Aujourd’hui, Luc, 53 ans, de Paris me fait suivre ce courrier

"Bonjour Monsieur Connard,

Je suis très déçu : bien que suivant avec attention votre site, je note que cela fait presque plus d’un mois qu’il n’y a pas eu de spoiler. Or, étant très intéressé par les productions cinématographiques de qualité (particulièrement la série des Taxi), je dois vous dire que je trouve relativement peu d’intérêt à vos autres articles. Pourriez-vous m’expliquer, Monsieur, pourquoi vous passez plus de temps à taper sur les féministes en ce moment qu’à aller, je ne sais pas moi, voir Skyfall par exemple ? Je dois vous avouer que je suis plein de désarroi. De gras aussi, mais là n’est pas la question.

Espérant une prompte réponse,

Cordialement,

Luc

P.S : je vous interdis de critiquer Yamakazi"

Cher Luc, je comprends tout à fait votre désarroi (laissons le gras de côté, vous avez raison) : moi-même, je suis fort triste de ne pas avoir plus l’occasion de me rendre au cinéma ces derniers temps, mais si vous voulez mon bon, le problème est aussi qu’il semble que depuis la mort de Jean-Luc Delarue, un petit groupe de femmes se soit emparé de sa réserve de coke (il a fallu louer un camion chez Kiloutou pour l’occasion) et ait commencé à en faire une consommation abusive. Puisque vous connaissez mon mépris pour tout ce qui ne porte pas un chromosome Y, vous imaginez bien qu’il y a certaines choses que je ne peux laisser impunies, puisqu’il semblerait que ces derniers temps, il y ait quand même une sacrée production de n’importe quoi venant de certains groupes. Tenez, par exemple, regardez ce que l’on m’a envoyé l’autre jour :

Supprimons le 1 et le 2 dans le numéro de Sécu

Une merveilleuse tribune publiée dans Libération écrite par Chris Blache, membre du collectif féministe "La barbe" en hommage aux sapeurs de la légion je suppose, et accessoirement, ancienne conseillère d’Eva Joly. Et vous allez voir que lorsque l’on tombe sur ce genre de chose, on commence à mieux comprendre certains scores à l’élection présidentielle.

Mesdames : voici l’ennemie. Non, pas la dame : le carré vert. Concentrez-vous un peu sinon on ne va jamais y arriver.

Mais assez disserté : disséquons l’animal et écoutons donc Mme Blache nous expliquer pourquoi nombre d’entre vous ont dans leur portefeuille une carte crypto-fasciste dont le seul but est d’assister le pouvoir dominant mâle à écraser sous sa botte les droits des femmes. Si, si. Mais chut, vous allez voir, il n’y aura pas besoin de faire de calembours, tant finalement, cet article est une sorte de stand-alone guère complexe, comme on dit dans le milieu des joueurs à boutons. Bref : en route.

L’attribution des chiffres 1 ou 2 dans le numéro de la Sécurité sociale impose, dès la naissance, une hiérarchie explicite : en tête, le masculin, en éternel second, le féminin.

Oui, jeunes gens, vous ne le saviez sûrement pas, mais dès la naissance, dans une quelconque administration, une créature faite de testostérone et de flammes éclate d’un rire diabolique en choisissant de vous attribuer un numéro de sécurité sociale, car de cette manière, elle va vous hiérarchiser, et rappeler à chaque petite fille qui naît qu’elle n’est qu’une victime, un numéro deux, une roue de secours comparée à un mâle.

Bon, on inverserait les numéros, vous pourriez être sûr que l’article commencerait par "mathématiquement, le 2 est supérieur au 1 : comme toujours, les mâles se le sont donc attribués, pour rappeler à la femme sa sous-valeur…". Mais évidemment, ce n’est qu’une théorie, hein, ce n’est pas comme si cet article était déjà du n’importe quoi. Mais, allez-y : Mesdemoiselles, regardez bien votre carte Vitale. Concentrez-vous.

Ça y est, vous la voyez l’oppression masculine ? Bon, alors continuons.

Cet héritage installe avant même nos premiers pas dans la vie, d’un côté la confiance, de l’autre le doute.

Ne me demandez pas pourquoi : 1, c’est la confiance, 2, c’est le doute. Nous n’en sommes qu’à la deuxième phrase, et nous avons déjà quitté l’argumentation logique pour entrer dans les terres enchantées du pipeau.

Remarquez, si : 2%, c’est le score d’Eva Joly à la présidentielle. Avec des conseillères pareilles, pour sûr que ça ferait douter à peu près n’importe qui. Ça se tient, au temps pour moi.

Numéro «signifiant», c’est-à-dire non aléatoire, ce numéro nous qualifie dès notre inscription à l’état civil, et impose à travers sa première colonne déterminant le sexe, une hiérarchie symbolique et une dualité qui range les unes et les autres dans deux catégories étanches, que l’on oppose.

Oui, des catégories que l’on oppose. C’est important de le préciser, parce qu’en fait, on aurait pu penser que 99,9% de la population n’en avait strictement rien à faire. Mais ouvrir de nouveaux supposés fronts de guerre entre les sexes au nom de la lutte contre le sexisme, on sent là-dessous une puissante cohérence, que dis-je, un monument de réflexion et de schnouf. Heureusement qu’il n’y a pas d’autres sujets plus intéressants à traiter, ouf.

Et, en dépit de la création récente d’un chiffre 3 pour représenter les identités transitoires, cette première colonne n’en reste pas moins un outil de classification à la fois, suspect dans sa volonté de nous identifier à tout prix comme «appartenant à», et stigmatisant dans sa façon de nous définir selon des critères binaires et hiérarchiques.

Pire encore, Chris va bientôt découvrir que sur sa carte d’identité, les autorités du IIIe Reich Of The Balls ont fait tamponner un imposant "F" comme Francis Lalanne à côté de la case "sexe" alors que dans le même temps, les hommes ont le droit à un "M" comme Moriarty, ce qui une fois encore, relègue la femme comme inférieure à…

Hem, pardon. De la stigmatisation donc ! Oui ! Un apartheid ! On attend avec impatience le moment où l’auteur va expliquer fièrement la puissance de son combat à sa coiffeuse, avant de repartir en ayant payé trois fois le prix que paie un homme au motif qu’elle est une femme sans poser de questions.

Le Führer du Reich of the Balls, sentant bien que son complot maléfique vient d’être éventé

Elaboré en 1934 et mis en place en 1941 à des fins militaires par la Société nationale des statistiques – devenue l’Insee en 1946 –, ce numéro de matricule est né asexué, ou plus exactement, masculin. Le numéro Carmille – du nom de son concepteur – avait pour fonction de recenser les hommes valides pour une mobilisation rapide. La colonne qualifiant le sexe, avec les chiffres 1 pour les hommes et 2 pour les femmes, fut rajoutée a posteriori pour cacher sa fonction stratégique et lui donner une apparence civile. En 1945, le numéro Carmille devient le numéro de Sécurité sociale, outil au service de l’économie planificatrice de l’après-guerre.

Ou outil au service du recensement, allez savoir. Mais c’est beaucoup plus rigolo dit comme ça.

En transformant l’unité familiale, avec l’homme comme chef de famille, en produit statistique, l’Insee installe durablement dans notre ADN un «signifiant sexué» qui calcifie aujourd’hui encore notre modèle social.

Continuez de regardez votre carte Vitale très fort les enfants : vous la sentez, la puissance rayonnante du chef de famille ? Messieurs, essayez : rentrez dans un lieu essentiellement fréquenté par des femmes, comme leurs vestiaires à la piscine ou le rayon "littéraire vampirique" à la Fnac, puis brandissez votre carte en hurlant "PAR LE POUVOIR DU CHROMOSOME Y, JE TE DOMINE !" ; aveuglées par la puissance de votre numéro de sécu, les pauvres femelles se mettront en boule au sol en implorant votre pardon, voire plus si vous avez exhibé en même temps vos abdominaux d’acier.

Mesdemoiselles, n’essayez pas de faire l’inverse : si vous brandissez votre carte au milieu d’une tribune de supporters du PSG par exemple, vous risquez juste de finir au fond d’un fût à bière. Mais là n’est pas le sujet, puisque notons que le raisonnement va jusqu’au bout : l’Insee installe des trucs dans notre ADN.

Ce qui signifie par exemple que si vous grattez le premier numéro sur votre carte et que vous le remplacez par un 1 ou un 2, vous changez instantanément de sexe. Et si vous le remplacez par un 4, probablement même que vous devenez un X-Men. L’Insee, c’est surpuissant.

Et l’on voit combien la formalisation de ces normes continue de faire obstacle à une transformation sociétale pourtant en marche depuis la fin des années 50. Nos modes de vie ont en effet remarquablement évolué. Solo, homo, en couple, avec ou sans enfants, les individus se marient ou non, se pacsent, divorcent. Les familles se recomposent, ou pas

C’est à cet instant précis que le lecteur malicieux s’exclame "Quel rapport avec la choucroute ?" (la lectrice est toujours en train de gratter sa carte pour remplacer le 2 par un 1 et ainsi gagner 25% de salaire en plus). Non parce que, jusqu’ici, on a rarement vu le numéro de sécurité sociale huler "JE M’Y OPPOSE !" durant un mariage, engager un avocat pour pourrir votre divorce, voire faire des remarques homophobes (enfin si, si vous tendez très fort l’oreille tout en reniflant du mazout, des fois, il murmure des obscénités quand même).

Une choucroute. Techniquement, cette image est plus pertinente sur n’importe quel sujet que l’auteure sur le sien.

L’unité familiale construite sur le modèle patriarcal a vécu, pourtant les normes ont survécu. A travers ces qualifiants, une histoire de domination a bien été organisée et officialisée par l’état civil.

Ce qui est tout de même formidable dans ce genre de phrase, c’est cette espèce de crypto-conclusions façon "Comme je viens de l’expliquer, j’ai raison". Oui ? A quel endroit quoi que ce soit a t-il été prouvé ? Ah bin nulle part en fait. Mais, c’est probablement un détail.

Une histoire à lecture unique qui rend non seulement irréaliste, mais souvent inimaginable, la possibilité pour les unes, comme pour les autres, de se projeter ailleurs que dans des rôles assignés.

"Inimaginable" Mesdemoiselles. Les filles, pour vous, il est impossible de penser à autre chose qu’à une vie de soumission passée entre cuisine et lit conjugal. Vous pouvez essayer, mais lorsque cela arrive, vous vous faites tabasser par votre numéro de sécu jusqu’à ce que vous n’ayez plus qu’une envie : aller faire la vaisselle en couinant.

Pour rappel, la personne derrière cet article veut lutter contre le sexisme. En expliquant qu’il est inimaginable pour une femme de faire des projets autres que d’être bobonne.

Nos identités dépassent pourtant largement ces deux catégories et ne sont conditionnées à notre sexe, que par des habitus, voire des diktats dont il s’agit de se débarrasser urgemment. En ce sens, nous sommes toutes et tous des 3. Des êtres complexes et en transition constante, dont aucune des trajectoires n’est identique, linéaire ou définitive. Alors, ni une ni deux, supprimons les classifications !

Cette conclusion ne me donne qu’une envie : celle de vous dire qu’en ce moment, j’ai l’impression que dès que je veux parler d’autre chose que de combats stupides étiquetés "féministes", il y en a toujours une pour pondre une nouvelle tartine façon appeau à bâches.

Alors, je vous en conjure Mesdames : pour le bien de ce blog, arrêtez. Occupez-vous sur des sujets moins importants, comme, je ne sais pas moi, l’égalité salariale ? Non parce que c’est sûrement un détail, mais il n’empêche que j’ai beau fouiller vos sites, ça fait un bail que vous n’en parlez plus. Tout a dû se régler pendant que vous étiez sur le "Mademoiselle/Madame" j’imagine, ou le complot de l’éclairage urbain.

Aussi, ne t’inquiète pas mon petit Luc : dès la semaine prochaine, nous revenons au cinéma, avec un film qui parle de ce qu’il se passe lorsque l’on utilise le mauvais shampooing durant 30 ans : Loopers.

Chhht. Savourez-moi cette bande-annonce, et comptez le nombre de fois où le scénario se vautre déjà lamentablement.

Maintenant, imaginez le film.

Oui : moi aussi, je crois que je suis impatient.

"Wilhelm, à table !"

Jacob cria une nouvelle fois en direction de la chambre de son frère, ne s’étonnant pas de voir celui-ci passer la porte complètement débraillé, des taches d’encres maculant sa chemise usée qui, il y a longtemps, avait été parfaitement blanche. Se dirigeant vers la salle à manger, ledit Wilhelm renifla bruyamment tout en tapotant sur son vêtement pour vainement tenter d’aplatir les plis qui le parcouraient à force d’être resté assis à écrire à son pupitre. Jacob l’observa se diriger jusqu’à la chaise qu’il occupait toujours à l’heure du repas, près de la fenêtre, puis se dirigea vers lui avec les assiettes qu’il venait de remplir d’une soupe délicieusement odorante.

Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’une lumière semblable à celle d’un éclair et accompagnée d’une formidable détonation éclata au milieu de l’endroit l’espace d’un instant, soufflant tout ce qui se trouvait alentour, Jacob compris.

Se relevant péniblement couvert de soupe, de croûtons de pains et de chou, le pauvre homme toussota, cherchant au milieu de la fumée emplissant maintenant l’endroit son frère, qu’il trouva en train de se redresser aux côtés de sa chaise renversée, observant l’endroit où autrefois se dressait une table et son couvert : désormais, il y avait à sa place un homme aux vêtements faits d’une matière que Jacob n’avait jamais vue, en Saxe, en Prusse ou ailleurs, des volutes de fumées s’élevant au-dessus de lui comme s’il sortait d’un feu, et qui releva d’énormes et épaisses lunettes de son visage carré avant de consulter une sorte de boîtes couvertes de petites lumières clignotantes. "J’ai réussi !", lança t-il dans un allemand à l’étrange accent.

"W… was ?! - parvint à articuler Wilhelm, se tenant prudemment à distance 
- Nous sommes bien en 1812 ? A Cassel ?
- Heu… ja ? 
- Et vous deux – l"étrange homme se tourna tour à tour, l’air possédé, vers les deux hommes perdus par les évènements – vous êtes Jacob et Wilhelm Grimm ? 
- Oui… mais… qui êtes-vous ? Que faites-vous dans notre demeure, et pourquoi avez-vous ainsi saccagé ma soupe ? – Jacob sentit un étrange courage mâtiné d’effluves de chou monter en lui
- Ecoutez-moi bien : je suis un voyageur temporel, et je viens du XXIe siècle car j’ai besoin de vous, frères Grimm ! 
- Que dites-vous ? Je dirais bien que ce sont des sornettes, mais votre arrivée impromptue rend votre récit un peu moins idiot qu’il ne semblerait à première vue. Que voulez-vous ?
- Dans le futur, des amis à moi utilisent une invention qu’on appelle le cinéma pour raconter des histoires comme celles que vous écrivez. Or, je voulais adapter une des vôtres, Blanche-Neige et les Sept Nains, pour faire comme mes copains, mais il se trouve qu’il y manque des éléments pour qu’elle soit véritablement parfaite selon les critères du XXIe siècle. Alors vous allez la modifier tout de suite ! 
- Et pourquoi ferions-nous ça Monsieur ?
- Parce que si vous ne le faites pas, j’utiliserai ceci – il sortit un curieux mousquet de sa veste – c’est ce qu’on appelle un Desert Eagle, cela peut tuer deux gaillards comme vous en un éclair. Alors au boulot les petits gars, je n’ai pas que ça à faire."

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Sous la menace de son arme futuriste, l’homme obligea les deux frères à sortir papier, encre et plume, et les fit s’asseoir autour d’un guéridon voisin.

"Alors déjà, Blanche-Neige, c’est une princesse mais REBELLE d’accord ? Et elle adore faire du cheval en armure lourde pour décapiter des gens à l’épée.
- Mais ? Mais enfin, qu’est-ce que ? 
- ECRIVEZ ! Ensuite, elle kiffe grave le chasseur, qui lui apprend à faire du wiki-woush avec des couteaux pour faire des trucs de ninjas
- wiki… woush… ninja… ach, moins vite, moins vite !
- Et à un moment, il y a un troll, et le troll il fait BAM, BAM ! Comme ça, mais woush ! L’autre il esquive, et ensuite…"

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Quelques heures plus tard, l’étranger avait terminé son étrange dictée, et la nouvelle version de Blanche-Neige, intitulée "Blanche-Neige et le Chasseur" était prête. Après avoir expliqué que s’ils parlaient de lui à qui que ce soit, il reviendrait du futur pour les abattre, le voyageur temporel s’en vint, laissant derrière lui les deux frères quelque peu étonnés, et inquiets de l’avenir de l’humanité.

Quel monstre a bien pu naître de cette nouvelle visite du conte des frères Grimm ? Spoilons, mes bons !

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L’affiche : "Par le producteur d’Alice au pays des merveilles". Ah oui, donc il y a vraiment un pervers qui aime violer les contes avec barbarie, d’accord.

Le film s’ouvre sur un splendide jardin paisiblement endormi sous la couche neigeuse d’un froid hiver ; établi au sein d’une splendide forteresse, il voit déambuler en son sein, silencieuse, une charmante dame qui n’est autre que la reine du royaume local, comme nous le dit la voix off locale. Soudain, que ne voit-elle pas ? Une rose rouge, éclatante au milieu de la nature endormie ; "Bordel, c’est pas la saison !" se dit promptement la monarque, avant de tenter de se saisir de la fleur, mais ha ! Voici que se piquant sur les épines de celle-ci (malgré ses gants d’hiver, la reine a dû tenter de stranguler le pauvre végétal), trois gouttes de son sang royal viennent choir sur la neige, et à la vue de cet étrange contraste, la noble dame murmure :

"Ah, si seulement j’avais un enfant à la peau blanche comme la neige, aux lèvres rouges comme le sang et aux cheveux noir comme ceux d’un corbeau, je serais tellement heureuse !"

Le Destin, entendant sa prière, exauce le voeu de la reine ; et quelques mois plus tard, probablement après avoir fauté avec un gothique par eugénisme, voici naître une splendide enfant : Blanche-Neige (la reine penchait au départ pour "Rouges-Lèvres" sur le même principe, mais une péripatéticienne d’un village voisin travaillant sous le même nom, cela parut être une mauvaise idée).

Quelques années plus tard, Blanche-Neige a grandi ; c’est désormais une enfant réputée dans tout le royaume pour "sa beauté et son caractère rebelle" ; car dans toute bonne histoire, la princesse est "rebelle", mais c’est en général le narrateur qui le dit tant, dans les faits, la princesse en question accepte parfaitement l’ordre établi, à commencer par le fait d’avoir de par sa naissance le droit d’avoir une dizaine de serviteurs et l’opportunité de péter chaque soir dans des draps en soie. Mais c’est vrai que "princesse rebelle" sonne mieux que "princesse pétomane". Ce détail passé, nous découvrons que Blanche-Neige a un ami d’enfance qui l’accompagne dans ses jeux : William, fils d’un duc local, le Duc (notez que c’est recherché). Ils rient, courent, échangent des plaisanteries… il fait beau sur le royaume et le monde est heureux !

Hélas, un hiver, une chose terrible arrive : la maman de Blanche-Neige tombe malade, ce qui est le genre de chose qui arrive quand on passe ses journées à se promener dans les jardins du château à chercher des roses alors qu’il fait – 12. Elle finit par mourir, ce qui attriste le roi qui, contrairement à nombre d’autres personnages de ce film, n’est guère nécrophile. Et si les malheurs s’arrêtaient là…

… mais quelques mois plus tard, voilà qu’une étrange armée rôde sur les terres traditionnellement défendues par le suzerain, obligeant celui-ci à partir à la guerre pour botter des culs à la centaine. Lui et ses copains les joyeux cavaliers multicolores, sorte de gay-pride équestre, galopent donc à travers le pays pour finalement trouver l’ennemi à la sortie d’un bois : un bon millier de lanciers en armures noires ne laissant pas paraître le moindre centimètre de peau, en rangs, immobiles et prêts à se battre.

Le roi, voyant autant de lances face à ses chevaux, décide donc de faire la chose la plus logique du monde : charger n’importe comment, et de face s’il-vous-plait, histoire d’être sûr de se prendre une branlée ; mais par un curieux mystère, les soldats ennemis semblent n’avoir pris des armes longues que pour la déco, et décident de les lâcher sans s’en servir pour sortir des épées. Ha ? D’accord, pourquoi pas. Mais sinon vous avez vraiment pas envie d’utiliser vos lances sur les dadas ? Enfin bon. Bientôt, les soldats en noir désarçonnent les cavaliers royaux, obligeant ces derniers à se battre à pied en une fiévreuse mêlée. Mais ha ! Voici que portant un coup d’épée à un ennemi, le roi voit celui-ci se dissoudre en milliers de petits morceaux noirs !

"Bon sang les gars ! Ces soldats ils sont…
- Démoniaques, sire ?
- Oui, enfin, on s’en fout ! Ces petits morceaux noirs… je crois qu’ils sont constitués de cachous ! Vite, sucez-les très fort !"

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Ce propos malheureux se mariant aux tenues contestables de l’ost royal, l’armée ennemie a tôt fait d’être mise en déroute, et voici sur le champ de bataille le papa de Blanche-Neige victorieux ! Mais au milieu des piles de cachous constituant les défunts, il aperçoit derrière les anciennes lignes gardées par l’ennemi un chariot abandonné, et l’ouvrant, trouve à son bord une dame blonde plutôt bien faite de sa personne se présentant sous le nom de "Ravenna" (ce qui sonne comme "Dark Mistress of Hell" et n’est pas du tout suspect), et la sauve ainsi des méchants qui la retenaient prisonnière.

"Le roi décida donc de se marier avec elle dès le lendemain", nous dit la voix off.

"Qu’est-ce qui vous fait penser que je suis maléfique ? Arrêtez enfin !"

Pardon ? Même pas un petit restau, non? Non parce que si ça se trouve, elle rigole comme une truie devant Secret Story ou adore René la taupe ! Sinon, mon roi, ça vous intéresse pas de savoir d’où sortait cette armée qui a ravagé vos terres, pourquoi elle retenait cette donzelle et d’où elle sort, comme ça ? Non ? Non : l’appel de la coucherie n’attend pas.

De retour au château, donc, la future reine rencontre la jeune Blanche-Neige, et lui dit qu’elles seront super copines, tu verras. Puis, une cérémonie est organisée pour unir le roi à sa nouvelle épouse ; cela fait, passons aux choses sérieuses : il est temps que le roi montre à la désormais Reine ses techniques de joute en privé. Sauf que… tout ne se passe pas comme prévu : alors que le suzerain s’apprête à imiter l’éléphant devant madame, voici qu’il se sent fort mal…  que… que se passe t-il ?

"Du poison, mon roi : alors ouiiiii je sais, tu ne vas pas m’écouter parce que tu es trop occupé à crever, mais permets-moi de te raconter ma vie en détails pendant ce temps. Tu sais comme on est, nous, les filles : on papote, on papote, et pis vous les garçons, vous écoutez jamais, hihihi… heu, hem : oui, je disais : ma vie. Alors je suis née dans un petit village de la Creuse, où un jour, ma maman, voyant une armée arriver, a senti que ça allait barder pour sa gueule. Elle m’a donc jeté un sort qui fait que je serai éternellement jeune et belle en absorbant ces qualités à autrui ; elle savait en effet que la troupe en approche était celle d’un roi qui me voulait comme épouse pour remplacer son vieux boudin à la maison. Du coup, en restant jeune… moi je n’aurais pas ce problème ! Bref : le filou m’a non seulement emmenée, me séparant de mon frère, mais en plus, il a vaguement buté ma môman. Donc, j’étais un peu colère. Et je l’ai tué. Et depuis, je trompe des rois en les épousant puis les tuant, puisque vous êtes tous les mêmes : vous ne pensez qu’au sexe avant de nous jeter, nous autres, les filles ! Girls power !
- Je… mais ? Tu… es juste pleine de préjugés pourris ? Tu es… Eric Zemmour faite reine je… je te pardonne pour le poison : je vais mourir de honte avant qu’il ne fasse vraiment effet. Voilà : Aaaargh."

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Le roi mort, la vilaine reine s’empresse donc d’aller faire ouvrir les portes du château afin que son armée personnelle (cette fois constituée d’humains tout à fait normaux) s’empare de l’endroit (oui, les gardes du coin n’avaient pas remarqué les 3 000 hommes en train de camper sous les remparts, ils avaient des armures en velours pour ne pas faire de bruit) ; le combat s’engage donc entre serviteurs de la nouvelle reine et du défunt roi, et bientôt, les troupes de feu le suzerain sont obligées de quitter les lieux dans le désordre le plus complet, jusqu’à ce que la Reine fasse abaisser la herse pour empêcher au maximum de rebelles à son autorité de s’enfuir : et si le jeune Guillaume parvient à quitter l’endroit in-extremis avec son père, il aperçoit derrière la grille qui vient de tomber, désormais prisonnière des murs de son propre château et orpheline, la pauvre Blanche-Neige. Ho bin non alors !

La Reine, elle, fait porter dans ses nouveaux appartement un immense miroir à qui elle pose cette légitime question "Miroir, mon beau miroir, qui est la plus belle du royaume ?", et même si au début le miroir cite une série d’actrices de charme, sitôt que la Reine l’a menacé d’un bon gros parpaing dans la margoulette, il lance un chétif "Maiiiis toiiiii, ma reiiiineuuuh, bien sûr". Satisfaite de cette réponse, le règne de la nouvelle propriétaire du royaume peut donc commencer, sans que quiconque ne tente la moindre contre-attaque sur le château bien sûr, ce qui est quand même bien fait.

Hélas, le règne de la donzelle est "si maléfique que la nature se retourne contre elle-même" nous dit la voix-off, ce qui est un peu con de sa part, puisque du coup, elle devrait s’en prendre à la Reine et pas à elle-même, mais passons : les récoltes pourrissent sur pied, les fleurs fanent, la terre devient boue, bref, il faudra m’expliquer ce que l’on mange au château puisque plus rien ne vit à des centaines de lieues à la ronde. Ou alors, on se fait des galettes de boue, ce qui doit rendre les banquets particulièrement joyeux et faire la fortune des vendeurs de dentifrice. Mais plutôt que de répondre à ces questions pourtant essentielles, le film propose de sauter dans le temps, comme ça, hop.

Nous retrouvons donc, bien des années plus tard, Blanche-Neige, désormais adulte : sa peau est toujours blanche comme la neige, ses lèvres rouges comme le sang, et ses cheveux noirs comme ceux d’un corbeau ; par contre, elle a aussi les dents du lapin, ce qui est un peu plus curieux, tant feu sa mère n’avait pas demandé au Destin un rejeton avec une dentition de lagomorphe, mais soit. On comprend vite qu’à la puberté, ça a un peu merdé et plus que les seins, ce sont donc les incisives qui ont poussé, transformant l’innocente Blanche-Neige en Kristen Stewart, ce qui n’est vraiment pas très sympa.

Mesdames et Messieurs : la plus belle fille du royaume. Chhht.

Enfermée dans une tour isolée du château depuis toutes ces années, au sein d’un cachot dans les hauteurs, les journées de Blanche-Neige ne semblent pas passionnantes : elle dort, observe la course du soleil, entretient le feu de sa petite cheminée pour se réchauffer et surtout, tente d’apprendre à fermer la bouche (mais POURQUOI cette actrice N’ARRIVE PAS à FERMER LA BOUCHE ?!). On peut aussi le dire : elle se fait un peu chier. Et à en croire une jeune fille qui vient d’être installée dans le cachot en face du sien, le monde extérieur ne va guère mieux : la reine terrorise la région, les paysans sont soumis, tout le monde est persuadé que Blanche-Neige est morte lors de l’assaut de la forteresse des années auparavant, et le seul espoir de ce monde réside dans une petite forteresse tenue par le Duc, accessoirement père de William, l’ami d’enfance de Blanche-Neige. Mais si l’endroit accueille quantité de réfugiés souhaitant fuir les forces de la reine, il n’a pas suffisamment de forces pour tenter de reconquérir le royaume qui fut autrefois prospère. Blanche-Neige déprime donc d’autant plus. Et prie, car oui, Blanche-Neige récite des prières chrétiennes. Oh. Soit.

Quittons le cachot de notre héroïne pour aller retrouver la Reine et sa nouvelle couronne (qui est devenue noire et calibrée sur l’architecture gothique sans raison), qui elle, s’éclate pas mal à prendre des bains de lait en se soulageant dedans pour imiter la présence de gros chocapics,  courir dans le château en agitant sa cape noire ou causer avec son miroir, qui a plein d’histoires drôles en stock : c’est un peu le Jean Roucas de la miroiterie. Mais un jour, voici qu’un brigand qu’elle jugeait dans la salle du trône pour avoir tenté de piller l’un des convois royaux tente, dans un acte désespéré, de l’agresser : saisissant le poignard à la ceinture d’un garde voisin, il se jette sur la filoute et lui plante sa lame dans le bidou ! Hélas pour le petit anarchiste, les choses ne se passent guère selon son plan :

  • La Reine ne meurt pas, ho ?
  • En fait, il a beau avoir bien planté la lame, celle-ci ressort sans même être tachée de sang.
  • La Reine va même bien en fait, merci
  • Elle est un peu grognon-grognon
  • Du coup, d’un mouvement de la main, elle lui fait exploser le coeur, selon une technique qu’elle a vue dans Kill Bill
  • Le jeune chenapan meurt donc, un peu surpris pour le coup, reconnaissons-le.

