"Père Castor, Père Castor !"

Ajustant ses lunettes un sourire bienveillant aux lèvres, le sage rongeur pose son regard sur les enfants assis sur le petit tapis en face de lui, leurs visages ravis seulement éclairés par la lueur des flammes de l’âtre voisin. Savourant la douce chaleur du foyer, le Père Castor hume l’air, appréciant l’ambiance unique de ces instants. Il sait déjà ce que ces jeunes gens vont lui demander, et comme à chaque fois, cela ne rate pas :

"Père Castor, raconte-nous une histoire !"

Caressant son menton, le vieil animal feint de chercher un récit alors qu’il a déjà son idée en tête.

"Hé bien, vous ai-je raconté l’histoire des trois lapins et de la bague dorée ?
- Non Père Castor ! Ho vite, raconte-la nous !
- Bien sûr Benjamin, et bien écoute plutôt : tout commence un soir de pluie, alors que la forêt toute entière bruisse du son des gouttes s’écrasant sur…
- Popopop, halte là Père Castor ! 
- Grignote ? Que se passe-t-il ?
- Je te vois venir, vieux grigou : est-ce qu’il y a des femmes dans ton histoire ?
- Hein ? Et bien je… heu… non, non, ce sont trois frères lapins. Car sais-tu, ce soir de pluie, alors qu’ils…
- Ah, évidemment ! Des frangins, des mâles ! Des couillus ! Ah, ça te ferait chier vieux barbon de raconter des histoires avec des femmes, hein !
- Mais enfin Grignote je…
- Pour nous raconter des histoires de mecs qui se tirent de toutes les situations, il y a du monde ! C’est à croire que toutes les filles de la forêt sont à la cuisine, pas vrai Père Castor ? Quel bel exemple d’histoire ! 
- Câline, toi aussi ? 
- Mais oui Père Castor, assez ! Y en a marre des récits qui tentent d’imposer une putain de conception de la réalité qui…"

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Un long jet d’hémoglobine s’échappe du museau de Câline alors qu’elle reçoit le coin du livre d’histoires du Père Castor en plein visage, l’envoyant s’écraser face contre terre et souiller le tapis de son sang chaud.

"Ça va aller oui ? "Gnagnagna Père Castor", "Une histoire Père Castor", "Dis-nous tout Père Castor", "Mon cul sur la commode Père Castor", et maintenant il faudrait que je vous les fasse sur-mesure ? Nan mais bordel, jamais un bonjour, jamais un merci, et puis alors s’il-te-plait, alors tiens, je peux me brosser ! Et en plus ça se permet de gueuler ! Bon écoutez-moi les mouflets, aujourd’hui, : je vais plutôt vous expliquer en quoi vous êtes plus proche du blaireau que du castor. Et pour ça, j’ai une histoire toute trouvée : tout commence sur internet…"

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Attention : cette femme est peut-être en train de raconter une histoire de chevaliers et de princesses à vos enfants, elle mérite donc un bon coup de batte

Un jour prochain, il n’est pas impossible que l’un d’entre vous vienne à raconter une histoire à un enfant.

Je ne parle pas de celles visant à les amener jusqu’à une camionnette, mais plutôt de celles visant à leur parler de princesses et de dragons, de bravoure et de traîtrise, de Nicolas Cage et d’autres créatures n’appartenant qu’au royaume de l’imagination. Si un jour vous vous surprenez à faire cela, alors sachez-le : vous êtes un monstre.

Mais oui.

Défonçant votre porte à coups de bottes, la Brigade du Bon Goût viendra heureusement instantanément vous trouver et vous taser la gueule, sale malandrin, avant de vous envoyer en camp de rééducation parce que, petit salopard, vous aurez raconté une histoire se déroulant dans un ROYAUME et non une DEMOCRATIE ce qui prouve que vous embrigadez vos enfants, sales royalistes. D’ailleurs, tous les jouets dudit enfant seront passés au lance-flammes s’ils sont liés, de près ou de loin, à des préjugés quelconques, afin de s’assurer qu’il puisse grandir dans un milieu loin de tout embrigadement.

J’en veux pour preuve ce site, recommandé par un lecteur assez inconscient pour se rendre en ces lieux maudits :

Le cinéma est politique

Et plus particulièrement deux articles qui vont vous expliquer en quoi vous êtes de fieffés rabouins. Ho, mais si, ne niez pas ! Car figurez-vous que nombre d’entre-vous ont peut-être oser regarder voire – j’ose à peine l’écrire – diffuser à des innocents des films comme le Roi Lion ou Aladdin. Bande de petits salopards ! Heureusement, nos amis experts en cinéma vont vous remettre dans le droit chemin : mais observons plutôt ensemble ce beau site. Si vous n’avez vu aucun des deux films par contre, et que vous ne voulez pas savoir que les gentils gagnent à la fin (ah, merde, trop tard), passez votre chemin. Pour les autres, étudions la prose d’un homme qui a su s’élever au-dessus de la masse des ignorants pour se faire le phare de la pensée et de la tolérance. Mais phare genre phare de solex, hein, que l’on s’entende bien. Lisons plutôt.

L’une des premières choses qui nous frappe en regardant Le Roi Lion, c’est le sexisme banal et structurant de l’histoire. Dès les premières scènes, Le Roi Lion nous fait connaître un monde structuré hiérarchiquement, avec au sommet de la pyramide le monarque absolu, qui règne en bon patriarche sur, non seulement son peuple docile et servile (les autres animaux), mais également ses lionnes, qui jamais ne remettront en question le bien fondé de la place des hommes, ni de la place des femmes. Le Roi Lion comporte un grand total de 3 personnages féminins, contre 9 personnages masculins. Donc, 75% des personnages du Roi Lion sont masculins.

Voilà, dès les premières lignes, c’est dit : le Roi Lion est un film sexiste. Oooh mais oui, et pas qu’un peu : le sexisme a un rôle structurant dans l’histoire, rien que ça ! Pire encore : dans le Roi Lion, l’auteur du site l’analyse finement , tout semble se dérouler dans une monarchie, ce qui est quand même plutôt suspect.

Nom d’une pipe, tu m’étonnes que c’est suspect ! Une monarchie dans un film intitulé "Le Roi Lion" ! Alors ça, c’est quand même scandaleux. On attend avec impatience les mêmes observations de l’érudit sur "Le Retour du roi", "Le discours d’un roi" (un film odieux, puisque l’on y trouve relativement peu de personnages féminins) ou "L’homme qui voulut être roi". Cela fait tout de même beaucoup de coïncidences : sûrement un complot royaliste pour remettre sur le trône de France un quelconque loulou et réhabiliter le port de la moumoute à cheval dans les rues de Paris (un truc autrement plus classe qu’un vélib’).

Il en profite pour compter le nombre de personnages féminins, car c’est vrai que c’est important. Il ne manquerait plus que les gens qui racontent des histoires se moquent du sexe des personnages, voire que les enfants puissent apprécier lesdits individus sans s’intéresser au contenu de leur slip.

Non parce que je vous rappelle le principe : si vous rapportez tout au sexe des gens, vous êtes un héros de la lutte anti-sexisme, si vous n’y prêtez pas attention, vous êtes un fieffé salaud.

Après, il y a quand même des pièges : ce film par exemple parle avant tout de daube.

La relation entre Simba et Nala nous apparaît comme étant une relation d’amitié étant jeune, qui plus tard évoluera selon le schéma classique de Disney vers un amour hétérosexuel.

J’imagine bien ce qu’il se passerait chez Disney s’ils prenaient l’auteur de ces lignes comme consultant pour leurs films.

