Lecteur, lectrice.

Point d’inquiétude, l’article hebdomadaire arrive prochainement : il y sera probablement question de gens de petite taille, de dialogues tout pourris et de dévastation globale. Et non, ce ne sera pas un article sur la Corée du Nord, même si cela peut prêter à confusion, j’entends bien. Bref, que disais-je ? Ah, oui. Alors que vous devez d’ores et déjà être en train de jurer comme des charretiers face à ce honteux décalage de vos programmes, ce qui est très mal puisque votre maman ne vous a jamais appris à parler comme cela, chenapans, j’ai ici une petite annonce personnelle à faire passer. Comme l’an dernier à la même époque, il sera donc brièvement question de boulot (oui, un mercredi alors que c’est le jour des enfants) entre deux articles.

Ho l’autre. Comment il utilise son blog pour faire passer des messages persos, c’est vraiment dégueulasse.

Z’allez voir que si ça se trouve, il se sert de ce noble média pour recevoir des demandes en mariage. Honteux.

Mais donc, quel est le message en question, quand bien même il n’a aucun rapport avec ce blog ?

Il se trouve que mes vaillantes troupes ont déployé un truc qui s’appelle EnigmApp. Selon votre culture historique ou si papy était sous-marinier et a des quintes de toux quand on lui parle de sa jeunesse, vous ne verrez pas forcément la même chose dans ce nom, mais qu’importe.  Car ce bidule est donc une application iPhone et Android qui a le bon goût d’être gratuite et qui sert à différents trucs.

Truc numéro 1 : à l’heure où il y a environ 83 754 applications de tourisme, chacune pour un coin différent et évidemment pas compatibles entre elles, EnigmApp a un but (mais ce n’est pas le seul) : une application pour les rassembler toutes, et dans les ténèbres, les lier.

Sauron aime ça.

Ah bin hé, il faut avoir de l’ambition aussi.

En tout cas ça vous évite d’avoir 67 applications pour le même truc. Vous avez une application qui vous liste tous les sites où il y a des choses à faire, et vous choisissez uniquement ce qui vous intéresse. Et vous avez même un gros bouton "Parcours à proximité" comme ça quand vous arrivez quelque part, vous avez juste à appuyer dessus et voir ce que vous proposent les autochtones.

Truc numéro 2 : pour éviter d’avoir une application qui ne vous sert que 4 jours par an quand vous êtes en train de courir les champs (ça peut être plus souvent petit galopin, mais alors laissez-moi vous dire que ce n’est pas comme ça que l’on va redémarrer l’économie), on y trouve des trucs pour vous occuper dans le métro, les salles d’attentes ou pendant que vous faites caca.

Allez-y, faites semblant que c’est pas vous : vous croyez que personne ne se doute de ce que vous faites quand vous fourrez votre smartphone dans votre poche avant de disparaître aux waters ?

Donc, les trucs… et bien au lieu de vous proposer des visites (aux toilettes, c’est limité), il y a un gros bouton "Enigmes" qui permet de trouver des jeux plus ou moins idiots. Enfin que je dis "énigmes" et "idiots", on est quand même encore loin au-dessus de la séquence des énigmes dans Bilbo : parfois la nuit, je me réveille encore et je me fais chier rien qu’en y repensant. Brrr. Donc ? Ah oui : les moins idiots traitent d’enquêtes à suivre, les plus idiots traitent de comment survivre dans un film américain. Après, reste à savoir si c’est le film ou le jeu qui est idiot.

"Aaah nan mais haaan y a pas beaucoup de contenu là-dedans, dis !"

"Et puis t’es quand même un gros bâtard là vazy tu fais ta pub kesstudis ?"

Ah non mais ça on est complètement d’accord : c’est honteux. Moi les mecs comme ça qui profitent de leur tribune pour passer leurs messages persos, ça m’énerve vous n’imaginez même pas. Par contre on va arrêter tout de suite le tutoiement, sacripants. Parlons du contenu.

Truc numéro 3 : en fait, le contenu… vous le créez. Jeux, visites ou que sais-je, c’est comme un blog : c’est ce que vous en faites.  Non parce qu’à l’heure où l’on peut même échanger son logement avec un inconnu pour partir en voyage, ce serait bien le diable s’il n’y avait pas aussi des inconnus pour vous guider et vous proposer des circuits ou activités à faire autour de chez eux ou ailleurs.

Du tourisme participatif, comme dirait l’autre.

A vous la joie de perdre un bus entier d’asiatiques dans Paris en leur ayant proposé un jeu de piste si dur qu’on ne les retrouvera jamais.

Ce n’est donc pas très compliqué, vous vous connectez , et pif pouf, vous avez toute une interface et plein d’outils pour créer un peu de tout et tout modifier, jusqu’à l’apparence pour faire ce qui vous convient. Et un guide pour aller avec si jamais vous étiez perdus. Mais ça n’arrivera pas : il n’y a que des gens de qualité qui passent par ici. Vous pouvez donc créer ce que vous voulez, parcours ou jeu à faire dans le métro, le publier en privé (ça n’apparaîtra dans l’application que pour vous et les gens à qui vous filerez le code/flash-code), et éventuellement le soumettre à l’équipe qui après avoir vérifié que vous n’avez pas fait un jeu intitulé "Promène-toi avec Adolf", pourra le rendre public. A vous la gloire, donc.

Et pour les esprits chagrins : personne ne touche un radis dans l’affaire. Il n’y a de publicité ni sur le site, ni sur l’application (non parce que si vous faites un jeu d’ambiance et qu’en plein milieu il y a une pub pour des slips, merci bien). Donc oui, même toi l’étudiant ou le futur travailleur du monde de la culture ou du tourisme, tu peux briller en entretien en débarquant avec un truc sur smartphone présentant de manière concrète ce que tu sais faire en matière de médiation et faire pétiller les yeux de ton interlocuteur sans aligner un roupie (c’est beau).

La morgue, un truc que l’on m’attribue souvent, et pas seulement à cause de mon doctorat en nécromancie.

Bon, allez, un dernier point parce que ça commence à bien faire, ho. Il y a une ligne éditoriale sérieuse ici. Si je tenais le responsable de ce blog qui se permet de parler de trucs à lui, il entendrait parler du pays.

Truc numéro 4 : non parce qu’il faut bien payer la coke quand même (mais rassurez-vous, vous pouvez ranger votre carte bleue, on ne vous demande rien de ce type) : vous travaillez dans le monde merveilleux de la culture et/ou du tourisme ? Vous avez des contacts dans ce monde enchanté où on aime bien proposer des trucs pour guider, distraire et informer les gens ? Vous m’intéressez.  Puisque forcément, il y a une version professionnelle (pour les professionnels, mais oui, c’est étonnant) avec des trucs en plus dedans. Et puis comme ça, ça me fera une occasion de venir visiter d’autres contrées. N’hésitez donc pas à utiliser l’adresse de contact disponible en haut de ce site (celle qui sert aussi aux demandes aux mariages, c’est très polyvalent le internet).

L’argent qui n’aura pas servi à financer les achats massifs de coke sera entièrement reversé à mon projet d’un groupe de mercenaires internationaux les G.I Raymond, chargés de défoncer porte et margoulette de toute personne terminant un post Facebook par "qui osera partager ?". Autant dire que ça fait du monde, d’où le budget.

Ah, j’allais oublier :

Pour les intéressés, un employé sous-payé se charge du Twitter et du Facebook adapté. Enfin ce sera ça ou il sera viré. Vous pourrez donc suivre ses discrètes tentatives d’appeler à l’aide à cause de son patron tyrannique : c’est beau quand même, le XXIe siècle.

Il y a des choses en bêta encore, mais rassurez-vous : tout cela va évoluer (tant le site que l’appli). Si ça vous tente de jeter un oeil, n’hésitez pas à gueuler comme des putois dans le formulaire de contact de chez EnigmApp, ça sera transmis au contremaître chargé de fouetter les stagiaires.

Si vous n’avez rien eu à faire de tout cela, félicitations :  on va p’têtre pouvoir arrêter les conneries et revenir à de VRAIS sujets essentiels.

Comme Oblivion par exemple, dont le spoiler arrive bien vite si tout va bien.

Il y a quand même des priorités, ah mais.

Base de Rabaul, 1944

Debout à l’extrémité de la table centrale, le commandant Watanabe réajuste sa casquette, laissant tomber de ses cheveux ras quelques gouttes de sueur qui viennent s’écraser sur le sol en bois tropical dans un bruit moite. Assis tout autour de lui, plusieurs officiers échangent à voix basse, ponctuant leurs propos de gestes désignant telle ou telle position sur l’immense carte du Pacifique sud qui s’étale devant eux. Watanabe ne la regarde guère plus : il la connait par coeur ; les emplacements des aérodromes, les positions des troupes japonaises et américaines, les patrouilles de la marine impériale… il est même capable de voir, en fermant les yeux, tous les détails de ce petit coin corné du plan, sur lequel un officier a posé pour éviter qu’elle ne se replie la figurine en bois du porte-avion Akagi, devenue tristement inutile ailleurs sur la carte. Mais l’heure n’est pas à ce genre de considérations : Watanabe a une importante déclaration à faire.

"Messieurs, j’ai reçu il y a quelques minutes un message particulièrement important de nos services de renseignements. Comme nous le soupçonnions depuis plusieurs semaines, l’ennemi à réussi à infiltrer nos lignes. Plusieurs agents américains sont parvenus à tromper notre vigilance et à placer leurs hommes au coeur même de notre armée. D’après les informations dont je dispose, un de ces traîtres serait ici-même, dans cette pièce aujourd’hui."

Un murmure d’étonnement parcourt la salle.

