"Ça n’a pas l’air d’aller patron ?"

Diego fronça un sourcil, notant la boîte de cigare encore pleine à cette heure avancée de la soirée, son employeur étant là, enfoncé dans son fauteuil près du feu de cheminée. Il nota que celui-ci se contentait simplement, de temps à autres, de jeter un peu de petit bois dans l’âtre, alimentant les flammes jetant une lueur orangée et tremblante alentour.

"Je me fais vieux Diego. Je n’ai plus les bonnes références, je crois qu’il faut que je fasse autre chose. De la peinture, peut-être ?
- Allons, il ne faut pas vous laisser aller comme ça… vous ne voulez pas que je fasse monter une stagiaire ?
- Non. Je veux rester seul à contempler l’âtre reflétant mon âme se consumant dans les affres du web. Va, Diego. J’ai besoin d’être seul."

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Le serviteur hésita, ne pouvant accepter de voir son employeur dans pareil état. Mais après des années de bons et loyaux services, il commençait à connaître le bougre.

"Bien, alors je me retire Monsieur. Vous ne voulez rien d’autre ?
- Non, je veux du temps pour m’assagir. Quitter mes vices.
- Vous voulez dire que vous résisterez désormais aux tentations ?
- Parfaitement.
- Alors ça ne vous dérange pas si je pose ce DVD sur ce guéridon par exemple.
- Pas du tout. Du tout. Rien, pas un picotement. Je… hem, quoi comme DVD ? Par pure curiosité bien sûr.
-  The Darkest Hour.
- Le… le film que j’avais raté ?
- Celui-là même.
- Je… non, ça ne me fait strictement… je… rien… du tout.
- Voulez-vous que je vous lise le pitch ? Il y est question d’envahisseurs et de jeunes américains benêts. 
- Gnnnn…. gnnnnn…. je…. dois… résister…
- Saviez-vous que ce film est si mauvais qu’il y a une erreur de cohérence rien qu’entre le pitch officiel et le film ? D’ailleurs il parait que…
- DONNE-MOI ÇA !"

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Diego eut juste le temps d’esquiver la sombre silhouette de son maître, se saisissant de l’objet avant de le faire tourner sous son oeil brillant de cruauté tout en ricanant. Puis, son rire se fit plus guttural et d’un pas assuré, il disparut en direction du salon.

L’humble employé se demanda si, quand même, il ne venait pas de faire une connerie.

Car : The Darkest Hour est-il si mauvais que cela ? Après tout, certaines critiques furent tout à fait positives. Aussi, il convient de vérifier de quoi il retourne : spoilons mes bons !

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L’affiche : des explosions ET de la désintégration ? Monsieur l’ambassadeur, vous nous avez vraiment gâtés.

Tout commence quelque part au-dessus de notre bonne vieille Terre, au sein d’un avion russe pour être précis. A bord, Sean et Bean, deux américains à l’humour digne d’un épisode de Samantha Oups, et aux têtes qui semblent appeler les balles à sanglier, sont occupés à se chamailler avec les hôtesses parce qu’ils refusent d’éteindre leurs téléphones portables avant d’atterrir, pour la simple et bonne raison que… hé bien qu’ils sont trop cools. Tiens, j’ai écrit cools ? Curieux. Qu’importe ! L’hôtesse la plus proche leur fait quand même les gros yeux, jusqu’à ce que soudain, toute l’électricité de l’avion lâche : c’est la panique à bord. Du moins, un temps seulement, car bien vite la lumière est rétablie, le commandant de bord rappelant aux passagers que les avions russes n’ont pas besoin d’électricité : ils sont entièrement conçus à partir d’anciennes pièces de Trabant et peuvent donc continuer de voler, même avec une aile sur deux. L’évènement ayant calmé nos deux héros, l’avion peut donc atterrir en paix.

En plein jour d’ailleurs, alors que la scène se déroulait en pleine nuit. Oui, je sais, maintenant cela arrive dans la plupart des films. C’est beau, ce vaste naufrage d’Hollywood, mais, passons.

Nos deux héros arrivent sur la terre bénie de Lénine, Khrouchtchev et autres Gérard Depardieu pour échanger diverses stupidités, et rouler des mécaniques auprès des autochtones, et nous apprenons d’ailleurs le métier de nos deux génies : ils ont conçu une application smartphone pour le tourisme haut de gamme et sont à Moscou pour y obtenir les sous de quelques gros investisseurs. Et pour le détail, sachez que Sean incarne donc l’archétype du "Je suis cool, mais pas aussi intelligent que mon ami Ben, si seulement je pouvais arrêter de le décevoir et prendre ma vie en main" et Ben le meilleur ami du héros. Et tu sais ce que ça veut dire Ben ! Hmmm, il ne manquerait plus qu’un méchant avec un bouc, une moustache ou même une coupe de cheveux discutable et…

Ho !

Alors que nos héros rentrent dans l’immeuble où ils ont rendez-vous ce jour là, ils découvrent que la réunion avec les investisseurs pour leur projet a été commencée… et pénétrant dans la salle de réunion, ils y trouvent Skyler, un ancien associé qui les a doublé, fait cavalier seul et vend leur idée pour son seul profit !

Pour information, Skyler a un bouc, une moustache ET une coupe de cheveux discutable. Et en plus, il est européen. Ouch.

Je devrais faire une sorte de bingo des poncifs pour s’occuper devant un film. Attendez, je me note ça quelque part. Voilà. Nous disions ?

Ah, oui: dépités, nos héros décident d’aller faire ce qu’il y a de plus raisonnable : se saouler parce que bon sang, le milieu des applications touristiques a l’air d’être drôlement compliqué en fait, mieux vaut laisser ça aux grandes personnes. Entre deux rails de vodka et quelques verres de coke (non non, nous sommes en Russie ne l’oubliez pas), nos héros rencontrent donc deux jeunes filles : Natalie, une fille cool, et sa meilleure amie Anne, une bimbo blonde (là encore, jeu : devine qui va mourir). A noter que tous sont américains, et tous, bien que jeunes, riches, branchés et passionnés de téléphonie sont équipés de vieilles bouses de 1999. Il en va de même pour Anne, qui bien que photographe professionnelle, se prend en photo à bout de bras en faisant des duckfaces (véridique) avec un appareil d’un autre âge (mais numérique quand même). L’accessoiriste avait dû fuir le tournage, ils n’ont dû trouver que celui de Louis la Brocante pour le remplacer au pied levé. Toujours est-il qu’au sein de la même boîte de nuit où ils ont trouvé refuge traîne aussi le méchant Skyler, mais tout le monde reste à bonne distance histoire de ne pas en venir aux mains.

Mais pendant ce temps, à l’extérieur, un curieux orage comme celui qu’avait traversé l’avion peu avant de perdre le courant au début du film semble se former au-dessus de la ville… et pour respecter la tradition et bien, celui-ci se rapprochant de Moscou, il coupe le jus dans toute la ville, plongeant la boîte dans l’obscurité en plein milieu d’un bon vieux Patrick Sébastien. Dur. Comment on va savoir ce qu’il faut faire tourner maintenant, hein ?

Après que 7 personnes ont imité le bruit du fantôme, comme dans n’importe quel lieu comportant des lourds dont on éteint les lumières (un outil pratique pour détecter les lourds), notre petite troupe sort de l’endroit avec le reste des convives pour descendre dans la rue comme une bonne partie des moscovites, constatant au passage que toutes les batteries des téléphones ont lâché. Nos héros s’étonnent doublement en voyant au-dessus d’eux d’étranges aurores boréales orangées s’agiter en silence avant de laisser choir de petites boules orangées vers le sol. D’ailleurs, l’une d’entre elles se pose au milieu de la foule, qui effrayée, s’écarte promptement.

C’est sans compter sur la police locale, qui n’aime pas trop les atterrissages non autorisés de boules orangées et semi-translucides sur des places interdites au stationnement : l’un des agents des forces de l’ordre essaie donc de s’approcher pour étudier scientifiquement le phénomène à l’aide de la technique élaborée dite du "Et si j’appuie là, est-ce que ça fait pouitch ?"

Mais en fait non : ça fait plutôt proutch.

"Attendez les amis, j’ai déjà vu ça dans Harry Potter 7, c’est probablement un message du ministère de la magie"

Sitôt le truc en contact avec le fier fonctionnaire, celui-ci est instantanément désintégré. Et évidemment, aussitôt, d’autres boules arrivent en renfort pour courser les humains qui s’enfuient, les désintégrant tour à tour. On constate au passage que les boules perçoivent les humains comme des sources de chaleur ou d’énergie, qu’elles chassent goulûment.  Une sorte de gros Pac-Man, quoi.

Nos héros, entre deux hurlements, courent donc avec une partie de la foule vers l’abri de la boîte de nuit qu’ils venaient de quitter (et où même sans électricité, il y a toujours une lumière correcte, c’est fou) et tentent bien de fermer derrière eux, mais les boules poussent fort ladite porte, si fort que Sean, le petit jeunot blond et Youri, le gros videur de 280 kilos de muscles sont propulsés en arrière sur au moins, pfou, deux mètres. Sean se relève donc aussitôt, alors que Youri est… mort ? Tué par la chute. Ah. Bon. On va dire que Youri était très malade alors. Ou alors il a lu le script, ce qui expliquerait l’horreur visible sur son visage.

En tout cas, l’un des serveurs, dans la tradition de son pays, balance un cocktail molotov dans la gueule de l’un des envahisseurs, ce qui a l’air de moyennement lui plaire, mais nos héros s’en soucient peu : dans l’immédiat, ils cavalent. Comme il se doit, Skyler prouve qu’il est très méchant en abandonnant sa copine d’un soir au détour d’un couloir, l’enfermant avec une boule orangée pour mieux s’échapper ; mais plutôt que de réconforter la belle, lui proposer un resto, un dernier café puis une soirée Twister pour parler de tout ça, l’envahisseur se contente de lui désintégrer la gueule, faisant ainsi preuve d’un certain manque de savoir vivre : comme le savent tous les gentlemen, on ne désintègre pas le premier soir. Tsss.

Nos héros cavalcadent donc au milieu de la foule, et bien évidemment, ils sont les seuls à s’en tirer, Skyler compris, en allant se cacher dans la réserve de la boîte de nuit, probablement histoire de faucher une ou deux bouteilles avant de mourir. Sauf que visiblement, même si les aliens ont une vue particulièrement élaborée, ils n’ont pas pensé à regarder de ce côté là : la petite troupe peut donc s’isoler… et entendre que peu à peu, les sons de bataille déclinent au-dessus d’eux. Le temps se met donc à passer, et l’on voit les cartons et bouteilles de la réserve descendre, Skyler s’engueuler avec tous les autres parce qu’il est méchant (l’avais-je dit ?), et les réserves continuer de s’épuiser jusqu’à ce qu’enfin, une fois vides, quelqu’un s’interroge :

"Depuis combien de temps sommes-nous là-dedans ?"

Ho, bin sachant que vous avez vidé les réserves d’une boîte de luxe à vous 5, ça doit bien faire 1 mois et qu…

"27 heures." répond Skyler

Hein ?! Non mais attendez, vous buvez 20 bouteilles de l’heure ? Bouffez 60 boîtes d’olives chacun, que vous avez vidé tous les cartons ? Bon sang, et avec tout ça, vous n’êtes même pas enfermé avec des toilettes à disposition ? Je… vous cherchez à mourir d’une diarrhée collective ? Remarquez, pas sûr que les aliens viennent vous chercher si vous barbotez là-dedans, c’est vrai. Un habile stratagème, j’en conviens.

Toujours est-il que c’est donc avec un gros mal de bide que la troupe décide de ressortir de sa cachette, puisque l’on entend désormais plus rien. Certes, la progression est prudente, car l’ennemi semble capable de devenir plus ou moins invisible, mais la destination elle est décidée : l’ambassade américaine. Bon, Skyler a bien proposé une ambassade européenne, parce que c’est plus près, mais on lui a dit de la fermer, parce que l’Europe, c’est quand même pas un truc très sérieux. C’est donc après avoir trouvé quelques sacs à dos qui attendaient là (?) et fouillé 17 secondes le bar pour emporter quelques bouteilles (mais aucun objet utile, merci de poser la question) que nos héros partent à l’aventure, à l’extérieur de la boîte de nuit.

Dehors, Moscou est déserte. Les avenues sont emplies de voitures abandonnées, et les rues couvertes de la cendre qui reste des habitants du coin. Ici ou là, une paire de kalachnikov abandonnées laisse deviner que des gens se sont défendus avec un résultat, disons, relativement moyen. Attention cependant, car malgré ce spectacle de désolation, nos héros progressent sur les grands boulevards à découvert, hurlent en tombant de leurs talons pour les filles (véridique), et en s’interpellant pour les garçons. Ce qui donne :

"Là ! Regardez ?
- QUOI BEN ? JE NE VOIS RIEN !
- MAIS SI LA, LE BRUIT QUI VIENT DE LA BAS !
- J’ENTENDS RIEN ! PEUT-ETRE PARCE QU’ON HURLE ?
- APPROCHONS-NOUS DISCRÈTEMENT EN L’ANNONÇANT A HAUTE VOIX !
- D’accord !"

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Mais enfin ? Bon, bref ; le bruit en question est vite identifié : c’est une mamie qui a survécu et est en train de murer ses fenêtres. Nos héros s’approchent d’elle trop heureux de voir une survivante et lui demandent leur chemin, aidés de Skyler qui est le seul de l’équipe à parler le russe, mais écoutons plutôt.

"Skyler, demande lui où est la rue Popovski !
- *en russe* Madame, où est la rue Popovski s’il vous plait ?
- *en russe* C’est vous les bougres de cons qui hurlez au milieu des rues ? Vous avez pas envie de mourir un peu ?
- *en russe* J’ai un bouc et une moustache, vous croyez sérieusement que je vais arriver jusqu’au générique ? Alors autant pourrir les autres, ha !
- Que dit-elle Skyler ?
- Heu… elle dit qu’elle a très peur.
- *en russe* C’est malin, mais vous voulez pas plutôt que je vous prête un rasoir ?
- *en russe* Mamie, tu es une femme rusée, mais ce bouc, je le porte comme mon père, qui lui-même le tenait de son père, et même si aucun n’a jamais atteint la fin d’un film, c’est comme ça.
- Skyler ! Alors, cette rue ?
- Roh, les relous. Bon, elle dit que c’est tout droit.
- Alors on peut à nouveau parler très fort ? OKAY LET’S GO !"
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Hélas, malgré ces riches indications, nos héros se perdent encore. Sacrebleu ! Sans GPS et véritable carte, ils se demandent donc où ils pourraient en avoir une. Raaah, bon sang, où serait-ce possible d’en trouver ? Je n’arrive pas à me concentrer avec tous ces véhicules portières ouvertes autour de nous aux vide-poches remplis de papiers ! Tant pis… si seulement nous étions dans une ville vaguement touristique, peut-être pourrions nous trouver des boutiques de souvenirs ou offices de tourisme qui en ont… si seulement je n’étais pas un professionnel du tourisme, et si seulement nous n’étions pas sur la place Rouge, peut-être que je saur… OH SI, JE SAIS ! IL NOUS FAUT UNE VOITURE DE POLICE !

Je… ah oui. C’est une idée remarquez. Une mauvaise, absurde, incohérente et écrite avec les pieds, mais une idée me dit mon dictionnaire.

Mais ce n’est pas fini ! Car trouvant une voiture de police abandonnée sur la place, Sean et Ben foncent pendant que les autres vont se cacher, et rentrent donc dans le véhicule pour y prendre un… pied de biche !

Oui oui. Et vous savez pour quoi faire ?

Pour ouvrir la voiture !

Si.

Sean, occupé à chercher de quel côté on rentre dans une voiture

Parce que figurez-vous qu’ils ont deviné que la police russe rangeait toujours ses cartes dans son coffre (comme ça, quand ils en ont besoin, c’est pratique), et qu’ils ont oublié que tant qu’à être dans la voiture, plutôt que refermer les portières (ils l’ont fait, j’insiste sur l’illogisme complet de toute cette scène), il suffisait soit de rester dedans et d’atteindre ledit coffre, soit d’appuyer sur le gros bouton avec un signe de coffre ouvert visible sur le tableau de bord. Raaah… en tout cas, après cette série d’incohérences, nos héros pas peu fiers fouillent le véhicule et peuvent rajouter à leur inventaire une carte plus précise (en russe, mais bon), et des fusées éclairantes, que nos larrons préfèrent aux armes juste à côté. Chacun son truc. Non parce que même si elles ne servent à rien contre les envahisseurs farceurs qui ont visiblement disparu, dans un monde post-apocalyptique, ça peut servir. Maintenant, on a compris que vous étiez idiots les gars : ce serait juste gentil d’arrêter de le prouver. Je pense que si l’on écrivait un jour une biographique de Jar-Jar Binks, on y trouverait la plupart des scènes de ce film.

Sauf que pendant leur petite fouille, Kiki, un chien errant s’est approché, les a dépassé sans même tenter l’accouplement sur une jambe, et a aboyé un peu plus loin… avant d’être brutalement désintégré (c’est rare dans un film, mais c’eut été un chiot ou un chaton, c’est lui qui désintégrait l’autre par le pouvoir du kawaii) par un alien qui attendait là, immobile ! Un bruit de pet liquide plus tard (les boîtes d’olives et la vodka en intraveineuse font effet), nos héros se planquent donc paniqués derrière la voiture de police, hurlant à leurs amis d’aller se cacher dans un bâtiment voisin. L’alien s’approche donc lentement du véhicule, et Sean et Ben, eux, n’échappent à la mort que grâce à une ruse qui avait échappé à tous les moscovites : il suffisait de se cacher sous la voiture, et hop, les aliens ne les voient plus. L’envahisseur inspecte donc l’endroit sans trouver de cibles, et s’en va donc en sifflotant probablement pour désintégrer d’autres chiens un peu plus loin.

Bien bien bien, c’est très intéressant ma foi. Sinon, quand est-ce que ça arrête d’être nul ?

Une fois l’alien parti, l’équipe finit donc par se regrouper dans un centre commercial voisin, où Skyler se met évidemment à paniquer, comme quoi ça ne sert à rien, le monde entier a dû tomber, on va tous mourir, d’ailleurs, il y a une grosse épave d’avion à côté d’eux, bref, rien n’échappe aux envahisseurs. Mais Sean, en héros qui a enfin l’opportunité de révéler ses talents de meneur, explique qu’il faut garder espoir et surtout, utiliser ce que l’on sait : l’ennemi semble faire réagir les sources d’électricité. Quand il a foncé sur la voiture de police, toutes ses ampoules se sont allumées. Donc, en sortant la nuit, il devrait facile de voir, de très loin, si des aliens invisibles squattent, puisque les lumières à côté d’eux seront allumées ! Soit ! En sus, il propose de porter des ampoules sur soir, pour savoir si l’ennemi est proche : c’est un peu leur épée de Bilbo, le côté cosplay en moins.

Ça tombe bien, nos héros décident de passer la soirée dans le centre commercial à attendre qu’il fasse vraiment noir pour sortir, et en profitent pour prendre des vêtements plus pratiques que ceux qu’ils portaient en boîte. Sauf que pendant qu’ils se changent, les ampoules qu’ils portent désormais en pendentifs s’allument : l’ennemi approche ! Ni une ni deux, tout le monde se planque… sauf Sean qui lui décide de rester dans la vitrine du magasin où il était à se faire passer pour un mannequin, immobile. Et figurez-vous que ça marche !

Ce qui permet à Sean d’en déduire que… allez, jouons :

A)  les aliens sont cons comme des ânes morts

B) les aliens ne perçoivent pas les mouvements

C) les aliens ont une vision basée sur la détection des ondes électromagnétiques, or, la vitrine a bloqué celles-ci, le rendant invisible !

D) il a eu un gros coup de moule

Et non, ce n’était pas la réponse A, puisque Sean est incapable de faire cette déduction en étant au même niveau qu’eux, et bien la C, qu’il sort comme ça, de nulle part; et qui s’avère évidemment parfaitement exacte. Non parce que : comment sais-tu pour la vision électromagnétique  bougre de con, puisque toi tu ne regardes pas le film et n’a donc pas vu qu’elle voyaient les humains en orange et le reste du monde en gris ?

Ah mais oui, ça me revient : tout s’explique dans le fait que ce film est un gros coprolithe.

D’ailleurs, vous vous souvenez des avenues de jour, désertes et silencieuses ? Et bien parlons-en : sitôt que nos héros ont échappé à la patrouille de bouboules, ils décident de foncer – il fait suffisamment noir à présent – pour atteindre l’ambassade, à moins de 2 kilomètres. Et depuis que Sean a dit que dans le noir, voir les aliens seraient plus simple, et bien toutes les avenues résonnent du bruit des alarmes de voitures dès que les aliens passent à côté d’elles ! C’est quand même bien fait. Probablement qu’ils jouaient à la crapette en journée.

Arrivés à l’ambassade (instantanément ou presque, probablement que Sean, est en fait Gérard Majax et dispose de toute une panoplie de sorts de téléportation), la troupe constate que comme le reste de la ville, celle-ci a été ravagée par les créatures de l’espace. A l’intérieur, des restes d’équipement de soldats, douilles & co permettent d’imaginer ce que fut la bataille, et Skyler s’empresse de ramasser un fusil d’assaut sous le regard courroucé de ses amis, parce que les armes c’est pour les méchants, et que les gentils ne comptent que sur le pouvoir de l’amour pour se défendre, ainsi qu’un certain piston de la part du script. Sean explique qu’à défaut de trouver de l’aide, il faut grimper sur le toit de l’ambassade "pour connaître le meilleur trajet".

D’accord, mais, comme ça, question : "le trajet pour où ?". Non parce que vous êtes arrivés au seul endroit que vous vouliez atteindre alors… non ? Non, cette question n’intéresse aucun membre de l’équipe ? Très bien. Probablement un détail : après tout, vous allez juste risquer votre vie pour ça.

Et dire qu’il y a 20 minutes encore, nos héros se promenaient comme ça durant des heures dans Moscou sans rencontrer le moindre problème ou bruit. C’est fou comme l’intrigue change, comme ça, pouf

Mais Skyler, qui a décidément envie de se donner toutes les chances, déclare cependant que lui ne grimpera nulle part : non pas qu’il ait lui aussi constaté que le propos de Sean n’avait aucune logique, non : il n’a juste pas envie. Il se sépare donc en groupe de 1 et attend à la porte de l’ambassade que… heu… rien. C’est quand même incroyable les efforts qui ont été déployés pour faire de ce film une sorte d’étron flottant à niveau constant.

De leur côté, nos 4 autres loulous fouillent l’endroit et tombent, pile au moment où leurs fusées éclairantes improvisées en torches rendent l’âme, sur… des lampes à huile ! Car figurez-vous que peu avant de mourir, les derniers résistants de l’ambassade sont descendus dans les souterrains du coin, sont tombés sur des lampes à huiles chargées, mais oui, ont remonté le tout, réussi à contacter par radio des villes d’Europe ou moins de 10 survivants répondaient ici ou là, rédigé un rapport complet sur tout cela dans un cahier, rangé le tout, laissé la radio (qui marche mystérieusement), et sont allés mourir pour ne pas déranger.

Vraiment : sympas les gars. La prochaine fois mettez aussi des bières au frais, ce sera tip top.

En tout cas, sur la radio, nos héros captent un message en russe diffusé en boucle. "Si seulement on savait le traduire !" s’exclament-ils, "Ah mais au fait, il y a Tyler à la porte de l’ambassade ! Non attendez, j’ai mieux : oublions jusqu’à l’existence de son personnage le temps qu’il lui arrive une merde !". Et ce qui est dit est fait : nos héros s’interrogent sur qui pourrait traduire le russe (… soupir) en se plaignant. A noter d’ailleurs que plus le temps passe, plus on sent que, et là, vous allez être surpris, Natalie se rapproche de ce leader de Sean. Rrrrr.

Mais qu’importe, nos héros décident de grimper sur le toit pour observer la ville et constatent que les aliens s’en prennent à tout ce qui est électrique… et creusent donc pour s’en prendre aux câbles. Sauf que soudain, des coups de feu résonnent dans les rues un peu plus loin ! C’est Skyler qui a décidé de… repartir. Tout seul. En pleine rue. En tirant au hasard.

Ah ouais. Rappelez-moi : Skyler c’est bien le lâche ? Le lâche qui part tout seul alors qu’il était à l’abri ?

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Quelques temps plus tôt, à Hollywood.

"Et moi je te parie que j’écris tout un scénar avec ce fusain que j’ai trouvé par terre!
- Hahaha, pari tenu !
- Attends, je commence… mon fusain est sombre… je vais appeler ça… l’heure… la plus… sombre… rah, ça coule quand j’écris.
- Heu John… nan mais… en fait en le regardant là, je suis pas sûr que ce soit un fusain"

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Découvrant ainsi que Skyler est en train de filer, nos héros se rappellent soudain que, ha tiens, comme le dit Ben, "Il pourrait nous aider à traduire le message ! Il a des notions de russe !". Oui Ben, des notions : tellement qu’il le parle couramment depuis le début du film. Ah, que serait un film sans des dialogues rajoutés expressément pour ne rien apporter, à part des incohérences ? Peut-être un bon film, allez savoir. Mais c’est déjà bien de vous rappeler qu’il connait le russe, oui, pfou. Vous auriez eu cette idée il y a 20 minutes, vous n’aviez qu’à descendre un escalier pour lui parler.

Mais Skyler étant évidemment une andouille, il a décidé que ho bin en fait, il ne va plus faire attention aux lumières qui s’allument pour savoir où sont les aliens. Il va plutôt se promener en faisant du rien. Ce qui ne manque pas d’attirer l’attention d’un alien qui était occupé à mâchouiller un Claude François, célèbre objet conducteur d’électricité dont les aliens raffolent. Sean et Ben, partis à sa poursuite, arrivent trop tard : le pauvre est déjà coursé par l’alien entre deux rangées de voitures !

Bin je ne sais pas : dites-lui de se cacher dessous ? Ça vous a sauvé. Non ?

Non : nos héros se contentent de lui hurler "Cours, peut-être que les aliens sont mauvais en athlétisme", ce qui ne suffit pas : l’alien, vexé par ce commentaire qui lui rappelle ses mauvaises notes de sport à l’université galactique de Xlurb-21 en Schlurfball, se saisit donc de Skyler, le désintégrant sur le champ.

Ça alors, le type moustachu, à bouc, à coupe de cheveux louche, méchant, lâche et européen est mort ! Attendez : je vais payer un mime pour jouer la surprise à côté de moi pendant que je continue de rédiger cet article.

Retournant à l’ambassade sans que l’alien ayant mangé leur ami ne s’intéresse à eux, Sean et Ben (qui me font penser à Ben et Nuts à chaque fois que j’écris leurs noms, c’est affreux, cela dit eux aussi sont visiblement à base de noix) annoncent à leurs copines que bon bin, pour Skyler, c’est grillé (hohoho). Quel choc ! Si je m’attendais à ça. D’ailleurs Anne se lance alors dans un jeu d’actrice absolument immonde à base de "Ho mon dieu non je me tiens la tête en la secouant, je suis tellement bouleversée par cette nouvelle". Mais sa panique est de courte durée, car bientôt, l’espoir renaît : nos héros aperçoivent là-bas, dehors, un immeuble avec un dernier appartement allumé, et une silhouette humaine s’y déplaçant. N’ayant rien de mieux à faire, Sean invite ses amis à le suivre là-bas, afin de savoir comment quelqu’un, ici, peut encore avoir de l’électricité et vivre sans être inquiété.

Alors qu’il faisait nuit noire, et que l’immeuble avait l’air d’être à 50 mètres, il fait grand jour lorsque la troupe arrive à proximité. Heureusement, Sean explique ce phénomène par un "Dépêchez-vous, le soleil se lève !". Oui, et puis vite visiblement, pfou, c’est décidément très dur à gérer tout ça. En tout cas, filant dans l’immeuble à bon rythme, la troupe est heureuse de tomber au détour d’un couloir sur d’autres humains : Sergueï un vieux russe à moitié fou qui a transformé son appartement en forteresse barrée de fer, et Vika une fille ayant survécu par miracle s’étant réfugiée chez lui, attirée elle aussi par la lumière.

Une ville abandonnée… un truc apocalyptique… un groupe de survivant apercevant de nuit la lumière d’un immeuble et y découvrant un vieil excentrique ainsi qu’une fille survivant dans un appartement barré de fer avec des caddies plein le couloir…

Dans quel autre film ai-je déjà vu ça ? Bon, je ne m’en souviens pas, mais je me connais, en général ma mémoire me revient environ 28 jours plus tard.

En tout cas, Sergueï explique ce qu’il a compris : les aliens sont constitués d’énergie, ce qui explique qu’ils soient invisibles. Et en transformant son appartement via divers bricolage en grosse cage de Faraday, il l’a ainsi rendu indétectable et impénétrable pour les envahisseurs. Ce qui, vous l’avez compris, signifie que depuis le début, toutes les voitures que l’on a vu remplies de cendres, ce n’était pas possible puisque les bestiaux n’ont pas pu y entrer ou même les approcher si l’on en croit Sergueï. Mais si on s’arrête à des détails, aussi ! En tout cas, rassurez-vous : personne ne pensera à utiliser une cage de faraday ambulante pour se déplacer, ouf. C’est pas comme si on venait de leur dire comment survivre à coup sûr.

Vous pensez que je mens quand je dis que la réalisation a poussé le vice jusqu’à montrer des voitures impeccables remplies de cendres pour bien montrer que les aliens ont largement violé des cages de Faraday ? Savourez.

Attendez, il faut que j’aille rejeter quelques pièces à mon mime pour qu’il feigne l’intérêt pour ce film. Hmmm. Voilà.

De leur côté, nos loulous tendent la radio qu’ils ont trouvé à Vika pour qu’elle traduise le message diffusé en boucle : la marine russe est encore debout ! Un sous-marin nucléaire attend les survivants sur la rivière, au nord de Moscou, et expliquent qu’ils partiront demain matin. Ils expliquent aussi que d’autres sous-marins d’autres nationalités ont la même mission ailleurs dans le monde. Sergueï confirme : un sous-marin russe ! Une énorme cage de Faraday sous-marine ! La cachette ultime face aux envahisseurs ! Sans compter que s’ils l’approchent, étant donné l’état de la marine locale : paf, tétanos direct ! Parfait : le temps pour les filles de rassembler de la nourriture dans les autres appartements de l’immeuble pendant que les hommes jouent avec un gros canon bricolé par Sergueï (hmm…. je me demande ce qu’en dirait lecinemaestpolitique… ou juste Freud) supposé tuer les aliens par micro-ondes, et c’est parti !

Enfin ça le serait si tout se passait bien. Parce qu’évidemment, non : il y a encore trop de personnages à ce stade du film. Alors que les filles rassemblaient des pots de glace à la pistache en gloussant sur le fait que Sean, il est quand même trôbô, un alien a un kilomètre de là aperçoit, au travers des murs et des vitres, nos donzelles en train de faire leurs courses. Hein ? Comment ça on nous a expliqué plus tôt que les aliens ne pouvaient pas voir au travers des vitres, et que les murs bloquaient aussi leur vision dans tous les autres plans depuis le début du film ? Détail, détail : regardons plutôt la scène suivante, où l’ennemi a foncé à toute allure pour aller chasser les donzelles et les obliger à se replier. Car en rentrant dans l’appartement, évidemment, elles ne le ferment pas bien la porte derrière elles, ce qui résulte dans l’entrée de l’alien dans la cage, puis en la désintégration de Sergueï et Anne (ne faites pas les surpris, elle ne comptait pas coucher avec le héros, comment pouvait-elle espérer avoir ses chances ?)  dans la foulée pendant que tout le monde fuit par une fenêtre en emportant l’arme de Sergueï avec eux. Vika, elle, a réussi à filer de son côté, et rejoint les autres en bas pour découvrir que Sergueï incarne désormais une nouvelle forme de litière écologique pour son chat qui, pour sûr, se fera un plaisir de rendre hommage à son vieux maître en couvrant ses restes de gros colombins.

Mais alors que la créature qui a tué le vieil homme course nos valeureux larrons, voici qu’une étrange troupe s’interpose entre eux et la bête : des… comment vous décrire ça ? Disons, le casting de Mad Max. Mais avec des têtes de héros de l’Union Soviétique. Appelons-les "Mad Marx". Ceux-ci laissent l’ennemi d’outre espace venir à eux, puis le canardent, le passent au feu, et le finissent et la roquette lorsqu’il semble un peu perturbé par tout cela : sans le tuer, cela le blesse, et il s’enfuit donc dans de petits cris confus vers des cieux moins plombés, non sans laisser derrière lui une sorte de… griffe ? Ah bon. Bien bien. Là encore, sachez que dans la scène précédent, Sergueï a expliqué que les aliens étaient constitués d’énergie pure, ce pourquoi son arme fonctionnait sur eux. Depuis quand l’énergie pure a des griffes ?

Encore un qui doit être convaincu que s’il ouvre une pile LR6, il trouvera un pokémon.

Bref : ramenés au QG des Mad Marx, qui sont bien évidemment tous parfaitement anglophones (en fait, à part la petite vieille de tout à l’heure, sachez que tout le monde l’est dans ce film), la situation est vite expliquée : eux sont ici pour se battre. Les histoires de sous-marin, ils s’en moquent, ils n’abandonneront pas Moscou, ainsi que les femmes et les enfants à leurs côtés. Mais c’est sans compter sur l’arme secrète de Sean, qui aimerait bien leur aide pour atteindre le sous-marin qui est encore loin : le discours sur l’amour et l’amitié et le fait que quand on est gentil, on s’entraide, alors gros Popov, tu vas abandonner tes concepts ringards comme "gnagnagna femmes et gnignigni enfants" pour me suivre, m’obéir et m’aduler, d’accord ?

Et en effet : le chef des Mad Marx approuve, et décide de lâcher leur planque à l’ennemi, laissant probablement leurs familles se faire désintégrer la gueule, juste parce qu’un petit con lui a dit que ce serait pas cool de pas l’aider. Ce film est… je… je crois qu’il est temps que l’on m’amène mon sac à chatons. Enfin bref : pour débuter ce périlleux voyage, l’équipe propose de passer par le métro, endroit passablement peu visité par l’ennemi comparé aux rues. C’est marrant, parce que moi au début du film, j’ai quand même vu des gens courir en hurlant des heures dans les rues sans rencontrer d’ennemis. Mais, bon, je comprends : je suis un peu lourd à faire références toutes les deux minutes aux évènements antérieurs : c’est pas comme si l’on était censé suivre une suite d’évènements liés les uns aux autres, ouf. Toujours est-il que si le métro permet de progresser vite et bien, il finit tout de même par se trouver un vilain pour squatter l’endroit en lieu et place des habituels chanteurs de Bamba vous réclamant de la monnaie. Si tout le monde arrive à l’éviter, Vika, elle, se retrouve suite à un léger retard en mauvaise posture, chose que Ben ne peut tolérer. Heureusement, puisqu’équipé du fusil à micro-ondes de Sergueï, il va pouvoir ajuster le méchant alien et lui bourrer la gu…

Ah non tiens. En fait,  il le jette au sol et décide de courir droit vers Vika, et ce complètement à découvert pour… pour… pour rien.

Rappel : Ben est le membre le plus intelligent du groupe.

Qu’importe : s"il parvient à ainsi pousser Vika vers un abri sûr, le pauvre Ben est attrapé par le vil ennemi, qui a soudain de petites mains (mais si, allez hop ! On change d’ennemis en cours de film, on est plus à ça près !) pour lui attraper les jambes et faire durer le moment où il le traîne jusqu’à lui avant de le désintégrer, comme l’y destinait son rôle de pote du héros.

La main d’un méchant : jusqu’ici, ils ne s’en servaient jamais et n’en avaient d’ailleurs pas, mais à partir d’ici, ils n’utiliseront plus que ce curieux appendice qui ne désintègre pas. Ah oui, quand même.

Sean qui évidemment, est un héros choqué, mais visiblement, personne ne sait jouer le choc autrement dans ce film qu’en gonflant les joues. Aussi Sean se transforme donc temporairement en hamster, puis toute l’équipe peut reprendre son chemin sans que l’alien ayant tué Ben ne se décide à les poursuivre, probablement parce que le réalisateur lui a dit de ne pas le faire. Ah, ces aliens, au début du film ils tuaient les humains par paquet de 200, maintenant, un seul et ensuite ils ne font plus rien. C’est si beau. Ce qui permet donc à l’équipe de poursuivre dans les tunnels du métro pour finalement arriver sur la rivière locale et se jeter à bord d’un bateau qui attendait là, déserté : ne reste plus qu’à le laisser dériver en se planquant dans la cale en suivant le courant jusqu’à ce qu’il porte tout le monde jusqu’au sous-marin, plus bas sur la rivière. Le bateau a d’ailleurs le bon goût de ne pas s’échouer, probablement doué d’une conscience propre qui l’incite à tout faire pour quitter ce film.

A l’intérieur, c’est évidemment la séquence émotion sur Ben, qui était le meilleur d’entre nous, tout ça. Et laisse donc augurer bien des choses sur ce que doit être le pire, alors, vu que Ben semblait à peine plus futé qu’un lombric. Et pas un lombric premier de la classe, hein.

Mais tout ne s’arrête pas là, ce serait trop simple ! Arrivés à 100 mètres du sous-marin, le bateau est renversé par un terrible coup du sort : une berge s’effondre sur lui, car les aliens continuent de forer le sol à la recherche de minéraux pour se nourrir, suppose-t-on (mais comme c’est le héros qui le suppose, cela devient aussitôt vérité). Le naufrage a donc lieu, et lorsque les têtes font surface, il manque un des Mad Marx à l’appel, ainsi que… Natalie ! Drame : Sean vient de perdre sa nouvelle copine, et seule fille mignonne survivante du film (Vika n’a pas l’âge légal). C’est intolérable ! Tout le monde nage donc jusqu’au sous-marin qui est tout près, et la discussion s’engage avec le commandant du bord.

"Salut les kids, je suis le commandant Marco Ramius, bienvenue à bord : allez, on met les voiles !
- Non, on ne peut pas ! Mon amie Natalie a disparu par là-bas *indique une direction générale sur le fleuve* il faut aller la chercher !
- Oui et puis quelques milliards de personnes aussi ont disparu, alors on va p’têtre pas non plus risquer notre dernier sous-marin pour ça ?
- Si parce que Natalie, c’est ma copine, et j’invoque le pouvoir de l’amour et de l’amitié qui sont plus important que tout, surtout dans les pires moments.
- Vendu si tu fermes ta gueule."
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Et en effet : le commandant accepte de décaler le départ de son sous-marin pour la retrouver, ce qui tombe bien, car un demi-kilomètre à l’intérieur de Moscou, une lumière vient de paraître au-dessus des toits : une fusée de détresse.

"C’est Natalie !" s’exclame heureux comme tout le brave Sean.

Oui, ou alors c’est une fusée de détresse, Natalie est un poil moins brillante. Non parce que comme en plus elle vient d’être tirée dans la direction opposée à celle que tu indiquais et où votre bateau avait chaviré, cela signifierait que Natalie a survécu à la noyade, est sortie de l’eau sans s’occuper du sous-marin voisin ni de toi qui l’appelait, aurait escaladé des berges bétonnées lisses sans problème, couru au travers de ruines et d’aliens hostiles, réussi à non seulement refaire sa distance avec le sous-marin, mais en plus à y ajouter 500 mètres dans une direction opposée, puis, seulement, elle aurait décidé de tirer une fusée de détresse. En fait, Natalie, c’est Gandalf.

Ça vous parait improbable ?

Et bien peut-être, mais comme il a dit "C’est Natalie" et qu’il est le héros, ça devient aussitôt vrai, et tout le monde accepte sans sourciller.

Aussi les Mad Marx décident d’accompagner notre héros, non sans d’abord charger et dupliquer – mais si ! – le fusil à micro-ondes que Sergueï avait mis des jours à construire. On va donc supposer que c’est, allez, 16 heures plus tard que nos héros décident d’aller la chercher : sympa. Mais non, rassurez-vous : la gestion du temps est tellement lamentable qu’il ne s’est en fait écoulé que moins de deux minutes, la petite équipée peut donc partir rassurée pour aller botter du cul d’outre-espace et sauver du cucu d’outre-Atlantique.

La troupe, guidée non pas tant par la fusée que par l’instinct magique de Sean qui sait pister sa copine dans un vieux complexe industriel sans avoir bien vu d’où était parti son signal de détresse (probablement que Natalie sent très fort), parvient promptement à localiser la jeune fille, abritée dans un ancien trolley à l’arrêt. Sauf que voilà : un bestiau attend déjà sur place… et fonce sur nos héros ! Mais pas de bol pour la pauvre créature : celui-ci teste son arme, et le fusil à micro-ondes permet d’abaisser les défenses de ces êtres qui deviennent alors vulnérables aux bon vieux plombs. On découvre alors le visage de ces créatures : de petites têtes de mort volantes. Vous vous attendiez à des poneys ? On est pas dans des lasagnes ici, enfin, soyons sérieux.

Si vous aussi, vous vous demandez comment un être constitué d’énergie peut soudain devenir une tête de mort volante, levez la main ? Merci.

Bref : Sean, après avoir cartouché l’animal et laissé ses amis s’occuper des autres qui arrivent, s’en va trouver sa belle dans son trolley abandonné, mais avant de pouvoir lui faire un gros câlin, un autre méchant vient les surprendre (il venait juste se rincer l’oeil en profitant de son invisibilité, mais il a été capté quand il a fait réagir l’autoradio par erreur en lançant le thème de Ghost). Aucun tour de potier mais quelques coups de fusil à micro-ondes plus tard, le bougre faisait moins son malin, ses défenses abaissées, et ne restait plus qu’un projectile pour le tuer : la griffe que son confrère avait perdu lors de son combat contre les Mad Marx, que Sean lui lance !

Pouf, il la prend sur le coin du museau, et alors que la griffe n’est même pas pointue ou lancée fort, ne me demandez pas pourquoi : ça le tue. Probablement qu’il a trop honte.

Misère, il suffisait alors de leur balancer des cailloux ? Mais… c’est nul ! C’est… oooooh seigneur mais comment peut-on rater un film à ce point ?

Une douce musique de piano pose alors l’ambiance, probablement parce que le réalisateur a oublié qu’il filmait un groupe de gens ayant vu plusieurs millions de morts à Moscou, au milieu d’un coin pourri entouré d’aliens hostiles, mais passons : c’est romantique, point. Ils peuvent donc retourner au sous-marin sans encombres, car qui dit musique au piano dit que l’ennemi n’a plus le droit de venir briser l’ambiance. Là, les Mad Marx expliquent qu’eux vont rester ici : c’est là, leur combat.  Haaaa… heureusement qu’il y a eu cette séquence alors parce que sinon, je rappelle qu’à leur première arrivée au sous-marin, ils ne se sont pas fait prier pour grimper dedans. Comme quoi, le combat de toute une vie change vite en 10 minutes.

Sean et Natalie peuvent donc enfin se faire des bisous, et avec l’aide d’un marin, Natalie fait remarcher son téléphone via les récepteurs du sous-marin, et reçoit alors un message de sa mère  "BB c maman t ok ? Moi oci LOL" , mais le message n’explique cependant pas, elle, comment elle a pu avoir un téléphone qui marche vu que c’est déjà un miracle pour Natalie. Probablement qu’elle a sa propre parabole de sous-marin nucléaire soviétique avec elle.

"7 milliards de morts et c’est belle-maman qui survit. Quelle journée de merde"

Tout se termine sur une ultime transmission radio : partout dans le monde, la résistance d’organise, et bientôt, ça va meuler sévère de l’envahisseur.

Souriant, Sean se penche donc sur une carte, et probablement avant que le commandant ne lui demande pour qui il se prend et qu’il ne finisse tabassé par toute une bande de marin d’ex-URSS, il propose de passer à l’action et…

… FIN !

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"Alors, ça va mieux patron ?"

Diego observa son patron, de retour dans son fauteuil, à profiter de la chaleur de l’âtre.

"Hmmm.
- Vous… vous êtes revenu dans votre fauteuil, comme tout à l’heure ? Quelque chose ne va pas."

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Le serviteur fit un bref pas en arrière en notant l’oeil courroucé se tournant dans sa direction.  Il toussota, cachant le frisson qui lui parcourut son échine comme il le pouvait.

"Il y a des choses que tu ne peux pas comprendre, j’ai besoin de plaisirs simple comme alimenter mon foyer. Va, laisse-moi seul Diego."

Interloqué, le valet disparut sans un bruit, se demandant s’il avait réussi sa mission et si son maître avait retrouvé son envie de haïr son prochain. Il haussa les épaules, presque déçu, s’interrogeant sur le plaisir que pouvait bien trouver son supérieur à nourrir le feu.

Il ne put entendre, au travers de l’épaisse porte derrière laquelle son employeur se reposait, le bruit d’un sac que l’on fouillait, le son d’un miaulement léger et mignon tournant sous les plafonds, puis le cri typique d’un chaton fendant l’air tiède avant de finir au feu pour rejoindre le DVD d’une abominable daube.

"Ça va drôlement mieux", me dis-je.

"Voici votre nouveau bureau, Johnson !"

Son carton d’affaires dans les mains, ledit Johnson sourit poliment en ignorant le petit bureau coincé entre diverses piles de cartons que son supérieur lui désignait. Autour de celui-ci, d’autres minuscules espaces de travail avaient été disposés pour permettre à d’autres personnes comme lui de s’atteler à leur dur labeur. A perte de vue, l’open-space péniblement éclairé par des batteries de néons grésillant laissait paraître des dizaines d’espaces comme le sien, occupés par des collègues dont tout ce qu’il connaissait à cet instant précis était l’apparence de leurs nuques, penchées sur le papier qu’ils étaient en train de rédiger. Le jeune homme sortit de ses pensées lorsque la main potelée de son supérieur lui tapa dans le dos.

"Vous verrez Johnson, ici on est une grande famille. On a envie de bien faire notre travail, alors on y met les moyens. Vous avez devant vous l’un des ateliers produisant les meilleurs scénarios au monde. Alors faites chauffer votre cerveau d’artiste ! 
- Je suis ravi de l’entendre Monsieur. Mais, qu’est-ce que c’est là-bas ?"
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Pointant du doigt une étrange forme sombre se balançant sur un néon, Johnson s’étonna d’entendre de grands cris bestiaux provenant de celle-ci. Une nouvelle fois, la main potelée rencontra son dos, et Johnson dû se retenir de ne pas la repousser tant ce contact faussement amical le répugnait. Mais il aurait été mal vu pour son premier jour d’ainsi faire des manières, bien sûr.

"Ah, oui ! Pour améliorer la productivité de l’entreprise, nous avons pris un consultant.
- Je… un consultant ?
- Oui, c’est ça. Tenez, je vais vous le présenter : Monsieur Mongo, venez ici !"
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La petite silhouette se tourna vers Johnson et bondit en hurlant de câble électrique en lampe, agitant de longs bras avant de s’arrêter aux pieds du scénariste. Celui-ci s’étonna quelque peu en découvrant un singe au faciès ouvertement hostile et aux paumes recouvertes de matière fécale, un ceinturon de bricoleur autour de la taille. Dans l’une des poches entrouvertes, il put apercevoir un petit tas de briquettes colorées rappelant de célèbres jeux pour enfants.

"Johnson, voici Mongo. Il est consultant pour l’industrie cinématographique, son travail consiste à améliorer la qualité générale des travaux produits ici. Je vous l’ai dit : nous, nous voulons de la qua-li-té.
- Mais je… Monsieur, c’est un singe !"

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Johnson marqua un certain dégoût lorsqu’une petite boule nauséabonde vint s’écraser sur son visage, le singe en face de lui souriant bêtement en constatant que son projectile avait atteint sa cible.

"Ecoutez Johnson, je sais que c’est votre premier jour et que tout cela est un peu perturbant, mais le racisme n’a pas sa place ici ! Mongo est très compétent et a travaillé avec les plus grands : James Cameron, Ridley Scott, Nicolas Cage, bref : il a même eu le brillant poste de chargé de la photocopieuse chez Quentin Tarantino, soit la position la plus essentielle pour la production des films de ce Monsieur. 
- Je… mais… et heu… ici – demanda poliment le jeune homme, tentant de comprendre la situation – quel est le poste de Mongo ?
- Voyez sa ceinture ? Il a de petites poches de briquettes, tenez : Mongo, montrez-nous une briquette."

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Le singe farfouilla quelques instants dans l’une des poches, et tendit une petite briquette mauve sur laquelle il était écrit "un enfant relou". Johnson haussa les épaules en direction de son supérieur, qui semblait attendre cette réaction avec une certaine excitation.

"Vous ne comprenez pas ? Chaque briquette est notée d’un poncif auquel le public est habitué. Mongo passe donc à chaque bureau et colle régulièrement des briquettes sur votre scénario pour vous obliger à respecter quelques critères basiques qui permettront aux spectateurs de ne pas avoir l’impression d’être face à quelque chose de trop original. 
- Ho… et… sur quoi travaillez-vous ici en ce moment ?
- Et bien sur Looper, un film qui a failli entièrement vider les poches de briquettes de notre pauvre Mongo. Mais, ha ! Il faut bien investir pour faire de la qualité n’est-ce pas ? Allez mon petit Johnson : maintenant, asseyez-vous, commencez à écrire, et ne vous inquiétez pas, d’ici quelques minutes, Mongo viendra vous coller des briquettes pour s’assurer que vous ne sortiez pas trop des sentiers battus. Sur ce, bonne journée Messieurs ! Je dois faire passer un entretien à un cochon d’inde qui prétend avoir été l’agent de Kristen Stewart."
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Une dernière fois, la main potelée se posa sur le dos du pauvre Johnson, alors que celui-ci prenait place sur son minuscule tabouret sous le regard méprisant du singe à son côté. Ce n’est que lorsqu’il commença à lire le scénario de Looper, déjà présent sur sa table, que Johnson comprit à quel point la matière fécale ornant les mains de l’animal avait servi dans la réalisation de la chose.

N’attendons pas plus avant : spoilons mes bons !

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L’affiche : affrontez votre futur. Et perdez 2h du vôtre pour l’éternité.

Notre film s’ouvre quelque part, dans un futur proche.

Au milieu d’un champ à la triste mine, un homme attend devant une bâche blanche étendue à même le sol. Ses écouteurs vissés dans les oreilles, le brave galopin écoute des leçons italiens, et très détendu, répète les phrases qu’il entend l’une après l’autre pour ainsi, un jour, visiter Rome, Venise, ou participer à une soirée Bunga-Bunga. Seulement voilà : après avoir consulté sa montre de gousset, notre homme, qui est accessoirement notre héros et s’appelle tout simplement Joe, note que l’heure de son rendez-vous approche, et retirant ses écouteurs, s’occupe plutôt d’armer le fusil futuriste qu’il a au côté. C’est alors qu’à la seconde exacte où il l’attendait, son invité fait son apparition. Et quelle apparition ! Car sur la bâche sort de nulle part, sans tambours ni trompettes, un homme à genoux, un slip sur la tête pour dissimuler son visage, et les mains entravées. Ni une, ni deux, Joe ne prend pas même une seconde pour l’observer et se contente de lui coller une cartouche en plein dans la poitrine, par respect pour le slip.

La décharge mortelle ainsi assénée, Joe retourne le cadavre et déchirant sa veste au couteau, révèle une plaque métallique sur laquelle 4 lingots d’argent ont été fixés. Curieux ? Pas d’inquiétude jeunes gens : l’explication arrive de ce pas. Car en voix off, Joe nous explique de quoi il retourne. Et attention, c’est du bon, puisque dès maintenant, le film ne va plus ressembler à rien. Oui, je suis d’accord, ça fait très tôt, mais c’est le jeu ma pauvre Lucette.

A l’époque de Joe, la machine à voyager dans le temps n’existe pas encore. Mais 30 ans plus tard, ce sera le cas, et elle sera aussitôt rendue illégale à cause de tout le bordel qu’elle peut créer, du genre envoyer un baladeur contenant "Notre Dame de Paris" à Victor Hugo pour le pousser au suicide. Du coup, seules les mafias les plus puissantes ont les moyens de s’en servir. Mais pourquoi faire ? Acheter deux lingots, en envoyer un dans le passé, ainsi avoir trois lingots, puis recommencer l’opération en boucle pour dupliquer la chose à volonté ? Abattre les témoins avant même qu’ils n’atteignent un procès ? Se débarrasser de ses ennemis alors qu’ils ne sont que des bambins anonymes ? Non. La mafia s’en sert pour tuer des gens, oui, mais pas n’importe comment. Dans le futur, se débarrasser d’un cadavre est devenu super dur (il faudra donc que l’on m’explique comment font les mafias "moins puissantes", mais passons), les malfrats envoient donc dans le passé à un point précis un homme pour que des tueurs l’abattent à la seconde où il arrive. Du coup, l’homme a disparu du futur, dans le passé, tout le monde se fout de la disparition d’un type et d’un corps qui n’y a pas sa place, et donc que personne ne recherche, et je crois bien que Joe ose qualifier cela de "génial". A noter que la pègre, bonne payeuse, envoie toujours la future victime avec des lingots d’argent attachés dans le dos pour que le tueur puisse avoir sa paye sans avoir de problèmes en étant payé des des eurogloubitz, la monnaie du futur pas encore en circulation.

Notez : c’est déjà complètement con. Les mecs ont une machine surpuissante, et ils s’en servent pour faire un truc complètement absurde. Pour rappel, il était aussi possible :

  • d’envoyer la victime chez les dinosaures : ils sont moins chers à payer, et sont aussi très pro à leur manière. Ou même au coeur d’un volcan lors d’une éruption connue, histoire de faire coucou à Haroun Tazieff
  • d’envoyer la victime avant la création de la Terre, puisque du coup, sa survie risque d’être drôlement compliquée (et qu’en plus les archéologues ont moins de chance de retrouver ses restes qu’une mission Soyouz)
  • si c’est vraiment pour le plaisir de lui mettre une balle, vous la butez avant de l’envoyer dans le temps, comme ça, vous êtes sûr que le travail est bien fait, et payer un fossoyeur du passé est sûrement moins cher qu’un tueur
  • ou si vous préférez faire dans le festif, la mafia pouvait aussi payer une seule fois des mecs pour faire un grand brasier, et à chaque fois qu’elle a quelqu’un à buter, il suffit donc de l’envoyer à ce point précis de l’espace et du temps, et hop. Pas besoin de multiplier les dates, les paiements et donc, les probabilité qu’un coup se passe mal

Mais évidemment, je suis sûr que c’est beaucoup plus intelligent d’envoyer ses propres ennemis dans le passé, de payer très cher des inconnus pour les tuer, comme ça, si jamais ça rate, vous avez envoyé un type que vous avez condamné à mort à une époque où il peut vous buter alors que vous êtes encore incapable de vous défendre. Grosso modo : la mafia utilise la machine à voyager dans le temps à l’exact opposé de ses intérêts. Rappelons que ce principe de base, complètement foiré, n’a pas empêché une partie de la critique de trouver, elle aussi, ce concept "génial". Mais poursuivons, car nous n’en somme qu’au début, et que ce film n’a pas fini de se vautrer encore et encore.

D’ailleurs, pour rappel, au cinéma, il y a trois choses très difficiles à manier (entre autres) : Dieu, la magie, et les voyages dans le temps. Le premier, parce qu’il peut régler tout votre film en claquant des doigts, la seconde, parce qu’il faut lui coller de sacrées règles pour qu’elle ne règle pas non plus tous les problèmes en quelques secondes (Harry Potter s’y est essayé, mais n’en a pas moins fini bourré d’incohérences), et les voyages dans le temps, parce qu’ils obligent à se relire pour éviter des tas de paradoxes/problèmes divers. Du coup, prendre cette thématique ambitieuse sans même réaliser que son pitch ne passerait pas devant un écolier, c’est tout de même assez beau. Aaah, mais je parle, je parle, et nous n’avançons pas. Concentrons-nous un peu.

Joe, donc, après nous avoir expliqué tout cela, s’en retourne donc vers un petit café non loin pour y prendre un café avec Beatrix, la gentille serveuse locale au prénom de film SM. Cela fait, il reprend sa voiture jusqu’à la ville voisine où il va au QG des loopers dans un quelconque immeuble pour y échanger ses lingots contre des billets. Et là encore, on sent le grand soin apporté à la réalisation,  car devant le guichet où ils font leurs échanges, il y a un petit poste pour poser son fusil avec marqué "Loopers, pensez bien à déposer vos armes avant d’aller au guichet". Ce que j’aime avec les tueurs professionnels, c’est quand ils ont des panonceaux "Coucou, ici, QG de tueurs".  J’ai envie de dire : quel talent. Par contre, j’ai cherché la pancarte "Attention blaireaux" durant un moment, mais je ne l’ai pas trouvée. C’est certes étonnant, mais là n’est pas le sujet.

Or donc, après avoir récupéré ses brouzoufs, Joe s’en va changer sa voiture de service pour son modèle personnel : un cabriolet flashy. Avec celui-ci, il décide de… heu… se  promener dans les quartiers pauvres, où malgré le fait que les gens du futurs semblent mourir de faim et tous être surarmés (on en voit échanger des tirs au grand jour), aucun ne pense qu’il serait pertinent de braquer un minet venu étaler son luxe à leur face. Comme quoi, Joe a raison de ne pas s’inquiéter de faire un truc aussi débile : le scénario le protège des réactions logiques (et des balles perdues). Le genre de type à aller faire de la trottinette à Groszny. Enfin, chemin faisant, Joe rencontre Seth, un jeune looper qui a évidemment tous les attributs du pote du héros collant mais looser que je vous laisse deviner (si vous fréquentez ce blog, vous avez un peu un doctorat ès poncifs). Seth est accessoirement capable de faire un peu de télékinésie, comme 10% de la population du futur, même si "ils peuvent juste faire voler des pièces, c’est inutile, et évidemment, n’imaginez pas que ça serve du film, hohoho, c’est pas comme si on était, comme dans toutes les bouses, dans un film où TOUT ce qui est dit doit servir pour être rentabilisé". Tous deux décident donc d’aller passer la soirée à la Belle Aurore, un cabaret local servant à la fois de repaire au chef de la pègre du coin, Abe, et de lieu de débauche. Sur place, nos héros croisent Jean-Jacques, un autre looper qui sort justement du bureau d’Abe avec un bien mauvaise nouvelle : on vient de lui annoncer qu’il devait "boucler la boucle".

"Salut les pauvres avec des fusils, ça vous dérange pas si on vient vous narguer ?"

Vous vous souvenez de ce qu’on expliquait plus haut avec l’utilisation des voyages dans le temps par la mafia ? C’était bien nase, hein ? Et bien attendez : on va en remettre une couche, et pas des moindres. Joe en voix off explique en effet qu’il peut arriver aux loopers de "boucler la boucle". C’est lorsque l’on leur annonce qu’ils vont devoir tuer… leur eux-même du futur. Car les loopers étant un organisme ultra-secret (on parle bien de celui qui a un panonceau bien visible ? Oui, oui, me dit-on dans l’oreillette), dans le futur, on veut parfois en finir avec d’anciens loopers pour éviter qu’ils ne parlent. On les envoie donc dans le passé avec cette fois dans le dos, un gros paquet de lingots d’or, pour que le looper qui accepte de se buter lui-même puisse prendre une confortable retraite.  Et sache désormais que dans 30 ans, on le sortira de sa retraite… pour le tuer.

Donc je résume : la mafia du futur, parfois, décide de payer 50 fois plus cher une exécution en demandant à la personne la plus susceptible de la merder – la propre victime – de s’en charger.

Oui hein ? Oui. Je trouve aussi.

Bref : lorsque l’on apprend que l’on boucle sa boucle, hé bien, on fait une grosse teuf (tout à fait normal). Et ces derniers temps, les teufs se multiplient pas mal, car il semblerait que dans le futur, un nouveau boss particulièrement méchant demande à ce que l’on exécute quantité de loopers pour de sombres raisons. Intéressant.

Joe en tout cas, prend du bon temps : il se drogue (ce qui consiste juste à le filmer tête en bas pour dire qu’il est défoncé) en bon professionnel, couche avec Suzie, l’une des filles du cabaret qui a la cuisse légère mais payante, et se saoule avec les autres loopers. Jusqu’à ce qu’un soir, une drôle d’aventure lui arrive : alors qu’il est en train de lire le Journal de Mickey, dernier organe de presse libre du monde du futur, Joe entend taper à sa fenêtre. Comment donc ? Et pourquoi pas la porte, est-elle si difficile à trouver ? Qui ose ?

Et bien : Seth, tout simplement. Le jeune freluquet supplie son ami de lui ouvrir – ce qu’il fait – car il a de gros ennuis : il devait boucler sa boucle quelques heures auparavant mais… il n’a pas pu. Lorsque la victime du futur est arrivée, elle a siffloté une chanson de sa maman au travers du slip (du Nicki Minaj, probablement) pour l’attendrir, et du coup, Seth n’a pas su faire quoi que ce soit d’autre que détacher son lui plus vieux pour le laisser s’enfuir. Et maintenant, comme il n’a pas respecté son contrat, les hommes d’Abe le cherchent pour lui péter la gueule.

Juste comme ça : comment ils ont su, les hommes d’Abe, sachant que les loopers sont censés tuer des hommes qui n’existent pas ET faire disparaître le cadavre tout seuls ? Il suffisait que Seth dise "Ayé mission accomplie", et c’était réglé. Il pouvait même s’arranger avec son lui plus vieux pour qu’il lui file quand même les lingots, comme ça, il pouvait se présenter au guichet en disant "Je l’ai tué : regardez, j’ai les lingots. Et j’ai pas d’autres preuves puisque mon métier, ça reste de les faire disparaître !". Et je doute que le vieux Seth ait vécu une vie suffisamment pétaradante pour que les gens du futur – qui ne le cherchaient pas, puisqu’officiellement mort – aient appris qu’il n’était pas mort à la date prévue, à moins bien sûr que papy n’ait décidé de passer ses vieux jours à animer Vivement Dimanche, une autre émission où l’on rappelle des vieux depuis l’espace-temps pour leur faire subir mille outrages. Mais, le diplôme de nécromancie de Michel Drucker n’est pas le sujet, il suffit. Bref  : ni les gens du présent, ni ceux du futur ne pouvant savoir que le type n’a pas été excuté… comment savent-ils ?

On va donc dire : Tagada, pif pouf, c’est magique.

Bref : Seth, qui commence un peu à sentir l’urine à force de paniquer, se met à littéralement trembler lorsque les hommes d’Abe viennent frapper à la porte de Joe. Notre héros hésite donc à le balancer, mais comme il a bon fond, hop, il le planque dans une cache sous son tapis où il stocke aussi une bonne partie des lingots d’argent qu’il a gagné, se constituant une réserve pour plus tard, sait-on jamais. Puis, après avoir fait patienter durant 10 bonnes minutes les hommes d’Abe à la porte, Joe finit par leur ouvrir avec l’excuse "Désolé, je me faisais beau", ce qui n’est évidemment pas du tout suspect. "Désolé, il est 3h du matin et j’étais encore défoncé à la schnouf" était évidemment beaucoup moins crédible, mais bon, je ne suis pas un tueur professionnel, inventer des mobiles ne fait pas partie de mon métier. En tout cas, les hommes d’Abe sont menés par Dudule, un jeune loup aux dents longues qui propose la chose suivante à Joe : il va aller voir Abe, discuter un peu, et pendant ce temps, lui va laisser quelques hommes dans son appartement, des fois que Seth s’y cache. Aucun d’eux ne fait donc mine d’entendre le puissant et méphitique pet liquide surgissant du plancher à peu près au niveau de la cachette de Seth suite à ces belles paroles, puis Joe et Dudule s’en vont donc vers la Belle Aurore. En chemin, on découvre d’ailleurs que Dudule est ambitieux, certes, mais surtout maladroit car toujours à jouer avec son pistolet quitte à s’être déjà tiré une balle dans le pied. Accessoirement, il est aussi prétentieux, et a un bref échange avec Joe sur les armes qu’ils utilisent. Dudule, lui, a un pistolet : utile pour défendre les intérêts de la pègre. Alors que Joe, comme tous les loopers, a un fusil sobrement surnommé "tromblon", et utilisé pour exécuter des cibles à courte portée. En effet, le tromblon remplit l’air de plomb, ce qui fait que même si la victime tente de bouger, elle est sûre de déguster, mais ne touche plus rien passé 15 mètres. Alors que le pistolet, lui…

Que l’on se rassure : tout le film ne porte pas que sur des tromblons

Evidemment, comme tout ce qui est dit dans ce film, cette conversation n’est pas innocente. Mais surtout, elle est incohérente, car lorsque l’on voit Joe tirer, on note que le tromblon ne fait pas un si gros trou, ce qui laisse supposer qu’en fait, il ne remplit guère l’air de plomb. Mieux : il ne tire qu’au coup par coup, et pas bien vite, ce qui signifie que, bah c’est à peu près l’arme la moins pratique du monde pour le métier de looper. Sans ce dialogue, en fait, je crois que je n’aurais même pas remarqué, supposant qu’il s’agissait d’un simple fusil à pompe, mais là en fait, vraiment, merci. Encore une fois, la réalisation a payé pour se vautrer, puisque supprimer la scène aurait pu lisser la chose. Ah, c’est beau. Il y en a qui doivent penser à ce blog en écrivant, je ne vois rien d’autre.

En tout cas, une fois à la Belle Aurore, Joe se sépare de Dudule et en voix off nous apprend qu’Abe vient de 30 ans dans le futur : la mafia l’a envoyé là pour superviser ses affaires. Un type sympa, Abe,  puisqu’il explique à Joe qu’il le connait bien, l’aime bien, et qu’il sait qu’il cache Seth puisqu’ils sont amis. Joe tente le "Nous ? Amis ? Hohoho, vous vous trompez" avec aplomb, oubliant qu’ils traînent ensemble depuis des années dans le cabaret d’Abe, filmé 24h/24 ce qui rend le mensonge un peu pourri.

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Au même moment, dans un atelier d’écriture de script

"Lâche ma feuille Mongo ! Ce sont les dialogues !
- HOUUU HOUUUU HAAAAAAAAAAA HAAAAAAAAAAAAAAAAAAA
- Aaaaah, il a mis du caca partout, nan mais c’est pas possible, foutu singe ! Vilain Mongo, vilain ! Qui pourrait prendre des dialogues barbouillés à l’étron au sérieux maintenant, hein ?"
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Un peu plus tard, en France

Un coup de maître époustouflant. - Les Inrockuptibles

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Donc, disais-je, Abe ne tombe pas dans le mensonge tout pourri de Joe, qui n’a même pas tenté le "Ah non, je n’ai pas vu Seth depuis hier soir, pourquoi ?". Il lui explique donc qu’il sait que Joe planque pas mal de lingots, et que s’il ne donne pas Seth, il retournera tout pour les retrouver et lui prendre. Alors, Joe, prêt à sacrifier la moitié de ta fortune pour ce gros looser de Seth ? Notre héros réfléchit un peu, et dépité à l’idée de ne pas pouvoir se payer une Playstation 8 ou des soirées Jungle Speed avec Suzie, donne la planque de Seth, celle contenant ses lingots. Abe le remercie, et poliment, lui demande comment va l’apprentissage de l’italien. Joe lui dit que ça roule, tout ça, et qu’il espère bien avec son pognon prendre sa retraite à Florence. Abe lui dit que non, sa retraite, ce sera à Shangaï. Et allez savoir pourquoi (personnellement, si je bossais pour la mafia, j’éviterais de leur dire où je vais une fois que j’aurais quitté leur service), Joe accepte. Abe lui explique qu’il ne veut pas tuer Seth, d’ailleurs, à cause des paradoxes que cela pourrait causer (et qui pullulent pourtant dans le film) : il veut donc juste finir le contrat et tuer le Seth du futur. Soit.

On découvre alors, à l’occasion d’une scène fort intéressante, qu’Abe sait être imaginatif. Ainsi, le vieux Seth du futur, qui est en train de courir la ville pour tenter de s’en éloigner le plus vite possible, voit soudain une vieille cicatrice apparaître sur son bras. Un message lui ordonnant d’être à une certaine adresse dans 15 minutes. Car oui, Abe-la-Déconne a eu l’idée rigolote de charcuter le jeune Seth pour faire passer des messages au vieux Seth à coups de cicatrices. Puis, comme le temps passe et que rien ne vient, il commence à charcuter plus avant : le vieux Seth voit donc ses doigts disparaître un à un, et décide donc de se rendre au rendez-vous. Il galope donc vers l’adresse, mais allez savoir pourquoi, Abe lui fait couper les jambes, ce qui rend les choses plus compliquées (si vous voulez qu’un mec vienne quelque part, lui couper les gambettes, c’est très très con quand même, à part si c’est Clark Kent à la limite, mais quand même). Malgré tout, le bougre parvient à l’adresse indiquée, où il constate qu’un médecin est en train de dépecer le jeune Seth, répercutant donc bien blessures et amputations sur sa personne du futur (vous suivez, hein ?). Puis, Dudule surgit, et tout sourire, exécute le vieux Seth, désormais proche de l’homme-tronc, et défiguré avec ça.

Du coup, notez bien :

  • Abe est un peu con, malgré la technique de départ qui aurait mérité une bourse à l’innovation
  • Sinon, maintenant que le jeune Seth est un homme-tronc, vous faites quoi ? Vous le gardez en vie 30 ans pour éviter les paradoxes ? D’ailleurs, ça aussi ça a dû modifier le futur, non ?

Et c’est ici que le film fait l’un de ses inévitables ratés sur les voyages dans le temps. Pour mieux comprendre le problème – qui va être redondant – sachez qu’il y a deux grandes manières d’aborder le voyage dans le temps. Pour la comprendre, nous allons prendre un exemple : un soir, alors que vous regardez la météo, un flash lumineux vous aveugle brièvement : c’est le vous du futur de dans 10 minutes qui vous informe que vous devez immédiatement changer de chaîne si vous ne voulez pas rater le début de Koh-Lanta. Après avoir tenté de dissimuler votre déception, puisque vous trouvez votre double temporel quelque peu dénué de sens dramatique, vous changez de chaîne et découvrez avec bonheur le visage radieux de Denis Brogniart. Bon, d’accord, mais et maintenant ? Non parce que le vous du futur n’a pas l’air de vouloir repartir, et vous espérez qu’il ne va pas faire des commentaires pendant que vous regardez, ce relou (mais c’est bien d’admettre que vous l’êtes, bravo).

