Certains films ont connu moult adaptations.

Populaires dans un pays, tournés une nouvelle fois dans un autre avec de nouveaux acteurs pour faire bonne figure, qui ne se souvient pas de La Totale, devenu True Lies, film dans lequel Thierry Lhermitte avait été subtilement remplacé par Arnold Schwarzenegger (on remarque à peine la différence à l’écran) ? Ou bien encore Infernal Affairs, qui passé de Hong Kong à Hollywood, devint Les Infiltrés ? Et encore, je ne vous parle pas de toutes les versions Bollywoodienes, voire pour les plus farceurs d’entre vous, des adaptions liées à la règle 34 de l’internet. Ah, si, ne faites pas semblant.

Pourtant, il est des réalisateurs épris d’originalité qui se battent jour après jour pour réaliser des chefs d’oeuvres parfaitement inadaptables. Roland Emmerich est de ceux-là.

Mais plutôt que de vous l’expliquer, je vous propose de parler tout de suite de son dernier film, « White House Down« .

Nous pourrons alors revenir sur la précédente affirmation en conclusion.

Prêts pour une nouvelle plongée dans l’univers de l’un des plus talentueux réalisateurs de son époque ? Alors spoilons, mes bons !

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L’affiche : une explosion, et en plus les gens s’y vantent de leurs trois derniers crimes. Si c’est pas de la provocation, ça.

Tout commence au pays du hamburger, et plus précisément à Washington, alors qu’à l’horizon les teintes roses et orangées annonçant l’arrivée prochaine de l’ami soleil apparaissent. Dans la chambre d’une adolescente de onze ans, un téléphone sonne l’alarme : est-il l’heure d’aller à l’école ? De se préparer à une quelconque excursion ? De commencer à se peigner pour espérer être prête 3 heures plus tard (maudits cheveux longs) ?

Non : nous sommes dans la chambre d’Emily Cale, une adolescente de 11 ans qui comme toutes les petites filles de son âge, a programmé sur son téléphone une alarme pour être informée des moindres faits et gestes du président des Etats-Unis, puisque c’est sa passion dans la vie. Et son téléphone l’informant que l’homme d’état rentre à la Maison Blanche après un fort beau discours à l’ONU, notre bougresse regarde par la fenêtre l’hélicoptère présidentiel qui comme de bien entendu, passe juste au-dessus de sa maison pour lui mettre des étoiles plein les yeux. Parce qu’à 6h du matin, toutes les petites filles de 11 ans adorent se lever par passion pour un leader politique (Emily doit avoir du sang de nord-coréenne).

Je consulte ma montre : oui, nous n’avons même pas dépassé la première minute du film, et nous sommes déjà face à l’un des clichés (ratés) les plus formidables d’Hollywood, à savoir le perso d’enfant écrit avec les pieds, comprendre :

  • Il a une tête de cible d’entraînement pour concours de taloches
  • Il s’exprime comme un adulte et ne s’intéresse qu’à des sujets liés
  • Il dit toujours la vérité (même s’il n’a aucun moyen de la connaître, soit dit en passant)
  • Il a des réactions à peu près aussi naturelles que les lèvres d’Angélina Jolie

Bref, Emily Cale est une sorte de poncif, oui, mais un poncif avec un smartphone. Et puisqu’une caricature ne suffit pas, allons donc voir ce qu’il se passe au même moment dans l’hélicoptère du président des Etats-Unis.

Car en effet, le pays est dirigé par James Sawyer, un puissant patriote dans un film qui ne l’est pas moins, ce qui signifie qu’il n’est évidemment pas un homme politique comme les autres, non, lui c’est un idéaliste qui marche dans les pas d’Abraham Lincoln et qui veut rendre ce pays toujours plus beau (mais pas en s’en prenant aux banques quand même : c’est rigolo comme l’une des plus grandes aventures de Lincoln ne semble jamais passionner ses fans, quel sale communiste ce Abe). Toujours est-il que James Sawyer est plutôt noir, et plutôt originaire d’une famille pauvre. Tellement que dans ses discours à l’ONU, il parle de l’époque où il ne mangeait pas à sa faim, et de comment sa grand-mère a réussi à convaincre un braqueur potentiel d’abandonner son sinistre projet en échange d’un repas chaud.

Pas sûr qu’elle aurait eu le droit à sa page Facebook celle-là.

En tout cas, sortez vos mouchoirs, parce que les extraits des discours de James Sawyer ressemblent fortement aux consignes de coloriage d’un album Mon Petit Poney. Je pense qu’à l’ONU, on fait sortir les diabétiques de l’assemblée avant de le laisser s’exprimer histoire que son discours sirupeux ne s’avère pas fatal aux plus fragiles d’entre eux.

Le président et son petit équipage débarquent finalement à la Maison Blanche, et les gens de son cabinet se congratulent sur la pelouse sans raison pour dire que vraiment, ils font le meilleur boulot du monde. Mouais : m’est avis qu’aucun membre de l’équipe du film n’avait jamais travaillé dans un cabinet politique, mais passons. Car au même moment, à l’autre bout de Washington, le service de nuit s’achève pour John Cale, membre de la police du Capitole et affecté à la sécurité du big boss du sénat que nous appellerons Bob principalement parce que je n’ai pas retenu son nom tant il était charismatique. Et pour bien terminer ses aventures matinales, John escorte donc son patron jusqu’au Capitole pour que lui puisse commencer sa journée, cette feignasse. Mais en chemin, ô, radieuse surprise ! Qui croise John ? Ginette, une amie qui bosse pour le vice-président en balade dans le coin ! Et celle-ci a trois choses à annoncer à notre héros :

  1. *glousse* *glousse* Je t’ai décroché un rendez-vous ce matin comme tu le voulais pour intégrer la sécurité présidentielle !
  2. *glousse* *glousse* Je t’ai obtenu un second passe pour que ta fille monomaniaque puisse t’accompagner
  3. *glousse* *glousse* Tu me dois un dîner, et probablement, un nuit de seske torride à l’arrière d’une R19

STOP ! Ginette, malheureuse, que viens-tu de faire ? Proposer de faire des choses sexuelles avec le héros ? Mais enfin, n’as-tu pas remarqué que tu étais dans un film gentil ? En te comportant ainsi, gueuse, tu oublies qu’une vraie gentille femme de film américain ne propose pas ce genre de chose. Le sexe, c’est pour les vilaines qui ne croient pas en Djizousse. Si tu voulais vraiment te comporter en gentille, tu saurais qu’une bonne copine de héros se contente de rougir quand on l’approche, de glousser quand on lui parle (okay, là-dessus, tu es pas mal), et d’appeler à l’aide avec de petits cris kikinous quand le méchant t’emmène sur son cheval en direction du Canyon de la Muerte.

Mais là du coup, tu vas juste mourir comme une crotte. Adieu, Ginette.

Cela dit, Ginette ne meurt pas tout de suite, non, soyez un peu patients galopins : pour commencer, elle s’en va suivre le vice-président vers de nouvelles folles aventures pendant que John finit officiellement son service, salue son chef Bob et s’en va chez son ex-femme chercher sa fille pour l’emmener à l’école.

Alors bon, vous allez me dire « Voilà au moins une scène qu’ils ne vont pas rater ou barder de poncifs : il suffit que le héros rentre, dise bonjour comment vas-tu yau de poêle, tout ça, et que sa fille grimpe dans la voiture, et c’est plié. » Mais ce serait sous-estimer les pouvoirs scatophiles de Roland Emmerich : car à peine John est-il à la porte qu’on lui décharge au museau un nouveau poncif, parfaitement inutile : sa fille lui fait la tête parce qu’il a oublié de venir la voir au spectacle de son école.

Bon alors sérieusement les petits gars, il va falloir arrêter : caser le fait que le héros a raté le spectacle de l’école de sa fille ou le match de base-ball de son fils, ça devient vaguement lourd. Non seulement ça ne sert pas à grand chose, mais en plus, quitte à rajouter des éléments sur la vie des personnages, je ne sais pas, ils ne pourraient pas avoir d’autres activités ? Je veux dire : ce ne sont pas les loisirs qui manquent. Pourquoi faut-il que ce soit toujours le spectacle ou le base-ball ? Une compet’ de judo, un course d’athlétisme ou une lecture publique de Mein Kampf, il y a le choix, sacrebleu.

En même temps, « Papa n’est pas venu à ma compet’ de curling », ça se comprendrait.

Mais ce n’est pas grave : il ne faudrait pas montrer que l’on a fait un effort d’environ 0,5 secondes sur le scénario pour ne pas hurler au spectateur qu’on le prend pour un con.

Bref : John le papa caricatural fait donc monter Emily sa fille caricaturale dans sa grosse voiture caricature, puis salue son ex-femme caricaturale avant de prendre la route (normale, elle, merci). Mais pas pour l’école, petite Emily, papa a une surprise pour toi : que dirais-tu d’aller à la Maison Blanche ?

La jeune fille est donc si heureuse de la chose et joue tellement bien qu’un instant, j’ai cru qu’elle faisait une crise d’épilepsie (ou qu’elle était Marion Cotillard), mais hélas, non. Elle se met alors à lancer aléatoirement des anecdotes historiques sur la Maison Blanche, parce que dans la vie, c’est connu, quand vous dites à quelqu’un « Tiens, si on allait au Louvre ? » il se met à parler tout seul citant Wikipédia. Encore une fois : quel talent.

J’en profite pour le signaler : Emily refuse d’appeler son père « Papa » ou « Papounet » et préfère donc « John ». Quelque chose me dit que d’ici une ou deux explosions, elle aura changé d’avis, mais chut, ne spoilons pas, tout cela est tellement imprévisible, je m’en voudrais de vous gâcher le film. Toujours est-il qu’une fois sur place, John est invité à se rendre à l’entretien qu’il a obtenu, mais que petit imprévu, celui-ci se déroule avec Carol Finnerty… un ex amour de jeunesse de notre héros !

Attention, un, deux  : « HO BIN CA ALORS !« 

Voilà, merci.

Carol, donc est bien surprise de retrouver John : la dernière fois qu’ils se sont vus, c’était au lycée, mais leur histoire s’étant mal terminée (une sombre histoire de soirée mousse ayant dégénéré), ils sont un peu en froid. Carol consulte donc le dossier de notre héros devant lui, et fait le récit de sa vie après le lycée : petits boulots divers, puis engagement dans l’armée, où le bougre a atteint le grade de sergent. Il a évidemment été décoré pour héroïsme, puisqu’il a sauvé un de ses petits camarades d’un véhicule en flammes. A noter que le script étant décidément d’une rare qualité, ce dialogue de Carol s’y glisse : « Je vois que vous avez sauvé un de vos camarades d’un blindé en feu. Pourquoi ?« 

Mais je ne sais pas Carol, qu’attends-tu comme réponse ? « Nan mais c’est parce que je lui avais prêté ma Game Boy je voulais la récupérer » ? « Il était assez cuit, j’aime ma viande saignante » ? « Pardon Carol, mais es-tu un hamster avec une moumoute pour poser des questions pareilles ? » ?

Bref. L’absurde entretien se poursuit avec les états de service militaire de notre larron qui, bien que héros, n’en était pas moins… mais si, allez, vous le savez. Attention : « une tête brûlée » !

Allez, on reprend : « HO BIN CA ALORS !« 

Restez vigilants, je sais pas vous, mais moi, je sens d’autres trucs caricaturaux venir. Ne me demandez pas comment je le sais : c’est l’instinct.

Toujours est-il qu’au final, Carol annonce à John que non, le président n’a pas besoin d’un psycho-ouf dans son équipe, et que donc, merci John, bonne journée, et tiens, voici mon pied au cul pour faire bonne mesure. Sitôt sorti de cette rencontre décevante mais mouvementée, John va retrouver sa fille et pour ne pas la décevoir, lui dit que hahaha hihihi, mais si, évidemment que l’entretien s’est bien passé, mais bon, tu sais, on verra, c’est pas fait, et puis bon, c’est l’administration, alors hein bon hé, ho, hein dis. Ta gueule en fait.

Sauf que sur le chemin de la sortie, un guide de la Maison Blanche, prenant le duo pour des touristes, leur propose de se joindre au groupe qu’il s’apprête à emmener en vadrouille. L’occasion idéale de faire plaisir à la petite Emily (notons que le héros, bien qu’habitant à Washington et avec une fille passionnée par le sujet, n’a jamais pensé à proposer cette visite avant, c’est vrai que c’était compliqué), en route donc ! L’occasion idéale pour Emily de montrer qu’elle est définitivement un personnage si puissamment relou que je lui attribue une note de 9,5/10 sur l’échelle de Jean-François Copé. En effet, celle-ci passe son temps à débiter des choses qu’elle a lues sur Wikipédia, comme par exemple l’emplacement des vieux-tunnels-qui-officiellement-n’existent-pas ou du bunker-top-secret-du-président.

Alors que l’ensemble des touristes un peu gavés s’apprêtent à isoler Emily dans les toilettes pour lui péter la gueule à coups de lunettes de WC, une radieuse surprise attend notre petit groupe : James Sawyer, le président des Etats-Unis en personne, débarque au milieu de la visite.

