Damien a un gros mal de tête.

L’oeil entrouvert et l’esprit embrumé, il tente péniblement de se redresser dans son petit canapé qu’il a à demi couvert de bave, et laisse échapper un bâillement sonore qu’il fait taire promptement, tant le moindre son semble se transformer en fanfare dans la caverne qui lui sert désormais de crâne.  Les sourcils froncés, il essaie tant bien que mal de rassembler les bribes de son esprit pour espérer se souvenir de sa soirée. D’ailleurs, que fait ce magnum de champagne vide encore dans sa main ? Nonobstant ce  menu détail, Damien parvient à se lever et dépose le cadavre de bouteille à ses pieds. Dans l’immédiat, il ferait bien de faire l’inventaire de son appartement.

Rien de grave semble t-il : certes, le salon ressemble à un lendemain de bataille contre les Huns, et en effet, quelqu’un a coincé un CD de Francky Vincent dans le lecteur de la chaîne d’une curieuse manière, provoquant ainsi un claquement constant, alors que l’appareil tente de se refermer sur l’obstacle avant de s’ouvrir à nouveau pour mieux réessayer. Damien a un vague flash durant lequel il se revoit dansant fiévreusement sur "Tu veux mon zizi", mais ne saurait situer précisément l’évènement. Dans tous les cas, les choses semblent moins graves que prévues : pas de gros dégâts matériels en vue. En passant devant ses toilettes, Damien constate qu’un invité de la veille a dessiné une astucieuse décoration façon militaire sur tous les bords de la cuvette, ce qui… diantre… d’un reniflement, le propriétaire des lieux constate qu’il ne s’agit en rien d’un élément d’agrément ; cette cuvette repeinte façon camouflage mêlant avec goût tons bruns et kakis n’est en fait que le produit d’un repas de fête mélangé avec moult alcools. Damien se sent faible un instant en réalisant ce qu’il vient de voir, puis se dirige vers sa chambre.

Poussant la porte, il constate alors ce qu’il craignait : cette année encore, il n’y a personne dans son lit en ce 1er janvier.

Cette année encore, il est célibataire.

 

Oui, moi aussi mon nouvel an s'est bien passé. Merci de demander.

Alors cette année encore, il inscrira dans ses bonnes résolutions (Damien a besoin d’être le 1er janvier pour prendre des décisions, c’est dire la force de sa volonté) : "Ne plus être seul". Et à nouveau, il espérera ne pas échouer comme l’année passée, pensant longuement à ce curieux besoin né d’un mélange d’instinct et de pression sociale, alors qu’il essaiera de nettoyer son tapis sur lequel lui et ses amis auront joué au Pictionnary-vomi durant le réveillon.

Pauvre Damien.

Heureusement,  pour passer une excellente année 2011, laissez-moi vous indiquer un site qui ne saurait rester inconnu pour qui cherche l’âme soeur : "Comment draguer une fille". Oui, ce site s’adresse aux mâles, mais je connais mes lectrices, elles vont quand même lire l’article. Je vous vois venir mesdemoiselles. Votre curiosité vous perdra. Quant à mes lecteurs qui préfèrent les viriles bourrades, vous me voyez désolé de ne pas pouvoir vous aider plus avant ; je m’en voudrais d’encourager une pratique condamnée par le pape. C’est comme ça.

Alors certains d’entre vous me diront "Raaah, le coup des conseils de drague, vous nous l’avez déjà fait avec Men’s Health !", et je vous dirai que oui : mais et d’une, souvenez-vous que ces conseils n’étaient peut-être pas les plus audacieux que l’on puisse trouver, et de deux, je vous conchie. Non, car cette fois, nous allons nous arrêter sur un coach en séduction, un vrai, le genre à vendre livres et services. Alors ce n’est pas rien tout de même ; nous atteignons le stade professionnel ! Allez, ne traînons plus : ni une, ni deux, allons voir :

Comment draguer une fille ?

En voilà une vraie question ! Comment faire ? Peut on vaincre sa timidité ? Que se passe t il si on se fait repérer en tentant de draguer ? Est-ce vrai que les femelles coupent les testicules des mâles ayant échoué la parade amoureuse pour s’en faire des macarons ? Autant de mystères bientôt levés, puisque sur ce site, nous allons trouver, comme nous l’indique la rubrique "à propos" :

• Des « stratégies » qui ont fait leurs preuves et qui vous permettront de draguer les plus belles filles.
• Des conseils pour améliorer votre vie personnelle. Comment acquérir et approfondir votre confiance en vous, votre estime, votre valeur sociale, etc.
• Des techniques pour améliorer vos performances sexuelles avec les femmes.
• Et bien pus…

Rien que ça, "et bien pus…", jeunes gens ; voyez le monde qui s’ouvre à vous ! Et tout cela écrit par Alex, un "séducteur invétéré". Non, pas invertébré, non. En tout cas, invétéré, vous êtes sûr ? Le genre qui a roulé sa bosse aux quatre coins du monde et a fait chavirer tous les coeurs, de celui de Maria, cette bolivienne au teint halé rencontrée sur la route de Cochabamba alors qu’elle y transportait du café obtenu de ses douces mains, jusqu’à Fleur de Lotus, une belle vietnamienne qui se serait donnée sur le pont tanguant d’une jonque traversant paisiblement la baie d’Along ? Presque.

J’ai fait mes premiers pas dans l’univers de la séduction en 2005 et aujourd’hui, je me suis donné pour objectif de guider les hommes qui aspirent à devenir un grand séducteur comme moi ou qui souhaitent « affiner » les techniques qu’ils ont acquises.

Comment ça "2005" ? Ça fait 5 ans qu’on a découvert le sexe opposé alors ça y est, on est un "grand séducteur" ? Ca va être quoi comme conseils, petit jeunot ? "Attirez là avec des choco-BNs derrière le toboggan et échangez lui 3 cartes pokémons contre un bisou" ? Attendez, "grand séducteur", c’est pas comme la légion d’honneur, hein, c’est pas un titre qu’on obtient en 5 minutes sur un coin de table ! Sean Connery, Georges Clooney, Francis Huster, regardez qui tente de vous égaler ! Insurgez-vous, car cet homme se prétend votre égal. Mais soit, faisons fi de cette auto-proclamation, et allons voir la suite.

 

Plus on est jeune, plus c'est facile : au début, un simple BN suffit à séduire. A la fin, il faut des repas et des voyages. Pfff.

En effet, nous découvrons qu’Alex s’est découvert un don pour le coaching en séduction après être venu au secours d’un ami longtemps en couple et fraîchement largué, qui lui avait déclaré, je cite :  « Alex, j’ai été avec ma blonde trop longtemps et maintenant j’ai pu l’tour pentoute. Peux-tu me montrer comment draguer une fille ? »

"J’ai pu l’tour pentoute".

