Attention !

Pour d’évidentes raisons, et pour mieux saisir toute la saveur du spoiler qui va suivre, permettez-moi de vous résumer promptement les deux précédents volets de la trilogie Batman de l’ami Nolan. A défaut d’introduction, cette semaine, vous pourrez ainsi obtenir trois spoils pour le prix d’un. Les choses ne sont-elles pas bien faites ?

De toute manière, si elles ne l’étaient pas, ce serait pareil alors hein, ho, bon.

Dans tous les cas, soyez attentifs, ce qui va suivre  n’est pas toujours évident. Spoilons donc un peu en amont !

Volume I : Batman Begins

Bruce Wayne, enfant multimilliardaire résidant à Gotham City, a la phobie des chauve-souris depuis le jour où il s’est lamentablement viandé dans le nid de ces charmants animaux par un incroyable hasard. C’est ballot, mais ce qui l’est encore plus, c’est que quelques temps plus tard, un malandrin armé d’un patator ne trouve rien de mieux que d’abattre ses parents dans une ruelle sombre, lieu particulièrement apprécié des multimilliardaires comme chacun sait. Désormais orphelin après avoir vu ses parents se faire tragiquement patater sous ses yeux, Bruce décide donc en conséquence qu’il doit devenir un ninja pour péter leurs gueules aux malandrins qui fréquentent les ruelles sombres. Et non, il ne se dit pas "Tiens, si j’utilisais mon pognon pour rendre les rues plus sûres/aider la justice", parce que voyez vous, un homme en slip seul peut sûrement faire beaucoup plus que 500 en uniformes. Toutes les milices d’Amérique qui savent apprécier le principe du "faire la justice soi-même" approuvent ce message.

Bruce va donc en Asie rencontrer Ninjabouc, le chef d’un clan de ninjas dont un incroyable charisme rayonne du bouc. Il apprend des tas de trucs, comme par exemple retourner sa phobie des rats volants pour en devenir un et terroriser ses ennemis, distribuer des coups de tatane, faire des acrobaties de psychofou ou, plus incroyable encore, manger avec des baguettes sans saloper sa cravate (dans le milieu d’affaires où Bruce évolue, ça impressionne pas mal). Sur la fin, ça devient un peu confus : Wayne et Ninjabouc se fâchent au sujet d’un épisode de Naruto, et dans la bataille qui suit, Ninjabouc manque de peu d’être tué par son disciple.

Cela fait, Bruce retourne à Gotham retrouver son majordome, Alfred, qui a bien gentiment attendu en prenant soin d’arroser les plantes. Il y retrouve aussi Lucius Fox, sorte d’équivalent de Q chez Wayne Enterprises, qui a sous le coude plein de prototypes des filiales militaires de la multinationale qu’il refile gentiment à Bruce pour qu’il puisse faire régner la justice dans les rues à coups de mandales dans la gueule pour un oui ou pour un non sous le nom de Batman. Après avoir tabassé tout un tas de gens qui posaient problème aux bons citoyens (tueurs, violeurs, gens qui écoutent de la musique sur le haut-parleur de leurs téléphones), Bruce découvre qu’un grand méchant compte défoncer la ville : Ninjabouc, débarqué d’Asie pour se venger. Le vil ninja s’est emparé d’un prototype de micro-ondes géant de chez Wayne Enterprises et compte s’en servir pour vaporiser toute l’eau de la ville (oui, c’est un plan de merde), comme ça, plus  personne ne pourra faire cuire ses pâtes. Lui et Batman s’affrontent donc à 30cm dudit appareil allumé lors d’un combat final, et suite à un problème de script parmi tant d’autres, les rayons n’affectent aucun des deux protagonistes, qui auraient autrement été instantanément transformés en bat-pruneaux.

Batman gagne, et c’est la fête.

Volume II : Batman, The Dark Knight

Bruce est super content : il y a un nouveau procureur en ville, Harvey Dent, et celui-ci lutte efficacement contre le crime sans masque ni pétages de gueules. Bruce est donc très étonné de découvrir que, tiens, en fait, la justice ça peut servir à rendre la justice sans que cela implique de porter un slip sur soi de manière aléatoire. Hélas, dans le même temps, le Joker, un personnage en costume flashy (comme tous les méchants de Batman, ce qui lui évite d’avoir à enquêter pour savoir qui a encore volé les nains de jardin du commissaire Gordon) est en train d’utiliser tous les pouvoirs d’invisibilité, de téléportation et d’invocation d’explosifs à volonté que les trous dans le script lui permettent pour mettre la zone. Après avoir finalement été arrêté pour la douzième fois, le Joker explique à Batman qu’il a capturé d’un côté Harvey Dent, l’espoir de Gotham, et de l’autre Gertrude, le fantasme de Bruce Wayne, et qu’il les a envoyés dans deux lieux différents avec un paquet de bombes et peu de temps pour les sauver. Qui Batman sauvera t-il ? L’amour ou la justice ?

Après avoir finalement compris que tiens, il pourrait aussi envoyer la police intervenir sur le lieu où il n’est pas, Batman va sauver le procureur Dent lors d’une formidable séquence ridicule où ce dernier, attaché à une chaise renversée au sol suite à ses mouvements, se retrouve face à une flaque d’essence se déversant de l’un des explosifs du Joker. Et là que fait-il, sachant qu’il n’a qu’à se souvenir qu’il a un cou pour ne pas rentrer en contact avec le liquide ? Et bien il se frotte la joue contre l’essence en hurlant "Hmmm, t’aimes ça, hein, coquine !" : résultat, lorsque Batman arrive à la dernière seconde (étonnant) et que tout explose (ça alors), l’explosion enflamme la moitié de son visage et le choque un peu, le transformant en méchant : Double-Face, type qui fait la justice lui-même en abattant brigands comme policiers sur son chemin. Batman doit donc lui casser la gueule, et lors de la bataille, les deux tombent d’un immeuble, la chute tuant l’ex-procureur et blessant le chevalier noir sous les yeux du commissaire Gordon. Ce dernier et Batman se mettent cependant d’accord : ils ne parleront pas de ce que Dent était devenu, afin que Gotham ne retienne que l’espoir qu’il incarnait, et ils expliqueront sa mort en la mettant sur le dos de Batman, comme ça, hop, parce qu’il faut bien un coupable.

Du coup, Batman est un peu triste. Sans compter qu’en plus, la police n’est pas arrivée à temps pour sauver Gertrude et qu’elle est vaguement morte carbonisée, ou du moins, il y a une nouvelle merguez en ville.

Bref, pépère tombe en dépression.

Et Volume III… et bien, reprenons ! Spoilons mes bons !

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L’affiche contient une explosion. Nous savons tous ce que cela veut dire.

Enfin, reprenons 8 ans plus tard après les précédents évènements pour être exact. Quelque part à l’autre bout du monde, des hommes armés transportent dans une jeep un scientifique ainsi que trois larrons aux visages couverts d’un sac et attachés, probablement pour une soirée impliquant force cuir et fouets. Ils s’en vont trouver dans un quelconque coin de campagne un petit avion où les attend l’agent Littlefinger de la CIA, ainsi qu’un petit paquet de militaires américains ; le fonctionnaire yankee explique aux gens venus le livrer que popop, c’est quoi cette histoire ? Ils n’étaient venus récupérer que le scientifique, un certain docteur Léonid Pavel ainsi qu’un seul prisonnier ! Alors qui sont les deux derniers loulous, hein, dites donc ? Et puis d’abord, pour quatre personnes livrées, j’ai pas une bouteille de rosé gratuite ?

Mais non : en fait, l’agent semble s’en taper, ce n’est pas comme s’il y avait une quelconque importance à savoir qui on transporte avec un sac sur la tête. Il charge tout le monde dans son avion et décolle, avant de nous en dire un peu plus : il enquête sur Bane, un terroriste très méchant portant en permanence un curieux masque sur le visage façon respirateur artificiel. Et il venait récupérer le docteur Pavel car Bane semblait avoir des vues dessus, ainsi qu’un prisonnier ayant appartenu au réseau du terroriste en question. Mais puisqu’il a trois prisonniers au lieu d’un, il leur explique qu’il peut en tuer deux pour faire parler le troisième s’il le veut, la CIA n’en saura jamais rien, puisqu’elle n’attend qu’un seul pinpin. Sauf que rapidement, il s’avère que l’un des trois prisonniers… est Bane lui-même ! Ça c’est ce qu’on appelle une grosse surprise ! Et qui explique donc que oui oui, tout cela est un coup monté : il s’est constitué prisonnier car cela faisait partie de son "plan" (et bien évidemment, pas pourri du tout, vous l’imaginez bien)

Un plan ? Mais quel est-il ?

Et bien la réponse arrive lorsqu’un avion plus gros vient se placer au-dessus de celui de la CIA, pourtant déjà d’un gabarit correct, et qu’en descendent en rappel des commandos qui viennent s’accrocher à l’autre appareil. Et ne me demandez pas comment ils font, puisque si on attache quelque chose à une corde derrière un avion, ça flotte derrière, ça ne descend pas en rappel, c’est même le concept qui a permis d’inventer ce qu’on appelle des "planeurs" ou la publicité volante, mais dans le film, la gravité se modifie pour aider le commando des méchants : soit.

D’ailleurs, les pilotes de la CIA eux-même font "Ho !" et ne remuent pas d’un cil, histoire de bien laisser le temps aux vilains de faire leur cirque volant en équilibre. Sympa : un coup d’aile et tout leur plan échouait ; mais tout comme le Joker en son temps, les gredins ont déjà lu le scénario, et les autres personnages s’arrangent pour leur faciliter la tâche.

Bref : les flying brigands fixent donc des crochets sur l’arrière de l’avion, puis commencent à grimper en altitude avec le leur, faisant que l’autre appareil se trouve bien embêté et a le nez qui pique vers le sol ; à l’intérieur, c’est la panique, sans compter que Bane a commencé à se libérer tranquillement tout en distribuant des mandales aux passagers autour de lui. Le coucou de la CIA a tôt fait, ainsi suspendu, de voir ses ailes et ailerons être arrachés avec la vitesse, et malgré le fait qu’à un moment, le tout se stabilise un peu, les Américains ne tirent pas sur Bane et se contentent de dire "Holala, vite, ah, mais bon sang, il faudrait faire quelque chose, sabre de bois !" ; hélas ils n’y pensent qu’après 10mn, soit pile au moment où les commandos qui avaient accroché les crochets aux parois de l’avion rentrent dans celui-ci et les mitraillent. Bane peut donc tranquillement s’harnacher à un filin qui lui est tendu, attraper le docteur Pavel de l’autre main, et quitter l’avion de la CIA que l’on décroche pour le laisser s’écraser, pendant que lui et Pavel rejoignent leur gros avion. Vous avez tout suivi ?

Hmmm. Okay, donc, Bane, je résume : ton plan c’était de te laisser capturer avec des potes, en comptant sur le fait qu’aucun militaire entraîné ne pense à utiliser une arme contre toi, qu’aucun pilote de la CIA ne réagisse à l’assaut, que l’avion contenant tes commandos devine par magie le trajet emprunté par l’appareil de l’agence américaine, que tu parviennes à réussir ton harnachement au milieu d’un aéroplane hors de contrôle et que tu récupères le professeur ce faisant ?

D’accord, c’est sympa, mais alors, simple question : pourquoi tout ça ? Puisque je rappelle le début du plan : arriver dans une jeep conduite par des complices avec Pavel et toi dedans pour te livrer prisonnier à la CIA. Donc puisque tu avais DEJA le bon docteur avec toi d’entrée de jeu, cela veut dire que tu pouvais aussi bien rester chez toi à manger des cookies, c’était pareil.

Ah, j’aime quand un film s’ouvre sur une incohérence monumentale. Surtout quand les critiques (et pas qu’une, je vous laisse fouiller) mettent en avant l’aspect "cohérent du film", c’est intéressant.

En tout cas, pendant ce temps, à Gotham City, il y a une grande soirée au manoir Wayne, puisqu’est organisée une soirée en l’honneur d’Harvey Dent ; d’ailleurs, depuis 8 ans maintenant, on commémore chaque année le jour de son décès, devenu férié, en rappelant combien les lois Dent ont permis à Gotham de devenir un havre si paisible que la police semble diablement s’y ennuyer, on se croirait à Neuilly, c’est dire. Seul le commissaire Gordon semble encore sur le pied de guerre, ce qui fait que le maire commence sérieusement à penser à le démissionner : la guerre est finie, justement. D’ailleurs, ce soir, le commissaire doit donner un petit discours sur Harvey Dent, et il en a écrit un où il affirme qu’il est temps de dire la vérité sur qui était vraiment ce personnage et ce qu’il a fait de ses dernières heures, mais finalement il y renonce car ce petit mensonge autour du défunt procureur a fait de lui un symbole d’espoir qui a apporté la paix à la ville. Il attendra donc encore quelques années avant de tout révéler, et corrigera peut-être les passages du discours où il utilisait des termes comme "gros bâtard" d’ici là.

Et Bruce Wayne dans tout ça ? Et bien, complètement dépressif, personne ne l’a vu depuis 8 ans maintenant, tout comme le Batman (mais personne ne fait le rapprochement). Il ne sort plus de chez lui et même lorsque des fêtes sont organisées dans son manoir (par qui, du coup ? Mystère !), il n’y participe pas. Ce soir, on envoie donc dans l’aile est du château où il demeure une servante déposer un plateau de mets avant de se retirer mais, cette dernière, un peu trop curieuse semble t-il et nourrie de rumeurs autour de l’absent multimilliardaire ("Si ça s’trouve c’est un vampire comme Edward, hihihihi, chuiii sûre qu’y brille au soleil huuu !") décide de s’attarder un peu dans l’endroit et commence à regarder les photos de famille traînant ici ou là. Elle est finalement surprise par Bruce Wayne, vieil hirsute en peignoir marchant avec une canne, qui note que la jeune femme a eu le bon goût de non seulement visiter les lieux, mais aussi de piller en un temps record un coffre-fort certifié inviolable contenant un collier de sa mère. Prise sur le fait, la filoute tape dans la canne du multimilliardaire pour le faire choir, puis s’enfuit par la fenêtre tout en souplesse ; elle finit par rejoindre plus bas un député local un peu coquinou traînant à la fête en lui promettant monts et merveilles s’ils partent maintenant dans sa voiture, ce qu’ils font. Elle peut donc ainsi quitter les lieux en toute sécurité, même si elle sent comme une tension et d’étranges redirections sanguines dans son voisin de banquette.

"Faites bien attention aux trous dans le scénario en allant porter ce plateau, il y en a un peu partout, tout à l’heure j’en ai encore  vu un gros comme ça"

Quelques temps plus tard, nous retrouvons le commissaire Gordon sur le toit du quartier général de la police, méditant en observant Gotham City dormant paisiblement. A côté de lui, le vieux projecteur servant autrefois à appeler le chevalier noir est complètement rouillé, ce qui le rend un peu nostalgique, jusqu’à ce qu’un policier ne vienne le surprendre dans ses rêveries : il s’agit de l’agent Blake, un jeune homme idéaliste qui commence l’une des nombreuses lignes de dialogue complètement aléatoires du film :

"Bonsoir commissaire.
- Bonsoir, que puis-je pour vous ?
- Et bien la femme d’un député présent à la soirée au manoir Wayne s’inquiète : Monsieur n’est pas rentré ce soir.
- Ahlala, la ville est devenue si sûre que l’on en est à enquêter là-dessus. Okay, je vais voir ce que je peux faire.
- …
- Oui ?
- Voilà, je m’appelle Blake et je vous le dis puisque l’on vient à peine de faire connaissance, mais  je tenais à vous balancer que halala, je suis sûr que le Batman n’a jamais tué Harvey Dent et qu’il faut reprendre l’enquête.
- D’accord mais pouvez-vous m’indiquer le lien entre cette ligne dans votre dialogue et cette scène ?
- Il n’y en a pas, c’est tout simplement écrit avec les pieds.
- Très bien, vous pouvez disposer."

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Et les policiers quittent le toit afin de commencer leur enquête.

Pendant ce temps, au manoir Wayne, une chose extraordinaire vient de se passer : Bruce a décidé de bouger son cul. Il a découvert que ce n’était pas un simple cambriolage chez lui : la voleuse est repartie non seulement avec le collier… mais aussi avec les empreintes du multimilliardaire, qu’elle a recueilli sur le coffre ! Bougon, Bruce est donc descendu à la Bat-Cave sous son manoir non pas pour aller remettre son costume de justicier masqué, mais pour consulter le super-ordinateur local (et surfer un peu sur des sites avec des photos coquines de chauve-souris) et ainsi apprendre que le modus operandi de sa voleuse la désigne comme étant Sélina Catwoumoune, une mystérieuse monte-en-l’air de haut-vol qui n’en est pas à son premier coup. Voilà qui intrigue notre héros, qui commence doucement à repenser à redevenir Batman, du coup, comme ça, pif pouf. Heureusement, son fidèle majordome, Alfred, débarque et lui aussi se lance dans un dialogue assez curieux :

"Ah, vous avez retrouvé votre voleuse Monsieur ?
- En effet Alfred ! Figurez-vous qu’il s’agit d’une certaine Catwoumoune et que…
- Monsieur, j’ai fait un rêve.
- Que… pardon ? Quel rapport avec ce que je disais ? Vous voulez que je vous fasse une psychanalyse, là, comme ça, hop ?
- Non Monsieur. Je voulais juste vous dire que pendant que vous étiez en Asie à vous entraîner à devenir un ninja dans le 1er film, j’espérais juste que vous ne reviendriez jamais à Gotham et feriez votre vie plutôt que de chercher la vengeance pour la mort de vos parents. Et chaque année, lorsque je prenais une semaine de vacances à Florence, je m’asseyais à un café local en espérant vous apercevoir à une autre table, profitant de la vie avec une jolie femme et pourquoi pas des enfants. Et dans mes rêves, la nuit,  je voyais déjà ce que je ferais si cela arrivait : je vous sourirais, ne dirais pas un mot, et vous laisserais en paix à votre repos bien mérité.
- Alfred, pourquoi me dites-vous ça, là, maintenant ? 
- Je n’en ai aucune idée Monsieur. Je crois que le dialoguiste est un jean-foutre Monsieur.
- Ça se tient. Et comme dans tout film mal réalisé aucun dialogue n’est là par hasard, je me demande trop si d’ici la fin du film, on se croisera à Florence alors que je profiterai de la vie en prenant un repos bien mérité.
- Mais grave Monsieur."