Et bien, il y a deux manières de voir les choses :

  • La simple. Le vous du futur, c’est un être de chair et de sang distinct de vous qui vient d’apparaître à votre époque. Vous pouvez bien faire ce que vous voulez, il a son histoire. Lui, il a raté le début de Koh-Lanta, et il lui faudra le regarder avec vous pour profiter de la folle ambiance du générique. D’ailleurs, vous pouvez bien mourir tout de suite en vous étouffant avec une chips, votre vous du futur n’en disparaîtra pas pour autant : il est là, point. Comme vous et moi. Au pire, ça le fera rigoler (oui, au fond de vous, vous êtes une petite ordure, vous vous maudirez en vous étouffant, vous demandant pourquoi vous n’avez pas plutôt surfé sur des blogs de poneys plutôt que sur ceux qui rendent aigri)
  • La compliquée. Le vous du futur, c’est vous du futur, et il n’y a qu’un seul espace-temps : le vôtre. Donc par exemple, si vous mangez une chips frelatée, le vous du futur a mal au ventre. Et tout l’avenir en est modifié en conséquence, puisque par exemple, si vous mourrez au bout de 5 mn (la chips était salement amochée), vous ne pourrez pas revenir dans le temps pour vous prévenir de changer de chaîne ! Donc au lieu de mourir devant Koh-Lanta, pouf, vous serez mort devant la météo, en apprenant que demain, on fêtait toutes les Gertrude. Paradoxes, paradoxes… et théorie du chaos : tout ce que votre double du futur produit dans le présent va modifier le futur, et donc son passé, et potentiellement, amener à ce qu’il ne vienne jamais, et donc… bla,bla,bla.

Ça va ?

Bref : dans Looper, on pourrait croire qu’ils ont choisi la complexe seconde solution, puisque tout ce qui arrive à Seth se répercute sur Seth du futur, mais du coup : si Seth a eu les jambes coupées, comment Seth vieux a t-il pu s’enfuir lorsque Seth l’avait devant lui ? Et j’insiste : la mafia a t-elle payé pour le maintenir 30 ans dans cet état ? Et donc, en fait, quoi qu’il arrive, il y a un paradoxe ? Et bien oui. Et comme nous le découvrirons dans ce film, des fois nos héros sont assujettis à la méthode simples (ce sont des points fixes dans le temps, comme vous et moi), des fois à la méthode compliquée (ils sont rattachés au futur), en fonction de ce qui arrange le plus le script, ce qui est franchement tout pourri.

Mais revenons-en au film : Joe, un peu triste d’avoir ainsi vendu son frère d’arme, s’en va trouver Suzie pour qu’elle lui fasse un gros câlin, tout en se finissant un peu à la drogue pour oublier. Suzie s’occupe bien de lui et lui parle d’ailleurs de son fils (à elle, pas à lui) pour détendre l’atmosphère. Sauf qu’hélas pour Joe, les choses n’ont pas fini de mal tourner.

Notez la passion sur le visage de Joe. On sent que son travail est prenant. Ou alors, il joue tout simplement super mal le mec concentré, je ne suis pas sûr.

En effet, quelques jours plus tard, Joe attend un client qui doit débarquer sur sa bâche au milieu des champs à 11:30. Sauf que d’après sa montre de gousset, le bougre a étrangement quelques secondes de retard (d’ailleurs, quand on fait un métier où tout se passe à la seconde près, avoir une montre réglée sur une horloge atomique plutôt qu’un mécanisme à main peut-être intéressant, surtout pour être pile à la même heure que des gens 30 ans dans le futur avec qui il est un peu compliqué de synchroniser sa montre façon Parker Lewis. Mais bon, hein, c’est sûr que ça fait moins hipster). Heureusement, il finit par arriver, et Joe lui cartouche le museau dans la joie et l’allégresse  Sauf qu’en retournant le corps pour prendre ses lingots, Joe découvre qu’ils sont plus nombreux que d’habitude… et en or. Cacaboudin : retournant le cadavre il constate qu’il vient de shooter son lui du futur. Et là, plusieurs choses lui viennent à l’esprit :

  • C’est rigolo, parce que tous les autres personnages du film sont prévenus au moment de boucler la boucle, alors pourquoi pas moi ?
  • Putain ! Dans le futur, je suis Bruce Willis !
  • Ce qui veut dire qu’il faut méchamment que je change de shampoing dis-donc.
  • Bon bin je peux prendre ma retraite !

Car en effet, n’oubliez pas : qui boucle sa boucle peut se retirer avec son argent durement gagné, et ainsi profiter de la vie en sachant comment elle se termine. On découvre donc ce que Joe va faire de la sienne : aller écouler ses lingots d’argent et d’or contre espèces sonnantes et trébuchantes, puis filer à Shangaï, comme Abe le lui avait recommandé (mauvaise idée, donc), où après dix années à claquer son pognon dans les fêtes et la drogue, Joe finit par devoir travailler pour les triades locales pour subvenir à ses besoins. Cependant, un jour, il rencontre Fang-Fang, belle perle d’Asie qui lui sourit alors qu’il est déjà bien vieux et déjà Bruce Willis (Nous appellerons le vieux Joe Bruce Willis pour que tout soit plus simple). Elle est belle, rebelle, et ils s’aiment. Après s’être retirés dans un petit village de la province chinoise et avoir eu un enfant, un beau matin, trois gangsters chinois en tenue à la mode du futur (donc, comme des blogueuses modes d’aujourd’hui : ridicules) viennent l’arrêter :

"Bousse Willisse ! 
- Sacrebleu ! Les triades !
- Toi met’ slip sur la tête ! Vite ! C’est l’eul’ de letoulner dans le passé !
- D’accord, mais Fang-Fang ? Je ne peux pas la laisser toute seule, sinon qui va regarder la télé pendant qu’elle passe l’aspirateur ?
- LE SLIP BOUSSE WILLISSE !"

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Assez arrangeant, les trois asiatiques décident de plomber la gueule de Fang-Fang pour qu’elle n’ait pas à se poser de questions après le départ de Bruce. (comme quoi, ai-je envie de dire, pour des mecs qui ne peuvent pas faire de cadavres, faudra m’expliquer comment ils gèrent celui-là). Puis, après s’être assurés que le sous-vêtement était correctement fixé sur le crâne poli de leur condamné, ils accompagnent Bruce Willis jusqu’à la machine à voyager dans le temps, pour l’envoyer à lui-même plus jeune afin qu’il le tue. Sauf que Bruce n’est pas du genre à se laisser faire : il parvient à tabasser les trois malandrins à quelques pas de la machine (qui à part eux, est dans un hangar complètement vide et pas surveillé, c’est vrai quoi : c’est une machine réservée à quelques rares puissantes organisations illégales, pourquoi la sécuriser un minimum ?) et se retrouve donc seul. Que va-t-il faire ? Changer la destination de la machine pour éviter de se retrouver face à un tueur qui le shootera à la seconde où il se pointera ? Aller se sauver lui-même avant qu’il ne devienne looper ? Se barrer, là, tout de suite ?

Non.

Il décide de tout laisser comme ça, et de monter dedans, allez hop.

Et bin pépère, ça valait le coup de te libérer pour ça. Enfin si : il a au moins pu retirer le slip sur sa tête, et montant dans la machine, il se retrouve bien vite 30 ans plus tôt, dans le champ où il devrait mourir. Détail amusant : il arrive avec quelques secondes de retard, puisqu’ayant éclaté les gangsters, il a perdu quelques secondes avant de monter. Comme quoi, la machine n’est pas réglée sur "Tel jour, 11:30" mais sur "Dans 30 ans pile poil". Et malgré tout, jusqu’ici, tout le monde arrivait toujours à la seconde près ? C’est très fort. Passons (encore, on est plus à ça près)

En tout cas, Bruce Willis arrive tout de même à destination, et face à lui-même plus jeune : Joe. Et comme les choses sont bien faites, pour une fois, Joe ne tire pas à la seconde même où son colis arrive, et laisse le temps à Bruce de bien le regarder. Comprenant qu’il a bien affaire à lui même, notre héros, bien que perturbé, tente d’ouvrir le feu. Mais Bruce étant un gros malin, il se tourne promptement, faisant que ses lingots d’or dans le dos encaissent le coup à sa place. Puis, pendant que Joe recharge (ce qui prouve bien que cette arme est merdique : elle tire sur une zone toute petite, ce qui lui retire tous les avantages du tromblon qu’elle est censée être, mais par contre a le même temps de rechargement chiant, encore une fois : quels professionnels ! Que tout cela est bien écrit !), Bruce Willis lui fonce dessus et lui pète sa gueule tel un valeureux catcheur. Ah, mais.

Lorsque Joe se réveille, il a un peu mal au crâne, son arme a disparue, et Bruce lui a glissé un papier dans le froc marqué "Saute dans le prochain train de marchandises et disparaît". Devant cette découverte, Joe se dit qu’il devrait porter plainte pour attouchements, mais il n’est pas sûr que la police accepte une plainte contre lui-même. Puis, il regagne aussi vite que possible la ville voisine, car il sait que les hommes d’Abe vont être au courant qu’il a merdé (car là encore : c’est magique). Et en grand spécialiste, il se dit que tiens, si je passais par chez moi chercher mon pognon ? Je veux dire, si des tueurs me cherchent, je doute qu’ils commencent par là, hohoho. D’ailleurs, Bruce Willis a oublié de penser à un truc : s’il avait laissé une partie de ses lingots d’or à Joe, peut-être qu’il n’aurait pas eu à seulement penser un truc aussi débile. Or, il est vaguement dans l’intérêt de Bruce d’éviter que Joe se fasse prendre ou pire, buter, auquel cas c’est terminé pour lui. Mais bon, encore une fois : ce n’est qu’un professionnel avec 60 ans d’expérience, il n’est peut-être pas au courant de ce qu’un spectateur lambda peut supposer.

Hmmm.

Bref, arrivé chez lui, Joe trouve Dudule en train de vider sa cache de lingots d’argent. Lorsque le bougre le repère, Joe parvient à l’enfermer dans la cachette, hurlant au bonhomme "T’inquiète Dudule, dis à Abe que je vais boucler la boucle et terminer mon contrat ! Soyez cools quoi : j’ai la situation bien en main !" ; hélas, un porte-flingue accompagnant Dudule entendant Joe brailler se pointe lui aussi dans l’appartement, et il s’en faut de peu que notre héros ne se fasse plomber le museau. Il ne parvient, qu’in extremis, à sauter par la fenêtre pour aller s’écraser sur une voiture en contrebas. Où il est récupéré par… Bruce Willis !

Que l’on se rassure, comme dans tous les mauvais films, tous les personnages qui tenteront de tirer sur le héros, même à un mètre de distance, échoueront

En effet, Bruce vient du futur : il a donc les souvenirs de son passé, et sait ce que lui-même plus jeune – Joe – a fait. Il sait donc que Joe est repassé chez lui au lieu de suivre ses instructions. Et il est donc venu le sauver. Du coup, cette fois-ci, lorsque Joe se réveille, il est près d’une voie de chemin de fer, avec cette fois, écrit dans la main (Bruce se souvenait qu’étant jeune, il avait failli porter plainte contre lui-même pour une sombre histoire de message dans le froc) "Monte dans un fucking train et disparaît, gros couillon". Sauf que Joe est un peu têtu, et d’une, déteste qu’on le traite de couillon, et de deux.

Aussi, quelques heures plus tard, alors que Bruce est en train de pénétrer dans les locaux d’on ne sait quelle société pour utiliser des ordinateurs, et imprimer un étrange document, il constate soudain que sur son bras vient d’apparaître une étrange cicatrice marquée… "Beatrix". "Petit con ! Te scarifier, à ton âge !" s’exclame Bruce avant de partir à folle allure au seul endroit lié au nom "Beatrix" : le restaurant où il avait ses habitudes en tant que jeune looper, à l’extérieur de la ville, et où officie une certaine Beatrix.

Au matin, donc, Bruce Willis entre dans le petit restaurant, où l’attend patiemment Joe, un gros bandage sur le bras. "Très intelligent", dit le plus vieux des deux en indiquant le bandage, ignorant que si ce que fait l’un influence l’autre, il suffisait à Joe penser très fort "Je me donne rendez-vous à moi-même dans tel café" pour que Bruce le sache aussitôt, cela devenant un de ses souvenirs. Mais on ne doit pas avoir la même notion de "Très intelligent", probablement. Se pourrir le bras était sûrement plus malin (et a dû compliquer la vie sexuelle de Bruce Willis, quand ses compagnes lui demandaient "C’EST QUI CETTE BEATRIX ?" en regardant son bras) En tout cas, maintenant que les deux hommes sont réunis, il est temps de poser les choses, pour ce qui est probablement la pire scène de tout ce film. Vous êtes prêts ? Alors allons-y.

"Salut Joe, je suis toi du futur. Maintenant, je parle trop bien italien, c’est cool, même si en fait j’habite Shangaï et que j’ai jamais eu l’occasion de pratiquer.
- Ah ouais. 
- Et comme je suis le toi du futur, je sais aussi que tu as une arme planquée dans ton pantalon.
- Balaise !
- Alors je te parle du futur ? Savoir pourquoi tu en es là ?
- Si tu veux, ça me ferait plaisir. Enfin te force pas pépé, hein.
- Bon alors tu vois, en fait, dans le futur, tu as rencontré une super nana. Tu es trop amoureux, tu as un gosse et c’est cool. Sauf que dans le futur, il y a aussi un homme, un parrain de la pègre surnommé "Le maître des pluies" qui fait régner la terreur. Personne ne sait qui il est. On sait juste qu’il a une mâchoire artificielle, et qu’il a la grosse haine des loopers parce que quand il était petit, l’un d’entre eux aurait tué sa mère. Du coup, il nous bute. Accessoirement, il est super fort, il a vaincu tous ceux s’opposant à lui sans même l’aide de qui que ce soit.
- Et donc il bute les loopers. Pour sauver sa mère. Mère qui a été butée quand il était petit. Donc en fait, au lieu d’envoyer quelqu’un sauver sa mère dans le passé, ou même de buter les loopers AVANT qu’ils ne la tuent, il décide de les buter 30 ans plus tard alors qu’il a une machine à voyager dans le temps. Et pour ce faire, il envoie les fameux loopers 30 ans dans le passé, à une époque où si ça merde, ils peuvent le buter lui et sa mère. Le tout en confiant l’exécution des loopers qu’il exècre aux loopers… qu’il exècre. Ce serait pas un peu le plan le plus con du monde ?
- Ah si, tiens. Mais c’est rigolo, dans le script, entre les merdes de singe, j’ai cru lire qu’il était génial.
- Ouais moi aussi. Bon sinon, revenons au dialogue : toi qui viens du futur, tu dois avoir des souvenirs sur comment je me tire de cette merde, on irait pas plus vite si tu me le disais ?"

Et là attention, réponse d’anthologie :

"ON S’EN TAPE !" (véridique)

Bin oui mec, c’est jamais que pour te sauver, puisque si Joe meurt, tu disparais. Pas très important, en effet. Heureusement, Bruce bredouille une vague explication sur "Tant que tu n’as pas fait les choses, je ne m’en souviens pas, je vois juste des possibilités", mais Joe est trop con pour lui demander dans quelles "possibilités" il survit, ou laquelle semble la plus heureuse. Là encore, détail. Bruce sort ici de sa poche le document qu’il a imprimé un peu plus tôt, à savoir une carte du coin, et explique son plan : un peu avant d’être renvoyé dans le passé, il a eu le temps d’obtenir un super tuyau sur l’identité du maître des pluies. Un numéro genre de sécu (coucou les crypto-féministes !) qui lui a permis de retrouver trois enfants actuels, l’un d’entre eux étant celui qui est devenu le maître des pluies. Il compte donc bien les buter tous les trois, pour sauver le futur. Sarah Connor, c’est bien ici ?

Voilà. A ce moment exact du film, il est fort probable que vous ayez déjà la fin du film. Vous pouvez donc prévoir tout ce qui va se passer ou presque, et risquez donc de regarder votre montre en boucle en regardant chaque évènement arriver avec lenteur et ennui. En tout cas, c’est ce que j’ai fait. Plomber son film aussi tôt, il fallait le faire.

Voilà. Si vous allez le voir au cinéma, sachez qu’à partir de cette scène, vous pouvez quitter la salle : les héros vous spoilent plus sûrement que cet article.

Allez, poursuivons le massacre : Joe ne l’entend pas de cette oreille : lui, tout ça, il s’en tape. Bruce, lui, il a déjà vécu sa vie. Joe, il a encore la sienne devant lui, alors ça commence à bien faire les conneries : Bruce, sois gentil de mourir, merci. C’est vrai quoi : ce n’est que tuer lui-même, ce n’est pas comme si ça nécessitait la moindre réflexion, merde. Ces personnages ont une rare profondeur

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Au même moment, dans un atelier d’écriture de script

"HOUUUU HAAAA HAAAAAAAAAAAAAAA
- Mongo ! Je… lâche immédiatement la fiche de description des personnages ! Ce n’est pas fait pour être mâché et…
- *Pteu* houu houu…
- C’est bien, tu as bien craché la feuille Mongo. Mais ? Ah, c’est dégueulasse, c’est illisible ! On dirait qu’on a écrit le moindre personnage avec de la salive mâtinée de poux morts !"

Un peu plus tard, en France

Rian Johnson, qui a aussi écrit le scénario, atteint avec élégance cet équilibre entre fantaisie et profondeur qui caractérise quelques grands moments de la fiction populaire.Le Monde

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Et c’est à cet instant précis que nos deux larrons constatent que pendant leur conversation, tout le restaurant s’est vidé sans qu’ils ne le remarquent (comment ? Mystère !). Ce qui n’empêche pas Joe de sortir son arme, mais de manquer son coup car Bruce connait tous ses trucs et parvient à se barrer en emportant sa carte. Seul un tiers de celle-ci reste dans la main de Joe lorsqu’il tente de l’agripper (encore un poncif ? Nooon). Et dehors, les hommes d’Abe sont déjà là : ce sont eux qui ont vidé l’endroit. Ils ouvrent donc le feu pour cartonner Bruce, sauf que celui-ci, agile comme un lapin malin, parvient à s’enfuir jusqu’à un champ voisin. Joe tente d’aider les hommes d’Abe à plomber la cible, mais lorsque la panique retombe un peu après la fuite de Bruce, les hommes d’Abe, Dudule en tête, constatent que Joe est au milieu d’eux. Et contrairement à ce qu’il pensait, Dudule et ses gars ne sont pas calmés et ont toujours pour projet de le capturer pour le découper tout comme Seth plus tôt, afin de ramener Bruce au bercail.

Là encore, esquivant les balles de dizaines d’hommes lui tirant dessus à un mètre de distance (…), Joe s’enfuit lui aussi dans le champ voisin, et court jusqu’à une petite ferme qui est indiquée sur le bout de carte qu’il a arraché à Bruce comme étant la 3e cible où se trouve un gamin pouvant potentiellement être le maître des pluies. Sur place, notre héros rencontre Sara, une brave fermière qui voit d’un mauvais oeil l’arrivée d’un étranger sur son terrain, bordel de gitan. Si celui-ci se montre tout à fait charmant, et la défend même lorsqu’un intrus – autre que lui, cela s’entend – pénètre sur la propriété à la recherche de nourriture, Sara reste tout de même très méfiante, n’hésitant pas à le menotter au lit (Rrrr) qu’elle lui a aménagé dans une petite grange. Si au départ, elle ne le recueille que pour une nuit, les choses évoluent lorsque Sara trouve la carte avec sa ferme indiquée dessus… et oblige, sous la menace d’un fusil à pompe, le pauvre Joe à raconter son histoire : il est un looper, il a merdé un contrat, ses employeurs le cherchent… et l’homme qu’il a loupé compte bien venir cartonner Cid, le fils de Sara, supposant que dans le futur il pourrait être un fucking caïd.

Cid, qui au passage, est l’incarnation ultime de l’un des poncifs les plus lourds du cinéma américain : "l’enfant espiègle". Comprendre : il a une coupe à la con, une salopette, est évidemment super intelligent mais très sensible, et passe son temps à débiter des lignes de dialogue faites pour les adultes tout en s’occupant de ce qui ne le regarde pas. Et comme il se doit, il essaie toujours de maquer son parent célibataire, comme tous les enfants relous du cinéma américain. Bref, chacune de ses apparitions à l’écran semble vous murmurer "Giflez…moi…". Brrr.

Mais qu’importe : Joe propose à Sara de la protéger du vilain looper qui veut leur faire du mal (vous ne la voyez toujours pas la fin du film, hein ?) quitte à "donner sa vie pour le faire". Joe oublie, simple détail, que tout ce qu’il prépare ne risque pas de servir à grand chose puisque Bruce en aura instantanément le souvenir et pourra donc l’esquiver à volonté. Mais à partir de là, sachez que hop ! Le film oublie cette histoire ! Ça ne reviendra que plus tard, quand le scénario trouvera judicieux de le faire pour arranger ses affaires. Déjà qu’ils n’ont pas retenu mon idée de "Joe décide de manger gras pour instantanément tuer le lui du futur à coup de cholestérol", j’vous jure, ces gens ne respectent rien.

En tout cas, la vie à la ferme passe lentement, très lentement, mâtinée de scènes où il ne se passe strictement rien. Enfin si : il y a cette scène mémorable de nullité où un soir qu’elle s’ennuie ferme, Sara regarde le plafond sur son lit. Puis à un moment, fait juste une tête genre "Bah allez, ce sera mieux que de se couper les ongles" avant de faire signe à Joe de monter. Et hop.

J’espère qu’au même moment, Bruce profitait de ses nouveaux souvenirs, du genre "La vache, qu’est-ce que je lui ai mis/suis en train de lui mettre à la petite Sara". Probablement un moment intéressant pour lui. Mais pas pour le spectateur en tout cas, qui dort à moitié à ce stade, attendant que ce qui a déjà été annoncé arrive.

Pendant ce temps, Bruce justement, lui, a commencé à s’occuper des deux autres gamins qu’il pense pouvoir être le potentiel futur maître des pluies, en allant dézinguer le premier devant sa porte (si), et observer où habite le second… second qui s’avère être – et là encore, quelle énorme coïncidence ! – le fils de Suzie, la fille du cabaret avec qui Joe aimait à s’accoupler vertement. Bruce est bien embêté, mais bon, hein, ce qui doit être fait doit être fait, alors ho.

"Tu veux dire qu’en fait, c’est un peu comme si Bruce Willis avait assisté à nos ébats ? J’avoue que ça m’excite un peu, Joe"

Dans le même temps, un homme de main d’Abe fait le tour des fermes autour du champ où les deux fugitifs avaient disparu, et finit par arriver à celle de Sara. L’homme est très subtil, puisque sa démarche pour gagner la confiance des gens lorsqu’il frappe à la porte est "J’ai quelque chose à vous demander, mais je ne peux vous le demander qu’à l’intérieur de chez vous". Une stratégie intéressante, reconnaissons-le, mais qui a probablement été inventé par un bulot, comme la plupart des éléments de ce film. Une fois à l’intérieur, le bougre sort deux photos de Joe et Bruce, et les tendant à la jeune femme en les présentant comme père et fils, demande si elle n’aurait pas vu l’un de ces deux gusses. Non, répond Sara. Ah oui ? Bon. Sinon, vous avez quelqu’un d’autre chez vous ? Ah bin oui mec, j’ai un mari, il fait 2,60m et il est viking de profession, d’ailleurs il va bientôt rentrer. Et j’ai un fils oui, mais il n’est pas là (ne me demandez pas pourquoi elle ment là-dessus alors que ça ne sert à rien, puisqu’elle sait que ce n’est pas ce Monsieur qui lui veut du mal et que ça risque juste de la rendre suspecte à ses yeux, c’est comme ça).

Soit, dit le malandrin, avant de traîner un peu dans la maison à la recherche de quoi que ce soit de suspect, créant diverses scènes façon Tom et Jerry (si) où à chaque fois qu’il passe une porte ou entre dans une pièce, on voit Cid et Joe passer derrière lui, se cacher derrière une autre porte, disparaître au moment où il tourne la tête… et ça dure un petit moment. Un petit moment jusqu’à ce que finalement, Cid emmène Joe se planquer dans un vieux tunnel sous la maison. L’occasion pour Cid d’expliquer que Sara c’est sa mère, mais qu’avant il avait une autre maman (la soeur de Sara, à l’époque où Sara avait encore un travail en ville), mais qu’elle est morte et que c’est triste. Et Joe d’expliquer sans aucune raison, alors que rappelons-le, Cid pourrait bien devenir le maître des pluies et ruiner sa vie, que "Lui un jour, il a rêvé qu’il tuait tous les gens qui avaient fait du mal à sa mère et c’était super cool".

Non mais sans rire. Ce film est une formidable bouse. On passe son temps à souhaiter une mort lente à chaque protagoniste, mais pas trop non plus parce que l’on aimerait bien sortir.

Bon, en tout cas, si la ruse fonctionne, elle n’est que de courte durée : car un peu plus tard, l’homme de main d’Abe, qui a deviné grâce à ses pouvoirs magiques (toujours eux) et sans l’avoir vu que Joe se cachait dans la maison revient, et pour être sûr de se faire respecter, décide de prendre Sara en otage en exigeant de Joe qu’il se rende. Ce que Joe fait. Tout semble donc perdu, jusqu’au moment où Cid, qui passait par là, se vautre la gueule dans les escaliers de la maison (oui, comme ça, allez hop). C’est absolument nul, et en plus, intégralement tourné au ralenti pour faire durer le plaisir, en tout cas le mien, puisque chaque marche dans la face de cette tête à claque avait la saveur d’une bouchée de trianon pour ma cruauté naturelle.

Sauf que si Joe essaie de le rattraper, Sara elle se rue sur Joe (c’est confus tout ça) pour le pousser hors de la maison via une porte voisine. Pourquoi donc ?

Et bien parce que lorsque Cid se relève (sans un bleu) de sa chute, le marmot est un peu bougon (alors que de voir sa mère prise en otage, que dalle), et commence donc à pousser de petits cris colériques. C’est alors que… les objets alentour s’envolent, le flingue de l’homme d’Abe s’envole, et bientôt, le tueur lui même se retrouve collé au plafond, alors que le marmot hurle à plein poumons d’une manière qui a tendance à faire rire nerveusement une partie de la salle tant c’est mauvais. Sauf que lui ne rigole pas : contrairement aux autres personnes capables de télékinésie, il a des pouvoirs littéralement monstrueux ne se limitant pas à soulever une pièce de 5 cents. Et d’une seule pensée, il fait tout exploser, meuble comme rez-de-chaussée de la maison, et même pauvre porte-flingue en une gerbe de sang.

Lorsque, dehors, Joe se relève, à peine capable de comprendre ce qu’il vient de se passer, il se tourne vers Sara pour avoir une explication : Cid est un fucking roi de la télékinésie.

Et bien, merci de cette explication synthétique ma bonne Sara.

Et c’est uniquement à ce moment là que Joe se rappelle que tiens, le maître des pluies, il parait qu’il pouvait vaincre des armées à lui seul sans que l’on sache comment ! C’est donc Cid ! Oh bin ça alors, on l’avait pas vu venir depuis le premier tiers du film et la scène ou deux couillons parlaient de lui autour d’un steak chez Beatrix ! Tiens, du coup maintenant, je me demande trop qui est le looper qui va tuer maman, et pourquoi le maître des pluies va avoir besoin d’une mâchoire artificielle. Pfou, houlala, oui. En tout cas, sachez que Joe pense bien à tuer Cid, mais d’apprendre l’histoire triste du petit garçon, à savoir qu’il a tué sa mère adoptive, la soeur de Sara, avec ses pouvoirs sans le faire exprès, et surtout de voir les yeux tristes du garçon, le bougre ne trouve pas la force de le faire. Tant pis. Il propose donc un autre plan : Sara, Cid, prenez une camionnette et barrez-vous aussi vite que possible, je pense que d’ici 20mn, le coin va grouiller d’hommes d’Abe venus chercher leur pote ou de Bruce Willis (qui peut grouiller en groupe de 1, si, ça suffit le mauvais esprit).

Pendant ce temps, il s’est passé un truc rigolo en ville : alors que Bruce traînait du côté de chez Suzie pour littéralement coller une cartouche à son fils, il a été intercepté par Dudule… qui est donc tout fier de retourner chez Abe avec sa prise ! Enfin, ils vont pouvoir terminer cette histoire en tuant ce contrat en cavale ! Sauf que lorque Dudule arrive chez Abe… et bien tout le monde semble s’en foutre. Pourquoi ? Et bien au motif que l’on vient de localiser Joe dans une ferme, et que donc, tous les porte-flingues sont en train de s’armer pour aller le chercher.

Je résume : Abe cherche Joe pour pouvoir ramener Bruce chez lui et le buter comme prévu. On vient lui livrer Bruce à domicile : tout le monde s’en tape, parce qu’ils veulent aller chercher Joe en priorité.

Je… c’est nul. C’est complètement nul.

Bref : Bruce est grognon, car il n’aime pas trop qu’on l’attrape comme ça ; il a quand même pété du Hans Grüber dans sa jeunesse, ce n’est donc pas un pauvre Dudule qui va l’arrêter, sacrebleu ! Lors d’un moment d’inattention de la part de l’homme qui le menace, Bruce lui colle donc un coup de boule, puis commence à distribuer des mandales à tous les types à sa portée. Aucun ne pensant à se servir de son arme à feu, notre larron a donc tout loisir de se ruer vers le coin "armurerie" de la planque d’Abe, ouverte puisque tout le monde était en train de s’armer, et là attention, voici le mode d’emploi sur "Comment gérer des scènes d’action quand on ne sait pas gérer des scènes d’action".

Bruce Willis a une mitraillette dans chaque main, il est debout, à découvert, et face à un couloir contenant une dizaine de tueurs professionnels armés. Comment faire pour justifier le fait qu’il ne finisse pas en passoire ? Et bien c’est facile :

En filmant en plan fixe Bruce Willis qui tire dans le couloir durant 10 secondes.

Notez qu’en plus, si j’en crois l’angle de l’arme, Bruce mitraille des gens d’environ 90 centimètres

Quelques instants plus tard, Bruce Willis doit passer une porte blindée derrière laquelle Abe et ses hommes sont retranchés, bien armés et à couvert tous en train de braquer la porte en attendant Bruce. Comment faire pour justifier le fait qu’il ne finisse pas en passoire une fois encore ? Et bien c’est toujours aussi facile :

En filmant Bruce Willis avant qu’il ne défonce la porte, puis juste après en ne montrant que des cadavres.

C’est bientôt fini là ? Non parce que moi aussi je veux mourir, en fait.

Bref. Après avoir fini de massacrer tout le monde, Bruce se souvient soudainement (ça y est, cette notion de souvenirs partagés est revenu dans le film, hop !) qu’il a appris par Sara que Cid était un monstre de la télékinésie, et donc que c’était forcément lui le maître des pluies ! Vite : après avoir pillé les réserves de pognon d’Abe, notre bon Bruce saute dans une camionnette et file vers la ferme de Sara pour aller en finir avec cette histoire. En chemin il croise bien Dudule, parti à sa poursuite sur une moto-volante, mais honnêtement, nous allons même passer cette autre scène d’action ratée (sachez que cette-fois, au moment crucial, le réalisateur filme… de la fumée. On voit juste le avant "Dudule sur sa moto" puis le après "la moto sans Dudule" ; à ce stade, c’est de l’art). Il y a bien aussi Joe qui tente de s’interposer, mais n’ayant pas l’expérience de Bruce, il est bien vite mis hors de combat par le vieil homme.

Sara et Cid, eux, ont enfin fini de préparer leur fuite : sachez qu’ils sont tellement forts… qu’ils ont eu le temps de faire des cartons dites-donc ! En 20mn, c’est assez impressionnant je dois dire.

"Vite, fuyons !
- Attends attends, j’ai pas chargé le carton avec la vaisselle… t’as pas vu le marqueur ? Faudrait pas qu’on mélange !"
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Impressionnant ou consternant, j’hésite un peu sur le mot.

En tout cas, alors qu’ils foncent vers la liberté, mère et fils voient sur la route la silhouette d’un homme seul : Bruce Willis ! Celui-ci vient vers eux, armes à la main, prêt à transformer Cid en petit blob de chair. Peu enthousiasmée par cette idée, contrairement à moi, Sara décide d’accélérer pour tenter d’écraser le malandrin, mais Cid étant définitivement un peu con, il dit je cite "Attention maman, il va nous tuer ! Vite, freine !". Oui. Et puis peins-toi une cible sur la gueule maman, tant que tu y es.

Cid est d’ailleurs tellement malin que pour arrêter la voiture, il utilise ses pouvoirs télékinésiques et… retourne la voiture. Freiner ou virer Bruce de la route, c’était un poil trop malin. Retourner la voiture paraissait en effet être une solution plus viable. S’il vous plait, je… libérez-moi.

S’extirpant tant bien que mal de l’épave, Sara et Cid tentent de prendre la tangente au travers d’un champ voisin, hélas dénué de plantations et laissant ainsi la petite famille totalement à découvert, Bruce peut donc commencer à ouvrir le feu. Sa première balle est d’ailleurs pour Cid, qui l’atteint : surprise ! A la mâchoire. Sans lui arracher, hein, juste une petite plaie. Puis, alors qu’il s’avance pour tirer un peu mieux, Sara s’interpose, expliquant qu’il faudrait la tuer pour qu’elle laisse qui que ce soit faire du mal à son fils. "Pas de problème", dit Bruce, en armant son flingue prêt à aider la bonne dame à découvrir en direct si les femmes ont une âme.

Sauf qu’au même moment, derrière lui, Joe a repris ses esprits et l’a rejoint. Hélas, avec son tromblon, il est bien trop loin pour le toucher, et ne peut assister au spectacle qu’à bonne distance. Voyant que Bruce va tirer, il sait qu’il ne lui reste qu’une seule solution pour l’arrêter. Car il comprend (seulement maintenant ?) que Bruce va tirer, tuer la mère, que Cid va s’échapper et vouloir se venger des loopers en devenant un parrain de la pègre… et qu’il n’est pas question que cela arrive.

Tournant son arme vers son propre coeur, Joe n’hésite pas et tire avant de s’effondrer.

Bruce Willis s’arrête net, puisqu’il n’est pas possible qu’il existe si Joe est mort si jeune. Il disparaît en un clignement d’oeil, ne laissant que Sara et Cid au milieu du champ.

"Tiens au fait, j’y pense, comme ça, là, mais l’espace-temps d’où je viens, je ne suis jamais revenu à cette époque pour essayer de tuer Cid et sa mère, alors comment est-ce que le maître des pluies a pu avoir une mâchoire artificielle, perdre sa mère par ma faute et haïr les loopers pour ainsi demander à ce que l’on m’exécute et que l’on m’envoie ici ? Non parce que c’est un peu l’histoire qui crée l’intrigue du film, alors si elle tient pas debout… non ?"

Encore une fois, le film se vautre, puisque si le temps est ainsi capable de reprendre ses droits sur l’existence de Bruce Willis à cette époque, logiquement, ses dégâts devraient aussi disparaître. Et Joe ne pas avoir de raison de se tuer, etc. Bref, encore un gros paradoxe, que les auteurs du film règlent courageusement en ne le traitant tout simplement pas, ce qui est fort pratique, reconnaissons-le.

Sara, elle, rentre chez elle et soigne la mâchoire de son fils, avant de le coucher. Le bambin s’endort et…

C’est tout. Non, vraiment, il y a juste un plan noir de 5 secondes. Et…

FIN.

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"Mongo !"

Agitant ses mains potelées, le responsable de l’atelier se dirigea droit vers le singe, ses joues bouffies teintée d’un rouge vif alors qu’il agitait un journal à la main. Le singe, en plein épouillage, se contenta de feindre l’indifférence depuis le néon où il avait élu domicile.

"Mongo, je vous avais prévenu : vous avez un contrat d’exclusivité avec nous. Est-ce que vous pourriez m’expliquer ceci ?"

Johnson, qui passait à proximité café à la main, s’approcha du lieu de l’altercation pour mieux observer ce qu’il se passait. Le responsable avait fait claquer un exemplaire du Monde Culture en le jetant sur un bureau voisin, faisant sursauter l’employée qui s’y trouvait. Se penchant, Johnson put lire :

Quand vous raconterez le film à vos amis, pour les encourager à le voir, car il en vaut la peine, distrayant et malin, presque philosophique sur la fin, vous aurez de bonnes chances de vous emmêler les pinceaux. C’est toujours comme ça avec les paradoxes temporels : ils développent la logique d’une impossibilité et généralement finissent par s’effondrer comme des châteaux de cartes.
Le scénario que Rian Johnson a minutieusement édifié pour ce film échappe à ce piège et parvient à mener le spectateur au bord d’un gouffre sans fond, vertigineux, plein de questions sur la vie et la mort, le bien et le mal. Mais aussi plein d’images mouvantes sorties de l’histoire du cinéma, du Magicien d’Oz à Piège de cristal, en passant par Deux ou trois choses que je sais d’elle.

- Le Monde Culture

Un rire malsain s’échappa de la gorge de Johnson : le responsable avait tout à fait raison, aucun journaliste sérieux n’aurait pu écrire cela sérieusement.

La meilleure explication était que Mongo fasse des piges en douce pour le Monde Culture. L’animal n’était pas malin, on reconnaissait de suite son style.

Et en plus, ça expliquait beaucoup de choses.

Courant à toutes jambes, Elodie manqua de peu de trébucher alors qu’elle s’engouffrait dans une ruelle voisine.

Le souffle coupé par ses sanglots, les yeux embués par les larmes, la jeune fille s’arrêta contre le mur de l’étroit passage où quelques poubelles crevées avaient été rassemblées à proximité d’une bouche d’aération d’où sortait une fumée blanche donnant un curieux aspect à l’endroit. Peinant à se tenir droite après sa course, elle se retourna en hoquetant à la recherche de son poursuivant, et n’apercevant rien de celui-ci entre les murs de brique rouge s’élevant loin au-dessus d’elle, soupira longuement.

Passant une main sur ses yeux pour essuyer ses larmes, elle se retourna pour esquisser un pas en direction de l’autre extrémité de la ruelle, mais poussa un long hurlement de terreur lorsqu’elle aperçut à quelques centimètres en face d’elle le faciès déformé de la chose qui l’avait poursuivie : une sorte d’imposant monstre canin, vaguement humanoïde, dont les babines noires retroussées laissaient paraître des dents qui ne laissaient aucun doute quant à l’alimentation de la créature. Par dessus un museau mille fois balafré, deux yeux jaunes luisaient en fixant la pauvre jeune fille qui tomba au sol, rampant confusément en arrière alors que la silhouette haute et large de la créature s’approchait d’elle, la dominant toujours plus.

De la bave s’écoula entre les dents de la bête, alors que celle-ci reniflait bruyamment l’air nocturne ; se penchant lentement au-dessus de l’ingénue, elle sembla émettre un son indéfinissable à mi-chemin entre la déglutition et le grognement, jusqu’à ce que soudain, elle s’immobilise en fixant quelque chose situé derrière Elodie.

C’est lorsqu’elle se retourna que la jeune fille vit de quoi il s’agissait : une silhouette enfoncée dans un épais trench-coat tenait à la main une arbalète chargée d’un projectile à pointe d’argent dirigé droit vers le monstre face à elle, qui sembla reculer doucement.

"Laisse la fille partir et je me débrouillerais pour que l’on te trouve un endroit où tu pourras chasser en paix.
- Les miens ne vivent pas dans des zoos ou des réserves, chasseur. Détourne-toi et tu vivras."

0

La créature s’était exprimée d’une voix gutturale mâtinée d’un grognement constant. Elodie ne savait plus où donner de la tête, alors qu’aucun des deux personnages l’entourant ne semblait prêt à bouger.

"J’ai affronté bien pire. Saisis ta chance.
- Je t’ai donné la tienne, chasseur. Péris !"

0

La chose bondit droit vers sa cible, passant au-dessus d’Elodie qui tenta de se protéger comme elle le pouvait en se plaquant au sol ; elle n’eut pas le temps de véritablement réaliser ce qu’il se passait qu’il y eut un déclic, suivi du bruit sourd d’un poids imposant tombant sur le sol froid de la ruelle. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, l’homme au-dessus d’elle lui tendit une main gantée, son arbalète déchargée dans l’autre. Tournant la tête, elle vit à quelques centimètres d’elle le monstre, étalé au sol sans vie, un projectile d’argent dépassant de son dos là où il l’avait littéralement traversé, à l’endroit où elle aurait supposé que le coeur de pareille créature aurait pu se trouver.

"Vous allez bien Mademoiselle ?
- Je… qu’est-ce que… qui êtes-vous ? – elle tenta de voir le visage de son sauveur, mais n’y parvint pas l’obscurité de la ruelle ne l’aidant guère
- Aucune importance. Tenez, prenez ce ticket de bus, il y a un arrêt non loin, vous pourrez rentrer chez vous, il n’y a plus rien à craindre."
0

Elle se saisit du minuscule papier que l’homme lui tendit, puis se retourna pour s’assurer que la créature était bien morte ; elle nota alors que le cadavre avait disparu, et se tournant pour demander à son sauveur comment cela était possible, elle constata que lui aussi s’était volatilisé.

Seule au milieu de la ruelle, incapable de dire si tout cela avait véritablement existé, Elodie fixa quelques instants les étoiles en se demandant ce qu’il venait de se passer. Tout cela avait tellement peu de sens… elle avait besoin d’une explication. Elle avait besoin de savoir ce qui se cachait dans les ombres. Elle avait besoin…

D’un bon film résumant tout.

Quelle meilleure occasion pour découvrir les sombres secrets cachés derrière ce que nous pensions savoir ? Jeunes gens : allons donc voir Abraham Lincoln, chasseur de vampires, et apprenons-en plus sur l’histoire derrière l’Histoire  !

Spoilons mes bons !

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L’affiche : et qu’est-ce que l’on voit dessus ? Des flammes. Ca ne rate jamais, comme truc

Le film s’ouvre sur le triste paysage d’un quelconque quai fluvial des Etats-Unis d’Amérique en 1818, alors que des familles sont occupées à préparer diverses denrées à charger dans des embarcations : bois, paille, journalistes sportifs et autres marchandises inertes de faible valeur défilent donc. Nous y apprenons au passage que toute l’histoire que nous allons suivre, justement, est en fait tirée du journal intime d’Abraham Lincoln que celui-ci tenait depuis tout petit (et qui, curieusement, tient en un volume de poche de 200 pages alors que le bougre y écrit tous les jours, j’imagine que le titre original était "Abraham Lincoln – Inventeur du microfilm"), car oui, tout commence lorsque le brave Abraham n’est encore qu’un enfant pur et innocent, comme tous les enfants (à l’exception de ceux qui prennent le train avec vous, qui sont invariablement des chieurs).

Occupé avec son père à couper des bûches sur le quai pour faciliter leur chargement, le gai luron est rapidement interrompu dans son travail par les cris d’une famille de noirs que l’on rudoie quelque peu à une courte distance de là, se ramassant divers coups de fouet en travers du museau. Les pauvres gens ont beau expliquer que mais, enfin, merde, c’est un malentendu : ils ne sont pas des esclaves, ils sont nés libres, mais l’homme qui les tatane, un certain Jack Barts, sorte de Brice Hortefeux local, n’en a que faire. Et puisque c’est la famille du jeune Will Johnson, ami d’Abraham, ce dernier n’hésite pas malgré les avertissements de son père lui demandant de ne pas se mêler de tout ça à aller s’interposer pour prendre les coups de fouet à la place de son ami (j’ai connu une fille comme ça aussi, mais là n’est pas le sujet).

Jack Barts, qui s’avère accessoirement être l’employeur et créancier de la famille Lincoln, ne goûte guère à la plaisanterie surtout lorsque Papa Lincoln vient à la rescousse de son fils : l’homme au fouet se contente d’informer poliment l’ami Papa qu’il est viré et qu’il peut quitter les lieux dès à présent, avant d’ajouter qu’il ne laisserait pas ses dettes s’envoler… et viendra se payer d’une manière ou d’une autre ; le bougre annonce d’ailleurs la chose en lançant un regard appuyé à Maman Lincoln qui lui fait comprendre que mais oui, durant des heures, il va lui mettre la fièvre.

La nuit même, alors que toute la petite famille Lincoln dort à poings fermés, à l’exception du jeune Abraham occupé à écrire ses aventures du jour dans son journal comme un vulgaire utilisateur de Facebook. C’est donc lui qui entend soudain le grincement de la porte d’entrée de leur chiche maison et voit pénétrer dans la demeure Jack Barts, s’approchant silencieusement de la couche nuptiale l’air hostile. Abraham n’étant pas du genre à balancer, il s’abstient donc de hurler à l’intrus et se contente de regarder la scène, puisque hein, bon, tout cela est parfaitement normal. Du moins, normal jusqu’à ce qu’Abraham constate que Jack Barts renifle étrangement l’un des poignets de Maman Lincoln : il aurait bien voulu en voir plus, mais il a croisé le regard du vilain, étrangement rouge, qui lui a lancé un large sourire avant de poursuivre son oeuvre.

Oeuvre que nous ne verrons pas car nous sautons directement à la scène suivante, où visiblement, la nuit s’est passée sans encombres à part le fait que Maman Lincoln se soit réveillée prise de spasmes, comme possédée : malgré l’intervention du pasteur local, il n’y a rien à faire, il est impossible d’identifier le mal qui touche la pauvre dame, à part peut-être que tout son corps refuse d’être dans un si mauvais film.

Et non, Abraham ne dit pas "Tiens c’est rigolo parce que moi j’ai vu Jack Barts entrer dans la maison cette nuit et s’intéresser curieusement à maman, quelle coïncidence, si on allait lui poser des questions", puisque comme je vous l’ai dit, il n’est pas du genre à balancer ; il n’a déjà pas hurlé quand un intrus a pénétré la demeure familiale dans la nuit, ni quand il lui a jeté un regard de psychopathe, alors pensez vous, ce n’est pas maintenant qu’il va ouvrir sa bouche. Quel petit con, je vous jure.

Bref : Maman Lincoln n’étant pas vraiment aidée par son idiot de fils, elle finit par mourir (hé bin oui) et son mari ainsi que son seul enfant vont donc l’enterrer, le père de la famille réduite demandant à Abraham de lui jurer de ne plus faire de conneries. Mais comme le dit la voix off : comme Papa Lincoln mourut 9 ans plus tard, la promesse était levée (Ha ?! Quelle étrange logique) et il pouvait donc à nouveau faire de la daube. Ce qu’il fit avec joie puisque le royaume de la daube, nous errons un peu dedans, là, tout de suite.

En effet, désormais adulte, et n’ayant pas vraiment oublié Jack Barts, Abraham a décidé de s’équiper d’un fier pistolet et d’aller faire la peau au brigand pour venger môman, mais comme la chose n’est pas vraiment dans sa nature, il est d’abord passé par le bar du coin pour se donner un peu de courage en se saoulant au Banga. Hélas pour lui, un homme au bar lui a demandé ce qu’il comptait faire pour autant boire : rouler un patin à une femme ou tuer un homme (ou l’inverse, ne soyons pas conservateurs) et lui tapant sur l’épaule pour ponctuer sa question, a fait choir de la veste d’Abraham son arme.

Oups, se dit le futur président avant de ramasser son bien et de s’en aller à toute allure du rade crasseux.

Mais à la nuit tombée, semble t-il qu’Abraham a trouvé suffisamment de courage pour reprendre le cours de sa mission puisque, sur le même quai que celui où ses parents travaillaient autrefois, le bon Lincoln retrouve Jack Barts en bonne conversation avec un client important semble t-il, qui explique à Barts qu’il va falloir envoyer une "nouvelle moisson dans le Sud pour nourrir toutes ces bouches". Attendant que le client et les gens l’accompagnant reprennent leur embarcation et s’éloignent sur le fleuve en abandonnant le pauvre Jack derrière eux occupé à maugréer contre la manière dont l’autre homme lui parlait, Abraham finit par sortir de l’ombre pour tenter d’attaquer sa cible, hardi petit.

Hélas, et malgré l’effet de surprise, Barts semble avoir senti son assassin venir de loin et a tôt fait de commencer à se battre avec lui, faisant preuve de talents martiaux qui impressionnent quelque peu le pauvre Abraham, qui finit par se retrouver en bien mauvaise posture : heureusement, une habile manoeuvre de sa part intitulée "Woush woush c’est magique" lui permet de reprendre l’avantage suffisamment longtemps pour pointer son pistolet droit vers le crâne de son adversaire, lui tirant une balle dans l’oeil. "Urgh", fait Jack Barts en tombant lamentablement au sol, foudroyé par le tir. Réalisant ce qu’il vient de faire au nom de la vengeance, Abraham s’éloigne quelque peu de l’endroit de son forfait et jette le pistolet dans la rivière voisine, dégoûté par son acte. Hélas, il regrette bien vite son geste car, se retournant, il s’aperçoit que le cadavre de sa victime a purement et simplement disparu…

Et que Jack Barts est bien vivant, juste derrière-lui, la balle encore dans l’oeil ; la mâchoire du brigand se déforme pour dévoiler de sacrées rangées de dents pointues, et Abraham comprend bien vite que tout cela n’est guère normal, voire carrément parabanal ; il souille un peu son pantalon dans un bruit qui n’est pas sans rappeler la trompette de la cavalerie, puis tente la fuite. La force de son adversaire, purement et simplement surhumaine, l’empêche cependant de faire quoi que ce soit de sérieux, et le pauvre Lincoln se retrouve sur le point d’être tué lorsque soudain, l’on vient à sa rescousse !

Oh, mais qui donc ?

Profitez bien de cette image d’Henry avec un fusil, car en fait, il a beau en avoir 300 chez lui, il n’aime pas les armes à feu. Intéressant.

Et bien l’homme du bar, celui qui l’avait interpellé, et lui-même semble particulièrement fort puisqu’il éjecte d’une seule main Jack Barts si fort que le malandrin vole sur plusieurs dizaines de mètres en défonçant tous les objets sur son passage. Abraham, témoin de la scène, tente bien de comprendre ce qu’il se passe mais, ha ! Bien amoché, il s’évanouit purement et simplement comme un vulgaire John Carter.

Quelques heures plus tard, Abraham se réveille dans un lit confortable, les blessures bandées et le visage encore quelque peu tuméfié suite à ses dernières aventures ; tentant de comprendre où il se trouve, s’il a passé la nuit seul et pourquoi il a si mal partout. Il quitte donc la chambre où on l’avait installé et commence à explorer la maison où il se trouve pour s’apercevoir que celle-ci est plutôt spacieuse, voire carrément luxueuse bien que fort mal rangée ; finalement, ce n’est que guidé par des bruits de copulation qu’il tombe sur le propriétaire des lieux en pleine action avec une fille de joie (où une fille aimant les boites de nuit, parfois, les deux se ressemblent un peu vestimentairement parlant), à savoir l’homme qui l’a sauvé la veille et qu’il avait croisé au bar. Celui-ci congédie donc sa belle amie et se présente donc : Henry Sturgess (et nom Sturgess Henry, sinon ça fait "turgescent" et tous les enfants se moquaient déjà de lui à l’époque, l’accusant d’un dévorant priapisme).

Ah oui, petit détail : dans ce film, aucun personnage n’arrive à prononcer un nom sans mettre un immense espace aléatoire dedans, du genre "Je suis Abraham………….. Lincoln" ou "Va voir Bob Smith………… Junior". Ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais pas plus que vous. Mais je commence à croire que les problèmes de diction sont récurrents dans les histoires de vampires. Sûrement une histoire de dents qui gênent.

Bref : devant un Abraham complètement paumé, Henry tente d’expliquer à celui-ci de quoi il retourne : les vampires existent, et ce sont de sacrés rabouins (Abraham tentera bien un "Hohoho, mais non, ça n’existe pas, balivernes" puisqu’ayant oublié que dans la scène précédente, il avait été attaqué par un type au visage inhumain une fois sa mâchoire déformée pour laisser passer ses dents, et capable de survivre à des balles dans la tête, mais bon, passons tant tout cela est consternant) qui sucent le sang des humains. Henry ? Lui est chasseur de vampires, rien de moins. Abraham ferait donc bien de faire profil bas, ses ennemis étant un petit peu trop puissants pour lui. Mais c’est sans compter sur la volonté de fer de Lincoln, qui explique qu’il engagerait bien Henry pour tuer Jack Barts ; après avoir essuyé un refus pour le motif "Mes services ne sont pas à vendre" (et tu paies ta maison avec quoi ? Tu suces le sang des poulets pour le Colonel Sanders ?), Abraham insiste alors pour être formé en tant que chasseur. Henry ne lui pose qu’une seule condition : qu’il oublie la vengeance, abandonne l’idée d’avoir des amis et une famille et se fasse à une vie d’homme de l’ombre.

"Pas de problème", dit Lincoln en croisant les doigts dans le dos tant les conditions sont complètement foireuses et invérifiables avant la fin de la formation. Il pouffe même un peu, glousse, et fait en fait un tas de trucs assez inquiétants, finalement.

Et c’est parti : Henry explique que les vampires ne sont sensibles qu’à une seule chose : l’argent (ça n’empêchera pas, plus tard dans le film, de voir que dans la valise du parfait chasseur de vampire, il y a aussi des pieux en bois ce qui laisse donc songeur), et propose donc à Abraham d’apprendre à se servir de toute une série d’armes à feu plus ou moins curieuses pouvant balancer de l’argent à bonne distance sur tout suceur de sang en goguette. Il précise d’ailleurs que ces derniers ne peuvent pas porter d’argent sur eux tant ils le détestent, alors forcément, s’en prendre dans le museau ne leur fait pas du bien. Mais comme Abraham explique être une tanche avec les armes à feu, mais qu’il a par contre été bûcheron autrefois, Henry propose d’entraîner notre homme à l’utilisation de cette arme (que lui aussi maîtrise divinement, quelle coïncidence !).

S’ensuivent donc plusieurs mois d’entrainement où Abraham apprend à manier la hache – enduite d’argent -, à combattre contre des ennemis pouvant devenir invisibles, à "toujours avoir un plan de secours", et accessoirement à savoir une super force.

Pardon ? Mais comment ? Et bien pour ce dernier point, c’est simple, observons plutôt

"Abraham, tu vois cet arbre, là ? Tu dois le couper en un seul coup.
- Mais ? C’est impossible ! Il est trop épais enfin ! J’en sais quelque chose, j’ai été bûcheron.
- Imagine que c’est celui que tu hais le plus…
- Jack Barts ! Yurg !
- Ah tu n’as pas tapé bien fort… alors dis-moi ce que tu lui reproches ?
- D’avoir tué ma mère, yurg ! 
- Hmmm, pas beaucoup plus fort, mais il y a du mieux… maintenant, toi, que te reproches-tu ?
- De n’avoir pas su protéger mes parents ! Yuuurg !
- Ah ! Voilà, tu viens d’éclater l’arbre d’un seul coup : voilà le secret, Abraham : la force ne vient pas de la haine, mais de la vérité."

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Compris ? Il vous suffit de dire quelque chose de très très vrai et hop, vous devenez très très fort. Par exemple : si vous dites "Paris est la capitale de la France", vous pouvez enfoncer une porte d’une main. Si vous dites "Il faut cent centimètres pour faire un mètre", vous pouvez arrêter un rhinocéros qui charge. Et si vous hurlez "Les blogueuses modes sont plus cons que des hamsters", alors là, the sky is the limit.

"Cher journal, Henry m’a demandé ce qui était le plus évident : apprendre à utiliser des flingues pour tuer de loin des créatures super fortes, ou essayer de devenir un ninja de la hache face à des créatures spécialisées dans le corps à corps. J’ai choisi, et je crois définitivement que je suis un peu con."

Enfin voilà : une fois super balaise, Abraham voit à l’occasion d’une scène dotée d’une fort grosse erreur de montage (notre héros a à nouveau le maquillage de mec passé à tabac qu’il avait lorsqu’il s’était réveillé chez Henry quelques mois plus tôt) son nouveau maître lui expliquer photos à l’appui ce qu’il en est des vampires à l’heure actuelle aux Etats-Unis : il y en a moult, plus ou moins discrets, mais il y a parmi eux Adam, le plus vieux de tous et supposé père de la race (c’était lui, le "client important" de Barts plus tôt dans le film), sa copine Poufblonde et divers autres personnages à ses ordres qui tous, vivent tranquillement dans le sud du pays. Henry explique comment les choses vont se passer à son élève : il va l’envoyer en mission dans une certaine ville et de là, il devra se faire discret en attendant que les ordres de qui il devra exécuter arrivent par courrier. Et c’est toujours Henry qui décidera de quand Abraham pourra tuer Jack Barts.

Je commence à comprendre les soucis de La Poste : ce sont en fait des vampires qui pillent le courrier pour éviter aux réseaux de chasseur de communiquer. Cela explique pourquoi il faut parfois attendre l’éternité pour récupérer le moindre colis : tout s’explique.

Enfin : Lincoln est donc envoyé dans la petite ville de Springfield, où pour trouver un logement, il s’installe au-dessus de la boutique d’un certain Joshua Speed, qui ne demande comme seul loyer que la participation du nouvel arrivant aux travaux de l’échoppe. Rapidement, Abraham s’avère être un employé consciencieux, puis un véritable associé pour Speed, lui permettant de s’intégrer aisément dans la petite ville. Cependant, son poste lui permet aussi de découvrir les notables locaux venant récupérer quelques courses dans leur auguste établissement, et c’est ainsi que notre chasseur de vampires préféré rencontre Germaine, la fiancée d’un élu local pro-esclavage, et vaguement mignonne ce qui provoque chez lui d’étranges sensations qui lui donnent envie de faire des jeux de mot sur Sturgess Henry. Cependant, le temps passe et le courrier d’Henry devant lui donner une mission tarde à venir : Abraham s’ennuie donc un peu en lisant des livres de droit pour, par la suite, pourquoi pas changer de couverture pour quelque chose de plus tentant, comme avocat (car comme chacun sait, avocat est la couverture officielle préférée des chasseurs de vampires, puisque cela regroupe quantité d’avantages : on peut facilement planquer son arbalète sous une robe, mentir quotidiennement comme un arracheur de dents – hoho – est rémunéré, et il faut avoir le goût de l’argent, que demander de plus ? L’internet fébrile attend avec impatience "Maître Eolas contre Dracula" avec une scène finale où capes et robes tournoient follement).

Cependant, un jour enfin, un courrier parvient finalement à notre héros : "Va voir Bob le pharmacien il a une ordonnance pour toi" – Ho ! Il est temps d’aller botter le cul de ce fameux Bob, se dit Abraham, vite, ma hache !

Oui, ou alors Henry t’envoyait voir le pharmacien pour qu’il te donne le nom d’un vampire local, mais bon, hein, heureusement tu as interprété le message complètement flou de ton maître comme il le fallait Abraham, tu es très fort. Bref : Abraham se rend sur place, manque de peu de mourir dans l’un des pièges du pharmacien maléfique qui s’attendait bien à finir attaqué un jour ou l’autre, mais finit par coller un bon coup de hache dans la margoulette du brigand tout de même. Quelques jours plus tard, une nouvelle lettre arrive : cette fois, c’est le banquier local qui aime sucer du sang : de la même manière, il finit décapité. Puis, c’est au tour du maréchal-ferrand… jusqu’à ce que finalement, Abraham ait enterré 6 corps (non, les corps ne deviennent pas cendres à leur mort) dans les bois du coin. La gazette et les notables locaux parlent régulièrement des 6 disparus, mais heureusement, rien ne permet de remonter jusqu’à notre héros.

Pas même cette grosse andouille de Germaine qui, séduite par le charme de Lincoln, décide de plaquer son député pour aller tenter l’amourette avec le mystérieux boutiquier, et ne fait aucun lien avec ces disparitions le jour où alors qu’elle se demandait ce qu’Abraham lui cachait, ce dernier lui répondit "La nuit, je tue des vampires, j’en ai déjà buté 6". Elle prend juste le tout à la rigolade et finit pompette parce qu’elle a bu trop de cidre, hop, n’en parlons plus. Toi, je comprends pourquoi tu es copine avec Abraham.

Mais un soir, un curieux arrivant se présente à la boutique de Speed : Will Johnson, l’ami d’enfance d’Abraham à la peau d’ébène ! Celui-ci, venu retrouver son Lincoln préféré, explique qu’il a besoin d’aide : des chasseurs de prime sont à ses trousses, persuadés qu’il est un esclave en fuite. Il a donc besoin de son ami pour témoigner qu’il est né libre, et a donc le droit de le rester. Les deux hommes sortent donc du magasin pour discuter, mais, hélas ! Voici que les chasseurs en question ont rattrapé leur proie et les armes à la main, expliquent qu’ils vont emmener Will. Pas de bol pour eux, Abraham leur fait wiki-wiki-wa-wa-woush dans le museau et sauve ainsi son ami de l’esclavage qui l’attendait. Bien que victorieux, Abraham n’en est pas moins chamboulé : il commence donc à se dire qu’il devrait lutter contre les maux des hommes avec des mots, et plus seulement avec des haches dans la gueule (même si les haches rentrent plus facilement dans le crâne), et dans les temps qui suivent, commence à livrer des discours enflammés à la foule de Springfield, se faisant ainsi remarquer d’hommes politiques locaux qui aimeraient bien en faire leur poulain vu son don pour les mots (ou l’envoyer à Des Chiffres et des Lettres).

Mais quelqu’un d’autre l’a remarqué faire son numéro en public… Henry ! Celui-ci s’est déplacé jusqu’à Springfield, et note que dis-donc, on l’a pas beaucoup écouté : Abraham a des amis, une petite amie et une vie publique remarquée, bravo le professionnel ! C’est pas demain que tu seras un ninja, mec. Petit con.

Après avoir un peu rabroué le vilain Abraham, qui se défend en expliquant que cette vie là est son "plan de secours" (quelle formidable excuse), Henry vient donner en personne l’ordre que notre héros attendait depuis longtemps : il doit aller tuer Jack Barts. Et comme c’est jour de fête du coup, il lui remet aussi une montre à gousset dédicacée "A mon super pote Lincoln, de la part de Henry" pour ne pas qu’il la revende sur e-bay.

"Ho oui, chic chic hic ! Je fais un bisou à ma femme et je vais lui coller ma hache dans la gueule !" s’exclame le galopin en se rendant là où il compte bien trouver sa cible : sur les mêmes quais que la dernière fois (ah oui, dites donc, il est malin ce Barts, il sait qu’il a des chasseurs aux trousses mais… il ne fait rien pour leur échapper. Bien bien bien), où l’attend bien sa cible, qui une nouvelle fois, ne se laisse pas surprendre et commence à cavalcader en ricanant. Mystérieux phénomène : juste à côté des quais (que l’on découvre comme étant au milieu de nulle part, en fait, ho ?) se trouvait un troupeau de ouat’ mille chevaux sans surveillance (c’est connu, à l’époque, le cheval n’est jamais surveillé tant le vol de chevaux n’est pas important) et peut donc commencer une scène d’action où, sur le troupeau effrayé qui fonce au galop, nos deux larrons sautent, chevauchent, s’affrontent (le vampire utilise même des chevaux comme projectiles, intéressant, tant le cheval est connu pour son aérodynamisme), mais déjà qu’il a un oeil en moins depuis leur dernière rencontré, Jack Barts finit par se prendre une cacahuète dans l’autre, mais en argent cette fois, car l’on découvre… que le manque de la hache de Lincoln est aussi un fusil !

Seigneur.

Ainsi transpercé par de l’argent, Barts agonise un peu, et finit par lâcher "Hahaha, Lincoln, espèce de crétin… tu ne t’es jamais demandé comment Henry en savait autant sur nous ? Ni pourquoi il se promène toujours avec des lunettes de soleil et l’air pâlot ? Ni pourquoi il y a comme seule boisson du sang en bouteille chez lui, qu’il sirote puisqu’il ne dort jamais ? Gros blaireau… uuuuurgh…"

Assassiner Jack Barts de jour ? Excellent plan Abraham. Ho, et dis-moi, qu’est-ce donc au fond de cette image ? Un autre mec qui passe. Alors, les témoins, pas un problème ? Et d’ailleurs, vu ta position, comment sais-tu que c’est Barts qui va passer au coin du mur et pas un type qui n’a rien à voir vu qu’il y a visiblement du monde ? Trop malin.

Et effectivement, aaah ouais, se dit Lincoln. C’est vrai que c’est curieux, maintenant que j’y pense. J’vais aller lui poser la question.

Ni une, ni deux, Lincoln retourne donc à Springfield, et grâce à son pouvoir de divination, se dirige droit vers une ruelle complètement isolée où Henry est en train de sucer le sang d’un vilain filou qui voulait agresser une dame. Le fait que Lincoln soit venu le chercher dans cette ruelle alors qu’il ne pouvait pas savoir qu’il y était ne surprend même pas Henry conscient comme le spectateur de la nullité du film, et celui-ci se sent donc obligé de lui raconter sa petite histoire.

Autrefois, Henry était un humain comme les autres : il ne suçait pas de sang, n’avait pas les canines d’un chihuahua et vieillissait au rythme de ses injections de botox, bref, un type somme toute assez banal. Jusqu’au jour où, alors qu’il se promenait dans la campagne avec sa copine Gudule, il vit arriver derrière eux une imposante troupe de cavaliers aux intentions visiblement hostiles (comprendre : ils étaient habillés en noir). La chose fut confirmée lorsque, descendant de sa monture, l’un des nouveaux arrivant disparut purement et simplement avant de réapparaître de manière surnaturelle près du pauvre Henry, prêt à le tuer.

Bon, c’était sans compter qu’Henry chassait déjà le vampire à l’époque, et a donc tatané le malandrin à l’aide d’un poignard en argent, avant de laminer tous ses petits copains lorsque ceux-ci tentèrent de venir venger leur ami mort et re-mort. Mais hélas, le chef de la troupe de cavaliers vint s’occuper lui-même d’Henry, et il n’était nul autre qu’Adam, le vampire originel !

Autant dire qu’il colla une douce branlée à notre gai luron, avant de le mordre un petit coup ; puis, alors qu’il agonisait, il s’en alla sucer à mort la pauvre Gudule, qui elle, n’avait rien demandé, nan mais ho. Henry voyant la chose fit donc une grosse colère et, rassemblant ses dernières forces, se jeta avec sa lame en argent sur Adam pour venger sa douce amie. Mais, ha ! Un étrange sortilège sembla alors le frapper : une force invisible l’empêcha de coller son couteau dans la gueule du chef vampire. Comment donc ?

"Huhuhu, hihihi, hohoho, c’est fort simple", répondit Adam comme un vulgaire collégienne qui vient d’apprendre qu’elle n’avait pas EPS à 15h30, "Je t’ai transformé en vampire mon petit Henry, tu viens de mourir et de renaître sans t’en rendre compte ! Et sache que Dieu a jeté une malédiction sur ce de notre race : non seulement nous serons souvent synonymes de films ou de séries de merde visant à faire rêver les adolescents rebelles, mais en plus, nous ne pouvons pas tuer ceux de notre race ! Voilà pourquoi ta main ne peut me frapper… tu vivras désormais sans pouvoir nous faire le moindre mal, hihihi hu !"

Ah bon ? Henry est devenu un vampire ? Et Dieu empêche les vampires de s’entretuer ?

  • Mais alors, pourquoi Dieu ne fait-il pas pareil avec les humains, quel est donc ce gros favoritisme ?
  • Et puis d’abord, Henry a pourtant bien tabassé Jack Barts au début du film : Dieu fait donc le calcul des coups autorisés ou non en fonction de s’ils vont tuer ou pas ? Il a la table des coups critiques ?
  • Et puis attendez, Dieu autorise par contre Henry à recruter des mecs pour tuer des vampires à sa place ? Ça veut dire que Dieu se fout des commanditaires, il ne punit que les petites mains ? Les parrains de la mafia vont donc au paradis ? Vladimir Poutine sera sanctifié ?
  • Du coup, si Dieu ne punit que les petites mains, autorise t-il les coups de fusil dans la gueule ? Après tout, avec ça, on ne tape pas directement quelqu’un, on se contente d’appuyer sur une gâchette qui, par un heureux hasard, envoie un projectile, alors bon, non ?
  • Et pareil, si Henry pose une bombe chargée à l’argent, Dieu calcule t-il si un vampire va passer à proximité au moment où elle explosera ?
  • Et au passage, si Henry est devenu un vampire, comment a t-il pu manipuler l’arme en argent pour tenter de tuer Adam, hein ?

Bon, enchaînons, parce qu’à ce rythme, on est pas sortis de l’auberge.

Après avoir écouté l’histoire de son mentor, Abraham caressa sa non-barbe (il est encore jeune) et lui dit "Bon, okay, tu t’es foutu de moi mais j’t'aime bien quand même va. Allez, on se fait un bisou et on oublie." ; et c’est ainsi que tout se règle entre nos deux amis, qui peuvent donc retourner se taper dans le dos en faisant des blagues salaces et des concours de pets comme ils en avaient jusqu’alors l’habitude (ce sont de vrais mâles).

Seulement voilà : à la nuit tombée, quelque part en ville, Adam en personne accompagné de son amie Poufblonde ouvrent un cercueil qui attendait en plein milieu de la rue, ne me demandez pas pourquoi. Et qu’y trouvent-ils ? Et bien le corps de Jack Barts, cette fois mort pour de bon, avec dans la main la montre à gousset qu’Henry avait offerte à Abraham, avec sa petite dédicace. Adam grommelle donc "Hmmm, Henry a trouvé un nouveau chien-chien pour décimer les nôtres… il va être temps d’inviter son nouveau chasseur à une petite soirée, huhuhu !".

D’accord Adam, mais d’abord, tu pourrais m’expliquer un truc ? Sachant qu’Abraham a jusqu’ici pris soin d’enterrer toutes ses victimes, pourrais-tu m’expliquer pourquoi il a mis celle-ci  :

  • Dans un cercueil (il avait peut-être de l’argent à perdre)
  • Qu’il a traîné en pleine rue (rien de suspect, donc)
  • Avant d’y déposer la montre à gousset que l’on venait de lui offrir, là encore sans raison autre que de signer le crime
  • Le tout avant de tirer une fusée de détresse-vampirique en l’air j’imagine, ou alors il faudra me dire comment Adam a su que Barts était mort et où était le corps

A part chercher des emmerdes, quel était le plan ? Ah, oui, aucun : heureusement que Tim Burton était très fier de produire ce film, hein, on sent qu’il fait partie de cette génération de cinéastes qui devraient sérieusement commencer à mettre leurs noms sur des couches plutôt que sur des films, mais passons.

Oui alors mon petit Adam : conseil, quand on veut jouer au méchant classe, on n’accueille pas ses visiteurs sur un vieux tabouret pourri devant l’escalier parce que le budget décor laissait à désirer

Bref : Adam ne trouvant rien de suspect à cette scène débile décide donc de se renseigner sur Abraham Lincoln et apprend que celui-ci a un ami dénommé Will Johnson qui pourrait servir d’appât pour attirer le chasseur de vampires dans un traquenard. Ni une, ni deux, le bougre de brigand va donc trouver l’homme à la peau d’ébène, le kidnappe, puis fait envoyer le courrier suivant à notre héros :

"Cher Abraham,

J’ai kidnappé ton ami Will Johnson. Tu serais bien urbain de venir le chercher à ma résidence, le Manoir Spiridion, situé dans le sud de notre beau pays. Sinon, je serais un peu obligé de lui bourrer la gueule, parce que bon, hein, on parle on parle mais je suis quand même un peu grognon.

