La foi en l’humanité est une chose qui se perd facilement.

Evidemment, je dis cela pour ceux qui ne l’auraient pas perdue il y a bien longtemps ; si vous aviez besoin d’idées pour ce faire, il existe des méthodes simples : passer une demi-heure sur Youtube à regarder des gens se filmer eux-même, lire la presse un lendemain de débat important à l’assemblée pour s’apercevoir que visiblement, il n’y avait pas que sur les bancs des députés que ça pionçait, ou plus simplement, consulter Allociné.

Ne parlons pas des commentaires, qui semblent être une annexe des skyblogs, non : parlons de quelque chose de bien plus odieux, à savoir les films les plus attendus en France. Et là, attention : les plus courageux peuvent cliquer ici

Pour les autres, je me permets quand même de faire la liste du top 10 des films les plus attendus :

  1. Promised Land – De Gus Van Sant avec du vent dedans, comme il se doit
  2. Sublimes créatures – "Vous avez aimé Twilight…" attendez, c’est vraiment un argumentaire pour vendre ?
  3. L’écume des jours - Ça faisait longtemps qu’on avait pas vu une adaptation, non ?
  4. Oblivion – Tom Cruise dans le futur avec un fusil
  5. Spring breakers – Des filles en petites tenues et des gros flingues. Curieusement, aucune d’entre elles n’est un gros boudin.
  6. Hunger Games : l’embrasement – La suite du premier volume déjà nul et incohérent jusqu’à la moelle.
  7. Warm Bodies – Ho ça alors ! Un film avec des zombies ! En même temps, vu qu’on annonce en moyenne 5 projets par jour sur ce thème, faut-il s’étonner ?
  8. Jappeloup – Un film sur un gentil cheval en qui personne ne croit qui va se révéler super cool, contrairement au film je suppose.
  9. Hansel & Gretel : Witch Hunters – La suite de Cendrillon contre les nazis
  10. Boule & Bill – Franck Dubosc. Vous voulez un autre argument ou ça ira ?

Et ça, ce n’est que pour les prochains mois ! Ah, comme je rêve déjà…

Du coup, aujourd’hui, arrêtons-nous un peu pour essayer de comprendre comment des gens peuvent tomber si bas. C’est pourquoi je vous propose un simple test qui vous permettra de déterminer s’il est grand temps d’aller vous passer les yeux à la ponceuse pour arrêter d’encourager ce type de productions, car c’est bien là le pire : ces films sont des films que les gens ATTENDENT.

Seigneur.

Alors attention, concentrez-vous et soyez sérieux ; il est temps de sonder votre âme afin de déterminer l’abominable vérité :

Quel spectateur êtes-vous ?

Bien essayé les amis, mais même en costard, les lunettes 3D donnent toujours l’air très con

1 – Ce soir, vous avez du temps libre. Vous pourriez participer à la recherche contre le cancer grâce à votre intelligence supérieure de lecteur de ce blog, mais là, vous avez la flemme :  vous iriez bien au cinéma. Certes, mais pour cela, il va vous falloir déterminer quel film aller voir. Comment procédez-vous ?

A – Vous allez jeter un oeil à quelques synopsis et bandes-annonces tout en tentant de calmer vos sourcils qui, mus d’une vie propre, s’agitent frénétiquement. Malgré tout, vous arrêtez votre choix en fonction de vos propres critères.

B – Vous savez déjà ce que vous allez voir depuis longtemps. Vous guettez ce film depuis si longtemps… vous avez réservé votre soirée 3 mois à l’avance et l’impatience est telle à quelques heures de la séance que vous vous roulez par terre frénétiquement tant et si bien que des passants viennent vous gratter le ventre.

C – Vous constatez que l’un de vos livres préférés vient d’être adapté à l’écran : il serait criminel de ne pas aller voir ce que donne la chose au cinéma, ni une, ni deux, vous arrêtez votre choix !

D – Vous regardez les affiches en vous retournant pour s’assurer que personne ne vous observe. Si cela arrive, vous jetez une capsule de phosphore à vos pieds et disparaissez dans un nuage irritant.

E – Vous lisez Télérama.

2 – Soit ! Votre choix est arrêté. Mais pour l’occasion, pourquoi ne pas inviter quelque à vous accompagner ? Allez, il est temps d’appeler du renfort… mais qui ?

A – Une personne de votre entourage partageant à peu près vos goûts. C’est généralement la même qui vous accompagne à chaque fois.

B – Lorsque vous avez appelé votre meilleure amie, elle s’est mise à crier très fort. Vous aussi. Elle aussi. Vous aussi. Elle aussi. Vous aussi. Votre forfait bloqué a lâché, ainsi que les tympans de tous les petits animaux du quartier, pulvérisés par les ultrasons. Boubouble, le gentil hamster qui courait dans sa roue à quelques kilomètres de là, meurt donc d’une hémorragie des oreilles

C – Vous faites le tour de vos contacts afin de trouver quelqu’un qui soit à la fois disponible et qui n’aurait pas lu le livre. Vous prétextez que vous vous l’emmener pour qu’il découvre ce chef d’oeuvre, mais en fait, c’est juste pour avoir quelqu’un à qui raconter en boucle que vous avez lu le livre parce que vous êtes un érudit, hohoho.

D – Vous faites semblant de proposer à un ami en lui disant que c’est au cas où, hein, que vous dites ça comme ça… il vous répond avec le même désintérêt qu’il n’a rien de mieux à faire, mais arrive quand même avant vous au cinéma.

E – Daniel McMullgican, du blog "Iranian movies & Cheese cakes"

3 – Au moment d’acheter vos tickets, Madame la vendeuse vous signale qu’il est possible de visionner votre film de plusieurs manières… diable, quel choix faire ?

A – Lorsqu’elle vous propose de voir le film en 3D pour un supplément de un euro, vous l’instruisez sur les insultes les plus usitées au XVIIe siècle. Alors que vous n’en étiez qu’au verbe compisser, elle vous donne vos tickets et arrête d’insister. Merci ma bonne dame.

B – De la 3D ? Bon sang, votre vessie va imploser sous l’excitation du moment ! Vous jetez quelques pièces à la bougresse pourvu qu’elle vous donne de grosses lunettes moches afin de voir le seul truc véritablement en 3D de la séance : la pub Haribo !

C – Vous exigez la VO. Non parce qu’en VF, vous avez lu que le scénar était à chier, la VO devrait probablement changer tout cela.

D – Tant que l’on vous autorise à porter une fausse moustache pour aller voir ce film, vous êtes d’accord.

E – En avant première en VO non sous-titrée en présence du réalisateur, Slobodan Gorbisevich qui parlera ensuite de pourquoi il a choisi de faire son film sur les ouvrières des usines de brosse à dents d’ex-Yougoslavie.

4 – Peu avant d’entrer dans la salle, on vous propose de vous fournir en denrées pour vous aider à tenir tout du long de la séance. Qu’achetez-vous ?

A – Rien.

B – Du pop-corn et des bonbons qui font "scccrrrhchchhchchh" que vous ouvrirez super lentement en pensant que personne ne vous entend.

C – De quoi boire : vous avez prévu de parler durant la séance

D – Du sopalin. Madame la marchande est très étonnée.

E – Vous avez emmené vos gougères aux asperges bio.

5 – Coup de chance, vous arrivez parmi les premiers : vous pouvez donc choisir votre place ! Laquelle est la plus confortable ?

A – Au milieu, parce qu’au milieu, c’est mieux

B – Au premier rang pour avoir l’impression de toucher les acteurs. Bon, sauf si c’est un film avec Gérard Depardieu, auquel cas même au dernier rang, vous avez l’impression qu’il vous touche.

C – Qu’importe.

D – Sur les côtés pour ne pas vous faire gauler.

E – Tout au fond, pour pouvoir garder votre chapeau et ne pas vous mêler au petit peuple.

6 – Fort bien, le film ne va pas tarder à commencer, enfin sitôt que les 15 minutes de publicités seront passées. Quel est votre premier réflexe ? 

A – Vous vérifiez avoir bien éteint votre téléphone histoire d’être tranquille.

B – Vous vérifiez que votre téléphone est bien allumé. Il sonnera, vous vous excuserez en le cherchant 45 secondes avant de le faire tomber et de répondre pour dire que vous êtes au cinéma, mais vous le laisserez en mode sonnerie malgré tout, reprovoquant la même scène 10 minutes plus tard (attention, cette scène peut aussi arriver en réunion).

C – Vous tentez de faire du teasing à votre camarade de visionnage en lui disant qu’il y a des choses qui vont le surprendre, et le spoilez donc comme un gros busard en voulant lui donner un indice. Bon bin heu… désolé mec. Mais le livre est super bien, je te l’ai dit ?

D – Vous mettez votre téléphone en mode vidéo et vous pouffez intérieurement lorsque l’on vous rappelle à l’écran qu’il est interdit de filmer le film. De toute manière, au vu de l’intrigue, c’est à se demander pourquoi quelqu’un n’a pas dit la même chose au réalisateur

E – Vous prenez en photo votre gougère aux asperges via Instagram

"Continue de m’appeler Simone, ça ne fait que trois fois que mon téléphone sonne et ils ne m’ont toujours pas pété la gueule, on va les pousser à bout."

7 – Le film a commencé, et diverses idées traversent votre esprit malade : parlez-vous durant la séance ?

A – Non, mais vous mimez super bien le type qui se pend.

B – Vous ne pouvez pas parler ET glousser en même temps, allons !

C – Oui, en vous tournant vers votre voisin à chaque fois qu’une scène n’est pas conforme au livre pour lui signaler. Vous sentez une mystérieuse aura de haine vous entourer peu à peu.

D – Vous respirez un peu fort, mais ça va.

E – Vous essayez d’avoir l’air le plus bouleversé possible à chaque fois qu’une femme aux traits burinés par le temps, la tristesse et l’alcool, produit à la main une brosse à dent en y mettant un savoir-faire connu de nul autre, déversant sa misère et son expérience dans ce produit du quotidien méprisé par l’occident, allégorie du mépris porté par ces mêmes consommateurs ignorants envers ces femmes qui survivent difficilement. Vous le tweetez sur votre iPhone.

8 – Vous remarquez que ce film contient un élément qui revient dans la plupart des films que vous regardez. Lequel ?

A – Du caca.

B – Des gens qui se mettent torse nu pour un oui, un  non, un peut-être, un éventuellement voire pour un ça dépend

C – Romain Duris qui joue un séducteur un peu maladroit qui remet sa vie en question après avoir rencontré Audrey Tautou,

D – Une scène que vous appréciez secrètement en tentant de rester stoïque à côté de votre voisin pour ne pas avouer votre mauvais goût. Mais bon : comme il fait pareil à côté de vous, ça va.

E – Des plans de trois plombes sur un paysage quelconque

9 – Bon par contre, il y a un truc que l’on ne retrouve jamais dans les films que vous allez voir… lequel ?

A – Un scénario (en même temps, quelle idée d’aller voir La Planète des Singes)

B – Des torses velus

C – Le contenu exact de l’oeuvre dont il est adapté

D – Un pull-over

E – Une scène d’action

10 – Soudain, dans l’obscurité de la salle, une voix résonne : quelqu’un parle devant vous !  Sacrebleu, que faire ?

A – Vous profitez du fait d’être derrière lui pour le stranguler : vous dissimulez son regard vide lorsqu’il rend son dernier souffle en renversant son pot de pop-corn XXL sur son crâne. Comme vous êtes taquin, vous dessinez un bonhomme sur le pot, ce qui trompera sa voisine jusqu’à la fin du film, tant l’auteur du propos était visiblement con comme un mort.

B – Vous lui répondez pour lui dire qu’il a tort, ce n’est pas Brian qui vient de mourir, c’est Bob ! Rah, il pourrait suivre un peu.

C – Vous vous mettez à chuchoter à votre voisin pour vous plaindre, persuadé que la rangée derrière-vous ne vous entend ou ne voit pas faire à la lueur de l’écran.

D – Vous faites "chhhhht !" puis faites semblant que ce n’est pas vous quand le coupable se retourne

E – Haaaan ! C’est Slobodan Gorbisevich !

11 – La fin du film arrive. Alors, c’était comment ?

A – C’était une sombre merde. Au fond de vous, vous n’êtes pas étonné. Qu’alliez-vous faire dans cette galère ?

B – Haaaan c’était génial ! Génial ! Vous attendez la fin du générique pour voir s’il n’y aurait pas une petite séquence supplémentaire annonçant une suite, et vous hurlez comme un gros putois lorsque cela arrive. Votre slip, lui, a rendu les armes il y a longtemps.

C – Vous êtes scandalisés, évoquant chaque passage où l’oeuvre n’a pas été respectée. Lorsque votre voisin explique qu’il a trouvé ça très moyen, vous lui expliquez que ça ne l’est pas si on lit le livre. Il vous demande pourquoi vous l’avez emmené voir le film alors ? Vous vous demandez aussi.

D – Ho bin… non mais… heu… bon, bref : vous avez un peu apprécié quand même, mais vous n’osez pas le dire. Vous n’assumez pas.

E – C’était incroyable. Vous utilisez des termes comme "généreux" pour en parler.

12 – Maintenant que la séance est terminée, il est temps de rentrer chez vous : tout le monde dehors ! 

A – Tout le long du trajet, vous recensez le nombre de passages à chier qui constituaient le film. Le temps d’arriver à votre domicile, vous avez réalisé qu’en fait, tout le film était à chier. Vous êtes plein de désarroi.

B – Vous gloussez, vous vous roulez par terre et refaites 17 fois les scènes que vous avez préférées. Le voisinage étant endormi à cette heure, chacun prie pour que l’on vous tire un coup de gros sel dans le museau pour qu’au moins, vous couiniez pour quelque chose. Hélas pour la sérénité nocturne, cela n’arrive pas.

C – Vous expliquez à votre comparse à quel point dans le livre, c’était vachement mieux. Il se tire une balle dans la bouche à mi-chemin. Vous expliquez à son cadavre chaud que dans le livre, quand il y a un suicide, c’est vachement plus dramatique.

D – Vous vous séparez de votre compagnon d’aventure sans piper mot, à l’exception de quelques formules de politesses.

E – Vous restez à la conférence suivant le film, twittant tout du long comme quoi vous êtes à une conférence, c’est fou. Lorsque celle-ci se termine, vous constatez que vous n’avez rien écouté, à l’exception d’une phrase que vous avez twittée en anglais pour dire qu’elle résumait parfaitement votre opinion, même si vous n’êtes pas sûr-sûr de savoir sur quoi elle portait. Ce n’est pas grave : on vous a retweeté.

13 – Vous voilà enfin seul, chez vous, libéré de tout cela… 

A – Vous pleurez longuement en vous demandant pourquoi vous avez fait ça. Vous avez l’impression que l’on a souillé votre âme, génocidé vos neurones, et endommagé votre vue. Vous vous sentez coupable : certes, c’était nul, mais pourquoi être allé le voir ? Pourquoi ?

B – Vous allez sur internet commander tous les posters du film, puis vous commencez à écrire une fanfiction dans laquelle vous créez un personnage qui vous ressemble en tous points, et qui sauve Bob d’une mort certaine avant de vivre une romance avec icelui.

C – Vous faites "pfff" très mort en secouant la tête tout seul. Si vous vivez avec quelqu’un, vous vous débrouillez pour mettre le sujet sur la table pour vous plaindre à nouveau.

D – Vous vous enfermez à double tour. Vous auriez bien besoin d’une douche.

E – Vous allez voir si on a répondu à vos tweets, puis vous uploadez toutes les photos que vous n’avez pas eu le temps de partager en leur donnant à chacune un titre en anglais supposé sonner poète, mais sonnant juste crypto-prout pour le reste du monde.

Jeu : propose à tes amis d’écrire une fanfiction après avoir vu "La Chute"

14 – Si vous aviez un site sur lequel donner votre avis ?

A – Ce blog, parce que vous avez du goût

B – Un forum de fans : vous êtes d’ailleurs très fière de votre signature qui clignote. Vous enchaînez les tests pour savoir quel personnage du film vous êtes, c’est tellement lolilol. Vous filez ensuite mettre 5 étoiles sur Allocine avant de laisser un commentaire hystérique et complètement objectif, bien évidemment.

C – Vous en discutez brièvement sur Doctissimo. Alors que cela n’avait strictemenr rien à voir, on vous annonce que vous devez avoir un cancer ou être enceinte, voire les deux. Vous êtes bien étonné. De dépit, vous allez demander sur Yahoo Answers ce que les gens pensent du film, mais au bout d’un commentaire, le sujet dérive. Vous finissez au bout de 10 minutes avec un message "la communauté a estimé ce commentaire comme étant le plus pertinent" indiquant un commentaire critiquant l’animation das Naruto. Vous décidez qu’internet, c’est quand même de la merde.

D – Vous récupérez les meilleurs moments que vous avez capturés discrètement durant la séance, fier de votre forfait, en faites des gifs, et bombardez les forums du vaste internet avec. Vous êtes bannis des deux tiers d’entre eux et vous vengez en créant des nouveaux comptes et postant plein de gifs qui clignotent pour provoquer les modérateurs. Ahaha, ils seront bien embêtés !

E – Votre blog de photographe Lifestyle.

15 – Comment choisirez-vous votre prochain film ?

A – Vous referez exactement la même erreur

B – Vous referez exactement le même excellent choix

C – Vous guettez déjà la prochaine adaptation d’oeuvre de votre bibliothèque

D – Vous avez honte, mais vous savez que vous recommencerez

E – Vous avez carrément un abonnement à Télérama. Brrrr.

Bien, vous avez terminé ? Alors comptez vos points les enfants, car voici venir l’heure des résultats.

Vous avez un maximum de :

A – Celui qui sait très bien, mais qui y va quand même

Vous avez parfaitement conscience du fait que ce que vous allez voir est mauvais. Personne n’est vraiment sûr de savoir si vous êtes simplement inconscient ou si vous avez vraiment un goût malsain pour la daube, mais toujours est-il que l’on finit toujours par vous surprendre en train de sortir d’un quelconque film à base d’invasion extra-terrestre. Au fond de vous, vous avez le secret espoir d’un jour, être agréablement surpris, mais même en partant avec les pires préjugés, les réalisateurs arrivent toujours à faire plus mauvais que ce que vous aviez prévu. Si votre âme immortelle rejoint un jour les enfers, nul doute que vous trouverez le diable peu créatif en matière de souffrances psychologiques comparé à J.J Abrams.

Votre prochain film ? Oblivion.

B – Celui qui a subi une grosse trépanation 

"Con comme une porte" est probablement l’expression qui vous définit le mieux, même si les portes peuvent parfois arrêter les déferlantes de caca. Dans votre cas, vous êtes plus proche du tourniquet ou du moulin fécal : plus il y en a, mieux vous tournez. Et faites tourner, ce qui est encore plus beau, car votre notion de partage s’approche plutôt de celle de contamination. Si un jour on réouvre les léproseries, nul doute que l’on vous y collera pour préserver les innocents. Il est fort probable que vous notez les films et les commentiez sur différents sites, n’allant jamais dans la demi-mesure et portant aux nues la moindre bouse pourvu qu’il y ait votre acteur préféré dedans. Parfois, vous vous surprenez à nettoyer votre corps avec votre propre langue, et vous demandez si vous ne seriez pas juste un labrador métamorphosé en humain par un quelconque phénomène kafkaïen.

Enfin, non, puisque vous pensez que Kafka est une marque de café en poudre.

Votre prochain film ? Sublimes Créatures.

C – Celui qui va t’expliquer qu’en fait, le livre était mieux 

Personne ne sait pourquoi vous allez au cinéma, et surtout, personne ne veut y aller avec vous. Non pas que vous vous plaigniez, non, mais vous semblez ne toujours pas avoir compris qu’un film et un livre étaient deux choses différentes, et que défendre l’un en invoquant l’autre revenait à expliquer que tiens c’est marrant, la comédie musicale "1789, les amants de la Bastille" ne semblait pas respecter l’Histoire. Il n’y a pas à dire, vous êtes diablement perspicace. Vous n’avez pas aimé le film de votre livre préféré, mais le défendrez jusqu’à la mort en expliquant que si on lit le livre, c’est mieux.

Vous continuez cependant de vous persuader que le prochain film tiré d’une oeuvre que vous irez voir sera fidèle à l’original, et repartez invariablement en bougonnant.

Vos amis complotent pour vous tuer, sachez-le.

Votre prochain film ? L’écume des jours (avec, ça alors ! Romain Duris et Audrey Tautou !)

D – Celui qui nie en bloc à chaque fois qu’il revient du cinéma

Vous n’assumez pas, mais alors pas du tout ce que vous allez voir. Tout comme le jeune malandrin qui maîtrise le nom de chaque actrice porno avant d’expliquer que hohoho, mais hem, héhé, non allons, il ne les connait que parce qu’il les… les a vues sur la couverture chez le marchand de journaux, vous expliquez que si vous avez vu la dernière daube, c’est la faute à votre pote qui vous a emmené contre votre gré parce qu’il ne voulait pas y aller seul. Pote qui raconte exactement la même histoire de son côté, et n’arrive pas à assumer, tout comme vous, qu’il est secrètement heureux de regarder des films absolument nuls puisqu’en fait, il les trouve bien. Vous planquez vos DVD de Fast & Furious avec les photos prouvant que papy avait fait la guerre habillé en Hugo Boss, et brûlerez votre demeure plutôt que d’avouer.

Votre prochain film ? Spring Breakers. Attention à bien suivre, ça a l’air compliqué et original à la fois.

E – Vous êtes un putain de hipster

Attention, regardez bien au-dessous de vous : ho, ça alors ! Du tissu à carreaux ! Ah, je sais, c’était facile, mais il n’empêche : c’est vous qui êtes dedans, ne me le reprochez pas. Vous êtes la lie de cette société, une créature mi-humaine mi-vintage qui ne survit qu’en se nourrissant d’un élitisme culturel autoproclamé. Vous n’avez aucune idée de pourquoi vous faites ce que vous faites, mais vous savez que vous devez le faire au risque de perdre votre identité qui ne se définit que par le rejet de ce qui constitue celle des autres. Paradoxalement plus prévisible qu’un film de Nicolas Cage, vous avez une passion pour les films chiants et les expositions d’art contemporain, car vous vous roulez dans ce vernis intellectuel en espérant vous en enduire pour mieux briller.

Votre prochain film ? Boule et Bill, parce que vous ne méritez pas mieux, rejetons de Satan

Enfin, et pire que tout : si vous aimez tout simplement les bons films, je n’aurais que deux questions à vous poser :

La première, c’est que faites-vous sur ce blog ?

La seconde, c’est que faites-vous encore sur cette planète ?

Un peu de cohérence, nom d’une pipe.

"Père Castor, Père Castor !"

Ajustant ses lunettes un sourire bienveillant aux lèvres, le sage rongeur pose son regard sur les enfants assis sur le petit tapis en face de lui, leurs visages ravis seulement éclairés par la lueur des flammes de l’âtre voisin. Savourant la douce chaleur du foyer, le Père Castor hume l’air, appréciant l’ambiance unique de ces instants. Il sait déjà ce que ces jeunes gens vont lui demander, et comme à chaque fois, cela ne rate pas :

"Père Castor, raconte-nous une histoire !"

Caressant son menton, le vieil animal feint de chercher un récit alors qu’il a déjà son idée en tête.

"Hé bien, vous ai-je raconté l’histoire des trois lapins et de la bague dorée ?
- Non Père Castor ! Ho vite, raconte-la nous !
- Bien sûr Benjamin, et bien écoute plutôt : tout commence un soir de pluie, alors que la forêt toute entière bruisse du son des gouttes s’écrasant sur…
- Popopop, halte là Père Castor ! 
- Grignote ? Que se passe-t-il ?
- Je te vois venir, vieux grigou : est-ce qu’il y a des femmes dans ton histoire ?
- Hein ? Et bien je… heu… non, non, ce sont trois frères lapins. Car sais-tu, ce soir de pluie, alors qu’ils…
- Ah, évidemment ! Des frangins, des mâles ! Des couillus ! Ah, ça te ferait chier vieux barbon de raconter des histoires avec des femmes, hein !
- Mais enfin Grignote je…
- Pour nous raconter des histoires de mecs qui se tirent de toutes les situations, il y a du monde ! C’est à croire que toutes les filles de la forêt sont à la cuisine, pas vrai Père Castor ? Quel bel exemple d’histoire ! 
- Câline, toi aussi ? 
- Mais oui Père Castor, assez ! Y en a marre des récits qui tentent d’imposer une putain de conception de la réalité qui…"

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Un long jet d’hémoglobine s’échappe du museau de Câline alors qu’elle reçoit le coin du livre d’histoires du Père Castor en plein visage, l’envoyant s’écraser face contre terre et souiller le tapis de son sang chaud.

"Ça va aller oui ? "Gnagnagna Père Castor", "Une histoire Père Castor", "Dis-nous tout Père Castor", "Mon cul sur la commode Père Castor", et maintenant il faudrait que je vous les fasse sur-mesure ? Nan mais bordel, jamais un bonjour, jamais un merci, et puis alors s’il-te-plait, alors tiens, je peux me brosser ! Et en plus ça se permet de gueuler ! Bon écoutez-moi les mouflets, aujourd’hui, : je vais plutôt vous expliquer en quoi vous êtes plus proche du blaireau que du castor. Et pour ça, j’ai une histoire toute trouvée : tout commence sur internet…"

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Attention : cette femme est peut-être en train de raconter une histoire de chevaliers et de princesses à vos enfants, elle mérite donc un bon coup de batte

Un jour prochain, il n’est pas impossible que l’un d’entre vous vienne à raconter une histoire à un enfant.

Je ne parle pas de celles visant à les amener jusqu’à une camionnette, mais plutôt de celles visant à leur parler de princesses et de dragons, de bravoure et de traîtrise, de Nicolas Cage et d’autres créatures n’appartenant qu’au royaume de l’imagination. Si un jour vous vous surprenez à faire cela, alors sachez-le : vous êtes un monstre.

Mais oui.

Défonçant votre porte à coups de bottes, la Brigade du Bon Goût viendra heureusement instantanément vous trouver et vous taser la gueule, sale malandrin, avant de vous envoyer en camp de rééducation parce que, petit salopard, vous aurez raconté une histoire se déroulant dans un ROYAUME et non une DEMOCRATIE ce qui prouve que vous embrigadez vos enfants, sales royalistes. D’ailleurs, tous les jouets dudit enfant seront passés au lance-flammes s’ils sont liés, de près ou de loin, à des préjugés quelconques, afin de s’assurer qu’il puisse grandir dans un milieu loin de tout embrigadement.

J’en veux pour preuve ce site, recommandé par un lecteur assez inconscient pour se rendre en ces lieux maudits :

Le cinéma est politique

Et plus particulièrement deux articles qui vont vous expliquer en quoi vous êtes de fieffés rabouins. Ho, mais si, ne niez pas ! Car figurez-vous que nombre d’entre-vous ont peut-être oser regarder voire – j’ose à peine l’écrire – diffuser à des innocents des films comme le Roi Lion ou Aladdin. Bande de petits salopards ! Heureusement, nos amis experts en cinéma vont vous remettre dans le droit chemin : mais observons plutôt ensemble ce beau site. Si vous n’avez vu aucun des deux films par contre, et que vous ne voulez pas savoir que les gentils gagnent à la fin (ah, merde, trop tard), passez votre chemin. Pour les autres, étudions la prose d’un homme qui a su s’élever au-dessus de la masse des ignorants pour se faire le phare de la pensée et de la tolérance. Mais phare genre phare de solex, hein, que l’on s’entende bien. Lisons plutôt.

L’une des premières choses qui nous frappe en regardant Le Roi Lion, c’est le sexisme banal et structurant de l’histoire. Dès les premières scènes, Le Roi Lion nous fait connaître un monde structuré hiérarchiquement, avec au sommet de la pyramide le monarque absolu, qui règne en bon patriarche sur, non seulement son peuple docile et servile (les autres animaux), mais également ses lionnes, qui jamais ne remettront en question le bien fondé de la place des hommes, ni de la place des femmes. Le Roi Lion comporte un grand total de 3 personnages féminins, contre 9 personnages masculins. Donc, 75% des personnages du Roi Lion sont masculins.

Voilà, dès les premières lignes, c’est dit : le Roi Lion est un film sexiste. Oooh mais oui, et pas qu’un peu : le sexisme a un rôle structurant dans l’histoire, rien que ça ! Pire encore : dans le Roi Lion, l’auteur du site l’analyse finement , tout semble se dérouler dans une monarchie, ce qui est quand même plutôt suspect.