En conséquence de quoi, la Reine se retire dans ses appartements, un peu fatiguée par ces derniers évènements : pour tout dire, elle semble même un peu… vieillie : elle a dû puiser dans sa magie pour survivre et doit donc refaire ses réserves si elle veut retrouver son teint de jeune fille ; ça tombe bien, son frère, Coupaubol, nommé ainsi pour de contestables motifs capillaires (s’il a lui aussi la jeunesse éternelle, pour la beauté, c’est râpé), a la solution. En effet, le bougre a jugé bon d’aller chercher la jeune fille installée dans le cachot en face de celui de Blanche-Neige et de la livrer à la Reine, et là, attention : grâce au pouvoir d’un crypto-baiser lesbien, la Reine absorbe la jeunesse et beauté de la pauvrette, qui de son côté, vieillit de manière accélérée ; sa peau se fripe, ses cheveux blanchissent, ses organes descendent et elle n’est plus tout à fait étanche. Alors que pour Ravenna, ça roule : sa peau est plus lisse, ses cheveux plus éclatants, sa croupe plus rebondie… vous voyez le topo. Cela fait, elle remercie son frangin de ce petit quatre heures, et s’en va taper la conversation avec son miroir, ce qui doit faire plaisir à son frère d’être ainsi snobé au profit d’un élément de déco. Bref.

"Miroiiiir, mon beau miroiiiir, qui est la plus belle du royauuuuume ?
- Hem… je… écoutez, je suis un miroir d’accord ? Donc techniquement, je suis paaaas vraiment calé en matière de…
- Je crois t’avoir posé une question, miroir. Alors, c’est qui qu’est la plus belle ?
- Humgrumblblblfugrmblancheneignegmrbmblteum.
- Pardon ? J’ai cru entendre un truc au milieu de tes toussotements !
- Okay : j’ai dit Blanche-Neige, ma reine. Mais en même temps, j’ai toujours été excité par les lapins, alors vous comprenez, je…
- COMMENT OSES-TU !
- Oooon se calme, on se calme ; écoutez ma reine, j’ai un tuyau pour vous : si vous mangez le coeur de cette fille à la beauté supérieure à la vôtre, vous serez éternellement jeune et belle, vous n’aurez plus jamais à absorber les forces de qui que ce soit. Bon, ce sera un peu gore, mais hein, quand même, c’est pas mal, non ?"

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La Reine hésite quelques instants, se demandant si elle doit tabasser ou remercier son miroir, puis fait appeler son frère pour qu’il aille chercher Blanche-Neige : ce midi, c’est viande rouge (la Reine adore Buffalo Grill).

Sauf que pendant ce temps, dans le cachot de Blanche-Neige, il se passe des trucs : par la seule étroite fenêtre de l’endroit, deux oiseaux entrent, piaillant un peu partout (et chiant au passage dans tout l’endroit), semblant indiquer à Blanche-Neige l’orifice par lequel ils sont entrés : cela donne une idée à notre héroïne : tiens, si je regardais par la fenêtre ?

Parce que oui, en 10 ans et quelques, l’idée ne l’a pas traversée. Voilà voilà.

Et que voit-elle ce faisant ? Ho bin ça alors ! Un gros clou de maçonnerie qui dépasse ! Hmmm, ça pourrait servir à égorger quelqu’un : merci les oiseaux psychopathes ! Allez hop, on embarque le bidule, et on va vite sur sa paillasse car des pas approchent de la cellule : il s’agit de Coupaubol !

Feignant le sommeil (la bouche entrouverte), elle laisse le bougre s’approcher d’elle et prétend se réveiller en le voyant ; celui-ci lui explique qu’elle est si belle que depuis fort longtemps, il l’observe depuis la porte de sa cellule lorsqu’elle dort (… attendez, attendez : cette actrice ne joue que dans des films où des gens avec des coupes à la con la regardent dormir comme des pervers ou c’est moi ?). Mais qu’aujourd’hui, c’est un peu moins rigolo, puisqu’il vient la chercher pour que la Reine en personne l’exécute. Désolé, c’est ballot, mais c’est comme ça. Allez, suis-moi Blanche-Neige, fais pas ta mauvaise tête, hein, dis.

Sauf que la princesse ne l’entend pas de cette oreille, et improvise un plan digne de Prison Break : déjà, elle attrape son clou de combat dans son inventaire, en met un bon coup dans le visage du Monsieur qui recule en titubant, puis, en profitant pour se saisir de ses clés, fuit la cellule avant de refermer la porte sur l’homme désormais balafré.

A noter que tous les gardes présents dans le couloir des cachots depuis le début du film ont eux disparu, n’entendant pas les hurlements du frère de la Reine à demi-défiguré par une princesse cucu qui a trouvé son arme grâce à de gentils oiseaux innocents ("Piou piou piou, ouiiii,  Blanche-Neige, arrache-lui l’oeil, saigne-le comme une truie… heu… Piou piou piou. Hem.". La jeune fille se lance donc dans une cavalcade éperdue au travers de la tour, finissant par déboucher dans la cour du château où, hélas, des gardes la repèrent : ni une, ni deux, apercevant un orifice d’évacuation d’eau, elle se jette dedans et parvient à échapper à ses poursuivants en déambulant au travers des conduits creusés sous le château, jusqu’à déboucher au milieu d’une falaise battue par les eaux (le château est bâti sur une presqu’île qu’il occupe entièrement) : sauf que le ressac local plus que violent ne fait pas peur à la princesse, qui se jette à l’eau sûre de son coup (au passage, sachez que Blanche-Neige était parfaitement vêtue pour l’aventure dans son cachot : solide pantalon sous sa robe, bottes de voyages en bon cuir, etc. C’est bien fait quand même, ils avaient tout prévu pour l’aider à s’évader). Et effectivement, ça n’arrête pas la bougresse, qui emmerde tant les flots que les courants, et nage donc pépère jusqu’à une plage voisine située sous les murs de la forteresse où ses amis les oiseaux la guident jusqu’à un… un… heu…

Un cheval blanc.

"Cui cui cuiiii tuetoutetafamilleavecuncouteauàhuîtres cui cuii cuiiii piou piouuuuu"

Dis-donc Blanche-Neige, tes oiseaux là, ce sont des hirondelles européennes ou africaines ? Non parce que pour héliporter un cheval, elles doivent être balaises quand même. Et depuis la forteresse, ça ne les a pas choqué de voir débarquer un cheval, comme ça, pouf pouf, juste sous les murs ? Non ? Personne n’a eu envie de capturer ce bidule qui vaut une fortune ? Excusez-moi mais on est qu’au début du film là, est-ce que ce truc a seulement été relu ?

En tout cas, la forteresse justement s’agite tout de même un peu, puisque quelques cavaliers sont envoyés à la poursuite de la princesse qui, elle, de son côté, se découvre des talents de reine de l’équitation sur le dos de l’animal sauvage-mais-pas-trop (il n’a pas de selle ni aucun équipement : il est tout pur, par contre il se laisse monter par la première prisonnière venue qui a probablement pris des cours dans sa cellule durant les 10 dernières années en chevauchant des rats pour aussi bien cavaler). La poursuite dure donc un long moment, les paysages défilant jusqu’à ce qu’enfin, Blanche-Neige constate que son cheval avance moins bien : en effet, ils viennent d’arriver dans un marais, et le pauvre animal est en train de tenter d’imiter l’immersion périscopique avec brio ; notre héroïne a juste le temps de sauter sur la terre ferme voisine pour voir ses poursuivants se rapprocher, et continue donc de filer à pied vers la forêt toute proche, aux arbres tordus et à l’herbe inexistante.

Les cavaliers à sa poursuite se contentent donc de dire "Ho non, un marais ! On ne peut pas continuer à cheval !" et… font demi-tour.

Vous n’avez pas de pieds les gars ? Maman vous a interdit de salir vos bottes ? Enfin, je veux dire : vous devez ramener à la reine une fille en robe (même si elle a sa tenue de voyage sans aucune raison en dessous, c’est vrai), qui a pas dû beaucoup faire de sport dans sa cellule de 9m² (n’est pas Sarah Connor qui veut) depuis près de 10 ans et qui tente de vous semer à la course, vous, soldats ; vous ne pensez pas que ça pourrait aller vite cette histoire ?

Hé bin non.

Bon, et bien continuons avec Blanche-Neige toute seule, puisque s’aventurant au milieu des arbres déformés, elle se prend les pieds dans une racine et atterrit sur des champignons qui lui envoient moult spores à la tronche ce faisant : et figurez-vous que c’est hallucinogène, puisque soudain, tout autour d’elle devient affreusement hostile : les arbres ont des visages, des insectes courent en tous sens, des créatures monstrueuses s’accrochent aux branches alentours ou les animaux se transforment en Bogdanoff… c’en est trop pour la bougresse, qui s’évanouit purement et simplement sur place, mais proprement quand même histoire de pas trop se défigurer avec une branche ce faisant. Elle marmonne donc faiblement "Ouaaah putaaain le triiiiip" puis s’endort. A plus tard, ganja girl.

La Reine, elle, de son côté, est très mécontente : ses cavaliers n’ont pas rattrapé Blanche-Neige au motif que "Nan mais elle est arrivée dans la sombre forêt, on ne peut pas la poursuivre là-dedans, parce que… heu, et d’une, c’est une forêt, et de deux, elle est sombre. Voilà." ; oui, en même temps, elle n’était pas dans la sombre forêt quand vous l’avez lâchée les gars : vous l’avez laissée en plan pas loin de la lisière sitôt qu’il aurait fallu salir ses jolies bottes dans la gadoue. Trooooop dur. Mais bon, c’est pas comme si décevoir la Reine vous faisait risquer la mort, pas vrai ? En tout cas, la Reine justement demande à ce que l’on aille chercher quelqu’un connaissant les bois en question pour y retrouver la bougresse. Et ça tombe bien : juste à côté du château, dans un petit village, Chasseur le chasseur est occupé à se prendre une cuite. Et entre deux rots au parfum de 8-6, il se retrouve attrapé par Coupaubol et quelques gardes, venus le quérir pour l’emmener jusqu’à la Reine. Sitôt tracté jusqu’à la salle du trône contre son gré, et pendant qu’il essaie de ne pas vomir sur le tapis local, le bougre reçoit de la Reine ses instructions : aller chercher une fille perdue dans la sombre forêt et la ramener au château. Certes, ça n’intéresse pas trop le Chasseur, mais bon : comme la Reine lui jure en pouffant et croisant tous les doigts (elle a d’ailleurs des orteils très souples) que s’il le fait, elle ressuscitera sa défunte femme avec sa puissante magie, l’homme des bois décide d’accepter la mission, et accompagné de Coupaubol et de quelques gardes, il part donc pour la sombre forêt.

Après avoir un peu cavalcadé, la troupe arrive donc à l’orée du bois de mauvaise réputation, et commence donc à s’enfoncer en son sein, chacun suivant avec attention chaque pas de Chasseur pour ne point tomber dans l’un des nombreux pièges de l’endroit. Et au bout d’un petit moment… le Chasseur tombe sur Blanche-Neige, la rattrapant alors qu’elle tente de cavaler loin de lui.

"Mais… tu es un lapin ?! Ferme la bouche pour voir ?
- Je… je n’y arrive pas Monsieur le Chasseur ! Et je ne suis pas un lapin : je suis une jeune fille qui veut échapper à la mauvaise Reine !
- Ah bah ouais mais bon, moi je m’en tape un peu tu sais. Tiens, voilà une carotte à grignoter."

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Mais alors que Blanche-Neige tente d’expliquer que bordel, non, elle n’est point un petit animal de la forêt, voici paraître Coupaubol et ses hommes qui étaient un peu à la traîne pour un dialogue d’anthologie :

"Bravo Chasseur ! Tu as retrouvé la fugitive. Maintenant DONNE-LA MOI !
- Sachant qu’on est supposés repartir au château tous ensemble, je ne comprends pas trop pourquoi tu parles ainsi, mais je vais faire semblant de rien. A moi de lire mon texte inutile : OKAY MAIS RENDS-MOI MA FEMME D’ABORD !
- Ah oui, c’est con en effet, sachant que c’est la Reine qui est supposée faire ça et qu’elle est à plusieurs bornes, ça n’a aucun sens… bon, allez, continuons. NON ! JE NE TE RENDRAI JAMAIS TA FEMME, HA HA HA ! JE SUIS DIABOLIQUE ! NOUS T’AVONS MENTI ! MAINTENANT, DONNE-MOI LA FILLE !"

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Voilà, notez, et c’est important, que le méchant, pour négocier dit : "Donne-moi ce que je veux, et en échange, je t’entube", plutôt que de simplement baratiner le pauvret et rentrer au château pépère. C’est à ce genre de détails que l’on comprend que c’était un film pour Kristen Stewart.

Bref, du coup, le Chasseur devient colère, et décide de péter la gueule aux malandrins au service de la Reine, mais comme c’est un gentil, il n’a pas compris comment on se sert d’une hache : comme dans les séries de mauvaise qualité où tous les personnages ont des tenues flashy et n’utilisent jamais leur arme convenablement pour ne pas tuer, voici que le Chasseur frappe… avec le manche de son arme.

"Attention, j’ai une hache, si vous continuez, je ne m’en servirai pas"

Hmmm, d’accord. Tu es persuadé que ton arme est un tonfa et non une hache. Le fer au bout ne te met pas sur la voie ? Non ?

Cela dit, il a quand même tôt fait de mettre en vrac la margoulette de ses ennemis, Coupaubol résistant bien un peu, mais finissant tout de même par choir dans un tas de champignon dégageant des spores hallucinogènes, et se contentant donc de rester au sol les yeux dans le vague, hurlant simplement "Chasseur, je te tueeeeerai !".

Et comme le Chasseur est sympa (ou trépané), il ne le tue ou ne le capture pas, histoire de bien laisser Coupaubol aller prévenir la Reine pour qu’elle puisse envoyer rapidement des troupes à leurs trousses, plutôt que de simplement supposer que la sombre forêt a eu raison de la petite expédition. C’est très malin. Mais bon, hein… ça n’étonne plus personne à ce stade ("ce stade" ayant été franchi dès le pitch du film, en fait). Le Chasseur embarque donc Blanche-Neige avec lui, et décide de l’aider à fuir la sombre forêt ainsi que les troupes de la Reine. Il en profite, au détour d’un arbre, pour sans aucune raison se tourner vers la jeune fille et lui dire :

"Si un jour quelqu’un tentait de te tuer, tu dois esquiver comme ça puis riposter avec un couteau comme ceci."

Ho bin ça alors je me demande bien si ça va servir dans ce film, dites ! Surtout en sachant que le Chasseur, dès la scène suivante, n’en a plus rien à faire d’expliquer les rudiments de la self-défense à notre louloute, prouvant bien que ça sortait tout simplement de nulle part de manière ni naturelle, ni logique. Merci. Mais comme l’aventure ne s’arrête jamais contrairement aux incohérences, alors que les deux compères s’apprêtent à sortir de la sombre forêt après avoir longuement marché, ils doivent passer par un pont de pierre où l’on retrouve dispersés des ossements guère rassurants. Hmmm… avançons sans précautions, pour voir. Ce sont peut-être juste les restes de gens qui ont fait des crises cardiaques tous en même temps et au même endroit. Moui, ça doit être ça.

Cette théorie parait crédible à nos héros, jusqu’à ce qu’un énorme troll surgisse de derrière un arbre, soucieux de se faire un bon repas à base de pauvres humains ; et si le Chasseur lutte courageusement mais un peu connement ("Tiens, prends un coup de manche dans la gueule vilain monstre de deux tonnes  ! Ah, si seulement j’avais une hache au bout de mon manche !"), c’est finalement Blanche-Neige qui le sauve en heu… bin… en… en regardant le troll.

Je ne blague pas : elle se contente de regarder la bête dans les yeux, et allez savoir si ça attendrit l’animal ou si c’est plus simplement que ce dernier a l’impression de contempler deux fenêtres vers le vide intersidéral (moi je vote pour cette option des deux mains), mais la bête se calme et fait demi-tour (le regard de Blanche-Neige doit être nourrissant : il n’a plus besoin de manger des gens. Combien de calories par clin d’oeil ?). Probablement qu’elle cauchemardera encore de longues semaines de ce qu’elle vient de voir. "C’est cool", dit donc le Chasseur sans poser de questions, avant de reprendre la route jusqu’à une rivière voisine marquant la fin de la sombre forêt.

Mais pas question de faire trempette, car sur l’eau paraissent bientôt de frêles embarcations couvertes d’archers aux visages dissimulés par des voiles : il s’agit en fait d’une tribu de femmes vivant dans le coin, qui décide de prendre sous son aile nos deux loulous, tant ce n’est pas tous les jours que l’on voit émerger des gens de la sombre forêt ! Mais alors, qui sont-elles, ces formidables archères ? Et bien il s’agit de donzelles du royaume ayant fui pour ne pas finir comme petit goûter pour la Reine et son besoin de jeunesse et de beauté : d’ailleurs, pour se prémunir de la chose, elles se sont volontairement fait des cicatrices au visage pour que leur beauté ne soit pas appétissante aux yeux de la vilaine patronne du royaume. Ok, c’est une technique comme un autre. L’autre option, c’était de poster des photos de duckface sur Facebook : avec ça, vous êtes hideuses pour l’éternité. Mais bon, on va dire que les cicatrices ça marche aussi pas mal.

En attendant, la plus vieille et évidemment la plus sage d’entre elles a tôt fait de reconnaître Blanche-Neige, et informe le Chasseur de ce qu’il vient d’accomplir : il vient de sauver, non pas une paysanne crasseuse et débilette, mais la fille (tout aussi débilette) du défunt roi des griffes de sa tyrannique belle-mère ! Bravo, tu es un héros qui s’ignore : allez, disent les femmes du coin, vous pouvez passer la nuit ici pour vous reposer, vous l’avez bien mérité (et elles ne disent pas du tout ça car elles aimeraient bien aller voir le Chasseur prendre son bain tout nu, nooon).

Mais pendant ce temps, Coupaubol, lui, n’est pas resté inactif ! Après avoir averti la Reine de son échec, ce dernier a réuni une nouvelle troupe de cavaliers, et a recruté en chemin un mystérieux et surdoué archer…  qui n’est autre que William, l’ami d’enfance de Blanche-Neige ! Apprenant que son amie était vivante mais en danger, il a décidé de partir à son secours ; et grâce à ses pouvoirs de divination et de téléportation, il s’est trouvé pile sur le chemin de Coupaubol pour rejoindre la troupe à la poursuite de la princesse ! Bien joué mec ! Mais du coup, tu n’aurais pas pu te téléporter auprès de Blanche-Neige, plutôt ? Détail.

Pendant ce temps, de l’autre côté du pays, durant la nuit, près de la rivière, Blanche-Neige se réveille pour constater que des flèches enflammées commencent à tomber sur le village des femmes : bin, ça alors ! C’est pas banal ! Qu’est-ce donc ? Et bien ce sont tout simplement les hommes de Coupaubol qui passent à l’assaut, et commencent à massacrer toutes les donzelles, qui courent partout en hurlant ! Vite, Chasseur, à l’aide !

Blanche-Neige vient d’apercevoir la chevelure de Coupaubol : on la comprend.

Oui, et puis neurones aussi, à l’aide :

  • Comment les méchants ont-ils su où était Blanche-Neige ? Ils bénéficiaient des pouvoirs de devin de William ?
  • Comment sont-ils arrivés aussi vite, sachant qu’il a fallu plusieurs jours à Blanche-Neige et au Chasseur pour arriver là ? Là aussi, les pouvoirs de téléportation ont été mis en commun ?
  • Excusez-moi, mais les dizaines d’archères de combat d’il y a 10 minutes, elles sont où ? Non parce que d’après ce que l’on a vu, la troupe de Coupaubol est à peu près 10 fois inférieure en nombre aux guerrières locales, alors quoi ? Elles étaient occupées à un concert de Justin Bieber ?
Bref : alors que la bataille fait rage, voici que William apparait, utilisant ses talents d’archer pour trahir ses compagnons d’arme et commencer à envoyer de la flèche dans tout ce qui tente de poser la main sur les damoiselles du cru. Blanche-Neige l’aperçoit brièvement, mais très vite, tous deux sont séparés par les flammes des incendies ravageant l’endroit. Et à défaut de William, c’est le Chasseur qui attrape Blanche-Neige par la main pour l’emmener loin du village, fuyant Coupaubol et sa troupe en s’enfonçant dans la nuit. William est un peu dégoûté, car il sent bien comment va se finir cette histoire : elle va coucher avec le Chasseur bad boy, et lui deviendra son meilleur ami gay. Rah, la vie s’tronul.
En tout cas, le lendemain matin, alors qu’ils traversent un bois voisin, Blanche-Neige et son compagnon sont surpris par un terrible piège (le classique lasso qui les suspend à un arbre la tête en bas), mais qui a bien pu le tendre ? La réponse arrive vite lorsque 7 petits personnages bourrus et bien armés sortent des fourrés alentours afin de voir ce qu’ils viennent de prendre : un Chasseur et un… heu… hmm… c’est pas bien clair.
"On dirait une… une sorte de cochon d’inde.
- Non, un cochon d’inde ça a l’oeil qui pétille beaucoup plus. Je pense à une espèce de méduse, mais avec des dents.
- Hmmm, ça se tient, mais que ferait-elle aussi loin de la mer ?
- VOS GUEULES JE SUIS UNE PRINCESSE BOUGRES DE CONS !
- Ah non, pour brailler comme ça, ça doit plutôt être un lamantin."
 
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Mais alors que la petite troupe est toute à sa discussion et hésite à libérer ses prisonniers, ne sachant gère ce qu’ils font là, voici que résonne dans la forêt un son de cavalcade : les cavaliers de la Reine ! Vite, il faut prendre une décision : libérer les malheureux ou les laisser aux soldats de la vilaine dame ? Les nains hésitent.

"Il faut la libérer, je la reconnais : c’est la fille du défunt bon Roi !"

Déclare le… seul nain aveugle de la troupe, que nous appellerons donc Gilbert. Il l’a sûrement reconnue à son haleine. Mais bref : avec cette information, les nains décident donc que Blanche-Neige et son pote Chasseur sont plutôt dans le même camp qu’eux, à savoir, contre la Reine, et les libèrent donc pour mieux les emmener en direction d’une étrange grotte… qui s’avère en fait être un long tunnel débouchant sur un endroit magique !

En effet : la troupe sortant du souterrain rocheux arrive en file indienne dans une sorte d’immense coin de forêt où tout est beau et joyeux, où les oiseaux chantent, les fées filent entre les arbres et les animaux ne sont point effrayés par les hommes ; comme tout cela est fabuleux ! Blanche-Neige s’émerveille devant des nuées de papillons, des champignons jolis ou des sangliers en train de chier dans les fourrés dans une série de bruits liquides, ah, quel lieu merveilleux !

Les nains, eux, n’en ont pas grand chose à faire de tout ça, et organisent juste une petite teuf durant laquelle le plus neuneu des nains, appelons le Simplet à tout hasard, décide de danser avec Blanche-Neige car on sent bien que ça le perturbe de voir une femelle après toutes ces années passées dans des mines seulement peuplées de gros barbus. Par ailleurs, l’un des nains remarque que tous les petits maux de la troupe semblent apaisés en la présence de la princesse : plus de chaude pisse, de constipation, de points noirs ou autre, car elle est si gentille et pure que "Tout guérit autour d’elle" (même si les neurones, eux, semblent prendre cher dans le même temps) ! Ah, elle pourrait donc guérir le royaume ! En attendant, ça suffit : il faut pioncer mes petits amis. On avisera demain sur ce qu’il faut faire.

Et effectivement, une fois la nuit passée, au réveil, Blanche-Neige sent comme un appel ("Blanche-Neige… Blanche-Neige… ramène ton cuuuul") au coeur de la forêt : hooo ! Qu’y a t-il là-bas ? Mais un splendide cerf, bien sûr, tout blanc et vaguement féerique semble-t-il, qui contemple la princesse de haut en bas (et sans rigoler : bravo le cerf). Les nains ainsi que le Chasseur, alertés par la disparition de la donzelle à leur réveil ont filé à sa poursuite (ils l’ont géolocalisée en lisant le script, là encore), et arrivent donc dans la clairière au moment où le noble animal (pas Blanche-Neige, l’autre) s’incline devant la fille du bon Roi, afin de signifier, dixit les nains, qu’elle est bénie entre toutes (et que c’est pour ça que les oiseaux sont ses amis et lui indiquent comment arracher les yeux des gens avec des clous de maçonnerie quand elle s’ennuie dans sa cellule).

Ce qui n’interpelle pas vraiment Blanche-Neige, qui semble trouver tout cela bien normal, quand bien même elle nous claquait des prières chrétiennes au début du film. Petite païenne, va !

Hélas, alors que cette scène enchanteresse fait lâcher des "Hooo" et des Haaa" à la troupe, voici qu’une flèche sortie de nulle part vient exploser la gueule du pauvre cerf, qui brame un peu avant de se transformer en nuée de papillons blancs (oui, il ne peut pas juste mourir dans ses boyaux en vomissant de la bile, ce n’est pas considéré comme suffisamment enchanteur, je ne comprends pas) : les hommes de Coupaubol viennent de trouver le chemin jusqu’à la clairière (là encore, comment ont-ils su que cette dernière existait/que c’était là que Blanche-Neige était ? Mystère), et commencent à attaquer le groupe (mais en débutant avec le cerf qui n’avait rien à voir avec la choucroute pour bien informer qu’ils sont là : bravo les gars).

Le Chasseur et les nains cherchent encore à comprendre ce que ce pauvre cerf venait faire là, et pourquoi il semblait être une cible prioritaire pour les méchants

Détail intéressant, il faut savoir qu’il n’y a, au dire de Coupaubol lui-même, qu’un seul archer dans sa troupe, et il s’agit de William. Alors d’où sort ce nouvel archer qui vient de buter un cerf pour rigoler ? Ah, bah de nulle part en fait. Le scénario l’a généré aléatoirement, pouf. Tiens d’ailleurs, sur la même thématique : d’où sortaient les flèches enflammées qui ont ravagé le village des femmes quelques scènes auparavant ? J’en connais un qui va devoir s’expliquer.

Bref : les nains commencent à foncer vers les agresseurs, alors que deux d’entre eux, dont Simplet, aident Blanche-Neige à aller se planquer loin de tout combat ; hélas, l’archer rabouin les a suivis, et décide donc de faire du carton de nain ; mais Simplet, voyant son compagnon ainsi menacé, se jette devant lui en hurlant "Noooon" au ralenti comme une sorte de tout petit Kévin Costner (ce qui n’est pas très intéressant, puisque plus le garde du corps est petit, moins il couvre de surface lorsqu’il se jette devant vous). Ho no, Simplet is down ! Hurle Blanche-Neige en voyant le petit être ainsi percé d’une flèche se lancer dans la grande scène de l’agonie tremblotante ("Accroche-toi Simplet, les hélicos arrivent ! Je les entends ! Dis pas de bêtises, tu vas t’en tirer !") ; mais hélas, nenni d’hélicos : le nain trépasse purement et simplement, sans se transformer en nuée de jolis papillons, lui (ce n’est pas un nain enchanté, lui, et visiblement, Blanche-Neige ne guérit par les blessures par flèches avec la pureté de son petit coeur, cette grosse nase).

Heureusement, sortant de nulle part, William arrive et tue le vilain archer avant qu’il ne continue le massacre, et se rue vers Blanche-Neige en hurlant "C’est moi, William ! Souviens-toi, c’est moi qui te tirais les cheveux étant petit !"

A noter que malgré le fait que William a massacré une partie des hommes de Coupaubol lors de la bataille dans le village des femmes au bord de la rivière, le frère de la Reine ne l’a pas pour autant viré de sa troupe ou supposé qu’il puisse être un traître, et l’a donc emmené avec lui jusqu’au bout, parce que c’est bien normal. Dieu que ce film est nul (je précise, si vous n’aviez pas encore remarqué).

Bref : dans la clairière magique, la bataille fait rage, et les méchants sont rapidement mis en déroute, entre autres parce qu’ils se font taper dessus à coups de manche de hache par le Chasseur qui n’a toujours pas compris comment utiliser son arme, et ils préfèrent donc fuir plutôt que de poursuivre cette ridicule baston. Finalement, Coupaubol lui-même décide de venir se battre en duel avec le Chasseur, et comme il se doit, le méchant prend l’avantage sur le gentil, jusqu’à ce qu’au moment d’en finir, il se lance dans un monologue sans intérêt ("Hahaha, je suis méchant et je vais triompher, hohoho !") Profitant de la chose selon la règle traditionnelle des films sans inventivité, le Chasseur se reprend donc et pousse son ennemi contre un tronc d’arbre renversé, un peu pointu et habilement situé, ce qui lui pique un peu le dos : Coupaubol agonise donc quelques secondes empalé sur le bidule, son corps se mettant à vieillir particulièrement vite alors que la magie qui l’habitait disparaît, puis il meurt enfin, ce qui fait pousser un long soupir aux coiffeurs du monde entier enfin libérés de cette ignominie (la copine d’ignomickey. Si. Si, j’ai le droit. Arrêtez : ce calembour reste bien au-dessus du niveau de ce film, chut maintenant). Heu heu hem, reprenons.