Adam

P.S : ne demande surtout pas à ton ami Henry qui dispose, comme tous les vampires, de pouvoirs d’invisibilité, de venir le chercher sinon ce serait de la triche. Je dis ça, mais je sais que tu es trop bête pour y penser, hein, je ne me fais pas d’illusions, moi aussi j’ai lu le titre de ce film et n’en attend rien."

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"Hmmm", se dit Abraham, "Effectivement, je suis bien trop con, il a raison. Sachant que c’est le chef des vampires, qu’il a survécu à des millénaires de chasse et qu’il m’attend dans son Q.G probablement accompagné de ses meilleurs hommes, je pense que le fait d’arriver en agitant mes sourcils et ma hache devrait faire l’affaire". Soit, c’est donc décidé : accompagné de son ami Joshua Speed, Abraham part donc pour le sud des Etats-Unis, et se rend en chariot nocturnement (il veut se donner le maximum de handicaps) jusqu’au Manoir Spiridion, une ancienne demeure coloniale située au milieu d’un terrain où toutes les huttes d’esclaves semblent inhabitées. Curieux, se dit notre héros, avant de demander à son bon ami boutiquier de l’attendre un peu plus loin (je me demande d’ailleurs bien ce qu’il a pu raconter audit Joshua pour justifier qu’il doive se rendre dans le sud du pays équipé d’une hache pour visiter des amis, probablement qu’il lui a expliqué qu’il y avait une soirée mousse gratuite pour les bûcherons sur présentation de leur hache). Puis, s’élançant dans la nuit, il va espionner ce qu’il se passe dans la résidence Spiridion où il peut déjà percevoir lumières et musiques, comme si on y donnait un bal.

Et en effet, c’est bien un bal qui a lieu dans l’endroit : au travers des fenêtres, notre héros peut apercevoir des dizaines de braves gens en grande tenue dansant chacun en compagnie d’un esclave visiblement particulièrement mal à l’aise ; et sitôt la danse en cours terminée, Adam, en maître de cérémonie, annonce que le "dîner est servi" : ni une, ni deux, le visage de tous les galopins dansant avec les esclaves se déforme pour laisser paraître moult dents pointues, puis une orgie sanglante débute alors que les pauvres noirs servent de nourriture aux créatures immortelles.

Il n’en faut pas plus pour énerver Abraham, qui compte bien arrêter tout ce scandale : entrant par la grande porte sa hache à la main, il a tôt fait de tataner tous les vampires qui se jettent sur lui, en massacrant bon nombre avant qu’enfin, Poufblonde, l’amie d’Adam, ne parvienne à le désarmer. Le maître des lieux s’approche donc de lui, tout sourire, pour lui annoncer la couleur :

"Hohoho, bienvenue chez moi Abraham ! Tu as tué quantité de mes meilleurs hommes, tu es très fort ! Mais ton heure est venue… car moi, Adam, je vais te tuer. Mais avant, je compte bien te révéler mon plan, comme dans tous les films les plus foireux : j’ai plusieurs millénaires et j’ai vu l’humanité grandir, changer, mais j’en ai assez de me cacher ! Maintenant, je veux un pays pour les miens, un pays pour les morts. Et je l’aurai. En attendant, maintenant, à moins que tu n’acceptes de travailler pour moi et d’aller tuer ton ami Henry, je vais te tuer ainsi que ton ami Will, voilà voilà."

Mais avant même qu’Abraham ne lui demande pourquoi lui et les siens se cachaient s’ils voulaient un pays, sachant que cela faisait plusieurs millénaires qu’ils avaient la force et les moyens de le faire, un chariot défonce les portes de la résidence Spiridion : c’est Joshua Speed, qui grâce à son détecteur de discours de merde, a su qu’il était temps d’intervenir ! Vite, filons les amis, s’exclame Abraham en emmenant Will avec lui ; et sautant sur le chariot qui traverse toute la résidence en semant le chaos sans que personne n’y fasse véritablement opposition, les trois hommes disparaissent dans la nuit au nez et à la barbe des vampires, qui restent tout simplement comme des cons sur place.

De retour dans le nord sans encombre, Abraham annonce à ses amis qu’il a pris une grande décision : non seulement il se marie avec Germaine, mais en plus, il compte bien arrêter de se battre avec une hache contre les monstres qui hantent nos nuits pour désormais user de mots. Les vampires se nourrissent d’esclaves et vivent dans le sud pour profiter de cette source de chair fraîche ? Pas de problème, il abolira l’esclavage, et hop, ils n’auront plus rien à bouffer.

Ou ils iront bouffer d’autres gens, comme ils le font partout ailleurs dans le monde, et ça ne changera pas grand chose, mais Abraham est un peu trop niais pour penser à tout cela.

Du coup, en quelques années, notre valeureux héros voit tant sa barbe que sa carrière grandir fortement, et bientôt, il devient tout bonnement président des Etats-Unis. Et au nom de l’abolition de l’esclavage, il déclare la guerre au sud histoire que l’on arrête d’employer de maltraiter des noirs dans toutes les plantations du coin (il propose une prime à la casse permettant une réduction sur l’achat de Mexicains pour chaque esclave libéré, parce que les chicanos, ça compte pas). La guerre de sécession peut donc commencer entre le nord et le sud.

Hélas, c’est sans compter sur Jefferson Davis, président des Etats confédérés du sud qui, voyant la guerre bien mal engagée pour son camp, décide d’aller trouver Adam et ses vampires (comment en a t-il entendu parler ? Ils ont des petits flyers "Vampires à louer" ?) pour demander leur aide : "S’il-vous-plait Messieurs les vampires, voudriez-vous bien bourrer la gueule du nord à grands coups de pouvoirs de Majax ?" ; le bon Adam grattouille donc ses joues en réfléchissant, puis déclare tout de go que fort bien : il aidera les confédérés à écraser le nord en fournissant des régiments de vampires aux armées du sud. En échange, il demande simplement à obtenir un état pour lui et les siens, où les vampires pourront enfin vivre en paix et se nourrir d’esclaves sans être enquiquinés. Soit, lui répond Davis, il en sera ainsi pourvu que la victoire soit au rendez-vous.

En même temps, encore une fois : si vous êtes si fort et invincibles face aux mortels, pourquoi ne pas avoir fondé ledit état depuis longtemps ? Même le Pape en a un, alors nom d’une pipe, hein, un petit effort, des mecs en robe à jolis chapeaux font mieux que vous.

Notez aussi qu’Adam vit dans un truc pourri alors qu’il a 5 000 ans de richesses derrière-lui et des centaines d’esclaves. Sympa.

En tout cas, les vampires se jettent donc avec plaisir dans la bataille contre Abraham Lincoln, et la première perte n’est pas sur le front, mais bien derrière celui-ci : une nuit, Poufblonde, déguisée en servante, s’introduit dans la Maison Blanche et va y trouver Billy, le fils Lincoln âgé d’à peine quelques années, qui est occupé à jouer aux petits soldats (édition de luxe, puisque ses figurines sont armées de reproductions en argent, rien que ça) : la belle vampire lui propose de lui donner la main, et comme il se doit, le mordille donc quelque peu. Aussi, lorsque le personnel de la Maison Blanche retrouve l’enfant, celui-ci est dans un état second, comme possédé… soit exactement ce que Jack Barts avait fait à Maman Lincoln bien des années plus tôt ! Aucun médecin ne parvient donc à trouver de remède pour sauver l’enfant, et Abraham Lincoln se dit que tiens, dis-donc, en fait plutôt que tabasser des vampires sans poser de questions durant des années, il se serait vaguement renseigné sur ses ennemis, il aurait peut-être pu faire quelque chose contre la maladie qui avait juste tué sa mère.

Mais bon, hein, détail.

Terrible nouvelle, donc, l’enfant finit pas quitter ce monde, et le deuil tombe donc sur la Maison Blanche. Du moins, jusqu’à ce que Germaine découvre le journal de son mari et décide comme il se doit de le lire intégralement, découvrant que son président préféré n’est autre qu’un ancien chasseur de vampires (et accessoirement un gros blaireau avec une âme de jouvencelle). Et comme au même moment, Henry, en tant que vieil ami de la famille (mais qui ne vieillit pas depuis 25 ans, ce qui n’éveille aucun soupçon, c’est beau), est en visite à la Maison Blanche et soumet l’idée qu’il pourrait rendre vie à l’enfant mort, tout un débat se fait durant lequel Germaine veut voir son fils revivre sous forme de petits garçons à grosses canines, et Abraham refuse de voir son enfant transformé en bestiole surnaturelle. C’est finalement ce dernier qui gagne grâce à l’argument "Dis-donc femme, j’ai supprimé l’esclavage mais je me souviens pas t’avoir autorisé à sortir de ta cuisine". Imparable, la chose s’en arrête donc là, même si le moral de la famille présidentielle s’en trouve sérieusement affectée.

Sur le front, les choses ne vont guère mieux : en pleine bataille, un officier du nord constate que lui et ses hommes ont beau faire feu sur un régiment de sudistes, ces derniers semblent se moquer des balles ; pire encore, les bougres lâchent leurs fusils pour charger au corps à corps, dévoilant des dents d’un fort beau gabarit, avant de tous disparaître comme par enchantement en pleine course. Le temps que l’officier en question comprenne ce qu’il se passe, tout son régiment a été décimé en un éclair, et il est le seul survivant (les vampires n’avaient pas envie de le tuer, visiblement, même si l’absence de témoins et des massacres complets arrangeraient bien leurs affaires, mais bon).

J’imagine bien le type expliquer à son état-major que si, si, il a perdu tout son régiment, mais à cause de ninjas magiques sudistes à grandes dents, et ses supérieurs, plutôt que d’accuser incompétence, bibine, et stress de la bataille, de décider qu’ils vont prévenir Washington que des vampires assistent les confédérés. Soit exactement le message que reçoit Lincoln.

C’est tout de même bien fait.

Il en a du bol, le président, d’avoir des troupes aussi bien informées. Remarquez, étant donné qu’il est président, il aurait pu former depuis longtemps une agence de chasseurs de vampires histoire d’essayer d’être efficace mais non, non. C’eut été trop malin. Autant se curer le nez durant quelques années en espérant que l’ennemi en fasse autant.

Bref ; pour contrer la menace suceuse de sang, Abraham prend une décision : récupérer le maximum d’argent dans le pays pour faire fondre baïonettes, balles et boulets (ah oui tout de même) en cette noble matière afin d’aller coller une grosse branlée aux troupes surnaturelles confédérées. Une idée qui ne semble choquer personne dans le pays, tant il parait bien normal que le président exige des armes en argent pour son armée déjà bien mal en point ("Si, ça s’tient : p’têt’ que c’est pour faire classe et impressionner les sudistes ! Un peu comme les trucs hideux chatoyant dans les défilés de mode pour impressionner les vieilles à chiens !"). Rapidement, les choses se mettent donc en place, alors que les troupes de Davis se rapprochent jour après jour de la capitale. Un plan est donc décidé : Germaine quittera Washington discrètement pour aller se mettre en sécurité, alors que le matériel en argent sera envoyé secrètement par train jusqu’à Gettysburg, où les troupes de l’Union attendent d’engager une bataille décisive contre les rebelles.

Soit. Sauf que… sauf qu’il y a un traître dans l’histoire !

Joshua Speed, visiblement peu optimiste quant au résultat de pareil stratagème parvient à prendre contact avec Poufblonde, visiblement occupée à jouer les espionnes au nord, pour lui raconter qu’un train chargé d’argent va partir pour Gettysburg. Enchantée d’apprendre la chose, la bougresse explique que Speed a très bien fait, et qu’elle va s’assurer que le train ne parvienne jamais à destination, par exemple en le confiant à la SNCF.

Lincoln, lui, a déjà lancé le plan et décide par sécurité d’assurer lui-même l’escorte du convoi en faisant reprendre du service à sa hache, n’emmenant avec lui que ses hommes de confiance à savoir Will, Henry et… Speed, donc.

Vous ne notez rien ? Pas même que Lincoln mise tout le sort de la guerre sur ce fameux train de matériel en argent d’une bonne cinquantaine de mètres, et qu’il ne le fait escorter que par 4 mecs, dont un boutiquier sans histoires et un type qui ne peut physiquement pas s’en prendre à d’autres vampires ? Je ne sais pas, mais d’habitude, pour ce genre de mission, on colle vaaaaguement un peu de sécurité sur place, façon 40 hommes par wagon histoire de transformer tout ce qui approche en pulpe. Fut-ce des vampires, puisque le convoi regorge de munitions en argent, donc.

Bref ; à la nuit tombée, le train quitte donc Washington, alors que dans le même temps, Germaine ainsi que la bonne noire du président (appelons-là Monica) prennent la poudre d’escampette par les petites routes pour s’éloigner de la cité menacée au cas où le plan d’Abraham échouerait et que la Maison Blanche tomberait.

Le début de nuit se passe donc correctement, avec un convoi qui roule à peu près sans encombres, pendant que Germaine et Monica font leur bout de chemin ; hélas pour ces dernières, elles sont rapidement arrêtées dans leur progression par l’arrivée d’une troupe de cavaliers… menés par Adam et Poufblonde en personne ! Ces derniers se demandent bien qui peuvent être ces deux femmes voyageant ainsi discrètement, mais avant qu’elles ne retirent les capuches dissimulant les visages de ces dernières, un son détourne l’attention des vampires : le train de Lincoln n’est pas bien loin, et il ne faudrait pas le manquer ! Laissant nos deux louloutes tranquilles, les cavaliers remontent donc en selle et s’en vont à vive allure en direction de la voie de chemin de fer pour commencer leur attaque.

On découvre à cette occasion que sitôt les vampires partis, Germaine et Monica soufflent un bon coup et que sortent des buissons alentours une bonne centaine de noirs fuyant eux aussi Washington, et qui marchaient à la suite des deux dames. Et non, les vampires n’ont pas remarqué les 100 clampins tout chauds à deux mètres d’eux. Bravo, on sent les prédateurs. Chapeau les gars : rater un convoi d’une centaine de personnes chargées comme des mulets à 2 mètres de soi, il faut le faire. Mais, en est-on encore là ?

En tout cas, du côté du train de Lincoln, les choses commencent à se gâter : alors que tout le monde discutait paisiblement du dernier épisode de Desperate Housewives (oui, ils n’ont aucun goût) dans les wagon regorgeant de caisses diverses, des bruits commencent à se faire entendre sur le toit du convoi, et la troupe réalise alors qu’elle est sous attaque (il serait temps ; une vigie à l’extérieur, jamais ?) : ni une, ni deux, tout le monde attrape son arme et bientôt, des vampires sudistes débarquent de partout, traversant plafonds et parois pour se ruer sur la petite troupe, mais sans savoir qu’elle a ici affaire à des larrons bien décidés qui les tatanent méchamment à grands coups de bidules en argent.

"Aaah, ma bonne vieille hache… je suis sûr que toi et moi on fera plus ensemble que si j’avais été assez intelligent pour former d’autres chasseurs grâce à ma fonction. Ou alors tout cela est juste nul."

Henry, lui, qui n’a pas le droit de tuer un autre vampire se retrouve carrément face à Adam, et on constate donc que Dieu est assez large quant à ce que les vampires peuvent se faire entre eux ou non, puisqu’Adam pète la gueule au pauvre Henry sans aucun souci : en fait, tant qu’il ne le tue pas, ça roule ; c’est comme un gros airbag divin en fait, il ne s’active qu’en cas de besoin. Sinon, on peut se secouer tant qu’on veut. Cool.

Enfin, toujours est-il qu’alors que les deux vampires se cognent, l’une des caisses de matériel s’ouvre et, nenni d’argent ! N’en sortent que… des pierres. Et il en va de même avec toutes les caisses. Henry est aussi étonné qu’Adam : qu’est-ce que ce convoi, s’il ne contient rien d’intéressant ? Et où est l’argent ?

Facile, répond Lincoln en débarquant au milieu du petit couple avec sa grosse hache. L’argent n’est pas là, il circule ailleurs. Ce convoi n’était qu’un leurre pour attirer le maximum de vampires avec la complicité de Joshua Speed (ce qui n’empêchait pas d’y mettre une grosse escorte tant pour le rendre crédible que pour mieux bourrer les vampires : une embuscade, ça se soigne comme le disait DSK) dans le rôle du faux-traître. Et maintenant qu’ils sont tous là…

Abraham Lincoln va botter leurs culs immortels.

Passons sur les détails de cette sombre affaire, mais toujours est-il que Poufblonde, elle, n’avait pas participé à l’assaut du convoi pour plus simplement aller incendier le seul pont de la ligne allant de Washington à Gettysburg, ce qui arrive à la seconde même où le train où la bataille fait rage s’engage sur la structure en flammes.

Bon, j’aurais été les vampires, je ne me serais pas occupé du convoi puisqu’il suffisait de faire sauter le pont un peu en avance et en toute sécurité pour le bloquer, mais bon, hein, je n’ai pas 5 000 ans d’expérience, je ne dois pas savoir.

Mais en tout cas, alors que les flammes remontent la structure du bois et gagnent peu à peu le train, le combat se fait de plus en plus dur au sein du train, alors que tous les vampires sont mis en échec à l’exception d’Adam ; ce dernier finit d’ailleurs par mettre la main sur Joshua Speed, et furieux de s’être fait manipuler, mord le brigand avant de l’envoyer paître (mais ça ne fait pas de lui un vampire quand bien même il ne l’a pas mortellement touché, ce qui laisse rêveur quant au côté complètement aléatoire de la chose, finalement). Après avoir ainsi vu son ami succomber face au patron de tous les amis des canines, Abraham Lincoln se rue sur lui et cette fois-ci, pour de bon, parvient à lui briser la margoulette d’un bon coup d’arme en argent histoire de bien faire comprendre que hein, ho, ça suffit les conneries maintenant.

Will et lui s’extraient donc du train menaçant de choir sur le pont en flammes, aidés en cela par la force surnaturelle de l’ami Henry qui s’exclame donc une fois ses amis en sécurité "Bravo Abraham, tu nous as grave rabouiné. Allez maintenant, tu peux le dire : où était l’argent ?"

Et bien la réponse vient rapidement : vous vous souvenez de Germaine, Monica et toute leur troupe ? Et bien ces derniers arrivent à Gettysburg… et déchargent leurs bagages contenant toutes les pièces en argent qui avaient été fabriquées ! Les soldats de l’Union peuvent donc commencer à s’équiper sans se dire qu’en fait, c’était un plan très con, puisque quitte à venir, à pied, autant envoyer au pas forcé un contingent équipé d’armes d’argent qui aurait ainsi pu se défendre contre toutes les menaces sur sa route, naturelle ou non. Et d’ailleurs, là encore, personne ne pose de questions : en même temps, vu le président, bon.

Accessoirement, sans chariot, il faudra me dire qui étaient les braves pinpins qui portaient les boulets de canon en argent que l’on voit dans les caisses, parce qu’à pied, ils ont dû bien rigoler. A noter que Poufblonde, toujours en train de fureter, a réussi à infiltrer le camp militaire nordiste, et voyant la femme de Lincoln livrer des armes, décide de se venger en la tuant : pas de bol pour elle, Madame Lincoln, habituée à affronter des créatures affreuses comme par exemple la barbe de son mari, voit arriver la ribaude et devine qu’il s’agit là d’une vampire : elle attrape donc un fusil, et plutôt que d’y mettre une balle en argent (trop logique), elle y fourre l’un des petits sabres en argent équipant les figurines de feu son fils qu’elle avait gardé en souvenir, et le tire dans la face de la mécréante : comme le veut la tradition des films sans imagination, les filles s’affrontent donc entre elles, la brune contre la blonde, et c’est la copine du gentil qui gagne puisque le sabre vient se planter entre les deux yeux de la vilaine. Voilà qui est réglé.

Enfin : la bataille de Gettysburg peut donc commencer, et cette fois-ci, lorsque l’officier qui avait survécu à la première attaque vampire fait tirer ses troupes contre les créatures sudistes, il constate avec bonheur que les balles en argent fonctionnent à merveille, quand bien même les types d’en face semblent quelque peu surpris de tomber ainsi face à des armes portées par de simples mortels (et encore, ils ne connaissent pas la pelle). Gettysburg est donc une victoire pour les nordistes, qui arrêtent enfin l’invasion des rebelles et sauvent Washington tout en calmant sérieusement les vampires qui achèvent de se disperser pour ne plus de mêler de cette guerre. Quelques temps plus tard, Abraham Lincoln peut donc se rendre sur le site de la bataille pour y tenir son fameux discours sur l’avenir de l’Amérique et le sens de cette guerre faite pour que tous les hommes soient libres. Poin poin font les trompettes, boum boum font les tambours, cuicuicuivacrevertagrossemère font les oiseaux (ce sont les mêmes que dans Blanche-Neige).

Et plus tard encore, à Washington, bien longtemps après tout cela, nous découvrons Abraham Lincoln se préparant à aller au théâtre. Henry, à son côté, lui explique qu’il pourrait le rendre immortel pour qu’il continue encore longtemps d’illuminer le monde, et fasse 250 mandats, mais, ha ! Le président refuse, expliquant que les idées sont bien plus immortelles que les hommes (même les plus pourries, comme par exemple, les magazines féminins). Et puis d’ailleurs, tiens, comme il n’a que ça à faire, il confie son journal à Henry pour qu’un jour, les gens se souviennent de son histoire (on ne sent pas du tout le personnage qui agit ainsi parce que le scénariste sait qu’il va mourir). Puis, montant dans un carrosse avec Germaine, il part vers le destin que tout le monde lui connait (non, il ne meurt pas en se noyant dans une piscine de champagne, zut alors, je viens de vous faire le récit d’un film historique et vous vous ne vous intéressez même pas ! Non, Abraham Lincoln meurt d’une balle dans la tête alors qu’il se trouvait au théâtre, puisqu’ayant assisté à une représentation avec Jean-Jacques Huster, ancêtre de Francis, il préféra en finir).

Près de 150 ans plus tard, nous retrouvons Henry dans un bar de Washington en train d’observer un type à côté de lui s’enfilant verre de Banga sur verre de Banga. Se tournant vers lui il lui demande s’il boit pour embrasser une fille ou pour tuer un homme ; et tapant sur son épaule, il fait tomber du veston du garçon à demi-saoul un pistolet qui vient s’écraser au sol.

Henry se dit que tout cela lui rappelle quelqu’un qu’il a connu il y a bien longtemps et qui était particulièrement con et…

FIN

Après la bataille de Gettysburg, personne n’a demandé "Hey Monsieur Lincoln, vous pourriez nous expliquer maintenant pourquoi il a fallu équiper toute l’armée de munitions en argent ?" : non, tout le monde s’en tapait.

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Fort de Brégançon, trois heures du matin.

Les lourdes portes du complexe s’ouvrirent pour laisser passer l’homme en trench-coat, qui passa droit devant quelques gardes qui se mirent instantanément au garde-à-vous, le regard fixé droit devant eux comme s’ils craignaient de croiser les yeux de leur supérieur. L’homme marcha d’un bon pas dans le couloir aux murs blindés parsemés de néons froids alors que bientôt, sortant d’un sas voisin, un assistant en costume vint le rejoindre pour le décharger de son arbalète, de son pardessus et de ses gants ainsi que du carquois à carreaux d’argents qu’il portait à la ceinture.

"Vous l’avez eu Monsieur ?
- Oui, il tentait de s’en prendre à une jeune fille. Il la suivait depuis un moment, son odeur flottait dans tout le quartier. 
- Fort bien Monsieur, encore une bonne chose de faite. Ho, et pour votre compagne, nous avons suivi vos instructions en votre absence. Elle a toujours envie de révéler votre secret, mais la procédure semble fonctionner.
- Comme convenu ?
- Oui, nous avons reprogrammé son téléphone, elle envoie désormais ses tweets sur une copie conforme du site original où elle n’a pas conscience que ce n’est pas le monde réel et peut raconter n’importe quoi. Des bots lui répondent régulièrement des choses sans intérêt. 
- Moui, en fait ça ne change pas beaucoup du site original.
- En effet Monsieur. A part elle et Jean-François Copé, tous les autres utilisateurs sont en fait gérés par un ancien logiciel défectueux de Météo France qui génère régulièrement des phrases sur le temps qu’il fait, de préférence en se plaignant.
- Le réalisme est total.
- Oui Monsieur."

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Les deux hommes progressèrent un moment dans le couloir, jusqu’à ce qu’enfin, ils arrivent à la lourde porte d’acier supposée permettre de quitter l’endroit pour retrouver le reste du fort. Une dernière fois, ils s’arrêtèrent le temps de composer le code déverrouillant l’imposante issue. Le plus jeune des deux hommes toussota, comme hésitant à prendre la parole, mais le regard que lui lança le chasseur lui fit comprendre qu’il pouvait s’exprimer.

"Monsieur, je dois vous dire qu’en rejoignant votre cabinet je ne m’attendais pas à… à cela. Vous savez, je m’attendais à une présidence… disons…
- Normale ? – dit le chasseur en souriant
- Oui je… je crois que c’est cela oui."

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Le président eut un petit rire amusé.

"Allons, c’est ce que je n’ai eu de cesse de répéter. Normal, normal, toujours plus normal… vous savez ce que c’est : à trop forcer sur le normalité, nous sommes allés au-delà : vous vous souviendrez que c’était une présidence…"

Il fronça les sourcils

"…para-normale."

Et François Hollande passa gaiement la porte pour retourner sur son lieu de villégiature en souriant.

Attention !

Pour d’évidentes raisons, et pour mieux saisir toute la saveur du spoiler qui va suivre, permettez-moi de vous résumer promptement les deux précédents volets de la trilogie Batman de l’ami Nolan. A défaut d’introduction, cette semaine, vous pourrez ainsi obtenir trois spoils pour le prix d’un. Les choses ne sont-elles pas bien faites ?

De toute manière, si elles ne l’étaient pas, ce serait pareil alors hein, ho, bon.

Dans tous les cas, soyez attentifs, ce qui va suivre  n’est pas toujours évident. Spoilons donc un peu en amont !

Volume I : Batman Begins

Bruce Wayne, enfant multimilliardaire résidant à Gotham City, a la phobie des chauve-souris depuis le jour où il s’est lamentablement viandé dans le nid de ces charmants animaux par un incroyable hasard. C’est ballot, mais ce qui l’est encore plus, c’est que quelques temps plus tard, un malandrin armé d’un patator ne trouve rien de mieux que d’abattre ses parents dans une ruelle sombre, lieu particulièrement apprécié des multimilliardaires comme chacun sait. Désormais orphelin après avoir vu ses parents se faire tragiquement patater sous ses yeux, Bruce décide donc en conséquence qu’il doit devenir un ninja pour péter leurs gueules aux malandrins qui fréquentent les ruelles sombres. Et non, il ne se dit pas "Tiens, si j’utilisais mon pognon pour rendre les rues plus sûres/aider la justice", parce que voyez vous, un homme en slip seul peut sûrement faire beaucoup plus que 500 en uniformes. Toutes les milices d’Amérique qui savent apprécier le principe du "faire la justice soi-même" approuvent ce message.

Bruce va donc en Asie rencontrer Ninjabouc, le chef d’un clan de ninjas dont un incroyable charisme rayonne du bouc. Il apprend des tas de trucs, comme par exemple retourner sa phobie des rats volants pour en devenir un et terroriser ses ennemis, distribuer des coups de tatane, faire des acrobaties de psychofou ou, plus incroyable encore, manger avec des baguettes sans saloper sa cravate (dans le milieu d’affaires où Bruce évolue, ça impressionne pas mal). Sur la fin, ça devient un peu confus : Wayne et Ninjabouc se fâchent au sujet d’un épisode de Naruto, et dans la bataille qui suit, Ninjabouc manque de peu d’être tué par son disciple.

Cela fait, Bruce retourne à Gotham retrouver son majordome, Alfred, qui a bien gentiment attendu en prenant soin d’arroser les plantes. Il y retrouve aussi Lucius Fox, sorte d’équivalent de Q chez Wayne Enterprises, qui a sous le coude plein de prototypes des filiales militaires de la multinationale qu’il refile gentiment à Bruce pour qu’il puisse faire régner la justice dans les rues à coups de mandales dans la gueule pour un oui ou pour un non sous le nom de Batman. Après avoir tabassé tout un tas de gens qui posaient problème aux bons citoyens (tueurs, violeurs, gens qui écoutent de la musique sur le haut-parleur de leurs téléphones), Bruce découvre qu’un grand méchant compte défoncer la ville : Ninjabouc, débarqué d’Asie pour se venger. Le vil ninja s’est emparé d’un prototype de micro-ondes géant de chez Wayne Enterprises et compte s’en servir pour vaporiser toute l’eau de la ville (oui, c’est un plan de merde), comme ça, plus  personne ne pourra faire cuire ses pâtes. Lui et Batman s’affrontent donc à 30cm dudit appareil allumé lors d’un combat final, et suite à un problème de script parmi tant d’autres, les rayons n’affectent aucun des deux protagonistes, qui auraient autrement été instantanément transformés en bat-pruneaux.

Batman gagne, et c’est la fête.

Volume II : Batman, The Dark Knight

Bruce est super content : il y a un nouveau procureur en ville, Harvey Dent, et celui-ci lutte efficacement contre le crime sans masque ni pétages de gueules. Bruce est donc très étonné de découvrir que, tiens, en fait, la justice ça peut servir à rendre la justice sans que cela implique de porter un slip sur soi de manière aléatoire. Hélas, dans le même temps, le Joker, un personnage en costume flashy (comme tous les méchants de Batman, ce qui lui évite d’avoir à enquêter pour savoir qui a encore volé les nains de jardin du commissaire Gordon) est en train d’utiliser tous les pouvoirs d’invisibilité, de téléportation et d’invocation d’explosifs à volonté que les trous dans le script lui permettent pour mettre la zone. Après avoir finalement été arrêté pour la douzième fois, le Joker explique à Batman qu’il a capturé d’un côté Harvey Dent, l’espoir de Gotham, et de l’autre Gertrude, le fantasme de Bruce Wayne, et qu’il les a envoyés dans deux lieux différents avec un paquet de bombes et peu de temps pour les sauver. Qui Batman sauvera t-il ? L’amour ou la justice ?

Après avoir finalement compris que tiens, il pourrait aussi envoyer la police intervenir sur le lieu où il n’est pas, Batman va sauver le procureur Dent lors d’une formidable séquence ridicule où ce dernier, attaché à une chaise renversée au sol suite à ses mouvements, se retrouve face à une flaque d’essence se déversant de l’un des explosifs du Joker. Et là que fait-il, sachant qu’il n’a qu’à se souvenir qu’il a un cou pour ne pas rentrer en contact avec le liquide ? Et bien il se frotte la joue contre l’essence en hurlant "Hmmm, t’aimes ça, hein, coquine !" : résultat, lorsque Batman arrive à la dernière seconde (étonnant) et que tout explose (ça alors), l’explosion enflamme la moitié de son visage et le choque un peu, le transformant en méchant : Double-Face, type qui fait la justice lui-même en abattant brigands comme policiers sur son chemin. Batman doit donc lui casser la gueule, et lors de la bataille, les deux tombent d’un immeuble, la chute tuant l’ex-procureur et blessant le chevalier noir sous les yeux du commissaire Gordon. Ce dernier et Batman se mettent cependant d’accord : ils ne parleront pas de ce que Dent était devenu, afin que Gotham ne retienne que l’espoir qu’il incarnait, et ils expliqueront sa mort en la mettant sur le dos de Batman, comme ça, hop, parce qu’il faut bien un coupable.

Du coup, Batman est un peu triste. Sans compter qu’en plus, la police n’est pas arrivée à temps pour sauver Gertrude et qu’elle est vaguement morte carbonisée, ou du moins, il y a une nouvelle merguez en ville.

Bref, pépère tombe en dépression.

Et Volume III… et bien, reprenons ! Spoilons mes bons !

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L’affiche contient une explosion. Nous savons tous ce que cela veut dire.

Enfin, reprenons 8 ans plus tard après les précédents évènements pour être exact. Quelque part à l’autre bout du monde, des hommes armés transportent dans une jeep un scientifique ainsi que trois larrons aux visages couverts d’un sac et attachés, probablement pour une soirée impliquant force cuir et fouets. Ils s’en vont trouver dans un quelconque coin de campagne un petit avion où les attend l’agent Littlefinger de la CIA, ainsi qu’un petit paquet de militaires américains ; le fonctionnaire yankee explique aux gens venus le livrer que popop, c’est quoi cette histoire ? Ils n’étaient venus récupérer que le scientifique, un certain docteur Léonid Pavel ainsi qu’un seul prisonnier ! Alors qui sont les deux derniers loulous, hein, dites donc ? Et puis d’abord, pour quatre personnes livrées, j’ai pas une bouteille de rosé gratuite ?

Mais non : en fait, l’agent semble s’en taper, ce n’est pas comme s’il y avait une quelconque importance à savoir qui on transporte avec un sac sur la tête. Il charge tout le monde dans son avion et décolle, avant de nous en dire un peu plus : il enquête sur Bane, un terroriste très méchant portant en permanence un curieux masque sur le visage façon respirateur artificiel. Et il venait récupérer le docteur Pavel car Bane semblait avoir des vues dessus, ainsi qu’un prisonnier ayant appartenu au réseau du terroriste en question. Mais puisqu’il a trois prisonniers au lieu d’un, il leur explique qu’il peut en tuer deux pour faire parler le troisième s’il le veut, la CIA n’en saura jamais rien, puisqu’elle n’attend qu’un seul pinpin. Sauf que rapidement, il s’avère que l’un des trois prisonniers… est Bane lui-même ! Ça c’est ce qu’on appelle une grosse surprise ! Et qui explique donc que oui oui, tout cela est un coup monté : il s’est constitué prisonnier car cela faisait partie de son "plan" (et bien évidemment, pas pourri du tout, vous l’imaginez bien)

Un plan ? Mais quel est-il ?

Et bien la réponse arrive lorsqu’un avion plus gros vient se placer au-dessus de celui de la CIA, pourtant déjà d’un gabarit correct, et qu’en descendent en rappel des commandos qui viennent s’accrocher à l’autre appareil. Et ne me demandez pas comment ils font, puisque si on attache quelque chose à une corde derrière un avion, ça flotte derrière, ça ne descend pas en rappel, c’est même le concept qui a permis d’inventer ce qu’on appelle des "planeurs" ou la publicité volante, mais dans le film, la gravité se modifie pour aider le commando des méchants : soit.

D’ailleurs, les pilotes de la CIA eux-même font "Ho !" et ne remuent pas d’un cil, histoire de bien laisser le temps aux vilains de faire leur cirque volant en équilibre. Sympa : un coup d’aile et tout leur plan échouait ; mais tout comme le Joker en son temps, les gredins ont déjà lu le scénario, et les autres personnages s’arrangent pour leur faciliter la tâche.

Bref : les flying brigands fixent donc des crochets sur l’arrière de l’avion, puis commencent à grimper en altitude avec le leur, faisant que l’autre appareil se trouve bien embêté et a le nez qui pique vers le sol ; à l’intérieur, c’est la panique, sans compter que Bane a commencé à se libérer tranquillement tout en distribuant des mandales aux passagers autour de lui. Le coucou de la CIA a tôt fait, ainsi suspendu, de voir ses ailes et ailerons être arrachés avec la vitesse, et malgré le fait qu’à un moment, le tout se stabilise un peu, les Américains ne tirent pas sur Bane et se contentent de dire "Holala, vite, ah, mais bon sang, il faudrait faire quelque chose, sabre de bois !" ; hélas ils n’y pensent qu’après 10mn, soit pile au moment où les commandos qui avaient accroché les crochets aux parois de l’avion rentrent dans celui-ci et les mitraillent. Bane peut donc tranquillement s’harnacher à un filin qui lui est tendu, attraper le docteur Pavel de l’autre main, et quitter l’avion de la CIA que l’on décroche pour le laisser s’écraser, pendant que lui et Pavel rejoignent leur gros avion. Vous avez tout suivi ?

Hmmm. Okay, donc, Bane, je résume : ton plan c’était de te laisser capturer avec des potes, en comptant sur le fait qu’aucun militaire entraîné ne pense à utiliser une arme contre toi, qu’aucun pilote de la CIA ne réagisse à l’assaut, que l’avion contenant tes commandos devine par magie le trajet emprunté par l’appareil de l’agence américaine, que tu parviennes à réussir ton harnachement au milieu d’un aéroplane hors de contrôle et que tu récupères le professeur ce faisant ?

D’accord, c’est sympa, mais alors, simple question : pourquoi tout ça ? Puisque je rappelle le début du plan : arriver dans une jeep conduite par des complices avec Pavel et toi dedans pour te livrer prisonnier à la CIA. Donc puisque tu avais DEJA le bon docteur avec toi d’entrée de jeu, cela veut dire que tu pouvais aussi bien rester chez toi à manger des cookies, c’était pareil.

Ah, j’aime quand un film s’ouvre sur une incohérence monumentale. Surtout quand les critiques (et pas qu’une, je vous laisse fouiller) mettent en avant l’aspect "cohérent du film", c’est intéressant.

En tout cas, pendant ce temps, à Gotham City, il y a une grande soirée au manoir Wayne, puisqu’est organisée une soirée en l’honneur d’Harvey Dent ; d’ailleurs, depuis 8 ans maintenant, on commémore chaque année le jour de son décès, devenu férié, en rappelant combien les lois Dent ont permis à Gotham de devenir un havre si paisible que la police semble diablement s’y ennuyer, on se croirait à Neuilly, c’est dire. Seul le commissaire Gordon semble encore sur le pied de guerre, ce qui fait que le maire commence sérieusement à penser à le démissionner : la guerre est finie, justement. D’ailleurs, ce soir, le commissaire doit donner un petit discours sur Harvey Dent, et il en a écrit un où il affirme qu’il est temps de dire la vérité sur qui était vraiment ce personnage et ce qu’il a fait de ses dernières heures, mais finalement il y renonce car ce petit mensonge autour du défunt procureur a fait de lui un symbole d’espoir qui a apporté la paix à la ville. Il attendra donc encore quelques années avant de tout révéler, et corrigera peut-être les passages du discours où il utilisait des termes comme "gros bâtard" d’ici là.

Et Bruce Wayne dans tout ça ? Et bien, complètement dépressif, personne ne l’a vu depuis 8 ans maintenant, tout comme le Batman (mais personne ne fait le rapprochement). Il ne sort plus de chez lui et même lorsque des fêtes sont organisées dans son manoir (par qui, du coup ? Mystère !), il n’y participe pas. Ce soir, on envoie donc dans l’aile est du château où il demeure une servante déposer un plateau de mets avant de se retirer mais, cette dernière, un peu trop curieuse semble t-il et nourrie de rumeurs autour de l’absent multimilliardaire ("Si ça s’trouve c’est un vampire comme Edward, hihihihi, chuiii sûre qu’y brille au soleil huuu !") décide de s’attarder un peu dans l’endroit et commence à regarder les photos de famille traînant ici ou là. Elle est finalement surprise par Bruce Wayne, vieil hirsute en peignoir marchant avec une canne, qui note que la jeune femme a eu le bon goût de non seulement visiter les lieux, mais aussi de piller en un temps record un coffre-fort certifié inviolable contenant un collier de sa mère. Prise sur le fait, la filoute tape dans la canne du multimilliardaire pour le faire choir, puis s’enfuit par la fenêtre tout en souplesse ; elle finit par rejoindre plus bas un député local un peu coquinou traînant à la fête en lui promettant monts et merveilles s’ils partent maintenant dans sa voiture, ce qu’ils font. Elle peut donc ainsi quitter les lieux en toute sécurité, même si elle sent comme une tension et d’étranges redirections sanguines dans son voisin de banquette.

"Faites bien attention aux trous dans le scénario en allant porter ce plateau, il y en a un peu partout, tout à l’heure j’en ai encore  vu un gros comme ça"

Quelques temps plus tard, nous retrouvons le commissaire Gordon sur le toit du quartier général de la police, méditant en observant Gotham City dormant paisiblement. A côté de lui, le vieux projecteur servant autrefois à appeler le chevalier noir est complètement rouillé, ce qui le rend un peu nostalgique, jusqu’à ce qu’un policier ne vienne le surprendre dans ses rêveries : il s’agit de l’agent Blake, un jeune homme idéaliste qui commence l’une des nombreuses lignes de dialogue complètement aléatoires du film :

"Bonsoir commissaire.
- Bonsoir, que puis-je pour vous ?
- Et bien la femme d’un député présent à la soirée au manoir Wayne s’inquiète : Monsieur n’est pas rentré ce soir.
- Ahlala, la ville est devenue si sûre que l’on en est à enquêter là-dessus. Okay, je vais voir ce que je peux faire.
- …
- Oui ?
- Voilà, je m’appelle Blake et je vous le dis puisque l’on vient à peine de faire connaissance, mais  je tenais à vous balancer que halala, je suis sûr que le Batman n’a jamais tué Harvey Dent et qu’il faut reprendre l’enquête.
- D’accord mais pouvez-vous m’indiquer le lien entre cette ligne dans votre dialogue et cette scène ?
- Il n’y en a pas, c’est tout simplement écrit avec les pieds.
- Très bien, vous pouvez disposer."

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Et les policiers quittent le toit afin de commencer leur enquête.

Pendant ce temps, au manoir Wayne, une chose extraordinaire vient de se passer : Bruce a décidé de bouger son cul. Il a découvert que ce n’était pas un simple cambriolage chez lui : la voleuse est repartie non seulement avec le collier… mais aussi avec les empreintes du multimilliardaire, qu’elle a recueilli sur le coffre ! Bougon, Bruce est donc descendu à la Bat-Cave sous son manoir non pas pour aller remettre son costume de justicier masqué, mais pour consulter le super-ordinateur local (et surfer un peu sur des sites avec des photos coquines de chauve-souris) et ainsi apprendre que le modus operandi de sa voleuse la désigne comme étant Sélina Catwoumoune, une mystérieuse monte-en-l’air de haut-vol qui n’en est pas à son premier coup. Voilà qui intrigue notre héros, qui commence doucement à repenser à redevenir Batman, du coup, comme ça, pif pouf. Heureusement, son fidèle majordome, Alfred, débarque et lui aussi se lance dans un dialogue assez curieux :

"Ah, vous avez retrouvé votre voleuse Monsieur ?
- En effet Alfred ! Figurez-vous qu’il s’agit d’une certaine Catwoumoune et que…
- Monsieur, j’ai fait un rêve.
- Que… pardon ? Quel rapport avec ce que je disais ? Vous voulez que je vous fasse une psychanalyse, là, comme ça, hop ?
- Non Monsieur. Je voulais juste vous dire que pendant que vous étiez en Asie à vous entraîner à devenir un ninja dans le 1er film, j’espérais juste que vous ne reviendriez jamais à Gotham et feriez votre vie plutôt que de chercher la vengeance pour la mort de vos parents. Et chaque année, lorsque je prenais une semaine de vacances à Florence, je m’asseyais à un café local en espérant vous apercevoir à une autre table, profitant de la vie avec une jolie femme et pourquoi pas des enfants. Et dans mes rêves, la nuit,  je voyais déjà ce que je ferais si cela arrivait : je vous sourirais, ne dirais pas un mot, et vous laisserais en paix à votre repos bien mérité.
- Alfred, pourquoi me dites-vous ça, là, maintenant ? 
- Je n’en ai aucune idée Monsieur. Je crois que le dialoguiste est un jean-foutre Monsieur.
- Ça se tient. Et comme dans tout film mal réalisé aucun dialogue n’est là par hasard, je me demande trop si d’ici la fin du film, on se croisera à Florence alors que je profiterai de la vie en prenant un repos bien mérité.
- Mais grave Monsieur."

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Laissons nos amis dans leur cave (quelque chose que je dis assez régulièrement, en fait, mais je m’égare), et allons voir du côté de notre voleuse préférée. Car nous retrouvons Sélina entrant dans un rade pourri des bas-fonds de Gotham pour y rencontrer un certain Stryver. La damoiselle arrive en compagnie d’un type bourré qu’elle dépose au zinc du coin avant d’aller rejoindre son contact à sa table : elle est là pour lui revendre les empreintes de Bruce Wayne. Ce qu’elle fait, un petit peu sous la menace des compagnons armés de son contact qui a décidé que, finalement, il ne paierait pas. Elle tente donc de négocier en disant que holala, il ne faut pas la tuer, elle n’est qu’une gentille voleuse sans histoires, mais voyant que cela ne prend pas, elle sort des arguments plus costauds (non, pas ceux-là) : le type bourré qu’elle a amené au bar n’est autre que le député disparu, qu’elle trimballe depuis le manoir Wayne, et donc s’ils veulent la tuer, il faudra le tuer aussi puisque témoin, et là ils auront toute la ville aux fesses. Mais là encore, ça ne suffit pas : la bougresse parvient donc par la ruse à faire se déclencher le téléphone du député, provoquant instantanément le débarquement devant le bar d’une dizaine de véhicules de police, dont un du SWAT, parce que oui, à Gotham, le temps de réponse de la police est de 4 secondes, débauche de moyens compris. Du coup, les enfants jouent très peu à faire des blagues à la police, puisqu’avant même qu’ils n’aient raccroché, une voiture bélier a défoncé leur porte, et un tonfa leur gueule.

Stryver et ses hommes fuient donc l’endroit en mitraillant la maréchaussée investissant les lieux, mais il fait bien attention à ne pas tirer sur Sélina : lui qui voulait la tuer pour ne pas avoir de témoins, il trouve tout à fait malin de la laisser à la police. Heu… mais encore ? Sélina justement, elle, se fait passer pour une simple et pauvre femme dans le bar, hurlant au milieu des tirs comme à un concert de Justin Bieber, afin que la police ne lui fasse rien. Mais attention, hein, quand je dis rien, c’est rien : les mecs tombent sur une nana qui vient d’être témoin de tout ce qui s’est passé dans le bar et a probablement vu qui accompagnait le député tant recherché et… bah, ils la laissent se barrer. Hmmm, soit, soit. Merci, police de Gotham. Et merci, scénariste, car ainsi, Sélina peut disparaître en paix dans la nuit, ainsi aidée par l’intrigue déjà bien boiteuse à ce stade.

Mais dans les instants qui suivent, on ne parle déjà plus de script boiteux, mais carrément de tétraplégie scénaristique : sortant de nulle part, un sniper se met à couvrir la fuite de Stryver dans une ruelle derrière le bar (car oui, la police n’a rien encerclé, c’est très surfait ces choses là) depuis l’escalier d’évacuation d’un immeuble local, et abat donc plusieurs membres du SWAT, les obligeant à se mettre à couvert au lieu de poursuivre les fuyards ; et là, c’est tout simplement beau : on change de scène, l’agent Blake, qui traînait dans le coin, débarque et tout le monde discute paisiblement dans la rue de ce qu’il vient de se passer.

Et… mais… et le sniper qui vient de tuer plusieurs d’entre-vous ? Je… bon sang, ça ne vous intéresse même pas un peu ? Vous ne l’évoquez pas ? D’ailleurs, où sont les corps ?

Et bien fait, rien, pif pouf. Le tireur d’élite peut donc se barrer tranquillement en sifflotant, car plus personne ne semble y prêter attention. C’est beau, on dirait du Prométhéus. Et dans le même temps débarque le commissaire Gordon, qui court jusqu’à ses hommes avant de hurler : "Là, la plaque d’égout ! Vite, ouvrez-là et descendons !". Que ? Pourquoi ? Comment sais-tu que les vilains ont fui par là, sachant que la bouche est fermée et qu’ils avaient d’autres rues par lesquelles fuir puisque vous n’aviez rien encerclé du tout ? Et bien, on ne sait pas. Sa moustache doit probablement automatiquement pointer en direction du forban le plus proche (il est donc théoriquement possible de faire voler le commissaire en faisant pivoter très vite un criminel autour de sa margoulette, mais là n’est pas le sujet)

Lui et quelques membres du SWAT descendent donc dans les égouts, et ils n’ont besoin d’avancer que de quelques mètres avant qu’une embuscade ne les décime, armes de guerre et grenades ayant tôt fait de tuer tous les hommes de la brigade d’intervention. Seul le commissaire Gordon survit (même si c’était le seul à ne pas avoir un semblant de protection, mais passons), et est capturé par les habitants des égouts, des sortes de guérilleros souterrains.

A la surface, le reste de la police papote en paix "Vous avez entendu ? Des coups de feu et des explosions. Ne descendons surtout pas, ça a l’air dangereux" et… c’est tout. d’accord ! En effet, la capture du commissaire ne semble pas vraiment inquiéter qui que ce soit, à part Blake bien sûr, puisqu’il a un nom et donc le droit d’agir dans ce film. Il abandonne donc ses camarades pour disparaître dans une direction aléatoire, parce que… heu… voilà.

Le commissaire Gordon est un peu vexé : il se fait capturer et tout le monde s’en tape

Gordon, lui est un peu désemparé : en sale état, il est traîné au travers des égouts et découvre qu’il y a une véritable armée sous la ville, constituée de tous les rejetés de Gotham, qui semble occupée à créer de nouveaux tunnels au marteau-piqueur, à renforcer ceux existants en faisant de jolies colonnes (oui, ce sont des artistes maudits), bref, il y a une énorme partie de Minecraft en cours sous la ville et personne ne l’a jamais remarqué, car comme chacun sait, un marteau-piqueur c’est très silencieux, et les souterrains des grandes villes ne sont jamais inspectés par qui que ce soit. Bref : toujours est-il qu’après avoir pu observer cela, le commissaire est emmené devant le chef de l’armée souterraine… Bane ! L’espèce de gros catcheur commence donc par engueuler ses hommes, car rentrer en conflit avec la police a provoqué des pertes (comble du bonheur, Bane donne même le nombre exact de victimes dans l’embuscade durant ce dialogue alors qu’il n’y était pas et que personne ne lui en a parlé, puisque ceux qui y étaient viennent à peine d’arriver devant lui avec Gordon sous le bras : ok, donc encore une fois, le méchant du film a des pouvoirs de divination et de furtivité – étendus à toute son armée – tout à fait étonnants. Manquerait plus qu’il pose des explosifs par paquets de 2 000  et qu’il se téléporte et on aurait un mauvais copié/collé du Joker. Et comme nous le verrons, ce sera précisément le cas : bravo M. Nolan, quelle constance), mais dans l’immédiat, il fouille déjà le fonctionnaire de police, trouvant sur lui une brosse à moustache, un pacemaker, deux invitations pour une soirée SM et  son discours expliquant qu’Harvey Dent était, sur la fin, devenu un psychopathe et que l’idolâtrie autour de lui n’est qu’un mensonge. Intéressant, se dit Bane.

Sauf que notre vieux commissaire a plus d’un tour dans son sac, et se roulant sur le côté pour tomber de la passerelle où il était installé, il parvient à choir dans un déversoir voisin et utilise son ADN d’homme castor pour s’enfuir en nageant gaiement ; Bane veut envoyer des hommes à sa poursuite, mais ces derniers expliquent qu’il y a des centaines d’endroits où le déversoir peut mener, cela risque donc d’être très compliqué. Convenant du problème, Bane colle donc une balle à l’un de ses serviteurs, puis lui colle un GPS sur la tronche avant d’envoyer son corps dans le même déversoir afin qu’il débouche – probablement – au même endroit que le commissaire.

Vous avez bien suivi ce qu’il vient de se dire ? Et bin hop, oubliez ! Parce que l’agent Blake, lui, a déjà deviné que le commissaire allait tomber d’un déversoir (allez savoir comment il a fait pour savoir que 1 – il avait été capturé et 2 – qu’il allait parvenir à s’échapper via les courants souterrains) et mieux encore, alors que l’on vient d’expliquer dans la scène précédente qu’il était impossible de prévoir où le bougre allait sortir, et bien lui le fait direct et récupère son chef à demi-inconscient à la sortie des égouts ! Comme c’est curieux ! Quant au GPS de Bane et ses hommes ? Laissez ! On en parlera plus. Probablement qu’ils se sont aperçus que l’idée d’utiliser des signaux satellites dans des souterrains était une idée un peu con-con.

C’est diablement bien écrit, vraiment. Et rassurez-vous, ce n’est pas fini.

Déjà un peu remotivé par le vol tant du collier de sa mère que de ses empreintes, qui lui donnent envie de réagir, Bruce Wayne voit un nouveau stimulus débarquer à son manoir, et ce en uniforme : l’agent Blake. Ce dernier lui annonce que le commissaire Gordon a été victime d’une embuscade dans les égouts, et qu’il prétend avoir vu une véritable armée là-dessous dirigée par un homme masqué ("Probablement des tortues ninjas", pense d’abord Bruce à cette description). Tout le commissariat s’est moqué de lui à cette idée, c’est pourquoi Blake se tourne vers Bruce Wayne, le seul à pouvoir encore l’aider.

  • D’accord. Attendez que je comprenne bien : Blake est venu là parce que toute la police refuse de croire Gordon. On parle bien de la même police dont des dizaines d’agents ont été témoins – même de loin – de la mort de plusieurs des leurs suite à une embuscade à l’arme de guerre dans des égouts ? Hmmm. C’est intéressant, ils pensent donc qu’ils ont fantasmé et que plusieurs des leurs ne sont pas venus au travail ce matin car en vacances ou parce qu’ils avaient une gastro ?
  • Et d’ailleurs Gordon a été hospitalisé suite à ses blessures, mais alors il a été attaqué par qui ? Des rats qui l’ont lapidé à la mie de pain ? Un golem fécal ?

Okay Blake. Définitivement, les dialogues valent leur pesant de cacahuètes, mais attention ! Car là encore, sans raison aucune, Blake se lance dans une autre tirade débile :

"Ah oui, au fait Monsieur Wayne, je sais que vous êtes Batman. Et vous savez pourquoi ?
- Parce qu’à chaque fois que je quitte Gotham, Batman est absent mais que personne ne semble le remarquer, y compris quand lui et moi nous sommes retirés du monde exactement le même jour ?
- Heu non… non, en fait, je sais que c’est vous parce que VOUS ET BATMAN AVEZ LA MÊME LUEUR DANS LES YEUX ! Celle des orphelins ! J’ai la même !
- Hm. Donc vous êtes en train de m’expliquer que tous les orphelins ont la même, vous compris, mais que du coup, comme vous avez vu deux types avec une lueur identique – ce qui est complètement subjectif par ailleurs – vous en déduisez qu’il s’agit d’une seule et même personne. Autre théorie, en me basant sur la votre : et si Batman était juste un orphelin de plus ?
- Ah merde oui, mon raisonnement se contredit totalement. Mais selon le script, vous êtes supposé l’accepter et être bluffé par mon génie.
- Alors va pour le bluff. Mais c’est nul quand même."

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Et l’agent Blake s’en retourne vers sa voiture, après avoir expliqué que seul Batman était à même d’aider le commissaire Gordon sur ce coup puisque la police semble ne pas se soucier de tout cela. Soit, se dit Bruce, avant de décider que 8 ans d’exil, ça suffit, il est grand temps de retourner voir le monde. Et pour commencer, il s’en va à l’hôpital de Gotham (celui où le commissaire Gordon a été installé) pour faire un petit check-up de son état, puisque boitant toujours suite à son dernier combat face à Harvey Dent. Et le médecin est direct : Bruce est cassé de partout ; les blessures et les années s’étant écoulées sans soins corrects, il n’est plus qu’une épave, il va falloir oublier tous les sports autres que le curling, et encore. Heureusement, là encore, ce dialogue n’est là que pour massacrer un peu plus le film, puisque sitôt le praticien sorti, Bruce enfile une cagoule (il n’a pas son masque sur lui) et descend en rappel le long de l’hôpital (voilà, Mesdames et Messieurs, c’était le boiteux tout cassé !) pour aller rendre une petite visite au commissaire Gordon (qui, coup de bol, à une chambre pile à la verticale de la salle où il était). Le fonctionnaire de police est bref : oui, il y a une armée dans les égouts, et Batman revenir dans la bataille. Soit, dit le justicier, mais d’abord, j’ai d’autres trucs importants à faire.

Comme par exemple : aller chez Wayne Enterprises s’informer de la situation auprès de Lucius Fox, et celui-ci ne cache pas que tout ne va pas bien, puisque l’absence de Bruce a coûté cher. Tout le budget recherche & développement est allé dans un nouveau type de réacteur à fusion propre que Bruce voulait expérimenter, mais qui aujourd’hui encore, n’est pas totalement sûr. L’entreprise ne fait donc pas de bénéfices, vu que ce produit n’est pas encore sur le marché. Ah ? Et quid des autres filiales, puisque l’on passe tous les films à nous rabattre les oreilles avec les différentes branches de Wayne Enterprise ? Et bien apparemment, elles font la sieste, car en-dehors du réacteur, Lucius explique qu’il n’y a rien de neuf depuis 8 ans et que c’est le seul produit à sortir.

C’est intéressant. Mais ce qu’il est encore plus, c’est quand Lucius enchaine en disant "Au fait, j’ai de nouveaux gadgets à vous montrer issus de nos filiales militaires, venez voir !"

Mais alors elles rapportent pas de bénéfices elles non plus ? Je croyais qu’il n’y avait qu’un réacteur pas encore sur le marché, et que c’était pour ça que la boîte ne gagnait plus rien ! Raah, mais c’est pas vrai, allez, comme d’habitude, je rappelle le budget : 250 millions de dollars. Et combien pour se relire les enfants ?

Lucius vient grosso modo d’expliquer que cela fait 8 ans qu’il n’en fout plus une pour gérer sa société, mais Bruce est content quand même. C’est beau.

Bref : Lucius emmène via un passage secret dans son bureau l’ami Bruce vers une pièce totalement close sous le bâtiment, et où se trouve tout un arsenal ; Fox explique à 12 reprises que "Halala, il ne faudrait pas que ça tombe entre de mauvaises mains *clin d’oeil* et j’ai d’ailleurs tout regroupé ici pour plus de sécurité *clin d’oeil* même si je n’ai mis aucune – justement – sécurité pour éviter que tout ceci ne soit piqué *double clin d’oeil*. Bon, sinon, venez voir le nouveau jouet." Au passage, sachant que la pièce est sous terre et complètement fermée à l’exception du passage secret de Fox, il faudra m’expliquer comment on a pu y faire rentrer les batmobiles (et non, pas en kit, ça suffit, vous êtes d’une mauvaise foi, raaah !), mais passons et allons voir de quoi il retourne : Lucius présente un appareil volant particulièrement mobile à Bruce, la "bat" (ou chauve-souris, donc), qui peut se faufiler entre les immeubles et dispose d’une diabolique puissance de feu. Très bien très bien, et bien merci Lucius, on se serre la main et on se fait la bise, à bientôt. Ah, si précise Lucius : concernant le réacteur, ce serait cool de le montrer à Miranda, une membre du conseil d’administration de Wayne Enterprises qui s’intéresse aux énergies vertes. Voilà, c’es tout. Les autres membres du conseil, on s’en tape : ils n’ont pas de noms, alors n’en parlons pas d’accord ?

Cela fait, Bruce part donc à une soirée organisée par la veuve Dent histoire de faire son grand retour dans les mondanités, et qui croise t-il sur place ? Sélina Catwoumoune ! Bon, okay : il y a un GPS dans le collier de maman Wayne qu’elle a volé, Bruce n’est donc pas non plus venu ici complètement par hasard. Il engage donc une petite danse avec la belle voleuse, qui lui explique que oui, elle vole, mais c’est juste parce qu’on ne l’autorise à rien faire d’autres : elle a laissé tant et tant de traces sur le net et ailleurs que même si elle le voulait, elle serait toujours une voleuse. Probablement encore une qui ne sait pas quand il faut s’arrêter sur Facebook, et qui a un peu honte de se faire tagguer sur des photos d’elle bourrée, mais passons. En tout cas, elle explique aussi qu’elle ne vole qu’aux riches, qu’elle n’aime pas trop, et que de toute façon, personne ne peut l’arrêter. Bruce lui dit qu’il a un ami puissant qui en est capable, alors qu’elle se calme un peu, ho merde, dis-donc. Mais nonobstant la menace, elle finit donc par quitter la soirée, non sans avoir volé en partant la voiture de Bruce, juste pour lui apprendre.

Mais cette fois-ci, Bruce ne la piste pas. Après tout, ce n’est que sa voiture de luxe et une humiliation, autant laisser passer.

Hmmm.

Le lendemain, il se passe des choses ailleurs en ville :  à la bourse de Gotham, il s’avère que tous les employés locaux type balayeur ou cireur de chaussures de traders sont en fait de dangereux terroristes armés au service de Bane ! Ne me demandez pas comment ils ont pu en arriver là, peut-être qu’il y a eu une offre massive à Pôle Emploi "Cherche techniciens de surface avec gueules de braqueurs surtatoués", je n’en sais rien. A contrario, la sécurité locale, elle, ne comprend aucun homme du terroriste masqué (c’est dommage, ses gars avaient déjà plus la tête pour le poste), mais ne remarque pas pour autant que tiens, c’est rigolo le nombre de personnes que l’on avait jamais vues avant qui sont venues travailler ici aujourd’hui avec un gros sac que l’on a pas fouillé. Sûrement une douzaine de coïncidences, continuons de siffloter tranquillement. Bref : Bane en personne arrive, castagne la sécurité sans souci, et se rend avec ses hommes dans la salle principale de l’endroit, mitraillant les écrans ainsi que quelques traders histoire de bien faire comprendre qui est le patron. Puis, il demande à l’un de ses hommes de lancer un curieux programme en piratant l’un des ordinateurs de l’endroit, et la chose débute, nécessitant 8 minutes aux dires d’un technicien pour fonctionner.

Hélas, la police ne donne pas 8 minutes à nos larrons (4 secondes tout au plus, cf ci-dessus), encerclant rapidement le bâtiment ; que faire ? Bane a donc un plan, il propose de passer en mode "mobile" (parce que patienter 8 minutes quand on a des centaines d’otages, c’est pas facile) ; cela signifie qu’il fait d’abord sortir tous les otages de la bourse en une énorme masse, faisant que la police ne peut guère tirer… puis lui et ses hommes surgissent au milieu du troupeau à moto, leurs moteurs hurlant, alors qu’ils fendent le flot de la foule et sautent les obstacles mis sur leur chemin par la police grâce à la maniabilité de leurs engins ; ils emportent aussi quelques otages à l’arrière des mopettes pour éviter de se faire plomber le cucu.

Vous avez noté ? Bane et ses acolytes sont sortis de la bourse à moto, donc. Certes.

Alors, jeu : comment Bane a t-il trouvé des motos dans une bourse ? Il est discrètement arrivé avec sur son dos ? Et bien non : il les a juste générées comme ça, hop, pouf.

D’accord, merci. Et si ce ratage ne suffisait pas, on découvre que la réalisation a mis le paquet en faisant que la nuit tombe alors aussitôt sur Gotham, parce que comme Batman ne sort que la nuit, ça arrange tout le monde. Oui, d’ailleurs, dans le film, à plusieurs reprises, on se retrouve de jour, puis de nuit, puis de jour à nouveau… je rappelle que cet argument servait encore, il y a 40 ans, à désigner "les pires réalisateurs" ; aujourd’hui, c’est parfaitement accepté, et la critique ne le note même plus. Heureusement qu’il y a des gens payés à regarder des films.

Bref ! Comme la nuit tombe, qui apparaît au milieu des voitures de police pour donner la chasse aux voyous ? Batman ! De retour après 8 ans d’exil, et chevauchant sa super-moto pour arrêter les méchants ! La maréchaussée est donc sur les fesses, même si, rapidement, le remplaçant de Gordon, Foley, donne l’ordre de chasser Batman plutôt que Bane puisque c’est quand même l’homme chauve-souris qui aurait assassiné Saint Harvey Dent. Car oui, il a beau avoir 200 voitures sous ses ordres, Foley décide qu’il ne va même pas en envoyer une ou deux pourchasser Bane, qui vient de massacrer plusieurs dizaines de personnes sous les yeux de centaines de témoins, ça n’en vaut pas la peine. D’ailleurs, il n’a pas non plus envoyé qui que ce soit dans la bourse pour sécuriser l’endroit ou retrouver des blessés, sinon il aurait pu voir sur tous les écrans du cru qu’un piratage était en cours, et l’arrêter en retirant la clé bien visible (marquée "We did it for the lulz, sharing is caring \o/") qui avait été enfoncée dans un ordinateur.

Hmm, oui, c’est tellement cohérent. Je pense que toute partie du film impliquant la police a été écrite sur un coin de nappe après une soirée sangria bien chargée. Mais ce n’est que mon avis : laisser courir les auteurs de fusillades et laisser les gens se vider de leur sang sur les lieux du forfait, c’est peut-être une procédure policière trop évoluée pour moi.

En tout cas, ça n’empêche pas Batman de sauver les otages sur les motos et d’arrêter les méchants un par un, aidé par des effets de caméras qui ne montrent pas comment Batman fait son coup, parce qu’en fait, ce n’est pas vraiment crédible. Seul Bane parvient à s’échapper sur son solex rutilant, sans encombre, puisque toute la police préfère courser Batman. Et ce dernier découvre d’ailleurs, sur l’un des motards qu’il a arrêtés, une tablette sur laquelle on peut voir "piratage en cours – 99%" puis "complet" (ils ont du bol, ils ont eu du réseau tout le long, même dans les tunnels). Gardant l’objet pour l’étudier, et malgré toute la police qui arrive droit sur lui de toutes les directions, Batman a tôt fait d’utiliser une ou deux ruses pour échapper à l’encerclement, avant de regagner son nouveau véhicule, la "bat", qui l’emmène loin dans les airs, et ce sans se ramasser un missile de la défense américaine, un peu tatillonne avec les appareils volants circulant trop près des buildings.

Oui mais en même temps, quelqu’un a proposé des actions Facebook à Bane, il faut comprendre qu’il soit grognon

Dans le même temps, une certaine voleuse est en train d’opérer : car figurez-vous que Sélina Catwoumoune (appelons-là Catwoman lors de ses soirées où elle opère en combi moulante, allez) inspecte un coffre-fort qu’elle vient d’ouvrir dans un luxueux appartement, mais celui-ci s’avère vide. Et double pas de bol : le propriétaire des lieux n’est autre Dagget, un actionnaire maléfique de Wayne Enterprises (et patron de Stryver), qui festoie en découvrant que Bane a réussi sa mission à la bourse de Gotham. Sauf qu’en passant une porte, il tombe sur Catwoman, et s’étonne de trouver celle qu’il avait engagé – et tenté de piéger – pour voler les empreintes de Bruce Wayne dans sa propriété, et se met donc en colère. Heureusement que je ne suis pas comme lui à chaque fois que je trouve une jeune fille imprévue dans ma chambre, sinon ça deviendrait compliqué, mais je sens que l’on va encore remettre en cause ma légendaire modestie, laissons donc cela de côté. Une petite bataille éclate, mais Catwoman et ses talons-lames (si, si) mettent à mal le brigand, et exigent de lui qu’il respecte sa part du marché suite au vol chez Bruce Wayne, à savoir, lui donner l’accès à la "table rase", un projet permettant de réduire à néant toute trace de soi sur toute machine connectée à internet. Bref, l’idéal pour repartir à zéro.

Ou pour effacer tous les Powerpoints qu’envoie Gérard de la compta, mais c’est une autre histoire.

Sauf que Dagget lui explique que la "table rase" est une légende, et que Wayne Enterprises n’a jamais réussi à acquérir pareille machine. Il lui explique aussi que maintenant, ça suffit : ses hommes vont lui marraver sa face de voleuse pour lui apprendre la vie. Catwoman sent que le combat contre toute la sécurité de Dagget est mal engagé, surtout en sachant qu’ils sont tous surarmés (mais elle-même s’autorise à utiliser des armes à feu, contrairement à Batman), mais alors qu’elle va succomber sous le nombre… Batman arrive aussi à sa rescousse (comment a t-il su ? Il cherchait Sélina grâce au collier ? Pas de bol, elle le le porte pas. Il a donc juste… deviné, woah !), et l’aide à s’enfuir via son véhicule volant. Alors qu’ils s’échappent, ils notent qu’en plus de la sécurité de Dagget, Bane en personne était présent sur place. Tiens, comme c’est étrange !

D’ailleurs, en s’enfuyant, ils se font tirer dessus par 12 hommes avec des fusils d’assaut à 5 mètres d’eux, mais évidemment, pas un ne touche. Bane a dû recruter ses hommes sur leur strabisme : heureusement que Jean-Paul Sartre est mort, sinon il l’aurait nommé général. Mais que disais-je ? Ah, oui, oui. Batman, donc.

Allant se poser sur un toit plus sûr, le chevalier noir papote donc avec Catwoman, lui expliquant que Bruce Wayne lui a demandé de savoir pourquoi elle avait volé ses empreintes. La jeune femme coopère et explique Dagget lui a proposé cette mission en échange du "table rase", mais qu’elle vient d’apprendre que ce dernier n’existait pas. Batman n’est pas aussi sûr de cela, et lui dit juste qu’il va se renseigner. Puis, tous deux se séparent dans la nuit.

En rentrant chez lui, Bruce a le droit à une petite crise de la part d’Alfred, qui lui explique que ho, hé, multimilliardaire ! Ça suffit de faire le kéké en tenue moulante, vous avez les moyens d’aider la justice avec votre argent et votre influence politique, alors faites cela plutôt que le ninja ! Le vieux majordome ajoute qu’il a déjà enterré deux Wayne, il ne voudrait pas perdre le troisième. Il dit donc à son maître que s’il ne renonce pas à la cape, il partira, car refusant de soutenir pareille aventure. Et Bruce lui explique que, nan, là, il veut trop être Batman : il laisse donc son majordome se barrer, ah mais, ça suffit le chantage affectif !

J’allais oublier : Bruce a aussi obtenu quelques informations sur le mystérieux Bane : il s’agit d’un mercenaire, lié à Dagget qui l’avait déjà recruté pour des opérations illégales en Afrique, et qui est un ancien membre… de la ligue des ombres, c’est-à-dire celle que dirigeait Ninjabouc et qui a formé Bruce ! Il serait né et aurait grandi dans une prison ultra-violente d’un pays lointain et archaïque, et serait donc d’autant plus redoutable. C’est fort bien, mais bon, là tout de suite, Bruce a surtout envie de pioncer après toutes ses aventures, ce qu’il fait.