Nom d’une pipe, tu m’étonnes que c’est suspect ! Une monarchie dans un film intitulé "Le Roi Lion" ! Alors ça, c’est quand même scandaleux. On attend avec impatience les mêmes observations de l’érudit sur "Le Retour du roi", "Le discours d’un roi" (un film odieux, puisque l’on y trouve relativement peu de personnages féminins) ou "L’homme qui voulut être roi". Cela fait tout de même beaucoup de coïncidences : sûrement un complot royaliste pour remettre sur le trône de France un quelconque loulou et réhabiliter le port de la moumoute à cheval dans les rues de Paris (un truc autrement plus classe qu’un vélib’).

Il en profite pour compter le nombre de personnages féminins, car c’est vrai que c’est important. Il ne manquerait plus que les gens qui racontent des histoires se moquent du sexe des personnages, voire que les enfants puissent apprécier lesdits individus sans s’intéresser au contenu de leur slip.

Non parce que je vous rappelle le principe : si vous rapportez tout au sexe des gens, vous êtes un héros de la lutte anti-sexisme, si vous n’y prêtez pas attention, vous êtes un fieffé salaud.

Après, il y a quand même des pièges : ce film par exemple parle avant tout de daube.

La relation entre Simba et Nala nous apparaît comme étant une relation d’amitié étant jeune, qui plus tard évoluera selon le schéma classique de Disney vers un amour hétérosexuel.

J’imagine bien ce qu’il se passerait chez Disney s’ils prenaient l’auteur de ces lignes comme consultant pour leurs films.

Studios Disney, un jeudi, 14h12

"Okay les mecs : on doit faire un nouveau film. Alors je vous présente Liam, de la Brigade du Bon Goût. Il va s’assurer que l’on ne… pardon, c’est quoi votre rôle ?
- M’assurer que votre film ne soit pas porteur d’une idéologie puante.
- Oookay… bon, alors on a déjà commencé à écrire un script. Ce serait un truc avec des animaux, comme les calendriers de la Poste, et on se disait "Hey, pourquoi pas un Lion ?"
- Aha ! UN lion, ééééévidemment ! Jamais une lionne ! Quel sexisme !
- Oui enfin ça fait 60 ans qu’on fait des films avec des princesses. 
- Moui, bon allez, va pour le lion. Y a-t-il une lionne qui l’accompagne ? Hein ? Quotas, tout ça ?
- En effet, nous l’avons appelée "Nala". Et le héros se nomme "Simba". Et il y aura une histoire d’amour qui…
- AHAHAHA ! Je vous y prends ! Une histoire hétérosexuelle bien sûr ! Vous êtes immondes !
- Je… bon, José, tu notes : Nala s’appelle Nalo et lui et Simba vont s’aim…
- EVIDEMMENT ! Vous virez la lionne ! Remettez-là TOUT DE SUITE
- Bien, José, corrige : Nala est de retour. 
- Faites de Simba une femme SUR LE CHAMP !
- TA GUEEEEEEEEEEEEEEEEEUUUUUUUUUUUUUULE 
- Je… hein ? Mais je… je suis de la Brigade du Bon Goût quand même !
- On va raconter une PUTAIN D’HISTOIRE avec un fucking lion parce que LE lion c’est LE ROI DES ANIMAUX bordel de merde, parce qu’il a une fucking CRINIERE comme une COURONNE et que les enfants le SAVENT alors si tu veux une version avec des lionnes qui se lesbichent, tu vas voir MARC DORCEL
- Mais enfin ?! Je… mais arrêtez de crier, je…
- JOSE LE SCRIPT ! Désormais Simba est un TRANSEXUEL et l’action se passe au BRESIL et ce n’est pas un lion mais un putain de TAPIR ! 
- Holala, il est drôlement tard, je vais y aller moi, hein, salut !"

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Des réunions probablement passionnantes à n’en pas douter. Mais ce ne serait pas encore assez con. Heureusement, notre champion n’a pas dit son dernier mot.

Bon, jusqu’ici tout va bien dans l’hétéro-réalité patriarcale, mais seulement le film trébuche, perd ses moyens, et voilà qu’il nous montre Nala plus forte que Simba au combat! Comment? Une femme plus forte qu’un homme dans le domaine des hommes, à savoir la violence physique? Impossible! Seulement si : encore et encore et encore, Nala montre qu’elle est plus balèze que Simba.

Jusque là, d’accord : ces salauds de chez Disney ont fait un personnage plus costaud que le héros, et pire encore, c’est une femme : comment réussir à prouver que cela cache en fait d’odieux messages ? Pas de souci : la suite arrive.

Cette supériorité ouvrirait-elle des possibilités subversives? Pourquoi Nala n’affronterait-elle pas Scar elle-même? Pourquoi ne pas renverser l’ordre patriarcal et sexiste et instaurer une démocratie dans le monde des lionnes et des lions, démocratie qui aurait éventuellement la fâcheuse caractéristique de mettre des femmes au pouvoir vu que les lionnes sont bien plus nombreuses dans le film.

Rappelons que quelques lignes plus haut on vous expliquait l’inverse : que les femmes étaient en minorité. Pif pouf, elles sont en majorité. Mais surtout : si les personnages ne se battent pas pour instaurer une démocratie, c’est probablement pour ne pas montrer des femmes au pouvoir.

Et si Nala ne joue pas à la belote, c’est probablement parce que Disney est farouchement opposé aux jeux de cartes. Mais enfin ?

Vous pouvez aussi mettre directement votre enfant devant les séances de l’assemblée nationale.

C’est vrai que c’est dégueulasse : vous aussi vous avez noté tous ces contes dans lesquels les héros ne se battent pas pour la démocratie, l’égalité hommes-femmes, les minimas sociaux ou l’assurance-maladie ? Et bien en fait tout cela est un terrible complot visant à détruire l’imaginaire des enfants pour leur imposer un modèle social, hahaha !

Non parce que sinon, allons-y : les gens vont commencer à raconter des histoires sans s’imposer de codes, et bientôt ils raconteront des aventures, des épopées sans se baser sur la bonne morale du XXIe siècle ou pire, écriront des livres et feront des films EN INVENTANT DES CHOSES ! Tenez, rien que d’en parler, j’en ai des palpitations.

Je me demande si quelqu’un a dit au Monsieur qu’en fait, le but du jeu, c’était justement de raconter une histoire qui ne soit pas basée sur la vraie vie des vrais gens. Non parce que, en fait, les lions ne chantent pas vraiment "Hakuna Matata" ni ne dissertent avec des babouins défoncés à la ganja quant à l’avenir de leur royaume. Et non. Oui, je sais, ça fait un choc.

Mais ce n’est pas fini.

Une fois qu’il aura compris sa destinée, à savoir sa position de dominant, il laissera Nala derrière (et oui, les femmes doivent s’y faire, les hommes ont des responsabilités qui ne laissent pas de place aux femmes, ni même le temps de leur parler). Il rentrera donc affronter Scar au sommet du phallus géant qu’est le monde des lions, après avoir donné des ordres à un peu tout le monde, en assumant enfin (il était temps!) son statut de dominant dans le cercle de la vie.

Bordel, l’héritier du roi qui va réclamer son trône au lieu d’envoyer sa copine se battre à sa place, c’est quand même salement machiste.

Et oui, l’auteur de ces lignes – qui est je le rappelle, un furieux combattant contre le sexisme – rapporte bien tout au sexe au point de voir en lieu et place d’une tribune de pierre une bite géante.

Freud, si tu es là, fais tourner la coke.

La scène d’amour entre Simba et Nala est une illustration frappante de cette soumission, en renversant les positions des protagonistes. Dans le combat, Nala est au dessus, agressive, dominante, malgré la volonté de Simba, qui est vaincu. Par contre, dans la scène d’amour, c’est Nala qui se retrouve en dessous, et ceci PARCE QU’ELLE LE VEUT! Soumise, Nala retrouve les qualités dont doit faire preuve une femme. L’effacement, la coquetterie, la séduction.

Encore une fois, c’est fou comme chaque détail semble ramener automatiquement à une histoire de cucu. Heureusement que notre héros n’est pas sexiste, sinon je n’ose imaginer le résultat. En même temps, j’avais déjà du mal à imaginer un discours aussi idiot jusqu’ici.

Studios Disney, un jeudi, 16h24

"Boooooooon donc on disait que Nala et Simba allaient se faire des bisous dans les buissons.
- Ouais mais Nala elle est dessus ou dessous ?
- Hein ? Mais j’en sais rien ! Pourquoi, vous pensez qu’elle a une position préférée ?
- NAN MAIS SI ELLE SE MET DESSOUS C’EST QU’ELLE SE SOUMET COMPLETEMENT !
- Ah merde, mais alors dès qu’une femme est physiquement en-dessous d’un homme, même pour un gros câlin, elle devient instantanément son esclave ?
- COMPLÈTEMENT !
- Hé bé, j’imagine que vous copulez en gravité zéro. Bon, José, ajoute la réplique "Nala, est-ce que tu veux que l’on fasse la toupie de Tombouctou ou plutôt le toboggan Afghan ?"
- Ah, tout de même ! Heureusement que je suis là pour empêcher que tout votre film ne tourne autour d’une histoire de sexe."

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L’amour hétérosexuel rétablit la hiérarchie des sexes, que la domination physique de Nala sur Simba avait quelque peu ébranlé. Rétablir pour mieux affirmer, voilà ce que nous fait voir cette scène.

Compris Mesdemoiselles ? A chaque fois que vous couchez avec un homme, en réalité, c’est une preuve de soumission. Et c’est un féministe qui le dit. Quelqu’un pour expliquer au Monsieur que son kiki n’est pas magique et ne lobotomise instantanément autrui ? Après, ça dépend où on le met, mais tout de même.

La femme est instantanément soumise à tout ce qui se met au-dessus d’elle. Ici, des cailloux. Balaise.

C’est ici que nous revenons à la figure du despote éclairé. Disney, très loin des valeurs démocratiques censées être au fondement de nos sociétés, glorifie dans Le Roi Lion (et ailleurs) la monarchie absolue. Mais ne soyons pas médisant, car la monarchie soutenue par Disney est la monarchie éclairée, raisonnable, qui va de soi. Royalistes de tous les pays, regardez Disney! Vous serez ravi-e-s! Tou-te-s les autres, BOYCOTTEZ CETTE HORREUR!

Fiers démocrates de tous les pays : boycottez le Roi Lion, Disney & co : ces petits salopards se permettent de raconter des histoires avec des rois ! Si vous avez déjà regardé le film sans avoir de remords, alors sachez-le : vous n’êtes qu’une grosse bande de collabos.

Studios Disney, un jeudi, 19h12

"Bon écoutez, j’aimerais rentrer chez moi… alors on disait quoi ? 
- Je disais que je venais de remplacer votre vision honteuse et despotique par une version du film plus proche des vraies valeurs – qui sont évidemment les miennes. J’ai demandé aux animateurs et doubleurs de refaire le passage où Scar tue Mufasa pour prendre sa place en lui envoyant un troupeau de buffles sur la gueule. Vous allez voir, j’ai fait deux ou trois modifications, vous ne remarquerez trois fois rien sur le fond."

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"Scar !
- Mufasa… Mufasa… croyais-tu vraiment que j’allais attendre mon tour pour prendre le pouvoir ? 
- Mais Scar, tu sais très bien que la Fédération Animale Paritaire a une présidence tournante ! Pourquoi n’as-tu pu attendre ? Tu aurais aussi pu me destituer via un référendum ou une motion de censure aux deux tiers !
- Allons Mufasa, tu sais très bien que je n’aurais jamais pu convaincre les hippopotames de voter pour moi. Alors j’ai décidé de…
- Que… Scar, le sol tremble ! Quel est ce bruit ?
- Ahahaha Mufasa, c’est le son de ta fin qui approche ! Ta carrière va s’arrêter piétinée… par le poids de 5 000 AMENDEMENTS  DÉPOSÉS EN MÊME TEMPS !
- Scar non ! Nooooooooon ! Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !"

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"Je veux rentrer chez moi. Maintenant."

L’opposition est ici totale, et va jusqu’à s’inscrire dans l’esthétique des deux personnages. Mufasa est rayonnant, lumineux, avec un physique imposant, dessiné avec des traits courbes. Il possède une belle crinière rouge et des yeux noirs bienveillants. Alors que Scar est sombre avec une crinière noire, un teint maladif, des yeux verts aux allures d’antéchrist, des formes angulaires, et il est même carrément défiguré. Cette « laideur d’âme » qui s’inscrit dans le corps même des personnages de Disney ne se limite pas au Roi Lion, c’est un autre des thèmes récurrent de la corporation Disney, à savoir l’idée que le physique d’une personne reflète son for intérieur. D’où la tendance qu’à Disney de dessiner ses héros et héroïnes avec des traits courbes, fins, clairs, et ses méchant-e-s avec des traits angulaires, grossiers, sur-dimensionnés et sombres.

En effet : les enfants ne lisent que trop rarement Machiavel. C’est quand même honteux ces gens qui font des dessins-animés loin de la réalité ! Mais enfin, à quoi pensent-ils ? Si les personnages rigolos ont l’air rigolo, les gentils l’air gentil et les méchants l’air méchant, c’est tout de même suspect. D’ailleurs, avez-vous déjà remarqué comment sur les jouets pour enfants on représente aussi les animaux de manière complètement caricaturale ? Non, Messieurs les jurés, Piou-Piou le poussin n’est pas parfaitement jaune et lisse : c’est de la désinformation et de la manipulation, que les fabricants de jouets soient lynchés pour oser montrer le monde autrement qu’il n’est vraiment via d’odieux mensoooooooooonges et je… oh, je vous laisse pour un autre procès d’intention : je dois aller expliquer au monde libre qu’en fait, le chakra ne fonctionne pas comme dans Naruto. Le sort de millions d’adolescents dépend de moi !

Un tapir. Non parce que je me devais de vous instruire

Ah oui, sinon : notez ce petit défaut d’écriture commun chez un certain nombre de néo-féministes (à savoir celles et ceux dont le combat semble d’être de hurler qu’ils sont les gens les moins sexistes du monde tout en rapportant tout à cela) ; l’utilisation du "-e" pour écrire, comme par exemple dans "méchant-e-s" parce que dire "méchants" (en respectant la langue française) serait sexiste, "méchant(e)s" serait sexiste aussi parce que ça mettrait la féminité entre parenthèses, et "méchant-e-s" qui ne ressemble à rien est moralement correct parce que comme ça, ça met tout le monde à égalité. Même si c’est plus long à écrire sans que l’on comprenne bien l’intérêt, à part de signaler que l’on aime bien se faire remarquer pour dire que l’on est plus féministe que son voisin.

Misère, mais comment ont fait Simone de Beauvoir et Elisabeth Badinter pour écrire sans utiliser ce genre de trucs ? Ah mais oui je sais : c’étaient probablement d’odieuses machistes elles aussi.

Mais ce n’est pas fini ! Concentrez-vous :

Si nous voulons que les enfants de notre société grandissent en ayant les moyens d’avoir des rapports sociaux de sexes égalitaires (et l’enjeu est de taille), ça serait chouette qu’on arrête de remplir leurs imaginaires de schémas, d’images et d’histoires où les rapports entre les sexes sont tout sauf égalitaires et sont mêmes, dans le cas du Roi Lion, carrément réactionnaires et patriarcaux (en 1994, presque 30 ans après la deuxième vague féministe). Ça serait chouette que nous réfléchissions individuellement et collectivement à quelles valeurs nous avons envie de voir habiter les films, livres, dessins animés etc… qui peuplent le monde des enfants et qui nourrissent leurs imaginaires. Si nous voulons vivre dans une société égalitaire (ce qui est quand même le but premier du féminisme, et devrait être le but premier de tout être humain qui se respecte), il est totalement schizophrène et contradictoire de montrer systématiquement aux enfants de notre société des histoires qui glorifient et encouragent précisément l’inverse, à savoir le pouvoir, la domination et la hiérarchie, et ce à tous les niveaux, pas juste au niveau des rapports sociaux de sexes (il y a par exemple de très nombreux textes écris sur le racisme dans Disney).

Vous avez lu ? Disney qui transmet des valeurs honteuses aux enfants qui, tout comme notre auteur, voient des histoires de sexe partout ? Et bien attention :

Il m’a fallu environ 15 ans pour me rendre compte de l’énormité de l’horreur que représente Disney et pourquoi (la plupart de) leurs films (et bien d’autres) doivent être dénoncés et critiqués à chaque tournant. J’ai dû regarder Le Roi Lion environ une trentaine ou quarantaine de fois (et ce n’est même pas le Disney que j’ai le plus regardé) quand j’étais gamin, sans me rendre compte à quel point les valeurs qu’il était en train de me communiquer étaient abominables.

Le même vous explique qu’il a vu 30 ou 40 fois le film sans réaliser tout cela (à raison) et que malgré tout, il est quand même devenu féministe !

Comme quoi, ça ne devait pas être si orienté que ça. Par contre visiblement, trop regarder ledit film rend un peu con.

Mais assez parlé du Roi Lion : parlons d’un autre film de propagande crypto-fasciste : Aladdin.

Ce début de film est en soit d’une violence symbolique fulgurante. Un petit homme arabe essaye de nous divertir en nous souhaitant la bienvenue à Agrabah, « ville de la magie noire » (forcément noire, la magie d’un tel endroit), « d’enchantement », mais surtout ville de la marchandise qu’il veut nous faire gober. Voyant que le spectateur occidental n’est pas intéressé, ce petit marchand comprend qu’il vaudrait mieux leur raconter une histoire de … quelqu’un d’occidental, à savoir Aladdin.

"Une violence symbolique fulgurante". Essayez de vous souvenir du début du film ? Voilà. Vous vous sentez violenté symboliquement ? Vous non plus ? C’est fou. A noter qu’encore une fois, le héros de la tolérance n’y va pas de main morte : tout est rapporté à la couleur de peau des personnages. Il y a un arnaqueur ? C’est parce qu’il est arabe. Il y a un méchant ? C’est parce qu’il est arabe. Aladdin ? Ah non, lui il est "occidental" (j’aime ce genre de déclarations basées sur du rien). Ah. Oui mais il est voleur quand même, donc même un occidental peut l’être, ce qui prouverait que ça n’a rien à avoir avec la couleur de peau, non ? Pas de souci : l’auteur de ces lignes passe ce détail sous silence, comme ça, il est tranquille : il peut continuer de clamer qu’Aladdin est un film fascisto-nazi.

Image tirée du site en question : Aladdin est tellement occidental que même les marchands locaux sont moins basanés que lui.

Mais c’est vrai qu’une légende du Moyen-Orient pleine de gens basanés, c’est quand même assez raciste. C’est comme en ce moment, la guerre au Mali : figurez-vous qu’on ne voit sur les images quasiment que des noirs ! C’est quand même suspect.

La figure de proue de ce racisme est indéniablement Jafar. Introduit par le marchand du début comme « un homme en noir, nourrissant de noirs desseins ». La version originale est encore plus explicite: « a dark man waits, with a dark purpose ». Là où en français l’homme est vêtu de noir, ici l’homme est sombre (dark). Et avec Jafar, TOUT est sombre: ses vêtements, sa peau, ses yeux (qui dans plusieurs gros plans sont rouges), sa barbe courbe et efféminée (encore un efféminé louche chez Disney), ainsi que ses désirs et sa cruauté. C’est l’homme maléfique par excellence. Si le contraste entre la façon dont Disney a choisi de dessiner Jafar et comment il a choisi de dessiner Aladdin est tellement énorme qu’il crève les yeux, ce qui en découle l’est peut-être moins.

Voilà, c’est plié : le méchant est habillé en noir. Ou est Dark (comme Dark Vador, par exemple ?). Donc, c’est du racisme !

Qui se dévoue pour aller annoncer aux gothiques qu’ils sont une annexe du Front National ?

Notez au passage que Jafar a une "barbe courte et efféminée". La barbe, cet accessoire typiquement féminin.

Or le grand rêve d’Aladdin c’est d’habiter dans ledit palais. Du coup, comment pourrait-on même PENSER qu’Aladdin pourrait utiliser le pouvoir du génie pour instaurer, par exemple, une démocratie à Agrabah et faire en sorte, je dis n’importe quoi hein, que les enfants à qui il a donné du pain juste avant de les avoir sauvés du fouet du méchant prince, que ces enfants-là n’aient plus à vivre dans la pauvreté et la misère, alors que le sultan habite dans son énorme palais et fait mumuse avec ses petits jouets. Mais quelle idée saugrenue ! Quelle manque de classe !

Quel enfoiré cet Aladdin : il tombe sur une lampe avec un génie, et il ne s’en sert pas pour imposer le modèle de pensée occidental du XXIe siècle à tout le monde. A la place, après une vie de mendiant, il pense à son cul : petite ordure !

Non, si le dessin-animé avait été vraiment réaliste, Aladdin aurait souhaité être directement le maître du monde, son compte en banque aurait pris  9 zéros, et le soutien-gorge de Jasmine 4 bonnets.

Mais là encore, je ne suis pas sûr que cela aurait satisfait notre chevalier. Quelle exigence, pfoulala.

Belle excuse pour une fabuleuse scène où les prémisses racistes et sexistes crèvent les yeux. Un gros marchant bien arabe et barbare comme il faut veut trancher la main de notre fragile et innocente Jasmine, et OUF! Juste à temps Aladdin vient la sauver. Quel suspense ! J’étais au bord de mon siège, j’avais tellement peur que la barbarie l’emporte ! Merci Aladdin, quel homme !

Vous pouvez me dire ce que les filles apprennent ici? Et les garçons ?

Ils apprennent que les dessins-animés ne sont pas forcément là pour faire ton éducation, gros galopin. A moins bien sûr que tout film ne soit en fait secrètement éducatif, auquel cas, bonne chance devant Fast & Furious mec.

Après, il y a des films, il n’y a vraiment rien à en tirer

Quant à la présence de marchands arabes dans une ville arabe : il est vrai que c’est assez raciste. Et que Jasmine se fasse sauver par un homme est suspect : encore une fois, l’important pour les enfants est de savoir ce que contient le slip du sauveur. Combien d’enfants dans les salles de cinéma de l’époque ont hurlé "Maman, j’ai pas bien vu ses couilles ?"

Et encore une fois, Disney va neutraliser immédiatement le contenu un chouïa subversif de cette phrase en nous montrant une scène où, en fait, Jasmine est le premier prix de la tombola, une tombola où Aladdin va lui « ouvrir les yeux » en lui montrant « un rêve bleu » sur un joli tapis volant (la voiture des bougnoules ?), tout en lui mentant une fois de plus (mais les femmes, elles aiment ça qu’on leur mente, hein ?). Comprenez bien, les filles, vous avez besoin d’un homme pour vous « ouvrir les yeux » et vous faire « découvrir le monde ». Toute seule, c’est pas possible, il y a des méchants marchands arabes qui vont vous couper les mains. Mais avec un homme, un vrai, là, tout est différent, tout est merveilleux

Mais ouais mec : enfoirés de Disney à mettre de la romance cucu dans des films pour enfants. Ah, si seulement Jasmine avait pu découvrir la sexualité devant Chatroulette, tout aurait été si bon !

En conclusion, on voit bien qu’Aladdin offre à son jeune public un panel de représentations extraordinairement limité et stéréotypé en terme de personnages féminins (ou plutôt, personnage féminin au singulier). Qui plus est, si Jasmine propose à certain moments du film une attitude (ou des compétences) potentiellement subversive, c’est pour être immédiatement récupérée par le patriarcat et l’hétéronorme. C’est à mon avis la seule différence entre un personnage tel Jasmine, imaginé en 1992, soit 25 ans après la deuxième vague féministe [...] Il n’y a ici aucune égalité possible. C’est une ruse du patriarcat, qui doit être dénoncée, combattue et démanteler, aujourd’hui comme demain.

Enculé de patriarcat qui fait des films pour enfants. Je te collerai tout ça devant des films français, ils feraient moins les malins.

En conclusion, on voit bien que quelqu’un a décidé de se la jouer chevalier du sexisme et du racisme en considérant tout et tout le monde par son sexe et sa couleur de peau, et en rejouant les plus grands moments des théories du complot pour tenter de prouver que oui, Simba invitait les petits mâles à devenir monarchistes, et plus particulièrement si jamais leur papa se faisait piétiner par des buffles.

Exactement le genre de chevalier qui fait que désormais, dans tous les films, qu’importe le contexte, on vous sort du chapeau des personnages se comportant exactement comme des gens du XXIe siècle histoire que le spectateur ait l’impression que depuis la nuit des temps, tout le monde pense comme lui.

En fait, si l’on suivait les recommandations de ce genre de loulous, on ne ferait des films que pour apprendre aux enfants à penser comme lui.

Ouf, heureusement qu’il lutte contre la pensée unique de Disney.

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 "Père Castor, Père Castor, une histoire s’il-te-plaît !"

Poussant sur les bascules de son fauteuil, le Père Castor observe attentivement le visage ravi de Benjamin, le petit rongeur prêt à entendre une nouvelle aventure des animaux de la forêt. Comme toujours, et bien qu’ayant d’ores et déjà un récit prêt, il se caresse le menton, les yeux levés vers le plafond depuis l’abri de ses lorgnons.

"J’ai une histoire pour toi mon petit Benjamin."

Le jeune castor regarda autour de lui, interloqué.

"Mais… Grignote et Câline… elles sont où ? Elles ne viennent pas écouter l’histoire aujourd’hui ?
- Non, elles ne sont pas là mon petit Benjamin, mais ne t’inquiète pas…"

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L’espace d’un instant, les flammes de l’âtre semblèrent briller plus que de raisons dans les verres du vénérable conteur.

"Dis-moi Benjamin… t’ai-je raconté l’histoire du vieux castor qui avait revendu deux peaux au fourreur pour réaliser des pantoufles à Mme Guderian ?"

"Patron, patron !"

La porte du salon s’ouvrit violemment, laissant paraître le visage rubicond du malheureux Diego, essoufflé et roulant des yeux paniqués. S’avançant en direction de son auguste – et modeste – maître, l’humble employé tenta de se reprendre quelque peu, réajustant sa tenue en profitant du fait que son supérieur soit occupé à observer quelque chose par la fenêtre. Sans se retourner, ce dernier leva son verre de brandy avant de s’enquérir du motif ce raffut.

"Hé bien Diego, que se passe t-il ? 
- C’est… haaa… le… haaa… le…"

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Me retournant pour constater le lamentable et dégoulinant état de celui pourtant payé à avoir un minimum de tenue, je me permis de sourciller, exprimant ainsi mon désarroi avec force.

"Diego, la dernière fois que je t’ai vu si essoufflé, c’était la fois où il avait fallu rattraper cette joueuse de volley-ball suédoise qui s’était échappée du coffre. Tu te souviens quand j’ai dû lancer ma pelle dans ses jambes pour l’arrêter ? Quelle belle soirée cela fut.
- Haaa… certes Monsieur mais je… haaa… c’est important ! Vous allez… apprécier. Voyez plutôt…"

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Se saisissant prestement d’une télécommande, le brave garçon alluma la télévision voisine, y faisant paraître des images de bruyantes manifestations, d’incendies et de diverses mais généreuses oeuvres de pilosité faciale. M’approchant quelque peu, je constatai bien vite que Diego semblait attendre, béat, une quelconque réaction de ma part.

"Qu’est-ce ? Il y a encore une nouvelle chaîne ? Canal Sarrasin à vue de nez, non ? J’imagine que Black & Decker ne se pressent pas pour occuper leur espace publicitaire, ce serait un peu pour eux comme se proposer de sponsoriser Sébastien Chabal.
- Monsieur !
- Mais je ne sais pas mon bon, aide-moi ! Je ne vois pas !
- Mais ces gens Monsieur, ces gens ! Ils réalisent votre rêve ! 
- Réaliser le concours du plus bel air grognon ?
- Non ! Ils sont en colère… parce que quelqu’un a fait un film pourri !"

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Surpris par cette nouvelle, j’en lâchai mon verre de brandy. Je ne pris même pas la peine de réagir lorsque Diego, comme il se devait, se jeta au sol pour sauver la précieuse boisson d’un sort funeste. Tout au mieux, je posais un pied sur son dos pour m’approcher un peu plus du téléviseur et observer les manifestations de colère qui y apparaissaient.

En France, il y avait 20 manifestants selon la police, 25 selon les organisateurs, et 3,6 millions selon Marine Le Pen

"Mais alors, qu’est-ce qui a décidé ces gens à enfin hurler contre l’immense foutage de gueule qu’est le cinéma actuel ? Ils ont vu Prométhéus ? Non, laissez-moi deviner : le dernier Batman ! Ou… hmmm, non, une rediffusion d’Avatar qui a mal tourné peut-être ?
- Non Monsieur : il s’agit d’un film vraiment pourri. Ils se sont sentis insultés en le voyant.
- Oui, c’est bien ce que je dis.
- Ah mais non, mais là c’est juste parce que c’est religieux.
- Diable ? Vous voudriez dire qu’insulter la foi serait intolérable là où faire de même avec l’intelligence serait considéré comme "de l’industrie de loisir" ? 
- Je ne l’aurais pas dit ainsi Monsieur, mais il semblerait que ce soit ainsi."