La bataille ainsi achevée, tout le monde se réunit donc au milieu des bois afin de dresser un fort beau bûcher en l’honneur de Simplet, avec moult chansons en son honneur plus ou moins repompées sur le Seigneur des Anneaux pour accompagner le défunt dans son voyage vers l’au-delà des nains, un monde où le Styx est un ruisseau et où Charon est Passe-Partout. Et autour du bûcher, une décision est prise : il ne faut plus fuir, il faut combattre la Reine. Et pour ce faire, il serait bon de se rendre au château du Duc, le père de William, afin de trouver les hommes et femmes de bonne volonté prêts à se battre pour leur liberté. En route, donc !

Ainsi, et dès le lendemain, la petite équipe se met en marche, et là encore, avec des plans pas du tout repompés sur un autre film précédemment évoqué : toute l’équipe en file indienne, avançant péniblement dans d’immenses décors sauvages et ce, avec des prises de vues tournantes autour d’eux sur fond de musique pompeuse. Non vraiment, on a jamais vu ça ailleurs. D’ailleurs sur certaines affiches, si vous regardez les armoiries du père de Blanche-Neige sur son bouclier ou le style de la couronne de… oui non, cherchez-vous même tous les trucs repompés sinon il faudra un deuxième article entier : poursuivons.

Bref : un matin, alors que tout le monde pionce dans une forêt enneigée (il faut savoir que les saisons semblent être une notion toute relative dans le coin), Blanche-Neige entend comme un app…

Ho, merde ? Mais vous avez pas envie de la ligoter en fait pour éviter qu’elle ne se lève chaque matin pour suivre une quelconque voix mystérieuse ? C’est quoi le problème ? Et puis tant qu’à y être, comment se fait-il que j’arrive à voir Blanche-Neige sur fond neigeux, alors que sa peau est supposée être de la même couleur ? Ho le Destin ! Remboursez ! Produit défectueux !

Mais revenons à nos moutons : la voix qui appelle Blanche-Neige n’est autre que celle de William l’attendant un peu plus loin, qui lui dit qu’il l’aime fort, lui roule un patin puis, comme il est sympa, lui propose… une pomme. Blanche-Neige est trop contente : quel excellent petit déjeuner plein de vitamines ! Hop, elle croque dedans et… ho… elle se sent mal ! Regardant la pomme dans sa main, elle réalise que celle-ci n’est qu’une illusion et qu’il s’agit en fait…

D’une couille.

Pardonnez ma grossièreté, mais franchement, à moins d’un curieux kiwi, je ne vois pas trop ce que ça pouvait être d’autre. A noter aussi, accessoirement, qu’alors que dans la scène juste avant celle-ci, on a vu la Reine ricaner et changer de forme, j’ai quand même eu le droit, dans les sièges derrière moi, à une série de nanas qui ont marmonné "Ho bin ça alors ! C’était la Reine !".

En même temps, ça ne se fait pas de croquer des balls sans connaître leur origine, coquinette

C’est vrai que c’était pas évident à deviner, bravo les filles. Mais bref : la Reine dissipe son sort la transformant en William, et alors que Blanche-Neige est à demi-paralysée sur le sol froid, la méchante se penche sur elle et se lance dans le monologue qui va bien, une fois encore.

"Hahaha, Blanche-Neige ! Te voilà bien feintée ! Je vais te tuer car tu es plus belle que moi, et que ce faisant, je deviendrai jeune et belle pour l’éternité ! Alors que, à l’inverse, si jamais tu survivais à cette rencontre, sache que tu es la seule du royaume à avoir le pouvoir de me tuer, seul un sang plus beau que le mien pouvait lever mon sortilège de jeunesse ! Mais tu vas mourir, tu l’imagines bien, ce n’est pas comme si j’étais en train de disserter à haute voix pour te révéler le secret pour me vaincre  à 10 mètres de tes potes en train de se réveiller et qu’ils allaient venir me pourrir, hein !"

Du coup, incroyable hasard : William et le Chasseur, réveillés par ce bruyant monologue, foncent droit vers la vilaine bougresse pour lui tatane la gueule, mais cette dernière reprend la forme qui lui permet de voyager rapidement, à savoir celle d’une nuée de corbeaux, et s’enfuit aussi vite qu’elle le peut, laissant malgré tout derrière elle un ou deux corbeaux morts (et quelques fientes) massacrés par nos héros durant son échappée. Hélas, pour Blanche-Neige, par contre, il est trop tard : allongée dans la neige, elle semble paisible, les yeux clos et le corps froid, et William, à cette vue, ne sait que faire et pris de panique et de désir à la fois, l’embrasse tendrement.

Ce qui a pour conséquence de…

Rien.

Bon, bin ok les mecs : vous pouvez allumer le bûcher alors. Vous avez fait cet honneur à Simplet, vous allez quand même le faire à une princesse non ? Et bien visiblement, non : William, le Chasseur et les nains préfèrent se trimbaler (comment et pourquoi ? Nous l’ignorons) le corps de la défunte pour le restant de leur voyage, l’emmenant jusqu’à la destination finale du convoi : le château du Duc. Là, le corps de Blanche-Neige est emmené jusqu’à la chapelle locale et vêtu d’une splendide robe blanche, avant d’être laissé en place pour une veillée funèbre où, finalement, personne ne veille parce que sinon ça gênerait le prochain monologue. Personne ?

Non ! Le Chasseur est lui sur place en train de se cuiter et de soliloquer sur la vie qui est trop vilaine, sa défunte femme qui lui manque et Blanche-Neige qui était trop pure pour mourir. Et comme il n’a que ça à faire, et que tout comme William, il a un certain penchant pour la nécrophilie (mais enfin, c’est quoi votre problème avec ça ?), il décide de rouler un petit patin au macchabée, qui se met alors à pleurer avant… de s’éveiller !

Hooo ! Comme c’est choupinou. Moi aussi je pleure. Mais pas pour les mêmes raisons, je crois, enfin passons.

Blanche-Neige sort donc toute pimpante de la chapelle, et décide donc de faire ce que tout bon film pourri doit faire : le passage du discours à la troupe locale sur le courage et la liberté (je fais le même de temps à autres à mes commerciaux pour les motiver, le sabre dressé sur mon pur sang arabe se cabrant en humant l’odeur d’un marché public). Ainsi, voyant émerger dans la cour la princesse ressuscitée, le peuple de l’endroit accourt autour d’elle (probablement pour cramer la gueule de ce mort-vivant), et elle commence donc d’une manière que je n’ai toujours pas pigé, à savoir qu’elle marmonne "Le givre… le feu…" puis lance "Un jour, le fer fondra… et en fondant, il se tordra". Pardon ? Blanche-Neige, c’est un code pour de la coke ? Pour le reste, c’est du classique :

"Les amis, nous avons le choix : vivre à genoux ou mourir libre ; je sais que ça fait 10 ans que vous vivez complètement désespérés en expliquant que vous n’avez pas les moyens de reprendre le château de mon père à la Reine, mais par un habile trou dans le scénario, dans 5 minutes, on aura sans aucune raison une armée si grande qu’elle ne pourrait pas tenir dans ce château ! Alors, qui est avec moi ?
- Moi !
- Moi !
- Et moi aussi !
- Excusez-moi, êtes-vous un lamantin ?
- Et moi !"

0

Et au son des acclamations des gens massés dans la cour autour de la princesse, l’espoir renaît dans le château du Duc. Et dans les heures qui suivent, une monstrueuse armée de cavaliers quitte l’endroit avec à sa tête Blanche-Neige, vêtue d’une armure de plates (… je ne commente pas) et armée d’une grosse épée, afin d’aller reprendre le château de son père ! Bon, ils n’ont pas pensé à prendre de fantassins, de béliers ou d’échelles, mais nul doute qu’en lançant très fort les chevaux contre les murs, il se passera quelque chose. Ne restent au château du Duc que les femmes ainsi que Gilbert le nain aveugle, qui du coup, va pouvoir s’en donner à coeur joie. Bien joué mec, tu sais comment tirer parti de la situation.

Mettre une grosse armure, oui, mais surtout pas de casque, malheureux ! Ça décoiffe et ça fait pas joli, ho non alors.

Bref : cavalcadant joyeusement, toute l’armée multicolore (ils ont ressorti les uniformes de l’époque du roi, ils n’auraient vraiment pas dû) arrive en vue du château de la Reine, où déjà, toute la défense locale se met en place, préparant de quoi bien accueillir l’ennemi : huile bouillante, projectiles enflammés, DVDs de Cauet, etc.

Mais comment ouvrir les portes de l’endroit, se disent les hommes, réalisant qu’ils ont été bien débiles de partir aussi vite et sans préparation tout ça parce qu’une nana revenant d’un bad trip avait décidé de se lancer dans un discours cucu. Mais Blanche-Neige a la solution :

"Mes nains, mes fidèles nains : vous allez infiltrer la forteresse pour y lever la herse en passant par le conduit que j’avais utilisé pour m’enfuir, car vous n’imaginez pas que ces gens en auraient déduit qu’il faudrait y poser une grille pour empêcher d’autres évasions !"

Et en effet : personne n’y a pensé. D’ailleurs, personne n’a pensé non plus que dans la scène où Blanche-Neige s’échappait, l’accès extérieur du conduit était à plusieurs dizaines de mètres en hauteur, à flanc de la falaise qu’occupe le château, avec le ressac balayant tout en-dessous… bref, un truc inaccessible. Mais là, visiblement, ça ne pose aucun problème, puisque nous retrouvons grâce à un habile saut dans le temps directement les nains à l’intérieur de celui-ci, débouchant à l’intérieur de la cour du château où toute l’armée de la Reine attend tranquillement la bataille. Et là, attention, on sent le film de qualité :

TOUS, je dis bien TOUS les figurants qui se retrouvent dans une position où ils pourraient apercevoir les nains en train d’avancer prudemment dans la cour se retournent discrètement en regardant ailleurs, quand bien même on les a bien vus apercevoir les petits gars. Qui plus est, les nains chuchotent et se déplacent tout équipés en faisant "glang glang" à 50 centimètres derrière les gens leur tournant le dos sans que ces derniers ne se retournent. Mieux encore, tous les gardes sont tournés dans une direction où ils ne surveillent… rien. Pas vraiment la cour, pas vraiment l’extérieur… non : ils regardent un mur, un poulailler, enfin bref. Là, on imagine bien le type qui a dû placer ces pauvres figurants en leur expliquant que désolé, c’est un film de merde ici, il va falloir faire du n’importe quoi. Enfin.

Les nains, ainsi aidés par la production, arrivent donc jusqu’à la salle contenant le mécanisme de la herse, et après en avoir massacré tous les gardes sans que personne n’entende rien (normal), commencent à lever la grille (ce qui là encore, ne fait pas bouger plus que ça l’armée massée dans la cour, qui trouve bien normal que la porte s’ouvre toute seule).

Blanche-Neige et son armée ont eux foncé droit vers la herse avant même qu’elle ne soit complètement levée, faisant qu’on les retrouve ainsi à patienter à la porte, en gueulant "Alleeeeez, heuuuuu, ouvrez quoi !". Heureusement, personne n’a l’idée de leur tirer des flèches dans la gueule pendant ce temps, ou même de leur verser de l’huile bouillante sur le museau afin qu’à nouveau, Blanche-Neige ne soit plus la plus belle fille du royaume, mais plutôt la plus grosse merguez. On ne verra la garde ne faire ça que 10mn plus tard, quand toute l’armée royale sera rentrée, et qu’il ne restera plus que deux clampins à l’extérieur des murs, ce qui n’est plus vraiment utile, mais bon.

En tout cas, la herse finit par se lever, et tout le monde rentre là-dedans en distribuant coups d’épées, de bouclier, de hallebarde ou de nain trempé dans l’amidon (une arme redoutable), créant un immense chaos dans la cour de l’endroit ; seule, observant les évènements depuis son balcon, la Reine attend elle que quelqu’un pense à lui mettre un coup d’arbalète dans la gueule. Mais comme cela n’arrive pas, elle finit par rentrer, non sans avoir jeté un regard de défi à Blanche-Neige, qui lui a rendu, car n’ayant que ça à faire malgré les 480 types surentrainés contrairement à elle tentant de la tuer en même temps, mais c’est un détail. Ni une, ni deux, elle se fraie donc un chemin à l’épée jusqu’au donjon local (là encore, sans jamais avoir manié l’épée, elle défait tous ses opposants), qu’intelligemment, aucune troupe ne défend. Et cavalcadant dans les escaliers, elle finit par arriver jusqu’à… la Reine, sa mortelle ennemie.

Celle-ci, dans la plus grande salle de son donjon, se contente de tourner le dos à la nouvelle arrivante en murmurant "Hohoho, tu ne m’auras jamais Blanche-Neige !" puis, promptement, se retourne pour engager le combat avec la princesse. Et si celle-ci met du coeur à l’ouvrage, cela ne suffit pas : les sortilèges de la Reine l’aident à esquiver tous les coups, voire à en caser deux ou trois dans la gueule de la pauvre bougresse, et Blanche-Neige finit bientôt au sol, désarmée. Quelques-uns de ses amis, parmi lesquels William et le Chasseur tentent bien de venir l’aider, mais la Reine invoque alors quelques-uns de ses bons vieux soldats cachous (souvenez-vous !) pour les retarder, voire les tuer (oui, tu aurais aussi pu les invoquer avant pour renforcer ton armée humaine et ainsi vaincre tranquillement les troupes de Blanche-Neige, mais c’eut été trop logique, je comprends). Ho non, tout semble perdu, un peu comme ma santé mentale à ce stade !

Se penchant sur Blanche-Neige, la Reine décide d’en finir, et s’apprête donc à la transpercer d’une lame…

… quand soudain la princesse en difficulté lui claque la technique de self-défense que le Chasseur lui avait apprise sans aucune raison dans la forêt, à part bien sûr pour cette situation précise, et détourne donc l’arme de la Reine avant de lui planter un poignard dans le bidou comme une experte !

Je ne sais pas vous, mais je trouve que cette image résume parfaitement la fidélité de "l’adaptation" par rapport à l’oeuvre originale.

Ah ! C’en est fini, se dit la Reine ; ma magie est vaincue, je suis vaincue, un sang plus beau que le mien a eu raison de moi ! Si seulement je n’avais pas fait de la daube depuis le début du film… euuuh… greuuu… reuuuh… argh (dit-elle tout en vieillissant à vitesse grand V, et titubant avant de s’effondrer au pied de son maudit miroir). Je… mon visage… je me transforme en Brigitte Bardot, c’est affreux ! Je… je crois que je préfère… mourir. Argh bis. Les soldats cachous s’effondrent, l’armée du château se rend… le royaume est libéré ! Sonnez trompettes, chantez oiseaux, renaissez fleurs!

S’ensuit donc, sans aucune transition (c’en est même impressionnant), la grande scène finale où l’on retrouve Blanche-Neige montant sur le trône lors d’une grande cérémonie où tout le monde est très content, et où elle… heu… et on me dira que je me répète, mais là : vous avez un plan de 30 secondes où Blanche-Neige, sa nouvelle couronne toute jolie (contrairement à celle trop dark de la Reine, hop, re-transformation !) posée sur sa tête, regarde dans le vide la bouche entrouverte sans qu’il ne se passe rien. Rien ! On la voit juste garder la bouche entrouverte, le regard vide, sans rien dire. Et, sur ce plan sans aucun intérêt à part rappeler le niveau consternant tant de ce film que de son actrice principale…

… FIN !

Mais ? Où suis-je ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

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"Major, puis-je vous parler ?"

Quittant des yeux le spectacle lui faisant face, Henry Rathbone se tourna vers son interlocuteur en levant les sourcils, interrogateur.

"Monsieur le Président ?"

Le président était inquiet, pour sûr. Il avait ce pli sur le front que Rathbone connaissait bien et qu’il n’avait vu que trop souvent, à chaque fois que quelque chose de sombre se profilait à l’horizon. En général, ce pli signifiait que Rathbone allait devoir quitter sa demeure rapidement pour aller rencontrer un quelconque personnage s’étant mis en tête de menacer la sécurité du pays. Mais pas aujourd’hui.

"Henry, j’ai besoin de toute votre confiance. Ce que je vais vous dire pourrait être interprété comme de la folie par tout homme non averti, mais je veux croire en vous. Le puis-je ?
- Bien sûr Monsieur le Président.
- Henry… écoutez, il y a des années par une nuit d’hiver, un homme est venu me voir alors que j’essayais d’écrire sur ma vie, et sous la menace d’une curieuse arme, il m’a forcé à changer des éléments de ma biographie…
- Monsieur ?
- Cet homme : il prétendait venir du XXIe siècle… une sombre histoire de "sineyma" ou quelque chose du genre… il… il m’a… il m’a forcé à écrire que dans ma jeunesse je… je… c’est trop dur.
- Que vous ?
- Que je… chassais des êtres… étranges. Que c’était ma passion !
- Des noirs Monsieur ? – lança le major, hésitant
- Rah, mais non ! J’ai si honte aujourd’hui… Henry, vous devez partir sur l’heure et agir seul : j’ai caché le brouillon de cette biographie, mais je vous conjure d’aller la détruire pour ne jamais être exploitée par ce fou du futur, un cheval vous attend dehors, rendez-vous à…"

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Il sembla à Rathbone qu’un éclair venait de frapper juste derrière sa chaise, et il chut de celle-ci en percutant la rambarde du balcon, peinant à se relever en apercevant au milieu de la fumée un homme en étrange tenue qui se contenta, le visage à demi-caché par de monstrueuses lunettes, de maugréer :

"Je vous avais dit de ne jamais en parler : que vous le vouliez ou non, vous serez connu comme un chasseur de vampire !"

Et là, au milieu du balcon du théâtre Ford, l’homme ouvrit le feu sur Abraham Lincoln dans un rire dément qu’Henry n’oublierait jamais.

Parfois, les mots sont de trop.

Par exemple, je pourrais vous parler de la fatigue de l’industrie du cinéma, qui, ces dernières années, a vu le nombre d’adaptations sur les écrans se multiplier, tant acheter une licence parait actuellement moins risqué que d’inventer un truc ; ainsi, adapter un livre fait recette, surtout si on a le bon goût d’en diviser certains tomes en deux parties au nom du "respect de l’oeuvre", quand dans le même temps, on charcutera volontiers la dite oeuvre pour pouvoir y caser les poncifs moisis exigés par la production. On peut aussi adapter des films : par exemple, balancer une bande-annonce d’un film sorti il y a à peine 10 ans du genre, Spiderman, en prenant pour slogan "L’histoire jamais contée" est devenue une réalité tout à fait acceptable à Hollywood. Surtout en sachant que le premier film était lui-même l’adaptation d’un comics, rappelons-le. Quant à Quentin Tarantino, il n’hésite pas à enchaîner "film hommage" sur "film hommage", allant jusqu’à reprendre la bande-son des autres films pour la coller sur les siens au nom de "clins d’oeils". Les amateurs de Kelly’s Heroes pleurent encore Inglourious Basterds.

Du coup, dans ce monde ravagé par le manque d’imagination, la moindre once d’inventivité parait désormais être un signe  de génie pur et simple : que n’a t-on pas entendu sur Avatar parce que James Cameron "avait créé une planète et ses habitants" ! Bon, dans le même temps, il balançait l’une des histoires les plus navrantes qui soit, avec son lot d’incohérences, de trous et de "Mais si c’est original : regardez, les aliens sont humanoïdes et répondent même à nos critères de beauté !", mais comme ce n’était pas une adaptation, ça méritait bien des larmes de joie.

Mais c’était encore trop. Nous pouvions aller encore plus bas ; et là, vraiment, les mots sont de trop, j’insiste.

Mesdames et Messieurs, plus fort que l’adaptation d’un livre, d’un film ou d’une pièce de théâtre, voici :

L’adaptation de la Bataille Navale (c’est très sérieux), jeu de société de votre enfance (du moins, j’ose l’imaginer).

Je n’ai rien à ajouter, tout est dit. Mais que cela n’empêche pas de faire notre devoir : spoilons mes bons !

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Regardez bien l'affiche, parce que vous verrez plus longtemps Rihanna dessus que dans le film

Tout commence du côté d’Hawaï, lorsqu’Alex Hopper, un mâle braillard, est complètement cuit dans un bar à fêter son anniversaire de chômeur sans diplôme ni motivation autre que celle de boire et de s’accoupler avec tout ce qui passe, au grand dam des tabourets de bar innocents. Heureusement, son grand frère responsable, moralisateur et exemplaire, Stone, officier dans l’US Navy, est là pour tenter de le remettre dans le droit chemin. Hélas, Alex fait preuve d’une certaine mauvaise volonté, et ignore ses conseils et propositions de piston pour du boulot pour mieux se murger : on peut comprendre le bougre, puisqu’il est quand même joué par Taylor Kitsch, ce qui pousserait n’importe qui en dépression.

Heureusement, tout change lorsque rentre dans le bar une certaine Samantha, personnage à la personnalité particulièrement fournie comme on peut le constater puisque celle-ci dépasse de son débardeur, qui a donc pour première réplique un monument de cinéma :

"Barman : servez-moi un BURRITO AU POULET"

Quelle prestance, quelle classe ! Il n’en faut pas plus pour qu’Alex tombe instantanément amoureux, et parte draguer la belle, tant il s’imagine déjà au fond d’un lit avec la belle digérant son mets en secouant les draps tout en gloussant "Hihihi, çui là y fouettait grave !". La femme parfaite, quoi. Enfin, selon les critères d’Alex, du moins. Bref : notre loser s’approche pour tenter la dragouille.

"Bonjour mademoiselle, je suis bourré, hirsute et vulgaire. J’ai entendu que vous vouliez un burrito, et le patron refuse de vous servir probablement parce que nous sommes dans un lieu clos. 
- Ho, mais je vous ai vu dans un autre film ! C’était pas vous dans le truc où le héros se fait assommer à la fin de chaque scène ? John… John Carter, c’est ça ?
- Oui, c’était moi, et je peux le refaire quand je veux. Vous savez quoi ? Pour vous séduire, je vais aller voler un burrito au poulet dans le magasin fermé d’en face, et vous allez voir ce qu’il va se passer."

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Ni une, ni deux, notre héros (car hélas, il le sera) galope donc hors du bar et pénètre par divers moyens plus ou moins lolilol faisant référence à des vidéos Youtube (oui, non seulement les mecs avaient tellement peu d’inspiration qu’ils en étaient réduits à faire un film sur la bataille navale, mais en plus même pour la réalisation ils ont juste repompé des trucs d’ailleurs. Sûrement un "hommage") dans la supérette voisine pour y prendre le fameux burrito. Et comme il l’avait promis, en sortant, que lui arrive t-il ? Et bien la police lui tombe dessus… et l’assomme (à coups de taser, pour être exact). Impressionnée par cette performance hors du commun, Samantha tombe donc à son tour amoureuse de ce cabotin.

Mais le lendemain, Stone fait les gros yeux à notre formidable héros : ça suffit les conneries, tu es complètement irresponsable, alcoolique, maladroit et incapable d’accepter la moindre once de bon sens ou d’autorité :

Tu vas donc t’engager comme officier dans la marine.

Et figurez-vous que non seulement cela est incroyablement logique ("Tu es sourd et muet : tu vas devenir chanteur"), mais en plus, ça marche : sans le moindre diplôme en poche, rappelons-le, puisqu’ils ont bien insisté là-dessus en début de film (encore une incohérence rajoutée par pur plaisir), le bougre devient en quelques mois "le meilleur officier et le plus casse-couilles de toute l’histoire de la marine des Etats-Unis". Ce qui est non seulement super original, mais aussi, facteur d’hostilité, tout le reste de l’armée – à part son frère – retenant seulement l’aspect casse-cou de sa carrière. Par ailleurs, ses pouvoirs de gars bourré ayant charmé Samantha dès le premier soir, celle-ci ne quitte plus son bras et glousse à foison dès qu’elle le peut ; elle souhaiterait même qu’il demande sa main à son père, qui n’est autre que…

Oui, dans les films à grosses ficelles, avec qui fricote le héros ? La fille du chef. John Carter, Avatar, tout ça, même combat : c’est donc tout naturellement la fille de l’amiral de toute la flotte Pacifique des Etats-Unis. Un poste visiblement mal payé par ailleurs, puisque la fille de papa en est réduite à se nourrir de burritos poulet mendiés dans des bars mal-famés auprès de types hirsutes, alcoolisés et turgescents à la fois. C’est terrible, la crise.

Bref : Alex a beau être un gros casse-cou prêt à faire n’importe quoi y compris défier ses supérieurs, il s’avère évidemment être très timide et incapable d’aller s’adresser à l’amiral pour lui demander s’il peut convoler en justes noces avec sa fille avant de lui faire subir quantité de pratiques sexuelles dégradantes. Par ailleurs, l’amiral a des choses bien plus importantes à faire : après tout, il est Liam Neeson. Et pour commencer, il se rend sur le Missouri, cuirassé-musée vestige de la seconde guerre mondiale et accessoirement d’un certain film de Steven Seagal, à bord duquel il annonce à quantité de gens en uniforme qu’aujourd’hui vont démarrer les supers manoeuvres navales internationales, qui ont pour but de… de manoeuvrer. Voilà.

Sur cette image, on voit bien que Samantha a mangé son burrito et commence déjà à se tenir le ventre. La soirée promet

Hélas, durant celle-ci, Alex trouve le temps d’aller coller un gros coup de boule à un officier japonais, Nagata, parce qu’il y avait un vieux différend entre eux depuis une partie de foot où notre héros avait perdu (et probablement aussi à cause d’échanges truqués de cartes Yu-Gi-Oh !). Ah bin hé, ne soyez pas étonnés, je vous rappelle de qui on parle, hein, vous ne croyiez quand même pas qu’il allait devenir discipliné, intelligent et diplomate ? Merde alors. L’amiral convoque donc ce gros idiot de Hopper dans son bureau, et l’informe de la suite des activités :

"Hopper, vous êtes un con. Je ne dis pas ça pour me montrer sévère ou vous signifier mon énervement, non, c’est juste que vous êtes vraiment un con. On a montré le début du film à Guppy, le cocker mascotte de ce navire, et croyez le ou non, il s’est balancé à l’eau en hurlant à la mort. Et déjà que ça a l’air dépressif naturellement un cocker, je vous jure que j’ai vu dans ses yeux la supplication d’un décès rapide lors du passage du burrito au poulet de ma fille. D’ailleurs, en parlant de ma fille : je ne sais pas ce que vous trouvez à cette pétomane, mais je vous assure qu’à moins que vous ne nous sauviez tous d’une invasion extra-terrestre dans les 24 prochaines heures, au retour de cette mission, je vous fait virer de l’armée, meilleur officier dans tous les exercices ou non. Et vous pourrez dire à adieu à ma Misoute-Misoute."

Ah c’est comme ça ? Alors ok : au même moment, quelque part à Hawaï, par un curieux hasard, il se trouve que des scientifiques ont mis au point un super satellite qui, une fois par jour, envoie des ondes radio à une planète lointaine fraîchement découverte. En effet, cette dernière, située au fin fond de l’espace connu, semble avoir toutes les conditions pour accueillir la vie ; aussi, il a été décidé d’envoyer vers là-bas toutes les 24h un message de paix, à savoir, une chanson des Musclés. Le spectateur notera que les ondes radios n’étant pas spectaculaires dans la vraie vie, dans le film, elles sont matérialisées sous la forme d’un méga-laser de l’espace tiré par le satellite en faisant "BZOUUUUT" vers la planète lointaine histoire que tout le monde pige bien qu’il se passe un truc. Vous pouvez essayer chez vous, mais non, vraiment, les ondes radios, ça fait rarement canon laser. Par contre, il peut aussi arriver que votre radio face un bruit de merde, mais ce symptôme porte un nom, puisqu’on appelle ça "un morceau de David Guetta". Bref, je disais ? Ah oui : et bien au moment où l’amiral a fini d’engueuler Hopper, la station de Hawaï repère des astronefs se rapprochant très, très vite de la Terre, et justement en direction de ladite station chargée d’envoyer son message de paix vers la planète lointaine ; probablement des aliens qui en ont eu un peu marre de voir toutes leurs émissions culturelles être coupées une fois par jour par la Merguez Party.

Et visiblement, les aliens ne sont pas très bien organisés : ils arrivent à 5 vaisseaux, mais l’un d’entre eux se mange un satellite terrien (traverser l’espace en quelques minutes, oui, esquiver ça, non) et prend feu, déviant de sa trajectoire pour mieux aller s’écraser du côté de Hong Kong, les débris rasant quelques buildings au passage avant que le tout ne finisse dans la baie. Tout le monde est donc fort surpris de ce soudain bordel, et bien vite, les premières investigations confirment que oui, il s’agit bien d’un vaisseau extra-terrestre, et qu’en plus celui-ci était couvert de panneaux servant visiblement à communiquer (les enquêteurs chinois sont très forts).  Ok. Le reste des vaisseaux, lui, va se poser sous l’eau, quelque part dans le Pacifique, probablement pour s’assurer dans un premier temps que ce ne sont pas les mérous qui ont envoyé des ondes radios jusqu’à chez eux.