"Qui oserait, sous le regard de l’Empereur, mentir ouvertement ? Qui oserait transmettre à l’ennemi les coordonnées des convois de nos vaillants soldats ? Qui oserait nous regarder dans les yeux chaque matin et nous trahir dès que nous avons le dos tourné chaque soir ? Peut-être… vous, capitaine Akimoto ?
- Bien sûr que non, mon commandant ! Ma loyauté va à l’Empereur avant tout !
- Et vous, Kenkichi, vous auriez un mot à dire ? Il parait que le soir, vous vous éloigneriez du camp sans préciser où vous allez… peut-être allez vous envoyer des informations à l’ennemi ?
- Non, mon commandant ! Je vais prier sur la dépouille de mon cousin, le lieutenant Oda. Son corps est arrivé il y a quelques jours et attend son transport vers Tokyo."
0

L’officier Kenkichi déglutit bruyamment, en jetant un regard paniqué au commandant Watanabe. Celui-ci se tourne vers les fenêtres qui donnent sur l’aéroport, caressant son menton de sa main gantée. Il observe un zéro laissant derrière lui une fumée noire approcher de la piste en toussotant, alors qu’au-dessous de lui il perçoit les techniciens de la base lancer divers ordres et démarrer un camion anti-incendie. Alors que l’avion survole le tarmac à un mètre à peine du sol en continuant de ralentir, il entend le son strident de la sirène du véhicule des pompiers de la base hurler alors que ce dernier se lance à la poursuite de l’aéroplane avant même qu’il ne touche le sol, bientôt rejoint dans sa course par une ambulance.

"Messieurs, je vous crois. La question est donc toujours d’actualité : qui est le traître ?"

Watanabe, continuant de regarder par la fenêtre le spectacle de l’avion venant d’atterrir, amène la main à son holster pour en sortir son pistolet Nambu de service. Lentement, il le soupèse, le contemple, puis l’arme. Et d’un geste souple, il se retourne et le braque en direction vers l’un de ses hommes.

"Vous avez peut-être quelque chose à dire, lieutenant Super_Sasuke21 !"

La table est parcourue d’un long gémissement de stupeur.

"Allons commandant : comment pourrais-je être un traître ? Personne n’aime plus le Japon que moi ! Regardez : je lis One Piece, j’ai une Nintendo DS en import, et je joue à Zelda en japonais ! Et puis merde, je fais des efforts : j’ai mis un serre-tête avec des oreilles de chats fluo sous ma casquette d’officier ! Et j’ai fait remplacer mon sabre de service par une réplique de celui de Sephiroth : je ne passe plus les portes, mais bordel, c’est la classe. Par contre, si vous pouviez vite me disculper, ce serait sympa : il y a Naruto ce soir à la télé et j’aimerais vraiment savoir s’il va gagner."

Watanabe n’hésite pas une seule seconde et tire une balle dans le front de l’otaku. Son corps se renverse dans sa chaise, et celle-ci bascule en arrière avant de s’arrêter brusquement à mi-chemin : la réplique du sabre de Sephiroth faisant béquille, le mort se retrouve dans une position formidablement ridicule.

"Voilà qui est mieux", s’exclame Watanabe avant de recharger, humant l’odeur exquise produite par les douilles chaudes roulant sur le sol de fragile bois exotique.

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Tiens ? La Japan Expo est en ville.

Cette semaine, la Japan Expo s’ouvre : l’occasion pour les otakus, ces fans du Japon autoproclamés, de venir hanter Paris et son métro de leur silhouettes couvertes de déguisements plus ridicules les uns que les autres (on appelle cela "le cosplay"), et de montrer à quel point ils sont capables de réduire un pays à la simple expression de ses produits commerciaux : mangas, jeux vidéos, musique de merde, figurines cochonnes et reproductions d’armes de samouraï, et même "tuning japonais" (mes yeux !)… les otakus vont donc se retrouver tous ensemble au même endroit, pour claquer des fortunes dans leur passion, et éventuellement, pour claquer tout court, comme l’espèrent certains, réunis en prière à Notre-Dame-de-la-rivière-Kwaï.

Pour ceux qui ne visualiseraient pas bien le ridicule du truc : c’est un peu comme s’il y avait un salon des Etats-Unis d’Amérique à Paris, qui se présente comme "Le salon de la culture américaine", et dans laquelle on résume ça uniquement à des trucs ultra-commerciaux : Rebecca Black à fond, déguisements de Ronald McDonald, Nicolas Cage en guest star et comme attraction principale, des centaines de Xbox en libre service. Le tout en dégustant quelques mini-burgers à 12€ pièce et en tirant à la winchester pour faire traditionnel. Et les gens qui fréquenteraient les lieux auraient en plus le bon goût de se dire "passionnés de culture américaine", genre de propos qui est un coup à se réveiller avec le spectre d’Hemingway ou de Benjamin Franklin dans son pieu.

Bref.

Aujourd’hui, je vous propose donc de découvrir le Japon tel qu’il est perçu par nos amis les otakus, afin de mieux comprendre leur vision de ce pays magique.

Le Japon

Le Japon, ou Nihon (日本) est un pays situé loin, très loin, quelque part à l’Est de nos contrées. Pays à la fois empli de tradition et de modernité, il est l’incarnation du rêve pour de nombreux Occidentaux perdus, tant il semble exotique, mystérieux, et accessoirement, producteur de jeux vidéos, de bandes-dessinées et de dessins animés. Le Japon est constitué de 6852 îles, ce qui est une sorte de paradis pour autistes et asociaux, qui peuvent donc s’isoler du reste du monde pour jouer tranquillement à la 221e édition de Zelda sans être dérangés par des formes de vies humaines (au pire, ils se dérangent entre eux, donc ça ne compte pas). Cependant, l’essentiel du territoire n’est constitué que de quatre îles, dont personne ne retient jamais le nom, à part bien sur les élèves de terminale un peu avant le bac, et encore, 48h. Après, ils ne se souviennent de rien (à part de Shikoku, mais uniquement parce que ça ressemble à une blague scatophile). Les habitants du Japon sont les Japonais, bien que l’on trouve aussi les termes fourmis jaunes, nains, touristes et ninjas dans le vocabulaire visant à les désigner (mais il n’est pas impossible que certaines de ces appellations soient du fait d’Edith Cresson). On compte 127 millions de Japonais sur ce territoire considérablement réduit, ce qui est moult, puisque ça représente deux fois la population française sur un territoire inférieur de moitié. A ce titre, les Japonais rigolent donc très fort et envoient des offrandes en remerciement de son humour à Marine Le Pen à chaque fois qu’elle déclare qu’il n’y a "plus de place en France". C’est en partie pour cela que ce peuple est célèbre pour sa politesse.

Histoire

Comme tous les otakus le savent, l’histoire du Japon se divise en deux périodes :

- Le passé

- Le maintenant

Le passé

Le Japon est peuplé dès le paléolithique, mais honnêtement, tout le monde s’en tape. En effet c’est une civilisation profondément inintéressante durant des millénaires, puisque figurez-vous qu’elle n’est pas très exotique. Heureusement, très tôt, le Japon va inventer l’honneur et le katana et combiner les deux pour créer un concept mondialement connu : le Captain Samouraï Flower.

Alors, me direz-vous, bande de mécréants "Et qu’est-ce que ça a de particulier, un samouraï ? C’est pas juste un chevalier ?" ; nenni, fripons, c’est bien plus rigolo : le samouraï est une sorte de chevalier, mais avec une épée que l’on appelle katana, ce qui change tout, et surtout un sens de l’honneur fort intéressant, puisque celui-ci est poussé si loin, qu’il est considéré que celui qui n’a pas d’honneur ne mérite pas de vivre (l’Otaku qui prend le métro déguisé en soubrette ou en personnage d’Evangélion en est un bon exemple). Il serait malvenu de ne pas illustrer mon propos, alors permettez-moi de vous citer quelques exemples : celui qui fuit à la bataille mérite la mort. Celui qui trahit sa parole mérite la mort. Celui qui manque de respect mérite la mort. Celui qui pète au lit mérite la mort (d’où une alimentation essentiellement basée sur le riz).

De fait, l’honneur a une telle place que si autrui ne vous fait pas don de la mort au combat, alors c’est à vous d’en finir. Cela a instauré une très importante tradition de suicide au sein de l’archipel, et qui, c’est regrettable, ne s’est pas assez exportée chez nos amis otakus.

Longtemps, le pays restera ainsi très refermé sur lui-même, ne communiquant que peu avec le reste du monde, en faisant une sorte d’autiste de format international (ce qui explique l’attrait de certains pour ce coin de la planète). Cependant, le Japon ne peut rester isolé trop longtemps, tant c’est un pays qui construit des maisons avec des portes en papier, ce qui protège moyennement l’intimité. Les Occidentaux vont donc entrer en contact avec l’Empire du Soleil Levant et par le biais de divers échanges, le pays va se moderniser fort rapidement : industrialisation, multiplication des armes à feu, installation de chemins de fer (qui ne servent que peu : les Japonais se déplacent essentiellement en courant les bras en arrière ou en sautant de branches en branches)…

Si l’archipel devient rapidement le fer de lance de la modernité en extrême-orient, il s’avère que des tensions naissent et croissent avec les Occidentaux, particulièrement sur la question des ressources : un excellent exemple est la question des femmes, puisque les Japonais constatent que leurs compagnes ne dépassent généralement que peu ou pas le bonnet A, ce qui provoque en eux une certaine frustration ; l’ire nippone culminera au point d’exploser un certain 7 décembre 1941, lorsque l’empereur fait bombarder Hawaï, cette île dans le même océan qu’eux où d’arrogantes jeunettes exhibent leurs formes dans des soutiens-gorges de noix de coco et pagnes de pailles à longueur d’année.