Studios Disney, un jeudi, 14h12

"Okay les mecs : on doit faire un nouveau film. Alors je vous présente Liam, de la Brigade du Bon Goût. Il va s’assurer que l’on ne… pardon, c’est quoi votre rôle ?
- M’assurer que votre film ne soit pas porteur d’une idéologie puante.
- Oookay… bon, alors on a déjà commencé à écrire un script. Ce serait un truc avec des animaux, comme les calendriers de la Poste, et on se disait "Hey, pourquoi pas un Lion ?"
- Aha ! UN lion, ééééévidemment ! Jamais une lionne ! Quel sexisme !
- Oui enfin ça fait 60 ans qu’on fait des films avec des princesses. 
- Moui, bon allez, va pour le lion. Y a-t-il une lionne qui l’accompagne ? Hein ? Quotas, tout ça ?
- En effet, nous l’avons appelée "Nala". Et le héros se nomme "Simba". Et il y aura une histoire d’amour qui…
- AHAHAHA ! Je vous y prends ! Une histoire hétérosexuelle bien sûr ! Vous êtes immondes !
- Je… bon, José, tu notes : Nala s’appelle Nalo et lui et Simba vont s’aim…
- EVIDEMMENT ! Vous virez la lionne ! Remettez-là TOUT DE SUITE
- Bien, José, corrige : Nala est de retour. 
- Faites de Simba une femme SUR LE CHAMP !
- TA GUEEEEEEEEEEEEEEEEEUUUUUUUUUUUUUULE 
- Je… hein ? Mais je… je suis de la Brigade du Bon Goût quand même !
- On va raconter une PUTAIN D’HISTOIRE avec un fucking lion parce que LE lion c’est LE ROI DES ANIMAUX bordel de merde, parce qu’il a une fucking CRINIERE comme une COURONNE et que les enfants le SAVENT alors si tu veux une version avec des lionnes qui se lesbichent, tu vas voir MARC DORCEL
- Mais enfin ?! Je… mais arrêtez de crier, je…
- JOSE LE SCRIPT ! Désormais Simba est un TRANSEXUEL et l’action se passe au BRESIL et ce n’est pas un lion mais un putain de TAPIR ! 
- Holala, il est drôlement tard, je vais y aller moi, hein, salut !"

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Des réunions probablement passionnantes à n’en pas douter. Mais ce ne serait pas encore assez con. Heureusement, notre champion n’a pas dit son dernier mot.

Bon, jusqu’ici tout va bien dans l’hétéro-réalité patriarcale, mais seulement le film trébuche, perd ses moyens, et voilà qu’il nous montre Nala plus forte que Simba au combat! Comment? Une femme plus forte qu’un homme dans le domaine des hommes, à savoir la violence physique? Impossible! Seulement si : encore et encore et encore, Nala montre qu’elle est plus balèze que Simba.

Jusque là, d’accord : ces salauds de chez Disney ont fait un personnage plus costaud que le héros, et pire encore, c’est une femme : comment réussir à prouver que cela cache en fait d’odieux messages ? Pas de souci : la suite arrive.

Cette supériorité ouvrirait-elle des possibilités subversives? Pourquoi Nala n’affronterait-elle pas Scar elle-même? Pourquoi ne pas renverser l’ordre patriarcal et sexiste et instaurer une démocratie dans le monde des lionnes et des lions, démocratie qui aurait éventuellement la fâcheuse caractéristique de mettre des femmes au pouvoir vu que les lionnes sont bien plus nombreuses dans le film.

Rappelons que quelques lignes plus haut on vous expliquait l’inverse : que les femmes étaient en minorité. Pif pouf, elles sont en majorité. Mais surtout : si les personnages ne se battent pas pour instaurer une démocratie, c’est probablement pour ne pas montrer des femmes au pouvoir.

Et si Nala ne joue pas à la belote, c’est probablement parce que Disney est farouchement opposé aux jeux de cartes. Mais enfin ?

Vous pouvez aussi mettre directement votre enfant devant les séances de l’assemblée nationale.

C’est vrai que c’est dégueulasse : vous aussi vous avez noté tous ces contes dans lesquels les héros ne se battent pas pour la démocratie, l’égalité hommes-femmes, les minimas sociaux ou l’assurance-maladie ? Et bien en fait tout cela est un terrible complot visant à détruire l’imaginaire des enfants pour leur imposer un modèle social, hahaha !

Non parce que sinon, allons-y : les gens vont commencer à raconter des histoires sans s’imposer de codes, et bientôt ils raconteront des aventures, des épopées sans se baser sur la bonne morale du XXIe siècle ou pire, écriront des livres et feront des films EN INVENTANT DES CHOSES ! Tenez, rien que d’en parler, j’en ai des palpitations.

Je me demande si quelqu’un a dit au Monsieur qu’en fait, le but du jeu, c’était justement de raconter une histoire qui ne soit pas basée sur la vraie vie des vrais gens. Non parce que, en fait, les lions ne chantent pas vraiment "Hakuna Matata" ni ne dissertent avec des babouins défoncés à la ganja quant à l’avenir de leur royaume. Et non. Oui, je sais, ça fait un choc.

Mais ce n’est pas fini.

Une fois qu’il aura compris sa destinée, à savoir sa position de dominant, il laissera Nala derrière (et oui, les femmes doivent s’y faire, les hommes ont des responsabilités qui ne laissent pas de place aux femmes, ni même le temps de leur parler). Il rentrera donc affronter Scar au sommet du phallus géant qu’est le monde des lions, après avoir donné des ordres à un peu tout le monde, en assumant enfin (il était temps!) son statut de dominant dans le cercle de la vie.

Bordel, l’héritier du roi qui va réclamer son trône au lieu d’envoyer sa copine se battre à sa place, c’est quand même salement machiste.

Et oui, l’auteur de ces lignes – qui est je le rappelle, un furieux combattant contre le sexisme – rapporte bien tout au sexe au point de voir en lieu et place d’une tribune de pierre une bite géante.

Freud, si tu es là, fais tourner la coke.

La scène d’amour entre Simba et Nala est une illustration frappante de cette soumission, en renversant les positions des protagonistes. Dans le combat, Nala est au dessus, agressive, dominante, malgré la volonté de Simba, qui est vaincu. Par contre, dans la scène d’amour, c’est Nala qui se retrouve en dessous, et ceci PARCE QU’ELLE LE VEUT! Soumise, Nala retrouve les qualités dont doit faire preuve une femme. L’effacement, la coquetterie, la séduction.

Encore une fois, c’est fou comme chaque détail semble ramener automatiquement à une histoire de cucu. Heureusement que notre héros n’est pas sexiste, sinon je n’ose imaginer le résultat. En même temps, j’avais déjà du mal à imaginer un discours aussi idiot jusqu’ici.

Studios Disney, un jeudi, 16h24

"Boooooooon donc on disait que Nala et Simba allaient se faire des bisous dans les buissons.
- Ouais mais Nala elle est dessus ou dessous ?
- Hein ? Mais j’en sais rien ! Pourquoi, vous pensez qu’elle a une position préférée ?
- NAN MAIS SI ELLE SE MET DESSOUS C’EST QU’ELLE SE SOUMET COMPLETEMENT !
- Ah merde, mais alors dès qu’une femme est physiquement en-dessous d’un homme, même pour un gros câlin, elle devient instantanément son esclave ?
- COMPLÈTEMENT !
- Hé bé, j’imagine que vous copulez en gravité zéro. Bon, José, ajoute la réplique "Nala, est-ce que tu veux que l’on fasse la toupie de Tombouctou ou plutôt le toboggan Afghan ?"
- Ah, tout de même ! Heureusement que je suis là pour empêcher que tout votre film ne tourne autour d’une histoire de sexe."

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L’amour hétérosexuel rétablit la hiérarchie des sexes, que la domination physique de Nala sur Simba avait quelque peu ébranlé. Rétablir pour mieux affirmer, voilà ce que nous fait voir cette scène.

Compris Mesdemoiselles ? A chaque fois que vous couchez avec un homme, en réalité, c’est une preuve de soumission. Et c’est un féministe qui le dit. Quelqu’un pour expliquer au Monsieur que son kiki n’est pas magique et ne lobotomise instantanément autrui ? Après, ça dépend où on le met, mais tout de même.

La femme est instantanément soumise à tout ce qui se met au-dessus d’elle. Ici, des cailloux. Balaise.

C’est ici que nous revenons à la figure du despote éclairé. Disney, très loin des valeurs démocratiques censées être au fondement de nos sociétés, glorifie dans Le Roi Lion (et ailleurs) la monarchie absolue. Mais ne soyons pas médisant, car la monarchie soutenue par Disney est la monarchie éclairée, raisonnable, qui va de soi. Royalistes de tous les pays, regardez Disney! Vous serez ravi-e-s! Tou-te-s les autres, BOYCOTTEZ CETTE HORREUR!

Fiers démocrates de tous les pays : boycottez le Roi Lion, Disney & co : ces petits salopards se permettent de raconter des histoires avec des rois ! Si vous avez déjà regardé le film sans avoir de remords, alors sachez-le : vous n’êtes qu’une grosse bande de collabos.