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Diego ponctua sa phrase d’un gémissement, alors que je basculais un peu plus mon poids vers mon pied d’appui habilement situé sur le dos du personnage. Me baissant seulement pour me saisir du verre de brandy qu’il tenait encore dans la main, je supposai qu’il était temps d’aborder un sujet des plus importants lorsque l’on parle de cinéma : la notion de cohérence.

Car vous aussi, vous avez peut-être connu cette scène : alors que vous êtes avec quelques amis à profiter d’une soirée de bon goût (comprendre : sans Time’s Up ni Jungle Speed), voici que la conversation dérive vers le cinéma. La chose est abordée de bien des manières, mais alors que vous riez joyeusement d’une abominable incohérence laissée au coeur d’un film, voici que l’un des convives fronce ses sourcils très fort. A peine avez-vous le temps de voir l’attaque venir, que déjà, le vil fripon a déjà lâché son fiel sous la forme de cette célèbre maxime :

"Haaan, mais c’est qu’un film !"

Et arguant que dans ce cas, on pourrait aussi reprocher à Harry Potter de faire de la magie, aux personnages de Star Wars de voguer dans l’espace à folle allure, ou à Marty de retourner régulièrement dans le futur. Alors la cohérence, pffff, tu vois, bon, hein, dis.

Dans ce cas, permettez-moi de vous indiquer la procédure à suivre : tout d’abord, riez poliment, et proposez à l’auteur de pareil propos de vous accompagner en direction du bar pour reprendre quelque chose à boire. Souriez, abondez dans son sens, donnez d’autres exemples de films à base de magie, super-pouvoirs ou autres pour l’encourager, bref, soyez compréhensifs. Posez délicatement une main amicale sur son dos, afin d’appuyer l’envie que vous avez d’aller discuter avec lui, puis, après quelques pas, profitez de ce point d’appui pour y appuyer très fort jusqu’à ramener la gueule du malotru contre votre genou. Une fois celui-ci à terre, se tenant le crâne en baignant dans son sang, l’expression de votre trouble devrait être satisfaite, et vous pourrez commencer à lui expliquer son tort.

Car, allez savoir pourquoi, il se trouve que pour beaucoup de gens, un film cohérent est obligatoirement un film réaliste (et donc passablement chiant puisque sans explosion à chaque fois que quelqu’un fait tomber ses clés). Les érudits de soirée (comprendre : ceux qui savent taper Wikipédia dans Google) vous parleront probablement même de "suspension consentie de l’incrédulité" pour exprimer en termes d’expert pourquoi les incohérences, on ne peut pas les reprocher au cinéma, puisqu’il s’agit de cinéma, et donc bien de choses improbables.

En fait, à les écouter, non seulement ce serait normal, mais en plus, ce serait un pan entier du 7e art. On peut alors parler de "suspension consentie du cerveau" face à ces gens qui vous expliquent donc avec force arguments que si vous rechignez quand on vous refile de la daube, c’est parce que vous n’y comprenez rien puisque ce doux fumet d’étron qui embaume vos narines est en fait NORMAL. Hmmm, d’accord, c’est intéressant. Intéressant comme dans "Pourquoi ai-je envie d’avoir recours au napalm sur mon prochain ?"

Ne pas confondre avec une "ablation consentie du cerveau". Si vous ne savez pas ce que c’est, regardez fixement cette image.

Jeunes gens, comprenons bien la différence fondamentale qu’il y a entre deux choses en matière de récit, fut-il oral, écrit, ou cinématographique (je ne parle pas des romans-photos, qui sont des choses n’appartenant pas à notre univers) : le n’importe quoi et le n’importe comment.

Le n’importe quoi

Raconter n’importe quoi, au cinéma, c’est possible. L’histoire d’un mec qui peut voler pour peu qu’il porte slip et cape, d’un type qui peut faire des potions de polymorphie parce qu’un vieux barbu s’est proposé de l’emmener dans un vieux château à l’âge de 11 ans pour lui apprendre la magie, ou même celle d’un type voyageant dans le temps pour aller sauver les gens de leurs erreurs passées (comme par exemple, la nomination de Manuel Valls à autre chose qu’au Ministère des Calembours), vous pouvez bien faire ce que vous voulez.

J’entends par là : il y a quand même bien eu un mec pour écrire "Abraham Lincoln – Chasseur de vampires", alors c’est vous dire si l’on peut écrire n’importe quoi sans encombre. D’ailleurs, pour ma part, quand je veux lire des trucs à des années-lumière de la réalité, je lis l’éditorial du Figaro.

A partir du moment où l’on sait qu’il s’agit de fiction, alors tout est possible, en effet.

Vous avez bien saisi ? Faire de la fiction dans une oeuvre de fiction, c’est effectivement assez incontestable.

Mais ce n’est pas si simple. Il ne faut pas oublier le concept qui va de pair :

Le n’importe comment

Raconter n’importe quoi, c’est bien. Mais le raconter n’importe comment, c’est tout de suite moins malin. Tenez, par exemple : imaginons une oeuvre qui parle d’un personnage pouvant devenir invisible à volonté. Un jour, à l’occasion d’une mission particulièrement importante (le président des Etats-Unis lui a demandé de lui ramener des photos des douches des filles), notre héros réalise… qu’il doit passer devant un surveillant sans être vu ! Impossible se dit-il : je vais plutôt faire demi-tour.

Bien : sachant qu’il peut se rendre invisible, c’est une incohérence complète. Et là, cinéma ou pas, c’est une insulte à votre intelligence, puisque le récit n’a aucune cohérence. C’est le principe d’un scénario : c’est supposé être une suite cohérente de scènes, qui respecte votre univers et vos personnages, aussi irréels soient-ils. Si ce n’était pas le cas, on pourrait aussi bien laisser un singe avec une machine à écrire s’occuper de l’intrigue. Ce que l’on a fait qu’une fois, et a rendu ledit singe riche puisqu’il a rédigé en moins de 18 minutes l’intégrale de la série Lost (en réalité, l’aspect confus du récit n’est dû qu’au fait que l’animal cherchait à utiliser les touches pour s’épouiller).

C’est donc bien là ce qui semble échapper curieusement à une partie de la population : raconter n’importe quoi dans une oeuvre c’est possible  (attention : même si c’est le cas du programme du Front National, ce n’est pas pour autant potentiellement oscarisable), le faire n’importe comment, c’est insultant pour l’intelligence humaine.

Comment n’est-ce pas une évidence ? Pourquoi y a t-il encore des défenseurs du mauvais et de l’intenable ? De quelle manière sont-ils devenus si navrants que pour eux, quelque chose d’objectivement raté est complètement réussi ? Cela expliquerait-il certains résultats électoraux  ?

Le mystère demeure complet.

L’expliquer à une blogueuse-mode

Parfois, hélas, expliquer ce concept pourtant simple est cependant extrêmement compliqué face à certains groupes intégristes et ignorants élevés dans le fanatisme le plus complet, la faute un analphabétisme important et à une exploitation de la misère humaine par des groupes mal intentionnés qui leurs présentent de "saintes écritures" à suivre aveuglément, leur expliquant doctement ce qui est bon ou mauvais.

Je veux bien sûr parler des blogueuses modes.

Il convient alors de leur expliquer le concept de scénario de la manière suivante :

Un film, c’est un peu comme un chaton : on en trouve partout sur internet et il y a des gens qui peuvent passer la journée à en regarder.

Une incohérence, c’est un peu comme un coup de ponceuse dans la gueule du chaton : ça n’empêche pas de le regarder, ça reste toujours un chaton, mais curieusement, ça peut en déranger certains (si la blogueuse dispose d’un chaton, n’hésitez pas à lui faire une démonstration de la chose en direct pour bien lui expliquer votre théorie). Et il y a des réalisateurs qui aiment faire beaucoup de mal aux chatons : les passer à la ponceuse, les utiliser comme projectiles de chamboule-tout, voire s’en servir de papier toilette (surtout les chatons angoras : vous ne trouverez jamais plus doux, et puis honnêtement, un rouleau de félins dans vos toilettes, ça a quand même un certain standing). Résultat : ça donne un truc tout dégueulasse. Et dire :

"Haaaan mais c’est qu’un chaton, ça vaaaa !"

Scénario innocent attendant de se prendre un parpaing sur la gueule (allégorie de "Nicolas Cage jouera le rôle principal")

N’en fait pas moins que certes, mais le chaton est au final relativement laid (d’où le fait que votre serviteur s’atelle régulièrement à expliquer pourquoi il faut emmener ledit chaton à la rivière pour éviter qu’il ne souffre).

Si avec ça, la blogueuse mode ne comprend toujours pas, essayez de la refaire avec d’autres animaux mignons. Comme par exemple, le lapin joli, le dauphin filou, ou le fourmilier croûteux (mais si).

Voilà. Donc maintenant, merci d’arrêter avec ces histoires de "Haaan, mais les films, c’est pas fait pour être réaliste !" : certes, mais confondre réalisme et cohérence, c’est déjà mauvais signe.

Tout comme il ne faut pas confondre foi et intelligence, puisque donc, une seule des deux ne provoque la colère chez les gens une fois ouvertement insultée, y compris par le cinéma.

Ce qui, quelque part, explique la longévité de TF1

Qui êtes-vous, extrapolateurs ?

Pourquoi faites-vous cela ? N’avez-vous point d’autres hobbys ? Êtes-vous vraiment humains ? Pourquoi Arthur existe-t-il ? Voulez-vous un coup de batte ? Autant de questions qui, ces derniers temps, ne cessent de me hanter.

Longtemps, j’ai cru que ces créatures étaient des êtres qui ne vivaient qu’à la lumière des néons des galeries d’art, allant et venant au son traînant de leurs mocassins à glands frottant contre des parquets croulant sous le poids de l’ego de leurs visiteurs. Allant d’oeuvre en oeuvre, l’extrapolateur refuse de dire qu’il a pu se déplacer pour une réalisation et être déçue par celle-ci : il doit toujours trouver quelques qualités à ce qu’il a devant lui et, se prenant la tête dans la main en mimant l’air pensif, en commentant tant qu’il peut ce que l’artiste a selon lui voulu dire au travers de son oeuvre. Et de préférence, en trouvant plus à dire que son voisin, afin de passer pour plus savant que lui (c’est une sorte de concours de pets, si vous voulez, mais avec la bouche).

Mais non : après avoir trop longuement rôdé dans leurs galeries, ces êtres ont fini par s’en échapper, et s’attaquent désormais à une nouvelle cible : le 7e art (même si tout est relatif, ou alors il faut considérer Christian Clavier comme un artiste).

Car oui : les extrapolateurs, ce sont ces curieux personnages qui sont prêts à trouver formidables des films au scénario se foutant ouvertement de leur gueule, pour peu qu’ils puissent ainsi compléter eux-mêmes les zones de vide intersidéral du script en inventant des choses. Présenteriez-vous du gruyère à ces braves gens sous l’appellation de coulommiers qu’ils tenteraient de combler les trous du pauvre fromage à l’aide d’un fameux baratin, expliquant que tout cela est bien évidemment parfaitement normal, et qu’il faut se creuser un peu la tête pour le voir. Leur vendriez-vous une maison à laquelle il manquerait un mur qu’ils s’enthousiasmeraient pour le génie de ce nouveau système d’aération : oui, l’extrapolateur est tout simplement une sorte de gros pigeon, qui, lorsque l’on pointe du doigt l’arnaque dans laquelle il se débat, se complaît à roucouler fièrement qu’à l’endroit où nous voyons arnaque, il voit bien plus loin (remarquez, du coup, ces gens là sont très pratiques pour l’économie de notre pays).

Là où Borée ou Zéphyr ne trouveraient jamais assez de vent pour emplir autant de trous, les extrapolateurs, eux, rivalisent d’inventivité – et de mauvaise foi, domaine que je maîtrise quelque peu – pour tenter de combler chaque faille, chaque creux, chaque grand vide dans le scénario des oeuvres que l’on déroule sous leurs yeux.

Alors, braves gens, là où il y avait le point Ciné-Pipeau, consistant à expliquer à autrui qu’il n’a rien compris au film et doit donc retourner le voir, voici venir le point Ciné-Extrapolation, correspondant à la définition suivante :

Lors d’une conversation sur le cinéma, plus le temps passe, plus il y a de chances que quelqu’un commence à inventer des choses au hasard pour tenter de combler les trous dans le scénario d’un film pour essayer d’en remonter la qualité

Un exemple de voiture de ces êtres curieux : "ce ne sont pas des taches de rouille, c’est un choix esthétique"

Si cette définition fonctionne principalement pour les gens autour de vous correspondant au profil typique de l’extrapolateur présenté plus haut (et donc, que vous avez souvent envie de les gifler avec un objet adapté, comme par exemple, une table en chêne), sachez qu’il existe un moyen simple de reconnaître ces derniers, même s’ils tentent de se faire discrets, car le point Ciné-Extrapolation sort plus facilement quand vous parlez d’un film dans lequel réalité et monde imaginaire se confondent : rêves (Inception), illusions (Matrix), folie (Sucker Punch), bref. C’est un peu comme leur coller les yeux face à un stroboscope : ça les rend tout fous, ils se mettent à bondir dans tous les sens en bavant puis à raconter n’importe quoi ("J’adore Christine Boutin !"), car pour le coup, sitôt que l’imaginaire est invoqué, pour eux, sky is the limit, comme on disait à bord de Challenger.

Qui n’a jamais entendu que "Nan mais attends, Inception tu vois, moi je pense qu’en fait, il y a encore un rêve dans un rêve dans un rêve", que Matrix "Si ça se trouve, c’est encore une couche de la matrice" ou "Sucker Punch, en fait, c’est en réalité un rêve fait par un lama complètement défoncé au peyotl", parce que merde, attends, c’est trop fou, c’est des rêves/illusions/folies, on peut pas savoir la vérité !

Sur ce dernier exemple, j’exagère un peu. Mais personnellement, j’ai quand même eu la joie de lire des gens analyser Sucker Punch en hurlant au génie philosophique, quand je rappelle que le pitch est :

"Des meufs en mini-jupe tatanent des milliers de monstres en prenant des poses salaces avec de grosses armes"

Mais nul doute que c’était plus profond que cela, et que Socrate et Kant sur les rives du Styx ont pleuré de bonheur en voyant autant de réflexion dans pareille oeuvre. Platon, par contre, non. Mais Platon, c’est parce qu’il en est encore à revisionner Fast & Furious, persuadé qu’en fait, tout cela est un incroyable recueil de pistes sur la nature humaine vue au travers d’un pot d’échappement.

Ainsi, l’imagination de nos amis de l’extrapolation est devenue si fertile ces dernières années, encouragée par des scénarios si vides qu’on y trouve plus de place pour s’inventer une histoire que pour l’intrigue originale, qu’ils en sont désormais arrivés à expliquer que l’équipe du film en sait moins qu’eux sur ce dernier. D’ailleurs, à les écouter, il n’y a pas grand monde qui en sait plus qu’eux, ce qui est toujours intéressant. On pourrait, histoire d’illustrer la chose, prendre quelques exemples :

Le dernier volet de La Planète des Singes, par exemple, où sans spoiler (il y a une catégorie pour ça), il y a un passage où, sans aucune raison, toute une armée de primates se lance à l’assaut d’un bâtiment où concrètement, elle n’a aucune raison d’aller (à part faire des trucs de singes, comme taper sur les vitres en gueulant, s’épouiller le roudoudou ou jouer avec son caca). A l’époque, les commentateurs les plus inspirés par l’acide coulant dans leurs veines n’avaient pas hésité à expliquer que :

  • C’est la preuve que les singes sont devenus intelligents : ils s’en prennent à des choses symboliques plutôt qu’utiles
  • C’est parce que le commandement échappe à l’un des singes au début, et que c’est donc pour ensuite mieux s’affirmer par rapport à ce chaos
  • C’est pour tendre une embuscade à l’un des employés du bâtiment afin de se venger de lui

Ce qui était bien gentil, jusqu’à ce que l’équipe du film explique avec bonheur dans divers médias que "Nan mais en fait, c’est parce qu’au début il y avait une autre intrigue avec une guenon, et que cette scène là était liée à cela, mais on a oublié de la retirer avec les autres scènes… et elle n’a plus aucun sens, du coup." et le plus beau ? Ça n’a pas démonté les extrapolateurs fous, qui ont continué leur petit trip. "Les auteurs disent qu’ils ont fait une erreur, mais ils se trompent : ils l’ont fait exprès en fait et c’est parfaitement logique".

"Hmmm hmmm. D’accord, vous avez raison, tout cela est très cohérent. Maintenant, parlez-moi de vos parents : avez-vous envie de les tuer ?"

Pour faire simple, l’extrapolateur, c’est quand même un peu quelqu’un qui vous improvise des fanfictions à volonté, mais jamais de qualité (je crois que je viens de faire une lapalissade, mais passons).

Sur Prométhéus, donc, les spéculations vont aussi bon train, certains défendant jusqu’au moindre détail (je salue le lecteur qui m’a expliqué que le sas entrouvert au début du film juste pour qu’un personnage puisse en mater discrètement un second en train de faire des pompes, c’était une programmation volontaire car c’est connu, dans l’espace, on adore utiliser des sas de sécurité ni ouverts, ni fermés pour exhiber ses petits muscles en faisant son sport) ; or, pour le coup, quelques journalistes s’en sont émus et sont allés poser des questions sur les curieux montages et trous du film, obtenant pour courageuses réponses :

  • "Le montage, c’est Ridley, et rien que Ridley, on y est pour rien"
  • "Ridley avait une nouvelle idée par jour : ça se sent dans le film"
  • "Tous les choix sont ceux de Ridley"

Bref, les rats quittent le navire, chargeant tout sur le dos de leur chef, conscient que là, quand même, ils ont un peu fait n’importe quoi dans le cadre de ce film. Mais là encore, ça n’empêche pas toute une troupe de fameux cinéphiles de venir expliquer que non non, tout est parfait et peut-être parfaitement expliqué, parce que comprenez-vous, les trucs qui manquent, ce sont des "pistes pour notre imagination". Voire "Vivement le Blue-Ray, qu’on ait les réponses à nos questions" : je sais pas vous, mais moi, quand je paie pour un truc, je demande à ce qu’il tienne debout, pas à devoir payer une deuxième fois pour qu’il soit complet. Mais j’imagine que c’est déjà assez complexe.

De toute manière, petits baratineurs, on ne la fait pas à un vieux cabotin : permettez-moi de vous expliquer la différence entre "Une piste" et "Du rien".

Mettons : Jean-Jacques, quelconque personnage, est en train d’explorer des ruines dont il se méfie car réputées être gardées par de terribles gardes sauvages descendant des anciens habitants de la cité ; n’écoutant que son courage, il décide d’entrer dans les restes d’un temple, que certains prétendent hanté. Quelques jours plus tard, une nouvelle expédition partie à sa recherche retrouve Jean-Jacques contre un mur de l’intérieur du temple, vaguement mort, et sans que l’on sache ce qui lui est précisément arrivé.

Il y a des pistes : les gardiens, les fantômes du temple ou que sais-je ; une légère brume couvre cette partie de l’intrigue afin de la nimber d’une aura de mystère, mais des pistes en partent pour que chacun puisse se faire son idée, et pourquoi pas, se stranguler en soirée sur la meilleure piste à suivre.

Après, si ce procédé est utilisé en boucle, ce n’est plus une légère brume, c’est un brouillard complet, et donc, il n’y a plus rien à voir : on parle donc d’effet Lost.

Vous aimez disserter sur du rien ? Vous aimerez Lost.

Maintenant à l’inverse, prenons : Jean-Jacques, quelconque personnage, est en train d’explorer des ruines dont il se méfie car… pouf, fin de la scène. Quelques jours plus tard, une nouvelle expédition partie à sa recherche s’installe dans les ruines sans inspecter quoi que ce soit et entame une partie de beach volley.

On ne finit pas ce que l’on commence, on raconte du vent et on ne se soucie pas vraiment de ce que l’on raconte : on peut donc parler de film raté. Ou de film de Nicolas Cage pour ceux qui n’auraient pas leur dictionnaire des synonymes sur les genoux.

Le problème principal étant donc que l’extrapolateur n’arrive pas à faire la différence entre les deux, et se contente, quoiqu’il arrive, d’inventer les scènes manquantes à ces films pour tenter de s’inventer une bonne séance. Nul doute que pareille imagination doit fortement les aider lors des passages les plus solitaires de leur vie.

Alors, vraiment, lecteurs, lectrices, n’hésitez plus : allez de par le net et vos soirées croiser ces gens qui, au nom d’une imagination débordante, défendent par eux-mêmes les scripts les plus pourris et mal montés insultant toute forme d’intelligence (et de vie), insistant pour que l’on continue à leur en donner encore et encore ; et à chaque fois que vous en trouvez-un, au nom de tout ce qui est juste et bon, à savoir principalement moi :

Giflez-les très fort.

N’ayez aucune inquiétude s’ils ne comprennent pas d’où ça vient et que vous ne leur expliquez pas : de par leur propre nature, ils s’inventeront un scénario dans lequel ils l’avaient bien mérité.

Et pour une fois, ils auront raison, alors pourquoi s’en priver ?

[Un homme entre seul sur scène, une main dans sa veste de costume, suivi par une odeur de cigare et de brandy]

Mesdames et Messieurs, bonsoir.

[Il toussote puis s'approche du micro le plus proche]

Quel bonheur d’être ici avec vous ce soir, et quel honneur pour moi d’inaugurer ce 65e festival de Cannes.

Je sais que vous attendiez quelqu’un d’autre, mais j’aurais souhaité, si vous le voulez bien, commencer ce discours par une brève pensée pour Bérénice Béjo, qui n’a pas pu venir ici comme prévu ce soir, m’obligeant à prendre sa place pour éviter l’embarras à l’organisation du festival. A ce sujet, je tenais à préciser à ladite organisation, puisque j’aperçois la sécurité en mouvement dans les travées, qu’il serait fort malvenu de m’interrompre avant la fin de mon propos, sinon je ne suis pas sûr d’être d’humeur à coopérer par la suite pour révéler dans quel coin vaseux de la rade de Cannes la petite Bérénice est en train d’attendre en immersion avec moins d’une heure d’oxygène si ma montre ne retarde pas. D’avance, merci.

Oui : quel bonheur disais-je que d’ouvrir ce 65e festival international du cinéma de Cannes ; comme chaque année, toutes les caméras de l’hexagone sont donc tournées vers ce petit coin de France, guettant le moindre non-évènement qui permettra de remplir de diverses images les rubriques taillées sur-mesure pour l’occasion dans les journaux du soir. Et comme chaque année, vous, acteurs, réalisateurs et producteurs de la salle, vous somnolerez dans vos sièges en priant pour une fin rapide de ce discours sans intérêt, comme vous le fîtes avec bonheur face à Mélanie Laurent, dont l’incapacité à tirer la moindre réaction d’une salle pourtant peuplée de collègues de sa profession laisse rêveur quant à ses talents d’actrice. Pour ma part, je ne me fais aucun souci : l’objet que vous voyez dans ma main n’est autre qu’un pistolet Maüser C96, dont vous n’êtes pas sans savoir que l’étonnant calibre est aisément capable de transpercer non seulement le malandrin qui ne rirait pas à mes bons mots, mais aussi son siège et son voisin de derrière. Je vous conseille donc fortement, non seulement d’apprécier mes calembours, mais aussi de vous assurer qu’il en va de même de votre voisin de devant. C’est ce que j’appelle, le "rire communicatif".

[rires unanimes dans l'assistance]

Merci. Mais revenons au discours lui-même : comme chaque année, vous l’imaginez bien, je pourrais me contenter du classique propos vide de sens dans lequel on explique que le cinéma est une grande famille, que tout le monde s’aime – bien que l’on puisse constater le contraire quasiment tous les jours, mais après tout, n’est-ce pas la définition de l’acteur que de mentir sur scène ? – et surtout, que faire du cinéma est un acte engagé pour faire changer le monde et lutter contre les inégalités. Dans un monde normal, tout le monde rirait…

Le principal intérêt du festival : attendre qu’une photo de star prise sur place soit détournée pour devenir un meme sur internet

[l'assistance rit à gorge déployée]

… attention hein, dites donc, vous pourriez au moins suivre, si c’est pour rire n’importe quand, ce n’est pas la peine. Ce sera mon premier et seul avertissement, après, je tire au hasard, concentrez-vous un peu, merde.

Que disais-je donc avant d’être interrompu par l’expression de votre impolitesse ? Ah, oui : dans un monde normal, tout le monde rirait de pareil propos, puisque parler de lutte contre les inégalités face à une salle contenant plus de millionnaires qu’un vulgaire HLM monégasque, ça ne manque pas de piquant, surtout lorsque l’on voit le salaire que touchent à côté de ça les professionnels qui ne sont pas directement sous les projecteurs : comme quoi, on peut être une grande famille et oublier de distribuer l’argent de poche mais passons, je suis sûr que comme chaque année, un intermittent du spectacle réussira à se frayer un chemin jusqu’à une salle quelconque pour expliquer ce qu’il en est de leur profession, avant de se faire tabasser par la sécurité jusqu’à ce que son visage ressemble à celui de quantité d’actrices ménopausées de la salle. Je traduis pour l’assistance anglo-saxonne : Ladies, your liftings look so incredibly naturals, it’s amazing.

Cependant, il serait bien sûr inconcevable que je parle de Cannes sans employer le mot "rêve" au moins une fois comme le veut la tradition de pipeau des discours d’ouverture, aussi permettez-moi de vous en vendre, du rêve : Cannes, c’est aussi des centaines de starlettes en grande tenue qui monteront les marches chaque soir avant de s’y asseoir pour y vomir chaque nuit, pendant que l’on se battra pour apercevoir, qui un bout de Brad Pitt, qui un morceau de Woody Allen, qui un roudoudou de Sophie Marceau. Et évidemment, ce sont aussi des centaines de journalistes qui sont mobilisés, non par pour voir les films ou les critiquer, mais pour commenter la montée des marches, et savoir qui a réussi à montrer le mieux le sac prêté par son sponsor aux photographes. Car n’oublions pas la règle essentielle de ce festival : si vous avez suffisamment de sous pour porter des sous-vêtements en diamant, on vous prête vos tenues de soirée, si vous êtes un prolo, vous devez l’acheter (sinon vous n’entrez pas). Je comprends que cela ne vous choque pas : au vu de nombre de vos films, les incohérences semblent faire partie de votre métier. Nous parlerons donc de déformation professionnelle.

[l'assistance se gondole joyeusement]

Alors, Cannes, qu’est-ce que c’est, à part un grand moment d’art sponsorisé par une marque de shampooings et une de machines à laver, ou l’occasion pour Canal + d’aller prendre l’air sur la Croisette au prétexte qu’il ne faut pas laisser Laurent Weil tout seul ? C’est avant tout des gens du cinéma qui applaudissent des gens du cinéma recevant des récompenses de cinéma de la part d’autres gens du cinéma. Curieusement, cela soulève régulièrement des critiques comme quoi, en fait le jury ne serait pas très objectif, ce qui du coup est fortement étonnant quand on y pense. Jury qui n’hésite pas à s’en défendre, argumentant à grands coups de "Non mais attendez, on est pas influencés par qui que ce soit" : quand dans le même temps, on parle de "grande famille du cinéma" à toutes les sauces pour bien nous dire que tout le monde est lié, c’est assez intéressant. De là à penser qu’on se fout un petit peu de la gueule du monde, il n’y a qu’un pas que je franchis en sifflotant la Charge des Walkyries et en faisant des entrechats s’il vous plait. Ma légendaire souplesse me perdra.

Mais ce foutage de gueule ne serait pas complet si, en plus, il n’y avait pas un côté pompeux à un "festival international du cinéma" dont les films en compétition semblent en général aussi variés que le répertoire de Lara Fabian. On peut ainsi y trouver de tout, du drame réaliste au drame réaliste, en passant par diverses teintes de drames, mais aussi de réalisme. C’est très crypto-intellectuel, un peu comme dans un immense vernissage d’art contemporain, où à défaut de critiquer ce que l’on a devant soi, on cherche moult qualités et interprétations à chaque oeuvre pour passer pour plus érudit que son voisin. Si certains voyaient dans mon propos quelque exagération, permettez-moi de vous présenter – voyez comme mon introduction est habile – quelques uns des films en compétition cette année, dont la simple liste semble être un répertoire de la cinémathèque d’un comptable neurasthénique (quelques rares exceptions ont été glissées à la va-vite pour faire illusion à l’ouverture et dire au grand public que haha, mais non, on ne se fout pas de vous). Allons-y pour quelques synopsis des films sélectionnés, je lis.

