière, la scène est interrompue par la porte de Wilford qui s’ouvre d’elle-même et Jeannine, l’adjointe de Wilford qui venait chercher des gosses de 3e classe au début du film, en surgit pour coller une balle dans Minsoo, qui s’effondre, blessé. Puis, elle invite Curtis à rentrer dans ce qui ressemble à un luxueux salon où l’attend en robe de chambre…

EdHarris

"Salut mec, je t’attendais. Et comme à chaque fois que j’attends quelqu’un, je reste en pyjama."

"Ed Harris !
- Wilford, pour être exact, est-ce que moi je te rappelle que tu es le héros de "Captain America", hein ? 
- Bon, si vous m’expliquiez pourquoi vous êtes là, tranquille, en robe de chambre limite en slip à m’inviter alors que je viens pour vous faire du mal ?
- Assieds-toi petit fripon, je vais tout te dire lors d’une de ces scènes qui se veulent intellectuelles simplement parce que nous parlons assis au milieu d’un décor futuriste. Pour commencer, sache que je suis celui qui t’envoyais les petits messages dans la nourriture. 
- Le mec qui m’a envoyé "Water" avant que le script n’explique que la citerne d’eau, indispensable jusqu’à une scène n’avait en fait aucun intérêt après la suivante ?
- Celui-là même. Je t’ai choisi, Curtis, tu as une âme de leader. Tu devais mener la révolte. J’étais de mèche avec mon vieil ami Gandalf depuis le début : lui et moi communiquions chaque soir grâce à un téléphone planqué reliant l’avant à l’arrière du train. Gandalf, comme moi, savait que pour préserver notre système, parfois, il faut le purger. Et donc, quand les 3e classe sont trop nombreux, nous leur offrons une petite révolte des familles. Là, par exemple, nous avions prévu de tuer 74% d’entre vous et de vous arrêter dans la salle avec les haches. Comme ça, il y avait plus de nourriture et de place pour les survivants et tout le monde était content. Ce pourquoi Gandalf soutenait donc l’opération.
- On parle bien du Gandalf qui avait préféré perdre un bras que de laisser Relou mourir quand ce n’était qu’un enfant ? En fait, à côté de ça, tuer des dizaines de passagers et de gosses à la sulfateuse, par contre, il était complètement d’accord ?
- Ah, tiens, oui, c’est vrai que c’est étonnant. C’est bête qu’on ait passé une scène entière à raconter l’anecdote de "Gandalf le sauveur de bébé" et quo’n ait investi dans des prothèses de bras et dans du maquillage pour qu’au final ça ne serve qu’à foutre en l’air l’explication finale.
- Je ne te le fais pas dire."

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Pendant que nos amis discutent, en tout cas, en queue de train, 74% des gens sont donc en train de se faire réguler la margoulette au gros plomb (avec là encore des gestes qui n’ont aucun sens pour ponctuer le propos de leurs bourreaux, c’est assez formidable, par exemple à un moment ils veulent dire "18 survivants" donc ils montrent… deux doigts. Mais ?).  Et surtout, au milieu du convoi, soudain, Guy le bad guy qui s’était pris des mandales, des coups de couteaux et s’était fait stranguler… se relève.

Oui oui : soudainement, il n’est plus mort. Non, on ne sait pas pourquoi. Yuna, qui pionçait, se relève aussi et va aider son papounet de Minsoo qui, toujours devant la porte de Wilford, a un peu bobo depuis qu’il s’est pris une balle. Ho, et puis soudain (encore), justement, Minsoo et Yuna sont dérangés par l’arrivée de tous les teufeurs de la boîte de nuit qu’ils avaient traversé plus tôt qui veulent tous les tuer.

Ah bon, mais pourquoi, comme ça, hop, ça leur a pris ? "Allez on va en tête de train tuer des gens ?"

Un teufeur essaie de tuer Minsoo, qui se bat sur le pont au-dessus de La Machine, et malgré sa blessure, gagne. Guy le bad guy débarque aussi et prend aussi sa tannée.

Alors vous me direz "Mais que font les autres teufeurs alors ?"

Hé bien ils dansent.

J’ai mal rien qu’à l’écrire tant c’est nul.

Oui, ils sont tous venus là, mais juste pour danser en fait : il n’y avait pas de musique, c’était plus étroit et moins pratique, c’était donc une excellente raison de traverser le train pour venir. Et leurs intentions hostiles ? Disparues, hop. Ils dansent on vous dit.

Quel film.

D’ailleurs, pendant ce vaste bordel, Jeannine, l’assistance de Wilford, sort pour voir qui c’est qui fait du bruit, là, ho, vous vous croyez où, et se fait avoir aussi par Minsoo qui visiblement, bien que mourant 5 minutes avant, pète désormais la forme. Du coup, retournons à l’intérieur de chez Wilford pour voir de quoi il retourne, et où nos deux larrons sont toujours en grande conversation :

"… et c’est comme ça que j’ai compris qu’il ne fallait pas que j’utilise les rails du RER B.
- C’est fascinant Wilford. Mais en attendant, que fait-on à présent ?
- Hé bien Curtis, tu es jeune, tu es fort, tu as déjoué mes plans en partie, donc que dirais-tu maintenant que le nombre d’êtres humains à bord a été régulé grâce à mon habile révolte organisée de prendre ma place ?
- Et par exemple d’avoir une politique sur la natalité plutôt que de réguler la population au fusil à pompe ? Ou de ne pas avoir une prison quand on se plaint d’être trop nombreux ?
- Non. Ce serait bien trop intelligent. Mais tu pourrais toi aussi avoir une robe de chambre moche et te promener en slip toute la journée dans ton compartiment de luxe.
- J’ai une autre question avant : et les enfants qui ont disparu ?"

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Wilford hoche la tête et va soulever une dalle sous le plancher : on voit alors un enfant faire un geste répétitif au sein des rouages d’une machine située sous le sol. Un geste qui ressemble à celui que faisait Gertrude au tout début du film. Wilford explique : "La Machine à énergie pour le train est éternelle… mais pas ses pièces ! C’est pourquoi je remplace les pièces défaillantes par des enfants."

Oui, c’est un truc connu de garagiste :

"Ah, le carbu a pété.
- Mets un enfant à la place !
- Mgnn… reeeeeentre…. gnnn… voilà, ça r’marche !
- Un pneu a éclaté !
- Mets un enfant !
- Bon sang, l’oscilloscope vient d’imploser !
- Passez-moi le petit épileptique !"

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Oui, c’est connu : les enfants peuvent remplacer n’importe quelle pièce de mécanique ou d’électronique. Moi-même, j’ai remplacé il y a peu la carte mère de mon PC par un enfant grassouillet (il y a plus de place pour les barrettes de RAM). Mais ce film, c’est une comédie ou bien ? Wilford en plus montre le geste que doit faire l’enfant jusqu’à épuisement au sein de la machine : il confirme que c’est celui que faisait Gertrude au début du film. Gertrude qui ne pouvait pas connaître ce geste. C’est donc bel et bien tout simplement nul, raté, et tout ce que vous voulez sur tous les plans.

Cela dit, tout cela énerve un peu notre héros : il pète la gueule à Wilford et fait ce qu’il a toujours rêvé de faire, à savoir, perdre un bras pour sauver un enfant. En effet, en coinçant sa mimine dans les rouages sous le plancher, il donne une chance à l’enfant de s’en sortir, ce qu’il fait. Dès lors, l’équipe ainsi reconstituée va poser le Schnoof, qui est donc inflammable, sur une porte condamnée du train et fait péter le tout pour ouvrir un chemin vers l’extérieur. L’explosion est si forte qu’elle provoque une avalanche (puisque le train passait dans des montagnes à ce moment là, d’ailleurs les décors c’est soit des villes détruites, soit des montagnes, soit des ponts géants, ce train ne connaît que ça et visiblement le monde n’est constitué que de cela) qui renverse le train et provoque donc son déraillement.

Dance

Guy et ses amis danseurs, qui ont tellement plus important à faire que de sauver leurs vies qu’ils regardent ailleurs, notez-le bien.

Du coup, tout le monde meurt dans le crash qui en résulte, sauf Yuna et le petit enfant sauvé que nous appellerons Mokobé puisqu’étant plutôt du genre visible sur fond de neige (non, il n’est pas roux, arrêtez).

Tous deux sortent donc de l’épave du train couverts des fourrures qu’ils avaient trouvées à bord pour des raisons contestables, et constatent qu’ils sont au milieu d’une chaîne de montagne (c’est ballot, il aurait peut-être fallu prévoir). Soudain, un mouvement sur le flanc d’un pic : c’est un ours blanc (parce que oui, froid = ours blanc, les autres ours sont connus pour vivre uniquement du côté de Barcelone) qui doit s’emmerder sec vu qu’il n’y a rien à manger dans le coin. A part peut-être une Yuna et un Mokobé.

Mais la réalisation n’y a pas pensé non plus et à la place, nos deux héros sont contents, puisque cet animal annonce qu’un retour de la vie sur le globe est en cours.

Et sur cette note d’espoir, et avant que nos héros ne se fassent déchiqueter par l’animal affamé je suppose…

… FIN !

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Je crois que la conclusion revient au reste de la presse professionnelle "spécialisée" (donc d’autant plus sévère, on l’imagine) :

4/5 "La pertinence du scénario (…) s’impose comme un modèle d’adaptation réussie à quasiment tous les niveaux. (…) La rencontre du concept fort imaginé par Jacques Lob et de la vision très personnelle de Joon Ho a donné naissance à une mémorable odyssée."

- Mad Movies

4/5 "(…) les moyens colossaux ne brident jamais la folie baroque, le goût du mystère, les visées poétiques et la liberté d’un artiste qui, derrière les oripeaux du genre, balance une méchante parabole politique."

- Première

4/5 "De tous les blockbusters post-apocalyptiques sortis cette année ("After earth", "World War Z", "Elysium"…), "Snowpiercer" est le plus inspiré. (NDOC : La vache, on ne se mouille pas trop par ici, sans la note, on aurait pu penser à une blague)"

- Télérama

Quelqu’un d’autres a quelque chose à dire ?

0/5 "C’est une sombre merde. Et les critiques n’ont bien évidemment rien à voir avec le fait que ce soit tiré d’une bédé française, non ma bonne dame, les experts ne mangent pas de ce pain là. Leur avis de professionnel illustre bien leur niveau de compétence, dire qu’ils sont payés pour cela fait peur. Cela dit, si vous voulez vraiment une histoire de miséreux qui peinent à survivre dans un train pourri, il y a plus simple : prenez le paris-Troyes."

- Un Odieux Connard

Bien, cette fois, je crois que c’est bon.