Aucune allusion sexuelle là-dessous, ni aucune référence au célèbre magazine de charme de la Belle Province Pent Houte, magazine présentant des caribous dans des positions lascives souvent couverts de sirop d’érable, notre homme était tout simplement hors-jeu quant au jeu de la séduction et de l’amour courtois (si tant est que s’exclamer "J’l’y toasterai bien l’ostie, tsé !" soit considéré comme courtois). Mais soyons honnêtes jeunes gens : peut-on vraiment faire confiance à des québécois pour nous conseiller en quoi que ce soit ? Ces rustres nous ont tout de même envoyé Céline Dion, Garou et Stéphane Rousseau. Si ça ne tenait qu’à moi, nous ferions un blocus sur la province, et on marquerait d’une feuille d’érable jaune brodée à l’anorak tous les fieffés brigands qui utiliseraient "caliss" dans leur vocabulaire. Mais allez savoir pourquoi, on ne veut pas me laisser les commandes. Irresponsables droits-de-l’hommistes.

Mais c’est assez : revenons plutôt vers le coeur de notre sujet, et cliquons sur la page d’accueil, pour mieux découvrir la colonne de droite, où l’on peut lire :

« Inscrivez-vous à la newsletter et apprenez comment aborder et séduire des filles top canons »
Même si vous n’êtes ni beau, ni riche, ni populaire…

Vous êtes sur le point de découvrir:
- Les 7 erreurs mortelles qui anéantissent toutes vos chances.
– Comment vaincre votre peur de l’approche.
- Comment démarrer une conversation avec une femme.
– Et en cadeau, vous recevrez GRATUITEMENT votre copie du livre : Le Manifeste Du Séducteur.

Car oui, pour les gens beaux, riches et populaires, nul besoin de séduction : tout le monde sait que la femme, cette fourbe créature, succombe à tout ce qui est riche et beau, puisque naturellement vénale. Si vous en doutez, creusez un piège à ours et recouvrez le de branchages : au centre du dispositif, placez de manière bien visible un billet de 500€ et quelques macarons Ladurée. Absentez vous pour aller regarder un match de foot ou une rediffusion de Fantomas, puis revenez quelques heures plus tard : au fond du trou gît une femelle, le billet encore à la main.

Attention, dans certains cas, c’est un clodo appâté par la faim et l’argent facile qui s’est laissé prendre. Rebouchez alors le trou en prenant bien soin de le laisser au fond, vous l’aiderez ainsi à passer l’hiver au chaud. Où en étais-je ? Ah, oui.

Vous allez ainsi découvrir "comment démarrer une conversation avec une femme", puisque figurez-vous que la femme ne répond pas lorsqu’on lui dit "bonjour", elle a son propre langage, inconnu des pauvres mécréants que vous êtes. Il se pourrait même qu’elle utilise des ultrasons, mais n’en disons pas plus et ne spoilons pas : plusieurs articles sont ici à notre disposition :

Sans nous arrêter sur tous les articles (ah, le plaisir de la découverte !), je me permets de vous citer ce fabuleux passage  issu de "Comment draguer une fille dans la rue" :

Nous autres séducteurs, nous devons nous distinguer par notre classe ! Souvenez-vous-en.

Si je résume, draguer dans la rue c’est aborder la fille, prendre son numéro, discuter avec elle de façon spontanée en glissant de temps à autre des remarques suggestives voire même des allusions sexuelles si vous sentez qu’elle est réceptive. Avec un peu de chance, vous obtiendrez un rendez-vous pour passer des moments intimes.

Voilà qui devrait vous mettre sur la piste de la notion de classe locale. Selon ce concept, Jean-Marie Bigard est une sorte de fameux gentilhomme connu pour son bon goût et sa capacité à séduire sans jamais tomber dans la vulgarité. Le Georges Abitbol français, pour le dire en deux mots.

 

Le romantisme à l'état pur

Mais ne soyons pas chiches en propos, et aujourd’hui, essayons de voir comment séduire en boîte de nuit ; en effet, la discothèque est un lieu mystérieux, empli de personnages plus étranges les uns que les autres. Certains murmurent qu’il s’agirait d’un monde parallèle, particulièrement lorsqu’ils constatent le prix des consommations, qui est probablement calculé en roubles, et non en euros.  Pourtant, sur notre planète, nous en trouvons des milliers (des discothèques, pas des roubles). C’est un lieu idéal pour séduire : en effet, puisque la musique est forte, on ne s’entend pas parler. Et puisqu’on entend pas les conversations, il est difficile de juger du niveau consternant de celles-ci. Ainsi, nul besoin de faire un effort quant à ses propos : un morceau de David Guetta viendra s’assurer que personne ne puisse constater votre proximité intellectuelle avec les bulots. Parfait.

Mais alors, que nous conseille Alex ?

"1ère étape : choisir la boîte de nuit"

Parmi les trois types de boîtes de nuit proposés, outre la "branchée" et la "spécialisée", nous trouvons "la ringarde" (allez savoir à partir de quand une boîte est ringarde, la mode étant par définition éphémère et n’étant donc constituée que de future ringardise), et là, je cite :

"Là, vous ne trouverez sûrement pas une canon aux formes généreuses. Attendez-vous plutôt à des filles très simples, nostalgiques d’une période où la discothèque a connu ses heures de gloire. Ces femmes continuent de fréquenter ces endroits parce qu’ils leur rappellent de bons souvenirs."

Des "filles simples", "nostalgiques", qui "continuent de fréquenter des endroits parce qu’ils leur rappellent de bons souvenirs" : vu la manière dont on en parle, c’est à recommander aux adeptes de Darkiss : tout cela ressemble fort à la définition de fantômes ou de quelconques morts-vivants. "Mon Dieu, vous avez entendu ? Il parait que la nuit, on entend des bruits provenant du vieux Macumba ! A ce qu’il parait que les esprits tourmentés des filles moches attendant le prochain slow continuent de les hanter ! C’est abominable !". Bref, outre les boîtes de nuit branchées et les spécialisées, il n’existe que des boîtes pour moches (car oui, la fille simple est moche, c’est comme ça, alors que les "canons" sont souvent complexes. Coucou Loana !) dans lesquelles on ne peut s’aventurer qu’équipé d’un pieu et d’eau bénite.  Ça fait super peur. Heureusement, Alex ne s’en arrête pas là.

"L’entrée"

"Emmener avec vous une jolie « pivot », c’est-à-dire une ravissante fille (il peut s’agir d’une amie proche ou pourquoi pas une cousine). He oui, en boîte de nuit, la rivalité entre demoiselles atteint son paroxysme. Aussi, avec une jolie fille à vos bras, vous ne manquerez pas de faire des envieux auprès de la gent masculine et vous attirerez l’attention de la gent féminine. De temps en temps, dansez avec elle, sans trop vous coller. Cela devrait suffire à aiguiser la curiosité et à intriguer les filles."

Vous cherchez une jolie fille ? Venez avec une jolie fille. Comment ? Un paradoxe ? Mais non, bande de galopins. La première, vous la payez, hop. Son seul rôle consiste à attiser la curiosité des demoiselles de la boîte de nuit qui, selon cette théorie, seront forcément toutes intriguées (puisque forcément, elles regarderont toutes dans votre direction ; au Québec, les boîtes de nuit doivent faire 7 mètres carrés). Alors évidemment, les plus priapiques d’entre vous me diront "Attendez, on a la jolie fille, pourquoi s’emmerder à aller en boîte pour en trouver une moins bien si notre seul but est la coucherie ?" ; et je vous répondrai "En effet. Utilisez un gros caillou sur la première, et le tour est joué". Mais ça, les gros cailloux, Alex, il n’en parle jamais. On sent bien que c’est un débutant ; tenez, il n’indique même pas qu’il faut toujours avoir une pelle avec soi ! Bleu-bite !

