« Votre badge Monsieur. »

Le journaliste accrocha timidement le petit objet plastifié à sa veste, notant l’imposante mention « Visiteur » sur celui-ci au point de couvrir à demi la photo qu’il venait de fournir. Il releva brutalement les yeux lorsque la sirène stridente de la grille de sécurité du couloir face à lui résonna, l’agent de sécurité de faction laissant passer un homme en blouse qui vint lui serrer la main un sourire bienveillant aux lèvres.

« Pile à l’heure, pile à l’heure ! Vous avez de quoi prendre des notes ? Bien. Suivez-moi ! »

Le médecin n’avait même pas pris le temps de le laisser répondre, filant à nouveau vers le couloir qu’il venait de quitter en invitant le journaliste à le suivre. L’endroit était sordide : des néons jetaient une lueur verdâtre sur un carrelage fatigué, alors que la faible lumière parvenant de l’extérieur jetait sur le sol l’ombre inquiétante des barreaux obstruant chaque fenêtre. Le journaliste déglutit en entendant les cris au bout du couloir.

« Ne paniquez pas, ils ont un peu bruyants, mais ah ! Inoffensifs ! Les plus agités sont dans un autre quartier.
- Vous avez souvent des pensionnaires qui vous posent problème ?
- Certaines crises de manque peuvent être violentes, mais en général, nos auxiliaires gèrent bien la situation. »

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Une porte trembla à côté d’eux, alors que le corps lourd d’un homme de l’autre côté venait de se jeter contre. Si elle n’avait pas été plusieurs fois renforcée et capitonnée, le journaliste était sûr qu’elle aurait cédé. Le médecin, visiblement habitué à ce genre d’excès, s’approcha de la porte pour ouvrir le judas qui l’ornait.

« Il faut vous calmer Monsieur Stevens !
- Docteur ! Docteeeeeeuuuuuuuuur, gémit la voix de l’autre côté, juste une ! Juste une, s’il-vous-plait !
- Monsieur Stevens, vous savez très bien pourquoi vous êtes là.
- Juste une licence ! Allez, une petite… même une vieille ! Une gratuite ! Une que vous n’aimez pas, je la prends, je vous en supplie !
- Ça suffit, calmez-vous ou je fais appeler l’infirmier.
- Non, non, nooon ! Je suis calme. Je suis très calme. Très très calme docteur. »

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Le médecin s’éloigna de la porte sous le regard étonné du visiteur, qui avait suivi le bref échange sans même le prendre en note. Il était trop surpris par la réalité qu’il découvrait derrière l’image qu’il se faisait de l’honnête établissement.

« Vous savez, ici à la Société Protectrice des Scénaristes, ce genre de scène, c’est le quotidien. Tenez, Monsieur Stevens, on l’a recueilli il y a trois semaines, on l’a trouvé abandonné sur un trottoir par ses maîtres à Hollywood… triste histoire trop commune !
- Qu’est-ce qu’il a ? Pourquoi est-il si agressif ?
- On passe des années à les abreuve de licences, d’adaptations… ils deviennent complètement accro. Au bout d’un moment, ça leur a tellement pourri le crâne que leurs maîtres les abandonnent. On essaie bien de leur trouver un studio d’adoption, mais ça demande du temps pour les réadapter.
- Comment vous y prenez-vous ? »

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Feignant de ne pas voir le journaliste noircir son calepin de ses réponses, le médecin s’approcha d’une autre porte, vitrée cette fois-ci, derrière laquelle un homme aux cheveux épars et aux gestes nerveux roulait des yeux fous en regardant un médecin, assis en face de lui, occupé à l’interroger.

« Ici nous faisons un atelier pour les réhabituer à réfléchir seuls. Là par exemple, nous notons leurs propos souvent incohérents sur une feuille, puis nous leur soumettons en leur faisant croire que c’est une licence à adapter. C’est une sorte de placebo, au bout de quelques mois nous avons de très bons résultats et certains peuvent se réinsérer dans la société.
- Et pour les autres ?
- Nous en parlerons en fin de visite. D’ailleurs je… »
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Il y eut un cri terrible en provenance de l’atelier qu’ils observaient lorsque le patient se rua sur le médecin en hurlant « C’est PAS une licence ! J’en veux une vraie MAINTENANT ! » ; deux imposants infirmiers sortirent d’une porte dérobée pour s’interposer, traînant le patient en hurlant loin de la salle. Une fois encore, le journaliste déglutit bruyamment, tant et si bien que son interlocuteur l’entendit.

« Vous savez, c’est un long chemin qu’ils doivent faire, il est normal qu’ils trébuchent parfois.
- Tout de même je… je ne m’attendais pas à ça. Heureusement que vous avez de la sécurité pour les surveiller, je crois que je ne serais pas rassuré sinon.
- Ah, ça ! Nous manquons encore de sécurité pourtant : téléphones portables qui circulent dans les cellules pour appeler des réalisateurs, échanges de licences en cachette, tenez, on en intercepte parfois de drôles ! »
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Le praticien tira de sa poche un papier chiffonné et couvert de traces laissant supposer qu’il avait été dissimulé dans un endroit peu ragoûtant.

« Lisez-moi ça !
- Hansel & Gretel chasseurs de sorcières… mais… je… c’est nul ? 
- A qui le dites-vous ! Ils en sont arrivés à un tel niveau de nullité qu’ils parviennent à écrire des films n’ayant aucun rapport avec la licence qu’ils utilisent. Là, leur histoire : quel intérêt qu’il s’agisse de Hansel & Gretel ou bien de deux autres pinpins ? Aucun ! Mais ils sont accros à la licence, c’est affreux ! »

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Le journaliste sentit son repas du matin lui remonter : pouvait-on être assez idiot pour aller chercher une licence sans aucune raison pour faire un film qui n’avait rien à voir ? Était-on tombé aussi bas ?

Pour le savoir : spoilons, mes bons !

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L’affiche : « Chasseurs », « 3D », autant de signes qui ne trompent pas quant à la bouse.

Tout commence dans une tranquille chaumière, alors qu’un couple de paysans est en train de discuter d’un sujet grave : Madame a décidé qu’il était temps d’emmener les enfants dans la forêt puisqu’ils font du bruit pendant Plus Belle la Vie. Monsieur n’est pas trop d’accord, mais préférant éviter un conflit qui dégénérera en « Je fais la gueule au lit mais si tu me poses la question, je te dirai qu’il n’y a pas de problème, bonne nuit« , il finit par céder. Papa va donc réveiller ses deux beaux enfants, Hansel & Gretel, qui ne trouvent pas du tout suspect que leur père leur annonce en pleine nuit qu’il est temps d’aller se promener dans les bois. C’est bien normal.

Evidemment, après les avoir emmenés au coeur de la forêt, le géniteur relâche sa progéniture « Allez on joue à cache-cache, comptez jusqu’à 37 puissance 12« , puis s’en va, les abandonnant à leur triste sort pendant qu’ils tentent de calculer combien cela fait. « Papa ! » crie Hansel en comprenant qu’entubage il y a eu, « Papa ! » reprend Gretel alors que le désespoir les gagne dans l’obscurité. Finalement, lorsqu’ils ont fini d’espérer le retour de leur père, et que leurs cris se sont plutôt rapprochés de « Gros bâtard !« , les marmots décident d’avancer au hasard dans la forêt.

Chemin faisant, les marmots tombent sur une demeure pas du tout suspecte : celle-ci n’est faite que de pain d’épice et de sucreries, ce qui a tôt fait d’endormir leur méfiance tant n’importe quel enfant (et certaines blogueuses) mis en face d’une demeure constituée en partie de fraises Tagada a une forte tendance à se ruer dessus dans une charge digne de Braveheart sans chercher l’embuscade. Hélas pour eux, à peine ont-ils commencé leur festin que la porte de la demeure s’ouvre, révélant une horrible sorcière qui les capture aussitôt.

Et on comprend la sorcière : non mais franchement, quand on a pas de quoi se payer des parpaings et que l’on fait construire en pain d’épice, vous croyez vraiment que ça fait plaisir de voir des morveux venir boulotter votre misérable bicoque qui en plus, a les murs qui gonflent dès qu’il pleut réduisant de moitié la surface au sol ? Quelle bande de rascals, ces enfants !

Bref : Hansel & Gretel capturés, la sorcière utilise Gretel comme esclave pendant qu’elle gave Hansel de sucreries dans l’espoir de le boulotter plus tard, puisque le cannibalisme est tout de même un hobby plus sympa que la belote. Mais profitant d’un moment d’inattention de la bougresse, nos deux héros ont tôt fait de se révolter et de la coller dans un four, avant de cruellement regarder la vieille dame se transformer en charbon. A noter que dans la bagarre, nos loulous ont remarqué quelque chose : les sorts que lançait la mémé n’avaient aucun effet sur eux… étrange !

Mais allez, voilà pour la séquence d’introduction : passons et lançons le générique !

Les années passent alors à toute allure, et nous découvrons alors via diverses coupures de presse que nos héros, loin de s’en être arrêtés à l’incinération d’une seule sorcière, ont décidé d’en faire leur métier en conséquence de quoi ils ont occis de la friponne plus que de raison, fournissant suffisamment de cendres pour tous les jardinets de l’Europe de l’Est à eux seuls. Finalement devenus adultes et célèbres, nous pouvons donc laisser le film véritablement commencer avec la fin du générique.

Rendons-nous donc dans la bonne bourgade de Boubourg, où la population locale est très excitée par un évènement très intéressant : le shérif local, Berringer, s’apprête à brûler une sorcière sur la place du marché. Le peuple est donc très excité et agite fourches et torches à foison, tout en écoutant le discours de l’homme de loi expliquant de quoi il retourne.

« Bon peuple de Boubourg, regardez bien cette femme : c’est une sorcière !
- Buuuuuurn !
- Oui mes amis ! Nous allons la châtier comme il se doit et…
- Attendez !Vous avez remarqué la moustache du shérif ? Je n’avais jamais fait attention, mais ça et le fait qu’il parle avec une voix horripilante, je ne sais pas pourquoi mais je pense qu’il pue le traître qui va mourir.
- Ah oui tiens ! C’est vrai Michel, t’as raison, non mais quelle idée aussi de porter la moustache dans un film comme celui-ci ?
- J’te jure, y en a qui doutent de rien.
- Hé ho, ça va aller tous les deux ? Vous me le dites si je vous fais chier ! Allez le peuple, on se concentre. Je disais donc, c’est une sorcière, et nous allons la… »

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Mais alors que le shérif s’apprête à en remettre une couche sur le côté allume-barbecue follement décadent des sorcières, celui-ci est interrompu une fois encore, mais cette fois par l’arrivée d’un canon de revolver contre son crâne : Hansel & Gretel sont dans la place ! Ils sont grands, ils sont beaux, ils sont tout de cuir vêtus et évidemment, Gretel porte l’indispensable décolleté de toutes les combattantes de mauvais films. Cela dit, ce débarquement impromptu et quelque peu cavalier a tôt fait d’exciter les hommes du shérif (non, pas comme ça), qui n’aiment pas trop que l’on braque ainsi leur patron. Heureusement, Gretel prend la parole pour calmer tout le monde.

« Pas de panique, peuple de Boubourg ! Nous sommes Hansel & Gretel, les fameux chasseurs de sorcières, et nous pouvons vous certifier que cette femme n’est pas une sorcière ! 
- C’est à dire qu’elle est rousse, sans famille et a l’air vaguement mystérieuse quand même.
- J’suis d’accord avec Michel.
- Ho, je te sens taquin peuple de Boubourg ! Mais vois : cette sorcière n’a pas les dents pourries, la peau dégoûtante ou les cheveux sales comme les sorcières ! (authentique : ce sont les « signes distinctifs » selon nos héros) 
- S’cusez-moi, mais en fait là vous venez de faire la description de tous les figurants puisque l’on est censés être des bouseux du cru, alors il faut tous nous brûler, c’est ça ?
- Ouais, parce que du coup, le fait que ce soit la seule avec les dents brossées, la gueule propre et les cheveux qui flottent dans le vent du soir, c’est quand même d’autant plus suspect.
- Raaaah, écoutez-moi, je suis Gretel de Hansel & Gretel quand même ! Puisqu’on vous dit que les sorcières ont naturellement une apparence de méchantes, arrêtez de gueuler !
- Aaaaah ouais okay. Nan, si elles ont naturellement la gueule de travers, d’accord. Heureusement qu’elles sont connues pour ne pas savoir faire de la magie et changer d’apparence alors ?
- Sérieusement Hans et Greta, pourquoi on devrait croire vos conneries ?
- Parce que nous sommes deux allemands en manteaux de cuir qui vous disent qu’ils poursuivent des gens aux nez crochus qui font le sabbat pour les mettre dans des fours. 
- …
- Ah ouais. C’est vrai que dit comme ça, j’ai tout de suite envie de collaborer. »

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Attention : dans cette image, retrouve la seule personne condamnée à mort. Un indice chez vous : Tom Selleck.

Après avoir dissipé le terrible malentendu avec le peuple de Boubourg, nos deux héros libèrent donc la jeune femme menacée de faire du cosplay extrême de Jeanne d’Arc en insistant bien sur le fait qu’une sorcière ne pourrait dissimuler son apparence, et que la belle rousse – prénommée Gertrude – est donc innocente. C’est bien noté. le shérif, furieux de cette interruption, apprend que les deux chasseurs ont été recrutés par le maire de Boubourg, car depuis des mois, des enfants se font enlever en ville et le shérif n’est jusqu’ici parvenu à aucun résultat. Berringer, blessé par cette interruption, tente bien de faire un esclandre mais dans l’affaire, Gretel lui pète le nez parce qu’elle est comme ça, mais ouais. J’en profite pour glisser qu’Hansel, pendant ce temps, et tout le long du film ne fera qu’une chose : prendre la pose avec son fusil sur l’épaule, ce qui ne tirera jamais d’un figurant un « Je suis derrière vous bougre de con, arrêtez de faire ça ! » ou même du cerveau d’Hansel le fait qu’en combat, il dégaine deux fois moins vite en jouant le poseur, mais passons.

Nos héros décident donc de commencer leur enquête pour savoir ce qu’il est advenu des enfants kidnappés, et plutôt que de se renseigner sur les disparitions (détail), décident donc de se rendre dans une forêt voisine pour tabasser une sorcière au hasard. C’est ce qu’on appelle avoir le sens de la justice ou du pogrom. Bref : nos deux héros ont tôt fait de trouver une demeure de sorcière et d’y rentrer à coups de botte pour menacer l’hideuse maîtresse des lieux. Chose amusante : on constate qu’Hansel & Gretel, malgré le fait qu’ils chassent les sorcières depuis leur enfance ont toujours un modus operandi digne des plus grands, à savoir :

  • Etape 1 : on entre en faisant plein de bruit (il ne faudrait pas avoir l’avantage)
  • Etape 2 : on regarde la sorcière la bouche en coeur en faisant « Ho ! » (non parce qu’ils n’en ont jamais vu, alors à chaque fois ils sont étonnés)
  • Etape 3 : la sorcière profite de la surprenante surprise des deux blaireaux pour essayer de se barrer
  • Etape 4 : nos héros tirent partout, sauf sur la sorcière (leur compétence au tir varie beaucoup selon les séquences du film)
  • Etape 5 : s’ensuit une course-poursuite (durant laquelle Hansel finit toujours accroché à quelque chose ou quelqu’un)
  • Etape 6 : puis arrive une baston au corps à corps pleine de poncifs (« Aïe le coup de poing », « Mon arme a glissé au sol ! », « Je rampe vers elle, raaah »)
  • Etape 7 : et pour finir, arrestation de la sorcière par un quelconque coup de bol

Mais à part ça, ce sont de vrais pros.