Ça tombe bien : la flotte du Pacifique n’est pas loin, et trois destroyers sont donc détachés pour partir en reconnaissance sur la zone : l’USS David Hasselhoff sur lequel sert Alex Hopper en tant qu’officier chargé des tirs, l‘USS Kim Kardashian commandé par Stone Hopper frère de l’autre et le Carapuce, navire japonais commandé par un incroyable hasard par un certain Nagata.

Tous les trois vont donc sur place, et bien vite, tout le monde tombe face à face avec une étrange structure dépassant des eaux de plusieurs centaines de mètres, sorte de tour de métal couverte de curieux mécanismes, qui laisse tout le monde un peu coi. Bien vite, Stone Hopper, en tant que commandant du groupe de reconnaissance, ordonne que l’on envoie une équipe spéciale s’approcher de la chose sur un canot pour mieux voir de quoi il retourne. Il sélectionne donc pour ce faire son propre frère ("Merci, ça fait plaisir, t’auras rien à Noël enfoiré"), Rihanna (une chargée de surveiller les radars) et Bob, un troisième officier de bord pour accomplir la chose. Ne me demandez pas pourquoi il n’envoie pas des bidasses ou des gens dont c’est un peu le boulot (qui a dit "Marines" ?) : non, il a envie de rigoler, probablement.

En tout cas, le petit canot est vite mis à l’eau et s’approche de la grosse structure ; une fois à portée du bidule, Alex sort son mégaphone pour tenter la diplomatie :

"Allô allô, ici le lieutenant Hopper de la marine des Etats-Unis, identifiez-vous."

Rien.

"Allô allô, je répète, répondez où je viens vous saloper la coque avec mes gros doigts, et je vous préviens, il y avait des frites à la cantoche du navire."

Rien.

"Ok, vous l’aurez voulu."

Hop, Alex en a marre, il fait avancer son canot et saute sur une plate-forme au niveau de l’eau dépassant de la curieuse chose au milieu de l’océan, et colle une de ses grosses pattes dégoûtantes sur le bidule.

"Je suis un peu comme ces aliens Hopper : moi aussi je trouve qu'il va falloir que vous gardiez un peu vos doigts pour vous"

J’imagine que c’est le détecteur de doigts sales installé par la femme de ménage alien sur la coque qui se met en marche ou quelque chose comme ça, mais aussitôt, la structure commence à bouger de partout, obligeant notre héros à regagner son canot pour tenter de fuir vers les navires. Mais divers soucis techniques le retiennent, à commencer par une monstrueuse onde de choc émanant de l’engin qui se transforme, au bout de plusieurs kilomètres, en un monstrueux champ de force en cloche isolant toute la région du reste du monde… et du reste de la flotte, rien que ça ! Plus de communication, plus de systèmes de visées… tout se met à planter, et en plus, la flotte à l’extérieur constate que rien ne peut pénétrer le curieux champ d’énergie, ce qui est bien embêtant.

Sans compter que bientôt, autour de la structure qui a créé le champ de force, trois énormes vaisseaux sortent de l’eau, chacun au moins gros comme deux ou trois destroyers réunis, et se mettant en position juste en face des navires terriens (enfin marins, tout ça, mais vous m’avez compris, ça suffit). Un peu intimidées, les troupes humaines commandées par Stone Hopper décident de faire tirer une salve d’avertissement vers l’ennemi par l’USS David Hasselhoff, juste à côté des vaisseaux, pour leur dire que attention, hein, on a des canons, on est pas là pour rigoler les gars. Et donc : pan puis plouf, puisque comme prévu, les coups vont dans l’eau.

"Comment !" disent les aliens à bord, "On nous tire dessus ? Michel, regarde, ils ont mouillé la carlingue ! Pour la peine, on va tirer sur le navire qui a envoyé cette salve, saligauds ! "

Et alors là, attention : des canons sortent des vaisseaux, mais que tirent-ils ? Et bien… des pipions de touché-coulé ! Mais si, vous vous souvenez, les espèces de petits cylindres rouges et blancs que l’on enfonçait dans l’eau ou les navires pour signaler où les coups tombaient ? Et bien voilà : ils tirent ça. C’est beau, quand même ; et les bidules volent donc en cloche vers leur cible avant de, comme dans le jeu, s’enfoncer du côté le plus petit dans le navire ! Puis, comme il se doit, tout pète pour faire une explosion : l’USS David Hasselhoff prend donc cher.

"Hé bé non alors, ho ! Hé ! Allez, feu à volonté les copains !" commande donc Stone à ses hommes pour venger l’affront de voir des marins américains mourir sous ses yeux ; on ne rigole plus, et ça commence à tirouiller de tous les côtés, pendant qu’au milieu de cette cohue, Alex, Rihanna et Bob toujours à bord de leur canot regagnent justement le Hasselhoff qui est toujours à flot, et reste avant tout leur navire d’attache.

Hélas, l’ennemi est fortement blindé et se contente de ricaner en voyant la faible puissance de feu des destroyers, ripostant rapidement tant sur l’USS Kim Kardashian que le Carapuce. Moins sur le navire de notre héros, qui ne tire plus pour cause d’incendie à bord, et l’on découvre justement que le système de visée des aliens fonctionne avant tout en analysant les menaces en face de lui : il bousille avant tout ce qui parait hostile (par exemple, si nos héros disposaient de figurines des frères Bogdanoff, ils auraient là d’excellents leurres). C’est donc justement le moment du drame qui va bien : l’USS Kim Kardashian se prend une telle volée de l’ennemi qu’il en est littéralement désintégré dans l’explosion qui s’ensuit, et donc, Stone Hopper, le grand frère exemplaire meurt sous les yeux d’Alex, qui entre donc dans une grosse colère. Sitôt que lui et son canot sont remontés à bord de leur navire, il constate que dis donc, c’est quand même bien fait : le seul tir qu’a encaissé le bateau n’a rien endommagé, à part la gueule du commandant local, qui en est vaguement mort, ainsi que son second. C’est fou non ?  Vous avez un détecteur à officiers sur vos grenades volantes amis aliens ? Du coup, devinez qui hérite du commandement ? Alex. Raaah, vous êtes forts.

Alex donne donc son premier ordre, qu’il fait transmettre à Nagata sur l’esquif voisin : "On fonce dans l’tas et on leur bourre la gueule, je suis colèèèèèèèère !"

Toujours partant pour une bonne opération kamikaze, le fier Japonais n’hésite pas et met les gaz tout comme le brave Américain, mais hélas, l’ennemi décide de tirer d’abord sur le navire du soleil levant (s’il a capté les émissions de ce pays, ça se tient), et une seule explosion suffit à littéralement le couper en deux ; cela ne décourage pas Alex, qui continue d’ordonner que l’on bourre l’ennemi sans autre forme de procès. Cependant, ses hommes finissent par l’implorer de faire demi-tour pour plutôt aller sauver les survivants du Carapuce, et trouvent un argument qui marche du feu de Dieu : "Ton frère l’aurait fait !". Autant vous dire qu’en bon héritier des traditions familiales, le brigand se calme instantanément (c’est bien ce truc : "Passe moi tout ton fric et ta copine, Hopper !" – "Non" – "Ton frère l’aurait fait." – "Ah ? Bon d’accord alors.") et va sauver Nagata et ses hommes, se réconciliant au passage avec l’officier japonais sorti des eaux, les deux devenant même les meilleurs amis du monde parce que l’amitié c’est plus fort que tout. D’ailleurs, de là, Alex n’en aura plus grand chose à faire de son frère mort, et on en parlera plus jusqu’à la scène finale : c’est pas comme si ça pouvait le toucher, merde alors. Sur ce, le destroyer endommagé-mais-pas-trop-juste-assez-pour-tuer-les-supérieurs-d’Alex tente de s’éloigner de l’ennemi qui, lui, se contente de ne strictement rien faire. Oui, sans aucune raison. Peut-être même que les aliens leur font coucou depuis leur poste de commandement, on ne sait pas, ou alors c’est l’heure de Question pour un Sqürggle chez eux et ils sont devant le poste.

Dans le même temps, Samantha, qui dans le civil, est kinésithérapeute dans un centre pour vétérans de l’armée de terre à Hawaï, a elle profité de la journée pour partir en excursion dans les hauteurs locales avec un baroudeur revenu d’Afghanistan sans les jambes, Mick Canales, ce qui est moyennement pratique pour faire la guerre, avouons-le. D’ailleurs, la chose a brisé ce dernier : on peut le comprendre, ne plus pouvoir tuer son prochain, c’est un peu lourd (car oui, ce n’est pas la perte de ses jambes qui le traumatise, c’est de ne plus tuer des trucs). Mais justement, comme il a désormais accès à des prothèses, il est temps d’aller les baptiser en promenade, donc en route ! Sauf, que, ha ! Sur la route, qui croise nos bons amis ? La police locale ! Qui leur dit "Hopopop les petits amis, ne montez pas plus haut ! A ce qu’il parait qu’il y a une invasion alien en cours, alors bon, hein. D’ailleurs, ils se dirigeaient aux dernières nouvelles vers le centre scientifique envoyant des signaux vers l’espace construit au point le plus haut de l’île. C’est rigolo d’ailleurs, parce que, hahaha, j’ai regardé le début du film et à un moment les scientifiques avaient deviné que les aliens venaient par ici et avaient prévenu l’armée qui leur avait dit "Préparez-vous à les recevoir" avant de… rien. J’imagine que ça n’intéressait pas l’armée d’être présente lors du premier contact avec des aliens aux intentions inconnues, autant laisser des scientifiques geeks gérer en leur offrant des t-shirt trololo. M’enfin, pour c’que j’en dis… montez pas plus haut."

Nan mais en même temps, si le premier contact des aliens est un hipster, je comprends que de suite ils veuillent exterminer l'humanité, ça se tient.

Et sitôt cela dit, les policiers repartent en convoi de jeeps, en laissant une derrière eux pour "bloquer la route". Et sans personne pour la garder. Et avec des armes de guerre dans la jeep, comme ça, si par hasard, passait dans le coin un ancien soldat de l’armée de terre soucieux de combattre une invasion alien, il aurait de quoi faire. De toute manière, la police n’aura pas le temps de regretter son abandon de véhicule : 500 mètres plus loin, sur la route, ils voient passer de petits vaisseaux volants et bientôt, des aliens largués de ces derniers leurs tombent sur la tronche et leurs claquent la tête de manière un peu cavalière, tout de même, ils pourraient au moins dire bonjour. Pour information, et puisque vous vous le demandez : les aliens sont des humanoïdes d’environ deux mètres, en grosse armure blindée, et utilisant beaucoup d’armes de corps à corps pour des raisons qui m’échappent. Enfin, je veux dire, d’autres raisons que "ça permet des scènes de combat plus longuettes".

Samanta et Mick, eux, poursuivent leur ascension car Mick a décidé que boah, c’est pas ça qui arrêterait sa promenade. Hmmm hmmm. Bon, d’accord, je préfère pas savoir ce qui t’arrête alors. Et donc, ils arrivent rapidement sur les restes du convoi des policiers qu’ils avaient vu un peu auparavant et comprennent que non, vraiment, ça ne rigole pas dans le coin en fait, c’était p’têtre une idée de merde d’avancer en plein danger (Mick a perdu ses jambes probablement parce que "C’est pas un champ de mines qui va arrêter ma promen… aaaaah ! Aaaah, si en faaait !") ; ils vont donc discrètement piquer les clés de la jeep laissée en arrière sur l’un des corps, et se barrent vite fait en apercevant des aliens approcher pour inspecter l’endroit. Sauf que, bon, de retour à la fameuse jeep, ils font encore une rencontre, non pas avec un être  de l’espace, mais avec pire : un scientifique hystérique qui leur explique tout sur la situation : les messages radios envoyés à une planète lointaine, la Merguez Party, l’arrivée imprévue des gens de la dite planète (C’était pas le but ? Non ?), le massacre de tous les scientifiques sauf lui par les aliens, et le fait que visiblement, les aliens ont paumé leur vaisseau de communication (hoooo, quel coup de bol !) et ne peuvent donc prévenir leur planète d’envoyer la flotte d’invasion, la vraie, mais que du coup, ils cherchent à se servir de la station pour parvenir à contacter leur monde. Or, ils ne pourront le faire que lorsque le satellite relayant le signal (et le transformant en laser géant) sera en position comme cela arrive une fois par jour, soit dans quelques heures.

Au passage, Samantha et Mick ont repéré qu’il se passait un truc étrange, puisqu’il leur était impossible de contacter le monde extérieur ou d’envoyer "Astro" au 81212 (ce qui emmerde bien Samantha) : normal, Hawaï est dans le champ de force alien qui a mis la région sous cloche. Ils demandent donc au scientifique s’il n’aurait pas un moyen de contourner le truc et, si, si bien sûr, grave, il a un téléphone satellite capable de s’occuper de ça, mais il l’a paumé au milieu de l’invasion de la base. Comme il n’a pas envie de se faire charcuter, il ne veut pas y retourner, mais Mick lui dit "Steuplé, fais pas ta pute", alors il change d’avis sans raison, trouve un peu de courage et de bêtise au fond de sa poche de bermuda et il fait une mission commando à lui seul, et malgré son absence totale d’entrainement, feinte une centaine d’aliens, récupère son matos, et parvient finalement à se barrer pour le donner au vétéran et à sa kiné. Ces aliens m’ont l’air un peu à chier, là, comme ça. Je ne sais pas pourquoi. Ou est-ce ce film ? Mon coeur balance.

Désormais capable grâce à ce téléphone fraîchement récupéré de dire ce qu’il se passe dans ce champ de force au monde extérieur, Samantha décide donc de faire ce qu’elle a de mieux à faire :

Appeler Alex.

Pas la Maison Blanche, l’armée, ou que sais-je, comme par exemple, son papa qui est vaguement amiral de la flotte Pacifique partie – je le rappelle – de Hawaï, mais bien son mec.

Pour lui dire que dis-donc, ici, les aliens préparent un mauvais coup à la station de communication spatiale locale, alors si son gros bateau pouvait mettre un gros missile dans leur gueule avant qu’ils ne téléphonent maison pour appeler tous leurs potes, ce serait sympa, merci. Alex lui dit qu’il va y réfléchir, sitôt qu’il aura trouvé un moyen de détruire à lui tout seul les vaisseaux des méchants, ce qui lui parait tout à fait envisageable.

Car pendant ce temps, Alex n’a pas vraiment chômé, non. Il a même eu plusieurs surprises :

  • D’abord, ses hommes ont repêché un alien tout mort dans la mer, car oui, il flottait tranquillement dans son armure lourde. Probablement qu’il avait de gros brassards gonflables Winnie l’ourson pour réussir cet exploit, personne n’en parle. D’ailleurs que foutait-il à la mer, sachant qu’aucun appareil ennemi n’a subi de dégâts ? Un alien dépressif ayant sauté à l’eau pour oublier l’échec de sa relation avec Blubbytz, la femelle de sa vie ?
  • Ensuite, il s’est avéré qu’en étudiant l’alien, Alex a découvert qu’ils étaient très proche de l’humain, à part pour leur faciès vaguement reptilien et leurs mains ressemblant à des doigts disposés en pinces, ce qui les rend donc nuls à la Xbox. Et qu’ils n’aimaient pas la lumière.
  • Accessoirement, il s’est aussi avéré que l’alien n’était pas mort non plus. P’têtre qu’il pionçait dans l’eau pour rigoler.
  • Enfin, aucune sentinelle du navire n’a repéré en plein jour l’énorme transport de troupes à réactions qui est venu se poser sur le pont sans que personne ne sonne l’alarme, a envoyé un commando récupérer leur prisonnier, et s’est replié sans tuer personne parce que… heu… attendez, jusqu’ici, ils ont toujours tué tout le monde, mais là… bon.
  • Par contre, dans le même temps, les mêmes ont oublié un des leurs sur place, ce qui est con, compte tenu du fait qu’ils étaient justement venus pour récupérer un autre des leurs chez l’ennemi. Opération blanche. Enfin pas tout à fait, car celui-là, non seulement ils ne font pas demi-tour pour le récupérer (probablement qu’il était lourd), mais en plus, il se fait tuer par Rihanna, ce qui est quand même la grosse honte. S’il le pouvait, il se retuerait, tenez.

Du coup, quand la nuit finit par tomber, Alex se dit que la journée a été longue, pfouuuu. Il irait bien dormir un peu… mais bon, hein, déjà, faudrait faire un truc utile, car jusqu’ici, ça a un peu été la grosse chkoumoune. Il en profite donc pour discuter un peu avec Nagata, qui est donc désormais à son bord, et s’aperçoit que celui-ci est en fait sacrément malin contrairement à lui ; il décide donc de faire définitivement la paix avec le bougre au nom des pouvoirs de l’amitié et de la gentillesse, pour faire front commun face à l’ennemi. Autant dire qu’avec autant de trucs cucu à bord, ils vont pouvoir tirer des caramels mou sur l’ennemi. Bah, ça lui collera peut-être les rouages.

Nagata explique que la situation est simple : ils sont isolés du reste de la flotte, qui est à l’extérieur du champ de force, ne peuvent communiquer avec elle (heu, enfin, si : suffit de rappeler cette grosse andouille de Samantha sur son super téléphone, mais passons), et tous les équipement de visée à longue distance sont brouillés… du coup, il faut s’approcher si on veut tirer sur l’ennemi, et ça, surtout pas malheureux ! Aussi existe t-il une autre solution utilisée par les rusés Japonais : utiliser les balises météo ! Celles-ci forment un quadrillage dans le Pacifique et détectent toutes les vagues… du coup, on peut s’en servir pour localiser l’ennemi de loin et lui envoyer quelques bons gros missiles sur le nez ! Vite, appelez le satellite et affichez toutes les balises !

Appeler le satellite ? Attendez, vous voulez dire que depuis le début, vous pouviez communiqu…

On me dit dans l’oreillette de ne pas faire attention. Sur l’écran, donc, un immense quadrillage s’affiche, avec des coordonnées abscisse-ordonnée réparties d’un côté alphabétiquement et de l’autre numériquement, donnant des tonnes de petites cases (apparemment, vu la précision, toutes les balises sont à 20 mètres les unes des autres, la vache, ça doit en faire sur tout le Pacifique)… bref : un plateau de touché-coulé ! Où nos héros tentent donc de localiser l’ennemi, avec leur petit bateau à eux représenté sur la carte dans le plus pur style du jeu, hmmm, je crois que la dernière fois que j’ai vu un truc aussi subtil, c’était dans le programme de Nicolas Sarkozy.

Scène coupée du film pourtant rappelant le vrai esprit de la bataille navale : le moment où Nagata attend que son adversaire aille chercher du Banga pour mater discrètement la position de ses navires

Ça nous donne donc du :

"Vite, regardez : une balise détecte du mouvement en E7 ! Feu à cette position !
- Raté.
- Bon sang, bin alors E8, regardez, ça bouge !
- Je crois qu’on a touché une baleine !
- Ouiii ! Victoi…. hem, excusez-moi, je reste Japonais avant tout. Bon, allez : F8 !
- TOUCHE !
- Touché ! Touché-coulé !"

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Oui : ils ont réussi à caser non seulement le jeu, mais aussi "touché-coulé" directement dans un dialogue ; C’est incroyablement fort, ce film est beau. Du coup, donc, sur les 3 navires qui avaient surgi de l’océan autour de la structure dont émanait le champ de force, 2 se ramassent des missiles dans la margoulette et sombrent ("Ah, si seulement on maîtrisait une technologie comme le champ de force ! On pourr… mais, attendez !"), et le dernier se lance à la poursuite du destroyer, qui tente une super stratégie : tenir la course jusqu’au bout de la nuit, emmener le bougre de fripon vers un coin d’Oahu, et profiter du soleil levant pour aveugler la passerelle du navire ennemi et…

Lui tirer dans la gueule au fusil sniper.

Car si notre navire ne transportait pas le moindre péquin issu de la piétaille pour partir en reconnaissance sur une curieuse structure au milieu des eaux, il transporte par contre des fusils à lunettes pour grands spécialistes, que, par un autre curieux hasard, Nagata et Alex savent manier à merveille sans jamais y avoir été formés ; aussi, lorsque le petit jour se lève et que parait enfin derrière le destroyer l’imposant vaisseau ennemi voguant sur les eaux en direction de sa proie, quelle n’est pas la surprise de ce dernier lorsque soudain, le soleil l’aveugle et que tous les officiers de sa passerelle se font avoir ! Bien vite, la machine prend cher sous les tirs ultra-précis de nos deux héros qui ravagent le poste de commandement de l’appareil alien (leurs vitres peuvent traverser l’espace et l’atmosphère en ligne droite à plusieurs milliers de kilomètres heures avant d’aller au fond de l’océan, mais elles ne sont pas blindées), et quelques coups bien placés du destroyer profitant du chaos à bord du navire ennemi ont tôt fait de la réduire en silence. La victoire serait presque totale si, dans un dernier geste, la nef alien ne tirait pas quelques projectiles qui achèvent le USS David Hasselhoff et provoque son naufrage – heureusement fort près des côtes, donc. La chose permet ainsi à l’équipage de fuir les lieux de manière plus ou moins ordonnée avant de regagner Pearl Harbor, l’occasion de faire un point sur la situation :

  • Si les 3 vaisseaux sont coulés, la structure abritant le champ de force est encore active empêchant le monde extérieur d’intervenir, ou de capter 7 à la maison
  • Si rien n’est fait pour les hauteurs d’Oahu où se trouve la station de radio scientifique, les aliens enverront bientôt à leur base un message pour amener leur flotte principale ("Cc ! Ici C lol, Viendé !")
  • Pendant leur absence, les aliens ont bombardé les dernières bases militaires de l’île contenant un peu de matériel pouvant aider (comment savaient t-ils tout de Hawaï sachant qu’ils n’y étaient encore jamais allés ?)

Tout serait donc perdu ?

"Non", dit Alex qui n’est pas du genre à renoncer, fut-ce pour un burrito au poulet. "Il nous reste… le Missouri !"

"Mais c’est un bateau-musée enfin ! C’est complètement con ! Tu vas leur balancer des souvenirs à la gueule ? Tu vas leur faire un discours sur le devoir de mémoire ? P’têtre qu’on devrait leur lire la lettre de Guy Môquet !" répond Nagata, avant de constater que son ami américain lui lance un clin d’oeil complice : "Mais enfin mon vieux Nagata ! Ne sois pas si pessimiste ! Avec un peu de chance, une bande de petits vieux ayant servi sur ce navire durant la seconde guerre mondiale traîne dans le coin en s’ennuyant, a fait le plein du bateau pendant qu’on était pas là, a remis les machines en état de marche, a porté des obus de plusieurs tonnes retrouvé on ne sait où sur leurs dos malgré leurs rhumatismes et en a profité pour passer un coup de serpillière sur le pont en attendant qu’on revienne !".

Et en effet, qui parait sur le pont du navire, prêt à servir une fois encore sur le célèbre cuirassé ? L’équipage de 1944 (enfin, ce qu’il en reste) !  Allez, tous en piste pour un dernier tour sur un dinosaure de la marine !

Mais Nagata, ce gros relou, continue de faire son pessimiste : "Alors, Hopper, c’est quoi le plan ? On détruit la station radio pour pourrir le plan des vilains aliens et ensuite on prend notre temps pour en finir avec leur champ de force ?" Alex se lasse donc doucement et ajoute donc promptement "Bin non, en fait, on va plutôt d’abord pourrir le champ de force, comme ça, p’têtre qu’au mieux, on arrivera au dernier moment pour empêcher la fatale communication de nos ennemis, et au pire, voire probablement, on échouera lamentablement et tout ça n’aura servi à rien. Maintenant, à ton poste !". "Ah ouais", répond Nagata en tentant d’avaler sa langue pour mourir là, tout de suite.

"Bon les papys, qui veut bien m'expliquer pourquoi ça sent un peu l'urine dans ce rafiot ?"

En quelques instants, donc, l’immense navire se réveille au son des vapeurs hurlantes de son moteur, puis il largue les amarres et s’élance vers la sortie de la rade, en direction de la structure étrange au milieu de l’océan où tout a commencé (structure qui a eu la gentillesse de se rapprocher d’Oahu de plusieurs centaines de kilomètre depuis le début du film, visiblement, pour que les canons du Missouri soient à portée tant de sa gueule que de l’île, c’est vraiment sympa de sa part). Sauf que la structure en question, elle, elle a bien senti que tout cela sentait le traquenard, et elle se transforme donc… en un immeeeeense vaisseau flottant, comme ceux précédemment vaincus, mais en plus grand ! Ho les aliens, pourquoi vous avez TOUJOURS des vaisseaux géants ? Vous avez un truc à compenser ou quoi ? Diable, que faire ?

Bah, lui bourrer la gueule, répond Hopper, comme à chaque fois depuis le début du film. Et profiter d’un avantage que l’ennemi n’a pas : la coolitude.

Car, pour éviter les tirs de l’ennemi, notre héros a trouvé une solution simple : il fonce droit vers l’engin de l’espace (à noter que celui-ci ne tire pas parce que… heu… bin… il heu… ah oui, comme plus tôt dans le film : il a juste envie de faire coucou), et s’approche suffisamment prêt pour pouvoir l’avoiner à volonté ; mais lorsqu’il note que bientôt, ça risque de sentir le vieux qui brûle sur le Missouri, il fait le truc le plus cool des héros cools des films cools : des dérapages.

Vous avez bien lu : Taylor Kitsch, fait honneur à son nom, et balance l’ancre à l’eau alors que le navire avance à fond les ballons pour faire un énorme dérapage avec et ainsi éviter les pipions de bataille navale explosif que lui envoie finalement l’ennemi ; cela fait, il fait tirer tous les canons du vieux cuirassé, endommageant très sérieusement l’ennemi qui n’aime que moyennement manger des obus de plus d’une tonne, et l’obligeant à couper son champ de force géant (alors qu’il en aurait eu un petit, il encaissait pépère, mais bon, on ne peut pas penser à tout). Les tirs se poursuivent durant un petit moment, et le Missouri encaisse même une volée ennemie qui détruit l’une de ses tourelles, et il s’avère que finalement, il ne reste plus qu’un seul obus à bord lorsqu’enfin, le navire ennemi commence à s’enfoncer dans le Pacifique au large d’Oahu. Sauf que cet obus, comme tout dernier obus, doit servir à quelque chose de critique :

  • Soit à détruire un bout du navire ennemi qui, bien que coulant, s’apprête à tirer une dernière salve qui cette fois aura définitivement raison du Missouri et de son équipage
  • Soit à détruire la station radio d’Oahu qui, vous l’aurez deviné, est à ce moment à très exactement 12 secondes du moment où le satellite relayant les ondes va être en position dans l’espace pour envoyer le funeste message (et encore, uniquement parce qu’un certain Mick,  héros américain cul-de-jatte mais doté de prothèses est allé foutre la zone là-dedans une première fois pour gagner du temps, cassant la tête d’un alien à mains nues parce que bon, hein, le pouvoir du courage ne peut pas être arrêté par une armure lourde de l’espace, non monsieur. D’ailleurs aucun des 90 aliens de la zone n’a réussi à le blesser durant son attaque surprise, c’est quand même formidable)

Vous l’aurez deviné, sens du sacrifice oblige, tout l’équipage accepte de mourir dignement, et Alex ordonne que l’ultime obus aille droit sur Oahu pour raser la base scientifique comme il se doit.

Le canon tonne donc, l’obus vole à folle allure, et bientôt, une formidable explosion ravage l’endroit, tuant tous les aliens présents dans la zone, détruisant leur installation à la seconde où elle allait transmettre le message (le satellite commençait déjà à tirer son super laser radio ou je ne sais quoi), et les flammes léchant juste gentiment les fesses des derniers humains présents dans le coin qui faisaient de la résistance, à savoir Mick, Samantha et leur pote scientifique. Samantha glousse un peu, elle aime bien quand ça chauffe un peu les fesses, mais passons.

Quant au Missouri, il voit l’ultime salve ennemi s’envoler dans les airs pour s’approcher de sa carcasse, mais comme il se doit, à la dernière seconde, des tirs viennent intercepter les projectiles : l’aviation !

Profitant de la désactivation du champ de force, la flotte du Pacifique est venue à la rescousse et repasse aussi un petit coup sur Oahu à coups de bombes histoire de s’assurer que vraiment, il n’y a plus d’aliens en vadrouille dans le coin (et encore une fois, le même trio que précédemment se fait lécher les fesses par les flammes, mais ça va, merci). D’ailleurs, comment l’aviation savait-elle que les aliens tenaient bien cette position à Oahu, et qu’ils comptaient s’en servir sachant que les communications ne passaient pas ? Mystère.

C’est donc dans un déluge de flammes que tout s’achève, et nous voyageons dans le temps pour nous retrouver quelques jours plus tard, à Pearl Harbor justement, pour une formidable cérémonie où tout le monde est décoré : Stone à titre posthume, Mick pour sa bravoure au combat, Alex pour son sens du commandement, etc. Chacun se félicite, car grâce à ces quelques braves, le monde est sauvé d’une invasion alien.