« Bonjour les amis ! Je viens de terminer à l’instant un discours sur le fait que je retirais toutes mes troupes du Moyen-Orient et qu’à la place je mettais le budget de l’armée dans l’aide au développement. Comme ce n’est pas du tout le genre de déclarations qui a des conséquences, et que je n’ai pas non plus un pays à gérer, je me suis dit que tiens, si je venais glander avec les touristes en shorts à fleurs ?« 

Autant vous dire que par la grâce de cette arrivée impromptue, les sous-vêtements d’Emily découvrent instantanément l’exotisme d’un climat tropical. La bougresse en profite donc pour demander au président s’il ne voudrait pas répondre à une interview pour sa chaîne Youtube, là, tout de suite, au pied levé, et là encore, James Sawyer accepte parce qu’il a le swag. Histoire d’alimenter un peu plus, le bullshit généralisé, Emily, au lieu de poser une question comme « Ça fait quoi d’être président ? » ou « Elle est devenue quoi, Monica Lewinsky ? » lui demande ce qu’il pense de la crise actuelle au Moyen-Orient (pourquoi pas), particulièrement des conflits inter-régionaux (heu, bon, d’accord, on va dire qu’elle est très en avance) et plus particulièrement de sa position face aux dissidences chiites (en fait, non : va chier Emily).

« Ta question est très intéressante Emily. Vraiment. Ce qu’on va faire c’est que tu vas la reposer à mon garde du corps, là, derrière, et on va voir si tu esquives les clés de bras comme moi les questions. »

Je ne déconne même pas, hein. C’est vraiment la question qu’elle lui pose. Ah non mais, quand je vous dis que c’est écrit avec les pieds, je n’exagère pas.

Le président lui répond donc un truc qui tient plus d’une Miss France que d’un homme d’état (ils ont dû inverser les dialogues, je suppose), avant de voir Emily lui dire « Merci président ! Au fait, mon papa va intégrer votre sécurité !« . James Sawyer sourit donc tranquillement, avant de se pencher à l’oreille du papa d’Emily pour lui souffler :

« Ce n’est pas beau de mentir aux enfants. »
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Ce à quoi John oublie de répondre :

« Et ce n’est pas beau d’avoir lu le script.
- Pardon ?
- Bin oui : je viens à peine de passer l’entretien, on m’a dit non il y a dix minutes. Alors vous m’expliquez comment vous pouvez savoir que je ne suis pas pris ? En plus d’avoir le temps de glander avec les touristes et de faire le kéké sur la chaîne Youtube de titeprincesse_star_81, vous avez en plus trouvé le temps d’aller vérifier aux ressources humaines les résultats de l’entretien d’embauche d’un type que vous n’avez jamais vu ?
- Heeeeeeeeeem hum hem, je… je… hooo, on m’appelle ! »

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Quelle attention minutieuse portée à chaque seconde de ce film, c’est impressionnant. Et notez que la plupart du temps, ça n’apporte rien à l’histoire. Non, c’est juste pour rajouter des erreurs. Attendez que je vérifie un truc… budget du film, 150 millions de dollars et… ho ! Mais qu’est-ce que c’est que ça ?

Sony Pictures n’a pas lésiné sur les moyens puisqu’avant même la préparation du tournage du film, 3 millions avaient été dépensés pour acheter le scénario de James Vanderbilt. La société de production avait déjà travaillé avec lui pour The Amazing Spider-Man.

3 millions de dollars. Pour un truc qui est déjà aussi moisi alors que le film n’a même pas commencé. A ce prix là les enfants, gardez bien vos rédactions de CP : à l’argus d’Hollywood, elles doivent bien valoir 1 ou 2 millions de dollars.

Allez, allons donc voir ailleurs si les choses se déroulent mieux. Et rendons-nous à la demeure magique de Martin Walker, patron de la sécurité présidentielle justement, qui se prépare à une nouvelle belle et grande journée. Après s’être brossé les dents et avoir fait les mots croisés de Biba pendant qu’il délivrait ses flancs de l’ennemi intérieur, Martin a donc pris le chemin du travail, mais d’abord, il a salué sa femme :

« Au revoir ma chérie, je vais au travail. Tiens, garde-moi ce pin’s drapeau américain que je porte d’habitude au col, tu veux ? Je ne veux pas le porter aujourd’hui.
- Mais ? Pourquoi ?
- Et puis tiens, laisse-moi te dire que je t’aime comme si c’était la dernière fois.
- Hein ?
- Tiens, t’ai-je dit que je ne m’étais jamais remis de la mort de notre fils, militaire mort en opération spéciale en Iran suite à un ordre du président ?
- Qu’est-ce que… Martin ? Nom d’une pipe Martin : tu serais pas en train de filer des indices gros comme des clients de Wall-Mart aux spectateurs pour leur spoiler le fait que tu es un traître ?
- Pas du tout. Par ailleurs mes indices sont très subtils.
- « Subtil » ? Ah non mais visiblement, t’as pas dû bien lire le dictionnaire, ça explique que tu en chies avec les mots croisés de Biba. 
- Bon allez, je vais au travail, hop. »

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Mauvaise idée, on aurait pas dû aller voir de ce côté là en fait, c’est aussi pourri que le reste. Suivons donc l’ami Martin Walker jusqu’à la Maison Blanche, où il retrouve toute l’équipe de la sécurité présidentielle dont sa bonne amie Carol, pour leur dire que ça va encore être une bien belle journée, dis-donc. Mais surtout, et parce que ça faisait bien 45 secondes qu’on avait pas eu un truc vu et revu, on fait soudain rentrer un gâteau dans la salle : figurez-vous que Walker est à une semaine de la retraite !

Allez, tous ensemble : « Tu vas mouriiiiiir !« 

Là encore, cet élément n’apporte rien, à part de quoi pleurer de douleur devant autant de nullité. Tout le monde file donc des cadeaux et des tapes dans le dos à papy Walker, en lui disant qu’il manquera à tout le monde. Tous les passants, même dans les couloirs, lui serrent la main en lui disant « Bon bin, bonne retraite hein !« .

Je ne suis pas un expert, mais moi j’ai entendu dire que les pots de départ, c’était quand on partait. Non parce que sinon, v’là le reste de la semaine : « Bin t’es pas encore parti toi ? Je t’ai pas serré la main hier en te disant adieu ?« . Ambiance.

Durant la petite sauterie, Martin va donc trouver Carol pour s’entretenir brièvement avec elle :

« Carol, tout est calme aujourd’hui et vous travaillez trop. Rentrez chez vous et reposez-vous.
- Mais ? Pourquoi ? 
- Parce que je vous l’ordonne.
- Mais je sais pas, ça sonne suspect. Un peu comme si… comme si vous aviez des accents de traître dans la voix.
- Vous imaginez des choses, niet niet popovitch. Alamdoulila, nardin. 
- Vous devez avoir raison, je vais rentrer chez moi. »

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La belle va donc reprendre son automobile et s’en va tranquillement dans les rues de Washington, sans savoir qu’au même moment, il se passe des choses… au Capitole !

En effet, au même moment, au Capitole : « Je propose que la pizza soit désormais un légume »

Car dans les couloirs de celui-ci, un terrible vilain (roux et barbu, c’est dire s’il appelle la mort de ses vœux) rôde. Et comme c’est un vrai professionnel des actions méchantes, il a pensé à noter au bic bleu sur son bras le numéro de la salle où l’attend tout l’équipement pour mettre la zone dans le bâtiment.

C’est vrai que s’écrire dessus comme une collégienne, c’est pro. Comme ça, si la police l’attrape et qu’il n’a pas le temps de se frotter à la salive, hop, toute la maréchaussée sait dans quelle salle aller chercher les preuves de l’odieux forfait. Attendez, je relis plus haut… moui : 3 millions de dollars.

Notre sympathique loulou s’en va donc dans un local d’entretien récupérer son matériel de farceur, à savoir un bleu de travail et du matériel de nettoyage ainsi qu’accessoirement, une bombe. Combinant habilement tout cela (il enfile le chariot, cache la bombe dans le bleu de travail et … attendez, non… ah merde, j’espère qu’il a bien noté l’ordre des opérations sur son autre bras), il ressort donc grimé en technicien de surface, poussant devant lui son chariot piégé. Sitôt qu’il a placé celui-ci dans la salle de la coupole du Capitole, il ricane donc très fort et s’enfuit tel un farfadet maléfique atteint d’incontinence, alors que peu après, derrière-lui, BROUF fait la bombe.

Le bâtiment prend donc un peu cher, mais pas autant que les touristes et agents de sécurité voisins qui font de l’auto-crémation au black.

Carol, qui était en chemin pour chez elle, voit donc l’explosion et se précipite sur place pour aller vérifier que l’évacuation se déroule bien. Et en effet puisque non, Bob, le boss du capitole, n’a pas été transformé en torche humaine, et le vice-président qui était dans le coin va bien lui aussi. Bob est donc envoyé se planquer au Pentagone, pendant que le vice-président est collé dans Air Force One qui décolle aussitôt pour se mettre à l’abri à ouat’mille mètres d’altitudes, histoire que si Washington soit attaqué, tout le monde ne soit pas au même endroit, stratégie dite du « Mile High Club ». Et à la Maison Blanche, l’alerte est donnée : la place est verrouillée et tous les agents de sécurité s’arment et vont se poster à toutes les fenêtres prêts à ouvrir le feu sur tout ce qui a l’air suspect : homme armé non-identifié, porteur de turban, ou pire, politicien honnête (mais là, le mot « suspect » frôle l’euphémisme). Le président se retrouve lui enfermé dans le bureau ovale avec quelques conseillers ainsi que son chef de la sécurité, le temps que l’on en sache un peu plus sur ce qu’il se passe au Capitole. Ce qui veut dire que pour John et Emily, la visite touristique s’achève assez brusquement. J’ai envie de dire : remboursez nos invitations.

Surtout que l’alarme s’est déclenchée pendant qu’Emily était aux toilettes en train de réviser ses plus grands airs de cornemuse, ce qui signifie qu’elle est séparée de son papa lorsque la Maison Blanche passe en alerte rouge. Rebondissement !

Résumons :

  • Le président est en sécurité dans le bureau ovale
  • Le vice-président est en sécurité dans Air Force One
  • Le patron du Capitole est emmené au Pentagone pour être mis en sécurité et y arrive sans encombre
  • John est en sécurité avec les autres touristes dans une aile de la Maison Blanche
  • Emily est sur le trône à relâcher des papillons de leur sombre captivité

Tout devrait donc aller pour le mieux. Sauf que…

Sauf qu’un agent de la sécurité de la Maison Blanche remarque qu’un groupe d’ouvriers n’a pas entendu l’alarme. Il rentre donc pour leur dire que dites donc bande de fripons, vous n’avez pas trouvé ça suspect, la grosse sirène, les gens qui hurlent et les types armés qui passent dans des bruits de bottes ? Mais alors qu’il engueule les galopins, l’agent remarque, mais bien trop tard, que c’est un piège : ces ouvriers ont bien trop de moustaches, tant et si bien que même un orchestre mariachi ne pourrait les égaler. Ce qui ne peut signifier qu’une seule chose : ils sont méchants (ou ils ont juste très mauvais goût, dans les deux cas, mieux vaut ouvrir le feu par principe).

Mais avant que notre homme ne commence à leur distribuer des balles dans la tête, les vilains, puisque ce sont bien eux, lui maravent la mouille et lui prennent son arme avant d’y visser un silencieux qu’ils avaient réussi à passer au nez et à la barbe de la sécurité. Dès lors, ils peuvent lancer leur plan super rusé : prendre la Maison Blanche à 12 contre 200 avec un seul pistolet.

Et évidemment, ils y arrivent sans problème.

Normal.

Pour la petite histoire, il faut savoir qu’ils sont un peu aidés par la main du scénariste, puisque déjà, ils tuent tout le monde d’une seule balle, même à 20 mètres de distance, les gens meurent instantanément et sans bruit, et en plus, même leurs corps tombent telles des plumes histoire que dans la salle d’à côté on entende pas qu’il se passe un truc et que l’on puisse se faire massacrer en paix. Probablement que ce sont des gardes en mousse, d’où l’expression.

Bon, après, on pourrait aussi dire, mais ce serait chipoter, qu’il manque un truc. Mais si, un tout petite, qu’on oublie facilement, surtout, à tout hasard, dans une équipe de cinéma :

Les caméras.

Mais si, vous savez ce truc tellement basique que même Intermarché en a pour éviter les vols de yaourts aux fruits ; j’ose vaguement imaginer, mais c’est un peu audacieux, que allez, disons que la Maison Blanche en a ? Auquel cas, ça pourrirait un peu le plan, je suppose.

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Quelques minutes auparavant, dans une Maison Blanche crédible.