Cher éditorialiste politique,

Ce lundi matin, pour toi, c’est la grosse fête. Il faut dire que tu vas passer une bonne journée : tout le monde va vouloir lire ta chronique. Avoir ton opinion. La comparer avec celle du journal d’à côté. Bref, ce matin, tu vas être un larron drôlement important ! Puisque bon, il faut le reconnaître : tu ne fais pas un métier facile, tu es un peu le commentateur sportif de la politique. Quand il ne se passe rien sur le terrain, tout le monde se fout de ce que tu racontes, toi y compris, mais alors parbleu ! Quand ça remue, c’est ton heure de gloire ! Tu peux t"agiter, crier tel Eugène Saccomano, bondir en tous sens, tu as enfin de la matière, et tous ceux qui t’ignoraient jusqu’alors entendent clairement ce que tu dis, les yeux rivés sur l’action !

Et c’est dommage, parce que ce que tu vas dire n’aura probablement aucun intérêt.

Je publie ce post avec un peu d’avance sur toi, tu me pardonneras, juste pour te montrer à quel point tu es tristement prévisible et appuyer brièvement ce que j’ai dit ici-même la semaine dernière avec des petits dessins. Tu vas parler de l’abstention, ça oui ! On en parlait ici-même la semaine dernière. C’est bien, l’abstention. On peut se poser tout un tas de questions que l’on va résumer à "Le camp qui a perdu n’a pas su mobiliser son électorat". "Mobiliser l’électorat", ça fait bien, ça fait sérieux, ça fait même un petit peu technique. Et puis comme ça, ça permet aussi de répondre en une ligne à toutes les questions sur l’abstention sans trop y penser. Faire les questions et les réponses, c’est pratique (je le fais moi-même, je confirme). En même temps, que peux-tu faire d’autre ? Parce que contrairement au commentateur sportif, toi, les équipes sur le terrain se foutent un peu de ta gueule au sortir du match : certes, elles te disent peu ou prou que "l’important, c’est les trois points" , mais surtout, l’équipe qui a pris sa branlée t’explique très tranquillement que si elle a perdu, c’est qu’elle "n’a pas assez expliqué sa stratégie". C’était donc ça ! Et tu feras tous tes poncifs : tu parleras de "contexte national", de "déroute", de "montée du FN"… mais tout ça, je l’ai déjà dit. Toi aussi remarque, mais à ta différence, moi je ne suis pas payé pour faire du copier/coller. Mais histoire que ça ne se voit pas, tu qualifieras la situation "d’historique". Après tout, si c’est historique c’est que ça n’a jamais été fait avant. Et si ça n’a jamais été fait avant, comment t’accuser de te répéter ?

Tu es un malin, toi. On ne te la fait pas.

J'accuse !

L’éditorialiste politique tel qu’il se voit.

Mais, éditorialiste, ne t’inquiète pas ! Il va quand même y avoir de l’originalité dans ce que tu vas dire à la télé, dans les journaux et à la radio. Parce qu’on va te proposer ce qu’il y a de mieux : un remaniement ! Tu sais, ce truc qui n’a jamais répondu en rien à quoi que ce soit mais que tout le monde attend quand même. Bon, ça tu ne le diras pas, parce que le remaniement, c’est un sujet tellement bon qu’il ne faudrait pas s’en priver. Bref, tu vas pouvoir commenter une grosse partie de chaises musicales. Et comme tu es d’une folle originalité, éditorialiste, quand on te parlera de la nomination de Laurent Fabius, tu feras un laïus sur "l’expérience". Moi, à ta place, je ferais plus tôt laïus sur le fait que vouloir incarner le renouveau en nommant un type qui a déjà été premier ministre il y a trente ans, c’est quand même vaguement du foutage de gueule, mais toi, tu t’en fous : tu commentes sans trop te mouiller, même si tu prétends le contraire. Tu ne vas pas en plus souligner les absurdités, merde ! Tiens, et puis tu sais quoi ? Peut-être qu’ils vont aussi ramener l’amie Aubry ou l’amie Royal ? Ça aurait de la gueule, un gouvernement supposé endiguer la fameuse "montée du FN" dans lequel on rappelle des gens qui étaient déjà aux commandes, eux, il y a douze ans (comme le temps file, n’est-ce pas ?) et qui, justement, s’étaient pris une branlée "historique" lors d’une "poussée du FN".

Je ne sais pas toi éditorialiste politique, mais moi, quand je perds la guerre, j’évite de rappeler les généraux qui s’étaient mangés échec sur échec ou ceux qui commencent à sentir le raisin sec.

Alors évidemment, mon bon, tu me diras "Oui, mais si je parle pas de ça, je parle de quoi ?"

Hé bien tu sais quoi ? Après avoir prédit ton édito, je vais aussi te prédire ce qu’il va se passer cette semaine dans les mairies qui viennent de changer de main. C’est un joli spectacle : tu pourrais y assister simplement en prenant ton vélo et une heure de ton temps.

Tu sais quel est le service le plus débordé après un changement de camp au sein d’une mairie ? Celui des élections ? Celui des équipes juridiques ? Non : c’est le service informatique.

Entre celui qui a installé Angry Birds ou maté Youporn sur l’iPad du boulot et qui préférerait que ça ne se sache pas, et celui qui a vraiment besoin de faire disparaître tous ses mails sans exception, ça bosse dur. D’ailleurs, la nouvelle équipe s’étonnera en arrivant aux commandes d’avoir des ordinateurs si rapides : ils auront une installation toute propre, ça aussi je le prédis. Oui, je suis très fort. Certains auront même un disque dur neuf. C’est fou, n’est-ce pas ? Tu aimes ce genre de petits détails ? Je vais t’en filer un autre à commenter : regarde bien le site de ta région. Tu ne sais pas pourquoi ? Allons, réfléchis : toutes ces villes qui changent de mains, tous ces élus qui ne vont plus toucher une indemnité de maire ou d’adjoint, tous ces cabinets qui vont changer du jour au lendemain… ça en fait des gens sur le carreau ! Surtout qu’il y a un truc de vieux singe quand on est élu qui marche bien : prendre un prêt que l’on rembourse avec son indemnité. Tu sais pourquoi c’est malin ? Parce que quand on constitue des listes – ce moment critique auquel tu ne t’intéresses jamais, c’est dommage – les élus qui se représentent peuvent utiliser cet argument pour garder leur place : "Si vous ne me redonnez pas au moins la même position, c’est comme si vous preniez sa maison à ma famille !". Et quel candidat veut se mettre à dos un ancien colistier qui en plus, pourrait le faire passer pour un salaud auprès de ses petits camarades ?

Sauf que quand la mairie change de mains, que se passe-t-il à ton avis, mon bon ami ?

Parce qu’il est toujours là, le prêt. Et la maison. Et la voiture. Et le chien.

Hé bien il faut trouver du travail : les élus qui perdent ne se transforment pas en vapeur d’eau avant de réapparaître juste avant l’élection suivante (même si c’est ce que l’on pourrait croire de prime abord, j’en conviens), il faut qu’ils mangent et qu’ils paient. Oui mais ! Quand on est dans une ville qui est restée des années à gauche par exemple, dans un contexte de branlée générale, et que du coup on doit partir de son poste, que fait-on ? On trouve du travail ? Tu as vu le marché du travail ? Je suppose que oui, tu es supposé commenter les chiffres. Et puis pour quoi faire, d’abord ? Certains élus ont commencé en tant qu’attaché à un élu avant de le devenir eux-même, regarde leur CV. Quelles compétences ont-ils à proposer et à qui ? A leur parti ? Celui-ci touche du pognon en proportion de ses élus, donc en cas de branlée, au contraire, c’est régime Et puis où aller d’abord ? Si les perdants veulent se représenter pour récupérer leur place encore chaude la prochaine fois, ce n’est pas la mobilité qui les étouffe, tu y as pensé ? Il y aura bien une ou deux mairies du coin qui pourront recueillir une paire de naufragés en leur confiant des placards, mais les autres ?

Il faudrait qu’ils trouvent, au hasard, une collectivité, disons de la même sensibilité politique. Disons de préférence, qui n’a pas froid aux yeux parce que les règles électorales ont changé et qu’elle sait qu’elle a de bonnes chances de ne pas repasser. Et qui, du coup, aurait à la fois un budget, un va-tout à jouer et besoin de mecs pour l’aider à faire du réseau et de la campagne lors de ses prochaines échéances propres.

Vraiment, si j’étais toi éditorialiste politique, je regarderai les ouvertures de postes à paraître dans ma région prochainement. Histoire de voir si, mystérieusement, des élus battus y deviennent chargé de mission aux champignons. En tout cas, je prédis – encore ! – une mystérieuse vague de recrutement. Et tu sais quoi ? Je pourrais même presque mettre le nom des futurs recrutés dans une enveloppe cachetée, tiens. Mais bon, chacun sait que je suis de mauvaise foi : ça n’arrivera sûrement pas, pas vrai ?

L'éditorialiste politique tel qu'il est.

L’éditorialiste politique tel qu’il est.

Mais je peux me tromper, hein, je suis mauvaise langue. Probablement que tous ces gens qui ont milité pour la relance, le redressement économique et la création d’emploi vont tous mouiller leur chemise, créer une entreprise et recruter des jeunes et des seniors avec le "pacte de responsabilité". C’était dans leur profession de foi, les "valeurs", relis-les et pose leur la question, je serais curieux. On fait bien un "Que sont-ils devenus ?" pour les candidats de télé-réalité, pourquoi pas les élus ? Ça serait intéressant. Et ça pourrait même soulever un lièvre ou deux.

En tout cas, moi je sais deux choses :

Que si tu étais un journaliste politique et que tu voulais un scoop, tu irais dans les mairies qui changent de main en caméra cachée en te faisant passer pour quelqu’un "Qui au nom de l’autre candidat, vient vérifier les numéros de série des disques durs et ordinateurs" ou quelque chose dans le genre. Si tu veux voir des gens courir très vite en faisant de petits bruits de pets liquides, fais-toi plaisir, tu as moins d’une semaine pour le faire. Le vrai spectacle en ce moment est en coulisses.

Mais je sais qu’à la place, tu vas rester à ton bureau à parler d’abstention, de FN, de contexte national et bien évidemment, de remaniement en disant que holala attention, maintenant les Français attendent !

Bref, je sais que tu voudrais être Jaurès ou Zola.

Mais qu’hélas, tu ne seras que Nabilla.

Hier soir en France, c’était soirée électorale.

Pour celles et ceux qui auraient loupé ce merveilleux moment et seraient bien embêtés, pas de panique : votre serviteur a prévu le coup et vous propose une crypto-spoil graphique résumant 97% de ce qui a été dit, ainsi que, grâce à mes grands pouvoirs d’ancien des cabinets politiques (rappelons que pour une somme tout à fait respectable, ami élu, je rôde dans votre ombre et souffle mon haleine parfum cigare à votre oreille), ce qui sera dit lors des prochaines soirées électorales.

Aperçu

Cliquez donc sur l’image, mes bons !

On se retrouve donc dans cinq ans pour voir si l’on donne tort à l’Odieux Connard que je suis.

Il existe bien des moyens de crier au monde que vous êtes seul.