Bref, après avoir arrêté la sorcière et l’avoir passée à tabac, nos héros reviennent en ville pour annoncer la nouvelle : bon, la sorcière ne savait rien. D’ailleurs, elle ne savait tellement rien qu’elle avait chez elle un curieux document parlant de la « lune rouge », un phénomène qui n’arrive qu’une fois par génération et fort sacré pour les sorcières maléfiques, et qui va bien évidemment arriver dans trois jours. Evidemment, vous vous doutez bien que cela n’aura strictement rien à voir avec le coeur de l’intrigue. Non parce que si c’était le cas, ça voudrait dire que la sorcière avait plein d’informations, voire savait tout en fait. Et donc que nos héros racontent n’importe quoi.

Et ça, ce serait complètement incohérent : ça ne risque donc pas d’arriver, pas vrai, ouf. Hein? Hein ?

De son côté, le shérif Berringer, probablement guidé par sa moustache maléfique, a décidé qu’il n’allait pas se faire doubler par Hansel & Gretel : il a donc recruté un petit groupe de pisteurs du coin en leur proposant d’aller, dès cette nuit, inspecter la forêt à la recherche des enfants disparus (on notera donc qu’il n’a jamais eu cette idée avant, quitte à en plus le faire de jour). Les hommes insistent bien en disant que rooooh, quand même, la nuit chez les sorcières, c’est très con comme idée. Le shérif insiste donc en disant « Oui, c’est très con, mais j’ai du pognon » : les larrons décident donc que c’est une excellente soirée pour mourir et se mettent en route. A noter qu’ils sont tous plus ou moins laids et/ou possesseurs d’une pilosité faciale aléatoire.

Et évidemment, ça ne rate pas : une fois au coeur des bois, la petite troupe fait étape et allume un feu pour se sustenter, lorsque surgit soudain de l’obscurité une ravissante femme.

« Bonsoir, étrangers, que faites-vous si tard au milieu de ces dangereux bois ?
- On attend que le script annonce notre mort. 
- Et là il vous dit quoi ?
- Là il nous dit de ne surtout pas nous méfier ou braquer la femme super mystérieuse vêtue de noir qui vient d’apparaître en pleine nuit au milieu d’un territoire réputé pour ses sorcières. D’ailleurs sitôt que vous nous attaquerez, on jettera tous nos armes sans raison pour ne surtout pas se défendre.
- Ah oui. Quand même.
- Oui, hein ? 
- Allez, faisons vite, j’ai honte rien que d’être dans ce film, je crois que je préférerais animer une foire au boudin. »

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Et en effet, la bougresse n’est pas simplement une belle damoiselle, puisque ses traits se déforment rapidement pour révéler… une sorcière !

Ah bin ça ! Des sorcières qui peuvent changer d’apparence, c’est vraiment fou.

Toujours est-il que la gourgandine a tôt fait de bourrer la gueule de tous les pisteurs de diverses manières (alors dans ce film, sachez que les gens meurent tout de même essentiellement par décapitation/explosion de tête ; un curieux fétichisme), n’en laissant qu’un survivre pour revenir jusqu’à Boubourg et annoncer à la taverne du coin, où Hansel & Gretel ont décidé de passer la soirée, que la sorcière des bois les conchie d’une force, mais alors (en substance, hein, c’est un spoiler) ! A noter que nos héros ont rencontré dans l’endroit un jeune homme qui les idolâtre, Ben, et se rêve chasseur de sorcières lui aussi. J’en profite pour signaler que l’homme qui a transmis le message a littéralement explosé à la fin de son propos, tant les sorcières aiment donner un côté coloré à leurs annonces. C’est leur côté blogueuses.

La nuit étant désormais tombée depuis un moment, nos héros décident d’aller se coucher (un mec vient juste d’exploser, pas de quoi s’agiter quoi), et la pauvre Gretel se réveille après avoir rêvé de sa mère : c’est rigolo, à chaque fois qu’on lui parle de sorcières, elle rêve d’elle. Je me demande bien ce que cela veut dire, hmmm. Des fois que le spectateur n’ait pas bien compris, elle s’interroge aussi à voix haute : « Hansel, ne t’es-tu jamais demandé pourquoi nous étions immunisés aux sorts des vilaines sorcières ? » mais son frère se contentant de lui répondre « Ta gueule, je dors » avant de se tourner sur le côté, laisser ses sphincters se relâcher puis se rendormir, elle ne creuse pas plus la question.

Le lendemain matin donc, il est temps de reprendre la chasse à la sorcière ; Hansel se rend donc au marché local pour acheter un peu d’équipement où il recroise Gertrude, la rousse damoiselle qu’il avait sauvé d’un mercredi des cendres anticipé. Celle-ci l’approche donc malgré le terrible côté dark de notre héros, en faisant des bruits comme « glousse, glousse » ou « huhuhuhu« . La discussion s’engage vite avec la pintade, et malgré le spam intensif de Gertrude à base de « Toutes les sorcières ne sont pas méchantes », « Y en a des bien » et « Tu sais tu pourrais tomber amoureux d’une sorcière, genre à tout hasard une rousse, tout ça *CLIN D’OEIL* », le bougre ne remarque rien de suspect dans la conversation. Bravo, heureusement que tu chasses les sorcières mec, ton détecteur a l’air performant.

Après le stade « J’ai tout le temps mon arme sur l’épaule pour avoir l’air cool », il y a le stade « On dirait que je fais un câlin à mon arme »

Mais justement : Hansel sent soudain une grande faiblesse l’étreindre ; non pas qu’il réalise enfin le niveau du scénario et des dialogues, mais simplement qu’il fait du diabète puisqu’ayant été gavé de sucreries par une sorcière petit, de temps à autres, ce n’est pas la grande forme (il utilise la même excuses pour justifier ses caries et son haleine de chacal mort). Il s’injecte donc son insuline sous les yeux de Gertrude, qui lui dit pouvoir l’aider car elle connait bien cette maladie mais… Hansel s’en fout.

Il est bien cet Hansel, en fait. Il tombe sur une sorcière qui a plein d’infos, ça ne l’intéresse pas et il revient en ville en disant qu’il n’a rien trouvé, une nana l’aborde en lui disant grossièrement qu’elle aussi, elle chevauche son balai la nuit, il ne comprend pas, et enfin quand on lui dit qu’on peut le guérir de sa petite faiblesse, il s’en moque aussi.

Enfin un personnage avec lequel s’identifier : moi aussi, j’ai le plus grand mépris pour ce qu’il se passe sur l’écran.

Bref : sur ces entrefaites, Hansel se sépare de Gertrude malgré le petit plan drague qu’elle a tenté sur lui, et s’en va dans les bois avec sa soeur pour tenter d’attraper une autre sorcière. Et ça tombe bien, car au fond des bois, la sorcière Muriel (celle qui avait tué les pisteurs et pouvait prendre l’apparence d’une nana pas trop moche) et ses deux complices, A & B, discutent tranquillement alors que les enfants kidnappés les regardent, inquiets, dans des cages tout autour d’elles. Muriel a en effet trouvé un moyen d’immuniser de manière définitive les sorcières au feu grâce à une potion qu’il faut réaliser le soir de la lune rouge ! Et elle a déjà invité toutes les sorcières à venir partager le breuvage, hohoho…

… hoho ? Oui donc, je confirme : la sorcière il y a quelques scènes « qui ne savait rien » savait donc tout. Misère, c’est d’un nul.

En tout cas, après ce petit échange, B a décidé d’aller se promener dans les bois en plein jour parce que… heu, rien. Et soudain, elle entend un enfant crier qu’il est perdu ! Vite, elle fonce dans cette direction pour aller croquer un bout du marmot, lorsque soudain, elle réalise qu’il ne s’agit que d’un mannequin à côté d’un tourne-disque : c’est un piège !

Mais heureusement, un piège nul (ouf, j’ai eu peur) car nos héros emploient leur méthode habituelle consistant à faire n’importe quoi pour tout faire échouer (ça valait le coup de faire un piège) avant de se lancer dans une course poursuite absurde avec la sorcière, jusqu’à la capturer sur un coup de bol (non sans qu’Hansel ne se soit retrouvé accroché au balais de la fuyarde, etc, vous avez saisi). La bougresse est donc ramenée en ville pour interrogatoire, et c’est donc parti pour une séance de coups d’annuaires dans le museau au fin fond d’une cellule locale.

Et puisque l’on a décidé que le personnage d’Hansel n’aurait pas le droit à une ligne de dialogue cohérente, c’est parti :

« Parle sorcière, ou je te rabote le groin !
- Non ! 
- Tiens ! *Hansel lui caresse le visage poing fermé*
- Ah ! Ouïe ! Très bien, très bien, je parle : le soir de la lune rouge, le sang de douze lunes sera versé, nous y ajouterons un ingrédient qui…
- Bah ! Elle n’a rien à nous apprendre, elle est inutile. »

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Et il se dirige vers la porte. Je n’invente rien : pile au moment où la prisonnière se met à table, Hansel déclare qu’en fait, ça ne l’intéresse pas. Mais ? MAIS ? C’est impossible, ce film a été uniquement basé sur des paris pris un soir de cuite ? Expliquez-moi ?

En tout cas, Gretel, contrairement à son blaireau de frère, comprend que la sorcière est en train de balancer des informations exploitables : elle a parlé du sang de 12 lunes a versé, et 11 enfants ont été kidnappés, tous nés un mois différent, et 6 garçons et 5 filles. Il faut donc aller trouver la seule petite fille née en avril de Boubourg, vite, elle est en danger ! Nos héros, après avoir consulté le registre local, sont donc prêts à s’élancer quand soudain dans le ciel de la ville, Muriel la sorcière et son acolyte A paraissent sur leurs balais… et commencent à jeter des boules de feu sur les demeures du cru ! Les toits s’embrasent, l’ambiance aussi, et Hansel & Gretel décident de se disperser en groupes de un, le chasseur filant chercher la petite fille en danger pendant que la chasseuse restera ici à défendre la cellule de B, que Muriel ne manquera pas de venir chercher.

Faisons la brève : les figurants courent partout en ignorant complètement les sorcières qui se baladent dans les rues en marchant en souriant, le shérif et ses hommes sont partis faire caca, quant aux habitants qui défendent leurs maisons, à chaque fois qu’ils voient une sorcière, plutôt que de tirer, ils font « Ho ! » en attendant gentiment de se faire latter. C’est… excusez-moi, je baillais. C’est répétitif. En parlant de répétitif, vous ai-je parlé d’Hansel, qui se bat avec une sorcière n’importe comment avant de finir accroché à son balai pendant qu’elle s’enfuit ? Original, ça aussi. Gretel, elle, participe à l’illogisme général consacré à sa manière, par exemple en attendant gentiment que la sorcière se pointe, faisant « Ho ! » la bouche en coeur en la voyant, lui laissant 12 fois le temps de l’attaquer, puis tirant à côté de sa cible 40 fois à bout portant.

Remarquez, c’est vrai que quelque part, le film a sa propre logique : chaque scène d’action suit le même rituel.

Bref : Mumu la sorcière tombe sur le chou de Gretel, avant de lui raconter son plan (tant qu’à être là, hein, on a bien deux minutes !), à savoir que le dernier ingrédient pour sa super potion permettant d’ignifuger les sorcières… c’est elle ! Ho bin ça ! Mais avant qu’elle ne puisse en dire plus, Gretel parvient à s’échapper, et s’effondre finalement dans les rues de Boubourg pour n’être dissimulée aux yeux des sorcières patrouillant la ville que grâce à l’intervention de Ben, leur fan number one. Déçues, les sorcières décident donc de se barrer de là, emmenant la prisonnière B avec elles pour qu’elle retrouve sa place au coeur de la forêt. Précisons que dans l’assaut, elles ont été aidées d’un troll, un énorme humanoïde qui a emporté la petite fille que les enchanteresses étaient venues chercher, avant de repartir à pied, pépère, sans que personne ne l’ennuie.

Sinon, tous les mecs du shérif que l’on voyait armés au début, j’insiste mais ils étaient où ? Ah oui, partis, caca, tout ça.

« Regarde Gretel on dirait le script ! J’ai comme l’impression que mon amour propre vient de partir avec mon cachet pour ce film »

Le lendemain, donc, Gretel se réveille dans un chiche logis de la cité, alors que le jeune Ben est occupé à la nettoyer de toute la suie due aux incendies qu’elle a sur le corps, s’attardant un peu pour lui tripatouiller les roploplos. Après lui avoir fait les gros yeux et rappelé que ce n’est pas parce qu’on s’endort n’importe où dans un état second que l’on est consentante, Gretel discute avec lui des derniers évènements : les incendies ont causé de nombreux morts, les sorcières ont kidnappé une petite fille et libéré leur prisonnière, Hansel a disparu à la poursuite d’une des vilaines, et en gros, le moral des troupes est bas à Boubourg. Gretel papote donc un peu avec Ben, rajoutant une cerise pourrie sur le gâteau de daube, en expliquant par exemple que « Chasseur de sorcières est un métier qu’on ne choisit pas ». Ah oui donc uniquement parce que tu as échappé à une sorcière petite, tu étais OBLIGEE de devenir une chasseuse. Impossible de devenir comptable ou consultante en consulting. Tiens, c’est pareil, j’ai un ami qui un jour a failli se faire écraser sur un passage piéton. Depuis, il tabasse toutes les voitures qu’il croise : il est obligé, comprenez-vous ?

Toujours est-il qu’entre deux dialogues pourris, Gretel tombe sur une des nombreuses coupures de presse sur les sorcières que Ben garde chez lui en espérant un jour faire carrière dans la chasse à la jeteuse de sorts, et quand bien même sur la coupure se trouve un dessin qui ne ressemble à rien, avec une femme blonde parfaitement inexpressive, Gretel reconnait instantanément sa mère, qui était pourtant brune et n’avait pas du tout la même tronche.

Ne me demandez pas pourquoi ils se sont embêtés : il suffisait de faire un peu de coloriage au dessin pour le rendre plus crédible, ou même de rajouter un signe distinctif à la mère du genre un grain de beauté fait au Velleda juste pour expliquer comment Gretel pouvait la reconnaître sur un dessin aussi pourri soit-il, et c’était bon.

Mais non : c’eut été ne pas se foutre du spectateur, et ça, jamais ma bonne dame ! A 50 millions de dollars de budget, ça coûte cher, un feutre.

Toujours est-il que l’article explique que la mère de Gretel était en fait une sorcière selon les habitants de Boubourg, et que même si elle n’a jamais avoué, on lui a brûlé la tronche pour lui apprendre, à cette gourgandine. Cela commence donc à éveiller de vagues soupçons chez Gretel mais… hmmm… vagues alors, hein. Ne perdons pas le spectateur en route Déjà, elle doit partir chercher Hansel : elle file donc vers les bois pour utiliser la meilleure méthode qui soit, à savoir, courir dans une direction aléatoire en hurlant « Hanseeeeeel ?« . Hélas pour elle, la seule chose sur laquelle elle tombe est non pas une randonnée nudiste, ce qui aurait pu rendre les choses intéressantes, mais la troupe du shérif, qui lui tend une embuscade et la malmène au motif qu’ils accusent Gretel d’avoir provoqué l’invasion de sorcière de la nuit précédente.

Ah oui : la nuit où les hommes du shérif avaient disparu du script. J’aime bien ce petit côté « Appuyons bien fort sur nos ratages ».