« Hardi les amis ! Maintenant que nous avons tué ce garde, allons donc mettre des balles dans la tête de tous les fonctionnaires de la maison !
- OUAIIIIS !
- Krshhhh… krsshhhh….
- Qu’est-ce que c’est que ce bruit ?
- Regardez chef, on dirait que ça vient du haut-parleur ! Là à côté de… ah bin de la caméra, tiens.
- Krshh… un deux, un deux… on m’entend ? Ici Gégé, du PC sécurité. Bon, ceci est un message aux petits malins qui se cachent dans la salle de projection et qui viennent de tuer notre copain Jean-Jacques : on a environ 60 gardes avec des mitrailleuses lourdes qui vous encerclent. Sachant que vous avez un pistolet pour douze et que vous venez connement de tuer votre seul otage potentiel pour lui prendre son arme, soit vous sortez pour vous prendre des coups de bottin dans la gueule, soit on rentre vous mettre des coups de bottine. 
- …
- Krsshh… oui alors en fait on me dit qu’on va juste faire entrer des grenades, histoire de gagner du temps, Bisous ! »

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« Des caméras… mais enfin John, aurais-tu oublié que notre priorité à la Maison Blanche était la protection de la vie privée des citoyens ? »

Mais ouf, non : nous sommes dans un mauvais film, donc personne ne pense aux caméras, ni dans un camp, ni dans l’autre. Les méchants, très fier de leur coup annoncent donc sur la radio que la voie est libre : les renforts peuvent arriver. Car oui : des camionnettes de faux ouvriers garées sur le parking de la Maison Blanche et que personne n’avait pensé à inspecter, sortent une paire d’hommes en plus : Jean-Paul Moustache, un terrible commando ressemblant à un croisement entre Arnold Shwarzenegger et Freddy Mercury, et Maurice Ubuntu, un hacker mystérieux. Le chef du commando des méchants, joliment nommé Emile, explique donc ce qu’il convient de faire : Jean-Paul Moustache va aller sécuriser les dernières pièces pas encore prises, comme par exemple la salle où les touristes en visite ont été enfermés, pendant que Maurice va aller au centre informatique de la Maison Blanche pour y lancer un mystérieux piratage (probablement pour trouver le p0rn présidentiel). Emile de son côté a des choses à faire, comme par exemple aller sur le toit avec quelques hommes coller des balles dans la tête des derniers agents de sécurité qui s’ébattaient gaiement tel des lapins soyeux sur la pelouse présidentielle.

Du coup, ça alerte un peu l’équipe dans le bureau ovale, qui jusqu’ici, se faisait les ongles.

« Tiens Walker, vous avez vu ? On dirait un assaut.
- Maiiiiis non. Je vois pas ce qui vous fait dire ça.
- Je sais pas : le fait que depuis les fenêtres je vois mes hommes se faire abattre dans les jardins ?
- Aaaah ouaiiiis. Bon, vous savez quoi président ? On va avertir le Pentagone que ça sent le pâté et aller se cacher dans le bunker présidentiel. Allez les gars : en formation, on escorte le colis jusqu’au bunker. »

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Ce qui est dit est fait, le tout, sans croiser de terroristes. Sauf qu’alors que le président ouvre le bunker présidentiel à l’aide son mot de passe secret (« LincolnRoxor »), Walker sort son arme de sa veste et abat son adjoint à la sécurité, les autres agents restants, et accessoirement les deux couillons qui montaient la garde à l’entrée du bunker.

Oui, Walker est vieux et fatigué, mais non, ça ne l’empêche pas d’abattre tranquillou 7 mecs qui avaient leur arme à la main et étaient en alerte maximale sans que ceux-ci ne réagissent. Ils avaient sûrement du lag. Le président est bien étonné, mais Walker histoire d’aider le spectateur un peu con, précise sa pensée :

« Ahaha, je suis un traître !« 

En même temps, tu aurais dit que tu étais une licorne, c’est vrai que c’eut été plus surprenant. Mais le bougre poursuit donc : « Ahaha, président ! Votre politique de faire la paix avec les muslims est folie ! Et en plus, mon fils est mort en opération chez eux, et vous voudriez qu’il soit mort pour rien ? Ça ne se passera pas comme ça !« 

Sauf que pendant que notre homme soliloque et que les spectateurs pleurent devant ce qui est du niveau d’un téléfilm M6, la situation a évolué dans les niveaux supérieurs de la Maison Blanche.

A savoir que dans la pièce où les touristes de la visite guidée avait été enfermés et où ils attendaient protégés par deux agents, surgit soudain… Jean-Paul Moustache !

« Mon dieu il a une MOUSTACHE ! » crient donc les innocents terrorisés en se disant qu’ils ont là affaire à un hipster. Heureusement, le brigand les rassure bien vite en mitraillant la gueule de l’agent de sécurité survivant le plus proche : non, il est juste un terroriste. Tout le monde est donc rassuré. A part peut-être John Cale, qui voyant cela, se dit que c’en est trop, cette visite guidée est vraiment un scandale. Il attrape donc l’arme au sol du garde mort, se fait mitrailler (mais à partir de maintenant, les terroristes vont se mettre à tirer dans tous les sens sauf sur lui) mais parvient à s’enfuir, non sans avoir au passage mis une balle dans le bidou d’un terroriste qui passait par là, parce que plaisir d’offrir, joie de recevoir.

Armé, grognon, mais paniqué, notre héros erre donc dans les couloirs à la recherche de sa fille, qu’il suppose toujours aux toilettes en train de tester le principe des caisses de résonance sur la porcelaine. Mais après avoir constaté que la jeune fille avait dû filer, il entend des voix non loin, et se rendant sur place… aperçoit le président James Sawyer menacé par Martin Walker !

« Palsembleu » s’écrie donc notre héros, ajustant très tranquillement son arme pour abattre Walker qui ne l’a pas vu situé à 5 mètres de lui. Et tirer finalement 30 mètres au-dessus de sa tête parce que sinon, le film serait plus court. Qu’à cela ne tienne : voilà qui suffit à faire diversion, allez hop, John récupère le président et fuit avec lui dans la Maison Blanche, le tout, au passage, en tuant un autre terroriste qui passait par là et donnant une bonne patate à Emile qui lui aussi se promenait. Mais là encore, sans le tuer, ni l’emmener comme otage, non : là encore, le film doit durer.

A noter que nos héros se sont dit que tant qu’à choisir entre foncer vers le bunker présidentiel pour être en sécurité, en ayant juste sur son chemin un papy Walker déjà bien entamé, tellement que m’est avis que c’était le moment de lui jeter une pokéball dans la margoulette, et courir dans toute la Maison Blanche sans aucun abri et avec tout un commando terroriste surentraîné sur le dos, nos héros ont choisi la seconde option.

La bonne nouvelle, c’est que des ficelles si fines et légères, ça permettra potentiellement de lyncher le scénariste sitôt que Diego l’aura retrouvé.

Subtilité toujours, évidemment, nos héros décident intelligemment de s’enfuir en s’enfermant dans un ascenseur voisin. Emile attrape sa radio pour annoncer à tous ses hommes que attention, attention, le président des Etats-Unis et un type qui fait de la gonflette viennent de monter dans un ascenseur, alors que tout le monde se tienne prêt à capturer l’homme d’état et à transformer son copain en art contemporain sitôt que les portes s’ouvriront. « Oui chef ! » font donc les vilains avant d’aller se mettre en position. Sauf qu’évidemment, au moment où les portes de l’ascenseur s’ouvrent en arrivant à un étage… ses occupants ont disparu !

« Ça alors ! » font donc les terroristes. Avant de… heu… rien.

Nan mais c’est vrai, hein. Après tout, c’est peut-être juste que le président est escorté par Garcimore, du coup autant laisser tomber.

Notez que la cage d’ascenseur est équipée de petites lucarnes au-dessus du palier de chaque étage pour permettre d’écouter les plans de l’ennemi en toute sécurité.

Donc, non : personne ne pensera qu’un ascenseur n’a que deux sorties, et que si les gentils n’ont pas pris la porte principale, ça vaut peut-être le coup d’inspecter la trappe de secours. Parce que oui, nos héros se sont bel et bien tout simplement planqués sur la cabine de l’ascenseur. Et tapent même tranquillement la discut’ sans que personne ne les entende. Ils se permettent aussi de rajouter d’inutiles incohérences (des fois que ça ne suffise pas), par exemple lorsque le président, à un moment où l’ascenseur va au dernier étage et risque donc de les écraser entre la cabine et le mécanisme, décide de coincer sa chaussure dans les rouages pour bloquer la situation et ainsi éviter un funeste destin. Hé bien figurez-vous que si ce geste sauve nos héros, juste en-dessous, la réalisation a aussi oublié que bloquer un ascenseur, bin ça bloquait un ascenseur, et du coup le mec qui montait au dernier étage finit son trajet et arrive à destination sans problème.  Même pas un décalage d’un demi-centimètre avec le palier. J’ai donc deux théories :

  • Soit ce film est réalisé par des branquignolles qui paient pour rajouter des scènes inutiles, sauf pour les incohérences
  • Soit les chaussures présidentielles sont magiques : quand on les écrase, par exemple dans des rouages, elles créent des poches spatio-temporelles ; d’où l’expression « le président n’aime pas qu’on lui marche sur les pieds« 

Camarade, choisis ton camp.

Mais attendez, le puits de la médiocrité est plus profond encore ! Inutile de le sonder avec un Nicolas Cage attaché à une ficelle, enfilez directement vos scaphandres, on descend. Car tout de même, à un moment, à force d’entendre deux mecs se raconter des blagues et jouer à Twister sur le toit de la cabine, un terroriste qui prenait l’ascenseur avec des missiles décide de pointer son arme vers la trappe de secours puisque ça semble vaguement suspect, tout de même. Mais avant qu’il ne puisse l’inspecter plus avant, les portes de l’ascenseur s’ouvrent, et un autre de ses copains l’attend pour l’aider à décharger le chargement. Et là attention, dialogue :

« Bin ? Qu’est-ce que tu fais ? Tu as peur d’être attaqué par un ascenseur ? 
- Mais j’ai entendu des bruits suspects !
- Bah, ce sont de vieux ascenseurs, allez oublie et aide-moi à décharger. »

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C’est vrai, les ascenseurs sont connus pour faire des bruits ressemblant parfaitement à des voix humaines. Moi une fois, j’ai pris un ascenseur qui imitait à la perfection Raymond Barre, c’était troublant. Et puis bon : on ne parle que d’un ascenseur où deux mecs ont disparu deux minutes avant, mais visiblement, les terroristes l’ont déjà oublié.

Non mais ce film. Ce film.

Mais vous allez me dire : « Bon, d’accord, je veux bien que les terroristes soient cons. Mais à l’extérieur de la Maison Blanche, ils font quoi ? Un Jungle Speed ? ». Hé bien, comme je suis sympa, allons donc voir au Pentagone, où justement, la résistance s’organise. A savoir que Bob, le patron du sénat, s’est entouré de tout un tas de généraux et de l’amie Carol pour essayer de faire le point sur ce qu’il se passe. Le tout en ayant une vidéoconférence avec le vice-président à bord d’Air Force One. Et ça discute sec, croyez-moi. Regardons plutôt.

« Ici le vice-président. Bonjour général en chef, bonjour Bob, bonjour Carol. Alors, que se passe-t-il ? Qu’est-ce que c’était que cette bombe au Capitole ?
- Hé bien Monsieur le vice-président, il semblerait qu’il ne s’agissait en fait que d’une diversion. 
- Une diversion ? Mais pourquoi faire ?
- Nous venons d’apprendre que la Maison Blanche avait été attaquée. Non parce qu’on a vu des mecs tirer depuis le toit sur les gens dans les jardins : ça nous a mis la puce à l’oreille. C’est qu’on est de vrais pros.
- C’est vrai que là, je suis bluffé, quel talent. Où est le président d’ailleurs ?
- Aux dernières nouvelles, Martin Walker, son chef de la sécurité, l’emmenait au bunker présidentiel. Il est donc tranquille. On ne peut juste pas le joindre puisque les communications ne passent pas dans le bunker. Nous avons fait appeler la garde nationale et encerclons désormais la Maison Blanche avec plusieurs bataillons et même quelques chars. »

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Le vice-président est donc choqué par ces sombres nouvelles. Mais pas autant que l’un des conseillers du Pentagone.

« Excusez-moi ?
- Oui ? Qui êtes-vous ? 
- Caporal Roudoudou, consultant en consulting pour le Pentagone.
- On vous écoute Roudoudou.
- Non, je me disais : c’est con comme plan.
- Que voulez-vous dire par là ?
- Bin, je ne sais pas : vous voulez vous en prendre au président des Etats-Unis, vous ne l’attaquez pas dans l’endroit le plus sécurisé dont il dispose, non ? C’est pas un hasard si tous les présidents qui ont des ennuis les ont toujours quand ils sont de sortie, hein. 
- Heu… oui, bon, mais heu… là ils avaient un super plan avec la… la bombe au Capitole. Voilà. Une diversion. Très malin.
- Rappelez-moi : le but de la diversion, c’était bien de faire passer la Maison Blanche en alerte rouge, c’est ça ?
- Oui je… c’est ça ?
- Donc en plus de l’attaquer leur cible dans l’endroit où elle est le mieux protégée, les terroristes ont en plus pris le temps de déclencher l’alarme AVANT de passer à l’action pour perdre l’effet de surprise ?  C’était ça leur super plan, crier « Coucouuuuuuu on arriiiiiiive » ?
- Ah oui. Nan mais c’est vrai qu’ils sont cons en fait.
- Ah non mais en même temps, vous aussi hein : depuis quand les communications ne passent plus avec un bunker présidentiel conçu justement pour gérer les situations de crise depuis un abri sécurisé ? 
- Heu… non mais c’est parce que moi je suis chez Free, et du coup…
- Sinon vous avez essayé de les appeler sur une ligne fixe, comme ça ? Ou au moins les terroristes, histoire de savoir ce qu’ils veulent ?
- Ah bin, non plus, tiens. Bon, écoutez caporal Roudoudou, vous savez ce qu’on va faire ? On va reprendre le cours du film en essayant de ne pas pleurer, d’accord ?
- Faites comme chez vous les gars. »

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Parce que non, alors que la situation dure déjà depuis des heures, personne n’avait pensé à entrer en contact avec l’ennemi, histoire de voir s’ils avaient des revendications comme « Mort à l’Amérique« , « On veut du tofu à la cantine » ou « Pitié, arrêtez le blog de Pandora.« .