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Laissons nos amis dans leur cave (quelque chose que je dis assez régulièrement, en fait, mais je m’égare), et allons voir du côté de notre voleuse préférée. Car nous retrouvons Sélina entrant dans un rade pourri des bas-fonds de Gotham pour y rencontrer un certain Stryver. La damoiselle arrive en compagnie d’un type bourré qu’elle dépose au zinc du coin avant d’aller rejoindre son contact à sa table : elle est là pour lui revendre les empreintes de Bruce Wayne. Ce qu’elle fait, un petit peu sous la menace des compagnons armés de son contact qui a décidé que, finalement, il ne paierait pas. Elle tente donc de négocier en disant que holala, il ne faut pas la tuer, elle n’est qu’une gentille voleuse sans histoires, mais voyant que cela ne prend pas, elle sort des arguments plus costauds (non, pas ceux-là) : le type bourré qu’elle a amené au bar n’est autre que le député disparu, qu’elle trimballe depuis le manoir Wayne, et donc s’ils veulent la tuer, il faudra le tuer aussi puisque témoin, et là ils auront toute la ville aux fesses. Mais là encore, ça ne suffit pas : la bougresse parvient donc par la ruse à faire se déclencher le téléphone du député, provoquant instantanément le débarquement devant le bar d’une dizaine de véhicules de police, dont un du SWAT, parce que oui, à Gotham, le temps de réponse de la police est de 4 secondes, débauche de moyens compris. Du coup, les enfants jouent très peu à faire des blagues à la police, puisqu’avant même qu’ils n’aient raccroché, une voiture bélier a défoncé leur porte, et un tonfa leur gueule.

Stryver et ses hommes fuient donc l’endroit en mitraillant la maréchaussée investissant les lieux, mais il fait bien attention à ne pas tirer sur Sélina : lui qui voulait la tuer pour ne pas avoir de témoins, il trouve tout à fait malin de la laisser à la police. Heu… mais encore ? Sélina justement, elle, se fait passer pour une simple et pauvre femme dans le bar, hurlant au milieu des tirs comme à un concert de Justin Bieber, afin que la police ne lui fasse rien. Mais attention, hein, quand je dis rien, c’est rien : les mecs tombent sur une nana qui vient d’être témoin de tout ce qui s’est passé dans le bar et a probablement vu qui accompagnait le député tant recherché et… bah, ils la laissent se barrer. Hmmm, soit, soit. Merci, police de Gotham. Et merci, scénariste, car ainsi, Sélina peut disparaître en paix dans la nuit, ainsi aidée par l’intrigue déjà bien boiteuse à ce stade.

Mais dans les instants qui suivent, on ne parle déjà plus de script boiteux, mais carrément de tétraplégie scénaristique : sortant de nulle part, un sniper se met à couvrir la fuite de Stryver dans une ruelle derrière le bar (car oui, la police n’a rien encerclé, c’est très surfait ces choses là) depuis l’escalier d’évacuation d’un immeuble local, et abat donc plusieurs membres du SWAT, les obligeant à se mettre à couvert au lieu de poursuivre les fuyards ; et là, c’est tout simplement beau : on change de scène, l’agent Blake, qui traînait dans le coin, débarque et tout le monde discute paisiblement dans la rue de ce qu’il vient de se passer.

Et… mais… et le sniper qui vient de tuer plusieurs d’entre-vous ? Je… bon sang, ça ne vous intéresse même pas un peu ? Vous ne l’évoquez pas ? D’ailleurs, où sont les corps ?

Et bien fait, rien, pif pouf. Le tireur d’élite peut donc se barrer tranquillement en sifflotant, car plus personne ne semble y prêter attention. C’est beau, on dirait du Prométhéus. Et dans le même temps débarque le commissaire Gordon, qui court jusqu’à ses hommes avant de hurler : "Là, la plaque d’égout ! Vite, ouvrez-là et descendons !". Que ? Pourquoi ? Comment sais-tu que les vilains ont fui par là, sachant que la bouche est fermée et qu’ils avaient d’autres rues par lesquelles fuir puisque vous n’aviez rien encerclé du tout ? Et bien, on ne sait pas. Sa moustache doit probablement automatiquement pointer en direction du forban le plus proche (il est donc théoriquement possible de faire voler le commissaire en faisant pivoter très vite un criminel autour de sa margoulette, mais là n’est pas le sujet)

Lui et quelques membres du SWAT descendent donc dans les égouts, et ils n’ont besoin d’avancer que de quelques mètres avant qu’une embuscade ne les décime, armes de guerre et grenades ayant tôt fait de tuer tous les hommes de la brigade d’intervention. Seul le commissaire Gordon survit (même si c’était le seul à ne pas avoir un semblant de protection, mais passons), et est capturé par les habitants des égouts, des sortes de guérilleros souterrains.

A la surface, le reste de la police papote en paix "Vous avez entendu ? Des coups de feu et des explosions. Ne descendons surtout pas, ça a l’air dangereux" et… c’est tout. d’accord ! En effet, la capture du commissaire ne semble pas vraiment inquiéter qui que ce soit, à part Blake bien sûr, puisqu’il a un nom et donc le droit d’agir dans ce film. Il abandonne donc ses camarades pour disparaître dans une direction aléatoire, parce que… heu… voilà.

Le commissaire Gordon est un peu vexé : il se fait capturer et tout le monde s’en tape

Gordon, lui est un peu désemparé : en sale état, il est traîné au travers des égouts et découvre qu’il y a une véritable armée sous la ville, constituée de tous les rejetés de Gotham, qui semble occupée à créer de nouveaux tunnels au marteau-piqueur, à renforcer ceux existants en faisant de jolies colonnes (oui, ce sont des artistes maudits), bref, il y a une énorme partie de Minecraft en cours sous la ville et personne ne l’a jamais remarqué, car comme chacun sait, un marteau-piqueur c’est très silencieux, et les souterrains des grandes villes ne sont jamais inspectés par qui que ce soit. Bref : toujours est-il qu’après avoir pu observer cela, le commissaire est emmené devant le chef de l’armée souterraine… Bane ! L’espèce de gros catcheur commence donc par engueuler ses hommes, car rentrer en conflit avec la police a provoqué des pertes (comble du bonheur, Bane donne même le nombre exact de victimes dans l’embuscade durant ce dialogue alors qu’il n’y était pas et que personne ne lui en a parlé, puisque ceux qui y étaient viennent à peine d’arriver devant lui avec Gordon sous le bras : ok, donc encore une fois, le méchant du film a des pouvoirs de divination et de furtivité – étendus à toute son armée – tout à fait étonnants. Manquerait plus qu’il pose des explosifs par paquets de 2 000  et qu’il se téléporte et on aurait un mauvais copié/collé du Joker. Et comme nous le verrons, ce sera précisément le cas : bravo M. Nolan, quelle constance), mais dans l’immédiat, il fouille déjà le fonctionnaire de police, trouvant sur lui une brosse à moustache, un pacemaker, deux invitations pour une soirée SM et  son discours expliquant qu’Harvey Dent était, sur la fin, devenu un psychopathe et que l’idolâtrie autour de lui n’est qu’un mensonge. Intéressant, se dit Bane.

Sauf que notre vieux commissaire a plus d’un tour dans son sac, et se roulant sur le côté pour tomber de la passerelle où il était installé, il parvient à choir dans un déversoir voisin et utilise son ADN d’homme castor pour s’enfuir en nageant gaiement ; Bane veut envoyer des hommes à sa poursuite, mais ces derniers expliquent qu’il y a des centaines d’endroits où le déversoir peut mener, cela risque donc d’être très compliqué. Convenant du problème, Bane colle donc une balle à l’un de ses serviteurs, puis lui colle un GPS sur la tronche avant d’envoyer son corps dans le même déversoir afin qu’il débouche – probablement – au même endroit que le commissaire.

Vous avez bien suivi ce qu’il vient de se dire ? Et bin hop, oubliez ! Parce que l’agent Blake, lui, a déjà deviné que le commissaire allait tomber d’un déversoir (allez savoir comment il a fait pour savoir que 1 – il avait été capturé et 2 – qu’il allait parvenir à s’échapper via les courants souterrains) et mieux encore, alors que l’on vient d’expliquer dans la scène précédente qu’il était impossible de prévoir où le bougre allait sortir, et bien lui le fait direct et récupère son chef à demi-inconscient à la sortie des égouts ! Comme c’est curieux ! Quant au GPS de Bane et ses hommes ? Laissez ! On en parlera plus. Probablement qu’ils se sont aperçus que l’idée d’utiliser des signaux satellites dans des souterrains était une idée un peu con-con.

C’est diablement bien écrit, vraiment. Et rassurez-vous, ce n’est pas fini.

Déjà un peu remotivé par le vol tant du collier de sa mère que de ses empreintes, qui lui donnent envie de réagir, Bruce Wayne voit un nouveau stimulus débarquer à son manoir, et ce en uniforme : l’agent Blake. Ce dernier lui annonce que le commissaire Gordon a été victime d’une embuscade dans les égouts, et qu’il prétend avoir vu une véritable armée là-dessous dirigée par un homme masqué ("Probablement des tortues ninjas", pense d’abord Bruce à cette description). Tout le commissariat s’est moqué de lui à cette idée, c’est pourquoi Blake se tourne vers Bruce Wayne, le seul à pouvoir encore l’aider.

  • D’accord. Attendez que je comprenne bien : Blake est venu là parce que toute la police refuse de croire Gordon. On parle bien de la même police dont des dizaines d’agents ont été témoins – même de loin – de la mort de plusieurs des leurs suite à une embuscade à l’arme de guerre dans des égouts ? Hmmm. C’est intéressant, ils pensent donc qu’ils ont fantasmé et que plusieurs des leurs ne sont pas venus au travail ce matin car en vacances ou parce qu’ils avaient une gastro ?
  • Et d’ailleurs Gordon a été hospitalisé suite à ses blessures, mais alors il a été attaqué par qui ? Des rats qui l’ont lapidé à la mie de pain ? Un golem fécal ?

Okay Blake. Définitivement, les dialogues valent leur pesant de cacahuètes, mais attention ! Car là encore, sans raison aucune, Blake se lance dans une autre tirade débile :

"Ah oui, au fait Monsieur Wayne, je sais que vous êtes Batman. Et vous savez pourquoi ?
- Parce qu’à chaque fois que je quitte Gotham, Batman est absent mais que personne ne semble le remarquer, y compris quand lui et moi nous sommes retirés du monde exactement le même jour ?
- Heu non… non, en fait, je sais que c’est vous parce que VOUS ET BATMAN AVEZ LA MÊME LUEUR DANS LES YEUX ! Celle des orphelins ! J’ai la même !
- Hm. Donc vous êtes en train de m’expliquer que tous les orphelins ont la même, vous compris, mais que du coup, comme vous avez vu deux types avec une lueur identique – ce qui est complètement subjectif par ailleurs – vous en déduisez qu’il s’agit d’une seule et même personne. Autre théorie, en me basant sur la votre : et si Batman était juste un orphelin de plus ?
- Ah merde oui, mon raisonnement se contredit totalement. Mais selon le script, vous êtes supposé l’accepter et être bluffé par mon génie.
- Alors va pour le bluff. Mais c’est nul quand même."

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Et l’agent Blake s’en retourne vers sa voiture, après avoir expliqué que seul Batman était à même d’aider le commissaire Gordon sur ce coup puisque la police semble ne pas se soucier de tout cela. Soit, se dit Bruce, avant de décider que 8 ans d’exil, ça suffit, il est grand temps de retourner voir le monde. Et pour commencer, il s’en va à l’hôpital de Gotham (celui où le commissaire Gordon a été installé) pour faire un petit check-up de son état, puisque boitant toujours suite à son dernier combat face à Harvey Dent. Et le médecin est direct : Bruce est cassé de partout ; les blessures et les années s’étant écoulées sans soins corrects, il n’est plus qu’une épave, il va falloir oublier tous les sports autres que le curling, et encore. Heureusement, là encore, ce dialogue n’est là que pour massacrer un peu plus le film, puisque sitôt le praticien sorti, Bruce enfile une cagoule (il n’a pas son masque sur lui) et descend en rappel le long de l’hôpital (voilà, Mesdames et Messieurs, c’était le boiteux tout cassé !) pour aller rendre une petite visite au commissaire Gordon (qui, coup de bol, à une chambre pile à la verticale de la salle où il était). Le fonctionnaire de police est bref : oui, il y a une armée dans les égouts, et Batman revenir dans la bataille. Soit, dit le justicier, mais d’abord, j’ai d’autres trucs importants à faire.

Comme par exemple : aller chez Wayne Enterprises s’informer de la situation auprès de Lucius Fox, et celui-ci ne cache pas que tout ne va pas bien, puisque l’absence de Bruce a coûté cher. Tout le budget recherche & développement est allé dans un nouveau type de réacteur à fusion propre que Bruce voulait expérimenter, mais qui aujourd’hui encore, n’est pas totalement sûr. L’entreprise ne fait donc pas de bénéfices, vu que ce produit n’est pas encore sur le marché. Ah ? Et quid des autres filiales, puisque l’on passe tous les films à nous rabattre les oreilles avec les différentes branches de Wayne Enterprise ? Et bien apparemment, elles font la sieste, car en-dehors du réacteur, Lucius explique qu’il n’y a rien de neuf depuis 8 ans et que c’est le seul produit à sortir.

C’est intéressant. Mais ce qu’il est encore plus, c’est quand Lucius enchaine en disant "Au fait, j’ai de nouveaux gadgets à vous montrer issus de nos filiales militaires, venez voir !"

Mais alors elles rapportent pas de bénéfices elles non plus ? Je croyais qu’il n’y avait qu’un réacteur pas encore sur le marché, et que c’était pour ça que la boîte ne gagnait plus rien ! Raah, mais c’est pas vrai, allez, comme d’habitude, je rappelle le budget : 250 millions de dollars. Et combien pour se relire les enfants ?

Lucius vient grosso modo d’expliquer que cela fait 8 ans qu’il n’en fout plus une pour gérer sa société, mais Bruce est content quand même. C’est beau.

Bref : Lucius emmène via un passage secret dans son bureau l’ami Bruce vers une pièce totalement close sous le bâtiment, et où se trouve tout un arsenal ; Fox explique à 12 reprises que "Halala, il ne faudrait pas que ça tombe entre de mauvaises mains *clin d’oeil* et j’ai d’ailleurs tout regroupé ici pour plus de sécurité *clin d’oeil* même si je n’ai mis aucune – justement – sécurité pour éviter que tout ceci ne soit piqué *double clin d’oeil*. Bon, sinon, venez voir le nouveau jouet." Au passage, sachant que la pièce est sous terre et complètement fermée à l’exception du passage secret de Fox, il faudra m’expliquer comment on a pu y faire rentrer les batmobiles (et non, pas en kit, ça suffit, vous êtes d’une mauvaise foi, raaah !), mais passons et allons voir de quoi il retourne : Lucius présente un appareil volant particulièrement mobile à Bruce, la "bat" (ou chauve-souris, donc), qui peut se faufiler entre les immeubles et dispose d’une diabolique puissance de feu. Très bien très bien, et bien merci Lucius, on se serre la main et on se fait la bise, à bientôt. Ah, si précise Lucius : concernant le réacteur, ce serait cool de le montrer à Miranda, une membre du conseil d’administration de Wayne Enterprises qui s’intéresse aux énergies vertes. Voilà, c’es tout. Les autres membres du conseil, on s’en tape : ils n’ont pas de noms, alors n’en parlons pas d’accord ?

Cela fait, Bruce part donc à une soirée organisée par la veuve Dent histoire de faire son grand retour dans les mondanités, et qui croise t-il sur place ? Sélina Catwoumoune ! Bon, okay : il y a un GPS dans le collier de maman Wayne qu’elle a volé, Bruce n’est donc pas non plus venu ici complètement par hasard. Il engage donc une petite danse avec la belle voleuse, qui lui explique que oui, elle vole, mais c’est juste parce qu’on ne l’autorise à rien faire d’autres : elle a laissé tant et tant de traces sur le net et ailleurs que même si elle le voulait, elle serait toujours une voleuse. Probablement encore une qui ne sait pas quand il faut s’arrêter sur Facebook, et qui a un peu honte de se faire tagguer sur des photos d’elle bourrée, mais passons. En tout cas, elle explique aussi qu’elle ne vole qu’aux riches, qu’elle n’aime pas trop, et que de toute façon, personne ne peut l’arrêter. Bruce lui dit qu’il a un ami puissant qui en est capable, alors qu’elle se calme un peu, ho merde, dis-donc. Mais nonobstant la menace, elle finit donc par quitter la soirée, non sans avoir volé en partant la voiture de Bruce, juste pour lui apprendre.

Mais cette fois-ci, Bruce ne la piste pas. Après tout, ce n’est que sa voiture de luxe et une humiliation, autant laisser passer.

Hmmm.

Le lendemain, il se passe des choses ailleurs en ville :  à la bourse de Gotham, il s’avère que tous les employés locaux type balayeur ou cireur de chaussures de traders sont en fait de dangereux terroristes armés au service de Bane ! Ne me demandez pas comment ils ont pu en arriver là, peut-être qu’il y a eu une offre massive à Pôle Emploi "Cherche techniciens de surface avec gueules de braqueurs surtatoués", je n’en sais rien. A contrario, la sécurité locale, elle, ne comprend aucun homme du terroriste masqué (c’est dommage, ses gars avaient déjà plus la tête pour le poste), mais ne remarque pas pour autant que tiens, c’est rigolo le nombre de personnes que l’on avait jamais vues avant qui sont venues travailler ici aujourd’hui avec un gros sac que l’on a pas fouillé. Sûrement une douzaine de coïncidences, continuons de siffloter tranquillement. Bref : Bane en personne arrive, castagne la sécurité sans souci, et se rend avec ses hommes dans la salle principale de l’endroit, mitraillant les écrans ainsi que quelques traders histoire de bien faire comprendre qui est le patron. Puis, il demande à l’un de ses hommes de lancer un curieux programme en piratant l’un des ordinateurs de l’endroit, et la chose débute, nécessitant 8 minutes aux dires d’un technicien pour fonctionner.