Studios Disney, un jeudi, 19h12

"Bon écoutez, j’aimerais rentrer chez moi… alors on disait quoi ? 
- Je disais que je venais de remplacer votre vision honteuse et despotique par une version du film plus proche des vraies valeurs – qui sont évidemment les miennes. J’ai demandé aux animateurs et doubleurs de refaire le passage où Scar tue Mufasa pour prendre sa place en lui envoyant un troupeau de buffles sur la gueule. Vous allez voir, j’ai fait deux ou trois modifications, vous ne remarquerez trois fois rien sur le fond."

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"Scar !
- Mufasa… Mufasa… croyais-tu vraiment que j’allais attendre mon tour pour prendre le pouvoir ? 
- Mais Scar, tu sais très bien que la Fédération Animale Paritaire a une présidence tournante ! Pourquoi n’as-tu pu attendre ? Tu aurais aussi pu me destituer via un référendum ou une motion de censure aux deux tiers !
- Allons Mufasa, tu sais très bien que je n’aurais jamais pu convaincre les hippopotames de voter pour moi. Alors j’ai décidé de…
- Que… Scar, le sol tremble ! Quel est ce bruit ?
- Ahahaha Mufasa, c’est le son de ta fin qui approche ! Ta carrière va s’arrêter piétinée… par le poids de 5 000 AMENDEMENTS  DÉPOSÉS EN MÊME TEMPS !
- Scar non ! Nooooooooon ! Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !"

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"Je veux rentrer chez moi. Maintenant."

L’opposition est ici totale, et va jusqu’à s’inscrire dans l’esthétique des deux personnages. Mufasa est rayonnant, lumineux, avec un physique imposant, dessiné avec des traits courbes. Il possède une belle crinière rouge et des yeux noirs bienveillants. Alors que Scar est sombre avec une crinière noire, un teint maladif, des yeux verts aux allures d’antéchrist, des formes angulaires, et il est même carrément défiguré. Cette « laideur d’âme » qui s’inscrit dans le corps même des personnages de Disney ne se limite pas au Roi Lion, c’est un autre des thèmes récurrent de la corporation Disney, à savoir l’idée que le physique d’une personne reflète son for intérieur. D’où la tendance qu’à Disney de dessiner ses héros et héroïnes avec des traits courbes, fins, clairs, et ses méchant-e-s avec des traits angulaires, grossiers, sur-dimensionnés et sombres.

En effet : les enfants ne lisent que trop rarement Machiavel. C’est quand même honteux ces gens qui font des dessins-animés loin de la réalité ! Mais enfin, à quoi pensent-ils ? Si les personnages rigolos ont l’air rigolo, les gentils l’air gentil et les méchants l’air méchant, c’est tout de même suspect. D’ailleurs, avez-vous déjà remarqué comment sur les jouets pour enfants on représente aussi les animaux de manière complètement caricaturale ? Non, Messieurs les jurés, Piou-Piou le poussin n’est pas parfaitement jaune et lisse : c’est de la désinformation et de la manipulation, que les fabricants de jouets soient lynchés pour oser montrer le monde autrement qu’il n’est vraiment via d’odieux mensoooooooooonges et je… oh, je vous laisse pour un autre procès d’intention : je dois aller expliquer au monde libre qu’en fait, le chakra ne fonctionne pas comme dans Naruto. Le sort de millions d’adolescents dépend de moi !

Un tapir. Non parce que je me devais de vous instruire

Ah oui, sinon : notez ce petit défaut d’écriture commun chez un certain nombre de néo-féministes (à savoir celles et ceux dont le combat semble d’être de hurler qu’ils sont les gens les moins sexistes du monde tout en rapportant tout à cela) ; l’utilisation du "-e" pour écrire, comme par exemple dans "méchant-e-s" parce que dire "méchants" (en respectant la langue française) serait sexiste, "méchant(e)s" serait sexiste aussi parce que ça mettrait la féminité entre parenthèses, et "méchant-e-s" qui ne ressemble à rien est moralement correct parce que comme ça, ça met tout le monde à égalité. Même si c’est plus long à écrire sans que l’on comprenne bien l’intérêt, à part de signaler que l’on aime bien se faire remarquer pour dire que l’on est plus féministe que son voisin.

Misère, mais comment ont fait Simone de Beauvoir et Elisabeth Badinter pour écrire sans utiliser ce genre de trucs ? Ah mais oui je sais : c’étaient probablement d’odieuses machistes elles aussi.

Mais ce n’est pas fini ! Concentrez-vous :

Si nous voulons que les enfants de notre société grandissent en ayant les moyens d’avoir des rapports sociaux de sexes égalitaires (et l’enjeu est de taille), ça serait chouette qu’on arrête de remplir leurs imaginaires de schémas, d’images et d’histoires où les rapports entre les sexes sont tout sauf égalitaires et sont mêmes, dans le cas du Roi Lion, carrément réactionnaires et patriarcaux (en 1994, presque 30 ans après la deuxième vague féministe). Ça serait chouette que nous réfléchissions individuellement et collectivement à quelles valeurs nous avons envie de voir habiter les films, livres, dessins animés etc… qui peuplent le monde des enfants et qui nourrissent leurs imaginaires. Si nous voulons vivre dans une société égalitaire (ce qui est quand même le but premier du féminisme, et devrait être le but premier de tout être humain qui se respecte), il est totalement schizophrène et contradictoire de montrer systématiquement aux enfants de notre société des histoires qui glorifient et encouragent précisément l’inverse, à savoir le pouvoir, la domination et la hiérarchie, et ce à tous les niveaux, pas juste au niveau des rapports sociaux de sexes (il y a par exemple de très nombreux textes écris sur le racisme dans Disney).

Vous avez lu ? Disney qui transmet des valeurs honteuses aux enfants qui, tout comme notre auteur, voient des histoires de sexe partout ? Et bien attention :

Il m’a fallu environ 15 ans pour me rendre compte de l’énormité de l’horreur que représente Disney et pourquoi (la plupart de) leurs films (et bien d’autres) doivent être dénoncés et critiqués à chaque tournant. J’ai dû regarder Le Roi Lion environ une trentaine ou quarantaine de fois (et ce n’est même pas le Disney que j’ai le plus regardé) quand j’étais gamin, sans me rendre compte à quel point les valeurs qu’il était en train de me communiquer étaient abominables.

Le même vous explique qu’il a vu 30 ou 40 fois le film sans réaliser tout cela (à raison) et que malgré tout, il est quand même devenu féministe !

Comme quoi, ça ne devait pas être si orienté que ça. Par contre visiblement, trop regarder ledit film rend un peu con.

Mais assez parlé du Roi Lion : parlons d’un autre film de propagande crypto-fasciste : Aladdin.

Ce début de film est en soit d’une violence symbolique fulgurante. Un petit homme arabe essaye de nous divertir en nous souhaitant la bienvenue à Agrabah, « ville de la magie noire » (forcément noire, la magie d’un tel endroit), « d’enchantement », mais surtout ville de la marchandise qu’il veut nous faire gober. Voyant que le spectateur occidental n’est pas intéressé, ce petit marchand comprend qu’il vaudrait mieux leur raconter une histoire de … quelqu’un d’occidental, à savoir Aladdin.

"Une violence symbolique fulgurante". Essayez de vous souvenir du début du film ? Voilà. Vous vous sentez violenté symboliquement ? Vous non plus ? C’est fou. A noter qu’encore une fois, le héros de la tolérance n’y va pas de main morte : tout est rapporté à la couleur de peau des personnages. Il y a un arnaqueur ? C’est parce qu’il est arabe. Il y a un méchant ? C’est parce qu’il est arabe. Aladdin ? Ah non, lui il est "occidental" (j’aime ce genre de déclarations basées sur du rien). Ah. Oui mais il est voleur quand même, donc même un occidental peut l’être, ce qui prouverait que ça n’a rien à avoir avec la couleur de peau, non ? Pas de souci : l’auteur de ces lignes passe ce détail sous silence, comme ça, il est tranquille : il peut continuer de clamer qu’Aladdin est un film fascisto-nazi.

Image tirée du site en question : Aladdin est tellement occidental que même les marchands locaux sont moins basanés que lui.