"Devenez la vedette"

Comment devenir une vedette ? Facile mes bons, voyez plutôt :

"Dans un premier temps, ne parlez qu’à de belles filles. Vous confirmerez votre réputation de gagnant. Cependant, ne perdez pas de vue qu’un bon séducteur est loin d’être élitiste. Après quelques heures passées dans la boîte, commencez à aborder des filles beaucoup moins canon. Cela vous permettra de passer pour un gars sympa, pas du tout superficiel et très ouvert."

Je rappelle que le site expliquait plus haut que le séducteur devait se distinguer par sa classe. Je décide donc de baptiser cette stratégie "La tactique du Bernard Kouchner", qui consiste à évoluer dans les hautes-sphères avant de se tourner vers le tiers-monde. Pour les plus audacieux, il est même possible d’apporter un sac de riz à un boudin afin de bien "passer pour un gars sympa, pas du tout superficiel et très ouvert". Avec une stratégie pareille, nul doute que vous pourrez aller causer du droit d’ingérence avec une jeune ingénue en fin de soirée. A aucun moment, bien sûr, l’auteur ne prend en compte le fait que la femelle soit capable de se dire "Ce gros con aborde toutes les nanas une par une en commençant par les plus jolies ; je suis sûr qu’il s’est déjà fait jeter plusieurs fois avant de venir me parler, je ne suis pas sa roue de secours : ce soir, il dormira sur la béquille".

C’est rude, une femelle.

D’où le sac de riz pour vous faire pardonner. Bernard Kouchner all over the place, comme on dit au Canada.

 

Bernard déchainé sur le Saturday Night Fever

On retrouve d’ailleurs plus bas :

"Ne criez pas quand vous parlez, car cela fait vulgaire. Un séducteur se doit d’être classe sans être snob."

Ne pas crier en boîte de nuit ? Mais alors on parle comment ? Langage des signes ? Signaux lumineux ? Chiffon au chloroforme dans le pif d’entrée de jeu ? C’est ambitieux. Remarquez, rester classe après les étapes précédentes aussi est ambitieux. La suite l’est tout autant :

Choisissez vos boissons. Ne prenez ni les boissons les moins chères ni celles hors de prix. Dans le premier cas, vous risquerez d’être étiqueté comme un fauché alors que dans le second vous passerez pour un frimeur. Choisissez enfin une boisson qui fait virile.

Une boisson qui fait viril ? Il y a deux types d’hommes dans la vie : ceux qui ont besoin d’une boisson pour faire viril, et les autres. Pour les premiers, je ne saurais que trop recommander un "cocktail de couilles" (vous pouvez le demander discrètement auprès des barmans compétents en demandant un "Big Balls on the rocks"). Pour les seconds, n’oubliez pas de commander un jus de fruit. Certes, elle ne verra pas en vous un aventurier, mais lorsque vous serez sobre et elle ronde comme une queue de pelle à l’arrière de votre Super 5, persuadée que vous la raccompagnez chez elle, vous ne regretterez pas votre choix.

D’autres conseils ? Oui !

Ne vous curez pas le nez ni les oreilles, ne grattez pas vos parties génitales, éternuez dans vos mains.

Merci de ces précieux conseils. On pourrait y ajouter "Ne lui pétez pas au nez", "Faites vos besoins aux toilettes", "Ne reniflez pas votre doigt après avoir gratté votre postérieur".  Toute personne qui aurait vraiment eu besoin des précédents conseils devrait d’ores et déjà penser à abandonner toute ambition de drague et se tourner vers le point de croix ou une carrière dans le clergé.

A noter aussi, une petite liste des différents types de femelles que l’on peut rencontrer en boîte, et particulièrement celui-ci :

- Celles qui, comme vous, viennent en boîte pour draguer et finir la soirée dans les bras d’un homme. Pour elles, chaque jour est une occasion de ramener un homme dans leur lit. Le romantisme, elles ne connaissent pas.

Splendide résumé : elles sont comme vous, braves hommes, et ne cherchent qu’à ramener quelqu’un pour la nuit. Ce qui fait de ces messieurs des "romantiques" (on l’est avant ou après le passage où on parle aux moches pour faire "sympa" ?), et des femmes, des salopes. Voilà voilà.

Alors évidemment, je pourrais continuer jusqu’au bout de l’article, et découvrir avec vous comment "isoler" une fille (personnellement, j’ai confié un doberman à un berger pour qu’il l’élève, depuis, je n’ai plus de soucis pour isoler mes cibles loin du troupeau), mais je vais plutôt aller droit au but : des bons conseils comme ça, et bien d’autres encore jeunes gens, vous pourrez les trouver dans ce formidable livre :

Armes de séduction massive : l’art de conquérir les femmes

 

Si vos yeux survivent à cette overdose de kitsch, vous pourrez peut être l’ouvrir et le lire

"Moins cher qu’un livre d’école", pour reprendre l’un des arguments de vente, vous aurez entre les mains une "une méthode extrêmement puissante", limite turgescente, pour soumettre à votre volonté toutes les femmes que vous croiserez.  Par ailleurs, sachez que "Ce guide est le résultat de plusieurs années de recherche et d’étude sur le terrain. J’ai observé le comportement des femmes pour savoir comment elles réagissent face à diverse situations. C’est donc dire que vous saurez exactement quoi dire et quoi faire dans n’importe quelle situation!", car oui, il y a eu des recherches et des études de terrain : on a enfermé des femmes dans des labyrinthes pour voir en combien de temps elles trouvaient un fromage ou une paire de louboutins, camouflé des scientifiques dans des parfumeries, salles d’aquagym, Yves Rocher et autres lieux fréquentés quasiment exclusivement par des femelles pour voir leurs réactions face à moult situations diverses et variées. Et de ces observations faites par des doctorants est né cet ouvrage, véritable manuel des Castors Juniors que ces messieurs devraient toujours avoir sur eux pour réussir à conquérir toutes celles qu’ils voudront.

Prochainement, je vous parlerai d’autres ouvrages :

  • Séduire une fille : comment bien choisir mes outils chez Jardiland ?
  • Les femmes & l’amour : le guide des meilleurs avocats spécialisés en divorces
  • Trouver l’amour dans la Légion : l’encyclopédie des chèvres
  • Comment concilier amour & voyages ? Tous les conseils d’Emile Louis

 

Si avec tout ça, Damien et autres, vous passez encore l’année 2011 seuls, je ne peux plus rien pour vous.