"Comment ? Mais attendez, s’ils venaient en petit nombre et cherchaient à appeler leur flotte, c’est que c’étaient des éclaireurs ! On a rien empêché du tout, juste retardé, sitôt que les mecs vont voir leurs troupes ne pas revenir, ils vont envoyer leur mégaflotte venir voir, et là, on va pleurer les enfants !" ajoute Nagata, jusqu’à ce que les scénaristes l’attrapent et le tabassent pour lui faire passer le goût des sushis à cet emmerdeur.

Mais tout le monde se moque éperdument du fait que, logiquement, d’ici quelques semaines ils seront réduits en esclavage par une civilisation venue d’outre-espace qui les enverra travailler dans des mines de titanium, car le script a bien dit que le monde était sauvé, point. Et puis de toute manière, si ça se trouve, là aussi les mecs feront des millions d’années-lumière de voyage pour se manger un vieux satellite dans le nez, car ils maîtrisent grave la navigation spatiale et les champs de force mais n’ont aucun système de calcul des trajectoires, ni même de radar.

A Venise, on ne peut pas acheter de 4x4 pour compenser quelque chose. Ce pourquoi on a inventé le cuirassé.

Alex va donc enfin trouver son amiral préféré pour lui demander la main de sa fille, mais à sa grande surprise, celui-ci lui répond "Non".

"Comment, alors que j’ai sauvé le monde ?
- Oui. A moins que…
- A moins que ?
- Vous ne me trouviez… un burrito au poulet.
- Ho ! Ahahaha. Elle vous en a parlé ?
- Allez, allons manger ensemble, Hopper ! Devenons les meilleurs amis du monde !"

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Et après ce dialogue hélas véridique, le film se termine sur Samantha observant en soupirant de bonheur les deux hommes de sa vie s’éloignant dans le soleil couchant pour aller se taper un bon gros burrito poulet ce qui, d’ici quelques heures, devrait leur faire regretter d’avoir choisi un corps d’arme où les pantalons sont d’un blanc impeccable.

Et…

FIN !

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A cet instant précis, ceux qui n’ont pas fini de se rouler par terre en hurlant des insanités veulent peut-être savoir : "Mais alors, combien de pognon a t-on mis dans cette merde ?"

La réponse est simple : 200 millions de dollars. Hé, il y a Rihanna dedans tout de même, ça se paie. Vous avez pu lire dans ce spoiler à quel point son rôle était indispensable (si, si, vraiment). Vous n’imaginez pas que l’on puisse faire un bon film avec un budget pareil tout de même ?

Maintenant, vous voulez un truc qui vous fasse encore plus déprimer que ça ?

Ridley Scott prépare l’adaptation sur grand écran du… Monopoly.

Et là encore ce n’est, hélas, pas une blague.

Quelle invention du diable.

Un immense portique, constitué d’hideuses figures de carton aux tons sombres et aux traits hasardeux, situé juste devant l’un des points de contrôle pré-entrée en salle du cinéma ; au-dessous d’icelui, un employé consciencieux se saisit de chacun des tickets qui lui sont tendus avant de les déchirer avec soin, indiquant ce faisant la salle dans laquelle chaque spectateur est invité à se rendre.

Et sur cette bougresse de construction branlante, on peut lire en grandes lettres pourpres "Twilight 4", aux côtés d’imposantes flèches invitant les personnes souhaitant voir le film à se rendre, obligatoirement, à cet endroit précis.

Qui es-tu, esprit pervers à l’origine de pareille création ? Pourquoi veux-tu obliger les pauvres spectateurs à se dénoncer quant au film qu’ils vont voir ? Est-ce une stratégie pour m’empêcher de baratiner les gens que je croise au cinéma en leur affirmant que je vais voir le dernier film tchèque lion d’or au festival de Venise alors qu’en fait je vais voir Ghost Rider ? Comment vivre dans un monde où les enfants peuvent s’exclamer "Regarde maman, des gens qui vont voir Twilight", en pointant vers nous autres, amoureux des daubes, de honteux doigts accusateurs, alors que les mères de famille responsables en seule réponse leur cacherons les yeux de leurs douces mains en susurrant "Ne les regarde pas ma chérie, ce sont des monstres !" ? N’y a t-il plus moyen de vivre ses perversions en paix ? Je veux dire, à part avec une fausse moustache ?

Bref, ne nous égarons pas plus sur les sentiers caillouteux de pareilles réflexions, et parlons plutôt du sujet du jour : Twilight 4 – Révélation 1ère partie.

Etant un hôte consciencieux, je ne laisserai donc bien évidemment pas mes lecteurs les moins érudits dans l’ignorance, et me permets donc de vous résumer les trois premiers films histoire que personne ne soit perdu. Ce qui donne :

Twilight I – Fascination :

Bella, une fille qui n’a pas de muscles pour fermer la bouche, rencontre au lycée une choucroute sous laquelle se trouve un garçon : Edward. Comme il est trop mystérieux, ils vont causer au milieu des bois (un thème redondant de la saga : les gens passent leur vie dans les bois), et le jeune homme révèle qu’il est un vampire, et que dans le monde de Twilight, les vampires brillent à la lumière du jour comme des diamants. C’est trop choupinou, ils sortent donc ensemble, mais un jour, méchant vampire I, II et III débarquent et veulent tuer Bella parce que ça les fait marrer. La famille d’Edward, les Cullen (d’autres vampires, donc), vient donc en aide à la jeune fille et leur bourre la gueule. Edward et Bella peuvent se faire des bisous en paix. Fin. Pour plus de détails, le spoiler est ici.

Twilight II – Tentation :

Bella et Edward sont heureux, mais suite au précédent épisode, Edward se dit que c’est dangereux pour Bella de traîner avec des vampires. Il décide donc, pour son bien, de s’éloigner d’elle, et part donc en Europe. Bella en est trop dépressive, pleure sur son lit et mange de la glace devant Friends à longueur de journée, jusqu’à ce qu’elle découvre qu’Edward lui apparaît furtivement sous forme d’illusion à chaque fois qu’elle est en danger. Pour le voir tant qu’elle peut, elle se met donc en danger en faisant un truc trop extrême : du solex sans casque. Ce faisant, elle se rapproche de Jacob, un ami indien bodybuildé qui aime courir en slip dans les bois (toujours les bois, vous dis-je) et qui s’avère être un loup-garou. Suite à un quiproquo, Edward pense que Bella est morte dans un accident de solex, et songe à se suicider ; Bella le rejoint donc en Italie pour l’empêcher de faire le con : ils se font des bisous. Fin. Accessoirement, le spoiler est .

Twilight III – Hésitation :

Méchant vampire III, qui avait survécu à la purge des épisodes précédents, revient pour enquiquiner les gentils : il vampirise plein de gens pour se créer une armée et aller taper sur Edward, Bella et leurs amis. Les gentils ont vent de la chose, et les loups-garous s’allient avec les vampires de la famille d’Edward, leurs ennemis jurés, le temps de protéger Bella puisque cette rabouine a un amoureux dans chaque camp. Les méchants se font malaxer la trogne, (dans les bois, étonnant non ?) et Edward et Bella peuvent donc se faire des bisous. Dans la foulée, Edward demande Bella en mariage. Fin. Sinon, le spoiler est céans.

Bien, vous avez tout suivi ? Edward, Bella, les bisous, la choucroute, c’est bon ? Alors en route pour l’épisode IV première partie : spoilons mes bons !

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L'affiche : le concours des plus gros sourcils est lancé ; tremble, Emmanuel Chain !

Le film s’ouvre donc sur la végétation luxuriante des alentours de Forks, la petite bourgade où se situe notre récit ; nous voici bercés par la voix de Bella, qui nous explique que la fin de l’enfance n’arrive pas à un âge précis, car tout cela est bien plus compliqué ; un discours qui d’entrée de jeu, séduira la spectatrice de 13 ans qui se sent à la fois adulte mais incomprise par les vieux qui la considèrent encore comme une adolescente. Continuant à tenter de mettre en émoi ce public dès les premières minutes, le film enchaîne donc avec Jacob, l’indien musclé, qui est tranquillement chez lui lorsqu’il reçoit du courrier ; plissant les yeux très fort en lisant la missive qui lui est adressée, le bougre s’empresse de faire quelque chose de bien normal : il retire son t-shirt en prenant un air fort mécontent et s’en va à demi-nu et sous la pluie courir dans les bois proche de sa maison.

C’est bien normal, vous dis-je : moi aussi, l’autre jour j’ai reçu ma taxe d’habitation, alors du coup, hop, direct en slip et vas-y que je gambade vers les bois les plus proches en prenant l’air grognon (l’air grognon se marie à merveille au slip ; par contre, la combinaison des deux s’accommode bien mal de la présence d’agents de la brigade des moeurs sur votre chemin, sachez-le, ces derniers ne semblent guère à la page en matière de sociologie comportementale face à un pli du facteur).

En attendant, quel est donc ce mystérieux courrier qui met notre indien préféré dans un tel état ? Et bien c’est simple : il s’agit d’une invitation au mariage d’Edward Cullen et de Bella Swan, et comme chacun sait, notre homme étant vaguement amoureux de la jeune fille à l’expression qui n’est pas sans rappeler un sandwich au fromage, on comprend son courroux.

Mais d’autres personnes reçoivent aussi le courrier, à commencer par Papa Swan, le fameux shérif de Forks, qui n’aime guère savoir que sa petite fille va se marier à à peine 18 ans ; son ex-femme, Maman Swan, recevant l’invitation se met elle simplement à glousser et à marcher en trémoussant ses fesses d’une manière fort naturelle qui laisse à penser que mentalement, elle et sa fille en sont à peu près au même stade. Mais justement : et Bella dans tout ça ?

Et bien la jeune fille assiste aux préparatifs du mariage chez les Cullen, dans leur immense résidence au milieu des bois, dont, je le rappelle, toutes les faces sont constituées intégralement de baies vitrées (ce qui est fort pratique quand on est un vampire qui cherche à se faire discret) ; les choses avancent bien, car sachez-le : la noce est demain ! Bella est donc invitée à aller se coucher tôt pour ne pas avoir l’air complètement crevée le grand jour ; cela dit, si elle apprenait à fermer la bouche (elle a eu trois films pour le faire, pourtant), ça aiderait, mais bon. La douce se rend donc chez elle, et on notera dans sa chambre, sur sa table de nuit, ce qui doit être la plus horrible peinture de chien de l’histoire, confirmant que la jeune fille a à peu près autant de goût que du tofu ; mais alors qu’elle contemple son lit sans raison, l’oeil vitreux, elle est surprise par Edward, qui grâce à ses supers-pouvoirs de pervers mort-vivant, a pu rentrer dans sa chambre promptement et silencieusement. Après quelques échanges niaiseux, Edward annonce à Bella qu’il doit lui confesser quelque chose… Mais quoi, vite, dis-nous tout bougre de brigand !

Soit : Edward explique que peu de temps après que Carlisle Cullen l’ait vampirisé au début du XXe siècle, il a décidé de ne pas suivre la voie de suceur de sang animal, traditionnelle chez les gentils Cullen, pour essayer de voir ce que ça faisait d’être un vampire prédateur buvant du sang humain. Il s’est donc essayé à la chose, et a tué plein de gens, mais "uniquement des gens mauvais", car Edward disposant du pouvoir de lecture dans les pensées (seules celles de Bella lui échappent, probablement car son cerveau est déjà cliniquement mort), il peut déterminer en deux minutes si quelqu’un est un potentiel galopin. Ce n’est qu’après quelques année d’errance qu’il est revenu chez les Cullen sucer des écureuils plutôt que des malandrins (mais uniquement de méchants écureuils, hein, du genre ceux qui rackettent des noisettes).

"Je suis un psychopathe qui tue les gens que j'estime mauvais, huhuhu" - "Uiiiii c'est très bien choubidou, hihihi"

"Est-ce que ça change ton opinion de moi ?" demande Edward, l’air penaud, à sa chère et tendre

"Mais non, pas du tout : tu n’as tué que des gens qui méritaient de mourir", lui répond en souriant sa belle avant de l’embrasser. Ah, douce Bella : tu es sage et juste, il y a des gens qui méritent de mourir, et Edward avait bien raison de tuer son prochain en faisant justice lui-même, déterminant qui est bon ou mauvais selon ses propres critères. D’accord, bien bien bien, je vais faire celui qui ne voit pas du tout le message derrière tout cela.

Sur ces entrefaites, Edward s’en va, appelé par ses frères vampires qui veulent lui faire un enterrement de vie de garçon (il va probablement être déguisé en bite géante et vendre des capotes devant la mairie de Forks, ou autre variante du meilleur goût de ce genre de tradition, mais le film ne le précise pas). Bella, de son côté si vous vous posiez la question, n’a juste le droit à rien : les filles, ça reste à la maison quand ça n’a pas son copain pour sortir, ah mais. Du coup, Bella, qui a visiblement une hygiène déplorable, se couche toute habillée. Ah ? Curieux.

Perturbée par cette manière de dormir peu commune, Bella a donc un curieux songe : elle rêve d’un mariage durant lequel tout le monde meurt, ce qui est assez moyen, puisque cela signifie qu’il n’y aura plus personne pour faire la chenille au vin d’honneur ; mais heureusement, bien vite, elle ouvre les yeux et s’en trouve aussitôt rassurée car elle découvre que ça y est, le grand jour est arrivé ! Elle va se marier à l’homme de sa vie (ou de sa non-vie, ça dépend des versions) ; ni une, ni deux, elle va trouver ses copines vampirettes à la maison Cullen pour l’aider à se maquiller, se coiffer et autres trucs que ces dames font en gloussant. Dans le même temps, les invités arrivent sur place et découvrent la résidence, sans savoir que celle-ci héberge des vampires. Papa Swan réagit juste en voyant la collection de chapeaux de diplômés, se demandant ce que ça peut bien être ; moi, j’aurais plutôt réagi sur le fait qu’il n’y avait aucun lit dans toute la maison, mais bon, ce n’est pas moi le superflic.

Accessoirement, simple détail technique : le mariage se passe juste à côté de la maison Cullen (donc, dans les bois, nan mais ils ont vraiment un problème avec la forêt dans cette saga), d’accord, mais surtout, en plein jour.

Mais dites-moi : Twilight, c’est pas une histoire de vampires ? Ça ne pose aucun problème ? Non : aucun vampire ne se met à briller comme une andouille, faisant hurler tous les invités, mystérieusement, ils ont tous mis leur mode "Guirlande de Noël" sur off. On pourra me rétorquer que c’est parce qu’il fait gris et que le soleil est caché derrière les nuages, ce qui est d’ailleurs la même raison pour laquelle Edward & co pouvaient aller au lycée sans risque, mais dites-moi : sachant que la date du mariage a été fixée des mois à l’avance, comment nos loulous ont-ils fait pour prédire que ce jour là, il ferait un ciel gris parfait, sans une seule éclaircie ou même un vague micro-trou dans les nuages ? Ils ont vampirisé Sophie Davant ? Ils pouvaient pas, par sécurité, choisir de le faire une fin d’après-midi en hiver, ou trouver un concept pourri de mariage nocturne ? Non : ce sont juste de gros débilous, mais l’auteur fixe la météo pour s’accommoder de leur bêtise crasse (bien que dans le film, on puisse voir clairement qu’il fait grand soleil, mais chhht, chtttt, du calme, sinon on arrivera jamais au bout de ce navet).

Revenons donc au mariage bourré de vampires se tenant en plein jour, et passons vite : Edward et Bella se disent oui, et enchaînent avec le plus mauvais baiser de l’histoire du cinéma (je crois qu’à un moment, il lui suce la joue et le menton en même temps en esquivant la bouche, ce mec pourrait nettoyer un aquarium en moins de deux avec une bouche pareille) ; tout le monde est donc très content, surtout Bella, parce qu’une fille de 18 ans qui épouse un mec en ayant plus de 90, c’est souvent à l’avantage de la première. La fête commence donc, et tout le monde y va de son petit discours sur le fait que l’amour, c’est trop beau, et autres propos que je vous passe, pendant que les coupes de champagne descendent plus ou moins vite selon les invités.

Voici 4 vampires au mariage. S'ils ne brillent pas sous une lumière pareille, il va falloir me dire quand ça arrive

Seul un drame se joue brièvement : des vampires invités par les Cullen s’insurgent, car le père de Jacob ainsi que l’un de ses fils sont présents, et ils n’aiment pas trop les voir là. Non pas parce qu’ils sont indiens, mais surtout parce qu’ils sentent leur nature de loup-garou (ils puent le chien mouillé) ; Jacob lui-même n’est cependant pas là, probablement en train de bouder dans sa niche, mais c’est sans compter sur Edward, qui à un moment de la soirée, annonce à Bella qu’il a une surprise pour elle : en fait, si, Jacob est venu !

Mais comme il boude un peu, il n’a pas assisté au mariage, et plutôt que de se pointer à la fête et de saluer tout le monde il… il… ho misère : il l’attend dans les bois (que ceux qui ne l’avaient pas vu venir lèvent la main ; c’est fait ? Tranchez là, ça vous apprendre à ne pas suivre) ; bref : Edward y accompagne donc sa douce pour qu’elle puisse échanger quelques mots avec son vieil ami indien qui lui manque quand même un peu : le bougre est en effet en train d’attendre près d’un arbre, après avoir fait le voyage depuis le nord du Canada où il était parti râler (c’est l’équivalent de sa chambre pour un loup-garou) sous sa forme de loup pour la voir ; à noter qu’il est en chemise et pantalon ; dis-moi mec, tu les transportes comment tes fringues quand tu es sous forme animale ? Car d’ailleurs, oui, autre mystère de ce film : à chaque fois que Jacob et ses potes se transforment (ce qu’ils font assez souvent), ils craquent tous leurs vêtements ; mais dès qu’ils prennent forme humaine : hop ! Ils ont au moins un slip, histoire de ne pas exhiber leur trilili au tout venant ; on en déduira que les loups-garous ont ce pouvoir spécial qui leur permet de générer des calebutes à volonté : c’est tout de même assez surpuissant. J’espère que Monsieur Dim va payer des mecs avec des balles en argent pour s’occuper de ces forbans qui ruinent son marché ; mais que disais-je, au fait ?

Ah oui : Bella retrouve donc dans les bois le jeune Jacob pour lui dire qu’il lui manque, et la conversation est assez banale, jusqu’à ce que pour diverses raisons, ils en viennent à parler de la lune de miel, durant laquelle Bella explique qu’elle compte bien coucher avec Edward ; Jacob s’insurge donc aussitôt ! Qu’est-ce que cette que ces histoires de gens qui couchent ensemble durant leur lune de miel ? On ne va pas là-bas juste pour jouer aux échecs avec son âme soeur ? On lui en avait jamais parlé, merde ! Il fait donc un caca-nerveux (encore), se retransforme en loup (encore) et file bouder (encore). Probablement une fois encore au nord du Canada, ce qui ne manquera pas de lasser les fermiers du cru, qui doivent en avoir marre de voir leurs plantations ravagées par des loups-garous adolescents hystériques.

Bref ; après ces évènements, Bella et Edward retournent à la petite fête, où on les bombarde de riz jusqu’à ce qu’ils montent en voiture pour leur grand départ en voyage de noces ; dans la nuit tombée depuis longtemps, la berline conduite par le vampire aux sourcils en mousse file donc vers sa destination : un aéroport où attend un jet privé (oui, oui, rien que ça : je confirme, mademoiselle a épousé un vieux riche), qui s’envole ensuite pour Rio de Janeiro.

Il faudra cependant m’expliquer un truc : ils font USA – Brésil en combien de temps ? Puisque visiblement, en arrivant, il fait encore nuit noire, ce qui là encore, arrange bien les affaires de tout le monde, sinon Edward se serait mis à briller comme une boule à facettes, et il aurait probablement été lapidé à coups de tongs par des brésiliens effarouchés par pareille démonstration surnaturelle.

En tout cas, Rio n’est qu’une étape du périple, apprend Bella : en fait, Carlisle, le "père" d’Edward leur a réservé une résidence de luxe sur une île au large où ils vont pouvoir passer des vacances de rêve ; ho, chouette alors ! Seulement, à peine Bella a t-elle mis le pied dans la résidence qu’elle note qu’Edward louche bizarrement vers le lit ; toute cette histoire sentant la copulation à plein nez, elle se décide à faire ce que toute femme fait quand l’excitation vient à monter :

Elle lui demande de se barrer pour aller se brosser les dents.

Que… comment ? Oui ? Je n’invente pas : Edward, visiblement chaud comme la braise (ou est-ce pour faire romantique et cool, mais je préfère ma version), se décide à aller refroidir son popotin déjà plutôt peu chaud puisque vaguement mort en allant se baigner tout nu à l’extérieur ; Bella, elle, en profite pour se brosser les dents (son haleine de blaireau en décomposition semblait pourtant convenir à Edward quand il l’embrassait jusqu’à présent ; et puis bon, je le comprends: à ouvrir la bouche toute la journée, ça doit être bien aéré là-dedans), puis elle… allez, on se concentre… elle va s’épiler les jambes.

"Mais dis donc Bella, c'est un poil que je vois, là ?" - "Crotte de bique ! Jamais il ne voudra d'une femme aux épaules aussi velues !"

Oui ? C’est indispensable ? Tu trouves ça romantique les 30mn dans la salle de bain à te tirer sur les poils ? Auquel cas, si tu voulais absolument le faire, tu savais que tu allais partir pour ta nuit de noce, mais n’avais pas pris tes précautions en amont ? Ou alors tu es super velue et tes jambes se sont transformées en moon boots rien que durant le voyage en avion ? Il va falloir m’expliquer ; enfin voilà pour la séquence pré-coucherie. Une fois cela fait, Bella s’effondre à moitié, car flûte, elle va faire l’amour, elle ne sait pas si elle sera à la hauteur, mais allez, soyons fous : elle se met aussi à poil et s’en va se baigner avec Edward dans l’océan : sous la lune, Bellouana et Jean-Edward s’apprêtent donc à commencer des trucs dans l’onde claire (même si la scène est difficilement compréhensible, tant de loin, le torse de Robert Pattinson et celui de Kristen Stewart se ressemblent). Puis, Edward amène sa douce jusqu’à couche conjugale, et commence son office (oui, il y a une scène de sexe, Famille de France, ferme les yeux !), y allant si fort que sa puissance surhumaine lui fait éclater les montants du lit et le cul de Bella façon Verdun.

Je fais une pause ami lecteur. Je fais une pause parce que je vous connais, bande de gredins, comme à chaque article sur le sujet, j’ai le droit à un commentaire ou un mail à base de "Edward est mort : donc son coeur ne bat pas… donc comment peut-il avoir une érection s’il n’y a pas de sang qui circule, LOL !"

Lecteur, pour te répondre simplement, si on applique la même logique à tout : son coeur ne bat pas, donc il ne peut pas irriguer ses organes, donc il ne devrait ni parler, ni bouger, ni même penser (même si sur ce dernier point, effectivement, il ne se passe rien). Sauf qu’il gambade en racontant des âneries depuis trois films, et que jusqu’ici, ça ne vous a pas choqué, bande de petits hypocrites ; on voit bien que vous ne vous arrêtez que sur les trililis, les trouloulous et toutes les implications qui vont avec, bande de petits pervers. Alors à la question "Mais comment fait-il ?", débrouillez-vous, imagine-vous un truc si ça vous choque trop, genre un implant digne d’il Cavaliere, ou le fait qu’il s’égorge une poule-noire sur le bas ventre en hurlant "Par le pouvoir de la nécromancie, dresse-toi kiki !",  ou je ne sais quel histoire à base de rigor mortis, mais en tout cas : c’est un fait. Passons donc à la suite.

Cela étant dit, passons au lendemain, où Bella se réveille seule dans l’immense lit, un sourire béat aux lèvres ; c’était formidable (et oui, c’était sa première fois, et non, malgré tout, elle n’a pas du saigner, sinon Edward serait devenu berserk et lui aurait arraché la tête avec les dents en voyant ça ; encore une fois, c’est magique). Cependant, Edward n’est pas du même avis, non pas parce qu’il a tiré un siècle de munitions d’un coup, et qu’il lui en faudra sûrement autant pour recommencer, mais surtout parce que sa force surhumaine a couvert sa désormais femme de bleus ; Bella lui explique que ce n’est pas grave, que c’était super quand même, mais lui n’est pas de cet avis : il ne veut pas faire de mal à sa compagne aussi propose t-il de ne plus baisouiller.

Ho ? Dis ?

Edward, je veux pas te faire un dessin, mais si tu lui fais des bobos quand tu viens butiner la petite fleur de maman abeille, tu n’as qu’à changer de position, hein, madame sur le dessus par exemple et on en parle plus. Ou une autre position, hein, du genre la chaloupe ardennaise ou le houla-hoop à piston infernal, que sais-je ? Mais non : Edward, c’est soit on la fait à l’ancienne, soit rien du tout : bravo.

Rah, je me rends compte que je devrais être conseiller conjugal pour vampires ; je crois que j’ai loupé ma carrière. Attendez, attendez, je digresse encore, vite, revenons à ce fameux film.

Bella est donc quelque peu désappointée de cette décision car, sachant qu’on lui a promis de bientôt faire d’elle une vampire, elle se voit mal passer l’éternité sans un petit coup de sexe de derrière les fagots ici ou là. Elle tente donc de convaincre son doux époux de revenir sur sa décision, mais celui-ci se montre quelque peu obtu ; durant les deux semaines qui suivent, donc, finalement, nos deux larrons se retrouvent à… jouer aux échecs (je n’invente toujours pas). Ça valait le coup d’avoir une île privée ; cela dit, il faut noter un truc : même en plein jour, avec cette fois le ciel dégagé bien cadré dans tous les plans, sur une plage et avec le soleil qui tape, Edward ne brille toujours pas ; c’est quand même ballot de faire un film sur des vampires dont c’est la première faiblesse et l’oublier tout du long, mais passons. Bella tente bien quelques stratégies pour faire craquer son mari, mais toute rate : le déshabillé coquin (elle a oublié de mettre de la poitrine dedans, ça marche moins bien), les regards langoureux (mais bovins), les câlins par surprise (sauf qu’il esquive avec une vitesse surnaturelle)… Edward a du mal à résister, mais y parvient tout de même, bien que, bon, honnêtement mec, tu aurais rempli le frigo de fayots et d’oignons, tu aurais obtenu un tel tue l’amour sur pattes que tu aurais encore plus de facilité à tenir, puisque du coup tu aurais eu l’impression d’avoir épousé une cornemuse, mais passons. Tout le monde n’a pas ma fourberie.

Qu'est-ce qu'on s'éclate en lune de miel !

Le temps passe, en tout cas, et un soir, las, Edward finit par craquer à nouveau, et c’est reparti pour un tour ; le lendemain, en se levant, Bella est à nouveau seule dans son lit, et s’en allant à la cuisine pour petit-déjeuner, elle tombe nez-à-nez avec un mot "Je suis parti chasser, je serai revenu avant que tu ne te réveilles".

C’est ce qu’on appelle le mot le plus con du monde, puisque si la nana tombe dessus, c’est justement qu’elle est réveillée, donc que le mot est foiré. Quand je vous disais que le cerveau de ce mec était définitivement mort depuis un bail.

En tout cas, Bella va se faire chauffer du poulet (je crois que cette scène m’a confirmé à quel point ce film était passionnant : il y avait vraiment besoin de deux parties tellement il y a de choses à raconter !), mais alors qu’elle commence à le déguster, voici qu’elle se sent mal et qu’elle s’en va gerber ; Edward arrivant au même moment, il s’étonne de trouver sa douce en train de rouler des patins à la cuvette des WCs, mais avant qu’il ne devienne jaloux de celle-ci, qui le bat tant en pâleur qu’en goût et QI, Bella se relève et annonce soudain qu’elle vient de réaliser quelque chose : elle n’a pas eu ses ragnagnas depuis un petit moment… Serait-ce que…

"Bloub", fait le ventre de Bella.

"Bloub" ? S’exclame le couple en choeur ? Qu’est-ce que cela signifie ? Edward réfléchit très fort et parvient à 4 solutions :

  • Bella est ventriloque et fait parler son bidou, mais ce qu’elle raconte ce faisant n’est pas bien compréhensible
  • Bella a l’appendicite
  • Bella est enceinte
  • Bon sang, c’est les tacos ; je savais que j’aurais pas dû les acheter à ce type à l’air louche ; Bella, mon amour, je vais fermer la porte, je te laisse rejouer les plus grandes scènes de l’exorciste sur le trône

Edward tombe donc en état de choc, constatant que c’est probablement la réponse 3 ; mais comment ? Comment a t-elle pu tomber enceinte ? Les vampires peuvent se reproduire ? Edward ne le savait pas, il pensait que ce truc mystérieux qui sortait de son corps lorsqu’il était soudain très content avec Bella, c’était du Yop, ou un truc du genre ! Bon sang, un siècle passé à redoubler le lycée pour rien ! Si seulement il avait écouté en biologie ! Voilà que des millions de spermatozoïdes avec de petits crocs se sont lancés à l’assaut de sa femme, que va t-il faire ?