"Enfin un festival qui prime des films suffisamment chiants pour correspondre à mes besoins"

Amour, de Michael Haneke.

Georges et Anne sont octogénaires, ce sont des gens cultivés, professeurs de musique à la retraite. Leur fille, également musicienne, vit à l’étranger avec sa famille. Un jour, Anne est victime d’un accident. L’amour qui unit ce couple va être mis à rude épreuve.

Voilà ; du drame, de la famille brisée, de l’amour, des épreuves qui divisent et des yeux qui s’ouvrent une situation difficile : on a tout de suite envie de voir ce film, dont la simple thématique semble être une invitation à la dépression. C’est à ce genre de synopsis que l’on comprend les excès des nuits cannoises : on ne fait pas la fête, non, on essaie juste d’oublier les projections dans la drogue et l’alcool.

Mais pas d’inquiétude : retrouvons le moral avec Baad El Mawkeaa (ça veut dire grosso modo "La vie est trop une teuf et je me tirerais bien une balle dans la tête", si je ne me trompe), de Yousry Nasrallah, qui avec un nom pareil, fleure bon la comédie comme chacun en conviendra. Voyons voir :

Mahmoud est l’un des «cavaliers de la place Tahrir» qui, le 2 février 2011, manipulés par les services du régime de Moubarak, chargent les jeunes révolutionnaires. Tabassé, humilié, sans travail, ostracisé dans son quartier qui jouxte les Pyramides, Mahmoud et sa famille perdent pied… C’est à ce moment qu’il fait la connaissance de Reem, une jeune égyptienne divorcée, moderne, laïque, qui travaille dans la publicité. Reem est militante révolutionnaire et vit dans les beaux quartiers. Leur rencontre transformera le cours de leurs vies…

Hmmm, ça alors, on dirait un drame. Avec des épreuves, de l’amour, et des gens divisés qui cherchent à s’unir en ouvrant les yeux. Et même une critique politique, attention (mais pas une qui choque trop en France quand même, les sponsors gueuleraient, faut pas déconner avec le cinéma engagé) ! C’est pas mal, mais je suis sûr qu’il y a encore mieux qui vous attend. Par exemple, un film qui laisse perplexe d’une autre manière, comme Cosmopolis, de David Cronenberg, et avec Robert Pattinson lui-même, révélé par Twilight (on reste dans le grand cinéma) :

Dans un New York en ébullition, l’ère du capitalisme touche à sa fin. Eric Packer, golden boy de la haute finance, s’engouffre dans sa limousine blanche. Alors que la visite du Président des Etats-Unis paralyse Manhattan, Eric Packer n’a qu’une seule obsession : une coupe de cheveux chez son coiffeur à l’autre bout de la ville. Au fur et à mesure de la journée, le chaos s’installe, et il assiste, impuissant, à l’effondrement de son empire. Il est aussi certain qu’on va l’assassiner. Quand ? Où ? Il s’apprête à vivre les 24 heures les plus importantes de sa vie.

Alors je ne sais pas vous, mais moi, un film avec pour héros Robert Pattinson qui veut aller se faire couper les cheveux, je trouve ça délicieusement ironique après avoir joué un vampire à choucroute. Pourtant, je ne suis curieusement pas sûr que tout ce second degré soit volontaire de la part du réalisateur, enfin bon : vous noterez que nous avons ici un drame, avec une critique politique (on nous annonce dès le synopsis que le capitalisme est terminé, bizarrement, je pense que l’auteur s’avance un peu), des épreuves et un homme qui va ouvrir les yeux. Ah, et figurez-vous que, d’après les informations données sur le film, on y parlera étonnamment d’amour.

Enfin, tout de même : "L’histoire d’un mec qui met 24h à aller chez le coiffeur", ça fait rêver.

Heureusement, on pourra se tourner avec plaisir vers Da-Reun Na-Ra-E-Suh, titre basé sur le bruit d’un starter de Super 5 un matin d’hiver, de Hong Sangsoo, et qui n’aurait pas pu être plus clair dans son synopsis :

Dans un pays qui n’est pas le sien, une femme qui n’est à la fois ni tout à fait la même ni tout à fait une autre (ndloc : un film avec pour héroïne une femme sans aucune personnalité ? Nan mais sérieusement : ils vont faire combien de suites à Twilight ?), a rencontré, rencontre et rencontrera au même endroit les mêmes personnes qui lui feront vivre à chaque fois une expérience inédite.

Si vous avez compris quelque chose, bravo. Moi, tout ce que je retiens, c’est que ça sent le drame, et que je suis prêt à parier que les "expériences" évoquées concernent des épreuves, de l’amour, et que tout cela va l’aider à ouvrir les yeux. Le côté film ésotérique de philosophe maudit, c’est malin pour sortir de la masse sans pour autant changer de thème par rapport aux autres films. Un peu comme ces chansons françaises qui parlent toutes d’amour et de rupture, mais où certains groupes écrivent des paroles qui n’ont aucun sens pour la jouer poètes maudits. J’ai des noms.

Ah flûte, j’ai balancé un nom. Je voulais pas, vraiment.

Si à ce stade, vous n’en avez pas assez, vous pourrez donc vous tourner vers De Rouille et d’os, de Jacques Audiard, qui remontera sans nul doute le moral des festivaliers qui ne se seraient pas encore ouvert les veines avec une spatule en bois (le festivalier aime les défis) :

Ça commence dans le Nord. Ali se retrouve avec Sam, 5 ans, sur les bras. C’est son fils, il le connaît à peine. Sans domicile, sans argent et sans amis, Ali trouve refuge chez sa soeur à Antibes. Là-bas, c’est tout de suite mieux, elle les héberge dans le garage de son pavillon, elle s’occupe du petit et il fait beau.  À la suite d’une bagarre dans une boîte de nuit, son destin croise celui de Stéphanie. Il la ramène chez elle et lui laisse son téléphone. Il est pauvre ; elle est belle et pleine d’assurance. C’est une princesse. Tout les oppose. Stéphanie est dresseuse d’orques au Marineland. Il faudra que le spectacle tourne au drame pour qu’un coup de téléphone dans la nuit les réunisse à nouveau. Quand Ali la retrouve, la princesse est tassée dans un fauteuil roulant : elle a perdu ses jambes et pas mal d’illusions. Il va l’aider simplement, sans compassion, sans pitié. Elle va revivre.

Notez le "Ca commence dans le Nord", qui ressemble à une dissertation de 6e, mais surtout, encore une fois, soyez étonné : il s’agit d’un drame – ho ! – avec gens séparés – ha ! – amenant à des épreuves – ça alors ! – qu’il faudra surmonter pour s’unir – incroyab’ ! – et évidemment, on y trouve de l’amour.

Bon, le bon côté, c’est qu’un orque tente quand même de manger Marion Cotillard, ce qui prouve que ce film a tout de même quelques qualités. Ou alors, c’est juste que l’orque avait lu le synopsis : chacun sait que l’épaulard est un mammifère marin détestant ce genre de cinéma. Preuve en est, aucun orque n’a jamais été invité à Cannes, et ce malgré tous les "Sauvez Willy" sortis dans nos salles, c’est dire. On comprend que ces animaux puissent du coup avoir un certain ressentiment par rapport aux festivaliers. Contrairement au cheval, par exemple, qui se faisant passer pour noble, n’en a pas moins accepté le rôle principal de Sex & The City, c’est dire si l’équidé est un animal un peu con, en fait.

Et la liste de films du même acabit est encore longue ! Dupa Dealuri, de Cristian Mungiu, qui se présente ainsi : Alina revient d’Allemagne pour y emmener Voichita, la seule personne qu’elle ait jamais aimée et qui l’ait jamais aimée. Mais Voichita a rencontré Dieu et en amour, il est bien difficile d’avoir Dieu comme rival (ndloc : les vikings ont prouvé le contraire plus d’une fois lors de raids sur des couvents isolés. Des bergeries aussi, mais on s’écarte du sujet) . Je vous laisse vous même cocher les thèmes précédemment évoqués, avant d’inspecter Jagten, de Thomas Vinterberg : Après un divorce difficile, Lucas, quarante ans, a trouvé une nouvelle petite amie, un nouveau travail et il s’applique à reconstruire sa relation avec Marcus, son fils adolescent. Mais quelque chose tourne mal. Presque rien. Une remarque en passant. Un mensonge fortuit. Et alors que la neige commence à tomber et que les lumières de Noël s’illuminent, le mensonge se répand comme un virus invisible. La stupeur et la méfiance se propagent et la petite communauté plonge dans l’hystérie collective, obligeant Lucas à se battre pour sauver sa vie et sa dignité. Vous n’en avez pas encore assez ? Allez hop : jetez un oeil à Like Someone in Love, car Un vieil homme et une jeune femme se rencontrent à Tokyo. Elle ne sait rien de lui, lui croit la connaître. Il lui ouvre sa maison, elle lui propose son corps. Mais rien de ce qui se tisse entre eux en l’espace de vingt-quatre heures ne tient aux circonstances de leur rencontre. Avouez que vous en mourez d’envie ? Enchainez alors avec Mud, qui aborde lui aussi des thématiques incroyablement différentes ! Ellis et Neckbone, 14 ans, découvrent lors d’une de leurs escapades quotidiennes, un homme réfugié sur une île au milieu du Mississipi. C’est Mud : une dent en moins, un serpent tatoué sur le bras, un flingue et une chemise porte-bonheur. Mud, c’est aussi un homme qui croit en l’amour, une croyance à laquelle Ellis a désespérément besoin de se raccrocher pour tenter d’oublier les tensions quotidiennes entre ses parents. Je me permets de boucler, puisque nous avons parlé de Robert Pattison, avec un film dans lequel on a trouvé une place pour l’irremplaçable Kristen Stewart, On the Road, dont voici le résumé : Au lendemain de la mort de son père, Sal Paradise, apprenti écrivain new-yorkais, rencontre Dean Moriarty, jeune ex-taulard au charme ravageur, marié à la très libre et très séduisante Marylou. Entre Sal et Dean, l’entente est immédiate et fusionnelle. Décidés à ne pas se laisser enfermer dans une vie trop étriquée, les deux amis rompent leurs attaches et prennent la route avec Marylou. Assoiffés de liberté, les trois jeunes gens partent à la rencontre du monde, des autres et d’eux-mêmes.

J’en conviens : je me répète. Cela dit, ce n’est pas tant ma faute que celle de la sélection, qui ressemble fortement à ce qu’il se serait passé si Charon, lassé par son poste de passeur sur le Styx, avait décidé d’envoyer des nouvelles à Harlequin. De la part d’un festival qui explique sur son site officiel qu’il est "très attentif à accueillir la nouveauté et l’originalité", je préfère ne pas savoir ce qu’il se passe lorsqu’il ne fait pas attention.

D’ailleurs, un milieu professionnel qui se fait plaisir tout seul, je crois qu’on peut appeler ça de l’onanisme.

Mais si la critique est facile, l’art est difficile, j’en conviens ; aussi, et afin d’aider les présents qui n’auraient pas la palme cette année, je me permets de vous proposer, générés aléatoirement à partir des poncifs présents dans tous les films de la sélection du festival, des idées de synopsis pouvant vous servir à créer des oeuvres collant parfaitement à l’esprit général de ce festival à l’originalité folle. Voyez plutôt :

Dark Heart – Type : Drame cucu

Un vieil homme se meurt, et décide de se retirer dans une maison de campagne pour attendre la fin. Là, assailli par les souvenirs, il revoit au travers de ses propres fantômes les épreuves, et découvre qu’il n’y a pas d’âge pour franchir les divisions passées.

De l’autre côté du mur – Type : Drame à polémique facile sur un sujet balayé 2780 fois par an (les zones de conflit moins médiatiques ne sont pas assez porteuses)

Alouf est vendeur de fraises dans la bande de Gaza. Un jour, un bombardement de Tsahal a raison de sa famille, et il est bien vite happé dans la spirale de l’extrémisme. Jusqu’au jour où il rencontre Nina à un poste de garde, jeune recrue Istraëlienne, dont il tombe éperdument amoureux. Au coeur d’un conflit qui ne dit pas son nom, Alouf hésite : doit-il venger sa famille ou en fonder une nouvelle ?

Rondoudou prend de la coke – Type : Drame pokémon, avec Jeanne Moreau dans le rôle de Dracofeu

Rondoudou a tout pour lui : il est rond et doux. Pourtant, son couple avec Salamèche bat de l’aile, et il peine à comprendre comment s’en sortir. Cherchant refuge dans les paradis artificiels, il finit par s’égarer et tout perdre , jusqu’à ce que Dracofeu le découvre… à terre, parviendra t-il à se relever et ouvrir les yeux sur l’égocentrisme qui lui a tant coûté ?

Ce ne sont que trois exemples mais, bien évidemment, je reste à l’entière disposition des présents qui auraient besoin de mes services pour tenter d’obtenir une quelconque récompense à la sueur de leur front et de leurs clichés.

Cela étant dit, je parle, je parle, et le temps passe : il va me falloir conclure. Mais maintenant que nous nous sommes dit les choses clairement, et que nous pouvons franchement dire que nous sommes ici pour nous autocongratuler tout en voyant et étant vu à peu de frais (sans pour autant nous mêler à la plèbe des techniciens parce que célébrer le cinéma, d’accord, mais alors uniquement avec ceux qui ont leur nom sur les affiches), je crois que l’on peut donc l’annoncer :

Je déclare le 65e festival de Cannes ouvert.

Bonne semaine de non-information et non-critique cinématographique sur toutes les chaînes françaises à toutes et à tous, et surtout n’oubliez pas que si l’on pourra me reprocher d’avoir utilisé moult caricatures dans mon propos, la plus grande de toutes reste probablement le festival lui-même.

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Discours de Monsieur Odieux Connard pour l’ouverture du festival de Cannes 2012, finalement non retenu par l’organisation pour de mystérieuses raisons.

Bons lecteurs, braves lectrices,

Je me permets de publier ce bref billet afin de vous avertir que le prochain article devrait avoir quelques jours de retard : en effet, tel un fieffé galopin un jour de foire, me voici trépignant d’impatience à l’idée de la sortie imminente du prochain film qui fera rêver femmes et enfants :

Les Trois Mousquetaires – 3D

Evidemment, le taquin s’exclamera : "Fainéant ! Voici ; cette semaine, vous auriez ainsi pu produire deux articles au lieu d’un, profitant de cette belle occasion pour traiter d’un côté de cinéma, puis de l’autre du sujet de votre choix, mais voici que las ! Vous vous contentez du minimum syndical !" (même si je sais que le lecteur lambda dira plutôt "Fait iéch’, qu’esse qu’euj’ vais lire au boulot ?", mais bon, hein, laissez-moi faire mes suppositions en paix), peu avant que je n’envoie mon ami Alim, étrangleur ottoman de son état, s’occuper de ce gourgandin qui se permet de réclamer des choses, alors que, hein, dis donc, j’suis pas à ton service. Il y a vraiment des lecteurs qui se permettent de ces choses, je vous jure, c’est tout bonnement scandaleux.

Bref, dans tous les cas, je voulais souligner que si je reportais toute mon énergie sur un prochain article que j’espère produire avant la fin de la semaine, c’est tout simplement parce que ce film risque de nécessiter un effort surhumain pour être visionné. Pour ceux qui en douteraient, permettez-moi de vous soumettre le synopsis :

L’impétueux jeune d’Artagnan et ses trois légendaires compagnons, Athos, Porthos et Aramis vont devoir s’unir et combattre tous ensemble un mystérieux agent double, Mylady de Winter et son employeur crapuleux, le cardinal Richelieu, afin de les empêcher de s’emparer du trône français et d’éviter que l’Europe toute entière sombre dans la guerre.
Nouvelle adaptation en 3-D du roman "Les Trois mousquetaires" d’Alexandre Dumas…

Je sens que cette dernière phrase à elle seule, déjà, soulève moult sourcils derrière les écrans : il est donc évident que je ne saurais ainsi laisser votre pilosité faciale en suspension sans l’achever comme il se doit. Voici… la bande-annonce !

Permettez que je liste, tout de même, ce que contient ce film :

- Des ninjas. On se souvient qu’Alexandre Dumas avait une véritable et sincère passion pour ces mystérieux personnages, qui au XVIIe siècle, triomphaient en Europe, puisque c’était le siècle des collants. Louis XIII posait des pièges à ninjas partout dans son palais avec de gros sushis pour attirer ces créatures nocturnes dans d’immenses tapettes

- Des gens qui regardent la ville de haut, perchés depuis un toit, drapés dans leur cape. C’est de là que vient la célèbre posture des super-héros, puisque sous l’ancien régime, nombre d’entre eux faisaient régner l’ordre dans Paris. On se souvient de Mousquet Furieux, le duelliste qui inspira le Punisher, ou encore de l‘Homme-Mulot, un riche courtisan du nom de Brice de Saint Wayne autrefois effrayé par les rongeurs qui, ayant surmonté sa peur après la mort de ses parents, tués par la petite vérole, devint justicier à la cour de Louis XIV (il faisait donc justice sur Versailles et une lieue alentour, son Mulot-Carrosse ne lui permettant pas d’aller plus loin s’il voulait rentrer à temps)

- Des gens qui font wiki-wiki-wa avec leurs épées

- Des bateaux volants. Autre classique du XVIIe siècle, puisque l’on se souvient que la mer était alors considérée comme "Pour les ringards" . C’est aussi de cette époque que date RyanAir et l’aéroport du Bourget.

- Milady de Winter la yamakazi, puisqu’un bon film d’époque se doit d’avoir sa fille à cheval/qui combat à l’épée/féministe avant l’heure pour ne pas être considéré comme sexiste. J’espère que pour les mêmes raisons de satisfaction des peuplades opprimées, ils auront fait d’Athos un mousquetaire de Tijuana, et qu’aidé de Porthos N’Gomma et D’Ara Mis Fun Teng, ils combattront les méchants.

- Des ralentis dans tous les sens. Mais si, vous savez, comme dans 300, le film où on a l’impression que quelqu’un a collé Michael J Fox devant un gros bouton rouge "ralenti"

- Milla Jovovich : quitte à me répéter, pourquoi s’enquiquiner à tourner des films en trois dimensions si c’est pour travailler avec des femmes en deux ?

- Des canons à répétitions (et je ne parle pas des canons du cinéma américain, même si ça marche aussi)

- Des pièges à ninjas, comme annoncé au début, qu’esquive à merveille Milady de Yamakazi au ralenti histoire de combiner tous les trucs du film d’un coup des fois que quelqu’un n’ait pas compris jusqu’où les limites du n’importe quoi étaient repoussées

- Des lance-flammes à manivelle (sans la manivelle, les gens n’auraient pas trouvé ça crédible)

- Des gens qui se battent trois plombes à l’épée, sautant de plate-forme improbable en lieu impossible en utilisant ou non des cordages qui passaient par là (je pense qu’Orlando Bloom a ramené avec lui l’équipe de Pirates des Caraïbes)

- Des explosions dans tous les sens (non parce que sinon, on ne comprend pas forcément qu’il y a de l’action)

Voilà.

François Ravaillac - 3D, bientôt dans vos salles

Maintenant, je crois que vous comprenez aisément pourquoi je vais avoir besoin de temps pour rassembler les forces nécessaires à l’assaut de pareil monument cinématographique.

A dans quelques jours, donc. En attendant, n’hésitez pas à montrer la bande-annonce à vos amis n’ayant encore jamais expérimenté le concept de transformation instantanée en fontaine à vomi. Un classique des bonnes blagues de tout open-space qui se respecte.

L’homme se gratte la barbe en regardant le numéro griffonné dans un coin de son agenda.

Sa main tremble un peu en se dirigeant vers son téléphone, et les quelques instants avant qu’il ne finisse par se saisir du combiné lui paraissent infiniment longs. Doit-il le faire ? Certes, il en a envie mais… est-ce bien raisonnable ? Ce matin encore, toute son équipe lui a soufflé que l’on allait droit vers une catastrophe. Qu’il y avait des portes qu’il ne valait mieux pas pousser, au risque de commencer un long chemin sans retour. Que ce soir, il ferait mieux de se reposer et de n’appeler personne, au risque de faire quelque chose d’absurde.

Contemplant le téléphone dans sa main, l’homme hésite l’espace de quelques secondes ; et s’ils avaient raison ? Et s’il allait faire quelque chose qu’il allait regretter ? Sa main, elle, comme animée d’une vie propre a pourtant déjà commencé à composer le numéro, et bientôt, le son strident signalant que le téléphone sonne chez son interlocuteur se fait entendre sur la ligne ; allez, il peut encore raccrocher ! Il peut se reprendre, ne p…

"Allô ?"
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La voix est jeune, claire, sûre d’elle ; elle a même un petit quelque chose de séduisant. Trop tard pour faire demi-tour, autant se lancer.

"Allô c’est… hem… Steven Spielberg. Je… Je suis bien chez Jeffrey Jacob Abrams ?
- Lui-même ! Que puis-je pour vous Monsieur Spielberg ? 
- Et bien je… écoutez, voilà : j’aimerais faire un film un peu à l’ancienne… une sorte de pèlerinage vers mes débuts… 
- Hmmm, je vois, je vois, ça pourrait être sympa en effet, vous avez déjà une idée ?
- Oui, alors ça s’appellerait Super 8…
- Je n’ai pas vu les 7 premiers.
- Pardon ?
- Je disais que je n’avais pas vu les 7 premiers.
- Je… bon, oublions. Alors l’histoire…
- Dites moi tout !
- Et bien ça pourrait être des enfants… des enfants avec une caméra qui…
- Ho oui ! C’est génial ça : et il pourrait y avoir des explosions ! Du genre… oui, un vaisseau qui s’écrase ! Ou non non, attendez, mieux : un train !
- C’est que je…
- Oui, et le train il ferait KA-BOOM et ensuite WROUSH et là BAAAAAM parce que ça fait PRSCHOUUUUUUUF
- Je… Monsieur Abrams… Monsieur Abrams, écoutez-moi, je pensais plus à quelque chose comme E.T… et…
- Ho ouais, un alien, et il tuerait les gens en faisant SHLAAAA et VLAAAAM et puis alors KRSCHHHHHH
- Non je… je voyais plus de… de poésie… de sentiments…
- Ah, mais vous avez frappé à la bonne porte : Armaggedon, Cloverfield, Mission Impossible 3… vous ne pouviez pas trouver mieux.
- Bon heu… alors on se voit bientôt pour parler de tout ça, hein…
- Oui c’est ça ! J’ai déjà plein d’idées, genre une grosse bataille finale avec l’armée qui tire dans tous les sens et BAM, VROUF ! Et…
- Ho, dites, il est tard, allez je raccroche, on se voit bientôt, bisous."

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Steven raccrocha le téléphone en se prenant la tête dans les mains. Ça y est, il venait de faire une connerie.

Autant la spoiler, mes bons.

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L'Affiche : j'ai une photo un peu pareille chez moi, de deux gamins sur l'A5 quelques secondes avant de se prendre un poids lourd

Le film s’ouvre sur une scène fort triste : en 1979, dans une petite bourgade américaine enneigée, on enterre une ouvrière qui a subi un terrible accident du travail, du genre de ceux qui vous font passer de l’état d’humain joyeux à celui de pulpe sanguinolente en quelques secondes ; la famille et les amis de la défunte sont donc quelque peu abattus, et beaucoup discutent à voix basse de l’avenir du fils de la maison, Joe Lamb encore jeune, et n’ayant plus que son policier de père, Jackson, pour l’élever. Ce dernier faisant passer son travail avant tout, certains craignent que l’enfant ne reçoive pas une bonne vraie éducation américaine, du genre de celle que l’on voit dans "7 à la maison" (mais si, souvenez-vous, la série dans laquelle la mère est une nazie qui fouille dans les affaires de ses enfants pour voir s’ils n’auraient pas des capotes sur eux, ce qui serait pécher). Ces réflexions sont cependant interrompues par l’arrivée de Louis Dainard, un beauf du coin, qui semble ne pas être le bienvenu sur place, particulièrement aux yeux de Jackson Lamb qui s’empresse de l’envoyer paître. Ni une, ni deux, notre bon flic le bouscule même jusqu’à sa voiture afin de l’emmener au poste de police, car il semble avoir moult choses à lui reprocher. Lesquelles ? Mystère. Joe ne peut donc que regarder son père s’éloigner le jour de l’enterrement de sa propre mère, et reste seul à contempler la seule chose qui lui reste d’elle : un petit pendentif contenant une photo de sa génitrice. C’est vraiment trop émouvant.

Faisons s’écouler 4 mois, histoire que tout le monde sèche ses larmes, et retrouvons Joe à la sortie de l’école avec son pote Charles Kaznyk, le petit gros du coin, tous deux eux-mêmes en compagnie du jeune Carey, un fripon blondinet qui ne sort jamais sans son appareil dentaire de combat. Tous trois discutent du fait que Charles est en train de tourner un film de zombies (quel thème original : ce mec aurait pu avoir un blog), et qu’il a trouvé une nouvelle nana pour le film, qui en plus, a une voiture à disposition ce qui est pratique pour aller tourner à tel ou tel endroit : Alice Dainard. La seule évocation de son nom provoque chez notre jeune héros une réaction aussi enthousiaste que turgescente, aussi attend t-il avec impatience la prochaine scène que Charles ira tourner pour repaître ses chastes yeux du radieux postérieur visage de la belle Alice. Rendez-vous est donc pris le soir même pour aller tourner une scène nocturne.

Mais à l’heure du repas, lorsque Joe rentre chez lui, il est invité par son policier de papa à aller partager un moment entre père et fils au restaurant : ce dernier veut l’obliger à aller passer ses vacances dans un camp sportif histoire de l’éloigner de ses amis ; en effet, le vil bougon n’aime pas trop savoir que son fils passe ses journées à se grimer en monstre et à tourner des films à la con en compagnies de petits gros ; heureusement que nous sommes en 1979, car 30 ans plus tard, je n’imagine pas ce qu’aurait dit Jackson en voyant son fils partir pour la Japan Expo. Mais passons ; vers minuit, bien après que père et fils soient rentrés à la maison, Joe reçoit un message sur son talkie-walkie "C’est Charles : sors vite de chez toi, Alice vient nous chercher ! Allez, schnell !" ; aussi vite que ses courtes pattes l’y autorisent, notre bon ado s’empresse de filer discrètement de la maison pour aller retrouver l’équipe de tournage qui comprend, en sus de lui-même et de son ami en surpoids, le petit Carey (dont nous avons déjà parlé), Preston, un…heu… je crois qu’ils ont réussi l’exploit de créer un personnage qui ne mérite même pas une description, et enfin Martin, un grand dadais qui sert de héros au film que la troupe tourne.

Alors qu’ils patientent tous, une voiture se gare : au volant de celle-ci, nous retrouvons donc Alice Dainard, comme prévu, qui vient chercher la fine équipe ; mais sitôt qu’elle aperçoit Joe, elle se met à couiner (et encore, comme toutes les filles, elle peut produire des sons plus intéressants encore si c’est Bill Kaulitz qu’elle aperçoit) : non seulement leurs deux familles ne s’aiment pas, mais en plus, c’est le fils du flic du coin ; or, comme elle conduit sans permis, elle ne veut point finir dénoncée dans une cellule sentant l’urine en compagnie de Boris "L’étrangleur" Bolchoï. Le bonhomme Lamb a tôt fait de jurer qu’il ne dira rien à son père et n’écrira pas à la Kommandantur pour collaborer avec les forces d’occupation, et le problème est réglé (oui, comme ça, hop) : tous en voiture ! Direction ? Un bâtiment désaffecté longeant la voie ferrée où il faudra tourner une scène dans laquelle le personnage de Martin fera ses adieux au personnage d’Alice ("Oui Alice, tu dois être toute nue pour cette scène. Mais si, c’est un film d’aventure, que vas tu t’imaginer, ho ho ho. Comment ça tu refuses ? C’est toi le réalisateur ou moi ? Alors à poil, truie !"). Soit : après avoir un peu roulé, nos larrons arrivent dans un coin de campagne à quelque distance de la paisible bourgade endormie, et commencent à y installer leur matériel. Rapidement, et alors qu’ils répètent, ils s’aperçoivent que leur nouvelle héroïne joue incroyablement bien, au point d’en pleurer (ça me fait pareil devant les films avec Franck Dubosc).

Mais alors que les caméras s’apprêtent à être bien installées et les répétitions bouclées, nos héros remarquent quelque chose : un train est sur le point de passer juste devant l’édifice où ils travaillent, et ce serait donc excellent d’avoir la scène des adieux alors qu’un train défile derrière les héros : vite, faites tourner les bobines, on y va !