La riposte ne se fera pas attendre, et les tentatives du Japon d’amadouer son voisin américain seront de cuisants échecs : ils essaient par exemple d’inventer le cosplay, pour inviter la jeunesse étasunienne à revêtir un déguisement de Salamèche plutôt que l’uniforme de l’Air Force, mais Washington comprenant la menace ne se laissera pas faire ; les deux premières conventions de cosplay au monde se tiendront le 6 août 1945 à Hiroshima, puis le 9 août 1945 à Nagasaki. A chaque fois, les Etats-Unis les font subtilement annuler. Cependant, malgré la puissance de l’atome, une force aussi maléfique que le cosplay n’est pas totalement détruite, et passera les 50 années suivante à se régénérer : l’époque connue comme "le passé" par les Otakus prend fin avec la défaite japonaise, et une nouvelle guerre va donc commencer : celle des coeurs, avec l’arrivée du "maintenant"

On lance une mode du Japon, et voilà ce que ça donne

Le maintenant

Après 1945, le Japon comprend que la période des combattants tentant de vaincre leurs ennemis l’arme à la main est bel et bien terminée. Il décide donc de tourner l’ensemble de son industrie vers les nouvelles technologies, et procède à trois changements essentiels :

- Il fait remplacer les katanas par des claviers

- Il réoriente les élèves en CAP Samouraï vers un BTS dessin industriel

- Il supprime la notion d’honneur et la remplace par celle de kitsch

Rapidement, le pays voit des dizaines de nouveaux emplois se créer, tant dans l’industrie que dans le dessin ; les technologies de pointes se développent à vitesse grand V, alors que les mangas et dessins-animés se multiplient. C’est une occasion inespérée pour l’empire de développer sa propagande, que les otakus avalent à longueur de journée. En effet, si l’on en croit les mangas, le Japonais mesure entre 1,70m et 2,30m, est à la fois fin et musculeux, et dispose d’yeux environ 7 fois plus grands que ceux du reste du monde. Son visage est sans défauts, et il se termine en son sommet par une chevelure constituée de pics plus ou moins mous. Lorsque le Japonais se bat, il utilise des épées pesant entre un et huit quintaux, pour une longueur pouvant aller jusqu’à sept mètres, qu’il agite d’une main et sans effort s’il-vous-plaît. La Japonaise, elle, se caractérise surtout par des couleurs de cheveux approximatives allant du bleu au rose en passant par le vert, la mélanine nippone étant visiblement psychédélique ; on peut aussi noter son décolleté, suffisamment grand pour pouvoir y ranger l’épée du Japonais mâle, et éventuellement, garer une ou deux motos sans trop de soucis.

Déferlant partout dans le monde, cette propagande hypnotise et paralyse la jeunesse occidentale, qui reste collée à sa télévision à regarder Sangoku mettre 5 épisodes à coller un coup de poing à Vegeta. Dans le même temps, et afin de s’assurer de ralentir le développement occidental, le pays crée quantité de consoles de salon et de jeux vidéo pour occuper les esprits.

A la fin du XXe siècle, le Japon renforce son offensive mondiale en créant la J-Pop, qui est à la musique ce que l’épilepsie est à la danse. Au début du XXIe siècle, donc, l’archipel est une référence culturelle d’ampleur mondiale, dont les productions ont bercé toute la jeunesse d’une génération. L’otaku vous jurera cependant que sa passion pour le Japon est bien plus vaste que cela : la preuve, il a un set de faux katanas dans sa chambre.

Politique

Le Japon est une monarchie constitutionnelle, actuellement dirigée par l’empereur Akihito. Celui-ci est considéré traditionnellement comme une divinité en soi, au même titre que les Pokémons. Dans le Pokédex, on peut donc le retrouver au numéro 111 (chiffre célèbre pour les divinités bénéfiques), juste en-dessous de Smogogo. Contrairement aux autres Pokémons, il n’est pas possible de le trouver dans les hautes herbes, et il faut d’abord avoir combattu toute la Diète puis avoir obtenu le badge du palais impérial pour l’obtenir.

Chaque année, de nombreux dresseurs tentent de capturer le numéro 111, mais sont abattus par la sécurité du palais alors qu’ils le lapident de pokéballs

A noter que le Japon pratique la peine de mort, ce qui est là encore un point culturel tragiquement absent de la Japan Expo.

Géographie

Le Japon s’étend sur près de 3 000 kilomètres, mais principalement d’îles plus ou moins montagneuses et volcaniques, ce qui est moyennement pratique pour vivre à 127 millions. Heureusement, fort ingénieux, le bon peuple nippon a su s’installer dans les plaines et littoraux qui permettent de profiter de la mer et de ses bienfaits : là, le Japon et l’environnement ne font qu’un ; les courants amènent sur les côtes les rejets industriels venus de Chine, les rejets chimiques issus de Taïwan, les restes de sous-marins d’ex-URSS sabordés à Vladivostok, et parfois, des morceaux de missiles nord-coréens, que ce pays de joyeux farceurs balance régulièrement au-dessus de l’archipel. Oui, le Japon a su s’entourer de ce que la planète a fait de mieux.

Sa position sur une zone particulièrement instable, non seulement à cause de ses voisins taquins, mais aussi à cause de plaques tectoniques, en fait un pays vivant continuellement sous la menace d’un tremblement de terre, d’un tsunami ou d’un nouveau tube d’Aiko Kayo (et après ils s’étonnent de se prendre des catastrophes naturelles, j’ai quand même un petit peu envie de dire qu’ils cherchent). Si l’on dit qu’avant un tremblement de Terre, les éléphants pleurent, dans le cas du Japon, ce sont plutôt les otakus qui couinent sur Facebook. Non pas à cause du bilan, non, mais parce qu’ils ont très peur d’avoir perdu l’auteur de "Romance à Tokutomi High School", et qu’ils veulent savoir si Ryo va finalement sortir avec Sakura.

La capitale du pays est Akihabara, le quartier des jeux vidéos selon les fans. Et certains vieux ronchons expliquent que ce serait Tokyo au sens large. Pour les deux du fond qui voudraient briller en société, l’ancienne capitale est Kyoto : c’est facile, c’est Tokyo en verlan. Ce qui ne veut pas dire que la ville a été fondée par des mecs en jogging qui crachent par terre, attention les enfants.

Démographie

Un simple schéma suffira pour parler de la population japonaise.

"Geishas" est compris dans la catégorie "Consultants", merci de votre compréhension

Et pour répondre à votre question, oui, les ninjas cotisent à l’URSSAF locale.

Sciences et technologies

Si le Japon est le fer de lance de la recherche dans de nombreux domaines, il en est deux qui sont caractéristiques du pays : la robotique et les baleines.

Les Japonais sont passionnés par les robots : ils en font pour tout : l’industrie, l’assistance, les loisirs… et tentent chaque année d’améliorer leurs technologies dans ce domaine, en mettant au point des androïdes capables de jouer d’un instrument ou de se déplacer comme des humains. Contrairement à leurs voisins américains, leur objectif à long terme n’est pas de créer des T-1000 pour les envoyer dans le passé, mais plutôt de se créer des robots géants, la prochaine étape après le 4×4 : impossible à garer, doté d’équipement inutiles en ville et au quotidien, polluant… ce qui n’empêche pas tout le monde d’en vouloir un pour briller à côté des voisins. C’est vrai qu’aller au travail en robot ou de retrouver une contravention collée sur le cockpit de son bidule pourtant situé à 15 mètres du sol, ça a son charme. Ne me demandez pas pourquoi ça les passionne, c’est comme ça. On avait bien la ligne Maginot, eux aussi auront leur truc inutile (même si on sait bien que le véritable rêve de tout Japonais qui se respecte est de combattre un monstre géant avec son robot au coeur de Tokyo, histoire de passer pour le mâle alpha nippon).

Autre passion de nos amis du soleil levant, les baleines. Bien que de mauvaises langues affirment qu’ils les pêchent pour les manger, les Japonais se défendent en arguant qu’ils ont besoin des baleines pour faire avancer la recherche. Car oui, la baleine a visiblement des secrets technologiques qu’elle refuse de partager avec nous autres humains, la truie. Les Japonais ne font donc que ce qu’il convient de faire dans ces cas là : ils harponnent l’animal, le tractent jusqu’au pont du navire de recherche, puis lui pètent copieusement la gueule en hurlant "Tu vas nous les filer, oui, les plans du moteur à antimatière, dis ? On sait bien que tu nous prends pour des truffons !" ; la pauvre baleine a beau expliquer que bon sang, elle passe son temps à bouffer du plancton, ça ne prend pas : les Japonais sont obligés de finir de la passer à tabac, avant d’aller en chercher une autre, dans l’espoir qu’elle se montre plus coopérative que la précédente.

Ou alors, ils nous prennent pour des cons. Mais ce n’est bien sûr qu’une hypothèse.