Mais c’est vrai qu’une légende du Moyen-Orient pleine de gens basanés, c’est quand même assez raciste. C’est comme en ce moment, la guerre au Mali : figurez-vous qu’on ne voit sur les images quasiment que des noirs ! C’est quand même suspect.

La figure de proue de ce racisme est indéniablement Jafar. Introduit par le marchand du début comme « un homme en noir, nourrissant de noirs desseins ». La version originale est encore plus explicite: « a dark man waits, with a dark purpose ». Là où en français l’homme est vêtu de noir, ici l’homme est sombre (dark). Et avec Jafar, TOUT est sombre: ses vêtements, sa peau, ses yeux (qui dans plusieurs gros plans sont rouges), sa barbe courbe et efféminée (encore un efféminé louche chez Disney), ainsi que ses désirs et sa cruauté. C’est l’homme maléfique par excellence. Si le contraste entre la façon dont Disney a choisi de dessiner Jafar et comment il a choisi de dessiner Aladdin est tellement énorme qu’il crève les yeux, ce qui en découle l’est peut-être moins.

Voilà, c’est plié : le méchant est habillé en noir. Ou est Dark (comme Dark Vador, par exemple ?). Donc, c’est du racisme !

Qui se dévoue pour aller annoncer aux gothiques qu’ils sont une annexe du Front National ?

Notez au passage que Jafar a une "barbe courte et efféminée". La barbe, cet accessoire typiquement féminin.

Or le grand rêve d’Aladdin c’est d’habiter dans ledit palais. Du coup, comment pourrait-on même PENSER qu’Aladdin pourrait utiliser le pouvoir du génie pour instaurer, par exemple, une démocratie à Agrabah et faire en sorte, je dis n’importe quoi hein, que les enfants à qui il a donné du pain juste avant de les avoir sauvés du fouet du méchant prince, que ces enfants-là n’aient plus à vivre dans la pauvreté et la misère, alors que le sultan habite dans son énorme palais et fait mumuse avec ses petits jouets. Mais quelle idée saugrenue ! Quelle manque de classe !

Quel enfoiré cet Aladdin : il tombe sur une lampe avec un génie, et il ne s’en sert pas pour imposer le modèle de pensée occidental du XXIe siècle à tout le monde. A la place, après une vie de mendiant, il pense à son cul : petite ordure !

Non, si le dessin-animé avait été vraiment réaliste, Aladdin aurait souhaité être directement le maître du monde, son compte en banque aurait pris  9 zéros, et le soutien-gorge de Jasmine 4 bonnets.

Mais là encore, je ne suis pas sûr que cela aurait satisfait notre chevalier. Quelle exigence, pfoulala.

Belle excuse pour une fabuleuse scène où les prémisses racistes et sexistes crèvent les yeux. Un gros marchant bien arabe et barbare comme il faut veut trancher la main de notre fragile et innocente Jasmine, et OUF! Juste à temps Aladdin vient la sauver. Quel suspense ! J’étais au bord de mon siège, j’avais tellement peur que la barbarie l’emporte ! Merci Aladdin, quel homme !

Vous pouvez me dire ce que les filles apprennent ici? Et les garçons ?

Ils apprennent que les dessins-animés ne sont pas forcément là pour faire ton éducation, gros galopin. A moins bien sûr que tout film ne soit en fait secrètement éducatif, auquel cas, bonne chance devant Fast & Furious mec.

Après, il y a des films, il n’y a vraiment rien à en tirer

Quant à la présence de marchands arabes dans une ville arabe : il est vrai que c’est assez raciste. Et que Jasmine se fasse sauver par un homme est suspect : encore une fois, l’important pour les enfants est de savoir ce que contient le slip du sauveur. Combien d’enfants dans les salles de cinéma de l’époque ont hurlé "Maman, j’ai pas bien vu ses couilles ?"

Et encore une fois, Disney va neutraliser immédiatement le contenu un chouïa subversif de cette phrase en nous montrant une scène où, en fait, Jasmine est le premier prix de la tombola, une tombola où Aladdin va lui « ouvrir les yeux » en lui montrant « un rêve bleu » sur un joli tapis volant (la voiture des bougnoules ?), tout en lui mentant une fois de plus (mais les femmes, elles aiment ça qu’on leur mente, hein ?). Comprenez bien, les filles, vous avez besoin d’un homme pour vous « ouvrir les yeux » et vous faire « découvrir le monde ». Toute seule, c’est pas possible, il y a des méchants marchands arabes qui vont vous couper les mains. Mais avec un homme, un vrai, là, tout est différent, tout est merveilleux

Mais ouais mec : enfoirés de Disney à mettre de la romance cucu dans des films pour enfants. Ah, si seulement Jasmine avait pu découvrir la sexualité devant Chatroulette, tout aurait été si bon !

En conclusion, on voit bien qu’Aladdin offre à son jeune public un panel de représentations extraordinairement limité et stéréotypé en terme de personnages féminins (ou plutôt, personnage féminin au singulier). Qui plus est, si Jasmine propose à certain moments du film une attitude (ou des compétences) potentiellement subversive, c’est pour être immédiatement récupérée par le patriarcat et l’hétéronorme. C’est à mon avis la seule différence entre un personnage tel Jasmine, imaginé en 1992, soit 25 ans après la deuxième vague féministe [...] Il n’y a ici aucune égalité possible. C’est une ruse du patriarcat, qui doit être dénoncée, combattue et démanteler, aujourd’hui comme demain.

Enculé de patriarcat qui fait des films pour enfants. Je te collerai tout ça devant des films français, ils feraient moins les malins.

En conclusion, on voit bien que quelqu’un a décidé de se la jouer chevalier du sexisme et du racisme en considérant tout et tout le monde par son sexe et sa couleur de peau, et en rejouant les plus grands moments des théories du complot pour tenter de prouver que oui, Simba invitait les petits mâles à devenir monarchistes, et plus particulièrement si jamais leur papa se faisait piétiner par des buffles.

Exactement le genre de chevalier qui fait que désormais, dans tous les films, qu’importe le contexte, on vous sort du chapeau des personnages se comportant exactement comme des gens du XXIe siècle histoire que le spectateur ait l’impression que depuis la nuit des temps, tout le monde pense comme lui.

En fait, si l’on suivait les recommandations de ce genre de loulous, on ne ferait des films que pour apprendre aux enfants à penser comme lui.

Ouf, heureusement qu’il lutte contre la pensée unique de Disney.

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 "Père Castor, Père Castor, une histoire s’il-te-plaît !"

Poussant sur les bascules de son fauteuil, le Père Castor observe attentivement le visage ravi de Benjamin, le petit rongeur prêt à entendre une nouvelle aventure des animaux de la forêt. Comme toujours, et bien qu’ayant d’ores et déjà un récit prêt, il se caresse le menton, les yeux levés vers le plafond depuis l’abri de ses lorgnons.

"J’ai une histoire pour toi mon petit Benjamin."

Le jeune castor regarda autour de lui, interloqué.

"Mais… Grignote et Câline… elles sont où ? Elles ne viennent pas écouter l’histoire aujourd’hui ?
- Non, elles ne sont pas là mon petit Benjamin, mais ne t’inquiète pas…"

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L’espace d’un instant, les flammes de l’âtre semblèrent briller plus que de raisons dans les verres du vénérable conteur.

"Dis-moi Benjamin… t’ai-je raconté l’histoire du vieux castor qui avait revendu deux peaux au fourreur pour réaliser des pantoufles à Mme Guderian ?"

J’ai toujours aimé les analyses fines et pertinentes.

Si c’est l’une des raisons pour lesquelles je ne lis jamais Le Figaro, c’est aussi celle qui me pousse à admirer la horde de nouveaux experts qui envahissent nos médias pour faire part d’explications poussées sur le fonctionnement de notre société : sexologues autoproclamés dont les connaissances se basent sur leur vision de la dernière soirée mousse chez Michou, psychosociologues dont les propos ressemblent plus à une oeuvre de tautologie qu’à une interprétation pertinente de comportements modernes, ou autres mots en -logue qui signifient qu’un amateur se déclare expert du jour au lendemain et que sa tribune est vérité (exemple : "un blogue"), autant de choses qui me font rêver.