L’équipe du Pentagone se dit donc que ah bin tiens, c’est pas con, oui. Allez hop : ils font le numéro de la Maison Blanche (c’est le 2) et attendent de voir qui décroche au standard.

« Oui allô Martin Walker top trahison 30 minutes j’écoute ? 
- Martin ? Mais ? La Maison Blanche est remplie de terroristes ! Comment sont-ils rentrés ? Où est le président ? Pourquoi avez-vous l’air si sûr de vous ?
- Mais parce que je suis avec les terroristes ! 
- HO ! 
- Hé bin oui. 
- Mais pourquoi Walker ? Pourquoi avoir trahi le pays ?
- Le PRESIDENT a trahi le pays ! Il veut faire la paix avec l’Iran ! Mon fils est mort en opération spéciale là-bas, et je compte bien les faire payer ! Et puis accessoirement, mes hommes et moi voulons 400 millions de dollars, et un Boeing prêt à décoller à l’aéroport le plus proche !
- Mais enfin Walker, vous êtes fou ! Et même si nous acceptions, jamais vous n’arriverez vivant à l’aéroport, vous le savez !
- Carol… c’est bien vous Carol ? Je vous ai renvoyée chez vous ce matin pour ne pas avoir à vous tuer, alors ne vous mêlez pas de tout ça. Et pour le reste, sachez que si je vois un seul sniper dans un rayon de 15 kilomètres de la Maison Blanche, je bute les otages que l’on a avec nous.
- Rascal ! Donnez-nous au moins une preuve que le président est en vie.
- Heu je… hem… heu… oui heu… oui, il est en vie et on… on le tient. Voilà. Merci de nous faire confiance. Bonne journée. Bisous. »

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Martin Walker n’est pas très malin : pour donner une preuve de vie du président, il suffisait de frotter très fort un sucre contre le combiné du téléphone : cela aurait ressemblé à la perfection à un discours présidentiel

Et la communication coupe. Tout le monde est donc bien embêté ! Ah, si seulement il y avait encore un espoir au sein même de la Maison Blanche…

… mais l’espoir est là. D’abord, sous la petite forme énervante d’Emily Cale qui a réussi à rester cachée un bon moment, et à filmer un bon paquet de terroristes avec son téléphone. Bon, Jean-Paul Moustache a fini par la repérer et la récupérer, mais avant, elle a quand même trouvé le temps d’envoyer toutes ses vidéos sur Youtube : le monde libre peut donc voir la tête des attaquants de la Maison Blanche ! Et surtout, commenter la vidéo Youtube avec tout le talent des utilisateurs, à savoir « Pouce vert !« , « Jador ta chaine suis la mienne stp« , « Moi aussi une fois, ma mamie elle a été agressée« , puis un long débat sur les agressions de mamies qui après avoir dérivé sur le second amendement, termine sur les nazis. Internet, quoi.

Mais pendant que ça s’écharpe dans les commentaires, à la Maison Blanche, John et James ont réussi à sortir de l’ascenseur pour rejoindre la partie résidentielle du bâtiment, puisque James a eu une riche idée : il faut joindre l’extérieur. Mais comme toutes les communications sont bloquées en cas de crise, les téléphones normaux ne passeront pas. Il faut donc aller chercher le téléphone satellite qu’il a dans sa table de nuit !

Une seconde.

On vient pas de nous expliquer il y a exactement une scène que si, si, les communications passaient, d’ailleurs tellement bien qu’Emily Cale a même pu uploader des vidéos Youtube ?

Non vraiment, bravo.

Mais nos héros ne pouvant pas savoir qu’on est en train de se foutre de la gueule du monde par ici, eux trouvent donc bel et bien dans la table de nuit présidentielle le téléphone satellite. Et dès lors le président annonce donc…

… qu’il ne sait pas qui appeler.

Pourquoi ? Pourquoiiii ? Pitié ! Et la fin qui est encore loin ! Bon bin du coup, c’est John qui, bien qu’ayant perdu son téléphone dans les précédentes fusillades, se souvient par coeur du numéro de Ginette et décide de l’appeler. A bord d’Air Force One, donc, la bougresse prend tranquillement l’appel, et découvre que non seulement John est vivant, mais qu’en plus, il est avec le président. Elle apporte donc le téléphone au vice-président pour que James Sawyer puisse participer aux conversations ayant lieu entre Air Force One et le Pentagone. Et demande donc si on ne pourrait pas envoyer, par hasard, l’armée sauver son présidentiel fessier.

« Oui mais c’est pas possib’ président.
- Ah bon ? Et pourquoi donc ?
- Parce qu’ils ont installé des snipers et des armes lourdes sur le toit. On ne peut pas approcher. Des fois qu’ils tirent.
- C’est vrai que ça serait embêtant de la part de méchants. D’ailleurs, ils ont aussi des missiles, méfiez-vous.
- Des missiles ? Non, ils n’en ont pas d’après nos informations.
- Mais ? Sérieusement, on pourrait arrêter avec les lignes de dialogues qui puent ? Vous n’avez PAS d’informations. Vous ne saviez même pas que j’étais encore en vie, bande de blaireaux ! Et nous, on a VU les missiles, alors excusez-nous, hein. Et puis mon général, tu es gentil mais je suis un peu le chef des armées, alors si je te dis qu’il y a des missiles, je t’ordonne de le croire. Paf.
- C’est pas dans le script ça.
- Non, dans le script je me contente de ne pas insister, ce qui est bigrement stupide. D’ailleurs je… HO ! Ho non, ils arrivent ! »

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Et la communication coupe net, car, en effet, deux terroristes occupés à fouiller la Maison Blanche sont en train d’arriver dans la partie résidentielle probablement à la recherche de sous-vêtements à revendre sur e-bay à de jeunes fans comme Emily Cale. Hélas pour eux, ils ne savent pas qu’ils sont soumis à la règle ultime des films d’action, à savoir que si jusqu’ici, ils avaient pu neutraliser toute la sécurité locale grâce à leurs pouvoirs de tireurs divins, désormais, sitôt qu’ils tirent sur des personnages qui portent un nom, ils n’ont aucune chance de les toucher. Une fusillade d’engage donc, au cours de laquelle le président parvient à neutraliser l’un des terroristes à coups de baskets dans la gueule (il a eu le temps de changer de chaussures et de citer la marque des nouvelles, subtil), quant à l’autre ennemi, il prend divers coups de la part de John, avant que là encore, le président ne s’en occupe à coup de mitraillette. Quels hommes.

Calmez vos petits cœurs qui battent la chamade et reprenons.

Une fois la zone sécurisé, nos deux loulous vont dans la cuisine et tentent à nouveau de joindre l’extérieur, mais n’apprennent pas grand chose de plus. Non, par contre, puisqu’il y a une télévision dans la cuisine justement, nos larrons peuvent voir que la Maison Blanche est encerclée non seulement par la garde nationale, mais aussi par la presse (ce qui n’inclut pas Fox News, c’est un blog sérieux ici). Presse qui vient de découvrir les images prises à l’intérieur de la Maison Blanche par Emily, et les diffuse en écrivant non seulement le nom d’Emily Cale, mais aussi en y ajoutant son portrait, histoire que les terroristes sachent bien qui les a balancés et demande une grosse balle dans la tête. Bien bien bien.

Le Pentagone, en voyant les images, décide donc d’essayer d’identifier les membres du commando. Et les terroristes, de leur côté, découvrent les images uniquement parce qu’ils se sont rendus du côté de la cuisine de la partie résidentielle de la Maison Blanche à la recherche de deux de leurs hommes qui ne répondaient plus. Parce que non, ils n’avaient pas pensé à allumer une télévision de leur côté, ou alors juste pour regarder Plus Belle la Vie. Martin Walker, qui mène la petite équipe, râle donc en voyant que des images ont filtré, et surtout, se demande bien par où le président et John ont bien pu filer.

Sachant qu’il n’y a qu’une seule issue. Et que l’autre, c’est un monte-charge.

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« Regardez John, on voit votre fille à la télévision !
- Rah, comment ça s’appelait ce truc de journaliste déjà ? La protection des srouces… des soruces… ah, je sais pu ! »

Une fois encore, donc, personne ne pense à y jeter un œil. Du moins, jusqu’à ce que les deux loulous fassent du bruit (« HOLALAL JE GLIIIIISSE« ) et soient donc obligés de se dépêcher un peu, puisque l’on vient les chercher. Mais rapides comme le guépard, et aidés par les trous du scénario, ils parviennent à échapper aux méchants et à atteindre les sous-sols de la Maison Blanche d’où partent des tunnels, dont un mène à l’extérieur. Tunnel que non, personne ne pensera à utiliser pour rentrer discrètement dans la place, hein, vous l’imaginez bien. De tout le film, ça ne sera même jamais évoqué.

De toute manière, alors que John ordonne au président de fuir par là pendant que lui-même va retourner tenter de retrouver sa fille, nos héros sont bien embêtés : Maurice le méchant hacker du commando, qui est aussi un expert en explosifs, a pensé à piéger le coin. Donc à moins d’avoir un démineur ou un chat à disposition, tout le monde est bloqué. Voilà qui est bien triste : mais ce qui l’est plus encore, c’est que les vilains ont retrouvé la trace des gentils et foncent donc vers les sous-sols pour en terminer une bonne fois pour toute avec cette joyeuse escapade. Ni une, ni deux, nos héros s’engouffrent donc dans un second tunnel, qui mène cette fois… au garage présidentiel !

Bon, sur le chemin, on leur tire dessus dans des couloirs tout étroits, mais encore une fois : même en tirant en rafale dans un passage de 1 mètre de large, les méchants les ratent. C’est fou. Je pense que ce sont des balles venant du consortium La Poste : tu as beau les envoyer encore et encore, elles s’égarent à chaque fois.

Un peu essoufflés, nos fiers gaillards hésitent entre la R19 et la limousine blindée présidentielle, et après une longue réflexion, décident intelligemment (soulignons-le) de prendre la seconde. Ils peuvent donc ainsi tenter de fuir sous le feu ennemi, ce qu’ils font, défonçant la porte du garage pour aller rouler gaiement dans les jardins de la Maison Blanche. La presse et les gens autour sont donc ravis de voir leur président faire le kéké sur le gazon à toute allure, mais bien vite, dans la voiture, on réalise qu’il y a un problème : impossible de fuir, les grilles de la Maison Blanche sont fermées, et tout est renforcé au titane de carbone, rendant compliqué de les défoncer !

La situation empire lorsque sortant du garage présidentiel, deux 4×4 d’escorte surgissent et que du toit ouvrant jaillissent des mitrailleuses lourdes manipulées par les méchants. Qui ouvrent donc le feu sur la voiture blindée qu’ils pourchassent en tournant en rond dans les jardins.

De là, plusieurs choses :

  • Visiblement, la foule tout autour de la Maison sait que ce n’est qu’un film, puisqu’elle ne s’écarte même pas de cette fusillade généralisée à 30 mètres d’elle.
  • Il n’y a pas une seule balle perdue d’ailleurs, merci. Toute s’écrasent bêtement sur la voiture présidentielle, mais sans percer, ça va.
  • Et surtout, top du top : les 3 000 militaires qui encerclent la zone et qui voient le président dans sa limousine se faire tirer dessus par les méchants restent sans bouger, des fois qu’ils puissent être utiles, faudrait pas déconner. Ils ont des trucs plus importants à faire, comme se curer le nez par exemple.

Le président a donc à un moment une brève révélation : tiens, et si j’appelais à l’aide ? Il envoie donc un texto au Pentagone « G cho o Q, ouvré la clotur ;)« . Le Pentagone fait donc signe à la garde nationale encerclant la résidence présidentielle : que l’on fasse avancer un char pour qu’il fasse un trou dans la clôture ! Et permette donc à la limousine présidentielle de filer.

« Vroum vroum« , fait donc le petit char en passant sur la grille. « Ho, bé hé non alors ! » répondent les terroristes sur le toit, en sortant leur lance-missile. « Boum« , fait donc le petit char et « Terrorists : win » fait la voix off dans la tête des joueurs de Counter-Strike (pensez à en parler à un psy quand même à l’occasion). C’est donc embêtant, puisque l’épave du char bloque justement le trou qu’il a fait dans la clôture… retour à la case départ, donc.