Mais le tabassage de jeune fille tourne court, puisque non loin de là, une créature entend les cris de la jeune fille : le troll qui a kidnappé la petite fille ! Celui-ci, occupé à danser avec des musaraignes ou je ne sais quelle autre activité typique des amis de la forêt, approche de l’origine des sons et découvre Gretel en train de se faire botter les fesses : avant que tout ne vire à la tournante moustachue, il rentre donc dans une rage terrible et sort en hurlant de sa cachette pour violenter du margoulin ; de manière très étonnante, il tue donc tous les hommes du shérif, puis le shérif lui-même, ce qu’on ne voyait pas du tout depuis le premier plan du film après le générique centré sur sa moustache. Cela fait, le troll emmène la jeune femme inconsciente et mal en point jusqu’à une petite source où il la soigne, la fait boire et lui explique en grognant qu’il se nomme Edouard et qu’il l’a aidée car « Il est au service des sorcières. » Puis il l’abandonne là, la laissant libre de tenter de retrouver son chemin.

Ah non mais je ne vois toujours pas venir le seul rebondissement du film dites-donc. Je me demande bien ce que c’est.

Sauf qu’Hansel n’est pas du tout dans la direction supposée : lors de la course-poursuite où il a fini, comme toujours accroché au balai d’une sorcière fuyarde, il a terminé dans un arbre, et évidemment, qui le trouve en plein milieu des bois ? Gertrude, la gentille rousse ! Voyant notre héros mal en point et blessé, elle l’aide donc en l’emmenant jusqu’à un étang dont l’eau guérit les blessures. Vous aussi vous avez noté comme tout manque de la moindre once de créativité ?

« Bon les mecs, faut qu’on fasse deux scènes différentes, nos héros sont séparés.
- Heu… on dirait que Hansel se bat avec une sorcière et s’accroche à son balai quand elle fuit ? Et que Gretel fait « Ho ! » en voyant un ennemi ?
- Mmmoui… quelqu’un d’autre ?
- On pourrait faire la même scène en double. Du genre Gretel est sauvée par un troll qui l’emmène se soigner avec de l’eau magique, et Hansel fait pareil.
- Deux trolls ?
- Ah non, merde.
- Si on remplaçait le second troll par une rouquemoute ?
- Bien joué Berthier ! On reste dans le ton ! Sortez les caméras, on est prêts ! Quel puissant brainstorming mes amis ! »

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Avantage tout de même à Hansel : lui a la chance de pouvoir se baigner nu avec sa nouvelle copine, qui bien vite, lui fait des bisous avant de lui indiquer le chemin pour rentrer à Boubourg puisque la nuit va tomber. Evidemment, à aucun moment Hansel ne lui dit « Attends attends, comment ça je rentre seul ? Aux dernières nouvelles, tu habites Boubourg, alors pourquoi resterais-tu seule au coeur des bois hantés par les sorcières la nuit ?« . Mais là encore, cela ne choque pas notre héros, qui repart donc en sifflotant.

Vous avez déjà entendu le son typique d’un suicide de tympan ? Moi, oui, à cet instant exact.

Mais hélas, notre héros se perd quelque peu… et finit par tomber sur une énième maison au milieu des bois (ho bin ça !) où il décide de passer la nuit pour avoir un abri. Mais à peine rentré, il tombe nez-à-nez non pas avec une sorcière à qui botter le groin, mais avec sa propre soeur ! Mieux encore, en visitant la maison, nos héros découvrent… qu’il s’agit de celle de leur enfance ! MAIS QUELLE COÏNCIDENCE !

Oui : jusqu’ici, ils ne se rappelaient pas qu’ils avaient passé toutes leurs jeunes années à côté de Boubourg. Détail. Sérieusement ?

Accessoirement, ils trouvent aussi, sous le plancher de la demeure… un antre de sorcière ! Vide depuis des années, semble-t-il. Hansel s’exclame donc « Ça alors, on a grandi à côté d’une antre de sorcière ! » puisque définitivement, chacun de ses dialogues semble avoir été écrit par un marcassin sous acides. Gretel s’apprête à lui expliquer qu’il est quand même drôlement con, quand soudain, la porte de la demeure s’ouvre en battant : Mumu la sorcière les a retrouvés !

Mumu ou la preuve que tout ce que racontaient les héros depuis le début était de la daube.

Comment ? On en sait rien. On pourrait bien supposer que c’était grâce au pouvoir de sa magie, mais comme dans le même temps, lorsqu’elle a attaqué la ville, elle avait été incapable de localiser Gretel lorsqu’elle s’était enfuie, on va juste supposer que c’est nul. Une supputation audacieuse, j’en conviens. Mais oui, je suis comme ça.

Toujours est-il que Muriel, en bonne méchante pourrie, commence par révéler son plan :

« Haaaa, Gretel ! Cela faisait des années que j’étais à ta recherche… tu n’étais qu’une enfant à la dernière lune rouge ! Car le dernier élément pour ma potion d’immunité au feu est le coeur d’une sorcière blanche, une sorcière gentille. Or, la plus puissante d’entre elles était… TA MERE !
- Ta mère toi-même !
- Tais-toi Hansel ! Elle essaie d’expliquer le scénario aux deux derniers qui n’auraient pas compris.
- Oui, bon, je disais : votre mère, Ariana ! Maiiiiiis… je ne pouvais pas vaincre votre mère, elle était trop forte… alors j’ai fait courir la rumeur à Boubourg qu’elle était une sorcière, et comme les sorcières blanches n’ont pas le droit d’utiliser leurs pouvoirs contre les humains, ils sont venus la brûler sans qu’elle puisse se défendre, hohohoho ! Mais elle avait compris que je voulais un coeur de sorcière blanche… et si ça ne pouvait être le sien, alors ce serait le tien, Gretel ! Mais elle avait pensé à vous abandonner dans les bois avant l’arrivée des paysans et… vous avez disparu… jusqu’à aujourd’hui ! Maintenant, tu es à m…
- Pardon Madame Mumu, mais je peux poser une question ?
- Heu, bien sûr mon petit Hansel.
- Pourquoi ma mère ne s’est pas juste planquée avec nous dans sa batcave, là, son antre sous la maison que même nous en vivant là nous ne connaissions pas ?
- Heu… je…
- Ou même tout simplement : pourquoi ne s’est-elle pas planquée dans les bois avec nous ? Et hop, c’était plié.
- Haaan, ouais. Pas con.
- Oui. C’en est presque gênant.
- Bon, vous savez quoi ? Et si on se battait ?
- Vendu ! »

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Le combat éclate donc, et rapidement, Mumu a le dessus : elle poignarde Hansel, le faisant choir au travers du plancher dans l’antre de maman, puis met Gretel hors de combat avant de l’emmener loin de là. Quel instant tragique.

Tragique comme dans « ce film est une tragédie« . Mais non, pas comme ça : l’autre.

Quelques heures plus tard, à son réveil, Hansel après s’être demandé ce qu’il avait foutu hier soir pour avoir aussi mal à la tête est déjà très étonné de ne pas être au paradis des héros moisis, mais voici qu’en plus découvre en face de lui Gertrude… qui a complètement refermé sa plaie pourtant mortelle ! Hansel comprend donc la vérité :

« Gertrude ! Tu es… UNE SORCIERE ! Comme 100% des personnages féminins de ce film, HO BIN ÇA ALORS !« 

Notre héros a donc le droit à une explication sur le fait qu’il y a des méchantes sorcières et des gentilles, et qu’elle fait carrément partie du clan des Bisounours, des sorcières cucus qui aiment les flash-mob du Parti Socialiste. Elle ajoute qu’elle peut aider Hansel à retrouver sa soeur car elle a trouvé dans l’antre (là encore, d’ailleurs, ne me demandez pas comment elle aussi a su qu’il fallait venir ici) un objet très puissant : le grimoire de Jean-Jacques le sorcier des temps anciens ! Un artefact très puissant, qui attendait là depuis des années, car évidemment, Mumu n’avait pas pensé, après avoir buté la plus puissante des sorcières blanches, à aller voir s’il n’y aurait pas du loot dans son antre comme on dit dans les forums les plus maudits du net.

Formidable.

Gertrude explique donc que grâce au grimoire, il est possible de faire des choses rigolotes, comme par exemple invoquer Patax ou enchanter des armes pour qu’elles passent toutes les défenses des sorcières : parfait, se dit Hansel, non parce que j’ai un peu toute une armurerie à bénir. Allez hop les amis : ce soir, c’est la lune rouge, alors Gertrude et Ben l’apprenti-chasseur, vous m’accompagnez, nous allons libérer Gretel et stopper ce terrible rituel ! Ni une, ni deux, la petite troupe se met en branle et à la nuit tombée, va poser des pièges tout autour de l’endroit où les sorcières ont prévu de se réunir, avant de laisser Ben sur place pour tirer sur les fuyardes qui tenteraient d’échapper au futur massacre, pendant que Hansel et Gertrude approchent de la petite plate-forme rocheuse non loin où les vilaines sorcières sont en train de se réunir. Et où Mumu est en train de haranguer les dizaines de sorcières déjà sur place.

« Sorcières ! Mes soeurs ! Ce soir, nous sacrifierons douze enfants, et prendrons le coeur à Gretel, la sorcière blanche puisque fille de sorcière blanche, pour compléter une potion qui, sous la lune rouge, nous immunisera au feu pour toujours, hahaha HAHAHA !
- Mais pas aux décapitations ?
- Non.
- Ni aux fusils ?
- Non plus.
- Ni aux lames ?
- Encore moins. Idem pour la noyade.
- Okay donc si je résume : nous serons immunisées aux flammes, soit simplement aux bûchers, à savoir la seule arme que l’on emploie contre nous uniquement lorsque l’on est déjà prisonnière de l’ennemi.
- Voilà.
- Et à votre avis, que se passera-t-il lorsqu’ils verront que l’on ne brûle pas ?
- Et bien je… ils nous décapiteront ? Fusilleront ? Poignarderont ? Noieront ? Buteront, quoi ?
- Donc ?
- Okay : sorcières ! Mes soeurs ! Je suis fière de vous convier à cette grande soirée de la lune rouge, où nous allons pouvoir boire une potion QUI NE SERT STRICTEMENT A RIEN A PART PEUT-ÊTRE A POUVOIR CUISINER DES TARTES AUX POMMES SANS SE BRÛLER ! »

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C’est si enthousiasmant. Quel film.

Bien, justement, finissons-en : Hansel et Gertrude se placent chacun d’un côté de la plate-forme rocheuse, Gertrude ayant avec elle une mitrailleuse lourde bénie (mais si), alors qu’Hansel a fait bénir son gros fusil aussi. Il se pointe donc au milieu de la réunion, son arme sur l’épaule comme à son habitude, et annonce qu’il vient libérer sa soeur. Les sorcières rient très fort, annonçant que leurs sortilèges les protègent des balles, mais font vite moins les cakes lorsque le plomb commence à voler et à les tuer sans grand souci : on sent que le désarroi monte d’un cran. Un mouvement de panique gagne donc la petite communauté, alors que Gertrude fait cracher la sulfateuse pour transformer la zone en Omaha Beach du pauvre. Les sorcières tombent une à une, y compris la pauvre A, bientôt rejointe par B. Les fuyardes sont elles prises dans les pièges à l’extérieur, et finalement ne reste guère plus que Mumu (ça alors !) qui tente de s’en prendre à Gretel alors que la lune rouge, bien haute dans le ciel, débute.

Un objectif audacieux digne d’un sabbat de sorcières.

Edouard le troll, qui a l’air de bien aimer la petite Gretel, s’interpose pour la sauver et la libérer des liens qui la retiennent prisonnière, mais sitôt cela fait, Mumu, colérique, lui envoie un sort qui le fait choir de la plate-forme loin en contrebas. Gretel est bouleversée par la perte de ce personnage nommé Edouard, symbole de tant de mauvais films, et profitant du fait que Mumu, comprenant que ça sent le pâté, mette les voiles, elle descend le plus vite possible rejoindre le troll en contrebas.

A noter que durant ces 30 secondes, on voit que la lune rouge s’arrête.

Hé bé, il fallait être rapide.

Mieux encore, il fait soudainement jour alors que nous étions au coeur de la nuit : intéressant ! Mais ne nous en arrêtons pas là dans le ridicule : sitôt arrivée auprès du troll, Gretel constate que ce bougre d’Edouard a l’air d’avoir le coeur qui ne bat plus : pas de problème, sortant de sa poche un taser (Si, si ! D’ailleurs que faisait-il avec elle alors qu’elle était prisonnière deux minutes auparavant, mystère !), elle s’en sert pour relancer le coeur de la bête, et ainsi la sauver.

Oui. Vous avez bien lu : l’héroïne invente le défibrillateur.

Pendant ce temps, et alors que vos neurones meurent un par un, Hansel est parti à la poursuite de Mumu, mais pour une fois, n’a pas réussi à s’accrocher à son balai. La méchante sorcière ne tombe pas dans un piège, elle, et se fait simplement abattre comme un vulgaire B-17 au-dessus de Berlin par la DCA locale, ici incarnée par Ben et un gros fusil. Se traînant dans les bois, blessée elle a le temps d’atteindre avant qu’Hansel ne la rattrape… la maison en pain d’épice de leur enfance !

C’est fou comme le monde est petit.

Et c’est fou comme le temps passe : il fait à nouveau terriblement sombre, et pas seulement à cause de la forêt, alors qu’il faisait grand jour il y a là encore 15 secondes ! Breeeeef.

Celle-ci, bien qu’abandonnée depuis des années, est encore debout. Mais Mumu attend de pied ferme : pour commencer son embuscade vengeresse, elle tue Gertrude, la laissant agoniser dans les bras d’Hansel façon « Accroche-toi Gertrude, j’entends les hélicoptères ! » « Raaah, non, arrête Hansel, je sais que j’suis foutu je… je voulais te dire… je… je t’…a… raaaaarrrrgh« . C’est donc un Hansel grognon et nourri aux dialogues vus et revus qui s’avance dans la maison de pain d’épice pour aller en finir avec la bougresse, et est bientôt rejoint par Gretel pendant que Ben est occupé… à faire du rien. Bien bien bien. Les deux chasseurs se battent donc face à la vilaine sorcière jusqu’à ce que finalement, respectant minutieusement le poncif dit du « Grand combat final dans un endroit abandonné avec les armes qui glissent au sol, les gens qui rampent et le combat à mains nues. ». Finalement, et c’est le seul moment de gloire du film, nos héros décident d’utiliser la seule arme qui en vaille la peine pour en finir avec une fille un peu collante :

Une PELLE

Après quelques coups, Mumu la ramène un peu moins, et une fois décapitée, on peut même dire qu’elle fait preuve d’un certain mu(mu)tisme (pardon). Hansel & Gretel, malgré les épreuves, sortent donc vainqueurs et ont donc en plus massacré un nombre improbable de sorcières en une seule fois. On peut donc dire qu’ils sont définitivement les meilleurs chasseurs de sorcières ! Et donc, en selle, Gretel, car voici venir la F…

Non ! Une ultime séquence nous présente désormais Hansel, Gretel, Ben et Edouard le troll formant désormais une équipe de choc pour traquer les sorcières, et voyageant désormais dans des contrées exotiques pour toutes les tabasser jusqu’à la dernière et alors que les spectateurs prient pour être libérés de cette bouse infâme…

… FIN !