Bella, voyant Edward les yeux dans le vague (quel homme de la situation, chapeau mec, quelle maturité à presque un siècle d’âge), se décide donc à prendre les devants : appeler Carlisle, il est vampire et médecin, il devrait savoir quoi faire ! Ce dernier confirme à Bella : soit elle est enceinte, soit ce sont les tacos, mais dans les deux cas, il recommande de rentrer au pays au plus vite. Edward reprenant ses esprits, lui, demande plutôt conseil à… la bonne.

Là encore, je ne rigole pas. Ce livre s’est vendu en plus.

Car oui, il y a une bonne, qui fait partie d’une tribu locale qui déteste les vampires (Edward le sait, il a donc décidé de l’engager comme bonne, c’est tellement logique), et qui en sait un peu sur leur sujet ; la dame va donc toucher le ventre de Bella, et elle confirme : elle est enceinte. De là, Bella annonce vouloir garder l’enfant, fut-il vampirique, alors qu’Edward, lui, n’en veut pas ; décision est prise de rentrer en urgence au pays, probablement pour faire un lavement à l’eau bénite à Bella, et si ça ne marche pas, trouver un très gros cintre ou un crucifix de poche.

Quelques temps plus tard, au pays, retrouvons Jacob, l’indien qui passe son temps à se plaindre ; cette fois-ci, il est à la plage avec sa "meute" de potes loups-garous, et explique qu’il est sûr qu’Edward va vampiriser Bella pendant la lune de miel, comme le jeune couple l’avait prévu, et donc il se demande quelle excuse ils vont filer à sa famille pour qu’elle ne revienne jamais les voir : tombée d’une falaise ? Accident de voiture ? Cancer de la bouche ouverte ? Dévorée par des canetons sauvages l’ayant confondue avec un flan aux fruits ? Il ajoute aussi qu’il conchie les gens amoureux, qui sont faibles et se laissent embobiner, et que les filles, c’est nul, etc. Bref : Jacob a le niveau de réflexion d’une petite fille de 5 ans ; on dirait une discussion sur le partage des BNs à la récré à l’école maternelle Christian Clavier de Melun. En tout cas, peu de temps après, il apprend une chose qui va dans le sens de ce qu’il pense : Bella n’est pas rentrée de lune de miel ; officiellement, Edward aurait dit qu’elle avait attrapé un virus. Notre jeune loup est donc fort mécontent, puisqu’il détecte là-dedans une excuse pourrie, comme il l’avait prédit, pour couvrir sa vampirisation. Il se rend donc chez les Cullen pour leur expliquer sa façon de penser, et, pourquoi pas, insulter leurs mères.

Sauf qu’arrivé sur place il tombe non seulement sur Bella, visiblement toujours humaine, et surtout avec un ventre énorme ! La famille Cullen lui apprend qu’elle est rentrée de voyage il y deux semaines dans le plus grand secret, et qu’elle est enceinte d’Edward, avec visiblement, un cas de bébé se développant très vite. Et accessoirement, l’affaiblissant beaucoup pour grandir à ce rythme : la bougresse a le teint maladif et les joues creusées par pareille épopée. Cela énerve fortement Jacob, qui ne supporte de voir son amie dans un tel état ; un grand débat se lance alors entre ceux qui veulent "garder le bébé" et ceux qui veulent "se débarrasser du foëtus" (qui a ce stade, n’en est plus un depuis longtemps, mais visiblement, tous les Cullen, le médecin compris, sont des quiches en biologie basique, c’est affreux). Evidemment, c’est le camp "pro-vie" qui l’emporte, vous le devinez, et on ne sent d’ailleurs pas du tout le message de l’auteur derrière, une fois encore.

Un autre problème est soulevé : en gardant l’enfant, Bella met sa vie en jeu ("Mais la vie de l’enfant est plus importante que tout"), ce faisant, il n’est pas sûr qu’elle tienne jusqu’à l’accouchement… or, Bella veut être vampirisée après l’accouchement, et pas avant. Et d’après Carlisle, il sera sûrement trop tard pour faire quoi que ce soit lors de l’accouchement, le pouvoir de transformation des vampires ayant lui-même des limites, presque autant que leur réflexion, c’est dire ! Zut, flûte, cacaboudin, comme le disait Pline le Jeune (qui était un galopin des plus grossiers, comme chacun sait) !

Jacob fait donc ce qu’il fait de mieux : devant cette situation, il part bouder (ça ne fera jamais que trois fois depuis le début du film, et en fait, dans chaque scène où il était), et court rejoindre sa meute sous forme de loup, pour une séquence "animaux qui parlent" digne de Disney : il apprend la situation à ses comparses, expliquant qu’on ne peut pas laisser vivre un monstre aussi inhumain qu’un bâtard humain-vampire sur le point de naître. Ses compagnons loups-garous lui répondent donc "Ok, dans ce cas, on va aller bourrer la gueule au bébé, qui est dans Bella, tu noteras bien, ce qui complique les frappes chirurgicales". Jacob n’étant pas d’accord avec le fait de tabasser Bella, il se fâche donc (merde, c’était quoi ton plan mec ? Tu comptais mettre une lacrymogène dans la culotte de Bella pour faire sortir le bébé comme un vieux renard afin de le tuer en l’épargnant elle ?), il boude donc à nouveau (…) courant cette fois retrouver les Cullen dans leur maison au milieu des bois pour leur expliquer que "Attention, les loups-garous veulent tuer le bébé et Bella en passant, il faut faire attention ! Je ne les laisserai pas faire !" ; mais ouais mec ! Et juste comme ça : qui a prévenu les loups-garous ? Tu serais resté bien sage, tout le monde irait bien ; elle a raison Bella d’avoir hésité entre Jacob & Edward : ils sont tous les deux aussi cons. C’est un peu comme hésiter entre une huître et une moule, mais je m’égare.

La situation devient donc la suivante : les Cullen ainsi que Jacob restent à garder la résidence des vampires toute la journée, pendant que Bella y attend d’accoucher. Et tout autour, dans les bois, la petite meute de loups-garous attend son heure pour attaquer, confrontée à un problème simple : dans l’immédiat, les vampires sont en léger surnombre. La tension est donc palpable.

Passons sur les heures passant dans la maison, avec Edward regardant l’état de sa copine se dégrader en permanence, et que personne ne semble capable d’arrêter. Tout le monde se pose la question : "Mais pourquoi le bébé se nourrit de sa vie à elle ? Que peut bien vouloir manger un bébé vampire ? Si on pouvait lui donner directement, il arrêterait de pomper Bella" ; ce sont des vampires qui s’interrogent, je le rappelle. Hmmm voyons voir les mecs, quel est votre régime alimentaire ? Ah, c’est trop dur. Le ridicule ne tuant pas, mais entamant bien quand même (c’est peut-être ça qui tue Bella, remarquez ?), Edward cherche donc des réponses sur… Yahoo (le placement de produit n’a aucune limite). Oui oui. Encore une fois, vous avez bien lu. Je ne m’étonne plus de rien pour ma part ; on ne sait jamais, des fois que la réponse apparaisse sous le moteur de recherche en indiquant vanhelsing.skyblog.com.

Internet, c'est rude (cliquez pour agrandir)

Autre passage culte : Bella, soucieuse de son avenir proche, décide d’appeler son père pour lui dire qu’elle l’aime ; elle attrape donc un téléphone et obtient son géniteur, qui est donc persuadé qu’elle est actuellement au Brésil ; Bella lui sort alors l’excuse la plus minable du monde : "Papa, en fait, je peux pas rentrer, je vais mieux, mais tu peux pas venir me voir, d’ailleurs si tu prends un avion, sache que je ne serai pas là car en fait je pars dans un hôpital spécialisé en Suisse. Mais sinon, ça va bien, merci." ; oui parce que c’est connu, les gens qui vont bien vont à l’autre bout du monde se faire soigner ("Tout va bien mais il faut prendre des mesures d’urgence" : on dirait du François Baroin, ce qui n’est pas peu dire), et si son père est prêt à prendre un avion pour le Brésil, il ne pense pas à proposer la même chose pour la Suisse : c’est connu, ce pays n’a pas d’avions ou même d’aéroports.  Tout ce discours ressemble à celui bien connu du "Mais non Jeannine, Porky le cochon d’inde n’est pas mort : il est juste parti dans une ferme très loin où il va très bien mais où tu ne peux pas aller le voir". Et le plus beau ? Ça marche. A ce moment, dans la salle, je strangulais un chiot pour me passer les nerfs. Ou était-ce une adolescente ? Je ne sais plus, mais en tout cas ça a un peu jappé avant de mourir.

Sinon, comme ça, détail technique : Bella, ton père il fait quoi ? Policier ? Est-ce que tu penses qu’il va remarquer que c’est le numéro de M. Cullen qui s’affiche quand tu appelles, puisque tu utilises le fixe de la maison ? Avec un indicatif signifiant que tu lui téléphones depuis Forks, et non depuis le Brésil ? Non parce que moi, je dis ça, mais bon, c’est juste au hasard.

Accessoirement, régulièrement, Carlisle Cullen examine Bella, grâce à son cabinet médical à l’intérieur de sa résidence. Cabinet qui donc, est évidemment ouvert sur une immense baie vitrée donnant sur les bois, permettant à tout le monde d’en profiter. Puisque je le rappelle : la maison est supposée être encerclée par des loups-garous qui, du coup, doivent se taper des vues formidables sur Bella montrant où en est son ouverture de col à M. Cullen ; il y en a un ou deux qui ont dû aller se laver les yeux dans la rivière après coup, m’est avis ; c’est ce qu’on appelle "se rincer l’oeil".

D’ailleurs, en parlant de bébé, la situation continue d’empirer : le petit galopin grandit au point qu’il en brise deux côtés à Bella (qui pourtant, continue de se balader comme si de rien n’était. : j’espère qu’elle sera dans les Expandables 2), et l’affaiblit encore et toujours. D’après Carlisle, le bébé est si fort qu’il esquive les ultrasons des échographies et reste complètement furtif (cette petite est enceinte d’un sous-marin russe si vous voulez mon avis). Mais alors que tout le monde est résigné à voir Bella mourir, Edward compris, qui explique qu’il est prêt à mourir de la main de Jacob si cela arrive pour ne pas avoir à vivre cette souffrance, voilà que Carlisle a une idée incroyable :

"Et si on essayait de filer du sang pour que le bébé s’en nourrisse ?"

Ah oui, excellente idée les mecs. 45 mn pour la trouver : heureusement que vous êtes des vampires les gars ; vous pensiez que ça mangeait quoi un bébé vampire ? Des artichauts ? De la mimolette ?

Bref : on amène du sang à boire à Bella, dans un petite gobelet avec paille, pour que ça aille directement nourrir le rejeton ; et en deux minutes chrono, pif-pouf, la bougresse se sent mieux : ah bin en fait, il suffisait de cela pour que tout aille mieux ! Cependant, et puisque le n’importe quoi n’est pas fini, maintenant que l’on sait comment calmer le bébé, tout le monde trouve désormais le fait que la jeune fille soit enceinte tout à fait formidable, et chacun, au lieu de demander qu’on purge l’intérieur de Bella au lance-flammes, réfléchit plutôt au bébé, son nom, son avenir, etc. Bella explique, en se reposant, qu’elle va mieux mais a cependant un peu froid : Jacob se propose donc de se coller contre elle, ce qu’Edward accepte parfaitement, sans même être jaloux, parce que c’est tellement normal, son pire ennemi se frottant contre sa copine au motif de la réchauffer.

Sinon, mec, il y a un truc qu’on appelle la couverture ; c’est assez moderne, ça tient chaud, et ça ne se transforme pas forcément en loup-garou pour partir bouder toutes les 5 mn. Mais tout le monde ne connait pas, j’en conviens, c’est un peu trop récent.

D’ailleurs en parlant de loups : que font les loups-garous qui encerclent la maison depuis maintenant trois plombes ? Et bien rien, pour être exact. Ne voulant pas attaquer un ennemi en surnombre, ils se contentent d’observer, invisibles ; l’idée de tirer un bon coup de fusil dans les baies vitrées pour en finir avec Bella et le gosse ne leur vient pas à l’esprit (c’est bête) ; sinon, pour isoler la bougresse, il suffit aussi d’appeler son papa, dont vous avez le numéro, en expliquant que sa fille est enceinte et au pays, retenue par ces enfoirés de Cullen, qui l’ont battue au point qu’elle en a deux côtes pétées : il va sûrement débarquer en vitesse et, soit fiche la zone en créant une énorme diversion suffisante pour agir, soit la sortir de là et donc empêcher les vampires de pouvoir la protéger correctement.

Mais ce ne sont que des idées ; c’est bien de ne rien faire, aussi, hein. C’est un bon plan.

Finalement, ce sont les vampires qui se décident à passer à l’action : le sang commence à manquer dans la maison, et de fait, Bella recommence à voir son état se dégrader à toute allure ; Carlisle et deux autres vampires décident donc de tenter une percée vers la ville pour aller se ravitailler en poches de sang ; ce faisant, ils courent donc aussi vite que possible, se tatanent avec deux loups qui tentent de les intercepter, et risquant presque de perdre l’un des leurs, parviennent à passer les lignes ennemies.

Voilà qui résume l'action des loups-garous durant tout le film : du rien

Ok, donc les deux camps sont aussi bêtes l’un que l’autre, mais ça, on le savait :

  • Dans tous les films, Edward s’amuse à se promener en forêt en sautant d’arbre en arbre grâce à ses pouvoirs de mort-vivant ; les loups ne grimpant pas aux arbres, pourquoi ne faites vous pas pareil pour passer en paix ?
  • Sinon, vous appeliez un humain de vos connaissances que les loups n’auraient pas osé toucher, et plutôt de votre côté (genre le père de Jacob, au hasard), et vous lui demandiez de vous emmener en voiture au motif que ça pouvait sauver une vie.

Deux plans trop élaborés pour nos quiches mortes-vivantes qui tentent plutôt le "On va courir comme des gros nases et espérer que ça passe". Et ça fonctionne, en plus, c’est peut-être ça le plus navrant.

Nos loups-garous sont un peu dégoûtés d’avoir échoué à arrêter trois macchabées fonçant droit sur eux, et on les comprend ; ils se disent donc "Bon sang ! Que va t-on faire maintenant ? Trois vampires ont quitté la maison, parmi les plus forts, ce qui veut dire qu’il ne reste là-dedans qu’une poignée de loulous en infériorité numérique qu’on peut bourrer facilement… faisons… faisons… allez continuons de ne rien faire". D’accord, bon, moi je laisse tomber.

D’ailleurs, c’est justement le moment que choisit Bella pour commencer à se sentir fort mal, puisqu’elle voudrait bien accoucher mais le marmot étant déjà fort costaud, il ne parvient pas à sortir par la la voie habituelle (moi je pense surtout que c’est parce qu’il a hérité des neurones de ses parents, et que du coup, il ne trouve pas la sortie) ; Edward et Jacob, complètement paniqués, décident donc de pratiquer une césarienne à vif à la barbare en l’absence de médecin, et réussissent sans que Edward, à nouveau, ne devienne fou en voyant les litres de sang que perd sa douce et tendre ; elle commence donc à méchamment mourir, mais tout n’est pas perdu : une vampirisation d’urgence est possible ! Edward sort donc une seringue contenant son "venin"  (on a fait comme les cobras pour l’extraire ? On l’a fait couiner sur le bord d’un verre canines dehors ?) pour l’injecter à sa femme plus très vivante, et la mord aussi un peu partout pour mettre une deuxième dose. Le bébé, lui, qui s’avère être une fille, est emmené couvert de sang dans une salle à côté par une vampirette Cullen qui, là non plus, ne réagit pas à tant d’hémoglobine (dire que les mêmes devenaient fous pour une coupure au doigt dans les films précédents, c’est beau les retournements de concepts). Ho, j’en profite : cette petite fille s’appelle… Renesmée. Non, je n’invente pas. Renesmée. Bella un peu avant l’accouchement avait proposé ce prénom si c’était une fille, expliquant que c’était un jeu entre les prénoms des mamans respectives d’elle et Edward, Renée et Esmée.

Je vois le genre, une vraie maman moderne : "Je vais donner un prénom orthographié n’importe comment et ne ressemblant à rien à mon enfant pour que ce soit original ! Et si je trouve pas, ce sera Léa ou Téa". C’est beau.

Cependant, pour en revenir à Bella, il semblerait que la damoiselle n’ait point survécu à ses blessures, et qu’il soit trop tard pour le venin de vampire… elle meurt donc sur la table d’accouchement du cabinet de M. Cullen.  Jacob en est tout bouleversé, et s’en va dehors pleurer la perte de son amoureuse secrète (mais pas trop quand même, ça se voyait un peu).  Les loups qui observaient la scène en jouant au Trivial Pursuit (bin oui, sinon, pourquoi n’auraient-ils pas déjà attaqué ?) comprennent dès lors la situation : Bella a accouché, mais est morte ; c’est le moment parfait pour attaquer la maison !

Que… pourquoi ? Bon. On va dire que mieux vaut tard que jamais, hein. Allez, hop : tous foncent vers la demeure Cullen afin d’y croquer du vampire, fut-ce du vampire bébé.

Quelques instants avant cette funeste charge, sachez que Jacob est retourné dans la maison car il pense savoir comment passer sa colère : il voulait tuer Edward, mais non ; mieux vaut le laisser pleurer éternellement son amour perdu. Par contre, le bébé, lui, est bien responsable de la mort de Bella : il va le tuer, ce vilain monstre. Sauf qu’à peine a t-il mis un pied dans la pièce où une vampire s’occupe de l’enfant, le nouveau-né déjà bien éveillé le regarde et…

Jacob en tombe amoureux.

Encore une fois, oui, c’est dans le film : il s’en "imprègne", comme il dit, et tombe donc amoureux d’un nouveau-né, faisant de lui une sorte d’über-pédophile, un Marc Dutroux-Garou, enfin bref, un truc peu reluisant. Surtout que vu le prénom de la gamine, ça donne pas vraiment envie de l’aimer, mais bon. En tout cas, si je comprends bien, il va falloir qu’il appelle Edward et Bella beau-papa et belle-maman. Tout cela me parait bien mystérieux.

"Désolé Mademoiselle, j'aime mes femmes comme j'aime mes oeufs : fraîchement cueillis au cul de la poule"

En attendant, dehors, les loups eux ont commencé à attaquer ; mais pas de bol, il se trouve comme ils ont trop traîné (étonnant !), Carlisle et ses deux comparses vampires reviennent d’en ville au même moment, et les vampires sont à nouveau en surnombre pour défendre la demeure sylvestre qui est leur refuge ; les loups s’écrasent donc sur les défenses des buveurs de sang, mais soudain, ils aperçoivent Jacob sortant de la maison, et découvrent grâce à leur sixième sens que celui-ci est "impregné" par le nouveau-né ; or, les loups-garous n’ont pas le droit de s’en prendre aux leurs, ou à ceux protégés par un loup impregné ; ils abandonnent donc tout, comme ça, hop, pif-pouf. Hmm hmm. C’est donc un rebondissement, je le note. Et sinon, quand Jacob protégeait Bella, comme il le faisait depuis le début du film, non ? Ça vous dérangeait pas d’essayer d’attaquer là, c’est fou ! Mais la personne qui a écrit ça, elle vit encore ? Sa propre incohérence ne l’a pas fait disparaître de notre réalité ?

D’ailleurs, coup de bol encore : dans le film précédent, les loups affrontaient des vampires super balaises gorgés de sang humain, et les tuaient en deux coups de cuiller à pot ; là, ils ont beau s’acharner à douze sur des vampires suceurs de lapins qui crèvent la dalle après un long siège, ils ne déchirent même pas un seul de leurs vêtements ; encore une fois, j’insiste : c’est pas banal. Ou alors, écrit avec les pieds, allez savoir.

Les métamorphes repartis, tout le monde s’en va vers la salle d’accouchement où Bella est dans un sale état ; ils s’apprêtent à pleurer sa mort et préparent leur deuil jusqu’à ce que soudain, ho ! Ses cheveux reprennent couleur et volume (les pouvoirs vampiriques comprennent le shampoing magique), sa peau devient pâle et parfaite (fond de teint enchanté), ses côtes et organes se réparent (chirurgie féerique), et ça lui rajoute même du rouge à lèvre et des faux cils (c’est vraiment fabuleux quand même)  et nous avons donc un gros plan sur ses paupières closes…

Qui s’ouvrent soudain sur deux yeux rouges vampiriques !

Et…

FIN

__________________________________________________

A la fin du film, il faut noter que moi aussi mes paupières étaient plus ou moins closes.

Et en dessous, l’oeil était aussi méchamment rouge.

Comme quoi, c’est vraiment un film qui sait toucher son public.

L’été approche !

Sous la chaleur étouffante de l’astre céleste venu caresser de ses rayons la fragile surface de notre planète, les enfants commencent d’ores et déjà à se lancer dans des batailles d’eau durant lesquelles ils s’inventent les scenarios de mille et une escarmouches ; dans les rues, les strates de tissu superfétatoires recouvrant les corps des gentes damoiselles se sont bien amoindries, et révèlent de-ci de-là quelques merveilles, alors qu’à l’inverse, les mâles ont principalement raccourci leurs manches et ressorti leurs marcels, laissant poindre de fabuleuses touffes de poils hirsutes sous leurs aisselles suintantes alors qu’ils tentent d’aborder les femelles précédemment évoquées d’un "Madmoaselle, bien ou bien ?".

Mais le vrai signe de l’été qui approche, bien plus que le thermomètre qui monte, que l’odeur lourde des barbecues ou celle de papy qui sèche, c’est bien évidemment la prolifération des tests à la con dans les magazines visant à occuper Germaine pendant qu’elle fait bronzer ses fesses sur une plage du cap d’Agde.

Les magazines féminins sont une sorte de terre d’asile pour ces hordes d’interrogations supposées révéler mille et une vérités secrètes sur la nature profonde de leurs lectrices. Aujourd’hui, plutôt que de vous faire un test produit par mes soins, je me permets d’en commenter un formidable trouvé sur auféminin.com, sobrement intitulé "Facebook, Twitter, SMS… testez votre degré d’addiction". Notez que dans mon immense bonté, je vous en propose un qui aille tant aux amies des chromosomes X qu’à ceux qui préfèrent posséder un chromosome Y. Mais allons-y, ne trainons pas, je sens que vous brûlez d’impatience de savoir si vous êtes une sorte d’über-geek ou plutôt l’un des derniers humains à considérer que le Minitel, c’est bien trop moderne pour vous.

"Vous avez UNE nouvelle notification Facebook"

Bref, en route, et déjà, commençons par une petite introduction :

Entre nos copines Miss Cliquetrop et Miss Cliquepas, on a un peu de mal à s’en sortir. Il y a celle qui n’arrête pas d’envahir notre Wall de commentaires – et pas toujours des plus intéressants – et celle qui ne répond jamais à nos mails – pourtant super urgents ! Eh oui, à chacune son comportement vis-à-vis de ces nouveaux modes de communication : Facebook, Twitter, SMS, mails, MSN… 

Bien que le journal n’évoque pas Miss Cliquetruie, celle qui écrit tout simplement comme une sorte de porc ruisselant de gras et de boue dès qu’elle passe près d’un clavier, convenons-en : il existe des gens qui inondent notre "Wall" (je vous rappelle qu’on est dans un magazine féminin : dès que l’on peut remplacer un mot français par un anglais, on le fait. Je soupçonne d’ailleurs chaque magazine d’utiliser la livre sterling comme monnaie et de participer aux élections à la chambre des communes, mais passons) d’étrons électroniques, du genre "Si toi aussi tu es contre le cancer, copie -le sur ton mur… 98% des gens ne le feront pas. Et mes vrais amis ?" . Et bien, tes vrais amis, ils te retrouveront, ils te casseront la gueule à coups de clé à molette et ils balanceront ton corps meurtri dans une décharge à proximité de Niort. Et ce sera pour ton bien.

Enfin bref, oui, tout le monde n’utilise pas internet de la même manière. Et heureusement.

Et vous, comment les gérez-vous ? Etes-vous proche de l’attaque d’apoplexie quand on vous annonce que votre connexion Internet est momentanément interrompue, consultez-vous vos 8 boîtes de réception et autres messageries toutes les 5 min ? Ou au contraire, prenez-vous un malin plaisir à ne pas répondre dans la seconde aux SMS qu’on vous envoie ? Pour connaître votre degré d’addiction à tous ces outils numériques, passez le test ! 

Jean-Charles Nayebi, docteur en psychologie, psychothérapeute et expert en psychopathologie de la modernité *, vous livre en prime quelques conseils pour décrocher. 
A vos clics, prêtes, partez ! 

*Il est également l’auteur de "Cyberdépendance en 60 questions", paru aux éditions  Retz.

Ah, un professionnel à notre service ! Merci Jean-Charles. J’en profite pour préciser qu’un ouvrage qui ne comprend que 60 questions et qui se vend environ 17€ (je vous laisse chercher vous-même), ça nous fait quasiment du 30 centimes la question. Le prix d’un SMS, quoi. Je ne sais pas pourquoi, je sens qu’il y a baleine sous gravier, mais passons et faisons comme on nous le demande (car nous sommes disciplinés, tout de même) : lançons le test.

Mon premier réflexe le matin ? Regarder si j’ai reçu des SMS ! On ne sait jamais… Il s’en passe des trucs pendant la nuit !

• Oui
• Non

Bon, je vais directement entrer dans le vif du sujet : toutes les questions n’auront que deux réponses possibles : "oui" ou "non". Pas de variante possible (faut pas perdre les lectrices avec des choses complexes : elle sont forcément trop bêtes pour comprendre le concept de nuance) : du coup, ça doit pas être trop compliqué comme test à analyser : plus vous avez de "oui", plus vous êtes accro, et point barre. Eeeet bé. Je ne sais pas, mais j’ai comme l’impression que l’on prend les lectrices de magazines féminins pour des connes. J’approuve.

Mais notons plutôt l’intérêt de la question : est-ce que le matin, le premier truc que vous faites, c’est vérifier ce que l’on vous a envoyé durant la nuit comme SMS ? Non parce que techniquement, ça a peu d’intérêt : si quelqu’un vous a envoyé "Je sui en tr1 2 me fèr tabaC LOL" à 2h du matin en sachant que vous pionciez, il y a peu de chances que son SMS ait encore de l’intérêt à 7h00. Il n’existe que trois types de SMS nocturnes :

- le SMS urgent, qui est caduc au petit matin, et qui donc est bon pour la poubelle

- le SMS de la personne bourrée qui vous envoie une connerie/vous déclare son amour/balance un truc qu’elle regrettera le lendemain

- le SMS envoyé par un pote vampire avec, au hasard, une choucroute sur la tête et un duplo en guise de nez. Mais si vous lisez son SMS par un beau matin ensoleillé "Ramène toi j’veu tro te voar", c’est un peu râpé.

Bref, le SMS nocturne, le plus souvent, c’est soit que vos amis sont dans la merde, soit dans l’alcool, mais dans les deux cas, jusqu’au cou. Evidemment, trop consommer du second pouvant provoquer une arrivée impromptue du premier à bien des sens du terme, il y a moult mélanges possibles. Mais tout de même.

Edward a les sms gratuits de 21h à 8h, ce qui est bien quand on est un vampire

Lors d’une conversation téléphonique avec une amie, il m’arrive de dire "LOL" quand elle me raconte quelque chose de drôle.

• Oui
• Non

Soyons clairs : toute personne qui prononce LOL mérite un passage à tabac immédiat. Si vous racontez quelque chose à quelqu’un et qu’il répond LOL, en dehors du fait que l’on franchisse les limites du consternant, c’est aussi réaliser quelque chose de simple : LOL signifiant grosso-modo rigoler bien fort (je sais, laughing out loud, tout ça, ça suffit les pinailleurs), ça revient à dire à votre interlocuteur "J’en ris super fort", mais sans rire. Donc dire "Je suis en train de me foutre de ta gueule". Si quelque chose est drôle, ça fait rire. Dire "Je ris" sans le faire, c’est juste signifier votre mépris à autrui concernant la qualité de son calembour.

Donc autant de raisons de copieusement casser la gueule de l’auteur du LOL incriminé, transformant ainsi son propos en "Lying out Lifeless"

Quand je rencontre quelqu’un en soirée, je finis toujours par lui demander si elle est sur Facebook et si j’ai mon smartphone avec moi, je l’ajoute illico à ma liste de Friends !

• Oui
• Non

Je vous parlais des anglicismes pour un oui ou pour un non : "Friends", donc, puisque comme chacun sait, les réseaux sociaux, ça n’existe pas en version française. "Amis", c’est trop out. C’est Nineties quoi, allo ! Et puis bon, hein, si la personne n’est pas sur Facebook, mais la has-been quoi, comment je lui parle trop pas ! Attends, si ça se trouve, il a même pas de Twitter ! Nan mais comment on peut fréquenter un australopo… un anstralopi.. un austri… un homme préhistorique !