Le lendemain matin, disons-le, Bruce a un peu la gueule de bois : non seulement personne ne lui a fait son café maintenant qu’Alfred est parti, mais en plus, Lucius Fox vient lui rendre visite après avoir étudié le piratage de la bourse de Gotham : Bane a utilisé les empreintes digitales volées de Bruce pour confirmer des milliers d’achats d’actions pourries (il pouvait aussi confier son portefeuille à François Baroin pour obtenir un résultat proche) et le pauvre Bruce est donc… ruiné ! Et n’a même plus d’actions dans sa propre société ! Ho bin non alors ! La chose n’est que temporaire, explique Lucius, mais il faudra beaucoup de temps pour prouver que tout cela est une fraude et…

… hein ? Vous allez avoir besoin de temps pour prouver que ces échanges ont été biaisés, en sachant qu’ils ont tous été réalisés au moment où des centaines de gens et des dizaines de caméras peuvent confirmer que la bourse de Gotham était braquée ? Et que vous aviez même des caméras montrant un type en train de pirater l’un des ordinateurs ? Et bin mon Lucius, si pour toi, la fraude est dure à prouver avec ça, j’espère qu’on ne te volera jamais ton chéquier mon bonhomme.  Quelle vieux flan, en fait, ce garçon. M’étonne pas que Wayne Enterprises n’avance pas quand Bruce n’est pas là si c’est lui aux commandes.

En tout cas, Lucius a un plan pour la suite : Wayne va devoir quitter ses fonctions chez Wayne Enterprises puisqu’il n’en est même plus actionnaire, et il doit donc choisir quelqu’un pour lui succéder ; sachant que Dagget est déjà prêt, mais que c’est l’ordure derrière toute la manoeuvre (là encore, ni Bruce ni Lucius ne parlent de tenter quoi que ce soit contre lui, voire de prouver son complot, non. Ça ne les intéresse pas, on a même presque l’impression qu’ils trouvent cela normal) puisque c’est lui l’employeur de Bane et celui derrière le vol des empreintes, aussi Lucius propose une solution : proposer au conseil d’administration Miranda, la jolie actionnaire-écolo, et lui montrer le réacteur à fusion pour qu’elle s’en serve pour refaire avancer Wayne Enterprises. Soit, dit Bruce : continuons de cacher le réacteur sans aucune raison à l’ensemble du conseil d’administration, qui n’a même pas l’air de se soucier de ce qu’il est advenu de, je cite Lucius, "La totalité du budget recherche et développement", et montrons-le uniquement à une actionnaire fraîchement débarquée au motif qu’elle a un joli cul et vote Verts.

Comme on pourra le constater quelques scènes plus tard, le conseil d’administration de Wayne Enterprises est constitué en grande partie de vieux briscards tous rangés sous la bannière de Bruce en toute loyauté, mais comme eux n’ont pas de noms, on ne leur propose rien : c’est vrai, pourquoi mettre à la tête de son entreprise quelqu’un de confiance et d’expérimenté en période de crise ? Autant prendre la nouvelle inconnue qui ne connait pas encore bien la maison.

Lucius a eu beau ne rien faire durant 8 ans et expliquer qu’il est trop dur de prouver qu’un braquage filmé avec des centaines de témoins a bien eu lieu, Bruce suit quand même ses conseils avec soin pour choisir son successeur. Hmm hmm, d’accord.

La fameuse Miranda est donc emmenée jusqu’à un coin du port de Gotham, où via un autre passage secret (je pense que Lucius adorait jouer à Labyrinthe quand il était petit), elle arrive dans une salle où trône un réacteur über-design avec des petites lumières vertes pour dire qu’il est écolo. Bruce l’attendant sur place, il lui présente rapidement le bébé.

"Voilà Miranda, l’avenir de Wayne Enterprises. Un réacteur à fusion, l’énergie de demain. Nous l’avons installé ici car nous ne sommes pas encore certains qu’il soit sûr : en cas de problème, on peut donc noyer cette salle et le noyau du réacteur avec pour le calmer directement.
- Formidable, Bruce ! Comme dans tous les films de super-héros, il faut toujours qu’un débile installe son nouveau réacteur expérimental en pleine zone surpeuplée ! Tenez, on dirait Spiderman 2 ! Et comme dans tous les films là encore, je suis sûr que ça va poser problème. D’ailleurs, chaque invention de Wayne Enterprise finit inévitablement dans les mains des méchants. Vous vous souvenez du premier volet de cette trilogie ? Allez, arrêtez de me charrier : votre énergie verte, c’est du recyclage de films en fait ? Si vous voulez, je vous présente Quentin Tarantino.
- Votre gueule Miranda."

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Heureusement, un nouveau dialogue d’anthologie vient un peu plus enfoncer le clou de cette scène

"Miranda, n’oubliez pas : ce réacteur n’est pas encore sûr. Il faut donc être prudent.
- Comment ? Vous me demandez de le DETRUIRE, C’EST BIEN CA ? Mais enfin Bruce, jamais car…"

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Et donc, s’ensuit une tirade incohérente sur un truc que Bruce n’a jamais demandé. Voilà voilà : Miranda est probablement une truite en fait. Je pense qu’ils peuvent inonder la salle du réacteur là, maintenant, elle survira sans problèmes.

Cela fait, Bruce lui explique donc qu’il va s’arranger pour la soutenir et obtenir son élection en tant que nouvelle présidente du conseil d’administration de Wayne Enterprises. Et effectivement, peu de temps après, le conseil se réunit et malgré le plan de Dagget, ce dernier n’est pas élu, mais bien Miranda. Ce qui signifie donc que Dagget avait conçu un plan diabolique lui coûtant probablement plusieurs millions au bas mot pour devenir président de Wayne Enterprises, mais qu’il avait juste oublié qu’il s’agissait d’une élection et qu’il n’avait donc qu’à se présenter et à obtenir suffisamment de voix, quitte à graisser des pattes. A titre de comparaison, c’est un peu comme si Robert Hue parvenait à obtenir une nouvelle élection présidentielle : ce n’est pas parce qu’il s’y présenterait qu’il gagnerait.

Donc, en fait, tout le plan avec Bane ne servait strictement à rien. Hmmm, d’accord.

Cela dit, comme Dagget est un peu con, il va trouver Bane pour lui expliquer que ça a échoué : il n’est pas devenu président de Wayne Enterprises, et donc, que cacaboudin (c’est son argument phare). Étonnamment, l’armoire à glace qu’est Bane n’apprécie pas trop qu’un freluquet lui parle sur ce ton, et il lui plie donc la gueule, ce qui le tue vaguement. Là encore, rassurez-vous, personne ne s’intéressera à la mort de Dagget. Ce n’est pas comme si la mort d’un multimillionnaire attirait l’attention, non. Un nouveau single de René la Taupe ferait plus parler de lui.

Bruce, ruiné, va lui de son côté errer un peu de-ci de-là, poursuivi par des hordes de photographes se passionnant pour sa chute. Là encore, personne ne semble se rappeler du braquage de la bourse de Gotham datant pourtant de la veille, et accompagné d’une large fusillade, et tout le monde pense qu’en fait, Bruce Wayne a bien passé tout ces ordres d’achats et de ventes d’actions visant à le ruiner, et ce depuis la bourse à l’heure du drame. C’est formidable comme chaque personnage semble accepter le déroulement absurde de l’intrigue dans ce film. D’ailleurs, sachez que Bruce peut faire disparaître les photographes qui le suivent à volonté et sans éveiller leur attention grâce à une habile technique appelée "La réalisation change de scène en les faisant disparaître sans explication pour ne pas qu’ils soient témoins de ce que je ne veux pas". C’est un peu comme si Paris Hilton voulait faire quelque chose discrètement : tout le monde rirait très fort. Mais là, non.

Sachant qu’en plus on explique que Bruce s’est fait saisir jusqu’à sa voiture pour payer ses dettes, il faudra qu’ils m’expliquent comment il les a semés sans éveiller de soupçons sur sa double identité, mais passons. C’est Batman, tout de même.

Notre ex-milliardaire va donc chez Catwoumoune (elle est en civil), dont il a récupéré l’adresse, et lui explique que son ami Batman aurait besoin d’elle pour aller trouver Bane, le responsable de tous ses ennuis (il aurait aussi pu aller voir Dagget du coup, puisque c’était lui qui avait embauché le terroriste pour son plan, mais Bruce sait déjà qu’il est mort grâce à ses pouvoirs de divination et préfère donc aller voir la voleuse qui a manqué de peu de se faire buter par les hommes de Bane pour savoir si ce dernier ne lui aurait pas dit où était sa planque, comme ça, parce qu’il adore le révéler à ses ennemis. Peut-être même l’a t-il posté sur Twitter). Et ça tombe bien, sans raison aucune, Catwoumoune sait où se cache Bane : sous terre, et bel et bien avec toute une armée. Et elle peut y guider Batman. Okay, dit Bruce : ce soir, chaussez votre petite tenue moulante, le chevalier noir vous rejoint et vous le mènerez à Bane. En attendant, moi je vais me taper la petite Miranda, puisque maintenant que je suis pauvre, faudrait que je pense à épouser une riche.

Soit, faisons ainsi, dit la voleuse. Et en échange ? Et bien Bruce s’engage à lui filer le "table rase"… car il existe… et il l’a (ça tombe bien quand même). Marché conclu, donc. Et comme prévu, Bruce s’en va retrouver Miranda, nouvelle présidente de sa société, et a tôt fait de la séduire avant de lui proposer de lui montrer son gros batarang. La nuit peut donc arriver sans encombre, et trouver notre justicier plus léger que jamais.

Le soir même, les deux héros se retrouvent donc à l’entrée des tunnels de Gotham, et commencent à y rentrer, tabassant toutes les sentinelles de Bane sur leur chemin ; finalement, en arrivant dans une salle, une grille se ferme entre Catwoman et Batman : elle a attiré Batman dans un piège ! Parce qu’en fait, elle a… heu… je… attendez, pourquoi a t-elle trahi ? Elle veut le "table rase". Pour ça, elle doit aider Batman. Et Bane, lui, il lui file quoi en échange de sa trahison ? Et bien… rien.

Catwoman vient donc d’échanger son but ultime contre du rien : on l’applaudit bien fort.

Catwoman aime tellement le rien que parfois, elle en vole

Batman se retrouve donc enfermé dans une salle souterraine… avec Bane ! Et ses hommes autour l’acclamant. Ce dernier lui propose un duel pour le calmer un peu, et s’ensuit un terrible combat au corps-à-corps, durant lequel Batman s’avère largement dépassé par le terroriste, qui, sous les yeux de Catwoman, révèle l’identité de l’homme-chauve-souris : Bruce Wayne ! Puis, comme il a assez rigolé, Bane soulève le pauvre Bruce… et lui éclate le dos à l’aide d’une prise de catch d’un fort beau gabarit. Enfin, il lui montre quelque chose de rigolo : Bane fait exploser le plafond de la salle où ils se trouve, et tombe du ciel… une batmobile ! Ils sont sous la planque de Lucius Fox, sous les locaux secrets de Wayne Enterprises ! Et bientôt, sous les yeux désespérés de Batman, les hommes de Bane mettent la main sur tout son attirail, des véhicules expérimentaux aux armes, les rendant plus puissants que jamais… Sacrebleu !

Juste comme ça : comment l’ami Bane a fait pour savoir où se trouvaient ces locaux (et même qu’ils existaient), sachant que seuls Fox et Bruce en connaissaient l’existence et qu’ils n’apparaissaient dans aucun document (ce que Bruce pouvait confirmer grâce au "table rase" à chaque instant, puisqu’il affirmait le posséder) ? Et bien là encore : divination. D’ailleurs, il savait même comment était rangé la salle, puisqu’il a fait un trou pile au bon endroit, pour faire choir une batmobile sans même l’endommager, ni dégringoler les étagères alentours.

Nicolas Cage serait apparu dans cette scène, je n’aurais même pas été étonné, c’est dire.

Vaincu, le chevalier noir est lui emmené dans le pays d’où est originaire Bane, à savoir un pays fatigué du Moyen-orient où on le jette tout au fond de la prison qui a vu grandir son adversaire, et qui est en fait un gigantesque puits avec des cellules au fond où s’entassent des dizaines de prisonniers crasseux. Là, Bane lui explique ce qu’il va faire : d’abord, lui laisser une petite télévision d’où il pourra suivre ce qu’il se passe à Gotham, afin que son esprit puisse souffrir maintenant que son corps est brisé. Ensuite, le laisser pourrir au fond de la prison à regarder tout cela, pendant que lui va retourner à Gotham entamer une ère de chaos au nom de… Ninjabouc, puisque c’était le plan de celui-ci dans le premier volume dans la trilogie : punir toute la ville corrompue. Et Bane s’en retourne aux Etats-Unis, et ce, en se téléportant, ce qu’il était important de préciser pour continuer le festival des trucs ratés que propose ce film. Splendide tapis rouge.

De retour à Gotham, Bane se met à préparer son plan diabolique : il se rend chez Wayne Enterprises, prend tout le conseil d’administration en otage, et emmène l’un de ses membres anonymes, Fox et Miranda ainsi que le Docteur Pavel (mais si, souvenez-vous, au début du film ! Le mec que Bane a déjà capturé mais qu’il met super en danger… pour le re-capturer pour rigoler, et bien le revoilà) jusqu’au réacteur à fusion de la société, qu’il semble curieusement connaître, et ordonne aux membres du conseil de Wayne Enterprises présents de l’activer ; tous déclinent malgré la menace des armes, jusqu’à ce que Miranda se dévoue pour lancer le bidule. Cela fait, Bane ordonne au Docteur Pavel, expert dans le domaine, de rendre le noyau instable et de le détacher du réacteur pour en faire… une bombe atomique ! Ah !

Au même moment, le plus gentil des policiers de la ville, l’agent Blake, commence lui à travailler directement pour le commissaire Gordon depuis son lit d’hôpital, étant ses yeux et ses mains là où il ne peut-être (les péripatéticiennes apprécieront ce geste grâcieux) ; après une enquête pas facile, Blake arrive à une incroyable déduction : il y a une armée sous la ville… et elle est dirigée par Bane en personne !

D’accord, mais en fait, tout ça, ça faisait des plombes qu’on le savait, non ? Depuis la fusillade dans les égouts, pour être exact, je crois. Enfin, on est plus à ça près. Mais visiblement, cette fois, cela secoue la police plus que la dernière fois et l’officier Foley, en tant que remplaçant de Gordon, ordonne à TOUS je dis bien TOUS les policiers de la ville de partir à l’assaut des souterrains (j’imagine bien l’arrivée massive de pervenches, ça doit faire peur). Mais attention, en entrant tous par le même tunnel et en formant un groupe compact de 3 000 personnes. Comme ça, s’il y a un terroriste occupé à lire Pif dans un tunnel, il sera sûrement surpris par l’approche furtive de ces milliers de joyeux fonctionnaires.

… c’est nul. Profondément nul.

Mais pendant ce temps, Blake enquête lui sur de curieux schémas de travaux publics qu’il a retrouvé en enquêtant un peu, et découvre qu’en fait… Bane a posé des milliers de bombes sous la ville !

Voilà : divination, téléportation, furtivité et explosifs en quantités abusives, le recyclage du personnage du Joker du volet précédent est complet. Les cheveux en moins : il y a toujours des pertes dans le processus.

Blake hurle donc à Foley que tout cela est un piège visant à bloquer tous les policiers de Gotham sous terre (car oui, Bane avait deviné que la police enverrait tous ses hommes en un seul contingent le chercher alors que ça n’a aucun sens), mais évidemment, à la seconde où il le fait, toutes les bombes se déclenchent : les rues de Gotham sont parcourues d’explosions venues des tunnels (il faudra donc à nouveau m’expliquer comment, durant des années, personne n’a remarqué l’armée souterraine et ses bombes se promenant), et même les ponts reliant la ville au monde extérieur sautent (là encore, personne n’a remarqué des terroristes posant des explosifs sur 5 ou 6 ponts en même temps, soit), isolant complètement la cité et la plongeant dans le chaos le plus total ; les policiers, eux, sont littéralement bloqués sous terre, les effondrements bloquant les issues.

Et, non :

  • Jamais ils ne penseront à sortir par une plaque d’égout
  • Alors que des tonnes de bombes viennent d’éventrer les rues, aucun policier ne profite de ces trous béants pour sortir
  • Déblayer ? N’y pensons même pas

A noter que les pompiers, qui eux, n’étaient pas dans les souterrains, n’apparaîtront pas du film alors que l’on peeeeeuuuut imaginer que ce genre de situation les concerne. Un peu, du moins. On dira qu’ils avaient un truc plus important à faire ailleurs, comme par exemple un Jungle Speed avec une grenade.

"On pourrait p’têt’ faire un truc ?
- Nan.
- Alors on fait rien ?
- C’est ça. C’est bien le rien.
- Dis donc, tu serais pas un peu Catwoman ?"

Bane, lui, se rend au stade local où une bonne partie de la population était pour cause de rencontre footballistique ; après avoir fait s’effondrer tout le terrain ou presque, ne laissant que les tribunes autour d’un immense cratère, il apparaît sur l’un des bords dudit cratère, traînant derrière lui le noyau instable du réacteur, et explique la situation en utilisant les hauts-parleurs du stade.

"Salut les amis, je suis Bane. Malgré ma tête de catcheur contrarié, je suis votre nouveau meilleur pote. Alors, voilà le topo : je suis trop une rebelle, et grave le Che local, et je vous propose une révolution bon peuple de Gotham. Sachez qu’on vous a menti : Harvey Dent était un psychopathe, on vous a maintenu dans ce mensonge toutes ces années pour que l’ordre établi se maintienne. On va tous ensemble sortir les riches de leurs tanières et se partager leur fortune entre nous, parce que merde, il n’y a pas de raisons. Bon, je suis moi-même vaguement riche, puisqu’entretenant une immense armée de mercenaires ainsi qu’un nombre incalculable d’armes et d’explosifs, mais chut, n’en parlons pas. Bref, voilà : pillez, faites vous plaisir. Par contre, attention, nouvelles règles ! Ce sont moi et mes hommes qui font la loi, ni la police, ni le Batman ne sont là pour vous protéger, donc tenez vous à carreaux. Et sachez que voici mon amie Bombinette, la bombe qui pète très fort. Si jamais un seul d’entre vous s’avise de fuir Gotham, le propriétaire du détonateur – dont je ne donne pas le nom ! – fera tout péter dans un rayon de 10 kilomètres. Voilà, c’est tout, vous pouvez rentrer chez vous. Ah si, je voudrais dire au propriétaire de la Cadillac immatriculée RoXoR que je l’ai un peu abîmée en me garant sur le parking du stade avec ma batmobile. Désolé mec."

Et nonobstant le petit "enculé !" partant d’une tribune du stade, Bane en profite pour rajouter quelque chose "Ah oui, il n’existe qu’une seule personne capable de désamorcer cette bombe d’un nouveau genre, et c’est le professeur Pavel. Et regardez, hop, je l’tue !" et en effet, urgh fait le pauvre docteur en s’effondrant sans vie après que Bane ait tenté de jouer à Twister un peu fort avec sa tête. Ce que Bane ne dit pas à la foule, par contre, c’est qu’il ne fait tout cela que pour torturer Bruce Wayne. En réalité, la bombe explosera quoiqu’il arrive, le réacteur étant instable. Et dans très exactement 5 mois (c’est précis), Gotham sera rayée de la carte avec ses péchés.

Allez savoir pourquoi, mais je pense que Batman va du coup mettre 4 mois et 29 jours à revenir. Aucun rapport avec le fait que l’on a rarement vu un héros désamorcer une bombe avec de la marge.

C’est donc parti : la ville est à feu et à sang, et nous rentrons dans une partie particulièrement longue du film, que je vais vous raccourcir parce qu’elle donne méchamment envie de regarder sa montre (ou de lécher du LSD en attendant que ça passe) :

  • Les riches se font tabasser/pendre/exécuter de diverses manières (Arlette Laguiller approuve ce message)
  • Les prisonniers de la prison locale sont libérés, puisque dans Batman, c’est un peu une tradition
  • Au bout de 30 secondes, les rues sont désertes : les gens restent chez eux à jouer à la belote
  • L’armée américaine entoure l’endroit, mais n’intervient pas de peur que tout ne saute. Elle fournit juste de la nourriture à l’île et des biens de première nécessité, tout en empêchant quiconque de fuir, pour éviter que là encore, la bombe n’explose comme l’ont annoncé les terroristes
  • La bombe est planquée dans un camion blindé escorté en permanence par une batmobile, et le petit cirque tourne en ville. Pour éviter que le tout ne soit pris d’assaut, deux convois identiques circulent aussi dans Gotham sans que l’on sache dans lequel se trouve le réacteur instable
  • Les rares policiers encore à la surface, désormais en civil pour éviter les ennuis, envoient des messages d’espoir à leurs collègues sous terre, mais ne pensent pas à les en sortir malgré toutes les options possibles. Non, creuser un trou dans une baraque pour accéder discrètement aux tunnels et les faire sortir ou autre ne passe par la tête de personne. C’est bête. Ah, Berlin, on t’a déjà oubliée !
  • De temps à autres, les policiers tentent un truc quand même (repérer le camion avec la bombe, faire sortir un ou deux collègues des souterrains) ou bien l’armée (ils envoient des commandos rejoindre la résistance) mais à chaque fois, Bane utilise conjointement ses pouvoirs de téléportation et de divination et se trouve TOUJOURS là où il faut sans aucune explication. C’est un peu lourd, en fait, au bout d’un moment.

Dans le même temps, du fond de sa prison du moyen-orient, Bruce Wayne soufre en regardant sa ville se consumer. Il finit même par en péter la télé, ce qui est dommage puisque du coup, il aura moins d’informations pour intervenir s’il veut y retourner ("Ah mais Monsieur Wayne, la ville a sauté il y a trois semaines, vous ne regardez jamais la télé ?"). Mais surtout, il reprend du poil de la bête : hop, un autre prisonnier s’avère être par chance un ancien médecin, et lui remet donc le dos en place, lui permettant d’enchaîner aussitôt avec des pompes pour repartir en forme. La prison ne comporte aucun garde, ce qui est intéressant, et on dira que c’est parce que c’est plutôt une gigantesque oubliette à ciel ouvert. Les prisonniers tentent donc régulièrement de s’évader en escaladant les parois, mais ils finissent toujours par tomber, au point que c’en est devenu un rituel : aidé d’une corde et sous les acclamations de ses camarades, le prisonnier grimpe, et en général, se vautre toujours au même endroit.

Non, aucun prisonnier n’a jamais pensé à bricoler du matériel d’escalade pour faire des prises sur les murs alors qu’ils n’ont visiblement que ça à faire de la journée. Sérieusement, dans ce film, vous vous rappelez de beaucoup de personnages avec un comportement logique, vous ? Voilà, c’est bien ce que je me disais.

En tout cas, du fond de son trou, Bruce Wayne apprend pas mal de choses grâce à ses compagnons de cellule, et pas seulement à se méfier du mystère du savon volant, grâce à de formidables dialogues :

"Bane a grandi dans cette prison.
- Ah oui, c’est cool, mais là je fais des pompes papy, va vider ta poche à urine,  j’ai des culs à botter.
- Ouiiiii, et pour ça tu veux t’évader, mais seul un enfant a réussi un jour à le faire !
- Un enfant ? Bane ?
- HOLALA JE PRENDS SOIN DE CONTOURNER LA QUESTION oui, un enfant dont-je-n’utiliserai-jamais-le-prénom. Il était le fils d’un mercenaire… un certain Ninjabouc.
- Ninjabouc ! Mon vieux maître mille fois maudit !
- Certes, et sache que l’enfant-dont-je-ne-dis-pas-le-nom-alors-que-si-c’était-Bane-je-le-dirais-sans-souci a ainsi eu un destin étrange : lorsque Ninjabouc était mercenaire, il a copulé avec la fille du chef de guerre qui l’employait. Ce dernier a voulu envoyer ce satyre ici, mais la fille, éperdument amoureuse (hahaha, les nanas) a obtenu sa libération. Lui a simplement été relâché, mais il n’a jamais connu le prix de sa liberté : c’est la fille du chef de guerre elle-même qui en échange a dû payer sa dette en allant en prison à sa place. Et elle était enceinte… de l’enfant.
- Okay, mais alors l’enfant, c’était Bane ?
- Hohohoho, si je commence à répondre aux questions… je vais faire comme si je n’avais rien entendu. L’enfant a donc grandi, mais a perdu sa mère lors d’une émeute de prisonniers. Il n’a survécu que parce qu’un mystérieux protecteur le défendait toujours en prison, mais je ne vais pas non plus donner son identité alors que je la sais et que ça ferait gravement avancer l’histoire. 
- Relou.
- Pardon ?
- Rien. Bon allez, c’est parti, allez Mustafa, passe-moi mon slip, ce soir j’méchappe."

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Et comme c’est très recherché, Bruce fait donc trois tentatives d’évasion via l’escalade des parois du puits qu’est la prison :

  • L’une où il tente comme ça, hop, et se vautre, seulement retenu par la corde
  • La seconde où le papy partageant sa cellule lui a dit "Utilise la force de ton esprit, pas de tes bras pour y arriver" mais comme il est pressé, Bruce essaie encore et échoue, sauvé d’une chute fatale par la corde
  • La troisième où il écoute le crypto-Obi-Wan et décide d’y aller sans corde pour que les chocottes lui donnent la force d’y arriver, et évidemment, ça marche, car comme chacun sait, un mec qui vous explique qu’il a le truc pour s’évader depuis 20 ans mais qu’il ne l’a jamais utilisé est forcément un type qui ne se fout pas de vous et qu’il faut écouter

Incroyable coïncidence : Bruce s’évade à deux jours de l’explosion de la bombe. Le temps de rentrer au pays, il n’aura plus que quelques heures devant lui. Étonnant, non ?

Rah, un vieux dans un coin désert qui recommande d’utiliser le pouvoir de son esprit en faisant fi des outils des hommes pour accomplir des choses… rah, où ai-je déjà vu ça ?

Voilà, nous venons de passer sur une succession de trucs convenus et particulièrement longuets, revenons-en donc au reste du film (qui restera cependant convenu, et relativement longuet, rassurez-vous). Car à Gotham, il se passe des choses ! Déjà, l’hiver est tombé, et tout espoir semble désormais éteint, puisque Foley refuse de commander les derniers policiers résistants en ville de peur d’être abattu par les hommes de Bane, et que le commissaire Gordon a été fait prisonnier. Ce dernier est donc emmené devant le tribunal populaire de l’île où, trônant au sommet d’une pile de bureaux, se trouve celui qui fut l’Épouvantail dans le premier volet, le docteur Jonathan Crane, psychopathe sans grand intérêt. En bonne parodie de juge, le malfaiteur propose deux solutions à Gordon et ses hommes pour leurs crimes : l’exil ou la mort.

Sachant que l’exil est en fait simplement une condamnation à marcher sur la glace recouvrant la rivière locale pour tenter de rejoindre l’autre rive, et que celle-ci craquant à chaque fois sous les pieds des candidats, ils meurent tous en tombant dans l’eau glacée, hein.

Du coup, Gordon et ses hommes choisissent… la mort. Et on leur explique que, très bien, alors ce sera la mort par l’exil ! Hohoho ! Ils sont donc envoyés de nuit sur les bords de la rivière, afin de tenter leur chance, et marchant avec précaution, ils essaient de ne pas briser la glace sous leurs pas.

Quelle n’est pas leur surprise lorsque, soudain, des projectiles soporifiques atteignent les gardes qui les observaient s’avancer sur l’eau gelée, et qu’apparaît en face d’eux, surgissant de l’obscurité… Batman !

Dis-donc Batman, c’est moi ou avec tout ton attirail tu dois être deux fois plus lourd que le péquin moyen ? Alors explique-moi ce que tu fous sur la glace toute fragile, à part te donner un genre ? Tu imagines ce qu’il se serait passé dans un monde crédible ?

"Regardez, une forme dans l’obscurité !
- Ahah, et oui, c’est bien moi, Ba – PLOUF -
- Ah non, y a plus rien, j’ai dû rêver. Peut-être était-ce juste un phoque."

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Mais Batman n’en a pas fini avec les artifices pourris : il tend une torche au commissaire Gordon, lui demandant de la jeter sur la glace : nonobstant le fait que c’est très con, surtout quand on est sur ladite glace, le policier s’exécute et la torche enflamme alors un filet de liquide (et oui, l’eau gelée se porte toujours bien malgré l’incendie, merci) qui monte le long de l’une des piles du pont voisin, jusqu’à enflammer, sur l’une des immenses arches, une titanesque forme de chauve-souris visible à des kilomètres à la ronde. Bane, qui observe cela, est tout simplement bluffé (le spectateur attentif notera que Bane doit être dans un autre fuseau horaire, puisque de là où il est, il fait jour, mais bon) et s’exclame "C’est impossible !" comme tout méchant pourri qui se respecte.

Bin si, mec, c’est possible : tu as abandonné un type blessé au fond d’une prison avec un médecin, sans garde, et avec juste un peu d’escalade pour s’enfuir. Tu t’attendais à quoi, sachant qu’il a eu le même entrainement de ninja que toi ?

Moi la vraie question que je me pose, c’est "Comment Batman a pu peindre une forme de chauve-souris géante sur une immense arche de pont sans que personne ne le remarque ?" ; non parce que vu la taille du truc, il a dû y passer au moins quelques heures à bien faire attention de pas louper la symétrie du motif et tout. Il avait des petites bombes à napalm sur lui pour barbouiller le pont ? Il s’est installé une petite plate-forme de peintre en bâtiment ?  Il s’est pas dit qu’une telle quantité de produit incendiaire pourrait servir à autre chose qu’à une illumination de Noël ? Non : Batman est juste complètement con et adore faire de l’art contestable en s’habillant n’importe comment.

Attendez, est-ce moi ou je viens de donner la définition du hipster ? Hooo. Je comprends bien des choses. Enfin bref.

Le justicier, après avoir libéré le commissaire Gordon, s’en va aussi sauver l’agent Blake qui s’était mis en mauvaise posture en pensant ENFIN à ouvrir une plaque d’égout pour en faire sortir les policiers prisonniers, et alors que ça marchait plutôt pas mal, avait été surpris. Il explique alors comment les choses vont se passer : il va filer à Gordon un gadget à coller sur la bombe pour bloquer tout signal qui pourrait lui être envoyé, et ainsi feinter le détonateur (que Bane doit avoir), et d’un autre côté, aider Blake à faire sauter les débris obstruant les souterrains pour en faire sortir une armée de près de 3 000 policiers qui, bien que n’ayant pas vu la lumière du jour depuis 5 mois, s’avère  plutôt en forme et propres sur elle quand elle commence à sortir de sous les caillasses. Okay.

Au petit matin, donc, les rues de Gotham sont animées par un immense défilé de policiers pas contents qui se rapprochent du QG de Bane : la mairie de Gotham. Face à eux, des dizaines de terroristes équipés de fusils d’assaut ainsi que les batmobiles volées bourrées de roquettes et autres trucs rigolos les attendent. Heureusement, pour se défendre, nos vaillants policiers ont…

Des matraques.

Oui, ils sont rentrés dans les souterrains avec des armes, mais ils sortent se battre avec des matraques (ils ont dû manger leurs armes, probablement), et… chargent donc héroïquement les vilains, façon Braveheart en brandissant leurs bâtons d’autorité.

Hmmm… c’est moi ou c’est de pire en pire ?

Heureusement, pour éviter une hécatombe, les policiers semblent protégés magiquement par la réalisation puisque même alors qu’ils se présentent de face, à découvert et en formation serrée face à des armes automatiques et à des blindés qui ouvrent le feu sur eux, il faut savoir qu’à peine un agent sur 30 tombe dans la charge. On peut même voir en regardant bien des mecs se faire arroser à bout portant et ne pas tomber, parce que même les figurants ne pouvaient pas simuler un truc crédible tant la scène n’a aucun sens ; rapidement, donc, les malandrins se prennent des matraques dans la gueule et font moins les malins ; mais dans la mêlée, le terrible Bane est présent, faisant du catch sur tous les policiers passant à sa portée ; bon, il n’en tue aucun (ne me demandez pas pourquoi), mais c’est impressionnant quand il les pousse, comme ça, de ses petits bras, on sent vraiment qu’il est méchant. Les pousser, trop dur. Il ne s’est gardé les croche-pieds qu’en dernier recours.

Et il va lui falloir justement se forcer un peu, puisque Batman atterrit dans la mêlée et commence un duel contre lui (où, comme toujours, personne d’autre ne vient aider son champion). Batman, c’est pas pour t’emmerder, mais il y a toujours trois batmobiles blindées en train de massacrer les policiers (enfin, massacrer… les protections magiques et scénaristiques entourant les policiers réduisent pas mal les dégâts, et eux peuvent donc tabasser les véhicules à la matraque, c’est sympa), donc tu aurais peut-être sauvé des dizaines de vie en roquettant d’abord ces vilains véhicules depuis ta "bat" volante, puis seulement en allant te battre avec Bane. Mais bon, si Batman devait être efficace pour gagner, où irait le monde ?

Sinon, Bruce, juste comme ça, tu sais qu’un adversaire plus fort, tu as le droit de lui taser la gueule au lieu de juste lui mettre tes petits poings dans la margoulette ? Ca irait plus vite et ça sauverait des gens. Enfin, je dis ça…

Or donc, le duel entre nos deux loulous tourne cette fois-ci à l’avantage de Batman, sans aucune raison, en fait, autre que le fait que la fin du film approche doucement et malgré le dos fragile du chevalier noir. Comme quoi. Ils finissent donc tous deux par se battre dans la mairie, jusqu’à ce que Batman mette le brigand à terre, et ne croise Miranda, elle-même dans le bâtiment, lui demandant de se mettre à couvert ("Vite, trouve une cuisine et reste-s-y !") pendant qu’il en finit avec le terroriste masqué. Il ordonne donc à Bane de lui donner le détonateur, mais celui-ci lui répond, qu’il ne l’a pas. Et en écoutant Batman lui dire ce qu’il a appris en prison, il lui explique qu’il n’a jamais été l’enfant qui était parvenu à s’évader… cet enfant… l’enfant de Ninjabouc c’était…

Miranda !

Batman le découvre avec horreur lorsque la vilaine lui plante un bon gros couteau dans le dos ; notre héros s’effondre donc, blessé, en écoutant le discours de celle à qui il avait fait confiance (encore une fois, pour des motifs débiles) : c’est elle, l’enfant de Ninjabouc, née en prison ! Bane n’était autre que… son protecteur ! Il l’a protégée depuis qu’elle était petite, et ça, Ninjabouc ne l’a jamais pardonné à Bane (Ha ?! Mais enfin, pourquoi ? Il a sauvé sa fille, au contraire !), même s’il est quand même venu le sortir de prison plus tard malgré tout, pour services rendus. Booooon. Et Miranda a donc fait fortune, puis a intégré le conseil d’administration de Wayne Enterprises, uniquement pour pouvoir mettre la main sur le réacteur à fusion, et s’en servir pour faire exploser toute la ville, hahahaha !

Hem. Miranda ? Comment as-tu pu échafauder ce plan sachant que tu ne savais pas que ce réacteur existait, puisque Wayne le cachait à tout le monde ? Oui hein ? Toi aussi tu es une méchante pourrie, en fait. Tiens d’ailleurs, tu m’expliques pourquoi tu n’as pas fait péter la ville directement ? C’était pour torturer Bruce d’abord ? Il y avait plus simple. Et tiens, au passage, Bane, pourquoi tu as emmené plusieurs membres du conseil d’administration jusqu’au réacteur pour qu’ils l’activent – c’est d’ailleurs Miranda qui l’a fait – quelques scènes plus tôt sachant que Miranda suffisait ? C’était juste pour rigoler, comme ça ? Comme le coup de l’avion au début du film ? Et d’ailleurs, votre plan nécessitait que Miranda devienne patronne de Wayne Enterprises pour avoir accès au réacteur, mais pour ça, il fallait que Dagget fasse sa tentative de coup d’état en dégageant Bruce Wayne… et tout reposait donc sur le fait qu’il fallait que Dagget ait tout seul une idée stupide (oublier que tout se jouait sur une élection au conseil d’administration, la base du truc), fasse appel à Bane de lui-même pour ne pas qu’il sente que c’était moisi (et incroyable coïncidence, il l’a fait) et que Bruce Wayne décide  de confier sa boîte à une actionnaire inconnue plutôt qu’à un de ses hommes de confiance (ce que lui aussi a fait de manière parfaitement idiote). Donc en fait, tout reposait sur… une succession d’incohérences.

Je sais que je me répète, mais je me permets de le rappeler : ce film a été salué à plusieurs reprise pour sa cohérence. Par des gens dont le métier est de regarder ça. Hmmmm. C’est beau.

Bref, Miranda sort le détonateur de son sac à main (donc comme toutes les nanas, elle le cherche trois plombes entre deux brochures, une carte de fidélité et un miroir de poche "Ah oui, il est là, à côté des clés de la Mini, hihihi"), et fait donc leeeeeentement tourner son doigt autour du détonateur en disant "Il est temps d’en finir, Batman… je vais appuyer… maintenant… là… tout de suite… attention… je le fais… je rigole pas… regarde mon pouce" (à ce moment là, la salle a tendance à rigoler en voyant Marion Cotillard faire tourner son pouce autour du bouton pour faire durer inutilement le non-suspens, c’est dramatique) et vous avez donc en parallèle de cette scène le commissaire Gordon qui tente de coller le bloqueur de signal sur la bombe, et pour ce faire, attaque un convoi, mais ha, c’est pas l’bon, puis un autre, mais encore raté, puis un troisième, mais allez-y donc qu’évidemment il fait tomber le détonateur (quel gaffeur alors), qu’il repart le chercher, qu’il revient, qu’il escalade le camion en marche, et qu’évidemment, c’est après les 40 minutes d’hésitation de Miranda, à la seconde où elle se décide enfin à appuyer sur le détonateur, qu’enfin, il parvient à installer le système de blocage.

C’était votre séquence recyclée "Le passage où il arrive des tonnes de merde successives à un personnage pour que finalement, il ne parvienne à son objectif à la dernière seconde" mixée avec "Le passage où l’un des personnages fait traaaainer une action pour laisser le temps aux gentils de s’organiser et l’en empêcher au dernier moment". Je suis sûr que vous ne l’aviez pas reconnue tellement c’était subtil. Si ? Rho, vous êtes durs.

Vexée, Miranda décide donc de se ruer vers la sortie pour atteindre les batmobiles stationnées devant à mitrailler des policiers, et part à la poursuite du camion contenant la bombe que le commissaire Gordon a pourrie.  Camion qui roule encore d’ailleurs (et plus fort encore, Miranda ne prendra aucune précautions pour l’approcher, car elle a deviné – oui, elle aussi – que le commissaire Gordon avait juste bloqué la bombe mais n’avait pas pris le contrôle du véhicule avec ses hommes). Batman est lui laissé avec Bane, qui s’apprête à le tuer lentement (pourquoi faire autrement ?), mais finalement, un puissant tir d’arme à feu vient tuer le pauvre bougre au moment où il allait en finir avec le chevalier noir : Catwoman ! Elle est venue à la rescousse de Batman ! Hoooo bin çaaaa aloooooors (je fais bien la surprise, pas vrai ?).

Il faut d’ailleurs préciser qu’il y a eu une très brève scène lorsque Bruce est revenu à Gotham où il croisait Catwoumoune et lui disait "Tu sais, je t’en veux pas du tout de m’avoir trahi en échange de… en fait, juste pour faire chier alors que je t’offrais le "table rase" que je t’avais proposé.  Je t’en veux pas non plus d’avoir eu le dos brisé à cause de toi, ayant ainsi frôlé la bat-paraplégie. Et puis je ne t’en veux pas non plus de m’avoir ainsi empêché d’arrêter Bane, plongeant la ville dans le chaos et provoquant des milliers de morts; Allez, tiens, je te file la télécommande du "table rase" par pur plaisir, et en échange, tu m’aideras dans mon combat contre Bane, ok ? Tiens, je te file une de mes motos avec de gros canons dessus même pour te motiver."

Et après on s’étonne que des gens deviennent dingues devant ce film.

Mais revenons dans le présent : Bane tué, Batman peut regagner son véhicule volant, pendant que Catwoman part en moto, et que les deux poursuivent le convoi de Miranda ; rapidement, ils abattent toutes les batmobiles du convoi, et ne reste que le camion blindé transportant la bombe, piloté par Miranda elle-même ; Batman cartonne donc la route devant le véhicule, son plan étant de renvoyer le noyau instable jusqu’à l’installation originelle du réacteur, où Lucius Fox pense pouvoir désamorcer le bousin si on le reconnecte à temps.

Sauf que… sauf que Miranda a pensé à cette option, et a donc enclenché la procédure d’urgence permettant de noyer la salle contenant l’installation du réacteur, et supposée noyer le bidule si jamais il surchauffait ; Lucius s’en est donc tiré de peu, mais la situation est désormais un peu pourrie, puisqu’il n’y a guère plus de quoi stopper la bombe. Mais peu après avoir fait cela, le camion de Miranda quitte la route suite aux tirs de l’appareil de Batman, et elle meurt dans l’accident, maudissant le justicier masqué et Gotham dans ses dernières paroles, voire utilisant des termes comme "enculé" histoire de bien marquer son désarroi.

Après, je ne suis pas un super-héros. J'imagine que leur raisonnement m'échappe, un peu comme leur port du slip

Voilà : la "bat" cartonnant les batmobiles, on aurait commencé par ça, Miranda n’aurait jamais pu fuir, la bombe serait restée sous contrôle, et des centaines de policiers auraient été sauvés. Mais encore une fois : détail !

Le commissaire Gordon, qui lui était encore avec la bombe à l’arrière du camion depuis qu’il y avait fixé le dispositif qui va bien, se porte lui à merveille. Comme quoi, il résiste à tout ce garçon, accidents ou embuscades souterrains, et ce sans jamais se protéger ! Le vieux moustachu et Catwoman regardent donc Batman, qui explique savoir que faire de la bombe, alors qu’il ne lui reste plus – quelle surprise ! – que quelques instants avant de sauter. Il va l’accrocher sous son engin volant et partir avec elle loin de Gotham, dans la baie, pour que tout explose loin de la civilisation. Il mourra dans l’affaire mais… il faut bien casser des oeufs, tout ça, et pas seulement ceux des spectateurs qui soupirent en se frottant les yeux.

Avant de partir, Batman voit le commissaire Gordon lui demander sa vraie identité, pour savoir qui les habitants pourront remercier de leur sauvetage, et il lui répond simplement que Batman est dans le coeur de tout le monde, avec la force, la pureté et les licornes. Puis, après ce discours digne d’une blogueuse mode, il dit juste "L’héroïsme, c’est aussi savoir rassurer un enfant qui a perdu ses parents", faisant référence au jour où le commissaire Gordon l’a recueilli, enfant, dans son commissariat après la mort de papa et maman Wayne. Gordon comprend donc enfin qui est Batman, mais bien trop tard.

"Une blogueuse mode. Je ne l’aurais jamais cru."

L’appareil du justicier masqué s’éloigne donc vers la baie, la bombe fixée sous son engin (avec toujours son petit compte à rebours super précis, comme quoi pour un noyau instable, il est pas mal prévisible quand même), et plutôt que de la larguer dans l’eau (après tout, ils avaient dit "En cas d’instabilité du réacteur, on noie la salle et ça règle tout" chez Wayne Industries, alors pourquoi pas ?), il va se faire exploser avec loin, très loin, sous les yeux étonnés de tout le monde : enfants du coin, Catwoman, commissaire Gordon, agent Blake, militaires gardant les rives du fleuve, policiers au centre ville ayant fini par maîtriser l’armée de Bane uniquement avec des matraques – comme quoi, matraque contre fusil d’assaut, on voit qui gagne – et… fondu au noir.

Nous retrouvons donc le commissaire Gordon, l’agent Blake et Alfred le gentil majordome, bouleversés devant la tombe de Bruce Wayne, reposant désormais aux côtés de ses parents à côté du manoir de leur famille, alors que de l’autre côté de Gotham, Wayne Enterprises s’occupe de l’héritage du défunt. Je serais curieux de savoir comment ils ont appris que Bruce Wayne était mort, puisqu’à moins de révéler que c’était Batman, ça a dû être compliqué. A noter aussi que la ville décerne justement une statue à Batman, sauveur de la cité dont elle n’a jamais connu l’identité (Bane avait affronté Batman et révélé son identité devant ses hommes : il n’y en a pas un qui s’est dit "Tiens, si je balançais tout histoire de me faire du fric ?" – là encore : non, c’était une armée de neurasténiques).

L’agent Blake lui, guidé par quelques derniers messages laissés dans l’héritage du défunt, finit par trouver une curieuse cascade près du manoir Wayne… et s’y rend, découvrant ainsi la Batcave. On apprend au passage que le prénom de l’idéaliste agent Blake, qui a démissionné de la police pour s’affranchir des règles et suivre les pas de son héros est… Robin. Le commissaire de Gordon découvre d’ailleurs un soir que, sur le toit du commissariat, un nouveau projecteur a été installé à la place de l’ancien, rouillé : un peu de renouveau ne fait pas de mal, et c’est un nouveau Batman qui est prêt à répondre à l’appel. Quant à Lucius Fox, il fait lui une découverte plus étrange ; Bruce Wayne avait fait installer sur les prototypes de "bat" un… pilote automatique. Et si…

Et en effet : quelque part à Florence, Alfred le gentil majordome s’assoit à un café et sirote tranquillement une boisson, quand il aperçoit devant lui un couple : Bruce Wayne et Catwoumoune, incognito. Il se contente donc de les saluer d’un mouvement de tête, de sourire, puis de se lever et de partir, heureux.

Et… FIN

Ho ?

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A cet instant précis, moi aussi, je me suis levé et je suis parti.

Mais ensuite, j’ai passé la nuit à stranguler des chiots : il fallait que je passe toute cette haine sur quelque chose.

Merci, Batman.

 

"Lieutenant Ripley, venez vite !"

Au son des appels impatients de l’ingénieur dans les micros de sa combinaison, l’officier se précipite en direction du signal de son compagnon, situé quelques mètres en contrebas dans la vallée rocailleuse où son équipage mène actuellement des explorations. Dans ce paysage désertique violemment balayé par des vents au relief fait d’immenses roches aux arêtes coupantes, la troupe du Nostromo déambule détecteur en main à la recherche de l’origine du mystérieux message les ayant menés jusqu’ici.

Dévalant la pente à toute allure pour se ruer vers son collègue, le lieutenant Ripley finit par tomber, au détour d’un pan de roche, sur ledit Parker, immobile, ouvrant de grands yeux ronds en direction d’un cratère à demi-dissimulé par d’immenses rochers au point d’en être invisible de là où le lieutenant se tenait précédemment. Alors que les autres membres du Nostromo accourent autour de l’ingénieur, celui-ci pointe un doigt vers la structure métallique occupant le centre du cratère, murmurant doucement ce qu’il vient de lire sur la coque sévèrement endommagée de ce qui s’avère être un vaisseau spatial.

"L’USCSS Odieux Connard…
- C’est impossible ! Ce vaisseau est porté disparu depuis des dizaines d’années, vous pensez que c’est son signal de détresse que nous aurions capté ? Allons voir."
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Descendant en direction de l’épave de l’appareil, les membres du Nostromo sentent les gagner à la fois excitation et inquiétude, à l’approche de ce tombeau spatial. Finalement, en arrivant à quelques mètres du vaisseau, un cri résonne dans les radios de l’équipage.

"Là, regardez, tout le long de la coque, sur le flanc droit ! Des impacts ! Qu’est-ce qui a bien pu causer des dégâts pareils ? 
- On dirait… – s’étonne Ripley en s’approchant et posant deux doigts sur l’un des endroits endommagés de l’appareil avant de les frotter l’un contre l’autre – Oui… on dirait… de la merde.
- Pardon ?
- Ce sont des traces de tir de canon à incohérence, ou peut-être de torpilles à antimatière grise… nous devons entrer. Le message provient de l’intérieur de cette épave !"

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Posant son gant contre un panneau sur le bord de l’appareil, Ripley provoque l’ouverture d’un sas menant aux obscures entrailles de l’épave ; bientôt, elle et ses compagnons s’engagent dans le corridor, balayant de leurs lampes de poche les plafonds d’où pendent câbles dénudés et tubes divers, alors qu’autour d’eux, partout se dévoilent des cabines désertes où trônent encore les restes de la vie qui avait parcouru ces couloirs : vêtements, bottes, objets du quotidien…

"Mais où sont les corps bon sang ?" – murmure Parker , s’abritant derrière Ripley, jusqu’à ce qu’enfin, cette dernière réponde.

"Là."

Pointant sa lampe vers l’issue du couloir où parait une salle plus large emplie d’écrans de commandes alignés autour d’un siège au cuir abîmé, Ripley fait apparaître dans le faisceau lumineux des dizaines de squelettes entassés les uns sur les autres, provoquant un gémissement d’effroi généralisé dans les micros des combinaisons de l’équipage du Nostromo.

"Quelque chose les a tués et… les a regroupés ici !" marmonne Parker en tremblotant.

Finalement, rentrant dans la salle, Ripley s’approche doucement du siège au centre de celle-ci, et tendant une main tremblante vers le dossier de celui-ci, le fait pivoter d’un coup sec, révélant son contenu : un squelette en costume à cravate rouge, un cigare à demi-consumé encore coincé entre ses phalanges, et un verre d’alcool brun posé sur un accoudoir sous son autre main. Si elle n’avait pas su que cela était impossible, Ripley aurait juré que le tas d’os souriait. Tout le monde sursauta lorsqu’un squelette, visiblement accroupi contre le fauteuil en question là où autrefois l’homme en cravate rouge lui faisait face, s’écrasa au sol suite à cette rotation du siège. Dans un coin de la salle, un écran clignota.

"…. krsshh… USCSS Odieux Connard…krssh… gravement endommagé…. fuyez…fuyez…
- Regardez Ripley ! Le type sur l’écran, il a la même cravate, ce devait être le capitaine ! 
- krsssh… ce film… krsshhh…. est une merde.
- Moi je ne comprends pas pourquoi il fait krsshhh avec la bouche, il est con ?
- Votre gueule Parker, j’essaie d’écouter.
- … Prométhéus… grosse daube… vaisseau a subi trop de dommages… visionnage trop douloureux…
- Hein ?
- krsshhh… Ridley Scott a déclaré… "vouloir faire mieux qu’Avatar"… bon sang, Avatar… krsshhh… considérer ce film comme un gage de qualité… krsshh… aurait dû se méfier… trop tard…
- Regardez la lueur dans ses yeux, ce qu’il a vu a dû être affreux !
- krshhh… fuyez… krshhh… et si vous doutez… krsshhh… spoilons mes bons !"

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Prêts pour la preuve que lorsque l’on est un réalisateur qui trouve qu’il serait super génial d’adapter le Monopoly en film, il serait peut-être temps d’arrêter ? Alors en route !

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L’affiche : contrairement à ce qu’elle laisse supposer, ce film n’est pas vraiment pour les grosses têtes.

Notre histoire commence quelque part sur une planète que nous appellerons la Terre, à une époque où tout est encore fier et sauvage : les vallées sont faites de roche nue où rien ne pousse sous le soleil, l’eau s’écoule en immenses et sauvages cascades, et en-dehors du grondement des flots, aucun cri, aucune parole, aucune chanson paillarde ou aucun son provenant d’une quelconque vie ne se fait entendre.

Du moins, c’est le cas jusqu’à ce qu’une immense soucoupe volante (il n’y a pas d’autre nom pour qualifier ce truc au design follement original) se décide à survoler l’endroit pétant un peu l’ambiance, et déposant sur place une silhouette encapuchonnée avant de repartir promptement, parce qu’après 17h, c’est super difficile de circuler sur le spatio-périph’, alors on se dépêche les enfants. Cela dit, pour l’énergumène resté sur place, les choses sont moins rigolotes : quittant sa pèlerine en tissu pourri (visiblement, son espèce fait des vaisseaux spatiaux aux formes plus ou moins ridicules, mais tricote toujours ses vêtements à la main à partir de matériaux grossiers), il nous révèle son apparence : celle d’un humanoïde massif, très costaud, la peau d’un blanc parfait, au crâne glabre et aux traits larges et nobles. Sitôt que ses copains sont partis, il profite de la solitude pour se mettre en slip (ah bravo, ça fait 5 minutes que tes potes sont hors de vue et c’est déjà la fête), puis saisissant un petit récipient à côté de lui, il en avale le contenu et commence à se sentir fort mal.

Oui, moi aussi j’ai pensé au départ qu’il se suicidait parce qu’il n’y avait rien à faire sur cette planète – même en slip, c’est dire – mais en réalité, c’est plus sérieux que ça.

Ce qu’il a absorbé est en train de le désintégrer purement et simplement, et il souffre le martyre en se roulant par terre, finissant dans la cascade voisine. Pourquoi ? Et bien parce qu’on constate que le but de l’opération est de disperser ses cellules et son ADN pour ensemencer cette planète et y créer la vie ! Bon, il aurait aussi pu y déposer des cellules d’une manière un peu moins débile que le suicide rituel, mais c’était un peu trop malin. Mais niveau trucs malins, ne vous attendez pas à grand chose.

Faisons un bond dans le temps, voulez-vous ?

Hop ! Nous sommes en 2089, et tout ce qui vit sur Terre n’a pas conscience d’être la descendance directe d’un alien humanoïde au teint de porcelaine (à part les gothiques, bien sûr). Quelque part sur une île d’Ecosse, des archéologues sont en plein travail de fouille d’une grotte préhistorique, avec à leur tête le docteur Elisabeth Shaw ainsi que son plus ou moins copain, Holloway, qui n’a pas eu le droit à un prénom comme la plupart des personnages du film car cela demandait un travail d’écriture trop important. Mais alors qu’ils sont occupés à farfouiller ici ou là, soudain, ils font une découverte bouleversante : une peinture rupestre peu banale ! Car, en effet, plutôt que d’écrire "Prout" ou "Gromulk a un tout petit silex", un petit sagouin des temps anciens a préféré dessiner un humanoïde indiquant cinq boules au-dessus de sa tête. Et visiblement, la chose parle à nos héros, puisqu’ils semblent bouleversés. Hmmmm…

Vite, sautons encore dans le temps pour mieux comprendre !

Re-hop ! Et nous retrouvons 3 ans plus tard un vaisseau scientifique en pleine promenade dans l’espace : le Prométheus, engin ultramoderne emmenant 17 personnes, même si au final nous n’en connaîtrons pas la moitié. A bord, tout le monde est tranquillement en train de pioncer dans son caisson cryogénique, à l’exception d’un androïde d’apparence parfaitement humaine, David. Celui-ci s’occupe depuis les deux années que dure le voyage en regardant The Voice Lawrence d’Arabie, jouant au basket tout en faisant du vélo pour montrer qu’il est super fort, ou étudiant toutes les langues anciennes de la Terre histoire de pouvoir briller en société en sortant des insultes en araméen. Accessoirement, il profite aussi du sommeil de ses compagnons d’infortune, non pas pour les tripoter, mais observer leurs rêves via un casque relié aux modules cryogéniques (ne me demandez pas l’intérêt, c’est comme ça). Il peut ainsi constater que le Docteur Shaw a des songes dans lesquels elle se souvient de son papa qui lui disait "Niveau religion, tu crois ce que tu veux, j’m'en tape cordialement". David, contrairement au spectateur lambda, semble trouver cela fascinant, mais finit par quitter le casque malgré tout, loupant le rêve suivant où le Docteur Shaw fait découvrir l’amour à un troupeau de ruminants. Tout va bien, du moins, jusqu’à ce que soudain, une terrible secousse ne remue tout l’endroit !

Un choc ? Un astéroïde ayant frôlé l’engin ? Une rave party dans la salle du réacteur ? Non !

"Nous arrivons à proximité de notre destination" annonce l’ordinateur de bord.

Ah bon ? Quand on arrive à destination, tout se met à trembler ? Ça ne suffisait pas la voix de l’ordinateur de bord ? Bon, ne cherchons pas, on aura qu’à dire qu’avant de partir, un farceur a collé un téléphone portable de 6 mètres sur 20 en mode vibreur sous la coque. Si vous avez une meilleure explication, je suis preneur, parce que sincèrement, je pense qu’il n’y en a pas. Mais bon, on fera sans.

Pour fêter l’arrivée, David est invité à procéder au réveil des passagers, et la toute première tirée du sommeil est une certaine Meredith Vickers, chef du bord, qui pour fêter sa sortie de son long sommeil commence par… faire des pompes. Oh. Okay. D’ailleurs, si on assiste à cette scène, c’est uniquement parce que David peut observer la blonde jeune femme ainsi se faire suer au travers d’une porte entrouverte. Et sachant que les portes du vaisseau sont en fait des sas qui font "Fouisch !", il va falloir m’expliquer à quoi servent des sas qui restent entrouverts tout seuls, à part pour ce genre de scène n’ayant strictement aucun sens. En tout cas, peu à peu, les passagers sortent de leur sommeil, et commencent donc par aller se restaurer histoire de reprendre des forces (à part Meredith, donc, puisqu’elle peut commencer par faire des pompes après 2 ans sans manger), et on note d’ailleurs que c’est le grand luxe à bord : plateaux qui tournent, rations à volonté et surtout, d’énormes quantités d’alcool qui permettent à Holloway de passer son temps à être complètement cuit (c’est vrai : avoir des gars bourrés pour des missions super sensibles, c’est bien : s’ils sont pris par l’ennemi, ils prennent feu automatiquement grâce à l’alcool qui les imbibe avant de parler). Sans compter le fait qu’il est autorisé de fumer à bord pour avoir l’air cool, comme le fait par exemple Janek, le pilote (malgré les panneaux "Caution : explosive !" disposés un peu partout par l’équipe ayant réalisé les décors pour faire vaisseau sérieux).

Holloway d’ailleurs, entre deux rots alcoolisés, tente de faire connaissance avec certains membres du bord en se présentant à eux, comme par exemple, Bubu le biologiste et Gégé le géologue. Ce dernier envoie d’ailleurs paître le pauvre archéologue, lui expliquant qu’il n’est pas ici pour se faire des amis, mais plutôt des testicules en or (le slip en diamant reste l’apanage des gens sérieux). Ah. Soit, dit Holloway, retournant picoler dans un autre coin du vaisseau, sans remarquer que tiens, comment ça se fait que je fasse connaissance avec des gens à bord, alors que bon, on est supposés être montés dans le vaisseau ensemble, voire s’être préparés au voyage en groupe avant ? Rassurez-vous, niveau nombre d’incohérences à la minute, on a pas fini : la preuve, la suite.

Voici Gégé le géologue. Notez qu’il est roux, et donc foutu d’avance.

Donc, tout l’équipage est convoqué en salle de briefing afin de commencer à se remettre au boulot après deux ans à pioncer, et à défaut de powerpoint avec des gifs animés dans tous les coins comme il se doit avec ce genre de support navrant, c’est un enregistrement holographique qui est diffusé à la troupe. On voit alors apparaître, au milieu d’un luxueux bureau, la silhouette d’un homme particulièrement âgé, qui se lance dans un fameux soliloque.

"Bonjour les amis, je suis Charles Weyland, le type qui a financé votre mission. Comme vous le remarquez, je suis très très vieux, genre plus de 100 ans, mais le réalisateur a malgré tout choisi de me faire jouer par un acteur particulièrement jeune et complètement surmaquillé, histoire que ce film coûte plus cher et sonne encore plus faux : avec un tel sens de la logique, ce mec aurait pris Jeanne Moreau pour jouer Hermione dans Harry Potter, mais passons. Je tenais simplement à vous dire que cette vidéo ne servait à rien, puisqu’en fait, je compte laisser la parole aux deux archéologues du bord et chefs de mission, les docteurs Holloway et Shaw. Ah, si pardon, j’allais oublier : à l’heure qu’il est je dois être mort, hohoho, et je tenais à dire sans raison aucune que l’androïde avec vous, David, est pour moi mon SEUL ENFANT *clin d’oeil* et je ne dis pas ça au cas où j’en aurais un AUTRE A BORD *clin d’oeil* bon allez, coupez moi cet enregistrement, tout cela est beaucoup trop ridicule. Je ne suis même pas sûr de savoir ce que je fous dans ce film."

Sitôt l’hologramme coupé, Holloway et Shaw se lèvent pour prendre la parole à leur tour car on apprend que l’équipage n’est même pas au courant de la mission qu’il doit accomplir. Pardon ? Mais alors ils ont été recrutés comment ? "Salut, on va vous envoyer dans l’espace, et après deux ans de sommeil loin des vôtres, promis, on vous dit pourquoi" ? C’est bien, comme concept. On sent le truc réfléchi Mais revenons-en au briefing, donc, qui aurait eu plus de sens AVANT de monter dans la navette qu’à 10mn d’en descendre, et n’aurait rien changé à part virer une incohérence, mais pour ce que j’en dis, passons.

"Bon heu… bonjour, on va vous expliquer le topo : nous sommes archéologues, et nous avons trouvé dans différents endroits du monde, chez différentes civilisations d’époques différentes n’ayant jamais été en contact les unes avec les autres, des bas-reliefs, peintures et autres montrant toujours la même chose : un humanoïde désignant 5 planètes toujours alignées de la même manière. Or, il n’existe qu’un endroit dans l’univers connu – et qui plus est, découvert que récemment ! – ayant cet alignement : un ensemble de planètes avec un joli soleil… et l’une d’entre elles, Trouloulou-42 ayant de fortes chances d’accueillir la vie ! Donc on suppose que ces oeuvres sont des invitations à venir rencontrer ceux que nous avons appelé les "ingénieurs" et qui pourraient nous avoir créés… nous. Voilà, donc on va tenter de percer un secret peut-être aux origines de la vie sur Terre ! Et tout ça financé par le gentil M. Weyland, c’est cool non ?"

Vous avez bien suivi ? Donc, des civilisations humaines différentes ont réussi à reproduire un schéma planétaire n’appartenant qu’à un seul endroit dans tout l’univers connu alors qu’elles même ne le connaissaient pas, on en déduit donc que c’est une invitation. Je pose plusieurs questions, comme ça, au hasard :

  • Comment les civilisations en question ont-elles pu faire une reproduction si précise pour qu’on ne la confonde par avec un autre système ? Les aliens venaient régulièrement leur rendre visite pour faire des bas-reliefs "imitation d’époque" (pour ne pas jurer avec la déco) avec leurs outils futuristes ? Ah les aliens, on les connait : on les laisse 5 minutes et on les retrouve sur le Champ de Mars à vendre des contrefaçons à la sauvette !
  • Vous n’avez pas pensé que, puisque vous n’avez pas découvert tout l’univers, si ça se trouve, ce schéma renvoie justement à un autre système inconnu à l’heure actuelle ?
  • Du coup, pourquoi ne pas avoir envoyé un satellite en reconnaissance, déjà, avant d’aller dans l’espace ?
  • Mieux encore, puisque vous avez des androïdes, pourquoi ne pas avoir envoyé que ça ? Ca coûte moins cher en oxygène, en nourriture et boisson, ça bosse au lieu de dormir deux ans et ça ne demande pas de salaire. Un peu comme les stagiaires ou les sans-papiers au sous-sol de mes bureaux.
  • Pourquoi ce film passe son temps à se vautrer alors qu’on en est qu’au début ?

Heureusement, dans la salle, quelqu’un tente bien une question : c’est Bubu le biologiste !

"S’cusez moi… vous voudriez dire que vous ignorez 3 siècles de Darwinisme ? Qu’on aurait été créés par de mystérieux aliens ? L’évolution, tout ça… non ?"

Et là, attention, réponse de Shaw, notre héroïne qui sait tout et argumente avec brio :

"Oui. Parce que c’est ce que j’ai choisi de croire."

Croyez-le ou pas : ça cloue le bec à notre biologiste. Faut dire que c’est tellement bien argumenté, c’est beau. Moi je crois qu’il faut gifler Ridley Scott, c’est ce que j’ai choisi de croire. J’ai bon ?

Cela étant dit, tout le monde se disperse, et Vickers fait signe à Holloway et Shaw pour qu’ils la suivent jusqu’à sa cabine : elle aimerait leur parler en privé. Après avoir accepté et suivi la chef de bord, les deux archéologues pénètrent dans le quartier privé de la damoiselle, qui s’avère être diablement luxueux. David, qui a accompagné les humains jusque là, se lance alors dans un exposé pas du tout sorti de nulle part "Oui, c’est très luxueux. D’ailleurs vous ai-je dit, alors que je n’ai pas de raison de le faire, que ce quartier du vaisseau était entièrement autonome et détachable ? Il produit son propre oxygène, sa propre nourriture… bref, c’est un canot de sauvetage".  Je sais pas vous, mais moi, quand le commandant du navire vit dans le canot de sauvetage, j’ai moyennement confiance. Il y a même sur place, à la grande surprise de Shaw, un Medifuck-3000; une sorte de sarcophage de verre automatisé capable de faire n’importe quelle opération chirurgicale (on peut faire des super blagues avec, comme bourrer la gueule d’un copain et le coller dedans pour lui greffer des prothèses mammaires, on se marre trop avec Medifuck-3000) ou autre à disposition dans l’une des pièces des quartiers de Vickers. La classe.

Fort heureusement, vous noterez que seules les donzelles pas trop mal foutues se sont vu affecter un uniforme moulant. Subtil non ?

En tout cas, la jeune femme les prend à part et leur explique ce qu’elle voulait leur dire :

"Vos ingénieurs, là, ils sont sympas et tout, mais je vous préviens, interdiction de rentrer en contact avec eux. Je sais que toute cette expédition a été montée uniquement dans ce but, mais ne me demandez pas pourquoi, je suis contre sans raison, ça faisait bien trente secondes qu’on avait pas tenu un dialogue juste pour tirer une balle dans le pied de l’intrigue alors voilà, c’est fait, reprenons."

Pardon ? Que vient-il de se passer ? Je… ok. Toujours est-il que nonobstant ces discussions sans intérêt, le Prométhéus poursuit lui sa course, et s’engage désormais dans l’atmosphère de Trouloulou-42, piloté avec Brio par Janek, alors que bientôt se dévoile le paysage local : des roches, encore et encore, de la terre stérile, et du minerai en abondance. Tout parait désert – nenni de vie sur cette planète, tout cela serait un échec ? – jusqu’à ce que soudain, la troupe repère des lignes droites dans le sol : des créations artificielles ! Ces lignes mènent jusqu’à un dôme rocheux, et l’équipage décide qu’il serait bon de se poser à quelques centaines de mètres dudit dôme, afin de lancer une expédition sur cette première découverte. En quelques minutes, l’imposant vaisseau scientifique a tôt fait de se poser à l’endroit voulu, et ce avec grâce s’il-vous-plait ; voilà, l’humanité vient peut-être d’atterrir sur la planète de ses créateurs. Tatatsoin, fait l’orchestre qui accompagne toujours ce genre de moments, car nul équipage sérieux ne saurait se déplacer sans son orchestre philarmonique.

Aussitôt, chez les scientifiques, c’est la grosse excitation : tout le monde veut aller visiter le fameux dôme, et saute dans sa combinaison magique pour se préparer à une sortie ; Janek râle, précisant que la nuit tombera dans 6 heures, et qu’il serait plus sage d’attendre le lendemain matin, mais sentant bien que s’il ne les laisse pas sortir, ils vont être tout excités et pisser un peu partout dans le vaisseau, il laisse partir une petite troupe de galopins vers l’objectif, en leur demandant de faire vite (un scientifique lance évidemment à un soldat les accompagnant "Ah non, pas d’armes !" car comme chacun sait, cette phrase vue et revue est incroyablement à sa place lorsqu’il s’agit de rentrer en contact avec une civilisation inconnue – d’ailleurs, l’arme la plus répandue à bord est le lance-flammes, ce qui est à la fois peu pratique et un peu con. Et les gars aiment bien tirer avec toutes les 5 secondes sans raison en l’air, juste pour faire de la lumière. Okay, ce n’est donc pas un orchestre philarmonique qu’ils ont emmené, c’est l’équipe pyrotechnique de Rammstein). Ni une, ni deux, tout le monde saute dans un gros véhicule blindé ainsi que deux buggys (pourquoi tout le monde ne monte t-il pas dans le blindé ? Mystère), et file quelques centaines de mètres plus loin vers la curieuse structure rocheuse. Avant même d’être arrivés au pied de celle-ci, les détecteurs s’affolent : le bidule est creux – comme le scénario. Intéressant !

Lorsqu’enfin, tout le monde est au bas du dôme, la petite équipe descend des véhicules, le reste de l’équipage suivant l’épopée depuis le vaisseau grâce aux caméras et micros des combinaisons de chacun. Très vite, les choses se mettent à bien avancer, puisqu’après avoir trouvé une entrée vers une galerie s’enfonçant dans l’endroit Gégé le géologue sort de sa poche des drones utilisant des lasers pour filer dans toutes les directions et faire un plan extrêmement précis de l’endroit (heureusement que personne n’a emmené de chat, autant de lasers sur les murs, l’animal péterait une crise de frénésie). Pratique ! A bord du Prométhéus, on voit donc doucement se dessiner sur un hologramme le schéma des galeries, ce que l’on surveille avec attention.

Première découverte : pour de mystérieuses raisons, l’air est respirable dans cet endroit, pourtant ouvert sur l’extérieur sans aucune séparation. On ne saura jamais pourquoi, on supposera que c’est magique, schazam ; nos scientifiques, en bon professionnels, décident donc de tous retirer leurs casques, afin de s’assurer d’avoir le moins de protection possible et de s’exposer à tout ce qui doit traîner comme saloperie sur cette planète et que leur organisme ne saurait combattre (le rhume de Trouloulou 42 est légendaire). Accessoirement, l’un des dialoguistes a jugé opportun d’ajouter gratuitement dans le propos d’un personnage qu’il faisait – 27 degrés dans l’endroit, mais visiblement, même sans casque, personne ne fait remarquer qu’il fait un peu froid et qu’il vaudrait mieux rester couvert, mais allez, poursuivons : la fin de cette daube est encore loin.

L’équipe s’enfonce donc un moment dans une galerie jusqu’à ce que David fasse une découverte qu’il ne partage pas avec le groupe : il tombe sur un petit panneau dans le mur, qu’il parvient à déchiffrer grâce à sa logique issue de l’étude des langues anciennes : c’est un système d’enregistrement holographique. Mais plutôt que de prévenir qui que ce soit, il appuie directement dessus, provoquant un immense flash lumineux dans les couloirs : ceux-ci s’animent alors des fantômes holographiques de la dernière activité connue de l’endroit, à savoir, non pas une soirée mousse, mais d’immenses humanoïdes en armure fuyant visiblement quelque chose. Autant le dire : il y a quelques combinaisons qui se font souiller dans des bruits liquides à cette vue quelque peu surprenante chez nos héros ; Shaw, elle, part à la poursuite du groupe des fuyards holographiques, assistant à la fin de l’enregistrement lorsque le groupe de créatures passe une porte qui se referme derrière eux, abandonnant l’un des leurs à la traîne, s’effondrant au pied de l’endroit lorsque l’ouverture se clôt devant lui.