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« Et bien, merci docteur je… je n’imaginais pas la SPS comme cela.
- Je vous en prie, il faut que les gens sachent quel fléau frappe Hollywood. Je vous souhaite une bonne journée.
- Attendez, vous aviez parlé de me dire ce que vous faisiez des scénaristes irrécupérables en fin de visite !
- Ah, oui, excusez-moi ! »

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A sa grande surprise, le scientifique lui fit signe de se diriger non pas vers l’intérieur des locaux, mais vers le parking. Là, collé contre le bâtiment, un camion-benne était en train d’être chargé de quantité d’hommes et de femmes parcourus de tics nerveux, hurlant de-ci de-là des propos incohérents sous le regard d’un employé s’assurant que le compte y était bien.

« Voilà, dit le médecin, nous les emmenons simplement dans un endroit très loin, une ferme où ils peuvent s’ébattre en paix.
- Je pourrai aller les voir ?
- Allons, allons ! C’est un endroit très loin, si loin qu’on ne peut même pas leur écrire.
- Vous vous foutez de moi ?
- Pas du tout mon cher, pas du tout.
- Mais qu’est-ce qu’ils font dans cette ferme alors ?
- Et bien… je préfère ne pas vous en parler. Tout ne mérite pas d’être dit. »

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Le médecin agita la main pour saluer le conducteur de la benne, qui après l’avoir verrouillée, remonta dans sa cabine. Il agita à son tour sa casquette pour retourner son salut au cadre de santé de la SPSH, puis, il tourna la clé.

Et Ridley Scott emmena ses futurs scénaristes jusqu’à ses studios.

New-York, siège de l’ONU, 17h22

Dépassant l’huissier présent sur sa gauche, l’homme fouille dans la poche de sa veste à la recherche des quelques notes qu’il a jeté sur un papier afin d’étayer le discours qu’il s’apprête à tenir. Sous le regard des quelques secrétaires installées sous l’immense globe entouré de lauriers, symbole de l’organisation, l’homme vient se placer au pupitre que vient de quitter le précédent intervenant, puis posant ses papiers et vérifiant les micros d’un tapotement de l’index, il réajuste sa cravate rouge avant de débuter son propos.

« Mesdames et Messieurs,

Si je suis aujourd’hui devant vous à cette tribune, c’est parce que je veux vous parler d’horreurs. De massacres. De viols. D’actes inqualifiables qui restent impunis parce que cette assemblée continue de se refuser à agir. Jour après jour, les observateurs sur le terrain ne peuvent que témoigner des atrocités auxquelles on livre des groupes entiers, hommes, femmes et enfants, sans distinction. Et vous, augustes membres des nations unies ? Vous restez là, passifs, et vous trouvez encore le sommeil la nuit au motif que les monstres responsables de tout cela sont à des milliers de kilomètres de vos couches douillettes. Mais, je vous le demande : à partir de quelle distance commencez-vous à vous inquiéter des problèmes de cette planète ? A partir de combien de victimes pensez-vous que votre propre inaction devient elle-même collaboration ? A partir de quand commencerez-vous à prendre conscience des conséquences de vos actes ? »

« Cassez-vous de cette tribune ! », dit-une voix dans la salle, « Ça fait trois fois cette semaine, merde ! Que fait la sécurité ?« 

« Je vous ai bien entendu, Monsieur, mais je vous rappelle que la sécurité de l’ONU étant l’une des branches des forces de coercition de celle-ci, il faudra donc compter environ 12 réunions de différentes assemblées réparties sur 2 à 3 ans pour éventuellement autoriser le déploiement de vos agents de sûreté afin qu’ils me virent de cette estrade. Je devrais avoir besoin d’un peu moins pour vous expliquer la situation, mais passons. Que disais-je ? Ah, oui : j’ai ici, sur ce papier, le témoignage de la petite Thalie, victime il y a quelques jours d’une tentative de viol de la part de celles et ceux que vous ne voulez pas arrêter. Permettez que je vous la lise.

« J’étais chez moi, avec mes soeurs, lorsqu’ils sont venus me chercher. Ils ont obligé ma famille à se coucher au sol, et nous ont d’abord menacés, puis comme ma soeur Euterpe refusait d’obéir, une femme qui les accompagnait l’a abattue de sang-froid. C’était un monstre avec une robe en viande… puis, les hommes, eux, ont relevé mon visage en me saisissant le menton entre leurs doigts sales, et me considérant à leur goût, ils m’ont emmenée à la cave. Là, ils se sont enfermés avec moi, et ils ont commencé à… mon dieu… ils tripotaient leurs gros budgets en me regardant… je…« 

J’arrête ici ce récit, puisque je vois que Madame l’ambassadrice de Suède se sent mal. Hé bien, Madame ! Faut-il que ces horreurs soient racontées à cette tribune, pour que vous réagissiez ? Leur simple existence ne suffisait pas ? »

« Ça suffit ! Qu’est-ce que c’est que cette histoire de viol ? » interrompt une nouvelle fois un trublion au simple motif qu’il est ambassadeur à l’ONU et aurait donc le droit de s’y exprimer

Ban-Ki-Moon rigole bien : on vient de lui demander à quoi servait encore l’ONU

« Cette histoire, il s’agit de celle de la petite Thalie, elle et ses 8 soeurs, Muses de leur état, qui continuent de prendre cher jour après jour, tout ça parce que malgré mes demandes insistantes, vous continuez de refuser à autoriser la vitrification par le feu nucléaire d’Hollywood. Surtout que franchement, de mon côté, je suis conciliant : même un bon vieux tapis de bombes au napalm m’irait. Ou, allez, l’exécution ciblée de quelques personnalités majeures à l’aide de drones ! C’est vrai quoi, on le fait bien au Pakistan qu’on a pourtant pas le droit de survoler, alors pourquoi pas à Los Angeles où c’est autorisé ?

« Muse, le groupe ? »  s’interroge l’ambassadeur d’un pays d’Asie en fronçant les sourcils

« Je… non, pas le groupe. Je vous parle des Muses, pas des mecs qui pratiquent la nécromancie sur des synthétiseurs des années 80 pour nous rappeler des sons que l’on aurait préféré oublier, mais cela dit, si on pouvait aussi leur réserver un petit missile intercontinental, je ne dirais pas non. Mais là n’est pas le sujet :  je suis venu vous parler du viol des Muses, de la mort de l’inspiration qui sévit actuellement dans l’indifférence la plus totale, et plus particulièrement au cinéma ! »

« La fille en robe de viande dont vous parliez avant, c’était pas Lady Gaga ? C’est quand même plutôt original ce qu’elle fait, non ? Rien que niveau tenue, justement ? » la représentante des Etats-Unis hésite un peu dans son propos, puis, voyant le regard réprobateur de ses collègues, s’enfonce péniblement dans son fauteil

« Mais ? Dites-donc, vous ne vous foutriez pas un peu de moi des fois ? C’est justement de ça dont je suis venu vous parler ! Lady Gaga incarne à sa manière le problème qui touche l’industrie du cinéma : plutôt que de devoir utiliser ses neurones pour, je ne sais pas, disons, inventer un truc, elle se contente rien que pour ses fringues de s’enduire le corps de colle UHU (rose, pour savoir où elle est déjà passée) avant de foncer se rouler sur le vide-grenier le plus proche. Mais regardez ! C’est le même problème pour l’industrie du cinéma en ce moment : j’ai ici avec moi des photographies prises durant la braderie de Lille de l’an dernier, et regardez ! On y voit clairement un producteur tenant à la main un exemplaire de la bataille navale. Quelque mois plus tard : paf ! Sort Battleship, le film tiré de la bataille navale, justement. Et là, un type qui sort une vieille cassette de Blanche-Neige ? Hop ! On se mange Blanche-Neige et le chasseur ! Avec Kristen « lapin gentil » Stewart ! Et là, làààà mais bon sang : on distingue clairement sur celle-ci Ridley Scott en train de négocier un Monopoly ; et quel est son prochain film ? Ho bin ça alors ! Monopoly, le film tiré du jeu ! Et j’en passe : un vieil exemplaire des Trois mousquetaires ? Les Trois Mousquetaires – 3D ! Un Transformers pété ? Transformers ! Un DVD du Spiderman de 2002 ? Et bin re-Spiderman en 2012 !

Comprenez-vous, aimables membres de l’ONU ? L’imagination est morte, l’inspiration massacrée, la créativité bafouée : désormais, Hollywood ne produit quasiment plus, et en masse que des productions tirées de licences sélectionnées plus ou moins aléatoirement lorsque l’on voit les choix qui sont faits. La procédure est pourtant simple : tout d’abord, comme je vous l’expliquais ci-dessus, il suffit de se rendre sur n’importe quelle braderie et d’y choisir aléatoirement un quelconque objet. De là, il n’y a plus qu’en acquérir la licence (c’est encore mieux si elle est libre) et à la torturer en appelant soit cela un « hommage » (technique Quentin Tarantino) soit une « libre inspiration » : l’objectif est de toujours expliquer que ce n’est pas du tout de la paresse intellectuelle, mais simplement un exercice de style. Si vraiment c’est trop compliqué, il suffit dès lors de se contenter de faire une suite, ou mieux, un « reboot » dans lequel vous expliquez le début de votre licence X ou Y : comment tel super-héros est devenu super, comment telle équipe de gentils s’est formée, ou en tous les cas, quelle digestion chaotique a produit l’étron fumant au coeur de votre film.

Attention, ça ne veut pas dire que toute tentative de créativité est pour autant une réussite, soyons d’accord

Cela fait, vous n’avez plus qu’à trouver quelques acteurs de seconde zone, ou ayant déjà un tel passif dans les bouses qu’on puisse les soupçonner de scatophagie, et vous avez à peu près tout ce qu’il vous faut. Ils se feront un plaisir de tourner avec vous une bande-annonce emplie d’explosions, de flammes, de réparties supposément « chocs » et de fondus au noir ponctués de son graves accompagnant le tout, du moins jusqu’à ce que la musique de d’jeun’z achetée pour l’occasion se lance et qu’il n’y ait plus le temps de caser des fondus tant les scènes s’enchaînent, et c’est bon. Un quelconque scénariste arrivera bien à reprendre la bande-annonce pour recoller les scènes que l’on y voit dans un certain ordre et ainsi faire un film. L’étape finale, parfaitement assumée, consiste à signaler au monde que votre film tient plus de la diarrhée pelliculaire que de la création, en adjoignant aléatoirement les mots « 3D » et « chasseur » dans le titre. Nous parlions des Trois Mousquetaires 3D et et Blanche-Neige et le Chasseur, mais ça marche aussi avec Abraham Lincoln chasseur de vampires, ou Resident Evil Afterlife 3D. Ce qui est un élément assez objectif, puisque par exemple, aucun film en 3D essayant d’être vaguement bien ne précise « 3D » dans son titre, ce n’est définitivement que l’apanage des bouses. »

« Ça me parait assez compliqué votre histoire. Vous pourriez donner un exemple ? » demande cette fois-ci le chef de la délégation britannique

« Je viens d’en donner moult, malandrin, mais ha ! Soit : par exemple, vous allez… disons qu’il pleut et que les braderies sont rangées. Ni une, ni deux, vous allez sur leboncoin.fr ou je ne sais quoi, vous tapez « jeu de société » ou « livre », et hop, il vous sort un truc. Du genre… on va dire que vous n’avez pas de bol et que vous aimez la difficulté : le premier lien qu’il vous sort est un exemplaire moisi de A la recherche du temps perdu, de Proust. »

« Personne ne serait assez con pour adapter ça. » grogne le pénultième intervenant

« Vous voulez vraiment que je vous parle de Ridley Scott ? Bon. Comme prévu, disais-je, vous allez chercher vos acteurs. Pote, membre de vos familles, type qui vous avait fait rigoler dans une quelconque autre bouse… vous prenez, disons, tiens : Taylor Kitsch. Depuis John Carter, je pense qu’il a du temps à tuer. Vous lui attribuez une quelconque copine (il en faut obligatoirement dans le film pour faire un passage avec des bisous), et vous faites une bande-annonce »

« Du genre ?« , ajoute quelqu’un dans la salle

Du genre bande-annonce. Suivez bien, je vais tenter de vous la mimer.

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Ecran noir. Un lourd tambour bat un rythme lent. Il battra un coup à chaque changement de plan. Bom.

Gros plan sur une femme vêtue façon début XXe siècle qui crie. Fondu au noir.

(Voix off du héros) « Les temps sont durs pour le peuple ». Bom

Gros plan sur des gens courant paniqués dans un champ, lâchant quelques coups d’arme à feu sur quelque chose d’invisible à leur poursuite. Fondu au noir.

(Voix off) « Aucun endroit n’est sûr en ce monde ». Bom

Un plan d’un quelconque bâtiment célèbre ravagé par une explosion.

(Voix off) « Mais cette fois, ils s’en sont pris à la mauvaise personne ». Bom

Une coquette demeure voit l’un de ses murs s’effondrer lorsqu’une quelconque forme indistincte s’y engouffre, saisissant une jolie jeune femme hurlante avant de s’enfuir. Quelqu’un hurle « Albertine ! ». Fondu au noir

(Voix off) « Je m’appelle John Proust (Marcel sonnait trop mal), et ils ont pris celle que j’aime ». Bom

Gros plan sur Taylor Kitsch en train de charger un revolver l’air grognon

Le tambour s’arrête et un son entêtant monte doucement, genre choeur en train de s’échauffer

Une grande-salle d’auberge, des types avec de sales gueules en train de manger, boire et cracher partout, se tournant vers la porte pour apercevoir la silhouette de Proust rentrer vêtu d’un blouson de cuir ayant plus sa place dans Final Fantasy que dans la France du début du XXe siècle. 4 types se lèvent d’une table et sont aussitôt abattus par de rapides coups de revolver de Proust. Cela fait, le héros s’approche du dernier homme terrorisé à la table, lui collant son arme sous le nez. « Qu’avez-vous fait d’elle ? Qu’avez-vous fait d’Albertine ? » ; le type en face de lui a un petite rire mi-amusé, mi-dément « Ahaha, tu ne retrouveras jamais celle que tu aimes, Proust. Ils l’ont emmenée là où même toi ne peut aller… le passé ! »

Le son entêtant arrive à son paroxysme, et un quelconque morceau de musique de d’jeun’z se lance avec force guitare électrique

Plan sur Taylor Kitsch dans sa cave, dessinant des plans de machine comme possédé. Un post-adolescent derrière lui apportant quantité d’affaires lui demande « Où partez vous Monsieur Proust que vous avez besoin de tout cela ? » et se retournant lentement, Taylor Kitsch lui répond « Le passé. »

Des scènes se succèdent avec des explosions, Taylor Kitsch faisant feu ou se battant à coups de poings contre une créature étrange

(Voix off du héros) « Ils s’appellent Sodome et Gomorrhe, ils ne sont pas humains et ils prennent ce qui leur appartient. Et ils pensent que nous leur appartenons »

Encore plus d’explosions, des bâtiments s’effondrant, Taylor Kitsch sautant au-dessus d’un mur de flammes, Albertine en train de pleurer

(Voix off) « Mais nous allons leur montrer qu’ils se trompent »

La musique continue, fusillades, explosions, encore plus de baston. Finalement, profitant de la musique se calmant quelques secondes, une scène dure plus d’un instant : on y voit un moustachu interpellant Kitsch, alors que celui-ci est couvert de plaies et de suie suite à ses combats. « Mais bon sang Proust, où étiez-vous ? » ; le héros se retourne lentement pour lâchersa nouvelle catch-phrase.

