Joshua n’aimait pas cette chaise.
Bien que d’un bel aspect et couverte de cuir, elle était finalement fort peu confortable, tassée qu’elle était par des générations de professionnels qui s’y étaient assis avant lui pour préparer de nouvelles oeuvres ; un lourd silence pesait en ce moment même dans la salle, alors que chacun réfléchissait à la prochaine innovation que pourrait connaître l’industrie du cinéma américain. La tête dans les mains, chacun essayait, comme un vulgaire écolier, de feindre de profondes pensées pour éviter de croiser le regard du Président en bout de table. Ce dernier commençait à perdre patience.
"Alors ? N’avez-vous aucune idée, rien ? Vous ne savez pas comment nous pouvons innover ? A quoi est-ce que je vous paie !"
Il avait, dans cette dernière exclamation, frappé la table du poing pour ponctuer son désarroi.
"Quelqu’un a bien une idée bon sang ! Michael ?"
Réajustant une mèche sur son front suant, ledit Michaël avait péniblement relevé la tête en tremblant.
"On pourrait… on pourrait… on pourrait adapter un Comics ?
- Bon Dieu ! N’allez-vous jamais au cinéma ? Il n’y a que ça !
- Pardon Président, je…
- Taisez-vous ! Alexander, relevez le niveau ! Une idée, vite, je vous vois griffonner quelque chose !
- On… heu… hem. Un… un livre, on pourrait adapter un livre ?
- Mais je veux bien moi, mais je vous demande comment ! Dans quel style ! Acheter des licences, oui, trouver des histoires déjà faites, ok, mais innover, comment ?"
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Il y eut un léger grincement, lorsque Nicolas, à l’autre bout de la table, fit rouler sa chaise en arrière pour mieux se lever.
"On pourrait faire un film français. C’est original un film français."
"Hoooo", fit la salle en tremblant. Le Président sourcilla.
"Nicolas, vous êtes très sympathique, mais on l’a déjà fait. Souvenez-vous par exemple True Lies : on avait même remplacé Thierry Lhermitte par Arnold Schwarzenegger pour rigoler, un soir qu’on était bourrés. Mais bon, hein, il s’agit pas de rire cette fois : ce n’est pas original, votre idée.
- Président, je ne parlais pas d’une licence de film français. Je parlais du style de film français. Regardez plutôt cette séquence."
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Un vidéoprojecteur descendit du plafond alors que les persiennes de la salle de réunion se refermaient pour plonger l’endroit dans l’obscurité. Sur l’écran apparurent deux personnages se faisant face dans un appartement parisien.
"Nathalie je…
- Benoit…
- Nathalie…
- …
- …
*regards lourds*
*regards lourds*
- Tu veux un café ?
*il se dirige vers la porte*
- Non.
*Elle lui tourne le dos*
*Plan sur Paris la nuit, musique mélancolique*"
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Nicolas appuya sur pause, mais il fallut quelques secondes aux spectateurs pour comprendre que c’était le cas, tant cela ne changeait guère le rythme du film. Le Président se tourna vers Nicolas.
"C’est chiant.
- Oui. C’est pour ça que personne ne l’a fait jusqu’ici.
- Et vous pensez qu’on peut en faire quelque chose ?
- Oui, regardez, il suffit d’américaniser le film. D’abord, dans cette scène, il y a trop de prénoms à retenir : on va en retirer un. Ensuite, on va faire du héros un baroudeur mystérieux. Du coup, les gens penseront que les moments chiants sont des moments mystérieux. On remplace les plans sur Paris la nuit par Los Angeles, et pour la musique, on fait du placement de rock pour ados digne d’un épisode des Frères Scott. On met un peu de violence ici ou là pour faire film choc, et hop, la grosse feinte.
- Ça m’a l’air complètement con. Je vous donne 13 millions de dollars.
- Merci Président, je ne vous décevrai pas."
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Ainsi naquit Drive, film qui n’a de cesse de rendre folle la critique française, et primé pour sa réalisation à Cannes. Actuellement présenté comme un chef d’oeuvre du cinéma, je vous donne le pitch officiel :
Un jeune homme solitaire, "The Driver", conduit le jour à Hollywood pour le cinéma en tant que cascadeur et la nuit pour des truands. Ultra professionnel et peu bavard, il a son propre code de conduite. Jamais il n’a pris part aux crimes de ses employeurs autrement qu’en conduisant – et au volant, il est le meilleur !
Shannon, le manager qui lui décroche tous ses contrats, propose à Bernie Rose, un malfrat notoire, d’investir dans un véhicule pour que son poulain puisse affronter les circuits de stock-car professionnels. Celui-ci accepte mais impose son associé, Nino, dans le projet.
C’est alors que la route du pilote croise celle d’Irene et de son jeune fils. Pour la première fois de sa vie, il n’est plus seul.
Lorsque le mari d’Irene sort de prison et se retrouve enrôlé de force dans un braquage pour s’acquitter d’une dette, il décide pourtant de lui venir en aide. L’expédition tourne mal…
Doublé par ses commanditaires, et obsédé par les risques qui pèsent sur Irene, il n’a dès lors pas d’autre alternative que de les traquer un à un…
Je vous la refais :
Un expert dans son domaine accepte une dernière mission. Hélas, cela tourne mal : pour protéger celle qu’il aime, il va donc péter la gueule aux méchants.
Maintenant que vous savez que ce film a le même Pitch que Rambo, Fast & Furious, Le Transporteur, Commando, Portés disparus 1, 2 & 3 et environ 207 autres films vendus 2€ en caisse de Monoprix dont certains impliquant des ninjas et/ou des serpents de mer, passons au récit de cette petite perle.
Spoilons, mes bons !
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L'affiche : profitez-en, de tout le film, le héros ne changera jamais d'expression. Quel jeu d'acteur.
Le film s’ouvre donc quelque part à Los Angeles, par une douce nuit. Dans un hôtel, le héros est en train de passer un coup de fil en prenant un air mystérieux ; à noter que celui-ci n’a pas de prénom de tout le film (on ignore si c’était pour des raisons de budget qu’il a fallu le supprimer, ou si ça faisait plus "cool"), il sera donc qualifié dans ces lignes sous le nom ronflant – mais impérial – de Sigismond (j’ai hésité avec Geneviève) pour que tout le monde s’y retrouve. Bref : notre larron est en train d’expliquer au téléphone comment il travaille : lui, c’est un chauffeur pour criminels. Donc, il les emmène là où ils veulent, ne pose aucune question et disparaît quand tout est fini. Sa règle ? Il donne très exactement 5 minutes sur place aux forbans pour réaliser leur forfait, ni plus ni moins ; si en ce temps ils n’ont pas pu commettre leur odieux délit, il s’en va, probablement pour manger une glace tout seul dans son coin. En tout cas, il le dit bien : dans son métier, il est le meilleur. Avec lui, la police sera bien feintée. Nous constaterons qu’en réalité, il fait partie de la famille des quiches.
