Il est, je le crains, temps d’annoncer la terrible nouvelle : ce blog serait sexiste.

Rougissez malandrins, blanchissez gourgandines, car la honte et la peur devraient à cet instant gagner votre petit coeur, vous rappelant votre écart du droit chemin vers l’égalité des individus. Enfin, je vous dis ça : c’est ce que j’ai lu, hein. Car il paraîtrait, au vu des derniers articles sur ce blog se moquant d’une analyse prouvant que le Roi Lion était une oeuvre machisto-fasciste ou accusant les FEMEN de ne pas toujours agir avec sagesse, que par conséquent il s’agirait ici de l’antre puante du patriarcat.

Bon, remarquez, j’aurais compris si les accusateurs avaient évoqué les diverses références au GHB, dissimulation de jeunes filles dans les coffres ou les sous-bois voire le fait que je me serve d’une collaboratrice comme table basse, mais cela n’a curieusement jamais été avancé. Un phénomène assez mystérieux. Et… raah, arrêtez de trembler Ludivine, ça m’empêche d’écrire correctement !

Toujours est-il qu’en cette période où l’Assemblée Nationale française a voté la proposition d’Osez le féminisme, sur le scrutin binominal aux élections cantonales, à savoir qu’au lieu d’un élu à un poste, vous aurez deux élus, un homme et une femme, pour s’assurer de lutter contre le sexisme, il convient de développer céans une notion essentielle trop peu connue :

Henri Désiré Landru à son procès, découvrant qu’on ne lui reproche pas tant les meurtres que d’avoir regardé Aladdin

L’agnoslipisme

Là où les religions peuvent se déchirer entre christianisme, islamisme, judaïsme et Nicolas Cagisme, il existe d’autres voies : l’athéisme, bien sûr, mais aussi l’agnosticisme ainsi que l’apathéisme. L’agnosticisme étant l’incapacité à déterminer l’existence de Dieu, et l’apathéisme de s’en moquer éperdument. Il en va donc de même avec le sexe : machisme, masculinisme, féminisme voire priapisme voient aussi d’autres voies de dessiner de manière proche. Ainsi, pour des raisons de simplicité, nous mélangerons l’agnosticisme et l’apathéisme en un seul concept, à savoir l’agnoslipisme : l’art de ne pas aller voir ce qu’il y a dans le slip de son prochain et de ne pas en tenir compte en dehors des situations impliquant des échanges de fluides. Bon, et puis « agnoslip », ça sonne quand même mieux que « apaslip », qui ressemble plus au cri désespéré d’un député conservateur sur une plage nudiste.

Passons.

Définition

L’agnoslipisme est donc la capacité à ne pas prêter attention au sexe d’autrui en dehors des tentatives d’accouplement, la chose pouvant alors avoir une certaine importance. L’agnoslipisme n’existe bien évidemment pas dans le hentai, où, de toute manière, tout le monde n’a que des tentacules, alors on est plus à ça près. Mais tout de même ! L’agnoslip, terme désigné pour employer un suivant de la doctrine agnoslipe, est souvent l’ennemi des quotas, puisqu’il ne comprend pas trop en quoi le contenu d’un slip peut être essentiel dans une prise de décision n’ayant objectivement strictement rien à voir. De la même manière, l’agnoslip n’écrit pas agnoslip-e-s ou agnoslipE (oui, j’ai découvert que maintenant, la mode était de rajouter un E majuscule à la fin de tous les mots pour ne pas paraître sexiste) quand il écrit quelque part, puisqu’il se fiche éperdument de connaître le sexe de la personne qu’il désigne et accessoirement, qu’il respecte la langue française, qui est un féminin, ce qui n’est pas une raison pour la violer dans des tournantes de barbarismes.

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Paris XVIIe, 1er mars 2013, locaux de la brigade des moeurs.

« Interrogatoire de Mme la Langue Française, qui vient déposer plainte pour les pratiques dégradantes qu’elle aurait subies. On vous écoute, racontez-nous ce qu’il s’est passé.
- Ils… ils étaient nombreux ! Si nombreux ! 
- Où est-ce que cela est arrivé ?
- Je ne sais plus, tout est allé si vite… parfois, ils me font du mal sur des Skyblogs… parfois sur des pétitions. Et dans des statuts Facebook, ho, si vous saviez !
- Est-ce que vous pouvez nous décrire ce qu’ils vous ont fait ?
- C’est encore difficile… 
- Indiquez-moi sur ce Bescherelle où ils vous ont touché. 
- Ici…
- Là, sur les terminaisons ? C’est immonde !
- Ils… ils y mettaient des tirets, parfois des -e placés aléatoirement… et ces majuscules, Seigneur ! Je préfère ne pas vous parler de l’emploi du pluriel.
- Je crois que… que j’ai moi aussi besoin de prendre un peu l’air soudainement… c’est si abominable… »