Sauf que le président se souvient que sous la banquette arrière de la limousine présidentielle, sous les sachets de schnouf, il y a… un lance-roquette !

Si, si. Et même une édition deluxe, puisque celui-ci est tout métallisé et proche de l’outil tuning.

Le président des Etats-Unis empoigne donc l’arme, se met à la fenêtre de la limousine (qui jusqu’ici était mitraillée par ses poursuivants, mais soudainement, les balles s’arrêtent juste le temps qu’il sorte, elles sont sympas quand même) et fait sauter le portail de la Maison Blanche pour sortir en paix. « A nous la liberté ! » s’exclament donc les joyeux lurons, des arcs-en-ciel dans les yeux,  en fonçant vers la liberté.

Mais alors qu’ils s’apprêtent à fuir, voici qu’apparaît, sur le balcon de la Maison Blanche, Jean-Paul Moustache qui pointe une arme sur une otage : Emily !

« Mais heuuuuu ! » râlent donc nos gais compagnons pendant que le public scande « Tire ! Tire ! Tire ! » S’ils fuient, elle meurt. S elle meurt, le film devient un peu moins pénible : elle doit donc vivre et ils doivent abandonner l’idée de filer. John et James se retrouvent donc, tels de vulgaires Vin Diesel, à faire les zazous autour de la Maison Blanche en se demandant pourquoi la garde nationale, qui vient pourtant de se faire attaquer au missile, continue de manger des sandouiches en faisant coucou plutôt que de faire, je sais pas moi, un truc ? Leur véhicule présidentiel, probablement lui-même fatigué par autant d’événements navrants, décide donc de faire une embardée et de finir dans la piscine locale.

Ressortant un peu humides de l’affaire, nos deux héros se retrouvent donc en piètre état face à Emile et l’un de ses hommes qui ricanent parce qu’ils pensent avoir gagné, ce qui est bien bête sachant que le film est loin d’être fini. Vexé, John sort donc une grenade qu’il avait piquée à un méchant plus tôt, et comme les grenades, ça résiste bien à l’eau, si, si, il l’envoie dans le museau du méchant. Et profite de la diversion pour fuir avec James dans un cabanon voisin. Les méchants, à leur tour vexés (ça peut durer un moment) font donc sauter ledit cabanon, sans savoir que nos héros ont déjà trouvé refuge dans les souterrains locaux. Et que grâce à ceux-ci, ils peuvent rejoindre la Maison Blanche en paix.

Dans l’affaire, le président a quand même été un peu blessé, John et James font donc une pause premier soin, comme de vulgaires joueurs de Baldur’s Gate qui tentent de pioncer en plein donjon.

Laissons donc nos couillons héros et allons voir au Pentagone si on a un peu avancé sur un plan de sortie de crise.

En effet, Carol a fait venir la femme de Martin Walker au Pentagone pour qu’elle raconte tout ce qu’elle sait : en fait, Martin Walker a une tumeur au cerveau et n’a plus que trois mois à vivre. Il se moque donc relativement de sa survie, ce qui complique les choses. Mais Carol a plus d’un tour dans son sac : elle demande à Madame Walker d’appeler son mari pour lui dire d’arrêter les conneries et de rentrer maintenant, merde, il est tard. Mais si la tentative est intéressante, ce n’en est pas moins un échec car Martin répond à sa femme que tout ce qu’il fait, il le fait pour la mémoire de leur fils. Sa compagne lui dit donc « Alors fait tout ce qu’il faut. » sous le regard accusateur de Carol, qui s’empresse de hurler « Martin, si vous continuez, votre femme passera le restant de sa vie dans une prison fédérale ! » mais ça ne l’influence que peu.

Passe-moi le combiné Carol, laisse faire les pros :

« Si tu continues, ta femme on l’envoie à Guantanamo où elle subira tellement de waterboarding que mon vieux, tu auras pour veuve Bob l’éponge« 

Mais Carol ne voulant pas me passer le combiné, elle se contente donc de dire que crotte de bique, ils ont été bien feintés. Et va plutôt faire le point avec le général en chef du coin et le vice-président, toujours en train de passer un appel Skype depuis Air Force One.

« Bon, cette histoire de président qui tire des roquettes, moi je pense que c’est bon pour sa réélection, ça fait couillu quand même.
- Monsieur le Vice Président, concentrons-nous, l’heure est grave. Nous n’avons jamais été confrontés à une situation comme celle-ci : nous ignorons où est le président, ou même s’il est encore vivant après ses aventures dans les jardins de tout à l’heure. Dans tous les cas, il est prisonnier de l’ennemi. Il va donc falloir prêter serment. Vous allez être le nouveau président. »

Ni une, ni deux, Air Force One disposant toujours d’un kit complet de serment présidentiel, à savoir une copie de la constitution, une Bible, un cheeseburger et un rail de coke (dans l’ordre, vous saluez la constitution, puis vous posez la main sur le hamburger en récitant votre petit speech sur les valeurs de l’Amérique, puis vous fêtez ça avec le rail de coke que vous prenez en roulant l’une des pages de la Bible, c’est très codifié), le vice-président devient donc président. Nous l’appellerons donc président II.

« Félicitations Monsieur le président II, vous êtes désormais président. Alors, on vous écoute, quels sont vos ordres.
- Déjà, je veux savoir qui sont les terroristes qui nous attaquent. On a vu leurs visages à la télé grâce à la vidéo de la petite Emily Cale, alors, ça donne quoi l’identification ?
- Hé bien figurez-vous que ce sont tous les terroristes les plus recherchés du pays, tous plus ou moins activistes d’extrême-droite !
- Les bâtards. Carol, je vois que vous faites une drôle de tête, quelque chose à dire ?
- Non mais en fait j’ai tout le temps une drôle de tête : non, je me disais que je venais de piger. En fait, tous ces gens : ils étaient sur la liste des terroristes recherchés… et c’est pour ça que Martin Walker les a choisis ! Parce qu’il savait qu’ils étaient dangereux et talentueux ! Et surtout, prêts à s’en prendre au plus grand symbole de notre pays ! Regardez, il y a Emile, un ancien de la CIA au Pakistan que nous avons abandonné à l’ennemi pour sauver nos fesses sur une histoire politique. Maurice Ubuntu le hacker, qui travaillait aussi pour nous mais qui a fondu un plomb. Jean-Paul Moustache, un type qui n’aime pas trop les gens de couleur. Et bien d’autres encore ! 
- Bon sang Carol : vous voulez dire que Walker a recruté tous les plus grands ennemis que nous ayons ?
- Oui ! Il avait la liste et s’en est servi… de liste de courses si je puis dire !
- Alors dans ce cas, j’ai une question : comment il les a trouvés ?
- Hein ?
- Bah, je sais pas : ce sont les plus grands ennemis de l’Amérique. Donc on les recherche un peu. 
- Oui ?
- Parce qu’on sait pas où ils sont. Sinon ils seraient déjà au trou. Alors c’est bien gentil d’avoir la liste, mais d’où ils sortent ? il les a tous traqué personnellement en-dehors de ses heures de bureau ?
- Ah ? Ah bin oui tiens. C’est con en fait.
- Je ne vous le fais pas dire. Bon, vous savez quoi ? On va changer de sujet : Carol, général, je vous ordonne de reprendre la Maison Blanche coûte que coûte. »

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Le Pentagone ordonne donc à ses meilleurs commandos, les Delta Force, d’aller gagner leur ration d’avoine en libérant le palais présidentiel. Et le patron dudit commando explique sur la radio que hinhin, on va trop les feinter les méchants : ça fait des années qu’on prépare un plan super secret qu’on a même pas partagé avec la sécurité présidentielle justement pour ce genre de situation.

Chuck Norris approuve ce plan : il avait le même.

Ah oui ? Dites m’en plus, vous m’intéressez.

« Hé bin ça consiste à arriver en hélicoptère. » D’accord, et ensuite ?

« Bah c’est tout. Et puis en plus, en approchant du côté de la porte principale. » Ah mais c’est super. Je comprends que vous n’en ayez pas parlé en fait : c’est juste que vous vouliez pas vous faire virer en annonçant un plan aussi pourri. Non ? Bon.

Le Pentagone signale cependant que si ce plan est absolument génial et que personne n’y avait pensé, il n’en reste pas moins un problème : le toit de la Maison Blanche est toujours couvert de méchants armés avec de quoi dégommer des hélicos, justement.

« Non mais on a prévu le coup : on va voler en rase-mottes dans les rues. Comme ça ils nous verront pas venir.
- Okay, mais une fois arrivé vers la Maison Blanche, vous serez tout nus du coup ?
- Ah oui.
- Vous voulez pas plutôt qu’on utilise, je sais pas moi, un avion ou un drone pour balancer une cacahuète de super haut sur le toit pour libérer la place ? »

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Non, je déconne : le Pentagone n’a pas non plus pensé à ça. C’est connu, l’armée américaine déteste avoir recours à des forces aériennes.

Revenons donc à nos commandos, qui volent dans les rues de Washington à fond les rotors, jusqu’à ce que… un radar les flashe. A ce stade, je ne sais même plus comment vous l’annoncer : oui, la contre-attaque des gentils va échouer non pas parce qu’elle est nulle, mais parce qu’en fait, ils se font flasher par un radar comme une vulgaire Twingo en pente. Car Maurice Ubuntu a pris le temps de pirater tous les radars de Washington, mais si, pour détecter d’éventuels hélicoptères qui voleraient en rase-mottes.

Bon. Donc il peut prévenir ses copains sur le toit, qui attendent donc l’ennemi de pied ferme, voilà voilà.

Mais Maurice n’a pas fini de nous surprendre, puisqu’il a fini de pirater le système de sécurité local, et ricane donc : il a enfin accès à tous les codes du NORAD, le système de défense américain. Farceur comme pas deux, il décide donc de lancer la prochaine phase du plan terroriste, à savoir lancer un gros missile sol-air depuis une base américaine… sur Air Force One !

Et comme à bord, on a oublié que l’appareil avait des contre-mesures, on se contente de voler en ligne droite en faisant « Aaaaah, bah non alors !« , et idem pour les avions de de l’escorte. Boum, fait donc Air Force One, avant d’aller s’écraser un peu plus loin. Le vice-président et Ginette, condamnée à mort plus tôt dans le film pour avoir parlé de seske bien qu’étant une femme, meurent donc comme des bouses.

Cela fait, Maurice se dit qu’avec l’arrivée prochaine de commandos, il va quand même mettre les voiles. Il se rend donc aux souterrains de la Maison Blanche, et plus précisément au tunnel qu’il avait piégé.

Et se tue avec ses propres explosifs, sans aucune raison.

Bon. Bin super, merci d’être venu, hein.

On continue ? Non parce que ce n’est pas fini, hélas. Mais je comprendrais si vous vouliez vous arrêter là tant c’est nul.

Donc, le commando des Delta Force arrive avec ses hélicoptères face à la Maison Blanche, bien à découvert et, ô, surprise, les ennemis sur le toit ouvrent le feu à l’arme lourde et au missile, abattant les trois appareils sans trop de soucis. Une séquence fascinante, vous l’imaginez bien.

John, qui a entendu la cavalerie arriver, a bien surgi sur le toit pour essayer de nettoyer les défenses pour faciliter l’arrivée des renforts, mais ça n’a que moyennement bien marché, puisque le dernier appareil a été abattu avant qu’il ne vienne à bout des filous. Le tout, je le rappelle, toujours sous les yeux de moult bataillons de la garde nationale situés à 50 mètres de là, désormais occupés à jouer au rami, j’imagine. Faudrait voir à pas aider, hein, pfou.

Et encore, je vous passe le moment où l’un  des hélicoptères, bien que risquant à tout moment de se faire descendre, décide de dire « Tiens ? Si je faisais du surplace devant le balcon de la Maison Blanche pour voir comment vont les otages par un bout de fenêtre ? C’est pas comme si c’était le genre d’informations qu’on pouvait avoir de loin avec des jumelles sans trop prendre de risques. » Non, vraiment. Tout est raté. Tout. Même pour faire voler un hélicoptère d’un point A à un point B, ils arrivent à coller une incohérence.

Bref, après ce catastrophique épisode aéroporté, les terroristes ont quand même perdu un bon paquet de leurs troupes sur le toit. Emile est donc un peu colère, et sait désormais que John est toujours quelque part, et visiblement toujours prêt à passer à l’action avec ses gros muscles huilés. Il a donc bien envie de courir les couloirs pour le retrouver et lui claquer le museau. Mais alors qu’il se promène à la recherche de son ennemi juré, Emile tombe dans un trou du scénario : ça alors, qu’y a-t-il par terre ? Mais ? Tiens, on dirait que John en filant a paumé deux passes pour la Maison Blanche derrière-lui. Passes qui sont impeccables malgré les douze explosions et le passage dans une piscine que l’ami John a connu il y a peu. L’un est au nom de John Cale, d’accord… et l’autre au nom d’Emily Cale : « Ahahah, sa fille fait partie des otages !  » s’exclame donc Emile. « On va rigoler, ça va être la grosse déconne. »

Repartons du côté du Pentagone (oui je sais, ce film est complexe à suivre, concentrez-vous) où ça continue de causer sec entre Carol, le général en chef et désormais Bob, le patron du Capitole.