David vient de repérer un bouton sur lequel il n’avait pas encore eu l’occasion d’appuyer au hasard ; vite, hardi petit !

L’hologramme s’arrête… et les scientifiques se retrouvent donc nez-à-nez avec le cadavre du traînard, toujours allongé devant la porte qu’il n’avait pu passer. Décapité, les premières études indiquant qu’il est mort depuis près… de 2 000 ans. L’enthousiasme est général suite à cette découverte d’un être d’un autre monde, à part pour Gégé et Bubu, qui ont un peu flippé, et ont sérieusement besoin d’aller changer leurs combinaisons : avec l’autorisation de Shaw, ils décident de retourner au Prométhéus (sachez que dans ce film, on ne sait jamais vraiment qui commande : des fois, tout le monde se tourne vers Vickers, parfois Janek, parfois Shaw… visiblement, c’est un équipage à présidence tournante, une sorte de Space-Bruxelles).

Holloway lui a repéré des signes au-dessus de la porte, et demande à David de les traduire. Pour la deuxième fois, David, plutôt que d’obéir, décide d’ouvrir la porte sans aucune sécurité et sans déchiffrer ce qui est inscrit parce que, hein, bon, vous savez, c’est très secondaire tout ça, et puis si ça se trouve, il est inscrit "Celui qui lit ça est un con". Bref, à la surprise générale, la porte devant nos héros se soulève donc dans un bruit sourd, dévoilant… une étrange salle. Celle-ci a au plafond une voûte présentant une fresque qui s’efface lorsque nos héros y entrent ("Ah bin merde, on aurait peut-être pas du respirer à proximité, garder les casques aurait été intelligent, quel dommage qu’on soit cons ! Mais ne les remettons pas pour autant : il y a peut-être d’autres fresques à bousiller en bons archéologues que l’on est."), mais surtout, présente une immense sculpture de visage humain, au crâne chauve et aux traits nobles ! Curieux. Celle-ci est entourée de dizaines et dizaines d’amphores, que David commence  à étudier, sans là encore faire partager sa découverte : les amphores semblent "suer". Dans le doute, il en embarque une, ce que personne ne voit, puisque bon, ça ne fait jamais qu’un mètre de haut, ça ne doit pas se remarquer.

Et en effet.

Le reste de l’équipe se concentre de son côté sur une découverte toute différente : la tête du cadavre trouvé devant la porte est encore là (la porte a décapité le Monsieur sans abîmer la tête et en faisant une coupure nette : ça devait être une porte Black & Decker) ! Elle n’a rien d’humain, puisque de forme allongée avec un vieux morceau de trompe à l’avant, et la troupe décide de l’emmener pour étude, particulièrement lorsque Janek annonce sur les micros qu’une tempête de silice approche, avec foudre & co, et des vents à 200 kilomètres heures. Tout le monde ressort donc en courant, récupère les véhicules, et Shaw, plutôt que de mettre sa tête d’alien dans le blindé, la transporte sur un buggy, ce qui fait qu’elle se vautre au sol au moment de rentrer dans le Prométhéus : malin ! Elle part à sa poursuite, malgré la tempête qui les a rattrapés (car elle était évidemment juste derrière eux pour plus de spectacle), voit son casque fouetté par des copeaux de minéraux divers, et ne doit son salut qu’à l’intervention d’Holloway puis de David, partis la récupérer dehors. Tout le monde après ces aventures peut donc remonter en paix à bord pour étudier les découvertes du jour.

Tout d’abord, la tête d’alien, donc ! La bougresse est emmenée en salle d’étude, et rapidement, il apparaît que ce n’est pas une tête, mais un casque ! Et sitôt ouvert, on voit paraître à l’intérieur un visage bien humain mais surdimensionné au teint blanc et aux traits larges, comme au début du film (ou sur la tête sculptée qui ornait la salle où ils l’ont trouvée, donc), en parfait état (2 000 ans sans se décomposer ou même avoir l’air un peu moins en forme, bravo). Shaw a alors une superbe idée : "Hey ! On a notre bidule qui permet au système nerveux de croire qu’il est encore vivant : on va ressusciter sa tête, pour voir !" et effectivement, elle plaque contre l’une de ses oreilles une sorte de baladeur qui diffuse en boucle des phrases prononçant "Hey ! Ostie, t’es mort ? Hey ! T’es mort ? Dis ?" avec un accent québécois, le tout en boucle, ce qui rendrait fou même un mort. La tête a donc tôt fait d’ouvrir les yeux et de grimacer parce que merde, c’est insupportable, mais se contente de commencer à enfler (un peu comme quand un individu normal écoute du Céline Dion), l’obligeant à être mise en isolation avant de faire sproutch. Bon… bin on va en rester à l’analyse de son ADN alors, parce que pour le coup, maintenant, l’"ingénieur" ressemble plus à un flan aux fruits qu’à une tête.

David de son côté, est allé s’enfermer dans un coin du vaisseau que personne n’a remarqué (pourtant, c’est pas grand !) : une chambre à part où il s’entretient avec un caisson cryogénique qui lui donne des ordres et qu’il appelle "Monsieur" (parce qu’il y a quelqu’un dedans, pas parce qu’il a envie d’appeler ainsi un caisson ; même s’il appelle parfois la bouilloire "coquine", mais les androïdes ont de curieuses pratiques sexuelles). Saurez-vous deviner qui est ce mystérieux passager clandestin ? Toujours est-il que Vickers semble aussi au courant de sa présence à bord, et que la personne dans le caisson semble donner les ordres (Holala, je me demande bien qui c’est sachant qu’on ne nous a parlé que d’un seul autre personnage qui ne soit pas officiellement lié à l’équipage et qui fait partie des seuls à avoir un nom et prénom !), particulièrement le fait qu’il faut "poursuivre les efforts dans les recherches". Hmmm, ce doit être Monsieur de La Palisse là-dedans, en fait.

L’androïde retourne donc à sa cabine, où il a ramené sa grosse amphore sans que personne ne lui pose la moindre question, ou même ne remarque la chose ; après l’avoir laissée au frigo pour la boire fraîche, il se décide à l’ouvrir pour voir ce qu’elle contient : des tubes en verre abritant une curieuse substance noire, la même que l’on a vu notre ami tout blanc absorber au début du film pour se décomposer et créer la vie. David en prend donc une, l’ouvre sans précaution parce que c’est pour les nuls, et sort une goutte de cet étrange liquide  noir pour la poser sur son doigt, où elle semble prendre la forme d’un granulé. Cela fait, il va trouver Holloway, encore occupé à se bourrer la gueule (là encore, sans que personne ne dise rien), et lui colle le tout dans son verre, qu’il boit sans s’en rendre compte, parce que hihihi, tiens, si je collais un truc sans même l’étudier dans un verre des humains du bord ? Ce qui prouve bien qu’il faut toujours surveiller son verre sur ce blog, diable, ce film a au moins ce mérite, même si à un moment, j’avais très envie de me droguer pour passer cette épreuve cinématographique. A noter qu’Holloway, comme tout l’équipage, traite David comme de la merde au motif que c’est un androïde, et que Weyland a bien dit qu’il le considérait comme un fils. Insulter gratuitement le fils de son patron pour un oui ou un non : une excellente idée, là encore, tellement logique. Ce film enchaîne les non-sens.

Au passage, sachez ceci : lorsque nos héros sont retournés au Prométhéus, on leur a demandé où étaient ces deux pétochards de Gégé et Bubu, et les scientifiques se sont donc étonnés qu’ils ne soient pas rentrés sachant qu’ils étaient partis avant. La réponse a été bien vite trouvée grâce aux systèmes de communication : ces deux andouilles se sont perdues dans le dôme en cherchant la sortie. Oui, vous avez bien lu : Gégé, responsable des drones de reconnaissance – et donc de guidage – et Bubu n’ont pas réussi à trouver la sortie en marchant et malgré tous leurs outils, sachant qu’ils étaient en plus en communication constante avec le Prométhéus ayant un plan des galeries et leur position en permanence, quand dans le même temps, le reste de l’équipe qui est sorti en courant et paniqué parce qu’une tempête arrivait droit sur eux a trouvé du premier coup sans rien demander à personne. C’est tellement cohérent.

"Mais comment ces deux cons ont-ils fait pour se perdre alors que tous les plans montrent qu’on est venu en ligne droite ?"

Il a donc été convenu que nos deux champions resteraient dans le dôme pour la nuit (ce qui les a enchantés), le temps que la tempête passe et que le jour se lève. Nos deux loulous ont donc décidé, plutôt que de ne pas bouger (et sachant qu’ils avaient eu la pétoche), de se balader dans tous les sens dans les galeries alentours en chantonnant. C’est logique. Ils finissent d’ailleurs par arriver devant une nouvelle porte, où quantité d’autres corps d’extraterrestres comme celui trouvé plus tôt attendent : ils se sont entassés devant l’entrée comme s’ils fuyaient quelque chose (l’élection de François Hollande, probablement, cette porte doit mener vers la Suisse), et certains d’entre eux ont des trous dans le crâne, le bide, bref, rien de joyeux.

Janek, qui suit tout ça sur les écrans en écoutant les communications des deux loulous, décide que cette découverte ne vaut ni la peine d’informer les archéologues de cette pêche miraculeuse, ni même le moindre commentaire ou la moindre réaction. D’ailleurs, il faudra m’expliquer, sachant qu’on avait clairement entendu que la tempête "allait provoquer des perturbations et couper les communications", pourquoi alors qu’elle dure encore, on capte parfaitement les aventures de nos deux larrons. Au passage, les senseurs repèrent une forme de vie immobile à l’extrémité d’une galerie, qui finit par disparaître au bout d’un moment. Cela fait encore plus péter de trouille le géologue et le biologiste bloqués sur place, mais curieusement, ils en déduisent qu’il leur faut encore plus courir dans les couloirs dans tous les sens à l’aveuglette les bras en l’air. Janek trouve d’ailleurs tout cela tellement anodin, le charnier extra-terrestre, la forme de vie inconnue, et ses deux gars isolés pour la nuit, qu’il décide de ne demander à personne de monter la garde et de plutôt aller baisouiller Vickers. Il aurait regardé Derrick qu’il n’aurait pas réagi autrement.

On est au-delà de la nullité là. Très au-delà.

Toujours est-il qu’à l’autre bout du vaisseau, Holloway toujours cuit s’en va trouver la petite Shaw, pour lui dire qu’il lui montrerait bien la position du moulin étrusque, même si Shaw tente de casser l’ambiance en ramenant sur le tapis le fait qu’elle est malheureuse d’étudier l’origine de la vie quand elle est elle-même stérile, et annonce sa grande découverte à Holloway : l’ADN de l’alien… c’est le même que celui des humains !

D’accord. Le même. Et donc, pourquoi ne sont-ils pas humains alors ?

Et surtout, s’ils sont à l’origine de la vie sur Terre, il n’y a pas que des humains, alors quoi : le mérou, l’éléphant et le hamster descendant eux-aussi dudit alien, ils ont eux aussi le même ADN que l’humain ? Bon, écoutez : baisouillez et arrêter de dire des conneries, qu’on en termine plus vite avec ce film, merci. Ce que nos héros font, car se soumettant comme toute personne raisonnable à mon charisme qui lui ne l’est pas.

Mais revenons au dôme ! Car maintenant que tout le monde fait dodo à bord du Prométhéus, Bubu et Gégé peuvent donc déambuler en paix dans les galeries désertes, en allant dans les coins qui font trop peur, soit l’exact opposé de ce qu’ils déclaraient vouloir faire quelques instants plus tôt. Par exemple, et fort logiquement, en allant passer la nuit dans la salle où ils avaient refusé d’entrer, celle avec les amphores, la sculpture de tête géante, etc. Là encore, tout cela est très logique. Sauf que sur place, un curieux liquide noir suinte de toutes les amphores, qui ont visiblement réagi à l’entrée d’être vivants trop cons pour respirer dans leur casque plutôt que dans l’air ambiant, créant de véritables mares sur le sol, et dans l’une de ces flaques… du mouvement ! Ah !

Sauf que notre biologiste, jusqu’ici pétochard, a soudainement envie d’étudier la faune qui vit dans les mares de liquide noir dans des coins avec des extra-terrestres morts en tous sens, massacrés par on ne sait quoi (… oui, hein ?), et s’approche donc de l’endroit d’où provenait le mouvement pour noter qu’une sorte d’étrange serpent semble traîner dans le coin. Il approche donc son doigt en faisant "Petit petit petit !" (véridique), et insiste même quand le bestiau se met à siffler et à présenter d’inquiétantes dents (chhht, chhhht, laissez, ça ne dénote pas avec le reste), jusqu’à ce que finalement, la bête saute sur son bras, s’enroulant autour avec tant de force que même avec l’aide de Gégé pour tenter de le libérer, le bras de Bubu est pété sous la force de l’animal. Le géologue tente bien une solution de secours pour sauver son ami, en sortant un couteau de sa ceinture pour décapiter la bête, mais jaillit alors un jet d’acide qui ravage le casque de l’ami des roches et cailloux, le faisant choir, sans protection et tête la première, à son tour dans le liquide noir qui s’accroche à son visage et commence à le ravager. Bubu, lui, le bras en vrac et paniquant à raison, voit la tête de l’animal décapité repousser, et ce dernier entrer dans sa combinaison (comme ça, hop, sans préliminaires ou même restau pour faire connaissance) avant de rôder dans son casque… et de le tuer. D’accord.

Pour la petite histoire, concernant le "D’où sortait cette merde, sachant que le liquide noir dans les amphores semblait jusqu’ici désintégrer les êtres vivants, et pas générer des serpents géants aléatoirement", on peut supposer soit qu’il s’agit de lombrics, qu’on avait entraperçus dans la salle quelques heures auparavant (les mêmes que sur Terre, quelle coïncidence ! Que foutaient-ils là ?), qui ont affreusement muté dans le liquide noir en quelques heures au lieu de se décomposer, se transformant en serpents géants tueurs à petites dents au sang acide et se régénérant à volonté en quelques secondes sans aucune raison, soit que quelqu’un a juste écrit cette scène en barbouillant une page blanche d’une autre matière noire que l’on retrouve souvent dans les cabinets après des soirées fajitas. Au choix. Vous avez toujours envie de poursuivre ?

Le lendemain matin, à bord du Prométhéus, tout le monde se lève dans la joie et la bonne humeur.

A part peut-être Holloway, qui a une sacrée gueule de bois et les yeux un peu rouges à force de picoler à la villageoise toute la journée ; mais en observant de près tout ça dans le miroir, il note, l’espace d’un instant, une sorte de tout petit trait noir dans le blanc de son oeil (berk, je sais) qui semble avoir pris la fuite lorsqu’il a voulu voir ça avec une meilleure lumière. Bien que pas en super forme, et supposant probablement que c’est encore Shaw qui a défaut d’accueillir la vie en son sein, a dû y entretenir quelques MSTs,  il va se préparer et enfiler sa combinaison pour l’expédition du matin, afin d’aller récupérer Bubu et Gégé dans le dôme. A noter que :

  • Personne n’a remarqué qu’ils étaient morts (alors que toutes les combinaisons suivent le rythme cardiaque de leur occupant et envoient ces informations au Prométhéus)
  • Personne n’a pensé à inspecter ce que voyaient leurs caméras
  • Personne n’a pensé à observer les enregistrements de la nuit pour savoir ce qu’il leur était arrivé

Mais sinon oui, tout le monde est particulièrement stupide, là-dessus, aucune inquiétude. D’ailleurs, sachez que du film, plus personne n’évoquera jamais la forme de vie immobile qui était apparue un temps sur les écrans, et d’ailleurs, les mêmes détecteurs de vie n’auront jamais repéré ce qui a tué nos deux loulous sans que ça n’inquiète personne. Soyez prudents, puisqu’à partir de maintenant, beaucoup d’éléments vont, comme ça, sortir du film comme si on les avait introduits dans le scénario avant de les oublier et ce sans se relire. Prêts ? On poursuit.

"Ridley, c’était quoi alors la forme de vie qui se manifestait toutes les deux heures ? T’avais des moufles en plus de ton blouson pour écrire l’intrigue ?"

A nouveau donc, les véhicules s’élancent vers le dôme et vomissent leur contingent de scientifiques en direction de la salle des amphores, où Gégé et Bubu étaient supposés être "aux dernières nouvelles" dixit Janek, sachant qu’il faudra me dire d’où proviennent les dites nouvelles si personne n’a regardé les enregistrements de la nuit, et sachant que Janek était justement parti baisouiller avant que les deux larrons ne se dirigent vers la salle en question. Bref.

David part seul de son côté (encore) sans que personne ne trouve rien à y redire, et parvient à passer une nouvelle porte, restée fermée jusqu’alors (pas celle avec tous les cadavres d’aliens devant : celle-ci, plus personne ne semble s’en soucier, on en parlera plus non plus du film, hoplà, disparition !), et l’ouvre, accédant à une salle cette fois ouvragée, avec des sarcophages et un siège devant un tableau de commande. En déchiffrant les boutons (qui sont des boutons sympas : quand on appuie dessus, ils sont tout mous et font un son rigolo, comme les jouets pour enfants, et surtout, permettent à quelqu’un n’y connaissant rien mais étudiant les langues de pouvoir les déchiffrer, ça tombe bien alors !), l’androïde parvient à activer une nouvelle séquence holographique (toujours pas de soirée mousse alien, c’est très décevant), où il voit des humanoïdes géants cette fois-ci s’enfermer dans les sarcophages (un seul est encore vivant depuis le temps), après avoir étudié une carte des étoiles, et plus particulièrement… la position de la Terre ! Après avoir observé la chose, David active bien naturellement ses pouvoirs de téléportation (l’une des caractéristiques des films de Ridley Scott), et rejoint le reste du groupe à l’autre bout des galeries, comme ça, hop.

Arrivés dans la salle des amphores et du visage sculpté, Shaw & co ont deux soucis : tout d’abord, ils constatent qu’Holloway est malade, et que son état empire de minute en minute : son visage noircit, semble se décomposer par endroits, bref, il ne va pas bien. Et dans le même temps, une autre partie de l’équipe tombe sur le corps de Bubu (mais pas de Gégé, qui n’intéresse visiblement personne), et constatent que ce qui l’a tué est encore planqué dans son corps : jaillissant de sa bouche, l’espèce de serpent qui l’a massacré jaillit et agresse une autre donzelle ! En conséquence de quoi elle…

… disparait du scénario. D’après le casting, elle s’appelait Imora, et n’apparaîtra plus passé cette séquence sans qu’elle soit morte pour autant. Okay, bravo. J’imagine bien l’actrice à qui on dit :

"Voilà, tu peux partir !
- Mais ? Mon personnage était encore vivant, pourquoi ? Il lui arrive quoi ?
- Ho, la relou avec ses détails ! Casse-toi, c’est un film à 130 millions ici, c’est sérieux, on est occupés !"

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Tout le monde se replie à folle allure vers les véhicules et retourne vers le Prométhéus pour y soigner Holloway, mais malgré les ordres de Janek, parti en expédition avec la troupe sans motif particulier, la rampe du vaisseau ne s’abaisse pas à leur arrivée, faisant perdre un temps précieux pour soigner le malade. Ce n’est qu’après avoir lourdement insisté par radio que la chose s’ouvre, mais… l’entrée est cette fois-ci gardée par Meredith Vickers, armée d’un fidèle lance-flammes (encore une fois, quelle arme pratique) ! Qui explique qu’elle refuse de contaminer le vaisseau avec l’infection inconnue d’Holloway. Alors bon, certes, le vaisseau a un secteur de quarantaine, mais merde, si on commence à utiliser le secteur de quarantaine pour mettre des gens en quarantaine, ce serait presque cohérent et on perdrait l’esprit du film, alors Holloway doit rester à l’extérieur ! Shaw a beau supplier de les laisser entrer, finalement, c’est Holloway lui-même qui conclut les choses : il a trop mal, sait qu’il est condamné, et s’avance vers Vickers en la suppliant de tirer, ce qu’elle fait ; le passage brutal du statut d’archéologue à celui de merguez étant dur à encaisser, le brave scientifique meurt, bouleversant l’équipage (personne n’évoquera plus cet incident mineur, re-disparition !), au point que Shaw en finit inconsciente.

A son réveil, la bougresse commence, comme à tous ses réveils, par se demander ce qu’elle a foutu hier soir. Mais elle constate  vite qu’elle est à l’infirmerie, avec David penché au-dessus d’elle, lui expliquant qu’elle va bien, à part sur un point : elle est enceinte. "C’est pas banal", se dit l’archéologue, puisque stérile aux dernières nouvelles : la maladie d’Holloway aurait-elle rendu ses coucouilles magiques ?

Visiblement, plus que prévu, car David ajoute qu’elle est enceinte de trois mois, et l’embryon n’est pas humain. Ne me demandez pas comment David est capable de donner la maturité de gestation d’un embryon d’une race inconnue, je pense qu’il n’en sait rien non plus, mais sachant que notre héroïne n’a joué à touche-pipi que la nuit précédente, tout le monde en déduit que le bestiau dans son bidou grandit bien vite. Elle veut se le faire enlever, mais David lui explique gentiment qu’ils verront ça sur Terre, et que par sécurité, ils vont la remettre en stase cryogénique. Pour la calmer, il lui file un bon gros antidouleur, ce qui la fait s’évanouir aussitôt.

A son nouveau réveil (deux fois en si peu de temps, on dirait John Carter), Shaw n’a plus envie de rigoler : entourée par deux scientifiques qui veulent la préparer à une remise en stase, elle les bouscule pour s’enfuir, et grâce au pouvoir navrant de ce film, nous n’entendront plus jamais parler de ces deux personnages non plus, qui ne partent pas à sa poursuite ou quoi que ce soit : ils disparaissent juste, pif pouf. C’est lourd hein ? Alors imaginez quand on est devant.

Elizabeth erre donc dans les couloirs en petite tenue, courant jusqu’aux quartiers de Vickers pour foncer vers le Medifuck-3000 et lui demander une opération.

"Ce système n’est conçu que pour un patient mâle", lui répond la machine, un brin sexiste, oubliant d’ajouter "Sachant qu’au prix du bousin, je pourrais aussi être configuré pour une femelle, mais tout cela est juste un prétexte pourri pour rajouter du trash dans ce film en empêchant de faire une opération propre." ; grognon, Shaw décide donc de programmer la machine pour une autre intervention proche histoire de quand même se faire retirer ce qu’elle a dans le bide : elle programme "Oui je suis un mâle, ta gueule, blessure au bas ventre en profondeur, corps étranger à retirer".

Par contre, si c’est un homme qui est enceinte, le Medifuck-3000 assure

Sachant que la bécane vient de te dire qu’elle était configurée pour un mâle, vu comment tu présentes le truc ma grande, elle risque de te retirer les ovaires et de te recoudre le trilili, mais ouf, ça va ! La machine a un système de "diagnostic automatique", qui démarre pendant que déjà, ça s’agite dans le ventre de notre héroïne ! Elle attrape donc plein d’antidouleurs et s’en colle une bonne dose (ce qui ne l’endort pas, contrairement à la scène précédente, même quand elle en reprend un deuxième dans les secondes qui suivent, puis un troisième un peu plus loin : c’est devenu une junkie, je suppose). Le bousin diagnostique donc la blessure (mais ne remarque pas que c’est une femme, c’est rassurant, on sent l’outil efficace), et commence son opération sans anesthésie (… c’est censé être un truc de chirurgie autonome, on m’explique là ? Ah oui : "Plus de trash !"), ouvrant le bidou pour en retirer, via une petite pince façon machine à gagner des peluches sur les fêtes foraines (heureusement que c’est pas pour retirer une balle, sinon, la machine a pas le matos pour), un splendide…

"Félicitations Madame, c’est un poulpe. Medifuck-3000 vous souhaite une excellente journée"

Elizabeth est un peu surprise et emmerdée à la fois, parce qu’elle n’avait pas pensé à un nom pour un poulpe, mais dans le doute, elle va l’appeler Théo ou Enzo, ça fera l’affaire ; sitôt que la machine lui a collé des agrafes pour refermer son ventre, elle repart tranquillement, refermant le tout en mode "stérilisation" pour tenter de tuer le poulpe qui gigote en piaillant parce que sa maman l’abandonne, l’ingrate. Puis, défoncée aux antidouleurs et un peu traumatisée par ce qui vient de lui arriver, elle erre dans le vaisseau, jusqu’à ouvrir par mégarde une porte qu’elle n’avait jamais poussée… celle du caisson cryogénique donnant des ordres à David ! Et dans cette salle, une partie de l’équipage (des militaires, David et Vickers) semble en train de réveiller d’un long sommeil une personne que notre héroïne reconnait aussitôt : Charles Weyland, le riche et vieux patron de la société qui a payé l’expédition ! Hooo, bin ça alors ! C’était lui le passager clandestin ! Que fait-il à bord ?

Et bien, voyant débarquer dans la salle où il se trouve l’archéologue qui l’avait elle-même convaincu de monter une expédition pour Trouloulou-42, mais complètement stone, en sous-vêtements et des agrafes plein le bidou, le puissant PDG se dit qu’il serait temps de reprendre les choses en main et d’expliquer la vérité à Shaw, aussi défoncée soit-elle : il est venu incognito à bord parce qu’il est si vieux qu’il sait qu’il ne lui reste que quelques jours à vivre, et que donc, il a supposé que ceux qui avaient créé l’humanité étaient aussi capables d’allonger sa durée de vie, aussi ce voyage est-il son dernier espoir pour éviter la mort. Accessoirement, et ça n’est qu’un détail sans intérêt, Meredith Vickers est sa fille, mais tout le monde s’en fout, même l’intrigue, ça a juste été rajouté là pour sonner encore plus cliché, ça aussi ça sera oublié dès la scène suivante. Shaw lui dit donc que c’est débile : non pas parce qu’il aurait pu rester tranquillement cryogénisé sur Terre, envoyer une expédition d’androïdes moins coûteuse et plus efficace, et attendre tranquilou qu’on lui ramène de quoi le sauver sans prendre de risques, mais simplement parce que tous les "ingénieurs" de cette planète sont morts.

Oui, c’est un peu comme dans la série Stargate ; après avoir exploré 50 m², elle en tire des conclusions pour toute la planète. Ah, on sent la scientifique de qualité.

Mais pendant que cette petite conversation a lieu, il se passe quelque chose d’étrange à l’extérieur : d’après les senseurs de sa combinaison, Gégé le géologue, pourtant disparu aux dernières nouvelles, se trouverait… juste sous la rampe du vaisseau. Personne ne regarde ce que disent ses caméras ou son état de santé avant d’ouvrir la porte, et c’est ainsi qu’en abaissant l’accès à la nef spatiale, deux membres d’équipage se retrouvent nez-à-nez… avec le cadavre de Gégé, dans une curieuse position de contorsionniste russe, et arrivé jusqu’ici sans aucune raison. Que… comment, se disent-ils ? Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Comment est-il arrivé jusque là ? Ne me dites pas que dans un film avec autant d’ambitions, on a pas collé un truc aussi pourri que…

… un zombie.

Car oui : la gueule à moitié décomposée et déformée par les effets du curieux liquide noir suintant des amphores, Gégé s’est transformé en zombie, et commence à attaquer ses congénères en grognant ! Je ne sais pas vous, mais moi, j’adore les zombies, presque autant que payer mes impôts. On en trouve tellement à toutes les sauces à l’heure actuelle, que c’est un peu devenu le plancher de toute absence de créativité : "Tiens, si on collait des zombies ?" ; d’ailleurs, ça doit être un zombie particulièrement malin, puisque sinon, alors qu’il se promenait, expliquez-moi pourquoi l’équipage n’est jamais parvenu à localiser la combinaison ou à voir ce que voyaient ses caméras, sachant que celle-ci est impeccable, seul son casque ayant été endommagé ? C’est un zombie qui s’est dit "Pffff, et si je coupais tout mon matos de localisation et que je le rallumais au pied du vaisseau pour faire une blague, hihihi, on va trop rigoler quand je vais leur manger le cerveau !" ? Non mais merde, ça ne vous dirait pas de faire un petit effort, genre 5 minutes, histoire que ce film ressemble à autre chose qu’à une vaste blague hors de prix ?

Car oui, les zombies adorent se cacher pour mieux surprendre. Charlie est leur idole.

L’équipage lui, se défend comme il peut, utilisant pour ce faire non seulement les lance-flammes du coin, mais aussi des pistolets à impulsion qui visiblement, ne font rien à la bête. Si cela peut vous rassurer, là encore, de tout le film, aucune arme à impulsion ne fera de mal à qui que ce soit, mais nous en reparlerons dans quelques paragraphes. En attendant, le corps putréfié de Gégé ainsi que ses intentions cannibales finissent sous les roues du véhicules blindé occupant la soute du Promethéus, le tout marié à divers tirs de napalm pour bien faire comprendre au chenapan que ça suffit les conneries, dis-donc, tu es mort et tu le restes, sacrebleu de bloody chipolata.

Là encore, plus personne ne parlera de cet incident, puisque ça n’avait pas grande importance : après tout, on voit des zombies dans tellement de jeux et séries que un de plus, un de moins, même si c’est à bord de son propre vaisseau, on a vite fait d’oublier. Encore une fois, merci, Ridley Scott.

Revenons donc à M. Weyland, David, Shaw et Vickers en pleine conversation, car l’androïde a une révélation à faire : non, tous les "ingénieurs" ne sont pas morts : il en reste au moins un, en stase dans un sarcophage. Et lui pourrait peut-être aider M. Weyland à prolonger sa vie, tout en répondant aux questions de Shaw, si elle a encore la force de retourner dans le dôme, malgré toutes ces horreurs. Soit, dit-elle : je veux savoir, je veux des réponses à mes questions, comme par exemple, s’ils font trois mètres de haut, où trouvent-ils des slips à leur taille ? Après tous ces sacrifices : autant ne pas être venus jusqu’ici pour rien. Ni une, ni deux, toute l’équipe se prépare donc à partir en mission, et un système externe d’assistance à la marche est fixé à Weyland, afin qu’il puisse accompagner la troupe. On lui fixe aussi trois poches à urine ainsi qu’un brumisateur, mais ça, le film ne le montre pas, ce qui est bien dommage. Puis, une fois encore, tout le monde retourne vers le dôme.

Sur place, David guide la troupe jusqu’à la salle qu’il a trouvé, celle où il a vu les hologrammes entrer dans des sarcophages, et tout devient clair pour Shaw en écoutant les explications de l’androïde, ainsi qu’en se souvenant de quelques conversations avec Janek, le pilote du Prométhéus, qui avait des théories sur cet endroit maudit : en réalité, il s’agit d’un centre de production d’armes, à savoir, cette matière noire (sachant qu’on a vu aucun laboratoire ou machine, ils produisaient ça comment ? En y pensant très fort ?), et cela s’est retourné contre eux (comment là encore ? Vous ne le saurez jamais, le réalisateur a supposé que ça ne vous intéressait pas, même si c’est un peu le coeur de l’intrigue, encore un truc évacué du scénario, pouf). Ils se sont donc enfermés ici, dans ce qui est en réalité la salle de pilotage d’un vaisseau enterré, se mettant en stase dans des sarcophages en attendant d’accomplir leur mission, à savoir, si on en croit les enregistrements holographiques… se rendre sur Terre pour ainsi y détruire toute vie ! Cette planète n’est donc pas celle des ingénieurs : il s’agit juste d’une usine d’armes de destruction massive !

D’accord Saddam. Mais alors :

  • Pourquoi les survivants du massacre d’il y a 2 000 ans se sont-ils enfermé dans des sarcophages, sachant que cette salle est la salle de pilotage, et qu’ils pouvaient accomplir leur mission plutôt que de rester immobiles à pioncer pour attendre du rien ? La suite le confirmera : ils pouvaient décoller quand ils le voulaient.
  • Pourquoi les dessins sur Terre indiquaient-ils cette planète ? Je veux dire : les "ingénieurs" se seraient rendus plusieurs fois sur Terre, se tapant tout le trajet pour indiquer à diverses civilisations primitives l’emplacement de leur usine à armes de destruction massive destinées à leur bourrer la gueule ? Zut, c’est la base du scénario : même ça ne tient pas debout
  • Et d’ailleurs, comment les humains ont-ils fait pour tomber du premier coup, comme ça, hop, pif pouf, sur le vaisseau qui, justement, avait pour objectif de raser la Terre, sachant qu’ils n’avaient aucun plan indiquant ce point précis sur la planète ?

Réponse : aucune. Je crois que j’ai trouvé Ghost Rider plus crédible que ce film. C’est dire.

Toujours est-il que nos héros se retrouvent face au sarcophage contenant le dernier extra-terrestre vivant du coin (oui, vous vous souvenez la créature qui a tué Bubu par exemple ? Elle aussi a disparu du scénario, elle ne rôde plus dans les couloirs du dôme ni rien, pouf, virée elle aussi, c’est formidable), et décident donc de le réveiller, David entamant la manœuvre après avoir déchiffré les inscriptions du sarcophage. Bientôt, le conteneur s’ouvre, et un immense humanoïde blanc en sort, sans armure, ses yeux sombres sous ses larges arcades d’albâtre observant les humains curieusement. Shaw lui hurle de lui expliquer le sens de la vie (ah oui, rien que ça), et accessoirement pourquoi ils ont créé la vie sur Terre avant de maintenant vouloir la détruire, pendant que Weyland ordonne à David de demander, dans sa langue (car il la parle parfaitement, bien que ne l’ayant jamais entendue clairement), s’il peut l’aider à vivre plus longtemps. L’alien réfléchit un moment, puis finalement, se décide à…

… péter la gueule à tout le monde.

Ok, je suis de ton côté mec.

Les hommes accompagnant Weyland ouvrent le feu avec leur fusil à impulsion, visant toutes les parties vitales de cet ennemi avançant lentement et en ligne droite, comme par exemple, le pied droit ou par-dessus l’épaule gauche (ils ne pensent pas à viser la tête), et visiblement, comme toutes les armes à impulsion, ça ne fait rien à personne, le Monsieur peut donc continuer tranquillement de malaxer des museaux à coups de poings. Il tue en conséquence les gardes, arrache la tête du pauvre David, dont le crâne, encore "vivant", se retrouve au sol, puis s’occupe du vieux Weyland, qui meurt comme un con au milieu de ses poches à urine, ce qui est bien mérité vu son plan pourri à base de "Tiens, si j’accompagnais l’expédition super dangereuse et mal montée plutôt que d’attendre à la maison dans un caisson bien frais". Seul Shaw, puisque c’est l’héroïne et que c’est l’une des rares à avoir un nom et un prénom, parvient à s’enfuir, tentant de regagner le Prométhéus à pied.

L’alien lui, après avoir fait le ménage, se dit que tiens, si j’allais sur Terre, comme le voulait ma mission ? Surtout que j’irais bien visiter le Languedoc-Roussillon, il parait que c’est sympa. Alors hop, il s’installe dans le siège à côté des sarcophages, appuie sur quelques boutons, et tout un système de pilotage sort du sol pour s’installer devant lui, ainsi qu’une armure venant se déposer sur lui, façon Goldorak (le petit tour sur son siège en moins). Il programme donc sa destination, et comme les batteries ne sont pas mortes depuis 2 000 ans, parce qu’il avait bien pensé à éteindre les phares, hop ! Son vaisseau commence à chauffer, ce qui prouve bien que se mettre en stase ne servait à rien : il était prêt à partir mais avait décidé de faire la sieste 2 petits millénaires.

A l’extérieur, Shaw, qui tente de se ruer vers le Prométhéus aussi vite qu’elle le peut malgré son bide agrafé suite à son opération douloureuse intervenue quelques scènes plus tôt, voit le sol s’agiter sous ses pieds : il s’ouvre pour laisser passer le vaisseau au décollage ! Sacrebleu ! Elle appelle donc le vaisseau scientifique en urgence pour lui dire "Attention ! Il y avait un vaisseau alien là-dessous, et il va aller sur Terre pour balancer la matière noire dégueulasse qui détruit tout, c’est pire que les algues vertes sa merde ! S’il y arrive, notre planète sera détruite, et nous n’aurons plus nulle part où aller ! Vous devez l’arrêter !"

Janek pèse le pour et le contre : arrêter le vaisseau alien qui commence à décoller, sachant que le Prométhéus n’est pas armé, ça revient à se sacrifier en s’écrasant contre. A l’inverse, perdre la Terre, ça signifie devoir recréer la race humaine en s’accouplant avec Vickers, restée à bord, et plutôt pas moche… hmmm, c’est tentant, mais bon, hein, Janek étant noir et à moustache (et n’étant pas Will Smith ou capitaine de la police), il sait que dans un blockbuster, il est condamné à mourir ; il propose donc le plan suivant :

  • Il va éjecter les quartiers de Vickers, qui ont de quoi tenir sur la planète de manière autonome pour encore au moins deux ans, avec oxygène, nourriture, boisson et Medifuck-3000 (ne l’oublions pas)
  • Il va éjecter Vickers (elle pourrait aller dans ses quartiers pour être éjectée en toute sécurité, mais comme elle est bête comme l’intrigue, elle décide de se faire éjecter à part et après ses quartiers)
  • Il va s’écraser contre le vaisseau au décollage, et activer son moteur à ion-popopop-woush-woush-trop-de-la-bombe qui créera une grosse explosion apte à faire bobo à coup sûr

Vickers râle mais accepte le plan, filant vers un module d’éjection, alors que dans le même temps, ses quartiers sont envoyés vers le sol, amortissant la chute avec leurs propulseurs intégrés (vous ne le voyiez pas venir, hein, que le fait que ses quartiers soient un "canot de sauvetage" allait servir, pas vrai ? Après tout ça a été introduit teeeeellement naturellement et subtilement dans le film !). Le Prométhéus, lui, accomplit sa dernière mission, explosant contre la nef alien à une centaine de mètres d’altitude qui, d’ailleurs, a la forme d’un donuts qu’on aurait croqué. Et qui du coup, pour encore plus de spectacle, s’écrase vers le sol non pas comme une bouse mais… en commençant à rouler bien en équilibre ! Et comme vous l’aurez deviné, pile dans la direction de Shaw, toujours en train de galoper malgré ses blessures, et de Vickers, qui par un incroyable hasard, a atterri à côté d’elle.

C’est affligeant.

Si vous comptez que ce vaisseau était supposé contenir 17 membres d’équipage, + 1 clandestin, qu’il y a environ 6 morts et deux donzelles larguées sur la planète et que seuls les trois pilotes ont accepté de se sacrifier, calculez combien il reste de membres d’équipage à bord qui vont mourir dans l’explosion sans qu’on leur demande leur avis ou propose de s’éjecter

Les deux femmes foncent donc tant bien que mal, jusqu’à ce que Vickers, militaire entraînée, ne parvienne pas à s’écarter de la route du donut géant et se fasse sproutcher (c’est un verbe), quand Shaw, archéologue traumatisée et sortant d’une opération chirurgicale un peu compliquée esquive le tout comme un ninja majestueux. Voilà voilà. Cela fait, et apercevant le module autonome largué du Prométhéus au sol, elle se décide à s’y rendre pour enfin trouver un peu de repos après toute ces aventures, et un peu dépitée car le dit module permet de survivre deux ans, mais pas de repartir sur Terre ! Bah, un petit bain à bulles en lisant Space-Closer et le moral reviendra.

Sauf qu’à peine à bord, plusieurs choses sont étranges : déjà, les écrans affichent n’importe quoi, les lumières clignotent, le mobilier est en vrac… pour un module qui a utilisé ses propulseurs pour se poser en douceur, ça ressemble plutôt à de la mise en scène de mauvaise série B ! Ho, mais attendez : nous sommes un peu en-dessous de la mauvaise série B, au temps pour moi. Et surtout, ensuite, des bruits étranges se font entendre, hmmm… attrapant une hache à incendie qui traînait par là, la bougresse se rend donc vers la source de tout ce ramdam : la salle où se trouve le Medifuck-3000. Et en collant les yeux à la vitre, comme dans tout mauvais film, elle ne voit rien et il y a un silence pesant jusqu’à ce que soudain, un tentacule martèle brutalement le verre ! Deux ans avec un truc à tentacules comme coloc, ça sent le hentai à plein nez cette affaire.

Et dans le même temps, la tête décapitée de David, encore vivante dans le vaisseau alien, parvient à activer la radio pour prévenir Elizabeth : "Attention pépette, le grand monsieur tout blanc a pas aimé qu’on lui bousille son vaisseau, il vient donc en faire de même avec ta margoulette." ; et effectivement : débarquant du sas menant vers l’extérieur (dites-donc, non seulement il est arrivé vite pour un mec dont le vaisseau vient de s’écraser, mais en plus, il n’a pas de casque ! Pourtant, lui et les siens vivaient dans une atmosphère au sein du dôme en reproduisant une semblable à la Terre, d’où le fait que l’on pouvait y retirer son casque : alors comment a t-il fait pour aller de son vaisseau au module de sauvetage sans suffoquer à l’extérieur ? Téléportation, là encore ?  Soit), voici venir le dernier "ingénieur" !

Toujours est-il qu’Elizabeth Shaw ne pouvant lutter contre cet humanoïde de plus de trois mètres de haut, elle parvient juste à ouvrir la porte menant à la pièce de son nouveau colocataire à tentacules, et visiblement, le film était à court de budget, puisqu’apparait alors une immense bestiole aux appendices gluants tout droit sortie des plus mauvaises heures des téléfilms des années 80, qui s’empresse de faire des bisous à l’intrus. Ne me demandez pas comment, en à peine quelques heures et sans aucune nourriture, la bête est passée de petit poulpe à méga-bestiau (elle transforme peut-être l’air ambiant en gras, un peu comme Jean-Marie Bigard), là aussi, c’est comme ça. Shaw, elle, décide de laisser les deux trucs d’outre-espace se démerder, et fuit donc hors du module autonome, jusqu’à ce qu’à nouveau, David la joigne sur la radio.

"Elizabeth… je sais qu’on a pas toujours été d’accord… surtout quand je m’amusais à appuyer sur tous les boutons que je trouvais sans explication, que je partais seul en expédition et gardait mes trouvailles pour moi alors que les partager avec vous autres scientifiques ne m’aurait pas empêché d’atteindre l’objectif d’aider M. Weyland et aurait même au contraire permis d’avancer plus intelligemment, ou encore que j’empoisonnais votre copain avec une substance alien dont j’ignorais tout juste comme ça, pour voir, et mettant en danger toute la mission et sans aucun motif valable dans tout ce scénario sans aucun sens, mais je veux vous aider. Vous vous rappelez aussi quand je vous ai faite tomber enceinte d’un alien pour me marrer ? Qu’est-ce qu’on avait rigolé !
- Bon écoute fais péter, parce que soit je fais confiance à une tête d’androïde qui fonctionne toute seule, soit j’ai un plan à trois avec un humanoïde géant et un poulpe avec qui toute relation sexuelle tiendrait curieusement de l’inceste, alors balance.
- Eeeet bien je crois que j’ai compris comment se pilotaient ces vaisseaux. Si vous me le demandez, on peut retourner sur Terre. Et pas forcément avec ce vaisseau. Car je viens de découvrir que cette planète en comprenait beaucoup d’autres.
- Tu veux dire que cette planète comporte plein de vaisseaux qui n’ont jamais prêté assistance/détruit celui dans lequel les armes de destruction massive s’étaient retournées contre leurs créateurs ? Et qui attendent juste là à rien faire ?
- C’est ça.
- Et tu veux aussi dire que tu viens de faire cette découverte sans rien faire, puisqu’aux dernières nouvelles, tu es juste une tête décapitée au sol ? T’as fait comment, c’était écrit sur le plancher "Propriété de la patrouille de France, les autres vaisseaux sont à 50 mètres à droite ?"
- Je…. vous voulez vraiment que je justifie ou on termine ce film ?
- J’arrive."

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Bondissant dans un buggy qui était resté hors du Prométhéus avant sa mission kamikaze, Shaw se rend donc jusqu’au vaisseau alien crashé, atteint sans encombre la passerelle de commandes, puis en extrait le corps et la tête de David. Celui-ci la félicite de son choix, et lui dit que ça va être trop chouette de retourner sur Terre. Mais Elizabeth le coupe, du moins, façon de parler parce que c’est déjà fait, puis fixe l’horizon en prenant une pose cool :

"Non, David. Nous ne retournons pas sur Terre. Ces êtres nous ont créés, et maintenant, ils veulent nous détruire. Pourquoi ? Je dois savoir. Il doit y avoir les coordonnées de leur planète mère dans les vaisseaux : allons-y. J’ai le droit de leur poser des questions."

"Comment pourrais-je finir le film avec une décision encore plus absurde que tout ce qu’il vient de se passer, hmmm…"

Oui, tu as le droit. Mais vu l’accueil qu’ils t’ont fait jusqu’ici, tu risques juste de te faire tataner pour rien ma grande, et ainsi empêcher l’humanité de connaître le danger qui la menace, sachant qu’en retournant sur Terre avec un vaisseau alien, tu pourrais à la fois informer l’humanité de tes incroyables découvertes, aider la Terre à se préparer à une éventuelle attaque, et si tu en as envie, préparer une nouvelle expédition mieux préparée pour aller sur la planète mère des "ingénieurs" leur poser des questions. Là, tu fais juste de la daube, en fait.

Avant de partir, donc, Elizabeth laisse un enregistrement qui sonne comme un avertissement : cette planète est dangereuse, le mal y rôde. Puis, David et elle se rendent à un vaisseau voisin (là encore, localisé par magie, comme ça, hop ), et font décoller celui-ci vers les étoiles, pour que Shaw puisse accomplir la mission la plus débile de l’univers.

Et…

Non, pas fin, puisque Ridley Scott, comme dans le très mauvais Robin des Bois, joue la carte du "Maintenant que j’ai raconté n’importe quoi, raccrochons les wagons pour dire que c’est un préquel", et on découvre donc, au sein du module de survie autonome resté sur la planète, que l’énorme bête tentaculaire a non seulement vaincu l’humanoïde géant, mais a pondu dedans avant de mourir, sorte de version géante des face-huggers de la série Alien, et donc, comme il se doit… le ventre du pauvre ingénieur mort s’ouvre et en sort un xénomorphe, du moins, une version très proche de celle qui, quelques années plus tard, ira emmerder une certaine Ripley à bord de son joli vaisseau ! Sauf qu’ici on dirait un enfant de 9 ans à qui on aurait mis une tête de dauphin peinte en noir sur la tête, vraiment, je pense que le budget a eu de sérieux soucis. Voilà, c’est bon, on a casé de quoi dire que ce film avait un rapport avec Alien, et qu’on a pas payé la licence pour rien ? Alors…

FIN !

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Ripley essuya une larme sanglante sur sa joue, marmonnant quelques injures alors que certains de ses compagnons autour d’elle convulsaient au sol, leur esprit balayé par la vacuité complète du scénario. Parker, qui s’était lui tout simplement évanoui dès le passage où deux scientifiques soi-disant terrorisés décidaient de passer la nuit dans le pire coin du dôme, se releva péniblement en tentant de se reprendre.

"Mais… tout ça ne nous dit pas ce qu’il s’est passé ici, à bord de l’USCSS Odieux Connard ! Qu’est-ce qui est arrivé à l’équipage ? Pourquoi les corps ont-ils été ainsi empilés les uns sur les autres sur le pont principal ?
- La vidéo n’est pas finie, Parker, il va peut-être nous le dire.
- krsshh… film a causé trop de dégâts… impossible de repartir… vais m’occuper du chargement…
- Le chargement ? Que transportait ce vaisseau ?
- Attendez… à en croire les registres, il transportait une délégation d’étudiantes interplanétaires. Mais alors que… 
- krshhh… j’ai ouvert la cryo-soute… j’ai deux mois de brandy et de cigares…krshh…  une bonne playlist… si vous trouvez ce message… fuyez… et laissez moi en paix… krsshh… je… je crois qu’elles sont réveillés… elles arrivent !"

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La vidéo se coupa, et Ripley observa à nouveau les corps empilés les uns sur les autres.

Cette fois-ci, elle était sûre que le squelette dans le fauteuil était en train de sourire.

Il est des moments dans la vie où il faut savoir s’effacer.

Des moments simples où, chacun doit reconnaître qu’il n’est guère raisonnable de traiter d’un sujet tant autrui l’a déjà fait avec brio ; dès lors, il n’y a plus qu’à poser genou à terre et à laisser ces maîtres s’exprimer en quelques puissantes maximes, résumant en une poignée de caractères ce qui était jusqu’alors, sous votre crâne bouillonnant, un sentiment flou sur lequel vous ne parveniez pas à mettre de mots. Il n’y a pas de honte à reconnaître son infériorité, quand la supériorité d’autrui quitte le domaine de la simple impression pour rayonner sous l’astre de l’objectivité.

Aujourd’hui, je laisse donc cette introduction à quelques grands journalistes, dont le propos, j’en suis sûr, saura toucher votre coeur, tant par sa concision – rare en ces lieux – que par sa qualité.

Mesdames et Messieurs : la presse française.

20 Minutes – 5 étoiles sur 5 : On espère que la saga connaîtra d’autres épisodes tant ce premier volet est enthousiasmant.

L’Ecran Fantastique – 5 étoiles sur 5  : (…) le mariage irrésistible de "Gladiator" et du "Seigneur des Anneaux". (…) "John Carter" est ce que le space-opera nous a offert de meilleur depuis 1977 et "Star Wars" (…) [le film dévoile] une autre facette du talent incommensurable d’Andrew Stanton.

Ecran Large – 4 étoiles sur 5 : Andrew Stanton réussit son ambitieux pari, même s’il reste quelques (ndloc : hahaha) scories à évacuer.

Excessif (ndloc : tu m’étonnes) – 4 étoiles sur 5 : ["John Carter" est] souvent époustouflant en termes visuels (…) sans que l’action ne soit jamais illisible. (…) A la fois western métaphysique, oeuvre de science-fiction écolo et film politique aux jeux de pouvoirs grisants, "John Carter" évite les discours naïfs et propose une aventure où la poussière du désert se mêle aux étoiles de la galaxie.

Le Monde – 4 étoiles sur 5 : Adaptation spectaculaire du premier volume d’une série de romans écrits par Edgar Rice Burroughs, le créateur de Tarzan, "John Carter" est un film d’aventure qui mêle habilement le vieux et le neuf. (…) un récit épique, une exaltation enjouée de l’homme aventureux (…).

Libération – 4 étoiles sur 5 : "John Carter" est un film bizarre, désordonné et courageux. [...] Andrew Stanton se bâfre jusqu’à une certaine outrance, mais nous régale aussi d’une pyrotechnie graphique qui frappe par sa liberté, son déchaînement, sa quête créative intense.

Comme vous pouvez le constater, les plus grands noms de la presse sont présents ici : nul doute que le chef d’oeuvre est au coin de la rue. Permettez-moi donc, à défaut d’avoir une plume aussi resplendissante et efficace que ces gens vivant de leur art, puisque n’étant qu’humble amateur, de simplement spoiler le film pour que vous en compreniez toute la beauté.

Préparez-vous, et à présent : spoilons mes bons.

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L'affiche : après les explosions, rappelons que les singes sont aussi annonciateurs de daubes

Tout commence sur Mars, alors que la voix off nous explique que la planète n’est pas vraiment ce que l’on pense, nous et nos préjugés genre "Ouuiiii Mars, vas-y que t’es invivable !".

Invivable ? Mais non ! Il y a de l’oxygène et quelques flaques d’eau en fait, alors vous pensez ; par contre, il est vrai que c’est un peu désertique, mais c’est parce que la planète se meurt : en effet, nous explique t-on, c’est à cause de deux cités qui se font la guerre. D’un côté nous avons donc Hélium, la cité des Bleus, et de l’autre Krokoko, la cité des Rouges qui est elle montée sur pattes (oui, il n’est pas impossible que j’aie zappé l’ensemble des noms du film à l’exception d’un ou deux tant j’étais pris par l’intrigue). Ne me demandez pas en quoi cela détruit la planète, puisque les loulous se battent à l’épée et non à l’ogive nucléaire, c’est comme ça. Probablement que Mars est une planète suicidaire qui écoute du Avril Lavigne sur son lit en criant "J’vais m’tuer et ce sera bien fait pour vous !". Par contre, vous serez heureux de savoir que les deux camps qui s’affrontent sont composés d’humains avec quelques tatouages pour dire qu’ils sont trop des rabouins de Mars, rien à voir avec des Terriens, et que comme dans tous les mauvais films, tout le monde a l’air d’être habillé et armé de plastique brillant (car oui, ces braves gens vivent sur une planète balayée par les vents sablonneux, mais leurs armures sont toujours chatoyantes), spéciale dédicace à un couteau en carton avec des traits au marqueur dessus à un moment du film. Bref : la seule différence esthétique entre les deux camps est la couleur des capes et des bannières.

Vous la sentez, cette petite odeur de créativité et d’originalité ? Oui, c’est ça, elle sent comme votre vieux voisin du dessous lorsqu’on l’oublie au soleil.

Or donc : un jour, Bob le Méchant (qui aurait mieux fait d’en rester à son rôle de McNulty dans The Wire pour s’éviter le déshonneur), le chef de Krokoko, se paume avec son vaisseau volant (car les gens se déplacent et s’affrontent sur des libellules volantes de plus ou moins gros calibre, allant du monoplace au cuirassé) et tout son équipage de Rouges dans une tempête de sable parce que non, prendre de l’altitude, c’était trop intelligent (combien d’avions pris quotidiennement dans des tempêtes de sable sur Terre ? Terrible), et en sortant de celle-ci un peu plus tard à des kilomètres de leur destination, zut ! Deux vaisseaux des Bleus les attendent pour leur malaxer le museau à coups d’épée et de canon ! Malgré toutes leurs manœuvres dignes d’une Rama Yade devant la presse, les Rouges ne peuvent échapper à l’abordage, et leurs soldats reculent rapidement, croulant sous le nombre des ennemis.

Mais soudain : brouf ! Une curieuse onde de choc bleue surgit de nulle part et désintègre tout le monde sur le pont, comme ça, pouf pouf, Rouges et Bleus à l’exception de Bob. Ho ? C’est pas banal, se dit-il, mais je trouve ça dommage que ce genre de phénomène n’arrive pas plus souvent dans des lieux comme, à tout hasard, la Japan Expo ; mais il chasse vite ces pertinentes pensées avant de reculer en voyant se téléporter sur son navire des types en tenues de religieux aux crânes rasés : nous les appellerons les moines magiques.

"Nous t’avons choisi, Bob, pour te filer cette arme qui se fixe à ton poignet et peut tout détruire, contrôler, transformer en choucroute … à part nous. En plus, avec ça, tu peux faire apparaître n’importe quelle arme dans ta main, ou même un tire-bouchon pour ouvrir les bouteilles offertes avec les pizzas. Bref, on te file les pleins pouvoirs si tu acceptes de nous obéir, et en échange, tu pourras dominer la planète. Vas-y, signe en bas, juste à côté de "Et je prends un crédit pour réaliser toutes mes envies", ne va pas penser qu’on t’arnaque, hohoho, on est des moines magiques, comment veux-tu."

"Trop cool", se dit le méchant sans même sentir le petit fumet de daube émanant de cet échange. "Je vais obéir sans poser de questions, puisque bon, vous avez quand même l’air de pouvoir vous téléporter et désintégrer des gens n’importe où, alors je range ma fierté sous mon petit pagne et n’en parlons plus !"

Vous avez tout saisi ? Bien, alors sautons dans l’espace et le temps et allons voir pour d’obscures raisons ce qu’il en est sur Terre, à New York… en 1881. Car en cette fin de XIXe siècle, un homme richement vêtu se faufile dans la foule peuplant les rues battues par la pluie, tentant vainement d’échapper à un type à chapeau melon qui essaie de le suivre. Cet homme traqué, c’est John Carter (l’acteur s’appelle Taylor Kitsch : il était prédestiné pour ce film) : il parvient d’ailleurs à tromper le larron à sa poursuite en utilisant une ruse bien connue : il embrasse une nana dans la rue.

Moi non plus, je n’ai jamais compris ce principe dans les films américains, des mecs qui en tournant au coin d’une rue, ne repèrent pas leur suspect en train de rouler de grosses galoches à une passante. "Merde ! Le gars qu’on poursuivait a disparu ! Il n’y a que ce couple en train de s’embrasser dans la rue, avec le Monsieur qui est quand même un peu un sosie de notre fugitif, habillé pareil en plus. Mais la ressemblance s’arrête là : sur la photo qu’on a, il n’embrasse personne, ça ne peut donc pas être lui. Flûte, on l’a perdu !" ; d’ailleurs, jamais le type ne tombe sur une passante qui lui claque la gueule, le faisant d’autant plus repérer : la vie est bien faite (oui parce que moi, quand j’ai un contrôle du fisc, j’ai beau courir rouler un patin à la voisine, et bin ils me retrouvent quand même. Et je reçois de curieuses convocations pour "harcèlement sexuel", je dois merder quelque part).

Sitôt son poursuivant disparu, l’ami Carter rentre donc dans un bureau de télégraphe, et fait envoyer à son neveu, Ned, un message disant "Ramène ton cul STOP Vite ! STOP Schnell ! STOP RAUS, RAUS ! STOP " ; hélas, lorsque le dit Ned, jeune rouquin à l’air un peu niais, arrive en gare de New York, le majordome de son oncle l’attend sur le quai pour lui annoncer une terrible nouvelle : John Carter est mort. Le brave garçon est donc emmené à l’immense demeure du disparu encombrée d’objets ramenés de moult expéditions aventureuses, où l’attendent le notaire ainsi que les employés de maison, qui lui présentent leurs condoléances. Cela fait, Ned est invité à prendre connaissance du testament de son oncle, qui lui lègue tout, y compris sa collection de magazines cochons, ce qui étonne bien le jeune homme, puisque si son oncle et lui étaient proches quand il était enfant et qu’il lui racontait des histoires sur ses mésaventures aux quatre coins du monde, ils s’étaient perdus de vue depuis quelques années. D’après le majordome, de toute manière, tout a été étrange dans la mort de son oncle : c’est arrivé brutalement, en pleine force de l’âge, et le temps qu’il fasse venir son médecin et son notaire (oui, il savait déjà que c’était foutu), il était déjà parti pour un monde meilleur. Curieusement, il avait déjà préparé son testament malgré son jeune âge, et avait demandé – par lubie d’homme riche probablement – à être enterré dans un cercueil sans couvercle au sein d’un caveau ne s’ouvrant que de l’intérieur.

"Monsieur Ned, sans vouloir être méchant, je crois que votre oncle était complètement con"

C’est trop subtil : on ne voit pas du tout la fin du film venir, alors que nous n’en somme même pas à 10 minutes de visionnage. Fuyez ce spoiler, fous que vous êtes la suite va être très, très largement pire, frôlant parfois le niveau de n’importe quoi constant dit "Syndrome de la Planète des Singes"

Cependant, et afin de mieux comprendre comment nous en sommes arrivés à la fausse mort très mal mise en scène et pas du tout suspecte de John Carter, bondissons à nouveau dans l’espace-temps, et arrêtons nous en 1868, au fin fond de l’Amérique, lorsque John Carter, ancien capitaine de l’armée confédérée ayant perdu femme et enfant lors d’une soirée mousse un peu chargée survit difficilement en tant que chercheur d’or, racontant à qui voulait bien l’entendre qu’il était sur la piste d’une légendaire "grotte de l’araignée", qui contiendrait des pelletées d’or pour qui la découvrirait. Lors de ses voyages, il a d’ailleurs déjà trouvé un minuscule morceau d’or marqué d’un rond d’où partent 9 branches vers le bas, ce qui n’a rien à voir avec une araignée et n’y ressemble même pas, mais John est un peu con. En tout cas, cette découverte l’a encouragé à poursuivre. Y compris dans la voie du neuneu ; c’est un garçon très polyvalent : tout en cherchant sa grotte, il trouve toujours un moment chaque soir pour s’enfoncer des haricots dans le nez dans l’espoir d’être "bien plus con qu’hier, mais bien moins que demain". Vas-y champion, ce film va nous prouver que ton entrainement a payé.

Hélas ! Un beau jour, un certain colonel Powell (qui aurait mieux fait de rester dans Breaking B… oui, non plus : dans Malcolm, dans Malcolm) de l’armée des Etats-Unis finit par retrouver notre larron, et celui-ci ne se laissant pas guider gentiment, le fait assommer par ses hommes (attention : c’est le début d’une longue série de scène répétitives) le fait emmener dans ses bureaux pour lui expliquer le topo : il a lu ses états de service, et est très impressionné, il aurait bien besoin d’un homme comme lui pour tatane de l’Apache, ces fichus Peaux-Rouges faisant chier tout le voisinage comme ils savent si bien le faire : vente de grigris à la sauvette, ouverture sauvage de casinos et port de pagne non-autorisé en agglomération. Mais on ne la fait pas à John Carter, qui a de big balls, et colle donc un coup de boule sans raison à l’officier avant d’être assommé par les gardes (à nouveau). L’entretien se poursuit donc, mais cette fois, John est menotté (… mais pas attaché, comme ça, il peut remettre des coups de boule, que… ho, les gars, qu’est-ce que vous n’avez pas compris dans la scène précédente ! Misère : John Carter aurait eu un fusil, ils lui auraient laissé avant de lui attacher les pieds à mon avis, mais passons), il tente donc ce coup-ci de s’échapper par une fenêtre pendant qu’on lui parle (oui, John est définitivement con ; il n’attend pas une occasion où la garde se relâcherait ou d’entendre l’offre qui lui est faite, non, il fait juste n’importe quoi), mais est récupéré et assommé à nouveau (…). La conversation reprend donc, mais cette fois, avec John de l’autre côté des barreaux de la petite prison du fort où ils s’entretiennent. Ho, et oui, hein : malgré le coup de boule, malgré la tentative d’évasion, les insultes & co, le colonel continue de penser que John ferait une excellente recrue. Ne me demandez pas pourquoi : ça n’a aucun sens.

Mais Carter n’a pas fini ! Une fois le colonel retiré, profitant du fait que le gardien de sa cellule ne connait pas la liste des ruses de merde pour s’évader dans un film ("Psssst, approche toi des barreaux que je t’assomme !") et ne se doute pas du tout que son prisonnier n’est pas du genre à coopérer (il n’y a eu aucun signe avant-coureur, non Madame), John parvient à s’évader et  voler le cheval du colonel Powell pour prendre le large (un bon héros ne vole pas un cheval : il prend celui du mec qu’il veut humilier, même s’il ne sait pas lequel c’est, ses sens de héros le guidant automatiquement vers la monture de son ennemi en la faisant clignoter dans son champ de vision) ; bien vite, quelques cavaliers le poursuivent, mais hélas, John se retrouve pris entre eux d’un côté et des indiens arrivant à contre-sens, créant une certaine confusion entre tous les camps. Aussi, promptement, des coups de feu sont échangés d’une ligne à l’autre, et le colonel Powell se ramasse une balle perdue qui le met dans un état assez piteux ; mais comme John n’est pas un filou et qu’il a une oreille qui lui permet de détecter les colonels agonisant dans son dos en pleine fusillade (C’est magique. Chhhht, concentrez-vous), il fait demi-tour et ramasse le bonhomme pour le prendre avec lui sur son cheval et aller se mettre à l’abri. Hélas, c’est sans compter les Apaches qui se lancent à leur poursuite. La chance sourit cependant à notre héros, puisqu’il aperçoit dans le lointain une grotte à flanc de falaise, et s’y engouffre promptement avec son colonel en petite forme, espérant ainsi pouvoir trouver une fortification naturelle plus ou moins pratique pour se défendre des indiens.

Tiens mais au fait, le colonel n’était-il pas suivi par toute une escouade de cavaliers au moment de la fusillade ? Les indiens ont pu se barrer à la poursuite de Carter sans souci ? Les fédérés ne les ont pas poursuivi pour calmer ces chenapans, ou simplement pour aller sauver leur colonel ? Non ? Allez, oublions : ils ont tous dû rentrer au fort pour préparer une soirée crêpes, ou un truc du genre, probablement.

15 minutes de film. 15 minutes et il y a déjà plus d’incohérences que de scènes dans ce film. Chez Disney, c’est Mickey qui relit les scripts ou quoi ? Les enfants, n’oubliez pas : ne faites jamais confiance à une souris en slip. Jamais.

Bref : alors que les indiens s’apprêtent prendre d’assaut la grotte où notre héros s’est retranché, soudain, ils lèvent les yeux au ciel et reculent, terrorisés comme des gens ayant vu le trailer des Trois Mousquetaires – 3D, avant de prendre la poudre d’escampette pour de bon ; John, intrigué, sort donc à son tour et note qu’au-dessus de la grotte où il a pénétré, un signe est gravé : une araignée (enfin un truc à 9 branches n’ayant rien à voir, mais bon, lui l’appelle comme ça, on va faire comme si de rien n’était) ! Quel gros, mais alors gros coup de bol ! Vite ; ni une, ni deux, notre héros s’enfonce dedans en laissant le colonel qui ne comprend pas ce qu’il se passe à l’entrée, et craquant une allumette pour illuminer l’endroit à la recherche de l’or dont il rêve, et en effet : il tombe dans une immense salle gravée comprenant d’étranges tables de pierre marquées du sceau de l’araignée, mais surtout, de l’or partout dans les parois ! Il est riiiiiiiche !

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Bonjour les amis, vous me reconnaissez ? Je suis John Carter, le héros qui se fait tellement souvent assommer qu’Emile Zola avait un temps pensé que je faisais du plagiat d’un célèbre ouvrage des Rougon-Macquart.

Parfois dans la vie, on se retrouve dans des endroits sombres et humides : grotte oubliée, temple perdu ou twitter de Laure Manaudou, autant de lieux où il est bon de faire entrer un peu de lumière. C’est pourquoi j’utilise les allumettes Eternity© : non content de mesurer la taille d’un bâton d’encens pour ne pas brûler la peau douce de mes doigts, les allumettes Eternity© ne consomment pas le bois et peuvent donc brûler des heures sans que l’on doive les changer. Grâce à mes allumettes Eternity©, là où d’autres aventuriers devraient retourner faire le plein pour continuer d’explorer la cave où ils se trouvent, je peux visiter sereinement ce que je souhaite avec une seule allumette.

Attention : une allumette Eternity© dégage autant de lumière qu’un petit phare breton, et n’est donc pas conçue pour s’allumer une cigarette, pouvant ainsi provoquer des cas de cécité chez l’adulte.

Allumettes Eternity© ? Ne changez plus d’allumettes : changez de marque d’allumettes.

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Voilà, si vous pensez que j'invente : notez la quantité de lumière dégagée par une seule allumette

Voilà : le film est si mauvais donc que même une allumette n’est pas crédible, mais passons : l’exploration de l’étrange mine d’or se fait sans encombres. Enfin, ça, c’est sans compter sur un mystérieux moine magique qui se téléporte dans la salle juste derrière John, et semble étonné de le trouver là ; il fait donc apparaître, grâce à une curieuse lumière bleue, une lame dans sa main, et tente de poignarder John (nous découvrirons plus tard qu’il pouvait faire apparaître n’importe quelle arme, du rayon désintégrateur au paralysant en passant par le fusil à pompe, mais il a choisi le couteau. Ok), mais haha ! Tu ne sais pas sur qui tu es tombé, moine enchanté, tu vas prendre ta tannée ! Carter, en effet, a eu le temps de se retourner et après un bref échange de coups, parvient à tirer une balle dans le buffet du religieux d’outre-espace ; celui-ci s’effondre donc, agonisant, serrant dans sa main un petit médaillon luisant de la même lumière que celle dont était faite son arme (qui a disparu une fois qu’il a été blessé). Il murmure une curieuse incantation digne de Charmed en direction du médaillon dans son agonie, mais au même moment, John s’en saisit : une lueur azur l’entoure alors, et l’assomme littéralement.

Hmmmm.

A son réveil, John est toujours entier, mais au milieu d’un curieux désert aux plantes qu’il ne connait pas (en tout cas, ce n’est pas de la marijuana, parce que ça, il maîtrise) ; pire encore, lorsqu’il essaie de se déplacer, la gravité semble différente, et s’il choit beaucoup au début, il finit par galoper en faisant d’immenses bonds, s’élançant à vive allure au travers du désert dans une direction au hasard, amusé par la pesanteur de l’endroit (pour une fois qu’il peut être techniquement un peu moins lourd naturellement que d’habitude, autant en profiter).  Ça tombe bien (là encore, il a choisi la bonne direction, c’est heureux) : après quelques centaines de mètres, il tombe nez à nez avec une curieuse caverne contenant des centaines d’oeufs s’agitant avant d’éclore (il est arrivé pile au bon moment, ça vous étonne, hein ?) et d’où émergent de petits humanoïdes bipèdes verts disposant de quatre bras.

Oooookay, se dit John, promis, demain j’arrête de m’enfoncer des haricots dans le nez, visiblement, je suis complètement défoncé.

Mais au loin, les mêmes créatures, format adulte, sont déjà en train d’approcher, chevauchant d’imposants et laids quadrupèdes ; ce sont les Verts, la troisième faction de Mars avec les Bleus et les Rouges (non vraiment, trop d’originalité, je pleure), sauf que les Verts sont donc eux de grands humanoïdes d’environ deux mètres cinquante de haut, élancés, verdâtres de peau (d’où leur nom),avec quatre bras et un comportement… d’indiens locaux, portant pagne et fusil fatigué, diverses armes de jets et petits tomahawks et aimant très fort leur mère la terre (enfin la Mars) qui se meurt.

Si dans un premier temps, les aliens se montrent hostiles en voyant une étrange créature au-dessus de leur couveuse (d’accord, mais aussi, qu’est-ce qu’elle fout là votre couveuse ? Pourquoi ne pas la mettre dans votre village, où elle serait en sécurité, hmm ? Non, c’est sûrement trop malin, oublions, vous êtes au niveau du reste du film), ils constatent rapidement que la bestiole barbue à la peau beige semble sauter monstrueusement haut et aimeraient comprendre ce qu’il est, aussi le chef des Verts, Francis, pose donc ses armes pour s’approcher pacifiquement de John en l’amadouant, même s’il ne parle pas sa langue ; il tente de se présenter calmement, "Moi Francis, toi comment ?", et John de répondre "Je suis John Carter, de l’état de Virginie (pourquoi le préciser ? Tu aurais pas pu te contenter de "John Carter, et je suis con comme une huître" ?) Ah mais oui, attendez la suite)", donc voilà, attention, running gag du film : l’alien comprend juste "Virginie", et appelle donc le héros avec un nom de fille, hohoho, qu’est-ce que l’on se marre, la vache, allez Michel, tiens moi les côtes avant qu’elles n’explosent, vite, je sens l’hilarité secouer ma carcasse. Enfin bref : notre capitaine Carter étant définitivement un gros con, plutôt que d’essayer de causer tranquillement avec cet alien qui parle et fait des gestes lents pour essayer de communiquer sans hostilité, il se met à sauter dans tous les sens en hurlant pour chopper les armes de Francis au sol et essayer de péter la gueule à tout le monde. Finalement, et ça n’étonnera plus personne, il finit par être assommé par l’un des aliens en ayant marre de le voir s’agiter en tous sens comme un lycéen après son premier whisky-coca.