Vous enfermer pour écrire de brûlants poèmes sur le monde qui va mal, vous retirer dans un monastère pour vous trouver dans la prière ou plus prosaïquement, utiliser Google +, bref, ce ne sont pas les méthodes qui manquent. Pourtant, depuis quelques temps, une pratique solitaire qui n’est pas – encore – réprouvée par le Pape fait son chemin : le selfie. Jour après jour, jeunes gens et vedettes se prêtent à ce hobby innocent et inondent le net de photographies toutes plus relayées les unes que les autres alors que le phénomène n’a de cesse de prendre de l’ampleur.

Aussi, et comme mon éducation de gentleman me pousse à aider mon prochain, particulièrement quand il s’agit de faire une connerie, aujourd’hui je vous propose d’apprendre à réussir votre propre selfie, tout seul comme un grand.

Inutile de me remercier : je sais que vous l’espériez secrètement.

Prêts ? Alors en route.

Réussir son selfie (sans aide)

Définition du selfie

Le selfie, prononcez "Sel-fi", est un nom masculin qui désigne l’art de se prendre en photo seul, de préférence devant un fond inintéressant au possible, pour ensuite partager le tout avec le maximum de monde via les réseaux sociaux. A noter que le selfie peut aussi être pratiqué à plusieurs, ce qui est un contre-sens complet, mais comme c’est un concept déjà très con en soi, on ne va quand même pas lui demander de tenir la route au moins le temps de sa propre définition.

Exemples :

"Bonjour Madame de la propriété intellectuelle, j’aimerais déposer un concept consistant à partager des photos plus ou moins ratées de soi sur un fond moche. Ça s’appellerait le selfie.
- Désolé Monsieur, un certain Jean-Jacques Photomaton est passé avant vous et a breveté le concept, il faut partir maintenant."

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"Ce qui est bien avec les selfies, c’est que le jour où je réussis mon coup d’état, j’ai toutes les photos des gens à éradiquer."

"Je déteste les gens égocentriques, putain. Tiens au fait, j’ai refait des photos de moi, tu en veux ? J’adore les selfies !"

Histoire

Une légende urbaine voudrait que le selfie soit une activité récente née avec l’arrivée des smartphones et de Twitter, permettant ainsi de poster aisément des photos entre deux messages portant sur les retards du RER B, le programme télé ou autres messages essentiels qui font de Twitter un site incontournable pour s’informer ou subir une lobotomie, c’est selon. Pourtant, il faut savoir que le selfie est une pratique bien plus ancienne qu’on ne veut bien le croire. Ainsi, récemment, le cardinal Gianfranco Ravasi déclarait depuis le Vatican (et c’est véridique) que Jésus était "le premier utilisateur de Twitter puisque celui-ci s’exprimait principalement par des phrases concises de moins de 140 caractères". Ce serait sous-estimer l’homme au périzonium (c’est le nom latin de son slip, ignorants) puisque rappelons qu’il faut ajouter à ces phrases courtes le fait que Jésus parlait souvent dans le vide, avait des followers et que le jour où son compte s’est fait bannir pour non respect des conditions d’utilisation de l’époque, ses dernières paroles furent "Je quitte, j’appuie sur la croix #lol #xptdr". Ne manquait plus à son palmarès qu’un selfie : l’homme nous a livré le premier de l’Histoire, et accessoirement le plus relayé.

A noter que tant qu’à parler de créatures magiques qui reviennent d’entre les morts, d’autres tenteront de copier le succès du fameux pionnier du selfie mais sans jamais égaler son succès.

Par la suite, bien évidemment, l’évolution de la technologie permettra à de petits nouveaux de se lancer, comme Gustave Courbet (à ne pas confondre avec Julien) et son célèbre autoportrait, nom technique donné au selfie quand on a que de la gouache sous la main, puis avec l’arrivée de la photographie, chacun pourra se prendre en photo chez soi dans une sorte d’onanisme pictural des plus impressionnant. Mais le phénomène n’explosera tel un pétard dans une bouse que lorsque les réseaux sociaux s’ouvriront et ne seront plus, par exemple, uniquement réservés aux fils de Dieu, ces gros chouchous.

Méthode

Comment faire pour vous aussi rejoindre la communauté des pratiquants de cet art étrange ? Comment réussir, à votre tour, à vous humilier publiquement ? Rassurez-vous, aucun talent particulier n’est nécessaire. Aucun talent tout court d’ailleurs. C’est même souvent à cela que l’on reconnaît les pratiquants.

1. Trouver le sujet

Il est dit qu’en matière d’art, trouver son sujet est la partie la plus difficile. Heureusement, il existe une méthode simple pour trouver le sujet de son selfie, un questionnaire permettant de se dépatouiller. Allons-y donc.

1) Sais-je qui je suis ?

A) Oui, je suis plutôt certain.

B) Tout le monde sait qui je suis.

C) Non : je pensais par exemple être quelqu’un de gauche, mais je viens de découvrir que j’étais au gouvernement.

2) Suis-je un sujet intéressant ?

A) Non.

B) Oui.

C) Je viens de vous dire que j’étais au gouvernement, je pense que ça répond à la question.

3) Ai-je quelque chose de particulier à montrer ?

A) Non.

B) Oui : blessure de guerre, chirurgie faciale ou habile cadrage qui montrera par accident mon décolleté fourni.

C) Plus depuis mai 2012.

Si vous avez un maximum de A :

Vous n’avez rien à dire et rien à montrer ? Bravo, vous êtes le candidat idéal pour un selfie. Avec un profil pareil, vous êtes probablement particulièrement actif sur les réseaux sociaux par ailleurs, ce qui ne fait de vous qu’un meilleur sujet pour cette pratique solitaire. Vous êtes donc prêt pour faire des photos de vous-même vous-même, si je puis dire.

Si vous avez un maximum de B :

Vous avez quelque chose à montrer, du coup, on pourrait vraiment penser que vous avez de bonnes raisons de prendre une photo de votre personne. Ce qui retire une grande partie de l’intérêt du selfie, qui est, pour rappel, qu’il n’en a aucun. Réfléchissez donc bien à ce que vous allez faire.

Si vous avez un maximum de C :

Vous n’avez franchement pas de bol.

Si vous avez un A, un B et un C :

Vous êtes probablement un lecteur qui se fout de la gueule du monde. Je note votre nom.

Ici, un selfie de 1914 raté : en effet, un fantôme y a fait du photobombing, donnant de l’intérêt à l’image. On peut donc parler d’un échec.

2. Trouver l’endroit

Maintenant que vous avez décidé de vous prendre en photo, encore faut-il trouver l’endroit où le faire. Il existe plusieurs grandes écoles :

  • Le lieu incroyable

Monument historique, manifestation populaire ou rencontre au sommet : autant d’endroits où une photo pourrait intéresser des gens de manière générale, ce qui en fait une excellente raison pour à la place, prendre une photo de vous qui cache la moitié de ce qu’il y a à voir. C’est vrai, quoi, entre votre binette et l’endroit où vous êtes, qu’y a-t-il de plus important ? Rappelons l’argument phare des amis du selfie : "Oui mais je prends cette photo pour montrer que j’y étais à mes amis." Certes, mais d’habitude, les amis sont généralement des gens qui n’exigent pas de preuve photographique quand vous leur annoncez être allé quelque part. Sinon, n’hésitez pas à leur fournir la vidéosurveillance du supermarché quand vous leur racontez être allé faire les courses, hein.

Logique

Récapituler, c’est important.

  • Le chez vous

Quand on a nulle part où aller, chez soi, c’est pas mal non plus (d’où une pratique du selfie très limitée chez les SDF, CQFD). Le selfie peut alors prendre tout son sens, puisqu’à partir du moment où vous vous photographiez à domicile, et étant donné le peu d’intérêt de votre personne, tout l’Internet va jouer à son jeu préféré : chercher le détail qui tue dans l’image. Poster de Garou, ordinateur de 1997 ou slip qui traîne, le selfie devient simplement une nouvelle page du grand "Où est Charlie ?" quotidien du web. N’hésitez donc pas à disposer sur l’image divers objets plus ou moins discrets qui feront la joie de tous ces travailleurs qui, au lieu de faire leur tableau Excel, sont en train de ne rien branler sur Facebook. Vous illuminerez leur journée. Avec un peu de bol, ils vous enverront un Powerpoint avec des oursons pour vous remercier avec en objet "Fw : Fw : Fw : A lire absolumant !!!!". Vous serez entre gens qui se comprennent.

  • Les toilettes/la salle de bain

Lieu préféré de la plupart des amateurs de selfie, c’est un classique. En effet, on y trouve généralement en miroir qui permet de faciliter la prise de la photo, et il est donc aisé d’y réussir ses plus belles images. A noter cependant qu’il est recommandé d’utiliser des salles d’eau privées, puisque si jamais vous prenez 20 minutes dans des toilettes publiques pour saisir toute la majesté de votre binette, vous risquez d’entendre derrière vous les plus grands morceaux de Bach rejoués par des instruments organiques : cela pourrait quelque peu vous déconcentrer. Ou même votre présence pourrait elle aussi gêner le pauvre homme qui gémit en priant pour votre départ dans l’espoir de pouvoir relâcher ses flancs sans se synchroniser avec des toussotements. Je sais que vous l’avez fait l’autre jour chez des amis. Inutile de nier.

3. De l’importance du cadrage

Vous êtes fin prêt et dans un lieu où vous pensez qu’il sera essentiel de prendre une photo de vous ? Excellent, vous pouvez donc passer à la suite : le cadrage. Là encore : pensez mauvais.

Appareil tenu de travers, bout du menton qui n’est pas dans le cadre, centrage merdé, allez-y de bon cœur et utilisez ce moyen mémotechnique simple : "Que ferait Michael J. Fox à ma place ?". Vous aurez alors tous les secrets d’un cadrage de selfie réussi. Pour vous Mesdemoiselles, vous pouvez aussi penser "Que ferait Sophie Marceau à ma place ?" si votre objectif est juste de montrer, par le plus grand des hasards, un bout de décolleté. Et de le diffuser sur Twitter. Petites prétentieuses, je suis outré (et pas seulement parce que je ne suis pas dans la boucle).

4. Prendre la pose.

Si à l’étape précédente, nous pensions Michael J.Fox ou Sophie Marceau, à celle-ci, la règle est simple : pensez Frères Bogdanov. Bouche en cul de poule, tête qui fait peur ou plus simplement grimace supposément mignonne mais en fait tout simplement du genre à faire se liquéfier les intestins d’un chaton à sa seule vue, faites-vous plaisir, encore une fois, ce n’est pas comme si vous cherchiez à faire une photo réussie, c’est même plutôt l’inverse.

Quelques exemples parmi les plus populaires :

"Je plisse un peu les yeux, la bouche entrouverte, on dirait que je fais de la compta."

"Pfou, je viens juste de me lever, quelle coïncidence, je suis déjà coiffée et maquillée au réveil !"

"Je regarde ailleurs en faisant semblant que je n’ai pas remarqué que ma main prenait une photo. Quelle coquine cette main, elle fait tellement de choses seule que je… je… restons-en là." 