Culture

Si l’on en croit le programme de la Japan Expo, le Japon a une culture particulièrement limitée, qui tient en environ 6 grands points, puisque je préfère faire fi de leur exposition de "tuning japonais". Miséricorde ; j’espère qu’il y aura une diffusion de Fast & Furious : Tokyo Drift pour illustrer ce pan majeur typique de la culture nippone. Mais allons plutôt voir ce que sont ces 6 points :

Le Manga

Le manga est le nom donné à la BD venue du pays du soleil levant. En général, le sens de lecture japonais est, tout comme le bon sens, contraire au nôtre. Un manga peut raconter quantité de choses, mais on en retrouve plusieurs grandes catégories, telles que l’une des plus populaires chez nous, le shonen, manga destiné aux adolescent qui raconte comment un héros va bastonner tout ce qui l’entoure pour atteindre son objectif. La structure d’un bon shonen se résume ainsi : le héros a un ennemi. Il se bat contre, mais en chie. Heureusement, après d’interminables heures de parlotte et de coups échangés, le héros se déchaîne tant et si bien qu’il utilise une nouvelle technique de combat qui transforme son adversaire en sushi. Il va donc continuer son aventure jusqu’à croiser un nouvel adversaire, contre qui même sa nouvelle technique ne suffira pas. Après des heures de parlotte et de coups échangés, le héros se déchaînera tant et si bien qu’il utilisera une nouvelle technique de combat qui transformera son adversaire en boulette de riz. Etc. A noter que le héros de shonen n’abandonne jamais, contrairement au lecteur raisonnable ou à Lionel Jospin, ce qui permet de créer des séries de 70 tomes ou plus, qui demandent le PIB du Togo pour pouvoir être achetées en une fois.

Le shonen est à opposer au shojo, manga plus orienté vers les adolescentes où l’on ne se tape pas dessus, et qui décrit le plus souvent des amourettes lycéennes. Les styles de dessins vont avec : là où dans le shonen, les demoiselles ont une  poitrine qui laisse supposer qu’elles ont leur propre champ de gravité, dans les shojo, les garçons sont très grands, très fins, très effeminés et surtout très romantiques. Jamais ils ne s’exclament "Ce soir, Chidori, je m’occupe de toi, et tu vas enfin comprendre ce que signifient "tremblement de terre" et "tsunami" ma coquine", ce qui m’emplit bien sûr de désarroi.

Animés

Les animés sont les versions sur écran des mangas. Pour des raisons qui rendraient fous la plupart des gens raisonnables, les animés semblent, malgré leur support qui, comme son nom l’indique, devrait être constamment en mouvement, prendre un temps fou à dérouler la moindre action. Du coup, ça avance parfois encore plus lentement que les pages d’un manga, ce qui est paradoxal. Les héros d’animés sont par ailleurs profondément débiles et monomaniaques, et auraient probablement leur place dans un épisode de Corky. Ce qui rend d’autant plus intéressant le fait que nombre d’otakus se déguisent en eux à l’occasion de la Japan Expo. Les animés sont aussi la preuve que la propagande nippone tourne à plein régime : d’après ce que l’on peut voir sur les écrans, le Japonais qui combat a le temps, entre deux tatanes, de réfléchir à douze trucs, de penser aux dix derniers coups et de les expliquer plus ou moins scientifiquement, et aime raconter sa vie. Il n’hésite par ailleurs pas à avoir des flash-backs en boucle sur ce que son pote Michou lui a raconté il y a 10 minutes.

Hentai

Le hentai est le manga/anime erotico-porno japonais. On le distingue essentiellement des versions européennes pour une bonne raison : quand la secrétaire a un problème de photocopieuse, ce n’est pas le réparateur qui vient s’en occuper, mais plutôt des tentacules. A force de vivre sur une île, de coupables passions avec des fruits de mer ont dû se développer, tant il semble que les tentacules aient de place dans ces oeuvres : un problème de tuyauterie ? Mon dieu, un tentacule avec un BTS ! Besoin de cours particuliers ? Un tentacule avec son CAPES débarque ! Et je ne parle pas de tous les tentacules qui occupent des postes importants dans l’administration japonaise.

Parfois, l’otaku aimerait bien avoir des tentacules.

Particulièrement parce qu’avec, il serait super fort à Mariokart.

Monsieur Cthulhu, amateur de Hentai

Jeux vidéos

Il serait impossible de faire une liste fidèle et exhaustive de ce que l’archipel a produit, mais nous retiendrons essentiellement quelques exemples symboliques tels que Mario Bros, Zelda (ou les aventures d’un mec qui se fait piquer sa meuf à chaque épisode, m’est avis qu’elle n’est pas contre), Street Fighter (l’otaku est très fort en baston, mais uniquement en faisant croix croix carré) ou Dead or Alive, un jeu où mystérieusement, il n’y a quasiment que des combattantes qui poussent de petits cris en se tirant les cheveux. Le tout en bikini, bien sûr.

Figurines à la con

Pour éviter que les Occidentaux ne continuent de se reproduire, l’industrie nippone a créé le tue l’amour ultime : la statuette/figurine représentant un personnage d’un univers fictif. Grâce à elle, tout le monde peut, en un clin d’oeil dans votre tanière, constater que votre vie mérite d’être achevée dans la minute. Sa vision fait en général fuir les gentlemen et hurler de terreur les gentes dames. Car oui : certains ne se contentent pas des mangas Bleach, des animés Bleach, des jeux vidéos Bleach, ils ont aussi besoin d’avoir des figurines chez eux, ce qui revient à peu près à avoir les goûts de Valérie Damidot en matière d’esthétique et de décoration.

Par un curieux hasard, les personnages féminins ainsi représentés ont souvent des positions plus ou moins suggestives (ce qui n’a bien sûr, rien à voir avec le public visé, qui par ailleurs, entrera dans un cercle vicieux : plus il a ce genre de figurines, plus il a de chance de transformer son nid en repoussoir exemplaire). Lors de mes pérégrinations pour écrire cet article, j’ai ainsi découvert une statuette livrée avec sa "chantilly à lui mettre sur le visage" et sa "fraise amovible à rentrer et sortir de la bouche". J’ai envie de dire : très classe.

Pour un exemple d’otaku passionné de statuettes du genre, je ne peux que vous envoyer vers ce fabuleux blog qui résume bien l’ampleur du problème. Pauvre homme.

Mesdames et Messieurs, la Culture nippone

Cosplay

Le Cosplay est l’art d’avoir l’air le plus bête possible en un minimum de temps. Cela consiste à s’habiller en personnage de manga, animé ou jeu vidéo avant d’aller trouver un photographe pour immortaliser sa bêtise. En période de Japan Expo, les cosplayeurs prennent le métro directement déguisés, hurlant au monde qu’il est grand temps de les abattre pour les empêcher de souffrir. En général, le seul intérêt du cosplay est la recherche du panel de boudins qui se sont mis en tenue sexy, ou de gringalets habillés en combattant barbare. Si le ridicule ne tue pas, le cosplay mérite la mort.

Musique de merde

Rebecca Black est probablement une sorte de Mozart moderne comparée aux pontes de la J-Pop.

C’est dur, je sais, c’est inimaginable, mais dites vous que rien qu’en tapant "J-Pop" dans tout moteur de recherche qui se respecte, il y a de fortes chance que votre ordinateur se mettre à vomir de la bile par ses enceintes et à faire des 180 degrés avec son écran tout en affichant des images infernales ; on peut le comprendre, quand par exemple, on tombe sur ça. Personnellement, j’ai convulsé un petit moment en mettant du sang partout avant de réussir à arrêter ce qui ressemble fort à une diarrhée musicale (et encore, je cherche pourquoi j’emploie le terme de musical). Pour des raisons inconnues, le concept a touché d’autres principes, comme le J-Punk (brrrr), fournissant ainsi quantité de matière à une autre invention japonaise : le karaoké, ou le truc qui n’a été conçu que pour que les gens se ridiculisent. Et après ça, ne le dites pas que ce pays ne cherche pas à plonger le monde dans les ténèbres.

Langue

Le japonais est une langue qui se traduit à l’écrit par trois alphabets : les kanjis (les fameux signes qui désignent des mots), les hiraganas (qui permettent de préciser certains trucs tels que la prononciation d’un kanji inconnu au bataillon) et les katakanas (qui désignent les mots étrangers). Cependant, ce dernier alphabet est bien moins sérieux que les deux premiers, puisqu’il sert à écrire les mots aussi mal prononcés que le font les Japonais qui n’ont pas pris anglais seconde langue.

Ainsi, si vous cherchez dans un dictionnaire de katakanas un mot étranger, il vous faut penser japonais : virer les "R" de vos phrases, remplacez les par des "L", puis, insérez des "U" de manière aléatoire partout, même dans les mots où il y en a déjà et où il n’y a plus de place.

Ainsi, un "Bus" devient "Busu" ; une voiture de police devient une "Pouliss-karu" et le "Brésil" devient "Roberto no Captain Tsubasa" (mais attention, là, il y avait un piège).

Ainsi, le japonais est une langue qui parait plus effrayante qu’elle ne l’est ; elle comporte ses propres règles, comme par exemple dans l’utilisation de suffixes pour montrer le respect porté à autrui : -Sama pour signifier la déférence envers plus respectable que vous, -San pour le respect simple, et -kun pour quelque chose de petit et/ou mignon. Par exemple, vous direz "Odieux-Sama", "Jean-Jacques-San" et "Nicolas Sarkozy-Kun", en faisant bien attention de retirer toute notion de mignon dans ce dernier cas.

Dernière chose, le seul alphabet japonais commun à l’otaku comme au touriste japonais est celui du "Ooooh !" ; on ne retrouve dans celui-ci que trois mots : "Ooooh !" (l’étonnement), "Sugoi" (super, bien, joie, youpi) et "Kawaï" (mignon). De là, de multiples combinaison sont possibles : vous êtes étonné par un tour de magie ? "Ooooh, sugoi !" ; ou vous offre un chiot kikinou ? "Je l’emmène à la rivière Sugoi, kawaï !", etc. Rien qu’avec ça, vous pouvez bluffer n’importe quel otaku qui se respecte.