C’est consternant : jamais ce garçon ne peut suivre un dialogue en entier ou écouter ce qu’on lui dit, il faut toujours qu’il tente de maraver tout le monde. Je pense que "John", c’est en fait l’abréviation de "Jonathan" selon Mozinor.

Mais quittons John et allons voir du côté d’Hélium, cité des Bleus faite de pierre blanche et de trucs design qui chatoient façon "Coucou, on est la ville des gentils", au sein de laquelle la princesse Jennifer (son vrai nom est "Dejah Thoris", mais on va mettre Jennifer, ça correspond plus au personnage) est occupée à préparer son speech pour sa dernière découverte scientifique (car non content d’être plutôt drôlement bien foutue, c’est aussi une méga-scientifique, là encore, bravo, on n’avait jamais vu un personnage du genre dans plus de 7 000 autres films) : une nouvelle source d’énergie apte à redonner vie à la planète en faisant revenir océans, végétations et autres trucs cool comme par exemple, la malaria. Seulement voilà, ses répétitions sont dérangées par l’arrivée de son père, le roi d’Hélium et des Bleus, qui a une bien triste nouvelle : les Rouges commandés par Bob et son arme mystérieuse et surpuissante viennent de raser tous les villages qui dépendaient de la cité (toute opposition est désintégrée en quelques secondes d’un bon coup d’énergie bleue) ainsi que les derniers restes de l’armée d’Hélium encore debout : bientôt, ce sera l’assaut final, et plus personne ne sera en mesure de défendre la ville. Mais le bougre de Bob a formulé une proposition d’issue à ce conflit vieux de 1 000 ans : si on lui file la princesse en mariage, il ira la baisouiller et oubliera la cité.

Que… quoi ? Le mec fait la guerre, mais en fait, c’est juste pour attraper le cucu de Jennifer ? Je sais pas, tu pouvais pas juste l’inviter au resto, Bob ? Meetic sur Mars, il faut au moins 1 million de morts pour s’y inscrire ? Enfin tu fais comme tu le sens, Bobounet, mais à mon avis, il y avait d’autres solutions qu’un génocide pour séduire la bête. M’enfin pour ce que j’en dis.

"Nooooooooon, pas mon cucu :’(" s’exclame donc Jennifer pleine de désarroi à l’idée que Bob vienne mettre son gros canon n’importe où ; c’est pourquoi elle s’empresse de présenter sa dernière découverte, qui peut offrir une autre solution à cette histoire : sa source d’énergie. Elle a baptisé la chose "9e rayon", car c’est le nom donné à l’énergie légendaire qu’utilisaient les dieux autrefois, et qu’elle soupçonne Bob d’utiliser pour alimenter son arme, même si elle ne comprend pas comment il a pu découvrir la chose avant elle (prétentieuse, va). Donc avec ça, la cité devrait pouvoir se défendre contre Bob (oui, avec quelle armée, donc, vu qu’elle vient d’être éradiquée ?) et ses sbires. Bon, ce n’est pas tout à fait au point, mais elle pense que d’un jour à l’autre, elle va ainsi pouvoir finaliser son générateur et donner cette énergie à la ville. Sauf qu’au moment où elle dit ça, le générateur en question grille : elle ne l’a pas vu, mais un des conseillers du Roi a posé la main-dessus et a justement envoyé un coup de jus fait de la même énergie bleue dans le bousin, ce qui a grillé les circuits en niquant toute chance de faire jouer la garantie. En sortant de la salle, le conseiller va dans un coin discret changer d’apparence… il s’agit en réalité d’un moine magique ! Ces derniers peuvent donc non seulement se téléporter, détruire et tuer à volonté grâce à l’énergie bleue, mais aussi être polymorphes, c’est quand même bien pratique surtout pour les soirées orgies et les bisexuels farceurs !

Bob le méchant découvre les conditions d'inscription de Meetic - Mars

Enfin, je sens bien que vous enquiquine avec mes histoires de Jennifer, la princesse-scientifique-bonnasse, aussi allons donc plutôt voir ce qu’il advient de John.

Après ses dernières aventures, ce dernier se réveille en piteux état dans le village des Verts, au moment où l’expédition qui l’a trouvé ramène dans la petite tribu les nouveaux nés qu’ils ont récupéré. Le rituel est alors simple : les bébé, et parmi eux John, à peine mieux considéré qu’un enfant, sont tous relâchés au milieu de la foule des femmes du village qui s’arrachent les marmots pour en avoir un ; finalement, Glouglou, une femme du village un peu fébrile et au corps couvert de marques de fer rouge voit tous les enfants être pris devant elle par d’autres ; elle prend donc John, le "petit ver blanc", car nul ne sait quelle curieuse créature il est (putain les mecs, vous vivez pas sur une planète où il y a des tonnes d’humains qui se font la guerre ? Ah mais oui : ils ont des TATOUAGES du coup, impossible de faire le lien entre John et eux, ils sont tellement différents). Finalement, tous les nourrissons sont jetés au fond d’une grotte au sein de la bourgade, où les gens viennent s’occuper d’eux pour les nourrir & co collectivement.

Attendez : ai-je bien suivi ? Chaque femme du village choisit un enfant, mais en fait, c’est pour 15 secondes car après ils sont remis collectivement au fond d’une grotte pour être élevés en groupe ? C’est complètement con. Et incohérent. Merde, ça vous dirait pas de faire tenir une scène debout, comme ça, juste pour voir ? Sans incohérence, poncif moisi, télescopage véreux ou autre ?

Tel un Laurent Weil, je rappelle le budget du film : 250 millions de dollars.  Je pense qu’il y avait des gens prêts à se battre pour relire le script et souligner les incohérences  pour 0,000004% du budget, mais bon. Je digresse encore.

Une nuit, Glouglou, qui est chargée jusqu’au lendemain matin de surveiller les nouveaux nés (avec parmi eux John, donc, même s’il est attaché pour ne pas fuir, et a été dévêtu et rasé pour des raisons qui m’échappent, même s’ils lui ont filé un pagne parce que ce sont des aliens, certes, mais encartés chez Familles de France aussi ne voudraient t-il pas voir une kikounette à l’air au milieu de leurs enfants), file un curieux liquide à boire à John, qui fait que soudain, il se met à comprendre le langage des aliens et à le parler sans effort : probablement de la vodka chargée au pastis, car comme chacun sait, plus un type est bourré, plus il est persuadé de maîtriser les langues étrangères, même lorsqu’il a arrêté l’espagnol au lycée.

Ainsi paré pour comprendre la civilisation dans laquelle il a atterri, John attend que Glouglou s’en aille et découvre un nouveau de ses pouvoirs : non seulement il saute super haut, mais aussi, il est super fort ! Il va pouvoir être encore plus relou que d’habitude, chic ! Il peut donc sans souci arracher ses chaînes et fuir… jusqu’à ce qu’une sorte d’énorme chien local le repère et s’entiche de lui : une espèce de colossal cloporte à la gueule canine monté sur six pattes dodues qui malgré son air pataud, peut se déplacer à environ 500 km/heure (vraiment, au départ, le héros croit à de la téléportation) : nous l’appellerons Zip le chien. Ce sera le personnage soi-disant rigolo de l’aventure.

John tente donc d’éviter ce curieux animal qui risque d’attirer l’attention sur lui, mais ne pouvant se déplacer assez vite pour le semer, tente de l’esquiver en sautant de bâtiment en bâtiment, jusqu’à tomber sur visiblement une grosse soirée des Verts, où tout le monde s’éclate et fête l’expédition victorieuse du jour en buvant des mojitos fraise-tagada ; seulement voilà : Zip en voulant suivre John court jusque dans la salle où la troupe est réunie et aboie en direction de Carter alors qu’il observait le tout depuis une fenêtre. Cela a plusieurs conséquences :

  • les Verts pètent la gueule au chien qui a pourri leur soirée, ‘foiré, tu vas la fermer ta gueule, dis ? (si seulement les Yorkshires pouvaient subir cela)
  • John tente de sauver l’animal, il s’en fout au fond, mais dès qu’il peut distribuer des coups de boule, il est content, et là il y a un prétexte à baston
  • D’un seul coup de poing de sa super force, John tue l’un des Verts, ce qui l’étonne lui-même (mais moins que le Vert au crâne fracassé, quand même)
  • Les Verts, comme l’ensemble des spectateurs, en ont marre de ce héros qui saute partout en tabassant tout le monde pour un oui ou pour un non et parviennent à l’assommer, une fois encore.

Oui, je sais : John passe la moitié du film assommé environ, mais c’est tellement pratique pour faire des transitions, reconnaissons-le. Vous imaginez ? Comment ferait-on autrement ? On a jamais inventé mieux.

Le lendemain matin, la tribu a décidé de punir Glouglou pour ne pas avoir assez bien surveillé John alors que c’était son boulot, merde alors : elle est condamnée à recevoir une nouvelle marque de fer rouge sur la peau, avec cette remarque : "Il n’y a plus de place pour d’autres marques, Glouglou : si tu chies encore dans la colle, tu devras mourir, non mais ho" ; misère, quelle cruauté ! Enfin quand je dis cruauté : à côté de ça, John a tué un des leurs hier soir, et ils ne lui font même pas remarquer ; c’est totalement normal, on va plutôt punir la nana, c’est une femme, si elle prend un coup de fer rouge, elle saura bien pourquoi, ah mais. J’aime bien la justice chez eux : "Tu n’as pas pu arrêter seule le prisonnier à la force monstrueuse qui a besoin de 30 guerriers pour être maîtrisé ? Punition pour ta faute ! Tu as tué un des nôtres ? Boh, tu sais, c’était Gégé, il était un peu lourd en fait, tu nous as dépannés."

Bon, voyons voir; avec quoi pourrais-je tenter de me trancher la gorge pour arrêter ce visionnage ?

Allez, poursuivons : alors que notre tribu en était toute à ces considérations, soudain, de drôles de bruits se font entendre dans le ciel : un vaisseau Bleu est en train de survoler l’endroit, coursé par un vaisseau Rouge ! A son bord, Bob est à la poursuite du navire volant de la princesse Jennifer, qui a tenté de fuguer pour ne pas voir son rectum offert au seigneur des méchants ; bien vite, Bob utilise  quand même son gros canon de bras pour détruire les réacteurs ennemis, et il a tôt fait de se pointer à l’abordage de la nef ennemie, massacrant les défenses de celle-ci en deux temps trois mouvements. Hélas, la princesse est introuvable à bord… car elle est en train de tenter de s’enfuir avec un autre vaisseau, plus petit ! Mais un tir colérique de Bob a tôt fait de mettre son vaisseau en mauvaise posture, et la douce se met à choir dans le vide.

"Oui John, nous faisons partie des civilisations où l'on fait des armures pour filles décolletées avec nombril apparent. C'est culturel, tu peux pas comprendre"

"Ho, une humaine !" s’exclame John en voyant les fesses de la princesse grossir à vue d’oeil (parce qu’elles se rapprochent en tombant, hein, pas parce qu’elle a trouvé un pack de Danette) "et pas moche avec ça, quel coup de bol", manque t-il d’ajouter pour le spectateur qui n’aurait pas remarqué. Ni une, ni deux, il bondit dans les airs et s’élève si haut qu’il récupère la jeune femme et atterrit avec sans dégâts un peu plus loin. Et derrière, une fois la bougresse sur le plancher des crypto-vaches, il s’en va foutre la zone dans les vaisseaux au-dessus de l’endroit, n’hésitant pas à tabasser des servants de canon pour se servir de ce dernier et tirer dans le tas sans chercher à comprendre ; c’est vrai, autant tuer tout le monde. Tiens et puis John, à l’occas’, tu nous expliqueras où tu as appris à utiliser les armes aliens, tu seras gentil.

"Comment ?" dit la donzelle, "Quel est cet humain croisé avec une puce pour sauter si haut ? Cela dit, s’il est croisé avec une puce, cela signifie aussi que son pénis représente 25% de sa masse corporelle, ce qui veut dire que..." – mais avant que son altesse coquine puisse jeter un oeil sous le pagne de John, Bob et ses hommes font atterrir leurs vaisseaux et se lancent à l’assaut de John et sa copine. S’ils résistent un temps grâce à la force surhumaine de notre héros et les talents de fine lame de Jennifer (qui est donc princesse-bonnasse-scientifique-maître d’armes, rien que ça), ils ne doivent leur salut qu’à l’arrivée en masse des aliens Verts, finalement décidé à se joindre à la fête, qui repoussent rapidement les humains rouges à coups de fusil dans la margoulette, obligeant Bob et ses hommes à se replier.

Attendez, on parle bien de Bob et de son méga-canon désintégrateur qui peut tuer toute une tribu de débiles verdâtres en un coup ainsi que tout potentiel mec en slip tentant de lui chourave sa princesse ? Oui ? Bon : on va dire qu’il se replie parce qu’il y a "Le Destin de Lisa", et qu’il ne veut pas le manquer, ou que les tuniques bleues de Powell ont fini de préparer les crêpes et que Bob est attendu pour commencer la soirée, parce que c’est lui qui doit aller acheter le Nutella à Monoprix, hein, parce que sinon, il n’a aucune raison de le faire.

Misère. Ce que c’est nul. Scénaristes, je vous rappelle une règle essentielle : ne jamais donner un pouvoir surpuissant à un personnage, sinon, il parait logique qu’il s’en serve pour régler ses problèmes. Enfin je dis, ça, c’est pas mon métier, holala.

A noter que parmi les Rouges, il y avait dissimulé sous couvert de polymorphie un moine magique, qui observant la scène, s’est contenté de murmurer "Hmmmm… intéressaaaaaaant… je le veux vivant…" (ce qui explique en partie pourquoi Bob ne l’a pas transformé en chouquette d’entrée de jeu, même si ça ne l’empêchait pas pour autant de défoncer les Verts et récupérer sa princesse sans faire le moindre effort) ; mais il n’a rien fait de plus. Alors que, là encore, nous le verrons plus tard dans le film : les moines magiques ont le pouvoir de prendre le contrôle du corps de n’importe qui à vue. Et dire qu’on en est qu’à la première moitié de ce chef d’oeuvre.

En tout cas, la bataille a tellement enthousiasmé les Verts, qui d’habitude ne se mêlent jamais des combats entre humains Rouges et Bleus, qu’ils arrivent en masse près de John pour que Francis, leur chef, puisse s’exclamer : "Tu es très laid, mais tu es superbe : tu es désormais un Vert à part entière ! Tu combattras pour nous !" (pour fêter ça, ils lui offrent des bretelles pour tenir son slip ; non, je n’invente pas, ça fait tellement tribal).

Mais John se la joue pacifiste fatigué : "Je ne combats pour personne". Non, c’est vrai : toi, tu vois le cul d’une nana tombant du ciel du coup derrière, directement tu tues tous les gens s’opposant à elle sans te demander pourquoi ils la poursuivaient. Ce n’est pas du tout combattre pour quelqu’un hein. Noooon. Pour un cucu, peut-être, mais pour quelqu’un, non. Du tout. Quelle logique, John.

En tout cas, le soir venu, Jennifer se présente et explique qu’elle est une simple scientifique (elle ne révèle pas qu’elle est aussi une princesse, elle ne veut pas d’emmerdes), et qu’elle se demande d’où vient John. Lui tente d’expliquer que voilà, il est de l’Etat de Virginie, et qu’il ne comprend pas trop où il se trouve ; finalement, la discussion dérive sur le système solaire, et Jennifer explique que notre héros est bel et bien sur Mars, même si eux l’appellent "Parsum" (oui, apparemment, l’alcool magique qu’a bu John traduit les phrases de tous les aliens qu’importe leur race, mais pas les noms propres, c’est vraiment curieux comme truc. Ou, comment dit-on ? Ah oui : moisi). Chacun parle de son monde : pour John, ici, tout est merveilleux car il y a des vaisseaux flottant dans l’air ; pour Jennifer, la planète dont parle John semble étrange, car il parait qu’on y trouve encore des océans, et que les vaisseaux flottent dessus. Mais comment John est-il arrivé là ? Ce dernier l’explique en montrant du doigt le médaillon avec lequel il est venu, que porte désormais Francis qui l’a trouvé près de lui quand il l’a capturé.

"Ça ?" demande Jennifer. "Tu es donc un Thern ? Tu es venu comme ça sur cette planète et tu veux rentrer chez toi, c’est ça ?" ; "Ho bin oui, c’est ça", dit John au hasard. Cela semble un peu énerver Jennifer, qui s’exclame donc "Hé bien alors, allons voir au temple, tu pourras rentrer chez toi !" avant de foncer dans une direction précise, malgré les cris de Glouglou, la "responsable" de John, qui répète "Non, c’est interdit, il ne faut pas y aller si on est pas un Vert !" tout en les suivant.

Ne me demandez pas comment Jennifer connait l’emplacement exact du temple d’une tribu qu’elle n’a jamais rencontrée, c’est comme ça.

Après avoir marché un moment, la troupe arrive dans un site religieux troglodyte couvert de sculptures et d’inscriptions diverses ; là, on peut voir une sculpture représentant 5 moines magiques côte à côte, les Therns d’après ce que dit Jennifer : "Alors voilà, tu es un Thern, hein ? Mais c’est impossible ! Ils ont disparu il y a des milliers d’années, à l’époque où il y avait encore des océans sur cette planète ; ils nous ont conseillés puis sont partis. Maintenant, ils sont auprès de la Déesse, et il faut prier pour communiquer avec eux, ce sont nos protecteurs. Tu ne peux en être un ! J’en étais sûr, tu bluffes Martoni !".

John se défend donc tant bien que mal à base de "Hohoho, quiproquo, en fait, je ne suis sûrement pas un Thern : moi j’ai pas le crâne rasé", mais il finit par voir une sculpture semblable à son médaillon : on lui dit que c’est le portail de la Déesse, situé sur la dernière rivière de la planète, et qu’il permettrait d’accéder à d’autres mondes selon la légende… vite, il faut y aller si John veut trouver le chemin du retour vers la Terre !

Hmmmm, d’accord ? Autre option : John, tu es venu avec le médaillon que Francis porte désormais, mais qui n’est pas bien loin. Pourquoi n’essaies-tu pas de le récupérer plutôt que de partir à l’aventure ? Il doit sûrement pouvoir te ramener. Mais non, non : c’est trop malin. Autant se faire chier un peu par monts et par vaux.

Sur ces entrefaites, les Verts déboulent dans le temple, hurlant "Par la Déesse, c’est interdit de venir ici si on est pas un Vert 100% pure souche, sacrilège ! Y a un panonceau à l’entrée "interdit aux space-rastacouères !" Demain, vous serez condamnés à mort ! Et Glouglou, on t’avait prévenue : tu mourras avec eux !".

Sauf que le lendemain, Francis, le chef de la tribu des Verts, semble triste à l’idée de tuer tant John que Glouglou (par contre, Jennifer, il s’en tape un peu). Curieux, car logiquement, les Verts sont connus pour être sans pitié quand il s’agit de faire régner l’ordre dans la tribu… John réalise soudain pourquoi : "Bon sang, Francis, j’ai tout compris tellement je suis malin ! Glouglou : c’est ta fille, même elle ne le sait pas ! Tu ne peux la tuer, et elle est super gentille comme toi car elle est ta descendance ! Logiquement, les bébés sont élevés en tribu, mais toi, tu l’as reconnue dès que tu l’as vue" : et en effet, c’est ça. John est super fort en psychologie alien en se basant sur du rien en fait, dites-donc. Je suis bluffé. Si seulement il était aussi un peu moins con qu’un humain trépané, ce serait presque sympa. En tout cas, Francis décide d’agir : il rend son médaillon à John et le laisse ainsi que Jennifer et Glouglou se barrer en les aidant à trouver un chemin sûr jusqu’à la sortie du village. Il se dit qu’ainsi, John pourra veiller sur Glouglou, loin de la justice un peu raide des Verts (qui sont donc des indiens gentils, mais un peu de droite quand même).

Ah oui, voilà à quoi ressemblent les Verts. Autant vous le dire, ils sont super forts à la Playstation.

Sitôt cela fait, la petite troupe prend donc discrètement la route, laissant derrière elle Francis, qui va devoir affronter le jugement de sa tribu pour avoir laissé les filous s’échapper : il paiera donc le tribut du sauvetage de sa fille.

Pardon ? Que dites-vous ? Quoi "Et Bob pendant ce temps ?" ? Ah, oui, c’est vrai, vous avez raison : vous savez, Bob, qui avait détruit 90% de toute la civilisation Bleue rien que pour se marier avec Jennifer, et qui a des vaisseaux volants, une arme surpuissante, une gigantesque armée & co et qui sait où est la tribu où sa donzelle s’est enfuie ? Et bien pendant ce temps, il… ne fait rien. Voilà. Sérieusement, vous voudriez pas essayer d’écrire un truc vaguement crédible ? Je veux dire : même expliquer que Bob avait choppé la tourista et était bloqué en mode peinture sur porcelaine était plus crédible que de l’oublier. A ce moment du film, j’ai tenté de me planter une branche de lunette 3D dans la gorge, mais les bouts sont ronds. Rah.

Donc, disais-je, la troupe commence à errer dans le désert en direction de la dernière rivière de la planète (j’aurais pensé que du coup, les deux dernières villes de la planète, Hélium et Krokoko seraient à côté, mais non : ces gens ne doivent pas boire. D’ailleurs, Mars, c’est quand même sympa : une planète, deux villes. Ça laisse pas mal de place pour des barbecues.), sauf qu’en chemin, Glouglou en observant les étoiles réalise que Jennifer, qui les guide, les emmène dans la mauvaise direction : elle les emmène en fait vers Hélium, car elle veut que John donne une chance à la ville de se défendre face à Bob ! En réalisant cela, John décide de jouer le gros dur, en lui retirant sa monture et s’éloignant en mimant l’abandon dans le désert façon chien sur une aire d’autoroute "Tu m’as déçue, Jennifer". Malgré ses pleurs, il ne se retourne pas, jusqu’à ce qu’en essayant de leur courir après, la belle trébuche.

Et là, non : une fille qui trébuche dans le sable, c’est trop triste : John ne peut résister au fait de sauter vers elle pour aller à ses côtés : "Pardon, j’allais te laisser crever dans le désert, mais là, non, un bobo à la cheville, c’est trop horrible. Allez, s’il-te-plait, maintenant, dis-moi la vérité, je sens que tu as un lourd secret au fond de ton coeur".

Couverte de larmes mâtinées de mascara et de morve, la douce révèle alors la vérité : "Snuuuurfl… En fait, je suis la princesse d’Hélium, et mon père veut me marier à Bob le méchant. Or, je n’ai pas envie de vendre mon cucu pour arrêter la guerre." ; mais John est impitoyable : si elle doit sacrifier sa virginité pour sauver des vies, alors elle doit le faire en tant que membre de la famille royale. Ah mais, dis, hein, ça suffit les caprices. Ah ça, pour allumer tout le monde en combattant en décolleté, il y a du monde, mais alors dès qu’il s’agit de passer aux choses sérieuses, on salit sa culotte de petits pets liquides. Bravo Mademoi… Madame.

Cependant bon, hein, John n’est qu’un homme, et en slip qui plus est (même s’il a des bretelles) : il succombe évidemment quand même au charme de la belle, et lui dit qu’ensemble, ils vont trouver un moyen de changer tout cela. Mais en attendant, il veut quand même aller à la rivière pour trouver le portail reliant les mondes, et comprendre comment il a pu arriver ici un peu plus clairement. Soit : il en sera fait ainsi.

Pendant ce temps, à Krokoko, la ville montée sur pattes qui se promène dans le désert pour des raisons qui m’échappent, Bob s’entretient avec l’un des moines magiques qui le conseillent, et ce dernier lui explique le plan auquel il doit se tenir : il doit épouser la princesse (merci, on le savait), qui sera bien retrouvée à un moment ou à un autre (en même temps, sachant que vous saviez où elle était, c’était pas bien compliqué d’aller la chercher, mais chhht, chhht, du calme les neurones, arrêtez, vous vous faites du mal), et ensuite, c’est là que le plan est génial… le mariage pourra permettre de faire une diversion pour qu’Hélium puisse être envahie par Krokoko, hahaha, ce plan est diabolique !

Pardon ? Le plan génial c’est "bourrons la gueule aux autres" ? Je crois qu’il dure depuis 1 000 ans, sans vouloir vous vexer les gars. D’ailleurs, vu le super canon de Bob, je vois pas trop pourquoi il y a besoin d’un mariage : il suffit d’arriver de face, de tirer un coup sur la cité, et pouf, c’est réglé.

Mais c’est sûrement trop compliqué.

Après cet intermède profondément intelligent, retournons donc sur la dernière rivière de la planète, qui, ça tombe bien, n’était quand même pas trop trop loin. Il s’agit en fait plutôt d’un fleuve qui serpente au sein d’un canyon, avec, au milieu, un énorme roc à la forme étrange : le fameux portail de la Déesse. Selon le rituel des Verts (Glouglou l’explique), les pèlerins qui veulent rencontrer la Déesse prennent une barque et s’y rendent, et en général, n’en reviennent pas.

"Tu vois, là c'est où on en est du film. Les cailloux qui restent, c'est toutes les fois où tu vas encore te faire assommer. On continue, tu es sûr ?"

En même temps, les pèlerins sont cons (eux aussi) : le canyon est tellement étroit qu’il est possible de remonter la rivière depuis le sommet de celui-ci, à pied, et arrivé au gros caillou, un pont de singe suffirait. Mais encore une fois : ce serait tellement logique qu’il ne faudrait surtout pas le faire pour ne pas perdre la moyenne d’une incohérence par scène.

Après avoir cheminé sans trop d’encombre sur une petite embarcation le long de la rivière, John, Jennifer et Glouglou arrivent donc au gros caillou, et si cette dernière tombe à genou pour prier en ne se considérant pas digne de voir le rocher de la déesse, Carter et la princesse s’en approchent. Et sitôt que John rentre au contact de la pierre, son médaillon se met à briller, et une porte s’ouvre devant eux, menant dans les profondeurs du rocher, dans une petite salle où l’énergie bleue semble pulser : le 9e rayon ! Et tout autour, une carte du système solaire avec… les instructions pour retourner sur Terre ! Sauf qu’elles contiennent des coordonnées que Jennifer ne peut déchiffrer qu’avec des documents se trouvant à Hélium (son dictionnaire français-gloubitz)… pas de souci : grâce à leur mémoire magique, nos deux héros retiennent le tout en 5 secondes, et sont prêts à repartir. Au passage, grâce aux informations laissées dans la salle, John a compris comment il était arrivé là : le médaillon qu’il a trouvé a créé un double de lui sur Mars et y a transféré son esprit… son corps est donc toujours sur Terre en même temps ! Sympa.

Ok, donc je retiens : John s’étant réveillé sur Mars avec le médaillon à la main, cela signifie qu’à chaque fois que le médaillon est utilisé, il crée un double et se téléporte avec ; hé bé, ça doit être vite le bordel quand on fait des allers-retours, mais je… ah… gnn… pardon. Une soudaine envie de pleurer tellement c’est nul. Psychologiquement, ce film est très dur à regarder.

Enfin en tout cas, soudain, des tirs retentissent à l’extérieur du rocher ; vite, il faut ressortir ! C’est Glouglou qui fait parler son fusil, puisque tout autour du ravin, un bon millier de créatures comme elle, des Verts, sont apparus, sauf que eux semblent appartenir à une tribu sauvage qui attaque tout et tout le monde. Ce qui explique sûrement les disparitions de pèlerins dans le coin ; en réalité, nos héros ne peuvent le savoir, mais c’est un moine magique qui a averti cette tribu que notre petite troupe arrivait, et a recommandé de capturer la princesse et de buter les autres.

Nos larrons ressortent donc du ravin aussi vite que possible (en remontant toute la rivière en sens inverse à la rame pour revenir à l’entrée du canyon récupérer leur montures – le tout sans que leurs agresseurs bordant les hauteurs de l’endroit ne parviennent à les toucher une seule fois de leurs armes durant tout le trajet, pourtant fort long, ou à les devancer à l’entrée de la rivière alors que eux ont des montures) pour tenter de prendre la fuite ; mais hélas, la tribu, qui dispose elle aussi de diverses bestioles à chevaucher, gagne doucement sur eux. John, sentant la fin proche, serre très fort la main de Jennifer, puis saute en l’air pour atterrir un peu en arrière en hurlant le célèbre "Fuyez, je vais essayer de vous donner un peu de temps !" et "Au fait, pourquoi on a pas pensé à utiliser nos fusils pour en tuer un maximum avant qu’ils ne soient sur nous ?".

Sauf que là, attention, je résume : d’un coup d’un seul, John et Zip le chien (qui les suit depuis le début) se retrouvent seuls face à près de 1 000 ennemis, soit près de 4 000 bras armés vu le nombre de membres des bestiaux… et ils sautent tous en même temps sur John.

Mais ce dernier est si fort qu’il les explose tous un par un (notons que la force de John varie beaucoup dans ce film : par exemple, il peut détruire un crâne d’Alien avec deux doigts ou arracher ses chaînes sans souci, par contre, quand Jennifer lui tire sur le bras, il ne peut lutter contre son emprise : soit elle est super baraquée, soit c’est nul, camarade : choisis ton camp), sans jamais s’épuiser, hein, c’est tellement facile : tout le monde se jette sur sa lame sans poser de question, et Zip aide à en tuer quelques uns qui traînaient (curieusement d’ailleurs, John est le seul être de la planète à avoir un animal aussi rapide que Zip, ce qui est fort curieux, parce qu’un truc si gros et allant si vite, j’aurais imaginé que ce serait la base des transports et/ou utilisé en sacrées meutes pour attaquer autrui, mais visiblement, non, c’est beau). Et évidemment, pile au moment où il va crouler sous le nombre (enfin, il en a quand même bien déjà tué 200 ou 300 seul : visiblement, c’était ni trop dur, ni trop fatigant), des tirs provenant du ciel dispersent la tribu des agresseurs, les obligeant à se replier : un immense vaisseau Bleu est sorti du ciel !

Glouglou et Jennifer tentent donc de revenir vers John, et voient le vaisseau atterrir au milieu de tout ce petit monde, débarquant son commandant : le papounet de Jennifer ! Celui-ci serre sa fille dans ses bras ("Mais bordel, tu vas finir par le cacher ton nombril, oui ? T’as plus 16 ans, merde !"), mais c’est pour mieux l’informer d’une curieuse nouvelle : Bob le méchant est venu se livrer sans combattre à Hélium, expliquant qu’il voulait ainsi montrer sa bonne foi dans sa volonté d’épouser Jennifer pour fonder une dynastie porteuse de paix entre les deux nations.  Dans tous les cas, John est récupéré assommé (oui, encoooore) de sous les 3 tonnes d’aliens qu’il a découpé, embarqué dans le vaisseau avec Jennifer (mais pas Glouglou, qui reste à l’écart), et tout le monde s’envole vers l’infini et au-delà.

Ah oui, dans les accessoires du Monsieur, là, en fait, il y a un fusil. Du film, il ne pensera jamais à s'en servir, même quand des ennemis le poursuivront et qu'il pourra tirer depuis sa monture

A son réveil, notre brigand de capitaine Carter est dans une sorte de riche chambre encombrée de nombreuses bannières rouges et de gardes : d’un regard par la fenêtre, il peut voir qu’il est à Krokoko, cité mobile des vilains Rouges. Il constate d’ailleurs alors qu’il a de nouvelles fringues, mais toujours plus ou moins en forme de slip à bretelles (le pantalon est un concept étrange sur Mars). Curieux.

Cela étant dit, il ne peut s’interroger plus avant sur les passions slipesques des habitants de cette planète, car un général des Bleus qui était à bord du vaisseau qui l’a amené ici lui rend visite. Les préparatifs du mariage vont bon train, tout va pour le mieux et… et il tend discrètement son épée à John pour lui demander de le prendre en otage. Comme quoi, quand ce n’est pas John qui tabasse tout le monde dès le réveil, ce sont les gens qui lui demandent de le faire. Du coup, notre héros ne peut résister à faire sa spécialité : il attrape le bonhomme et commence à péter la gueule à tout le monde (… vous êtes encore là ? Moi, mon esprit est en train de courir nu dans les champs fleuris de mon imagination, personnellement, j’ai abandonné depuis longtemps le suivi de l’intrigue) avant de bondir de bâtiment en bâtiment jusqu’à arriver à une haute tour que lui indique le général Bleu : les appartements de la princesse.

Là, le général s’éclipse pour laisser Jennifer, en splendide robe traditionnelle (comprendre : un peu de tissu sur les roudoudous et un gros pagne), et John exprimer leurs sentiments ; la donzelle explique que ooooh, John, je dois épouser Bob, mais c’est par obligation, car sinon, c’est pour toi que ma culotte palpite (classe, bravo). Je t’en supplie mon aimé, j’ai fini par déchiffrer les codes que l’on a trouvés ensemble pour retourner sur Terre, ne me demande pas quand et comment vu que l’on est jamais repassés par Hélium où il y avait ce dont j’avais besoin et que là en plus j’ai un mariage à préparer, mais voilà : il suffit de dire "Tralala, la Terre, me voilà", et tu y seras. Pars, mon aimé ! John commence à réciter mais… ah. Au moment où il va prononcer la dernière syllabe, Bob le Méchant entre dans la chambrée, et demande à sa fiancée si elle est prête pour la cérémonie. Et il demande aussi si elle était seule, car il l’entendait parler.

Et là, attention, Actor’s Studio : elle se retourne trèèèèèès lentement en disant "Seule ? Heuuuuuuuu…. biiiiiiiiiiiiiin…." et voyant qu’il n’y a plus personne derrière elle – elle suppose que John a prononcé la dernière syllabe et est donc retourné sur Terre (sauf que si on suit la théorie du médaillon, il devrait rester un corps puisque ça ne téléporte que le médaillon tout en réalisant une copie du voyageur à destination, mais elle l’a déjà oublié, c’est pas comme si elle était un peu scientifi… ah, si. Non, elle est juste aussi bête que John). Elle fait donc un soliloque des plus mauvais à base de "Hoooo ouiiiiiiii je suis seuuuuuuuuuuuuuuleuuuuuuuuuuuuh…. bouhouhou". Ok, donc après les effets spéciaux, non seulement il n’y avait plus de budget pour le scénario, mais aussi pour les acteurs. Je vois.

La bougresse sort donc de la chambre avec son futur mari, expliquant que désormais, elle est prête pour la cérémonie.

Mais haha ! C’est sans compter sur John, qui ne s’est pas téléporté ; il a juste bondi pour se planquer dans un coin du plafond quand la princesse lui a tourné le dos à l’entrée de Bob, afin de se planquer dans un coin. Maintenant que tout le monde est parti, il descend donc tranquillement de sa cachette, et s’apprête à suivre tranquillement le futur couple pour voir si ce mariage ne cache pas une ruse, quand soudain, il tombe nez à nez avec une servante, qui change d’apparence devant lui… un moine magique polymorphe ! Le bougre, d’un coup de sa montre magique, tire un rayon qui paralyse John et… non.

L’assomme.

Nan mais sérieusement ? Sérieusement ? Mais John, t’as pas envie de mettre un casque à force de te faire assommer ? Non parce que tu gagnerais vachement de temps. Enfin, continuons dans le festival du navrant.

John, s'il te plaît, enfile ça.

A son énième réveil depuis le début du film, Carter  se retrouve donc à l’arrière d’un véhicule façon limousine locale, assis en face du moine magique qui l’a assommé. Il lui péterait bien la gueule directe, mais il s’aperçoit que de curieuses runes brillent sur son corps de terrien égaré : il ne semble pas maître de ses mouvements : il est sous le contrôle de son ennemi. Ce dernier commence à l’interroger :

"Alors, tu es le capitaine John Carter ? J’ai appris que tu venais de la Terre, c’est cool comme coin. Tu es américain non ? De Virginie, j’ai cru comprendre ? Un bien bel Etat, même si je ne le connais pas encore très bien. Bon, assez fait le kakou : comme tu es là, je vais t’expliquer ; tu vois mec, je suis un Thern, un être immortel (même si tu as buté un de nos potes sur Terre avec un vulgaire flingue, mais chut) qui a vu le début de cette planète et en verra la fin. Comme sur toutes les planètes où on va, il se passe la même chose : une guerre civile éclate à un moment, et du coup, la planète se meurt. Enfin ça, c’est le scénariste qui le dit, parce qu’en fait, les deux n’ont vraiment aucun rapport puisqu’il n’y a que deux petites villes pour toute une planète, pas une trace de pollution et que des gens qui se battent à l’épée, arme qui consomme peu d’énergie et détruit peu l’environnement aux dernières nouvelles, même en tapant sur des arbres. Bref, tu dois sûrement ne rien en avoir à foutre, mais le même scénariste a écrit que je devais t’expliquer tout mon plan, comme dans tous les mauvais films depuis bientôt 50 ans : alors voilà, nous on veut que la planète meure, car nous sommes des profiteurs. Oui, on profiterait plus longtemps des richesses de la planète si elle était vivante, mais on est juste trop cons, ne me demande pas pourquoi non plus, sinon on a pas le cul sorti des shürbs, comme on dit sur Tarantos-12. Or, la princesse Jennifer, qui n’a que ça à foutre de ses journées, a découvert le 9e rayon, une énergie trop bien qu’on utilise nous même et qui pourrait sauver la planète. Donc, pour l’en empêcher, on veut la tuer. Mais plutôt que de nous téléporter/polymorpher et de la désintégrer tranquillement et sans risque, on a trouvé plus intelligent de monter un plan de merde que des gens regardent depuis plus d’une heure et demie de film dans lequel on la marie de force à Bob le méchant, qui est assez bête pour nous obéir,  afin qu’il la tue durant la nuit de noces. Oui, on est un peu des moines décadents qui lisent Twilight : on trouve ça trop dark de tuer quelqu’un durant sa nuit de noces. Du coup, autant en organiser une rien que pour le meurtre. Et durant la même nuit, et alors que grâce au mariage, Bob serait déjà désormais le maître des Bleus et des Rouges, on va l’aider à amener la cité de Krokoko sous les murs d’Hélium pour que la ville soit prise en une nuit grâce à l’effet de surprise. Car oui, on pense aussi que non, jamais les gardes d’Hélium ne vont repérer une cité de plusieurs milliers de personnes pesant des millions de tonnes se déplaçant sur des pattes géantes à 2km heure venant se coller sous leurs murs. Ainsi, Bob, notre instrument, deviendra le maître des Bleus et des Rouges, et nous dominerons la planète, même si on aurait déjà pu le faire en tuant leurs leaders et se polymorphant en eux pour dicter nos ordres, hohoho ! Voilà voilà. Mais évidemment, si je te raconte tout ça, c’est parce que je… heu… bon. Ho et puis merde, je rends mon tablier, ce script sent comme un discours de Claude Guéant."

Durant cette petite causette, le moine farceur a emmené notre héros avec lui pour se promener en ville, histoire de maximiser ses chances d’évasion, des fois que. Et évidemment, ça ne rate pas : au moment où notre héros s’apprête à être embarqué à bord d’un petit vaisseau volant pour être emmené on ne sait où, Zip le chien, qui a pour propriété de "retrouver quelqu’un n’importe où", un peu comme un pervers lambda, sort de nulle part comme un mauvais rebondissement et arrive à plusieurs centaines de kilomètres heures, défonce le moine qui ne s’attendait pas à ça, et libère John, qui peut donc aussitôt prendre les commandes du vaisseau pour fuir ; après des débuts chaotiques avec l’appareil (comprendre une séquence supposément drôle de 7 secondes où le héros dérive en maugréant sur la bécane aérienne), notre capitaine Carter a tôt fait de la dresser tel un mustang sous la lune ronde ; il devient donc instantanément un pilote de qualité divine sans aucune raison, et sème sans souci les rares poursuivants armés lancés derrière lui en allant voler sous les pattes géantes qui permettent à la cité de Krokoko de se mouvoir, provoquant divers crash, et calculant des sauts de fou pour atterrir sur les appareils de ses poursuivants pour les maraver. Une fois cela fait, notre loulou fuit dans une direction aléatoire où, coup de bol, il se trouve que Glouglou a la gentillesse de l’attendre. Et même d’abattre d’un bon coup de fusil son dernier poursuivant. Vraiment, tout est super bien calé dans ce film.

Qui a dit "télescopage minable" ? Sortez s’il vous plaît, c’est vraiment manquer de respect à une si belle oeuvre.

Voilà, maintenant que nous sommes entre amateurs de films de qualité pleins d’idées originales, poursuivons : John est bien embêté : il irait bien libérer la princesse, mais il lui faudrait au moins une armée ! Parce que non, la kidnapper en deux bonds à vitesse de fou, ou envoyer Zip le chien qui va à moult à l’heure la ramener comme un vulgaire bâton (elle n’est guère plus épaisse), ce serait trop facile. Donc il va plutôt tenter de monter une armée capable de battre une autre armée expérimentée après 1 000 années de guerre,  menée par un mec avec un brassard magique capable de désintégrer, et ça tombe bien, une armée entière.

C’est vrai, ça me parait être la meilleure solution.

"Ok les Verts : j'ai tué l'un des vôtres, fui votre jugement, aidé deux autres condamnés à partir, provoqué la chute de votre chef bien aimé mais vous allez être gentil et me suivre pour aller attaquer avec votre seule tribu la plus grosse armée de la planète, okay ?"

John explique donc qu’il a besoin des Verts pour bourrer la gueule aux Rouges maintenant que les Bleus sont affaiblis et sur le point d’être submergés par un assaut surprise des Rouges, justement. Il se rend donc promptement grâce à son vaisseau volant fraîchement volé jusque chez les Verts pour demander leur aide, mais c’est oublier qu’ils avaient été condamnés à mort chez eux, et qu’ils n’avaient pu fuir qu’avec l’aide du petit chef Francis (… encore une décision intelligente, John) ! Or, suite à cela, ce dernier a été dégradé comme un vulgaire Sylvain Mirouf dans 1ère Compagnie, et le nouveau chef est Têtaklak, un grand type grognon qui ne pense qu’à être violent avec tout et tout le monde. Aussi, lorsque John arrive et découvre que Têtaklak a remplacé Francis, le nouveau chef des Verts bête et méchant…

Allez, devinez, attention :

A) … lui propose une choucroute, puis un concours de pets sous la lune

B) … tombe amoureux de lui, et lui arrache ses bretelles à slip en l’embrassant langoureusement, avant de lui masser le dos de ses 4 bras puissants

C) … s’est pendu. Lui aussi regardait le film jusqu’ici.

D) … l’assomme, parce que c’est à peu près ce qui arrive à la fin de chaque scène.

C’est bon ? Vous avez trouvé ?

Bravo, même si la C était tentante, la réponse était bien D.

A son réveil (combien de paragraphes de ce spoiler commencent ainsi ?), Carter est donc au fond d’une cellule, en compagnie de Francis, désormais prisonnier des siens pour son crime de complice dans l’évasion de Jennifer, Glouglou et John plus tôt dans le film. Une nuit se passe donc, et le lendemain, tous les deux sont envoyés par Têtaklak dans l’arène-dont-personne-ne-pourrait-sortir-vivant-tant-c’est-chaud-sa-race. et bien vite, et pour éviter que John ne puisse s’en sortir facilement, il est enchaîné à un fort gros caillou, avant que deux "singes blancs" (oui, ce nom là est traduit par le breuvage qu’a bu John, alors que les Therns, par exemple, qui désigne aussi une espèce : non. C’est magique) ne soient lâchés, immenses gorilles albinos à l’air grognon qui visiblement, ne mangent pas que des feuilles de bananier au petit déjeuner. John, qui a donc une super force à géométrie aléatoire, ne parvient pas à briser sa chaîne ; en même temps, plutôt que d’essayer de briser l’endroit où elle s’accroche à lui, il tire sur 9 mètres de métal rattachés à un rocher pour voir si ça pète, mais bon : on est plus à ça près. D’ailleurs finalement, non : ce n’est pas la vieille chaîne visiblement rouillée qui lâche…

… mais le rocher (… bouhouhou) dont il brise un monstrueux morceau qu’il fait tourner au bout de la chaîne pour tabasser un singe tel un Joey Starr de Mars, avant de parvenir à obtenir une épée suite à une intervention sympathique de Glouglou, descendue dans l’arène pour l’occasion (non, elle n’était pas emprisonnée, elle était dans le public, alors que je croyais qu’elle aussi était condamnée à mort, non ? J’ai dû rêver), et jouer à "explore un singe vivant", un jeu pratiqué uniquement par les John Carter armés d’épées et les zoophiles.

Têtaklak, plus grognon encore qu’il ne l’était, hurle donc que c’est un scandale, et voit John le défier pour prendre la tête du clan ; le vieux guerrier Vert ne fait évidemment pas le poids face à notre héros qui, en un seul saut, le décapite tranquillement. La foule en délire de l’arène, composée de toute la tribu des Verts acclame donc son nouveau héros, et comme il se doit, il suffit à notre loulou de hurler un bon discours (oui, tout le monde l’entend, il doit aussi avoir une super voix) à base de "Battons nous pour la liberté", "Mourrons debout" et "Mettons fin à la guerre en déclarant la guerre à tout le monde !", ce qui n’aurait pas déplu à Georges W. Bush de par sa pertinence, mais soit.

Bon, le poncif du grand discours avant la bataille finale, c’est aussi fait. On peut donc y aller.

L’armée des Verts s’élance donc sur diverses montures au travers du désert martien, fonçant vers la cité de Krokoko, montant à bord sans problème (elle est pas montée sur des pattes géantes ?!), et ne rencontrant que peu de résistance ; car une fois une sentinelle capturée interrogée, celle-ci explique la terrible vérité : Bob, Jennifer et toute l’armée sont déjà à Hélium !

Je… attendez, mais si je me souviens bien : le plan c’est bien d’amener la cité de Krokoko sous les murs d’Hélium, non ? Donc il suffit juste de traverser la ville et c’est bon, vous y êtes à Hélium vu que la cité mobile doit être en position, vous pouvez même éventuellement tomber sur l’armée des Rouges attendant de donner l’assaut et vous battre avec dans la joie et l’allégresse, permettant ainsi non seulement d’utiliser l’avantage de la surprise, mais aussi de donner l’alerte à Hélium ! Mais heu… non. Nos héros vont plutôt juste dire "Hooooo….", et John ajouter "Bon bin, on va tirer des vaisseaux volants et aller sauver la princesse à Hélium alors !" ; mais comme il se trouve que les Verts n’aiment pas voler, il doit partir seul. Caca.

Pour rappel, Krokoko, la cité qui doit approcher discrètement Hélium, c'est ça.

Au même moment, donc, dans la plus haute tour d’Hélium, Bob, Jennifer & tout plein de VIPs sont en train de participer au mariage qui mettra fin à la guerre. Comme les choses sont bien faites, tout ressemble quand même beaucoup à un mariage terrestre (d’ailleurs, la monogamie est aussi évidemment de mise, hein) et pile au moment où nos deux loulous s’apprêtent à être déclarés mari et femme, un petit vaisseau volant brise l’immense verrière sous laquelle ils se trouvent, et un homme en slip à bretelles en surgit : John Carter ! Il hurle "Ce mariage est un pièèèèèège ! Krokoko est sous les murs d’Hélium, mais personne ne l’a remarquée tant une ville-forteresse sur pattes, c’est discret ! Défendez-vous, Hélium !" ; et de tous les fourreaux, des lames surgissent aussitôt, les deux camps reprenant leur guerre civile en pleine salle des mariages. V’là l’ambiance.

Bien vite, le combat éclate entre Bob et John, l’assistance se contentant de pousser des "Hoooo !" et des "Haaa !" en échangeant vaguement quelques coups entre Rouges et Bleus, d’ailleurs on notera que le grand méchant, qui grâce à son brassard, peut faire apparaître l’arme de son choix, génère une épée. Pas un flingue, un canon, une épée plus longue que son adversaire et plus vive ou même un tir d’énergie désintégratrice dans la gueule, non : une épée minable. J’ai déjà dit que c’était méchamment nul ? Bon bin, je le redis : c’est nul. On se croirait dans Green Lantern : "Hey mec, tu peux créer n’importe quelle arme ! Que choisis-tu, la seule limite est ton imagina… une… une épée ? Je… Ok, j’avais pas pensé à l’imagination limitée comme problème. Je vois je vois."

Mais rapidement, le duel tourne malgré tout en défaveur de John (? Il avait pas une super force ? Ah mais oui c’est vrai : elle varie toute les deux minutes parce que tout cela est écrit avec les pieds.). Notre héros se retrouve en conséquence bloqué sous la lame de Bob le méchant, et celui-ci lève donc lentement son arme en hurlant "Ahahaha, j’ai gagné, je vais te tuer, mais d’abord, je vais te raconter ma vie, puisque chacun sait que je ne serais interrompu qu’au dernier moment, comme dans tout truc vu et revu ! Regarde par exemple, pile au moment où je veux abattre ma lame après avoir fait la causette, il va forcément se passer quelq…" et paf : pétant encore un peu plus la verrière, voici venir les Verts dans des vaisseaux volants (il leur a donc fallu 2 minutes montre en main pour changer d’avis, trouver des vaisseaux, les capturer, apprendre à voler et arriver sur place. Ok.) ! Une gigantesque bataille s’entame donc, les Verts nettoyant tout et tout le monde de leurs quatre bras en s’amusant comme des petits fous (enfin, ils défendent surtout Hélium ; encore une fois, depuis le début, John et ses alliés ne se sont jamais intéressés aux politiques d’Hélium et de Krokoko ; si ça se trouve, Krokoko est une république fière et libre, et Hélium un empire esclavagiste de gros bâtards, mais j’insiste : il a suffi du cul d’une princesse suspendu dans les airs pour que notre héros choisisse son camp. A ce niveau là, c’est même plus être influençable, c’est être une otarie) ; et John a donc pu reprendre le dessus dans le duel l’opposant à Bob, mais alors qu’il le tient enfin en respect, le brigand rouge dit "Très bien, je vais tout te dire, John Carter : ce qu’il se passe ici, c’est que…"

Soudain, alors qu’il s’apprêtait à tout révéler du plan des Therns, de l’énergie bleue se forme autour de lui et… l’écrase littéralement, le tuant quelque peu, tant sans le crâne, on est tout de suite moins bavard (elle est sympa cette arme : un moine l’aurait utilisé sur Jennifer au lieu de monter leur plan merdique, c’était bon aussi et sans ennuis, mais bon, hein). Et la même énergie se dirige vers John, commençant à le recouvrir ! Et pile au moment où elle allait le couvrir totalement et l’écraser, voici le Canis Ex Machina : Zip le chien jaillit de nulle part encore et mord un Vert dans la foule, qui regardait John en caressant un curieux bracelet bleu : il s’avère être le moine magique en chef qui avait capturé John pour raconter tout son plan et filé son arme à Bob au début du film, polymorphé en Vert ! Hélas, quand tout le monde saute sur lui pour le tabasser, le bougre parvient à s’enfuir après diverses aventures, utilisant son médaillon téléporteur pour ce faire.

La bataille est donc achevée : victoire, Hélium est libre !

Au fait, il n’y avait pas une cité surarmée au pied des murs ? Avec toute une armée, quand Hélium n’en avait plus, toutes ses troupes ayant été désintégrées par Bob durant la dernière offensive ? Si, si, mais ils se rendent parce qu’on a tué leur chef. Non, il n’y a pas de sous-chef : c’est une cité remplie de gens qui se disent "Bon, allez, on se rend sans faire d’histoire : ce sera moins chiant à gérer que de gagner la guerre en 2 minutes en prenant Hélium d’assaut à 50 000 contre 12."

Tout le monde se demande donc ce que l’on va bien pouvoir faire maintenant que tout est fini : la guerre de 1 000 ans, tout ça, bon. On va aussi oublier les moines magiques : c’est pas comme s’ils pouvaient revenir, ou être déjà là polymorphés prêts à agir. Mais tenez, allez : finissons bien la soirée, il y avait des bouteilles au frais et une pièce montée ; tant qu’à faire, marions John et Jennifer, maintenant qu’elle est libre, son fiancé ayant eu le crâne écrasé par une énergie étrange ! Grâce à la magie des mauvais montages, tous les corps étalés partout et le sang versé quelques minutes plus tôt disparaissent comme par enchantement, et on peut donc voir Carter prendre pour épouse une martienne ; ensuite, lui et sa douce s’éclipsent pour sa nuit de noces.

Je sais pas vous, mais moi j'ai pas vu directement la différence entre la tenue de mariage et l'armure de guerrière.

Et ça tombe bien : durant la nuit de noces, plutôt que d’apprendre les positions terriennes les plus célèbres à Jennifer, John nous fait le coup du mec qui n’arrive pas à dormir (on t’a pas demandé de le faire pour ta nuit de noces, hein), et médite sur le balcon façon philosophe maudit. Il décide soudain que ce balcon n’est pas assez haut pour ce qu’il veut faire, et abandonne donc sa femme quelques instants, le temps de monter au sommet de la tour où il se trouve pour balancer son médaillon : il n’a aucune envie de rentrer sur Terre, sa vie est ici ; mais en redescendant, un garde l’aborde, et Zip le chien qui accompagnait notre héros se met à grogner (mais n’a pas le temps d’agir, malgré le fait qu’il aille à 300 kilomètres heure. Hein ? Non je… non. Que voulez vous dire de plus ? Tout est raté dans ce film. Chaque scène semble avoir été conçue pour organiser un génocide de vos neurones, chhhht, la fin approche. Mais rassurez-vous, les incohérences ne sont pas finies.), et le garde prend soudain sa vraie apparence : il s’agit d’un moine polymorphé (toujours rien le chien ? Non ?), qui envoie une bonne décharge d’énergie à John… le tuant.

Le bougre se réveille donc un peu paniqué dans son ancien corps sur Terre, avec quelques crampes : il est toujours au fond de sa grotte, avec des filons d’or visible partout, mais plus de médaillon pour repartir sur Mars ! Il pleure donc à chaudes larmes, tout en jetant un bref coup d’oeil à l’endroit où se trouvait le colonel Powell avant que son esprit ne se retrouve sur Mars : il n’y a plus qu’un squelette moustachu. Hmmm, il a dû se passer quelques mois, voire un peu plus. Quelques mois durant lesquels aucun de ses hommes ne l’a cherché, c’est sympa.

Notre héros a donc ainsi fait sa richesse, comme peut le lire Ned qui arrive donc sur la fin du journal de son oncle contant cette incroyable aventure sur Mars et le récit de sa vie : grâce à cette mine d’or contenant des tonnes et des tonnes du précieux métal ; puis, riche, il a organisé des fouilles aux quatre coins du monde à la recherche d’autres Therns comme celui qu’il avait tué sur Terre (qui lui n’a pas laissé de squelette. Hmmm. Encore un oubli au montage, mais je laisse ce genre de remarque à d’autres) ou d’un de leurs médaillons, d’où sa maison encombrée d’objets issus de multiples aventures, et a fini par en récupérer un au bout de 10 années de labeur. Il s’est donc fait construire un mausolée ne s’ouvrant que de l’intérieur avec un cercueil ouvert pour que son corps terrestre puisse reposer en paix, et a simulé sa mort pour pouvoir y être enfermé à l’abri, et se réveiller en cas de problème s’il était tué sur Mars, et il a besoin que ce corps soit protégé car s’il meurt ici, il mourra aussi sur la planète rouge (moi j’aurai été un Thern, en sachant ça de base, plutôt que de buter John sur Mars, je l’aurais directement liquidé sur Terre, là où son corps sans défense reposait, en plein dans une grotte utilisée par les Therns et connue d’eux, donc trop facile à trouver, puisqu’un peu leur maison de campagne en Amérique, mais bon). Il précise une dernière chose : "Ned, toi seul peux accéder à ma dépouille ; tu dois me protéger ! Car pendant que tu lis ce journal, si ça se trouve, les Therns sont déjà en train de violer mon petit corps encore chaud ! Toutes ces années, ils m’ont suivi, je le sais ! J’en ai encore semé un l’autre jour en allant t’envoyer mon ultime télégramme !"

"Mon Dieu, mon oncle a conçu un titanesque plan de merde !"

Oui, parce que bon : se faire enterrer chez soi là où on pouvait te trouver n’était pas très malin John : je doute qu’une porte arrête des êtres pouvant se téléporter et désintégrer des trucs à volonté. Mais ça va bien avec le reste du film.

Ned file donc dans le cimetière de la riche demeure de son oncle, et martèle la porte du mausolée en hurlant "Ouiiii mon oncle, je te protégerai ! Faut juste que je trouve comment on ouvre cette porte pour être sûr…" ; le bougre cherche donc, et finit par trouver sur l’inscription "Inter-Mundis" ornant le monument qu’en poussant les lettres N-E-D (… ah putain, oui, dur à trouver), la porte s’ouvre.

Ce que Ned ne peut pas voir, c’est que pendant ce temps, derrière lui, un homme à chapeau melon a surgi : celui qui suivait son oncle dans les rues de New York au début du film, qui s’avère être un Thern, faisant apparaître un couteau dans sa main (non, je ne commenterai pas cette énième arme de merde). Seulement au moment où le bougre s’apprête à planquer le jeune rouquin, il est abattu dans le dos… par John Carter, encore dans son costume mortuaire ! Celui-ci s’empresse de récupérer le médaillon de téléportation du mort, et d’expliquer à Ned la vérité : tout ça, c’était une méga-ruse. Il savait qu’un Thern viendrait le tuer à la première occasion (ils ont eu 10 ans pour le faire, pourquoi ne l’ont-ils pas fait, sachant qu’en plus sur Terre, nenni de super saut ou de super force pour l’ami Carter ?! Stop ! Stoooop !), a simulé sa mort grâce à un venin particulier, et a donc utilisé Ned comme appât menant à lui pour obliger un Thern à sortir de son trou et lui dépouiller son médaillon, car en réalité, il n’en avait jamais trouvé aucun !

John s’enferme donc dans son mausolée en souriant, laissant son jeune neveu balbutiant derrière lui, au côté du cadavre d’un type en chapeau melon qu’il aura probablement bien du mal à expliquer et qui l’enverra se faire de nouveaux amis en prison, puis Carter se couche dans son cercueil, le médaillon nouvellement acquis contre sa poitrine en murmurant "Tralala, Mars, me voilà !" et POUF ! Une lumière bleue le télép…

FIN

J’espère qu’en arrivant avec 10 ans de retard, il a retrouvé sa princesse ayant fait son deuil avec un nouveau mari, 5 gosses, et les seins en guise de protège-genoux.

En tout cas, moi j’ai fait le deuil d’une partie de ma santé mentale.

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Bien, bien bien.

Bon, je vais supposer qu’il s’agissait de fautes de frappe dans les critiques de la presse évoquées en introduction ; permettez-moi donc de corriger les quelques oublis, erreurs et autres coquilles qui s’étaient glissées pour tenter de rétablir ce qu’auraient dû être les avis de nos fiers journalistes dans un monde à peu près cohérent (donc pas celui de John Carter).

20 Minutes – 0 étoiles sur 5 : On se demande si la saga connaîtra d’autres épisodes, tant à ce niveau là, il va falloir demander son interdiction par la convention de Genève.

L’Ecran Fantastique – 0 étoiles sur 5  : (…) le mariage irrésistible de "Mon Curé chez les nudistes" et de "Les Pompiers 2 : change de trou, ça fume". (…) "John Carter" est l’une des pires horreurs que l’humanité ait connues depuis la fin de la guerre du Vietnam et l’utilisation massive du napalm" (…) [le film dévoile] que quitte à griller 250 millions de dollars, Disney aurait mieux fait de les mettre dans la dette grecque

Rectum Large – 4 étrons sur 5 : Andrew Stanton réussit son ambitieux pari, de brûler les cornées de toute une salle par le simple pouvoir de sa nullité crasse.

Excessif  - 0 étoiles sur 5 : ["John Carter" est] souvent époustouflant en termes d’incohérences (…) sans que l’action ne soit jamais lisible. (…) A la fois western raté, oeuvre de science-fiction échouée et film à en faire blanchir vos cheveux de désespoir, "John Carter", plus que naïf, propose une aventure où le désert scénaristique côtoie la galaxie des poncifs.

Le Monde – 0 étoiles sur 5 : "John Carter" est une merde. 

Libération – 0 étoiles sur 5 : Encore un échec du mandat de Nicolas Sarkozy.

Et bien voilà. C’est quand même plus cohérent comme ça. Inutile de me remercier, amis journalistes :

Je ne fais que mon travail.

La voyante sourcille en consultant le creux de ma main.

Sous les lampes fatiguées pendant du plafond de la roulotte, je laisse la vielle femme à l’oeil de verre passer un doigt noueux sur la paume de ma main, suivant les lignes de celle-ci à la recherche d’informations invisibles.

"Oui… hihi… kof… – son rire siffle dans sa gorge en soufflant des vapeurs de mauvais tabac – … je vois… hihi ! Vous êtes un homme cruel ! Vous avez fait beaucoup de mal autour de vous… hihi ! 
- Bravo mamie : c’est parce qu’il reste une dent plantée sur l’une des mes phalanges que vous avez deviné cela ? Mais vous savez, ce type avait bien mérité ce crochet du…
- Hihi… non ! Non Monsieur, non ! – elle passa un long doigt dans ses immenses cheveux gris sales – je vois que vous avez dit du mal de beaucoup de choses… de gens bons… de films de qualité ! Souvenez-vous… Drive… Inception… je sais que vous en avez dit du mal !
- Vous m’en direz tant. Maintenant, si vous me parliez de mon futur ?
- Kof kof… oui ! Bien sûr Monsieur… je vois… je vois Le Pacte qui va bientôt sortir…
- Je le sais déjà.
- Oui mais… au même moment… il y aura… – elle s’arrêta en crachant une substance noirâtre dans sa main avant de se reprendre – … une soirée spéciale Nicolas Cage sur M6 !
- Comment ? – bondissais-je – Que dis-tu, vieille folle, c’est impossible !
- Hihi… siiiii… siii… et dedans il y aura… Prédictions ! Et Lord of War ! Mais épuisé par le spoil du Pacte, tu ne pourras t’en occuper que d’un seul d’entre eux… lequel choisiras-tu ? Hihi ! Vois cette ligne sur ta main, se divisant en deux autres : chacune annonce un Destin différent ; que choisirais-tu ? Que… attends ! L’avenir s’éclaire d’un coup ! C’est comme si toutes les lignes de ta main devenaient plus cla…"
 

La vieille s’effondre dans une gerbe de sang en recevant ma main à forte vitesse dans le nez ; quantité de fichus et autres grigris l’accompagnent dans sa chute, alors que la boule de cristal qui ornait la table part s’écraser au sol, déséquilibrée avec son support dans la cohue.

"L’avenir s’annonce sombre", me dis-je "Tant de films, si peu de temps pour spoiler". "Ta prédiction est sombre, vieille femme".

Un petit râle se fait entendre, en provenance du tas de tissu dont émergent quelques cheveux gris en-dessous de moi.

"Mais je t’apprendrais à me tutoyer au pied levé, gitane !"

Cela dit, mon manteau claque alors que je passe la porte de l’étroite maisonnette sur roues ; tant qu’à parler de futur, mon choix se porterait sur Prédictions.

Il est temps de spoiler, mes bons.

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L'affiche : regardez bien le titre, parce que vous allez voir, en fait, ça n'a aucun rapport avec là où le film veut en venir. Mais on en reparle à la fin.

Tout commence en 1959 à Lexington, Massachussetts, cet Etat au nom qui ne fait quand même pas très sérieux. Nous y retrouvons dans une cour d’école de joyeux marmots s’ébattant gaiement ; un seul d’entre eux semble un peu moins profiter de l’allégresse d’une bonne vieille récréation : une certaine Lucinda Wayland, petite fille mystérieuse (elle a de longs cheveux bruns) qui observe l’horizon les yeux dans le vague, probablement parce qu’elle a encore léché la collection de timbres au LSD de papa. D’ailleurs, la came est si bonne qu’elle a l’impression d’entendre des voix lui chuchoter des choses ("Lucinda, fuis ce film, vite !") ; heureusement, comme toutes les élèves, s’il y a bien une voix qu’elle n’entend jamais, c’est bien celle de Mme Taylor, sa maîtresse, qui lui intime de rentrer en classe, allez, ça suffit de regarder le paysage les yeux vides, on est pas dans un film de Godard, sacrebleu.

Sitôt en salle de cours, nous apprenons que l’école est neuve, et que dans quelques jours aura lieu l’inauguration officielle de celle-ci par les autorités, aussi les enfants ont chacun proposé une idée d’évènement pour célébrer la chose ; on découvre en passant que nous sommes bien dans un film américain, puisque tous les galopins de la classe sont évidemment dotés de coupes de cheveux à la con (plus proches de 1420 que de 1959), sont sages et ne papotent jamais entre eux, se tiennent droit et répondent avec bonheur en choeur à chaque propos de la maîtresse, et ne se lâchent que pour chuchoter des trucs du genre "Ho, chic alors ! J’espère que mon idée sera retenue, quel bonheur d’apprendre à l’école !" : c’est tellement crédible, l’enfant n’étant pas du tout un trou du cul indiscipliné par définition dont le seul objectif est de se tirer de ce bourbier pour aller tabasser ses comparses sous le préau. La maîtresse, lorsqu’elle leur propose de réfléchir, leur demande même d’enfiler leur "chapeau créatif", petit rituel durant lequel les enfants tous ensemble font semblant d’enfiler un chapeau invisible : c’est tellement affligeant qu’on dirait de la pédagogie moderne, tenez. Bref : tout ça pour dire que l’idée retenue pour l’inauguration sera évidemment celle de Lucinda, puisqu’elle est la seule à avoir un prénom dans cette classe, et que son plan consiste à mettre en terre une "capsule temporelle", tube de métal dans lequel les enfants glisseront chacun un dessin représentant leur vision du futur, avant que le tout ne soit mis en terre pour 50 ans. Ainsi, les générations futures qui occuperont les lieux pourront découvrir comment leurs ancêtres les imaginaient, quelle belle idée (ou confondre le bidule avec une bombe d’Al Qaida et faire péter le tout d’entrée de jeu).

Toute la classe se met donc au travail, en imaginant le futur, probablement des dessins de soviétiques brûlant le Capitole ou, à l’inverse, d’enfants joyeux dansant sur la tombe de Fidel Castro ; on ne voit guère les productions des marmots, à l’exception de celle de Lucinda, qui fâche un peu la maîtresse : au lieu d’avoir fait un beau dessin bien laid, la bougresse a couvert sa feuille d’une suite de chiffres incompréhensibles, et alors qu’elle s’apprête à finir ce qu’elle écrivait, Mme Taylor en bonne fasciste lui retire sa feuille en lui faisant les gros yeux, parce que merde, c’est quoi ce travail ? Elle avait demandé un dessin, pas une missive de Bertrand Renard !

Passons et allons directement quelques jours plus tard, le jour de l’enterrement de la capsule, où Lucinda est curieusement introuvable alors qu’elle était avec sa classe quelques instants plus tôt ; toute l’école est fouillée de fond en comble, et ho ! La bougresse est retrouvée, certes, mais enfermée dans un placard après y avoir gravé quelques chiffres – probablement ceux qu’elle n’a pas eu le temps d’écrire sur sa feuille – dans le bois d’une porte… via ses ongles : autant dire qu’elle a un peu bobo les mains, parce que flûte, ça pique maîtresse ! Chose intéressante, la morveuse se plaint d’avoir fait ça parce que "des voix dans sa tête le lui demandaient" ; de là, deux solutions :

  • C’est la réincarnation de Jeanne d’Arc, et autant dire que dans un pays où le peuple parle plutôt l’anglais, elle va essayer de passer tout le monde au fil de l’épée (à part peut-être Chico, le travailleur agricole mexicain en situation irrégulière)
  • Elle est complètement défoncée à la ganja, et comme on est en 1959, la seule solution que la médecine préconise pour ce genre de problèmes est une bonne grosse série d’électrochocs dans la gueule, ce qui risque de lui brûler un peu les couettes

Mais avant que le scénariste ne réalise ce petit détail sur les principes médicaux de l’époque, nous voici face au générique du film : traversons l’espace-temps d’environ… hmmm… 50 ans. Pouf pouf.

Nous voilà donc en 2009 : le futur est bien pire que ce que les enfants pouvaient imaginer, puisque les Nicolas Cage existent ; celui-ci, prénommé John Koestler d’après le scénario, a pour fils Caleb, autre caricature de l’enfant du film américain ; consultons la check-list du morveux, voulez-vous ?

  • Coupe de cheveux vaguement au bol ? Check.
  • Côté soi-disant "Je suis un enfant malicieux, hihihi" mais en fait juste "Je suis super lourd et je me la joue Monsieur Je-sais-tout, hihihi" ? Check.
  • A un animal de compagnie qui est son meilleur ami ? Check (dans notre cas, ce sera un lapin probablement prénommé Adolf comme tous les petits animaux à moustache, par contre, curieusement, il n’apparaîtra que dans cette scène).
  • Dialogues pas du tout enfantins ponctués de  "Mais si je suis un enfant, regardez, quand je finis une phrase, je pars en courant" ? Check (mais si, vous avez tous déjà vu un film où le morveux remet en place ses parents en leur expliquant comment se comporter dans la vie avant de partir en courant parce que remettre les gens en place, ça le bouleverse)
  • L’enfant dit toujours la vérité et incarne l’innocence même, sans compter qu’il est une sorte d’allégorie de la gentillesse sur Terre ? Check.

Petit bonus, Caleb, pour faire l’enfant fragile, a un appareil auditif (retire-le petit, tu échapperas aux dialogues avec un peu de bol !). Soit, c’est bien noté, mais alors, que se passe t-il ? Et bien John et son fils sont en plein barbecue nocturne à observer les étoiles ensemble, quand soudain, Caleb lâche sa première ligne de dialogue :

"Papa, est-on seul dans l’univers ?"

Ça y est, c’est bon, je sais pas vous, mais moi j’ai la fin du film.

En tout cas, je sais qu’elle va impliquer des aliens, puisque comme chacun sait : tout dialogue doit être utile. Et si en plus c’est Caleb qui cause, alors là… bref, John répond que "Ho bin on sait pas mais dans l’immédiat, on est seuls… POUR L’INSTANT *CLIN D’OEIL*" ; s’ensuit peu après un autre dialogue durant lequel on apprend que Maman Koestler est morte, mais qu’elle aussi est dans le ciel, probablement dans un endroit magique où les champs sont de macarons et où les fers à repasser poussent sur les arbres. Que demander de plus pour une femelle, à part éventuellement une machine à laver angélique ?