« Du côté de chez Swann », dit-il avec un sourire convenu

A nouveau, explosions, fusillades et scènes de Taylor Kitsch en train de courir se succèdent mais cette fois-ci bien plus vite que précédemment, le temps que la musique arrive à son paroxysme, et là, seulement, d’énormes lettres stylisée viennent se poser sur un fond couleur carnet usé

« Proust, chasseur de temps perdu – 3D« 

Après avoir donné le titre et la date de sortie, quelques secondes se passent, le volume de la musique baisse jusqu’à disparaître, et comme il se doit, il y a une mini-séquence post-bande-annonce. On y voit Taylor Kitsch détachant les liens d’Albertine dans un quelconque sous-sol humide, lorsque la bougresse lui lâche

« Et bien, vous n’avez pas perdu votre temps ! »

Sourire convenu et mouvement de sourcils

« Je déteste le temps perdu. »

Riff de guitare pour boucler le tout, et fin

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78% d’une bande-annonce lambda en une image

« Voilà. J’espère que vous avez bien tout saisi, chers membres de l’ONU, ceci ne visait qu’à vous donner, comme demandé, un exemple de l’horrible méthode d’extermination des neurones employée par les bouchers d’Hollywood. Je vous renouvelle donc ma demande : je souhaiterais que l’ONU vitrifie la zone par le feu nucléaire. C’est tout ce que j’avais à vous dire, je vous remercie et attends votre délibération qui, je n’en doute pas, viendra soutenir ma position et libérer le monde de pareille apocalypse intellectuelle. »

« N’empêche que je pense que vous exagérez. » intervient l’ambassadeur allemand en faisant la moue

« Très bien. Puisque c’est ainsi, vous avez gagné : faites-descendre le vidéoprojecteur.

Et bon visionnage. »

Courant à toutes jambes, Elodie manqua de peu de trébucher alors qu’elle s’engouffrait dans une ruelle voisine.

Le souffle coupé par ses sanglots, les yeux embués par les larmes, la jeune fille s’arrêta contre le mur de l’étroit passage où quelques poubelles crevées avaient été rassemblées à proximité d’une bouche d’aération d’où sortait une fumée blanche donnant un curieux aspect à l’endroit. Peinant à se tenir droite après sa course, elle se retourna en hoquetant à la recherche de son poursuivant, et n’apercevant rien de celui-ci entre les murs de brique rouge s’élevant loin au-dessus d’elle, soupira longuement.

Passant une main sur ses yeux pour essuyer ses larmes, elle se retourna pour esquisser un pas en direction de l’autre extrémité de la ruelle, mais poussa un long hurlement de terreur lorsqu’elle aperçut à quelques centimètres en face d’elle le faciès déformé de la chose qui l’avait poursuivie : une sorte d’imposant monstre canin, vaguement humanoïde, dont les babines noires retroussées laissaient paraître des dents qui ne laissaient aucun doute quant à l’alimentation de la créature. Par dessus un museau mille fois balafré, deux yeux jaunes luisaient en fixant la pauvre jeune fille qui tomba au sol, rampant confusément en arrière alors que la silhouette haute et large de la créature s’approchait d’elle, la dominant toujours plus.

De la bave s’écoula entre les dents de la bête, alors que celle-ci reniflait bruyamment l’air nocturne ; se penchant lentement au-dessus de l’ingénue, elle sembla émettre un son indéfinissable à mi-chemin entre la déglutition et le grognement, jusqu’à ce que soudain, elle s’immobilise en fixant quelque chose situé derrière Elodie.

C’est lorsqu’elle se retourna que la jeune fille vit de quoi il s’agissait : une silhouette enfoncée dans un épais trench-coat tenait à la main une arbalète chargée d’un projectile à pointe d’argent dirigé droit vers le monstre face à elle, qui sembla reculer doucement.

« Laisse la fille partir et je me débrouillerais pour que l’on te trouve un endroit où tu pourras chasser en paix.
- Les miens ne vivent pas dans des zoos ou des réserves, chasseur. Détourne-toi et tu vivras.« 

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La créature s’était exprimée d’une voix gutturale mâtinée d’un grognement constant. Elodie ne savait plus où donner de la tête, alors qu’aucun des deux personnages l’entourant ne semblait prêt à bouger.

« J’ai affronté bien pire. Saisis ta chance.
- Je t’ai donné la tienne, chasseur. Péris ! »

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La chose bondit droit vers sa cible, passant au-dessus d’Elodie qui tenta de se protéger comme elle le pouvait en se plaquant au sol ; elle n’eut pas le temps de véritablement réaliser ce qu’il se passait qu’il y eut un déclic, suivi du bruit sourd d’un poids imposant tombant sur le sol froid de la ruelle. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, l’homme au-dessus d’elle lui tendit une main gantée, son arbalète déchargée dans l’autre. Tournant la tête, elle vit à quelques centimètres d’elle le monstre, étalé au sol sans vie, un projectile d’argent dépassant de son dos là où il l’avait littéralement traversé, à l’endroit où elle aurait supposé que le coeur de pareille créature aurait pu se trouver.

« Vous allez bien Mademoiselle ?
- Je… qu’est-ce que… qui êtes-vous ? – elle tenta de voir le visage de son sauveur, mais n’y parvint pas l’obscurité de la ruelle ne l’aidant guère
- Aucune importance. Tenez, prenez ce ticket de bus, il y a un arrêt non loin, vous pourrez rentrer chez vous, il n’y a plus rien à craindre. »
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Elle se saisit du minuscule papier que l’homme lui tendit, puis se retourna pour s’assurer que la créature était bien morte ; elle nota alors que le cadavre avait disparu, et se tournant pour demander à son sauveur comment cela était possible, elle constata que lui aussi s’était volatilisé.

Seule au milieu de la ruelle, incapable de dire si tout cela avait véritablement existé, Elodie fixa quelques instants les étoiles en se demandant ce qu’il venait de se passer. Tout cela avait tellement peu de sens… elle avait besoin d’une explication. Elle avait besoin de savoir ce qui se cachait dans les ombres. Elle avait besoin…

D’un bon film résumant tout.

Quelle meilleure occasion pour découvrir les sombres secrets cachés derrière ce que nous pensions savoir ? Jeunes gens : allons donc voir Abraham Lincoln, chasseur de vampires, et apprenons-en plus sur l’histoire derrière l’Histoire  !

Spoilons mes bons !

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L’affiche : et qu’est-ce que l’on voit dessus ? Des flammes. Ca ne rate jamais, comme truc

Le film s’ouvre sur le triste paysage d’un quelconque quai fluvial des Etats-Unis d’Amérique en 1818, alors que des familles sont occupées à préparer diverses denrées à charger dans des embarcations : bois, paille, journalistes sportifs et autres marchandises inertes de faible valeur défilent donc. Nous y apprenons au passage que toute l’histoire que nous allons suivre, justement, est en fait tirée du journal intime d’Abraham Lincoln que celui-ci tenait depuis tout petit (et qui, curieusement, tient en un volume de poche de 200 pages alors que le bougre y écrit tous les jours, j’imagine que le titre original était « Abraham Lincoln – Inventeur du microfilm« ), car oui, tout commence lorsque le brave Abraham n’est encore qu’un enfant pur et innocent, comme tous les enfants (à l’exception de ceux qui prennent le train avec vous, qui sont invariablement des chieurs).

Occupé avec son père à couper des bûches sur le quai pour faciliter leur chargement, le gai luron est rapidement interrompu dans son travail par les cris d’une famille de noirs que l’on rudoie quelque peu à une courte distance de là, se ramassant divers coups de fouet en travers du museau. Les pauvres gens ont beau expliquer que mais, enfin, merde, c’est un malentendu : ils ne sont pas des esclaves, ils sont nés libres, mais l’homme qui les tatane, un certain Jack Barts, sorte de Brice Hortefeux local, n’en a que faire. Et puisque c’est la famille du jeune Will Johnson, ami d’Abraham, ce dernier n’hésite pas malgré les avertissements de son père lui demandant de ne pas se mêler de tout ça à aller s’interposer pour prendre les coups de fouet à la place de son ami (j’ai connu une fille comme ça aussi, mais là n’est pas le sujet).

Jack Barts, qui s’avère accessoirement être l’employeur et créancier de la famille Lincoln, ne goûte guère à la plaisanterie surtout lorsque Papa Lincoln vient à la rescousse de son fils : l’homme au fouet se contente d’informer poliment l’ami Papa qu’il est viré et qu’il peut quitter les lieux dès à présent, avant d’ajouter qu’il ne laisserait pas ses dettes s’envoler… et viendra se payer d’une manière ou d’une autre ; le bougre annonce d’ailleurs la chose en lançant un regard appuyé à Maman Lincoln qui lui fait comprendre que mais oui, durant des heures, il va lui mettre la fièvre.

La nuit même, alors que toute la petite famille Lincoln dort à poings fermés, à l’exception du jeune Abraham occupé à écrire ses aventures du jour dans son journal comme un vulgaire utilisateur de Facebook. C’est donc lui qui entend soudain le grincement de la porte d’entrée de leur chiche maison et voit pénétrer dans la demeure Jack Barts, s’approchant silencieusement de la couche nuptiale l’air hostile. Abraham n’étant pas du genre à balancer, il s’abstient donc de hurler à l’intrus et se contente de regarder la scène, puisque hein, bon, tout cela est parfaitement normal. Du moins, normal jusqu’à ce qu’Abraham constate que Jack Barts renifle étrangement l’un des poignets de Maman Lincoln : il aurait bien voulu en voir plus, mais il a croisé le regard du vilain, étrangement rouge, qui lui a lancé un large sourire avant de poursuivre son oeuvre.

Oeuvre que nous ne verrons pas car nous sautons directement à la scène suivante, où visiblement, la nuit s’est passée sans encombres à part le fait que Maman Lincoln se soit réveillée prise de spasmes, comme possédée : malgré l’intervention du pasteur local, il n’y a rien à faire, il est impossible d’identifier le mal qui touche la pauvre dame, à part peut-être que tout son corps refuse d’être dans un si mauvais film.

Et non, Abraham ne dit pas « Tiens c’est rigolo parce que moi j’ai vu Jack Barts entrer dans la maison cette nuit et s’intéresser curieusement à maman, quelle coïncidence, si on allait lui poser des questions« , puisque comme je vous l’ai dit, il n’est pas du genre à balancer ; il n’a déjà pas hurlé quand un intrus a pénétré la demeure familiale dans la nuit, ni quand il lui a jeté un regard de psychopathe, alors pensez vous, ce n’est pas maintenant qu’il va ouvrir sa bouche. Quel petit con, je vous jure.

Bref : Maman Lincoln n’étant pas vraiment aidée par son idiot de fils, elle finit par mourir (hé bin oui) et son mari ainsi que son seul enfant vont donc l’enterrer, le père de la famille réduite demandant à Abraham de lui jurer de ne plus faire de conneries. Mais comme le dit la voix off : comme Papa Lincoln mourut 9 ans plus tard, la promesse était levée (Ha ?! Quelle étrange logique) et il pouvait donc à nouveau faire de la daube. Ce qu’il fit avec joie puisque le royaume de la daube, nous errons un peu dedans, là, tout de suite.

En effet, désormais adulte, et n’ayant pas vraiment oublié Jack Barts, Abraham a décidé de s’équiper d’un fier pistolet et d’aller faire la peau au brigand pour venger môman, mais comme la chose n’est pas vraiment dans sa nature, il est d’abord passé par le bar du coin pour se donner un peu de courage en se saoulant au Banga. Hélas pour lui, un homme au bar lui a demandé ce qu’il comptait faire pour autant boire : rouler un patin à une femme ou tuer un homme (ou l’inverse, ne soyons pas conservateurs) et lui tapant sur l’épaule pour ponctuer sa question, a fait choir de la veste d’Abraham son arme.

Oups, se dit le futur président avant de ramasser son bien et de s’en aller à toute allure du rade crasseux.

Mais à la nuit tombée, semble t-il qu’Abraham a trouvé suffisamment de courage pour reprendre le cours de sa mission puisque, sur le même quai que celui où ses parents travaillaient autrefois, le bon Lincoln retrouve Jack Barts en bonne conversation avec un client important semble t-il, qui explique à Barts qu’il va falloir envoyer une « nouvelle moisson dans le Sud pour nourrir toutes ces bouches« . Attendant que le client et les gens l’accompagnant reprennent leur embarcation et s’éloignent sur le fleuve en abandonnant le pauvre Jack derrière eux occupé à maugréer contre la manière dont l’autre homme lui parlait, Abraham finit par sortir de l’ombre pour tenter d’attaquer sa cible, hardi petit.

Hélas, et malgré l’effet de surprise, Barts semble avoir senti son assassin venir de loin et a tôt fait de commencer à se battre avec lui, faisant preuve de talents martiaux qui impressionnent quelque peu le pauvre Abraham, qui finit par se retrouver en bien mauvaise posture : heureusement, une habile manoeuvre de sa part intitulée « Woush woush c’est magique » lui permet de reprendre l’avantage suffisamment longtemps pour pointer son pistolet droit vers le crâne de son adversaire, lui tirant une balle dans l’oeil. « Urgh« , fait Jack Barts en tombant lamentablement au sol, foudroyé par le tir. Réalisant ce qu’il vient de faire au nom de la vengeance, Abraham s’éloigne quelque peu de l’endroit de son forfait et jette le pistolet dans la rivière voisine, dégoûté par son acte. Hélas, il regrette bien vite son geste car, se retournant, il s’aperçoit que le cadavre de sa victime a purement et simplement disparu…

Et que Jack Barts est bien vivant, juste derrière-lui, la balle encore dans l’oeil ; la mâchoire du brigand se déforme pour dévoiler de sacrées rangées de dents pointues, et Abraham comprend bien vite que tout cela n’est guère normal, voire carrément parabanal ; il souille un peu son pantalon dans un bruit qui n’est pas sans rappeler la trompette de la cavalerie, puis tente la fuite. La force de son adversaire, purement et simplement surhumaine, l’empêche cependant de faire quoi que ce soit de sérieux, et le pauvre Lincoln se retrouve sur le point d’être tué lorsque soudain, l’on vient à sa rescousse !

Oh, mais qui donc ?

Profitez bien de cette image d’Henry avec un fusil, car en fait, il a beau en avoir 300 chez lui, il n’aime pas les armes à feu. Intéressant.

Et bien l’homme du bar, celui qui l’avait interpellé, et lui-même semble particulièrement fort puisqu’il éjecte d’une seule main Jack Barts si fort que le malandrin vole sur plusieurs dizaines de mètres en défonçant tous les objets sur son passage. Abraham, témoin de la scène, tente bien de comprendre ce qu’il se passe mais, ha ! Bien amoché, il s’évanouit purement et simplement comme un vulgaire John Carter.

Quelques heures plus tard, Abraham se réveille dans un lit confortable, les blessures bandées et le visage encore quelque peu tuméfié suite à ses dernières aventures ; tentant de comprendre où il se trouve, s’il a passé la nuit seul et pourquoi il a si mal partout. Il quitte donc la chambre où on l’avait installé et commence à explorer la maison où il se trouve pour s’apercevoir que celle-ci est plutôt spacieuse, voire carrément luxueuse bien que fort mal rangée ; finalement, ce n’est que guidé par des bruits de copulation qu’il tombe sur le propriétaire des lieux en pleine action avec une fille de joie (où une fille aimant les boites de nuit, parfois, les deux se ressemblent un peu vestimentairement parlant), à savoir l’homme qui l’a sauvé la veille et qu’il avait croisé au bar. Celui-ci congédie donc sa belle amie et se présente donc : Henry Sturgess (et nom Sturgess Henry, sinon ça fait « turgescent » et tous les enfants se moquaient déjà de lui à l’époque, l’accusant d’un dévorant priapisme).