Car en effet, l’otaku aime placer du japonais dans toutes ses phrases pour expliquer qu’il connait parfaitement le pays et sa langue. Ainsi, même lorsqu’il n’en a pas besoin, il fera étalage de son savoir ; si par exemple il est allé au Japon et a mangé un bol de riz, il vous expliquera s’être tapé un bon gros bol de "米", et se fera une joie de vous préciser que c’est du riz, mais uniquement si vous demandez, car pour lui, tout cela semble tellement évident, hohoho. Ne lui faites pas plaisir : ne lui demandez rien, exclamez-vous "Hoooo, sugoi !", puis éclatez-lui l’une de ses figurines en résine sur le coin de la gueule. Ça lui apprendra.

Alors évidemment, certains termineront en me disant que je suis caricatural dans cette présentation. Mais qui de moi ou de la Japan Expo l’est plus ?

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Deux soldats entrèrent pour déloger le corps de la chaise restée en équilibre, et le traînèrent avec difficulté vers l’extérieur de la pièce. Watanabe ne regarda qu’à peine la scène, regardant plutôt vers la fenêtre pour observer le reste des zéros qui rejoignaient la base dans un fameux vrombissement.

"Bravo mon commandant ! Nous allons pouvoir surprendre ces maudits américains maintenant que nous avons eu leur espion !"

Kenkichi avait lâché la phrase d’un ton enjoué, agitant de son bras la baguette en bois qui servait à déplacer les pions et figurines sur la carte. Il fut donc surpris quand Watanabe regarda à nouveau dans sa direction tout en levant l’arme qu’il venait de recharger avant de lui tirer une balle dans le torse. Il tituba lourdement contre le mur, le visage toujours déformé par une expression de stupéfaction, avant de s’affaler contre celui-ci en laissant choir sa baguette dans un son qui sembla curieusement plus fort que celui de la détonation.

"Pour… pourquoi, Watanabe ?
- Parce que c’est vous le traître, Kenkichi. C’est vous qui informez les américains. Je vous ai fait suivre la nuit dernière, et nous avons tout entendu de votre petit entretien. Quant à l’excuse du recueillement sur le corps de votre cousin, elle eut été intéressante si le corps du lieutenant Oda n’était pas déjà en route pour Tokyo depuis bientôt deux jours. 
- Je… non… je reconnais… mais… pourquoi avoir… avoir tué Super_Sasuke21 ? Si vous saviez… pourquoi ?"
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Watanabe s’accroupit à côté de l’officier qui, bien que désormais assis sur le sol, continuait de glisser en laissant une traînée rougeâtre sur le mur blanc.

"Parce que c’était un otaku. Un mec qui pense que c’est aimer le Japon que de s’agglutiner à la Japan Expo déguisé en Naruto, réduisant notre Culture à son expression la plus lamentable. Il ne méritait donc que cela de la part d’un Japonais respectueux de sa patrie."

Kenkichi eut un curieux regard.

"Vous… vous avez raison, mon commandant."

Puis il acheva de glisser, et tout fut terminé.

Assis sur sa chaise, il se contente de jeter des coups d’oeils distraits aux murs nus qui l’entourent.

De temps à autres, il fait entendre le cliquetis des menottes qui le retiennent à son assise en agitant vainement un bras, probablement dans le but de soulager les muscles douloureux de ses membres supérieurs. Le t-shirt sale, les cheveux en bataille et la mâchoire couverte d’un léger duvet, il n’est guère mis en valeur par la lumière pâlotte du néon qui grésille au-dessus de lui, ce qui ne l’empêche pas de porter de temps à autres un regard fier et hautain en direction de la glace sans tain. Il commence presque à sourire, lorsqu’il entend le bruit d’un haut parleur dans un coin du plafond qui s’allume.

"Bonjour Jean. Je sais que vous êtes persuadé de la noblesse de votre combat, mais je vous le demande encore une fois : soyez raisonnable. Acceptez de coopérer, et vous repartirez libre. 
- Et si je refuse ?
- Je serai très triste. Je partirai pleurer dans ma chambre, j’enfouirai ma tête dans mon gros oreiller, et là, au milieu de mes posters, j’humidifierai la taie de mes larmes, alors que mon petit coeur meurtri battra la chamade au simple souvenir de votre refus.
- Ça fait très peur.
- Puis, j’irai ouvrir mon journal intime, celui avec un coeur dessus, et j’écrirai combien vous avez été vilain.
- Non, vraiment, je tremble.
- Alors je rangerai mon journal dans ma commode, et j’ouvrirai mon tiroir, celui où je range Svetlana, mon poing américain.
- Ha ! Svetlana est un nom de fille, gros débile. 
- Oui, mais Svetlana fait de gros bisous, et toujours sur les deux joues."
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Jean semble prendre en considération cette remarque, et fait de petits mouvements de mâchoire, probablement soucieux de préserver celle-ci d’éventuels dommages à venir. A 21 ans, Jean est fier de sa denture : celle-ci est parfaite, sans que quiconque n’ait eu à le soumettre à quelque torture orthodontiste. A vrai dire, il n’a jamais vraiment eu de problèmes, de quelque sorte que ce soit. Un type sans histoires. Jusqu’à ce soir, où, sans raison, à la sortie d’un restaurant où il venait de quitter quelques amis, quelqu’un lui a glissé un tissu sombre et malodorant sur le crâne avant de le pousser vers une voiture. Ses ravisseurs ont roulé un moment, tant et si bien qu’il ignore l’heure qu’il peut bien être ; c’est incroyable comme on peut perdre toute notion du temps lorsque l’on ne peut plus voir le monde extérieur. Curieusement, cette pensée le faisait marrer : le même phénomène lui arrivait souvent, aussi, devant son ordinateur, lorsqu’il jouait volets fermés. Mais bon, la situation était alors bien meilleure. Dans l’immédiat, il n’avait que deux fiertés : ne pas avoir gerbé dans l’espèce de cagoule obturée qui l’aveuglait alors que ses ravisseurs semblaient tourner sur des ronds-points pour achever de tuer son sens de l’orientation, et avoir jusqu’ici tenu face aux pression de ces terroristes qui voulaient lui faire signer une déclaration avec laquelle il était parfaitement en désaccord :

Le fait qu’il téléchargeait illégalement des trucs parce que c’était bien pratique.

Jean télécharge parce qu’il ne veut pas filer son argent aux majors du disque. Jean télécharge parce qu’il est contre Hadopi. Jean télécharge parce que la culture doit être accessible à tous. Jean télécharge parce qu’internet, c’est avant tout le partage. Jean télécharge parce que l’ère 2.0 achèvera de balayer les moeurs conservatrices des vieux capitalistes. Jean est un idéaliste.

Alors jamais, non, jamais ne signera un document stipulant qu’il télécharge parce que ça l’arrange.

"Sois raisonnable Jean. Signe. 
- Jamais ! Allez vous faire foutre, qui que vous soyez !"
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Le haut-parleur dans la pièce laisse échapper un bruit curieux, comme celui produit par un micro que l’on lâcherait précipitamment. Puis, celui-ci restant visiblement ouvert, Jean semble entendre le bruit d’une cavalcade, comme celui produit par quelqu’un galopant dans un escalier, le tout parcouru de lointains sanglots. Enfin, le jeune homme perçoit le son d’une porte qui claque, suivi de pleurs à demi-étouffés dans un oreiller.

Jean réalisa qu’il venait peut-être de faire une connerie.

"Ahaha, mon combat est noble : je vais me regarder l'intégrale de Dr House juste pour feinter le système"

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Aujourd’hui, nous ne traiterons pas de la communication gouvernementale sur le téléchargement : tout le monde s’en est déjà donné à coeur joie, et ce, à raison. Il faut dire que ces derniers temps, avec la campagne pro-Hadopi et ses spots à base de "Sans Hadopi, nous n’aurons pas le droit à des productions de merde dans le futur", ça ressemblait méchamment à une incitation à faire chauffer les échanges de données pour que Emma Leprince aille s’asseoir derrière une caisse de Monoprix plutôt qu’aux NRJ Music Awards en 2022 (même si la différence entre les deux n’est pas toujours évidente, j’en conviens). Et puis bon, ça fait quelques années que ça dure : qui se souvient, dans la première décennie du XXIe siècle, alors que nous étions jeunes et insouciants, des messieurs qui avaient dit "Bon, on va mettre des taxes supplémentaires sur tous les outils de stockage informatique pour compenser le téléchargement" , l’équivalent de "Bon, on va mettre des prunes sur toutes les bagnoles, bien garées ou non, pour compenser les mauvais stationnements" : curieusement, ça donnait envie de payer pour quelque chose. Non, il n’y a pas à dire : il y a eu de la qualité dans le discours, il y en a encore, et je préfère ne même pas penser à ce qui nous attend.

Mais bref : je disais qu’aujourd’hui, nous ne traiterions pas de cela. Non. Nous allons traiter du camp d’en face : celui des joyeux pirates. Dont vous faites probablement partie, car disons-le : que celui qui n’a jamais téléchargé me jette la première pierre.

Par contre, qu’il courre vite après, car si je le rattrape, je transforme son museau en réplique de ground zéro.

Internet, c’est un peu la nouvelle Tortuga : c’était tellement mal surveillé que c’est rapidement devenu un repaire de boucaniers plus ou moins farouches, où il est coutume d’aller piller un galion espagnol discretos, puisque de toute manière, il n’y a personne pour râler. Du coup, le jour où le gouverneur de France débarque à la taverne du port en disant "Bon les mecs, je sais qu’on rigole bien et tout, mais en fait, piller comme des gros porcs, c’est pas vraiment sympa", il se fait cueillir à grands coups de "On a toujours fait comme ça, et quiconque réduit les libertés dont on a l’habitude de jouir est forcément un enfoiré de crypto-fasciste liberticide". Et puis du fond de la salle, on entend distinctement gueuler "Ouaiiiis et puis moi d’abord, je fais ça pour lutter contre les méchants Espagnols, qui ne vivent que parce qu’ils exploitent les gentils Aztèques et les trésors qu’ils produisent. Alors certes, en pillant les galions, je pille des trucs aztèques ramenés à fond de cale vers Barcelone, mais vous comprenez, c’est mieux pour eux. Et puis même qu’une fois j’ai acheté un collier aztèque, alors c’est dire si je suis honnête et reconnaissant".