Afin de réaliser sa mission, il va trouver son complice mais néanmoins ami, Shannon (oui, c’est un homme ; quand je vous dis que le budget prénoms a eu un souci), garagiste boiteux de son état, afin de lui emprunter un véhicule pour l’occasion : ce sera donc une voiture d’un modèle particulièrement répandu en ville, afin de se fondre dans la masse, mais disposant d’un moteur gonflé pour pouvoir assurer en cas de course-poursuite : malin. Sitôt son véhicule en main, Sigismond se rend donc à proximité d’un entrepôt dans un quartier plutôt industriel, où l’attendent deux mecs avec fusils et cagoules (oui : les mecs attendaient sur place déjà en tenue, histoire que tous les voisins puissent dire "Allô la police ? Il y a deux cons en bas de chez moi armés et en tenue de braqueurs & co. Visiblement, ils attendent quelqu’un, je me suis dit que ça pourrait vous intéresser. Bisous."). Bref ; sitôt qu’ils voient leur taxi en position, nos deux brigands filent vers l’entrepôt, ouvrent la porte d’un bon coup de fusil et s’enfoncent dans le bâtiment pendant que dehors, Sigismond (oui c’est ça ou je l’appelle par l’appellation officielle du film, je cite "The driver", donc bon) enclenche sa montre pour leur donner les 5 minutes réglementaires. Il en profite aussi pour écouter la radio de la police, et entend bien vite que le coup de fusil a alerté le voisinage, qui a signalé le début de cambriolage ainsi que donné le signalement de la voiture du héros à la maréchaussée : sacrebleu ! Il faut que nos loulous fassent vite.
Heureusement, c’est ce qu’ils font : promptement, les deux complices sortent du bâtiment, les bras alourdis par des sacs chargés en butin, et sautent à l’arrière du véhicule de notre héros. C’est parti ! Je vous passe la course-poursuite qui s’ensuit, mais grosso-modo, la police ne parvient pas à prendre en chasse correctement notre pilote, tant il est bon, et même l’hélicoptère des forces de l’ordre se fait avoir. Cependant, après quelques péripéties et plus ou moins accalmies, la chasse reprend, et la police suit en nombre notre héros ; ça ne l’empêche pas de parvenir à destination : le stade de basket de Los Angeles, où un match s’achève à l’instant ; il se gare donc promptement dans le parking, puis enfile une casquette de supporter avant de s’extraire de sa voiture et se mêler à la foule sortant de l’endroit. La police, arrivant au même moment pour boucler toutes les issues le…
Ah, non, excusez-moi : la police, arrivant sur place, et sachant que les braqueurs sont là, ne boucle rien du tout (alors qu’ils contrôlent les sorties). Ah ? Mais alors à la place, que font-ils ? Du rien. Ah, d’accord. Ils restent donc bouche-bée, sur place, à faire des bulles avec leur morve, et le héros peut sortir tranquille. D’accord d’accord. Fondu au noir, donc.
Sinon, juste comme ça : il leur arrive quoi aux deux braqueurs ? Je veux dire, grâce au héros qui n’a pas été foutu de semer la police, ils se retrouvent dans un stade avec un cordon policier se refermant sur eux et leur butin, non ? Donc à moins d’abandonner le pognon, ils sont sûrs d’être arrêtés. Dans les deux cas, ils auront donc payé un chauffeur pour rien, c’est un fait. Et c’est ça le "meilleur chauffeur" de Los Angeles ? J’imagine que du coup, ils doivent être un peu colère, mais afin de ne pas souligner cette grosse incohérence sur le fait que le héros est en fait un incompétent notoire qui met ses clients dans la mouise, le fondu au noir arrive et coupe court à toute question : c’est vrai que ce film a bien mérité son prix de la réalisation. Bravo les gars. Rassurez-vous : ce n’est que le début.
Plus tard, nous retrouvons Sigismond qui rentre chez lui, et je m’aperçois que j’ai oublié de vous décrire le personnage : c’est un grand type blond et sec aux yeux bleus, qui a tout le temps un cure-dent dans la bouche (ce qui était classe en 1980), des mitaines de chauffeur (ce qui était classe en 1970) et un gros blouson blanc avec une sorte de scorpion brodé dans le dos, mais particulièrement laid (ce qui n’a jamais été classe), puisqu’on dirait que l’animal a été réalisé par une petite vieille qui tremblait un peu, et en plus, au fil doré. Avec cette combinaison, le héros peut donc aller flamber dans toutes les soirées tuning, il sera un Jacky parmi les Jacky. Notez que cet accessoire est tellement laid qu’il plait aux magazines spécialisés, ce qui est quand même un signe. Bref, que disais-je ? Ah oui : notre héros rentre à l’hôtel et prend l’ascenseur, ce qui est tout à fait passionnant ; il y rencontre Irene, sa jolie voisine blonde (gage de gentillesse), mais ne lui dit rien, ce qui est assez symptomatique du film. Je peux vous générer une scène aléatoire de Drive entre ces deux personnages, comme ça, au pied levé. Attention, c’est parti :
*insérer ici un plan qui n’a rien à voir : le héros est en voiture, arrêté à un feu, quelque part, dans Los Angeles de nuit*
*revenir sur le héros en face de la donzelle*
- …
- …
- … *sourire*
- … *regard*
- … huhu
- … *regard*, *sourire*
- Hm. Un verre d’eau ?
- Non.
*insérer ici un plan sur le héros qui met son clignotant, quelque part dans Los Angeles de nuit*
*revenir sur le héros et la donzelle*
- … vous êtes sûr ?
- Hmm hmm.
*fin de la scène : insérer ici un plan du héros qui change de file, quelque part, dans Los Angeles de nuit*
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Je ne vais pas vous le faire à chaque fois, mais pour que vous compreniez bien le principe de ce film, essayez d’imaginer qu’entre chaque paragraphe de ce spoiler, vous avez un plan qui n’a rien à voir avec le film où l’on voit le héros en voiture, la nuit, dans Los Angeles. Si vous avez besoin d’apprendre le japonais, n’hésitez pas : vu le nombre de séquences de ce genre, si à chaque fois vous en profitez pour lire une page de la méthode Assimil, en sortant, vous serez bilingue. Mais passons et revenons-en à l’histoire.
Sigismond va donc, après cette folle nuit, au travail, car figurez-vous qu’il n’est pas seulement chauffeur pour brigands : il est aussi cascadeur pour l’industrie du cinéma le jour ; sa maîtrise des véhicules est donc quotidiennement mise à l’épreuve, lui permettant de rester au top-niveau, comme on dit. Shannon, son copain garagiste, travaille avec lui sur les tournages en faisant office de manager et de conseiller technique à la fois ; bref, tout se passe plutôt bien pour eux jusqu’alors.

Vous n'avez pas vu le film ? Pas besoin de streaming : regardez fixement cette photo et imitez deux personne faisant "Hmmm" ou "Hem hem" et c'est bon, vous en avez vu 40%.