Alors jusqu’ici lecteur, vous me direz que "Dites donc, il ne se passe pas grand chose de fascinant dans ce film, non ?" et je le reconnais bien volontiers : ce n’est pas la panacée. Mais rassurez-vous : là, tout de suite, quelqu’un va ouvrir la cage dans laquelle le J.J Abrams a été enfermé et obligé de regarder des films de Jean-Luc Godard durant trois semaines. Ça va être à lui de jouer pour nous montrer à quel point son talent est grand. Vos neurones sont en vacances ? Vous êtes prêts ? Alors allons-y : déchaînez les enfers !

Donc. Le train passe juste derrière nos héros, la scène se tourne, lorsque soudain, Joe entend une voiture faire de curieux bruits (comme "vroum", mais Joe entend tout malgré le fait qu’un train de marchandise passe à un mètre de lui) : en effet, un pick-up est en train d’arriver… en sens inverse sur les rails ! Et alors là, attention, car tout d’abord, lorsque le véhicule rencontre la locomotive, cela produit une formidable explosion qui, non contente de totalement désintégrer le pick-up, est assez puissante pour complètement soulever la malheureuse locomotive (pardon ?) ; et quand je dis soulever, ce n’est pas d’un mètre ou deux, hein : la pauvre machine s’envole littéralement vers les cieux. Paniqués par ce spectacle, les enfants abandonnent tout leur matériel sur la terrasse du bâtiment où ils tournaient, et commencent à courir en tous sens en poussant de petits cris.

Voilà : ça, c'est juste l'impact locomotive - pick-up. Quelqu'un essaie de compenser quelque chose avec ses explosions.

Là, tous les wagons se mettent à dérailler, puis, visiblement aidés par la fée Clochette ("Vas-y petit wagon, pense à quelque chose d’heureux… oui, une soirée pyjama par exemple !"), à s’envoler plusieurs dizaines de mètres en l’air pour atterrir un peu partout en explosant (ils transportaient donc tous des munitions semble t-il), parce que c’est trop cool. Protégés par le pouvoir magique du "Les enfants ne peuvent pas mourir", nos jeunes freluquets ne sont touchés par aucun wagon, aucun souffle, aucun shrapnel… ce sont des explosions parfaitement sécurisées. Contrairement au train qui, nous l’apprendront plus tard, appartient à l’armée, et doit être complètement monté sur suspensions latinos pour décoller aussi haut au moindre choc. Un des wagons volants transperce même le bâtiment où les enfants tournaient, avant d’exploser (Mais bon sang, c’est fini, oui ?) et de tout faire sauter, ne laissant qu’un malheureux cratère et quelques débris derrière lui ; on aperçoit même la malheureuse voiture d’Alice, située juste à côté, se ramasser une poutre dans la roue arrière gauche et ouvrir son coffre pour exprimer tant sa surprise que son désarroi devant un tel spectacle.

Pendant ce temps, ça continue d’exploser (et le convoi ne ralentit pas : les wagons continuent tous d’arriver à 300 km/h en nombre improbable avant de s’envoler ; il y en a même un qui réussit un salto : ce n’est plus un train, c’est une farandole de gymnastes russes), et les marmots continuent de courir en hurlant : Joe voit même une caisse marquée "explosives" atterrir juste devant lui, à moitié éventrée avec des bombes qui en sortent, mais heureusement, en s’éloignant de deux mètres, il survit (les bombes américaines ne tuent que sur un rayon de 3 centimètres : c’est ça, la précision chirurgicale). Et finalement, enfin, oui, enfin, après cet improbable et consternant spectacle, le carambolage géant s’arrête enfin et le silence retombe (c’est pas trop tôt, hein, c’est pas comme si ça faisait 10 minutes qu’on voyait un wagon exploser dans différentes poses)…

Mais pas pour longtemps : soudain, un bruit de métal défoncé se fait entendre en provenance d’un des fourgons ferroviaires renversés, suivi d’autres sons relativement peu identifiables : quelque chose vient de défoncer la porte qui le retenait prisonnier, envoyant celle-ci, pourtant lourde et blindée, plusieurs dizaines de mètres en l’air là encore (ce film doit se passer sur une planète avec une gravité différente de la nôtre), mais Joe, qui était pourtant juste devant à regarder, s’en désintéresse vite (je ne rigole pas : il regarde un peu et il se barre, mais même pas l’air paniqué : non, c’est simplement qu’il a autre chose à faire, tout cela est tellement commun) pour s’en aller errer dans les ruines à la recherche de ses amis ; il cherche donc, passe à côté de la voiture d’Alice, qui effectivement, est dans un sale état et ne pourra guère plus rouler avec des débris à la place de l’une de ses roues arrières, mais bon. Rapidement, il retrouve cependant toute sa petite troupe qui est plutôt en bon état (visiblement, les explosions envoyaient juste de la suie), et commence à farfouiller les décombres pour tomber sur de curieux petits cubes blancs, échappés de caisses, traînant en nombre par terre. Comme ça a l’air rigolo, Joe en ramasse un et le fourre dans sa poche : j’espère que c’est un truc radioactif.

Chacun commence donc à se remettre de ses émotions aussi vite qu’il le peut, mais le traumatisme est tout de même présent. Jusqu’à ce que Joe rappelle un élément, lorsque quelqu’un parle "d’accident" : ce n’en était pas un ; il y avait un pick-up sur la voie. Et, comme il en parle, qu’aperçoit la belle équipe au même moment ? La moitié du véhicule, bien coupé en deux, attendant patiemment sur le côté des rails défoncés. Et à bord, le conducteur est encore vivant bien que blessé, et surprise : il s’agit du Dr Woodward, le professeur de biologie des enfants ! D’ailleurs, l’un d’entre eux ajoute même : "Oui, le professeur Woodward, celui qui m’a confisqué un jeu avant de le mettre DANS LE CONTAINER QU’IL LOUE SUR LE PARKING DE L’ECOLE, CLIN D’OEIL!". Hmmm, je pense que ce container va servir plus tard dans le film, allez savoir pourquoi. Moi aussi, j’adore indiquer où se trouve le tiroir à slip des gens que je trouve agonisants.

Attendez, reprenons la scène depuis le début : le mec est arrivé à contresens du train avec sa voiture, et l’a percuté de face, et de plein fouet, alors que tous deux étaient à fond, tant et si bien que ça a produit une énoooorme explosion, qui en a engendré ensuite moult autres (et je ne parle pas de la locomotive qui s’est envolée), sans compter des cascades de wagons qui feraient pleurer les mecs du Cirque du Soleil. Mais ho ! Son pick-up, tel un transformer, a eu la bonne idée de se couper en deux (même en percutant les gens de face ; la partie gauche de la bagnole, plus lâche que la droite, a dû essayer de se barrer avant l’impact), de ne pas ressentir les effets de l’explosion et du choc, d’éviter tout le reste de l’accident et de se poser tranquillement dans un coin, tout en protégeant son conducteur (qui a morflé, mais pas trop) sans même un airbag.

Je ne sais pas ce que c’est comme bagnole, mais je veux la même : à moi, la joie de remonter l’A20 à contresens sans risques (enfin pour moi du moins) !

Bref : le DrWoodward a encore à la main une curieuse carte indiquant le trajet du convoi au travers des Etats-Unis. Parce que non, les papiers, ça ne brûle pas non plus dans les explosions apocalyptiques. Et lorsqu’il revient enfin à lui, reconnaissant avec peine les enfants, il se contente de leur dire qu’ils ont intérêt à se barrer et à ne jamais parler de ça, sinon "ils" vont les tuer, eux et leur famille. "Ils", mais qui ça ? De qui parlez-vous professeur ? De ces dizaines de types qui arrivent en hurlant avec des lampes de poche maintenant que vous venez de les mentionner ? Dites, vous n’auriez pas préféré évoquer, je ne sais pas moi, une centaine de jeunes filles en bikini seulement armées de polochons ? Vous n’êtes vraiment pas constructif. En tout cas, les enfants, eux, fuient, voyant de loin que ce sont des militaires qui sont en train d’approcher des restes du convoi.

Ho, et non : inutile de me demander d’où sortent les militaires, sachant que nous sommes en pleine campagne, qu’on ne voyait pas l’ombre d’une escorte et qu’il n’y a pas eu un bruit de moteur, même lointain, depuis un moment. Ils ont juste fait pouf pouf. Probablement une armée de ninjas.

Nos larrons commencent donc à fuir et à se rediriger en hurlant vers leur voiture, et là, vous me direz "Leur voiture ? Celle qui à qui il manque une roue arrière et qui vient de se prendre un convoi d’explosifs sur le coin du nez ?" : et je vous répondrai : celle-là même. Mais visiblement, un garagiste solitaire a dû passer par là, et ayant 5 minutes à perdre, non seulement il a changé la roue manquante, mais il a viré les débris, refait la carrosserie, fermé le coffre, nettoyé le capot, et probablement passé la peau de chamois : nos loulous peuvent donc s’enfuir sans raison aucune dans une bagnole en parfait état. Au nez et à la barbe des militaires, qui ne leur hurlent même pas de s’arrêter ou quoi que ce soit (ils les regardent juste s’éloigner en fronçant les sourcils, ce sont de vrais professionnels. Et non, ils ne lanceront aucune recherche sur une voiture jaune pisse fuyant les lieux de l’explosion de l’un de leurs convois ; je sais pas, moi, ça m’aurait un peu intrigué quand même, enfin), la petite troupe file donc regagner sa bourgade. Et chacun jure de ne jamais parler de ce qu’il s’est passé cette nuit. Y compris du passage où ils ont demandé à Alice de se mettre à poil pour cette scène où "Un zombie dépanneur venait réparer la photocopieuse". Bref.

Olivier, garagiste-carrossier-ninja chez Carglass

Le lendemain, Charles et Joe se rendent dans un magasin de vidéo tenu par un jeune hippie afin de lui présenter leur caméra, qu’ils ont récupéré sur les lieux de l’accident avant de s’enfuir, et qui semble ne plus bien fonctionner. Celui-ci les informe que s’il peut récupérer le film à l’intérieur pour le faire développer, il ne peut rien faire pour la caméra, dont la lentille est fendue, un remplacement coûtant aussi cher qu’une nouvelle. Encore une fois : elle est forte cette caméra, elle était quand même placée dans un bâtiment qui a explosé suite à l’impact d’un wagon entier de munitions de l’armée, et ça lui a juste "fendu la lentille". Misère, elle devait être faite de la même matière qu’un certain pick-up, dites ?

Joe, lui, se moque un peu plus du problème que Charles ; son but est plutôt et avant tout de revoir la petite Alice, qui fait un peu de résistance après les évènements de la veille, préférant tout oublier. Lui forçant un peu la main ("Elles disent non mais elles pensent oui"), Joe débarque chez elle à l’improviste pour commencer à lui parler et lui demander de revenir participer au tournage du film, mais finalement, son Louis Dainard de père débarque et explique qu’il ne veut pas que le "fils du flic" tourne autour de chez lui, et encore moins de sa fille. Par pur esprit rebelle, elle qui refusait de tourner à nouveau avec la bande de joyeux copains décide donc de dire prout à son père, et accepte de recommencer à voir la troupe des loupiots pour poursuivre la réalisation de leur film foireux. Attendez, je résume :

"Non Joe, j’ai pris une décision, je ne reviendrai pas dessus !
- Mais s’il te pl…
- Non ! Va t-en !
- Bonjour ma chérie : tu as raison et je te soutiens dans ton choix.
- Vite ! Je change d’avis ! Pfiou, un peu plus et j’étais d’accord avec mon père."
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Quelle fine vision de la psychologie adolescente. Je serais Louis, j’aurais vite compris comment parler à ma fille, me remémorant le désormais célèbre syndrome de Jar-Jar Binks : "Chérie, fais bien attention à ne pas mettre la table et à lancer une lessive", "Chérie, ne passe pas le balai", ou encore "Chérie, je t’interdis d’aller me louer des pornos et de me servir de table basse". Mais je digresse, une fois encore ; reprenons donc le fil des évènements : nos héros se retrouvent tous dans un petit restaurants afin de discuter de ce qu’il s’est passé dans la nuit tout en se gavant de milkshake et en se lançant des blagues consternantes, ce qui donne l’impression d’être au milieu d’un anniversaire chez Mc Donald, mais sans la possibilité d’aller chercher son fusil de chasse dans le coffre de sa voiture pour refroidir de bruyants marmots. Evidemment, les deux plus intelligents du groupe sont Joe et Alice, la première commençant à faire les yeux doux au second.

Mais pendant ce temps, les adultes, eux, ont commencé à s’intéresser à cette histoire : l’armée de l’air (puisque c’est elle, ça explique les wagons volants j’imagine) s’occupe elle-même des débris de son convoi, pendant que Jackson Lamb va s’informer sur place de ce qu’est ce bazar, en tant que représentant des forces de l’ordre de sa petite bourgade. Sur place, on a tôt fait de lui dire "Hahaha, non, rassurez-vous, on ne transportait rien de dangereux, hohoho". C’est vrai : un convoi qui transportait des munitions, et où on en voit encore partout… c’est tellement peu dangereux lorsqu’il perd une partie de sa cargaison. Jackson, cependant, soupçonne qu’on lui "cache quelque chose" (mon Dieu, quel sens de l’observation !) et en parle à son shérif de patron, qui évidemment, a lui aussi des répliques de film de 1979 à base de "Mais non, ne nous intéressons surtout pas à ce genre d’histoires, allez plutôt à la pêche, vous êtes fatigué, Jackson, quel Shérif raisonnable s’intéresserait à l’évènement le plus marquant de cette ville de ces 80 dernières années ?". Ce qui n’empêche pas Papa Lamb de continuer à vouloir se mêler de cette sombre histoire : c’est bien le père du héros.

Mais le shérif n’aurait pas dû être aussi naïf (et bedonnant, ce qui dans ce genre de film, pardonne rarement aux adultes) : le soir même, il se rend à la station service du coin pour y remplir son véhicule de patrouille, et s’étonne d’apercevoir nombre de chiens courant de-ci de-là dans les rues, comme fuyant quelque chose. Mais alors qu’il est en train de s’atteler à ravitailler sa voiture, "quelque chose" l’attaque soudain ; quelque chose de plusieurs tonnes, éclatant en partie sa voiture et lui, avant de disparaître : le petit commis de la station service n’a rien vu ou entendu : il lisait avec son baladeur, seulement séparé de la scène du crime par une vitrine. Non, même les vibrations d’un truc gigantesque s’accouplant avec un véhicule de la maréchaussée locale ne l’ont pas tiré de ses rêveries. Il n’arrive donc que trop t… ah, non, attendez : le truc qui a agressé le shérif est encore sur place, et visiblement, c’est très gros et vilain : le jeune homme a beau tenter de s’enfuir en hurlant, il est vite rattrapé et lui aussi, emmené par la bête, probablement pour servir de biscuit apéro boutonneux (une sorte de petit bretzel, mais avec du pus en guise de sel).

Le lendemain, sans shérif, il ne reste plus à la ville que son adjoint, Jackson, pour enregistrer de curieuses plaintes : les chiens semblent tous avoir disparu ; un concessionnaire explique que quelqu’un lui a volé tous ses moteurs dans la nuit, ce qui est impossible sans treuil ou autre, un type explique qu’on lui a tiré son générateur… et personne ne sait comment le voleur a pu réussir son coup. Moi, je sais : vu que le voleur fait plusieurs tonnes et quelques mètres de haut, sans compter que tous les animaux se mettent à réagir bizarrement à son approche, il faut être une sacrée ville de gros cons pour ne rien avoir vu, surtout vu le temps qu’il a dû passer à démonter des moteurs au milieu d’une concession bien à découvert à proximité d’habitations, ce qui en sus, doit faire un peu de bruit. Mais non, rien.

Quelque chose vole des moteurs : sûrement des gitans.

Toute la journée et pour résoudre ce mystère mystérieux (les vols et disparitions, hein, pas le fait que les habitants soient lobotomisés), Jackson et ses hommes enregistrent donc les plaintes et observent l’armée qui va et vient depuis le site de l’accident de train. Mais personne n’arrive à expliquer ce que ces derniers peuvent bien cacher à la population. Or, le temps passe, et de plus en plus d’objets ou de gens se mettent à disparaître. Un habitant se plaint même que "le sol en dessous de son garage commence à s’affaisser" (là encore, c’est casé tellement subtilement : tiens, une plainte qui n’a rien à faire avec les services de la police ? Je me demande si elle ne va pas servir elle aussi par la suite ! ) ; mais une nouvelle donnée importante parvient à Jackson : il arrive à apprendre sur quelle fréquence radio communiquent les hommes de l’armée de l’air. Aussi, grâce au matériel du commissariat, il se met à les écouter pour savoir ce qu’ils mijotent. Malin ! Et la chose porte rapidement ses fruits, puisqu’il entend ainsi les militaires parler d’une opération "Canard Farouche" (le nom original ne me revient pas, mais de toute manière, il ne l’était pas, original). Jackson se rend donc à l’ancienne maison du Dr Woodward, que des militaires sont en train de fouiller (mais ça ne l’intrigue pas plus que ça, alors qu’il sait que l’homme a disparu sans laisser de trace et que c’est la seule disparition qui semble intéresser les militaires), pour y rencontrer le colonel Nelec, le patron du détachement de l’Air Force, afin de lui demander des explications. Et histoire d’être sûr qu’on ne lui cache rien, il tente le bluff en disant "Bien, si vous ne m’en dites pas plus, je parlerai de l’opération Canard Farouche à nos mes amis de Washington" ; le colonel a donc tôt fait de changer de couleur (bien qu’il reste majoritairement kaki), et propose à notre bon policier de passer le voir le soir même au camp que l’armée s’est aménagée à proximité de la ville. Et là, il lui expliquera tout. En passant, Jackson finit par résoudre, du moins en partie, le problème de la disparition des chiens : ils sembleraient que ceux-ci fuient la ville pour se réfugier dans d’autres villes du coin, comme s’ils fuyaient quelque chose. Notre flic y voit l’instinct des animaux qui se manifeste. Moi, j’y vois surtout qu’il ne parle pas des chats, ces connards devant n’avoir rien à faire du danger, trop imbus d’eux-même, et trop paresseux pour faire plus de 30 mètres sans gueuler comme des putois pour qu’on leur ouvre leur boîte de Sheba.

Bon, je vous passe les détails sur le reste de l’intrigue cucu : Alice aime secrètement mais pas trop Joe, Joe aime secrètement mais pas trop Alice, Charlie est jaloux mais compense en aimant très fort un sachet de potatoes, et Jackson & Louis interviennent de temps à autres pour dire à leur progéniture respective de ne pas fréquenter l’autre famille, parce que ce sont des vilains. Deux familles ennemies, un amour interdit, j’ai déjà vu ça chez Shakesp… Twilight. Non, Twilight, j’allais dire une connerie. Si allez, juste pour vos yeux : il y a un passage où notre shérif adjoint préféré s’engueule avec son fils car il passe trop de temps avec ses amis idiots et sa copine interdite, et si la scène n’est pas intéressante, elle a au moins cela de bien qu’on s’aperçoit que par la fenêtre, c’est le même décor que dans la première scène du film, et que nous sommes donc en hiver avec des arbres couverts de neige (alors que tout le film se passe en été). Encore une fois, il ne s’agit pas d’un oubli, puisqu’il est quand même facile de se rappeler qu’il n’y a qu’une seule scène qui se passe en hiver, celle de l’enterrement, mais bien d’un "Les gens ne verront pas, ça va passer, puis comme ça on économisera sur un décor". Quand on a 50 millions de dollars de budget, on peut se le permettre. Surtout quand à côté, on fait exploser des trains dans tous les sens durant 10mn.

En tout cas, voilà : Jackson et son fils sont fâchés ; du coup, pendant que le premier va retrouver le colonel Nelec dans sa base pour discuter un peu, le second va au cimetière pleurer sur la tombe de sa mère. Or, figurez-vous qu’il y reste jusqu’à ce que la nuit tombe (les enfants adorent les cimetières la nuit), et entend soudain du bruit en provenance d’une remise proche ; sûrement un nécrophile en goguette. Il peut cependant voir au travers des fenêtres, de là où il est, la lumière qui s’agite en tous sens, de la terre être projetée, et entend des bruits inhumains. Notre héros décide donc de se barrer de cet endroit fort bruyant, mais en prenant bien soin de ne surtout avertir personne de sa découverte. C’est vrai quoi : ça a tellement peu d’intérêt comme information, à l’heure où toute la ville se demande ce qu’il se passe en son sein. Quel jeune garçon intelligent, ce Joe.

Pendant ce temps, Jackson arrive au petit aérodrome transformé en base militaire à côté de la ville pour y rencontrer son nouveau pote colonel ; sauf qu’à peine est-il arrivé qu’il découvre que c’est un piège : l’armée se contente de l’arrêter et de l’emprisonner, car il gêne un peu leurs affaires. Soit ; et Nelec, lui, qu’a t-il dans son agenda à la même heure ? Et bien lui et son assistant, le sergent Blackamoustache (je vous laisse d’ores et déjà deviner son destin) sont en train d’interroger le Dr Woodward, cloué dans un lit d’hôpital, afin d’obtenir de lui des informations sur comment il a su où le convoi militaire allait passer (une bonne question), et qui d’autre était ou est au courant de ce qu’il transportait (des munitions chargées dans des wagons à suspensions latinos, juste à côté de technologie extra-terrestre et d’un prisonnier alien ; moi aussi, quand je transporte un truc secret, fragile et pouvant révolutionner la technologie, je le range au milieu d’explosifs) ; mais comme le bougre de trublion refuse de coopérer, le colonel demande à Blackamoustache de le tuer (il faut savoir que le Dr Woodward est noir : on évite ainsi les accusations de racisme en faisant que c’en soit un autre qui le tue, c’est très bien pensé dites donc), ce qu’il fait en lui injectant un produit mortel : de la salive de Bogdanov. Le bon Docteur convulse donc un peu avant de s’éteindre.

Mais, la même nuit, Alice se rend chez Joe pour taper à la fenêtre de sa chambre et discuter avec lui (enfin pour commencer : on te voit venir, coquine !) : les deux papotent de leurs parents respectifs, du fait que tous les deux n’ont qu’un papa incompréhensif et pas de gentille maman… quand soudain, le cube que notre héros avait récupéré sur les lieux de l’accident commence à bouger seul… il vibre… puis soudain, part à toute allure, traversant un mur de la maison, pour aller se coller au château d’eau de la ville, quelques centaines de mètres plus loin. Curieux. Mais encore une fois, notre héros s’en désintéresse dans la minute qui suit : c’est tellement banal. Je… ? Enfin ? Ça ne t’intrigue pas plus que ça ? Alice, elle, repart (elle aussi porte aussi peu d’intérêt à ce genre de phénomènes que le héros : leur QI de crustacé commun les rapproche), et en rentrant chez elle, tombe sur son père un peu bourré qui n’apprécie guère de la voir rentrer et sortir de la maison en douce et à pas d’heure ; une conversation assez agitée commence donc, qui se termine en diable de gueulante, poussant la jeune fille à fuir son logis sur son petit vélo. Son père part à sa poursuite en voiture, mais étant dans un état qui ne lui permet pas d’avoir de bons réflexes, il rentre dans une voiture en stationnement. Un peu sonné, il aperçoit alors dans son rétroviseur sa fille être kidnappée par un monstre géant sorti de nulle part : autant vous le dire, ça lui fait bizarre. Il jure donc que ça commence à bien faire, les monstres de l’espace qui viennent chez nous pour voler nos enfants et nos allocs, puis s’évanouit.

Ah, ces aliens autrichiens qui kidnappent les petites filles, c'est terrible

Mais nos héros, eux, n’en savent rien : Joe, le lendemain matin, ne remarquant guère que son père a disparu tout comme sa quasi-petite copine accompagne gentiment son pote Charles au magasin de vidéo pour y récupérer la bande du film qu’ils avaient laissé à développer. Et une fois de retour à la maison, ils découvrent donc la scène qu’ils avaient tournée, suivie du crash du train "dont on ne voit presque rien à cause de toute la fumée". Ah ? Quelle fumée ? Il n’y en avait pas au moment du carambolage. Ni avant, ni pendant, ni après en fait. Disons que ta caméra fait elle-même des montages, alors, mon petit Charles. D’ailleurs, figurez-vous que malgré toute cette fumée imaginaire, la bougresse a filmé le fameux wagon que Joe avait vu remuer avant de se barrer juste parce que ça ne l’intéressait pas. Et sur pellicule, on peut donc voir ce qui en est sorti : une sorte de grosse bestiole de trois – quatre mètres de haut, avec pas mal de bras musclés, qui s’est rapidement barrée. Soit, il faut donc…

… Ho ? Mais quel est ce bruit ? Les sirènes d’alerte de la ville sont en train de se mettre à sonner : l’armée vient de déclencher une opération d’évacuation générale de la bourgade ! Au motif qu’il y aurait un feu approchant de la ville… feu que l’armée crée elle-même avec des lance-flammes pour faire illusion (mais ça, les gens l’ignorent), la bougresse ! Et si certains partent avec leurs propres véhicules jusqu’à un camp de réfugiés dressé par l’armée pour l’occasion, les enfants, comme d’autres, sont emmenés dans des bus spéciaux. Tout irait à peu près bien si arrivé sur place dans une espèce de vaste hangar, Joe ne tombait pas sur Louis Dainard, qui, délirant sur une civière, assure au petit Lamb qu’il a vu Alice se faire kidnapper par un monstre de l’espace. Hmmm, c’est ennuyeux : les monstres de l’espace sont souvent tatillons sur les rançons ; pire encore, et si elle développait un syndrome de Stockholm ? Hein ? Vous y pensez à ça ? Joe oui  : c’est pour ça qu’il veut aller la chercher ; il ne voudrait pas que sa quasi-copine le remplace par un truc d’outre-galaxie ("Qu’est-ce qu’il a de plus que moi, hein ? C’est parce qu’il a 4 bras, c’est ça ? C’est dégueulasse !")

Vite, il faut agir ! Joe réunit donc sa troupe de copains, dont les seules têtes sont des motifs de violence parentale, et demande qui est volontaire pour retourner discrètement en ville pour essayer de retrouver Alice. Tous le sont, sauf Preston, qui est lâche (ou plus intelligent que nos héros, puisque lui a dû comprendre que quand toute une armée poursuit un monstre pour l’attraper, ce n’est pas la peine d’essayer de faire mieux qu’elle avec une troupe de trou du culs en pleine puberté). Or, pour retourner en ville il faut une voiture… hmmm, Charles a une idée : le mec du magasin de vidéo a une automobile pile comme il faut ; et il se trouve qu’en plus, ce dernier kiffe grave le boule de la soeur de notre petit gros : en demandant à cette dernière de servir d’intermédiaire, il obtient donc de celui-ci qu’il ramène sa fière équipe en ville. En route, donc, car non, aucun militaire ne surveille le camp ou la route menant à la ville, pas plus que les abords ! C’est pas comme s’il y avait une opération en cours, plus ou moins secrète et dangereuse, hein. Joe décide qu’il faut se rendre à l’école : il se dit que si le Dr Woodward avait des informations sur le monstre, il avait sûrement dû les cacher dans le container qu’il loue sur le parking de l’école. Et il pense que les militaires n’ont pas dû penser à le fouiller (c’est vrai que c’est discret pourtant, un container sur un parking, avec toute la population du coin, enfants compris, sachant à qui il appartient). Comme vous vous en doutez, puisque l’idée vient du héros, aussi stupide peut-elle être, elle sera forcément vraie. Mais bon.

Jackson, de son côté, parvient à s’évader de sa cellule sur la base de l’armée grâce à une stratégie sobrement intitulée "J’ai envie de faire pipi, ouvre-moi la porte" ; les militaires n’étant pas formés à ce genre de situation, ils sont rapidement mis à mal par la puissance virile du shérif-adjoint déchaîné, qui se déguise même en militaire en se servant sur l’un des gardes, avant de voler une jeep et de s’enfuir non sans avoir créé une diversion en tirant quelques balles dans un camion-citerne. Ah, et non : les militaires ne cherchent même pas d’où les tirs ont pu venir. Ils supposent sûrement que le camion a décidé de se suicider. Bref, le plus fort de tous les papas parvient donc aux abords de la ville, mais constate donc que celle-ci est en train d’être évacuée ; voyant tous les camions militaires et les véhicules d’évacuation civile quitter la ville vers la campagne, il décide de les suivre pour retrouver ses enfants. Mais en chemin, il ne fera que les croiser sans les reconnaître, puisque eux sont en sens inverse dans la voiture du mec du magasin de vidéo.

Petit détail : s’ils se croisent sans se reconnaître, ils se croisent aussi sans que nos héros ne se disent "Attention, une jeep de l’armée ! Elle ne va pas apprécier de nous voir foncer vers la ville devenue zone interdite !" ; non, à la place, ils s’en foutent. D’ailleurs, le convoi que Papa Lamb a suivi pour trouver la direction du camp lui aussi a disparu en chemin, semble t-il, puisque bon : sinon, tous les véhicules militaires que l’on voyait se seraient sûrement fait un plaisir d’arrêter nos loulous en pleine escapade.