"Je ne sais pas comment j’ai réussi à avoir l’air étonné tout seul, c’est étonnant."

Et bien évidemment, le célèbre "Je suis super pensif, je ne pense déjà plus à ce selfie, je suis bien trop occupé" (aussi appelée "la BHL")

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"Comment ? Un photographe vous dites ? Non, je n’ai rien remarqué : j’étais tellement occupé à penser au concept de liberté, là, tranquillement installé sur cette barricade de Kiev où je passais par hasard…"

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Vous avez réalisé toutes les étapes précédentes ? Excellent, vous n’avez plus qu’à hurler à la face du monde que vous manquez de talent, d’imagination et de sens commun : les réseaux sociaux n’attendent plus que vous !

F.A.Q

J’ai un ami photographe qui fait d’excellents selfies, puis-je lui demander conseil ?

Oui : s’il en est à se prendre lui-même alors que son métier c’est de faire exactement l’inverse, c’est que ça doit être une sacrée buse en manque de clients. Vous pouvez vous tourner vers lui, je pense qu’il a tout ce qu’il faut pour vous apprendre à être mauvais.

Je suis d’accord avec vous : je déteste les selfies. Je demande toujours à quelqu’un d’autre de prendre la photo.

C’est vrai que le problème de fond, c’est l’empreinte digitale sur le déclencheur, vous avez raison.

Même les stars d’Hollywood font des selfies ! C’est que ça doit être bien quand même, non ?

On parle bien des gens dont le métier est d’apparaître dans des trucs ratés ? Je dis ça comme ça, hein.

Qu’est-ce qu’il y a de mal à poster des photos de soi ?

Ah non mais rien : c’est le fond de commerce des blogueuses mode, c’est donc probablement une excellente idée.

De toute façon, vous êtes juste jaloux.

C’est vrai : je déteste quand on arrive à faire plus égocentrique que moi.

"Et toi, tu ferais quoi si tu avais une machine à voyager dans le temps ?"

Mon voisin se tortille sur sa chaise en faisant des bruits de gorge, les yeux levés vers le lustre qui éclaire notre soirée. A deux reprises, il ouvre la bouche prêt à donner sa réponse, mais ce n’est qu’à la troisième fois qu’il se lance enfin :

"Moi, j’irais neutraliser Hitler pour empêcher la seconde guerre mondiale !"

Tout autour de la table, chacun hoche lentement la tête, du moins, jusqu’à ce que quelqu’un soupire suffisamment bruyamment pour que tout le monde comprenne que la réponse ne l’a guère convaincu. La maîtresse de maison fait doucement tourner le vin dans son verre tout en se tournant vers l’impoli qui a osé critiquer sa si juste réponse.

"Odieux, Odieux… vous n’êtes pas d’accord ?
- C’est-à-dire que pas exactement. Pourrais-je avoir à nouveau un peu de vin moi aussi ?
- Ah, répondez d’abord, votre avis nous intéresse !"

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Mon voisin, vexé, lève son menton vers moi tout en ponctuant son geste d’un "Parce que vous avez une meilleure idée peut-être ?". Devant son ton des plus inconvenants, je regarde ostensiblement ma fourchette puis sa gorge découverte, l’obligeant à instinctivement baisser sa tête en comprenant mon intention. Je m’éclaircis la voix :

"En effet. Déjà, parce qu’aller neutraliser le führer, c’est un peu classique, et puis Alerte Rouge l’a déjà fait. Quitte à neutraliser quelqu’un entré dans l’histoire à grands coups de massacres, pourquoi ne pas neutraliser  Pinochet, Mao, Franco, M.Pokora ou Kim-Il Sung ?  Et puis pourquoi forcément s’intéresser au XXe siècle quand l’Histoire s’ouvre à vous ? Si vous voulez jouer les bons samaritains, je ne sais pas moi : allez gifler Hernan Cortès, achetez un poney à Attila pour l’occuper ou planquez dans la première Bible imprimée par Gutenberg des passages tirés d’Okapi ou des BDs de Pochep."

Un silence gênant s’installe, alors que je sens qu’une autre question flotte dans l’air : heureusement, la maîtresse de maison décide une fois de plus d’intervenir :

"Certes, mais vous Monsieur Connard… que feriez-vous ?
- Moi ? Ho, c’est bien simple : j’irais péter la gueule à Pline le Jeune. 
- Pline le… mais pourquoi ?
- Parce que ce garçon a passé sa vie a écrire des courriers à tout le monde et pour tout. Et comme en plus il était content de lui, il a même publié ses travaux pour qu’aucune génération ne lui échappe. Et vous savez quoi ? Ça a marché.  Parce que du coup, étant une source écrite prolifique d’une époque passée, tout le monde s’est mis à se baser sur ce qu’il racontait. 
- Oui mais… je ne vois pas le problème, cher Odieux !
- Le problème, ma chère, c’est justement ce qu’il racontait : si l’on retrace sa carrière, tout le monde essaie de se débarrasser de lui. L’empereur Trajan parvient même à le faire nommer à l’autre bout de l’empire, mais là encore, Pline lui écrit, jour après jour, pour lui demander, ce qu’il doit faire au sujet de son médecin. Puis de la femme de son médecin. Puis des enfants de son médecin. C’est véridique. Et de manière générale, il fait ça pour tout ce qu’il doit faire, à tout sujet et en faisant ça en vingt courriers parce qu’il était beaucoup trop nul pour être soit clair, soit prendre une décision même très simple. C’est quand même le premier mec de l’histoire dont même l’empereur parvient à faire sentir dans ses réponses qu’il lui casse méchamment les roudoudous avec ses courriers.
- Ce qui n’explique toujours pas pourquoi…
- Pourquoi je veux lui péter la gueule ? Mais enfin ma chère, c’est pourtant évident !"
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Je laisse la phrase flotter un moment au-dessus des convives.

"Parce que c’est l’inventeur du spam !"

Il y a un soupir horrifié, alors que chacun pense à sa boîte qui déborde de courriers de mystérieux emmerdeurs. Quelqu’un dans la pièce s’exclame :

"Son nom me dit quelque chose, oui ! Bon sang, il n’y a pas une histoire avec Pompéi en plus ? Il n’y était pas ?
- Pompéi, le film ?
- La catastrophe.
- C’est ce que je viens de dire.
- Je ne comprends pas…"

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Je soupire à nouveau. Puis, je me résigne à leur expliquer de quoi il retourne : si l’on compte le nombre de victimes, peut-on considérer que le film Pompéi est-une plus grande catastrophe que la sinistre fin de la ville en question ? Sachant que l’éruption a duré plusieurs jours, est-ce une bonne nouvelle de savoir que le film ne fait qu’1h44 ? Et enfin : mais qu’allait faire Jon Snow dans cette galère ?

Ni une, ni deux : spoilons mes bons !

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L’affiche : "No Warning. No escape." Un peu comme une salle de cinéma pour qui n’a pas été averti de ce qu’il allait voir.

Notre film commence… bien.

En effet, tout débute par une citation de Pline le Jeune, qui comme nous l’avons vu plus haut, est déjà une calamité en soi, et ne peut donc annoncer que des choses qui, au mieux feront pleurer, au pire rendront fou. On voit alors furtivement en gros plans différentes parties du corps d’un momifié de Pompéi et… nous retournons un peu en arrière dans le temps.

Nous sommes en 69 de notre ère, et sur l’île de Bretagne, un peuple de cavaliers celtes a décidé de se rebeller, probablement pour faire des trucs de celtes comme écumer les bars à Guinness, jouer de la cornemuse après 22 heures ou taguer les temples romains avec des pochoirs-leprechauns. C’en est trop pour les Romains qui sont fatigués de ces incivilités : ils décident donc de leur péter la gueule. Et y vont avec entrain. Quelques temps plus tard, un enfant du peuple des cavaliers en question est donc tranquillement en train de glandouiller sous sa tente quand, ouvrant celle-ci, il découvre que ah bah tiens, toute l’armée romaine est dans le camp en train de distribuer des coups de pilum à tout ce qui passe.

Ce qui est choquant. Mais pas autant que la vraie information à retenir : visiblement, en 69 de notre ère, la Quechua était vachement mieux insonorisée puisqu’à moins de passer la tête dehors, on ne remarquait qu’à peine un massacre à coups d’épées. C’était mieux avant.

Toujours est-il que notre marmot voit sa famille se faire massacrer sous ses yeux, les légions du légat Jack Bowus ne faisant pas dans la dentelle. Hommes, femmes, enfants, cochons d’Inde, tout le monde y passe et notre petit héros qui répond au nom de "Milo" ne doit sa survie qu’à son incroyable capacité à faire le mort, ce qui le rend à un âge précoce bien supérieur à Marion Cotillard. Sitôt les Romains partis, l’enfant rampe pour s’extirper du charnier où on l’a jeté, mais visiblement, ce n’est pas sa semaine : il est aussitôt capturé par des filous qui passaient par là et réduit en esclavage. Ça devait être un lundi.

Qu’adviendra-t-il de Milo le celte ? vous demandez-vous, tremblant. Pas de panique, bons lecteurs : j’y viens.

Allons voir 10 ans plus tard, à Londinium, alors que la ville est balayée par la pluie (forcément), qui nous rappelle une fois encore qu’en 2014, avec 100 millions de dollars de budget, on sait faire un volcan qui explose mais toujours pas une averse puisque l’on distingue assez nettement dans l’eau qui s’abat les mouvements du tuyau d’arrosage qui s’agite au-dessus.  Qu’importe : dans l’arène de la ville, un marchand d’esclaves s’interroge quant aux gladiateurs qu’il va emmener prochainement à Pompéi, prospère cité d’Italie, et pour l’instant, il est déçu, voire carrément bougon. En effet, devant lui, les combats sont vite réglés : trois Thraces mettent leur raclée à tout ce que l’on envoie en face d’eux. Du moins, jusqu’à ce qu’apparaisse Milo.

Désormais simplement surnommé "Le Celte", Milo a bien grandi et a pris des abdominaux pour le plus grand bonheur des spectatrices hétérosexuelles, des spectateurs homosexuels et des sociétés de nettoyage de fauteuils de salles obscures.

Et il sait diablement bien combattre, puisque sans perdre sa coolitude,  il colle une ratatouille aux trois Thraces, et avant que qui que ce soit ne puisse faire le moindre calembour, il jette son épée et repart vers les tunnels sous l’arène sans dire un mot parce qu’il est comme ça, mystérieux et classou, mais ouais. Le marchand d’esclave, bluffé par cette attitude qui n’est pas sans rappeler les plus grandes heures de la série Le Rebelle décide donc bien évidemment qu’il l’emmènera à Pompéi, sinon, le film eut été un peu plus compliqué. Puisque nous sommes encore chauds, accélérons encore un peu le temps et allons du côté de Pompéi où la longue colonne des esclaves destinés aux arènes s’avance sur une route de terre humide, alors qu’à côté d’elle, un chariot progresse lentement.