« Bob, écoutez : on est sans nouvelle du président des Etats-Unis, et son remplaçant vient de s’écraser avec Air Force One. Il va falloir prêter serment. 
- Okay, faites péter la coke, la Bible et tout le tatouin.
- C’est parti Bob, on vous écoute pour le serment.
- Je jure d’être gentil et de citer Jésus dans mes discours. 
- Paaarfait. Vous êtes maintenant président des Etats-Unis. Donc pour la seconde fois de la journée, on va générer de nouveaux codes de tir nucléaires et vous les confier. 
- Merci. Maintenant je… heu… je dois appeler ma… ma femme. Voilà. Laissez-moi seul. »

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Le nouveau président s’isole donc de manière pas suspecte du tout, dans un endroit entièrement vitré où on peut en plus voir qu’il n’appelle personne et se contente d’utiliser son téléphone de manière mystérieuse, peut-être pour mettre « Je suit présidan lol » en statut Facebook. Sitôt cela fait, il va s’adresser à ses troupes :

« Les amis, on a déjà perdu deux présidents aujourd’hui. Je ne compte pas être le troisième.
- Le ministère du budget nous dit de toute façon que ça commence à bien faire les conneries. Si ça continue, il faudra tellement diviser l’enveloppe des obsèques nationales entre tous les présidents morts que la cérémonie se passera à Mac Donald.
- Je comprends. On va donc arrêter les frais : appelez l’Air Force. On va bombarder la Maison Blanche, tant pis pour les otages. Je viens de me souvenir qu’on avait des avions.
- Mais Monsieur le président ! Le premier acte de votre mandat serait donc de tuer des américains innocents ?
- Il faut bien en finir avec ces pitreries ma petite Carol. La Maison Blanche est perdue, et ils ont déjà piraté ses systèmes pour envoyer un missile abattre Air Force One. Alors hopopop, on siffle la fin de la récré. »

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Trois avions sont donc invités à décoller pour balancer suffisamment d’explosifs et de napalm sur la demeure présidentielle qu’il n’en reste que des ruines de la taille d’un cachou. Evidemment, personne ne pense à l’idée que les terroristes, pas cons, ont peut-être eu l’idée de profiter du bunker présidentiel pour être certain de ne pas être emmerdés.

Mais non en fait, parce que comme c’est bien fait, les méchants n’y ont pas non plus pensé.

« Allez c’est bon, je me casse de ce film »

C’est vrai, quoi : quand on a des otages et que le seul objectif est de rester en sécurité le temps d’obtenir ce que l’on veut, qu’est-ce qu’il vaut mieux : s’enfermer dans un bunker ou tenir avec une poignée d’homme un vaste bâtiment où en plus un mystérieux John Cale distribue des claques aux gardes isolés ? C’est chaud.

Bref, les avions sont en route.

Du coup, à la Maison Blanche, on est pas au courant de tout cela et c’est bien dommage. On en est donc encore à chasser le John Cale. Mais les choses deviennent un peu plus faciles maintenant qu’ils ont identifié sa fille : Emile emmène celle-ci dans le bureau ovale, avec son copain Martin Walker et un troisième terroriste, et ils utilisent donc les haut-parleurs de la Maison Blanche pour expliquer la situation.

« Ouhouuuu Jooooohn Cale ! Pour info, nous tenons ta fille, et si tu ne te rends pas avec le président dans les dix prochaines secondes, je mets une balle dans la tête de ta fille.
- Ouiiiiii ! font les spectateurs qui prient secrètement pour que cela arrive depuis le début du film
- Non ! » fait le président des Etats-Unis en surgissant de nulle part.

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Emile et Martin sont donc bien contents : ils ont enfin le président. Et John ? Heu… hé bien en fait, ils n’y pensent plus. Non non, là encore, je n’invente pas. Ils le laissent donc courir à son gré dans la Maison Blanche. Le président est donc emmené jusqu’au bureau ovale, où Walker peut lui expliquer son plan.

« Martin ! Bon sang, vous êtes fou, vous aviez juré de protéger le président des Etats-Unis.
- En effet président. Mais je vais bientôt mourir, et rejoindre mon fils, tué en mission secrète en Iran. Mais vous, espèce de traître, vous voulez la paix avec l’Iran maintenant ? Ça ne se passera pas comme ça ! Je le répète encore une fois, pour ceux qui n’auraient pas compris !
- Et vous, d’où sortez vous l’argent pour payer toute cette opération ? Ce sont les lobbies de l’armement, c’est ça ? Parce que je veux la paix, ils veulent la guerre !
- Il est trop tard pour cela, président. Maintenant, tenez : j’ai ici avec moi la mallette nucléaire. Elle ne se déverrouille qu’avec vos empreintes : alors ouvrez-là.
- Jamais ! De toute manière, et vous le savez, les codes nucléaires sont changés sitôt que le président est menacé par l’ennemi. Cela ne vous servirait à rien.
- Hinhinhin… ne vous inquiétez pas de ça, président. Ouvrez-là. »

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Dans un coin, le terroriste anonyme qui surveille la scène est quand même bien étonné : lui, il était d’accord pour prendre d’assaut la Maison Blanche. Mais pas pour déclencher un truc grave ! Ah bon, pourquoi ? Tu pensais qu’on attaquait la Maison Blanche juste pour déconner ?

Qu’importe : le président refuse, Walker insiste, il refuse encore, Walker menace la petite Emily Cale qui dit qu’elle est prête à mourir dans la paix dans le monde au lieu de se chier dessus comme il se doit, jusqu’à ce que les alarmes de la Maison Blanche retentissent : il y a un incendie ! En regardant les caméras (car oui, ils viennent enfin d’y penser ; comme quoi, Maurice le hacker avait pensé à pirater tous les radars de Washington des fois qu’il surprenne un hélico volant en rase-motte et à les relier à une alarme, mais pas à faire pareil avec les caméras de la Maison Blanche pour y retrouver d’éventuels fuyards ou poches de résistance, c’est ballot), ils constatent que c’est John qui est en train de mettre le feu !

Non : le bouton « alarme incendie », c’était trop compliqué. Le feu, c’est mieux. Surtout quand on est bardé de grenades et autres explosifs, tu as raison John.

Jean-Paul Moustache et Emile filent donc promptement trouver le brigand, mais ils se font bien évidemment tuer l’un après l’autre lors de duels héroïques où on s’échange coups de poings & co, parce que juste se prendre une balle au coin d’un mur, ça fait tout de suite moins glorieux. Tout cela créant un certain bazar au sein du fameux bâtiment, le président en profite pour essayer d’arrêter Walker, qui visiblement, a mystérieusement reçu les nouveaux codes nucléaires directement sur son vieux bipeur (parce qu’avec Tatoo, votre tribu garde le contact avec vous). La bagarre ne tourne hélas pas vraiment à l’avantage du chef d’état, puisque dans l’affaire, il se ramasse un pruneau dans le bidou. Et s’effondre les yeux clos.

Emily est donc très triste. Et voudrait bien arrêter ce gredin de Walker qui est en train de programmer l’envoi d’un missile intercontinental sur toutes les grandes cités d’Iran. Mais évidemment, quelques secondes avant qu’il n’appuie sur le gros bouton rouge…

… surgit John, qui a récupéré une voiture (il a eu le temps de passer au garage, d’en sortir, de faire le tour du jardin et d’arriver en environ 7 secondes, bravo), a défoncé le mur du bureau ovale, et mitraille sauvagement le vilain Martin Walker, qui rend l’âme. Averti par un coup de fil de Carol que la Maison Blanche va se transformer en pruneau tout sec d’un instant à l’autre, il fait donc évacuer tous les otages aussi vite que possible, et se sent bien bête en tombant sur le président par terre, visiblement mort.

Sauf que haha, non : la balle qu’il a pris a été arrêtée par la montre d’Abraham Lincoln qu’il portait toujours sur lui en vrai patriote. C’est beau.

Et accessoirement, Lincoln devait porter des montres de 115 kilos pour arrêter net des balles modernes. Probablement un truc à base d’uranium : si la balle ne te tue pas, ce sera le cancer.

Mais dans les cieux, il se passe des choses : à savoir que trois avions armés jusqu’aux dents arrivent à folle allure pour raser la Maison. Et que personne n’est au courant du fait que ça y est, les méchants sont vaincus. Ils volent donc bien évidemment et sans aucune raison, eux aussi en rase-mottes, et soudain, voient au milieu de la foule des civils en train de galoper dans le gazon pour fuir la Maison Blanche, la grosse tête à claques d’Emily Cale.

Qui agite le drapeau américain.

« Nom de dieu regardez ça les gars ! » hurle donc le chef d’escadrille qui même en volant à Mach 2, a tout à fait le temps de voir ce genre de choses en détails au sol « Je ne sais pas vous, mais moi, je ne tire pas » ajoute-t-il, avant que lui et ses avions ne désobéissent et quittent donc la zone sans avoir largué la moindre bombinette.

Je vous la refais ?

« Les gars, il faut qu’on aille larguer des bombes sur une zone où il y a des otages. Allez, on y va. » et une fois sur place : « Attendez, on arrête tout : j’étais d’accord pour tuer des otages, mais alors pas des otages ET un drapeau américain !« 

Si vous pouviez bombarder mon cinéma pour m’achever, vous seriez bien urbains.

« Tu peux mourir pour ton drapeau, mais ton drapeau ne mourra pas pour toi. »

La Maison Blanche sauvée, les otages aussi, la garde nationale pénètre enfin sur la pelouse, suivie par la presse qui qualifie l’amie Emily de termes aussi cucus que « la nouvelle petite héroïne de l’Amérique« .  Et bientôt, l’hélicoptère présidentiel se pose pour révéler Bob, Carol et son copain général, venus reprendre possession des lieux. Sauf que le président Sawyer ne se montre pas : John, en entendant le récit de ce qu’il s’était passé dans le bureau ovale, a une petite idée de qui est vraiment derrière tout ça, et pour résoudre ce mystère, il demande à ce que le président reste caché encore quelques instants en se faisant passer pour mort. John va donc à la rencontre de l’équipage de l’hélicoptère.

« Bonjour John ! C’est moi, Bob, ton patron, tu sais, parce qu’à l’origine, tu bosses pour la police du Capitole.
- Bonjour Monsieur.
- Je suis président maintenant, c’est pas cool ça ? A part si le président Sawyer a survécu bien sûr.
- Non, il est mouru.
- Ah, c’est trop bête, je vais devoir rester président des Etats-Unis… bon et bien c’est pas tout ça mais il va falloir passer le balai par ici maintenant.
- Attendez ! Regardez ce que j’ai trouvé sur le corps de Martin Walker : un bipeur. Ou un tam-tam. Enfin un truc. Contenant les nouveaux codes de la valise nucléaire. VOS codes, puisque vous êtes l’actuel président. Vous pourriez expliquer, sachant que vous êtes le seul à les avoir, comment ils sont arrivés là ? Et sachant qu’avec Martin Walker, vous êtes l’un des derniers dinosaures au monde à utiliser un bipeur ? »

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Et là, comme dans tout mauvais film, Bob lâche la phrase qui revient à hurler « C’EST MOI J’AVOUE TOUT » :

« Vous n’avez aucune preuve !« 

Ce qui est une remarque très intéressante sachant que John vient de montrer qu’il avait dans la main le bipeur de Walker, avec donc le numéro d’où provenait les codes nucléaires. Et en passant un coup de fil rapide, c’est bel et bien le téléphone de Bob qui sonne. Il jure donc vengeance pendant que Carol et son copain général lui passent les menottes, puis le président Sawyer, qui était caché, surgit (mais les figurants sont tellement au niveau du film que même ceux qui sont censés être la presse filment tout sauf le président qui vient de revenir d’entre les morts : à la place, ils filment la pelouse, et hélas, là encore, je n’exagère pas).

« Hahaha, non, je n’étais pas mort ! Je faisais juste semblant pour aider John à piéger Bob !
- Président ?
- Oui Carol ?
- Quel rapport entre le fait de vous faire passer pour mort et le fait que John amène les preuves que c’était Bob le traître ?
- Ah bin oui, aucun, tiens. John ?
- Je ne sais pas non plus. D’ailleurs, même si on a aucune preuve ou aucun nom, on va dire qu’en fait, c’était bel et bien le lobby de l’armement qui était derrière tout ça pour se faire toujours plus d’argent ! »

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Ah bin alors tout s’explique, attendez que je résume : le lobby de l’armement, pour atteindre l’objectif « faire plus d’argent », a donc :

  • Engagé le président du sénat américain
  • Pour qu’il recrute le chef de la sécurité de la Maison Blanche qui ça tombe bien n’avait plus rien à perdre et perdu un fils
  • Pour qu’il recrute un commando de mecs recherchés, mais que c’est pas grave, en fait il suffit de les appeler pour qu’ils viennent
  • Pour qu’ils posent une bombe au Capitole
  • Pour mettre la Maison Blanche en alerte rouge
  • Pour qu’ils puissent attaquer la place avec encore moins de chances que la normale
  • Pour qu’ils capturent le président Sawyer
  • Pour que le vice-président soit nommé président
  • Pour qu’ils puissent ainsi abattre Air Force One avec un missile piraté
  • Pour que Bob devienne président
  • Pour qu’il puisse filer les codes nucléaires à Walker afin qu’il vitrifie l’Iran, ce qui n’a strictement aucun rapport avec l’objectif original
  • Et que Bob fasse disparaître toutes les preuves en détruisant la Maison Blanche par un bombardement

Et que comme ça, Sawyer arrête de prôner la paix dans le monde et que donc ils puissent continuer à vendre des armes.