Hélas, la police ne donne pas 8 minutes à nos larrons (4 secondes tout au plus, cf ci-dessus), encerclant rapidement le bâtiment ; que faire ? Bane a donc un plan, il propose de passer en mode "mobile" (parce que patienter 8 minutes quand on a des centaines d’otages, c’est pas facile) ; cela signifie qu’il fait d’abord sortir tous les otages de la bourse en une énorme masse, faisant que la police ne peut guère tirer… puis lui et ses hommes surgissent au milieu du troupeau à moto, leurs moteurs hurlant, alors qu’ils fendent le flot de la foule et sautent les obstacles mis sur leur chemin par la police grâce à la maniabilité de leurs engins ; ils emportent aussi quelques otages à l’arrière des mopettes pour éviter de se faire plomber le cucu.

Vous avez noté ? Bane et ses acolytes sont sortis de la bourse à moto, donc. Certes.

Alors, jeu : comment Bane a t-il trouvé des motos dans une bourse ? Il est discrètement arrivé avec sur son dos ? Et bien non : il les a juste générées comme ça, hop, pouf.

D’accord, merci. Et si ce ratage ne suffisait pas, on découvre que la réalisation a mis le paquet en faisant que la nuit tombe alors aussitôt sur Gotham, parce que comme Batman ne sort que la nuit, ça arrange tout le monde. Oui, d’ailleurs, dans le film, à plusieurs reprises, on se retrouve de jour, puis de nuit, puis de jour à nouveau… je rappelle que cet argument servait encore, il y a 40 ans, à désigner "les pires réalisateurs" ; aujourd’hui, c’est parfaitement accepté, et la critique ne le note même plus. Heureusement qu’il y a des gens payés à regarder des films.

Bref ! Comme la nuit tombe, qui apparaît au milieu des voitures de police pour donner la chasse aux voyous ? Batman ! De retour après 8 ans d’exil, et chevauchant sa super-moto pour arrêter les méchants ! La maréchaussée est donc sur les fesses, même si, rapidement, le remplaçant de Gordon, Foley, donne l’ordre de chasser Batman plutôt que Bane puisque c’est quand même l’homme chauve-souris qui aurait assassiné Saint Harvey Dent. Car oui, il a beau avoir 200 voitures sous ses ordres, Foley décide qu’il ne va même pas en envoyer une ou deux pourchasser Bane, qui vient de massacrer plusieurs dizaines de personnes sous les yeux de centaines de témoins, ça n’en vaut pas la peine. D’ailleurs, il n’a pas non plus envoyé qui que ce soit dans la bourse pour sécuriser l’endroit ou retrouver des blessés, sinon il aurait pu voir sur tous les écrans du cru qu’un piratage était en cours, et l’arrêter en retirant la clé bien visible (marquée "We did it for the lulz, sharing is caring \o/") qui avait été enfoncée dans un ordinateur.

Hmm, oui, c’est tellement cohérent. Je pense que toute partie du film impliquant la police a été écrite sur un coin de nappe après une soirée sangria bien chargée. Mais ce n’est que mon avis : laisser courir les auteurs de fusillades et laisser les gens se vider de leur sang sur les lieux du forfait, c’est peut-être une procédure policière trop évoluée pour moi.

En tout cas, ça n’empêche pas Batman de sauver les otages sur les motos et d’arrêter les méchants un par un, aidé par des effets de caméras qui ne montrent pas comment Batman fait son coup, parce qu’en fait, ce n’est pas vraiment crédible. Seul Bane parvient à s’échapper sur son solex rutilant, sans encombre, puisque toute la police préfère courser Batman. Et ce dernier découvre d’ailleurs, sur l’un des motards qu’il a arrêtés, une tablette sur laquelle on peut voir "piratage en cours – 99%" puis "complet" (ils ont du bol, ils ont eu du réseau tout le long, même dans les tunnels). Gardant l’objet pour l’étudier, et malgré toute la police qui arrive droit sur lui de toutes les directions, Batman a tôt fait d’utiliser une ou deux ruses pour échapper à l’encerclement, avant de regagner son nouveau véhicule, la "bat", qui l’emmène loin dans les airs, et ce sans se ramasser un missile de la défense américaine, un peu tatillonne avec les appareils volants circulant trop près des buildings.

Oui mais en même temps, quelqu’un a proposé des actions Facebook à Bane, il faut comprendre qu’il soit grognon

Dans le même temps, une certaine voleuse est en train d’opérer : car figurez-vous que Sélina Catwoumoune (appelons-là Catwoman lors de ses soirées où elle opère en combi moulante, allez) inspecte un coffre-fort qu’elle vient d’ouvrir dans un luxueux appartement, mais celui-ci s’avère vide. Et double pas de bol : le propriétaire des lieux n’est autre Dagget, un actionnaire maléfique de Wayne Enterprises (et patron de Stryver), qui festoie en découvrant que Bane a réussi sa mission à la bourse de Gotham. Sauf qu’en passant une porte, il tombe sur Catwoman, et s’étonne de trouver celle qu’il avait engagé – et tenté de piéger – pour voler les empreintes de Bruce Wayne dans sa propriété, et se met donc en colère. Heureusement que je ne suis pas comme lui à chaque fois que je trouve une jeune fille imprévue dans ma chambre, sinon ça deviendrait compliqué, mais je sens que l’on va encore remettre en cause ma légendaire modestie, laissons donc cela de côté. Une petite bataille éclate, mais Catwoman et ses talons-lames (si, si) mettent à mal le brigand, et exigent de lui qu’il respecte sa part du marché suite au vol chez Bruce Wayne, à savoir, lui donner l’accès à la "table rase", un projet permettant de réduire à néant toute trace de soi sur toute machine connectée à internet. Bref, l’idéal pour repartir à zéro.

Ou pour effacer tous les Powerpoints qu’envoie Gérard de la compta, mais c’est une autre histoire.

Sauf que Dagget lui explique que la "table rase" est une légende, et que Wayne Enterprises n’a jamais réussi à acquérir pareille machine. Il lui explique aussi que maintenant, ça suffit : ses hommes vont lui marraver sa face de voleuse pour lui apprendre la vie. Catwoman sent que le combat contre toute la sécurité de Dagget est mal engagé, surtout en sachant qu’ils sont tous surarmés (mais elle-même s’autorise à utiliser des armes à feu, contrairement à Batman), mais alors qu’elle va succomber sous le nombre… Batman arrive aussi à sa rescousse (comment a t-il su ? Il cherchait Sélina grâce au collier ? Pas de bol, elle le le porte pas. Il a donc juste… deviné, woah !), et l’aide à s’enfuir via son véhicule volant. Alors qu’ils s’échappent, ils notent qu’en plus de la sécurité de Dagget, Bane en personne était présent sur place. Tiens, comme c’est étrange !

D’ailleurs, en s’enfuyant, ils se font tirer dessus par 12 hommes avec des fusils d’assaut à 5 mètres d’eux, mais évidemment, pas un ne touche. Bane a dû recruter ses hommes sur leur strabisme : heureusement que Jean-Paul Sartre est mort, sinon il l’aurait nommé général. Mais que disais-je ? Ah, oui, oui. Batman, donc.

Allant se poser sur un toit plus sûr, le chevalier noir papote donc avec Catwoman, lui expliquant que Bruce Wayne lui a demandé de savoir pourquoi elle avait volé ses empreintes. La jeune femme coopère et explique Dagget lui a proposé cette mission en échange du "table rase", mais qu’elle vient d’apprendre que ce dernier n’existait pas. Batman n’est pas aussi sûr de cela, et lui dit juste qu’il va se renseigner. Puis, tous deux se séparent dans la nuit.

En rentrant chez lui, Bruce a le droit à une petite crise de la part d’Alfred, qui lui explique que ho, hé, multimilliardaire ! Ça suffit de faire le kéké en tenue moulante, vous avez les moyens d’aider la justice avec votre argent et votre influence politique, alors faites cela plutôt que le ninja ! Le vieux majordome ajoute qu’il a déjà enterré deux Wayne, il ne voudrait pas perdre le troisième. Il dit donc à son maître que s’il ne renonce pas à la cape, il partira, car refusant de soutenir pareille aventure. Et Bruce lui explique que, nan, là, il veut trop être Batman : il laisse donc son majordome se barrer, ah mais, ça suffit le chantage affectif !

J’allais oublier : Bruce a aussi obtenu quelques informations sur le mystérieux Bane : il s’agit d’un mercenaire, lié à Dagget qui l’avait déjà recruté pour des opérations illégales en Afrique, et qui est un ancien membre… de la ligue des ombres, c’est-à-dire celle que dirigeait Ninjabouc et qui a formé Bruce ! Il serait né et aurait grandi dans une prison ultra-violente d’un pays lointain et archaïque, et serait donc d’autant plus redoutable. C’est fort bien, mais bon, là tout de suite, Bruce a surtout envie de pioncer après toutes ses aventures, ce qu’il fait.

Le lendemain matin, disons-le, Bruce a un peu la gueule de bois : non seulement personne ne lui a fait son café maintenant qu’Alfred est parti, mais en plus, Lucius Fox vient lui rendre visite après avoir étudié le piratage de la bourse de Gotham : Bane a utilisé les empreintes digitales volées de Bruce pour confirmer des milliers d’achats d’actions pourries (il pouvait aussi confier son portefeuille à François Baroin pour obtenir un résultat proche) et le pauvre Bruce est donc… ruiné ! Et n’a même plus d’actions dans sa propre société ! Ho bin non alors ! La chose n’est que temporaire, explique Lucius, mais il faudra beaucoup de temps pour prouver que tout cela est une fraude et…

… hein ? Vous allez avoir besoin de temps pour prouver que ces échanges ont été biaisés, en sachant qu’ils ont tous été réalisés au moment où des centaines de gens et des dizaines de caméras peuvent confirmer que la bourse de Gotham était braquée ? Et que vous aviez même des caméras montrant un type en train de pirater l’un des ordinateurs ? Et bin mon Lucius, si pour toi, la fraude est dure à prouver avec ça, j’espère qu’on ne te volera jamais ton chéquier mon bonhomme.  Quelle vieux flan, en fait, ce garçon. M’étonne pas que Wayne Enterprises n’avance pas quand Bruce n’est pas là si c’est lui aux commandes.

En tout cas, Lucius a un plan pour la suite : Wayne va devoir quitter ses fonctions chez Wayne Enterprises puisqu’il n’en est même plus actionnaire, et il doit donc choisir quelqu’un pour lui succéder ; sachant que Dagget est déjà prêt, mais que c’est l’ordure derrière toute la manoeuvre (là encore, ni Bruce ni Lucius ne parlent de tenter quoi que ce soit contre lui, voire de prouver son complot, non. Ça ne les intéresse pas, on a même presque l’impression qu’ils trouvent cela normal) puisque c’est lui l’employeur de Bane et celui derrière le vol des empreintes, aussi Lucius propose une solution : proposer au conseil d’administration Miranda, la jolie actionnaire-écolo, et lui montrer le réacteur à fusion pour qu’elle s’en serve pour refaire avancer Wayne Enterprises. Soit, dit Bruce : continuons de cacher le réacteur sans aucune raison à l’ensemble du conseil d’administration, qui n’a même pas l’air de se soucier de ce qu’il est advenu de, je cite Lucius, "La totalité du budget recherche et développement", et montrons-le uniquement à une actionnaire fraîchement débarquée au motif qu’elle a un joli cul et vote Verts.

Comme on pourra le constater quelques scènes plus tard, le conseil d’administration de Wayne Enterprises est constitué en grande partie de vieux briscards tous rangés sous la bannière de Bruce en toute loyauté, mais comme eux n’ont pas de noms, on ne leur propose rien : c’est vrai, pourquoi mettre à la tête de son entreprise quelqu’un de confiance et d’expérimenté en période de crise ? Autant prendre la nouvelle inconnue qui ne connait pas encore bien la maison.

Lucius a eu beau ne rien faire durant 8 ans et expliquer qu’il est trop dur de prouver qu’un braquage filmé avec des centaines de témoins a bien eu lieu, Bruce suit quand même ses conseils avec soin pour choisir son successeur. Hmm hmm, d’accord.

La fameuse Miranda est donc emmenée jusqu’à un coin du port de Gotham, où via un autre passage secret (je pense que Lucius adorait jouer à Labyrinthe quand il était petit), elle arrive dans une salle où trône un réacteur über-design avec des petites lumières vertes pour dire qu’il est écolo. Bruce l’attendant sur place, il lui présente rapidement le bébé.

"Voilà Miranda, l’avenir de Wayne Enterprises. Un réacteur à fusion, l’énergie de demain. Nous l’avons installé ici car nous ne sommes pas encore certains qu’il soit sûr : en cas de problème, on peut donc noyer cette salle et le noyau du réacteur avec pour le calmer directement.
- Formidable, Bruce ! Comme dans tous les films de super-héros, il faut toujours qu’un débile installe son nouveau réacteur expérimental en pleine zone surpeuplée ! Tenez, on dirait Spiderman 2 ! Et comme dans tous les films là encore, je suis sûr que ça va poser problème. D’ailleurs, chaque invention de Wayne Enterprise finit inévitablement dans les mains des méchants. Vous vous souvenez du premier volet de cette trilogie ? Allez, arrêtez de me charrier : votre énergie verte, c’est du recyclage de films en fait ? Si vous voulez, je vous présente Quentin Tarantino.
- Votre gueule Miranda."

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Heureusement, un nouveau dialogue d’anthologie vient un peu plus enfoncer le clou de cette scène

"Miranda, n’oubliez pas : ce réacteur n’est pas encore sûr. Il faut donc être prudent.
- Comment ? Vous me demandez de le DETRUIRE, C’EST BIEN CA ? Mais enfin Bruce, jamais car…"

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Et donc, s’ensuit une tirade incohérente sur un truc que Bruce n’a jamais demandé. Voilà voilà : Miranda est probablement une truite en fait. Je pense qu’ils peuvent inonder la salle du réacteur là, maintenant, elle survira sans problèmes.

Cela fait, Bruce lui explique donc qu’il va s’arranger pour la soutenir et obtenir son élection en tant que nouvelle présidente du conseil d’administration de Wayne Enterprises. Et effectivement, peu de temps après, le conseil se réunit et malgré le plan de Dagget, ce dernier n’est pas élu, mais bien Miranda. Ce qui signifie donc que Dagget avait conçu un plan diabolique lui coûtant probablement plusieurs millions au bas mot pour devenir président de Wayne Enterprises, mais qu’il avait juste oublié qu’il s’agissait d’une élection et qu’il n’avait donc qu’à se présenter et à obtenir suffisamment de voix, quitte à graisser des pattes. A titre de comparaison, c’est un peu comme si Robert Hue parvenait à obtenir une nouvelle élection présidentielle : ce n’est pas parce qu’il s’y présenterait qu’il gagnerait.

Donc, en fait, tout le plan avec Bane ne servait strictement à rien. Hmmm, d’accord.

Cela dit, comme Dagget est un peu con, il va trouver Bane pour lui expliquer que ça a échoué : il n’est pas devenu président de Wayne Enterprises, et donc, que cacaboudin (c’est son argument phare). Étonnamment, l’armoire à glace qu’est Bane n’apprécie pas trop qu’un freluquet lui parle sur ce ton, et il lui plie donc la gueule, ce qui le tue vaguement. Là encore, rassurez-vous, personne ne s’intéressera à la mort de Dagget. Ce n’est pas comme si la mort d’un multimillionnaire attirait l’attention, non. Un nouveau single de René la Taupe ferait plus parler de lui.

Bruce, ruiné, va lui de son côté errer un peu de-ci de-là, poursuivi par des hordes de photographes se passionnant pour sa chute. Là encore, personne ne semble se rappeler du braquage de la bourse de Gotham datant pourtant de la veille, et accompagné d’une large fusillade, et tout le monde pense qu’en fait, Bruce Wayne a bien passé tout ces ordres d’achats et de ventes d’actions visant à le ruiner, et ce depuis la bourse à l’heure du drame. C’est formidable comme chaque personnage semble accepter le déroulement absurde de l’intrigue dans ce film. D’ailleurs, sachez que Bruce peut faire disparaître les photographes qui le suivent à volonté et sans éveiller leur attention grâce à une habile technique appelée "La réalisation change de scène en les faisant disparaître sans explication pour ne pas qu’ils soient témoins de ce que je ne veux pas". C’est un peu comme si Paris Hilton voulait faire quelque chose discrètement : tout le monde rirait très fort. Mais là, non.

Sachant qu’en plus on explique que Bruce s’est fait saisir jusqu’à sa voiture pour payer ses dettes, il faudra qu’ils m’expliquent comment il les a semés sans éveiller de soupçons sur sa double identité, mais passons. C’est Batman, tout de même.

Notre ex-milliardaire va donc chez Catwoumoune (elle est en civil), dont il a récupéré l’adresse, et lui explique que son ami Batman aurait besoin d’elle pour aller trouver Bane, le responsable de tous ses ennuis (il aurait aussi pu aller voir Dagget du coup, puisque c’était lui qui avait embauché le terroriste pour son plan, mais Bruce sait déjà qu’il est mort grâce à ses pouvoirs de divination et préfère donc aller voir la voleuse qui a manqué de peu de se faire buter par les hommes de Bane pour savoir si ce dernier ne lui aurait pas dit où était sa planque, comme ça, parce qu’il adore le révéler à ses ennemis. Peut-être même l’a t-il posté sur Twitter). Et ça tombe bien, sans raison aucune, Catwoumoune sait où se cache Bane : sous terre, et bel et bien avec toute une armée. Et elle peut y guider Batman. Okay, dit Bruce : ce soir, chaussez votre petite tenue moulante, le chevalier noir vous rejoint et vous le mènerez à Bane. En attendant, moi je vais me taper la petite Miranda, puisque maintenant que je suis pauvre, faudrait que je pense à épouser une riche.

Soit, faisons ainsi, dit la voleuse. Et en échange ? Et bien Bruce s’engage à lui filer le "table rase"… car il existe… et il l’a (ça tombe bien quand même). Marché conclu, donc. Et comme prévu, Bruce s’en va retrouver Miranda, nouvelle présidente de sa société, et a tôt fait de la séduire avant de lui proposer de lui montrer son gros batarang. La nuit peut donc arriver sans encombre, et trouver notre justicier plus léger que jamais.

Le soir même, les deux héros se retrouvent donc à l’entrée des tunnels de Gotham, et commencent à y rentrer, tabassant toutes les sentinelles de Bane sur leur chemin ; finalement, en arrivant dans une salle, une grille se ferme entre Catwoman et Batman : elle a attiré Batman dans un piège ! Parce qu’en fait, elle a… heu… je… attendez, pourquoi a t-elle trahi ? Elle veut le "table rase". Pour ça, elle doit aider Batman. Et Bane, lui, il lui file quoi en échange de sa trahison ? Et bien… rien.