Mais un jour, alors que Sigismond va faire ses courses, il croise Irene faisant de même, sauf qu’il découvre que celle-ci a un enfant plutôt typé, que nous appellerons donc Paquito. Et en sortant du magasin, voici que la pauvre utilise une stratégie scandaleuse pour attirer l’attention de notre blond éphèbe : le coup de la panne. Car en effet, lorsque l’homme au blouson hideux sort du supermarché, il aperçoit sa voisine affairée sous son capot ouvert (ce qui est tout de même plus convenable que sur son capot fermé, mais je m’égare), et ne peut donc résister à l’idée de venir lui filer un coup de main, ce qu’il fait. Or, la voiture ne pouvant redémarrer, il raccompagne tout le monde dans leur résidence commune à bord de la sienne, et se propose même d’aider Madame à porter ses courses jusqu’à son appartement. Je vous laisse insérer ici une scène aléatoire du film comme générée ci-dessus, à base de silences, de regards, et de sourires qui donne l’impression que deux employés Cotorep tentent de communiquer. En tout cas, lors des rares dialogues, notre héros apprend à Madame qu’il est cascadeur, ce qui ne l’impressionne guère ; par contre, lorsqu’il lui dit que ce n’est qu’un mi-temps, car sinon il est garagiste, là, je peux vous dire que l’ambiance dans la pièce s’est dangereusement rapprochée de l’Amazonie tant cela touche la mère de famille. Ne me demandez pas pourquoi ; en même temps, quand on craque pour un mec en tenue de Jacky avec cure-dent en bouche, ça parait logique de succomber aussi au fait que la mécanique soit sa profession. Tout cela me parait fort beauf. Je suis sûr que Lagaf’ aussi a trouvé le film génial.
Irene, elle, révèle au héros que Paquito n’est pas l’enfant du Bon Dieu ce qui est bien normal vu son teint contestable, mais qu’il a un père prénommé "Standard" (je ne blague pas ; franchement, il y a vraiment un problème dans ce film – enfin, quand je dis "un"…), mais afin de faciliter la compréhension de tous mes lecteurs, nous l’appelleront Papaquito. Or, ce dernier est en prison, puisqu’il a fait de grosses bêtises dans sa prime jeunesse. C’est bien malheureux. Notre héros va t-il quand même tenter la dragouille ? N’a t-il pas peur de se faire lacérer le bide par un ex-taulard lorsque celui-ci sortira et de finir dans un caniveau à faire des scoubidous avec ses boyaux ? Voilà un bien grand mystère.
En tout cas, le lendemain, alors que Sigismond est au garage avec Shannon, ils voient arriver Irene et Paquito ; la petite famille a en effet décidé de venir faire réparer son véhicule à cet endroit, et évidemment pas par hasard : on sent bien que la donzelle n’est pas insensible au charme de notre cascadeur (il lui a fallu moins de 10 mots pour la séduire, on peut dire que le Monsieur est efficace. Ou alors c’est la damoiselle qui… nan, c’est bon, j’ai ma réponse je crois). D’ailleurs, puisque la voiture va être immobilisée un moment, Sigismond raccompagne même la petite famille jusqu’à l’appartement familial, mais en chemin, il se décide à passer en mode über-drague, et fait donc ce qui fait craquer toutes les filles : des pointes de vitesse (je ne rigole pas). Et ça marche. Ce film est vraiment trop classe. Il pourrait proposer un restau, l’emmener à l’opéra ou lui montrer sa collection de bagues de cigares, mais non : il dit plutôt "Regarde, j’ai un gros moteur !" et ça fonctionne. Tout ça pour dire que voilà : la petite Irene, c’est dans la poche, tranquille, t’as vu.
Mais pendant ce temps, des choses se passent, même si elles ne servent à rien et sont intégrées au pitch du film pour des raisons qui m’échappent : Shannon décide de monter une écurie de stock-car, histoire de rentabiliser les talents de pilote de son poulain. Oui mais voilà : pour ça, il a besoin d’argent. Il va donc dans un petit restaurant italien caricatural discuter avec deux patrons de la mafia : Bernie et Nino, des associés dans le crime avec qui il a eu affaire par le passé. Ces derniers lui proposent éventuellement de financer son écurie et de toucher 30% des gains (le reste étant pour eux) si Sigismond les convainc. Rendez-vous est donc pris, un peu plus tard, sur un circuit vide pour voir le bougre faire des essais sous les yeux de Bernie, qui jugera si ça vaut le coup ou non d’investir.
Et sur le circuit, Sigismond épate Bernie. Ne me demandez pas comment, puisqu’il est tout seul sur un circuit de stock-car, qui a à peu près la forme d’un "0", ce qui du coup ne demande pas vraiment de compétences et ne prouve pas grand chose à part le fait qu’il sait où est la pédale d’accélération sur la voiture, mais voilà, pif pouf, Bernie tombe à la renverse devant tant de talent, principalement parce que c’est dans le script. Il vient donc le saluer, avec cette réplique culte : "J’ai les mains un peu sales" dit Sigismond, ce à quoi Bernie répond "Moi aussi !", car comme tout parrain de la pègre qui passe, il aime bien dire en public et à un inconnu qu’il trempe dans des affaires crasseuses. Hem.
Enfin bref : l’argent de la mafia arrive donc à Shannon, suite à cela, qui investit dans une voiture pour préparer la première course ; à cette occasion, Bernie et Nino passent donc au garage de la fine équipe voir le véhicule ainsi acheté, ce qui est l’occasion pour Bernie de se confier à Sigismond : oui, il est de la mafia ; et maintenant qu’ils travaillent ensemble, ils sont plus qu’une équipe, une famille. Si Sigismond a besoin de quoi que ce soit, il peut passer le voir. Ho, et accessoirement, il conte une petite histoire, sur comment Shannon est devenu boiteux : il a voulu rouler la mafia. Tout simplement. Enfin visiblement, ça n’a rien appris à Shannon, puisqu’il continue d’aller s’endetter auprès du syndicat volontairement, ce qui est rarement une bonne idée. Je dis ça, je ne dis rien.
Seulement voilà : entre temps, des choses se sont passées : Papaquito est sorti de prison, et est donc rentré chez lui pour organiser une grosse fête avec sa femme et ses amis. Encore une fois, on notera qu’à Cannes, ils devaient pioncer durant la projection, puisque je rappelle que le film a eu le prix de la réalisation ; or, le réalisateur a choisi de faire un angle de caméra lors du discours de Papaquito sur le bonheur d’être chez soi où l’on voit derrière lui, et en gros plan, des figurants qui sont exactement les mêmes que ceux que l’on voyait au début du film lorsque le héros se préparait à faire une cascade sur un tournage. Là encore, le budget devait manquer – ça et l’idée de ne pas toujours placer les mêmes figurants juste derrière les personnages principaux. Mais bon, faisons semblant de rien et poursuivons : Papaquito est content, et il souligne particulièrement qu’il salue sa femme, Irene, qui l’a attendu patiemment. La bougresse est un peu mal à l’aise, et de toute matière, on imagine bien que Paquito racontera bientôt à son papa comment le gentil voisin au blouson moche a trombiné maman à l’arrière du véhicule familial en écoutant du LMFAO sur son caisson de basse monté sur néons.