Ah oui, petit détail : dans ce film, aucun personnage n’arrive à prononcer un nom sans mettre un immense espace aléatoire dedans, du genre « Je suis Abraham………….. Lincoln » ou « Va voir Bob Smith………… Junior« . Ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais pas plus que vous. Mais je commence à croire que les problèmes de diction sont récurrents dans les histoires de vampires. Sûrement une histoire de dents qui gênent.

Bref : devant un Abraham complètement paumé, Henry tente d’expliquer à celui-ci de quoi il retourne : les vampires existent, et ce sont de sacrés rabouins (Abraham tentera bien un « Hohoho, mais non, ça n’existe pas, balivernes » puisqu’ayant oublié que dans la scène précédente, il avait été attaqué par un type au visage inhumain une fois sa mâchoire déformée pour laisser passer ses dents, et capable de survivre à des balles dans la tête, mais bon, passons tant tout cela est consternant) qui sucent le sang des humains. Henry ? Lui est chasseur de vampires, rien de moins. Abraham ferait donc bien de faire profil bas, ses ennemis étant un petit peu trop puissants pour lui. Mais c’est sans compter sur la volonté de fer de Lincoln, qui explique qu’il engagerait bien Henry pour tuer Jack Barts ; après avoir essuyé un refus pour le motif « Mes services ne sont pas à vendre » (et tu paies ta maison avec quoi ? Tu suces le sang des poulets pour le Colonel Sanders ?), Abraham insiste alors pour être formé en tant que chasseur. Henry ne lui pose qu’une seule condition : qu’il oublie la vengeance, abandonne l’idée d’avoir des amis et une famille et se fasse à une vie d’homme de l’ombre.

« Pas de problème« , dit Lincoln en croisant les doigts dans le dos tant les conditions sont complètement foireuses et invérifiables avant la fin de la formation. Il pouffe même un peu, glousse, et fait en fait un tas de trucs assez inquiétants, finalement.

Et c’est parti : Henry explique que les vampires ne sont sensibles qu’à une seule chose : l’argent (ça n’empêchera pas, plus tard dans le film, de voir que dans la valise du parfait chasseur de vampire, il y a aussi des pieux en bois ce qui laisse donc songeur), et propose donc à Abraham d’apprendre à se servir de toute une série d’armes à feu plus ou moins curieuses pouvant balancer de l’argent à bonne distance sur tout suceur de sang en goguette. Il précise d’ailleurs que ces derniers ne peuvent pas porter d’argent sur eux tant ils le détestent, alors forcément, s’en prendre dans le museau ne leur fait pas du bien. Mais comme Abraham explique être une tanche avec les armes à feu, mais qu’il a par contre été bûcheron autrefois, Henry propose d’entraîner notre homme à l’utilisation de cette arme (que lui aussi maîtrise divinement, quelle coïncidence !).

S’ensuivent donc plusieurs mois d’entrainement où Abraham apprend à manier la hache – enduite d’argent -, à combattre contre des ennemis pouvant devenir invisibles, à « toujours avoir un plan de secours« , et accessoirement à savoir une super force.

Pardon ? Mais comment ? Et bien pour ce dernier point, c’est simple, observons plutôt

« Abraham, tu vois cet arbre, là ? Tu dois le couper en un seul coup.
- Mais ? C’est impossible ! Il est trop épais enfin ! J’en sais quelque chose, j’ai été bûcheron.
- Imagine que c’est celui que tu hais le plus…
- Jack Barts ! Yurg !
- Ah tu n’as pas tapé bien fort… alors dis-moi ce que tu lui reproches ?
- D’avoir tué ma mère, yurg ! 
- Hmmm, pas beaucoup plus fort, mais il y a du mieux… maintenant, toi, que te reproches-tu ?
- De n’avoir pas su protéger mes parents ! Yuuurg !
- Ah ! Voilà, tu viens d’éclater l’arbre d’un seul coup : voilà le secret, Abraham : la force ne vient pas de la haine, mais de la vérité. »

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Compris ? Il vous suffit de dire quelque chose de très très vrai et hop, vous devenez très très fort. Par exemple : si vous dites « Paris est la capitale de la France« , vous pouvez enfoncer une porte d’une main. Si vous dites « Il faut cent centimètres pour faire un mètre« , vous pouvez arrêter un rhinocéros qui charge. Et si vous hurlez « Les blogueuses modes sont plus cons que des hamsters« , alors là, the sky is the limit.

« Cher journal, Henry m’a demandé ce qui était le plus évident : apprendre à utiliser des flingues pour tuer de loin des créatures super fortes, ou essayer de devenir un ninja de la hache face à des créatures spécialisées dans le corps à corps. J’ai choisi, et je crois définitivement que je suis un peu con. »

Enfin voilà : une fois super balaise, Abraham voit à l’occasion d’une scène dotée d’une fort grosse erreur de montage (notre héros a à nouveau le maquillage de mec passé à tabac qu’il avait lorsqu’il s’était réveillé chez Henry quelques mois plus tôt) son nouveau maître lui expliquer photos à l’appui ce qu’il en est des vampires à l’heure actuelle aux Etats-Unis : il y en a moult, plus ou moins discrets, mais il y a parmi eux Adam, le plus vieux de tous et supposé père de la race (c’était lui, le « client important » de Barts plus tôt dans le film), sa copine Poufblonde et divers autres personnages à ses ordres qui tous, vivent tranquillement dans le sud du pays. Henry explique comment les choses vont se passer à son élève : il va l’envoyer en mission dans une certaine ville et de là, il devra se faire discret en attendant que les ordres de qui il devra exécuter arrivent par courrier. Et c’est toujours Henry qui décidera de quand Abraham pourra tuer Jack Barts.

Je commence à comprendre les soucis de La Poste : ce sont en fait des vampires qui pillent le courrier pour éviter aux réseaux de chasseur de communiquer. Cela explique pourquoi il faut parfois attendre l’éternité pour récupérer le moindre colis : tout s’explique.

Enfin : Lincoln est donc envoyé dans la petite ville de Springfield, où pour trouver un logement, il s’installe au-dessus de la boutique d’un certain Joshua Speed, qui ne demande comme seul loyer que la participation du nouvel arrivant aux travaux de l’échoppe. Rapidement, Abraham s’avère être un employé consciencieux, puis un véritable associé pour Speed, lui permettant de s’intégrer aisément dans la petite ville. Cependant, son poste lui permet aussi de découvrir les notables locaux venant récupérer quelques courses dans leur auguste établissement, et c’est ainsi que notre chasseur de vampires préféré rencontre Germaine, la fiancée d’un élu local pro-esclavage, et vaguement mignonne ce qui provoque chez lui d’étranges sensations qui lui donnent envie de faire des jeux de mot sur Sturgess Henry. Cependant, le temps passe et le courrier d’Henry devant lui donner une mission tarde à venir : Abraham s’ennuie donc un peu en lisant des livres de droit pour, par la suite, pourquoi pas changer de couverture pour quelque chose de plus tentant, comme avocat (car comme chacun sait, avocat est la couverture officielle préférée des chasseurs de vampires, puisque cela regroupe quantité d’avantages : on peut facilement planquer son arbalète sous une robe, mentir quotidiennement comme un arracheur de dents – hoho – est rémunéré, et il faut avoir le goût de l’argent, que demander de plus ? L’internet fébrile attend avec impatience « Maître Eolas contre Dracula » avec une scène finale où capes et robes tournoient follement).

Cependant, un jour enfin, un courrier parvient finalement à notre héros : « Va voir Bob le pharmacien il a une ordonnance pour toi » – Ho ! Il est temps d’aller botter le cul de ce fameux Bob, se dit Abraham, vite, ma hache !

Oui, ou alors Henry t’envoyait voir le pharmacien pour qu’il te donne le nom d’un vampire local, mais bon, hein, heureusement tu as interprété le message complètement flou de ton maître comme il le fallait Abraham, tu es très fort. Bref : Abraham se rend sur place, manque de peu de mourir dans l’un des pièges du pharmacien maléfique qui s’attendait bien à finir attaqué un jour ou l’autre, mais finit par coller un bon coup de hache dans la margoulette du brigand tout de même. Quelques jours plus tard, une nouvelle lettre arrive : cette fois, c’est le banquier local qui aime sucer du sang : de la même manière, il finit décapité. Puis, c’est au tour du maréchal-ferrand… jusqu’à ce que finalement, Abraham ait enterré 6 corps (non, les corps ne deviennent pas cendres à leur mort) dans les bois du coin. La gazette et les notables locaux parlent régulièrement des 6 disparus, mais heureusement, rien ne permet de remonter jusqu’à notre héros.

Pas même cette grosse andouille de Germaine qui, séduite par le charme de Lincoln, décide de plaquer son député pour aller tenter l’amourette avec le mystérieux boutiquier, et ne fait aucun lien avec ces disparitions le jour où alors qu’elle se demandait ce qu’Abraham lui cachait, ce dernier lui répondit « La nuit, je tue des vampires, j’en ai déjà buté 6« . Elle prend juste le tout à la rigolade et finit pompette parce qu’elle a bu trop de cidre, hop, n’en parlons plus. Toi, je comprends pourquoi tu es copine avec Abraham.

Mais un soir, un curieux arrivant se présente à la boutique de Speed : Will Johnson, l’ami d’enfance d’Abraham à la peau d’ébène ! Celui-ci, venu retrouver son Lincoln préféré, explique qu’il a besoin d’aide : des chasseurs de prime sont à ses trousses, persuadés qu’il est un esclave en fuite. Il a donc besoin de son ami pour témoigner qu’il est né libre, et a donc le droit de le rester. Les deux hommes sortent donc du magasin pour discuter, mais, hélas ! Voici que les chasseurs en question ont rattrapé leur proie et les armes à la main, expliquent qu’ils vont emmener Will. Pas de bol pour eux, Abraham leur fait wiki-wiki-wa-wa-woush dans le museau et sauve ainsi son ami de l’esclavage qui l’attendait. Bien que victorieux, Abraham n’en est pas moins chamboulé : il commence donc à se dire qu’il devrait lutter contre les maux des hommes avec des mots, et plus seulement avec des haches dans la gueule (même si les haches rentrent plus facilement dans le crâne), et dans les temps qui suivent, commence à livrer des discours enflammés à la foule de Springfield, se faisant ainsi remarquer d’hommes politiques locaux qui aimeraient bien en faire leur poulain vu son don pour les mots (ou l’envoyer à Des Chiffres et des Lettres).

Mais quelqu’un d’autre l’a remarqué faire son numéro en public… Henry ! Celui-ci s’est déplacé jusqu’à Springfield, et note que dis-donc, on l’a pas beaucoup écouté : Abraham a des amis, une petite amie et une vie publique remarquée, bravo le professionnel ! C’est pas demain que tu seras un ninja, mec. Petit con.

Après avoir un peu rabroué le vilain Abraham, qui se défend en expliquant que cette vie là est son « plan de secours » (quelle formidable excuse), Henry vient donner en personne l’ordre que notre héros attendait depuis longtemps : il doit aller tuer Jack Barts. Et comme c’est jour de fête du coup, il lui remet aussi une montre à gousset dédicacée « A mon super pote Lincoln, de la part de Henry » pour ne pas qu’il la revende sur e-bay.

« Ho oui, chic chic hic ! Je fais un bisou à ma femme et je vais lui coller ma hache dans la gueule ! » s’exclame le galopin en se rendant là où il compte bien trouver sa cible : sur les mêmes quais que la dernière fois (ah oui, dites donc, il est malin ce Barts, il sait qu’il a des chasseurs aux trousses mais… il ne fait rien pour leur échapper. Bien bien bien), où l’attend bien sa cible, qui une nouvelle fois, ne se laisse pas surprendre et commence à cavalcader en ricanant. Mystérieux phénomène : juste à côté des quais (que l’on découvre comme étant au milieu de nulle part, en fait, ho ?) se trouvait un troupeau de ouat’ mille chevaux sans surveillance (c’est connu, à l’époque, le cheval n’est jamais surveillé tant le vol de chevaux n’est pas important) et peut donc commencer une scène d’action où, sur le troupeau effrayé qui fonce au galop, nos deux larrons sautent, chevauchent, s’affrontent (le vampire utilise même des chevaux comme projectiles, intéressant, tant le cheval est connu pour son aérodynamisme), mais déjà qu’il a un oeil en moins depuis leur dernière rencontré, Jack Barts finit par se prendre une cacahuète dans l’autre, mais en argent cette fois, car l’on découvre… que le manque de la hache de Lincoln est aussi un fusil !

Seigneur.

Ainsi transpercé par de l’argent, Barts agonise un peu, et finit par lâcher « Hahaha, Lincoln, espèce de crétin… tu ne t’es jamais demandé comment Henry en savait autant sur nous ? Ni pourquoi il se promène toujours avec des lunettes de soleil et l’air pâlot ? Ni pourquoi il y a comme seule boisson du sang en bouteille chez lui, qu’il sirote puisqu’il ne dort jamais ? Gros blaireau… uuuuurgh…« 

Assassiner Jack Barts de jour ? Excellent plan Abraham. Ho, et dis-moi, qu’est-ce donc au fond de cette image ? Un autre mec qui passe. Alors, les témoins, pas un problème ? Et d’ailleurs, vu ta position, comment sais-tu que c’est Barts qui va passer au coin du mur et pas un type qui n’a rien à voir vu qu’il y a visiblement du monde ? Trop malin.

Et effectivement, aaah ouais, se dit Lincoln. C’est vrai que c’est curieux, maintenant que j’y pense. J’vais aller lui poser la question.

Ni une, ni deux, Lincoln retourne donc à Springfield, et grâce à son pouvoir de divination, se dirige droit vers une ruelle complètement isolée où Henry est en train de sucer le sang d’un vilain filou qui voulait agresser une dame. Le fait que Lincoln soit venu le chercher dans cette ruelle alors qu’il ne pouvait pas savoir qu’il y était ne surprend même pas Henry conscient comme le spectateur de la nullité du film, et celui-ci se sent donc obligé de lui raconter sa petite histoire.

Autrefois, Henry était un humain comme les autres : il ne suçait pas de sang, n’avait pas les canines d’un chihuahua et vieillissait au rythme de ses injections de botox, bref, un type somme toute assez banal. Jusqu’au jour où, alors qu’il se promenait dans la campagne avec sa copine Gudule, il vit arriver derrière eux une imposante troupe de cavaliers aux intentions visiblement hostiles (comprendre : ils étaient habillés en noir). La chose fut confirmée lorsque, descendant de sa monture, l’un des nouveaux arrivant disparut purement et simplement avant de réapparaître de manière surnaturelle près du pauvre Henry, prêt à le tuer.

Bon, c’était sans compter qu’Henry chassait déjà le vampire à l’époque, et a donc tatané le malandrin à l’aide d’un poignard en argent, avant de laminer tous ses petits copains lorsque ceux-ci tentèrent de venir venger leur ami mort et re-mort. Mais hélas, le chef de la troupe de cavaliers vint s’occuper lui-même d’Henry, et il n’était nul autre qu’Adam, le vampire originel !