 

Ah, vous êtes là ? Vous tombez bien. Afin de nous purifier de toute la mauvaise foi qui règne en ces lieux, je vous propose aujourd’hui un peu de catéchisme. Allons, allons ! Ne soupirez pas ainsi ; ne pouvons nous pas découvrir ensemble quelques passages de la vie de Jésus notre sauveur, qui est mort sur la croix pour le Salut de nos âmes ? Il n’y a pas de discussion qui tienne : ouvrez votre évangile selon Saint Marc (5,9). Qu’y lisons nous ?

A peine Jésus était il descendu de la barque qu’il fut interpellé par un homme possédé par des esprits impurs, qui demandèrent au travers de la bouche de leur véhicule ce que leur voulait le fils du Seigneur. Jésus dit alors "Quel est ton nom ?" et les esprits répondirent "Mon nom est Légion, car nous sommes nombreux" ; Jésus répondit "Comme les mauvais films ?" "En effet, comme le film éponyme" dirent les voix.

Comment ? Vous ne connaissez pas le film "Légion" ? Voilà qui nous empêche de poursuivre plus loin notre catéchèse du jour ; je vais donc me voir dans l’obligation de vous spoiler tout le film à la place : je sais que ça vous ennuie, mais allons-y.

L'affiche : les anges sont des spécialistes du maniement des pistolets mitrailleurs, c'est connu

Le film s’ouvre sur des paysages désertiques, où l’on entend la voix off de l’héroïne expliquer que lorsqu’elle était enfant, sa mère lui parlait d’une prophétie (Oh, une prophétie ! Ce film commence très fort quant à son originalité!) selon laquelle un jour, Dieu se lasserait des erreurs des hommes et plongerait la Terre dans les ténèbres pour punir l’humanité.

Mais passons au véritable commencement : par une nuit pluvieuse de 23 décembre, un ange atterrit discrètement dans une rue déserte de Los Angeles. Que vient il donc faire ? Et bien pour commencer, pratiquer un rituel étrange : il se coupe les ailes tout seul comme un grand, et se libère d’une sorte d’imposant collier qu’il portait (probablement son bracelet électronique divin, qui envoie des SMS à Dieu quand il n’est pas à la maison à l’heure). Et surtout, une fois cela fait, il se rend promptement au petit entrepôt coréen juste en face de la ruelle où il se trouve, qui contient visiblement toute une armurerie militaire tout ce qu’il y a de plus moderne, avec même des couloirs qui brillent bourrés de rateliers d’armes. Oui, les entrepôts clandestins coréens sont particulièrement bien foutus : ce sont des gens très méticuleux. Notre ange commence donc cependant par trouver l’infirmerie locale et s’y recoud les plaies laissées par ses ailes façon Rambo, histoire de bien montrer qu’il est couillu. Puis, il fait ses courses et embarque tout ce qu’il trouve : fusils mitrailleurs, mitraillettes, lance-roquettes (vous en conviendrez, ça commence très fort, j’en trépignais sur mon siège)… tout y passe. Il récupère même sur un vigile un fabuleux costume : il a dû tomber sur le seul asiatique d’1,90m de tout Los Angeles.

Seulement voilà : une fois qu’il a rempli deux grands sacs d’une quantité improbable d’artillerie, il doit sortir de l’entrepôt. Comment ? En passant par la porte, comme un vulgaire mortel ? Aha, ça, jamais.

L’ange déchu tire donc une roquette dans la porte de l’entrepôt (sans raison aucune, c’est fabuleux) qui explose en laissant derrière elle un magnifique trou enflammé en forme de croix. Splendide je… qui a écrit ça ? Bon, en tout cas, c’est pas de bol, ça attire l’attention d’une voiture de police qui passait juste devant à ce moment là, et dont les occupants viennent expliquer qu’il est interdit de dessiner des croix à la roquette dans toute la communauté de communes de Los Angeles, nom d’une pipe. Toujours dans la subtilité, le divin visiteur attrape l’un des deux agents de la maréchaussée et le prend en otage sous les yeux effarés de son collègue. Collègue qui soudain, se met à s’agiter de manière étrange : il fait le bruit de votre oncle Francis effectuant un bain de bouche en secouant la tête, et lorsqu’il s’arrête, il a changé : ses yeux sont désormais noirs et ses dents pointues. Il s’exprime avec une voix un peu louche et demande à l’ange preneur d’otage pourquoi il a désobéi. S’ensuit un brève échange de tirs dans lequel les deux agents de police, tant celui pris en otage que celui possédé trouvent la mort. C’est triste.

Ne nous attardons pas sur la pluvieuse Los Angeles et allons plutôt nous sécher dans le désert de Mojave, où une petite station essence  perdue du nom de "Paradise Falls" (subtil là encore, n’est-ce pas ?) abrite une fabuleuse population en ce beau 24 décembre. Permettez-moi de vous les présenter :

  • Charlie, une serveuse enceinte et un peu paumée qui ne sait pas quoi faire de son futur gosse. Elle pense le mettre dans un congélateur le temps de trouver une idée.
  • Jeep, qui comme son nom l’indique, est mécano (arrêtez, n’en jetez plus !) ; mais il a aussi le cœur plein d’amour et aide tout le monde. Il s’inquiète beaucoup de Charlie et l’aime très fort même s’il n’est pas le père de son gosse et qu’ils ne sont qu’amis.
  • Bob, le père de Jeep, le patron blasé de la station service
  • Percy, le cuistot local, mutilé de guerre (il a un crochet à la place d’une main), un peu gros et un peu black
  • Kyle, le deuxième black du film, qui a atterri dans la station en se paumant sur la route. C’est une mini-racaille (il a une capuche et un flingue mais il est kikinou).
  • Papa & Maman Anderson, un couple de riches américains dont la bagnole est tombée en rade à proximité et qui attendent que Jeep la répare. A noter que Sandra est jouée par Kate Walsh, déjà vue dans "Grey’s Anatomy", ce qui ne peut rien augurer de bon.
  • Audrey Anderson, la fille des précédent, qui s’habille en mini-jupe et débardeur de poupouffe gâtée ce qui choque sa maman. Malgré son style vestimentaire et son langage riche en référence sexuelles, elle cache aussi un cœur gros comme ça. Mais elle ne le cache pas derrière beaucoup de tissu, pour sûr.

Ça en fait des personnages hein ? Attendez, je vous la refais : deux blacks, une famille qui n’a rien à faire là, deux vieux baroudeurs qui ont leur vie derrière eux et deux jeunes gens plein d’amour et d’avenir (dont une femme enceinte et un garçon qui aime très fort la dite femme enceinte). Voilà, maintenant vous pouvez commencer à prendre les paris sur qui va survivre ou non à l’apocalypse.

Les portes, ce truc de ringard

Dans tous les cas, alors que tout ce beau monde discute dans la petite station perdue, un phénomène étrange se produit : d’abord, la télévision ne capte plus rien. Si ce n’est la mire d’urgence affichant "Ceci n’est pas un exercice" ; puis, c’est au tour de la radio de ne plus produire qu’un sifflement aigu. Enfin, le téléphone fixe lâche (déjà que le portable ne passait pas), bref, en un mot comme en cent, les communications sont coupées. Mais dans cet isolement, un nouveau visiteur arrive : Gladys la grand-mère en déambulateur. Gladys est très gentille, elle dit bonjour à tout le monde et est très polie. Elle rassure même Maman Anderson lorsque celle-ci lui demande ce qu’il se passe dehors, si elle a des nouvelles sur les raisons de ces coupures de communications, en lui disant que "Tout sera bientôt fini" ; quelle sibylline réponse.