Par contre, le questionnaire ne dis pas ce que fais une jeune fille qui rencontre Emile Louis en soirée. Lui demande t-elle quand même son Facebook ? L’ajoute t-elle parmi ses Friends ? Informe t-elle tout Twitter à coups de "J’ai un nouveau super pote #soirée #amis #gromoche #autobus" ? Visiblement oui : le questionnaire ne précise pas s’il s’agit de quelqu’un qui vous plait ou non : qui que vous rencontriez en soirée, il faut TOUJOURS l’ajouter sur Facebook.

Oui, c’est vrai, dès qu’on me parle de quelqu’un que je ne connais pas, j’ai le réflexe de le googler ou de le facebooker pour voir de qui il s’agit !

• Oui
• Non

Excellent réflexe. En soirée donc, prenons un exemple au hasard.

"Putain, vous vous rendez-compte ? Vivre en URSS sous Staline ? Ca devait être rude.
- Sta..heu… Staline ? Ha, oui, hem, heuuuu, oui, trop dur, ouais. Staline avec un E hein ? Nan je le connais, hein, mais c’est passque… que… quoi ? Staline il est même pas sur Facebook ? Et mais vous vous foutez de ma gueule les gens ? C’est qui ce nobody, là qu’a même pas un wall FB ! Vous l’avez inventé pour vous foutre de moi, hein, LOL ! En plus je viens de regarder URSS c’est même pas sous google map, ça existe pas ! Hé mais pffff comment vous avez failli m’avoir !"
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Je sais : je suis au moins aussi subtil que le test.

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J’ai crée mon blog et je m’efforce de poster un petit quelque chose au moins une fois tous les deux jours. C’est mon journal intime… Mais ouvert à tous !
• Oui
• Non

Encore une fois, notez que ce test a été préparé par un expert ès Le Internet, qui connait bien le principe : oui, quand on a un blog, c’est obligatoirement pour en faire un journal intime ouvert à tous (Oui, je sais. Mais visiblement, le sens du mot "intime" est particulièrement complexe). Moi au départ, sur ce blog, je voulais parler d’analyses boursières, et puis pouf : dès que j’ai voulu poser mes doigts sur le clavier, une force paranormale s’est emparée de moi et a commencé à raconter ma vie dans tous ses détails dans le plus pur style d’une collégienne de 12 ans. Paaaassque bon, je voulais troooop partager avec le monde que je trouve Kévin trop cute, que je voudrais bien en faire mon boyfriend, mais que j’hésite avec Brandon, le garçon de 5eB qui a des poils.

Encore une fois : les lectrices de Auféminin semblent donc condamnées à ne pouvoir ouvrir que des simili-skyblogs persos dans lesquels elles racontent leur vie sans intérêt (car oui, notez-le : plus une vie a d’intérêt, moins il y a de chances qu’on la retrouve sous forme d’un journal intime révélé au monde. Barack Obama, par exemple, ne raconte pas "ses petites anecdotes du quotidien avec humour, lolilol" dans son blog "La bulle de Barack" , alors que ma voisine dont les deux plus beaux jours de sa vie ont été quand elle a acheté un yorkshire et quand David Guetta l’a regardée une fois en boîte, elle, en a un, où elle raconte avec "Umoor et frécheure" ses problèmes de fistules). C’est rude.

Voilà pourquoi un journal devrait rester intime

Malgré tout ce qu’on a pu me raconter, j’ai bien envie d’essayer le nouveau site "chatroulette" qui nous connecte automatiquement et en direct pour chatter en vidéo avec des inconnus.
• Oui
• Non

 
Avec des inconnus, c’est si vous avez de la chance, mesdemoiselles. Il y a plus de probabilité de vous retrouver face à une kikoute que face à un inconnu. Bien que la kikoute ne soit pas forcément connue de vous, j’en conviens, mais elle ne demande qu’à l’être. C’est très affectueux ces choses là.
 

J’ai au moins 2 personnes dans mon PA (Paysage Amical) qui me sont très proches mais que je n’ai jamais vues en vrai. On chatte régulièrement et je leur confie des choses que je n’ai jamais dites à personne.

• Oui
• Non

Le Paysage Amical. Oui oui oui. Hoooo, entendez-vous le doux son d’un pipeau venir caresser nos oreilles ? On dirait une réunion avec des gens du marketing (mes ennemis jurés) : s’ils ne casent pas des anglicismes et des acronymes partout, ils commencent à devenir tout pâles, vomissent au bout de plus de 6 minutes à ce régime, et meurent au bout de 15 s’ils n’ont pas réussi à caser un mot se terminant par -ing entre-temps. Les empêcher de vous tutoyer peut accélérer leur agonie. Ça ou les décapiter avec une lame forgée à l’Académie Française (sinon ils ne meurent pas et reviennent faire du haunting et du poltergeisting la nuit).

En tout cas attention avec qui vous chattez les enfants, hein. On est jamais trop sûrs.

Vous pourriez par exemple tomber sur moi. Petit rappel.

C3linette : Je sais ka toi, je peux tou te dire au moin, tu m’écoute, pa kom les autre au lycée.
Odin_Connor : Dis-moi.
C3linette : Dan ma klass ils se moke parce que je suis allergik o biscuits salés.
Odin_Connor : ils sont vraiment cruels. C’est une allergie grave ?
C3linette : Non, mais kan j’en pran, mes seins triple de volume et aprè je m’évanouis.
C3linette : Toi au moin tu te moke pa, tu voi.
C3linette : Tu é enkor là ?
C3linette : Ouhou ?
Odin_Connor : Pardon, j’étais sur le site de Belin. Tu disais ?

Cela avait commencé avec Ashton Kutcher et Demi Moore et depuis, je suis l’actu et la vie perso des people en temps réel grâce aux messages qu’ils twittent.
• Oui
• Non

Bon, je vais être bref : si ton objectif consiste à suivre la vie perso de gens que tu ne connais pas, tu es juste bonne à passer tes journées à lire les magazines des salons de coiffure. Twitter a enfin brisé un tabou : avant, pour cancaner sur les stars, il fallait dire "Je l’ai lu dans Gala ; je l’achète pas, hein *grosse goutte de sueur* je… je l’ai lu chez… chez le coiffeur !" ; avec Twitter, enfin, vous pouvez essayer d’en savoir plus sur qui couche avec qui sans passer par le marchand de journaux en rougissant.

C’est beau, le progrès.

A un anniversaire, au bureau, en boîte, dès que je suis prise en photo, je prends la pose en gardant à l’esprit que je risque d’être tagguée sur Facebook.
• Oui
• Non

C’est donc ça toutes ces photos de tes fesses, petite filoute ; tu as une manière bien à toi de prendre la pose. Allez, file, va. N’oublions pas la grande tradition Facebook en matière de photos, d’ailleurs :

- les photos de profil, de préférence, c’est une prise à bout de bras en contre-plongée, de préférence la bouche en cul de poule (c’est censé être glamour ?)

- les albums photos ont forcément des noms qui dégoulinent de bons sentiments

- une fille qui veut prendre en photo un monument ne peut pas prendre en photo le monument. Elle doit se prendre en photo ELLE devant le monument. Donc selon le format de la fille, on voit plus ou moins le Parthénon en arrière-plan. "Mais si, là regarde, derrière sa fesse, on voit une colonne !"

J’ai un peu honte mais je me sens plus à l’aise derrière mon pseudo pour faire des commentaires désobligeants sur des forums ou des blogs …
• Oui
• Non

Ah ouais, nan mais je suis bien d’accord : c’est scandaleux ces gens qui prennent des pseudonymes et ouvrent des blogs pour balancer des saloperies sur Nicolas Cage. Moi je ne supporte pas les gens comme ça. Je crois que la seule chose que je déteste plus, ce sont les hypocrites.

Je me surprends parfois à parler avec des phrases qui ne dépassent pas 140 caractères !
• Oui
• Non

Comment c’est trop un signe ! Faire des phrases courtes, c’est vrai que c’est suspect. Par exemple "Ta gueule" ou "Roger, passe-moi le beurre" sont des phrases typiques d’accros au net. Définitivement, mon arrière-grand mère était une foutue geek en avance sur son temps. Je suis sûr qu’elle twittait depuis son sonotone, la coquine.

Autre solution : quand on en est à compter les caractères des phrases que l’on prononce, c’est qu’on a un gros soucis d’autisme.

"Vas y papy, ce soir on les défonce sur Counter-Strike"

J’avoue : je me suis déjà fait passer pour quelqu’un d’autre sur Facebook pour tester la fidélité de mon copain ou pour me rapprocher d’une personne inconnue !
• Oui
• Non

C’est vrai que cette fois-ci à nouveau, c’est une question intéressante. Personnellement, je pense que ça apporte plus de réponses à la question "suis-je paranoïaque au point d’utiliser des techniques perverses ?" que "suis-je accro au net", mais passons. Là encore, méfiez-vous tout de même.

Geisha51 dit : Mon petit Odin, on se retrouve alors bientôt pour une nuit torride…
Odin_Connor dit : Fort bien. Rendez-vous ce soir derrière le Shoppy. Je ferai trois appels de phares.
Geisha51 dit : A ce soir mon amour.
Geisha51 s’est déconnectée
Femme_Furieuse est connectée
Femme_Furieuse dit : Dis-donc petit saligaud !
Odin_Connor dit : ?
Femme_Furieuse dit : Tu crois que je t’ai pas vu ? 
Odin_Connor dit :
Femme_Furieuse dit : Geisha51 ! C’était moi ! TU ALLAIS ME TROMPER ! Salaud ! Enfoiré ! Connard !
Odin_Connor dit : Oui, et ?
Femme_Furieuse dit : Crevure ! Pourriture ! Chien ! Marc-Olivier Fogiel ! Rascal ! 
Odin_Connor dit : Parce que toi tu n’allais pas le faire ?
Femme_Furieuse dit : Non ! Moi je suis fidèle ! Je n’aime que toi !
Odin_Connor dit : Ah oui ? Et Mamadou_10inch ?
Femme_Furieuse dit : … comment sais-tu ? Tu m’espionnes ?
Odin_Connor dit : C’était moi.
Femme_Furieuse dit : Quelle technique dégueulasse ! T’as vraiment aucune morale ! Tendre des pièges aux gens, espèce de
Odin_Connor dit : Bon, maintenant, tu arrêtes de chatter depuis le coffre de la bagnole et tu éteins ton téléphone, sinon à la prochaine aire, je m’arrête et je te pelle la face.
Femme_Furieuse dit : Pardon mon choubidou. 
 
Pour moi, le it-accessoire de 2010 c’est indéniablement mon beau smartphone. En plus, il va avec tout !
• Oui
• Non
 

Là encore, ça répond plus à la question "Suis-je une truie assez pétée de thune pour me payer chaque année un téléphone à 500€ juste parce que c’est l’accessoire à la mode ? Et suis-je assez bête pour être persuadée que je suis encore en 2010, mon cerveau ayant un temps de latence de quelques mois avec le reste du monde ?" plutôt que sur qui est accro à quoi. Ce test est donc définitivement interdit aux pauvres.

Pour respecter mes cycles de sommeil, je me fais désormais réveiller par l’appli Sleep Cycle. C’est tellement moins violent qu’une sonnerie stridente !
• Oui
• Non

Ou qu’être réveillée par les tonitruants pets matinaux de son compagnon. Et il n’y a pas d’application pour ça (à part celle qui envoie automatiquement un SMS "T’as pas intérêt à secouer les draps en hurlant "Haaaa, çui là il fouette !", prince charmant" à celui qui partage votre lit).

Je trouve normal que les bloggueuses de mode puissent assister aux premiers rangs des défilés. Elles sont les vraies lanceuses de tendances ! Bouge de là, Anna Wintour !
• Oui
• Non

Ah, les bloggueuses de mode ! Ces spécialistes des tendances qui partagent toutes une qualité centrale : s’habiller comme un sac pour un prix absolument pharaonique, parce que, tu vois, cette année, c’est la mode des rayures, alors je vais mettre des rayures, et les assortir à mes chaussures, et avec ça, je vais être su-blime, aucun garçon ne pourra me résister (sauf que si les garçons s’intéressaient à ce genre de choses, ils achèteraient des magazines de fringues, pas Playboy ou FHM).

A noter que si les bloggeuses sont les vraies lançeuses de tendances, elles n’ont pas besoin d’assister à des défilés qui, je le rappelle, sont simplement des publicités géantes pour couturiers où les vêtements sont gentiment déposés sur des mannequins anorexiques (c’est important : plus une fille ressemble à un porte-manteau, mieux c’est). Regarder une publicité et en déduire ce qu’il faut acheter, c’est simplement faire étalage du vide sidéral qu’il peut y avoir entre deux oreilles.

Un exemple de chroniqueuse de mode. Voilà voilà.

Pour être sûre de ne plus oublier de prendre ma contraception, je fais confiance à l’appli Ipilule. C’est révolutionnaire.
• Oui
• Non

"Mais quand il n’y a plus de batterie dans mon Iphone, je tombe enceinte comme une nouille. Heureusement, j’ai la fonction I-cintre, qui va me permettre de régler tout cela, hihihihihi".

Quand ma boîte a décidé de bloquer l’accès à Facebook à ses salariés, par "souci de plus grande productivité", j’ai failli appeler la Ligue des Droits de l’homme !
• Oui
• Non

"Par contre, quand ils ont viré Sulimane qui n’avait plus de papiers, je n’ai pas bougé mon cul". Dans tous les cas, formidable incohérence là-dedans : une vraie utilisatrice de Facebook ne peut pas s’indigner autrement que par ses statuts "Colle ceci sur ton mur si toi aussi tu penses que Facebook est un droit" ou "Adhère au groupe  "La vrai Liberté, c’et de pouvoir poké !" Si on est assez nombreux, ils devront céder ! Allez, 100 000 membres !".

Pour les résultats, comme je vous l’ai annoncé, c’est assez facile, mais dans ma grande bonté, je vous en fais la synthèse :

"Si vous avez un maximum de "oui" : vous êtes accro. C’est pas bien."

"Si vous avez un maximum de "non" : vous n’êtes pas accro. C’est bien."

"Et enfin, si vous avez un maximum de "Mais qu’est-ce que c’est que ces tests de merde parfaitement caricaturaux qui doivent supposément révéler quelque chose alors qu’ils se contentent d’enfoncer des portes ouvertes ?", vous avez un QI de plus de 60".

Hmmm, nan définitivement, j’aime les magazines qui prétendent oeuvrer pour la cause féminine tout en s’adressant à un public visiblement construit autour d’un archétype de lycéenne niaise sous LSD.

Et au final, voilà ce que ça donne.

Je vais racheter des balles.

"L’histoire d’amour qui a bouleversé le monde entier"

Voilà le propos tenu sur toutes les affiches annonçant la sortie imminente du film Twilight : Fascination, ce qui, vous en conviendrez, n’est en rien exagéré. Si vous me permettez de garder le même ton mesuré que celui de cette campagne de communication, laissez moi vous présenter Twilight.

Twilight : Fascination est le premier épisode de la saga Twilight, ou " Saga du Désir interdit" (j’en ai vu un rire au fond), qui raconte l’histoire d’amour pas du tout sirupeuse entre Isabella Swan, une humaine et Edward Cullen, un vampire, et toutes les difficultés que cela implique (qui suce qui, comment gonfler un corps caverneux quand on a pas de sang, etc).

Le film, pour la bagatelle de 37 millions de dollars, semble avoir été tourné intégralement avec un camescope VHS (de mauvaises couleurs, ça fait plus goth) et à 80% en gros plan, un peu comme dans les photomatons lors des campagnes "Prends toi en photo avec Shrek" : une tête en gros plan, un décor rajouté à la va vite en fond, et on en parle plus. Par ailleurs, le dialoguiste avait dû enregistrer ses propos un soir qu’il était peu inspiré sur son dictaphone, et n’a jamais retranscrit le tout par écrit, conséquence de quoi, les dialogues du film pourraient durer trois fois moins longtemps si l’on retirait tous les bruits parasites ; exemple :

"*respiration lourde* … *bruit de succion… heu… est-ce qu..
- heu… tu…*reniflement*
- Je… *respiration* … *regard lourd*
- *mouvement de sourcils*
- Ta règle, tu peux me… heu… la passer ?
- *déglutition*… oui… tiens…"
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Avec ça, le monde entier avait effectivement de quoi être bouleversé. Mais passons outre ces quelques détails, et spoilons, mes bons !

Le boîtier DVD, noir comme une chanson de Tokio Hotel

Tout commence dans une forêt profonde et mystérieuse (elle est humide, c’est suffisant pour qu’une forêt devienne instantanément mystérieuse) où Germaine la biche est en train de boire un coup. Pendant ce temps, en voix off, la voix d’une jeune fille qu’on soupçonne très fort d’être l’héroïne nous explique qu’elle ne s’était jamais trop demandée comment elle allait mourir, mais qu’en fait, si c’était pour protéger quelqu’un qu’elle aimait, alors ce serait pas si mal. Germaine la biche, qui fait bien semblant de ne pas entendre ce propos navrant de cucutude (coucou Ségolène), perçoit cependant un craquement dans les fourrés : celui d’un type qui lui fonce droit dessus. Ni une ni deux, elle part en cavalcadant, mais las, tel Hercule courant promptement, l’homme la rattrape et lui tombe dessus.

Zoophile ? Chasseur ? Qui sait.

En tout cas, nous sommes instantanément téléportés en Arizona, où Isabella Swan, une jeune fille de 17 ans bien comme il faut, est en train de mettre en pot un petit cactus, souvenir de cet Etat américain qu’elle s’apprête à quitter pour aller vivre à Forks dans l’état de Washington où habite son père, le temps que sa mère et son beau-père fassent un petit voyage. Le cactus est en effet un excellent compagnon pour les solitaires en goguette, vous l’ignoriez peut-être, mais c’est pourtant bien le cas.

A Forks, on découvre Charlie Swan, le shériff et père d’Isabella, qui n’est pas très causant et aime porter une moustache et des chemises à carreaux quand ce n’est pas son uniforme. La ville est pluvieuse, grise et triste. Heureusement, Isabella retrouve en arrivant un ami d’enfance prénommé Jacob, qui est quand même un peu indien. Celui-ci ainsi que son papa paraplégique aiment venir chez Charlie Swan pour regarder le foot en buvant des bières. Aujourd’hui, ils sont venus souhaiter la bienvenue à Isabella, et lui livrer un cadeau pour l’occasion, une vieille camionnette pick-up branlante pour aller toute seule à l’école. Non, ils n’avaient pas plus petit, ou alors ils veulent lui signifier qu’elle a un gros cul, allez savoir. Jacob signale au passage qu’il va à l’école de la réserve indienne locale, et ne pourra pas donc tenir compagnie à Isabella. C’est ballot. Mais bon, on ne va pas mélanger indien et visages-pâles, sinon ils risquent de finir dans les mêmes draps, et comme on leur refile des couvertures pleines de maladies, ce serait se tirer une balle dans le pied.

En tout cas, le premier jour d’école est trop super pour Isabella, qui se fait appeler "Bella" sur place (ce qui est tout aussi modeste que la campagne publicitaire du film, rappelons le), et est accueillie par plein de gens trop cools (les mecs de l’équipe de foot, les poufs, le rédac’ chef du journal du lycée, etc). Cependant, elle repère vite une brande de trublions dans l’école : les Cullen. Ces derniers sont mystérieusement tout blancs, n’apparaissent jamais les jours de grand soleil, restent entre eux et ne mangent jamais rien quand ils viennent à la cafet’. Mais malgré tout, aucun lycéen ne fait de commentaire déplacé (c’est pas le genre des lycéens de traiter de vampire le premier mec  ou nana un peu pâle, non non). Parmi eux, il y a un seul célibataire (c’est bien fait quand même), un certain Edward Cullen.

Edward – prononcez Edoueurde – il est beau. Il a l’équivalent de la moitié de la production de choucroute de l’Oktoberfest de Munich sur la tête, les sourcils d’Emmnuel Chain (mais en plus épais, si si) et il est blanc comme un réfrigérateur, mais il est beau quand même. En tout cas, d’après les filles du lycée, aucune donzelle n’a jamais pu mettre le grappin dessus. Mais en tout cas, Isabella reste accrochée à son regard (car on voit un peu ses yeux sous ses sourcils quand on est assis à la cantoche et lui debout). Quel romantisme.

Edward, publicité ambulante pour Jean-Louis David

Et ça tombe bien, puisqu’en cours de biologie, à côté de qui Isabella se retrouve t-elle ? Mais Edward bien sûr, halala, c’est quand même bien fait, tiens. Mais bon, on le sent nerveux le pépère, et peu causant. Puisqu’ils sont tous les deux un peu autistes (Isabella met à peu près une minute à faire la moindre phrase, et encore, si elle ne s’arrête pas au milieu, cf les dialogues types du film présentés plus haut), ça communique peu. Lorsque le cours touche à sa fin, on sent Edward tellement mal à l’aise qu’il veut changer d’option et ne plus faire biologie. Quel drame.

En tout cas, elle ne le reverra pas de la semaine, car il est mystérieusement absent. Hmmm… Et dans le même temps, ailleurs, dans une usine probablement électrique au cœur de la forêt humide mystérieuse, un ouvrier se fait attaquer par trois malandrins qu’on ne peut identifier, mais qui sont rapides, forts, et qui se comportent comme des animaux. Hmmm hmmm… D’ailleurs, plus tard, à Forks, le shériff Swan est rappelé en renforts sur cette histoire d’ouvrier tué par "un animal". Triple Hmmmm…

En tout cas, Edward finit par réapparaitre au lycée et est devenu mystérieusement tout gentil. Ses yeux aussi ont changé de couleur, et avec Isabella, ils rigolent bien pendant les observations au microscope en biologie. Ils rigolent, ils rigolent mais… un évènement terrible va se produire.

Alors qu’elle est sur le parking du lycée appuyée contre son pick-up, Bella voit à l’autre bout du parking ce gros lourd d’Edward qui utilise ses sourcils géants pour communiquer (il peut le faire de très loin, on sent que sa pilosité faciale n’a rien d’humain). Mais à ce moment là, un autre étudiant arrive, perd le contrôle de sa camionnette qui arrive en glissant contre le véhicule de Bella, menaçant de l’écraser entre les deux…

… quand soudain Edward, qui était à 50 mètres de là, apparait à côté d’elle et arrête le véhicule qui fonçait droit sur elle d’une main. Bella est sauvée, et après un court séjour à l’hôpital pour s’assurer que tout va bien, explique à Edward que dis donc, il est super fort, c’est bizarre. Edward du coup devient très distant. C’est dur. Même durant les sorties scolaires, il a une attitude mystérieuse. Quel personnage…étrange, se dit Isabella.

D’ailleurs, à noter que malgré le parking du lycée bondé, Bella est la seule à avoir vu Edward agir. C’est pratique.

Quelques jours plus tard, à la cantoche, Isabella et Edward décident qu’ils peuvent cependant être amis, même si Edward prévient qu’ils doivent rester distants pour des raisons chut-c’est-secret. D’ailleurs, malgré tout, Edward refuse de venir à la plage de la réserve indienne alors qu’Isabella et ses potes y vont. Tant pis.

A la réserve, pendant que certains se trempent sous la pluie (il fait tout le temps moche à Forks), Isabella croise Jacob, son pote indien, qui vit justement dans le coin. Elle lui parle des Cullen, et voit bien que Jacob et ses potes indiens en savent un paquet sur la bande des visages pâles-pâles. Tout ce qu’elle arrive à tirer de lui, c’est une vieille légende comme quoi la famille Cullen, installée dans le coin depuis un bail, aurait été surprise par les indiens en train de faire un truc pas catholique au début du siècle dans la réserve, et que depuis, les Cullen n’ont plus le droit de venir dans le coin. En échange, les indiens ont promis de ne pas révéler "leur vraie nature". Isabella ne voit pas du tout ce que ça peut bien être. C’est vrai ça, quel est le terrible secret des Cullen ? Je me le demande bien.

Jacob, où la preuve que la réserve indienne recèle des millions de tonnes de dentifrice

Quelques jours plus tard, alors qu’elle est partie s’acheter en libraire "Les légendes indiennes pour les nuls", elle est agressée par des gars bourrés qui ont bien décidé de lui montrer une autre légende locale, celle du serpent géant. Heureusement, la voiture d’Edward surgit de nulle part en faisant moult dérapages, le bel éphèbe en descend, fait fuir les vilains en les fixant droit dans les yeux, et repart avec Bella à bord en faisant tout autant de dérapages (il ne sait pas conduire autrement). Il propose donc à Bella de manger un morceau pour se remettre d’aplomb, et durant la conversation (il la regarde manger, lui ne mange pas, hmmm, je n’en puis plus, quel suspens, quel est son secret ?), lui lâche qu’il sait lire dans les pensées, et que c’est comme ça qu’il a senti qu’Isabella était en danger et qu’il a pu arriver à temps et la sauver des gars bourrés. Ça ou le fait qu’elle était seule contre 6 gars en train de baisser leurs frocs en la tenant par les mains et que cette attitude pouvait sembler suspecte, allez savoir.

En rentrant chez elle, elle croise son père qui est sur une nouvelle enquête : un de ses amis a été tué par "le même animal" qui avait tué l’ouvrier dans son usine au milieu de la forêt magique. Papa Swan va donc enquêter encore plus fort, mais dans le doute, il file une bombe à poivre à sa fille pour se protéger. Bella est trop contente, avec ça, elle va pouvoir assaisonner ce qu’elle mange à la cantine du lycée.

Cette nuit là en tout cas, aidée de google, elle tape "Monsieur qui est tout blanc, tout froid, qui ne mange pas, qui est très fort, très rapide et très mystérieux", et après divers sites pornos, tombe sur "Vampire".

Ho !

Ni une ni deux, le lendemain, Bella va chercher Edward sur la parking de l’école et lui propose de partir se promener à pied dans la forêt mystérieuse juste à côté du lycée, ce qui est très pratique quand même. D’ailleurs, quand on veut taper la causette avec un vampire, il est recommandé de se mettre au beau milieu de la forêt, là où on mettra des mois à retrouver votre corps.  Bella a la logique d’une huitre, mais on ne lui en veut pas, puisque nous verrons plus loin que cela s’accorde parfaitement à la logique d’Edward.

En tout cas, au cœur des bois – où en plus son père lui a dit de ne surtout pas aller depuis cette histoire d’animal qui tue des gens – elle dit à Edward qu’elle connait son secret : il est un vampire. Il lui fait donc toute une scène genre "Hmmm tu as peur ?" et elle "Même pas, je t’aime". Et il lui dit donc que c’est vrai, qu’il est un vampire, qu’il voulait boire son sang (ce qui l’a rendu nerveux au premier cours de bio), mais qu’il l’aime, et elle aussi lui dit qu’elle l’aime. Pour bien montrer qu’il ne déconne pas, Edward lui montre alors son secret (non, pas celui-là, un autre) en allant trouver une percée dans les nuages où le soleil filtre, et là il ouvre sa chemise :

Les vampires brillent de mille feux au soleil, ha bin ça alors !

Un vampire sur la côte un jour de canicule

Ce qui n’explique pas par contre pourquoi les vampires n’ont pas de poil au torse, au vu de cette scène. Apparemment, les morts-vivants s’épilent le corps pour tout se recoller sur la tête, ce qui expliquerait à la fois les sourcils et la coupe de cheveux. Mais ça il ne le dit pas à Bella, elle n’est pas encore prête. Dès lors, nos deux loulous décident de sortir ensemble, et c’est beau, tout le lycée en bruisse de rumeurs.

A l’occasion d’un autre rendez-vous Edward lui conte son histoire, le fait que le clan Cullen est effectivement une troupe de vampires, mais qui ne se nourrissent que d’animaux et laissent les humains en paix, le fait qu’il a été vampirisé en 1918 alors qu’il crevait de la grippe espagnole, etc. Et il ajoute que lorsqu’il fait beau, lui et ses potes ne sortent pas, sinon on va voir qu’ils brillent comme du strass sous les spots du Macumba.Du coup, on peut supposer que les journées à Forks, c’est soit tout moche, soit tout beau (tiens, aussi manichéen que le film dis-donc), parce que sinon, des journées avec des éclaircies, ça doit les rendre fous. Surtout vu que le clan Cullen est assez con pour se cacher dans un lycée, un endroit bien public, ou au moindre mouvement de nuage devant le soleil, il y aurait au moins 50 élèves pour hurler "Ya machin qui vient de se transformer en luciole géante !". D’ailleurs, oui, ce sont des vampires, ils ont la vie éternelle et qu’est ce qu’ils en font ? Ils vont au lycée, font leurs devoirs et sortent avec des midinettes de 17 ans qu’ils draguent à l’occasion de sorties scolaires en bus. Redoubler sa terminale depuis 90 ans, bravo Edward. Et bravo les Cullen. La logique vampirique est donc aussi mystérieuse qu’une forêt humide.

Edward en profite aussi pour révéler que "l’animal" qui aurait tué deux personnes ces derniers temps serait en fait bel et bien un vampire, mais pas un Cullen, donc, vu que eux ce sont de gentils vampires qui aiment les gens. Ho, et il lui dit aussi qu’il ne dort jamais et que toutes les fois où elle pensait rêver de lui dans sa chambre, bin en fait, c’était bien lui qui venait la voir la nuit pour la regarder dormir Heureusement, elle a la gentillesse de ne pas le traiter de pervers.