Soudain, c’est le drame : une roue du chariot se prend un nid de ptérodactyle (une sorte de gros nid de poule, c’est du langage technique), et l’un des deux chevaux de l’attelage se vautre comme une bouse. Et reste au sol à hennir comme un vulgaire joueur de foot.

Visiblement, le cocher n’en a pas grand chose à faire, puisqu’à la place, c’est une jeune et riche Romaine qui descend du chariot pour s’inquiéter de ce qu’il se passe, et elle est bien embêtée en voyant le fier animal couché sur le sol, souffrant. Heureusement, parmi les esclaves qui passent à côté, Milo, qui s’exprime avec un doublage quelque part entre Conan et Rocky, se propose d’aider pourvu qu’on le détache. "Ho bin oui, super idée !" dit donc la patricienne qui demande à ce qu’on laisse cet homme s’approcher de son animal. Avec un peu d’insistance, les gardes de la caravane acceptent.

Milo se penche donc sur le cheval et aussitôt…

… lui pète la nuque.

Ah bon. Mais dis-donc Milo, tu ne voulais pas étudier un peu la blessure avant, non ? Au moins la regarder ? Direct le pétage de tête ? Hop ? Nerveux, le garçon. Puisqu’il n’y a plus grand chose à faire de plus, et même si l’on peut désormais jouer à Twiter avec la tête du fier animal comme aiguille, notre homme est aussitôt ramené parmi les esclaves et continue de marcher vers Pompéi. Derrière lui, la jeune femme qui répond au doux nom de Cassia, le suit du regard alors qu’il s’éloigne, le tout, évidemment, la bouche entrouverte, parce que nous sommes en 2014, et si tu sais fermer la bouche, c’est que tu serais bien mauvaise actrice, vilaine lectrice. Maintenant, tu sais à quoi tient ta carrière. Il n’empêche que Mireille, l’esclave de Cassia, vient se mettre à ses côtés :

"Maîtresse ! Je crois que ce petit rabouin vient de nous feinter d’un cheval.
- Mrngx.
- Maîtresse ? Est-ce moi où vous matez un peu ses muscles qui roulent avec souplesse sous sa divine peau alors que des gouttes de sueur perlent entre ses omoplates de Jon Snow ?
- Hein ? Ho non, hohoho, que vas-tu croire là, hihihi. Non, je me disais "Quel garçon charmant de nous avoir aidé !""

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Pardon ? Tu veux que je te rappelle ce qu’il vient de faire ? Si ça se trouve, ton cheval, il s’était juste un peu foulé et dans 10 minutes il repartait, hein. Mais, allez : peut-être aimes-tu tout simplement les gens qui pratiquent l’euthanasie sur tout ce qui leur passe sous la main. Il faudra juste que tu fasses bien attention à ne pas te fouler la cheville à côté de lui. Mais je m’égare.

Car heureusement, le chariot de Cassia avait un cheval de secours rangé avec le triangle et le gilet fluorescent : elle peut donc reprendre la route en paix et gagner Pompéi, sa ville natale qu’elle vient retrouver après une année passée à Rome. Sauf que sur place, c’est la fête du vin et les rues sont donc encombrées : Cassia propose donc de poursuivre à pied, et trouve l’idée encore plus excitantes quand le cocher, la voyant descendre lui crie "N’y allez pas, madame ! Les rues sont pleines de mendiants et d’ivrognes !" : il faut croire que la bougresse est émoustillée à la seule idée de rencontrer un de ces grands romantiques qui errent dans les rues un cubi de vin de table à la main. Entre ça et les gens qui pètent la tête aux chevaux, je pense que Cassia a des goûts contestables, mais en même temps, si ce n’était pas le cas, elle ne serait pas dans ce film. Tout se tient.

Passons : quelle surprise, à la villa familiale lorsque paraît sur le pas de la porte la fille chérie de la famille de retour de la cité éternelle ! Son père, Papa Cassia, riche marchand, la prend dans ses bras trop heureux de la revoir, et sa mère, Trinitia, vient bientôt se joindre à ces heureuses retrouvailles. Cependant, tout le monde est étonné de la revoir si tôt : est-ce que quelque chose se serait mal passé à Rome ? Et a-t-elle rencontré un homme sur place parce que bon, hein, faudrait pas perdre l’essentiel de vue : elle n’est pas là pour se tourner les pouces. Non et non, répond Cassia aux deux questions avant d’aller aux écuries retrouver son cheval préféré, Chwal. Celui-ci est en pleine forme puisque l’esclave en charge des écuries en a pris grand soin en l’absence de sa maîtresse : il se propose même de le sortir dans la soirée pour aller lui dégourdir les pattes. Cassia accepte, car elle veut que son cheval puisse profiter des verts pâturages autour de la cité et être au mieux de sa forme afin qu’à son tour, elle puisse le chevaucher les cheveux au vent et sentir la brise lui caresser le visage tout en pleurant des paillettes de bonheur. Quel personnage profond, cette Cassia !

Le soir-même, donc, l’esclave en question sort le cheval pour qu’il aille faire sa promenade, mais alors que dans la nuit, il approche un point d’eau, celui-ci se met à bouillir étrangement et le cheval, effrayé par ce mystérieux phénomène désarçonne son cavalier avant de s’enfuir. Le pauvre esclave râle donc que hé ho, enfoiré de Chwal, reviens ! Mais derrière-lui, c’est trop tard : la terre s’ouvre en deux et bien vite, notre pauvre serviteur disparaît dans le sol qui s’ouvre sous ses pieds. Ho ! Ça alors !

Ailleurs en ville, Milo est lui emmené aux prisons des arènes, où il peut déguster un savoureux brouet à la cantoche locale. Sauf que soudain, des gros Messieurs musclés viennent l’embêter :

"Hé, le Celte !
- Miam mium miom…
- Hé ! Réponds quand on te parle !
- Qu’est-ce que vous voulez ?
- Mon ami là, est Thrace. Et tu as tué son frère dans l’arène sur l’île de Bretagne.
- Ah oui c’est embêtant mais on m’a bien dit de ne jamais laisser de Thraces derrière m…
- Tu arrêtes tout de suite les jeux de mots de merde ou je dis "You know nothing, Jon Sn".
- Nan nan nan c’est super lourd, tout le monde me la fait, c’est interdit, je veux pas l’entendre de ce film, hop.
- Ah, hé, nous aussi on peut faire des calembours prévisibles.
- Très bien. Puisque c’est comme ça, je propose que l’on fasse la bagarre."

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Et donc, c’est la bagarre. Milo parvient à se débarrasser de ses assaillants temporairement grâce à ses petits poings vifs, du moins, jusqu’à ce que les surveillants du coin débarquent et calment tout le monde. Le marchand d’esclaves, qui visiblement, était juste à côté, débarque donc pour faire la morale à ses hommes comme quoi, holalala, c’est vilain de laisser des émeutes éclater : les gladiateurs doivent se taper dans l’arène, en-dehors, ça abîme juste la marchandise. Si seulement il trouvait le con qui organise des combats entre ses propres esclaves puis les enferme dans la même pièce pour voir s’ils vont s’en vouloir ! Mais bon, hein, je dis ça, mais je ne suis pas un expert : je n’ai jamais eu d’esclaves. Seulement des stagiaires. Et tout le monde sait que ça n’a rien à voir : l’esclave, lui, a une chance d’avoir une vie meilleure s’il s’enfuit.

Si je n’avais pas mis de photo des abdominaux, nul doute que j’aurais eu des plaintes en commentaires. C’est chose faite, un peu d’attention à présent.

Qu’importe. Milo est donc mis en cellule avec un autre gladiateur, un grand guerrier à la peau d’ébène qui l’accueille fraternellement :

"J’avais parié deux rations de vin sur ton Thrace d’adversaire, le Celte. J’ai perdu à cause de toi.
- …
- Tu veux jouer les durs ? Très bien. Pour ma part, je m’appelle Atticus. Je suis le champion de tous les esclaves que tu vois ici. Et aux prochains jeux, j’aurai le droit à un duel : si je le gagne, je serai libre. Et toi, comment t’appelles-tu ?
- Nous allons nous entretuer dans l’arène. Je ne donne pas mon nom à ceux avec qui vont tenter de me tuer."
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Mais Milo n’a pas son détecteur de poncifs avec lui, sinon il saurait, car ça ne manque évidemment pas : dès son premier entraînement, le Thrace, grognon après sa baston avec Milo, tente de l’assassiner lâchement, mais Atticus lui sauve la vie. Du coup, à l’occasion d’une scène parfaitement inutile où ça parle des dieux et de leurs projets, Milo révèle son nom : ah bon ? Alors vous n’allez plus vous entretuer ? Vous avez changé de carrière et vous ouvrez une pâtisserie ? J’ai loupé un truc.

Ou le scénariste, allez savoir.

Mais retournons donc du côté de Cassia, qui vit sa vie de jeune fille aisée de l’an 79 : s’acheter de belles robes, des bijoux ou faire du lèche vitrine au marché aux esclaves (la vitrine n’ayant pas été inventée, on attrapait alors toutes sortes de de maladies mais c’est une autre histoire), autant de loisirs qui occupent notre louloute jusqu’à ce qu’elle aperçoive au petit matin son cheval arriver seul à la villa. Non, elle ne s’inquiète pas de savoir où est l’esclave qui était dessus, aussitôt oublié. Et non, aucun villageois n’est venu gueuler au matin que "Tiens, au fait, mon champ a été englouti dans la terre cette nuit." Je veux bien que la population soit habituée aux tremblements de terre, mais des pans entiers de terrain qui disparaissent, bon, j’imagine que ça doit vaguement les titiller. Ou alors, ce ne sont que des villageois super riches qui ne sont pas à quelques hectares prêt et qui roulent en tracteur tuning (ils ont collé des ailerons sur leurs bœufs)

Qu’importe, Cassia a déjà la tête ailleurs, puisqu’elle a repéré depuis son balcon un camp romain qui s’installe aux portes de la ville (parce que oui : en arrivant à Pompéi, la bougresse pouvait se rendre à la ville à pied, mais soudainement, la domus est posée à l’écart de la cité, sur un flanc de la montagne, allez hop, soyons fous) : tiens ? Mais qu’est-ce ? Heureusement, Papa Cassia a la réponse :

"C’est un sénateur de Rome qui vient ici pour me parler des investissements impériaux dans la ville."

Visiblement, ça n’intéresse pas Cassia plus que ça, puisqu’elle ne demande même pas le nom du Monsieur et se contente de se barrer. Mais puisque je sens mon lectorat autrement plus impliqué que Cassia, allons donc voir en ville qui est ce sénateur qui débarque : mais… c’est Jack Bowus ! Désormais monté en grade ! Celui-ci est bien étonné alors qu’il traverse le marché de la ville, il note que tous les citoyens… lui tournent le dos. Ah oui ? Comme ça, hop ? Bon. Jack Bowus va donc rencontrer Papa Cassia, et après quelques politesses, l’interroge quand même :

"Au fait, Papa Cassia, j’ai noté un événement étrange dans votre belle cité.
- Ah oui ?
- Oui, figurez-vous que lors de mon passage sur le marché, tous les citoyens m’ont tourné le dos. 
- Vous exagérez je suppose.
- Vous ai-je parlé de celui qui m’a montré son cul avant d’entonner la Carioca ?
- Heeeeem je… non, ce n’est rien, allons : c’est simplement un tout petit groupe d’opposants, une minorité qui n’aime guère Rome… mais rien qui ne nous empêche de bâtir, ensemble, une nouvelle Pompéi !"