En tout cas, revenons à nos ados en goguette : à peine arrivés à l’école, ils trouvent effectivement sur le parking un container dans lequel se trouvent des tonnes de films vidéos, ainsi que des cassettes audio et des notes de recherches dur Dr Woodward. Quel bel endroit pour les ranger ! Dans un truc vaguement humide, que même des enfants peuvent forcer, et dans lequel il range aussi les jouets qu’il confisque, histoire que des ados aient d’excellentes raisons d’essayer d’ouvrir le truc de force et puissent tomber sur ses recherches top secrètes volées au gouvernement du même coup. C’était vraiment un sacré génie. Non mais ce film. Bravo J.J Abrams. Je rappelle que ce film a été encensé par une bonne partie de la critique.

Avant son container, Le Dr Woodward cachait ses recherches dans ce coffre situé au milieu d'une garderie

Nos loulous s’emparent donc de tout ce qu’ils trouvent, et foncent dans l’école pour visionner tout ça grâce à un projecteur qui trainait, ainsi qu’ à des lecteurs de cassette : du premier coup, ils tombent sur une vidéo (et enclenchent une cassette au hasard encore, qui en plus, est pile calée pour les images qu’ils sont en train de regarder), où l’on peut voir Woodward et d’autres scientifiques faire des tests sur un vaisseau alien écrasé dans un laboratoire. Celui-ci se serait écrasé sur Terre en 1958, et l’alien le pilotant serait venu chercher de l’aide auprès des humains parce qu’il soupçonnait que ça vienne du joint de culasse. Mais eux l’ont retenu prisonnier pour l’étudier, ce qui l’a rendu un peu bougon, sans compter que son vaisseau fonctionne avec une curieuse technologie : des tonnes de cubes blancs qui, une fois assemblés, changent d’apparence pour se transformer en éléments de nef spatiale. Des Lego polymorphes, quoi. Au passage, le professeur donne quelques informations sur la bête : c’est une espèce essentiellement souterraine, qui communique ses pensées via un contact physique. Et le professeur a eu l’honneur de communiquer avec (ils ont bu un verre, puis un autre, et de fil en aiguille, il y a eu un.. heu.. contact) ; il a donc vu ce qu’elle pensait (elle est effrayée et veut juste partir), et elle a vu ce qu’il pensait (que tous les humains n’étaient pas des enfoirés et qu’il adorait porter des bas résille sous sa blouse). Après cela, l’armée l’a renvoyé, car il voulait trop aider la bête, et depuis, il n’a eu de cesse de vouloir la libérer. D’où son plan de jeter sa bagnole contre un train.

Oui, parce que juste saboter les rails, c’était déjà trop malin pour lui. Le pick-up magique avec lui dedans était déjà une idée plus crédible.

Bon, je ne demanderai pas comment le professeur a pu se barrer avec tout son matos de recherches, ou comment cela se faisait qu’il y avait toujours un cameraman pour le filmer en gros plan plutôt que de s’intéresser aux recherches, je crois qu’aucune réponse ne viendra. En tout cas, l’armée, elle, probablement aidée par d’un détecteur a incohérence a repéré ce que les enfants étaient en train de faire et investi l’école pour les en sortir et récupérer le matériel de recherches du Dr Woodward, qu’ils voulaient depuis si longtemps (en même temps, suffisait de venir le chopper dans l’école où il travaillait très officiellement depuis son renvoi de l’armée pour lui demander de rendre ce avec quoi il était parti, si vous le saviez plutôt que de vous dire "Zut, nos recherches top secrètes sont dans la nature : attendons qu’un alien ne s’évade pour commencer à les chercher"). Sitôt qu’ils ont arrêté ces petits fauteurs de trouble, (Nelec et Blackamoustache en personne supervisent l’arrestation, ils n’ont sûrement que ça à faire en ce moment), ils les fouillent, et là encore, pour une raison que je ne saisis pas bien, Blackamoustache s’empare du pendentif maternel que Joe garde toujours sur lui. Pas parce qu’ils leur retirent leurs affaires, hein : non, ils lui prennent juste ça, à lui. Comment ? C’est juste pour dire que les méchants sont maléfiques ? Mais non. Enfin. Qu’allez-vous penser là ?

Nos adolescents préférés sont donc embarqués dans un bus de l’armée pour être emmenés jusqu’à un point d’évacuation. Encore une fois, Nelec et Blackamoustache sont du voyage, à croire qu’ils ont nommé le caporal Roudoudou pour gérer tout le reste de leur opération secrète et que pendant ce temps, ils peuvent s’occuper d’escorter un petit gros et ses potes vers un coin de campagne où se promener. D’ailleurs, bien qu’un alien en colère de plusieurs tonnes rode dans la nature, aucune escorte n’a été prévue. Ah. Sinon, vous êtes l’armée de l’air : il parait qu’avec un hélicoptère, on va plus vite, que c’est plus efficace, et qu’en plus, ça évite de se faire attaquer sur la route. Ho, et éventuellement, ça peut même servir à voir un alien de loin : surtout, ne vous en servez pas.

Et donc, sur une route de campagne déjà bien loin de la ville, l’alien (ne me demandez pas ce qu’il fout là au milieu de nulle part) attaque le bus de nos héros et le fait se renverser sur le côté ; rapidement, le peu de soldats à bord se fait cordialement arracher la tronche dans une série de hurlements plus ou moins horribles, et alors que nos adolescents favoris parviennent à s’échapper du bus en passant par une vitre brisée, l’alien, lui, rentre à l’intérieur pour tuer Blackamoustache (c’était ton destin) ainsi que le colonel Nelec, qui lui se fait passablement déchiqueter dans des gerbes de sang (parce qu’évidemment, les balles ne font pas grand chose à la bête, comme dans tous les films).

Je crois qu’à ce moment là du film, je me demandais si un jour, on enseignerait ce film dans les écoles de cinéma à la catégorie "ratages", en expliquant qu’une histoire enfantine cucu avec une romance navrante entre des marmots, ce n’était pas pour les adultes, et que les gens qui se font déchiqueter par des monstres de l’espace, ce n’était pas pour les enfants : en mélangeant les deux, on était donc sûr de décevoir les deux publics. Mais au moins, voilà : quelqu’un a essayé. Bref, que disais-je ?

Ah oui : nos héros restent un moment planqués dans la campagne à attendre que l’alien finisse par arrêter de s’acharner sur le bus et s’en aille, ce qu’il finit par faire au grand soulagement de la petite troupe. Puis, ils finissent par voir arriver une voiture : celle de leur pote du magasin de vidéo. Curieusement, il arrive dans le sens inverse de celui du bus (donc, comme s’il venait de la campagne pour se rendre en ville, alors qu’il était DÉJÀ en ville ; heu…), a visiblement encore esquivé toutes les patrouilles de l’armée, savait sur quelle route se rendre et savait aussi que les enfants auraient besoin d’un véhicule, en plus, déjà orienté vers la ville. Il est fort. Ou alors, c’est un des deus ex machina les plus pourris de l’histoire.

Le Colonel Nelec est un vrai adulte : quand il ment, il croise les doigts dans son dos

En tout cas, retour en ville pour la fine équipe (qui visiblement, a toujours envie d’en découdre avec un alien qui semble tuer tout le monde sans soucis, y compris des adultes armés et entraînés. D’accord : je pense que ces enfants sont soit très cons, soit complètement dépressifs), qui découvre alors que la situation est critique : l’armée est en ville avec chars (c’était pas l’armée de l’air ?) et tout le matériel. Le plan génial de Nelec pour capturer l’alien était donc le suivant : faire évacuer la ville pour mieux pouvoir s’y promener avec les blindés & co pour capturer la bête après y avoir placé des appâts pour l’attirer, c’est à dire, les caisses de "cubes" dont l’alien a besoin pour refaire son vaisseau… hmmmm… je relis… hmmm oui, j’ai bien lu : ils ont un appât mais ils le posent au milieu d’une zone habitée pour avoir un maximum de problèmes, devoir faire évacuer toute une population et accessoirement perdre en mobilité. Je ne sais pas vous, mais moi, j’aurais posé l’appât dans un petit coin de campagne sympa avec une bonne ligne de vue dégagée. Enfin encore une fois : je ne suis pas militaire, je ne dois pas comprendre la subtilité qu’il y a à se coller tous les handicaps possibles. Je pense qu’ils ont le même stratège que dans Avatar.

En tout cas, la ville est parcourue d’explosions en tous genres (je vous avais dit que J.J Abrams était lâché), puisque tanks, lances roquettes et mitrailleuses "se mettent à tirer seuls, tout est hors de contrôle !" dixit un militaire hurlant dans sa radio. Ok, donc on va prendre l’exemple dans un char, véhicule qui a un canon à un coup, pour que tout le monde saisisse bien la situation.

"Nos armes sont hors de contrôle !
- En effet, le canon tire tout seul.
- Remettez un obus dedans pour voir ?
- C’est f… ah, bah voilà, ça l’a refait.
- Remettez en un autre ?
- Je ch… oups, tenez, encore un coup ! Ho ! Pardon madame, hein, on voulait pas vraiment vous exploser la tronche ! Désolé !
- Essayez encore ?
- Rhooo, on vient de faire sauter ce charmant pavillon ! C’est vraiment trop ballot !
- Préparez un autre obus, histoire de ?"

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Voilà voilà : toutes les armes sont hors de contrôle, mais les mecs continuent quand même de les charger en boucle. Je dirais bien que cette séquence ne servait à rien à part à cramer le budget effets spéciaux encore un peu plus, mais je serais mau… ah, mais au temps pour moi, je le suis : cette séquence est juste là pour que M. Abrams fasse exploser des trucs. Y compris son propre scénario. Bravo.

En tout cas, les enfants, eux, font semblant de rien et se contentent de courir au milieu des obus et des balles, sans que personne ne leur hurle de se mettre à l’abri ou ne les pousse à couvert : les soldats se contentent de passer à côté en courant sans rien dire.  Au final, une explosion finit tout de même par faire un peu bobo au jeune Martin, et Charles est donc désigné pour rester avec lui et en prendre soin. Pendant ce temps, Carey et Joe vont aller là où notre petit héros pense que l’alien se cache : dans la remise près du cimetière (mais si, vous savez, celle où il avait vu et entendu plein de trucs bizarres mais avait décidé de n’en parler à personne) ! Après tout, si c’est une espèce souterraine, peut-être est-ce l’un des points d’entrée vers sa tanière ; serrant fort dans sa petite main le pendentif de sa maman (qu’il avait fini par récupérer sur le cadavre de Blackamoustache après l’attaque du bus), notre loulou et son copain arrivent donc sur place et, en effet, constatent qu’il y a une entrée vers un tunnel digne du Vietcong là-dessous. Allez, hop : ni une, ni deux, en avant, sus à ce vilain communiste !

Et effectivement, la bête a créé moult tunnels… qui tous, donnent au même endroit : une grande salle dans laquelle l’alien a réuni tout ce qu’il a attrapé à la surface pour essayer de se faire une machine avec : les moteurs sont combinés les uns avec les autres, des conduits sont réalisés de bric et de broc… bref. Mais surtout, il y a des humains ! Suspendus tête en bas depuis le plafond, et inconscients comme il se doit, ils attendent avec impatience que deux morveux viennent leur sauver la vie. Et parmi eux, il y a bien entendu… Alice. Qui a du bol, parce que bon, hein, nos héros s’aperçoivent aussi d’un truc : il y a d’autres humains, mais plutôt en morceau et à demi-mâchouillés un peu partout. Quelle créature barbare : elle n’utilise même pas de couverts, c’est un monde, ça !

Mais Joe a pendant ce temps une superbe idée de stratégie : Carey va utiliser les énormes réserves de pétards qu’il a dans son sac à dos et s’en servir pour attirer l’attention de la bestiole ; sitôt cela fait, il devra courir, et vite, pendant qu’il se fera courser par un truc ultra-violent et anthropophage. Pendant ce temps, et passant par un autre tunnel, Joe arrivera discrètement et libérera les humains survivants pour fuir, passant ainsi pour le héros libérateur pendant que son pote servira juste d’appât aux chances de survie limitées. Carey étant un peu con, il accepte le plan.

Et évidemment, ça marche à merveille, puisque l’alien se met à courir dans le tunnel d’où lui parviennent les bruits des pétards, et Joe a le temps de libérer Alice, le shérif et une habitante qui n’avait rien demandé à personne, tous trois les derniers survivants du bestiau. Sitôt au sol, ils reprennent connaissance et commencent à courir pour se sortir de là. Parce que oui : on peut passer plusieurs jours tête en bas, en être inconscient, et galoper comme un cabri sitôt remis dans le bon sens. Essayez chez vous.

"Ah oui, en fait, j'aurais indiqué cette remise aux autorités sitôt que j'avais vu des trucs bizarres dedans, j'aurais évité bien des morts inutiles"

Donc, tout le monde galope follement dans les couloirs, et d’intersection en intersection, on finirait même par s’y perdre ; la fine équipe retombe finlament sur Carey, et hélas, sur son poursuivant visiblement fort mécontent que l’on essaie de lui voler son goûter. On le comprend. Une course poursuite débute donc, mais la bête étant bien plus rapide que nos galopins, elle a tôt fait de se saisir des deux adultes et de les balancer derrière elle avant de partir courser les enfants qui eux, continuent de fuir. Sauf que finalement, tout le monde débouche sur un cul-de-sac. Hmmm… que faire ? Que… qu’est-ce qu’un enfant de cinéma américain a avec lui comme arme quoi qu’il arrive ? Moi je sais :

Pléthore de discours cucus.

Celui de notre héros va donc tenir en deux phrases : "Moi aussi, il m’est arrivé de mauvaises choses" et "Mais on peut continuer de vivre". La bête attrape donc Joe pour communiquer avec lui, et, voyant que son coeur est pur (enfin, tant qu’on ne parle pas de ce qu’il compte faire à la petite Alice), décide de lui aussi devenir gentil. Je ne déconne pas : l’alien a été vaincu par deux phrases que l’on doit pouvoir trouver écrites en rose fluo dans des agendas de collégiennes. Et pour signifier qu’il devient gentil, je… comment vous l’annoncer… asseyez-vous.

Voilà, vous savez, l’extra-terrestre ? Bon, il a des yeux. Des yeux plissés, méchants, sans pupille… le truc de gros vilain, donc. Et bien figurez-vous que sitôt qu’il a décidé de comprendre l’amour, l’amitié et la gentillesse, il s’avère que cette apparence de ses yeux est en fait juste une paupière de protection, et qu’en-dessous il a… des yeux tout rond, tout beaux, avec une grande pupille dilatée façon chat de Shrek. On entend limite le "Hoooooooo" ému des enfants. Mais hélas interrompu par le bruit d’un moteur qui démarre.

En effet, l’espèce de machine chaotique que l’alien a conçu semble se mettre à fonctionner, et bientôt, là, dehors, tous les objets métalliques de la ville commencent à s’envoler : battants de boîtes aux lettres, puis boîtes de munitions, s’ensuivent les fusils des soldats, qui se contentent de regarder, ébahis, et enfin, même, certaines voitures. Tout cela semble se diriger vers le château d’eau et s’accumuler dessus comme sur une sorte d’aimant géant.

Moi, personnellement, j’aurais balancé une grenade. Elle serait allée droit au but sans se forcer.

Et puis soudain, ce sont tous les conteneurs contenant les petits cubes blancs extra-terrestres, qui avaient été amenés là pour servir d’appât, qui s’ouvrent et foncent en volant vers le château d’eau ; les gens sont obligés de se jeter à terre pour les éviter, ce qui donne un plan très intéressant dans lequel les enfants se jettent au sol à un endroit où il reste du verre fraîchement brisé suite à une cascade précédemment jouée : heureusement qu’à Hollywood, le verre est en sucre, sinon les marmots auraient eu l’air moins mignons en se relevant la gueule lacérée. Dommage.

Sur ces entrefaites, Papa Lamb arrive, puisqu’il avait appris que son fils était en ville par Preston, le gamin de la bande qui était resté au camp de réfugié. Il a emmené avec lui Papa Dainard, et ensemble, sur le trajet, ils sont devenus amis, car le reproche que Lamb faisait à ce dernier était simple : il buvait, et le jour où sa femme a eu un accident à l’usine, c’est parce que Louis était trop bourré pour tenir son poste et qu’elle avait dû prendre sa place. Mais là, ça y est, maintenant, il a compris : Louis aussi est malheureux de ce qui est arrivé, et ils pourraient tous les deux être amis, et leurs enfants copuler ensemble comme jamais il n’y eut copulation.

A gauche, l'alien méchant, à droite, l'alien choupinet. Tout est dit.

Tous, ensemble, ils se retrouvent, se pardonnent, s’aiment (et c’est beau), et regardent en direction du château d’eau où les cubes commencent à former des parties de vaisseau spatial…  de moins en moins d’objets semblent attirés sur le château d’eau (mais toujours pas l’appareil dentaire pourtant bien métallique de Carey : c’est dommage, j’aurais voulu le voir hurler de douleur), jusqu’à ce qu’enfin, un dernier soit appelé : le pendentif de maman Lamb que Joe a toujours avec lui ; ce dernier comprend que l’alien veut ce beau symbole pour partir, ou un truc du genre, et Joe le laisse filer vers le château d’eau (autre théorie : le visiteur voulait juste le faire chier, et c’est un fameux rabouin de l’espace), et sitôt que cette dernière pièce a touché ce grand puzzle, le château se compresse et explose, et le vaisseau spatial qui a achevé de se former dessus, et dans lequel l’alien a pris place, finit par décoller sous le regard attendri de tout le monde ; on entend alors les violons pendant que l’engin s’élève vers le ciel sous le regard ému de la population, et avant qu’on ne puisse voir la scène ou les chasseurs de l’armée de l’air ne l’abattent pour éviter qu’il ne retourne chez lui chercher du renfort…

FIN

Paradoxalement, à la fin du film, ils diffusent le mini-film complet de Charles & co sur le thème des zombies, et en fait, c’est probablement mieux réalisé et tenu que le film lui-même.

Chapeau.

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A peine le téléphone avait-il été raccroché qu’à nouveau, il se mit à sonner ; Steven sentit une goutte de sueur perler sur sa tempe, alors que sa main s’arrêtait au-dessus du combiné, hésitant à décrocher. Le devait-il ? Enfin, il était un adulte, rejeter ses responsabilités était hors de propos ; après avoir pris une grande inspiration, il décrocha le téléphone d’un geste souple.

"Allô ?
- Oui, c’est encore Jiji ; je voulais te dire : ton projet, il est génial. Mais si tu veux, on pourrait aussi commencer à bosser sur d’autres, parce que j’adore ton travail, mec ! Je pensais par exemple à Hook, on pourrait faire une suite, avec Peter Pan qui est kidnappé par le gouvernement pour…
- Ecoutez Monsieur Abrams, il ne faut p…
- Non, attendez, j’ai mieux, j’ai mieux ! On pourrait faire la Liste de Schindler 2, sauf qu’au moment où les juifs sont mis dans le train, celui-ci est percuté par un half-track qui…"

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J.J Abrams, pris par son discours, n’entendit qu’à peine le bruit du combiné que l’on lâchait, suivi du son caractéristique d’un Steven Spielberg cavalcadant en pantoufle pour fuir son salon en hurlant.

Le pauvre homme l’avait appris à ses dépens : il y a des portes qu’il vaut mieux ne jamais pousser.

Diable, mais que se passe t-il ici ?

Je rentre de vacances, je pose mes valises, et à peine ai-je fini de vider celle contenant les restes d’une étudiante autrichienne que voici que je découvre qu’en mon absence, il y a eu moult réactions, ici et ailleurs, autour du film La Planète des Singes : Origines. Loin de moi l’idée de vouloir critiquer une seconde fois ce formidable film dans lequel des primates deviennent intelligents et s’aperçoivent qu’on les prend ouvertement pour des cons, en fait, je voudrais plutôt aborder une autre question surgissant régulièrement par ici, et ma foi, fort simple s’il en est :

Un scénario doit-il être crédible dans un divertissement ?

Si pour nombre de commentateurs, la réponse est évidente (les amateurs de Plus Belle la vie étant en général les premiers à répondre avant de retourner s’épouiller), cela ne signifie pas pour autant qu’elle soit identique d’une personne à l’autre. En effet, ces derniers jours, le film a provoqué moult conversations écrites comme orales dans lesquelles on trouvait l’argument ultime en cas de citation des nombreux problèmes de l’intrigue : "Non mais les incohérences, on s’en fout : on va au cinéma pour se divertir, pas pour se prendre la tête." (non parce que visiblement on ne se rend pas bien compte à quel point les choses logiques prennent la tête des gens et les empêchent de se divertir : c’est connu, si quelque chose tient debout, ça fait chier)

Gloop le singe, ex-critique de cinéma entré en dépression après avoir découvert l'espace "l'avis des spectateurs" sur Allocine

Qui n’a jamais entendu ou lu ce discours ? Qui n’a jamais eu le droit à une explication à base de "Mais on y va pas pour l’histoire…" ou autre variante du propos précédent ? Et concernant tous types de films, hein, pas forcément uniquement ceux à base de remix velus de Prison Break.

Soyons clairs : ce discours en lui-même est une formidable incohérence.

Je m’explique.

Le marché du film réagit, comme beaucoup de choses, à l’offre et à la demande.

Par exemple, imaginons qu’Avatar ait eu un total de 100€ pour son budget effet spéciaux : les aventures de mecs peints en couleurs flashy courant les bois en string auraient laissé penser aux spectateurs qu’ils étaient devant un documentaire sur le bois de Boulogne. Et il est fort probable que le film n’aurait pas connu le même succès. On peut penser la même chose d’Inception : et s’il y avait eu un problème avec la musique, et que celle-ci avait été remplacée par une intégrale de Carlos ? Voir Léonardo Di Caprio sauter en tous sens en ouvrant le feu sur moult ennemis sur fond de "Big Bisou" aurait probablement eu du cachet, mais le public aurait sûrement souligné qu’il manquait un gros quelque chose au film. Enfin, la Planète des Singes aurait certainement eu moins de bonnes critiques si Andy Serkis avait laissé la place à Francis Huster pour les expressions faciales de César (pour les dialogues, par contre, c’était bon).

De fait, en raison des lois de l’offre et de la demande, depuis des années maintenant, les budgets de certains domaines ont explosé, à commencer par celui des effets spéciaux : puisque l’on sait que le public attend un minimum dans le domaine et ne demande qu’à être bluffé, on lui offre toujours plus. Et heureusement, vu le prix des places de ciné.

Pourtant, moult spectateurs continuent de dire ouvertement "Oui, le scénario est à chier, mais on s’en fout : ne changez rien".

Résultat : la demande de bons scénarios étant minime, l’offre l’est aussi. Alors qu’encore une fois : pour le même prix, et juste en arrêtant ce discours, la demande étant plus sérieuse, l’offre le serait aussi. Mais non : sans aucune raison, il semblerait que moult personnes demandent volontairement à ce que l’on se foute de leur gueule et que l’on tire tout vers le bas. Ce qui est tout de même formidablement beau : ça revient à expliquer ouvertement que l’on veut payer au même prix des choses de qualité moindre.

Dire "Oui, l’histoire est merdique, mais la vache, qu’est ce que les effets spéciaux sont bons !", ça revient à dire "Bon, d’accord, quelqu’un vient de chier dans mon assiette, mais la sauce est bonne, non ?". Et pourtant, tous les jours, partout, vous trouvez des pinpins pour continuer de défendre le "On s’en fout".

Présentons la chose autrement : mettons qu’une équipe de film prépare un blockbuster. Le film va s’appeler "Cowboys vs Mimi Mathy", et table sur un budget relativement raisonnable : 10 millions de dollars (à titre d’exemple, La Planète des Singes : Origines en a demandé 93) ; ni une, ni deux, elle trouve un scénario sur un coin de table que je vous donne : "Dans la petite ville de West Fall, Joe Marshall est un maréchal ferrant sans histoires. Seule Daisy, la chanteuse du Saloon The Mary Sue parvient à le tirer de son quotidien banal de rude travailleur de l’Ouest. Mais c’est sans compter sur un groupe de bandits qui provoque le déraillement d’un train de l’Union à proximité de la paisible cité : un wagon de produits chimiques expérimentaux se renverse, transformant une petite habitante qui passait en monstre-nain ravageur… PS : Joe embrasse Daisy à la fin suite à une situation critique, et le noir meurt, contrairement à Poopy le chien". L’équipe sait déjà que son scenario est bourré de problèmes (bourré, Maurice le scénariste l’était aussi lorsqu’il a pondu la chose, un train de pastis ayant déraillé près de sa caravane) divers et variés, et hésite à recruter des gens pour le relire et le corriger. Pour cela, il suffirait de payer un pinpin 10 000$, ou toute une équipe à 100 000$ (et encore, en tablant haut) dans le doute. Soit entre 0,1% et 1% du budget. Une paille quand on a déjà sorti quelques millions de dollars.

La tournée publicitaire a déjà commencé.

Mais grâce aux spectateurs, l’équipe ira plutôt claquer tout ce pognon aux putes : en effet, elle lira et entendra très distinctement partout sur le net "Merder les effets spéciaux, la musique ou autres est un crime, mais l’histoire, vous pouvez l’écrire avec un étron, c’est pas grave, ne dépensez surtout pas de pognon là-dedans." ; si la chose fera la richesse d’Olga la Goulue, la célèbre péripatéticienne connue sous le nom de "Nettoyeuse de l’A5", elle n’en fera pas moins pleurer des larmes de sang aux spectateurs qui ne demandent même pas un bon scénario, mais juste un truc qui se tient. Un film, quoi, une histoire racontée avec des images et du son. Mais il faut croire que ça dérangerait certains.

Dans un monde parfait, les gens iraient jusqu’au bout de leur logique : d’un côté, on aurait des films, et de l’autre, des clips cinématographiques. Comprendre que dans le premier cas, on raconterait une histoire avec un début, un milieu et une fin, et de l’autre, on dirait juste "Les mecs, vous voulez en prendre plein les yeux, avoir de la musique qui dépote et pleurer comme des fontaines devant moult moments héroïques et adieux tragiques ? Aucun souci : on a décidé de juste faire un énorme clip contenant plein de scènes sans histoires particulières mises les unes derrière les autres et toutes plus impressionnantes et prenantes l’une que l’autre. On ne vous prend pas pour des cons : on ne met même pas de scénario décérébré, on vous propose juste du spectacle." ; ça aurait le mérite d’être honnête pour tout le monde, et probablement d’en mettre plein les mirettes aux amateurs de grand spectacle. Qui n’auraient plus à se taper 1h00 de dialogues aléatoires servant simplement à justifier 30mn de bataille apocalyptique.

Mais non, définitivement : soucieux de faire n’importe quoi, une partie non-négligeable de la population dit "Oui, je sais que c’est n’importe quoi, oui, je sais qu’on me prend ouvertement pour un con, mais s’il-vous-plaît, continuez comme ça : n’essayez surtout pas de faire mieux pour le même prix, c’est moi qui vous le demande. Je paie mon ticket de cinéma suffisamment cher pour avoir le droit de défendre le fait qu’il n’y a aucun problème à ce que tout le fond des films que je regarde soit totalement merdique. Quand bien même ça tirerait tout le monde vers le haut d’avoir des trucs de meilleure qualité et que ça ne changerait rien pour moi si je n’en avais vraiment rien à faire".

Je ne comprends pas bien : quel est le but de ces défenseurs du mauvais et du nase ? Ces paladins de l’incohérence, qui défendent coûte que coûte le fait qu’il ne faut surtout pas faire d’efforts ? Ils veulent juste se faire défoncer la mâchoire à coups de clé à molette ? Ils sont nés avec un QI de 330 et veulent qu’on les abrutisse pour qu’enfin ils puissent se mêler au bon peuple et se sentir chez eux ? Ou sont-ils, au contraire, complètement cons et fiers de le revendiquer ?

Je l’ignore.

Mais en tout cas, je crois que je vais me faire scénariste de blockbuster : c’est le seul métier où le public vous demande ouvertement de ne pas vous fouler et défend toutes vos fautes professionnelles là où il se montre intraitable, voire élitiste, avec tous vos autres petits camarades des autres secteurs.

Remarquez, des gens au discours incohérent qui défendent des scénarii incohérents, techniquement, c’est cohérent.

La neige tombe silencieusement sur la petite cité, couvrant les pavés pluriséculaires d’une couche uniforme blafarde.