Attention c'est un piège ! On ne dirait pas, mais ce n'est pas la même scène que la précédente : allez-y "Hmmm", "Hem hem". Voilà, vous êtes montés à 80% de visionnage légalement
Je vous passe le déroulement de la petite fête en question, à base de plans sur les personnages qui se regardent sans parler, sourient bêtement, regardent leurs pieds, le tout sur fond de musique pour ados : les spectateurs de Twilight n’ont pas dû être trop perdus. Bref, finalement, sans que l’on sache pourquoi, Irene décide de quitter la fête pour aller s’asseoir toute seule dans le couloir (ce qui est une attitude bien normale lorsque l’on célèbre chez soi le retour de son mari absent depuis des années) ; lorsque son cascadeur de voisin sort de chez lui, ils procèdent donc à un nouveau non-dialogue à base de regards et de non-dits (c’est ennuyeux à raconter : imaginez comme cela le fut à regarder), jusqu’à ce qu’ils soient interrompus par Papaquito et son fils qui eux aussi quittent la fête pour… heu… sortir les poubelles. Je ne blague pas : en plein milieu de la soirée, le mec est avec tous ses amis et enfin libre depuis des années, et sa priorité, c’est de sortir les poubelles. Je… Seigneur. Et voilà, c’est tout. On découvre juste que Papaquito se méfie un peu de ce voisin qui a visiblement été un peu trop gentil avec sa femme pendant qu’il n’était pas là. On le comprend.
Après plusieurs transitions durant lesquelles on voit le héros conduire dans Los Angeles (de nuit : il ne fait jamais jour sur cette ville), on le voit prendre un repas dans un petit restaurant ; hélas, sur place, il est abordé par un type qui lui explique qu’il se souvient de lui : il a fait un coup avec lui il y a un an, et se souvient de cet incroyable pilote, puisque la fois suivante ils en ont pris un autre, et ils l’ont regretté puisque la police les a choppés (il n’a pas dû regarder le début du film, où les clients du héros vont se faire arrêter bêtement justement parce qu’il est complètement con et qu’il ne sème pas la police avant de larguer ses gars à l’endroit voulu). Le brigand propose donc un nouveau coup à notre héros, mais ha ! Sigismond en a assez de ces conneries : il refuse sèchement, en expliquant que si son interlocuteur ne le laisse pas tranquille de suite, il le tabassera céans sans hésiter, et notre chauffeur préféré peut donc finir de mâcher lentement son repas en prenant un air pensif.
Un jour, en rentrant du travail, Sigismond s’en va pour garer son véhicule dans le parking de sa résidence, mais ho ! Qui croise t-il près du local à poubelles ? Papaquito ! Ce dernier a visiblement une obsession pour cet endroit, ne me demandez pas s’il a une passion inavouée pour les ordures, mais en tout cas, il a l’air de passer son temps dans ce coin ; cela dit, le bougre s’est fait méchamment tabasser et a le visage dans un sale état ; à côté de lui, son fils, qui a assisté à la scène, est encore un peu terrorisé. Sigismond aide Papaquito à retourner chez lui, et le laisse aller se débarbouiller dans la salle de bain. Pour des raisons là encore inconnues, alors que l’eau coule et tout, lorsque finalement, Papaquito quitte le lavabo et est prêt à discuter avec notre héros, il n’a pas bougé un centilitre de sang de son visage. Mais ? Mais alors il faisait quoi dans la salle de bain penché sur le lavabo ? Il s’humidifiait la peau des bras ? Il se parfumait en faisant couler l’eau ? On ne le saura jamais : ça fait tellement plus cool de faire un dialogue avec un mec couvert de sang. Là encore, bravo à la réalisation.
Que s’est-il donc passé en tout cas pour que Papaquito se fasse ainsi passer à tabac devant son fils ? Trafic de drogue ? Concours de barbichette ayant mal tourné ? C’est simple (oui, il raconte tout sans hésiter au mec qui se tapait sa femme, comme ça, hop ; comme quoi, Papaquito aime tout partager) : en prison, il a été "protégé" en échange d’argent, et maintenant, il a des dettes. Or, les gens à qui il doit de l’argent sont aussi à l’extérieur, et n’ont de cesse de le harceler pour lui faire cracher toujours plus de billets verts. Et là, ils lui ont carrément proposé de participer à un prochain casse pour eux, pour qu’il paie sa dette ; lui a refusé, car voulant se ranger, et a donc eut le droit à une discussion saine et franche avec Monsieur Poing-dans-tagueule et Madame Batte-de-base-ball. Les méchants ont en plus donné à son fils une balle en lui disant de bien la garder car elle pourrait servir : toute la famille est donc menacée ; Sigismond ne peut pas laisser cela passer. Il est colère : il propose donc d’aider Papaquito à réussir le coup pour la mafia, afin qu’Irene et Paquito soient en sécurité. Papaquito et Sigismond fraternisent donc, et ce dernier est donc même invité à la table familiale, ce qui ne doit pas du tout mettre Irene super mal à l’aise mais on s’en fiche : c’est une femme, elle ne va quand même pas la ramener, non mais.
Dans les temps qui suivent, rendez-vous est pris entre les hommes menaçant Papaquito, celui-ci et Sigismond afin de parler du casse à venir ; ils rencontrent donc Chris Cook, un mafieux en jogging qui explique au héros qu’il peut participer à l’opération en tant que chauffeur s’il le souhaite, mais qu’il ne touchera pas un dollar pour sa participation ; celui-ci répond que ça lui va, mais qu’en échange, il veut la promesse qu’Irene et sa famille n’entendront plus parler des vilains et ne seront plus jamais menacés. Soit : il en sera ainsi. Même si moi, curieusement, travailler contre des promesses de gens malhonnêtes, je pense que c’est idiot ; personnellement, j’aurais plutôt tenté une autre option intitulée : "Tu sais, tout à l’heure dans le film, les deux patrons de la pègre locale m’ont intégré à leur famille et dit qu’ils m’aideraient si besoin était. Donc tu vas être gentil et pas me faire chier, moi ou mes copains, mon petit Chrissounet, car de fait on est sous leur protection". Mais comme il n’y pense pas (puisque ça aurait un peu pourri l’intrigue déjà bien fragile et bancale), notre larron préfère accepter une mission dangereuse contre une vague promesse fumeuse. On lui présente donc une autre personne qui sera sur la mission : Blanche, incarnée céans par Christina Hendricks, sorte d’anti-Milla Jovovich. Elle et sa chevelure de feu assisteront Papaquito dans le braquage d’un prêteur sur gage dans quelques jours : fort bien.

Ce personnage n'a rien à faire dans le film. Sa seule présence est une incohérence. Mais c'est gentil d'être venue, hein
Voyageons donc dans le temps et rendons-nous directement chez le prêteur sur gage, situé dans un bâtiment à l’écart de la ville dans un coin un peu désert. Sigismond débarque avec ses deux compères, et lui reste dans la voiture, en donnant donc 5 minutes réglementaires à ses compagnons pour régler l’affaire. Il faut noter quelque chose d’assez formidable : sans aucune raison valable autre que la coolitude (permanente dans ce film), les deux braqueurs décident de tout faire à visage découvert, histoire d’être certains que la police puisse les retrouver facilement : Papaquito a peut-être très envie de retrouver de viriles amitiés en prison, allez savoir. Quant à sa complice, ça va être facile :
"Bonjour inspecteur ! Merci d’avoir fait si vite !