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C’est vrai que c’est crédible : un tout petit groupe d’opposants. Quelle coïncidence que celui-ci ait représenté 100% des gens croisés par le sénateur Bowus ! Quel maître du pipeau, ce Papa Cassia, on dirait du Jean-François Copé. Heureusement, ce dernier (Papa Cassia, pas Jean-François Copé) a plus d’un tour dans son sac et a prévu, pour adoucir les esprits, une grande réception le soir-même dans sa demeure où on célébrera la fête du vin autour de libations conséquentes. Le sénateur Bowus se joint bien volontiers à la fête, et en profite pour découvrir la maquette géante du nouveau Pompéi que Papa Cassia a à lui présenter. Parce que déjà à l’époque, tout le monde adorait faire des présentations avec des maquettes géantes. On a frôlé de peu le passage où il sort ses diapos Powerpoint en marbre.

"Voilà, sénateur Bowus ! Le nouveau Pompéi ! J’ai tout dessiné moi-même avant d’en faire des maquettes parce que je suis marchand bi-classé architecte et passionné de modélisme : il nous faut une arène géante, un port plus grand, un nouveau temple et bien évidemment, des statues un peu partout pour faire choupinet.
- Mmm… c’est intéressant, fier patricien, mais voyez-vous, l’empereur ne souhaite plus investir dans des villes de province. 
- Ho… je vois.
- Mais si ça vous intéresse, je peux investir à sa place !
- Pardon ? Mais ? Ce serait formidable !"

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Ah oui ? Le sénateur Bowus a donc un salaire qui lui permet de reconstruire une ville entière, monuments inclus ? Vous l’avez confondu avec le sénateur Balkanus, je suppose. Papa Cassia en tout cas, qui n’est pas au courant des trous du scénario, tombe donc dedans mais s’étonne lorsque l’homme déclare "Buvons à notre futur accord : que votre fille nous apporte du vin !" D’où il sait que j’ai une fille, l’autre se dit Papa Cassia ? Voilà qui est super suspect ! Mais moins que d’avoir des ressources illimitées de pognon, il faut croire. Ces gens ont vraiment une capacité à s’étonner à géométrie variable.

Jack Bowus essaie de ne pas trop rigoler en voyant les maquettes en allumettes de Papa Cassia.

Au fait : où est Cassia, puisque nous en parlons ? Hé bien ailleurs dans la villa, à sentir la température monter alors que l’on a fait venir des gladiateurs pour servir de gigolos d’un soir pour les riches invitées. Parmi eux, évidemment : Milo. Trinitia, sa maman, est toute émue car elle surprend sa fille à regarder amoureusement la gladiateur. Parce que oui, ça la fait trop rêver : "Hihihi, ma fille est amoureuse d’un esclave, c’est trop choupi !". Pour essayer de convertir la chose selon les standards du monde moderne, c’est un peu comme si votre fille revenue d’Erasmus prétendait n’y avoir rencontré personne, mais que vous la surpreniez à regarder Scrappy le chien avec désir. Logiquement, vous êtes censés avoir moult réactions, mais le verbe "se réjouir" n’est pas sur la liste.

En tout cas, on vient chercher Cassia en lui disant d’apporter du vin au mystérieux sénateur invité à la villa : elle s’exécute, mais en arrivant sur le balcon où il l’attend, elle sursaute :

"Sénateur Bowus !"

Parce que non, elle n’avait toujours pas pensé à demander qui était le sénateur en visite, sachant que pourtant, elle en connait un dont elle ne prononce pas vraiment le nom avec amour. Oui, hein ? Papa Cassia est tout surpris : ils se connaissent ? Ça alors ! Il voudrait bien en savoir plus, mais Bowus explique qu’il aimerait bien avoir une conversation privée avec sa fille. Soucieux de ne pas froisser son invité, le géniteur de notre Romaine à la bouche entrouverte bat donc en retraite et laisse nos deux amis ensemble :

"Cassia, ma douce Cassia, comme je suis heureux de te revoir.
- Sénateur Bowus, je vous ai déjà dit que je n’étais pas une de ces filles qui vous tournent autour à Rome : vous ne m’intéressez pas.
- Douce Cassia, tu dis cela, mais d’une manière ou d’une autre, bientôt mienne et… ho, mais qu’est-ce que ? La terre tremble !"

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Et en effet : un petit tremblement de terre surprend nos amis. Mais rien de grave : dans la région, les gens sont habitués. C’est dommage, car pendant ce temps, dans le cratère du Vésuve voisin, un peu de lave a commencé à faire blub-blub. Elle reste dans son coin, mais tout de même. Cela dit, si les humains semblent peu s’étonner de pareil événement, il n’en va pas de même de Chwal le cheval qui dans l’écurie, a pris peur et est parvenu à se détacher (c’est un escape artist) et commence à mettre la zone dans son coin en tapant sur les murs et en chantant très fort du Zaz. Cassia apprend cela et vite, fonce trouver Milo qui attendait son tour pour savoir quelle vieille habitante de Pompéi il honorerait ce soir. Notre jeune héroïne l’amène devant la porte de l’écurie et lui tient à peu près ce langage :

"Celte ! Tu parles aux chevaux ! Tu m’as aidé sur la route : maintenant, un autre cheval me pose problème, il est apeuré et agressif dans l’écurie, va, tu sais ce que tu dois faire !"

Ah bon, il "parle aux chevaux" ? On a pas dû voir les mêmes scènes. Et non, elle ne lui dit pas "Calme mon cheval !" : elle lui dit juste d’y aller et de s’occuper du bousin, sans autre consigne.

Vu comment il t’a aidé sur la route et la clarté de tes indications, il va rentrer et lui péter la nuque à ton canasson à mon avis. Mais c’est vrai qu’après, il sera bien calmé.

Milo entre donc dans l’écurie, referme la porte derrière lui et s’approche du cheval pour lui poser les mains de chaque côté de la tête (alleeeeeez !) mais… se contente d’apaiser et de rassurer l’animal avant de grimper dessus (hoooo…). Cassia, en entendant plus rien, décide donc d’aller voir à l’intérieur de l’écurie de quoi il retourne et tombe nez à nez avec Milo perché sur son cheval !  Celui-ci commence à lui raconter sa vie, comment il est le dernier d’un peuple de cavaliers, comment il avait une tente Quechua édition de luxe, comment le sénateur Bowus qu’il a aperçu ce soir a massacré sa famille, et comment il est vénèr’. Pendant toute cette conversation, on entend un garde derrière la porte qui braille : "Ouuuhouuuu Madame Cassia ? Vous allez bien ? Je ne vous entends plus ! Il y a bien ces judas juste devant moi pour regarder si ça va mais je ne sais pas comment les ouvrir ? Ouhouuu, Madaaaame !".

Mais vraiment, hein. Alors qu’il doit bien s’écouler de longues minutes où Milo a douze fois le temps de lui trancher la gorge.

Je… bon ?

D’ailleurs finalement, Cassia, toute émue par l’histoire de notre héros décide de grimper avec lui : allez, filons loin de cette villa ! Et claquant les portes de l’écurie en bondissant au-dehors grimpés sur Chwal, tous deux s’échappent dans la nuit tels des Zorros sous acide et commencent à galoper sur les pentes du Vésuve. Mais, Jack Bowus ne s’en laisse pas compter : un vulgaire Celte ne va pas lui voler sa promise ! Il envoie donc un détachement de cavaliers poursuivre nos héros, et ces derniers finissent par s’arrêter sur les flancs du volcan. Cassia tapote le dos de Milo :

"Je vais descendre ici ! Je vais les retarder, leur dire que cette fuite, c’était mon idée, c’est la vérité ! Toi, prends le cheval et fuis !
- Non, j’assumerai les conséquences de mes actes : sinon, ils te le feront payer !"

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Ah, d’accord. Du coup, quel était donc le plan, bonnes gens ? Fuir, oui, mais en fait non, mais en fait je crois qu’il y a du rab de fruits de mer, on y retourne ? J’avoue ne pas saisir. Ou alors, c’est juste que cette scène n’a aucun sens.

J’hésite, j’hésite. Ce film est d’une telle qualité.

Cassia et Milo se rendent donc aux hommes de Bowus qui s’avance, triomphant :

"Hé bien, voici mes fugitifs ! Que pensais-tu faire avec cette belle Romaine, esclave ? Tu mérites un châtiment : la mort ! 
- Sénateur, arrêteeeez ! 
- Oui Cassia ? Que veux-tu, douce créature de mes nuits ? Que j’épargne ce pourceau ? Et… qu’aurais-je en échange ?
- Vous… vous me faites chanter ?
- Tout à fait. 
- Si vous l’épargnez vous aurez ma… heu… gratitude ?
- Hé bien voilà ! Je l’épargne !"

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Pardon ? Tu es un super méchant, et tu troques la vie du héros contre… un mot gentil ?

"Et si tu me dis que j’ai une jolie cape, je me lance dans l’humanitaire"

Que… tu es un gros panda en fait ? Tu veux juste des gros câlins, c’est ça ? Qu’on te gratouille le ventre ? Ah, bravo le méchant ! Quel gros naze. Toujours est-il qu’il se tourne vers Milo :

"Esclave, tu dois être puni, tu le sais. Mais cette Romaine, pour des raisons que je préfère ignorer, tient à ce que tu restes en vie. Tu as le choix : soit tu prends 15 coups de fouets, soit on fait une chorale qui chante en canon "You know noth-
- Je vais prendre le fouet. C’est bien, le fouet."

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Et ainsi, Milo reçoit donc quinze coups de fouet avant d’être rebalancé comme une grosse daube dans sa cellule d’arène où il bougonne pendant qu’Atticus le soigne (et désinfecte ses plaies à l’alcool parce qu’il maîtrise le concept comme tout le monde à l’époque, tout ça) et tous deux discutent du fait que si le sénateur Bowus est sur la route de Milo, c’est que le destin veut qu’il venge sa famille. Milo en profite pour avertir Atticus : les Romains lui ont promis la liberté après un dernier combat ? Qu’il se méfie d’eux.