Pourtant, il court sans se soucier de la quiétude étrange de cette fraîche nuit d’automne ; haletant, il ne considère la neige que comme une sorte d’ennemi glissant qui colle à ses souliers telle une boue gluante et glaireuse venue ralentir sa course. Jetant un regard paniqué derrière lui, il s’engage promptement dans une étroite ruelle sur sa gauche, semblant lui promettre une occasion de disparaître temporairement de la vue de son poursuivant. Épuisé, la respiration sifflante, il considère un instant les improbables quantités de buée qui semblent s’échapper de ses poumons avant de tourner brusquement la tête vers l’extrémité de l’antique rue où la neige vient de crisser.

Posté entre deux bornes de pierre supposées autrefois garder les piétons des roues des chariots, il aperçoit à la lueur orangée d’un luminaire proche la silhouette noire au manteau long qu’il n’a eu de cesse de vouloir semer. Fronçant les sourcils, il lâche un juron en tentant d’ignorer les battements sourds de son coeur fatigué par la course.

"C’est fini. Tu ne peux plus fuir, rends-toi" dit la silhouette. Il souffle encore quelques jurons avant de se redresser.

"Jamais ! Jamais à ceux de ton espèce ! Nous vaincrons ! Mon Seigneur vaincra !
- Ton Noir Seigneur est mort il y a longtemps, Sylvain Fumoir. Ton combat, comme ta fuite, était sans issue.
- Je ne me rendrai pas sans combattre, Odieux ! Les chasseurs de sorciers de ton espèce n’auront que…"
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Portant la main à sa poche, il en sort avec diligence une baguette en hêtre qu’il brandit au travers du vent lui rabattant les flocons au visage.

"Avada Ked…
- Hortefix !"
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Fumoir pousse un cri aigu en voyant sa baguette sauter de ses mains pour être expulsée vers Bamako. Un sort typique des écoles de magie française, pense t-il en frottant sa main endolorie.

"Soit, tu gagnes pour cette fois, Odieux, tu as été le plus rapide ! Mais peut-être as tu envie de voir une autre magie puissante à l’oeuvre : choisis une carte, n’importe laquelle, je vais la deviner.
- Non, Fumoir. Tes jeux ne m’amusent plus. Rends-toi où je…
- Raaah !"
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Profitant que son assaillant se soit rapproché, Sylvain Fumoir ramasse une poignée de neige sur un muret proche et la jette au visage de son adversaire avant de se jeter sur lui avec rage. Avant qu’il ne puisse l’atteindre, il distingue la baguette de son ennemi braquée vers lui.

"Tu l’auras voulu Mage Noir ! Je vais t’obliger à revivre un moment douloureux : le dernier Harry Potter !
- Nooooooon !
- Endoloris Cinematographicum ! Spoilons !"
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L'Affiche : moi aussi, à un moment, je voulais m'enfuir en courant dans les bois

Ainsi donc, Harry Potter et les Reliques de la Mort, partie I, est sorti dans les salles obscures ; la chose a fait grand bruit, et pourtant, je subodore que certains d’entre vous ne sont pas encore parfaitement au point sur Harry Potter ; je vous fais donc un résumé rapide :

Harry Potter est un orphelin qui le jour de ses 11 ans, est invité à suivre un vieux barbu au motif qu’il serait un sorcier (une vieille ruse de pédophile, comme chacun sait "Suis moi, je t’emmène apprendre la magie ! Monte dans le coffre !"). Ainsi, Harry est envoyé à Poudlard, l’école de magie officielle de Grande-Bretagne. Il s’y fait deux amis, Hermione et Ron, et surtout, découvre sous la direction de Dumbledore le sens du mot "discrimination" : dès leur arrivée, les élèves sont divisés en 4 "maisons" : Gryffondor (les gentils), Serpentard (les enculés), Maison Annexe #1 et Maison Annexe #2 (non, les deux dernières maisons n’ont aucun intérêt dans l’histoire, tout comme l’ensemble des personnages y appartenant, ce qui permet de vite savoir qui va avoir un rôle dans l’intrigue ou non), et n’ont dès lors même plus le droit de manger ensemble, afin de bien marquer leurs différences et d’apprendre le communautarisme.

Hélas, durant 7 livres, Harry va découvrir que le vilain sorcier qui a tué ses parents, Lord Voldemort (et non Susanna Sucre-d’Orge, on vous donne bien des noms vous permettant de repérer les méchants à l’avance), est toujours en vie, a toujours envie de le tuer (il l’avait loupé la première fois, et puis Voldemort n’ayant pas de nez, on sent bien qu’il est jaloux parce qu’Harry peut porter des lunettes, lui, sans que ça lui tombe sur la bouche, ça doit accroître sa haine), et veut toujours monter une armée pour dominer le monde. Au bout de 6 livres, Harry découvre donc que Voldemort a trouvé un moyen d’être immortel : il a planqué des bouts de son âme dans divers objets magiques, ce qui lui permet de ressusciter en cas d’urgence (ce sont des points de sauvegarde, donc). S’il veut en finir définitivement avec Voldy, Harry doit donc détruire ces objets. Et nous voici donc au début du 7e livre, début du film. En route !

Le film s’ouvre donc sur une conférence de presse du nouveau ministre de la magie, dont le nom importe peu, qui informe quantité de journalistes qu’à l’heure où Voldemort est une menace, les services de l’état sont là pour protéger les sorciers de l’armée des vilains. Qu’ils peuvent donc lui faire confiance pour mener sa mission à bien, et que Voldemort fera moins le malin quand il sera en garde à vue. Pendant ce temps à quelques kilomètres de là, Harry Potter regarde tranquillement la famille qui l’hébergeait depuis des années quitter la ville, tant l’insécurité grimpe à vitesse grand V depuis que de mystérieux meurtres ont lieu un peu partout (meurtres ayant un vague rapport avec le fait qu’une armée de sorciers maléfiques se promène à Londres ces derniers temps ; en France, on aurait déjà fait une loi sur les sorciers maléfiques afin de les interdire purement et simplement, ou pire les priver de leur nationalité. On ne rigole pas avec l’insécurité.). Ron Weasley, lui prend un air super pensif en regardant les champs autour de chez lui, parce que vraiment, ça fait trop cool au début d’un film de prendre une tête de philosophe maudit en contemplant l’horizon. Hermione Granger enfin, sentant ses parents, deux "moldus" (des gens sans pouvoirs magiques), en danger puisqu’ils pourraient être interrogés par Voldemort et ses potes pour essayer de localiser Ron, Hermione et Harry, décide d’employer les grands moyens et leur jette un sort d’"oubliette" qui leur fait oublier jusqu’au fait qu’ils avaient une fille. Allez savoir comment, le sort est si puissant qu’il fait même disparaître Hermione de toutes les photos, documents & co de la maison. Autant vous le dire, c’est une sorte de super GHB : on sent qu’en boîte de nuit, Hermione doit se la donner grave, cette coquine.

Pendant ce temps, au grand QG des méchants (un énorme manoir appartenant à une célèbre famille de méchants, entouré évidemment par une atmosphère lourde et un crépuscule constant), tout le monde est réuni autour d’une vaste table, présidée par Voldemort lui-même. Ce dernier accueille le dernier arrivant à la réunion du jour avec bienveillance, un certain professeur Rogue. Le bougre a rapporté de bonnes informations : il sait quand et comment Harry Potter va être évacué de son actuelle planque (attendez, une planque ? Vous parlez bien de la maison qu’il occupe depuis qu’il est enfant et où il y a son nom sur la boîte aux lettres ?) pour une autre. La chose devrait se faire la veille de ses 17 ans, et c’est à ce moment là qu’il sera le plus facile de frapper pour qu’enfin, Voldemort puisse tuer le jeune malandrin. Cependant, le Seigneur des Ténèbres sait qu’Harry et lui ont un problème de baguette (… Freud ? Freud, un commentaire ?), puisque leurs pouvoirs s’annulent mutuellement ; il décide donc d’utiliser une autre baguette, et emprunte celle d’un de ses serviteurs, un certain Lucius Malefoy. Cela étant dit, il est grand temps d’achever la réunion ; ne pouvant le faire d’un simple "bon après-midi à tous" au risque d’entacher sa réputation de chef des forces du mal, Voldemort décide plutôt d’exécuter une prisonnière qu’il avait gardé au chaud depuis le début de la réunion. Comme ça, pour le plaisir. Son décès signale que la séance est levée.

 

Chez les méchants, comme dans n'importe quelle autre réunion, on se fait chier en regardant un Powerpoint

Dites-donc, j’espère qu’ils se réunissent pas trop souvent, quand même.

D’ailleurs, sans vouloir être trop pointilleux : le QG des méchants, tout le monde sait où il est, et en plus si jamais quelqu’un doutait, il est recouvert de ténèbres façon manoir hanté histoire de bien lever toute hésitation. Alors pourquoi les gentils ne l’attaquent pas ? Ou, plus simplement, se contentent de faire passer un B-52 au-dessus de la maison ? Non parce que Voldemort et sa baguette, ils sont sûrement très gentils, mais pour le coup, je ne suis pas sûr que 4 tonnes de bombes, même pas magiques, hein,  tombant sur leur demeure par surprise ne leur fasse pas un peu de mal. Ou éventuellement, un bon vieux missile façon chasse aux talibans. Enfin.

Retournons plutôt voir Harry, car je vous sens inquiets ; sachez qu’il erre dans la grande maison vide de son enfance, s’emplissant l’esprit de souvenir des années passées… ah, nostalgie ! Cependant, ses rêveries sont rapidement interrompues par l’arrivée en masse de troupes de l’ordre du phénix (une brigade de gentils luttant contre Voldemort et ses amis depuis des années dans l’ombre), parmi lesquelles pas mal de ses vieux amis : Harry, Ron, le géant Hagrid, un sorcier black façon professeur N’Golo-Golo ("il fait revenir l’être aimé et tomber le kiki de l’ennemi par simple consultation téléphonique !") qui explique que bon, là, officiellement, il devrait servir de garde du corps au 1er ministre anglais, mais que protéger Harry est plus important.

Oui, c’est sûr : un attentat contre le 1er ministre britannique, c’est tellement peu important, ça n’aurait aucune conséquence. Mieux vaut que tu viennes aider tes potes à monter leur plan pourri, puisque comme nous allons le voir, il est vraiment tout naze.

Bref, nos larrons expliquent à Harry le plan du jour : plusieurs de ses amis vont utiliser une potion pour prendre son apparence, et se vêtir exactement comme lui. Ainsi, ils partiront ensuite par groupes de 2 (un déguisé en Harry, l’autre faisant office de garde du corps) chacun dans une direction différente et empêcheront ainsi les vilains qui guettent sûrement à l’extérieur de savoir lequel est le bon Harry à dessouder. Une fois le bon Potter arrivé à destination dans la nouvelle cachette où il sera plus en sécurité, les autres membres du groupes se téléporteront dans la dite cachette pour se regrouper.

Et là, lecteurs, vous m’arrêtez, vous me stoppez, vous tentez de m’ôter les mains du clavier afin de me dire "Attendez, de la téléportation ? Mais alors pourquoi s’ennuient ils à transporter Harry par voie normale et ainsi risquer d’être attaqués ?" ; la réponse est simple : Harry n’a pas encore 17 ans, je le rappelle, et chez les sorciers, avant ses 17 ans, on porte "la trace", un truc qui fait que l’on peut vous localiser automatiquement lorsque vous vous téléportez. Donc, Harry devant se cacher, l’idée est peu intéressante.

Donc là vous me dites "Aaaah, ok".

Sauf que non, pas ok, lecteurs inattentifs ! Après tout, on est à la veille de ses 17 ans ; alors ça va, Voldemort et ses copains ont été trop bêtes pour penser à attaquer la maison dans laquelle Harry habite depuis des années (je ne veux pas entendre "elle est protégée contre les vilains sorts !" ; vous croyez que ça la protège d’une voiture piégée ou d’un tir de fusil à lunette quand Harry sort les poubelles, hein ?), on peut bien attendre quelques heures de plus, comme ça, on le téléporte à 17 ans passés, et personne ne prend aucun risque.

Ultime solution : pourquoi s’emmerder à faire diversion en faisant prendre l’apparence d’Harry à plein de gens ? Il a une cape d’invisibilité, non ? C’est quand même pas plus pratique ? Non ? Bon.

En même temps, je ne leur en veux pas : après tout, à 11 ans, à un niveau CM2, on les a envoyé à Poudlard, école où on enseigne ni mathématiques, ni histoire, ni géographie, ni littérature, ni langues étrangères… bref, c’est une école qui forme des neuneus, oui, mais des neuneus magiques. On voit le résultat.

Bref ; nos héros suivent donc le plan, et prennent donc l’apparence d’Harry, y compris certaines jeunes filles, ce qui pour le coup, doit leur faire bizarre ; après une rapide inspection de leurs nouveaux corps et un coup d’oeil discret dans leurs slips respectifs, nos valeureux leurres se disent que, hé bé, ce soir, ils vont voyager plus légers qu’ils ne le pensaient. Harry a beau crier "Nan mais c’est parce qu’il fait froid, et tout", personne ne l’écoute. On échange donc quelques dernières consignes avant d’aller enfourcher les balais volants, et se préparer pour l’action. Le vrai Harry, lui, monte avec Hagrid, le géant qui a une moto volante, avec sidecar. C’est quand même autrement plus moderne. Mais passons.

 

Méfiez-vous : les petits cons qui font du bruit en scooter en bas de chez vous sont peut-être en fait de puissants mages ; la différence n'est pas flagrante

Tout le monde décolle en conséquence, prend de l’altitude et, alors qu’ils franchissent les premiers nuages bas, découvrent des hordes de sorciers maléfiques sur leurs balais en train de les attendre ; ça vole dans tous les sens, ça échange des éclairs, bref : c’est la bataille d’Angleterre. Harry et Hagrid tentent de semer leurs poursuivants à grands coups de turbo (J’en profite : oui, je sais, c’est du "feu de dragon" plus qu’un vrai turbo, que gnagnagna, ils le disent dans le livre, mais écoutez moi bien bande de crypto-intégristes : ici, on spoile le film ! Le film ! Pas une étude comparée avec le livre du genre "ah ouais mais dans le livre ils expliquent pourquoi, tous les spectateurs devraient l’avoir sur les genoux durant la séance"  ! Alors il suffit, je vous connais ; reprenons maintenant.), mais les brigands s’accrochent ; cependant, Hedwige, la chouette d’Harry, décide de se mêler de la bataille en essayant de venir protéger son maître en griffant le visage des poursuivants : grave erreur, puisque non seulement elle en meurt, mais elle révèle ainsi qui est son maître, l’andouille. Tous les vilains cessent donc la poursuite et c’est Voldemort en personne qui débarque pour essayer d’abattre Harry. Hélas, sa nouvelle baguette ne semble pas faire le poids comparé à celle du bon Potter, et l’objet de bois explose littéralement, obligeant Voldemort au repli.

2 choses : Voldemort, tu aurais utilisé je ne sais pas moi, un flingue ? Ou même, parce que tu es retro, une grosse épée, une arbalète, un arc magique, ou je ne sais quoi ? Tu n’aurais pas ce genre de soucis ! Ne serais tu pas un peu idiot par hasard ? Quant à toi Harry, c’est pareil : tu peux faire apparaître des cerfs magiques, changer d’apparence, jeter des éclairs, mais tu n’es pas foutu d’obtenir de quoi bourrer de plomb un sorcier ? Surtout que j’insiste : une bonne vieille pétoire, c’est quand même plus rapide qu’une baguette : l’autre en est encore à gueuler "Avada Ke…" que d’une simple pression sur une gâchette vous l’avez transformé en filtre à plombs. Ca vous dirait pas d’être efficace, un peu ?

Bon, revenons à nos moutons : Hagrid et Harry, ayant semé leurs poursuivants, finissent par poser leur moto volante qui a pris quelques coups dans la bataille à proximité de la cachette tant attendue : le Terrier, la maison de la famille Weasley qui…

… oh ? Attendez, c’est ça "la cachette" ? Mais ? Mais bon sang, ce n’est même plus une cachette, c’est un panneau clignotant "venez me tuer, je suis chez mon meilleur copain chez qui je passe toutes mes vacances d’habitude !" ; c’est définitif, nous n’avons pas la même notion de planque. Si c’était pour l’emmener là, je crois qu’il aurait été possible de téléporter Harry d’entrée de jeu, même si tout le monde était au courant : ça n’aurait pas fondamentalement changé l’affaire.

En tout cas, les autres duos faux Harry/garde du corps arrivent l’un après l’autre au Terrier en se téléportant ; tout le monde se porte bien, à l’exception d’un des frères de Ron, qui a eu une oreille coupée, et de Maugrey Fol-Oeil, un soi-disant formidable chasseur de mages noirs qui est tombé au champ d’honneur. A noter que Modingus, un membre de l’équipe un peu lâche, a lui tout simplement fui en se téléportant dès le début de la bataille dans un bruit de pet liquide paniqué. Tout le monde est un peu triste mais, bon, il est l’heure d’aller se coucher, alors on pleurera demain.

Dans la nuit, entre deux rêves érotiques, Harry a des flashbacks : guerre du Vietnam, soirée alcoolisée, et accessoirement, mort de Dumbledore ; il décide donc que les gens autour de lui meurent trop facilement ces derniers temps, et veut partir seul s’isoler pour ne plus mettre personne en danger : son vieux copain Ron le retient heureusement, lui expliquant qu’il est beaucoup trop con pour survivre seul, ce en quoi je ne lui donne pas tort.

Le lendemain, il est déjà temps de se changer les idées, puisque figure-vous que Bill, l’un des frères de Ron, ainsi que Fleur, sa copine, ont décidé de se marier. Un immense banquet et une cérémonie ont été organisés au Terrier où…

Attendez, attendez, ce n’est pas censé être une "planque" ? Vous organisez une fête géante dans la planque que vous ne voulez surtout pas que qui que ce soit découvre ? Je… heu… bon.  Bref, faisons comme si de rien n’était. Dans la journée en tout cas, le ministre de la magie en personne se rend sur place pour voir Harry (Je ! Et lui, comment est il au courant ? Les héros passent leur temps à dire qu’il ne faut surtout pas informer le ministère, qui est infiltré de partout par les méchants, et ils invitent le ministre lui-même à venir les visiter dans leur planque ? Non mais, je suis le seul à avoir entendu le mot "cachette", à un moment ? Même que c’était pour ça qu’il faisait un super plan à base de diversions il n’y a pas 15 minutes ?). L’homme politique vient lire à Ron, Hermione et Harry le testament de Dumbledore ; il le fait lui-même car il n’y a pas du tout de personnel pour, c’est connu, le ministère, ça doit juste être le ministre et sa secrétaire. Ainsi, nos héros apprennent que :

  • Ron hérite d’un déluminateur, objet qui peut faire disparaître et apparaître de la lumière à volonté
  • Hermione hérite d’un livre de contes pour enfants, Les Contes de Beedle le Barde
  • Harry hérite du premier vif d’or qu’il a attrapé au sport national des sorciers, le Quidditch, une petite boule dorée et aildée

Autant vous dire que le ministre repart au son des "Raaah, Dumbledore, vieil enfoiré, comment tu nous lègues de la daube, c’était bien la peine de se faire chier durant six livres, tiens ! On ira déféquer sur ta tombe !".

Le soir même, le banquet post-mariage a donc lieu, et chacun célèbre l’union de Bill et de Fleur autour d’une bonne coupe de champagne. Harry profite donc de la soirée pour se promener tranquillement au milieu de tous les invités, façon "Coucou, je suis là, si l’un d’entre vous est un agent de Voldemort, n’hésitez pas à lui dire où je me cache, si on peut encore appeler ça se cacher". Il rencontre rapidement un vieux, qui comme tous les vieux, a un truc à raconter entre deux effluves urinaires : Dumbledore avait une vieille amie qui le connaissait formidablement bien, et qui a donné quantité d’informations à une journaliste pour qu’elle écrive un livre sur lui. L’amie en question, Germaine, habite dans le village où Harry vivait jusqu’à la mort de ses parents. Rien de bien fascinant, jusqu’à ce que la cérémonie soit interrompue par l’arrivée d’une sorte de boule lumineuse au milieu de la piste de danse qui vient interrompre "Le Petit bonhomme en mousse" pour informer les convives d’une terrible nouvelle : Voldemort et ses troupes viennent d’attaquer avec succès le ministère de la magie, et l’ont renversé. L’objet mystique ajoute accessoirement "Maintenant, planquez vos fesses, car ils arrivent". Et effectivement, des dizaines de sorciers plutôt vilains arrivent aussitôt et commencent à se battre avec les convives à grands coups de sorts mortels. Harry, Ron et Hermione ont juste le temps de se téléporter en urgence vers un lieu lointain : une rue de Londres.

 

Pour ne pas casser l'ambiance, même les mauvaises nouvelles sont annoncées par une boule à facette

Coup de chance (de nombreux autres suivront) : Hermione s’est téléportée avec son gadget ultime : le sac à main sans fond, un sac dans lequel tu peux ranger tout ce que tu veux, de ton portefeuille à ta bibliothèque en passant par ta toile de tente. Il faudrait que je m’en trouve un comme ça pour mes soirées kidnappings. Même si je ne vous raconte pas le bordel pour retrouver ses clés là-dedans. En tout cas, elle, elle a mis moult affaires à l’intérieur, y compris des vêtements de rechange pour des garçons. Ne me demandez pas pourquoi elle a ça sur elle, la coquine.

Nos héros vont donc trouver un petit café pour se poser temporairement et discuter des derniers évènements ; cependant, ils sont rapidement attaqués par deux mages maléfiques, qu’ils parviennent à neutraliser assez rapidement (parce que les mages n’ont pas pensé à les attaquer pendant qu’ils ne regardaient pas alors qu’ils arrivaient dans leur dos, quelle idée saugrenue). Ils leur font tout oublier grâce au GHB magique d’Hermione, avant de se dire qu’il serait temps de trouver une cachette pour la nuit ; quoi de mieux que d’aller dans l’ancien QG de l’ordre du Phénix, l’ancien manoir de la famille Black ? Décision est prise, et les choses se passent plutôt bien sur place, malgré des bruits étranges dans la maison. Tant et si bien que comme toujours dans les grands films, quand il y a des tueurs qui rôdent et que les héros sont dans un manoir étrange, ils se séparent en groupes de 1.

Heureusement, ils ne trouvent que deux choses : tout d’abord, Kreatur, l’elfe de maison crasseux du manoir, pas très aimable mais condamné à obéir à Harry dont il est la possession suite à un héritage, et une inscription signifiant qu’habitait autrefois là un certain Regulus Arcturus Black, soit R.A.B, les initiales d’un type dont nos héros savent de source sûre, grâce à une anecdote du film précédent, qu’il possède l’un des Horcruxes contenant un bout d’âme de Voldemort, un petit médaillon. Oui, un petit médaillon choupi. Voldemort est comme ça ; des fois, il cache aussi son âme dans des Zhu Zhu Pets. Soit ! Ils interrogent donc Kreatur afin de savoir où est cet objet mais celui-ci les informe qu’il a été volé il y a un bail par un certain Modingus (mais si, le lâche du début du film !). Harry ordonne donc à Kreatur de retrouver le voleur, ce qu’il fait assez rapidement, car malgré leur statut d’esclaves, les elfes de maison sont surpuissants, allez savoir pourquoi.

Modingus est donc interrogé ; il ne résiste pas beaucoup (il est lâche), et Hermione regrette donc de ne pas pouvoir utiliser sa gégène avec pinces à testicules qu’elle avait emmené pour l’occasion. Ils apprennent donc que le médaillon a été confisqué par Dolores Ombrage, une vilaine du ministère de la magie, qui collabore avec joie avec les troupes de Voldemort.

Nos héros décident alors qu’il serait malin d’infiltrer le ministère afin d’aller y récupérer l’objet ; ils capturent donc 3 fonctionnaires de celui-ci et cachent leurs corps dans un entrepôt discret (pourtant annoté d’un gros panneau jaune pétard "attention, site sous surveillance vidéo"… non, vraiment, combien de fois vont ils faire des choix débiles ?), prennent leur apparence et s’en vont au ministère accomplir leur terrible mission.

Sur place, comment vous décrire le spectacle ? C’est facile, pour que l’on comprenne bien que nous sommes chez des vilains, c’est le IIIe Reich : outre la propagande pro-sorciers aryens, des hordes de types en tenue du Volkssturm (avec même le petit brassard rouge du parti au bras et la casquette d’infanterie, oui oui oui, c’est très recherché) circulent, attrapent des gens et les emmènent se faire interroger (avec un peu de torture, évidemment, parce que sinon, on rigole moins) afin qu’ils avouent s’ils cachent des sorciers au sang mêlé à celui des moldus, ou s’ils en sont eux-même. Subtil, n’est-ce pas ? Les murs sont accessoirements recouverts d’affiches invitant à capturer un certain Harry Potter, le célèbre magicien geek.

Cependant, rien n’arrête nos aventuriers qui infiltrent sans soucis les lieux, tant apparemment ils peuvent aller n’importe où sans qu’on leur demande de présenter un quelconque papier. Un ministère imitant le IIIe Reich, c’est connu, ça se visite comme on veut, c’est ouvert à tout vent. Ils arrivent donc à localiser, par un petit coup de chance (ça alors !), Dolorès Ombrage, qui est occupée à tenir un procès dans les sous-sols. Nos larrons débarquent avec toute la subtilité qui est la leur, paralysent tout le monde à coups de baguette (il n’y a aucune sécurité non plus, quelle idée de sécuriser un tribunal), et s’enfuient en emmenant le médaillon que la bougresse avait autour du cou. Cependant, durant leur fuite, la polymorphie arrête de faire effet, et tout le monde découvre Harry Potter et ses potes en plein milieu du ministère de la magie où ils sont recherchés ; une petite course poursuite s’engage avec les miliciens locaux, et l’un d’entre eux, plus tenace que les autres, arrive même à les attraper au moment où ils se téléportent. Hermione est donc obligée de le dégager une fois à destination avant de relancer une téléportation d’urgence vers une petite forêt, ce qui, étant fait un peu à la va vite, a tendance à poser quelques soucis ; dans le cas présent, c’est un bras de Ron qui est téléporté en oubliant plusieurs morceaux (je pense que des bouts de cerveau de plusieurs héros ont aussi refusé de faire le voyage, mais ce n’est que mon opinion). Heureusement, Hermione a de quoi le soigner (une bombe froide et une éponge magique), mais il reste tout de même très affaibli de cette affaire. Elle donne alors à Harry la consigne qui va ouvrir une séquence affreusement étirée qui donnera à certains des envies de s’ouvrir les veines : "Harry, va monter la tente", car oui, Hermione a toujours une tente Quechua dans son sac dimensionnel.

 

75% du film tient là-dedans.

Ainsi commence une longue, trèèèèèès longue période durant laquelle nos adolescents vont vivre tranquillement sous la tente en essayant de détruire le médaillon, mais sans pouvoir y parvenir (le bougre résiste aux sorts ; mais personne ne pense à essayer avec un gros caillou). Fugitifs, chaque soir, nos loulous jettent des sorts rendant leur campement invisible à autrui.

C’est con que vous n’ayez pas eu l’idée de jeter les mêmes sorts sur le banquet, au mariage, ou sur une quelconque de vos précédentes cachettes. J’imagine que ça aurait pu aider. Mais bon.

Un soir, Hermione entend du bruit non loin du camp, et étant de garde, décide de n’alerter personne et de se séparer des autres pour aller voir (dans une forêt, la nuit, avec des tueurs qui rôdent… non mais ce n’est plus un film, c’est un sketch de Jean-Marie Bigard ! Heureusement qu’Hermione est la plus intelligente). Elle tombe nez à nez avec une troupe de sorciers au service de Voldemort, des "rafleurs", mais ceux-ci ne la voient pas, puisqu’elle bénéficie du sort d’invisibilité du camping. Ils finissent donc par passer leur chemin. Cependant, la chose a fait suffisamment peur à nos héros (plusieurs slips ont connu une fin tragique ce soir là) pour qu’ils décident de se déplacer régulièrement ; ne pouvant se téléporter puisque Ron est encore un peu faible, ils vont à pieds au travers de fabuleux paysages, et visitent apparemment l’Ecosse en long, en large et en travers.

Harry, de son côté, a une idée stupide, comme bien souvent : "Heeey le médaillon qu’on a trouvé contenant un bout d’âme de Voldemort, si on le portait autour de notre cou en attendant de trouver comment le détruire au lieu de le laisser au fond du méga-sac magique d’Hermione qui sert à transporter tout le reste de nos affaires en toute sécurité ?" ; aussitôt dit, aussitôt fait. Mais comme le médaillon rend les gens nerveux et méchants, curieusement, personne ne pense à dire "Bon, c’était une idée de merde", et à la place on entend un "Portons le tour à tour, partageons ce fardeau". Ho oui M’sieur Frodon, partageons l’anneau, il est trop lourd pour vous, vivement qu’on atteigne le Mordor pour le détruire. Tiens ? Je me suis trompé de film ? Vous êtes sûrs ? Non parce que moi je n’ai pas l’impression. Enfin, si vous le dites.