- Pas de quoi. Alors, décrivez-moi vos agresseurs ?
- Et bien figurez-vous qu’ils étaient deux, et que l’un d’entre eux était une femme.
- Des détails ?
- Oui, elle était rousse et avait de très gros seins.
- A toutes les voitures, on recherche Christina Hendricks, on a un code roux, je répète, on a un code roux"
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Bref. Mais rassurez-vous mes bons lecteurs : comme ce film est mauvais, il ne s’en arrête pas là : non content d’opérer à visage découvert, figurez-vous que nos loulous font aussi un truc extraordinaire. Déjà, il faut savoir que Sigismond a sélectionné une voiture à deux portière : c’est vrai que c’est tellement pratique quand on est plus de deux et qu’en plus il y a des gros sacs à faire rentrer et sortir rapidement. Quel pro ; et surtout, ensuite, on voit tout d’abord Blanche sortir avec un sac de pognon du bâtiment et se diriger droit vers la voiture avant d’y monter ; et ensuite, lorsque Papaquito sort à son tour de l’endroit, il range son arme et… je… comment vous le dire ? Il marche. Pas d’un bon pas ou rien, hein, il marche tranquillement, du genre "Ho bin j’ai bien mangé moi, j’aurais pas dû reprendre deux fois du dessert". Pourquoi, en sachant que de toute manière il n’a plus à être discret, puisqu’ils sont au milieu de nulle part et que le seul témoin vient d’être braqué ? Et pourquoi marche t-il paisiblement devant les fenêtres du magasin, en sachant qu’à l’intérieur, ça doit être un peu la grosse colère et que nous sommes aux Etats-Unis, un pays où les armes à feu circulent librement, particulièrement chez les commerçants soucieux de se défendre ? La réponse : pour l’intensité dramatique. Ridicule, incohérente, mais dramatique.
Et ça ne manque pas : alors qu’il marche bêtement paisiblement, Papaquito se ramasse en passant devant une fenêtre de l’établissement un coup de chevrotine dans la face. Et alors qu’il tente péniblement de se remettre de ce coup du sort, le tireur sort de l’endroit et l’achève à bout portant. C’est ballot.
Ni une, ni deux, malgré les cris de Blanche à l’arrière, Sigismond appuie sur le champignon et démarre pour filer à folle allure ; il note alors qu’une voiture se lance à leur poursuite ; une voiture qui était arrivée pendant le braquage et dont personne n’était descendu, d’ailleurs. Des gens visiblement au courant de ce qu’il se passait donc ; mais bien qu’ils tentent d’arrêter nos héros, c’est sans compter sur l’habileté de notre chauffeur, qui a tôt fait de les envoyer dans le décor avant de prendre la fuite comme il se doit. Cela fait, il prend la direction d’un motel, afin de s’y planquer tranquillement.
Là, avouons-le, il a de gros doutes sur le rôle de Blanche dans cette histoire, puisqu’il réalise qu’elle semblait au courant du fait qu’une seconde voiture serait sur place. Sans compter qu’en plus de tout cela, un flash-info à la télévision explique qu’un prêteur sur gage a été braqué, mais que le braqueur était seul, a été abattu, et tout l’argent récupéré. Sans compter que le sac de fric de Blanche contient près d’un million de dollars en liquide… cela signifie que l’argent volé est de l’argent sale, d’où le fait que le prêteur sur gage ne crie pas sur tous les toits "On m’a volé mon argent sale, aidez-moi, la police, intéressez-vous à mes activités !". Sigismond commence donc à regarder Blanche d’un sale oeil en se demandant dans quelle affaire pourrie elle l’a emmené. Ce pourquoi… il décide de la laisser toute seule dans la chambre de motel avec un téléphone portable histoire qu’elle puisse appeler tous ses potes en renfort. D’accord.
Ce film. Mais ce film. Sérieusement ?
Effectivement, donc, c’est la série des coups de fil : Blanche, profitant de l’absence du héros simplet, appelle donc du renfort pour venir la sauver. Sigismond, lui, préfère aller dehors appeler Irene depuis une cabine pour lui annoncer que Papaquito a ramassé un gros coup de chevrotine entre les oreilles et que, mystère de la médecine, il en est mort. Hélas, il ne peut joindre la belle : la police est déjà sur place en train de l’interroger "Madame, pourriez-vous nous en dire plus sur les activités de votre mari ? Et sauriez-vous d’où venait sa passion pour le local à poubelles ?". Il retourne donc dans sa chambre, afin de demander gentiment à Blanche ce qu’elle sait véritablement. La belle refuse de coopérer, jusqu’à ce que le héros commence à lui parler avec ses poings histoire de bien lui faire saisir l’ampleur de son désarroi ; la chose semble efficace puisqu’elle parle : oui, elle savait pour la deuxième voiture présente sur le braquage, qui contenait en fait des mecs qui devaient les braquer, eux, une fois le braquage réussi. Et ces hommes étaient aussi envoyés par Chris Cook : le 1er braquage devait servir à sortir l’argent du prêteur sur gage, et le braquage des braqueurs devait servir à brouiller les pistes : quiconque aurait voulu enquêter sur l’affaire aurait remonté la piste des premiers braqueurs… et serait arrivé à des cadavres. Impossible, donc, de suivre la trace de l’argent, la piste se serait arrêtée là.

"Ok mec, on parie que je fais le braquage en slow motion et à visage découvert ?"
Un plan qui pourrait paraître malin, si ce n’était pas l’équivalent tactique du gruyère chez nos amis fromages :
- Blanche explique qu’elle devait toucher 40 000$ pour trahir la 1ère équipe. Oui ? L’intérêt pour Chris Cook ? Il ne mettait personne de la première équipe au courant, c’était encore mieux. Après tout, il avait l’heure et le lieu du braquage : pourquoi avoir besoin d’autre chose ? Pour plus de sécurité ? Pas de soucis, parlons-en de la sécurité.
- S’il veut la jouer sécurité, pourquoi veut-il braquer la première équipe à l’aide d’une voiture qu’il envoie sur place faire de la course-poursuite contre un chauffeur expérimenté, bref, un truc aléatoire et foireux dans lequel il part désavantagé ? Pourquoi n’attend t-il pas gentiment que les mecs viennent livrer le pognon à un point donné, et que là, sur place, sur le terrain qu’il choisit, il les refroidisse ? Surtout que les mecs ne risquent pas de se barrer : s’ils le font, il peut buter Irene et sa famille. Donc il peut attendre dans son fauteuil tranquillement qu’on le livre.
- Blanche a-t-elle subi une lobotomie ? On lui a expliqué le plan. Donc elle sait que si on extermine la 1ère équipe, c’est pour couper la piste. Sachant qu’elle a braqué, pour des raisons incompréhensibles, le prêteur sur gage à visage découvert, ce n’est plus une piste, c’est une autoroute. Donc elle devrait deviner qu’elle ne touchera pas 40 000$ puisque personne n’a intérêt à la voir survivre, et donc encore moins à la payer. Particulièrement pour un rôle inutile (ah si : dire qu’il y a la nana de "Mad Men" dans le film)
- Sinon, un cambriolage, ça marchait aussi et c’était plus discret. Mais moins cool, encore une fois.