Aussi, lorsqu’en ce beau dimanche, je suis tombé sur l’interview d’un certain Gilles D’Ambra, psychologue vantant les mérites de son dernier livre (qui date un peu, mais je m’étonne que personne n’y ai réagi) permettant de mieux comprendre les hommes, je m’attendais là encore à quelque chose de haut niveau. "Nenni", me glisseraient de facétieux lecteurs amateurs de pinaillages ; "Un psychologue, c’est quelqu’un avec une vraie formation, une vraie expérience et un diplôme : il s’agit d’une profession réglementée, contrairement à celles que vous citiez ci-dessus ; voilà qui est gage de sérieux et qui donnera sûrement lieu à une analyse pertinente, vil pessimiste".

Et en effet : le bon Gilles s’empresse de montrer dans son propos de qualité chez Doctissimo que ce n’est pas un rigolo à l’analyse facile. Ho que non.

Réponse : "Parce qu'ils fuient les greluches qui lisent ce genre de trucs"

Je vous propose donc de lire ensemble ce fabuleux monument de psychologie qui fera date ; Sigmund, accroche toi à ta coke.

Pourquoi les hommes sont lâches en amour ? C’est la question à laquelle répond le psychologue Gilles d’Ambra dans son livre.

Notez que nous commençons très fort : directement, il ne s’agit pas de parler des hommes lâches en amour, ou de cas précis, non ; il s’agit de tous les mettre dans le même sac. L’homme est un lâche dès qu’il s’agit de relations sentimentales : il se cache, se fait porter pâle, et parfois même s’enfuit en Amérique du sud pour y devenir éleveur de chevaux dans la pampa afin d’échapper à Lola, la correspondante bavaroise qui venait de lui confesser son amour. Si l’on suit l’analyse de Gilles, qui je le rappelle, traite de TOUS les hommes sans distinction, les gays doivent avoir de gros soucis et être une sorte de communauté d’autistes qui refusent de se fréquenter par peur mutuelle. Diantre.

Mais son ouvrage est surtout un guide pour aider les femmes à comprendre ces messieurs, pour construire un couple solide, basé sur le partage. Doctissimo l’a interrogé sur les recettes pour comprendre le sexe opposé.

Ah. Soit, soit : il ne s’agir donc ici que de traiter du cas des hommes hétérosexuels, pour que les femmes puissent enfin comprendre et dompter ces créatures mystérieuses : pourquoi rechignent-ils à faire les boutiques avec elles en gloussant ? Qu’est-ce qui les fascine dans les soirées foot et bières ? Et pourquoi n’aèrent-ils pas après leur traditionnel concours de pets post-choucroute ? Autant de questions que le sieur d’Ambra doit aborder, du moins, je le suppose, s’il s’agit de tout révéler sur le sexe fort aux membres du sexe faible (on appelle ça de la trahison mon petit Gillou ; passer des informations à l’ennemi, c’est très mal, tu es bon pour le peloton, Mata Hari). Une occasion pour les lectrices de ce blog, interdites de lecture lors d’un article précédent, de se venger céans en s’emplissant les mirettes d’informations pertinentes obtenues directement auprès d’un professionnel.

Attention mesdemoiselles : première question.

Doctissimo : Vous affirmez que les hommes sont lâches en amour. Est-ce vraiment la règle ?

Gilles d’Ambra : Vous savez, le courage des hommes, c’est un mythe, les femmes sont bien plus courageuses. Les hommes sont courageux quand il s’agit d’aller chasser le mammouth ou de faire la guerre, et parce qu’ils sont bourrés de testostérone et en groupe. Mais dès qu’il s’agit d’amour, ils deviennent lâches. Prenez l’exemple de la rupture : lorsqu’ils n’aiment plus, ils vont se taire et attendre que leur compagne s’en rende compte

Voilà : première règle à connaître, tous les hommes sont identiques. Tous. Sans exception ; en fait, c’en est à se demander à quoi nous servent nos psychologues, et pourquoi ils ont besoin de s’entretenir individuellement avec leurs patients, puisqu’en réalité, quand on en a vu un, on les a tous vu. Je rappelle que le charmant garçon qui fait cette analyse est un professionnel du secteur, hein. Non, je sais, on ne le dirait pas comme ça, mais si, si. Il a peut-être même une clientèle : brrrr.

Mais revenons au sujet : les hommes sont courageux dès qu’il s’agit de guerre ; ils ne fuient jamais, n’ont jamais peur, et pour peu qu’ils soient en groupe, ils partent même coller des grenades dans des nids de mitrailleuse en rigolant (vous ne pouvez pas comprendre ça les filles : c’est comme le concours de celui qui pisse le plus haut, c’est une sorte de private joke, mais directement située sur le chromosome Y). A l’inverse, aucun mâle ne plaque jamais sa nana ; il se contente soudainement de devenir muet ; du genre vous lui demandez où il a rangé le saucisson, et là, le bougre se contente de ne rien dire, alors qu’il y a deux minutes, il causait encore nonchalamment de son amour pour la charcuterie : point de maladie mystérieuse là-dessous , il a tout simplement perdu l’usage de la parole. Le signe ultime comme quoi il compte rompre (et si vous ne rompez pas dans les deux semaines, sa langue se nécrose et tombe).

Non, jamais un homme ne plaque sa nana. Ça ne s’est jamais vu : il ne peut pas. Il laisse l’autre faire et se tait. Si l’une d’entre vous prétend que ça lui est pourtant déjà arrivé, c’est que c’est une menteuse. En même temps, quelle femme ne l’est pas ? 

Le Mime Marceau a passé des années à tenter d'expliquer à sa nana qu'il voulait la plaquer

Par contre, en suivant ce raisonnement pas du tout caricatural, mesdemoiselles, n’hésitez pas : pour pimenter un peu vos aventures nocturnes, criez lui  "Prends-moi comme tu prendrais un nid de mitrailleuse !" ; et là, vous le verrez motivé comme jamais vous sauter dessus avec le visage noirci au charbon. Par contre, assurez-vous de ne pas avoir de grenades dans la maison : il pourrait mal l’interpréter.

Doctissimo : Mais l’homme a tout de même changé depuis l’aube de l’humanité ? 

Gilles d’Ambra : Pas tant que ça.

Wongo wongo. Homme pas trop changer : toujours mettre slip en fourrure avant de trouver femelle de la tribu des Poux Fhiasses pour venir réchauffer homme dans grotte. Faire parade amoureuse : proposer "Toi vouloir dernier verre de sang de mammouth ?", puis glisser poudre magique du chaman qui fait dormir dedans ; enfin, ramener femelle en traînant par les cheveux jusqu’à grotte, avant accouplement sur peau d’ours. Wongo.

Autre possibilité : "Depuis l’aube de l’humanité, il y a toujours des types qui font des analyses de daube, ça n’a pas trop changé". Auquel cas, j’approuve.

D’ailleurs il y a plus de gènes communs entre un homme et un singe qu’entre un homme et une femme.

C’est pour ça que Wongo parfois être turgescent au zoo. Singe mieux que femme : est très tendre quand il épouille et suffisamment évolué pour pas porter Wayfarer. Zoophilie très tentante.

On peut voir des similitudes entre les types d’hommes et les races de singes.

Bien que cette phrase soit probablement approuvée par une certaine frange de l’extrême-droite (oui je parle de frange, mais comme j’ai parlé de Wayfarers avant, l’enchaînement est parfaitement logique), notez que ce genre de propos serait considéré comme honteux si le mot "homme" était remplacé par "femme". Mais comme ce n’est pas le cas, le type a même le droit à une interview sur Doctissimo et à de la publicité pour son livre.

Par exemple :

L’orang-outan : il vit seul, il râle dès qu’on lui demande quelque chose, il n’aime pas sortir. A réserver aux femmes indépendantes qui n’ont pas besoin de trop d’affectif

Bref, vous pouvez aisément le remplacer par un petit jouet en plastique fonctionnant à pile. Encore une fois, on aurait inversé le tout et écrit "Elle vit seule, elle râle dès qu’on lui demande quelque chose et n’aime pas sortir. A réserver aux hommes indépendants qui ont juste besoin d’un plan cul régulier ou d’une ménagère", on aurait hurlé. Mais là, non.

Le gorille : issu d’une famille nombreuse, il est très social et agréable à vivre. C’est un bon vivant. Pour celles qui recherchent une relation stable et familiale 

Parfois aussi, il vous défonce la gueule parce que vous avez fait tomber la banane qu’il convoitait. Il est comme ça, le gorille. Un peu taquin, mais avec de grosses mains (et souvent dans la margoulette). Mais il vous aime, hein.