Au final, le médaillon finit par accomplir sa mission, puisqu’il provoque une grosse crise de colère chez Ron (original n’est-ce pas ? De toute manière, quand il y a un piège ou quelqu’un qui doit tomber sur une peau de banane, c’est toujours pour Ron), qui soupçonne une liaison entre Hermione, sa copine (avec laquelle il ne couche pas malgré qu’ils soient bloqués en pleine nature depuis des semaines avec beaucoup d’hormones et peu d’activités, on reste quand même dans un monde gentillet ; des ados, de la magie, des pouvoirs d’agrandissement de certaines choses et de polymorphie, en général, ça dégénère vite), et Harry. Il décide donc d’abandonner tout le monde et en a marre de cette quête d’horcruxes alors qu’ils n’arrivent même pas à en détruire un : il se téléporte seul loin de là.

Ah le salopard : alors pour ça, il a la force de se téléporter, mais pour éviter à ses copains de marcher, jamais. Quel pourri.

Harry et Hermione n’étant plus retardés par leur ami à la chevelure de munster, ils se mettent à se déplacer en se téléportant eux aussi aux quatre coins du pays, sans pour autant avancer beaucoup plus dans leur aventure. Ils papotent, se font des câlins amicaux, dansent en écoutant la radio, mais jamais Harry n’arrive à obtenir d’Hermione quoi que ce soit, tant cette dernière reste quand même fondamentalement une truie frigide. Un soir, cependant, elle a une idée lumineuse : "Aaaah mais je sais ce qui pourrait détruire les horcruxes : l’épée magique de Gryffondor" (notez qu’il s’agit toujours d’une épée ou d’un truc médiéval ; le fusil à pompe enchanté de Gryffondor, vous pouvez toujours l’attendre. J’imagine qu’au moyen-âge, l’épée étant trop moderne, les sorciers se battaient à coups de gourdins et de silex magiques) ; seul soucis, l’épée magique a disparu depuis des mois, et personne ne sait où elle est.

Que faire en attendant ? Jouer à la crapette ? Regarder Avatar ? Ouvrir un skyblog ? Non : Harry a une idée. Peut-être que Dumbledore n’a pas tout dit avant sa mort sur les horcruxes et comment les détruire ; peut-être serait il temps d’aller rendre visite à Germaine, la vieille amie du vénérable mage qui semblait en savoir suffisamment sur lui pour aider une journaliste à écrire un livre à son sujet. Hermione souligne que se rendre dans le village où Harry a perdu ses parents est risqué, que l’ennemi risque d’y avoir placé des guetteurs, mais bon : qui ne tente rien n’a rien. En plus, comme c’est aussi un lieu important pour Voldemort, peut-être y a t-il laissé un autre horcruxe.

 

"Cher Père Noël, si tu pouvais m'apporter la MG-42 de Serpentard, ça me ferait bien plaisir"

C’est donc la nuit de Noël que nos deux pinpins s’en vont dans le village enneigé visiter les lieux ; ils repassent devant l’ancienne maison à demi-détruite de la famille Potter, mais ne trouvent rien d’intéressant. A part une petite vieille relativement louche, qui les invite à la suivre ; elle les emmène jusqu’à une petite maison isolée où, effectivement, il s’avère qu’elle est bien Germaine, la personne recherchée par nos héros (quel coup de bol ! Elle passait pile au bon endroit au bon moment !) ; seulement, elle est curieusement muette. Vous vous demandez pourquoi, hein ?

La réponse est simple : ce n’est pas vraiment Germaine : en fait, c’est l’anaconda domestique de Voldemort, déguisé en vieille, qui tend un piège à nos héros. Oui, un anaconda déguisé en vieille. Oui, moi aussi j’étais consterné, parce que bon, je m’y connais en anacondas, j’ai vu d’excellents documentaires sur le sujet, et jamais ils ne se font passer pour des vieilles, c’est pas le petit chaperon rouge, non mais. Bref ; une petite bataille s’engage, dans laquelle le serpent est repoussé par un puissant sort d’Hermione, mais qui détruit au passage la baguette d’Harry. Un repli stratégique via téléportation est donc effectué, et Harry pleure doucement qu’Hermione lui a brisé la baguette (oui ? Non, je n’ai pas fait ce commentaire. Pourquoi, je devrais ?).

Et c’est donc reparti pour encooooooore plus de camping. Raaah, laissez moi mourir, bon sang, qu’est-ce qu’on s’ennuie.

Un soir, Harry, de garde, entend du bruit dans les bois ; aussi malin qu’Hermione, lui aussi décide de ne surtout pas l’alerter (ça sert à ça, des gardes : à ne pas donner l’alerte) et de partir tout seul voir ce que c’est ; et bien figurez-vous qu’un patronus en forme de biche fantomatique (un patronus, c’est une sorte d’esprit défenseur que les sorciers peuvent faire apparaître) est là, au milieu des bois, à attendre Harry pour le guider gentiment. Bon, Harry, ça fait maintenant des mois qu’il n’a pas réussi à serrer la petite Hermione, alors il est un peu chaud et une biche, même fantomatique, ferait bien l’affaire : aussi la suit il sans se poser de questions.

Cette dernière le guide jusqu’à un étang gelé où, sous la glace, Harry aperçoit… l’épée de Gryffondor.

Oui, elle est là, tranquille : elle adore faire de la plongée en hiver, c’est son hobby. Ni une, ni deux, Harry décide d’aller la chercher ; pour cela, il veut plonger sous l’eau. Non, utiliser sa magie (il a emprunté la baguette d’Hermione, mais ne s’en sert pas) pour ramener l’épée, quitte à faire apparaître une épuisette, ça lui parait trop élaboré comme plan. Non, il va plutôt se mettre en slip et plonger par – 12°, histoire de rigoler un peu. En ne gardant sur lui qu’un seul objet : le médaillon de Voldemort (bin oui, tiens, c’est vrai qu’il est plus en sécurité là que dans la tente avec Hermione, hein ? Puis plus utile, aussi, sûrement). Or, une fois sous l’eau, curieusement, le médaillon n’a pas l’air d’apprécier qu’Harry essaie de récupérer une arme capable de le détruire ; il se débat donc, et essaie d’entraîner sous la glace Harry loin de l’épée et du trou qu’il avait fait pour plonger, histoire de le noyer.

Formidable coup de bol (encore un ? Non mais c’est fini ces télescopages ?), une main récupère et l’épée, et le Harry Potter et les sortent tous deux de l’eau en cherchant lequel des deux est con comme 2 kilos de métal : il s’agit de Ron, qui est revenu aider ses potes maintenant qu’il a fini de faire son petit caca nerveux. Il a su où était Harry grâce au déluminateur, qui apparemment, fait aussi GPS. Ne me demandez pas comment non plus. Harry propose alors à Ron de détruire le médaillon, maintenant qu’ils l’ont, ainsi que l’épée ! Notre rouquemoute accepte, mais comme Harry l’a dit : "attention, au moment où tu voudras le détruire, le médaillon risque de se défendre !" ; ouais, attention Ron, cet enfoiré va essayer de te mettre des coups de fermoir, il risque de te pincer. Trop cruel, Voldemort.

Sauf que non : Voldemort a mis bien plus de puissance dans ce médaillon ; celui-ci crée des illusions pour effrayer Ron (il fait apparaître sa terreur, des hordes d’énormes araignées), avant de, allez savoir pourquoi, changer de registre :

"Roooon… Roooon… ta copine, elle couche avec Harry ! C’est une coquine !
- …
- Regarde ! Je fais apparaître des images où elle et lui se font des bisous ! Ca t’énerve, hein ?
- Heu… c’est-à-dire qu’en fait, mon objectif, médaillon, c’est de te casser la gueule, alors chercher à m’énerver encore plus, c’est un peu incohérent. En plus les araignées, ça me faisait fuir, alors pourquoi tu arrêtes ?
- Regarde ta copine… bisouuus… elle roule des patins à Harry ! Attends, tu en veux plus ? Bouge pas, je te mets un petit fond sonore de basse, façon film porno. Alors, t’en penses quoi ? T’es vénér’ hein ?
- Mais enfin, médaillon, tu es idiot ? Pourquoi tu m’encourages à te détruire alors que tu dois faire l’inverse ?
- Okay, tu l’auras voulu : je rajoute des passages où Harry fait pouet’ pouet’ camion à Hermione. Tu veux que je fasse apparaitre un gros monsieur noir aussi pour se joindre à eux ? Ca t’énerverait un gros monsieur noir tout nu ?
- Bon."
0

Ron, lassé par l’incohérence totale du médaillon, le détruit donc d’un bon coup d’épée, et hop : finies les illusions d’Harry et Hermione à poil, mais pas trop non plus (le médaillon de Voldemort fait apparaître des illusions chastes : c’est un seigneur des ténèbres, mais militant actif chez Familles de France). Une fois cela fait, les deux garçons retournent au campement trouver Hermione, qui est certes heureuse de retrouver Ron et d’apprendre qu’il a détruit un horcruxe, mais surtout un peu en colère qu’il ait lâché tout le monde quelques semaines plus tôt. Elle boude donc.

Tiens, mais au fait, qui a créé cette biche fantomatique qui a guidé Harry au fond des bois pour trouver l’épée ? Comment cette personne savait que notre groupe camperait juste à proximité ? Que faisait l’épée là ? Mystère, dans l’immédiat.

 

Attention ! Dans cette image se cache un anaconda, sauras tu le retrouver ?

Sur ce, revenons à nos pérégrinations ; un jour, Hermione note dans le bouquin de contes pour enfants que lui a légué Dumbledore un signe curieux : un trait vertical, imbriqué dans un cercle, le tout placé dans un triangle… hmmm, mais qu’est-ce que c’est ? Harry se souvient avoir déjà vu M. Lovegood, le patron d’un journal pourri (une sorte de Public ou Closer local), porter ce signe en médaillon. Il pourrait donc être intéressant d’aller le voir pour l’interroger à ce sujet ; soit ! La petite troupe se rend donc promptement chez le personnage, accessoirement père de Luna, une de leurs camarades de classe. L’homme est un peu nerveux et dérangé (mais bien qu’il raconte n’importe quoi, bizarrement, il donne toujours de formidables infos 100% véridiques pile poil quand les héros en ont besoin), mais explique tout de même ce qu’est ce signe : il s’agit des "Reliques de la Mort" ; dans un vieux conte, trois frères ont obtenu de la Mort trois objets : la plus puissante baguette de sorcier du monde (symbolisée par le trait vertical), une pierre capable de ressusciter les morts (le rond), et une cape d’invisibilité (le triangle). Quiconque a ces 3 objets devient "le Maître de la Mort". Soit, se disent nos amis, et ces objets existeraient donc bel et bien ? Puisque Harry a déjà la cape d’invisibilité, semble t-il (même s’il ne s’en sert pas du tout dans ce film alors qu’elle aurait pu servir quasiment dans chaque scène, mais définitivement, Harry est un pur produit de Poudlard, l’école au programme consternant).  Effectivement ; mais la conversation n’ira guère plus loin : nos héros comprennent vite que leur hôte a une bonne raison d’être nerveux ; sa fille a été raflée par les vilains quelques temps plus tôt, et il espère, en dénonçant Potter et ses amis, obtenir sa libération. A peine a t-il révélé cela (tout est bien synchronisé, encore une fois) que la maison est bombardée de sorts plutôt offensifs par des mages noirs volant tout autour ; histoire de varier un peu les plaisirs, Hermione téléporte ses deux balourds de collègues et elle-même vers une destination forestière où…

… où allez savoir comment, ils sont attendus par les rafleurs qu’ils avaient vu dans les bois des mois auparavant. Comment les ont ils retrouvés ? Vous ne le saurez jamais ; en tout cas, une brève course poursuite s’engage, et nos élèves sorciers sont vite capturés : Hermione a juste le temps de jeter un sort de Bogdanovum à Harry (elle lui déforme le visage en le gonflant affreusement) afin que leurs agresseurs ne l’identifient pas tout de suite et ne le livrent ainsi pas aussitôt à Voldemort. Certes, il y a une trace de sa cicatrice, que ses agresseurs reconnaissent, mais dans le doute, ils se rendent au QG des méchants pour vérifier son identité.

Sur place, la chose semble compliquée, tant, quand même, Harry ne ressemble plus à rien (je vous ai entendu dire "c’était guère mieux avant", au fond, messieurs) ; aussi, lui et Ron sont envoyés en cellule en attendant que l’on prenne une décision. Bellatrix, l’une des grandes méchantes préférées de Voldemort, décide elle se s’amuser un peu avec Hermione, en la torturant parce que bon : elle est fille de moldus, même pas de sorciers, donc ça mérite bien une punition.

Pendant ce temps, dans leur cellule, Harry et Ron entendent du bruit et allument toutes les lumières grâce au déluminateur (… non… non… ne me dites pas que les forces du mal dans leur QG face à des sorciers, qui sont souvent des gens avec des objets magiques, n’ont même pas pensé à les fouiller ? Et bien non.), et constatent qu’ils ne sont pas les seuls prisonniers : il y en a 3 autres, parmi lesquels Luna Lovegood. Soudain, apparait au milieu d’eux Toby, l’elfe de maison idiot et pote d’Harry Potter, qui a le pouvoir (comme il est aussi surpuissant que tous les elfes de maison) de se téléporter où il veut, même dans cette cellule, qui doit pourtant être protégée. Toby cherchait Harry, et est fort content de lui tomber dessus ; il reçoit donc directement des instructions du bon Potter : 1 – évacuer les autres prisonniers vers une planque en bord de mer où ils sont déjà allés, et 2 – neutraliser le garde de la prison. En 10 secondes, l’elfe fait les deux. Balaise. Et vous n’avez pas encore tout vu, mais j’y reviens.

Nos deux adolescents vont donc rapidement porter secours à Hermione, et la sauvent de ses tortionnaires, aidés en cela par Toby, qui fait tomber des objets et confisque les baguettes de tous les sorciers – pourtant forts, maléfiques et expérimentés – présents à ce moment là. Bref, à lui seul ou quasiment, l’elfe vient de paralyser tout le QG de Voldemort et ses mages les plus costauds.

Bon, moi, à leur place, j’aurais déjà monté une armée d’elfes de maison et conquis le monde en moins de 45 minutes. Mais là encore, personne ne semble y penser.

 

Voilà : ça, ça vous maîtrise toute l'armée ennemie en moins d'une minute. Mais tout le monde semble l'oublier.

En tout cas, Hermione se relève péniblement, non sans que l’on ait pu voir un cheveu de Bellatrix en gros plan tomber sur son manteau. C’est super innocent, comme plan, pas vrai ? Ça ne va sûrement pas servir dans le prochain film, nooooon. C’est probablement juste un plan pris au hasard, comme ça, hop, genre "Tiens, si on filmait un cheveu ? C’est cool les cheveux, ça joue bien, ça me rappelle un peu Romain Duris".

Au final, tout le monde se rassemble autour de Toby pour se téléporter avec lui loin de là ; c’est sans compter sur Bellatrix qui, probablement anciennement employée au cirque Pinder, effectue un formidable lancer de couteau à la dernière seconde, provoquant la téléportation de la lame volante avec l’ensemble du groupe de fuyards.

A l’arrivée, tout le monde se retrouve donc comme prévu sur une plage balayée par les flots, avec comme seule perte Toby, qui a reçu la lame en plein dans son petit corps frêle ; il meurt donc dans les bras de Harry en contemplant l’océan, cette plage étant un peu son Omaha Beach ; pour les dialogues, ça donne grosso modo dans le "Ne meurs pas Toby ! Accroche toi ! Les hélicoptères arrivent ! " et les "Tu diras… argh… à ma femme que… je… je l’aime… tu lui diras, hein… Harry !" – "Toby ! Fais pas le con, écoute, on entend les rotors ! Ils vont te retaper, tu iras voir ta femme en permission avec une médaille et tu lui diras toi-même que tu l’aimes !"

Hélas, Toby meurt quand même. Harry sanglote donc d’avoir perdu son ami moche, niais, mais surpuissant, et s’en va lui creuser une tombe avec une bonne vieille pelle, quelque part dans les dunes, là où les gens font vider les intestins de leurs chiens lorsqu’ils se promènent sur la côte.

Mais, et Voldemort dans tout ça, hein ? Qu’est-ce qu’il faisait au lieu d’être à son QG ? Et bien, sachez-le : d’abord il est allé péter la gueule à un célèbre fabriquant de baguettes magiques en lui disant "Alors comme ça, tu pensais qu’avec une autre baguette je pourrais vaincre Harry ? Sauf que celle que j’ai utilisée au début du film, elle a fait pouf ! Je veux faire jouer ma garantie !" ; puis, réalisant qu’il lui faudrait tout simplement une baguette fort puissante, il s’est mis en quête de celle évoquée dans le conte des trois frères, la baguette des Reliques de la Mort. Le vieux marchand de baguettes a évoqué le fait qu’il avait bien cette baguette des années auparavant, mais que quelqu’un lui avait volé, probablement un roumain.

Voldemort part donc retrouver le voleur, devenu fort vieux mais toujours fort rabouin, et ce dernier lui annonce que la baguette avait fini dans les mains de Dumbledore. Et à sa mort, il avait été enterré avec.

C’est donc parti pour la séquence nécrophile du film : Voldemort va ouvrir le tombeau de son vieil ennemi, renifle un peu son cadavre encore en fort bon état, s’accouple un peu avec parce que bon, hein, il a beau être maléfique, il n’en reste pas moins homme, puis s’empare de la baguette avec laquelle il fait surgir moult éclairs du ciel dans un rire maléfique et…

FIN.

 

La scène finale de l'accouplement post-mortem

Ou plutôt à suivre. Oui, je sais, dans la bande-annonce, il y a plein de scènes d’action dont je n’ai pas parlé ici ; c’est normal, c’est pour le suivant. Parce qu’une bande-annonce juste avec les scènes de ce film, c’eut été affreusement chiant. Ça aurait ressemblé à Camping, en fait. Avec Emma Watson à la place de Franck Dubosc.

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Sylvain Fumoir, à quatre pattes dans la neige, soufflait lourdement après avoir subi toute la douleur d’un tel ennui cinématographique. Jamais il ne se serait douté que son adversaire lui infligerait une telle torture. Mais il n’avait pas joué sa dernière carte pour autant. Il jeta un regard à l’Odieux Connard derrière lui.

"Alors, on se rend ? Ne fais pas comme ton ami Jamax, qui a voulu résister inutilement…"

Fumoir eu un rictus invisible, tant sa face était à nouveau tournée dans une autre direction ; il était déjà concentré sur autre chose : relevant sa manche, il toucha de la main le tatouage en forme de souris blanche qu’il portait au poignet.  Il allait prouver que son Noir Seigneur était de retour.

Je n’eus pas le temps de me retourner en entendant le bruit caractéristique de quelqu’un se téléportant derrière moi.

"Yé vé té faire dichparaitre comme oune petite chouriche, hihihi !", entendis-je avant qu’un éclair ne vienne me frapper entre les omoplates.

Mon Dieu, Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, le maître de tous les sorciers maléfiques, celui qui surpassait amplement Voldemort était de retour :

GARCIMORE !

Amis lecteurs, érudits que vous êtes puisque vous avez le bon goût de passer ici, vous connaissez tous et toutes le Point Godwin, théorie expliquant que toute conversation sur internet implique que plus celle-ci dure, plus il y a de chances qu’une référence aux nazis soit amenée par l’un des interlocuteurs.

Cela est convenu ? Fort bien.

Pourtant, il existe certaines conversations qui, elles aussi, disposent d’un passage quasi-inévitable ; vous avez probablement déjà vécu la chose dans votre misérable vie, alors plutôt que de vous énoncer quelque théorie, mettons-nous directement en situation pour faire remonter quelques souvenirs.

 

 

Attention à ne pas mélanger soirée souvenirs & point Godwin

 

Un soir d’automne, vous voilà invité avec quelques autres ribauds chez de vieux amis ; profitant de la soirée, vous vous laissez aller à la discussion autour de quelques verres qui réchauffent tant les corps et les esprits alors que dehors, le vent rafraîchi par l’inévitable approche de l’hiver fait tournoyer les feuilles mortes sur le bitume. Le maître de maison, probablement mis à l’aise par votre agréable compagnie ainsi que par les amuses-gueules qui viennent d’arriver sur la table du séjour, se lance dans un sujet fort classique : le cinéma. Evidemment, comme vous êtes un être bien éduqué, vous feignez un quelconque intérêt pour son propos tout en jetant quelques coups d’oeils à l’immense décolleté de la maîtresse de maison, dont les lourds soubresauts présentent bien plus d’intérêt que l’opinion de vos amis sur le dernier Harry Potter.

Rien de bien étonnant jusque là : j’en conviens ; mais c’est alors que se joue le véritable drame, puisque votre ami lancé dans une diatribe solitaire déclare tout de go qu’il apprécie non seulement Matrix, mais en sus, qu’il convient selon lui de qualifier la chose "d’excellente trilogie".

Bien éduqué, vous ne lui écrasez pas immédiatement votre cigare sur un téton et vous contentez de vous enfoncer dans l’épais fauteuil dans lequel vous avez été installé en feignant une relative indifférence afin de ne pas troubler son exposé sur toutes les qualités de ce triptyque traitant de la vie difficile des amateurs de cuir dans le milieu de l’informatique (un véritable drame). Après avoir longuement écouté votre hôte vanter la philosophie matrixienne et parler les larmes aux yeux de la poésie d’une fusillade au ralenti, vous profitez d’un silence seulement troublé par le bruit de déglutition de quelque martini chez l’un des autres invités pour lâcher laconiquement un : "Personnellement, je n’ai pas aimé."

Auriez vous laissé filtrer une flatulence aussi claironnante que nauséabonde que l’effet en eut été semblable : l’ambiance enjouée jusqu’alors retombe lourdement, la maîtresse de maison laisse choir son plateau de délices à grignoter, et monsieur son mari semble aussi choqué que si vous veniez de lui annoncer que son fils unique avait abandonné ses études d’ingénieur pour se tourner vers une carrière de danseur de tektonik, ou pire, de journaliste au Figaro. Face à votre blessant propos, mortel verbe venu meurtrir ses chairs, il ne voit qu’une seule réponse adaptée :

"C’est passque t’as pas compris, faut que tu les revoies"

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, nous sommes face à un Point Ciné-Pipeau, du nom du célèbre instrument utilisé par les rhétoriciens à court d’arguments. Je théorise donc celui-ci de la manière suivante : "Lors d’une conversation sur le cinéma, plus le temps passe, plus il y a de chances que quelqu’un explique aux autres que s’ils n’aiment pas un film, c’est parce qu’ils ne l’ont pas compris, et doivent donc le revoir pour réaliser leur faute."

 

 

"Si vous n'aimez pas le clip des jeunes UMP, c'est que vous n'en avez pas saisi toutes les subtilités : revoyez-le"

 

Puisque c’est bien connu, tout comme votre grand-mère répétait (mais si, souvenez-vous : à chaque fois que vous sentez de l’urine, vous pensez à elle ; c’est un peu votre madeleine de Proust) en vous jetant un regard rempli de mépris et de cataracte que "Si le petit n’aime pas les choux, il faut encore lui en faire manger, il finira par aimer", vous trouvez aujourd’hui quelques énergumènes pour vous expliquer que si vous n’aimez pas un film, c’est parce que vous ne l’avez pas compris, ce qui revient à dire que vous êtes trop bête par rapport à votre interlocuteur pour comprendre à quel point le film est objectivement génial et qu’il est donc impossible de ne pas l’aimer. Imparable.

Car c’est un fait avéré, les préférences cinématographiques n’ont rien à voir avec le goût de chacun, mais plutôt avec la raison pure et la logique mathématique comme chacun sait. Quelle idée : les goûts auraient un rapport avec le goût. Quelle idée saugrenue !

Ainsi, l’argument est par exemple régulièrement ressorti, généralement lorsque vous déclarez (si jamais cela vous arrive), que vous n’avez pas aimé, par exemple, un Tarantino. Vous retrouvez toujours sur votre chemin quelque pinpin pour se mettre sur votre route : "Non, le film est génial ! Si tu ne l’as pas aimé, c’est parce que tu n’as pas vu toutes les références cinématographiques qu’il a glissé dans le film ! Tu dois retourner le voir !" ; ah bin oui, je vais m’infliger ça une deuxième fois : et quand bien même je verrais plus de références (en supposant que j’en ai loupé), ça ne changera rien au scenario, aux personnages, à la réalisation, et de manière générale, au film. Aussi, je verrai juste deux fois un film que je n’aime pas. Et non, le film ne change pas de séance en séance : c’est le même qui est projeté. Compris ou non.

Non, vraiment : qui peut bien sérieusement avoir ce genre d’argumentation à part, éventuellement, un koala défoncé au crack (les koalas aiment la ganja au moins autant que le cinéma, c’est prouvé) ?

Parfois, l’argument est pire encore : tenez par exemple, prenons Avatar. J’expliquais dernièrement à quelques fieffés galopins que voilà, le scenario était tout de même un peu consternant, et qu’à ce titre, le film ne m’avait pas émerveillé. Il s’en trouva tout de même un pour me dire, "Comment, t’as pas aimé ? C’est parce que tu l’as pas vu en 3D, va voir tu verras". J’ignore par quelle puissante trépanation au tournevis mon interlocuteur en était arrivé là, mais qu’on se le dise :

La 3D n’ajoute une dimension qu’à l’image, pas au scenario, ni même aux dialogues (attendez, il y a des dialogues dans Avatar ?!). Un film avec une histoire toute pourrie et des incohérences grosses comme Michel Platini ne change pas d’histoire quand on enfile les lunettes qui vont bien. Pourtant, pour certains, l’argument est ultime : "Si tu n’as pas aimé tel film, c’est que tu ne l’as pas vu en 3D, retourne le voir." Sauf que non seulement on ne me parle pas à l’impératif (c’est un coup à perdre une molaire ou deux, mon passé de champion de savate remontant à fol allure lorsque le besoin s’en fait sentir), mais lorsque je précise que je n’ai pas aimé le fond, inutile de me dire d’y retourner en changeant la forme.

La manœuvre est digne d’un skyblog : "Tiens, puisque ce que je raconte est profondément nul, je vais écrire de toutes les couleurs et rajouter des gifs animés avec des petites fées qui scintillent pour que la forme fasse passer le fond." Hélas, cela ne rattrape en rien les abominables écrits intitulés "12 bone raison d’aimé Justin Bieber". Sans compter que cela pique les yeux des honnêtes gens, voire les amène à pleurer des larmes de sang. Alors par pitié, arrêtez de m’emmerder avec la 3D.

 

 

Justin Bieber prépare un concert en 3D ; ça ne changera rien au niveau de ses chansons, mais bon. D'ailleurs, un concert avec des vrais gens sur une vraie scène, c'est pas déjà en 3D ?

 

Ces conversations prolifèrent de plus en plus, car de nombreux films & séries permettent désormais à chacun de trouver sa propre interprétation des choses : Matrix, matrice dans la matrice ? Inception, et si tout cela n’était qu’un rêve ? Lost, mais diable, que de questions encore en suspens ! De fait, grâce à la magie des scénarios à trous (aussi appelés "scénarios où on ne se fait pas chier à justifier quoi que ce soit, ça fera jaser les spectateurs qui tenteront eux-même de combler les vides avec leur imagination sans limite"), nombreux sont celles et ceux qui pour combler le néant abyssal de certains artifices scénaristiques, s’inventent leurs propres théories ou pire, voient plus de références que le réalisateur du film lui-même (comme un vulgaire prof de français trouvant 260 références à la psychologie profonde de l’auteur par ligne qu’il lit). Aussi se persuadent ils tout seul qu’ils sont face à une oeuvre profonde et magistrale, que seuls des esprits aussi affûtés que les leurs peuvent comprendre : le béotien uniquement pourrait donc connaître quelque désamour avec ces créations.

Alors lecteurs, lectrices, créatures éthérées & vaporeuses qui lisez ces lignes, je vous en conjure : la prochaine fois que quelqu’un vous fait le coup du "Non mais t’as pas compris en fait, c’est pour ça que t’aimes pas, faut que tu y retournes", si vous ne tabassez pas tout de suite votre interlocuteur à coups de barre à mine, soulignez au moins qu’il vient d’atteindre le Point Ciné-Pipeau, sommet de l’incohérence argumentaire utilisé par les ayatollahs du 7e art pour laisser entendre qu’un film est, bien plus qu’une question de goût, une oeuvre objectivement géniale.

Evidemment, certains d’entre vous ne seront pas d’accord avec ce que j’ai écrit.

C’est donc forcément qu’ils n’ont rien compris : relisez-moi.

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