Bref, ce scénario est tellement peu sérieux que je soupçonne qu’il soit l’ultime oeuvre de Jean Amadou avant sa disparition brutale. Reprenons le déroulé de ce truc.
Sigismond est tout à ses réflexions – limitées – sur le sujet qu’il n’est pas bien concentré sur ce qu’il se passe dehors, ou sur le fait qu’il aurait pu penser à consulter le journal des appels de Blanche pour savoir si elle avait appelé ses potes. Mieux encore, lui qui est un pilote et un professionnel prudent décide de rester immobile au motel plutôt que de charger Madame dans une voiture après lui avoir confisqué son téléphone (et là, je m’y connais) et de poursuivre son interrogatoire quelque part dans un coin désert. Du coup, nous avons le droit à une scène fort originale : l’arrivée des méchants dans le motel pourri pour tataner les gentils. Sous la forme de deux brutes armées, l’une d’entre elle arrivant par la fenêtre de la salle de bain où Blanche est en train de pleurnicher : elle reçoit donc une cartouche de fusil à pompe dans le museau, envoyant ainsi sa cervelle recouvrir le mur voisin (ce qui ne fait qu’une toute petite tache, du coup) ; Sigismond, entendant cela, se met en embuscade et tatane le malandrin lorsqu’il sort de la salle d’eau avant de lui confisquer son fusil ; avec ce dernier, il transforme donc promptement en pulpe l’autre agresseur, qui est ainsi fort surpris. On a alors un gros plan durant de longues, très longues secondes sur le visage du héros couvert de sang, pensif.
Car oui : le reste du motel n’a pas bougé. En même temps, c’est vrai que c’est tellement commun les fusillades dans ces endroits dans les films que les gens ne réagissent même plus. Donc pas un cri, pas un bruit, pas une sirène : juste notre héros en train de méditer sur la condition humaine. C’est consternant.
Plus tard, notre héros retourne en ville puisqu’il est un peu grognon, et va voir son pote Shannon afin de lui demander s’il peut l’aider à trouver Chris Cook ; pas de soucis lui répond ce dernier : je vais demander à mon copain Bernie s’il ne peut pas nous aider à le trouver. Et rapidement, Sigismond finit par avoir l’adresse d’une boîte de strip-tease où le malandrin se terre ; ni une, ni deux, équipé de son ami Jojo le gros marteau, il se rend sur place et le trouve en coulisse au milieu de jeunes filles aux poitrines opulentes ; il a tôt fait de lui briser tous les doigts à l’aide de son ustensile sans que personne n’intervienne malgré ses cris de goret, car comme chacun sait, dansles boîtes de mafieux, il n’y a aucune sécurité. Voilà voilà.
Sigismond, toujours marteau en main et assis sur sa victime gémissant au sol, lui pose donc une question simple : qui a commandité l’opération ? Qui savait qu’il y avait 1 million de dollars chez le prêteur sur gages ? La réponse tombe vite : Cook fait appeler l’homme en question, un certain… Nino. L’associé de Bernie. Comme tout cela sent mauvais pour notre malheureux chauffeur ! Aussi, il propose à Nino la chose suivante : lui, il n’a pas travaillé sur le braquage pour l’argent. Le pognon, il s’en fout. Il se propose de tout ramener à Nino pour qu’il se demmerde avec, en échange d’une seule chose : s’en sortir. Cela semble intéresser le mafioso, et c’est bien normal, puisque là, on lui offre carrément l’argent qu’il voulait récupérer sur un plateau, sans retour, et dans les conditions qu’il aura choisies. Merveilleux non ?

Si j'avais un marteau, toudidoudidoudiou...
Notre héros retourne donc après tout cela chez lui, et se rend, ce faisant, à l’appartement de sa voisine et néanmoins élue de son coeur, Irene. A qui il propose de filer le million de dollar pour qu’elle et Paquito aillent se mettre en sécurité. Pardon ? Qu’ouïs-je ? Tu veux la protéger en lui filant du pognon volé à un mafieux ? Tu ne penses pas qu’il risque de venir chercher l’argent en question à coup de fusil ? Non ? Et puis aux dernières nouvelles, tu venais de promettre de rendre l’argent donc c’est un peu con. Mais bon, on est plus à ça près, hein, moi même, je commence à être fatigué d’énumérer autant de n’importe quoi. D’ailleurs, dans la série "Je suis un garçon subtil et intelligent", Sigismond ajoute "Et si tu pars, si tu veux, je viendrai avec vous !" ; ah, le corps de feu son mari n’est pas encore froid que tu lui proposes de faire fick-fick fraülein : décidément, tu es un garçon très classe. Sans compter que comme ça, ça ferait une raison de plus à la mafia de partir à la poursuite d’Irene ; tu as tellement de bonnes idées que tu aurais ta place au gouvernement. Vraiment, chapeau.
Irene et lui discutent, discutent mais sont brutalement interrompus alors qu’ils dissertaient dans le couloir de leur étage par l’arrivée impromptue de l’ascenseur avec, dans celui-ci, un type en costard prétendant s’être trompé d’étage en voyant les deux personnes devant lui. Irene devant partir, elle monte donc dans l’appareil, suivie en cela par Sigismond ; tous deux sont devenus silencieux, tant ils ne veulent pas parler mafia, pognon et récupération de veuve à la volée devant le premier inconnu venue. Mais alors que tout le monde regarde ses chaussures, comme il se doit dans un ascenseur en marche, notre blondinet national remarque que l’étranger en costume a dans sa veste… un pistolet ! Un agent de la mafia : ils ont décidé de venir chercher le pognon eux-mêmes !
Encore une fois : pourquoi ? Ne pouvaient-ils pas, s’ils voulaient vraiment refroidir Sigismond, le faire au rendez-vous qu’ils auraient fixé ? Histoire d’être sûr d’avoir d’abord le pognon avant de le tuer, et de pas se retrouver avec un macchabée sur les bras et un million de dollars dans la nature ? On ne sait pas. C’est aussi idiot que le reste.
Le chauffeur ne réfléchit pas : il pare au plus urgent dans une telle situation, et donc (attention : voici la scène qui justifie la palme de la réalisation) les lumières dans l’ascenseur changent alors pour devenir tamisées comme par magie, et comme dans un rêve, Sigismond se retourne pour rouler un gros et long patin à Irene (le tout suivi de longs plans où ils se regardent transis d’amour en silence). Ah, et oui, pendant ce temps, le tueur de la mafia, qui a dû vaguement remarquer que le héros avait reluqué son holster, plutôt que de profiter de ce moment pour envoyer des balles de 9mm faire de la spéléologie crânienne, attend tranquillement en regardant en l’air. Et donc, quand le driver-lover a fini d’emballer sa copine, les lumières reviennent à la normale, il se retourne et… défonce la gueule au tueur qui n’a le temps de rien faire ; après l’avoir mis au sol, il le tue à coups de pieds, contrastant avec la poésie du baiser précédent, tout ça au point qu’il lui tape tant et si bien le crâne que l’on a un plan sur la tête du pauvre type qui n’est plus que pulpe (comment ? Qui a dit du gore gratuit ? Mais non : ce film a eu un prix à Cannes, c’est pas comme si c’était du vu et revu). Cela choque un peu Irene, qui voyant la violence au fond de lui, quitte l’ascenseur sitôt les portes ouvertes non sans avoir jeté un long regard (zzzzz… hein ?) à celui qu’elle trouvait autrefois si charmant. Lui, couvert de sang et de bouts de cervelle, reste sur place un peu tétanisé en voyant la douce s’éloigner dans le parking souterrain.