Cela étant dit, la soirée se passe sans incident, et nous retrouvons donc notre héros au travail le jour suivant, au Massachussetts Institute of Technology, ou M.I.T pour les amateurs, où il enseigne donc l’astrophysique, même si de prime abord, on dirait surtout qu’il s’occupe plutôt de philosophie, tant il pose des questions existentielles à ses élèves du genre "Pensez-vous que l’avenir soit écrit ?" ; aucun de ses étudiants n’a l’audace de lever la main pour lui dire "Professeur, vous vous foutriez pas de notre gueule ? Au prix de nos études, on aimerait avoir des cours d’astrophysique, pas vos questions existentielles à deux sous balancées sur le tapis au prétexte que ça arrange carrément l’intrigue d’un film qui parle de prédictions, ah bin tiens, d’ailleurs, c’est le titre.", et à la place, la petite classe supporte juste le discours de notre enseignant qui explique sans raison que lui, il ne croit pas trop en Dieu, que pour lui, la vie est le fruit du hasard, et que donc, elle est sans but (il ponctue ce propos d’un soudain silence avec regard dans le néant façon "Je me suis perdu dans ma propre obscurité, je suis trop dark, hmmmmm.", aucun doute que ça fasse chavirer le coeur des amatrices de Dark Kiss dans la salle).

A noter que nous apprenons autre chose : entre deux réflexions philosophiques, le seul sujet scientifique abordé dans ce cours est "le soleil". Là encore, je me demande trop si ça va servir, tenez.

De toute manière, tout le monde sait très bien que le soleil est méchant : un bébé maléfique vit dedans

Sitôt le cours terminé, John sort retrouver l’un de ses collègues, Phil, qui lui propose de venir à un repas en présence de sa femme et de sa belle-soeur, célibataire et fortement poumonnée à en croire le scientifique ; John n’hésite donc pas à réfléchir longuement afin de bien souligner que non, même si tout cela est diablement tentant, il n’a pas encore surmonté le deuil de sa femme et préfère décliner. Phil, plein de désarroi, insiste sur le fait qu’il est dans l’erreur, mais John l’interrompt soudain : "Ho non, j’avais oublié : aujourd’hui, ce sont les 50 ans de l’école de mon fils, il participe à la fête, je dois y aller !" ; ne voulant pas que son fils lui reproche de le délaisser, il fonce.

Ça aussi, c’est du jamais vu : "Ho non ! J’ai encore oublié le match de base-ball de mon fils, vite, je dois y aller !" suivi de "Papa, t’es encore arrivé en retard… tu m’avais promis que tu viendrais voir le match :( " ; je suis sûr qu’il y a quelque part, dans une cave d’Hollywood, un générateur à scripts de films dans lequel il suffit de mettre quelques pièces et de sélectionner les éléments préconçus à glisser dedans pour obtenir le document complet.

"VOUS AVEZ SÉLECTIONNÉ "Père célibataire" ET "Prophétie" ET "Apocalypse" VOICI VOTRE FILM" et pouf : le scénario de Prédictions

"VOUS AVEZ SÉLECTIONNÉ "Père divorcé"  ET "Prophétie" ET Apocalypse" VOICI VOTRE FILM" et pouf : l’intrigue de 2012

"VOUS AVEZ SÉLECTIONNÉ "Rien" ET "Rien" ET "Rien" VOICI VOTRE FILM" et pouf : le CV de François Baroin

Pratique, cette machine. Mais passons : John arrive évidemment en retard à la cérémonie de l’école de son fils, et voit ce dernier le lui reprocher dans le plus pur style "Papa, tu avais encore oublié…" ; en tout cas, lors de l’évènement, la "capsule temporelle" est rapidement sortie de terre sous les applaudissements des officiels, et ouverte pour que chaque enfant puisse avoir dans les mains une belle réalisation d’un marmot d’autrefois : "Regarde, j’ai eu un dessin de fusée !", "Et moi, d’enfants russes se mangeant du napalm !", mais Caleb, lui, n’a pas cette chance : en ouvrant son enveloppe, il entend de curieux chuchotements, qu’il met sur le compte de son appareil auditif défaillant, et aperçoit au loin un curieux homme en noir observant la scène avant de disparaître ; il réalise alors qu’il s’est méchamment fait rabouiner sur son courrier : au lieu d’avoir un dessin d’un Richard Nixon cyborg, voilà qu’il se tape la vieille croûte de Lucinda, soit une misérable suite de chiffres sur toute la feuille ! Cette arnaque ! Caleb s’étonne un peu mais ne fait aucune remarque sur le fait que bon, la petite fille qui a fait ça aurait coulé un bronze dans la capsule, il n’aurait pas été plus déçu en recevant dans ses mains moites le coprolithe cinquantenaire.

Le soir, de retour chez lui, Caleb râle un peu car son père est incroyablement protecteur avec lui, l’empêchant même d’aller faire un tour avec des amis sur le bateau du papa de l’un d’entre eux (un certain Francesco, bref) ; on découvre aussi que le morveux, toujours plus caricatural, regarde aussi chaque soir dans sa chambre avant de dormir une de ces vidéos que l’on ne retrouve que dans les mauvais films où l’on peut voir sa mère le bercer enfant avant de faire des trucs comme rigoler en gros plan face à la caméra et autres choses supposées être des "instants précieux" (Lifestyle ?) pour verser dans le sentimentalisme. Sitôt la vidéo terminée, l’enfant chuchote "Bonne nuit maman" avant de s’endormir paisiblement, sous les yeux de son père ayant surpris la scène depuis le seuil de sa chambre.

Parents, pensez-y : laissez derrière vous des vidéos déjà montées de vous riant très fort de blagues connues de vous seuls, pour qu’en cas de soucis, vos enfants puissent vous mater vous esclaffer la larme à l’oeil. Par contre, avant de mourir, pensez à léguer le bon DVD ; ce serait bête que Bichon mate chaque soir un Marc Dorcel en étant persuadé que c’est une vidéo posthume de maman (même si ce n’est pas fondamentalement impossible). Je disais ?

Voyant que son fils regarde des vidéos de sa mère morte avant de s’endormir, et ne se faisant pas la remarque que c’est quand même vaguement plus glauque que cucu, John décide de plutôt redescendre regarder tranquillement un documentaire sur les tigres (probablement une métaphore du porno là encore) tout en se cuitant au whisky pour oublier sa triste vie. A noter que, comme vous vous en doutez, lui et son fils habitent évidemment une superbe et grande maison triste quelque part au fond des bois, pour plus de nostalgie au quotidien ; mais passons, car alors que John est fort activé à se palucher s’instruire sur la vie des grands félins, voici qu’il aperçoit dépassant du sac d’école de son fils la curieuse lettre que celui-ci a ramené de l’école ; n’ayant que ça à faire, il se décide à essayer de la décoder.

Comme quoi, même pompette, John est toujours un mec fondamentalement chiant.

En quelques minutes, le bougre réalise que les suites de chiffres forment des dates : incroyaaaable coup de bol, la PREMIERE suite sur laquelle il tombe est 11092001, et il s’exclame donc "11/09/2001 ? Le 11 septembre !" ; hé bin heureusement que t’es tombé là-dessus, parce que tu serais tombé sur une catastrophe minière au Vénézuela dont la date ne te disait rien, tu serais sûrement passé complètement à côté, mais heureusement, la vie est bien faite. Juste derrière, il trouve le chiffre 2996, soit, d’après internet, le nombre de morts officiel des attentats ! Ho ? sur un papier vieux de 50 ans ? Mais c’est impossible, nom de nom ! Promptement (pour appuyer le fait que c’est prompt, il pousse les livres qui occupaient une table au sol pour s’y installer, car comme chacun sait, quand on est pressé de travailler, on ne peut rien déplacer : il faut tout balancer par terre pour bien montrer son entrain), il commence à déchiffrer le reste, et tombe sur la liste de toutes les grandes catastrophes dans le monde (nous allons voir ce qu’il en est) de ces 50 dernières années ! En sachant que, il ne le remarque pas, mais :

  1. Il ne s’agit que de catastrophes ayant choqué l’Amérique, quelle coïncidence ! La prophétie semble n’avoir rien à faire de ce qu’il se passe chez nos amis bridés ou plus ou moins musulmans, par exemple, bref, le monde est occupé à 90% par les USA. D’ailleurs, la prophétie ne compte pas dans les catastrophes la sortie du premier single de M Pokora, ce qui prouve le manque de sérieux de celle-ci
  2. Le compteur de morts est toujours pile poil le même que celui officiel, c’est quand même bien fait !
  3. Cela prend aussi en compte les attentats, mais jamais les guerres, parce que si c’est fait par une armée officielle, ça ne peut pas être une catastrophe nom d’une pipe, C’EST PAS PAREIL !

Quelle superbe prophétie pas du tout orientée ; j’ignore qui étaient les voix dans la tête de Lucinda, mais il semble qu’elles étaient quand même un peu con-con. C’est fou ; quitte à entendre des voix, je préférerais entendre celle d’Einstein plutôt que de Steevy, mais bon, on a pas toujours le choix dans ses pathologies.

Tenez, d’ailleurs, c’est tellement centro-centré sur les Iounaïted staïtes que l’on trouve dans les catastrophes recensées… l’incendie d’un hôtel américain où il y a eu 60 morts, celui qui a coûté la vie à la femme de John ! Attendez, il y a quoi sur ce papier, 40 dates ? Sur 50 ans ? Et ils ont trouvé la place de recenser celle-là ?! Il n’y en avait pas d’autres, pour que l’on prenne en compte le MONDE ? Ah bin non. Raaah, nan mais sérieusement ? Qu’est-ce que c’est que cette prophétie de daube ? N’importe quelle mésaventure de boat-people ou goulag Nord-Coréen en fait plus chaque année !

Ah mais oui pardon, j’avais oublié le principe de base : ces gens sont pauvres, donc on s’en fout. Au temps pour moi.

En tout cas, John constate qu’il y a, liée à chaque date, une série de chiffres qu’il n’arrive pas à identifier (c’est vrai que c’est compliqué : tout le reste du code situait un évènement dans le temps, je me demande bien à quoi peut servir le reste. A le situer dans l’espace par exemple ? C’est super chaud.), et surtout, réalise que… les dernières dates ne sont pas encore arrivées, et sont toutes pour ces prochains jours : là encore, quelle coïncidence ! Non parce que devoir attendre 4 ans pour vérifier si tout cela est du vieux pipeau, ce serait ballot quand même.

Une catastrophe curieusement non-listée

Le lendemain, John fonce donc au M.I.T pour retrouver son copain Phil et lui montrer sa découverte : "Regarde mec ! C’était sur un papier vieux de 50 ans ! Toutes les dates des catastrophes du monde (enfin de notre vision du monde du moins) et nombre de morts sont là, tout ce que je n’ai pas pu identifier, c’est la série de chiffres après le nombre de victimes à chaque fois, mais sinon, tout écrit !" ; John insiste sur le fait que cela n’est pas une blague, qu’il a vu la capsule contenant les papiers être sortie de terre et ouverte devant lui, et qu’en plus, l’enveloppe contenant le courrier était "scellée" (ce qui est faux, puisqu’on l’a vue en gros plan, mais on compte sur la mémoire lamentable des spectateurs pour leur dire que si, si, en fait, elle l’était). Phil, lui, reste sceptique face à tout cela ; plutôt que d’évoquer une théorie vaguement crédible comme "Oui mais qui te dit que des petits malins n’ont pas déterré le truc, rajouté cette enveloppe et ré-enterré le tout  pour faire la blague du siècle?", il tente de souiller les oreilles de tous ceux entendant son propos grâce à une logique à peine digne d’un intestin grêle :

  • "Non mais, attends John, tu es juste fatigué, tu as voulu voir ce que tu voulais dans ces chiffres, comme une vulgaire victime de numérologie".

Oui Phil, c’est clair : et le fait que ça forme VRAIMENT des dizaines de dates à la queue-leu-leu avec compteur de mort à chaque fois, c’est juste une coïncidence. Joue au loto, mec.

  • "En plus, tu vois, tu n’as pas pu décoder les chiffres à côté de chaque date : c’est bien qu’ils sont complément aléatoires, ce qui prouve bien que c’est bidon."

Ho la vache ! "Si tu n’as pas trouvé le code, alors c’est que ce n’est pas codé". Merde, ce type  n’est pas un humain, c’est un Shadok ! Cours John, il va te pomper !

John n’est pas convaincu par ce discours (moi non plus), ce qui est assez crédible puisqu’il était tout pourri, et s’en va donc tenter de creuser la question en allant chopper Mamie Taylor, l’ancienne institutrice de la classe qui avait réalisé les dessins ; il lui apporte donc le courrier de Lucinda en disant "Ho Mémé ! Au lieu de vous faire dessus, vous pourriez me dire si c’est bien le courrier que Lucinda a écrit ?" ; et sans souci, mamie dit "Oui, c’est bien celui-là". Pas en le regardant genre "Ha oui, une feuille couverte de chiffres, c’est bien ça", non ! Elle lit la chose et essaie de se souvenir si c’était la bonne suite de chiffres avant de confirmer que oui oui, c’est bien ça ; c’est ce que j’appelle avoir de la mémoire, bravo mamie, tu vas pas sucrer les fraises de suite. Mais enfin, c’est moi ou c’est complètement con ? Enfin… pendant que je pleurais du sang en regardant cette scène, celle-ci s’achevait donc lorsque mémé ajoutait que, fait curieux : Lucinda avait disparu le jour de l’enterrement de la capsule, et avait été retrouvée terrorisée dans un placard. Hmmm hmm, je vois.

Cela étant dit, après cette journée bien remplie ("Ah, j’ai encore bien fait chier les vieux moi aujourd’hui !") John rentre tranquillement chez lui pour s’occuper de son fils qui, comme tous les enfants solitaires, joue tout seul au ballon (pas contre un mur ou un arbre, hein, non : seul et dans le vide, c’est assez triste à voir en fait). Mais alors qu’il est pris par cette folle activité de gros autiste, le bougre est interrompu par une voiture qui se gare en bas de la maison, et dans laquelle deux étrangers semblent chuchoter directement dans sa tête pour l’attirer à eux ! Ne me demandez pas comment, j’imagine que Caleb entend dans son crâne mou "Viiieeeens petit garçon, j’ai des bonboooons pour toi, viens les prendre dans ma pooooche ! Hu hu hu !", et comme tout enfant un peu con, s’empresse de se jeter dans ce piège pédophile. Sitôt le marmot arrivé à la fenêtre de la voiture, sans ouvrir la bouche, les deux hommes lui glissent dans la main… un curieux caillou noir.

Et bien moi qui parlais de coprolithe cinquantenaire un peu plus haut, je crois qu’on y est, là.

Honnêtement, c’est avec ce genre de cadeau pourri que je comprends pourquoi je n’ai jamais été un enfant de film américain : bien que fort mignon, j’aurais probablement utilisé l’objet pour caillasser le véhicule des malandrins, provoquant certes l’ire de ses occupants, mais paradoxalement, la richesse de Carglass. Caleb, lui, bien moins revendicatif, se contente donc de ramener l’objet chez lui, sous le regard de son père qui, un peu paniqué, a surpris la fin de la scène un peu inquiet de la présence de ces mystérieux hommes en noir rôdant autour de sa maison. Ça peut se comprendre.

Dans les heures qui suivent, nous découvrons Ginette, la soeur de John et infirmière militaire de son état, qui vient saluer son frangin et papoter un peu avec lui : l’occasion pour nous d’apprendre que notre héros, non content de ne pas croire en Dieu, est aussi le fils d’un pasteur (Monsieur Camden ?!), ce qui a forcément brouillé les deux hommes (je me demande s’ils vont se réconcilier, maintenant qu’on en parle ?) ; mais ce n’est pas bien important pour l’instant, puisque le temps continue de s’écouler et que dans la soirée, en regardant la télévision, notre héros entend parler sur toutes les chaînes et à toutes les sauces d’importants rayonnements solaires s’apprêtant à balayer la Terre ; John n’étant qu’astrophysicien et, nous le découvrirons que plus tard, spécialiste en phénomènes solaires, il s’en tape cordialement et éteint son poste en oubliant tout ce qu’il vient d’entendre. Ho bin oui, tout cela est bien normal.

Seulement voilà : le lendemain, en allant chercher son fils à l’école, le bougre est pris dans un embouteillage, un camion étant accidenté sous la pluie battante qui balaie l’endroit, paralysant toute une voie. John n’hésite donc pas à prendre la décision qui s’impose : consulter son GPS pour savoir s’il n’y aurait pas une route alternative, car oui, petit a) ça a beau être le trajet pour aller chercher son fils à l’école, il ne le connait toujours pas bien, et petit b), il a beau être pris dans un bouchon et complètement coincé, un trajet alternatif peut toujours servir, des fois qu’il trouve sur sa voiture le bouton qui permet de voler afin de quitter tant l’embouteillage que l’autoroute sans encombre. Cette scène sans intérêt permet cependant à John en consultant son appareil de géolocalisation de constater que, ho ! Les chiffres latitude et longitude de son GPS… et si… mais oui ! Et si sur la lettre de Lucinda, la partie du code qu’il n’arrivait pas à déchiffrer était en fait des coordonnées spatiales (ho bin ça, personne n’y avait pensé !) ? Mais oui, c’est exactement ça ! D’ailleurs, en consultant le document – qu’il a toujours avec lui – il constate que la prochaine catastrophe, qui devait se dérouler aujourd’hui, justement, devrait arriver… pile poil là où il est ! Ça fait quand même VRAIMENT beaucoup de coïncidences (et nous n’en sommes qu’au début) !

Diable ! Que va t-il se passer ? John n’en sait rien aussi il… heu… il sort de sa voiture sous la pluie. Ah ? Et pourquoi ? Et bien pour aller voir une cinquantaine de mètres plus loin le lieu de l’accident du camion où la maréchaussée l’invite à regagner son véhicule ; mais alors qu’il discute avec un agent de police ("Mais votre gueule Monsieur Koestler ! Remontez dans votre bagnole, c’est un accident ici, pas un parc d’attraction, pervers dégénéré !"), John entend soudain un terrible grondement : un avion vient de surgir des cieux et, le pilote visiblement taquin, a décidé de parier avec un pote qu’il pouvait labourer un champ avec une aile, comme ça, pour voir : résultat, une partie des voitures dans l’embouteillage se ramassent une aile de Boeing dans le museau, avant que l’appareil n’aille s’écraser un peu plus loin au cri du pilote hurlant "Je te l’avais dis Roger que je pouvais le faire, tu vas pouvoir planter des putains de gros radis dans mon sillon ha ha ha *BAM*"

"Et la prochaine fois, je fais la même chose avec un paquebot, wouhouuu !"

Autant vous le dire, c’est un peu la panique ; John, lui, loin de perdre pied, s’en va vers le lieu du crash pour tenter d’aider les survivants ; c’est assez impressionnant car, dans ce spectacle d’apocalypse d’un champ boueux sous une pluie battante, sortent de l’épave en flamme des gens qui marchent sans soucis (les crash à 300km/h, c’est très surfait), mais qui sont pour certains en feu : l’un d’entre eux passe juste à côté de John en hurlant, et notre héros lui…

Je…

J’ai mal.

Il lui crie "Hey !"

Non, il ne le plaque pas au sol pour le rouler dans une flaque, non il n’essaie pas de l’aider, il lui crie juste "Hey !" ; des fois que les flammes se disent "Attention, un mec vient d’interpeller le type que l’on crame, vite disparaissons !" ; c’est clair que moi aussi, j’ai connu des pompiers qui faisaient pareil en cas d’incendie : ils prennent un gros mégaphone, interpellent les flammes et aussitôt, elles font pouf pouf disparition. Ho cette scène est formidable ! Enfin voilà : le mec en flammes poursuit donc son chemin paisiblement. Sinon, vous vous souvenez de tous les gens, genre policier et ambulanciers qui étaient près du camion accidenté 5 minutes plus tôt ? Et bien ils ne font rien. Ils ne viennent pas, n’aident pas : ils ont sûrement un truc à finir, comme par exemple, une saison de Grey’s Anatomy.

Au bout d’une bonne dizaine de minutes donc, le temps que John se la joue héros solitaire premier sur les lieux, on voit donc enfin arriver les secours (l’épisode est enfin fini, ils savent que Grey vient de se remettre avec Derek, ils sont soulagés) qui tentent d’aider les survivants, avant de demander à John de bien vouloir se casser parce que là, ils gêne un peu les opérations à crier "Hey" à tous les passants.

Le soir, lorsqu’enfin, notre héros retrouve son foyer, sa soeur Ginette l’y attend pour discuter de tout cela en regardant les informations à la télévision : les appareils se seraient crashés suite aux vilaines ondes envoyées par le soleil qui ont pourri tous les Tom-Tom de la flotte aérienne américaine, causant 4 crashs (mais on notera que la prophétie ne parlait que de celui où John allait se trouver, vraiment, quelle coïncidence ! Ça pouvait être partout dans le monde et c’était à côté de chez lui, c’est bien quand même. A un moment, la dialoguiste lui-même fait dire au héros "C’est pas possible, c’est le Destin", mais plus tard dans le film on nous apprendra que non : c’était vraiment juste de la (mal)moule. Formidable), et provoquant ainsi 81 morts, soit pile ce qu’indiquait le message de Lucinda (car là encore : le premier bilan est directement le bon, il n’y a personne à l’hôpital dans un état critique, non, tous ceux qui devaient mourir son morts pour faciliter le décompte, c’est bien fait) !

Caleb, qui est rentré de l’école avec sa tante, demande à son papa pourquoi il fait une drôle de tête, mais ce dernier refuse de lui raconter sa mésaventure. Caleb étant un enfant un peu con, il n’a pas remarqué que la télé parlait d’un crash d’avion sur le chemin de son école, et d’ailleurs, lui-même n’a rien remarqué en revenant de celle-ci. Autiste, je vous dis. Mais malgré tout, le bougre de morveux insiste "Pôpa, pourquoi t’as l’air tout traumatisé et que tu as la gueule couverte de suie ?" ; avant de se lancer dans une tirade sur les bonnes relations père-fils façon mère de famille chiante, fasciste et moralisatrice, et je vous laisse deviner ce qu’il fait sitôt qu’il a fini ce propos pas du tout crédible : oui, en effet, il tourne le dos à son père et part en courant façon "Je suis bouleversé de t’avoir expliqué la vie". C’est consternant. Tu m’étonnes que ça s’appelle "Prédictions" : tout est prévisible.

Phil, le copain du M.I.T de John, finit lui aussi par arriver, ayant appris que son ami avait assisté au crash et que cela doit être vaguement traumatisant ; il lui explique donc que "Bon, d’accord, ton papier, c’était peut-être pas du pipeau" (oui parce que 37 coïncidences d’affilée entre les chiffres inscrits et des dates, lieux et bilans de catastrophes sur le papier comme il semblait le dire au début du film, c’est crédible, 38, non), mais en laisse les choses là. Voilà. Oui, et sinon les deux dates des prochaines catastrophes, ça ne t’intéresse pas vaguement mec ? Hmmm… non. Le soir, en quittant la demeure en voiture, Phil ne l’aperçoit pas, mais dans l’obscurité du bois joli, des hommes en noir observent la maison, immobiles.

Ça fait trop peur. Pas à cause des hommes en noir, hein : juste parce que c’est nul.

Sitôt la nuit tombée, on découvre que l’un d’entre eux est rentré furtivement dans la maison… et se dirige droit vers la chambre de Caleb ! Mais enfin, qui sont ces gens ? Des adorateurs d’Emile Louis ? Laissez cet enfant tranquille enfin ! En tout cas, lorsque le marmot s’éveille au son de curieux chuchotements, il note qu’au pied de son lit, un homme le regarde sans ouvrir la bouche ; il indique d’un doigt la fenêtre à l’enfant, et s’approchant de celle-ci, notre jeune héros aperçoit… des flammes. Beaucoup de flammes. L’horizon en flammes ! Et dans cette vision de fin du monde, il voit, surgissant de la forêt ravagée, des animaux eux-mêmes brûlant, ce qui le rend quand même très triste, jusqu’à ce qu’il aperçoive des ragondins en feu, parce que ça, ça fait plaisir, tant chacun sait que ces animaux sont de fieffés bâtards.

John, comme il se doit, entend donc un hurlement en provenance de la chambre de son fils, et le trouve prostré près de la fenêtre, maugréant qu’il a fait un cauchemar où le monde brûlait ; son père le calme donc en lui rappelant que chhhht, ça va, et puis tu sais, quand tu as ce genre de cauchemar de fin du monde, dis-toi que Raphaël Mezrahi aussi brûle : tu verras, rien qu’en y pensant ça te fera bien rigoler et après tu iras mieux.

Mais le bon enseignant a soudain envie de vérifier si le monde ne brûle pas, et regarde donc à son tour par la fenêtre, où loin de voir le monde brûler, il voit la forêt tranquille… et au milieu, un homme en noir le fixant, immobile !

Ni une, ni deux, notre larron descend donc en trombe pour aller bouter le gueux en hurlant que ça va chier, qu’il faut les laisser tranquilles maintenant, agitant ce faisant une bonne vieille batte de base-ball, mais les mystérieux individus ont disparu ; il n’y a pas à dire, ils ont du bol les hommes en noir, parce que prendre la pose devant les fenêtres pour faire cool sur une propriété privée reculée, aux Etats-Unis, c’est plutôt un coup à se recevoir une décharge de fusil à pompe dans les narines, ce qui fait perdre un peu en classe, tant un crâne explosé manque de glamour, mais faisons fi de ce détail.

Le lendemain, sans aucune raison plausible, le héros se dit "Bien, je ne vais surtout pas prévenir la police du fait que des mecs louches encerclent ma propriété la nuit, je vais plutôt emmener mon fils avec moi pour passer une bonne journée à aller voir la famille de Lucinda, la mystérieuse fille à l’origine de la lettre qui nous pose tant de soucis." ; coup de bol, Lucinda a en effet eu des descendants avec un type que ça excitait beaucoup, les nanas qui entendent des voix, et double coup de bol, il s’agit d’UNE descendante, triple coup de bol, de l’âge de John, quadruple coup de bol, avec une fille (prénommée Abby, et jouée par la même actrice que Lucinda, c’est trop subtil), quintuple coup de bol, de l’âge de Caleb. Ho, ai-je dit que la fille de Lucinda et mère d’Abby, Diana, était célibataire ? Sextuple coup de bol.

Autre coup de bol : Diana n'est pas moche. Vraiment, c'est fou

Encore une fois : ce film s’appelle Prédictions, rappelons-le. Ce doit être ironique.

John et son fils, plutôt que d’aller frapper à la porte de la petite famille décident donc plutôt de les suivre comme de gros pervers père & fils lorsque les deux damoiselles se rendent au musée d’histoire naturelle du coin ; l’occasion pour John de tenter une approche subtile de dragouille en envoyant son fils servir d’appât "Ho, ça alors, vous avez vu comme mon fils et votre fille ont l’air de bien s’entendre devant la vitrine des lamantins ? Des animaux formidables n’est-ce pas ? Vous a t-on déjà dit que vous ressembliez à ces animaux majestueux, belle dame ?". Rapidement, Diana tombe dans le piège de John, et commence à papoter avec lui, jusqu’à ce que soudain, oubliant toute subtilité, ce dernier lâche "Ahahah, oui, moi aussi j’aime les poneys. Bon, sinon, ça n’a rien à voir, mais votre mère, elle n’était pas à moitié folle et persuadée de voir l’avenir ? Est-ce qu’elle sacrifiait des chèvres à Satan ? Dansait-elle avec des boucs lorsque la lune était pleine ?".

Curieusement, la Madame le prend mal et s’en va en expliquant qu’elle ne sait rien de tout cela, laissez-moi, je m’en vais, viens Abby, on se tire.

Rentrant chez lui ressasser cet échec devant un bon whisky en se demandant où il a bien pu merder, John jette un oeil à la prophétie, et note ainsi que la prochaine date de catastrophe aura lieu le lendemain ; au même moment, à la télévision, on annonce des risques d’attentats sur la côté est du pays le lendemain (c’est précis) : John décode donc la longitude et la latitude du prochain évènement : ce sera à l’angle d’une rue de New York ! Vite : il appelle le FBI depuis une cabine pour leur annoncer que l’attentat aura lieu à tel endroit, demain, à Manhattan, et que ça va méchamment chier (n’oublions pas qu’il a le compteur de morts à l’avance, qui annonce plusieurs centaines de victimes, ce qui l’inquiète un peu).

John étant un peu con, il se décide à se rendre sur place pour voir ce qu’il va en être ; confiant son fils à son infirmière de soeur, il file donc pour la journée. Notons qu’à cet instant du film, il est encore persuadé que les catastrophes ne se produisent que là où il est, que c’est le karma ou que sais-je encore, aussi, pour être sûr de voir des centaines de morts se produire, il s’assure d’être au bon endroit au bon moment (et puis comme ça, il a plus de chance de rendre son fils doublement orphelin, excellent idée) : quel enfoiré, en fait !

En tout cas, sur place, il note que le FBI n’a rien bouclé du tout : quelle grosse déception ! Il y a donc foule là où notre larron se trouve, ce qui est bien embêtant ; John va donc râler auprès des policiers du coin en hurlant à l’attentat en préparation, ce qui curieusement, les rend un peu nerveux (et les empêche de patrouiller en paix, ce qui est donc un peu contre-productif) ; mais alors que notre héros est en train d’expliquer aux forces de l’ordre comment faire leur métier, le bougre aperçoit pile à l’angle de rue incriminé… une station de métro : flûte ! Et si c’était là-dessous que tout allait se passer ? Il part donc en courant poussé par son intuition, ce qui forcément, met un peu la puce à l’oreille de la police, qui part à sa poursuite dans la foule de ce beau jour d’automne sur New York.

Sur place, le bougre repère dans la foule grâce à son oeil bionique un type dans la foule l’air louche qui attend le métro en cachant un gros paquet sous son manteau ; ce dernier sent le regard vide de notre astrophysicien sur sa nuque, et, l’apercevant avec la police derrière lui, panique et grimpe dans le métro ; s’ensuit toute une course poursuite de voiture en voiture où, après force bousculades, le chenapan se rend et montre ce qu’il cachait : des DVD volés. Comment ? Mais alors, où est l’attentat ?

Bin je ne sais pas : vous avez la date, mais vous n’avez pas l’heure, hein, vous avez donc sûrement encore quelques heures pour le voir venir, non ?

Evidemment : non. En fait, point d’attentat : un court-circuit dans l’aiguillage des voies dirige tout simplement une rame venant en face dans celle à l’arrêt dans laquelle notre héros était encore en train de se dire "Bin merde alors, où qu’elle est la catastrophe ?" ; pour tout vous dire, on retrouve le même syndrome que dans Super 8 : celui du train qui pour faire plus spectaculaire, roule à environ un demi-million de kilomètres heures lorsqu’il percute un obstacle. Ainsi, le métro fou traverse :

  • Une rame entière, mais en bondissant habilement par-dessus Nicolas Cage tel un mouton malicieux
  • Une bonne trentaine de piles de béton supposées séparer les voies
  • Une dizaine de petits piliers au niveau du quai de la station dans laquelle il débouche
  • Environ 600 personnes

Mais sans JAMAIS ralentir ! Car finalement, qu’est-ce qui va arrêter cette machine infernale ?

Une marche d’escalier.

Pouf. Le métro fou est grimpé sur un quai sans ralentir, par contre une marche d’escalier, pfoulala, c’est haut. Pour faire chier comme ça avant de s’arrêter devant un escalier, ça devait être un train de vieux, j’imagine. Enfin bon. Curieuse chose, aussi, que John ne semble pas remarquer : les coordonnées GPS de la catastrophe sont bien celles de la station de métro, pas celles où le train a commencé à dérailler ; bon sang, encore une fois, comment cette prophétie fait-elle ses calculs ? Elle indique là où une catastrophe s’arrête, pas là où elle commence ? Et tenez : au moment du crash de l’avion, les coordonnées GPS indiquaient là où se situait la voiture de notre héros sur l’autoroute, pas l’endroit où l’avion commençait à tomber ni là où il s’est crashé.

Ho mais attendez, ça me revient : la prophétie ne donne que des trucs qui arrangent les scénaristes pour faciliter les rebondissements. Voilàààà.

Le soir, donc, notre héros rentre donc chez lui un peu déprimé, car ayant encore un peu vu des centaines de personnes se faire sproutcher par un métro en goguette ; à la télévision, entre deux flashs sur cet évènement, on nous bombarde d’informations majeures : le soleil continue d’envoyer des ondes louches qui perturbent les appareils électroniques. Misère, cette hiérarchisation de l’information est digne de TF1, je m’inquiète. En tout cas, une chose intéressante arrive : Diana et Abby, descendantes de Lucinda, ont décidé de venir visiter notre héros et son fils. En effet, Diana souhaite éclaircir un peu les choses avec John : elle l’a fui car son passé avec sa mère à moitié folle n’a pas toujours été facile ; mais celle-ci lui a toujours dit que la dernière date de la prophétie, celle qui n’est pas encore arrivée, le 19 octobre, sera celle… où elle, Diana, mourra.

Ca devait sympa les repas de famille dites-donc.

"Passe-moi le sel ma chérie.
- Tiens maman.
- Merci ma chér… – TU VAS CREVER COMME UNE MERDE LE 19 OCTOBRE 2009 RAAAAAAH – … i. Ouh, dis, j’ai mal à la gorge d’un coup ?
- Oui maman, tu as encore parlé avec ta grosse voix et avec les yeux révulsés en me menaçant de mort.
- Ah ? Ouf, un instant, j’ai cru que j’avais pris froid."
 

De son côté, John est jaloux, parce que merde, il n’y a pas de raison que Diana soit la seule à raconter une histoire triste : il lui narre donc que sa femme est morte dans l’incendie de son hôtel (toute seule dans un hôtel hein ? As-tu senti tes cornes prendre feu, bon héros ?), et que depuis, il ne croit plus du tout en Dieu, ni en rien en fait. Du coup, cette foutue prophétie le chamboule un peu (oui, et puis peut-être un peu tous les gens que tu as vu mourir en direct aussi, non ?  Non, c’est vrai, c’est très secondaire.) ; ils décident donc tous deux d’aller enquêter sur les visions de Lucinda, en allant à sa dernière résidence : le mobile-home inquiétant au milieu des bois embrumés où elle s’était retirée pour "se préparer" à on ne sait quoi, dixit sa fille, et où elle a été retrouvée morte (ça n’aurait pas pu être une maison de retraite accueillante ? Un asile bien éclairé et propre ? Non plus ? Ah. Enfoiré de générateur de films qui colle des lieux pré-conçus dedans genre mobile-home désert au coeur de la forêt profonde !), et où personne n’a jamais rien touché depuis. C’est bien : la petite troupe prend donc le pick-up familial et arrive donc devant l’endroit guère éloigné de la ville, laissant les enfants dormir dans la voiture pendant que nos deux adultes pénètrent les lieux.

Comme dans toute baraque pré-conçue par un ordinateur à scripts hollywoodiens, sitôt que le héros a commencé à explorer la maison, il tombe nez-à-nez avec une pièce dans laquelle Mamie Apocalypse collectionnait les articles de journaux sur le sujet qu’elle collait au mur ; bon, sérieusement, expliquez-moi ? Pourquoi dans ces films les gens qui s’intéressent à un sujet collent toujours des articles de journaux liés au mur ? Ils ne savent pas ce que c’est, un classeur par exemple ? C’est une merveille technologique trop évoluée ? C’est quand même malheureux. Enfin toujours est-il que dans le tas, John s’arrête sur une image représentant l’apocalypse tirée de la Bible ; ne me demandez pas pourquoi celle là plutôt qu’une autre : il a décidé que celle là était importante, il la saisit donc avant de continuer à fouiller l’endroit avec Diana. Et là, un autre détail attire vite son attention : des cailloux noirs, comme ceux que les hommes en noir avaient remis à son fils, sont présents en nombre sous le lit dans le chambre ; inspectant l’endroit, notre héros croit apercevoir quelque chose d’écrit sous le pieu : il le retourne donc pour l’inspecter.

Ceci n'existe pas aux Etats-Unis, c'est une technologie trop élaborée

Et là, HO ! Gravé dans le bois, il y a marqué en gros, et partout "Everyone Else", "Tous les autres" ! Ah oui ? Ça veut dire que mamie Lucinda passait ses dimanches sous son lit à graver son sommier à coups de burin ? C’est crédible. Pourquoi là et pas ailleurs ? Ah bin oui : pour rien.

Alors là lecteurs, vous vous demandez "Mais pourquoi "Everyone Else" ? Quel rapport avec la choucroute ?" ; et bien galopins, sachez-le : John avait remarqué qu’à la date du 19 octobre, il n’y avait ni nombre de morts, ni coordonnées GPS… il en avait donc déduit que Lucinda n’avait pas dû avoir le temps de finir sa feuille avant que Mme Taylor ne la récupère ; à la place, il y avait juste deux "E". Diana et lui comprennent donc :

Le 19 octobre, il n’y aura pas un certain nombre de morts. C’est tout le monde qui va mourir ! La fin du mooooonde ! Il n’y a plus qu’à déambuler en slip dans les rues en frappant un gong pour l’annoncer, j’imagine.

Mais avant que nos loulous n’en viennent à cette conclusion, allons voir ce qu’il se passe dehors : les pédophiles hommes en noirs ont encerclé l’endroit, et se rapprochent du véhicule où Caleb et Abby dorment ; ils s’approchent tant et si bien que les chuchotements qu’ils envoient dans la tête des marmots réveillent ces derniers, qui entendent alors "Suiiiiiveeeez-nouuuuuuuuuuus – en tout bien tout honneur – sooooorteeeeez de la voiiiituuuuuure – on ne va pas du tout vous montrer nos kikoutes – viiiiiiiite" ; Abby, en bonne femelle, cède donc aussitôt à ces allusions sexuelles et s’empresse d’ouvrir la porte à ces inconnus ; mais c’est sans compter sur Caleb qui lui, tient à garder son rectum dans une condition à peu près correcte pour l’état des lieux : il se jette donc sur le volant et klaxonne, avertissant aussitôt les adultes, qui sortent en courant du mobile-home pour voir de quoi il retourne. John, apercevant l’un des hommes en noir disparaissant dans la forêt enchantée décide d’aller chercher son revolver dans la boîte à gant (comme ça sentait le danger, il avait pris une arme. Par contre, ne me demandez pas pourquoi il l’avait laissée dans la voiture, où elle avait peu d’utilité, à part pour que les enfants jouent à la roulette russe – ce qu’ils n’ont hélas pas fait),  puis part à la poursuite du vilain brigand qu’il a aperçu.

Après quelques mètres dans les bois, John débouche dans une curieuse clairière où l’un des hommes l’attend l’air cool en lui tournant le dos ; en entendant notre enseignant favori lui hurler de se retourner, il s’exécute, mais… ouvre soudain lentement la bouche, dont sort une lumière aveuglante qui laisse notre héros pantois ! Lorsque celle-ci se dissipe, l’homme a disparu !

Bon sang John : tu as affaire à des mecs qui utilisent de l’Email Diamant, ça ne rigole plus ! Sûrement des disciples de Patrick Sabatier !

La fine équipe se regroupe donc rapidement à la voiture et repart donc promptement en direction de la maison de John. Cela dit, moi avec des mecs qui ont une bouche-stroboscope qui traînent dans les bois du coin, je ne serais pas retourné dans ma grande maison isolée, et j’aurais plutôt cherché la sécurité au sein de la petite demeure urbaine de Diana, mais bon, hein, je dis ça, c’est pour aider hein, après, vous faites comme vous voulez. Diana, justement, passe une partie de la nuit à râler un peu "Ho, John, nous serons le 19 octobre demain et je ne veux pas mourir comme un vieil écureuil sur une autoroute ! J’ai tellement envie de connaître à nouveau l’amour, la vie de couple, et surtout, de voir la saison 2 de Game of Thrones !". Et sitôt qu’elle a fini de couiner, elle va dormir avec sa fille ailleurs dans la maison afin de se séparer en groupes de 2, parce que ce n’est pas comme s’il y avait des mecs mystérieux rôdant partout autour de la maison et cherchant à kidnapper leurs enfants. Noooon.

Le lendemain, donc, jour de la fin du monde, John se lève pour aller demander à la petite Abby si, elle aussi, elle prend des Chocopops dans son whisky le matin ; mais la jeune fille est occupée à faire du coloriage sur la représentation de l’apocalypse que John a ramenée du mobile-home, mettant du jaune sur le soleil, central dans la chose.

Le héros comprend alors enfin : "Bon sang, mais on parle du soleil depuis le début du film… serait-ce… que le soleil va transformer la Terre en tomate farcie ? Bon sang, moi qui suis astrophysicien, malgré tous ces signaux dont même la télé parle depuis des jours, je n’avais rien remarqué !" ; pour confirmer sa thèse, le bougre fonce donc au M.I.T pour profiter de l’observatoire disponible sur place où il a ses bureaux, et il retrouve Phil dans les locaux, avec qui il confirme sa théorie en tapant trois touches sur un clavier qui font aussitôt apparaître une représentation du soleil sur l’écran (j’ai toujours aimé la vision de l’informatique dans les films, où il n’y a pas besoin de souris : on appuie sur trois touches au hasard et le PC obéit), rentrant dans une phase où il fait brûler la couche d’ozone et donc, la Terre : l’astre solaire va ainsi détruire la planète aujourd’hui, là, comme ça, pif pouf ! On apprend au passage que John en est sûr parce que sa spécialité est bel et bien les phénomènes solaires et leurs conséquences.

Je repose ma question donc : tu foutais quoi depuis le début du film, mec ? Ah oui : tu te pintais au whisky tout en parlant philo à tes élèves. C’est vrai.

John fait donc le héros bouleversé en se dirigeant vers la fenêtre de l’endroit tout en parlant en tournant le dos à ses interlocuteurs, pour mieux fixer le soleil d’un air choqué, façon poète maudit contemplatif.

Oui. Ou alors, tu vas juste te cramer les rétines, gros malin.

Diana, qui avait suivi le héros au coeur du secteur scientifique du M.I.T sans que personne ne lui pose de question, pleure donc en entendant cette nouvelle, et demande s’il n’y aurait pas moyen de survivre en allant se cacher dans des grottes. Pas un abri atomique, hein : des grottes. Oui, pourquoi pas, peut-être qu’en bouchant l’entrée avec des cadavres de marmottes ignifugés et en respirant du rien, il y a moyen de moyenner. Tiens, Diana, d’ailleurs, si tu commençais à t’entraîner en arrêtant de respirer tout de suite, ce serait vraiment sympa.

 Après avoir recommandé à Phil d’aller profiter du dernier jour de la Terre avec sa femme (Phil le sceptique est convaincu directement que ah bin oui, tiens, la Terre va crever dans 6 heures et personne n’a rien remarqué, c’est normal), John s’en retourne avec Diana et les enfants chez lui pour récupérer quelques affaires, à commencer par un médaillon avec à l’intérieur une photo de lui et sa femme, Caleb entre eux, gravé "Ensemble pour toujours", puis il appelle son pasteur de père pour se réconcilier avec lui (ah, je me disais aussi) avant de lui dire d’aller planquer ses fesses sous Terre s’il ne veut pas connaître une grosse canicule qui risque d’épargner peu de vieux ; mais l’homme d’église n’aime pas trop qu’on lui demande de survivre : si Dieu veut le rappeler à lui, alors qu’il en soit ainsi. Il restera chez lui jusqu’à la fin. La conversation s’arrête lorsque les téléphones ne fonctionnent plus, les ondes de portables commençant à méchamment manger du vent solaire. C’est ennuyeux, mais ce n’est pas grave, car tout le monde a pu lâcher sa petite phrase pleine d’émotion.

Lorsqu’il monte dans la chambre de son fils lui dire de s’activer pour préparer ses affaires, John surprend Caleb, comme hypnotisé, écrivant à son tour des chiffres sur une feuille ; son père a beau le secouer, il continue, et lorsqu’on lui prend le stylo, il écrit avec ses ongles sur la table (heu, oui ? Bin je veux vous dire qu’il doit avoir des ongles en adamantium vu sa vitesse d’écriture sur table ; mec, ton fils, c’est Wolverine !). John comprend alors la vérité : Lucinda, quand elle était dans le placard de l’école, elle a dû écrire des coordonnées sur la porte !

Mais ? Mais enfin, d’où sort cette conclusion de merde ?

"En fait, j'ai lu le script"

Sachant que c’est la fin du monde, pourquoi irait-elle mettre des coordonnées ? Pour dire où ce sera le plus chaud histoire de réussir son bronzage ?

Comment as-tu pu savoir que Lucinda avait gravé quelque chose dans le placard, Mme Taylor n’ayant pas parlé de ce détail, au fait ?

Ho, et surtout, quand bien même, comment sais-tu qu’elle aurait gravé la porte plutôt que sur un mur ?

Dernière chose, John, explique-moi : toi qui as une soudaine envie de décoder des trucs, pourquoi tu ne t’intéresses pas au message que ton fils était en train d’écrire ? Hein ? Comment ? Quel message ? Ah oui, j’oubliais: on en parlera plus du film. C’est pas comme si ça avait de l’importance, un autre message d’une provenance inconnue contenant d’immenses secrets qui tombait là, comme ça, pouf. Raaaah, mes neurones ! Mes neurones !

Enfin voilà : John ne sait rien de l’histoire de la porte gravée par Lucinda, c’est juste un gros télescopage (télescopage…astrophysicien… calembour… ho, ça va hein, on approche de la fin, hé, ho !) ; il se propose donc d’aller sur place voler la porte (… ho non, mais sérieusement ? Le mec est à quelques heures de l’apocalypse et il se transforme en cambrioleur de chez Lapeyre !), ce qu’il fait promptement ; mais celle-ci a été repeinte entre temps, du coup, Diana s’impatiente un peu en le voyant sortir son décapeur thermique, et le supplie d’arrêter les conneries pour se mettre à l’abri (car non, il ne lui explique rien, même durant tout le temps qu’il a à tuer lors de la route maison-école aller et retour, parler et conduire, c’est trop dur) : mais nenni ! Notre héros refuse de partir sans ces foutues coordonnées ; Diana décide en conséquence et à contrecœur de filer sans lui, emmenant les enfants vers les grottes pour se mettre à l’abri, pendant que l’autre âne s’amuse à décaper des portes, saine occupation en cas d’apocalypse, particulièrement alors que la chaleur au sol grimpe de plus en plus (ce qui ne semble pas déranger le héros qui continue de faire du décapage thermique en gros blouson, la chaleur montante n’étant représentée que par un filtre sépia façon Instagram).

Finalement, John parvient à retrouver ce qui était gravé sur la porte : non pas "prout à celui qui lira" (auquel cas Lucinda aurait réussi le plus grand calembour spatio-temporel de l’histoire) mais bien des coordonnées ! Et qui sont pile poil non loin en plus, encore une fois, quelle chance que toute cette prophétie mondiale voie son dénouement se jouer dans une zone de 4 kilomètres carrés !

Pendant ce temps, et malgré la zone extrêmement réduite dans laquelle toute l’intrigue se passe, Diana réalise que flûte ! Son véhicule est bientôt à court d’essence ; rien qu’un arrêt dans une station ne saurait régler. L’occasion pour elle de découvrir en direct à la télévision que ça y est, le gouvernement prend des mesures et déclare l’état d’urgence : "Bonjour chers concitoyens. On voulait juste vous dire que s’il faisait chaud, cette fois-ci, ce n’était pas la faute des Russes qui nous dérèglent le temps avec tous leurs spoutniks : en fait, c’est le soleil qui a des problèmes gastriques et là, les enfants, on va grave manger du vent solaire, alors si vous pouviez trouver un abri souterrain, ce serait bien." ; autant vous le dire, ça panique un peu chez les gens qui entendent ce message, tant cela sonne comme une annonce d’apocalypse façon Paco Rabanne. Quant à Caleb, il se décide à profiter de cette pause pour sortir de la voiture histoire d’appeler son père : "Allô papa ? Oui, toi aussi, tu as remarqué que tous les téléphones qui étaient en panne jusqu’ici refonctionnent aussitôt sitôt que je veux t’appeler ? C’est super hein ? Tout ça pour dire : on est à la station service de Coincoin’s Road, dépêche-toi de nous rejoindre. Comment ? Tu veux parler à Diana ? Ne bouge pas, je te la passe !" ; et à peine Diana a t-elle pris le combiné que John tente de lui expliquer la situation : oui, la fin du monde est bien là, oui, l’histoire des grottes pour s’abriter, c’est de la daube, et oui, il y avait bien des coordonnées sur la porte qu’il a décapée… probablement celles d’un abri !

Mais alors que Diana fait sa petite crise d’hystérie au téléphone en hurlant "Maiiis John nooooon on doit aller dans les grottes, c’est plus sûûûûr, j’ai déjà ignifugé une bonne centaine de marmottes !", elle ne voit pas Caleb remonter dans la voiture… et les hommes en noir surgir pour prendre le contrôle du véhicule et ainsi kidnapper d’un coup d’un seul tant le fils de John que la petite Abby !

Diana devient donc doublement hystérique et se roule par terre en hurlant (moyen de déplacement officiel de la femme perdant ses nerfs)  jusqu’à atteindre une voiture qui traînait pour se lancer à la poursuite de ces sombres chenapans voleurs d’enfants, bon hein, c’est pas parce que la fin du monde arrive qu’il faut tout se permettre les enfants !

Mais c’est sans compter que même en cas d’apocalypse, certaines règles ne changent pas, et une femme au volant, bon : traversant un carrefour à folle allure, notre douce héroïne se mange donc un méchant poids lourd dans les gencives, ce qui pique un peu. Diable ? Serait-ce la fin ?

John, pendant ce temps, débarque à la station-service où il fait la description de Diana au tenancier, qui lui apprend qu’une jeune femme correspondant à ce qu’il raconte est en effet partie à la poursuite d’hommes ayant kidnappé deux enfants ; promptement, notre héros reprend donc la route et quelques minutes plus tard, arrive donc sur les lieux de l’accident pour trouver ainsi la pauvresse venant fraîchement de décéder à l’arrière de l’ambulance locale (hoooo !) ; chouinant un peu sur ce rebondissement imprévu, il note alors dans la main de la damoiselle un curieux caillou noir (qui est celui de Caleb, en fait, qu’il avait posé sur le téléphone au moment d’appeler son père à la station service, ne me demandez pas pourquoi cet enfant téléphone avec des cailloux, je crois que nous sommes tous d’accord qu’il est complètement con depuis le début), et comprend ainsi que la bougresse devait être à la poursuite des hommes en noir ! Encore eux !

Ni une, ni deux, notre héros continue donc sa route en direction des coordonnées laissées sur la porte de l’école, puisqu’il semble que ce soit la direction générale vers laquelle les brigands sont partis, et arrive en effet ainsi… au mobile-home de Lucinda ! La prophétesse savait pour la fin du monde, et avait donc de décider d’installer un mobile-home là pour y vivre, non pas par hasard, mais parce que c’était le seul abri sûr !

Sauf que John aperçoit des empreintes de pneus fraîches s’éloignant de l’endroit pour s’enfoncer dans les bois… la voiture avec les enfants ? Il prend donc le même chemin, et arrive donc ainsi à une vaste clairière recouverte de ces fameux galets noirs, où l’attend encore une fois un homme en noir seul ; John, un petit peu colère, sort donc son gros revolver en exigeant de savoir où est son fils, mais avant que l’homme ne réponde, Caleb surgit des fourrés avec Abby (ne me demandez pas ce qu’ils y fichaient), portant dans les mains, tout comme sa copine, un gros lapin.

"Papa, ne tire pas sur le Monsieur ! Ces gens distribuent des lapins, ils sont forcément gentils !"

Il ne dit pas vraiment ça, mais en tout cas, c’est le seul intérêt des lapins : des mecs qui en distribuent ne peuvent pas être foncièrement méchants, pas vrai ? Vous imaginez le mec qui a écrit ça ? "Et là, les kidnappeurs commencent à distribuer des lapins" ? Le pauvre, il a dû se tirer une balle à sanglier dans le museau juste après, j’imagine, la honte le rattrapant. Bref, Caleb continue :

"Papa, ces gens veillent sur nous, ils m’ont dit que maman était en sécurité là où elle était !"

Oui, en effet : elle est vaguement morte. Du coup, c’est compliqué de lui faire du mal (à part via la nécrophilie, mais c’est un autre sujet)

"Et puis tu sais, en fait, ils sont gentils, ils viennent nous protéger, ils sont venus "préparer le chemin", c’est cool !"

Comment, se dit le héros ? Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Pourquoi tiennent-ils ce discours crypto-mystique à son fils ? Serait-ce… des scientologues ? Vite John, ouvre le feu ! Il y a peut-être Tom Cruise dans le tas, vise le plus petit du groupe !

Mais la déception est grande, car ce sont pire que des scientologues : ces hommes en noir sont carrément la scientologie incarnée, car en effet, quelques minutes plus tard, un immeeeeeense vaisseau volant perce les nuages au-dessus de la petite troupe, descendant vers elle ! Notre héros en tombe à genoux de surprise, alors que son fils joue tellement mal que l’on dirait qu’il regarde un porno quand ses petits yeux pervers brillent en direction du ciel. Il annonce aussitôt ensuite à son paternel "C’est mon taxi papa ! On doit partir, car c’est nous qui devons tout recommencer !" ; mouais, sauf qu’Abby et Caleb, ça sonne un peu moins bien qu’Adam et Eve. Et que l’un des hommes en noirs, qui prennent leur véritable apparence  d’humanoïdes lumineux façon esprits purs et classes, s’adresse directement à la petite cervelle de Caleb pour lui dire "Noooon Caleb, on emporte pas les Nicolas Cage avec nous : faut pas déconner, on ne va pas repartir sur des bases pareilles, tu imagines, toi ? Non, tu es trop jeune pour avoir connu Volte-Face. Seuls les élus ont le droit de monter dans la soucoupe, c’est-à-dire Abby et toi ; on s’est dit qu’un morveux horripilant à moitié sourd et complètement con et sa petite copine énervante et égocentrique seraient parfaits pour faire renaître la race humaine"

Là, lecteur, vous me dites une fois encore, car vous êtes bavards, "Vous exagérez une fois encore ! Abby n’est pas égocentrique, vous le tirez de votre chapeau !" ; ah oui ? Vous n’avez pas l’impression qu’il manque quelque chose dans cette scène où, pendant que Caleb parle à son père, elle, elle se contente de câliner son lapin ? Si, cherchez bien : voilà, elle ne demande aucune nouvelle de sa mère, dont elle n’a semble t-il strictement rien à foutre du devenir en pleine apocalypse. Sympa.

John, qui ne croyait plus en rien, est lui bouleversé : il comprend la décision des aliens, et donne donc à son fils le médaillon "Ensemble pour toujours" où se trouve une photo de Caleb avec ses parents. C’est trop triste, vraiment. Il dit à son enfant que c’est normal, que les aliens sont gentils, vraiment, parce que même s’ils ne l’emmènent pas, ils ont voulu lui laisser le temps de dire au revoir à son papa "Alors qu’ils auraient pu t’enlever depuis le début".

Ah, tu n’as pas regardé le début du film mec ? C’est ce qu’ils font depuis le départ. D’ailleurs, Diana est morte en les poursuivant justement parce qu’ils venaient d’enlever les enfants, mais elle, décidément, tout le monde s’en tape, on ne se souvient même plus de son existence. Sérieusement ? C’était la scène précédente, sacrebleu !

Ho, je n'ai pas mis la scène du métro. Chhtt, observez, avec plein de gens uniquement en noir pour faire "moment sombre"

Caleb et Abby montent alors dans le vaisseau alien, suivant ces derniers qui leur tiennent gentiment la main, jusqu’à ce qu’enfin, une fois à bord, la nef spatiale monte vers les cieux et quitte la Terre ; on constate alors que de partout sur la planète, des dizaines d’autres vaisseaux s’élèvent, chacun emmenant lui aussi deux élus (un vaisseau pour deux enfants ? Ah bin v’la le budget de la WWF extra-terrestre !), avant d’accélérer pour quitter l’espace connu.

Bon. Je sais qu’on est pas loin de la fin, mais là, quelque chose devrait vous choquer.

Réfléchissez bien, car c’es ici que le film prend toute sa saveur.

Vous vous souvenez du titre ? Du synopsis ? De cette histoire de papier sur les apocalypses à venir et tout ? Et bien :

  • En réalité, aucune utilité. En effet, prédictions ou pas, tout le monde allait crever.
  • Du coup, ça servait à quoi amis aliens de chuchoter à une petite fille de cacher une prédiction codée dans un tube pendant 50 ans si votre objectif n’avait rien à voir avec prévenir l’humanité pour qu’elle puisse faire quelque chose ? Ah oui : rien
  • J’insiste : pour des aliens, votre vision des catastrophes mondiales était quand même pas mal pro-US.
  • Mais alors, quel intérêt à cette heure quarante-cinq de film jusqu’ici ? Ho bin tiens, aucune en fait : ça n’avait aucun rapport avec la choucroute, filer les dates de deux accidents et de l’inévitable fin du monde, c’était juste pour se marrer
  • Et c’était quoi ces putains de cailloux noirs ? Ah bah, rien non plus. C’est juste que c’était un truc du coin où les aliens prévoyaient d’atterrir ; ils auraient pu filer des feuilles ou de l’herbe aux enfants, c’était la même chose. Quoique non : l’herbe au moins aurait pu servir
  • Tiens d’ailleurs, pourquoi avoir rendu Lucinda à moitié folle, détruit sa vie et tout et tout en lui chuchotant des conneries, sachant que non seulement ça ne servait à rien, mais qu’elle ne faisait pas partie des gens que vous vouliez sauver ? D’ailleurs, tant qu’à l’emmerder, pourquoi vous l’avez laissée crever elle, et pas les élus de dernière minute ? Parce que c’était quoi votre plan les mecs : "On pouvait emmener des enfants humains pour sauver l’espèce tranquillou en tout sécurité depuis des années, mais on a décidé de juste sauver les derniers des derniers à l’ultime seconde avant la fin de la Terre  comme ça, si on se loupait sur le chronomètre, non seulement l’opération était loupée, mais des milliers des nôtres mouraient" ?
  • Donc je résume : on a juste suivi les pérégrinations de John, l’astrophysicien spécialiste du soleil qui ne remarque rien du soleil qui va tuer tout le monde… sans aucun rapport avec le reste. Il serait resté chez lui à fumer la pipe sans jamais lire ce fameux papier, la conclusion était EXACTEMENT la même, puisque les aliens n’avaient de toute manière AUCUNE raison de communiquer les fameuses prédictions. Intéressant.

 Ah bin oui :  fait, les 7/8 du film n’avaient aucun rapport avec là où il voulait emmener, les prédictions, c’était juste pour s’occuper.

La vache, c’est quand même balaise : personne sur plusieurs centaines de membres de l’équipe de tournage ne s’est jamais dit "Tiens, mais en fait pourquoi ces fameuses prédictions, parce que bon, c’est un peu le titre ?" ; non. Seigneur… je… bon sang, vite, du brandy.

Après cet interlude : reprenons. Et terminons. Vite.

Resté sur Terre à observer les lumières des vaisseaux aliens s’éloigner, John pleure longuement son fils perdu et son destin à venir, avant de remonter dans sa voiture, alors que le ciel prend une curieuse teinte de plus en plus orangée. Traversant des villes où les gens errent dans les rues désespérés sous la chaleur toujours grimpante, et où évidemment, le héros est le seul à circuler en automobile (ce serait bête d’être pris dans un bouchon, hein ?), il finit donc par rejoindre… son père, sa mère et sa soeur, qui dans la grande maison familiale de leur enfance, attendent paisiblement la fin ; s’enlaçant tous tendrement, ils laissent donc venir l’instant funeste, et en effet, la couche d’ozone disparaissant dans un grand "pif pouf", une gigantesque série d’explosions (?) ravage la Terre, détruisant tout sur son passage, la cité de la petite famille de John y compris, sans leur laisser le temps de souffrir, et c’est triste (enfin pas totalement en fait, j’ai même senti un léger soulagement je crois).

Mais pendant ce temps, les aliens scientologues amateurs d’espèces protégées débarquent sur une nouvelle planète semblable à la Terre, encore vierge, et au-milieu d’un immense champ de blé dominé par un arbre aux proportions bibliques (c’est très subtil, jardin d’Eden es-tu là ?), ils relâchent Caleb et Abby, désormais vêtus de petites toges blanches, en compagnie de leurs lapins, alors qu’au loin, d’autres vaisseaux font de même.

On attend avec impatience le moment où Caleb va devoir arracher la tête de Lapinou avec ses dents de lait pour survivre, et l’instant où Abby lui dira que non vraiment, ils ne peuvent pas se reproduire, parce que Caleb est son meilleur ami et qu’elle ne voudrait pas briser une si belle amitié, alors s’il voulait bien dormir sur la béquille au lieu de faire son relou, ce serait sympa.

Et… FIN !

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Diego toussote quelque peu en jetant le bidon dans un fourré à proximité.

"Et bien Diego, on tousse ? On a perdu l’habitude de brûler des roulottes ?"

Le pauvre garçon se recule de quelques pas en tentant d’évacuer les vapeurs d’essence montant à l’assaut de ses narines ; face à nous, le bois ocre de l’abri mobile qui servait jusqu’à il y a quelques minutes encore de cabinet de consultation commence à noircir alors que les flammes crépitent de plus en plus fort à l’intérieur.

"Mais, pourquoi ?" – marmonne Diego en me jetant un regard interloqué

Je laisse échapper un petit rire tout en me tournant vers lui

"Car rien n’est écrit Diego ! Rien ! L’avenir n’est que celui que nous nous forgeons ; c’était une vielle folle jouant sur les superstitions d’autrui, voilà tout.
- Mais… pourquoi être allée la voir alors ?
- Rien de plus simple mon jeune ami : sa belle-fille travaille à Télé Loisirs, du coup, elle était super balaise pour prédire les mauvais films à venir. Toujours bon à prendre. Mais là, elle m’a tutoyé, alors, bon, hein, on ne peut pas laisser passer ça, sinon, tout le monde s’y met, et c’est la chienlit."
  

Un long râle émergea des flammes, suivi de hurlements hystériques ; Diego se figea en voyant la silhouette enflammée qui s’agitait à l’intérieur, mais avant qu’il ne puisse lui hurler "Hey !" pour tenter de l’éteindre, elle s’immobilisa et une voix d’outre-tombe se fit entendre dans la clairière :

"Odieux ! Je te maudis ! Oui ! Maudis ! Je te condamne à aller voir Ghost Rider 2, film dans lequel un motard à tête de mort fait pipi des flammes, tu m’entends ? PIPI DES FLAMMES !"

Le temps parut suspendu l’espace de quelques secondes, et pas seulement parce que nous constations Diego et moi que les vieilles pouvaient balancer des liens hypertextes dans leurs malédictions ; enfin, le corps figé qui se consumait dans la roulotte retomba, et on n’entendit plus que le son des flammes léchant le bois peint. Mon assistant me regarda terrorisé.

Jamais un homme n’avait été maudit de manière aussi cruelle.

La berline noire s’écarte de la circulation chaotique du boulevard, allant s’arrêter le long du trottoir au son des essuies-glaces qui tentent vainement d’affronter la pluie battante.

La portière arrière s’ouvre, laissant apparaître affalé sur la banquette en cuir un homme en costume au sourire radieux qui se permet de me faire un petit signe de la main. Soulevant légèrement mon parapluie pour m’assurer qu’il ne s’adresse pas à quelqu’un d’autre d’invisible juste derrière moi, je constate que l’inconnu semble bien m’en vouloir.

"Montez mon cher Odieux. Montez donc."

Je dévisage quelque peu l’homme avant d’accepter son offre ; si ma maman m’a toujours interdit de monter dans la voiture d’un inconnu, il faut tout de même avouer que sous cette pluie, le risque est plus que tentant. M’aventurant à bord du véhicule, je note que l’individu me tend une enveloppe scellée.

"Qui êtes-vous ?
- Ouvrez cette enveloppe, vous allez comprendre."
 

Déchirant doucement un côté de la dite enveloppe, j’en sors bientôt deux feuilles A4 ; sur l’une d’entre elles, on peut apercevoir le visage d’un homme l’air inquiet, une arme braquée derrière la tête : au-dessus de lui, quelqu’un a inscrit "Le Pacte" en lettres ocres. Sur l’autre feuillet, on peut lire "Synopsis".

"Lisez à haute voix, Monsieur Connard.
- Je ne comprends pas ! Qui êtes-vous ! Que me voulez-vous ? 
- Lisez. 
- Hmm… et bien je… alors, hem hem ; "Synopsis : Il y a des pactes qu’on ne peut renier. Après que sa femme se soit fait violemment agresser, Will Gerard (mon Dieu, quel nom qui impose le respect, on dirait une sorte de Will Smith de la Creuse) est contacté par une mystérieuse organisation. Face à une police inefficace et incompétente, un groupe de citoyens s’est réuni pour faire respecter la justice (ça ressemble au discours de recrutement d’une milice d’extrême-droite, c’est sympa ; c’est un film sur les Le Pen ?). Ils proposent à Will de venger sa femme en éliminant le coupable en échange d’un petit service qu’il devra leur rendre plus tard (probablement : aller chercher le pain). Lorsqu’il comprend que pour effacer sa dette il devra lui aussi tuer un homme (ah bin ça c’est surprenant !), il va réaliser qu’il est pris au piège et que les membres de cette organisation sont implantés à tous les niveaux de la société (tous ? Vraiment ? Au hasard : même chez les clodos ?)."
- Alors ?
- Ça a l’air tout pourri. 
- Maintenant, regardez mieux la photo Monsieur Connard."
  

M’exécutant, je laissais échapper un léger cri de surprise en étudiant mieux le visage de l’homme de l’image que l’on m’avait donné.

"Je… mais… c’est Nicolas Cage !
- En effet. Comme chaque début d’année, il revient avec son film pourri. L’an dernier, c’était "Le Dernier Templier". Cette année, c’est ça. Et il sera bientôt dans Ghost Rider 2. Monsieur Connard, nous sommes un groupe de citoyens qui en a assez de saigner des gencives à force de serrer les dents à chaque nouvelle sortie de film avec ce Monsieur. Nous savons que le cinéma du coin ne vous accepte plus depuis le jour où vous avez planté la paille de son Pepsi Max dans la jugulaire de la fille à côté de vous parce qu’elle faisait "sluuuuurp sluuuuuuuuurp" en arrivant sur la fin et que ça vous empêchait de suivre les dialogues de Twilight.  Un projectionniste appartient à notre organisation, et est prêt à vous donner une copie du film pour que vous puissiez le spoiler. 
- Je… Seigneur… c’est affreusement tentant, ça a l’air diablement pourri !
- En échange, il faudra juste nous rendre un petit service. Rien de bien important, rassurez-vous. Acceptez-vous ?
- Bon sang, c’est Nicolas Cage : évidemment que j’accepte.
- Fort bien. Prenez ce disque dur. Nous allons vous déposer devant vos bureaux."
  

Quelques minutes plus tard, je me trouvais sur un trottoir sous la pluie avec dans l’une des poches de mon manteau, la clé vers un film qui sentait bon la daube : Le Pacte, avec Nicolas Cage lui-même.

Alors n’hésitons plus : spoilons mes bons !

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L'affiche : comme toujours, la seule expression du film est là. Ce n'est pas moi qui me répète, c'est lui qui manque de variété, ah mais.

Le film s’ouvre sur une vidéo en train d’être enregistrée ; on y aperçoit Jean-Jacques, un cadre visiblement mal à l’aise qui sue très fort en expliquant à son interlocuteur invisible qu’il hésite à témoigner. L’homme hors-écran insiste : "Jean-Jacques, dites-moi, que signifie la phrase "Le hibou ravi jubile" ?", mais Jean-Jacques a trop peur pour parler et explique que bon sang, s’il parle, l’organisation secrète à laquelle il appartient va le tuer, ou pire, l’abonner au tweeter d’Eric Besson. Terrorisé, le bougre décide de mettre fin à l’entretien en laissant son interlocuteur en plan, et grimpe dans sa voiture située sur un parking aérien.

Mais à peine a t-il démarré que ha ! Un monstrueux 4×4 vient le percuter par l’arrière, l’envoyant paître contre l’une des barrières du parking supposées empêcher les voitures de choir dans le vide. Mais comme ça ne suffit pas à le faire tomber, le 4×4 est obligé de faire une grosse marche arrière pour prendre de l’élan avant de s’y reprendre et d’envoyer le véhicule s’écraser quelques mètres plus bas. Evidemment, durant tout ce temps où son assassin manœuvre, Jean-Jacques n’a rien tenté : ni de reculer, ni de sortir de sa voiture, le néant : il attend juste gentiment qu’on le tue en remuant très fort les bras, des fois que le vent ainsi produit propulse son ennemi au-delà de la ligne d’horizon. Mais curieusement, ça ne marche pas, permettant ainsi à son assassin de prendre son temps pour achever sa tâche en sifflotant.

Passons donc à un flash info en train d’être diffusé dans un bar, où la police parle de cette mystérieuse chute d’un parking aérien en expliquant qu’elle ignore s’il s’agit d’un accident ou d’un meurtre.

Ah oui, c’est sûrement un accident : le mec a juste perdu le contrôle de sa voiture, qui a foncé assez vite dans une barrière de sécurité pour l’enfoncer, puis a fait marche arrière toute seule (pendant que son chauffeur continuait de hurler en agitant les mains), a recommencé la manœuvre, a chu dans le vide, et comble du hasard, le pare-choc arrière (qui n’a pas percuté le sol puisque la voiture est tombée en avant) est complètement défoncé avec des grosses traces de peinture d’un autre véhicule (ah, magie des pare-chocs peints !). Non vraiment : c’est sûrement un accident. Les journalistes ont raison de poser la question, c’est crédible.

En tout cas, le flash info était diffusé dans un bar de la Nouvelle-Orléans où nous découvrons Will Gérard et sa femme, Laura, célébrant leur anniversaire de mariage. Ils parlent de leur avenir, de leurs futurs enfants, tout ça… et c’est beau. Evidemment, comme le veut la tradition des films d’Hollywood, si tout se passe à la Nouvelle-Orléans, c’est obligatoirement la saison du carnaval (c’eut été pareil si ça avait été à Venise ou Rio), et nos loulous vont donc faire la fête avec deux autres larrons : Jimmy, le meilleur ami de Will, et Judy, la meilleure amie de Laura. Oui, moi aussi j’ai senti que le mec en charge des prénoms des personnages manquait un peu d’inspiration et de coke ; peut-être en avait-il marre de la vie et souhaitait se suicider en sautant d’un parking aérien avec sa voiture ? Faisons fi de la question et passons à la suite, puisque tout le monde s’amuse follement à la Nouvelle-Orléans.