Voilà le problème à l’heure actuelle : alors que le gouvernement propose des trucs pas très malins, l’essentiel de la répartie de nombre de piratins (je n’ai pas dit tous, ouf, il y a quelques trucs sérieux) est une sorte de nid à mauvaise foi qui semble être le miroir de celle des troupes de Jean-François Copé. Quand bien même tout le monde sait que télécharger, ce n’est pas bien, et qu’il va bien falloir trouver une solution où tout le monde s’y retrouve, on a encore le droit à une ligne de défense façon "Moi, si je télécharge, c’est pour de bonnes raisons" ; est-ce si dur que ça d’avouer "Moi, si je télécharge, c’est parce que c’est facile" ? Que "ça m’arrange" ? Que "Je me fais plaisir sans claquer de thunes et il y a peu de chances que l’on m’attrape" ? Visiblement, oui : parce qu’on se tape encore tous les argumentaires à base de "Non mais attendez, moi quand je télécharge, c’est pour feinter le système, Hadopi, le gouvernement, les majors du disque… ", bref, une sorte de colique verbale pour piratins du dimanche qui tentent de réécrire l’histoire pour se donner le beau rôle.

C’est clair : tes 556 Go d’épisodes de Lost, de génériques de dessins-animés et de films de Michael Bay, c’est pour défoncer le système, le faire s’effondrer, montrer qui est le Che Guevara du net qui descend des collines numériques pour copier les richesses impérialistes avant de retourner dans le maquis se taper un bon gros 2012 en mangeant des chips, ne laissant derrière soi qu’une IP mystérieuse, et encore. La révolution est à nos portes, nom d’une pipe !

"Aujourd'hui mes amis, nous allons faire croire que nous pillons un galion espagnol non pas pour aller aux putes à Maracaibo, mais parce que nous sommes graves subversifs"

"Non ça n’est pas du tout ça, j’ai aussi des films de Nicolas Cage d’ailleurs, mais ce n’est pas le sujet", répondent donc nombre de fieffés larrons, "On télécharge parce que la culture est un droit, que ça doit être libre et/ou gratuit". Car en effet, nous explique t-on savamment  sur de nombreux sites et blogs, la culture est un droit, que tout le monde doit y avoir accès, soit, mais que donc, elle ne doit pas être payante, ou alors uniquement au bon vouloir de l’utilisateur. Et quiconque conteste cela a le droit à toute une leçon sur le fait que riches comme pauvres doivent y avoir accès, et que c’est ça, une lutte fondamentale, bordel ! Ouais. Curieusement, dans le même temps, les zazous ne se rebellent pas contre le prix de la nourriture, qui lui, n’a de cesse d’augmenter (et qui manque vaguement à 1 milliards de personnes sur la planète, mais comme ils ont pas Twitter pour dire "G pas mangé, j’en chie #jevaiscrever #dysenterie", on s’en tape un peu, enfoirés de pauvres), et qui est plus indispensable encore que la culture : vivre sans culture, c’est moyen, sans manger, c’est difficile (preuve en est, beaucoup de gros vivent très bien en ne regardant que TF1). Donc en suivant leur logique, j’ai tendance à penser que là encore, riches comme pauvres ont un droit à la survie, et donc à la bouffe, et même bien plus encore que pour la culture. Oui mais voilà : depuis qu’il est petit, le piratin a toujours payé son miam-miam, ça lui parait donc normal et établi. Alors que sur internet, il ne paie pas ce qu’il télécharge (ou rarement). Du coup, de là à penser qu’il se cache derrière sa "noble cause" pour simplement continuer de ne pas payer ce dont il profite bien, il n’y a qu’un pas que je franchis allègrement d’un petit saut souple et gracieux. Mais bon, je peux me tromper : peut-être pensent-ils vraiment que la culture est plus indispensable que tout, et que crever de faim, d’accord, mais alors en ayant droit d’écouter du Michel Sardou. C’est ça, leur combat : "La Culture pour tous".

Curieusement, on pourrait télécharger des steaks hachés, je suis sûr que le discours en serait chamboulé.

Ce qui est tout aussi intéressant, c’est que tout l’argumentaire plein de mauvaise foi des deux camps tourne autour de la défense des artistes, qui sont les producteurs directs de produits culturels. Au gouvernement on dit "Ah ouais nan mais on va faire une loi pourrie, mais c’est pour les artistes, hein, pas du tout un truc pondu par Pascal Nègre. Et puis le pognon qu’on pourra potentiellement engranger, ce sera aussi pour eux, vous savez comme on est : on redistribue l’argent à ceux qui en ont besoin comme Liliane Bettencourt. Voilà voilà. Quoi ? Les intermitt… qui ? Mais pourquoi voulez-vous qu’on s’adresse à ces gens là quand on parle d’artistes et de rétributions ? Bon, barrez-vous, laissez nous avoir un interlocuteur sérieux." et en face on a le droit à "Nan mais internet, ça permet d’en finir avec les majors et la SACEM qui s’en mettent plein les fouilles avec de la daube ! Nous on télécharge pour en finir avec cette exploitation commerciale ! On veut la culture libre (c’est-à-dire : "je donne ce que je veux, si je le souhaite") !".

L’artiste, puisqu’on en parle, évoquons-le tout de même vaguement, est une créature elle aussi parfaitement immatérielle (comme ses productions), qui ne mange pas et ne fait pas caca (c’est logique. Et ça en fait un être particulièrement propre dont on a pas à changer la litière trop souvent) : elle sert essentiellement de prétexte pour que chacun explique pourquoi il veut continuer de bien abuser sur son dos, mais toujours pour son bien, évidemment. J’aime beaucoup le principe de "culture libre", qui revient à expliquer à tout producteur de biens culturels qu’il est bon à aller faire la manche dans le métro : il joue par exemple la bamba à l’accordéon, ou fait un mini-show, puis les gentils passagers décident si oui ou non ils vont accepter de lui filer du pognon, et combien, parce que bon, c’est eux qui jugent de sa valeur, et ce aussi en fonction de leur humeur et de leur portefeuille. C’est bien la Culture libre : ça veut dire que 100% de la partie décisionnelle sur le pognon échappe à l’artiste et se retrouve donnée à tous les passants. Bin oui, parce que la production culturelle, c’est connu, ce n’est pas un travail, hein. Donc vouloir du pognon en échange, c’est très mal. C’est vrai que ça nous fait revenir quelques siècles en arrière, où, comme chacun sait, les artistes vivaient bien mieux, ne devant compter que sur le bon-vouloir des gens pour toucher un peu d’argent. Je propose aussi que l’on réintroduise la peste noire : c’était très sympa.

Remarquez, voir Mélanie Laurent en guenilles poussant sa roulotte embourbée sur les routes de Bourgogne pour se produire sur les places de village en essayant de gagner assez d’argent pour soigner sa triple pneumonie, ça aurait son charme, je ne dis pas. Mais nous nous écartons du sujet.

A noter que le résistant moderne explique bien que ce n’est pas du vol que de télécharger : prendre quelque chose à quelqu’un sans son autorisation n’est pas un larcin puisqu’on se contente de copier, ce qui est très différent ! C’est vrai : parce exemple, depuis des siècles, quand quelqu’un "emprunte" une idée à quelqu’un d’autre, ce n’est pas du vol, c’est un fait reconnu de tous. C’est juste du "partage" de "l’échange" (sur internet, on a encore un peu de mal avec les mots "partage" et "échange", particulièrement sur le fait qu’ils impliquent qu’on donne tous quelque chose, mais allons-y doucement, ne brusquons pas trop vite le pirate du dimanche. C’est un comme les artistes "généreux" : les premiers à utiliser ce mot très à la mode pour tout et n’importe quoi sont ceux qui en donnent le moins). Ce qui, pour l’anecdote, me fait penser à plusieurs sites qui, il y a quelques mois, avaient copié du contenu traitant de révisions historiques de cet humble blog pour l’héberger sur le leur, le tout en prenant bien soin d’effacer l’origine du bidule, qui était pourtant indiquée dans un coin. Lorsque je vins à leur faire remarquer que bon, virer la signature de l’auteur, c’était une pratique assez moyenne (et en utilisant aussi des arguments impliquant leurs génitrices ainsi que moult singes bonobos, on ne se refait pas), on m’a expliqué que internet, c’était de l’échange, du partage, sans limites & co, et que je n’étais qu’un vieux conservateur qui ne comprenait rien au net. C’est vrai : copier du contenu d’un blog gratuit et sans pub pour ensuite virer toute référence sur sa provenance, et coller le tout sur un site avec des bannières publicitaires qui rapportent en fonction du nombre de visiteurs, c’était une telle démarche idéaliste : le contenu gratuit, c’est déjà trop cher, maintenant, il faut en plus qu’il vous rapporte du pognon ! Encore une fois, ce fut un monument de bonne foi, avec des discours sur le monde qui évolue en bien, allant vers le Grand Partage, etc, et que quiconque émet la moindre remarque est forcément un animal préhistorique (partouzeur) de droite.

"Répondez par oui ou par non : ne seriez-vous pas un peu en train de vous foutre de la gueule du monde ?"