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Histoire

L’agnoslipisme serait né au IVe siècle avant notre ère à Athènes, lorsqu’Aspasie fille de Xénophon se rendit sur l’agora en compagnie d’Eschyle, son mari. Ils étaient venus trouver Platon qui, comme à son habitude, était en train de gaver un groupe de jeunes gens à l’aide de diverses platitudes d’où lui venait son nom, puisqu’en réalité il s’appelait Gérard Roubieux. Aspasie demanda donc à Platon : « Platon, vois donc l’Olympe : chaque Dieu y a sa compagne, formant une extraordinaire parité ! Pourquoi est-ce que nous autres, les Grecs, ne nous inspirons-nous pas de nos dieux pour faire de notre forum un endroit où pour chaque voix d’homme s’exprimerait aussi une voix de femme ?« . Le vieil homme se leva et prenant un bâton, il dessina du bout de celui-ci dans la terre humide un étrange schéma. « Vois cette grotte, Aspasie« , lui dit-il « Imagine que s’y trouvent des hommes et des femmes enchaînés, dos à la lumière du jour, qui ne voient du monde extérieur que des ombres se reflétant sur les parois, alors qu’eux-même sont tant et si bien plongés dans l’obscurité qu’ils ne peuvent voir leur propre corps. Maintenant, imagine qu’un débat éclate entre ces personnes pour savoir si l’ombre qu’ils voient sur le mur ressemble plutôt à un hippopotame ou à un éléphant : crois-tu vraiment que leur sexe à quelque chose avec le débat ?« 

Aspasie, troublée par la sagesse du vieil homme, répondit « Bien sûr que oui, car potentiellement, cela peut aider un mec à faire une trompe en ombre chinoise. » Après avoir copieusement pété la gueule à Aspasie, Eschyle et Platon la balancèrent dans la mer Egée lestée d’une dalle en marbre. Puis, ils firent jouer la garantie auprès de Xénophon, mais là n’est pas la question.

Rappelons que Platon était tellement lourd que même les pirates qui le capturèrent un jour voulurent s’en délester au plus vite. Des gens de bon sens.

Mais le mal était fait : Platon avait inventé le concept d’agnoslipisme, alors agnotogisme pour d’évidentes raisons, en invoquant le fait que l’entrejambe de son prochain n’avait pas à être prise en compte dans un débat d’idée. Il invoquait du même coup l’allégorie de la caverne, faisant ainsi la joie de quantité de copies de bac et la terreur d’autant de correcteurs.

Le comportement agnoslipe : une dangereuse dérive

Dans l’antiquité, l’agnoslipisme était relativement accepté, comme le prouve le commencement de la religion chrétienne, alors que l’on se contentait d’accepter que Dieu et les anges n’avaient pas de sexe, et que c’était très bien ainsi d’un point de vue tant religieux qu’hygiénique, même si cela donnait une image relativement chiante du Paradis comparé à d’autres religions où l’on parle de copulations à n’en plus finir plutôt que de gratter des tac-o-tac avec Saint Pierre pour gagner deux places pour le prochain concert de luth.

Mais l’Eglise finit par dériver, et commença à introduire le sexe (chut, on se concentre) dans sa doctrine (vous n’êtes pas concentrés, retirez-immédiatement ces calembours de vos esprits malades) : savoir qui a le droit de copuler avec qui, pourquoi et quand, ou tout simplement interdire la prêtrise aux femmes pour qu’il y ait au moins une robe qu’elle ne puisse pas insister pour acheter (et puis cela permettait de caser le célèbre « Passe ton âme d’abord » dans les conversations, permettant ainsi d’égayer les jours tristes d’un âge obscur où le principal loisir de la population était de construire des maisons en bouse avant la prochaine invasion des anglois).

Evidemment, si le temps a fini par effriter la foi d’une bonne partie de la population, plus guère convaincue par le fait que Dieu envoyait sa foudre sur quiconque couchait sans vouloir forcément se reproduire à la vue de Silvio Berlusconi toujours pas transformé en paratonnerre, cette volonté de voir le monde par le prisme du sexe n’a pour autant pas disparu.

Ainsi, dans une même phrase, des gens peuvent ouvertement s’insurger du fait que l’Eglise fasse des discours sur le sexe, mais applaudit des deux mains lorsque l’assemblée nationale légifère de manière contraignante sur celui-ci pour interdire à telle ou telle personne de se présenter ici ou là parce qu’elle n’est pas née avec le bon chromosome. Comme quoi, c’est rigolo l’indignation.