Catwoman vient donc d’échanger son but ultime contre du rien : on l’applaudit bien fort.

Catwoman aime tellement le rien que parfois, elle en vole

Batman se retrouve donc enfermé dans une salle souterraine… avec Bane ! Et ses hommes autour l’acclamant. Ce dernier lui propose un duel pour le calmer un peu, et s’ensuit un terrible combat au corps-à-corps, durant lequel Batman s’avère largement dépassé par le terroriste, qui, sous les yeux de Catwoman, révèle l’identité de l’homme-chauve-souris : Bruce Wayne ! Puis, comme il a assez rigolé, Bane soulève le pauvre Bruce… et lui éclate le dos à l’aide d’une prise de catch d’un fort beau gabarit. Enfin, il lui montre quelque chose de rigolo : Bane fait exploser le plafond de la salle où ils se trouve, et tombe du ciel… une batmobile ! Ils sont sous la planque de Lucius Fox, sous les locaux secrets de Wayne Enterprises ! Et bientôt, sous les yeux désespérés de Batman, les hommes de Bane mettent la main sur tout son attirail, des véhicules expérimentaux aux armes, les rendant plus puissants que jamais… Sacrebleu !

Juste comme ça : comment l’ami Bane a fait pour savoir où se trouvaient ces locaux (et même qu’ils existaient), sachant que seuls Fox et Bruce en connaissaient l’existence et qu’ils n’apparaissaient dans aucun document (ce que Bruce pouvait confirmer grâce au "table rase" à chaque instant, puisqu’il affirmait le posséder) ? Et bien là encore : divination. D’ailleurs, il savait même comment était rangé la salle, puisqu’il a fait un trou pile au bon endroit, pour faire choir une batmobile sans même l’endommager, ni dégringoler les étagères alentours.

Nicolas Cage serait apparu dans cette scène, je n’aurais même pas été étonné, c’est dire.

Vaincu, le chevalier noir est lui emmené dans le pays d’où est originaire Bane, à savoir un pays fatigué du Moyen-orient où on le jette tout au fond de la prison qui a vu grandir son adversaire, et qui est en fait un gigantesque puits avec des cellules au fond où s’entassent des dizaines de prisonniers crasseux. Là, Bane lui explique ce qu’il va faire : d’abord, lui laisser une petite télévision d’où il pourra suivre ce qu’il se passe à Gotham, afin que son esprit puisse souffrir maintenant que son corps est brisé. Ensuite, le laisser pourrir au fond de la prison à regarder tout cela, pendant que lui va retourner à Gotham entamer une ère de chaos au nom de… Ninjabouc, puisque c’était le plan de celui-ci dans le premier volume dans la trilogie : punir toute la ville corrompue. Et Bane s’en retourne aux Etats-Unis, et ce, en se téléportant, ce qu’il était important de préciser pour continuer le festival des trucs ratés que propose ce film. Splendide tapis rouge.

De retour à Gotham, Bane se met à préparer son plan diabolique : il se rend chez Wayne Enterprises, prend tout le conseil d’administration en otage, et emmène l’un de ses membres anonymes, Fox et Miranda ainsi que le Docteur Pavel (mais si, souvenez-vous, au début du film ! Le mec que Bane a déjà capturé mais qu’il met super en danger… pour le re-capturer pour rigoler, et bien le revoilà) jusqu’au réacteur à fusion de la société, qu’il semble curieusement connaître, et ordonne aux membres du conseil de Wayne Enterprises présents de l’activer ; tous déclinent malgré la menace des armes, jusqu’à ce que Miranda se dévoue pour lancer le bidule. Cela fait, Bane ordonne au Docteur Pavel, expert dans le domaine, de rendre le noyau instable et de le détacher du réacteur pour en faire… une bombe atomique ! Ah !

Au même moment, le plus gentil des policiers de la ville, l’agent Blake, commence lui à travailler directement pour le commissaire Gordon depuis son lit d’hôpital, étant ses yeux et ses mains là où il ne peut-être (les péripatéticiennes apprécieront ce geste grâcieux) ; après une enquête pas facile, Blake arrive à une incroyable déduction : il y a une armée sous la ville… et elle est dirigée par Bane en personne !

D’accord, mais en fait, tout ça, ça faisait des plombes qu’on le savait, non ? Depuis la fusillade dans les égouts, pour être exact, je crois. Enfin, on est plus à ça près. Mais visiblement, cette fois, cela secoue la police plus que la dernière fois et l’officier Foley, en tant que remplaçant de Gordon, ordonne à TOUS je dis bien TOUS les policiers de la ville de partir à l’assaut des souterrains (j’imagine bien l’arrivée massive de pervenches, ça doit faire peur). Mais attention, en entrant tous par le même tunnel et en formant un groupe compact de 3 000 personnes. Comme ça, s’il y a un terroriste occupé à lire Pif dans un tunnel, il sera sûrement surpris par l’approche furtive de ces milliers de joyeux fonctionnaires.

… c’est nul. Profondément nul.

Mais pendant ce temps, Blake enquête lui sur de curieux schémas de travaux publics qu’il a retrouvé en enquêtant un peu, et découvre qu’en fait… Bane a posé des milliers de bombes sous la ville !

Voilà : divination, téléportation, furtivité et explosifs en quantités abusives, le recyclage du personnage du Joker du volet précédent est complet. Les cheveux en moins : il y a toujours des pertes dans le processus.

Blake hurle donc à Foley que tout cela est un piège visant à bloquer tous les policiers de Gotham sous terre (car oui, Bane avait deviné que la police enverrait tous ses hommes en un seul contingent le chercher alors que ça n’a aucun sens), mais évidemment, à la seconde où il le fait, toutes les bombes se déclenchent : les rues de Gotham sont parcourues d’explosions venues des tunnels (il faudra donc à nouveau m’expliquer comment, durant des années, personne n’a remarqué l’armée souterraine et ses bombes se promenant), et même les ponts reliant la ville au monde extérieur sautent (là encore, personne n’a remarqué des terroristes posant des explosifs sur 5 ou 6 ponts en même temps, soit), isolant complètement la cité et la plongeant dans le chaos le plus total ; les policiers, eux, sont littéralement bloqués sous terre, les effondrements bloquant les issues.

Et, non :

  • Jamais ils ne penseront à sortir par une plaque d’égout
  • Alors que des tonnes de bombes viennent d’éventrer les rues, aucun policier ne profite de ces trous béants pour sortir
  • Déblayer ? N’y pensons même pas

A noter que les pompiers, qui eux, n’étaient pas dans les souterrains, n’apparaîtront pas du film alors que l’on peeeeeuuuut imaginer que ce genre de situation les concerne. Un peu, du moins. On dira qu’ils avaient un truc plus important à faire ailleurs, comme par exemple un Jungle Speed avec une grenade.

"On pourrait p’têt’ faire un truc ?
- Nan.
- Alors on fait rien ?
- C’est ça. C’est bien le rien.
- Dis donc, tu serais pas un peu Catwoman ?"

Bane, lui, se rend au stade local où une bonne partie de la population était pour cause de rencontre footballistique ; après avoir fait s’effondrer tout le terrain ou presque, ne laissant que les tribunes autour d’un immense cratère, il apparaît sur l’un des bords dudit cratère, traînant derrière lui le noyau instable du réacteur, et explique la situation en utilisant les hauts-parleurs du stade.

"Salut les amis, je suis Bane. Malgré ma tête de catcheur contrarié, je suis votre nouveau meilleur pote. Alors, voilà le topo : je suis trop une rebelle, et grave le Che local, et je vous propose une révolution bon peuple de Gotham. Sachez qu’on vous a menti : Harvey Dent était un psychopathe, on vous a maintenu dans ce mensonge toutes ces années pour que l’ordre établi se maintienne. On va tous ensemble sortir les riches de leurs tanières et se partager leur fortune entre nous, parce que merde, il n’y a pas de raisons. Bon, je suis moi-même vaguement riche, puisqu’entretenant une immense armée de mercenaires ainsi qu’un nombre incalculable d’armes et d’explosifs, mais chut, n’en parlons pas. Bref, voilà : pillez, faites vous plaisir. Par contre, attention, nouvelles règles ! Ce sont moi et mes hommes qui font la loi, ni la police, ni le Batman ne sont là pour vous protéger, donc tenez vous à carreaux. Et sachez que voici mon amie Bombinette, la bombe qui pète très fort. Si jamais un seul d’entre vous s’avise de fuir Gotham, le propriétaire du détonateur – dont je ne donne pas le nom ! – fera tout péter dans un rayon de 10 kilomètres. Voilà, c’est tout, vous pouvez rentrer chez vous. Ah si, je voudrais dire au propriétaire de la Cadillac immatriculée RoXoR que je l’ai un peu abîmée en me garant sur le parking du stade avec ma batmobile. Désolé mec."

Et nonobstant le petit "enculé !" partant d’une tribune du stade, Bane en profite pour rajouter quelque chose "Ah oui, il n’existe qu’une seule personne capable de désamorcer cette bombe d’un nouveau genre, et c’est le professeur Pavel. Et regardez, hop, je l’tue !" et en effet, urgh fait le pauvre docteur en s’effondrant sans vie après que Bane ait tenté de jouer à Twister un peu fort avec sa tête. Ce que Bane ne dit pas à la foule, par contre, c’est qu’il ne fait tout cela que pour torturer Bruce Wayne. En réalité, la bombe explosera quoiqu’il arrive, le réacteur étant instable. Et dans très exactement 5 mois (c’est précis), Gotham sera rayée de la carte avec ses péchés.

Allez savoir pourquoi, mais je pense que Batman va du coup mettre 4 mois et 29 jours à revenir. Aucun rapport avec le fait que l’on a rarement vu un héros désamorcer une bombe avec de la marge.

C’est donc parti : la ville est à feu et à sang, et nous rentrons dans une partie particulièrement longue du film, que je vais vous raccourcir parce qu’elle donne méchamment envie de regarder sa montre (ou de lécher du LSD en attendant que ça passe) :

  • Les riches se font tabasser/pendre/exécuter de diverses manières (Arlette Laguiller approuve ce message)
  • Les prisonniers de la prison locale sont libérés, puisque dans Batman, c’est un peu une tradition
  • Au bout de 30 secondes, les rues sont désertes : les gens restent chez eux à jouer à la belote
  • L’armée américaine entoure l’endroit, mais n’intervient pas de peur que tout ne saute. Elle fournit juste de la nourriture à l’île et des biens de première nécessité, tout en empêchant quiconque de fuir, pour éviter que là encore, la bombe n’explose comme l’ont annoncé les terroristes
  • La bombe est planquée dans un camion blindé escorté en permanence par une batmobile, et le petit cirque tourne en ville. Pour éviter que le tout ne soit pris d’assaut, deux convois identiques circulent aussi dans Gotham sans que l’on sache dans lequel se trouve le réacteur instable
  • Les rares policiers encore à la surface, désormais en civil pour éviter les ennuis, envoient des messages d’espoir à leurs collègues sous terre, mais ne pensent pas à les en sortir malgré toutes les options possibles. Non, creuser un trou dans une baraque pour accéder discrètement aux tunnels et les faire sortir ou autre ne passe par la tête de personne. C’est bête. Ah, Berlin, on t’a déjà oubliée !
  • De temps à autres, les policiers tentent un truc quand même (repérer le camion avec la bombe, faire sortir un ou deux collègues des souterrains) ou bien l’armée (ils envoient des commandos rejoindre la résistance) mais à chaque fois, Bane utilise conjointement ses pouvoirs de téléportation et de divination et se trouve TOUJOURS là où il faut sans aucune explication. C’est un peu lourd, en fait, au bout d’un moment.

Dans le même temps, du fond de sa prison du moyen-orient, Bruce Wayne soufre en regardant sa ville se consumer. Il finit même par en péter la télé, ce qui est dommage puisque du coup, il aura moins d’informations pour intervenir s’il veut y retourner ("Ah mais Monsieur Wayne, la ville a sauté il y a trois semaines, vous ne regardez jamais la télé ?"). Mais surtout, il reprend du poil de la bête : hop, un autre prisonnier s’avère être par chance un ancien médecin, et lui remet donc le dos en place, lui permettant d’enchaîner aussitôt avec des pompes pour repartir en forme. La prison ne comporte aucun garde, ce qui est intéressant, et on dira que c’est parce que c’est plutôt une gigantesque oubliette à ciel ouvert. Les prisonniers tentent donc régulièrement de s’évader en escaladant les parois, mais ils finissent toujours par tomber, au point que c’en est devenu un rituel : aidé d’une corde et sous les acclamations de ses camarades, le prisonnier grimpe, et en général, se vautre toujours au même endroit.

Non, aucun prisonnier n’a jamais pensé à bricoler du matériel d’escalade pour faire des prises sur les murs alors qu’ils n’ont visiblement que ça à faire de la journée. Sérieusement, dans ce film, vous vous rappelez de beaucoup de personnages avec un comportement logique, vous ? Voilà, c’est bien ce que je me disais.

En tout cas, du fond de son trou, Bruce Wayne apprend pas mal de choses grâce à ses compagnons de cellule, et pas seulement à se méfier du mystère du savon volant, grâce à de formidables dialogues :

"Bane a grandi dans cette prison.
- Ah oui, c’est cool, mais là je fais des pompes papy, va vider ta poche à urine,  j’ai des culs à botter.
- Ouiiiii, et pour ça tu veux t’évader, mais seul un enfant a réussi un jour à le faire !
- Un enfant ? Bane ?
- HOLALA JE PRENDS SOIN DE CONTOURNER LA QUESTION oui, un enfant dont-je-n’utiliserai-jamais-le-prénom. Il était le fils d’un mercenaire… un certain Ninjabouc.
- Ninjabouc ! Mon vieux maître mille fois maudit !
- Certes, et sache que l’enfant-dont-je-ne-dis-pas-le-nom-alors-que-si-c’était-Bane-je-le-dirais-sans-souci a ainsi eu un destin étrange : lorsque Ninjabouc était mercenaire, il a copulé avec la fille du chef de guerre qui l’employait. Ce dernier a voulu envoyer ce satyre ici, mais la fille, éperdument amoureuse (hahaha, les nanas) a obtenu sa libération. Lui a simplement été relâché, mais il n’a jamais connu le prix de sa liberté : c’est la fille du chef de guerre elle-même qui en échange a dû payer sa dette en allant en prison à sa place. Et elle était enceinte… de l’enfant.
- Okay, mais alors l’enfant, c’était Bane ?
- Hohohoho, si je commence à répondre aux questions… je vais faire comme si je n’avais rien entendu. L’enfant a donc grandi, mais a perdu sa mère lors d’une émeute de prisonniers. Il n’a survécu que parce qu’un mystérieux protecteur le défendait toujours en prison, mais je ne vais pas non plus donner son identité alors que je la sais et que ça ferait gravement avancer l’histoire. 
- Relou.
- Pardon ?
- Rien. Bon allez, c’est parti, allez Mustafa, passe-moi mon slip, ce soir j’méchappe."

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Et comme c’est très recherché, Bruce fait donc trois tentatives d’évasion via l’escalade des parois du puits qu’est la prison :

  • L’une où il tente comme ça, hop, et se vautre, seulement retenu par la corde
  • La seconde où le papy partageant sa cellule lui a dit "Utilise la force de ton esprit, pas de tes bras pour y arriver" mais comme il est pressé, Bruce essaie encore et échoue, sauvé d’une chute fatale par la corde
  • La troisième où il écoute le crypto-Obi-Wan et décide d’y aller sans corde pour que les chocottes lui donnent la force d’y arriver, et évidemment, ça marche, car comme chacun sait, un mec qui vous explique qu’il a le truc pour s’évader depuis 20 ans mais qu’il ne l’a jamais utilisé est forcément un type qui ne se fout pas de vous et qu’il faut écouter

Incroyable coïncidence : Bruce s’évade à deux jours de l’explosion de la bombe. Le temps de rentrer au pays, il n’aura plus que quelques heures devant lui. Étonnant, non ?

Rah, un vieux dans un coin désert qui recommande d’utiliser le pouvoir de son esprit en faisant fi des outils des hommes pour accomplir des choses… rah, où ai-je déjà vu ça ?

Voilà, nous venons de passer sur une succession de trucs convenus et particulièrement longuets, revenons-en donc au reste du film (qui restera cependant convenu, et relativement longuet, rassurez-vous). Car à Gotham, il se passe des choses ! Déjà, l’hiver est tombé, et tout espoir semble désormais éteint, puisque Foley refuse de commander les derniers policiers résistants en ville de peur d’être abattu par les hommes de Bane, et que le commissaire Gordon a été fait prisonnier. Ce dernier est donc emmené devant le tribunal populaire de l’île où, trônant au sommet d’une pile de bureaux, se trouve celui qui fut l’Épouvantail dans le premier volet, le docteur Jonathan Crane, psychopathe sans grand intérêt. En bonne parodie de juge, le malfaiteur propose deux solutions à Gordon et ses hommes pour leurs crimes : l’exil ou la mort.

Sachant que l’exil est en fait simplement une condamnation à marcher sur la glace recouvrant la rivière locale pour tenter de rejoindre l’autre rive, et que celle-ci craquant à chaque fois sous les pieds des candidats, ils meurent tous en tombant dans l’eau glacée, hein.

Du coup, Gordon et ses hommes choisissent… la mort. Et on leur explique que, très bien, alors ce sera la mort par l’exil ! Hohoho ! Ils sont donc envoyés de nuit sur les bords de la rivière, afin de tenter leur chance, et marchant avec précaution, ils essaient de ne pas briser la glace sous leurs pas.

Quelle n’est pas leur surprise lorsque, soudain, des projectiles soporifiques atteignent les gardes qui les observaient s’avancer sur l’eau gelée, et qu’apparaît en face d’eux, surgissant de l’obscurité… Batman !

Dis-donc Batman, c’est moi ou avec tout ton attirail tu dois être deux fois plus lourd que le péquin moyen ? Alors explique-moi ce que tu fous sur la glace toute fragile, à part te donner un genre ? Tu imagines ce qu’il se serait passé dans un monde crédible ?

"Regardez, une forme dans l’obscurité !
- Ahah, et oui, c’est bien moi, Ba – PLOUF -
- Ah non, y a plus rien, j’ai dû rêver. Peut-être était-ce juste un phoque."