Le chimpanzé : il vit beaucoup avec ses amis et il est susceptible et individualiste. Pour les femmes éprises de liberté.

Il manque à cette liste "le ouistiti : il est tout petit, il a l’air un peu con mais il vous fait marrer", "le paresseux : il n’en branle pas une, mais au moins, vous êtes sûre de le retrouver là où vous l’avez laissé" ou encore "le nasique : il a un grand nez, mais on sait toutes ce que ça veut dire, hihihihi". Quel dommage que notre fin analyste s’en soit arrêté ici dans ses métaphores animales.

C'est vrai que le gorille a l'air sociable, en fait

Doctissimo : Hommes et Femmes seraient donc restés identiques depuis la nuit des temps ? 

Gilles d’Ambra : Non, bien sûr que non. Aujourd’hui, les femmes sont heureusement pour elles plus autonomes, elles n’ont plus besoin des hommes pour faire leur vie.  Et les mâles ont donc totalement perdu leurs repères. Ils ne savent plus comment aborder les femmes, et en deviennent souvent encore plus lâches.

On ne sent pas du tout le fait que le type compte vendre son livre à des femmes : "Hahaha, bien sûr que non : les femmes ont super évolué, ce sont des êtres formidables. Par contre, les hommes sont restés de gros cons, eux ils ne pigent toujours rien à rien. A part moi bien sûr, c’est même pour ça que j’ai écrit un livre dans lequel je vous explique tout."

Mais effectivement, l’homme a perdu tous ses repères dans le monde moderne ; il ne sait plus comment s’y prendre avec les femmes. Alors des fois, il en a marre, il laisse tout tomber, et il tente de l’attraper dans un Sofitel. Mais là encore, ça prête à controverse : comment un être aussi lâche qu’un homme aurait-il pu aborder une femme ? Logiquement, il aurait dû s’enfermer dans la salle de bain en hurlant "Allez-vous en vilaine femelle, vous me faites peur, j’en perds tous mes repères, hiiiiii, ne vous approchez pas de la porte où je pleure !".

Doctissimo : Pensez-vous que dans un couple, une femme peut réussir à faire changer un homme ? 

Gilles d’Ambra : On ne peut pas changer la nature profonde de quelqu’un comme ça. Lorsqu’une femme se met avec un homme en se disant "avec moi, ça va être différent", cela se termine toujours mal. Quand vous achetez des chaussures, vous les prenez à votre pointure, même si après elles vont se faire à votre pied ! Avec un homme, c’est pareil ! Il faut prendre la bonne pointure !

Là, nous sommes tous d’accord : on ne peut pas changer un homme ; le faire devenir fidèle, lui faire arrêter la bière, lui apprendre à baisser la lunette des WC ou à arrêter de secouer les draps en hurlant "La vache, celui là il fouette" lors que son transit se fait difficile… autant de choses auxquelles il faut renoncer d’entrée de jeu.

Doctissimo : Et selon vous, quelle est la clé d’un couple qui fonctionne ?

Gilles d’Ambra : Il n’y a pas de recette miracle. Mais il faut avant tout de la réciprocité. C’est la stratégie gagnante à terme. Le but est de ne pas essayer de battre l’autre, mais de jouer le jeu de la relation à deux, de respecter l’autre, et de ne pas jouer au plus malin : la franchise est essentielle.

Attendez, on la refait :

"Question : Selon-vous, quelle est la clé d’une relation ?

Réponse : Jouer le jeu de la relation."

Aaaaah, ouais, pas con. D’autres conseils, sinon ? "Pour vivre heureux, vivez contents" ? "Soyez francs pour dire la vérité" ? "Trop de whisky, caca kaki"? Nom d’une pipe, ce n’est plus un psychologue, c’est Monsieur de la Palice sous ecstasy. La suite, vite, je me meurs, je veux en apprendre plus sur moi, pauvre mâle.

Avec ce livre, vous pouvez vous aussi devenir un fin analyste moderne

Doctissimo : Vous parlez de franchise, mais vous conseillez de ne pas tout dire.

Gilles d’Ambra : Il faut être honnête, ne pas raconter d’histoires, mais ça ne signifie pas se lâcher et exprimer tout ce qui nous passe par la tête ! Il ne faut pas tout dire, mais il faut jouer franc jeu.

Quel caméléon, cette fois on dirait du Jean-François Copé tellement c’est empli de bonne foi : "La franchise, c’est bien, mais il faut bien faire attention à ne pas tout dire". Le terme "mensonge par omission" est donc officiellement placé dans les instruments servant la franchise : bravo, c’est du grand art. Ma mauvaise foi et moi avons envie de vous adouber chevalier du pipeau.

Un exemple, peut-être, histoire d’aller jusqu’au bout du concept ?

Prenez l’infidélité par exemple. A la base, je ne pense pas que cela soit l’idéal dans le couple. Car entretenir une deuxième relation, mentir, cela va à l’encontre justement de la franchise et de la réciprocité. Mais un "dérapage" ponctuel, un "accident" est possible et ne doit pas forcément remettre en cause la relation ni d’un côté ni de l’autre. 

"A la base, je ne pense pas que cela soit l’idéal dans le couple." ; après les lapalissades, les euphémismes : quelle maîtrise des figures de style, je pleure des larmes de sang tant la jalousie fait battre mon petit coeur de mâle arriéré.

En tout cas, c’est un excellent exemple de confiance dans un couple : les filles, faites bien attention à ne pas dire à votre partenaire que vous copulez avec Pedro, le chilien du 5e qui fait la sécurité à l’entrée du Macumba ; c’est ça, la franchise.

Je rappelle que ce livre est un recueil de conseils pour aider ces dames à mieux comprendre et garder leurs hommes : si avec ça, elles ne finissent pas toutes à la rue avec un tabouret dans l’oeil, c’est à n’y plus rien comprendre. Mais il est vrai que je n’ai aucun diplôme de psychologie, tout cela doit m’échapper. Trop subtil, sûrement.

Doctissimo : Et comment faire pour garder son homme ?

Odieux Connard : Ne surtout pas lire ce livre

Gilles d’Ambra : Pour que la relation dure longtemps, il faut arrêter de la vivre comme si elle était un bien de consommation jetable ! Car aujourd’hui de nombreux couples vivent leur relation uniquement dans l’immédiat sans projeter plus loin que la semaine suivante. L’amour, c’est le désir de l’autre, la tendresse, mais c’est aussi partager et construire des choses ensemble, lancer des projets. C’est s’engager réellement, même si ce n’est pas forcément pour la vie.

"Pour que la relation dure longtemps, il faut qu’elle soit durable" suivi de "Pour vivre à deux, il faut vivre ensemble". Cet homme a un don ; on ne parle même plus de talent à ce niveau-là.  Je crois que je vais faire un don à Notre-Dame-du-Nawak pour qu’ils fassent faire un vitrail à son effigie. Et les pèlerins en manque d’analyses de qualité s’y rendront en masse pour s’agenouiller devant cet avatar de verre qui les contemplera de son piédestal drapé dans ses certitudes.

Il n’empêche que je suis de mauvaise foi : maintenant, j’en sais plus sur moi, dans ma condition de pauvre homme. Merci de ta subtile analyse, Gilles d’Ambra. Que l’on peut retrouver dans "Pourquoi les hommes sont lâches, Petit traité de psychologie masculine à l’usage des femmes qui aiment encore les hommes", ouvrage qui pour moins de 20€, vous permettra de devenir une véritable experte en psychologie masculine. Je suis sûr que vous vous demandez déjà pourquoi il ne se trouve pas dans votre bibliothèque.

Cependant… attendez, attendez, si je relis cette histoire… au tout début, ce fin expert nous disait qu’un homme ne pouvait plaquer une femme, ou pire, lui parler. Mais alors, qui suis-je, que suis-je pour virer au matin des filles de mon lit en marmonnant "Vous êtes gentilles mais maintenant, cassez-vous si vous ne voulez pas ramasser un coup de pelle" ?

J’en suis tout chamboulé : je crois qu’il me faut un psy.

Et je crois que je sais déjà à qui m’adresser. Quelle puissance décidément.