Mais c’est lorsque Charlie vient la servir que les choses prennent une étrange tournure : d’abord, elle affirme que son fils à venir va brûler vite fait bien fait. Et quand la cantonade s’étonne de ces propos quelques peu déplacés, Gladys affirme que les mamans des présents auraient troqué de l’argent contre des relations sexuelles avec la moitié de la population de la côte Ouest. C’en est trop pour Papa Anderson qui vient lui demander des excuses : sa mère ne faisait pas ça contre de l’argent. Grossière erreur, car Gladys transforme son dentier en véritable dents de requin et s’attaque à sa jugulaire avant de commencer à littéralement grimper au plafond en poussant des grognements sinistres. Malgré le fait que le cuistot black lui ai explosé le cou et la gueule à coups de poêle à frire, elle continue de menacer Charlie, et c’est finalement Kyle qui l’abat avec son flingue personnel (qu’il a toujours coincé dans le slip qui lui sert de holster).

Je ne vous le cache pas, l’attaque de la grand-mère possédée (disponible dans la bande-annonce), ça vous laisse son homme dubitatif.

Alors que le corps de mamie est encore chaud, Kyle propose d’emmener la famille Anderson à l’hôpital le plus proche (à une centaine de bornes) pour que Papa Anderson puisse y subir la greffe de moitié de cou dont il aurait besoin pour survivre. Seulement voilà, en route, l’apocalypse se déchaine : un titanesque nuage de mouches arrive à contre-sens et s’explose sur la voiture, rentre par les aérations, etc… poussant finalement tout le monde à faire demi-tour (oui, les mouches empêchent d’avancer mais pas de manœuvrer tranquillement pour repartir en sens inverse). De retour à la station, Kyle et les Anderson (dont Papa toujours en sale état malgré un bandage de fortune) expliquent qu’un milliard de mouches viennent de s’exploser sur leur pare-brise et qu’ils n’ont pas pu aller plus loin. On sent que ces gens n’ont jamais pris l’autoroute A4 en été.

D’ailleurs, les mouches qui arrivaient en nuage se contentent de voler au-dessus de la station sans même s’arrêter, et on en parlera plus du film. Tiens ? Kyle et les Anderson ne profitent d’ailleurs pas que le nuage soit passé pour tenter d’aller à l’hôpital ? Non ? Ah bon, bon.

Le nuage de mouches qu'on ne reverra pas. Probablement des mouches intérimaires.

En attendant, il y a toujours un cadavre de vieille qui attend qu’on s’occupe de lui ; qu’en faire ? Tout le monde est en train d’en discuter quand soudain, qu’arrive t-il à l’horizon ? Une voiture de police dites donc ! (Ah ? Elle n’a pas croisé le nuage de mouches en chemin ? Il a disparu donc ?) Et qu’en sort il ? Notre ange avec son air patibulaire, sa grosse voix et ses cheveux ras (qui a une attitude de couillu telle qu’on suppose qu’il a entre 3 et 5 testicules au bas mot). Il a tôt fait de calmer la population locale en leur montrant qu’il est non seulement super fort (il désarme Bob en deux temps trois mouvements) mais surtout qu’il est de leur côté et qu’il sait ce qu’il passe dehors.

"Alors, que se passe t-il ?"

Excellente question Bob, je me demande comment notre ange – qui s’est présenté comme étant "Michael" – va s’expliquer. Facile, il répond qu’il ne peut pas expliquer, il faut d’abord se barricader. Oui, ça y est, on connait le sexe des anges : ce sont bien des mâles ; non seulement leur attitude le prouve, mais en plus, ils ne sont pas foutus de faire deux choses en même temps, comme par exemple bouger des meubles tout en expliquant ce qu’il se passe.

A la nuit tombée, tout le monde espère que le cerveau monotâche de Michaël va réussir à expliquer ce qu’il se passe. Mais c’est sans compter sur le fait qu’il les avertit que l’ennemi est proche : il faut monter sur le toit pour accueillir les prochains "visiteurs". Et rapidement, c’est un camion de glace toute mélodie hurlante qui arrive et se gare devant la station. En sort le conducteur dans sa belle tenue, qui s’avère avoir de vilains yeux, de vilaines dents et surtout une vilaine, trèèèès vilaine mâchoire. Michaël ordonne de ne pas tirer, puis dès que notre vilain glacier commencer à courir vers le toit, il fait ouvrir le feu à tous les présents pour l’abattre.

Oui Michaël : l’autre solution, c’est que pendant qu’il était tout immobile à crier et à faire des trucs bizarres, tu pouvais l’abattre d’une balle ; ça s’appelle "économiser des munitions". Enfin, il ne faut pas trop en demander d’un mec qui est incapable d’ouvrir la porte d’un entrepôt sans lance-roquette.

D’ailleurs, en parlant de munitions, il va en falloir puisque quelques secondes à peines après que la dernière douille aie fini de rouler par terre, des deux côtés de la route qui passe devant la station, des centaines de véhicules pleins de possédés (on les reconnait à leurs mouvements de têtes louches et à leurs bruyants gargarismes) arrivent. C’est donc parti pour un peu d’action : tout le monde ouvre le feu sur les voitures, les gens qui en descendent, et il en vient des paquets entiers. Mais en marchant, hein, ils ne courent pas :  ils veulent juste qu’on leur tire dessus. Qu’ils sont cons.

Le possédé moyen. Quelle terreur, l'armée divine.

Cependant ils sont nombreux : tant et si bien que quelques possédés arrivent même à entrer et à… à kidnapper Papa Anderson. Heu ? Oh, les mecs, vous étiez pas venus pour bourrer la gueule à tout le monde ? Pas pour faire un kidnapping pourri ? Allons. En tout cas, peu après, l’attaque s’arrête. C’est fini ? On peut se concentrer un peu ? Bon, alors viens par là Michael, et dis nous ce qu’il se passe.

"Ouais alors heu… bin Dieu il en a marre des hommes. Il a perdu la foi.
- Ho. C’est ballot.
- Ouais et heu… la dernière fois il a envoyé le déluge. Là il a envoyé des anges pour exterminer l’humanité. Les mecs dehors, ce sont juste des humains possédés par des anges.
- Ah il est bizarre Dieu. Nan parce qu’un déluge, on aurait eu plus de mal à l’arrêter que des possédés qui marchent juste devant nos fusils. Et sinon, vous, vous êtes ?
- Un archange, un général des armées divines. Ma mission était de tuer le fils de votre serveuse, là, Charlie. Mais en fait, moi la foi, je l’ai encore, pas comme Dieu, alors je suis venu la protéger car son fils à naître est le sauveur de l’Humanité.
- Un général ? Attendez, vous êtes trop con pour faire deux trucs à la fois, vos tactiques sont nulles et votre discrétion lamentable et vous êtes général ?
- Les voies du Seigneur sont impénétrables.
- Contrairement à d’autres, l’Eglise aime à le prouver. Et donc, comme vous avez la foi, vous avez tout plaqué pour nous aider.
- Voilà."
0

Fantastique. Bon, là je vous résume les dialogues, parce que croyez le ou non (ayez foi en moi), il y en a quantité : toutes les deux scènes, il y en a une qui se résume à peu près à "Deux personnages se retrouvent isolés dans un coin de la station et décident de faire de la philo de comptoir en lâchant quelques larmes" du genre "Mon père me disait qu’il fallait faire de belles choses dans sa vie, pour en être fier" ou "J’ai foi en toi copain, même si je ne l’ai plus en Dieu". A noter aussi les commentaires fantastiques de quelques personnages :

"Des anges qui nous attaquent ? Ahah, balivernes, je ne crois pas en ces choses là !"