Pendant ce temps, dans le restaurant caricatural de nos amis de la mafia, au milieu des tables à carreaux rouges et des remarques sur la famille, Nino apprend que son homme de main chargé de tuer Sigismond est mort, et réalise qu’effectivement, il est complètement con d’avoir fait ce qu’il a fait : c’est bien, au moins un personnage qui le reconnait, c’est pas mal. Son pote Bernie, lui, qui n’était au courant de rien, s’insurge : Nino a bien merdé, ça oui ! Et puis d’abord, c’était quoi cette histoire de braquage, dont lui-même n’était pas au courant, alors qu’ils sont associés ? Nino explique la chose : un mafieux de Philadelphie voulait venir s’installer à Los Angeles, et avait donc fait amener un peu de pognon chez un prêteur sur gage lui servant de banque secrète pour préparer ses investissements. Etant de la mafia, Nino en a eu vent et s’est dit que tiens, il prendrait bien tout ce beau pognon, histoire de rigoler et accessoirement d’empêcher la concurrence de venir s’installer. Son plan était super, et devait permettre de couper toute piste permettant de remonter jusqu’à lui, en se débarrassant de la première équipe de braqueurs. Mais là, il y a eu un hic, et finalement, maintenant, il y a dans la nature un chauffeur avec un million de dollars qui sait tout et qui peut faire le lien : il doit donc disparaître.
J’en profite : Nino, juste comme ça, à quel moment, toi qui connais les méthodes de la mafia, ça t’a paru pertinent de piquer le pognon d’un mec de la famille ? Tu serais pas un peu con des fois ? Surtout que la piste, elle est facile à remonter : "Tiens, qui était au courant qu’il y avait un million de dollars chez un prêteur sur gages ? Ah bin, les cadres de la mafia en fait. Du genre Nino et Bernie, au hasard." ; donc non seulement le plan était pourri d’un bout à l’autre, mais en plus, le film oublie vaguement quelque chose : il y a donc quelque part, à Philadelphie, un type visiblement friqué et haut placé dans la mafia à qui on vient de voler 1 million de dollars ; et il n’envoie personne sur place commencer à briser des molaires pour savoir qui à fait le coup ? Nino n’a pas vent de mecs commençant à poser des questions ? Hé bien non, rien : le mec a visiblement perdu 1 million et s’est contenté de dire "Crotte alors !" avant de retourner jouer à Twister avec ses hommes de main en gloussant. Soit.
Mais Nino ne s’en arrête pas là dans le festival du n’importe quoi : "Je suis dos au mur : il y a des gens qui savent que j’ai organisé le braquage ; maintenant, il va falloir tous les tuer !" ; ah bon ? Parce que sans cette histoire de chauffeur ayant l’argent, tu les aurais laissés en vie ? Qui donc écrit des dialogues de ce genre visant à se tirer des balles dans le pied ? Ne cherchons pas. Bernie, en tout cas, soutient son complice dans le crime : "D’accord, je vais t’aider.". Chris Cook, la main dans le plâtre, et qui était en train de manger dans le restau des mafieux après avoir raconté comment Sigismond lui avait rendu visite, voit donc arriver vers lui Bernie armé d’une fourchette, qu’il lui plante dans l’oeil. Pourquoi, à part pour du gore, encore une fois ? On ne sait pas. Bernie retourne donc chercher un gros couteau, et le plante dans la gorge du Monsieur, histoire de confirmer que oui, s’il s’était d’abord saisi d’une fourchette, c’était juste pour rigoler.

L'avatar de la déconne
A ce moment là du film, je me suis pris la tête dans les mains et un rire moqueur aux échos de désespoir est sorti de ma gorge assez involontairement.
J’en profite pour souligner que le cri produit par le coup de fourchette n’a qu’un seul effet : alerter tout le quartier qu’on est en train d’assassiner un type, et que bon, en plus, tuer des gens en plein milieu du commerce qui vous sert de QG et de couverture à la fois, c’est peut-être pas ce qu’il y a de plus intelligent à faire, mais bon ; rassurez-vous, toujours personne ne réagit : les lecteurs assidus se rappelleront qu’une fois encore, il y a un autre film où les méchants agissent exactement de la même manière, et il se prénomme "Twilight 2". C’est dire où on en est arrivé.
Bernie, donc, bien chaud après cette petite mise en jambe, décide de rendre visite à quelqu’un d’autre : son vieil ami Shannon. Ce dernier a été prévenu par Sigismond qu’il allait bientôt être temps de déguerpir, et comme dans tous les films sans imagination, il a donc les valises à la main lorsqu’il voit Bernie surgir à côté de lui dans son garage en susurrant "Tu pars en vacances ?" (quelle originalité, encore une fois). Mais le mafieux ayant bien connu le mécano, il lui fait une fleur en lui offrant une mort douce ; il lui annonce poliment que voilà, c’est la fin de la route, et lui serre la main. Et ce faisant, lui ouvre l’artère du bras d’un bon coup de rasoir, ce qui, coup de bol, ne le couvre pas de sang (c’est une artère en bas-débit, du 56K probablement). Shannon s’effondre donc contre l’une de ses voitures et doucement, s’en va vers un monde meilleur où les critiques de cinéma savent distinguer un truc bancal et réchauffé d’un chef d’oeuvre.
Sauf que Sigismond, lui aussi, est d’une humeur massacrante : il est parti pour tuer Nino, le responsable de tous ses ennuis. Il passe donc d’abord chercher un masque de l’équipe des effets spéciaux sur le tournage où il travaillait, puis se rend au restaurant de Nino, le découvrant ainsi en pleine soirée festive ; il n’y rentre pas et s’abstient de faire quoi que ce soit, préférant attendre dans sa voiture de voir le parrain monter dans sa berline avec son chauffeur personnel après la teuf. Il les suit un moment sur la route, puis en passant au bord d’une plage, donne un bon coup dans l’arrière du véhicule de Nino, obligeant le chauffeur à sortir de route, s’arrêtant à quelques mètres du bord d’un petit promontoire dominant la plage. Ayant lu le script, le chauffeur ne repart pas, et préfère à la place sortir de la voiture pour… en inspecter l’avant. Ah ? Je ? Mais pourquoi, sachant que vous avez été percutés à l’arrière ? Aucune raison valable. Alors qu’il remonte et s’apprête à redémarrer, Nino s’impatientant, les deux hommes voient une paire de phares s’allumer sur leur côté droit : venant de la route, une voiture, la même que celle qui les a déjà attaqués, fonce sur eux pour les pousser du promontoire : elle les percute un bon coup et le véhicule mafieux vole, s’écrasant après un petit tonneau sur la plage en contrebas. Sigismond sort alors de la voiture pour contempler son oeuvre, toujours vêtu de son masque en latex de tournage. Au passage, sa voiture est impeccable, et il n’a même pas un phare de rayé : il a dû percuter la voiture par deux fois uniquement avec la force de son esprit, je ne vois que ça.