Ha, je sais, c’est facile.

Tout le monde se rue sur le lipdub c’est jeunes de l’UMP, les "Jeunes populaires" pour les moquer. C’est mal.

Aujourd’hui, entre ça et "Johnny Halliday a mangé une fraise", "Johnny Halliday a dormi" et "Johnny Halliday a eu un gaz à 10:37", on peut dire qu’il s’en est passé des choses dans le monde d’après les journaux télévisés. Cependant, puisqu’en ces lieux, nous décryptons le cinéma, je ne vois pas pourquoi nous nous priverions d’une vidéo d’une aussi grande qualité que celle réalisée par les jeunes pop’ , comme ces derniers aiment à s’appeler.

Il faut dire qu’ils sont doués : la vidéo est certes ridicule, mais tout le monde en parle. Comme quoi, quelque part, le but recherché est atteint. Alors, devant ce constat, mesdames et messieurs, et pour éviter le supplice du visionnage, décryptons et spoilons cette vidéo (je mets le lien pour les plus aventureux) et ses puissants messages.

Tout commence sur un fond noir…

Un bruit se fait entendre, celui des lettres changeantes annonçant un vol dans un aéroport, alors qu’on perçoit en fond le brouhaha d’une foule. Qu’écrivent ces lettres ? "Bamako", "Kaboul", ou autres destination pour Auvergne’s charters ?

Non ! Il est écrit : "Le pire risque, c’est celui de ne pas en prendre" (00:09)

Et c’est le parti conservateur qui vous le dit ! En tout cas, il est vrai, le risque, là, ils l’ont pris avec ce lipdub. Et probablement dans la g… oui, enfin ils l’ont pris, quoi.

Bref, ça commence ! Chut ! Une petite main masculine tient un Iphone (chez les jeunes pop’, pas de téléphones de prolo) où elle compose de ses petits doigts agiles : "Tu nous rejoins ?" (00:15) l’écran se divise alors, et dans un nouveau cadre apparaissent quatre jeunes visiblement désireux de soutenir l’industrie de la chemise à carreaux qui tapent dans la main de leur nouveau copain qui vient d’arriver : Jojo Four-Wheels, le gangsta en fauteuil de l’UMP (00:21). On suit dès lors au travers d’un plan serré sur ses roulettes son chemin avec ses copains rigolards jeunes et beaux jusqu’à une gare où ils se dirigent vers un TGV.

 

Avec mon Iphone, j'invite tous mes Pop'potes !

A noter que lorsqu’on a le plan sur leurs pieds (c’est cool les plans sur les pieds, Tarantino aussi aime ça) lorsqu’ils franchissent les marches (00:25) de la voiture, pas de roulettes, et plus de Jojo ! Ce petit sagouin a probablement demandé de l’aide pour monter son fauteuil, et ses camarades ont dû lui dire qu’il n’avait qu’à chopper l’ascenseur social, ce sale assisté. Adieu Jojo, tu as bien rempli ton rôle.

 

Quand on est "populaire", on montre bien qu'on monte en seconde classe

Pour ne pas trop choquer, nos zazous sortis de Neuilly montent en seconde classe (les plans insistent bien là-dessus) : la première, c’est bling-bling. A bord du train, nous retrouvons Jade-Pauline et Marc-Eudes qui cherchent leurs places à bord (00:32). Marc-Eudes, qui joue super bien le mec en pleine conversation dit "Pfff…Franchement, c’est pas le genre de l’UMP, quoi." ; mais Jade-Pauline est déjà morte de lol (00:36) comme on dit chez Jean-Pierre Raffarin ! La bouche grande ouverte elle enchaine : "Mais pas du tout ! Regarde… tu vas voir !" et d’un souple mouvement de l’index vers la caméra, elle lance le lipdub maudit. (00:39)

 

Quel jeu d'acteur, c'est bluffant

Enchainement d’un mouvement sauvage de caméra (non, ce n’est pas un travelling, c’est un cochoning, ou "mouvement de porc")

 

Regardez bien au fond ; ça alors, mais où est donc passée la seconde classe ?

 

Depuis la première classe (00:42) car oui, faut pas rester trop longtemps chez les bouseux, juste le temps de leur faire croire, trois jeunes à qui il ne manque que le célèbre pull sur les épaules entonnent un "Tout ceux qui veulent changer le monde", alors qu’un nouveau cadre apparait laissant voir Tony, gardien de grosses militantes dans le Morvan (00:44) qui lui aussi pousse la chansonnette. Il laisse rapidement place à un groupe majoritairement constitué de mâles regroupés autour de Rama Yade (00:47), avec probablement à l’esprit bien plus qu’une chanson (le jeune UMP est libidineux : les capotes Nicolas Sarkozy – qui existent – c’est quand même un incroyable tue l’amour). En tout cas "Venez marcher, venez chanter".

J’aime bien, tiens, encore, le parti conservateur (j’insiste) qui appelle à changer le monde. C’est y pas mignon.

En tout cas, l’image laisse deviner une queuleuleu infernale de militants UMP dans un TGV et une rangée d’entre eux devant la tour Eiffel (00:49) en train d’enchainer tous les gestes les plus ringards du monde (petits mouvements d’épaule et balayage du ciel à coup d’index compris). A noter qu’à bord tu TGV, l’un des militants UMP est en fait un cow-boy (00:58). Et l’identité nationale, petit con !

Mais attendez, que se passe t-il ? L’UMP sort sa brigade d’auvergnates (mais d’auvergnates du Sud, du côté de Puy-en-Velay) coiffées de bonnets frigiens (01:00) ! Ho ! Patrick Devedjian lui aussi se met à chanter (01:01) dans un coin de l’écran, parce que lui aussi c’est un jeune pop’, un jeune, un ouf, à tel point qu’il est arrivé à la limite d’âge de la présidence de l’EPAD, avec les conséquences que l’on connait pour un autre "jeune"; sacré filou !

"Qu'ouis-je ?", s'exclame Françoise-Amélie d'une mimique bien naturelle

Il laisse place à une jeune UMP qui tend l’oreille très fort (elle joue comme Francis Huster) dans un cadre, et dans l’autre Rachida Dati (01:4)qui "entend la révolte qui gronde". Celles des avocats ? Des juges ? Des directeurs de cabinet ? Car elle en a connu tout de même. Nous ne saurons jamais, puisqu’elle est écrasée par un nouvel écran dans lequel un jeune pop’ tient dans sa main un cœur dans lequel on voit encore d’autres jeunes qui chantent (01:08). Les frontières du kitsch sont allégrement dépassées, diantre !

 

Mes... mes yeux...mes pauvres yeux...

Devant eux se lèvent alors une jeune fille enceinte et un d’jeun’z qui lui met la main sur le ventre alors qu’ils entonnent "pour que la terre soit féconde" (01:13) ; comme c’est beau ! Il est vrai qu’en train d’avorter dans un placard avec un cintre, ça aurait moins bien marché. On sent la communication en marche, chapeau, c’est subtil.

Eric Besson apparait donc pour ajouter "à tous ceux qu’elle a enfanté" avant de se jeter une petite serviette UMP sur l’épaule (01:18) ; ha, le coquinou, des fois qu’on ai oublié qu’il n’était plus socialiste ! Et puis ça a de la gueule, le ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du codéveloppement qui chante ça. Oui, que la terre soit féconde, mais alors qu’on vienne pas sur la notre, merde alors. Comme pour répondre au célèbre tournage de veste d’Eric Besson, une jeune fille dans un cadre voisin soulève son t-shirt (non, n’y pensez pas messieurs, vous allez être déçus) des jeunes socialistes pour mieux révéler celui de l’UMP, son vrai parti (01:21). Ha, la farceuse, voilà qu’elle imite le bon Eric en son temps !

 

Allégorie des tourneurs de veste. Subtil et de bon goût.

Jean-Pierre Raffarin, ajoute qu’il faut fonder une nouvelle société ; comme je regrette alors de ne pas entendre la véritable voix du" Win the yes, need the no, to win against the no !". Tant pis. En tout cas, il agite sa petite main pour appuyer son propos. A côté, un jeune brandit un marteau, parce que ça fait travailleur, ça fait ouvrier, oui monsieur. Subtil, on vous a dit ! (01:24)

Et c’est parti pour le gros passage, ou passage des gros, où un sympathique bonhomme joufflu coiffé de lunettes géantes en forme d’étoiles (non, je ne l’ai pas inventé) prend le refrain, alors qu’au dessus de lui, David Douillet s’est entouré de militants de petites tailles aux chorégraphies toujours aussi ringardes (mon index fait des ronds, regardez !) pour rejoindre ce chœur fabuleux (01:28).