L’agnoslip, lui, a une doctrine simple : « le contenu de mon slip ne regarde que moi et les personnes consentantes qui iraient bien regarder« , voir éventuellement les chèvres dans certains domaines militaires, mais nous entrons la dans des cas particuliers qu’il ne convient pas de traiter aujourd’hui.

Lorsque ceci est au coeur de votre politique électorale, il ne faut pas s’étonner que le reste ne vole guère plus haut

L’agnoslip est donc généralement opposé à toute politique de quota de sexe qui, par définition, est sexiste.

Exemple : « Au nom de la lutte contre le sexisme, permettez-moi de faire entrer votre culotte dans mes critères de recrutement : alors dites-moi, qu’y a-t-il dedans ?« 

Ainsi, par exemple, là où certains se félicitent d’une avancée sur l’égalité, n’oublions pas que si, par exemple, un transexuel voulait se présenter à une élection, cela donnerait trois semaines de débats journalistiques pour savoir si, médicalement et administrativement, cette personne a le droit de s’exprimer à l’assemblée. Et ce en se basant une uniquement sur un critère n’ayant strictement rien à voir avec la choucroute. Magique n’est-ce pas ? Je trouve aussi. Je pense que la balance commerciale déficitaire du pays est essentiellement due aux imports massifs de schnouf pour alimenter tous ces nez bien inspirés (hohoho).

D’ailleurs, en cas de candidature de Vincent McDoom ou Christine Bravo, nous serions bien emmerdés de savoir dans quel quota les caser. Et j’ignore si notre budget serait suffisant pour motiver des experts à se pencher sur la question, mais passons.

L’agnoslipe français est donc très malheureux, puisque son pays est le seul à avoir ces curieuses pratiques visant à s’occuper de ce qui ne le regarde en rien pour tenter d’établir un principe d’égalité mathématique plutôt que celui d’égalité de droit (généralement d’ailleurs, vous noterez que les militants pro-quotas sont les premiers à s’opposer à « la politique du chiffre », ce qui est assez formidable). Et maintenant, il va pouvoir se retrouver à élire deux personnes à un poste, car les combattants du sexisme expliquent qu’ils refusent d’être représentés par un élu qui ne soit pas de leur sexe.

Je vous la refais autrement : « Non mais je ne suis pas raciste, mais au nom de l’égalité, je refuse d’être représenté par un noir.« 

De la même manière, j’espère qu’Osez le féminisme applaudit des deux mains cette proposition issue de ses rangs, qui interdit désormais à toute femme de se présenter sans un homme. On attend avec impatience le moment où quelqu’un va réaliser qu’une seule personne pour un seul poste, c’est drôlement plus pratique pour prendre des décisions sur un dossier, ou que deux femmes vont vouloir se présenter ensemble, et qu’au nom du féminisme, on leur interdira.

Il est donc intéressant de voir, qu’à l’heure du mariage pour tous, l’homosexualité binominale vient d’être interdite.

Ouf : heureusement que les partisans de la tolérance étaient là.

F.A.Q

Mais alors… les agnoslipes se moquent du sexisme ? Hein ? Bande de petits bâtards !

Non : l’agnoslipe ne se base que sur une règle simple :  y a-t-il une barrière à l’entrée d’une assemblée ou d’un groupe quelconque pour un sexe ? Si oui, il n’y a pas égalité de droit, l’agnoslipe s’insurge. Sinon, il se moque de savoir si un sexe est majoritaire et il s’occupe plutôt de trucs importants, comme par exemple, où se trouve la soirée barbecue la plus proche pour emmener ses interlocuteurs grognons lécher la grille en pleine cuisson.

Je porte des boxers, des strings voire parfois rien du tout, car j’aime sentir le vent fouetter mes cuisses quand je traverse Paris à vélo poursuivi par la police municipale, suis-je agnoslipe quand même ?

Vous êtes exhibitionniste, c’est un autre sujet. Ou ancien président de la République, mais là, c’est plus grave : vous vous rendez compte que vous avez géré un pays sans un binome paritaire ? Comment avez-vous fait ?

Comment puis-je savoir que je suis agnoslipe ?

Quand vous écoutez quelqu’un parler à la radio, est-ce que vous écoutez ce qu’il dit ou foncez-vous cherchez son carnet médical ? Si c’est la première solution, vous êtes agnoslipe. Si c’est la seconde vous êtes probablement un dangereux psychopathe.

Attendez, vous voudriez dire que… vous ne seriez pas un affreux machiste ?

Allons, allons ! C’est très personnel comme question, je ne peux me permettre d’y répondre. Surtout que là, déjà, je suis relativement peu concentré, j’ai un autre problème à traiter :

Ludivine, je vous ai prévenue : arrêtez de trembler ou je vous permute avec Cynthia pour me servir de tabouret.