Bizarrement, si j’étais attaqué par des mecs qui courent au plafond, qui peuvent instantanément changer la couleur de leurs yeux ou transformer toutes leurs dents en canines, j’aurais l’esprit un poil plus ouvert je pense. Oh, tiens, et pourquoi ils ne prennent pas directement possession des gens à l’intérieur de la station ?

"Parce qu’ils ne peuvent posséder que les esprits faibles, comme Christian Clavier ou Daniela Lumbroso", explique Michael sans rire.

Je crois qu’il n’a pas du bien regarder la qualité des esprits en face de lui. Enfin bon. Dans tous les cas, la vie dans ce petit bunker au milieu du désert s’organise, puisqu’il va falloir survivre à quantité d’attaques jusqu’à ce que le fils de Charlie naisse. Michaël envoie donc aussitôt les deux blacks servir de vigie sur le toit. Après tout, c’est connu, ils n’ont pas d’âme. Dans tous les cas, ils constatent dans le lointain que des orages pas bien naturels semblent s’abattre sur tout le pays.

Ah, ouais pas con le coup des orages. Tiens Dieu, pourquoi tu mets pas directement ta foudre sur la gueule de Charlie ? Ça irait pas plus vite ? Non, toujours pas ? Décidément, tes voies sont bétonnées. Ou celles du scénariste.

Après quelques heures, la relève arrive sur le toit de la station : la nuit a été calme. Bob et Michaël prennent donc la suite, et le premier a tôt fait de s’endormir.

Pendant ce temps, dans la station…

Dans le petit matin qui se lève, Maman Anderson se dit qu’elle boirait bien un petit kawa et…

"Maman Anderson !"

Tiens ? Mais ne serait-ce pas la voix de mon mari kidnappé hier par des simili-zombis que j’entends dehors ?

"Maman Anderson !"

Mais si, celui qui était mortellement blessé ! Il aurait donc miraculeusement survécu, échappé à ses kidnappeurs, couru sur 100 kilomètres, réalisé lui-même sa greffe de cou suite au décès de tous les médecins dans l’apocalypse, serait reviendu dans la foulée et dans le petit matin se serait dit qu’il n’aurait rien de mieux à faire que susurrer mon nom depuis l’extérieur du bâtiment ? Tout cela me parait follement crédible : allons voir sans prévenir personne.

Nos héros attendent le scénariste ainsi que le dialoguiste de pied ferme

Et que découvre Maman Anderson en regardant par une fenêtre ? Son mari, crucifié à l’envers et couvert de cloques bizarres. Elle décide donc d’essayer de débarricader l’entrée pour voler à son secours. Sa fille tente bien de s’interposer, mais une bonne gifle la calme ; quant au cuistot local qui arrive pour essayer de la retenir, il n’y arrive pas : c’est vrai, il ne fait que 100 kilos et est un ancien militaire, alors comment pourrait il bien faire pour arriver à retenir une greluche de 55 kilos au mieux ? Bref : Maman Anderson fonce vers son mari, mais au dernier moment, ce dernier explose littéralement en une espèce d’acide plutôt corrosif, et elle ne doit son salut qu’à notre bon cuistot black qui s’est mis devant elle pour prendre l’acide à sa place. Il en meurt donc un peu.

Sur ces entrefaits, Bob descend du toit et s’en veut à mort "Si je ne m’étais pas endormi, tout cela ne serait pas arrivé !". C’est vrai par exemple, tu aurais pu remarquer la troupe de possédés transportant un type gémissant sur leur dos et fabriquant une croix avec des éléments de ton jardin avant de tranquillement la dresser et d’y accrocher la victime toujours râlante.

Si tout ce bordel ne t’a pas réveillé, c’est que tu devais bien dormir. Mais la vraie question est : comment Michaël,  archange bien éveillé qui était avec toi sur le toit, lui a t il bien pu louper que et d’une tu t’étais endormi, et de deux tout ce bordel à dix mètres de lui ? On ne le saura pas, puisque ce n’est pas prévu dans le scenario.

En tout cas, pour punir Maman Anderson d’avoir été si bête, on l’attache à une chaise, ce qui réveille tous ses instincts de bondage. La journée s’achève calmement, les possédés ne montrant pas le bout de leur nez, sûrement trop content de leur Papa Anderson "booby trapped". Ils regrettent juste ne pas en avoir un autre pour recommencer avec une boule puante, probablement. La nuit venue, alors qu’Audrey et Kyle montent la garde sur le toit, ils assistent à un étrange spectacle : une famille visiblement paniquée s’arrête en urgence pour remettre du jus dans leur véhicule ; elle est hélas rapidement rattrapée par des possédés qui les encerclent.

Ni une ni deux, Kyle, voyant le ch’tite n’enfant blond de la famille en danger, descend du toit et massacre tout ce qui a des yeux noirs et des dents pointues (quelques gothiques non possédés qui passaient par là en feront les frais) ; il finit par récupérer le gosse (il n’a pas pu sauver les parents) et… ha merde, le gosse était possédé, c’était un leurre tout pourri. On ne l’a pas vu venir ; de toute manière, tu aurais dû t’en douter Kyle : par sécurité, un gamin blond avec une coupe au bol, toujours lui carrer une balle dans la tête. Audrey tente bien de le sauver mais échoue, et c’est Michaël qui doit venir la sauver à son tour (mais il est trop tard pour Kyle la racaille). Dans la confusion, le gamin possédé a même réussi à rentrer dans la station et à tenter de tuer Charlie, mais une rafale de mitraillette alors qu’il tentait un salto entre deux tables a tôt fait de le réduire au silence.

Par contre, ça a tellement fichu les chocottes à Charlie qu’elle en accouche sur le champ ; et quand je dis sur le champ, ce n’est pas "elle commence à accoucher", c’est "en deux minutes l’affaire est pliée" ; chères mamans, vous qui me lisez, enfin vos mensonges sont balayés : l’accouchement, c’est super rapide, relativement indolore et même dans des conditions d’hygiène post-apocalyptique, ça se passe comme dans un rêve.