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Mais Batman n’en a pas fini avec les artifices pourris : il tend une torche au commissaire Gordon, lui demandant de la jeter sur la glace : nonobstant le fait que c’est très con, surtout quand on est sur ladite glace, le policier s’exécute et la torche enflamme alors un filet de liquide (et oui, l’eau gelée se porte toujours bien malgré l’incendie, merci) qui monte le long de l’une des piles du pont voisin, jusqu’à enflammer, sur l’une des immenses arches, une titanesque forme de chauve-souris visible à des kilomètres à la ronde. Bane, qui observe cela, est tout simplement bluffé (le spectateur attentif notera que Bane doit être dans un autre fuseau horaire, puisque de là où il est, il fait jour, mais bon) et s’exclame "C’est impossible !" comme tout méchant pourri qui se respecte.

Bin si, mec, c’est possible : tu as abandonné un type blessé au fond d’une prison avec un médecin, sans garde, et avec juste un peu d’escalade pour s’enfuir. Tu t’attendais à quoi, sachant qu’il a eu le même entrainement de ninja que toi ?

Moi la vraie question que je me pose, c’est "Comment Batman a pu peindre une forme de chauve-souris géante sur une immense arche de pont sans que personne ne le remarque ?" ; non parce que vu la taille du truc, il a dû y passer au moins quelques heures à bien faire attention de pas louper la symétrie du motif et tout. Il avait des petites bombes à napalm sur lui pour barbouiller le pont ? Il s’est installé une petite plate-forme de peintre en bâtiment ?  Il s’est pas dit qu’une telle quantité de produit incendiaire pourrait servir à autre chose qu’à une illumination de Noël ? Non : Batman est juste complètement con et adore faire de l’art contestable en s’habillant n’importe comment.

Attendez, est-ce moi ou je viens de donner la définition du hipster ? Hooo. Je comprends bien des choses. Enfin bref.

Le justicier, après avoir libéré le commissaire Gordon, s’en va aussi sauver l’agent Blake qui s’était mis en mauvaise posture en pensant ENFIN à ouvrir une plaque d’égout pour en faire sortir les policiers prisonniers, et alors que ça marchait plutôt pas mal, avait été surpris. Il explique alors comment les choses vont se passer : il va filer à Gordon un gadget à coller sur la bombe pour bloquer tout signal qui pourrait lui être envoyé, et ainsi feinter le détonateur (que Bane doit avoir), et d’un autre côté, aider Blake à faire sauter les débris obstruant les souterrains pour en faire sortir une armée de près de 3 000 policiers qui, bien que n’ayant pas vu la lumière du jour depuis 5 mois, s’avère  plutôt en forme et propres sur elle quand elle commence à sortir de sous les caillasses. Okay.

Au petit matin, donc, les rues de Gotham sont animées par un immense défilé de policiers pas contents qui se rapprochent du QG de Bane : la mairie de Gotham. Face à eux, des dizaines de terroristes équipés de fusils d’assaut ainsi que les batmobiles volées bourrées de roquettes et autres trucs rigolos les attendent. Heureusement, pour se défendre, nos vaillants policiers ont…

Des matraques.

Oui, ils sont rentrés dans les souterrains avec des armes, mais ils sortent se battre avec des matraques (ils ont dû manger leurs armes, probablement), et… chargent donc héroïquement les vilains, façon Braveheart en brandissant leurs bâtons d’autorité.

Hmmm… c’est moi ou c’est de pire en pire ?

Heureusement, pour éviter une hécatombe, les policiers semblent protégés magiquement par la réalisation puisque même alors qu’ils se présentent de face, à découvert et en formation serrée face à des armes automatiques et à des blindés qui ouvrent le feu sur eux, il faut savoir qu’à peine un agent sur 30 tombe dans la charge. On peut même voir en regardant bien des mecs se faire arroser à bout portant et ne pas tomber, parce que même les figurants ne pouvaient pas simuler un truc crédible tant la scène n’a aucun sens ; rapidement, donc, les malandrins se prennent des matraques dans la gueule et font moins les malins ; mais dans la mêlée, le terrible Bane est présent, faisant du catch sur tous les policiers passant à sa portée ; bon, il n’en tue aucun (ne me demandez pas pourquoi), mais c’est impressionnant quand il les pousse, comme ça, de ses petits bras, on sent vraiment qu’il est méchant. Les pousser, trop dur. Il ne s’est gardé les croche-pieds qu’en dernier recours.

Et il va lui falloir justement se forcer un peu, puisque Batman atterrit dans la mêlée et commence un duel contre lui (où, comme toujours, personne d’autre ne vient aider son champion). Batman, c’est pas pour t’emmerder, mais il y a toujours trois batmobiles blindées en train de massacrer les policiers (enfin, massacrer… les protections magiques et scénaristiques entourant les policiers réduisent pas mal les dégâts, et eux peuvent donc tabasser les véhicules à la matraque, c’est sympa), donc tu aurais peut-être sauvé des dizaines de vie en roquettant d’abord ces vilains véhicules depuis ta "bat" volante, puis seulement en allant te battre avec Bane. Mais bon, si Batman devait être efficace pour gagner, où irait le monde ?

Sinon, Bruce, juste comme ça, tu sais qu’un adversaire plus fort, tu as le droit de lui taser la gueule au lieu de juste lui mettre tes petits poings dans la margoulette ? Ca irait plus vite et ça sauverait des gens. Enfin, je dis ça…

Or donc, le duel entre nos deux loulous tourne cette fois-ci à l’avantage de Batman, sans aucune raison, en fait, autre que le fait que la fin du film approche doucement et malgré le dos fragile du chevalier noir. Comme quoi. Ils finissent donc tous deux par se battre dans la mairie, jusqu’à ce que Batman mette le brigand à terre, et ne croise Miranda, elle-même dans le bâtiment, lui demandant de se mettre à couvert ("Vite, trouve une cuisine et reste-s-y !") pendant qu’il en finit avec le terroriste masqué. Il ordonne donc à Bane de lui donner le détonateur, mais celui-ci lui répond, qu’il ne l’a pas. Et en écoutant Batman lui dire ce qu’il a appris en prison, il lui explique qu’il n’a jamais été l’enfant qui était parvenu à s’évader… cet enfant… l’enfant de Ninjabouc c’était…

Miranda !

Batman le découvre avec horreur lorsque la vilaine lui plante un bon gros couteau dans le dos ; notre héros s’effondre donc, blessé, en écoutant le discours de celle à qui il avait fait confiance (encore une fois, pour des motifs débiles) : c’est elle, l’enfant de Ninjabouc, née en prison ! Bane n’était autre que… son protecteur ! Il l’a protégée depuis qu’elle était petite, et ça, Ninjabouc ne l’a jamais pardonné à Bane (Ha ?! Mais enfin, pourquoi ? Il a sauvé sa fille, au contraire !), même s’il est quand même venu le sortir de prison plus tard malgré tout, pour services rendus. Booooon. Et Miranda a donc fait fortune, puis a intégré le conseil d’administration de Wayne Enterprises, uniquement pour pouvoir mettre la main sur le réacteur à fusion, et s’en servir pour faire exploser toute la ville, hahahaha !

Hem. Miranda ? Comment as-tu pu échafauder ce plan sachant que tu ne savais pas que ce réacteur existait, puisque Wayne le cachait à tout le monde ? Oui hein ? Toi aussi tu es une méchante pourrie, en fait. Tiens d’ailleurs, tu m’expliques pourquoi tu n’as pas fait péter la ville directement ? C’était pour torturer Bruce d’abord ? Il y avait plus simple. Et tiens, au passage, Bane, pourquoi tu as emmené plusieurs membres du conseil d’administration jusqu’au réacteur pour qu’ils l’activent – c’est d’ailleurs Miranda qui l’a fait – quelques scènes plus tôt sachant que Miranda suffisait ? C’était juste pour rigoler, comme ça ? Comme le coup de l’avion au début du film ? Et d’ailleurs, votre plan nécessitait que Miranda devienne patronne de Wayne Enterprises pour avoir accès au réacteur, mais pour ça, il fallait que Dagget fasse sa tentative de coup d’état en dégageant Bruce Wayne… et tout reposait donc sur le fait qu’il fallait que Dagget ait tout seul une idée stupide (oublier que tout se jouait sur une élection au conseil d’administration, la base du truc), fasse appel à Bane de lui-même pour ne pas qu’il sente que c’était moisi (et incroyable coïncidence, il l’a fait) et que Bruce Wayne décide  de confier sa boîte à une actionnaire inconnue plutôt qu’à un de ses hommes de confiance (ce que lui aussi a fait de manière parfaitement idiote). Donc en fait, tout reposait sur… une succession d’incohérences.

Je sais que je me répète, mais je me permets de le rappeler : ce film a été salué à plusieurs reprise pour sa cohérence. Par des gens dont le métier est de regarder ça. Hmmmm. C’est beau.

Bref, Miranda sort le détonateur de son sac à main (donc comme toutes les nanas, elle le cherche trois plombes entre deux brochures, une carte de fidélité et un miroir de poche "Ah oui, il est là, à côté des clés de la Mini, hihihi"), et fait donc leeeeeentement tourner son doigt autour du détonateur en disant "Il est temps d’en finir, Batman… je vais appuyer… maintenant… là… tout de suite… attention… je le fais… je rigole pas… regarde mon pouce" (à ce moment là, la salle a tendance à rigoler en voyant Marion Cotillard faire tourner son pouce autour du bouton pour faire durer inutilement le non-suspens, c’est dramatique) et vous avez donc en parallèle de cette scène le commissaire Gordon qui tente de coller le bloqueur de signal sur la bombe, et pour ce faire, attaque un convoi, mais ha, c’est pas l’bon, puis un autre, mais encore raté, puis un troisième, mais allez-y donc qu’évidemment il fait tomber le détonateur (quel gaffeur alors), qu’il repart le chercher, qu’il revient, qu’il escalade le camion en marche, et qu’évidemment, c’est après les 40 minutes d’hésitation de Miranda, à la seconde où elle se décide enfin à appuyer sur le détonateur, qu’enfin, il parvient à installer le système de blocage.

C’était votre séquence recyclée "Le passage où il arrive des tonnes de merde successives à un personnage pour que finalement, il ne parvienne à son objectif à la dernière seconde" mixée avec "Le passage où l’un des personnages fait traaaainer une action pour laisser le temps aux gentils de s’organiser et l’en empêcher au dernier moment". Je suis sûr que vous ne l’aviez pas reconnue tellement c’était subtil. Si ? Rho, vous êtes durs.

Vexée, Miranda décide donc de se ruer vers la sortie pour atteindre les batmobiles stationnées devant à mitrailler des policiers, et part à la poursuite du camion contenant la bombe que le commissaire Gordon a pourrie.  Camion qui roule encore d’ailleurs (et plus fort encore, Miranda ne prendra aucune précautions pour l’approcher, car elle a deviné – oui, elle aussi – que le commissaire Gordon avait juste bloqué la bombe mais n’avait pas pris le contrôle du véhicule avec ses hommes). Batman est lui laissé avec Bane, qui s’apprête à le tuer lentement (pourquoi faire autrement ?), mais finalement, un puissant tir d’arme à feu vient tuer le pauvre bougre au moment où il allait en finir avec le chevalier noir : Catwoman ! Elle est venue à la rescousse de Batman ! Hoooo bin çaaaa aloooooors (je fais bien la surprise, pas vrai ?).

Il faut d’ailleurs préciser qu’il y a eu une très brève scène lorsque Bruce est revenu à Gotham où il croisait Catwoumoune et lui disait "Tu sais, je t’en veux pas du tout de m’avoir trahi en échange de… en fait, juste pour faire chier alors que je t’offrais le "table rase" que je t’avais proposé.  Je t’en veux pas non plus d’avoir eu le dos brisé à cause de toi, ayant ainsi frôlé la bat-paraplégie. Et puis je ne t’en veux pas non plus de m’avoir ainsi empêché d’arrêter Bane, plongeant la ville dans le chaos et provoquant des milliers de morts; Allez, tiens, je te file la télécommande du "table rase" par pur plaisir, et en échange, tu m’aideras dans mon combat contre Bane, ok ? Tiens, je te file une de mes motos avec de gros canons dessus même pour te motiver."

Et après on s’étonne que des gens deviennent dingues devant ce film.

Mais revenons dans le présent : Bane tué, Batman peut regagner son véhicule volant, pendant que Catwoman part en moto, et que les deux poursuivent le convoi de Miranda ; rapidement, ils abattent toutes les batmobiles du convoi, et ne reste que le camion blindé transportant la bombe, piloté par Miranda elle-même ; Batman cartonne donc la route devant le véhicule, son plan étant de renvoyer le noyau instable jusqu’à l’installation originelle du réacteur, où Lucius Fox pense pouvoir désamorcer le bousin si on le reconnecte à temps.

Sauf que… sauf que Miranda a pensé à cette option, et a donc enclenché la procédure d’urgence permettant de noyer la salle contenant l’installation du réacteur, et supposée noyer le bidule si jamais il surchauffait ; Lucius s’en est donc tiré de peu, mais la situation est désormais un peu pourrie, puisqu’il n’y a guère plus de quoi stopper la bombe. Mais peu après avoir fait cela, le camion de Miranda quitte la route suite aux tirs de l’appareil de Batman, et elle meurt dans l’accident, maudissant le justicier masqué et Gotham dans ses dernières paroles, voire utilisant des termes comme "enculé" histoire de bien marquer son désarroi.

Après, je ne suis pas un super-héros. J'imagine que leur raisonnement m'échappe, un peu comme leur port du slip

Voilà : la "bat" cartonnant les batmobiles, on aurait commencé par ça, Miranda n’aurait jamais pu fuir, la bombe serait restée sous contrôle, et des centaines de policiers auraient été sauvés. Mais encore une fois : détail !

Le commissaire Gordon, qui lui était encore avec la bombe à l’arrière du camion depuis qu’il y avait fixé le dispositif qui va bien, se porte lui à merveille. Comme quoi, il résiste à tout ce garçon, accidents ou embuscades souterrains, et ce sans jamais se protéger ! Le vieux moustachu et Catwoman regardent donc Batman, qui explique savoir que faire de la bombe, alors qu’il ne lui reste plus – quelle surprise ! – que quelques instants avant de sauter. Il va l’accrocher sous son engin volant et partir avec elle loin de Gotham, dans la baie, pour que tout explose loin de la civilisation. Il mourra dans l’affaire mais… il faut bien casser des oeufs, tout ça, et pas seulement ceux des spectateurs qui soupirent en se frottant les yeux.

Avant de partir, Batman voit le commissaire Gordon lui demander sa vraie identité, pour savoir qui les habitants pourront remercier de leur sauvetage, et il lui répond simplement que Batman est dans le coeur de tout le monde, avec la force, la pureté et les licornes. Puis, après ce discours digne d’une blogueuse mode, il dit juste "L’héroïsme, c’est aussi savoir rassurer un enfant qui a perdu ses parents", faisant référence au jour où le commissaire Gordon l’a recueilli, enfant, dans son commissariat après la mort de papa et maman Wayne. Gordon comprend donc enfin qui est Batman, mais bien trop tard.

"Une blogueuse mode. Je ne l’aurais jamais cru."

L’appareil du justicier masqué s’éloigne donc vers la baie, la bombe fixée sous son engin (avec toujours son petit compte à rebours super précis, comme quoi pour un noyau instable, il est pas mal prévisible quand même), et plutôt que de la larguer dans l’eau (après tout, ils avaient dit "En cas d’instabilité du réacteur, on noie la salle et ça règle tout" chez Wayne Industries, alors pourquoi pas ?), il va se faire exploser avec loin, très loin, sous les yeux étonnés de tout le monde : enfants du coin, Catwoman, commissaire Gordon, agent Blake, militaires gardant les rives du fleuve, policiers au centre ville ayant fini par maîtriser l’armée de Bane uniquement avec des matraques – comme quoi, matraque contre fusil d’assaut, on voit qui gagne – et… fondu au noir.

Nous retrouvons donc le commissaire Gordon, l’agent Blake et Alfred le gentil majordome, bouleversés devant la tombe de Bruce Wayne, reposant désormais aux côtés de ses parents à côté du manoir de leur famille, alors que de l’autre côté de Gotham, Wayne Enterprises s’occupe de l’héritage du défunt. Je serais curieux de savoir comment ils ont appris que Bruce Wayne était mort, puisqu’à moins de révéler que c’était Batman, ça a dû être compliqué. A noter aussi que la ville décerne justement une statue à Batman, sauveur de la cité dont elle n’a jamais connu l’identité (Bane avait affronté Batman et révélé son identité devant ses hommes : il n’y en a pas un qui s’est dit "Tiens, si je balançais tout histoire de me faire du fric ?" – là encore : non, c’était une armée de neurasténiques).

L’agent Blake lui, guidé par quelques derniers messages laissés dans l’héritage du défunt, finit par trouver une curieuse cascade près du manoir Wayne… et s’y rend, découvrant ainsi la Batcave. On apprend au passage que le prénom de l’idéaliste agent Blake, qui a démissionné de la police pour s’affranchir des règles et suivre les pas de son héros est… Robin. Le commissaire de Gordon découvre d’ailleurs un soir que, sur le toit du commissariat, un nouveau projecteur a été installé à la place de l’ancien, rouillé : un peu de renouveau ne fait pas de mal, et c’est un nouveau Batman qui est prêt à répondre à l’appel. Quant à Lucius Fox, il fait lui une découverte plus étrange ; Bruce Wayne avait fait installer sur les prototypes de "bat" un… pilote automatique. Et si…

Et en effet : quelque part à Florence, Alfred le gentil majordome s’assoit à un café et sirote tranquillement une boisson, quand il aperçoit devant lui un couple : Bruce Wayne et Catwoumoune, incognito. Il se contente donc de les saluer d’un mouvement de tête, de sourire, puis de se lever et de partir, heureux.

Et… FIN

Ho ?

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A cet instant précis, moi aussi, je me suis levé et je suis parti.

Mais ensuite, j’ai passé la nuit à stranguler des chiots : il fallait que je passe toute cette haine sur quelque chose.

Merci, Batman.

 

Les trous noirs existent.

D’après wikipédia, "en astrophysique, un trou noir est un objet massif dont le champ gravitationnel est si intense qu’il empêche toute forme de matière ou de rayonnement de s’en échapper. De tels objets n’émettent donc pas de lumière et sont alors perçus noir."