En raccompagnant Bella chez elle, il croise Jacob et son père qui viennent rendre visite à la famille Swan, et on a le droit à une des multiples scènes d’ambiance de ce type du film :

- *regard*
-*soulevage de sourcils*
- *regard*
-*rabaissage de sourcils*
- *mouvement fluide de sourcils*
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Absolument formidable. A noter que selon le genre des scènes, le tout est ponctué soit de violons (scène sentimentale), soit de rock US d’jeun’z (le reste). Comme c’est profond.

Edward, lui, a décidé que justement, pour améliorer l’ambiance, il allait présenter Bella à sa famille de vampires. Ils vivent tous au milieu des bois, dans une superbe et luxueuse maison qui ne comporte aucun mur, étant intégralement composée d’immenses fenêtres et portes fenêtres, ce qui est très intelligent puisque comme ça, les jours de soleil, tous les habitants de la maison brillent de mille feux et sont visibles à des kilomètres à la ronde pour tous les promeneurs. Heureusement que lorsqu’il fait beau ils "restent à la maison pour se cacher". On a pas la même notion de cachette alors. En tout cas, tout se passe bien, à part une vampirette qui méprise ouvertement Bella, et tout le monde rigole bien, les vampires sont vraiment une famille américaine moyenne comme les autres en fait.

Tenez, à tel point que qu’est-ce qu’ils proposent comme sortie à Bella ? Une bonne partie de base-ball au cœur des bois (partie où ils utilisent leur force et leur vitesse à foison), bois où je le rappelle, on les a prévenu que des vampires tueurs d’humains rodaient. Mais tant qu’à faire, pourquoi ne pas s’installer au milieu d’une clairière en tenue de base-ball pour crier très fort et attirer tout ce qui est méchant à 50 kilomètres à la ronde ?

Figurez-vous que c’est incroyable, cela attire justement les méchants vampires tueurs d’humains ! Les trois vilains (qu’on avait donc brièvement vu tuer les deux pauvres habitants du comté) expliquent juste vouloir jouer au base-ball eux aussi (ce sport réunit décidément tout le monde autour des vraies valeurs de l’Amérique). Hélas, le plus vilain d’entre eux (un dénommé James) sent qu’il y a de l’humaine à manger, et finalement, on frôle l’affrontement : tous les vampires se mettent les uns en face des autres en position de bataille.

Ha, vous ne connaissez pas la position de bataille vampire ? Levez-vous. Voilà. Pliez légèrement les jambes comme pour vous accroupir, et arrêtez vous à mi-chemin. Ensuite, tendez au maximum les fesses en arrière, comme une vulgaire lycéenne en boîte. C’est bon ? Maintenant, tendez les bras de chaque côté de votre corps tout en écartant vos doigts tant que possible. Voilà, vous êtes dans une position ridicule genre "Je me prépare à chier dans les fourrés" qui permet à tous les enfants de la terre de vous coller une raclée tellement vous êtes mal placé : et bien c’est la pose de bataille vampirique. Elle donne l’air très con, elle ne sert à rien, mais c’est comme ça. Les traditions, que voulez-vous.

La position vampirique de bataille en trois étapes

Isabella est cependant évacuée par Edward pour mettre fin à cette tension, sauf que… sauf que James, le vilain traqueur, a décidé qu’il allait malgré tout se faire Bella ! Voilà, il l’a vue, il l’a voulue, maintenant, il ne peut plus changer de cible. Le cerveau vampirique est donc, en effet, assez limité, mais passons.

Le clan Cullen décide de faire une super diversion, en envoyant différents groupes dans tous les sens se frotter aux arbres dans la forêt en portant des vêtements de Bella qu’ils ont pu récupérer (en les portant sur eux, hein : à la main, ça ne marche pas). Tels de gros sangliers tentant de faire du pole dance sur des hêtres, les voilà donc à brouiller les pistes pour tenter de perturber le flair de James le vampire monomaniaque. Cependant, ce dernier finit par comprendre la vieille ruse (comment ? On ne sait pas), et retrouve par on ne sait quelle magie la piste de Bella, qui se cache en Arizona (c’est vrai que tant qu’à faire, autant se cacher dans l’un des deux seuls états où l’on a passé sa vie, c’est plus facile), dans la ville où elle vivait avant d’aller à Forks (dieu qu’elle est bête), dans un hôtel (ça valait le coup de venir là) avec deux gardes du corps Cullen.

Seulement voilà : James le vampire, il décide d’utiliser une superbe ruse, la technique du "Allô, c’est moi le méchant. Haha, inutile d’avertir les autorités. Si tu ne viens pas dans tel endroit désert me rencontrer, je tuerai tous ceux que tu aimes. A tout de suite, bisous". Cela marche à merveille (James a utilisé la technique en menaçant d’exécuter Maman Swan pour commencer) et dans un ancien studio de danse, James rencontre Bella, et tente de lui sucer son sang. Mais, ho, qui débarque ?

Edward bien sûr, qui, plus rapide que tous les autres vampires qui étaient déjà en ville et plus doué pour retrouver sa copine que ceux qui avaient même déjà l’adresse du studio grâce à une conversation tenue dans l’hôtel plus tôt entre Bella et ses gardes du corps, vient coller sa pâtée à James. Il est vite rejoint par toute sa famille de copains qui collent une raclée au méchant et le brûlent.  Et Bella dans tout ça ?

Bella est blessée, sa jambe a particulièrement pris cher, mais plutôt que de la transformer en vampire, le bon Edward la sauve, et la ramène dans un hôpital où sa famille la retrouve, avec pour seule explication sur toutes ses blessures un "J’ai glissé chef". Bon sang, quelle excuse génialement crédible !

Au final, Bella et Edward reviennent au lycée pour le bal de fin d’année (Isabella croise brièvement Jacob qui dit l’avoir à l’œil), dansent (malgré le fait que mademoiselle aie une jambe bien entamée), sont heureux, et Bella tente bien de se faire vampiriser pour passer l’éternité avec Edward, mais toutes ses techniques ("Ho mon dieu ! Je me suis mis du chocolat pleiiiiin la jugulaire, qui va venir mordre dedans ?") échouent, et elle reste une humaine qui sort avec un vampire choucrouté.

Mais loin de tout ça, qui les observe ? Victoria, la vampire qui sortait avec James (le 3e vampire tueur d’humain, lui, s’est barré de ce film navrant depuis longtemps)… ho ! La menace pèse donc encore ? Va t-il y avoir un deux ?

Générique !

Ah bin oui, je crois pouvoir le dire : je suis bouleversé. Merci Twilight.

Rappelez moi : c’est bien ça, la nouvelle histoire à succès en vogue, non ? Hein ? Je me trompe, rassurez moi ?

On a beaucoup parlé cinéma en ces lieux ces derniers temps. Mais on a parlé de films récents, et plus ou moins connus (si, même GI Joe). Mais vraiment, je m’en voudrais de ne pas vous parler d’un film culte à mes yeux :

Flyboys

Comment vous parler de Flyboys ? Chef d’oeuvre ? Pilier du 7e Art ? Orgasme cinématographique ?

Ha, je ne sais comment le formuler. Le mieux, c’est peut-être de vous le raconter. Gare aux spoilers, donc !

Flyboys, c’est "tiré de faits historiques", attention, ça rigole pas. En effet, durant la première guerre mondiale, avant l’entrée en guerre des Etats-Unis, une escadrille de volontaires américains avait été formée pour botter le cul de tout ce qui portait casque à pointe : l’escadrille Lafayette, portant uniforme français. Le film propose donc de suivre le destin de ces jeunes pilotes américains lors de l’année 1917, alors que nos amis teutons folâtrent gaiement dans les cieux du pays du bon pain. Pour des informations plus techniques, sachez que le film date de 2006, doit être vu en VO pour savourer les figurants supposément français, et dure 135 minutes, soit 135 de trop.

La Mafia de Québec est connue pour offrir ce DVD à ses futures victimes
Si on vous offre ce DVD, c’est que l’on vous hait

Bref, tout commence aux Etats-Unis d’Amérique, un pays merveilleux en ce début de XXe siècle, quand Blaine Rawlings, sympathique héros à mèches blondes (un classique à l’époque) vit le drame de sa vie. Oui, lui, le gentil garçon, le bon ami, le facétieux cow-boy voit de vilains banquiers venir lui saisir son ranch. Ha, les canailles, venir ainsi dépouiller un vrai héros des vraies valeurs de la vraie vie, c’est vraiment immonde. Du coup, notre bon héros se dit que merde, qu’est-ce qu’il va bien pouvoir faire pour s’occuper ? De la crapette ? Du squash ? Tiens, et s’il partait pour l’Europe, histoire de devenir pilote de chasse ? Allez, hop, vendu, en avant Guingamp. Et évidemment, si notre bon Blaine s’embarque pour la France, c’est flanqué de toute une horde d’aventuriers qui, comme lui, ont une fâcheuse envie de devenir pilote de chasse : le fils de bonne famille qui tente de redorer son blason auprès de son père, le bellâtre qui veut être un héros et embarque avec lui une photo de sa copine, le black qui veut être respecté parce que ça suffit de discriminer maintenant tas de racistes, et enfin un jeune tout niais et tout fragile qui devait vouloir aller à la Japan Expo mais s’est visiblement planté de RER.

A peine mettent-ils un pied en France qu’ils découvrent ce beau pays, couvert de figurants français. La VO est intéressante car on peut y découvrir tout ce que les Etats-Unis comptent justement de figurants parlant plus ou moins français ; du coup, on entend en bruit de fond du yaourt de Molière histoire de mettre dans l’ambiance. En tout cas, nos vaillants héros sont amenés au super camp de l’escadrille Lafayette où ils sont accueillis par Jean Reno et sa moustache d’époque.

C’est donc parti pour se poser de vraies questions sur la folle épopée qui attend nos vaillants héros :

  • Notre héros est beau, gentil, courageux, et va t-il réussir à briser sa solitude avec la petite française qu’il a croisé en arrivant ?
  • Le fils de bonne famille n’aime pas trop les noirs ; pourtant, vont-ils réussir à se comprendre et à trouver la voie de l’amitié ? Houlala, quel suspens, j’en suis fou.
  • Le bellâtre qui a une photo de bibiche dans son coucou arrivera t-il à surmonter sa peur de la guerre (car il a peur, oui) pour sauver ses amis au moment opportun ?
  • Le jeune gentil et niais qui aurait préféré acheter des DVDs de Naruto mais qui se retrouve là va t-il rester aussi gentil, niais et pourquoi pas vivant ?

Mais ne déflorons pas l’intrigue de suite. Découvrons plutôt les autres personnages qui sont déjà présents sur la base outre Jean Reno, comme par exemple Cassidy, le chef d’escadrille super mystérieux. Alors, quand je dis super mystérieux, c’est parce que le grand hobby de notre homme consiste à se cacher dans toute zone d’ombre affichée à l’écran et à en sortir à un moment choisi pour asséner une lapalissade du genre "La guerre, c’est moche" ou "Attendez d’être en l’air, blancs-becs". Mais des fois, pas de bol, il n’y a pas de coins obscurs où se cacher pour faire ses effets de scène, flûte. Heureusement, Cassidy a appris à compenser en pratiquant quelques savants exercices comme lire un gros livre ("Patapon va aux putes") ou jouer aux échecs tout seul (c’est plus facile) pour se donner un petit côté "baroudeur philosophe".

Cependant, il est de bon conseil, le Cassidy quand même, parce que la guerre, il connait, il en a vu des zincs descendre en flammes, des amis mourir, et toutes sortes de choses. C’est pourquoi il décide de remettre à deux de nos héros (Blaine et le fils de bonne famille,) un revolver chacun. Il leur explique que si leur biplan se fait transformer en réplique d’un vol Rio-Paris, plutôt que de brûler dans leur engin, ils peuvent toujours se tirer une balle, ça les aidera. Les deux larrons disent merci à ce héros des airs pour son aide, et l’affaire est close. A noter que Cassidy n’arme que ces deux andouilles (qui ont remercié Cassidy alors que celui-ci aurait pu leur filer un parachute, disponible à l’époque et un poil plus intéressant), et pas le reste de l’escadrille, ce qui veut dire deux choses :

  • Soit Cassidy emmerde le reste de l’escadrille, ha mais
  • Soit le scénariste a prévu que seuls deux des héros se servent de leurs armes, donc pourquoi en filer aux autres ?

Je ne vous donne pas la réponse, je ne veux pas tuer le suspens insoutenable qui doit vous étreindre en cet endroit du récit. Toujours est-il que c’est parti pour l’entrainement de nos héros, puisque bon, ils n’avaient jamais foutu les pieds dans un avion avant. Et une fois cela fait, alors qu’ils sont prêt à aller bouter toute l’armée prussienne à eux seuls, on leur confie leur première mission : le bombardement d’un entrepôt.

Nos héros apprêtent leurs appareils, vérifient trois fois tous leurs instruments et s’envolent vers la gloire. L’observateur attentif notera par ailleurs que si nos champions ont pensé à tout, aucun d’entre eux ne décolle avec des bombes. Comme si ça servait à quelque chose lors d’une mission de bombardement.

Nonobstant ce détail sans intérêt, nous retrouvons nos fiers guerriers appréciant la douceur de la campagne française qui se dévoile en dessous d’eux, quand soudain, oui soudain, paf : des allemands, planqués entre deux terriers de lapins, décident de faire tirer leurs gros canons, ces farceurs. Nos beaux aviateurs sont tout déroutés par cette manifestation d’hostilité germanique et froncent les sourcils en tentant de ne pas se ramasser un obus perdu. Chose qu’ils réussissent avec brio, les tirs se calment mais…

Chez Midas, pour lachat dun biplan, la troisième aile est gratuite. Et on vous le peint en rouge pour un euro de plus

Blaine découvre avec surprise qu'il y a des promos sur la peinture rouge et les ailes chez Fokker

… ce n’est que pour mieux laisser place à toute une horde de vrombissants allemands volants. Par ailleurs, le réalisateur ayant probablement entendu parler une fois d’un certain Baron Rouge, il a été décidé que tous les avions du pays de la saucisse seraient d’énormes triplans rouge pétard. Le Haut Quartier Général allemand ayant probablement déclaré que les biplans, c’était vraiment un truc de tapettes, alors zou, tous au triplan, et en rouge tuning s’il-vous-plait. En tout cas, la bataille s’engage. Et on ne pige pas grand chose, car comme tous nos pilotes portent un gros casque et des lunettes d’aviateur, on ne les distingue pas toujours les uns des autres. Personnellement, j’ai eu l’impression que le même mec mourrait trois fois. Passons.

De manière générale, nos héros procèdent tous de la même manière : si jamais un germain leur tire dessus, ils se mettent à faire "Ho !" la bouche en cœur avant de chercher d’où les tirs peuvent venir (tout en volant en ligne droite), ou le plus souvent, simplement fermer les yeux en priant très fort genre "Petit Jésus, vite !" ; dès lors, on voit le pilote allemand derrière qui ajuste son tir (avec un sourire sadique, évidemment), et au dernier moment, le teuton en question est évidemment balayé par une rafale d’un pilote allié qui sauve ainsi son copain à la dernière seconde. Retenez bien ce principe, il servira de nombreuses fois tout au long du film.

Mais, il est grand temps de lancer l’intrigue, car oui, intrigue il y a. Au milieu des triplans rouges qui virevoltent, on aperçoit un gros triplan noir, celui du gros et méchant allemand (on l’appellera "Knut"). Knut est donc un gros farceur, un Keiser du Kalembour, comme on dit chez lui.

Or, la bataille tourne mal pour nos vaillants héros, dont la plupart des petits copains commencent à tomber. Parmi eux, le héros gentil, niais et vaguement paumé dont je parlais plus haut s’est pris toute une série de cacahuètes et a réussi à poser son appareil dans un champ un peu plus bas. Une fois au sol il s’est dit "Tiens, si je me mettais à découvert au milieu d’un champ et que je faisais coucou à mes copains qui sont encore en l’air en agitant très fort les bras ?" ; et ce qui fut dit fut fait. Seulement, c’est Knut qui le voit le premier et se dit "Ach, il y a une große andouille qui fait koukou plus bas ; ché fé aller lui mettre une ou deux kartouches chuste pour foir" (je vous l’ai dit, il aime la marrade le bougre) ; et Knut mitraille donc notre pauvre gentillet qui meurt. Pile au moment où Blaine, en pleine bataille, regardait dans la même direction. Il est donc un peu colère, notre cow-boy, et jure de lui coller une branlée au vil Knut le moment venu. Mais hélas, suite à un trop grand nombre de pertes, c’est toute l’escadrille Lafayette qui est rappelée à la maison, sans avoir pu atteindre son objectif (pour lequel ils avaient oublié les bombes, donc dans tous les cas c’eut été un échec).

Rentré à la base, et après moult discussions philosophiques sur "les cieux sont si beaux quand on nous tire pas dessus", on apprend que l’avion de Knut s’appelle le "Faucon Noir" (le Kolibri Kouillu sonnait pourtant mieux). Et comme par hasard, Cassidy, le chef d’escadrille a lui un avion avec un aigle blanc dessus, sobrement baptisé l’"Aigle Blanc" (ha, trouvaille narrative !). Et lui aussi a juré d’abattre le "Faucon Noir" qui a massacré tous ses amis (oui, lui et pas un autre pilote : c’est à supposer que pendant que Knut tire sur tout ce qui vole, les autres allemands font un ballet aérien). De son côté, le bellâtre et la photo de sa copine ont eu si peur qu’ils ne veulent plus faire la guerre, ho non. Remontera t-il dans son avion ?

Halala. Quelle intrigue mes enfants, je me demande si Knut paiera un jour pour ses crimes.

Mais, malgré ce massacre, Blaine se dit que ça fait un petit moment qu’il n’est pas aller courir la gueuse. Il se dit donc qu’il devrait recontacter la petite française qu’il a croisé en arrivant sur la base au début du film. Mais comment ? Le destin (ou le scénariste) réunissant toujours les gens qui s’aiment (dans les mauvais films en tout cas), il met sur le chemin de Blaine tout un tas de personnages soit disant français parlant un anglais parfait (mais un français déjà beaucoup plus limité), et lui indiquent que Lucienne (puisque c’est son nom) n’habite pas bien loin. Blaine décide donc tout naturellement de prendre son avion pour aller la voir (c’est tout à fait logique).

Blaine explique à Lucienne comment il va passer dans ses six heures

Blaine explique à Lucienne comment il va passer dans ses six heures

Ca tombe bien, Lucienne a un champ bien plat juste à côté de sa maison parfait pour garer son biplan, ce qui est toujours pratique quand on a envie de coucher avec toute l’armée de l’air. Elle vit avec son neveu et sa nièce, car en effet, sa petite maison est jumelée avec une autre qui s’est visiblement prise un gros obus sur le coin de la gueule. C’était la maison de son frère et de sa femme, tués dans un bombardement d’artillerie allemand. L’observateur notera cette fois que vu le paysage parfait environnant, le bombardement a dû consister en un seul tir d’un unique obus, qui est tombé pile sur la maison du frangin. Plus efficace que Julien Courbet pour vos problèmes de voisinages : l’armée allemande.

Par ailleurs, le même tir n’a pas retiré une seule tuile du toît de Lucienne, en faisant un nid parfait pour se faire des bisous sans voisins gênants. De retour à la base, personne ne fait remarquer à Blaine qu’utiliser le matériel militaire pour aller conter fleurette, c’était pas terrible. Ha, l’amour.

Mais hélas, la guerre, elle, ne s’arrête pas et appelle nos pilotes pour de nouvelles batailles. Cette fois, nos bons héros se retrouvent à livrer combat au-dessus des tranchées des vulgaires piou-pious. C’est à ce moment précis que l’un des comparses du héros s’écrase dans le No Man’s Land, entre les tranchées des deux camps, au milieu des cratères, ruines et barbelés. Ni une ni deux, notre Blaine favori pose sa bécane au milieu de tout ça (non, les tranchées, cratères, ruines et barbelés ne gênent en rien son atterrissage ) et vole au secours de son ami qui se trouve bêtement prisonnier de son épave, puisque son bras est coincé sous une aile. Et là, attention :

Notre héros doit se débrouiller pour sortir son ami, dont la main est coincée entre un bout d’avion et de la terre fraichement retournée (puisque régulièrement bombardée), le tout au milieu des tirs. Il dispose, comme seul ustensile, d’une pelle, trouvée sur un soldat mort pas loin.

Crois-tu vraiment que Blaine va comprendre que tiens, en creusant 30s sous la main de son copain, il va pouvoir le dégager ? Évidemment que non, il choisit plutôt de s’en servir comme couteau et coupe la main du bonhomme. C’est plus spectaculaire. Plus con, aussi.

Blaine retourne à son avion qui n’a pas bougé (il avait mis l’antivol) et sur lequel personne ne tire, et décolle à fond les ballons (malgré le terrain accidenté une fois encore). Quel homme. Tu m’étonnes que Lucienne en soit folle.

Pendant qu’il s’occupait ainsi, à noter que le fils de bonne famille s’est retrouvé avec un avion allemand aux fesses à faire "Ho non, on me tire dessus, sauve moi petit Jésus !" et a été sauvé in-extremis (original, donc) par le noir de la bande. Incroyable surprise, ils deviennent donc amis et surmontent leurs différences. On ne l’avait pas vu venir.

Dans cette scène, le pilote semble tourner au lieu de prier en volant en ligne droite. Probablement une erreur de script

Une scène incroyable : un pilote allié tourne au lieu de voler tout en droit en priant

Pourtant, de tristes évènements se déroulent au même moment. En effet, au sol, l’armée allemande a décidé d’avancer, et ce droit vers la maison de Lucienne (l’état major a dû décider que s’emparer du cul de Lulu briserait le moral ennemi) avec moult unités dont quelques chars (que les allemands n’avaient pas à l’époque, mais soit). Apprenant cela à son retour à la base, Blaine n’écoutant que son manque de filles courage s’en va retourne promptement à son appareil pour aller tirer de ce mauvais pas Lulu et ses neveux & nièces. Son biplan ne disposant cependant pas d’assez de place sur la banquette arrière, il lui faudra donc deux aller-retour pour mener à bien sa mission humanitaire.

C’est d’autant plus fort que dans le champ où monsieur a ses habitudes, les allemands ont eu l’idée géniale de placer une sentinelle (ils adorent placer un mec en rase-campagne, des fois qu’une taupe surgisse sur leurs arrières). Pourtant, à aucun moment, celle-ci n’entend ni ne voit un avion se poser devant elle en pétaradant. Il faut dire que par un incroyable timing, à chaque fois que l’avion passe, les copains de la sentinelle, occupés à piller la maison de Lucienne font du bruit (en pétant la vaisselle ou en faisant tomber une chaise), ce qui produit évidemment bien plus de son qu’un moteur d’avion, c’est bien logique. Notre sentinelle est donc bien feintée, car ses copains Fritz et Hans font plus de bruit à eux deux dans une maison de paysan qu’un avion de 1917. Dans leur Bavière natale, ils doivent être les cauchemars de leur voisinage.

De retour à la base, Jean Reno et sa moustache sont très désappointés, puisque bon, merde alors, Blaine a encore utilisé le matériel de la glorieuse armée française pour aller voir sa mie, et ça, Jean Reno et sa moustache ne peuvent le tolérer (alors que ça dure depuis un moment, quelle patience). Cependant, en voyant notre bon cow-boy revenir avec des enfants dans les bras, il décide que plutôt de le passer au peloton, il va le décorer. Le résultat sera le même après tout, puisque sa chemise sera trouée dans les deux cas. Bravo.

Lucienne, elle, a aussi eu le droit à un trou dans son chemisier, puisque lors du dernier redécollage, figurez-vous que la sentinelle allemande a repéré qu’elle avait un avion de chasse à 10 mètres d’elle en train de s’envoler. Elle a utilisé son fusil en conséquence et c’est bien évidemment Lucienne qui a pris. Elle est donc à l’infirmerie en attendant. Heureusement, Lucienne ayant probablement du sang de footballeur pour guérir aussi vite de ses blessures, en un coup d’éponge magique et de bombe froide, ainsi qu’après une nuit de sommeil, la revoilà pétant la forme. Même son médecin français semble surpris, c’est dire. D’ailleurs, je soupçonne l’acteur qui joue le médecin d’avoir fait le cours Florent, mais n’épiloguons pas puisque vous êtes fort impatient de connaître la suite, j’en suis certain.

Quelques jours plus tard, après avoir bien discuté avec ce vieux baroudeur de Cassidy (qui considère notre héros comme le fils qu’il n’a jamais eu, comme c’est original), Blaine apprend que l’escadrille doit partir pour une nouvelle mission : un zeppelin germain est en route pour aller larguer des kilos de choucroute sur Paris.  Nos vaillants guerriers s’envolent donc sur leurs monture pour aller empêcher cette oktoberfest sauvage de se dérouler. La bataille s’engage donc avec une horde de triplans rouges escortant l’appareil (avec profusion de tacatac – ho non, d’où viennent les tirs, vite, Jésus à mon aide – Ho, merci de m’avoir sauvé au dernier moment mon copain), quand soudain surgissent… Knut et son Faucon Noir ! Celui-ci attaque Cassidy et son Aigle Blanc, et là où les autres avions tombaient en 10 cartouches, il en faut à peu près 400 à 500 pour avoir raison de Cassidy. Mais plutôt que de mourir gentiment, notre bon vieux baroudeur (qui cherche désespérément un coin d’ombre pour disparaître comme il sait si bien le faire au sol) décide de crasher son appareil contre le zeppelin, ce qui fait crier et pleurer très fort tout le reste de l’escadrille. Devant cet échec, Knut et ses copains décident de rentrer à la maison ; s’ils se dépêchent, ils peuvent même arriver avant l’heure du goûter.

Pas de choucroute pour Paris ce soir !

Pas de choucroute pour Paris ce soir !

A noter qu’un de nos héros a trouvé la mort : le fils de bonne famille s’est, ô, surprise, retrouvé dans son avion en feu et a donc décidé d’utiliser la pétoire qu’on lui avait filé au début du film pour abréger ses souffrances (la guerre, c’est sale). Il respecte ainsi la vieille théorie scénaristique : "Si on te dit où qu’on te donne un truc, ça te servira à un moment ou à un autre du film". Le lecteur attentif se dit alors "Mais alors, il reste un pistolet à Blaine ! Va t-il s’en servir ?" Patience, patience.

Rentrés à la base, nos héros se retrouvent au mess des officiers pour boire des pintes en pensant fort au vieux Cassidy avec les yeux mouillés. Ils philosophent encore un peu "La guerre, c’est vraiment moche" , "La paix, c’est vraiment cool" , "Moi après la guerre j’ouvrirai un bar" et autres tirades que personne ne pouvait prévoir depuis la première minute du film. En hommage à l’ancien chef d’escadrille (alors qu’on s’en fout un peu du fils de bonne famille, lui on l’a déjà oublié, il avait qu’à savoir jouer aux échecs tout seul pour se faire remarquer), l’avion de Blaine est redécoré en Aigle Blanc et il est promu patron de la troupe.

Dès lors, nouvelle et dernière mission : on propose à nos héros de retourner bombarder l’entrepôt qu’ils devaient raser au début du film. Pour s’assurer qu’ils n’oublient pas les bombes cette fois-ci, on leur propose de se contenter d’escorter des bombardiers. En tout cas, sur leur route, ils trouvent à nouveau une quantité improbable de triplans rouges, et une fois encore, il y a du sauvetage in-extremis alors qu’un pilote priait pour une intervention divine. D’ailleurs, alors que cela arrive à Blaine, il est sauvé par… notre bellâtre toujours équipé de la photo de sa copine ! Il s’est probablement dit que comme la fin du film approchait ce serait bien qu’il surmonte sa peur de la guerre pour se rendre utile. Ce qu’il fait donc ainsi.

Enfin, Knut surgit, Blaine l’engage, et hop, voilà le combat final Faucon Noir contre Aigle Blanc. Et le Faucon Noir a le dessus et applique donc sa technique préférée (qu’il a utilisé à moult reprises depuis le début du film) : il mitraille l’avion français, une fois que celui-ci est bien entamé (et se contente mystérieusement de voler en ligne droite), il vient voler à ses côtés, salue le pilote, retourne derrière lui et l’achève. Il tire incroyablement bien ce Knut pour réussir un coup pareil à chaque fois. Sauf que cette fois-ci, alors que Knut vient saluer notre Blaine qui est dans un sale état, ce dernier sort… son revolver ! Hé oui, objet donné, objet utilisé ! Il colle donc un gros pruneau dans l’aryen visage de Knut, et c’est ainsi que s’achève la carrière du Faucon Noir, jour de deuil pour tous les amateurs de kalembours.

D’ailleurs, maintenant que c’est fait, on aperçoit les bombardiers arriver à destination et bombarder l’entrepôt qui aura quand même résisté presque 130 minutes à nos héros. Ces derniers sont donc contents lorsqu’ils reviennent zouker à la base avec Jean Reno (mais pas sa moustache, elle n’est pas très branchée teuf, elle), Blaine se remet de ses blessures (éponge magique – bombe à froid) et tout notre petit monde finit par accomplir ses rêves après la guerre.

FIN.

Diantre ? Mais ? Rendez-moi 135 minutes de ma vie bande de voleurs !

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