Autant dire qu’il colla une douce branlée à notre gai luron, avant de le mordre un petit coup ; puis, alors qu’il agonisait, il s’en alla sucer à mort la pauvre Gudule, qui elle, n’avait rien demandé, nan mais ho. Henry voyant la chose fit donc une grosse colère et, rassemblant ses dernières forces, se jeta avec sa lame en argent sur Adam pour venger sa douce amie. Mais, ha ! Un étrange sortilège sembla alors le frapper : une force invisible l’empêcha de coller son couteau dans la gueule du chef vampire. Comment donc ?

« Huhuhu, hihihi, hohoho, c’est fort simple« , répondit Adam comme un vulgaire collégienne qui vient d’apprendre qu’elle n’avait pas EPS à 15h30, « Je t’ai transformé en vampire mon petit Henry, tu viens de mourir et de renaître sans t’en rendre compte ! Et sache que Dieu a jeté une malédiction sur ce de notre race : non seulement nous serons souvent synonymes de films ou de séries de merde visant à faire rêver les adolescents rebelles, mais en plus, nous ne pouvons pas tuer ceux de notre race ! Voilà pourquoi ta main ne peut me frapper… tu vivras désormais sans pouvoir nous faire le moindre mal, hihihi hu !« 

Ah bon ? Henry est devenu un vampire ? Et Dieu empêche les vampires de s’entretuer ?

  • Mais alors, pourquoi Dieu ne fait-il pas pareil avec les humains, quel est donc ce gros favoritisme ?
  • Et puis d’abord, Henry a pourtant bien tabassé Jack Barts au début du film : Dieu fait donc le calcul des coups autorisés ou non en fonction de s’ils vont tuer ou pas ? Il a la table des coups critiques ?
  • Et puis attendez, Dieu autorise par contre Henry à recruter des mecs pour tuer des vampires à sa place ? Ça veut dire que Dieu se fout des commanditaires, il ne punit que les petites mains ? Les parrains de la mafia vont donc au paradis ? Vladimir Poutine sera sanctifié ?
  • Du coup, si Dieu ne punit que les petites mains, autorise t-il les coups de fusil dans la gueule ? Après tout, avec ça, on ne tape pas directement quelqu’un, on se contente d’appuyer sur une gâchette qui, par un heureux hasard, envoie un projectile, alors bon, non ?
  • Et pareil, si Henry pose une bombe chargée à l’argent, Dieu calcule t-il si un vampire va passer à proximité au moment où elle explosera ?
  • Et au passage, si Henry est devenu un vampire, comment a t-il pu manipuler l’arme en argent pour tenter de tuer Adam, hein ?

Bon, enchaînons, parce qu’à ce rythme, on est pas sortis de l’auberge.

Après avoir écouté l’histoire de son mentor, Abraham caressa sa non-barbe (il est encore jeune) et lui dit « Bon, okay, tu t’es foutu de moi mais j’t’aime bien quand même va. Allez, on se fait un bisou et on oublie. » ; et c’est ainsi que tout se règle entre nos deux amis, qui peuvent donc retourner se taper dans le dos en faisant des blagues salaces et des concours de pets comme ils en avaient jusqu’alors l’habitude (ce sont de vrais mâles).

Seulement voilà : à la nuit tombée, quelque part en ville, Adam en personne accompagné de son amie Poufblonde ouvrent un cercueil qui attendait en plein milieu de la rue, ne me demandez pas pourquoi. Et qu’y trouvent-ils ? Et bien le corps de Jack Barts, cette fois mort pour de bon, avec dans la main la montre à gousset qu’Henry avait offerte à Abraham, avec sa petite dédicace. Adam grommelle donc « Hmmm, Henry a trouvé un nouveau chien-chien pour décimer les nôtres… il va être temps d’inviter son nouveau chasseur à une petite soirée, huhuhu !« .

D’accord Adam, mais d’abord, tu pourrais m’expliquer un truc ? Sachant qu’Abraham a jusqu’ici pris soin d’enterrer toutes ses victimes, pourrais-tu m’expliquer pourquoi il a mis celle-ci  :

  • Dans un cercueil (il avait peut-être de l’argent à perdre)
  • Qu’il a traîné en pleine rue (rien de suspect, donc)
  • Avant d’y déposer la montre à gousset que l’on venait de lui offrir, là encore sans raison autre que de signer le crime
  • Le tout avant de tirer une fusée de détresse-vampirique en l’air j’imagine, ou alors il faudra me dire comment Adam a su que Barts était mort et où était le corps

A part chercher des emmerdes, quel était le plan ? Ah, oui, aucun : heureusement que Tim Burton était très fier de produire ce film, hein, on sent qu’il fait partie de cette génération de cinéastes qui devraient sérieusement commencer à mettre leurs noms sur des couches plutôt que sur des films, mais passons.

Oui alors mon petit Adam : conseil, quand on veut jouer au méchant classe, on n’accueille pas ses visiteurs sur un vieux tabouret pourri devant l’escalier parce que le budget décor laissait à désirer

Bref : Adam ne trouvant rien de suspect à cette scène débile décide donc de se renseigner sur Abraham Lincoln et apprend que celui-ci a un ami dénommé Will Johnson qui pourrait servir d’appât pour attirer le chasseur de vampires dans un traquenard. Ni une, ni deux, le bougre de brigand va donc trouver l’homme à la peau d’ébène, le kidnappe, puis fait envoyer le courrier suivant à notre héros :

« Cher Abraham,

J’ai kidnappé ton ami Will Johnson. Tu serais bien urbain de venir le chercher à ma résidence, le Manoir Spiridion, situé dans le sud de notre beau pays. Sinon, je serais un peu obligé de lui bourrer la gueule, parce que bon, hein, on parle on parle mais je suis quand même un peu grognon.

Adam

P.S : ne demande surtout pas à ton ami Henry qui dispose, comme tous les vampires, de pouvoirs d’invisibilité, de venir le chercher sinon ce serait de la triche. Je dis ça, mais je sais que tu es trop bête pour y penser, hein, je ne me fais pas d’illusions, moi aussi j’ai lu le titre de ce film et n’en attend rien. »

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« Hmmm« , se dit Abraham, « Effectivement, je suis bien trop con, il a raison. Sachant que c’est le chef des vampires, qu’il a survécu à des millénaires de chasse et qu’il m’attend dans son Q.G probablement accompagné de ses meilleurs hommes, je pense que le fait d’arriver en agitant mes sourcils et ma hache devrait faire l’affaire« . Soit, c’est donc décidé : accompagné de son ami Joshua Speed, Abraham part donc pour le sud des Etats-Unis, et se rend en chariot nocturnement (il veut se donner le maximum de handicaps) jusqu’au Manoir Spiridion, une ancienne demeure coloniale située au milieu d’un terrain où toutes les huttes d’esclaves semblent inhabitées. Curieux, se dit notre héros, avant de demander à son bon ami boutiquier de l’attendre un peu plus loin (je me demande d’ailleurs bien ce qu’il a pu raconter audit Joshua pour justifier qu’il doive se rendre dans le sud du pays équipé d’une hache pour visiter des amis, probablement qu’il lui a expliqué qu’il y avait une soirée mousse gratuite pour les bûcherons sur présentation de leur hache). Puis, s’élançant dans la nuit, il va espionner ce qu’il se passe dans la résidence Spiridion où il peut déjà percevoir lumières et musiques, comme si on y donnait un bal.

Et en effet, c’est bien un bal qui a lieu dans l’endroit : au travers des fenêtres, notre héros peut apercevoir des dizaines de braves gens en grande tenue dansant chacun en compagnie d’un esclave visiblement particulièrement mal à l’aise ; et sitôt la danse en cours terminée, Adam, en maître de cérémonie, annonce que le « dîner est servi » : ni une, ni deux, le visage de tous les galopins dansant avec les esclaves se déforme pour laisser paraître moult dents pointues, puis une orgie sanglante débute alors que les pauvres noirs servent de nourriture aux créatures immortelles.

Il n’en faut pas plus pour énerver Abraham, qui compte bien arrêter tout ce scandale : entrant par la grande porte sa hache à la main, il a tôt fait de tataner tous les vampires qui se jettent sur lui, en massacrant bon nombre avant qu’enfin, Poufblonde, l’amie d’Adam, ne parvienne à le désarmer. Le maître des lieux s’approche donc de lui, tout sourire, pour lui annoncer la couleur :

« Hohoho, bienvenue chez moi Abraham ! Tu as tué quantité de mes meilleurs hommes, tu es très fort ! Mais ton heure est venue… car moi, Adam, je vais te tuer. Mais avant, je compte bien te révéler mon plan, comme dans tous les films les plus foireux : j’ai plusieurs millénaires et j’ai vu l’humanité grandir, changer, mais j’en ai assez de me cacher ! Maintenant, je veux un pays pour les miens, un pays pour les morts. Et je l’aurai. En attendant, maintenant, à moins que tu n’acceptes de travailler pour moi et d’aller tuer ton ami Henry, je vais te tuer ainsi que ton ami Will, voilà voilà.« 

Mais avant même qu’Abraham ne lui demande pourquoi lui et les siens se cachaient s’ils voulaient un pays, sachant que cela faisait plusieurs millénaires qu’ils avaient la force et les moyens de le faire, un chariot défonce les portes de la résidence Spiridion : c’est Joshua Speed, qui grâce à son détecteur de discours de merde, a su qu’il était temps d’intervenir ! Vite, filons les amis, s’exclame Abraham en emmenant Will avec lui ; et sautant sur le chariot qui traverse toute la résidence en semant le chaos sans que personne n’y fasse véritablement opposition, les trois hommes disparaissent dans la nuit au nez et à la barbe des vampires, qui restent tout simplement comme des cons sur place.

De retour dans le nord sans encombre, Abraham annonce à ses amis qu’il a pris une grande décision : non seulement il se marie avec Germaine, mais en plus, il compte bien arrêter de se battre avec une hache contre les monstres qui hantent nos nuits pour désormais user de mots. Les vampires se nourrissent d’esclaves et vivent dans le sud pour profiter de cette source de chair fraîche ? Pas de problème, il abolira l’esclavage, et hop, ils n’auront plus rien à bouffer.

Ou ils iront bouffer d’autres gens, comme ils le font partout ailleurs dans le monde, et ça ne changera pas grand chose, mais Abraham est un peu trop niais pour penser à tout cela.

Du coup, en quelques années, notre valeureux héros voit tant sa barbe que sa carrière grandir fortement, et bientôt, il devient tout bonnement président des Etats-Unis. Et au nom de l’abolition de l’esclavage, il déclare la guerre au sud histoire que l’on arrête d’employer de maltraiter des noirs dans toutes les plantations du coin (il propose une prime à la casse permettant une réduction sur l’achat de Mexicains pour chaque esclave libéré, parce que les chicanos, ça compte pas). La guerre de sécession peut donc commencer entre le nord et le sud.

Hélas, c’est sans compter sur Jefferson Davis, président des Etats confédérés du sud qui, voyant la guerre bien mal engagée pour son camp, décide d’aller trouver Adam et ses vampires (comment en a t-il entendu parler ? Ils ont des petits flyers « Vampires à louer » ?) pour demander leur aide : « S’il-vous-plait Messieurs les vampires, voudriez-vous bien bourrer la gueule du nord à grands coups de pouvoirs de Majax ? » ; le bon Adam grattouille donc ses joues en réfléchissant, puis déclare tout de go que fort bien : il aidera les confédérés à écraser le nord en fournissant des régiments de vampires aux armées du sud. En échange, il demande simplement à obtenir un état pour lui et les siens, où les vampires pourront enfin vivre en paix et se nourrir d’esclaves sans être enquiquinés. Soit, lui répond Davis, il en sera ainsi pourvu que la victoire soit au rendez-vous.

En même temps, encore une fois : si vous êtes si fort et invincibles face aux mortels, pourquoi ne pas avoir fondé ledit état depuis longtemps ? Même le Pape en a un, alors nom d’une pipe, hein, un petit effort, des mecs en robe à jolis chapeaux font mieux que vous.

Notez aussi qu’Adam vit dans un truc pourri alors qu’il a 5 000 ans de richesses derrière-lui et des centaines d’esclaves. Sympa.

En tout cas, les vampires se jettent donc avec plaisir dans la bataille contre Abraham Lincoln, et la première perte n’est pas sur le front, mais bien derrière celui-ci : une nuit, Poufblonde, déguisée en servante, s’introduit dans la Maison Blanche et va y trouver Billy, le fils Lincoln âgé d’à peine quelques années, qui est occupé à jouer aux petits soldats (édition de luxe, puisque ses figurines sont armées de reproductions en argent, rien que ça) : la belle vampire lui propose de lui donner la main, et comme il se doit, le mordille donc quelque peu. Aussi, lorsque le personnel de la Maison Blanche retrouve l’enfant, celui-ci est dans un état second, comme possédé… soit exactement ce que Jack Barts avait fait à Maman Lincoln bien des années plus tôt ! Aucun médecin ne parvient donc à trouver de remède pour sauver l’enfant, et Abraham Lincoln se dit que tiens, dis-donc, en fait plutôt que tabasser des vampires sans poser de questions durant des années, il se serait vaguement renseigné sur ses ennemis, il aurait peut-être pu faire quelque chose contre la maladie qui avait juste tué sa mère.

Mais bon, hein, détail.

Terrible nouvelle, donc, l’enfant finit pas quitter ce monde, et le deuil tombe donc sur la Maison Blanche. Du moins, jusqu’à ce que Germaine découvre le journal de son mari et décide comme il se doit de le lire intégralement, découvrant que son président préféré n’est autre qu’un ancien chasseur de vampires (et accessoirement un gros blaireau avec une âme de jouvencelle). Et comme au même moment, Henry, en tant que vieil ami de la famille (mais qui ne vieillit pas depuis 25 ans, ce qui n’éveille aucun soupçon, c’est beau), est en visite à la Maison Blanche et soumet l’idée qu’il pourrait rendre vie à l’enfant mort, tout un débat se fait durant lequel Germaine veut voir son fils revivre sous forme de petits garçons à grosses canines, et Abraham refuse de voir son enfant transformé en bestiole surnaturelle. C’est finalement ce dernier qui gagne grâce à l’argument « Dis-donc femme, j’ai supprimé l’esclavage mais je me souviens pas t’avoir autorisé à sortir de ta cuisine« . Imparable, la chose s’en arrête donc là, même si le moral de la famille présidentielle s’en trouve sérieusement affectée.

Sur le front, les choses ne vont guère mieux : en pleine bataille, un officier du nord constate que lui et ses hommes ont beau faire feu sur un régiment de sudistes, ces derniers semblent se moquer des balles ; pire encore, les bougres lâchent leurs fusils pour charger au corps à corps, dévoilant des dents d’un fort beau gabarit, avant de tous disparaître comme par enchantement en pleine course. Le temps que l’officier en question comprenne ce qu’il se passe, tout son régiment a été décimé en un éclair, et il est le seul survivant (les vampires n’avaient pas envie de le tuer, visiblement, même si l’absence de témoins et des massacres complets arrangeraient bien leurs affaires, mais bon).

J’imagine bien le type expliquer à son état-major que si, si, il a perdu tout son régiment, mais à cause de ninjas magiques sudistes à grandes dents, et ses supérieurs, plutôt que d’accuser incompétence, bibine, et stress de la bataille, de décider qu’ils vont prévenir Washington que des vampires assistent les confédérés. Soit exactement le message que reçoit Lincoln.

C’est tout de même bien fait.

Il en a du bol, le président, d’avoir des troupes aussi bien informées. Remarquez, étant donné qu’il est président, il aurait pu former depuis longtemps une agence de chasseurs de vampires histoire d’essayer d’être efficace mais non, non. C’eut été trop malin. Autant se curer le nez durant quelques années en espérant que l’ennemi en fasse autant.