Par ailleurs, il semblerait que la rébellion 2.0 prenne d’intéressantes directions actuellement : dernièrement, un célèbre site de musique en ligne, jusqu’ici financé par d’affreuses publicités qui piquaient les tympans, est devenu payant, proposant pour 5€/mois d’avoir accès à tout, sans pub, et en illimité. Il s’est aussitôt trouvé quelques rabouins pour hurler au scandale, parce que merde, la Culture, on ne doit pas la payer (encore une fois, parce que les artistes n’ont pas besoin de manger, comme chacun sait, et ne vivent que de remerciements). Et dans le même temps, les mêmes ne voient aucun inconvénient à payer une boîte de jeu "World of Warcraft"  puis plus de 10€/mois pour avoir le droit de finir célibataire jouer à quelque chose qu’ils ont déjà payé, argent qui rétribue une major de l’industrie du jeu vidéo (parce que non, ça ne va pas aux gentils développeurs, qui eux, qu’ils en vendent ou pas, ont un salaire fixe contrairement aux artistes, justement), qui en plus, lorsqu’elle sort un nouveau produit pour le même jeu, explique gentiment que "Ho bin ça alors ! Si vous voulez en profiter, il va falloir repayer encore une fois !". Intéressant : maintenant, imaginez que World of Warcraft soit un groupe de rock Vivendi Universal ultra-commercial, qui vous propose d’acheter son CD, puis de payer 10€/mois pour avoir le droit de l’écouter sinon il ne marche pas, sans compter qu’il vous refasse payer à chaque sortie d’un nouvel album. Vous appelleriez pas ça un peu du foutage de gueule ?

Et bien nos Che Guevara, non. Ils trouvent même ça parfaitement normal et paient sans rechigner pour tous ceux d’entre eux qui y jouent, parce que payer une boîte de produits informatiques, c’est normal. Une boîte de produits culturels, non. Mais à part ça, s’ils piratent, c’est pour la Culture, avec un grand C.

Alors, non, vraiment, les idéalistes du dimanche, par pitié, arrêtez, arrêtez ce discours de merde sur le fait de télécharger comme des gros porcs au nom d’idéaux de justice et de liberté. Et reconnaissez que diable, télécharger, c’est surtout un truc illégal qui se fait par facilité plus que par conviction, et qu’il ne faut pas faire passer une soirée dans un bar à putes de Tortuga pour un moment céleste de liberté dans un monastère tibétain. Et peut-être alors que lors du prochain débat sur une loi sur le téléchargement, on arrêtera de voir les deux camps s’arroser à coups de répliques dignes des plus grands moments gastro-entériques de l’histoire.

Sur ce,  je vous laisse : mon intégrale de Kirsten Prout vient de finir de tomber sur mon disque dur, je dois aller profiter de la Culture qui en émane.

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Jean jeta un coup d’oeil paniqué vers la porte de la petite pièce, lorsque celle-ci s’ouvrit dans un terrible raffut, laissant place à une silhouette portant veston, cravate, cigare à la bouche et poing américain à la main. Il reconnut le visage du type derrière lui au restaurant ce soir, qui avait passé la soirée à se plaindre de "l’absence de brandy dans ce taudis". Les manches de chemise retroussées, le type se dirigea vers lui l’air décidé. Il se souvint soudainement, dans un instant de clarté, de ce qui avait dû énerver ce personnage : dans la soirée, il s’était vanté du nombre de Go de trucs qu’il avait téléchargé sur son disque dur, en expliquant à Sophie, l’une des rares filles en deuxième année d’école d’ingé, plutôt mignonne de surcroît, qu’il faisait tout ça par conviction, parce qu’internet était un monde de liberté totale. Et lorsqu’elle évoqua le concept de "vol", bien que déçu par ce réflexe typiquement petit-bourgeois, il expliqua sa théorie sur le fait que prendre ce qui n’est pas à soi n’est pas du vol tant que ce n’est pas matériel. Oui, effectivement, maintenant qu’il y pensait, il avait peut-être poussé le mensonge un peu loin.

Jean n’eut pas le temps de dire qu’il était prêt à signer, finalement, pourvu qu’on le laisse partir. Alors qu’il ouvrait la bouche pour articuler quelque chose, il se prit un coup de Svetlana sur chaque joue, avant de lourdement chuter au sol, toujours menotté à sa chaise. La suite, il ne la réalisa guère : il perçut dans un brouillard sanglant des coups de chaussures, l’odeur de cirage frais qui en émanait, et une sensation de chaud lorsqu’après de longues minutes, il sentit que quelqu’un laissait tomber les cendres d’un cigare sur l’une de ses plaies béantes.

Quelques instants plus tard, un autre homme entra dans la pièce en traînant derrière lui un jerrycan plein d’un liquide nauséabond qu’il commença à déverser sur le corps de Jean.

"Ca va Monsieur ? Vous ne vous êtes pas fait mal à une phalange en vous occupant de lui ?
- Non, Diego, ça va. Il n’aurait pas pu reconnaître qu’il profitait juste d’une faille ? J’en ai marre de ces trous du cul qui font preuve d’une mauvaise foi maladive."
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Diego releva la tête pour jeter un regard interrogatif à son patron. Ce dernier reprit :

"Je déteste les gens de mauvaise foi." dit-il avant de jeter son cigare sur le corps imbibé d’essence.

Vous les connaissez, ces soirées là. Ne niez pas : ça vous est tous arrivé un jour. Vous savez, ce coup de fil d’un vieux copain de lycée qui vous propose de vous retrouver avec d’autres, comme vous le faites régulièrement depuis l’époque où vous faisiez encore du latin.

Et comme vous êtes faible, vous acceptez. Dès lors, la machine s’emballe, et tout se met en place: vous êtes Bill Muray, et debout les campeurs, c’est le jour de la marmotte. En effet, cette soirée suit un cours immuable, dans lequel on retrouve les mêmes conversations, les mêmes tensions, les mêmes remarques… Un anthropologue se régalerait en s’attardant là, observant ce rituel social parfaitement huilé, réplique identique de la précédente cérémonie du même type.

La soirée avance, le niveau des bouteilles descend, entrainant avec lui celui des conversations (et ne me faites pas croire qu’il était haut en début de soirée) ; en général, de toute façon, tous les sujets intéressants sont boutés d’entrée de jeu par un des convives pour éviter tout débat (en effet, le convive moyen est du genre à penser que deux personnes en désaccord vont s’engueuler ; le débat constructif et enrichissant, c’est un truc flou et lointain) : la règle par excellence est donc "pas de politique", par exemple. Et si quelqu’un la brise et qu’une conversation s’engage, au bout de deux minutes, interruption est faite par une amie qui demande si on ne veut pas parler d’autre chose. Un sujet intéressant et qui passionne tout le monde, genre le dernier clip d’Helmut Fritz.

Ne parlons pas de politique sinon on va sengueuler, doctrine de toute bonne depuis 1899
"Ne parlons pas de politique sinon on va s’engueuler", doctrine de toute bonne soirée depuis 1899

Bref, nous en arrivons au point critique de la soirée : le dessert est avalé, personne n’a plus rien à dire (avez-vous déjà noté le nombre de personnes à une table qui attendent que quelqu’un fasse l’animation ? Et qui n’ont rien à dire, quand bien même vous les interrogez sur ce qu’ils ont bien pu faire ces six derniers moi histoire de les faire causer ? "Rien de spécial". Ha.), et doucement les regards commencent à s’égarer sur les verres. Pour ma part, c’est à ce moment précis que je sens de grosses gouttes de sueur perler sur mon front, car la suite, je la connais. Elle est inévitable. Je la vois dans les yeux de mon voisin de devant, qui vient de relever la tête de son assiette où il récupérait les dernière miettes de feuilleté avec le doigt. Cet ignoble bâtard a déjà un plan. Et j’ai beau tenter de le tuer par la force de la pensée, chercher un objet à lui lancer au visage "par inadvertance", rien à faire, ce Staline des fins de soirées va faire son coup favori :

"On se fait un petit jeu ?"

Ca ne sonne pas comme une question. C’est une prophétie, un ordre dicté aux personnes présentes. Déjà, chacun sent la réponse poindre en son for intérieur ; la mienne serait "Comme par exemple jouer à la marelle sur ton corps nu ?", mais il semblerait que je sois le seul, car inévitablement, ma voisine suivant le protocole répond ce qui est attendu, et me prend de vitesse :

"Ha ouais ! Y a quoi ?"

Traitresse ! Mata Hari ! Yoko Ono ! Tu viens de lancer la plus odieuse des machines !  Quelque peu rancunier, je fais donc discrètement glisser ma serviette sous la table : je la glisserai ce soir dans le pot d’échappement de sa voiture. L’alcool aidant, elle ne devrait rien remarquer ce soir en démarrant, et s’endormira tranquillement. Dans l’immédiat, en tout cas, c’est moi qui suis en danger. Mon voisin d’en face rayonne déjà, il a gagné cette manche et décide de mettre le coup de grâce :

"J’ai ramené Time’s Up !" dit il en pointant la sacoche déposée non loin de lui.

"Ha, cool !" font les convives.

Cet enfoiré le savait. Il a tout prévu : il avait déjà ramené le jeu, des fois que notre hôte de la soirée ne l’aie pas. C’est un attentat prémédité. Pour ma part, je suis en train de constater que mon couteau, que je m’apprêtais à lancer à la gorge de ce crypto-fasciste du ludisme de fin de soirée, n’est autre qu’un de ces vulgaires outils à bout rond. Damned, un complot. Le propriétaire des couverts est dans le coup depuis le début, c’est certain. J’irai boucher ses chiottes, pour la peine.