Ça tombe bien, puisque dès le lendemain, pour célébrer la fête du vin toujours, on organise des jeux dans l’arène. Et à la grande surprise d’Atticus… on annule son combat en duel contre Milo qui devait clore les jeux et lui permettre de gagner la liberté ! Le sénateur Bowus souhaitant se débarrasser de Milo, il a ordonné qu’il combatte dans l’arène dès le début des jeux et y meure. Atticus est donc envoyé avec lui parce que… heu… mais si… vous savez ? Le truc, là, la bonne raison, tout ça ! Non ? Bon, bref, ils se retrouvent tous deux envoyés avec d’autres dans l’arène et se retrouvent enchaînés à une espèce de décor celtique (à ne pas confondre avec la panique du même nom, rangez-moi immédiatement cet album de Manau) au milieu de l’endroit, alors que d’autres gladiateurs, bien plus nombreux et déguisés en soldats romains, entrent pour venir les massacrer.

En effet, pour célébrer la venue du sénateur Bowus, on propose d’ouvrir les jeux par une reconstitution de sa fière victoire sur les cavaliers celtes (oui, le Monsieur n’a qu’une seule victoire à son actif il faut croire, et ça tombe bien, c’est celle sur le peuple de Milo). Bowus est donc aux premières loges, avec à ses côtés Cassia, Papa Cassia et Trinitia pour ouvrir les festivités, et se réjouit de voir Milo devoir mourir dans l’arène.

Sauf qu’évidemment, rien ne se passe comme prévu : tous les gladiateurs se font massacrer par ceux jouant les romains, sauf bien sûr Milo et Atticus, qui leur mettent la raclée de leur vie en retour juste équipés d’un slip et d’une demi-épée. D’ailleurs, vous vous souveniez qu’ils étaient enchaînés ? Et bien en fait, jamais les chaînes ne les arrêtent. C’était quand même pas compliqué pour la réalisation : il suffisait d’attacher un acteur à une chaîne. C’est tout, et c’était bon. Et bien même ça, ils ont payé un supplément pour le rater : la chaîne est tellement longue que sa seule présence dans le film est justifiée par le fait que Milo vole un cheval à un type de l’arène, puis fait tout le tour de ladite arène, sa chaîne au pied, qui ainsi tendue renverse les derniers faux soldats romains sur son chemin (et non, ils ne se relèvent pas, ça les tue net il faut croire).  Expliquez-moi donc l’intérêt d’enchaîner un gladiateur si la chaîne est suffisamment longue pour qu’il puisse aller partout dans l’arène ? Je veux dire : à part pour caser une incohérence et une scène d’action qui fleure bon l’étron chaud ?  Au passage, Milo attrape même l’aigle impérial de la bannière des faux romains et la brise sous les acclamations du public, parce que oui, à Pompéi, on aime pas Rome. Ah bon, c’est un peu le OM-PSG de l’époque ? Et quand bien même : depuis quand le public est-il censé se réjouir de voir un barbare péter le symbole de son empire ?

Là encore : je n’ai pas bien saisi. J’étais trop occupé à pousser les pieds de l’historien qui s’était pendu devant moi et qui me gênaient pour voir l’écran.

A la fin du combat, Atticus est colère, car on lui a volé son combat qui aurait dû le rendre libre, quant à Milo, il se saisit d’un pilum au sol… et le jette droit vers Jack Bowus !

Mais quelqu’un s’interpose et arrête le projectile d’un coup d’épée parce que oui, c’est probablement un ninja :

Severus, le bras droit de Bowus, qui avait participé au massacre du peuple de Milo.

La montagne, probablement elle-même consternée par cette scène, fait alors trembler le sol et ça panique un peu dans l’arène tant la secousse est plus forte que d’habitude : Bowus a tôt fait de calmer tout le monde grâce au mégaphone intégré dans sa gorge qui fait que quand il parle, tout le monde l’entend, même par-dessus les hurlements, et il annonce que c’est un signe : Vulcain veut que le héros de l’arène, Milo (ah bon, tu n’as pas remarqué qu’il y avait encore Atticus ?) se batte en combat singulier contre le champion de Rome, Severus !

Certes ? Pourquoi pas ? Et le public, lui, il revient direct applaudir comme si de rien n’était ? D’accord. Je vous la refais :

"Haaaa ! Le sol tremble si fort que même nous habitués, trouvons ça terrifiant ! On va tous mouriiiiiiiiiir !
- Oui, mais il va y avoir un DUEL !
- Hooooooooooooooooooooooooo ! Attendez, on revient ! Pousse toi de ma place, enfoiré !"

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Intéressant.

Le duel s’engage donc et Milo est en mauvaise posture, quand cette fois-ci, la terre se remet à trembler, et pour de bon : une partie de l’arène s’effondre et des fissures dignes de 2012 s’ouvrent dans le sol (mais si, vous savez, les fissures qui tapent toujours là où est le héros et le suivent quoiqu’il fasse) et engloutissent Milo et Severus, les amenant dans les sous-sols où ils se relèvent péniblement.

"Severus… tu vas mourir…
- Milo, tu as eu de la chance, j’allais te porter le coup final… tu dois être protégé de Juno Curitis ou Juno Sospita… ou peut-être Juno Nossing ?
- Juno Nossing ?
- Juno Nossing, John Sn…
- AH PUTAIN !"

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Avant que Severus ne puisse finir sa phrase, Milo lui colle une ou deux patates, puis ouvre les cellules des gladiateurs puisque plus on est de fous, plus on rit. Severus s’enfuit donc puisqu’à 1 contre 20 monsieur musclés dans des caves, il sent comme de vagues faits divers lui revenir à l’esprit. Prendre la tangente paraît donc fort raisonnable pour le bougre.

La scène des chaînes : en plus, ils en ont mis plein pour bien montrer que logiquement, elles sont censées s’arrêter à quelques mètres du monument celte.

Jack Bowus, lui, depuis la loge VIP a passé ses ordres :

  • Déjà, il a demandé Cassia en mariage parce que les jeux de l’arène, c’est un peu comme faire sa demande au stade : plus romantique, tu meurs
  • Il a expliqué à ses parents que si elle ou eux refusaient, il raconterait à Rome que ce sont de sales traîtres et ils mourraient. Ah oui, proposition sérieuse, donc.
  • Et pour mettre Cassia en sécurité maintenant que la terre tremble et que c’est le souk, il a demandé qu’elle soit ramenée à sa villa et enfermée jusqu’à ce qu’il revienne

Sauf qu’avec le dernier tremblement de terre, la loge VIP s’est effondrée peu après le départ de Cassia, et a à-demi écrasé Trinitia. Quant à Papa Cassia, lui s’est dit, après toutes ses menaces, que pendant que le sénateur Bowus était inconscient après s’être pris un caillou sur la tête, il pouvait le tuer. Mais évidemment, puisque plus de poncifs, ça devient compliqué : le larron ouvre les yeux soudainement au dernier instant et retourne le canif de Papa Cassia contre lui. Ce dernier en meurt donc.

Mais déjà, il y a plus urgent :  la montagne vient d’exploser et commence à cracher du feu, tout le monde essaie donc de filer vers le port où les galères devraient permettre de trouver la sécurité au large. Jusque là : ça se tient, puisque ce sont les parties du script qui n’ont pas été écrites par l’équipe du film. Profitez-en donc : c’est logique. Jack Bowus essaie donc lui aussi de gagner les galères pour mettre les voiles (hohoho).

Hélas, de la montagne tombent de véritables roches enflammées qui commencent à ravager les maisons, le port et les gueules des passants, puisque la montagne, elle est comme ça, elle est plutôt favorable à la lapidation. Et comme elle n’aime pas trop les méchants, le marchand d’esclaves qui était le cruel propriétaire de Milo et qui est parvenu à s’acheter une place sur une galère en abandonnant des innocents, voit bien évidemment un gros caillou venir couler le navire. Ah non mais le Vésuve, c’est  le Simo Häyhä des parties de Touché-Coulé. 

Et non, Simo Häyhä n’était pas un champion historique de Touché-Coulé, mécréants.

Passons, car du côté de l’arène, Milo et Atticus ressortent du sous-sol pour découvrir les tribunes désertes et le ciel en feu : voilà qui n’est pas banal. Ils entendent aussi gémir : c’est Trinitia (oui, aucune autre personne dans l’arène ne gémit, ils sont sympas quand même) qui appelle Milo pour l’implorer d’aller sauver sa fille, enfermée dans sa villa à flanc de montagne, évidemment. Milo et Atticus se divisent donc en deux groupes de un : Atticus ira au port en faisant plein d’actions héroïques sur son passage pour bien souligner que c’est un gentil, pendant que Milo ira sauver Cassia et rejoindra Atticus sur les quais une fois qu’il aura libéré la princesse qui aimait les chevaux de sa pris… attendez, attendez, non ? Personne n’a utilisé des éléments aussi pourris quand même ?

Seigneur : une princesse, de la lave, des boules de feu, une prison, un héros moustachu, l’Italie : je pense que Jack Bowus va devenir Jack Bowser sous peu.  Vivement Pompéi II – Super Milo Kart.

Allez, allez : finissons cette daube, puisqu’il le faut : Atticus galope donc follement au travers des rues de Pompéi, et malgré les rochers qui explosent de partout, s’arrête pour sauver une petite fille qui est tombée, ramasser un vieux, ou chercher un chat dans un arbre. Il est sympa, ce Atticus quand même. Sauf qu’une fois au port, alors que toute la foule se presse sur les quais et que les navires se dépêchent de se barrer, les tremblements de terre provoquent un tsunami : voyant une grosse vague arriver droit sur lui, Atticus file en sens inverse, et alors qu’il franchit les remparts entre le port et la ville, une vague arrive en portant avec elle une galère bien mal en point, et figurez-vous que la galère, en s’enfonçant pile-poil dans les portes de la ville…

… fait un barrage parfait.

Vous avez le droit de pleurer tellement c’est nul. Allez-y, laissez-vous allez. Voilà, voilààà.

On a bien évidemment le droit à un plan où on voit nettement Atticus s’arrêter de courir sitôt la galère bloquée dans la porte, parce que oui, il a deviné ce qui allait se passer, que la galère allait tenir, et que la vague du tsunami était exactement de la taille des remparts, il peut donc se poser cinq minutes et attendre Milo.

Misère. J’espère qu’aucun archéologue ne lit ce spoil.

Milo, de son côté, se rend à la villa pour sauver la belle : il y a bien Mireille qui voudrait les accompagner, mais comme il n’y a plus de place pour elle dans le scénario, hop, une fissure s’ouvre pile sous ses pieds (j’insiste : la montagne vise bien) et avale notre esclave. Désolé Mireille. Nos héros retournent donc tous les deux vers la cité, où la situation a empiré : une pluie de cendre a commencé à tomber.

Mais pas sur tous les plans.

Et du coup, pas sur tous les gens.

En chemin, et parce que le réalisateur avait la flemme, une pluie de petits cailloux tombe et tue TOUS les habitants, sauf les personnages principaux. Voilà, en 5 secondes, c’est plié : nos loulous sont les seuls à penser à se planquer sous une porte cochère. Puis, notre couple rejoint Atticus en poussant de grands cris :

"Atticus, non ! Ho non, il est mort : regarde, il est déjà tout couvert de cendres et de suie !
- …
- Ho. Attends, non, il va bien en fait. Désolé mec, méprise."