Bref ; pour contrer la menace suceuse de sang, Abraham prend une décision : récupérer le maximum d’argent dans le pays pour faire fondre baïonettes, balles et boulets (ah oui tout de même) en cette noble matière afin d’aller coller une grosse branlée aux troupes surnaturelles confédérées. Une idée qui ne semble choquer personne dans le pays, tant il parait bien normal que le président exige des armes en argent pour son armée déjà bien mal en point (« Si, ça s’tient : p’têt’ que c’est pour faire classe et impressionner les sudistes ! Un peu comme les trucs hideux chatoyant dans les défilés de mode pour impressionner les vieilles à chiens !« ). Rapidement, les choses se mettent donc en place, alors que les troupes de Davis se rapprochent jour après jour de la capitale. Un plan est donc décidé : Germaine quittera Washington discrètement pour aller se mettre en sécurité, alors que le matériel en argent sera envoyé secrètement par train jusqu’à Gettysburg, où les troupes de l’Union attendent d’engager une bataille décisive contre les rebelles.

Soit. Sauf que… sauf qu’il y a un traître dans l’histoire !

Joshua Speed, visiblement peu optimiste quant au résultat de pareil stratagème parvient à prendre contact avec Poufblonde, visiblement occupée à jouer les espionnes au nord, pour lui raconter qu’un train chargé d’argent va partir pour Gettysburg. Enchantée d’apprendre la chose, la bougresse explique que Speed a très bien fait, et qu’elle va s’assurer que le train ne parvienne jamais à destination, par exemple en le confiant à la SNCF.

Lincoln, lui, a déjà lancé le plan et décide par sécurité d’assurer lui-même l’escorte du convoi en faisant reprendre du service à sa hache, n’emmenant avec lui que ses hommes de confiance à savoir Will, Henry et… Speed, donc.

Vous ne notez rien ? Pas même que Lincoln mise tout le sort de la guerre sur ce fameux train de matériel en argent d’une bonne cinquantaine de mètres, et qu’il ne le fait escorter que par 4 mecs, dont un boutiquier sans histoires et un type qui ne peut physiquement pas s’en prendre à d’autres vampires ? Je ne sais pas, mais d’habitude, pour ce genre de mission, on colle vaaaaguement un peu de sécurité sur place, façon 40 hommes par wagon histoire de transformer tout ce qui approche en pulpe. Fut-ce des vampires, puisque le convoi regorge de munitions en argent, donc.

Bref ; à la nuit tombée, le train quitte donc Washington, alors que dans le même temps, Germaine ainsi que la bonne noire du président (appelons-là Monica) prennent la poudre d’escampette par les petites routes pour s’éloigner de la cité menacée au cas où le plan d’Abraham échouerait et que la Maison Blanche tomberait.

Le début de nuit se passe donc correctement, avec un convoi qui roule à peu près sans encombres, pendant que Germaine et Monica font leur bout de chemin ; hélas pour ces dernières, elles sont rapidement arrêtées dans leur progression par l’arrivée d’une troupe de cavaliers… menés par Adam et Poufblonde en personne ! Ces derniers se demandent bien qui peuvent être ces deux femmes voyageant ainsi discrètement, mais avant qu’elles ne retirent les capuches dissimulant les visages de ces dernières, un son détourne l’attention des vampires : le train de Lincoln n’est pas bien loin, et il ne faudrait pas le manquer ! Laissant nos deux louloutes tranquilles, les cavaliers remontent donc en selle et s’en vont à vive allure en direction de la voie de chemin de fer pour commencer leur attaque.

On découvre à cette occasion que sitôt les vampires partis, Germaine et Monica soufflent un bon coup et que sortent des buissons alentours une bonne centaine de noirs fuyant eux aussi Washington, et qui marchaient à la suite des deux dames. Et non, les vampires n’ont pas remarqué les 100 clampins tout chauds à deux mètres d’eux. Bravo, on sent les prédateurs. Chapeau les gars : rater un convoi d’une centaine de personnes chargées comme des mulets à 2 mètres de soi, il faut le faire. Mais, en est-on encore là ?

En tout cas, du côté du train de Lincoln, les choses commencent à se gâter : alors que tout le monde discutait paisiblement du dernier épisode de Desperate Housewives (oui, ils n’ont aucun goût) dans les wagon regorgeant de caisses diverses, des bruits commencent à se faire entendre sur le toit du convoi, et la troupe réalise alors qu’elle est sous attaque (il serait temps ; une vigie à l’extérieur, jamais ?) : ni une, ni deux, tout le monde attrape son arme et bientôt, des vampires sudistes débarquent de partout, traversant plafonds et parois pour se ruer sur la petite troupe, mais sans savoir qu’elle a ici affaire à des larrons bien décidés qui les tatanent méchamment à grands coups de bidules en argent.

« Aaah, ma bonne vieille hache… je suis sûr que toi et moi on fera plus ensemble que si j’avais été assez intelligent pour former d’autres chasseurs grâce à ma fonction. Ou alors tout cela est juste nul. »

Henry, lui, qui n’a pas le droit de tuer un autre vampire se retrouve carrément face à Adam, et on constate donc que Dieu est assez large quant à ce que les vampires peuvent se faire entre eux ou non, puisqu’Adam pète la gueule au pauvre Henry sans aucun souci : en fait, tant qu’il ne le tue pas, ça roule ; c’est comme un gros airbag divin en fait, il ne s’active qu’en cas de besoin. Sinon, on peut se secouer tant qu’on veut. Cool.

Enfin, toujours est-il qu’alors que les deux vampires se cognent, l’une des caisses de matériel s’ouvre et, nenni d’argent ! N’en sortent que… des pierres. Et il en va de même avec toutes les caisses. Henry est aussi étonné qu’Adam : qu’est-ce que ce convoi, s’il ne contient rien d’intéressant ? Et où est l’argent ?

Facile, répond Lincoln en débarquant au milieu du petit couple avec sa grosse hache. L’argent n’est pas là, il circule ailleurs. Ce convoi n’était qu’un leurre pour attirer le maximum de vampires avec la complicité de Joshua Speed (ce qui n’empêchait pas d’y mettre une grosse escorte tant pour le rendre crédible que pour mieux bourrer les vampires : une embuscade, ça se soigne comme le disait DSK) dans le rôle du faux-traître. Et maintenant qu’ils sont tous là…

Abraham Lincoln va botter leurs culs immortels.

Passons sur les détails de cette sombre affaire, mais toujours est-il que Poufblonde, elle, n’avait pas participé à l’assaut du convoi pour plus simplement aller incendier le seul pont de la ligne allant de Washington à Gettysburg, ce qui arrive à la seconde même où le train où la bataille fait rage s’engage sur la structure en flammes.

Bon, j’aurais été les vampires, je ne me serais pas occupé du convoi puisqu’il suffisait de faire sauter le pont un peu en avance et en toute sécurité pour le bloquer, mais bon, hein, je n’ai pas 5 000 ans d’expérience, je ne dois pas savoir.

Mais en tout cas, alors que les flammes remontent la structure du bois et gagnent peu à peu le train, le combat se fait de plus en plus dur au sein du train, alors que tous les vampires sont mis en échec à l’exception d’Adam ; ce dernier finit d’ailleurs par mettre la main sur Joshua Speed, et furieux de s’être fait manipuler, mord le brigand avant de l’envoyer paître (mais ça ne fait pas de lui un vampire quand bien même il ne l’a pas mortellement touché, ce qui laisse rêveur quant au côté complètement aléatoire de la chose, finalement). Après avoir ainsi vu son ami succomber face au patron de tous les amis des canines, Abraham Lincoln se rue sur lui et cette fois-ci, pour de bon, parvient à lui briser la margoulette d’un bon coup d’arme en argent histoire de bien faire comprendre que hein, ho, ça suffit les conneries maintenant.

Will et lui s’extraient donc du train menaçant de choir sur le pont en flammes, aidés en cela par la force surnaturelle de l’ami Henry qui s’exclame donc une fois ses amis en sécurité « Bravo Abraham, tu nous as grave rabouiné. Allez maintenant, tu peux le dire : où était l’argent ?« 

Et bien la réponse vient rapidement : vous vous souvenez de Germaine, Monica et toute leur troupe ? Et bien ces derniers arrivent à Gettysburg… et déchargent leurs bagages contenant toutes les pièces en argent qui avaient été fabriquées ! Les soldats de l’Union peuvent donc commencer à s’équiper sans se dire qu’en fait, c’était un plan très con, puisque quitte à venir, à pied, autant envoyer au pas forcé un contingent équipé d’armes d’argent qui aurait ainsi pu se défendre contre toutes les menaces sur sa route, naturelle ou non. Et d’ailleurs, là encore, personne ne pose de questions : en même temps, vu le président, bon.

Accessoirement, sans chariot, il faudra me dire qui étaient les braves pinpins qui portaient les boulets de canon en argent que l’on voit dans les caisses, parce qu’à pied, ils ont dû bien rigoler. A noter que Poufblonde, toujours en train de fureter, a réussi à infiltrer le camp militaire nordiste, et voyant la femme de Lincoln livrer des armes, décide de se venger en la tuant : pas de bol pour elle, Madame Lincoln, habituée à affronter des créatures affreuses comme par exemple la barbe de son mari, voit arriver la ribaude et devine qu’il s’agit là d’une vampire : elle attrape donc un fusil, et plutôt que d’y mettre une balle en argent (trop logique), elle y fourre l’un des petits sabres en argent équipant les figurines de feu son fils qu’elle avait gardé en souvenir, et le tire dans la face de la mécréante : comme le veut la tradition des films sans imagination, les filles s’affrontent donc entre elles, la brune contre la blonde, et c’est la copine du gentil qui gagne puisque le sabre vient se planter entre les deux yeux de la vilaine. Voilà qui est réglé.

Enfin : la bataille de Gettysburg peut donc commencer, et cette fois-ci, lorsque l’officier qui avait survécu à la première attaque vampire fait tirer ses troupes contre les créatures sudistes, il constate avec bonheur que les balles en argent fonctionnent à merveille, quand bien même les types d’en face semblent quelque peu surpris de tomber ainsi face à des armes portées par de simples mortels (et encore, ils ne connaissent pas la pelle). Gettysburg est donc une victoire pour les nordistes, qui arrêtent enfin l’invasion des rebelles et sauvent Washington tout en calmant sérieusement les vampires qui achèvent de se disperser pour ne plus de mêler de cette guerre. Quelques temps plus tard, Abraham Lincoln peut donc se rendre sur le site de la bataille pour y tenir son fameux discours sur l’avenir de l’Amérique et le sens de cette guerre faite pour que tous les hommes soient libres. Poin poin font les trompettes, boum boum font les tambours, cuicuicuivacrevertagrossemère font les oiseaux (ce sont les mêmes que dans Blanche-Neige).

Et plus tard encore, à Washington, bien longtemps après tout cela, nous découvrons Abraham Lincoln se préparant à aller au théâtre. Henry, à son côté, lui explique qu’il pourrait le rendre immortel pour qu’il continue encore longtemps d’illuminer le monde, et fasse 250 mandats, mais, ha ! Le président refuse, expliquant que les idées sont bien plus immortelles que les hommes (même les plus pourries, comme par exemple, les magazines féminins). Et puis d’ailleurs, tiens, comme il n’a que ça à faire, il confie son journal à Henry pour qu’un jour, les gens se souviennent de son histoire (on ne sent pas du tout le personnage qui agit ainsi parce que le scénariste sait qu’il va mourir). Puis, montant dans un carrosse avec Germaine, il part vers le destin que tout le monde lui connait (non, il ne meurt pas en se noyant dans une piscine de champagne, zut alors, je viens de vous faire le récit d’un film historique et vous vous ne vous intéressez même pas ! Non, Abraham Lincoln meurt d’une balle dans la tête alors qu’il se trouvait au théâtre, puisqu’ayant assisté à une représentation avec Jean-Jacques Huster, ancêtre de Francis, il préféra en finir).

Près de 150 ans plus tard, nous retrouvons Henry dans un bar de Washington en train d’observer un type à côté de lui s’enfilant verre de Banga sur verre de Banga. Se tournant vers lui il lui demande s’il boit pour embrasser une fille ou pour tuer un homme ; et tapant sur son épaule, il fait tomber du veston du garçon à demi-saoul un pistolet qui vient s’écraser au sol.

Henry se dit que tout cela lui rappelle quelqu’un qu’il a connu il y a bien longtemps et qui était particulièrement con et…

FIN

Après la bataille de Gettysburg, personne n’a demandé « Hey Monsieur Lincoln, vous pourriez nous expliquer maintenant pourquoi il a fallu équiper toute l’armée de munitions en argent ? » : non, tout le monde s’en tapait.

 ____________________
 

Fort de Brégançon, trois heures du matin.

Les lourdes portes du complexe s’ouvrirent pour laisser passer l’homme en trench-coat, qui passa droit devant quelques gardes qui se mirent instantanément au garde-à-vous, le regard fixé droit devant eux comme s’ils craignaient de croiser les yeux de leur supérieur. L’homme marcha d’un bon pas dans le couloir aux murs blindés parsemés de néons froids alors que bientôt, sortant d’un sas voisin, un assistant en costume vint le rejoindre pour le décharger de son arbalète, de son pardessus et de ses gants ainsi que du carquois à carreaux d’argents qu’il portait à la ceinture.

« Vous l’avez eu Monsieur ?
- Oui, il tentait de s’en prendre à une jeune fille. Il la suivait depuis un moment, son odeur flottait dans tout le quartier. 
- Fort bien Monsieur, encore une bonne chose de faite. Ho, et pour votre compagne, nous avons suivi vos instructions en votre absence. Elle a toujours envie de révéler votre secret, mais la procédure semble fonctionner.
- Comme convenu ?
- Oui, nous avons reprogrammé son téléphone, elle envoie désormais ses tweets sur une copie conforme du site original où elle n’a pas conscience que ce n’est pas le monde réel et peut raconter n’importe quoi. Des bots lui répondent régulièrement des choses sans intérêt. 
- Moui, en fait ça ne change pas beaucoup du site original.
- En effet Monsieur. A part elle et Jean-François Copé, tous les autres utilisateurs sont en fait gérés par un ancien logiciel défectueux de Météo France qui génère régulièrement des phrases sur le temps qu’il fait, de préférence en se plaignant.
- Le réalisme est total.
- Oui Monsieur. »

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Les deux hommes progressèrent un moment dans le couloir, jusqu’à ce qu’enfin, ils arrivent à la lourde porte d’acier supposée permettre de quitter l’endroit pour retrouver le reste du fort. Une dernière fois, ils s’arrêtèrent le temps de composer le code déverrouillant l’imposante issue. Le plus jeune des deux hommes toussota, comme hésitant à prendre la parole, mais le regard que lui lança le chasseur lui fit comprendre qu’il pouvait s’exprimer.

« Monsieur, je dois vous dire qu’en rejoignant votre cabinet je ne m’attendais pas à… à cela. Vous savez, je m’attendais à une présidence… disons…
- Normale ? – dit le chasseur en souriant
- Oui je… je crois que c’est cela oui. »

0

Le président eut un petit rire amusé.

« Allons, c’est ce que je n’ai eu de cesse de répéter. Normal, normal, toujours plus normal… vous savez ce que c’est : à trop forcer sur le normalité, nous sommes allés au-delà : vous vous souviendrez que c’était une présidence… »

Il fronça les sourcils

« …para-normale. »

Et François Hollande passa gaiement la porte pour retourner sur son lieu de villégiature en souriant.

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