Jusqu’ici, vous vous en foutez un peu puisque bon, avouons-le : vous croisez relativement peu de trous noirs dans votre quotidien, à moins d’avoir quelques tendances contraires aux enseignements de l’Eglise Catholique. Cependant, il ne faut pas sous estimer les capacités allotropiques de ces mystérieux phénomènes, puisqu’ils peuvent exister sous bien d’autres formes.

Je pense par exemple à la littérature.

D’après wikikonnard, "en littérature, un trou noir est un ouvrage plus ou moins massif dont le champ gravitationnel dû à son succès commercial est si intense qu’il empêche toute forme de matière grise ou de raisonnement de s’en échapper. De tels objets n’émettent donc pas de lumières et sont alors perçus comme bien sombres."

Et en ce moment, c’est un peu la grosse panique au CNRS au vu de l’immense trou noir qui semble engloutir quotidiennement des millions de lecteurs, éditeurs & auteurs confondus, les plongeant dans les abîmes de son gargantuesque gosier. Car ami lecteur, si jamais tu ne l’avais pas encore remarqué, ces derniers temps, les grandes créations qui mettent en émoi la planète (si, si) tournent autour de deux choses :

Du fantastique pour pucelle gothique light (de préférence avec des vampires beaux gosses) & des bisous (de préférence avec des vampires beaux gosses).

Au réveil, le vampire n'est pas forcément toujours beau & ténébreux

Entre Twilight (une fille, un vampire, des bisous), True Blood (une fille, un vampire, des bisous), et compagnie (non parce qu’il y en a pléthore), il y a une ruée vers le domaine ; et ça tombe bien, les éditions Harlequin on flairé la chose en sortant une collection uniquement consacrée aux histoires du genre toutes plus originales les unes que les autres :

La collection DARKISS (en majuscules, oui).

Oui, moi aussi, ça m’a fait un choc. Du Dark et du Kiss, comme ça, mêlés en un monstrueux barbarisme anglophone, ça m’a tant piqué les yeux que l’âme. Cependant, il m’a bien fallu reconnaître la triste réalité : avec le succès planétaire de daubes comme Twilight ("Nan mais c’est vachement mieux en livre !" me diront certains ; en effet, je vous l’accorde, c’est vachement plus pratique qu’un DVD pour caler une bibliothèque), il fallait bien que l’on commence à produire en série de l’ouvrage basé sur des concepts proches.

C’est pourquoi amis lecteurs, aujourd’hui, je vais vous démontrer qu’écrire un bouquin dans le domaine ne demande aucun talent, mais simplement de la méthode. En suivant celle que je vais vous donner ci-dessous, obtenue après des années d’études de ces ouvrages, vous connaitrez certainement le succès, la richesse, et l’inhalation de quelques tonnes de schnouf bon marché dans les toilettes de vos nombreux lieux de dédicaces.

Déjà, pour bien commencer un bouquin du genre, il faut prendre un pseudonyme ; si vous êtes un garçon, c’est obligatoire : c’est forcément une femme qui va pondre ce genre de roman qui va aller faire rêver les jeunes filles qui le feuilletteront au rayon librairie de Carrefour en attendant que maman revienne avec son caddie. Une femme s’adressant aux femmes en devenir pour raconter des histoires de filles, c’est plus porteur qu’un type racontant des histoires de jeunes filles en fleur ; alors on pseudonymise, et vite. Il en va de même, mesdemoiselles, si votre nom n’est pas assez porteur : "Françoise Petipied" c’est trop franchouillard et "Fatima Ben Ralouf", ça ne l’est pas assez ; pensez Iounaïted Staÿtes. Pour ma part, je choisirai "Brenda Carter".

Or, évidemment, il me faut définir en premier lieu non pas l’histoire, dont tout le monde se fout, mais le personnage principal : une jeune fille. De préférence, avec un lourd secret et/ou rejetée par les autres à l’exception de sa meilleure amie. Le tout raconté à la première personne histoire de forcer l’identification : "Ouah, c’est une fille, comme moi ! Ah, moi aussi je parle de moi à la première personne ! Ho ! Elle aussi elle est incomprise ! Et en plus, elle ne comprend pas toujours les garçons, qu’elle trouve bizarres ! C’est trop moi !" ; après, votre lectrice peut ressembler à un buritos et être rejetée car elle a de fortes flatulences aux relents de guacamol, ce n’est pas grave, du moment qu’elle trouve un ou deux points communs, ça lui suffit.

Ces jeunes sont trop faciles à berner.

Lectrice s'identifiant à l'héroïne belle et désirable

Attention par ailleurs : l’héroïne, jamais trop vieille ; les histoires de ménopause et de descente d’organes ne fascinent que moyennement les collégiennes. Restez en dessous du quart de siècle, grand maximum, l’idéal étant de taper au cœur de la tranche d’âge que vous visez, en sortant une bonne lycéenne de derrière les fagots. Pour ma part, je prendrai donc Amalia Spencer-Douglas, lycéenne timide qui habite chez ses parents qui ne la comprennent pas car ils sont conservateurs et ne comprennent rien à l’amour (ils ne savent même pas ce qu’est un "poke" sous Facebook, les nazes).

Bien, vous avez votre héroïne ? Maintenant, il faut l’envoyer à l’aventure. Oui, mais où ?

Ce n’est pas forcément un lycée, hein, mais attention : il faut quand même que l’on y croise du d’jeun’z et de la caricature : un campus  (mais en 1ère année alors) ou un bar feront aussi bien l’affaire, pourvu qu’on y croise tous les archétypes de la création ; dans un lycée, on trouvera donc naturellement le bellâtre imbu de lui-même que tout le monde trouve génial, les geeks, les idiots, les salopes les vilaines chipies qui font rien qu’à embêter tout le monde, la fille trop populaire, etc. Évidemment, l’héroïne sera au-dessus de tout ça car elle sera bien plus mature que son âge (j’ai pas dit physiquement bande de pervers), et c’est aussi pour ça qu’elle sera incomprise (la lectrice se sentira valorisée). Seule sa meilleure amie restera avec elle et essaiera de mieux la cerner, même si elle n’y arrivera pas toujours.

En tout cas, continuez de penser Nouveau Monde : les aventures de Mauricette Fringeot au lycée Michel Sardou de Vesoul, ça attire vachement moins les midinettes que celles d’Amalia Spencer-Douglas au lycée Blackwood Hill de Seattle. Après, vous n’avez plus qu’à broder pour faire croire que vos personnages ont une vie longuement travaillée, genre les parents d’Amalia l’appellent "Amy", ce qu’elle déteste, alors que ses rares potes l’appelent "Spade" parce que c’est son pseudo sur son blog (où elle écrit des poèmes, parce qu’elle est un peu dark – elle a un bracelet en cuir ! – ). A vous de vous démerder un peu, je ne vais pas tout vous écrire.

Bien, vous avez donc jusqu’ici les bases d’un roman traitant de choses absolument banales : une héroïne qui a sa petite vie dans un lieu bien défini.

C’est donc à cet instant précis que vous allez intégrer du dark, du kiss, et probablement du dark kiss.

Mais alors attention : du dark, ça veut juste dire caser du surnaturel et de beaux mecs ténébreux. Non, un Jean Roucas vampirique n’est pas considéré comme étant dark. Et nenni de viol de toute la famille de l’héroïne par un bouc noir lors d’un rituel d’une secte locale tentant d’invoquer le Grand Cornu, on en restera a des considérations dark du genre "tel mec, et bin en fait, c’est un être surnaturel, c’est trop ouf de ouf j’étais xptdr quand on me l’a dit et en fait, c’était pas pour de lol" (et n’oubliez pas : les vampires dans les romans du genre, c’est comme les mini-pizzas à l’apéro : il n’y en a jamais assez). Si jamais vous êtes en panne d’inspiration, n’hésitez pas à appeler un ou deux gros industriels pour leur demander si vous pouvez pas rajouter des passages où vous citez leurs marques histoire de toucher un peu de sous.

Une pub pour un téléphone une fois dans un livre de vampires à bisous, et voilà ce que ça donne

Ex :

"Amalia sentait son cœur battre à tout rompre ; comment avait elle pu se retrouver piégée dans la Vieille Forêt ? Maintenant, elle devait courir pour essayer d’échapper aux Kragmav, ces créatures qui la tueraient sans hésiter une fois qu’ils l’auraient rattrapée. Malgré les tremblements causés par la course, elle parvint à se saisir dans sa poche intérieure de son Iphone © et tapa plus vite qu’elle n’avait jamais tapé "HELP ! Viey foré ! HELP !" avant de l’envoyer sur son Twitter © et de le mettre en statut Facebook © ; lorsqu’elle vit que Thomas avait cliqué sur "J’aime", elle sut qu’il avait compris qu’elle était en danger et qu’il était désormais en route pour la sauver à bord de sa Fiat 500 © ; sur le chemin, il lui envoya un poke pour la rassurer."

Mon petit conseil : donnez des noms à la con à tout ce qui existe déjà : appeler un démon un "Kragmav", par exemple, juste histoire de dire que vous avez inventé votre propre univers avec son propre jargon, ça peut toujours faire grand auteur démiurge. Alors que fondamentalement, vous vous contentez juste d’appeler un chat un chmarlouf.

Mais le dark, ce n’est pas que coller des scènes d’actions ici ou là pour tirer notre héroïne de son train-train quotidien, non. Le dark, c’est donc aussi comme évoqué plus haut quantité de beaux mecs ténébreux qui s’affrontent ou combattent une autre puissance surnaturelle pour l’amour de l’héroïne qui n’est rappelons le, qu’une lycéenne un peu débile. Probablement qu’après 3 jours de relations elle mettra en statut Facebook (© !) "J’tm tro bb jm pa kan tu va tué dé Dmon g peur :( ", avant de rejoindre les groupes "Dormir à deux", "Aimé son chéri" et "Marre des démons qui pourrissent les rencards". Alors pour votre lectrice, c’est là le top du top : des beaux gosses qui se battent pour l’héroïne à laquelle elle s’identifie. Alors que dans la vraie vie, les beaux gosses, ils se battent plutôt pour sortir avec Sarah, la fille de 1ère L avec de gros seins. Et si on leur demande de combattre un démon pour ce faire, ils impriment aussitôt sur leurs slips dans un bruit liquide quantité de figures qui laisseraient pantois bien des enseignants d’arts plastiques. On comprend donc le besoin d’évasion littéraire de nos jeunes lectrices.

Enfin, n’oublions pas, le dark, c’est aussi du kiss : puisque sortir avec un bad-boy est dépassé, on sort le dark-boy, équivalent fantastique qui en plus pose quantités de questions existentielles à l’héroïne comme "Et si tu deviens un vampire, tu réalises que tous ceux que tu aimes mourront sous tes yeux ?" , ce qui la force à répondre avec toute la sagesse propre à son âge : "Oué mé yora aussi tout ceu ke j’m pa com cet petass de Jess lol ;) ".

Le dark kiss, c’est quand même vraiment un genre à part. Jamais l’autodafé n’a paru si salvateur.

En tout cas, dans ma grande bonté, je vous résume comment faire un bon bouquin du genre :

  • écrire avec un pseudonyme d’écrivain femelle nord-américain
  • conter à la première personne les aventures d’une jeune fille entre 14 et 25 ans ayant du mal à s’intégrer à la société
  • l’histoire doit se dérouler dans un endroit familier mais pas trop non plus, genre un lycée mais alors aux Etats-Unis. Sinon, vous pouvez faire du fantastique complet, mais jamais un truc plus franchouillard.
  • rajouter du surnaturel un peu partout, particulièrement sous la forme de beaux-gosses frayant avec le côté obscur
  • faire qu’au final, il y ait du kiss entre l’héroine et un dark-boy

Et avec ça, logiquement, c’est bon.

Pensez à mettre une couverture qui fasse mystico-dark

Je vous offre en guise d’exemple le 4e de couverture de mon livre, "L’Ange Solitaire"

"Amalia est une lycéenne timide qui a du mal à s’intégrer dans son nouvel établissement de Seattle. Tant les autres élèves que ses parents ne comprennent ce qu’elle ressent et son attitude réservée. Seule Juliet, sa best friend prend le temps de l’écouter et de parler avec elle de ses rêves étranges qui la hantent. Un jour, elle aperçoit au lycée Thomas, un beau ténébreux qu’elle avait vu en rêve quelques jours auparavant. Qui est il ? Pourquoi disparait il parfois soudainement ? Quel secret cache t-il ? Amalia va découvrir son terrible secret, mettre sa vie en danger, mais aussi faire battre son coeur comme jamais…"

L’auteur

Brenda Carter est américaine et a écrit de nombreux romans ces dernières années traitant des relations pouvant unir des êtres d’autres univers à ceux du notre. Dans le premier volet de cette trilogie, elle aborde la découverte par une jeune lycéenne d’un monde original, merveilleux et pourtant terriblement sombre…

Critiques

On frissonne pour l’héroïne, on a peur, on rit… une réussite ! – Hit Machine Girl

Un roman maîtrisé qui nous emmène là où nous aimerions toutes être : dans les bras d’un bel ange ténébreux ! – Closer

Un roman à ne pas lire aux toilettes sous peine de lâcher l’ouvrage de surprise devant certains rebondissements – Sanibroyeur Magazine

Un must have. – Grazia

Nan vraiment, c’est trop facile d’écrire des trucs du genre. Comment ? Vous pensez que j’exagère, que je caricature ? Allez regarder de vrais romans du genre ainsi que leurs résumés.

Vous allez vite voir qui caricature.

Je ferais un piètre scénariste.

Tenez, prenons Dark Vador. Comment un brave jedi plein d’avenir aurait pu devenir le brigand à l’armure sombre que l’on connait ? Personnellement, j’aurais dépeint l’épopée d’un homme brillant aux compétences militaires reconnues qui aurait ainsi vu de plus en plus de responsabilités lui être confiées, jusqu’à devenir l’une des pièces maîtresses de la République face aux menaces extérieures. A force de guerres et d’horreurs, il aurait doucement sombré : d’abord, il aurait compris que l’on fasse exécuter les espions, par exemple. Puis, justifié l’utilisation de la torture des prisonniers pourvu que celle-ci préserve la vie de ceux sous ses ordres. Par la suite, il aurait découvert l’importance de fusiller quelques déserteurs pour l’exemple, et de fil en aiguille, serait devenu d’une efficacité brutale et sans éthique. Corrompu de fait par son parcours sanglant qui devait à la base défendre les intérêts d’un Etat de principes, il aurait voulu à son tour que la République se défasse de tout ce qui l’affaiblissait : libertés, droits, expressions… jusqu’à suivre et soutenir un dictateur en puissance, un certain Palpatine. Pour sa condition physique, j’aurais bien trouvé une terrible bataille galactique ou un fourbe attentat des premiers "rebelles" dans lequel il aurait été gravement blessé, ne renforçant ainsi que sa haine de ses ennemis et son soutien à Palpatine face aux agitateurs. Et au final, j’aurais ainsi rendu une histoire somme toute assez classique sur la possible corruption du plus vertueux des hommes une fois mis face à l’horreur de la guerre.

Mais Georges Lucas, lui, est un homme d’un talent bien supérieur qui ne succombe pas à la facilité ; il a choisi un exercice bien plus difficile : trouver l’origine de Dark Vador dans un petit blondinet tête à claques au cœur d’une histoire de prophétie, amoureux des piques-niques romantiques et de sa meuf au point de devenir très très méchant et de piquer sa petite crise d’adolescence (la puberté est le second plus grand ennemi des jedis, juste derrière les siths). Découvrons donc ensemble le IIIe et dernier volet de la prélogie Star Wars : La Revanche des Siths. Spoilons sans plus attendre.

L'affiche : notez en bas à droite l'empereur et sa tête de poivrot

L’espace intersidéral s’ouvre à nous, et, tradition oblige, un texte se permet d’y défiler au pas de l’oie pour nous rappeler la situation actuelle : "C’est la guerre !" ; en effet, les méchants droïdes du comte Dooku lancent moult attaques partout dans la galaxie (allez savoir comment ils se sont remis aussi vite de la branlée qu’ils prenaient dans l’épisode précédent), et un général droïde audacieux, Grievous, a lancé un raid sur Coruscant pour kidnapper le Chancelier Palpatine, ce qu’il a réussi avec brio ; alors qu’il tente de se replier avec son otage, deux chevaliers jedis (je me demande bien lesquels, tiens) sont envoyés en mission pour le récupérer.

Je sais, vous allez être surpris, mais figurez-vous que par une formidable coïncidence, les deux seuls jedis de garde à ce moment là sont Obi-Wan Kenobi et Anakin Skywalker, qui à bord de deux petits chasseurs, tentent de filer droit vers le navire amiral du général Grievous ; en chemin, des hordes d’appareils ennemis tentent de les arrêter, mais des pilotes républicains n’hésitent pas à se sacrifier pour leur frayer un chemin (ce qui choque Anakin qui voudrait les aider, alors qu’Obi-Wan trouve cela tout à fait normal de leur part : c’est marrant, j’aurais pensé que c’était l’inverse, mais bon). Cependant ce ne sont pas les seuls adversaires qu’ils ont face à eux : une horde de, je cite, "vibro-droïdes" (non, ils n’ont pas la forme de petits canards, pourquoi me posez-vous cette question ?), des robots qui font tout sauf vibrer (d’où leur nom ?), n’hésitent pas à dépecer à coups de griffes le chasseur d’Obi-Wan sur lequel ils ont réussi à s’accrocher.

Cela n’empêche pas nos héros de s’en débarrasser aisément avant d’arriver à proximité du vaisseau du général Grievous, dont les champs de protection sont encore actif, ce qui empêche nos héros de se poser ; en deux coups de laser bien placés, Anakin et son petit chasseur les mettent cependant hors-service (oui, les générateurs protègent de tout sauf des lasers – c’est con, c’est l’arme de 98% de la galaxie – et en plus ils sont placés sur les flancs du navire à la portée de tous les tirs et non à l’intérieur. Les conceptions de vaisseaux droïdes sont décidément fascinantes). Ils peuvent donc aborder tranquillement le navire et y détruire les quelques rares droïdes qui y montaient la garde. Coup de bol, bien que les droïdes n’aient pas besoin d’oxygène, ils en mettent dans tous les compartiments de leur vaisseau histoire de faciliter la survie d’éventuels envahisseurs jedis.