Je rappelle que les autres options, un peu plus compliquées j’en conviens étaient :

  • Graisser la patte de parlementaires, comme un vulgaire lobby contre la musique pas chère

Ou, s’ils voulaient vraiment mettre le bazar en Iran :

  • Acheter une ogive nucléaire à 12 roubles à Youri Popovitch, sous-marinier en vacances chez sa tatie de Volgograd, et la mettre dans la gueule de Téhéran (éventuellement en signant « Bisous, la CIA »  s’ils voulaient une guerre nucléaire).

Ignorant le fait que l’ensemble de ce film est un ratage complet, nos héros montent donc dans l’hélicoptère présidentiel, et James Sawyer, après avoir appris que son plan de super paix mondiale était accepté par tout le monde, demande au pilote de faire le tour des plus beaux monuments de Washington, parce que fuck yeah, c’est un vrai patriote et…

… FIN !

Pour rappel : 150 millions de dollars, dont 3 de scénario.

Je vous laisser aller chercher vos rédactions de CP.

« Attends John ! J’ai pas pigé… c’était vraiment ça le plan des méchants ? Tu déconnes ? »

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Vous avez bien suivi le film ? Maintenant, essayons de reproduire ce film chez nous. Bande-annonce (j’aime bien faire des bandes-annonces, il me faudrait un budget) :

Plan sur l’Elysée et le président marchant dans les couloirs en croisant divers conseillers.

Voix off : tout avait commencé comme n’importe quelle autre journée.

« Bonjour Monsieur le Président !
- Bonjour Monsieur le Président !
- Bonjour, bonjour.
- Bonjour Monsieur le Président ! »
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Plan sur une salle de briefing.

Voix off : personne ne pouvait seulement s’imaginer que l’ennemi frapperait là où l’on s’y attendait le moins.

« Messieurs, encore une belle journée qui s’annonce sur l’Elysée. L’aigle est au nid, aucune alerte particulière. On applique les consignes habituelles et tout devrait bien se passer. 
- Oui chef. »
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Plan sur le palais du Luxembourg qui explose, des touristes hurlant en s’enfuyant dans les jardins. Plan sur le chef de la sécurité présidentielle qui entend la détonation depuis les jardins de l’Elysée.

« Qu’est-ce que c’était  ?
- Cette odeur de gâteaux secs qui brûlent… d’urine rance portée par le vent… mon dieu, ils viennent de faire sauter le palais du Luxembourg ! Code rouge, code rouge, l’Elysée est verrouillé ! »
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Plan sur des hommes armés abattant les gardes républicains un par un dans les couloirs.

Voix off : car cette fois-ci, on s’est enfermé avec l’ennemi.

« Pan ! 
- Aaaaah !
- Pan ! 
- Aaaargh !
- Pan !
- Aaaah… mais putain pourquoi est-ce qu’on a juste des épées pour se défendre ? Hein !
- Pan !
- Raaaauuurgh ! »
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Plan sur un homme couvert de suie avec un pistolet à la main, l’air grognon dans les toilettes.

Voix off : l’ennemi a commis une seule erreur. Cette erreur, c’est notre espoir. Et il se nomme… Jean Calle !

Plan sur le même homme face au président dans son bureau.

« Président, je suis venu vous sortir de là.
- Mais ? Qui êtes-vous ?
- Je suis Jean Calle, ex-policier municipal. Si ces terroristes n’ont pas payé le parcmètre, je les défonce. 
- Comment êtes-vous arrivés jusqu’ici ?
- On était là pour les journées du patrimoine. Et puis ma fille Emilie adore le parti socialiste. 
- Ah, une vraie patriote !
- En fait ça la fait surtout rigoler. »
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Plan sur la limousine présidentielle prise dans une course-poursuite dans la cour de l’Elysée, ce qui revient à faire une course poursuite, mais uniquement en faisant des manœuvres de créneau.

« Président, il y a un lance-roquette à l’arrière, attrapez-le !
- Je ne sais pas m’en servir ! J’ai déjà du mal à critiquer Angela Merkel en public, alors tirer une roquette, pfou !
- Bon sang président, j’ignore qui est derrière tout ça, mais il y a un traître dans votre équipe.
- Sûrement une motion rebelle, je parie que c’est un coup de Martine Aubry. »

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Plan sur l’état-major, les ministres tout autour du général en chef, essayant de comprendre ce qu’il se passe en liaison téléphonique avec le président et son sauveur.

« Que dites-vous Jean ? Un traître parmi nous ?
- Oui. Nous pensons que l’un d’entre vous n’est pas vraiment socialiste.
- Ahahahaha !
- Bon, je reformule : l’un d’entre vous est encore moins socialiste que les autres.
- C’est une accusation très grave Calle ! D’ailleurs je… mais ? Où est passé Manuel ? »

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Plan sur le chef de la sécurité présidentielle caché derrière une commode Louis XV pendant qu’on lui tire dessus.

« Le président est en train de s’enfuir, rattrapez-le bande d’incapables ! On vient de tirer la languette du flan, je répète, on vient de tirer la languette du flan !« 

Plan sur un sous-marin au large de Brest, les trappes à missiles s’ouvrant lentement. A bord, l’équipage panique complètement alors qu’il a perdu le contrôle.

Voix off : mais cette fois-ci, ils ont attaqué le mauvais pays. 

« Commandant, ils ont piraté l’un de nos missiles ! Ils vont tirer ! Plus rien ne répond !
- Espérons qu’ils ne soient pas au courant de notre meilleur défense : la qualité de notre matériel. »

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Plan sur le missile qui décolle, s’élève d’une dizaine de mètres en l’air, pétarade un peu puis retombe en mer dans un vieux plouf.

voix off : ELYSEE PAR TERRE

http://www.elysee-par-terre-le-film.com

Du coup, même si je pense qu’il y a du potentiel : non, vraiment, il y a des films que l’on ne peut vraiment pas transcrire chez nous.

Quelle grande perte.

« Hooo, c’est splendide !« 

Elizabeth ajuste sa pèlerine d’un geste mal assuré, tentant tant bien que mal de lui trouver une quelconque position où elle l’aiderait à lutter contre le froid ambiant. Hélas, rien n’y fait : l’hiver continue à pénétrer au travers de ses vêtements, alors que le vent, lui, en profite pour rabattre ses longs cheveux bruns sur son visage. De ses doigts délicats, elle les écarte pour mieux jouir du spectacle qui s’offre à elle. A perte de vue, en contrebas, la campagne est blanche : blottis sous des arbres couverts de neige et de givre, quelques animaux se réchauffent les uns contre les autres en faisant fi des deux promeneurs avançant dans la forêt. Au loin, on entend le son si curieux du bois qui craque, gonflé par le gel.

« Oui, Elizabeth, c’est splendide en effet. J’aime la campagne en hiver, profiter du silence, voir la nature paisible, savoir que la neige cache les tombes fraichement creus… hem, voilà, la neige, tout ça quoi.
- J’ai su que vous étiez un homme de goût dès l’instant où je vous ai vu à cette exposition…
- Vous dites ça uniquement parce que c’était vous que je regardais à cet instant précis, petite présomptueuse.
- Hooo Odieux, hihi ! »

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La jeune femme se blottit d’autant plus dans sa pèlerine qu’à présent, elle aimerait pouvoir y dissimuler ses joues rougissantes, ou simplement pouvoir accuser les affres de la saison d’ainsi être les seules responsables de la brutale prise de couleurs de son visage. Elle sautille quelque peu en marchant, tant pour décoller la neige de sous ses bottes que pour se réchauffer un peu plus. Sentant la chose, son compagnon de pérégrination lui fait signe de venir se coller à lui pour partager sa chaleur corporelle. Cette fois, elle laisse ses cheveux retomber sur ses joues en pouffant un peu dans une ultime tentative de dissimuler son trouble.

« Elizabeth, vous semblez agitée.
- Je… c’est que… Odieux, est-ce que vous croyez à l’amour véritable ?
- Comme l’amour du mauvais cinéma ?
- Non… comme l’amour… Cupidon, vous savez ? L’Amour, quoi. 
- Aaaaaaaah… non, mais d’accord, oui je vois.
- Parce que je voulais vous demander, ces derniers temps je repensais à vous et moi et je voudrais aller à une nouvelle ét…
- Non Elizabeth. Attendez.
- Pardon ?
- Je vous arrête pour un motif simple : vous êtes en train de dire de la daube.
- Odieux ?! Mais ?
- Tenez, passez-moi ce bâton que je vous explique ça avec un schéma. Vous allez voir, en fait, c’est très simple. »

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S’exécutant, la jeune femme fit quelque peu la moue pendant que l’homme à ses côtés, d’une longue branche à peine plus courte qu’un bâton de marche, commença à tracer des signes dans la neige qu’elle ne reconnut pas de suite.

Elle sentait que ça allait mal se passer.

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Toute personne saine d’esprit ayant déjà connu les capacités fécales d’un bambin peut lui souhaiter bien des choses, sauf en plus d’avoir des ailes

A l’approche de la Saint Valentin, comme chaque année, chacun y va de son couplet sur le fait que les bisous, on peut s’en faire toute l’année, que tout ça, c’est rien qu’une fête commerciale, mais mine de rien, il se trouve toujours un clampin pour en parler, particulièrement dans le monde merveilleux de vacuité intellectuelle que constituent les réseaux sociaux. Or, sur ce blog, vous le savez, la vacuité intellectuelle, c’est un peu une passion. Aussi, il convient de traiter à l’approche de ces jours maudits emplis d’une imagerie niaise  à base d’enfants volants tirant des petits coeurs sur les gens, que l’on vous ment.

Oui, on vous ment.

Car si l’Amour est incarné par Cupidon, Cupidon, lui, n’existe pas.

Je pourrais m’en arrêter à cette simple formulation, mais cela serait un procédé quelque peu cavalier : je vois d’ici mes lecteurs s’insurger en me demandant des explications, renverser les tables et les chaises en brandissant le poing, puis, comme ils me lisent au bureau, se faire engueuler par leur patron qui leur demande ce que c’est que ce bordel. Non parce que hé, hein, va falloir se calmer là quand même. Bref ! Aujourd’hui, donc, nous allons prouver scientifiquement que Cupidon n’existe pas. Et que si c’était le cas, on serait bien dans la merde.

Suivez un peu, et ramassez-moi tout le bordel que vous avez mis au paragraphe précédent.

Cupidon est, pour rappel, l’enfant de Mars et de Vénus, respectivement dieu de la guerre et déesse de la beauté. Or, à défaut d’accoucher d’une belle guerre, les deux ont produit une bien étrange créature : le dieu de l’amour. Jupiter, qui était quand même un peu un expert en emmerdes, sentit tout de suite que cette histoire fleurait les embruns de pâté, et demanda donc à ce que l’on se débarrasse de Cupidon, par exemple en le mettant dans un sac et en lui tapant très fort la gueule avec des objets contondants de type massue, marteau ou Christian Jacob. Cependant, Vénus ayant fait un peu sa chochotte, elle décida de cacher le marmot, qui par la suite devint Cupidon. Bon, dans l’histoire originale, Cupidon devient un beau jeune homme, se blesse comme un con en nettoyant son arme (mais si, quel gros busard vous pouvez le dire) et tombe donc amoureux de Psyché, mais suite à toute une histoire, il finit par la fuir jusqu’à ce qu’elle le rattrape quand même, la bougresse, (alors qu’elle ne vole pas elle, bravo la gestion des trois dimensions Cupidon, décidément) et du coup… ils se marient.

Savoir que dans l’histoire même de Cupidon, dieu de l’Amour, le mariage n’intervient pas tant que dure le bonheur, et fait son entrée uniquement pour couper les ailes du bonhomme, c’est assez ironique. Mais passons ! Car cette partie-là de la mythologie est surtout restée aux oubliettes : plus que le jeune homme marié, on a retenu l’enfant à l’arc. Alors soit !

Car que sait-on de Cupidon ?

- Qu’il vole

- Qu’il porte une culotte à la propreté contestable

- Qu’il dispose d’un arc en frêne et de flèches en or

- Que le 14 février il est censé aider les couples à faire brûler la flamme

Aussi, mettons : le 14 février, Cupidon est supposé se promener de par le monde, son arc à la main, pour mieux s’arrêter au-dessus des rues et des demeures, décochant ses traits enchantés pour que chacun trouve son âme soeur, ou que ceux déjà en couple puissent continuer à l’être encore longtemps plutôt que de se faire larguer par texto. Alors calculons !