En bas, de l’épave sort péniblement le pauvre Nino, blessé. Pour la petite histoire, Nino était assis à l’arrière et à droite du véhicule, soit du côté de l’impact et sans équipements de sécurité : il a survécu. Son chauffeur, qui était du côté opposé, qui avait les airbags et compagnie et qui n’a pas été touché par la voiture, lui, a juste disparu. Probablement qu’il a eu tellement peur qu’il s’est transformé en vapeur d’eau, ou quelque chose du genre. Enfin bref, on ne le reverra plus.
Nino rampe donc sur la plage, et voit Sigismond se rapprocher de lui à pied, sous la lueur du phare local qui éclaire régulièrement l’endroit. Nino a le choix pour essayer de s’enfuir malgré ses blessures :
- soit partir vers la droite en rampant dans le sable
- soit partir vers la gauche en rampant dans le sable
Il décide donc fort logiquement de… comment l’écrire ? Je… bon, soyons directs : il rampe vers l’eau. Voilà. Comme ça, hop, il se dit "Tiens, je ne peux plus marcher, si j’essayais de nager le crawl ?" et il se dirige donc vers les vagues. Il a visiblement l’instinct de survie plus proche de celui de la truite que de l’être humain. Bon bon bon, enfin voilà qui facilite au moins le travail de Sigismond, qui le rejoint et lui attrape la tête pour lui mettre sous l’eau (comme tout cela est pratique, sinon il eusse fallu lui faire manger du sable) ; Nino meurt donc noyé des mains de celui qu’il avait voulu tuer. Ah, et oui : le héros porte toujours son masque, qui n’a donc servi strictement à rien. Dans ce film, je crois que les gens ont aussi un problème avec la question "Quand faut-il se couvrir le visage ou non ?" ; c’est vrai que c’est pas facile.

Jeu : Aidez Nino à retrouver les différences entre lui et une truite
Le lecteur taquin, empli de mauvaise foi me dira sûrement "C’était sûrement pour ne pas être reconnu par Nino avant qu’il ne décide de passer à l’attaque", ce à quoi je répondrai "C’est vrai qu’à côté de ça, il se trimballe toujours avec le même blouson hideux et désormais couvert de sang, du coup, en fait, non, ça ne marche pas, mais c’était gentil de vouloir essayer de sauver au moins un élément du film".
En tout cas, après ce coup là, Sigismond appelle Bernie pour lui dire que son ami Nino est mort ; c’est donc un peu la panique chez l’associé du défunt parrain, mais celui-ci propose d’en terminer une bonne fois pour toute avec cette histoire : il donne rendez-vous à notre chauffeur préféré en terrain neutre, dans un restaurant chinois, en lui demandant de venir avec l’argent. S’il refuse, Irene aura de gros soucis, pour faire un euphémisme, certains d’entre eux pouvant impliquer une cave, des graviers, et une bonne vingtaine de gangsters latinos ; soit, dit notre héros. Irene et Paquito ont le droit de vivre et de pouvoir s’asseoir sans souffrir : il accepte.
Le lendemain en début de soirée, Sigismond arrive donc au restaurant asiatique, toujours vêtu de sa veste couverte de crasse, de sang et de bidoche, mais encore une fois, les gens trouvent ça tout à fait normal. A peine arrivé à la table, Bernie et lui ont vite fait de négocier la chose sans s’encombrer de politesses : le héros a le pognon ? Oui, dans la voiture. Ok, alors on y va : les deux hommes se lèvent et quittent le restaurant, ce qui fait sûrement pester le serveur qui les a vu profiter des chips à la crevette sans rien commander. Mais sitôt arrivés au coffre du véhicule, et que celui-ci, ouvert, présente la vision d’un sac rempli de pognon, tout dégénère : Bernie sort un couteau et décide de planter Sigismond ; ce dernier encaisse le coup, mais ressort l’arme de la blessure, et plante à son tour l’arme dans Bernie, qui lui, s’effondre sur le champ.
Oui : le mec est un parrain de la mafia, il sait que tous les mecs envoyés contre le héros jusqu’ici, même armés de fusils, sont morts, mais lui essaie de le faire avec son petit couteau, et sur un parking public de restaurant à une heure où visiblement, les gens vont et viennent histoire, au mieux, de finir en tôle ou sur la chaise. D’accord. L’idée de s’occuper du héros plus tard / de venir avec des gars /d’essayer d’être efficace / de dire au héros que "Si tu me touches, on transforme ta copine en couscous, son fils en merguez et on sert le tout à la mère de feu son mari" était définitivement trop compliquée.
Il y a alors un long plan sur l’ombre du héros dans le soleil couchant.
Puis un long, long, long plan sur le héros dans sa voiture, pensif dans le soleil couchant toujours, une main sur sa blessure (oui, il a reçu un coup mortel, mais il a encore le temps de prendre la pose l’air philosophe).
Et enfin,Sigismond tourne la clé, démarre sa voiture, et fait ce qu’il fait de mieux, il conduit, vers son destin, dans le soir tombant sur Los Angeles.
FIN
Mais ?! Qu’est-ce que… qu’est-ce qu’il s’est passé ?
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La salle de réunion était plongée dans un silence quasi-total, seulement troublé par le bruit de la climatisation et du président tournant les pages de son journal. Ce dernier plia l’une des pages de sa lecture, jetant un regard à la tablée.
"Les enfants, c’est tout bonnement incroyable : on leur a vendu un truc avec un pitch consternant, des personnages pourris, une intrigue bancale et des incohérences monstrueuses sans compter des erreurs diverses dans tous les domaines, et on se fait encenser par la critique ! Regardez ! On a même été primés à Cannes !"
Quelqu’un toussota dans la salle, et le Président leva un sourcil dans la direction de l’impudent.
"Un problème Joshua ?
- Hem… c’est-à-dire que Président…
- Si c’est pour me redire qu’un festival ouvert par Mélanie Laurent ne pouvait pas être un festival de cinéma sérieux, je sais ; mais on a déjà dit ce matin qu’on s’en moquait pourvu que ça fasse de la pub.
- Je… non Président. Je crois que la France a décidé de contre-attaquer.
- Ils font aussi un film français à l’américaine ?
- Ils… non. Non c’est l’inverse président. Je crois qu’ils tentent de faire un film américain à la française."
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Le Président eut un geste de recul ; comment ? Les impudents ! Ils n’oseraient ? Qu’est-ce que ça donnerait un… un film avec des militaires couillus qui massacrent des millions de mecs qui se promènent en ligne, mais entrecoupés de séquences où ils se posent des questions sur le monde, le bien, le mal et bourré de plans paysagers sur fond de musique mélancolique ? Non, ce serait… ce serait…
Attendez…
NOOOOOOOON !