En tout cas, nos héros arrivent bien vite au plus haut point du navire, où dans un immense et confortable fauteuil devant une baie vitrée où l’on peut observer la bataille en cours les attend le Chancelier Palpatine (attaché au siège très dignement par les poignets, histoire de dire qu’il est prisonnier). Ce dernier pivote son assise vers ses visiteurs dans le plus pur style des grands méchants lorsqu’ils entrent dans la pièce. Mais avant que tout ce petit monde ne puisse engager la conversation, le comte Dooku arrive afin de régler leur compte aux jedis. Obi-Wan est vite mis hors-de-combat, et c’est Anakin qui se finit Dooku en deux coups de cuiller à pot en lui coupant les mains (ce qui constitue un certain handicap lorsque l’on pratique l’escrime, reconnaissons-le). Il récupère alors son sabre et avec un dans chaque main, propose de s’en servir comme ciseaux géants pour décapiter le bon comte.

Dooku s'inquiète : Anakin pourrait blesser quelqu'un avec ses ciseaux

Mais les bons comtes ne font pas forcément les bons amis (non, c’est impossible, je n’ai pas pu faire ce calembour ?) : Palpatine ordonne alors au jeune jedi de tuer cet ennemi de la République pour de bon. Notre héros hésite à peu près 30 secondes, et au moment précis où il dit "Non, je ne dois pas", le chancelier insiste un peu d’un "Tue-le", alors pouf, il le fait. Heureusement qu’il venait de dire lui-même qu’il ne fallait pas, sinon qu’est-ce que ça aurait été. Bon, en tout cas, il regrette un peu "Ah, un prisonnier désarmé quand même, crotte alors, je crois que j’aurais pas du en fait". Non, en effet, surtout de sang froid vu que la bataille était finie et que tu avais pris le temps de réfléchir.  On mettra ça sur le compte du chancelier et de tes hormones (et non sur les hormones du chancelier, hein). Palpatine le rassure : il le fallait de toute manière. Et puis, c’est dans sa nature, hein, après tout, n’avait il pas déjà massacré les hommes des sables qui avaient tué sa mère ? Le vieux chancelier le presse cependant : il est temps de partir. Et puis laisse Obi-Wan sur place, jeune Skywalker, on en a pas besoin. Anakin insiste cependant pour emmener son maître inconscient avec lui.

Hélas, à peine nos héros ont-ils commencé à s’enfuir que le vaisseau de Grievous est gravement endommagé par des tirs républicains (oui, ces fins stratèges tentent d’abattre le vaisseau où est retenu leur chef alors qu’ils viennent de lancer une opération pour le secourir), et dans la panique, nos héros prennent le mauvais couloir et se retrouvent prisonnier de "rayons capteurs" (une sorte de cage magnétique). Ha, pas bête. Pourquoi ne pas les avoir utilisés plus tôt amis séparatistes ? En tout cas, ils sont désarmés et emmenés devant le général Grievous. Cet immense droïde avec quelques morceaux de vraie créature de chair dedans n’est pas commode, et comme tous les vrais méchants de Star Wars, il a un problème respiratoire (asthmatiques, vous êtes des seigneurs siths qui s’ignorent) puisqu’il n’a de cesse de tousser, bien qu’il n’aie pas de poumons. Quelqu’un a dû y réfléchir assez longtemps : "Dis-donc Michel, ça rime avec quoi Grievous ? – Heuuu, avec "qui tousse" ? – Okay, c’est bon ça coco, allez hop, un nouveau personnage à la personnalité recherchée dans la nouvelle trilogie !".

Les jedis réussissent cependant à récupérer leurs armes grâce à une ruse un peu pourrie intitulée "On va faire plein de grands gestes  et de  techniques jedis en espérant que la dizaine de gardes armés de ne tire pas" qui fonctionne à merveille, mais ils ne peuvent tuer Grievous, ce dernier brisant une vitre pour s’enfuir via l’extérieur du vaisseau (quand je vous dis qu’il n’a pas de poumons : voyez, ça lui sert) avant de rejoindre les nacelles de secours et s’enfuir. Laissés seuls sur la passerelle, nos jedis se retrouvent donc bien embêtés et aux commandes d’un vaisseau à la dérive. Malgré quelques soucis techniques et une bonne trentaine de mort dans la tour de contrôle de l’astroport Roissy-Charles de Coruscant, tout ce bel équipage se pose à bon port.

Anakin est donc reçu en héros par les sénateurs pour sa belle performance au combat, mais s’éclipse rapidement pour aller retrouver sa meuf, sa zouze, l’amour de sa vie : Padmé Amidala, sénatrice de Naboo & des pâtissiers (au vu des pains aux raisins qu’elle a dans les cheveux). Cette dernière lui apprend qu’elle est enceinte : hoooo vite, retourne dans l’espace Anakin, c’est beau.

Grievous, lui, est devenu le nouveau chef séparatiste suite à la mort du comte Dooku. Il continue cependant d’obéir au mystérieux Dark Sidious en secret, et reçoit de ce dernier l’ordre de déplacer les chefs séparatistes vers la planète Mustafar, une planète qui sent bon le kebab devrait permettre de mieux les accueillir.

Le plus fameux des droïdes tuberculeux

Mais revenons sur Coruscant, laissons Mustafar de côté surtout si l’on tient à notre portefeuille (oui, j’arrête les ratures, d’accord) et intéressons nous à Anakin qui entre deux scènes cucu la praline ("C’est toi la plus belle ma kikinette – non c’est toi le plus beau mon kikinou", etc) a des visions en songe de Padmé agonisant en accouchant et implorant son aide. Il décide donc d’aller consulter Maître Yoda, qui est quand même vachement moins cher qu’un psy puisqu’il est inscrit dans la convention collective des contrats jedis : ce dernier lui explique que pour ne plus avoir de problèmes avec des visions de gens qui meurent, il suffit qu’il ne s’attache plus aux gens.

Ah, ouais, pas con Maître Yoda. Je vais essayer. Mais vous ne seriez pas un peu sociopathe des fois ?

Palpatine, lui, continue de se montrer très gentil avec Anakin, ce qui finit même par intriguer ce dernier (quand même, il serait temps) : il propose d’en faire son représentant au Conseil des Jedis. Ces derniers acceptent, mais refusent de lui filer le logement, la voiture de fonction et le rang de Maître Jedi qui vont avec ; le jeune homme demande des explications, mais les jedis ne lui en donnent pas, ce qui forcément frustre un peu le petit père Skywalker, qui s’énerve. Une fois qu’il s’est bien énervé et qu’ils l’ont bien pris pour un busard, ils proposent via Obi-Wan qu’Anakin devienne la taupe du Conseil auprès du chancelier. Mais Anakin a beau trouver que le chancelier agit bizarrement, il ne veut pas jouer à l’espion car il aime quand même très fort le chancelier.

Attendez, le sage Conseil des jedis décide qu’il va utiliser comme taupe son agent le moins contrôlable et sur lequel Palpatine a le plus d’influence ? Et qui de surcroit se dit être un excellent ami du chancelier et qui prend toujours sa défense face aux jedis ? C’est très intelligent. A aucun moment vous ne pensez qu’il ne pourrait tout dire au chancelier, comme il l’a toujours fait depuis bientôt 10 ans ? Non ? Bravo messieurs. D’ailleurs, les jedis n’hésitent pas à discuter de tout leur plan devant des soldats républicains. Le genre qui pourrait sûrement obtenir une promotion s’il rapportait tout à Palpatine. Mais ça aussi, c’est trop élaboré pour que le maître jedi moyen y pense.

Un soir, justement, Palpatine invite Anakin à venir au Zénith de Coruscant voir Mozart – L’opéra rock. Il en profite pour se poser en victime genre "Houlala je sens que les jedis m’en veulent, houuu, je sens qu’ils fomentent un complot pour contrôler la république, tu dois m’aider". Et Anakin d’avouer que les jedis l’ont envoyé l’espionner (bravo le Conseil jedi, l’opération secrète aura duré moins de 2 minutes). Palpatine lui explique aussi que quand même, bon, le Bien, tout ça, c’est qu’une question de point de vue, hein. Et puis que bon, les siths & les jedis, c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Lorsqu’Anakin décide de prendre la défense des jedis ("mais non, ils sont gentils !"), Palpatine défend les siths. Cela ne met en rien la puce à l’oreille de notre surdoué national. D’ailleurs il ne voit rien non plus lorsque, comme depuis deux films, le chancelier lui cire les bottes et le monte contre les jedis avec des ruses dignes d’un sabotier hollandais type "Tout de même, qu’ils sont bêtes ces jedis de ne pas reconnaître à quel point tu es fort et fabuleux, ils sont jaloux de toi". Et dans la foulée, parce que bon, allons-y, on est plus à ça près, Palpatine lui raconte "une légende Sith que les jedis ne racontent pas" (Anakin pourrait dès lors se demander comment lui la connait, mais non), la légende de Dark Pleguis, un Seigneur Noir "Puissant et sage" ("cliiiiiiiiiiin d’œil, je trouve les Siths sages et respectables Anakin, cliiiiiiin d’œil"), qui pouvait préserver "ceux qui lui importaient" de la mort. Là aussi, quelle drôle de coïncidence Anakin, il parle pile de ce qui t’intéresse, pile avec les mots que les jedis et toi employez. Et en plus, dans un contexte qui n’a rien à voir, ce qui n’est pas étrange du tout, puisque vous êtes en train de regarder un opéra rock qui n’a rien à voir avec une quelconque légende Sith ou même avec votre conversation en général. Anakin demande s’il pourrait apprendre ce pouvoir de vaincre la mort tout de même bien utile, et Palpatine de lui répondre "en aucun cas auprès d’un jedi". Tiens ? J’ai cru voir un sous-entendu. Mais très gros.

Je crois que c’est à cet instant précis que s’intègre la scène coupée où le chancelier entame un langoureux lap-dance contre Anakin en criant "je suis un sith, prends moi, prends moi fort, suis moi du côté obscur tu verras comme c’est bon". Jugée trop subtile par le grand public par rapport au restant du dialogue précédent, elle a été retirée avant la sortie en salle.

"Mon petit Anakin, as tu déjà vu un Sith tout nu ?"

En attendant, après tant de dialogues, vous prendrez bien une petite scène de bataille ? Fort bien, allons sur Kashyyyk, la planète des wookies, où Yoda dirige l’offensive contre les droïdes. A noter que les wookies sont tout de même de sacrés andouilles d’animaux laineux : alors qu’ils sont tranquilles derrière des barricades à attendre un débarquement de droïde sur une plage, à l’approche de l’ennemi, ils sortent tous à découvert pour les attendre sur le sable. Hmmmm les fortifications servaient donc à… ?

Bon, de son côté, Obi-Wan est envoyé sur une petite planète où le général Grievous a été localisé ; si la République en finit avec ce leader, la guerre pourrait s’arrêter. Enfin, ça c’est ce qu’ils disent : lors que Dooku est mort, c’est son second (donc Grievous) qui a pris la suite. Ca peut durer un moment comme ça. En tout cas, arrivé sur la planète en question, maître Kenobi est informé discrètement par ses dirigeants que la planète est prise en otage par les séparatistes et leurs droïdes qui se cachent dans les sous-sols. Ni une ni deux, le jedi attrape un lézard géant et couineur, histoire d’approcher l’ennemi. Particulièrement discret. Tant et si bien que malgré son animal de plusieurs tonnes produisant des cris immondes tous les deux mètres, Obi-Wan arrive à entrer discrètement jusque dans la salle de réunion secrète (je… je ne me l’explique pas non plus) où Grievous annonce aux leaders séparatistes qu’il compte les mettre en sécurité dans le système Mustafar.

Et plutôt que de sauter droit sur le dos du général Grievous pour le transformer en pièces détachées pour Fiat Punto à grands coups de sabre laser, il préfère sauter juste derrière lui avant de le saluer pour bien que tous les gardes de la salle (dont aucun n’avait remarqué un jedi monté sur un titanesque saurien jusqu’ici) le mettent en joue. Mais comme le leader droïde est au niveau du scénario et de l’intrigue, il décide de combattre seul l’envoyé républicain, et sort donc ses 4 bras mécaniques chacun équipé d’un sabre laser piqué sur le cadavre d’un jedi. Cependant, l’observateur attentif notera que Grievous ne s’en sert que de 2 à la fois, histoire que tout cela ne serve à rien.

Même les combats sont illogiques. Même les combats.

Malgré tout, le duel est interrompu par l’armée républicaine qui débarque en force, descendant en rappel depuis les passerelles surplombant les droïdes (heu ? Vous étiez en hauteur et à couvert, quel est l’intérêt ?), et Grievous s’enfuit promptement face à ce déploiement de forcedans une sorte de pneu Michelin futuriste ; notre héros le poursuit donc aidé par son fidèle lézard. Dans l’affaire, le jedi y perd son sabre, et tout se finit par un duel dans un coin désert de la base (original les duels dans une zone déserte) ; coup de bol pour Obi-Wan, non seulement un pistolet blaster traine dans le coin, mais en plus, Grievous a gardé parmi ses éléments de chair son petit cœur (très pratique pour pomper l’huile dont il a besoin, probablement) ; et non seulement contrairement à d’autres droïdes moins perfectionnés notre bonhomme ne dispose pas de boucliers, mais en plus, son coeur n’est même pas dans un truc vaguement verrouillée et blindé, mais bien ouvert à tous vents : Obi-Wan tire donc en plein dedans et le général séparatiste meurt bêtement. Les droïdes ont donc non seulement des vaisseaux conçus de manière ridicule (et ce depuis le premier épisode), mais il en va de même pour leurs leaders.

Ok général, vous bloquez le sabre de votre ennemi avec deux des vôtres ; vous pouvez donc en profiter pour lui taper dessus avec les deux autres, non ? Non.

Un brève intermède nous présente le plan des jedis : si le général droïde est bien mort et que malgré tout le chancelier ne renonce pas à ses pleins pouvoirs, les jedis devront faire un coup d’état pour remettre en place la démocratie (oui, mais si Grievous est mort et que la guerre continue tout de même, reprise par un des nombreux autres leaders séparatistes ? Ou alors pourquoi ne pas convaincre les sénateurs d’agir sans violence et via la loi ? Qu’est-ce que c’est que ce plan tout pourri ?). Mais surtout… surtout, nous avons le droit à LA grande scène de la prélogie : Anakin se rend chez le chancelier Palpatine, et celui-ci se propose de l’aider à franchir "les mensonges des jedis" et à "tout lui apprendre sur la force". Anakin commence alors vaguement à se douter de quelque chose. Peut-être aussi aidé par la décoration d’intérieur du chancelier qui a mystérieusement changé : plus sombre avec des statues inquiétantes et des fresques de combats. Ou peut-être ne sont-ce que des nains catcheurs coulés dans la carbonite, on ne peut jamais vraiment trop savoir. En tout cas, à force de répéter des propos discrets comme "les jedis sont des gros cons" et "les siths des gens formidables", Anakin finit par sentir que le chancelier doit être vaguement du côté du second camp : il sort donc son sabre laser. Mais avec un argument choc ("Seul le pouvoir du côté obscur peut sauver Padmé"), le chancelier lui fait remballer son arme. Anakin repart donc en expliquant à Palpatine qu’il va le dénoncer, ce qu’il fait auprès de Maître Windu, le bad motherfucker jedi. Ce dernier et quelques chevaliers s’en vont donc pour expliquer à Palpatoche qu’il n’est un Dark Galopin et éventuellement l’arrêter. Et il demande à Anakin d’attendre loin de là et de ne pas s’en mêler, tout confus qu’il est.

Seulement voilà : Palpatine attend nos jedis de pied ferme, et en deux temps trois mouvements, tue grâce à son sabre laser de poche tous les chevaliers qui accompagnaient Windu grâce à la technique cette fois dite du "Moi je saute en faisant "Reeeeuyaaargh" avec la bouche et toi tu gardes ton sabre au dessus de ta tête en attendant que je te frappe". Un sans faute puisque tous les chevaliers y sucombent ; Windu et le chancelier peuvent donc eux aussi faire leur petit duel de bon aloi, avec tout un tas de pirouettes inutiles (au lieu de faire un pas de côté tout simple par exemple ils choisissent de faire la roue) histoire de caser des chorégraphies cools partout. Et des grimaces & cris ridicules pour le vieux sith. Celui-ci finit d’ailleurs par être désarmé, à la merci de maître Windu.

Anakin arrive sur ces entrefaites et assiste à un duel de réparties d’anthologie : Palpatine accuse les jedis d’être des traîtres, Windu répond "non, c’est lui le traître", bref, miroir magique, c’est celui qui l’dit qui y est et pas l’droit de retoucher son père. Quels dialogues épiques. Enfin, ça ne sert à rien de tenter de convaincre Anakin ; après tout, ça fait plus de 10 ans qu’on lui enseigne qu’il faut se méfier des siths et qu’ils sont avides de pouvoir, Palpatine a avoué en être un et de ce fait avoué qu’il mentait à l’ami Skywalker depuis 10 ans, sans compter que du coup toutes les fois où il a monté ce dernier contre les jedis prennent un autre sens : notre héros peut ainsi réaliser que ce vieux filou le manipule depuis longtemps.  Et c’est Anakin qui a dénoncé Palpatine, alors il sait quand même qui est le traître, c’est même pour ça qu’on en est là, non ? Le vieux sith d’ailleurs, tient en respect le sabre laser de windu grâce à des éclairs d’énergie qu’il balance à l’aide de ses petites mimines, mais la consommation de tant de puissance lui transforme rapidement le visage en sorte de réplique d’Armande Altaï. Il prend quand même le temps d’appeler Anakin à l’aide tout en lui répétant qu’il a le pouvoir de sauver Padmé. Oui enfin attendez les gars : c’est pas Anakin qui disait lui-même que le mensonge était une arme des Siths ? Du coup il pourrait en déduire que cette histoire de pouvoir de sauver Padmé est un… ? Un … ? Allez. Un effort.

Mais soudainement, c’est Windu qui devient très bête : "Il contrôle le sénat et la justice, on ne peut pas le livrer vivant !" ; ah oui, mais tu étais venu pour ça à la base, et en le sachant. Alors pourquoi ce soudain revirement ? "Il faut donc le tuer !" ; et c’est Anakin qui explique au vieux et sage Maître Jedi qu’il ne faut pas, que c’est contraire au code des jedis. Oui, tout est totalement incohérent, les personnages disent tout et leur contraire en l’espace de deux minutes…

"Je suis venu pour t'arrêter...te tuer...t'arrêter... te... merde, je suis venu faire quoi ?"