Avec des couleurs pareilles, impossible de planquer la boîte pour éviter dy jouer : ils ont pensé à tout.
Avec des couleurs pareilles, impossible de planquer la boîte pour éviter d’y jouer : ils ont pensé à tout.

Mais alors, pour celles et ceux qui ne sauraient pas, Time’s Up !, qu’est-ce donc, si ce n’est mon archnémésis ? Et bien, c’est assez simple en fait. Il y a un tas de 40 cartes sur la table, où l’on peut lire sur chacune le nom d’un personnage, réel ou fictif, issu de tout domaine : sport, cinéma, romans, histoire, politique… A son tour, en un temps limité (d’où le sablier), le joueur doit faire deviner à son équipe un maximum de personnages. A chaque personnalité découverte, on met la carte de côté et on passe à la suivante. Une fois le temps écoulé, on passe au joueur suivant, etc, jusqu’à ce qu’il n’y ai plus de cartes. Dès lors, chaque équipe compte les cartes qu’il a découvertes, et ça lui fait donc son score. Puis on rejoue avec les mêmes 40 cartes mélangées, pour une nouvelle manche.

Des manches, il y en a 3 :

  • Une manche où l’on peut tout dire, sauf le nom du personnage, pour le faire deviner.
  • Une manche où l’on a juste le droit à un mot pour faire deviner le personnage (souvent un mot qui a marqué les joueurs pour trouver ce personnage à la manche précédente).
  • Une manche où l’on doit mimer le personnage.

Pas de quoi avoir peur, donc. Sauf que vous avez oublié un détail : vous jouez avec vos potes de lycée. Ceux-là même qui pensent que Pompidou, c’est un musée, et que l’auteur de Notre Dame de Paris, c’est Walt Disney. Et Time’s Up !, ca demande quelques connaissances un poil plus élaborées. Du coup, ce n’est ni très intéressant, ni bien adapté. Mais vos potes, eux, ça ne les arrête pas, bien au contraire. Mais observons plutôt la partie :

"Alors, heuuuuu c’est heuuuu… Haaaa… Son nom commence pas le truc qu’on cultive en Asie !
- Du bambou ? Du riz ?
- Ouiiiii ! Et ensuite heuuu… on en faisait des courses chez les romains ! Et sinon on dit un tank !
- Un char ? Richard ?
- Ouiii ! (à cet instant précis, cela ressemble à un orgasme en approche chez la jeune fille qui joue) Et heuuu ensuite, heu…  Là où dorment les oiseaux !
- Un nid ?
- *soupir sensuel* (oui, ce jeu les met dans des états pas possible)  Ouiiii…. Et ensuite, quand tu viens chez moi, tu ? Dring dring !
- Sonne ? Riz-Char Nid-Sonne ?
- Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii (bin le voilà l’orgasme) !!!
- Juste comme ça, t’aurais pas pu dire "Président américain qui démissionne après l’affaire du Watergate ?" (ajoutez-vous d’un air innocent)
- Hein ? Le quoi ? Mais je sais pas qui c’est."
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Évidemment, certains regards se tournent vers vous : vous "étalez votre culture"  (et oui, vous êtes un enfoiré, vous connaissez les personnages célèbres), vous les méprisez donc. Mais non, vous n’étalez pas votre culture, vous vous contentez d’être assez sympa pour jouer à ce jeu (qu’ils ont choisi) en respectant les règles, mais, oui, là par contre, vous les méprisez. Parce que, au moins savoir que c’était un président américain, ce serait bien. Ou alors, faut pas jouer à ce jeu. Mais c’est mignon ce petit côté classe de CP qui vient de tomber sur le Trivial Pursuit de papa.

Bref, c’est parti pour environ 45mn de jeu en onomatopées. 45mn où, se roulant dans leur inculture totale, la tablée va trouver génial de jouer à un jeu dont ils ne comprennent pas la règle de base, qui est de faire référence aux personnages en parlant d’eux, pas en épelant leurs noms. Sinon, il y a d’autres  jeux pour ça. A la seconde manche, pour l’exemple sur le même sujet, si la damoiselle retombe sur la carte "Richard Nixon", elle imitera quelqu’un qui sonne pour faire deviner le personnage, et à la troisième, dira juste "Dring !".

Mais attention, ce jeu est quand même rudement révélateur sur vos collègues. En effet, chacun y voit les références d’autrui : par exemple, je me fais balayer sur toutes les actrices de seconde zone, ou les chanteurs et sportifs puisqu’en général, cela donne :

"Oui ! Alors c’est la nana qui a plaqué X pour aller avec Y
- Ha, c’est Z"
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Bien que je connaisse plus Z pour son métier (et encore, de loin), je ne connais ni X, ni Y. Et encore moins les échanges de fluides impliquant les trois. Pourtant, il semblerait que ce soit une évidence tant la table souffle "Pfff, facile". J’en concluais donc que les lecteurs de Closer, Public, et Gala sont des putains de bêtes, mais alors sur des questions très limitées seulement. Et qui impliquent forcément l’emboîtement de deux personnalités à un moment ou à un autre. Un domaine de recherche relativement vaste et objectivement inintéressant, quand on y pense.

Le plus gros ouvrage que certains naient jamais lu.
Le plus gros ouvrage que certains aient jamais lu.

Mais revenons plutôt à notre partie, voulez-vous ?

Pour ma part, je commence à paniquer lorsque la jeune fille avant moi voit son temps approcher de sa fin. Elle tente de faire deviner un personnage "dont le nom ressemble à marteau", et son équipe se demande bien qui ça peut bien être. Devant son échec, elle me passe le paquet de carte pour que mon tour débute : "Je sais pas qui c’est, bon courage", me souffle t elle. Je lis la carte et entame mon tour :

"Il a repoussé les arabes à Poitiers lors d’une grande bataille au Moyen-Âge." ça, et le fait que son nom ressemble à "marteau", j’ose supposer qu’il y a bien un malandrin dans la salle qui connait le Monsieur. D’ailleurs, je suis confiant : depuis des années, à chaque fois que quelqu’un fait référence au Futuroscope, je suggère à haute voix que ça doit être si chiant que même les arabes n’ont jamais dépassé Poitiers et ont préféré se barrer. Mais visiblement, aucun d’entre eux ne connait M. Martel, c’est donc un glorieux échec. J’en déduis donc que depuis des années, mon piètre calembour sur le Futuroscope a en fait dû passer pour une blague raciste qu’ils ne comprenaient pas. Diantre, que je sue, j’en ai les mains si moites que la carte commence à se décomposer dans mes doigts tremblants Et pourtant, je ne suis pas au bout de mes peines. Observons plusieurs tours successifs.

"C’est un célèbre auteur qui a écrit la série des Rougon-Macquart, dont, entre autres, La Bête Humaine que nous étudiâmes ensemble à la glorieuse époque du lycée. Sinon, il a aussi rédigé le célèbre "J’accuse", lors de l’affaire Dreyfus.
- Heu… au lycée… Baudelaire ?"
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"C’est le premier président et le créateur de la Ve République. Il a fait l’appel du 18 Juin et était considéré comme le chef de la France Libre à Londres.
- Ah, la Résistance ! Jean Moulin !"
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"C’est l’auteur de Guerre et Paix. Là, je vois pas comment vous le dire autrement. Et dans tous les cas, j’ai peu d’espoir.
- Dan Brown ?
- C’est bien ce que je pensais."
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Vous comprendrez donc aisément que le jeu soit rapidement insupportable pour qui que ce soit qui a déjà lu plus de deux livres dans sa vie. Et pourtant, le jeu remporte un succès incroyable auprès d’une foule de jeunes qui sont fiers d’étaler leur inculture entre eux. C’est tellement bien de montrer tout ce qu’on ne sait pas à ses copains.

En tout cas, la partie approchant de sa phase finale, les joueurs y vont de leurs petits commentaires. La pièce s’est divisée en deux, entre le camp des "intellos qui connaissent les cartes" et celui des "y en a marre des intellos qui nous cassent les burnes à se la péter avec leur culture gnagnagna" . Mystérieusement, le second camp est über-majoritaire et revendicatif. A chaque nouvelle carte, le premier camp (réduit à deux ou trois personnes selon les invités) se contente d’échanger des regards navrés quand un joueur fait deviner le maréchal Pétain en expliquant que "son nom ressemble à un prout". A trop vouloir esquiver les conversations qui font clivage, voilà le premier jeu qui le fait. Un peu comme jouer au Scrabble avec des rédacteurs de Skyblogs.

Mais, Time’s Up ! a quand même une grande qualité : il y a une fin à ce jeu. Et quand enfin, la dernière carte tombe, c’est le soulagement général car enfin, on va pouvoir passer à autre chose. Voire, car tout le monde est bien fatigué de cette gymnastique intellectuelle (sic), achever la soirée.

C’est ainsi que je me retrouvais sur le trottoir bordant le logis de notre hôte d’un soir, à me faire sermonner par ma voisine de table, m’expliquant que ça allait, les putains d’explications "Truc il a fait ceci ou cela", qu’on s’en foutait, qu’en fait, c’était plus rigolo de jouer avec les sons (elle ne connait pas le terme phonétique, visiblement). J’hésitais à lui faire remarquer que dans ce cas, il fallait jouer à un autre jeu, mais je m’abstins et la regardait s’éloigner sur le trottoir, marchant lourdement vers sa voiture.

Je tirais alors une boîte allumette de ma poche intérieure ainsi qu’un demi-cigare qu’il me restait. L’allumant, je me permis un coup d’œil vers sa voiture dont, déjà, l’habitacle commençait à se remplir de gaz d’échappement.

- Time’s up, Fraülein.

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