Sitôt le divin enfant sorti (nous sommes le 25 décembre, subtil jusqu’au bout !), les possédés pourtant venus en nombre pour encercler le bâtiment n’attaquent plus : ils ne peuvent pas approcher le Sauveur. Seul le peut un ange, ce pourquoi Michael avait été envoyé en premier lieu avant qu’il ne se décide à changer de camp. Aussi, c’est son pote Gabriel qui est envoyé : on entend les trompettes célestes peu avant qu’il n’arrive.

Des ânes et des gros boeufs : tout le monde est là selon la tradition

Maman Anderson ayant réussi à se défaire de ses liens, elle propose bien de donner l’enfant à l’archange Gabriel quand il arrivera (apparemment, dans "Ils viennent éradiquer l’humanité", elle n’a pas compris le verbe), mais son plan est vite compromis par l’arrivée du dit ange qui n’a pas dans l’idée de négocier. Michael a juste le temps de tuer Maman Anderson pour récupérer le bébé avant que Gaby ne s’en empare. Le bébé n’a beau avoir que 6 minutes au compteur, il supporte très bien le fait de voler de main en main comme un ballon de rugby, merci.

Mais au fait, à quoi ça ressemble, un ange Gabriel ?

Prenez un Gabriel. Mettez lui un pantalon moulant, une armure façon post-apocalyptique, le tout en noir et greffez lui une énoooorme paire d’ailes sombres métallisées qui ont l’avantage d’être blindées, de couper, et de permettre de voler (tout de même). Et pour 1€ de plus, tu as la climatisation. D’ailleurs, en parlant de gadgets, je voudrais vous parler de l’arme de Gabriel : la masse multi-fonction Gaby©.

Qu’est-ce ? C’est une masse d’arme mais alors, avec foultitude d’options plus magnifiques les unes que les autres ; Gaby appuie sur un bouton ? Des pointes supplémentaires en sortent ! Un autre ? Elle se met à tournoyer follement ! Encore un ? Une pointe télescopique en jaillit ! Et celui-ci ? La masse peut alors décapsuler des bières ! Et encore, je ne vous parle pas de sa fonction vibrante, du rasoir intégré (avec tondeuse pour les pattes), et de l’épilateur… C’est une sorte d’I-Masse : il y a une application pour tout. Et donc Maryse, combien pour cette masse multi-fonction Gaby© ? Combien dites-vous ? Seulement ? J’en prendrais deux.

Mais revenons à notre bon Gabriel : sitôt arrivé, sitôt il pète sa gueule à Bob avec sa belle arme. Puis, il se tourne vers Michael (qui se propose de faire diversion pendant que Jeep, Charlie, Audrey et le bébé s’enfuient en voiture, les possédés ne pouvant plus les approcher avec le gamin) qui tente bien de l’émouvoir avec un discours cucu, mais ça ne prend pas : baston il va donc y avoir, et baston il y a. Gabriel prend vite l’avantage, tant Michael n’a plus ni ailes ni masse multi-fonction Gaby©. D’ailleurs, c’est l’option pointe-télescopique intégrée qui a raison de notre valeureux héros, qui meurt… ho non ! Les gentils vont ils tous mourir ?

Saint Pierre Bellemare, dealer de masses

Probable, car Bob lui, bien que blessé, a réussi à ouvrir le gaz à fond, et lorsque Gabriel s’approche, allume son briquet. Le résultat est intéressant. Adieu, Bob.

Il ne reste donc plus des gentils qu’une voiture qui file dans la nuit quand… soudain, l’ange Gabriel atterrit sur son pare-brise visiblement assez en colère. Comment faire pour s’en débarrasser ? Ni les essuies-glace ni le lave-vitre ne paraissent suffisamment puissant pour repousser le divin soldat, et finalement, Jeep a une idée : il va rouler à fond à fond à fond.

Jeep ? Tu remarques que tu es dans une bagnole ou personne n’a de ceinture, surtout pas le bébé âgé de 15 minutes ? Et que le seul type qui a une chance de s’en sortir, c’est le mec qui est accroché à l’extérieur avec des ailes pour se barrer ?

Notre héros tente tout de même sa chance, avec sa stratégie intitulée "Tiens, si je tentais une sortie de route à 220 km/h pour voir" aussi appelée "stratégie d’Ayrton Senna". Le résultat est intéressant, puisqu’il enchaîne une demi-douzaines de tonneaux et sombre dans l’inconscience sous le choc. Oui, au moins l’inconscience, pfou.

A son réveil, il s’extraie en deux minutes de la bagnole, sous les encouragements de Charlie. Malgré son accouchement d’il y a vingt minutes, elle n’a pas perdu sa souplesse de gymnaste russe et s’est sortie du véhicule accidenté sans une égratignure. Idem pour son bébé (c’est marrant, j’aurais juré qu’un bébé non attaché à 220 à l’heure se transformait instantanément en comète), qui au pire doit avoir une fontanelle marquée, et puis n’en parlons plus. Audrey par contre, a été tuée sur le coup. Nos deux derniers héros (enfin presque trois) sont ils saufs ? Non car hélas, l’ange Gabriel n’est pas mort, et il revient pour finir le travail. Il s’apprête à tuer tout ce petit monde quand…

… du ciel surgit Michaël qui a retrouvé ses ailes et son épée de général des armées angéliques, et qui a tôt fait de désarmer Gaby le polisson. Lorsque celui-ci demande de l’achever, il répond qu’il a trop de compassion pour le faire. Même s’il sait que Gaby "n’en aurait sûrement pas autant pour lui".

Ah oui, tu m’étonnes, il t’a buté il y a quinze minutes, alors ça devrait être plus qu’une supposition mon vieux Michael. Ou alors tu as une mémoire disons… limitée ? Sélective ?

Sur ces entrefaits, Michael explique à nos tourtereaux que voilà, par leur résistance et leur foi l’un en l’autre, ils ont redonné la foi en l’Homme à Dieu ; la guerre est donc terminée, tous les anges retournent au ciel. Et nos héros s’en vont en direction d’un petit village de tentes et de ruines où des survivants ont trouvé refuge, et d’où ils vont pouvoir reconstruire la civilisation. En voix off, l’héroïne reparle de la prophétie dont lui parlait sa mère quand elle était petite. La même phrase en début et fin de film, tout se termine comme ça avait commencé : avec originalité.

FIN

Si Dieu voit ce film, je comprendrais tout à fait qu’il décide de nous exterminer. Moi aussi après tout cela je n’ai plus foi en l’Homme.

Il y a des outils qu’on ne devrait jamais mettre entre les mains de n’importe qui. Un marteau-pilon, une voiture, un tire-bouchon… Tenez : Powerpoint par exemple.

De nos jours, il est très important, pour n’importe quel orateur, d’avoir un support sur lequel il puisse s’appuyer : série d’images, de textes, etc. N’avez-vous jamais remarqué à quel point quelqu’un racontant n’importe quoi gagne instantanément en crédibilité lorsqu’il écrit des trucs et fait des flèches sur un quelconque tableau blanc ?