Windu prend donc bien la pose du "Je vais le tuer, mais si quelqu’un s’y oppose, il doit m’arrêter maintenant" sans essayer de réfléchir (chose qu’il arrivait pourtant à faire au cœur des pires batailles jusqu’ici), et il lève donc son sabre laser bien au-dessus de sa tête (mais bon sang,  ça fait trois épisodes qu’on le dit : il n’y a pas besoin de force d’inertie pour un sabre laser, bordel !). Anakin lui coupe la main avant qu’il n’abatte son arme pour l’empêcher de porter le coup fatal (l’idée de mettre son sabre entre les deux ne lui est pas venue à l’esprit). Aussitôt, Palpatine balance à nouveau des éclairs dans le pif de Mace Windu pour le tuer maintenant qu’il en a l’occasion. Ce qu’il réussit avec brio.

Anakin s’effondre donc : "Qu’est-ce que j’ai fait ?"

Réponse objective : dans l’immédiat, disons rien qui ne te condamne pour l’éternité : tu as juste empêché un jedi d’exécuter un prisonnier, par respect pour le code & pour la vie des gens. Un peu brutalement, mais bon. Par contre, le prisonnier vient de tuer le jedi en question, et de révéler qu’il était vraiment un sombre enculé totalement à l’opposé de ce pourquoi tu viens d’agir. Tu dois donc en déduire, vu que tu étais venu pour le capturer et que tu as coupé la main de Maître Windu pour qu’il soit capturé vivant que tu dois le capt…

"Je ferai tout ce que vous souhaiterez, maître", dit Anakin sans raison aucune.

Mais quel con. Voilà ce que peut appeler l’un des rebondissements les plus mal ficelés de l’histoire du cinéma. Tiens, d’ailleurs, tant que j’y pense, sous sa vraie forme fripée, Palpatine semble aussi avoir quelques problème de gorge. Quand je vous disais que tous les gros méchants en avaient. En tout cas, Anakin demande au sith de lui donner le secret pour sauver Padmé, et ce dernier lui avoue que haha, en fait, il ne l’a pas. Mais Anakin n’étant plus à une incohérence près, et le film non plus, il s’empresse malgré tout de dire que c’est fabuleux et que tiens, il va prêter allégeance à son nouveau maître, qui se met à le vouvoyer après des années de tutoiement (allez savoir pourquoi) et lui donne son nouveau nom : Dark Vador (il hésitait entre ça et Dark Glopinou). Puis, Dark Sidious puisque c’est son nom annonce que tous les jedis sont des ennemis de la République, puisqu’ils viennent d’essayer de s’en prendre au chancelier.

Et bien sûr Anakin – enfin Dark Vador – opine du chef. Alors qu’il est précisément celui qui connait la vérité, c’est-à-dire, qu’ils venaient arrêter un Seigneur Sith. Y a t il encore quelqu’un qui écrit ce film ? Non, puisque Dark Sidiou appuie sur le fait qu’Obi-Wan doit mourir, comme ses potes. Oui, tu sais, Obi-Wan, le mec a qui tu as sauvé une dizaine de fois la vie et que tu apprécies tant malgré tout ? Ca ne te pose pas de problèmes de le tuer ? Ha bon. Et tiens, il te donne aussi l’ordre d’aller massacrer tous les jedis, surtout les enfants, dans les temples : ça ne te choque pas ? Toi qui refusais que l’on tue des gens désarmés il y a 30 secondes ? Non ? Surtout quand il ajoute "Cela te donnera le pouvoir de sauver Padmé", alors que 1) il n’y a aucun rapport de cause à effet, 2) il a dit il y a 5 minutes qu’il ne savait de toute manière pas comment faire ?

C’est la grande scène de la prélogie, hein, celle où tout bascule, je le rappelle, notez le soin qui a été apporté à son écriture.

Publicité : pour toute conversion au côté obscur, une paire de lentilles de contact est offerte

D’ailleurs, comment exécuter les autres jedis, dispersés sur différents fronts dans la galaxie ? Aucun soucis : le chancelier en commandant les clones avait demandé à ce qu’on y inclue "l’ordre 66" (pas 03, 12, ou "exécution" au 8 38 38 ; ça fait plus méchant), qui consiste à ce que les clones se retournent instantanément contre les jedis. Et ça marche plutôt pas mal, les jedis commandant la plupart du temps des troupes de clones et se retrouvant donc en slip contre leurs anciens alliés. Jedis qui n’étaient pas avertis d’ailleurs que le chancelier était un Seigneur Sith et donc que les troupes à son service risquaient de se retourner contre eux, maître Windu ayant bêtement oublié de leur envoyer un message quand il a appris la vérité.

Seul Yoda, qui a un sacré instinct (il avait mis une alerte google sur les mots clés "jedis" "branlée" et "feinte") échappe à la tentative d’assassinat. De plus, il n’a pas que des clones avec lui, mais aussi des wookies, qui sont tout de même incroyablement moins réceptifs aux ordres 66.

"Exécutez l’ordre 66, amis wookies !
- Greeuuu roooooh !
- Non, pas un gigot d’agneau : l’ordre 66 !
- Rooooooh sgreuuuuu rrrrrrrrruuuuu ?
- Nom d’un petit sabre laser ! 66 ! Le chiffre entre 65 et 67 !
- Grrrrruuuuuuuuu…."

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Bref, de fait les wookies sont donc plutôt du côté de Yoda, dont le côté petit et vert leur rappelle leurs excréments, pour lesquels ils ont un certain amour. Ils l’aident donc à s’enfuir vers l’espace, où il finit par trouver refuge, ainsi que l’ami Kenobi, au sein du vaisseau d’un sénateur guère enchanté de la situation, un certain M. Organa. A bord, il annonce aux jedis qu’un message partant de leur temple risque d’attirer les survivants isolés dans un piège, puisqu’il proclame "Youhou, la guerre est finie, rendez-vous vite au temple jedi de Coruscant sans armes, c’est important, et non, ce n’est pas du tout un piège, non, allons". Obi-Wan propose d’aller le désactiver (Obi-Wan, Coruscant est une planète ENTIERE couverte de tissu urbain : ils n’ont peut-être pas qu’un seul système de communication ? Ils pourraient donc le remplacer au pied levé, non ? Non ?)

Anakin, lui, après une bonne journée de travail à tuer des enfants, décide de rentrer chez lui pour annoncer à sa femme que tout ce bordel, là, dehors, ce sont les jedis qui ont tenté de renverser la République, il a même vu Maître Windu tenter d’assassiner le chancelier. Oui, ho, moi non plus, je ne cherche même plus à comprendre la logique des dialogues. Il explique ensuite qu’il va aller sur Mustafar sur ordre du chancelier, en finir avec les leaders séparatistes et donc avec la guerre (car oui, les jedis semblaient l’avoir oublié : il y avait aussi ces gens là, pas seulement Grievous). Etant donné que c’est Dark Sidious qui avait donné l’ordre que les chefs de l’armée droïde soient mis en sécurité sur Mustafar, on comprend bien qu’il compte faire le ménage parmi ses anciens collaborateurs. Dark Sidious qui en profite aussi pour réunir le sénat en session extraordinaire. Personne n’y remarque que tiens, c’est marrant, le chancelier ressemble vachement plus à Armande Altaï que la dernière fois, non ? Sûrement un problème de peau. Je vais lui offrir de l’eau précieuse à la sortie, tiens. Et puis il a un soucis de gorge quand il parle ou quoi ? Hmmm problème de peau et voix qui change, il doit nous faire une puberté tardive… Bon en tout cas, c’est ce que doivent penser les sénateurs pour ne pas trouver ça louche j’imagine. Ca et puis le fait que Palpatine dise que son corps a été mutilé par la tentative d’assassinat des jedis (ça explique les yeux jaune serpent ? Ils sont forts ces jedis.). D’ailleurs, pour finir son discours, il déclare que la République est désormais un empire.

Le chancelier Palpatine ressemble désormais à ça, mais personne ne semble y prêter attention

Sur Mustafar, Anakin massacre tous les leaders séparatistes désarmés pourtant prêts à se constituer prisonnier (je vous renvoie une fois encore à ce qu’il disait au moment où il a coupé la main à l’ami Windu), et en devient si méchant que lui aussi gagne le droit d’avoir des yeux de vil malandrin. Avec ça, pas sûr qu’il puisse encore faire beaucoup de bisous à Padmé.

Au temple jedi de Coruscant, Obi-Wan désactive le faux signal rappelant  lui tous les jedis, et le remplace par un autre expliquant la situation (ah, si Maître Windu avait commencé par ça…). Et en profite pour consulter les enregistrements de sécurité du temple, sur lesquels il peut voir Anakin massacrant les enfants jedis, et l’empereur lui donnant un susucre pour ce fait, le nommant désormais "Dark Vador". Il est donc plein de désarroi. Mais Yoda & lui ne se démontent pas : le premier va aller stopper Dark Sidious, et le second son ancien apprenti. Direction le sénat pour l’un et pour l’autre les appartements de Padmé, pour obtenir des informations sur l’emplacement où Anakin pourrait être. Devant le refus de collaborer de la sénatrice, l’ami Kenobi décide de se cacher dans son vaisseau lorsque celle-ci ira le voir pour avoir quelques explications sur tout ce ramdam.

Et effectivement, Padmé saute vite dans son rutilant navire spatial et se rend sur Mustafar, où elle retrouve son mini-sith préféré et le serre très fort dans ses bras. Elle lui dit que c’est fin con, cette histoire de basculer du côté obscur pour "la sauver". Lui insiste, si si, c’est important. Et puis merde, il a quand même apporté la paix dans la galaxie en massacrant tout le monde, elle pourrait dire merci. Et puis il est si fort qu’il pourrait en finir avec le chancelier quand il veut et régner sur la galaxie avec elle, alors bon, hein, c’est quand même mieux qu’un plan épargne pour acheter une maison à Charleville-Mézières, non ? Padmé est un peu déçue, elle le préférait avant, quand il n’avait pas les yeux injectés de sang. Et comme il aperçoit Obi-Wan sortir du vaisseau de Padmé, il l’accuse d’être dans le complot contre lui et la strangule à distance, l’un de ses tours de passe-passe qui feront sa marque de Seigneur Sith, l’équivalent des petites souris chez Garcimore. C’est malin, ça, le coup du "Je fais tout pour te sauver ! Et ça ne te va pas ! Pour la peine, je te strangule ! Gnnnn !" ; et derrière expliquer à Obi-Wan qu’il compte protéger Padmé car il ne peut vivre sans elle. D’ailleurs, elle a beau être enceinte, au sol, inconsciente et sur une planète hostile (Mustafar est une planète moult volcanique), ça n’a pas l’air de le choquer. Ca doit être sa manière à lui de la protéger. Les dialogues n’ont rien à voir avec ce qu’il se passe à l’écran, c’est fabuleux.

En tout cas, c’est parti pour le duel sur une planète quasi-déserte (hmmm original, décidément) entre Obi-Wan et Anakin, car il est temps. En route pour quantité de pirouettes et d’échanges de coups. Le combat débute sur la vaste plate-forme d’atterrissage des navettes, mais ce n’est pas assez spectaculaire, il faut un lieu plus étroit : ce sera donc la salle de contrôle où gisent les corps des leaders séparatistes. Ah, mais qu’est ce que c’est large encore ! Vite, un endroit encore plus réduit ! Nos deux combattants s’affrontent donc sur une table de réunion. Mais c’est encore trop grand, ils iront donc sur une étroite passerelle.  Mais devant le confort qui s’offre à eux (oui, je sais, c’est lassant), leur choix se porte sur un simple tuyau enjambant de la lave en fusion. Puis, ce sera en escaladant un débri de base sombrant lentement dans la lave qui… quoi ? S’ils ne sont pas brûlés en étant si près ? Bien sûr que non ; Haroun Tazieff ne portait des combinaisons argentées pour approcher les volcans que parce qu’il aimait les tenues flashy un peu disco. Mécréants, tout le monde sait que du liquide à 700 degrés minimum, ça ne brûle pas. Où en étais-je ? Ah oui : après tout cela, les adeptes du sabre laser continuent leur duel sans fin cette fois montés sur de minuscules droïdes volant à quelques centimètres de la lave toujours. De temps à autre, Anakin lâche un "Vous avez tenté de tuer le chancelier, vous avez comploté contre lui", rappelant au spectateur qu’il raconte n’importe quoi. Georges Lucas a dû se dire "Il faut justifier pourquoi il est du côté obscur quand même !" sans revisionner les scènes précédentes où ça ne colle pas. En tout cas, pour finir de rigoler, nos filous finissent à deux sur le même petit droïde (je vous le disais : toujours plus étroit jusqu’au bout : Padmé aurait porté un string qu’ils se seraient affrontés sur la ficelle).

Vilaine Padmé ! Va faire la vaisselle au lieu de me faire la morale !

L’affaire s’achève enfin lorsqu’Anakin tente de faire une millième pirouette inutile, et qu’Obi-Wan comprend enfin que c’est l’occasion rêver de lui taper dans le gras : le jeune Vador perd ses deux jambes ainsi qu’un bras (pas mal !) d’un coup bien placé. Il chute donc bêtement sur une pente qui l’emmène doucement vers la lave. Lave qui se met soudainement à brûler les gens qui sont trop proches (ah, d’accord, et pourquoi ça ne le faisait pas avant ?), et Anakin prend donc feu, ce qui est assez douloureux tout de même. Et Obi-Wan le laisse là.

Heu… tu ne l’achèves pas ? Non parce que tu es un peu venu pour le tuer. Tu préfères qu’il revienne se venger plus tard et que tout ça n’aie servi à rien ? Et quand bien même tu aurais préféré le laisser vivre, il brûle : ce serait sympa de l’achever, c’était ton ancien apprenti, il souffre là. Non plus. Bon. Notre Maître Kenobi préfère donc repartir dans son rutilant vaisseau, emmenant une Padmé en petite forme avec lui. Il retrouve sur une base discrète au sein d’une ceinture d’astéroïde le sénateur Organa ainsi que Yoda, et ils découvrent que Padmé se laisse mourir (elle n’a plus de volonté de vivre depuis que son Anakinou d’amour est devenu un brigand), mais a quand même le temps d’accoucher de deux morveux : Luke et Leïa, de charmants jumeaux plus ou moins mâle et femelle. Puis, elle meurt, parce que bon, il était temps : ça fait trois épisodes qu’on avait envie de la gifler quand même.

J’allais oublier : un peu auparavant, Yoda débarquait dans le bureau de l’empereur sur Coruscant, et le défiait au combat, combat qui se poursuivait donc jusqu’au sénat qui était… qui était… allez, quel adjectif ? Désert, bravo ! Avec là encore de superbes pirouettes (plutôt que de marcher deux mètres, nos deux petits vieux enchainent les triples saltos), mais qui finissent hélas par la fuite de Yoda, pour des raisons qu’on ne saisit pas bien (visiblement, il avait tout de même plutôt le dessus, mais après une chute, a décidé de fuir lâchement) ; l’empereur en profite pour préparer une navette pour Mustafar, car il perçoit du danger pour son nouvel apprenti tout neuf. Et en arrivant, en effet, il le trouve rampant de son dernier bras en bord de rivière de lave. Ha, quelle déception, il est tout cassé. Pas de problèmes, on va le ramener à la maison, où on va le soigner en le coinçant dans une combinaison mapa géante pour ne pas qu’il se frotte trop ses brûlures ; on a mis de la biafine dessus, il ne faut plus y toucher. L’empereur constatant que son disciple manque malgré tout d’un défaut respiratoire propre à tous les méchants, il lui propose aussi une greffe de casque avec respirateur intégré, pour s’assurer que l’on reconnaisse l’alignement chaotique mauvais du personnage.

Notez que lors de l'opération, les robots médicaux ont même pensé à retourner le blessé pourtant attaché à sa table pour lui greffer une indispensable cape

Les premiers propos du ressuscité attaché à sa table vont à ce qui sied à un méchant qui nait : "Où est ma meuf ?", et l’empereur de lui répondre que, haha, c’est con, mais tu l’as tué dans un de tes caprices gros malin. Dark Vador est donc très en colère et descend de sa table d’opération façon créature de Frankenstein. On pourrait s’attendre à ce qu’il bourre la gueule de l’empereur, dans ce petit moment de rage, genre "Tout ça, c’est de ta faute ! Tu m’avais dit que le côté obscur la sauverait ! Tu m’as menti !", mais non. Je ne cherche plus à comprendre depuis longtemps. A la place, il pousse un petit cri de collégien qui vient d’apprendre que Lucille des 6eB le plaque pour Kévin, le 5eA trop fort en sport.

Pendant ce temps, Yoda & Obi-Wan se demandent où cacher les enfants Skywalker, là où les Siths ne penseraient jamais à les retrouver… voyons voir… hmmm… ah je sais : un chez la famille du sénateur Organa, qui voulait adopter une fille de toute manière, et l’autre sur Tatooine, dans la famille Skywalker ou ce qu’il en reste du moins. C’est une excellente idée : jamais un Sith comme Dark Vador ne pourrait penser à trouver un enfant dans sa propre famille. Ou encore moins supposer qu’on ai pu le cacher dans la famille du sénateur qui a montré l’attitude la plus rebelle lors de l’éradication des jedis. Sans compter que c’est un personnage public : tout le monde va apprendre qu’il a adopté un enfante pile-poil au moment où Padmé devait accoucher. Vraiment les jedis, vos plans sont fabuleux. Vous les auriez déposé à la DDASS que c’était plus sûr.

Yoda annonce aussi que le secret de l’immortalité existe : Qui-Gon lui même est revenu des profondeurs de la force. Il est désormais possible en s’entrainant de communiquer avec lui pour entendre son esprit. Et de lui raccrocher au nez à volonté, parce qu’il est un peu lourd quand même. Obi-Wan va donc pouvoir s’entrainer à ce petit jeu pendant que Yoda et lui seront en exil chacun de leur côté.

Dans leur coin, Dark Vador et l’Empereur se demandent comment ils vont occuper leurs journées maintenant qu’ils dominent l’univers, et la réponse est limpide : ils vont essayer de construire la plus grosse boule de pétanque de la galaxie. Ainsi débute le projet de l’Etoile Noire, dont ils assistent au début de la contruction.

Et… FIN !

Voilà, merci M. Lucas de m’avoir montré la voie de la vraie écriture, de la cohérence et de l’intrigue bien ficelée. Ça valait le coup de faire une nouvelle saga pour justifier la première.

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