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Sur ce plan, on constate ainsi parfaitement qu’il y a une pluie de cendres et de… de… zut, quelqu’un a encore oublié, c’est bête !

Atticus, Cassia et ce gros raciste de Milo se demandent donc comment fuir la ville, à présent ? Une seule solution : des chevaux ! Rah, si seulement quelqu’un avait pensé à en prendre à la villa, hein ? Ou si seulement on était dans l’antiquité et que des chevaux, hé bien il y en avait près des chariots, des postes, des points de passage, des gardes… mais pas de problème : il y en a aux arènes, ils doivent encore y être ! Ni une, ni deux, tout le monde retourne donc sur place, l’occasion pour Cassia d’aller voir le corps de ses parents, et où non seulement le corps de papa bouge un peu (c’était vendredi, il était 16h47 et ils n’avaient plus le temps de refaire la scène, j’imagine), mais où on constate que la cendre, visiblement, tombe uniquement en gros morceaux façon cotillons, et uniquement sur les joues des gens.

Moi aussi, à ce moment là dans le cinéma, je sentais l’asphyxie me gagner.

Sauf que Milo et Atticus, partis chercher des chevaux, découvrent que les Romains sont là et les ont déjà pris ! Parce que oui, les Romains avaient un camp et plein de chevaux, mais eux aussi vont se fournir aux arènes, sans raison.  Sur place, Jack Bowus a fait atteler un chariot avec quatre chevaux (et non, ses hommes ne gueulent pas qu’il pourrait en laisser pour les autres, même en pleine apocalypse, ils n’ont pas une ligne de dialogue pour dire qu’ils n’ont pas envie de rester là à mourir comme des cons et qu’en plus un chariot, c’est super pas pratique vu la situation) et s’enfuit  après avoir capturé Cassia qui pleurait sur le corps de ses parents. Milo et Atticus arrivent trop tard, non sans avoir tué jusqu’au dernier soldat romain anonyme sur leur route : Bowus s’enfuit, et laisse derrière lui Severus, qui doit lui aussi, avoir envie de mourir, pour les retarder. Milo et Atticus se divisent à nouveau en groupes de un : Milo ira sauver sa belle, et Atticus s’occupera de Severus.

Milo utilise donc son sort de 5e niveau "Apparition du Chwal majestueux" et se retrouve donc à poursuivre dans les rues de Pompéi l’ami Jack Bowus, le tout monté sur Chwal, qui ne devrait pourtant pas être là. Incohérences toujours, sachez aussi qu’alors que les rues étaient toutes bourrées de gens, tous morts il y a quelques scènes de cela justement pour être restés au beau milieu de la rue, les dames de service sont passées et ont viré tous les cadavres des rues (c’est l’effet Frankenstein : les villes vides, c’est plus facile à gérer). Idem, il n’y a pas un gravats ou nid de poule : Bowus file au milieu de Pompéi avec son chariot et Cassia attachée à l’arrière, le tout comme sur une autoroute (française, l’autoroute, parce que belge, il faisait 50 mètres et il pétait ses suspensions). Derrière lui, Milo et son cheval galopent tant qu’ils le peuvent, et alors qu’autour d’eux les projectiles fusent, ils traversent sans ciller les nuages ardents des explosions produites par les chutes de cailloux. Ah et évidemment, ils n’ont aucun problème pour respirer non plus. Et non, ils n’ont même pas l’air un peu noircis, tout va bien : ce n’est jamais qu’un petit volcan de rien du tout.

Bref, on dirait une course poursuite… dans un studio et sur fond vert ?

Roooh, qui a dit ça ?

Finalement, et alors que Cassia se découvre une passion pour le crochetage de ses propres chaînes, activité aisée sans véritables outils, derrière un chariot qui roule à fond le tout en pleine éruption volcanique, Bowus finit par perdre le contrôle du véhicule et se vautre. Milo bondit donc, et s’ensuit l’habituel combinaison duel/lieu désert/mon arme glisse au sol/raaah coup de poing/ha, je peux presque l’attraper suivie de la mort de Bowus, vaincu par Milo, qui peut donc libérer Cassia et partir au triple galop loin de la ville.

Surtout que le volcan vient vraiment de se fâcher et qu’une nuée ardente en descend des flancs droit vers la ville.

Nos héros sont-ils sauvés ? Quel suspens !

Atticus, lui, se bat contre Severus mais ne parvient à tuer son adversaire qu’après avoir été lui-même mortellement blessé : voyant la nuée arriver sur lui, il se lève et ouvre grand les bras pour accueillir la mort en homme libre, parce que c’est beau. Tellement beau que moi, ce que je regardais, c’était le sol de l’arène qui s’était magiquement reconstitué alors qu’il s’était effondré en partie quelques scènes plus tôt. Je ne dois pas être assez poète.

Milo et Cassia, eux, voyant ce qui leur arrive sur le cucu, arrêtent soudain leur cheval parce que… qu’ils… que… bon, bref.

"Continue sans moi Cassia ! Le cheval n’ira pas assez vite avec nous deux dessus !
- Non, je reste avec toi ! Je ne pourrai pas vivre sans toi !"

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Ah, hé bien la revoilà la pluie de cendres !

Acceptant leur destin, nos amants maudits chassent donc Chwal d’un geste pour lui donner une chance, et alors que la nuée arrivent droit vers eux, Milo se penche vers son aimée :

"J’ai une dernière chose à te dire : je le sais à présent, je t’aime !"

Ils s’embrassent donc tendrement, et Cassia écarte ses lèvres seulement pour mieux les approcher de l’oreille de son amant :

"Moi aussi j’ai quelque chose à te dire." dit-elle alors que la nuée mortelle n’est plus qu’à quelques mètres d’eux. Elle articule alors très lentement, tout contre lui, ces derniers mots :

"You know nothing, Jon Snow."

"SAAAAAAAAAAAAAAALOOOOOOOOOOOOOOOOOO-"  répond Milo avant que la nuée ne les prenne tous les deux et qu’ils disparaissent dans les cendres et les flammes qui dévalent sur l’Italie antique.

Nous redécouvrons alors ce que nous apercevions au début du film : la vision d’humains momifiés par l’éruption, et plus exactement, celle de nos deux amants figés pour l’éternité dans leur dernière étreinte.

Et avant que l’on ne puisse se moquer de l’expression de haine viscérale de Milo…

… FIN !

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"Tout cela ne répond pas à ma question : était-il à Pompéi ?"

Occupé à simuler la nuée ardente arrivant sur le couple maudit à l’aide de la moussaka du dessert et d’une paire de spéculos, je décide au vu du peu d’enthousiasme des autres convives de me rasseoir en prenant l’air serein que l’on me connait.  J’interroge :

"Qui ?
- Ben, Pline le Jeune ! Vous nous assommez depuis deux plombes avec votre film, là, mais Pline le Jeune, dans l’Histoire, il était vraiment à Pompéi ?"
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Je jauge mon interlocuteur dont le ton ne me plait guère, en me demandant à quel moment il va subir une trachéotomie au spéculos aussi approximative que foudroyante. Mais sentant remonter en moi la lointaine époque où je dissipais l’ignorance d’élèves confiés à mes soins par des parents naïfs, je décide d’agir : respoilons, mes bons !

BONUS

Le spoiler HISTORIQUE ! Professeurs de latin et d’histoire qui me lisez, merci de mettre vos cours à jour si vous n’enseigniez pas cette anecdote.

Nous sommes par un bel après-midi de l’an 79, à Misène, petite ville d’Italie située à l’extrémité de la baie au pied du Vésuve, et d’où l’on peut clairement voir Pompéi. Ce jour là, à la plage, c’est la grosse ambiance : figurez-vous qu’entre les vendeurs de chouchous et la parade amoureuse des maîtres nageurs, on vient d’apercevoir, au loin, la montagne appelée Vésuve exploser, ce qui n’est pas banal. Une fumée noire emplit le ciel et celui-ci paraît de feu ; on aperçoit les galères quitter la ville à folle allure, mais c’est sans compter sur…

… la PLINE TEAM !

Pline le Jeune est en effet en vacances chez son oncle, Pline l’Ancien, probablement parce que ses parents, Pline l’Âge Mûr et Plinette La Bien Conservée sont à la Bourboule à se faire masser par des Gaulois pour oublier ce qu’ils ont mis au monde suite à une bacchanale où quelqu’un avait ramené des vins d’Hispanie. Tout Misène s’immobilise en voyant apparaître sur les quais de la ville la paire de Pline ambulante : vont-ils arrêter le volcan d’un regard ? Ouvrir la mer en deux pour offrir un passage sûr aux réfugiés ? Ou bien combiner des galères pour former Mégazord ? Non : Pline l’Ancien a plus simple. Il se tourne vers son neveu et s’exclame :

"Vite, Pline le Jeune : j’ai un navire rapide, et un de mes amis vient de m’appeler à l’aide, nous devons aller aider ces pauvres gens ! Et approcher cet étrange phénomène vulcanique !"

Pline le Jeune observe son oncle, et alors que les vents agités par la sombre tempête font battre sa toge contre ses cuisses musclées, Pline le Jeune n’hésite pas et répond :

"Non, j’ai du travail."

Ce n’est pas une blague : Pline le jeune a vraiment répondu ça, c’est lui-même qui le dit. Mais non, il n’avait pas peur, hein, rien à voir avec tous ces bruits liquides que le volcan a couvert et cette toge que même l’esclave blanchisseuse n’a jamais pu récupérer tant celle-ci ressemblait désormais à une sorte de Saint-Suaire de Maître Ki-Adi Mundi. Pline le Jeune explique donc très sérieusement que oui, il avait un truc vachement plus important à faire que d’aller sauver des gens en difficultés tout en étudiant un phénomène inconnu : probablement faire son cahier de vacances.

Pline l’Ancien part donc seul sur son fier navire, pendant que Pline le Jeune écrira un récit à sa propre gloire (qu’il enverra en plus à Tacite ensuite, parce que spam ! Fuck yeah.)

"Quel héros, ce Pline l’Ancien !" me direz-vous.

Sauf que moyennement : le bougre franchit la mer déchaînée, échappe au déluge de pierre qui tombe du volcan, atteint la domus de son ami qui l’avait appelé à l’aide, le rassure ainsi que ceux de son foyer, puis repart vers les navires pour voir s’ils peuvent repartir et… meurt, comme ça, pouf.

Pline le Jeune dira "C’était les fumées !"

L’Histoire dira "Oui enfin aucun de ses potes n’a eu le moindre problème : ça ressemble à un infarctus." et retiendra donc que Pline l’Ancien a défié le Vésuve sans ciller, mais est mort d’avoir repris du cake aux olives une fois de trop.

Ce qui explique que si bien des prénoms romains nous sont parvenus, vous savez désormais pourquoi "Pline", curieusement, on a préféré l’oublier.

Inutile de me remercier : allez donc briller en société !

Et si vous inventez une machine à voyager dans le temps : appelez-moi.

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