Moi-même, je me suis retrouvé plus d’une fois à me couvrir de craie ou de velleda pour tenter d’expliquer quelque chose à l’aide de force schémas. Sauf le jour où quelqu’un tenta de me faire faire la même chose sur un "tableau intéractif", sorte de tableau blanc qui ne gaspille pas de papier mais qui nécessite moult calibrages et conneries, ce qui revient à être moins efficace au final que Jojo la craie, qui elle en plus, ne consomme pas d’électricité. Oui, je suis un sale conservateur, mais quand un tableau tente de corriger automatiquement ma navrante graphie, confondant mes A avec mes E, mes N avec mes M, et surtout mes R avec mes V, ça n’est pas pratique. Lé pev axanpla, rous eraz rechanant plus da nel é na conpvandre, haim ? D’où mon rejet. Mais vous vous en foutez, avec raison, et nous nous écartons du sujet.

Bref, Powerpoint est devenu le meilleur ami de l’orateur. Pour peu qu’on aie à s’appuyer sur divers graphiques & tableaux, il est vrai qu’il est fort pratique. Et comme en plus il est simple d’utilisation, toute la plèbe informatique que compte notre planète se rue vers l’objet pour tenter d’impressionner le public. Ne niez pas cher lecteurs : vous aussi, vous avez envie de faire des Powerpoints. On fait tellement plus sérieux quand on a un Powerpoint.

Au même titre qune voiture ou quun pistoler à clous, Powerpoint est autant une arme quun outil. Soyez prudents.

Au même titre q'une voiture ou qu'un pistolet à clous, Powerpoint est autant une arme qu'un outil. Soyez prudents.

Cependant, il existe différents travers chez les utilisateurs de Powerpoint ; listons en quelques-uns au hasard :

  • Celui qui se contente de lire son Powerpoint, ce qu’il fait qu’il n’est plus que le support vocal, et que ce sont ses diapos qui font l’essentiel de son intervention. Souvent, c’est le genre d’ancien élève qui n’a jamais compris qu’il ne fallait pas dire "heu" toutes les 6 secondes et qui commence et termine toutes ses diapositives par "voilà". En général, il y a toujours quelqu’un pour intervenir à la 6e diapositive pour demander si le mec n’a pas une version papier/USB du Powerpoint. Ce qui est un code pour dire "Je sais lire, merci, je crois que je vais le faire tout seul, tu peux te casser".  Pas dit que le mec comprenne pour autant.
  • Celui qui vaut absolument mettre une animation moche entre chacune de ses diapositives (genre, un découpage quelconque avant la reconstruction d’une nouvelle diapo), pour montrer qu’il maîtrise le logiciel.
  • Celui qui ne sait pas arrêter le défilement de son Powerpoint et se contente de parler en appuyant de temps à autre sur "flèche gauche" pour revenir sur la diapositive qui vient de partir sans autorisation. Vu il y a une semaine encore chez un professionnel de l’informatique avec de hautes responsabilités. Si celui-ci me lit, chapeau mec, tu m’as impressionné.

Mais surtout, il y a un défaut immonde, honteux, dégueulasse. L’équivalent pour l’orateur de ce qu’un bubon purulent est à une pommette de Miss Camping. Plutôt que simplement le nommer, mettons-nous en situation.

Vous êtes un Odieux Connard  (vous aimeriez bien, hein ?), et comme vous aimez à le faire, vous vous rendez au conseil municipal de votre commune (ça peut paraître chiant, mais c’est meilleur que tous les shows de la Terre pour peu que vous aimiez les passes d’armes et les vols de poules). Et à l’occasion de celui-ci, on propose à l’ensemble des participants de visionner une revue des travaux effectués dans la commune depuis plusieurs années.

S’avance alors un type déjà bien dans sa quarantaine, qui vous est présenté comme un directeur de service municipal. Il s’installe derrière l’ordinateur au centre de la salle et double-clique avec difficulté sur son Powerpoint.

Moi je trouve ça super les Powerpoints

Moi je trouve ça super les Powerpoints

Et là, tout s’arrête.

Une immonde lumière bleue jaillit : il s’agit du fond moche sur lequel a été collé une carte de la ville ; tout autour, de petits panonceaux en violet (tout aussi moche, ce qui s’accorde atrocement au fond) indiquent les différents sites de travaux et se surlignent en vert fluo quand l’opérateur passe sa souris dessus. Je note que le globe oculaire de mon voisin semble plus laiteux qu’à l’accoutumée, alors que je tourne ma tête vers lui pour tenter de ne pas regarder en direction de ce pandemonium de couleurs de mauvais goût (ou "particulièrement bien accordées et idéales pour une chambre à coucher", selon Valérie Damidot).

Mais l’horreur ne s’arrêtait pas là.

En effet, le plan de la ville était recouvert de panneaux indiquant ici un parking, là une station pour bus, là-bas une école… Le tout uniquement constitués de gifs animés. Par exemple, le "P" de Parking arrivait en courant dans son panneau avant de repartir aussitôt. Il en allait de même du bus. Quand au panneau école, il donnait l’impression qu’une petite fille solitaire se réjouissait à la venue d’un pédophile qui l’emmenait en courant en la tirant par le bras, avant que la boucle ne reprenne. Le tout en des dizaines d’exemplaires se chevauchant les uns les autres, entrecoupés par des flèches de rond-point tournant sur elles-mêmes et autres horreurs animés.

Fier de sa création et de ses effets (comme n’importe quel propriétaire de page web immonde qui affiche fièrement sa boîte aux lettres qui saute à la rubrique "contact"), il débuta son intervention en cliquant sur le premier site de travaux, qui emmenait alors à une simple page sur fond noir avec le nom du lieu en travaux en titre et deux photos de ceux-ci.

"Voilà, heu, ici on peut voir les heu… travaux de la rue heu… Gambetta, heu… voilà" ; le tout évidemment ponctué, entre les deux photos, par un petit sigle "travaux" animé par un petit personnage creusant en boucle. Et pour aller au prochain site, il fallait évidemment revenir en arrière sur l’immonde carte (mon voisin s’effondra alors dans un terrible gargouillis) avant de cliquer sur le prochain sigle violet qui se surlignait alors en vert fluo.

Et ce évidemment, durant presque une demi-heure.

Un à un, ils tombèrent autour de moi dans cette torture visuelle menée d’une main de fer par un bourreau admirant sa propre œuvre. Je revois cet homme, s’affaisser devant moi, encaissant l’impact d’un petit pêcheur animé secouant sa canne à pêche pour illustrer les travaux d’une digue. Sur ma droite, une jeune fille poussa un cri alors qu’elle s’ouvrait les veines aidée d’un bic, souhaitant ne plus voir ce petit gif d’un sens interdit sautant sur lui-même. Sur ma gauche, alors que la cataracte gagnait promptement du terrain chez mon voisin, je vis un vieillard baver (encore plus que d’habitude, j’entends) et remplir bruyamment sa couche alors qu’il sombrait dans la folie, contemplant la danse hypnotique d’un petit tractopelle à l’écran.

Ce diaporama a véritablement existé ; la nuit, j’en ai encore des flashbacks, je cauchemarde et me réveille en sueur, dans le souvenir de ces terribles évènements.

Alors, ayez pitié de nos yeux et de nos âmes : arrêtez de tout le temps vouloir faire des putains de Powerpoints.

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