  • La Terre compte 7 milliards d’habitants. Un peu plus, puisque chaque jour, les rangs de notre espèce grossissent, mais pour faciliter le travail de notre angelot préféré, nous considérerons que nous sommes très exactement 7 milliards le 14 février.
  • Parmi ces 7 milliards d’habitants, on peut considérer qu’il y a 2 milliards d’enfants. Or les enfants ne tombent pas amoureux comme les adultes : eux, il leur suffit d’un échange de BNs à la récré, et c’est parti, ils sont tellement à fond qu’ils vont faire des trucs aussi extrêmes que prêter leurs crayons de couleur, aider l’autre à ne pas tomber du toboggan ou tenir les mains de la maîtresse pendant que l’autre la tabasse. Ah, c’est beau l’enfance.
  • On peut donc considérer qu’il reste 5 milliards de personnes. Mais nous allons encore en retirer 1 milliard arbitrairement pour soulager le travail de notre archer angélique en virant les personnes qui sont incapables de ressentir ses flèches : gens chiants, personnes plongées dans un état second médicalement, personnes dans un état second dans la journée (les gens qui regardent plus de 2 powerpoints par jour, par exemple), les acteurs de « Plus Belle la Vie », puisque sinon, ils pourraient ressentir leur propre amour propre et partiraient donc en hurlant, et enfin moi-même pour des raisons connues de mes lecteurs
  • Cela nous laisse 4 milliards de personnes, dont il faut encore déduire :
  • Les utilisateurs de World of Warcraft, soit 11 millions, parce que merde, Cupidon va pas gâcher de munitions sur des gens qui n’auront pas le temps d’avoir une vie sociale, ya instance là
  • Les gens qui aiment Franck Dubosc, soit 2 personnes, parce qu’à ce niveau, c’est que leur notion même d’amour et d’appréciation est complètement schlass
  • Donc en déduisant 11 000 002 personnes de nos 4 milliards, nous arrivons à un total de 3 988 999 998 personnes qui ne demandent qu’à se faire flécher la gueuler.

Bien ! Maintenant que cela est arrêté, mettons : le 14 février dure 24 heures. Je ne prends pas en compte le décalage horaire : Cupidon est à l’heure de Rome. Donc il va nous faire le boulot, cette feignasse, et sans gruger, ah mais ! Recalculons :

Cupidon va donc devoir toucher, en 24 heures, 3 988 999 998 personnes

Soit, de l’heure, 166 208 333. Et que je vous entende pas gruger, bande de petits rascals : non, il ne divise pas par deux puisqu’il s’occupe de couples. C’est une flèche par personne, c’est la règle.

Soit, de la minute, 2 770 139 personnes à toucher

Soit, de la seconde, 46 169 personnes. Ce qui vous donne à peu près la population de Châteauroux, par exemple. J’en entends qui ricanent : si, même à Châteauroux, on a besoin de Cupidon. Ou d’alcool. Attendez, c’est lequel des deux qui rend heureux à tous les coups ?

Le 14 février, Twitter est rempli de commentaires de gens qui disent ne rien avoir à faire de la Saint Valentin mais en parlent en boucle. Les 364 autres jours, remplacez « Saint Valentin » par « Grand Journal »

Cupidon a donc du boulot. Ce qui expliquerait par ailleurs pourquoi vous n’avez pas forcément trouvé l’âme soeur : vous n’êtes peut-être pas exactement en haut de la pile. Avec un peu de bol, il n’y a qu’un milliard, un milliard cinq de personnes devant vous. Une paille, arrêtez de vous plaindre.

Enfin, c’est toujours moins à attendre que pour une carte grise à la préfecture, mais je m’égare : une chose est sûre, Cupidon ne bosse pas dans l’administration française. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’au sein de celle-ci on passe plus d’une seconde sur votre cas, rassurez-vous : certains éléments du personnage ont été bien assimilés. Mais je m’égare encore, deux fois en si peu de temps, enfin, cela reste bien normal lorsque l’on parle de mythologie comme le disait Nisos (ce paragraphe inutile vaut 900 points au club des professeur de grec ancien, si vous me lisez les gars et que vous n’êtes pas encore tous morts de vieillesse) . Bref.

Maintenant, mettons : les cibles de Cupidon sont, par un incroyable coup de bol, toujours en moyenne à un mètre l’une de l’autre. D’ailleurs, si elles sont à moins, c’est que soit elles n’ont déjà plus besoin de Cupidon parce que t’inquiète, je gère Suzette, soit qu’elles sont dans le métro, ce qui est certes relativement proche d’une relation sexuelle d’un point de vue frottements et échanges de miasmes, mais ne compte malgré tout pas. Nous considérerons que Cupidon ne dispose pas de grenades, et n’utilise que ses flèches même dans des lieux bondés comme ceux-là. Tout compris, entre les passages où il doit chercher une bonne position de tir, un angle de vue dégagé & co, on considérera toujours qu’il n’y a que ce fameux mètre. Voyez comme je suis conciliant.

Prenons en compte deux autres éléments :

  • Une flèche d’arc peut filer jusqu’à 300 kilomètres heure si bien décochée depuis un tireur immobile
  • Cupidon et sa grosse tête joufflue ne sont pas vraiment aérodynamiques

Vous avez tout bien pris en compte ? Alors c’est parti : bonne Saint Valentin.

D’abord, Cupidon va commencer à se déplacer à 135 fois la vitesse du son. Qu’importe d’où il partira : l’onde de choc sera suffisamment grande pour raser le bled où il se trouvera (Rome, probablement), vaporisant la plupart des habitants et rendant sourd les autres sur plusieurs kilomètres. Il ne fera d’ailleurs par bon se trouver sur sa trajectoire, puisqu’il ne laissera derrière lui que mort et désolation, ainsi qu’une curieuse odeur de brûlé. De toute manière, Cupidon n’en saura rien : vu le nombre de G qu’il se sera pris dans le museau à l’accélération, il sera déjà aveugle et sourd, ce qui expliquerait non seulement sa représentation aux yeux bandés sur plusieurs tableaux (voyez que j’ai raison), mais en plus cela expliquerait pourquoi vous avez toujours l’impression que tout va de travers en amour (encore une fois, tout se tient). Non parce que tirer à l’arc en étant aveugle c’est déjà pas facile, mais tout en faisant péter le mur du son et sans les oreilles, ça devient compliqué.

Mais rassurez-vous : Cupidon va aussi se sentir relativement mal : n’étant pas spécialement profilé pour sa mission, ses grosses joues vont rapidement prendre feu alors que ses yeux vont se dessécher  et si son slip était encore propre à ce stade, il devrait se remplir de tout son tube digestif avant de prendre feu, le fumet qui en résultera lui donnant un certain panache, j’en conviens (les aviateurs amateurs de calembours feront leur marché dans cette phrase).  Incapable de s’arrêter sur sa lancée, il faudra espérer qu’il trouve un moyen de ne pas ralentir s’il veut accomplir sa mission puisque ses ailes se seront sûrement arrachées dès l’accélération, emportant sa colonne vertébrale avec (là encore : le tir à l’arc se complique) et quelques autres morceaux choisis. Finalement, s’il parvient par son statut divin à échapper à la désintégration totale, et que ses doigts flétris par la combustion parviennent à sortir de son carquois ses flèches d’or n’ayant pas fondu grâce à la magie les habitant, il ne lui restera plus qu’à tirer. Easy.

Or, puisqu’il ne pourra plus s’arrêter, et que quand bien même, il devrait assurer un temps de verrouillage de la cible inférieur aux ordinateurs des avions de chasses actuel avant de tirer sa flèche et quitter l’endroit sans même prendre le temps de voir si elle touche, si jamais le projectile n’explosait pas purement et simplement, non content de toucher la personne avec qui vous étiez en train de prendre un dîner romantique, elle va lui décalquer la tête contre la table, envoyer les morceaux sur tous les convives alentours (si le choc ne provoque tout simplement pas une déflagration rasant la salle), probablement vous traverser aussi en ne laissant derrière vous que des restes qui permettront à la TNT de créer un nouveau jeu télévisé autour du principe de l’identification de votre corps, puis elle devrait traverser tour à tour – grâce à sa pointe faite d’un alliage importé droit de l’Olympe mais quand même avec de l’uranium dedans histoire de tenir le choc, donc quand bien même vous auriez survécu, Cupidon vous aurait refilé un cancer, sympa) le sol du bâtiment, le sous-sol, les fondations, commencer à creuser la terre et éventuellement s’arrêter en fumant et sifflant au bout d’un long, long moment.  Moment critique, puisque si la flèche provoque l’amour chez tout ce qu’elle touche et qu’elle pénètre la Terre, cela risque encore de créer des trucs cucus, du genre des chansons de Yannick Noah. Et ça, ça reste probablement la pire conséquence de tout.

Bref.

Une fois la personne avec qui vous mangiez en paix décapitée, votre personne désintégrée, l’endroit criblé de tirs ayant réduit les convives à néant et une forte odeur de chair brûlée s’élevant au-dessus des ruines de votre paisible cité, Cupidon, son petit corps d’enfant noirci et démembré aux lambeaux de chair pendants se posera sur les restes de l’aéroport de Rome dans une tempête de flammes et créera à l’impact avec le sol une onde de choc qui devrait non seulement piquer un peu le bambin, mais dégager l’équivalent énergétique de plusieurs fois Hiroshima. Il est même probable que, pour la déconne, la réaction sismique qui suivrait réveille l’activité volcanique locale et permette aux italiens encore vivants de savourer les joies simples de leur ancêtre Pline l’Ancien (et je ne parle pas de celle d’avoir un neveu con comme Pline le Jeune).

Pour rappel, la bombe larguée sur Hiroshima s’appelait « Little Boy ». M’enfin j’dis ça, hein.

Cela fait, nous pouvons donc en tirer plusieurs conclusions :

  • Cupidon, c’est vraiment une super idée, ça donne vraiment envie de passer une bonne Saint Valentin avec lui, quelle belle illustration
  • En fait, il est statistiquement plus probable que ce soit des ninjas qui s’occupent de manier les flèches d’or plutôt que Cupidon, mais ça évidemment, ce n’est pas vendeur alors personne n’en parle, racistes
  • Enfin, statistiquement toujours, même en supposant que chaque année, Satan achète l’âme de 1% de la chrétienté, il aurait toujours plus de crédibilité scientifique dans la possibilité d’accomplir sa mission que la simple existence de Cupidon

Donc, scientifiquement, vous avez moins de chance de rencontrer l’Amour tel que la mythologie nous le décrit que de passer un pacte avec le Diable, ce qui est prouvé très simplement par l’existence pure et simple des conditions d’utilisation d’iTunes.

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« Voilà pourquoi je ne mange pas de ce pain-là ma petite Elizabeth.« 

Dis-je en achevant de tracer mes schémas dans la neige fraîche avant d’agiter la baguette de bois dans ma main pour fouetter l’air glacial qui nous entourait. Elizabeth fit une moue dubitative en observant les schémas sur le sol, particulièrement en s’arrêtant sur celui où j’avais dessiné des gens en toge tapant un petit sac à l’aide d’un Christian Jacob. Probablement peu convaincue par mes talents de caricaturiste, elle soupira longuement, envoyant de blanches volutes s’envoler loin de ses lèvres rouges.

« Oui mais… tout de même, moi j’y crois, à l’Amour ! 
- Sacrebleu, qu’est-ce que je viens d’expliquer ? C’est bien la peine que je me décarcasse.
- Ca n’a strictement rien à voir ! Une flèche peut nous toucher n’importe quand, ce que je voulais dire, c’est au sujet de vous et moi, parce que… d’ailleurs juste à l’instant, j’ai… je grois… je gru… jgnr… »

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Elizabeth tourna de l’oeil avant de s’effondrer dans la neige avec une délicatesse qui imposait le respect. Dans son cou, l’embout rougeoyant de la fléchette-seringue dépassait de sa chevelure. Souriant, je fis un signe à Diego, vêtu en ninja dans un arbre voisin, son fusil à air comprimé encore sur l’épaule. Le bon serviteur me rendit mon salut et descendit promptement me rejoindre pour m’aider à charger la jeune femme sur un traîneau, charme de la saison. Cela fait, Diego sembla hésiter quelque peu au sujet de quelque chose.

« Hé bien Diego ?
- C’est que… patron je… voilà, les vacances d’hiver arrivent et…
- Certes ?
- Bin je me disais… cela fait 4 ans que je n’ai pas pris de vacances alors je… jre… rgn… »

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Diego s’effondra à son tour dans la neige, une autre fléchette-seringue plantée dans le cou au travers de la cagoule de son costume oriental. Souriant une fois de plus, je fis un signe de la main à l’autre ninja que j’avais engagé pour suivre le premier, puisqu’on n’est jamais trop sûr. Et encore une fois, la prudence avait payé. Ignorant les grosses gouttes de sueur perlant sous la tenue du tireur que je pouvais voir d’ici, alors qu’il devait se demander si quelqu’un avait été missionné pour l’endormir lui aussi, je contemplais le corps d’Elizabeth étalé sur le traineau, ronflant paisiblement.

« Ah, Cupidon. Qu’importe s’il y a une force qui décoche les tirs, pourvu que je désigne les cibles.« 

Puis, sifflotant, je repartis profiter des joies simples de l’hiver.

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