 

L'UMP, un gros parti

C’est alors Christine Lagarde qui prend la relève, puisqu’elle a bien le temps de se prêter à ce genre d’exercice (01:32), l’économie française se portant à merveille. Puis, Laurent Wauquiez (maire de Puy-en-Velay, et je ne l’ai pas fait exprès, ça doit être le destin), secrétaire d’état à l’Emploi, se prête à l’exercice, (01:38) puisque comme sa patronne apparue précédemment, son domaine d’activité brille particulièrement en ce moment et lui laisse tout le temps de faire des lipdubs kitschs.

Un peu plus loin, une jeune fille avec une plante en pot à bord du TGV magique des jeunes populaires chante "si les racines sont profondes" (01:44), d’où la plante pour bien que l’on comprenne (c’est pédagogique comme truc), avant que Xavier Darcos encadré par deux jeunes pop’ n’ajoute "nous saurons bien les transplanter". Xavier a toujours été très fort pour planter des trucs (01:49).

 

Vous attendez vraiment un commentaire ?

Une jeune qui occupe beaucoup de place dans le TGV ajoute  "pour laisser fleurir à la ronde…" (01:51); oui, tu m’étonnes, la ronde en fleur, là aussi c’est …heu… disons visuel. Elle est rejointe dans un coin de l’écran par… ho ! Frédéric Lefebvre ! Qui fait un cœur avec la main, ce signe incroyablement ridicule mais terriblement à la mode (01:56). Venant de celui qui est amicalement surnommé le pitbull, c’est beau.

 

Big love, special cassedédi à tous mes UMPotes

Transition magique : il apparait sur un journal que tient l’un des larrons du TGV. Au même moment, alors qu’ils chantent "Nous ne pourrons nous arrêter", on aperçoit Gilbert Montagné qui… conduit une voiture (02:03) ! Attendez les jeunes pop’ qui chantent "Nous ne pourrons nous arrêter" en montrant un aveugle au volant d’une voiture, qu’est-ce que ça veut dire ? Cette fois, le message est plus obscur. On pourrait presque y voir un message sur le mec aux commandes qui ne sait pas où il va et qui… non, c’est impossible. Oubliez.

 

Attention, ceci est un message subliminable

Un lecteur de ce blog, qui s’est écrit "Sam" sur le front, en hommage la bannière de celui-ci fait non non de la main alors qu’on nous annonce qu’ "il n’y aura pas de fin du monde" (02:06), référence probable à 2012. Merci pour la dédicace mon gars. Et pendant que les jeunes continuent de s’amuser comme des fous dans le TGV, Christine Lagarde réapparait (02:10), parce que, décidément, elle s’ennuie à Bercy. Rachida à son tour revient, vu qu’elle s’ennuyait au parlement européen et au conseil de Paris, pour chanter avec des d’jeun’z (02:14) pendant que d’autres lisent Le Nouvel Observateur.

 

Raël aimerait récupérer son jogging.

Valérie Pécresse, habillée visiblement dans une tenue qu’elle a du piquer à Raël (02:22), reprend le refrain en se déhanchant sur une butte avec ses amis de l’avenir de l’UMP. Soudain, au milieu du TGV magique de la droite, un jeune chante en arborant  un bouc roux immonde et en portant des oreilles de lapin (02:29). J’espère qu’il comptait devenir entrepreneur, parce que là, pour son CV, c’est terminé. Heureusement, Xavier Darcos tente de faire diversion car lui aussi il est revenu : au ministère du Travail, il n’y avait rien à faire (il faut dire que quand ça va à l’Economie et à l’Emploi, c’est logique).

 

Ruiner son avenir en une leçon

Pendant ce temps, dans le train de l’avenir, on joue au Scrabble et on écrit "Jeunes", "Populaires" et "Yallah" (02:34); on s’éclate grave en jouant au scrabble chez les jeunes de droite ; allez, partie de rami pour tout le monde ! Et si après 20h30 on est pas couchés, on se fait un bingo jusqu’à au moins, pfiou, 21h30 !

 

Dis-donc ! Yallah, on a pas le droit au Scrabble, galopins !

Ensuite ça devient confus, puisqu’il y a plusieurs cadres, et que certains acteurs du lipdub portent eux-mêmes d’autres cadres (ha !) où on voit encore d’autres filous chanter de tout cœur…(02:38)

Nadine Morano et Eric Woerth viennent alors chanter "Vivre d’amour et mourir d’espérance" (02:46), ce qui est quand même formidable quand on parle de la secrétaire d’état aux solidarités et du ministre du budget. Ce clip est une improbable publicité pour l’ironie. Dans le TGV, toujours, un jeune malmène une rose, mais on ne sait pas trop si c’est fait exprès (02:50). En tout cas, encore une fois, une bien belle allégorie. Impossible de se poser la question, Chantal Jouanno arrive à vélo (02:55), parce qu’au secrétariat d’état à l’écologie, là aussi, tout va bien. A noter dans le train un formidable personnage qui après le lipdub (faire semblant de chanter), le air guitar (faire semblant de jouer de la guitare), le air drum (faire semblant de jouer de la batterie), etc, invente le air casque, puisqu’il fait super bien le mec qui porte un casque (02:59). C’est tout simplement fascinant.

 

L'air casque, ou "air helmet", une discipline rare puisque navrante

Jean-Pierre Raffarin et Patrick Devedjian reviennent eux aussi faire les fous en attendant au bas de l’écran, (03:00) suivi sd’Eric Besson (juste à côté d’une sud-auvergnate à qui il a du proposer des papiers en échange de sa participation) et d’Eric Woerth (03:03) . On aperçoit brièvement un jeune pop en sombrero, référence probable à la grippe mexicaine (03:06) qui entre en ce moment dans l’identité nationale. Jean-Pierre Raffarin repasse lui aussi pour montrer tout ce qu’on peut faire avec des sourcils (03:12). Dans le train en tout cas, grâce à un effet spécial fabuleux, les jeunes pop’ tiennent dans leurs mains des images de Nicolas Sarkozy serrant la main de Barack Obama (à noter que l’image est découpée juste au niveau des jambes du président, ça alors, quelle coïncidence !) ; Benjamin Lancar, le président des jeunes pop’ fait son show un peu plus loin sous une haie d’honneur avec deux pontes de l’UMP (03:17).

 

Tiens, quelqu'un a découpé les jambes du président pour les cacher. Quel hasard !

 

Pendant ce temps, une militante UMP allongée dans l’herbe apparait, et visiblement elle convulse, s’étouffe, enfin fait tout sauf du lipdub et personne ne vient lui mettre un coup de défibrillateur pour la calmer ; à la place, ils la filment : quelle cruauté. En haut de l’écran, on aperçoit dans le célèbre train un jeune qui doit être déguisé en pirate, en clodo, ou en clodo-pirate. Enfin en clodo-pirate de l’UMP, ce qui est tout de même assez formidable (03:22).

 

On voit mal, mais en fait, en haut, c'est un pirate. Oui, un pirate. Voilà voilà.

Voilà, ça se termine, et là, le globe terrestre qui tournait dans un coin de l’écran depuis le début apparait en grand, et en surimpression apparait :

"Changeons le monde, ensemble" (03:38)

Le tout prononcé par une voix de lycéen d’Henri IV enregistrée probablement sur un Iphone sous une couette  et rajoutée à la va-vite à la fin. Ca fait très pro.

Allez générique ! Avec en cadeau bonus, du moon-walk sur fond de tour Eiffel (03:49), hommage à Michaël qui lui aussi aimait bien les jeunes (mais pas forcément de droite, juste les jeunes).

 

Inutile d'en rajouter, je crois que tout est dit.

 

Je ne sais pas combien ils ont payé ça, sans compter le temps passé à réunir les gens, à les faire répéter les chorégraphies (surtout pour les ministres), mais le résultat est là. Ce clip est une véritable publicité pour l’engagement politique, un vrai clip citoyen. Il incite à agir pour que vite, vite, enfin, on arrête ce genre de choses.

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