Alors je sais que d’habitude, céans, on se moque juste du jeu d’acteur consternant de Nicolas Cage, mais là, il semblerait qu’il y ait un concours : pour expliquer que la foule s’amuse, tout le monde rit en ouvrant la bouche si grand qu’on pourrait y garer une Twingo. Du genre "Alors Will, tu reprends à boire ? HA HA HA HA HA HA QU’EST CE QUE L’ON S’AMUSE REGARDEZ COMME MA BOUCHE S’OUVRE TELLE CELLE DU CACHALOT MAJESTUEUX TELLEMENT TOUT CELA EST FOLLEMENT DRÔLE HO HO HO !". Ça fait très très peur ; Judy, particulièrement semble vouloir aspirer votre âme à chaque fois qu’elle rit. Je me suis roulé en boule un moment en attendant que ça passe tellement j’avais peur en poussant de petits couinements.

En tout cas, la vie va bien pour nos loulous : Will offre un splendide pendentif en cadeau d’anniversaire de mariage à Laura (qui elle, ne lui offre rien en retour, la truie des bois, j’vous jure), et on en apprend aussi un peu plus sur leurs occupations respectives. Ainsi, Will est professeur de littérature dans un lycée difficile (où l’utilisation principale d’un livre consiste à y cacher drogue et armes à feu, comme c’est le cas dans mon exemplaire du Da Vinci Code pour lequel je n’ai trouvé aucune autre fonction), dont Jimmy est le directeur ; Laura est musicienne dans un orchestre classique, quant à Judy, elle a un rôle tellement peu important qu’on en parle même pas. Marquez son nom sur un post-it, on en reparlera qu’une fois dans tout le film. Voilà. Dans le même temps, on nous informe que Will est un idéaliste crypto-gauchiste qui n’hésite pas à payer de sa poche pour emmener des délinquants à des concerts de musique classique pour adoucir leurs moeurs, c’est d’ailleurs par ce biais qu’il a rencontré Laura. Soit.

Mais un soir, tout va basculer (oui, je fais des spoilers dans le spoiler, ça s’appelle une mise en abyme stylistique, c’est eunebeulibibeule) : Will et Jimmy, qui adorent jouer aux échecs parce que ça fait intelligent, se rendent à leur club préféré où ils coupent leurs téléphones le temps de jouer. De son côté, Laura, elle, achève une répétition avec son orchestre et s’en retourne vers sa voiture quand soudain ! Oui, soudain ! Un homme aux chaussures en croco et aux cheveux mi-longs l’agresse lorsqu’elle monte dans son véhicule et, la menaçant d’une arme, décide de la violer parce que là, tout de suite, il a très envie.

Alors certains me diront "Ouiiiii mais elle était habillée comment, hein ? Elle aurait pas un peu cherché ?" ; bon, cette phrase est déjà un peu con en soi, surtout que son sens varie un peu selon qui la prononce :

  • Selon le couillon lambda de nos contrées, c’est du "J’ai vu un string et une minijupe : elle m’a allumé"
  • Selon le couillon lambda d’Arabie Saoudite, c’est du "Je l’ai vue sortir seule : elle m’a allumé"
  • Selon le couillon lambda du FMI, c’est du "J’étais tout nu, toute femme que j’apercevais était donc potentiellement en train de m’allumer"

Auquel cas, que dire de tous ces jeunes qui portent le pantalon si bas qu’ils se promènent en slip ? Mesdemoiselles, exigez qu’ils arrêtent de vous allumer avec tant de classe. Mais passons sur ces considérations, et retournons à Will, qui lorsqu’il rallume son téléphone au sortir de sa partie d’échecs, apprend ce qui est arrivé à sa femme : il fonce donc à l’hôpital pour retrouver sa douce, qui est quand même méchamment contusionnée et traumatisée, ce qui peut vaguement se comprendre.

"Vite ! Sortez de ce film mademoiselle, c'est pour votre bien"

C’est alors que surgit un curieux homme au crâne rasé (alors attention, c’est facile : tous les gens au crâne rasé de ce film seront des méchants, histoire que personne ne se trompe) engoncé dans un fort beau costume qui vient se poser aux côtés de Will dans la salle d’attente de l’hôpital pour lui expliquer que lui aussi, il a connu ça il y a des années ; cet homme, c’est Simon, du moins se présente t-il ainsi, et il propose une curieuse offre à notre héros : il sait où est le violeur qui a agressé sa femme, et il peut le faire exécuter, là, maintenant, parce que les procès, c’est nul. Il représente une organisation secrète de citoyens de la Nouvelle-Orléans qui en ont assez et font la justice eux-mêmes en tuant assassins, violeurs et pédophiles, parce que comme chacun sait, il suffit de parler de la peine de mort pour entendre le célèbre "Moi je suis contre, sauf pour les assassins, les violeurs et les pédophiles", ce qui ressemble à un vague contresens inavouable, mais évidemment, tout cela n’a rien à voir avec du pathos bas de gamme.

Juste comme ça, petite question au fait Simon : comment tu sais où se trouve le violeur, même pas 2h après les faits ? Et comment sais-tu que c’est lui ? Tu as enquêté ? Tu as des témoins ? Et bien non : le film ne l’expliquera jamais. On supposera donc que Simon a tout simplement des pouvoirs psychiques extraordinaires. D’ailleurs ça ne choque pas le héros "Ah oui, donc vous savez tout du violeur de ma femme et en savez visiblement moult sur les criminels mais vous n’avez rien fait pour aider jusqu’ici. Ça me parait bien normal, merci."

En tout cas, Will hésite sur l’offre qui lui est faite, et comme il faut bien rappeler que le héros aime sa femme (surtout avec un mauvais acteur), on a le droit a des flashbacks du début du film où il est heureux avec elle, mais en sépia façon Instagram pour faire temps lointain perdu ; c’est pas pour baver, mais les flashbacks en sépia pour remontrer ce qu’on a vu il y a 5 minutes dans le film, c’est un peu con. Heureusement que dans la vie, ça se passe autrement, parce que sinon :

"Hmmm, comme cette frite à l’air bonne, je la mangerai bien. Hop ! Ho non, je l’ai fait tomber, zut." *flash sépia du moment où la frite est encore entre les doigts* "Ah, je me souviens du bon temps où cette frite n’était pas encore tombée… elle était si appétissante ; et j’étais si jeune, si fougueux !". Bref.

Mais ne nous étonnons pas pour si peu car le meilleur arrive, puisque Simon déclare :

"Si vous acceptez mon offre pour tuer ce criminel…" oui Simon ? "… allez à la cafet’…" pardon ? Comme dans un épisode d’Hélène et les garçons ? "… et achetez deux barres de chocolat à la machine".

Mesdames et Messieurs, le code le plus pourri du monde ! Lancer un contrat de tueur en achetant des barres de chocolat, c’est formidable. En tout cas, Simon prévient qu’en échange, Will devra juste rendre à l’avenir un "petit service" à l’organisation en échange du meurtre. Ho oui, sûrement trois fois rien "Salut mec ! Moi je tue quelqu’un pour toi, et toi en échange, on va dire que tu… tu me prêtes ton DVD de la saison 1 de  Hamtaro". C’est crédible.

En tout cas, après avoir un peu hésité et s’être frotté la tête avec la main (c’est comme ça que tout le film il montrera qu’il réfléchit), Will se résigne à monter à la cafétéria de l’hôpital pour y jouer l’une des scènes les plus pourries de l’histoire du cinéma : le mec qui va acheter ses barres de chocolat pour ordonner une exécution. En même temps, faut pas que quelqu’un passe avant lui en ayant un petit creux, sinon j’imagine bien le truc :

"Voilà Will, cet enfoiré est mort.
- Pardon ?
- Hé bien on a tué le violeur.
- Oui mais en fait j’ai rien demandé, hein.
- Mais pourtant, quelqu’un a acheté deux barres de chocolat dans un distributeur !
- Quelqu’un qui avait faim ?
- Bon sang ! Je n’avais pas pensé à cette faille dans mon plan, je… ho… diable. Bon, vous me rendez un service quand même ?
- Non, je crois pas, vous êtes vraiment trop con."
 

Bref, on a le droit à une scène filmée en gros plan et super lente du gars qui hésite à acheter du chocolat, tout ça sous les yeux d’un agent de sécurité qui surveille grave ce qu’il achète en fronçant les sourcils comme s’il était en train d’amorcer une bombe ; alors vous me direz "Ca doit être un gars de l’organisation qui regarde ce qu’il achète pour s’assurer qu’il accepte le pacte", mais en fait pas du tout : c’est juste fait pour que seul Nicolas Cage puisse penser ça, alors qu’en fait, c’est juste un type qui n’a que ça à foutre de contrôler qui achète quoi pour ensuite lâcher "Vous avez bien choisi…" d’un air dramatique, avant de compléter "… quand on a faim, il faut acheter à manger, hohoho !". On dirait une publicité pour Kinder Bueno. Vous savez, une de celles où il y a cette nana tête à claque qui rentre sans prévenir chez un sportif sur le retour pour exiger de bouffer un fucking kinder et faire comme chez elle. Charmante.

Mais qui a pu écrire dans le script "Et là, il y a un agent de sécurité dont le hobby est de surveiller les achats de sucreries pour les commenter" ? Qui ?!

En tout cas, cela fait, nous retrouvons le violeur qui rentre chez lui après une dure soirée de labeur ; lui, sa coupe de cheveux hideuse et ses chaussures moches se posent donc dans un fauteuil pour un bon repos bien mérité ; mais à peine a t-il commencé à somnoler que soudain, un type armé entre chez lui, visiblement mal à l’aise et probablement pas vraiment professionnel, avant de lui coller son flingue sur le front ; il lui hurle "Enfoiré de violeur, tu vas payer !", et après une brève tentative de résistance du brigand, celui-ci se prend un pruneau dans le museau. L’assassin soulagé sort donc de la demeure et compose un numéro sur son portable avant de murmurer à son interlocuteur "le hibou ravi jubile". Hmmm… quel code classe. Existe aussi en version "Le mulot a gagné un chapeau bleu", "Les oreilles de Mickey sont dans le chocolat" et "David Douillet est pertinent" (mais là, ça se voit que c’est un code quand même).

Quelques heures plus tard, un homme approche Will à l’hôpital en lui tendant une enveloppe qu’il présente comme "contenant des papiers pour l’assurance" ; ouvrant celle-ci, notre héros tombe nez-à-nez avec une photographie du violeur mort, ainsi qu’avec le médaillon qu’il avait offert à sa femme et que le criminel avait pris ; Will flippe un peu à cette découverte (il se frotte la tête avec la main), range le bijou et la photo dans sa veste, et retourne au chevet de sa douce lui dire qu’elle n’a plus rien à craindre, sans pour autant être fier de sa décision.

Quelques jours plus tard, rentrant chez eux, Laura et Will commencent à penser à leur vie après cette épreuve et la douce damoiselle précise très rapidement que désormais, elle veut une nouvelle serrure, des barreaux aux fenêtres et autres précautions afin de se sentir plus en sécurité : soit, lui dit son compagnon, ce sera fait. Même si bon : ça ne vaut quand même pas une bonne vieille mine antipersonnel sous le paillasson, permettant ainsi de se débarrasser au passage d’éventuels démarcheurs à domicile. Par contre, il faut aussi compter un petit budget "changement de porte", ai-je découvert après la visite de témoins de Jéhovah, mais je m’égare.

Avançons de 6 mois dans le temps, et retrouvons Will qui… qui… heu… attendez, est-ce moi ou cet acteur n’arrive même pas à jouer le type qui fait son jogging ? On dirait une sorte de cheval complètement défoncé à la ganja qui ne saurait plus comment on se sert de ses jambes ; c’est assez curieux à voir, mais bon : dans tous les cas, le bougre après son sport (enfin, ce truc qu’il fait avec les jambes) arrive au lycée où tout va pour le mieux, et où son plus gros problème est désormais tout simplement la discipline en cours (s’il lisait ce blog, il saurait qu’aucun problème scolaire ne peut durer pour peu qu’il rencontre une batte de base-ball lancée à pleine vitesse). Sa femme, elle, a encore peur, mais les choses vont mieux : elle a juste, en cachette de Will, acheté une bombe au poivre (hmmm), un petit revolver (hooo), et pris des cours de tir où le conseil qu’on lui a donné, et attention, c’est authentique est "Pensez à appuyer sur la gâchette". Monsieur de La Palisse dialoguiste, bonjour.

"Alooooors... j'ai tout bien fait dans l'ordre, maintenant, où dois-je appuyer pour tirer ?"

Mais un soir, alors que Will joue au billard avec Laura, il reçoit un appel de Simon, qui ne l’a pas oublié : celui-ci lui demande de sortir sur le champ, de foncer à la supérette du coin, d’acheter du chewing-gum l’air super nerveux (c’est vrai que c’est discret), de sortir par la porte de derrière accessible à tous les passants, c’est connu, et de l’y retrouver dans une ruelle. Là, Simon et plusieurs hommes au crâne rasé à son service l’attendent pour lui proposer de renvoyer l’ascenseur après ce qu’ils ont fait pour lui : poster une lettre marquée "au Père Noël" le lendemain à 16h15 dans une boîte aux lettres devant le zoo de la ville. Soit : notre loulou retourne donc trouver sa douce mais n’est guère d’humeur à continuer de faire le malin au billard, et tout le monde rentre donc à la maison, ce qui met la puce à l’oreille de Laura, qui trouve son mari un brin tendu (toi, là, tu viens d’y penser : tu devrais avoir honte, petit pervers. Ho non, je ne suis pas fier de toi ; regarde mes gros yeux. Oui, hein ? Voilà.).

Après avoir longuement réfléchi et hésité à ouvrir l’enveloppe (mais oui Will, tu as raison, ouvre le courrier d’une organisation qui tue des gens, je suis sûr qu’ils le prendront bien), notre héros finit par se rendre à 16h15, comme prévu, à la boîte aux lettres devant le zoo, où il hésite longuement. Ça tombe bien, son téléphone sonne "C’est Simon : tu es à la boîte ? Bien : ne poste pas la lettre, ouvre-là !" : hé bé ! Heureusement que Will a hésité, parce que sinon il aurait dit "Oups, désolé les mecs, j’ai suivi les ordres et posté le bousin, maintenant, va falloir que je défonce la boîte à coups de pieds si je veux récupérer votre bidule" ; en même temps, pourquoi lui avoir dit de la poster pour ne pas le faire ? Enfin bon, hein, le film jusqu’ici a déjà dévoilé son potentiel, ne nous étonnons plus. Si vous, à ce stade, vous êtes encore à sourciller là-dessus, allez prendre un bon gros lexomil, vous en aurez besoin.

Et dans l’enveloppe, donc, Will trouve deux choses : la photo d’une femme avec ses enfants, et celle d’un homme barbu l’air louche (oui, j’ai mis "barbu" et "louche", c’est redondant, mais que voulez-vous, il y a sûrement encore ici de rares âmes innocentes qui n’ont pas encore peur des barbus. Je pense surtout à ceux qui n’ont pas connu Carlos. Le chanteur, hein, pas le terroriste). Simon lui explique sa mission : la femme avec les enfants va se rendre au zoo, notre professeur de lettres préféré doit la suivre, et s’assurer que le monsieur barbu ne traîne pas dans le coin. Si jamais il le voyait, il doit appeler Simon sur un numéro secret (il doit déchirer le papier où il est inscrit après l’avoir mémorisé) et dire "Le hibou ravi jubile", le code officiel de l’organisation (un code bien pourri quand même, notons-le).  En tout cas, notre héros accomplit sa tâche avec brio, mais de barbu, il n’aperçoit guère ; sa journée n’est cependant pas perdue : il en apprend beaucoup sur les éléphants, comme par exemple, le fait qu’ils soient incapables de sauter, ce qui en fait de piètres supporters de football ainsi que des gymnastes controversés (comme on pouvait le voir dans le célèbre film de Luc Besson Elephant Yamakazi VS Hippo-ninja).

Seulement voilà : en rentrant chez lui le soir même, Will est recontacté par Simon, qui veut un rapport de sa mission ; le bon héros est embêté car il ne veut pas que sa femme sache dans quoi il trempe, et sort donc téléphoner dans le couloir, ce qui ne fait que renforcer l’impression de celle-ci sur le fait qu’il lui cache quelque chose. En tout cas, Simon est satisfait de savoir que le barbu n’a pas embêté la petite famille au zoo et félicite Will, mais lui dit que non, malgré ce petit service, ils ne sont pas encore quittes (c’est étonnant). Pour cette soirée, en tout cas, ils en restent là.

Le lendemain, au lycée, quelqu’un bouscule notre héros dans les couloirs avant de lui dire "Hey mec, tu as fait tomber cette enveloppe que tu n’as jamais vue, vite, prends-là !" ; celle-ci contient encore une photo du même monsieur barbu que la dernière fois, ainsi qu’une feuille visiblement extraite de son casier judiciaire où l’on peut apprendre que le bougre est un vilain pédophile. Simon appelle aussitôt derrière en expliquant à Will que "Hahaha, ouiiiii Will, comment ça va mec, ça pulse ? Tout ça ? Bon, je voulais juste te dire : le mec là, en photo, tu dois le buter. Il passe tous les matins à la même heure par une passerelle au-dessus de la voie rapide ; demain, tu vas voir, ta voiture aura un souci, tu devras aller au taf en bus : arrête toi à cet endroit et attends-le pour le faire passer par dessus les barrières de sécurité, ainsi, tout le monde pensera à un suicide. Accessoirement, deux caméras surveillent l’endroit, mais t’inquiète chaussette, on les déconnectera. Allez bisous gros.". Zut, se dit Will, je suis pas trop un meurtrier, moi, je suis plutôt un prof de lettres malmené par des trous de balle de 16 ans et pas vraiment taillé comme un catcheur, alors bon, tuer un mec, ça me parait assez moyen.

On notera que comme tout bon professeur de lettres, il maîtrise les euphémismes à la perfection.

Et effectivement : le matin suivant, lorsque Will va à sa voiture, il découvre que celle-ci a eu les pneus crevés, malgré le fait qu’elle soit dans un garage sécurisé ; il doit donc prendre le bus… et hésite très, très longuement en voyant l’arrêt fatidique approcher. Mais finalement, après moult réflexion, il se dégonfle un peu et se décide à ignorer les ordres de Simon parce que merde, il n’est pas un tueur.

Quelle erreur ! Ce dernier n’apprécie guère, et veut donc absolument parler à Will de sa débandade ; aussi, lorsque ce dernier arrive dans sa salle de cours où tous ses élèves l’attendent déjà, il tombe nez-à-nez avec un immense numéro de téléphone inscrit sur son tableau blanc : le numéro de Simon qui veut ainsi lui montrer qu’il peut le toucher quand il veut et où il veut (toi au fond, avec tes pensées perverses, ça commence à bien faire).

Hmmm ? Oui ? Oui, vous avez bien lu : le méchant Simon a bien écrit son numéro top-secret en grand sur le tableau d’une classe d’élèves un peu racaillous. Quelle subtilité ; je crois qu’il ne mesure pas les conséquences de son acte dans un monde réaliste, où tout numéro de portable mis à disposition de lycéens taquins a des conséquences. Du genre :

Tboudouboudoup Touboudouboudoup – On pense encore à toa ô bwanaaa (oui, la sonnerie de Simon est un bon vieux Michel Sardou)

"Allô, ici Simon. Alors Will, on se…
- Allô ? Allô gros bâtard ? Suce des biroutes hééé !
- Mais qui ? Enfin ? Qui est au bout du fil ?Allô ! Allô !
- *clic*
- Raah, c’est pas banal."

Tboudouboudoup Touboudouboudoup - On pense encore à toa ô bwa….

"Simon à l’appareil ! Will ?
- Hey, hey ! Hey, hey ! Allô ? Allô ? 
- Allô ? Qui est-ce ?
- C’est ta mère ! *rires gras en fond sonore*
- Ça suffit bande de galopins ! Je raccroche, voilà !"

Tboudouboud…

"ALLÔ !
- …
- Allô ?
- pffffuuuuuuuuiiiiiit….
- ?
- *rires nombreux, voix en fond hurlant "Ho non abusé Mokobé tu lui as louffé dans l’oreille !", une autre plus aiguë hurle "Rendez-moi mon téléphone c’est pas rigolo !"*
- Ecoutez, ça commence à bien faire, je suis le GRAND MÉCHANT DU FILM, je tue des gens, je fais SUPER PEUR, j’ai le CRANE RASE, je ne PEUX PAS être enquiquiné par des lycéens, oubliez ce numéro, tas de petits cons !
- * voix lointaine : "parle à mon cul !", rires gras*"
   

Bref, quand on est un méchant sérieux, on écrit pas le moyen top secret d’être joint sur le tableau d’un prof de lettres de lycée, nom de nom. Or donc, revenons aux faits : Will rappelle Simon, qui l’informe qu’il l’attend sur le parking de l’école, où les deux hommes ont une brève conversation : Will explique qu’il n’est pas un assassin et ne peut pas tuer celui qu’on lui a désigné, pédophile ou non, et Simon explique que d’autres lui ont pourtant bien rendu ce service par le passé. Et qu’un pacte est un pacte. Will signifie son refus définitif, et s’en va en demandant à être laissé tranquille.

Will en a marre : après les élèves qui dessinent des kikis sur son tableau, voici que Simon y met son 06 en boucle

Mais las ! Le soir même, notre héros et sa femme vont au restaurant dîner en amoureux, occasion durant laquelle Laura compte bien demander à son doux époux pourquoi il semble si étrange ces derniers temps ; mais alors qu’il s’apprête à lui dire ce qu’il en est, une voix l’interpelle : "Will ? Will Gérard ?" : crotte ! C’est Simon lui-même qui se pointe, en se faisant passer pour un ancien collègue enseignant de Will ; il pourrit un peu l’ambiance de la soirée en lâchant laconiquement un "Ah, je ne fais que passer en ville mon vieil ami ! Je viens voir un copain dont la femme a été… *suspens*… assassinée  ! Un peu comme cela pourrait arriver *CLIN D’OEIL* à d’autres *CLIN D’OEIL* s’ils ne suivaient pas les ordres *CLIN D’OEIL*". Hmmm, décidément, ce garçon est de plus en plus subtil. Et derrière cela, il redonne une carte de visite avec son numéro au héros (il n’arrête pas : donner son numéro, c’est son hobby).

Lorsque le petit couple, après ces évènements, finit par rentrer chez lui, Will constate quelque chose de curieux : malgré les douze sécurités de sa serrure, quelqu’un est rentré chez lui et a écrit "Choisis !" sur son frigo avec les lettres aimantées qui y traînaient. Le bougre déplace vite tout ça pour ne pas effrayer sa femme, et constatant que l’ennemi a à sa disposition des ninjas capables de pénétrer chez lui comme ils le voulaient, il stresse suffisamment pour accepter de rappeler Simon. Et pour ce faire, sort de l’appartement et va jusqu’au garage en prétextant avoir oublié un truc dans la voiture ; là, il lui dit juste "Laisse moi tranquiiiiilleuuuuuuuuuuuuuuuh" avant de remonter chez lui, mais là, ho ! La porte est grande ouverte ! Et quelqu’un a encore écrit "Choisis !" avec les aimants du frigo ! Rah, mais les lourds, laissez le frigo tranquille, enfin !

Décidément, plusieurs choses m’intriguent à cet instant du récit :

  • Simon a à sa disposition des ninjas, mais il préfère confier ses petits meurtres à des professeurs de lettres réticents. Il a sûrement eu un traumatisme durant sa scolarité et veut faire souffrir le corps éducatif. Et potentiellement, rater ses assassinats.
  • Les ninjas n’ont que ça à foutre d’écrire des conneries sur les frigos des gens ; Will n’aurait pas eu d’aimants pour ce faire, l’intrus aurait fait quoi ? Ecrit au gros feutre ? Gravé au compas ?
  • La nana de Will, qui jusqu’à ce moment du film, paniquait au moindre bruit et demandait à Will de décliner son identité dès qu’il passait une porte suite à sa désagréable expérience passée, n’en a soudain plus rien à foutre : elle dit juste à Will "Ah ? Tu viens à peine de remonter ? Mais alors qui ai-je entendu marcher dans tout l’appart’ il y a 5 minutes ?" mais, sûrement le vent, sûrement le vent ma chère
  • Enfin, Laura devait faire caca au bon moment, puisque le frigo est situé en plein milieu de l’immense pièce principale de l’appart’, visible depuis toutes les autres pièces où l’on peut être. Donc pour que le ninja puisse tripoter le frigo sans se faire gauler à jouer avec des aimants l’air bien bête, il faudra m’expliquer où était la donzelle. Surtout si en plus, elle entendait du bruit.

Après cette soirée à avoir un peu peur pour notre bon héros, il se décide à agir dès le lendemain et, sa voiture étant donc toujours sans pneus faute de garagiste, il repart à l’aventure en bus, mais cette fois, oui, cette fois, il s’arrête au fameux endroit où il y a la passerelle empruntée par le vilain barbu chaque matin !

Heu, juste comme ça : t’auras pas pu prévenir Simon alors ? Qu’il coupe les caméras surveillant le coin comme prévu, non ? Bon. Pourquoi pas, comme nous le verrons, Simon et ses pouvoirs psychiques avaient déjà prévu le coup pour compenser ce énième trou du scénario.

Et sur la passerelle, en effet, peu de temps après notre héros, on voit arriver le fameux barbu, un certain Alan Marsh (le héros a son nom puisqu’il avait son fichier de casier judiciaire), à qui il crie "Alan, je veux vous parler !" ; à peine a t-il dit cela que le dit monsieur, visiblement un peu nerveux, lui jette le vélo qu’il transportait avec lui à la gueule, avant d’essayer de lui bourrer la mouille de coups de poings ; Will se défend à peine, et alors qu’il se baisse pour esquiver un coup, Marsh se laissant emporter par l’un des siens passe par-dessus la rambarde de sécurité de la passerelle et se vautre lamentablement sur la voie rapide un peu plus bas, ce qui lui vaut de pouvoir expérimenter si ses abdominaux peuvent arrêter un 36 tonnes lancé à pleine vitesse : la réponse est hélas négative.

Will, complètement apeuré par ce qu’il vient de se passer s’enfuit, et file au lycée pour tenter de faire comme si de rien n’était ; mais sur place, un de ses élèves, le seul à avoir un prénom du film, mais que j’ai déjà oublié, entame une bagarre avec un de ses camarades : notre amoureux de Shakespeare tente bien de les séparer, mais l’élève grognon lui saute alors dessus dans l’espoir de lui tripoter les molaires à coups de mandales. Mais c’est sans compter sur notre bonhomme un peu stressé, qui en a aussi un peu marre de tous ces gens qui essaient de le tataner aujourd’hui : après avoir esquivé quelques coups, il colle donc une bonne droite au trou du cul, et évidemment, tout le monde est choqué, élèves et autres profs compris, la scène se déroulant dans un gymnase où avait lieu une répétition de musique ; notons que les gens n’étaient pas choqués quand le gaminou frappait l’enseignant, ne me demandez pas pourquoi, mais quand ce dernier touche à l’élève, on entend un cri d’indignation s’élever tout autour. D’accord. En tout cas, la sanction tombe de suite : Jimmy en bon proviseur convoque Will dans son bureau et lui colle 3 semaines de suspension pour son intolérable geste.

Apparemment, personne n’a l’air de prendre en compte le fait que le geste ait eu lieu lors d’une tentative de pugilat de l’ado : sûrement un détail sans intérêt.

Pendant ce temps, à la résidence Gérard, Laura voit le garagiste de l’assurance arriver pour changer les pneus de la voiture ; et pour ce faire, ce dernier a besoin d’un truc dans la boîte à gants. Mais lorsque la douce épouse l’ouvre, sur quoi tombe t-elle ? Le pendentif que son violeur lui avait pris ! Et que Will avait fini par récupérer dans une enveloppe. Alors forcément, lorsqu’elle voit Will revenir plus tôt du boulot car suspendu, elle lui demande d’où ça sort, puisque c’est son violeur qui lui avait pris.

Allez mec, mensonge facile : "La police l’a retrouvé et me l’a rendu". Par contre, ne me demandez pas pourquoi Will ne lui avait pas rendu à elle ensuite, ni pourquoi il avait décidé de le cacher… dans la boîte à gants de la voiture que sa nana prend tous les jours. C’est… oui, en fait, moi aussi un truc est en train de violer ma raison. Avec barbarie, en plus. Je me sens… si sale.

Mais Will étant aussi mauvais menteur que son acteur, il se contente de répondre "Brggllrlgllllmmfmffflboulouboulou", ce qui est un peu léger d’un point de vue argumentaire selon cette petite prétentieuse de Laura, qui fait donc ce que les femmes font de mieux : elle part bouder (dans son cas, elle file à une répétition de son orchestre en fronçant les sourcils très fort).

Monsieur Gérard ne reste cependant pas seul chez lui bien longtemps, car deux policiers viennent bien vite frapper à sa porte : il est accusé du meurtre d’Alan Marsh. Ah ? Zut ! Comment l’ont-ils retrouvé ? La réponse tombe bien vite quand, une fois au commissariat, la maréchaussée dit deux choses à Will :

  • Déjà, ils expliquent que deux caméras filmaient la passerelle où a eu lieu le drame, mais qu’une seule des deux fonctionnait, curieusement : on peut donc voir en vidéo Will arriver sur la passerelle, puis Alan Marsh, puis Will revenir seul en sens inverse, l’air complètement paniqué
  • Ensuite, ils expliquent qu’Alan était journaliste sans casier, aucune histoire de pédophilie ou autre, et que visiblement, il connaissait Will puisqu’on a retrouvé sur son téléphone (qui a survécu à un bisou frontal avec un 36 tonnes, il faudrait penser à l’avenir à construire des voitures en téléphones mobiles pour faire baisser le nombre de mort sur les routes de manière drastique), et que sur celui-ci, on peut voir Will filmé dans un certain zoo… le zoo où il était supposé suivre une famille en vérifiant qu’Alan ne soit pas dans le coin !

Will comprend qu’il a été piégé pour tuer un journaliste gênant. Le spectateur, lui, ne comprend pas comment cette grosse tanche a pu rater au zoo, vu l’angle de la caméra sur la vidéo du téléphone, un mec visiblement en train de le filmer sans se cacher à 10 mètres de lui, mec dont en plus il avait la photo et qu’il cherchait en regardant partout autour de lui. Ho, Accessoirement, le film ne dira jamais comment le journaliste a pu se retrouver dans ce zoo pile à la bonne heure, pourquoi, et pour quelles raisons il a filmé Will. Vidéo qui ne servira plus à rien du film, à part à tirer une balle dans le pied du scénario, donc. J’ai toujours été fasciné par ces réalisateurs qui paient plus cher pour faire moins bien volontairement : c’est sûrement pour rester modestes.

"Bonjour Monsieur, on a une vidéo de vous où on ne vous voit pas tuer qui que ce soit, vous êtes donc arrêté pour meurtre"

Will est complètement paralysé : la vidéo où on le voit aller sur la même passerelle que Marsh et revenir seul lui semble accablante. Bon, en même temps, j’ai envie de dire : on ne l’y voit pas tuer qui que ce soit, et en plus, il peut dire la vérité – du moins en partie – : "Ce type me suivait pour des raisons que j’ignore, et ce depuis un moment à en croire ce téléphone, et sur la passerelle, il a tenté de m’agresser quand j’ai voulu lui parler et a chu tout seul", mais non : à la place, il dit juste "Bglblgllllgrsssblulbulbulublu". Décidément, quel homme à l’aise avec la langue et l’expression en public : j’espère qu’il ne fait pas un métier comme, je ne sais pas moi, prof de lettres.

Mais sur ces entrefaites, un autre flic arrive, demandant aux deux autres de sortir de la pièce ; il dit simplement à Will "Le hibou ravi…" et l’autre de répondre "… jubile ?" : Ok, lui dit le policier, avant de lui virer ses menottes et de lui tendre un badge de visiteur pour pouvoir sortir du commissariat sans que l’on lui pose de questions. Et en lui expliquant que s’il ne fuit pas, il sera abattu dans la nuit par un membre de l’organisation pour ne pas qu’il parle. Will ne pose donc pas trop de questions et galope donc vers la sortie aussi vite que possible. Lorsque les deux autres agents des forces de l’ordre reviennent, ils trouvent donc la salle d’interrogatoire vide, avec simplement les menottes ouvertes gisant sur la table. Aucun d’entre eux ne se dit "Tiens c’est bizarre : y a Bob qui nous a dit de dégager 5 minutes, et quand on revient, il n’y a juste plus personne et quelqu’un a ouvert ses menottes avec les clés", non. Ils disent juste "Ho non, cacaboudin !", comme tout professionnel de l’investigation qui se respecte. C’est impressionnant.

Will profitant de sa liberté retrouvée file donc aussitôt là où sa douce répétait avec son orchestre pour l’inviter à parler en coulisses : là, il lui raconte tout et lui demande pardon d’avoir passé un pacte en échange de la mort de son violeur. Sa femme lui répond alors :

"Moi aussi, j’aurais fait pareil, tu sais."

Oui, mais personne ne veut de Nicolas Cage, c’est là toute la différence ma louloute, il a donc peu de chances de se faire violer, là, comme ça. Je disais ?

Ah oui : après avoir discuté, elle décide de l’aider en lui confiant le petit revolver qu’elle s’était acheté, avant de lui demander de filer, car la police arrive. En effet, les deux agents qui l’avaient arrêté et qui étaient tellement forts qu’ils ne se demandaient même pas comment il avait pu fuir viennent trouver sa dame en lui demandant de les appeler si jamais elle avait des nouvelles de son mari : mentant aussi bien que lui elle affirme "Je *gloups* NON je l’ai PAS VU". Actor’s studio.

Mais quelques temps plus tard, un autre policier arrive, celui-là inconnu au bataillon, se présentant en tant que lieutenant Jailecranerasémaijesuipaméchanquevatuimaginerhahaha, et demandant à la jeune femme de le suivre pour aller au commissariat du coin, où il y a désormais de nouvelles preuves innocentant Will : ils ont donc besoin de son aide pour reprendre contact avec lui ; seulement voilà, en chemin, plusieurs choses mettent la puce à l’oreille de notre gourgandine : le flic comme son soi-disant équipier ont tous deux le crâne rasé, de sales gueules, des cicatrices, et leur voiture ne comporte même pas de gyrophare. Sentant le coup pourri, elle arrose donc tout l’habitacle à la bombe à poivre avant de filer en glapissant (c’est une femme, j’insiste).

Will, de son côté, se rend à son lycée pour consulter quelque chose qu’il n’a jamais pensé à faire avant : taper Alan Marsh sous Google dans la salle informatique du coin dont il a les codes (il irait bien chez lui, mais il suppose bien qu’on l’y attend) ; et là, qu’est-ce qu’il sort ? Que Marsh était un super journaliste aimé de tous, avec moult récompenses, et disposant même d’un hideux blog vidéo. Ah, si seulement Will avait pensé à taper son nom sous Google AVANT de le croiser sur une passerelle, c’eut été tellement plus simple, mais comme nous le verrons, dans ce film, internet est une notion assez floue. Visiblement, la Nouvelle-Orléans vit dans une sorte de trou dans l’espace-temps menant droit en 1973.

En tout cas, Will note deux choses sur le blog du journaliste :

  • Il ne fait mention nulle part du fait qu’il est un peu con et jette son vélo sur tous les gens qui veulent lui parler, un vieux tic faisant de lui le premier cycliste-berserk de l’histoire
  • Il a réussi à indiquer qu’une fête était donnée pour ses funérailles par ses amis dans un bar du coin (oui, il est mort, mais ça ne l’empêche pas de mettre son blog à jour : quelle abnégation, il est très fort)

Visiblement cette communication avec les morts ne surprend pas le héros plus que ça, qui décide tout simplement de se rendre à la fête des funérailles pour voir si le journaliste n’enquêtait pas sur un truc intéressant avant de mourir expliquant qu’on lui ait demandé de l’éliminer (je me demande bien sur quoi il enquêtait ; je dirais bien Simon au hasard, mais je peux me tromper : peut-être faisait-il un dossier sur la culture de l’échalote en Ardèche, un truc super sensible).

Après avoir passé la nuit caché au sein du lycée, Will se rend donc dès qu’il le peut au bar où les amis d’Alan festoient en lui rendant hommage, réunis autour d’une photo de lui et de divers objets lui ayant appartenu. Notre professeur a tôt fait de se faire passer pour un ami du défunt, et d’entamer la conversation avec ses compagnons journalistes pour savoir ce qu’il faisait avant de mourir : ils confirment qu’il enquêtait sur une société ultrasecrète de la Nouvelle Orléans, et que tout ça l’avait rendu un peu parano ; il avait donc, tout naturellement, caché les pièces de son enquête en cours, que personne ne sait où il a bien pu les planquer. Après avoir lâché tout cela, les amis du mort disent donc en choeur "Oui, enfin maintenant, chut, on sait que tu es flic depuis le début vu les questions que tu poses, et on te dira rien."

Ho. Vous ne venez pas de tout lui dire pourtant ? Encore une fois : les dialogues ! Les dialogues ! Superbes.

Seulement voilà : la mamie qui tient le bar, pendant ce temps, a elle bien repéré Will et son bouc hideux et a passé un discret coup de fil : comme toutes les vieilles, elle est de tous les complots. Aussi, peu après, des types au crâne rasé arrivent dans le rade : des hommes de main de Simon ! Vite, fuyons ! Will attrape un badge appartenant à Alan qui traînait sur la table des objets du défunt et met les voiles aussi vite qu’il le peut ; une course poursuite débute durant laquelle les malandrins à sa suite ouvrent assez généreusement le feu sur lui ; derrière eux, on peut retrouver Simon qui court en hurlant "Reviens Will ! Je veux juste te parler, viens voir, on a la vidéo qui prouve ton innocence, c’est très net, vite, viens regarder !"

Négociateur de l'armée américaine voulant juste parler en plein effort

C’est tellement crédible : "Oui, on veut juste te parler, ce n’est pas un piège : on te tire dessus, mais c’est juste pour attirer ton attention !". Ah oui, hmm hmm, je vois. Moi aussi des fois, quand je veux parler à quelqu’un, je l’arrose au fusil à pompe d’abord.

Malgré tous ces chenapans à sa poursuite, notre professeur parvient à s’enfuir, laissant ses agresseurs loin derrière-lui via diverses rabouineries que je vous passe. Heureusement, ses pérégrinations l’emmènent à proximité d’un hôtel de luxe où il rentre comme dans un moulin, atteignant sans souci le vestiaire de l’endroit qui est moins surveillé que celui d’un théâtre de 50 places. Ni une, ni deux, le bougre de galopin se saisit d’un manteau et farfouille celui-ci pour y trouver un ticket de voiturier ; retournant à l’entrée, il tend donc le papier à un employé qui va aussitôt lui chercher un énorme et rutilant 4×4, lui permettant ainsi désormais de se déplacer vite et bien, ce qui est mieux quand on est un fugitif.

Si vous vous êtes posé la question, sachez que non, malgré le monstrueux GPS à bord, personne ne pensera jamais à déclarer le vol en précisant à la police que grâce au GPS, le véhicule volé est localisable en permanence, transformant ainsi la chevauchée de Will en gros fiasco. Voilà.

Bref, grâce à sa nouvelle monture, notre héros a tôt fait de se rendre au journal où travaillait Alan, afin d’essayer d’y trouver ce qu’il en était de l’enquête qu’il menait ; pas de bol, le rez-de-chaussée du coin est occupé par l’imprimerie du cru, qui est en train de produire en boucle la une du prochain journal où l’on peut voir en première page le visage de Will avec marqué en larges lettres "Recherché !" . En voyant cela, Will tente donc de se faire discret il… il… il déambule donc au milieu de tout le monde en baissant la tête d’un air pas du tout suspect. Et formidable : malgré le fait que tout le monde n’ait que sa tronche en boucle sous les yeux depuis des heures que les presses tournent, PERSONNE ne le reconnait. D’ailleurs, si vous faites attention, lors du plan de l’imprimerie, on peut même voir un figurant qui rigole après avoir regardé Nicolas Cage à droite de l’écran. Et comme il est tout seul, cela va être dur de justifier que son personnage "rit parce que l’on vient de lui raconter une blague". Mais bon : moi aussi j’aurais ri en voyant ça. Ou pleuré à chaudes larmes. Voire, les deux.

En tout cas, Will finit grâce à son badge par accéder à l’open space de la rédaction, où il trouve le bureau d’Alan Marsh : celui-ci ne contient pas grand chose, à part une pile de tickets de caisse cachés dans un livre, tous en provenance du même relais routier. Hmmmm, soit c’était un très bon routier, soit il y allait pour enquêter. Dernière option : c’était le lieu de travail de Germaine la goulue, l’héroïne des camionneurs de l’A6, et il aimait se détendre après le boulot. Allez savoir.

Filant du journal sans trop se faire repérer, notre héros va donc au fameux routier en périphérie de la ville, où il apprend auprès du propriétaire que Marsh possédait un petit garage sur place où il stockait un bateau pour aller à la pêche à proximité ; filant s’y rendre, Will parvient à y pénétrer et farfouille le bateau rangé dans l’endroit : et bien figurez-vous que du premier coup, parmi les dizaines de boîtes qu’abrite le rafiot, il tombe pile sur la bonne, qui contient un DVD et quelques papiers. L’enquête inachevée pour laquelle Alan est mort, elle est là, sous ses yeux !

Mais au loin, un gyrophare retentit : le propriétaire du routier a reçu le journal du jour et a ainsi découvert qu’il venait de parler avec le sujet le plus recherché du coin, chose qui l’a un peu motivé à appeler nos amis des forces de l’ordre pour qu’ils le transforment en kebab via divers tirs de taser : comme il se doit, une course-poursuite s’engage avec un véhicule de police qui, surtout, prend grand soin de ne pas appeler de renforts, c’est pas comme s’il coursait le mec qui faisait la une des journaux. En tout cas, finalement, le pauvre agent se fait semer, et visiblement, ça n’intéresse pas trop le reste de la police de prendre la suite : Will peut ensuite se promener tranquillement en ville sans être ennuyé. Ah. Bon bon bon.

S’arrêtant dans une ruelle tranquille, notre héros prend le temps d’allumer la lumière du plafonnier pour bien montrer à toute la rue qu’il se prend la tête dans les mains l’air pensif, ce qui permet au téléspectateur de bien saisir que notre héros réfléchit, mais qui aide aussi tous les passants à mieux voir la tronche du mec le plus recherché du coin. Je… je veux que ce film se finisse : le moindre petit geste semble pensé pour être incohérent.

Il finit donc par se saisir du DVD d’Alan Marsh et l’insère dans le lecteur de la voiture pour regarder de quoi il retourne : il s’agit de l’interview de Jean-Jacques, le type que l’on voyait au tout début du film hésiter à témoigner sur l’organisation secrète à laquelle il appartenait ! Mais ici, en version complète. Il explique que cette société répond au code "Le hibou ravi jubile", qui signifie H pour Humanité, R pour Raison et J pour Justice, un groupe de citoyens de la Nouvelle Orléans lassés par la justice officielle qui s’occupe personnellement de débarrasser la ville des assassins, violeurs et pédophiles. Jean-Jacques trouvait tout cela bien normal jusqu’à ce que le chef de sa cellule, Simon (les cellules ne se connaissent pas entre elles), a fondu un câble et dézingue désormais quiconque se met sur son chemin, plus seulement les coupables de vilains crimes.

Apparemment, ces gens vivent dans le même monde que Bruce Wayne : les coupables sont toujours bien identifiés et indiscutables (chez Batman, ils sont même toujours pris en flagrant délit ou vêtu de couleurs criardes pour que jamais le bougre d’homme chauve-souris ne puisse péter la gueule à un innocent par erreur).

En plus de ce témoignage, il y a aussi des photos de tous les membres de la cellule de Simon, parmi lesquels… Jimmy ? Le pote proviseur du héros ? Ho !

Pas une minute à perdre : pour avoir des explications, Will fonce chez lui pour aller le trouver en pyjama en pilou et le menacer avec son revolver, en lui hurlant de lui donner le vrai nom de Simon : allez savoir comment, Jimmy le connait et le donne, il s’appelle en fait Eugène Cook.  Seulement voilà : en quittant les lieux avec cette information, notre héros est suivi en voiture puis pris à partie par un type armé qui lui hurle qu’il va le buter, ce sale pédophile ; notre enseignant préféré comprend : il s’agit là d’un autre type manipulé comme lui par Simon, qui a dû lui raconter qu’il était un dangereux délinquant sexuel (ce qui vu sa tête, est crédible en fait). Pas de problème pour notre héros, qui depuis le début du film, est passé de l’état d’enseignant timide à celui de super combattant sans aucune raison, et casse donc la gueule à son agresseur après l’avoir désarmé en deux temps trois mouvements. Il récupère sur celui-ci un téléphone contenant le numéro auquel il devait faire son rapport à Simon, et appelle le bougre.

Il lui explique qu’il veut échanger les documents qu’il a contre la vidéo prise par l’autre caméra de la passerelle que la police n’a pas pu consulter, et où l’on peut voir qu’il n’a pas tué Marsh, que celui-ci est tombé en tentant de l’agresser. Et lui donne rendez-vous au stade du coin le lendemain pour procéder à l’échange.

Comment cramer son budget de réalisation, figure 1 : Dans cette scène, il y a des centaines de figurants et toute une compétition de Monster Truck en cours, tout ça pour... rien. Simon déambule dans les travées du stade sur ordre de Will alors qu'en fait, ce n'est pas là qu'il veut le rencontrer. Ah ?

Heu… bon, je passe déjà sur le fait que visiblement, Simon savait que Will allait venir chez Jimmy (preuve en est : il avait prévu un gars pour le suivre et l’abattre devant chez lui), mais n’a pas prévenu le dit Jimmy, pourtant membre de l’organisation, ce qui lui aurait évité de folles émotions et surtout, de pouvoir révéler le nom de Simon. Non, la question que je me pose, c’est maintenant que Will a les cartes en main, pourquoi il ne demande pas que Simon lui envoie la vidéo de son innocence par cet outil magique appelé internet, sinon il diffuse toutes les infos qu’il a sur lui ? Il a peur de la voir mise sur un site de téléchargement avec son compte premium au moment où le FBI arrive ? Il n’a pas de boîte mail ?  Il ne connait pas les MMS ? Il préfère le contact d’un doux CD gravé ? Ou bien est-il tout simplement con ?

Chhhht… ne dites rien. Je sais.

En tout cas, Simon accepte le rendez-vous ; mais rusé comme un goupil, il décide de reprendre l’avantage dans la bataille en demandant à Jimmy de harceler Judy (je sais, vous l’aviez oubliée, mais si elle a un prénom, c’est qu’elle sert à un moment : souvenez-vous, c’est la meilleure amie de Laura, la femme du héros, vous avez dû le noter sur un post-it en début de film) pour qu’elle avoue où se cache Laura, qui n’est plus réapparue depuis l’épisode où elle avait fui une fausse voiture de police à coups de bombe au poivre. L’information obtenue, il ordonne son enlèvement.

Le lendemain, au stade, Will passe des coups de fils à Simon pour lui faire faire n’importe quoi sans aucune raison : va ici, va là, et même, là encore, authentique "Va faire pipi". Pas va aux toilettes, hein "Va faire pipi", et le mec s’exécute. Quelle ambiance dramatique dans ce film. On sent qu’on arrive sur la fin : la tension est à son apogée.

Finalement Will et Simon se retrouvent pour discuter en plein milieu d’un hall du stade bondé de monde puisqu’il s’y déroule une compétition de Monster Truck. Notre héros demande donc promptement à son ennemi "Alors, tu as la vidéo p’tit bâtard ?" (on le sent un peu stressé, là, sur la fin) et en effet : ce dernier montre sur son téléphone une séquence bien nette où l’on voit Marsh agresser Will sur la fameuse et funeste passerelle, avant de tomber tout seul, mourant ainsi comme un con. "Très bien", dit notre enseignant "Maintenant, amenez moi à l’original".

Pardon ? Mais enfin ! Encore une fois, tu n’as PAS besoin de l’original, juste de la vidéo ! Il peut te l’envoyer par MMS, Bluetooth, Wifi, que sais-je ! Pourquoi veux-tu l’original ? Quand tu regardes une vidéo de chatons sur internet, tu ne la comprends pas si ce n’est pas sur l’ordinateur l’ayant réalisée ? Tu n’es plus con, là, mon vieux, tu es au-delà, tu es une sorte de courgette qui parle, ou un truc du genre. Je suis perdu.

Seulement, pendant que l’on disserte, Simon reçoit à son tour un coup de fil de ses hommes : ça y est, ils ont Laura ! Ahaha, Will, tu es bien feinté, elle est retenue dans le centre commercial désert de l’autre côté de la rue (ah bin oui. Oui, effectivement, je me disais qu’on avait eu tous les poncifs, mais pas encore la bataille finale dans un lieu désert, vite ! Merci les mecs !) ; les deux hommes y vont, et de touchantes retrouvailles ont lieu entre les époux, sous les yeux de toute la cellule au crâne rasé de Simon + Jimmy (qui est le seul méchant avec des cheveux, c’est suspect).

La phrase qui va bien retentit donc : "C’est bon, j’ai les documents du journaliste. Ils en savent trop maintenant, tuez les ! Hahahaha, je suis trop maléfique !"

C’est là que l’on comprend pourquoi Jimmy est le seul avec des cheveux : il est n’est pas vraiment méchant, lui, on lui avait juste dit "Attrape-les vivants on ne leur fera aucun mal !" ; bin oui, c’est pas comme si toute la cellule tentait de tuer Will depuis une heure de film, hein, il ne pouvait pas savoir. Le bougre de corniaud sort donc son pistolet pour protéger son ami, et ça commence à défourailler dans tous les sens ; je vous passe les détails, mais comme vous l’imaginez, si la scène finale est dans un truc désert/désaffecté, il y a forcément un passage où le héros et le méchant s’affrontent au corps à corps, avec les pistolets qui glissent sur le sol, les coups de poings dans la gueule et tous les poncifs du genre qui s’enchaînent ; finalement, Simon finit par ramasser une arme, et comme il se doit là encore, braque avec celle-ci la tête de Will, persuadé qu’il va mourir, durant 15 bonnes secondes en faisant un petit sourire en coin façon "Je vais te tuer mais je ne tire pas sans aucune raison à part pour attendre qu’un personnage secondaire ne me tue au moment où je vais appuyer sur la gâchette" ; ça ne manque pas ! Vous vous souvenez de Laura lorsqu’elle a acheté une bombe au poivre (qui a servi dans le film) et un revolver (qui a servi aussi), qu’a t-elle fait de plus ? Elle a pris des cours de tir où on lui a donné le secret du bon tireur : "appuyer sur la gâchette" ; elle sauve donc son mari grâce à une arme ramassée sur le corps d’un des hommes de main mort de Simon, et ce dernier meurt donc aussi bêtement qu’il a vécu en se faisant cribler de plomb par une donzelle un peu douillette.

En sortant du centre commercial, Will (évidemment à demi en sang façon héros viril) et Laura croisent le policier qui avait aidé notre enseignant favori à s’enfuir du commissariat, qui lui explique qu’il appartient à une autre cellule de l’organisation, et qui condamne les agissements de Simon (mais qui ne faisait rien pour l’en empêcher non, plus hein, bravo les mecs, quel courage !). D’ailleurs, il va couvrir la fusillade du centre commercial pour que les deux tourtereaux ne soient pas inquiétés, en disant que c’est Jimmy qui a abattu tout le monde avant de mourir.

Accélérons un peu après tout cela, et quelques temps plus tard, la police, qui dispose désormais de la vidéo prouvant que Will était innocent (comment a t-elle fait sans l’original ? Elle a dû se contenter de celle retrouvée sur le téléphone de feu Simon, ça alors, c’est donc possible ?) laisse le bougre repartir en liberté, et ce dernier se rend au journal d’Alan Marsh pour leur rendre les documents qu’il avait pu récupérer sur le corps de Simon ; l’un des collègues de feu Alan qui avait traité le héros de flic dans le bar lors des funérailles arrive alors et le remercie chaleureusement pour tout ce qu’il a fait. Will l’invite à poursuivre l’enquête pour dissoudre toute cette société secrète.

Ce n’est qu’en remontant vers son bureau qu’il se retourne une dernière fois vers Will en lui lançant "L’enquête est entre de bonnes mains… allez : le hibou ravi jubile !".

Notre héros se frotte donc le visage pour faire le mec qui réfléchit comme il l’a fait durant tout le film pour parer à son manque d’expressions faciales, et réalisant qu’il vient de confier toutes les pièces à un membre de la société secrète, il reste sur place la bouche grande ouverte, interdit (pour sûr que c’est utile, tenez).

Et… FIN

Vous êtes arrivé à la fin de l'article ? C'est bien. Maintenant, remontez au début et regardez à nouveau l'affiche ; osez me dire que j'exagère sur la constance du personnage.

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Quelques mois plus tard.

Toubou boudoup bibidoup… Einigkeit und Recht und Freiheit, für das Deutsche Vaterla…*clic*

"Oui allô ?
- Monsieur Connard ? 
- Qui est à l’appareil ?
- Vous vous souvenez de moi ? Je vous ai rendu un petit service il y a quelques temps. Vous vouliez voir une daube avec Nicolas Cage et je…
- Oui, je vois. Que puis-je pour vous ?
- Et bien, notre organisation aurait besoin que vous lui… disons… renvoyiez l’ascenseur.
- Ho. Et de quelle manière je vous prie ? Vous avez besoin d’argent ? De drogue ? Vous voulez que je tue quelqu’un ? N’hésitez pas.
- Oui hmm… d’un… service… nous avons un pacte et nous espérons que vous allez le tenir. Voyez-vous, en tant qu’amateurs de cinéma, nous aimons les grands réalisateurs, et nous avons réalisé une petite page Facebook et…
- Oui ?
- Pourriez-vous aller sur la page "Quentin Tarantino" et cliquer sur j’aime ? Il le mérite. Après, nous serons quittes."

Le téléphone me parut mettre une éternité à atteindre le sol après l’avoir lâché. Pour ma part, je me contentais de pousser un long hurlement.

On ne peut pas obliger les gens à faire des choses aussi horribles.

Il y a des Pactes qu’il ne faut jamais accepter.

Quelle invention du diable.

Un immense portique, constitué d’hideuses figures de carton aux tons sombres et aux traits hasardeux, situé juste devant l’un des points de contrôle pré-entrée en salle du cinéma ; au-dessous d’icelui, un employé consciencieux se saisit de chacun des tickets qui lui sont tendus avant de les déchirer avec soin, indiquant ce faisant la salle dans laquelle chaque spectateur est invité à se rendre.

Et sur cette bougresse de construction branlante, on peut lire en grandes lettres pourpres "Twilight 4", aux côtés d’imposantes flèches invitant les personnes souhaitant voir le film à se rendre, obligatoirement, à cet endroit précis.

Qui es-tu, esprit pervers à l’origine de pareille création ? Pourquoi veux-tu obliger les pauvres spectateurs à se dénoncer quant au film qu’ils vont voir ? Est-ce une stratégie pour m’empêcher de baratiner les gens que je croise au cinéma en leur affirmant que je vais voir le dernier film tchèque lion d’or au festival de Venise alors qu’en fait je vais voir Ghost Rider ? Comment vivre dans un monde où les enfants peuvent s’exclamer "Regarde maman, des gens qui vont voir Twilight", en pointant vers nous autres, amoureux des daubes, de honteux doigts accusateurs, alors que les mères de famille responsables en seule réponse leur cacherons les yeux de leurs douces mains en susurrant "Ne les regarde pas ma chérie, ce sont des monstres !" ? N’y a t-il plus moyen de vivre ses perversions en paix ? Je veux dire, à part avec une fausse moustache ?

Bref, ne nous égarons pas plus sur les sentiers caillouteux de pareilles réflexions, et parlons plutôt du sujet du jour : Twilight 4 – Révélation 1ère partie.

Etant un hôte consciencieux, je ne laisserai donc bien évidemment pas mes lecteurs les moins érudits dans l’ignorance, et me permets donc de vous résumer les trois premiers films histoire que personne ne soit perdu. Ce qui donne :

Twilight I – Fascination :

Bella, une fille qui n’a pas de muscles pour fermer la bouche, rencontre au lycée une choucroute sous laquelle se trouve un garçon : Edward. Comme il est trop mystérieux, ils vont causer au milieu des bois (un thème redondant de la saga : les gens passent leur vie dans les bois), et le jeune homme révèle qu’il est un vampire, et que dans le monde de Twilight, les vampires brillent à la lumière du jour comme des diamants. C’est trop choupinou, ils sortent donc ensemble, mais un jour, méchant vampire I, II et III débarquent et veulent tuer Bella parce que ça les fait marrer. La famille d’Edward, les Cullen (d’autres vampires, donc), vient donc en aide à la jeune fille et leur bourre la gueule. Edward et Bella peuvent se faire des bisous en paix. Fin. Pour plus de détails, le spoiler est ici.

Twilight II – Tentation :

Bella et Edward sont heureux, mais suite au précédent épisode, Edward se dit que c’est dangereux pour Bella de traîner avec des vampires. Il décide donc, pour son bien, de s’éloigner d’elle, et part donc en Europe. Bella en est trop dépressive, pleure sur son lit et mange de la glace devant Friends à longueur de journée, jusqu’à ce qu’elle découvre qu’Edward lui apparaît furtivement sous forme d’illusion à chaque fois qu’elle est en danger. Pour le voir tant qu’elle peut, elle se met donc en danger en faisant un truc trop extrême : du solex sans casque. Ce faisant, elle se rapproche de Jacob, un ami indien bodybuildé qui aime courir en slip dans les bois (toujours les bois, vous dis-je) et qui s’avère être un loup-garou. Suite à un quiproquo, Edward pense que Bella est morte dans un accident de solex, et songe à se suicider ; Bella le rejoint donc en Italie pour l’empêcher de faire le con : ils se font des bisous. Fin. Accessoirement, le spoiler est .

Twilight III – Hésitation :

Méchant vampire III, qui avait survécu à la purge des épisodes précédents, revient pour enquiquiner les gentils : il vampirise plein de gens pour se créer une armée et aller taper sur Edward, Bella et leurs amis. Les gentils ont vent de la chose, et les loups-garous s’allient avec les vampires de la famille d’Edward, leurs ennemis jurés, le temps de protéger Bella puisque cette rabouine a un amoureux dans chaque camp. Les méchants se font malaxer la trogne, (dans les bois, étonnant non ?) et Edward et Bella peuvent donc se faire des bisous. Dans la foulée, Edward demande Bella en mariage. Fin. Sinon, le spoiler est céans.

Bien, vous avez tout suivi ? Edward, Bella, les bisous, la choucroute, c’est bon ? Alors en route pour l’épisode IV première partie : spoilons mes bons !

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L'affiche : le concours des plus gros sourcils est lancé ; tremble, Emmanuel Chain !

Le film s’ouvre donc sur la végétation luxuriante des alentours de Forks, la petite bourgade où se situe notre récit ; nous voici bercés par la voix de Bella, qui nous explique que la fin de l’enfance n’arrive pas à un âge précis, car tout cela est bien plus compliqué ; un discours qui d’entrée de jeu, séduira la spectatrice de 13 ans qui se sent à la fois adulte mais incomprise par les vieux qui la considèrent encore comme une adolescente. Continuant à tenter de mettre en émoi ce public dès les premières minutes, le film enchaîne donc avec Jacob, l’indien musclé, qui est tranquillement chez lui lorsqu’il reçoit du courrier ; plissant les yeux très fort en lisant la missive qui lui est adressée, le bougre s’empresse de faire quelque chose de bien normal : il retire son t-shirt en prenant un air fort mécontent et s’en va à demi-nu et sous la pluie courir dans les bois proche de sa maison.

C’est bien normal, vous dis-je : moi aussi, l’autre jour j’ai reçu ma taxe d’habitation, alors du coup, hop, direct en slip et vas-y que je gambade vers les bois les plus proches en prenant l’air grognon (l’air grognon se marie à merveille au slip ; par contre, la combinaison des deux s’accommode bien mal de la présence d’agents de la brigade des moeurs sur votre chemin, sachez-le, ces derniers ne semblent guère à la page en matière de sociologie comportementale face à un pli du facteur).

En attendant, quel est donc ce mystérieux courrier qui met notre indien préféré dans un tel état ? Et bien c’est simple : il s’agit d’une invitation au mariage d’Edward Cullen et de Bella Swan, et comme chacun sait, notre homme étant vaguement amoureux de la jeune fille à l’expression qui n’est pas sans rappeler un sandwich au fromage, on comprend son courroux.

Mais d’autres personnes reçoivent aussi le courrier, à commencer par Papa Swan, le fameux shérif de Forks, qui n’aime guère savoir que sa petite fille va se marier à à peine 18 ans ; son ex-femme, Maman Swan, recevant l’invitation se met elle simplement à glousser et à marcher en trémoussant ses fesses d’une manière fort naturelle qui laisse à penser que mentalement, elle et sa fille en sont à peu près au même stade. Mais justement : et Bella dans tout ça ?

Et bien la jeune fille assiste aux préparatifs du mariage chez les Cullen, dans leur immense résidence au milieu des bois, dont, je le rappelle, toutes les faces sont constituées intégralement de baies vitrées (ce qui est fort pratique quand on est un vampire qui cherche à se faire discret) ; les choses avancent bien, car sachez-le : la noce est demain ! Bella est donc invitée à aller se coucher tôt pour ne pas avoir l’air complètement crevée le grand jour ; cela dit, si elle apprenait à fermer la bouche (elle a eu trois films pour le faire, pourtant), ça aiderait, mais bon. La douce se rend donc chez elle, et on notera dans sa chambre, sur sa table de nuit, ce qui doit être la plus horrible peinture de chien de l’histoire, confirmant que la jeune fille a à peu près autant de goût que du tofu ; mais alors qu’elle contemple son lit sans raison, l’oeil vitreux, elle est surprise par Edward, qui grâce à ses supers-pouvoirs de pervers mort-vivant, a pu rentrer dans sa chambre promptement et silencieusement. Après quelques échanges niaiseux, Edward annonce à Bella qu’il doit lui confesser quelque chose… Mais quoi, vite, dis-nous tout bougre de brigand !

Soit : Edward explique que peu de temps après que Carlisle Cullen l’ait vampirisé au début du XXe siècle, il a décidé de ne pas suivre la voie de suceur de sang animal, traditionnelle chez les gentils Cullen, pour essayer de voir ce que ça faisait d’être un vampire prédateur buvant du sang humain. Il s’est donc essayé à la chose, et a tué plein de gens, mais "uniquement des gens mauvais", car Edward disposant du pouvoir de lecture dans les pensées (seules celles de Bella lui échappent, probablement car son cerveau est déjà cliniquement mort), il peut déterminer en deux minutes si quelqu’un est un potentiel galopin. Ce n’est qu’après quelques année d’errance qu’il est revenu chez les Cullen sucer des écureuils plutôt que des malandrins (mais uniquement de méchants écureuils, hein, du genre ceux qui rackettent des noisettes).

"Je suis un psychopathe qui tue les gens que j'estime mauvais, huhuhu" - "Uiiiii c'est très bien choubidou, hihihi"

"Est-ce que ça change ton opinion de moi ?" demande Edward, l’air penaud, à sa chère et tendre

"Mais non, pas du tout : tu n’as tué que des gens qui méritaient de mourir", lui répond en souriant sa belle avant de l’embrasser. Ah, douce Bella : tu es sage et juste, il y a des gens qui méritent de mourir, et Edward avait bien raison de tuer son prochain en faisant justice lui-même, déterminant qui est bon ou mauvais selon ses propres critères. D’accord, bien bien bien, je vais faire celui qui ne voit pas du tout le message derrière tout cela.

Sur ces entrefaites, Edward s’en va, appelé par ses frères vampires qui veulent lui faire un enterrement de vie de garçon (il va probablement être déguisé en bite géante et vendre des capotes devant la mairie de Forks, ou autre variante du meilleur goût de ce genre de tradition, mais le film ne le précise pas). Bella, de son côté si vous vous posiez la question, n’a juste le droit à rien : les filles, ça reste à la maison quand ça n’a pas son copain pour sortir, ah mais. Du coup, Bella, qui a visiblement une hygiène déplorable, se couche toute habillée. Ah ? Curieux.

Perturbée par cette manière de dormir peu commune, Bella a donc un curieux songe : elle rêve d’un mariage durant lequel tout le monde meurt, ce qui est assez moyen, puisque cela signifie qu’il n’y aura plus personne pour faire la chenille au vin d’honneur ; mais heureusement, bien vite, elle ouvre les yeux et s’en trouve aussitôt rassurée car elle découvre que ça y est, le grand jour est arrivé ! Elle va se marier à l’homme de sa vie (ou de sa non-vie, ça dépend des versions) ; ni une, ni deux, elle va trouver ses copines vampirettes à la maison Cullen pour l’aider à se maquiller, se coiffer et autres trucs que ces dames font en gloussant. Dans le même temps, les invités arrivent sur place et découvrent la résidence, sans savoir que celle-ci héberge des vampires. Papa Swan réagit juste en voyant la collection de chapeaux de diplômés, se demandant ce que ça peut bien être ; moi, j’aurais plutôt réagi sur le fait qu’il n’y avait aucun lit dans toute la maison, mais bon, ce n’est pas moi le superflic.

Accessoirement, simple détail technique : le mariage se passe juste à côté de la maison Cullen (donc, dans les bois, nan mais ils ont vraiment un problème avec la forêt dans cette saga), d’accord, mais surtout, en plein jour.

Mais dites-moi : Twilight, c’est pas une histoire de vampires ? Ça ne pose aucun problème ? Non : aucun vampire ne se met à briller comme une andouille, faisant hurler tous les invités, mystérieusement, ils ont tous mis leur mode "Guirlande de Noël" sur off. On pourra me rétorquer que c’est parce qu’il fait gris et que le soleil est caché derrière les nuages, ce qui est d’ailleurs la même raison pour laquelle Edward & co pouvaient aller au lycée sans risque, mais dites-moi : sachant que la date du mariage a été fixée des mois à l’avance, comment nos loulous ont-ils fait pour prédire que ce jour là, il ferait un ciel gris parfait, sans une seule éclaircie ou même un vague micro-trou dans les nuages ? Ils ont vampirisé Sophie Davant ? Ils pouvaient pas, par sécurité, choisir de le faire une fin d’après-midi en hiver, ou trouver un concept pourri de mariage nocturne ? Non : ce sont juste de gros débilous, mais l’auteur fixe la météo pour s’accommoder de leur bêtise crasse (bien que dans le film, on puisse voir clairement qu’il fait grand soleil, mais chhht, chtttt, du calme, sinon on arrivera jamais au bout de ce navet).

Revenons donc au mariage bourré de vampires se tenant en plein jour, et passons vite : Edward et Bella se disent oui, et enchaînent avec le plus mauvais baiser de l’histoire du cinéma (je crois qu’à un moment, il lui suce la joue et le menton en même temps en esquivant la bouche, ce mec pourrait nettoyer un aquarium en moins de deux avec une bouche pareille) ; tout le monde est donc très content, surtout Bella, parce qu’une fille de 18 ans qui épouse un mec en ayant plus de 90, c’est souvent à l’avantage de la première. La fête commence donc, et tout le monde y va de son petit discours sur le fait que l’amour, c’est trop beau, et autres propos que je vous passe, pendant que les coupes de champagne descendent plus ou moins vite selon les invités.

Voici 4 vampires au mariage. S'ils ne brillent pas sous une lumière pareille, il va falloir me dire quand ça arrive

Seul un drame se joue brièvement : des vampires invités par les Cullen s’insurgent, car le père de Jacob ainsi que l’un de ses fils sont présents, et ils n’aiment pas trop les voir là. Non pas parce qu’ils sont indiens, mais surtout parce qu’ils sentent leur nature de loup-garou (ils puent le chien mouillé) ; Jacob lui-même n’est cependant pas là, probablement en train de bouder dans sa niche, mais c’est sans compter sur Edward, qui à un moment de la soirée, annonce à Bella qu’il a une surprise pour elle : en fait, si, Jacob est venu !

Mais comme il boude un peu, il n’a pas assisté au mariage, et plutôt que de se pointer à la fête et de saluer tout le monde il… il… ho misère : il l’attend dans les bois (que ceux qui ne l’avaient pas vu venir lèvent la main ; c’est fait ? Tranchez là, ça vous apprendre à ne pas suivre) ; bref : Edward y accompagne donc sa douce pour qu’elle puisse échanger quelques mots avec son vieil ami indien qui lui manque quand même un peu : le bougre est en effet en train d’attendre près d’un arbre, après avoir fait le voyage depuis le nord du Canada où il était parti râler (c’est l’équivalent de sa chambre pour un loup-garou) sous sa forme de loup pour la voir ; à noter qu’il est en chemise et pantalon ; dis-moi mec, tu les transportes comment tes fringues quand tu es sous forme animale ? Car d’ailleurs, oui, autre mystère de ce film : à chaque fois que Jacob et ses potes se transforment (ce qu’ils font assez souvent), ils craquent tous leurs vêtements ; mais dès qu’ils prennent forme humaine : hop ! Ils ont au moins un slip, histoire de ne pas exhiber leur trilili au tout venant ; on en déduira que les loups-garous ont ce pouvoir spécial qui leur permet de générer des calebutes à volonté : c’est tout de même assez surpuissant. J’espère que Monsieur Dim va payer des mecs avec des balles en argent pour s’occuper de ces forbans qui ruinent son marché ; mais que disais-je, au fait ?

Ah oui : Bella retrouve donc dans les bois le jeune Jacob pour lui dire qu’il lui manque, et la conversation est assez banale, jusqu’à ce que pour diverses raisons, ils en viennent à parler de la lune de miel, durant laquelle Bella explique qu’elle compte bien coucher avec Edward ; Jacob s’insurge donc aussitôt ! Qu’est-ce que cette que ces histoires de gens qui couchent ensemble durant leur lune de miel ? On ne va pas là-bas juste pour jouer aux échecs avec son âme soeur ? On lui en avait jamais parlé, merde ! Il fait donc un caca-nerveux (encore), se retransforme en loup (encore) et file bouder (encore). Probablement une fois encore au nord du Canada, ce qui ne manquera pas de lasser les fermiers du cru, qui doivent en avoir marre de voir leurs plantations ravagées par des loups-garous adolescents hystériques.

Bref ; après ces évènements, Bella et Edward retournent à la petite fête, où on les bombarde de riz jusqu’à ce qu’ils montent en voiture pour leur grand départ en voyage de noces ; dans la nuit tombée depuis longtemps, la berline conduite par le vampire aux sourcils en mousse file donc vers sa destination : un aéroport où attend un jet privé (oui, oui, rien que ça : je confirme, mademoiselle a épousé un vieux riche), qui s’envole ensuite pour Rio de Janeiro.

Il faudra cependant m’expliquer un truc : ils font USA – Brésil en combien de temps ? Puisque visiblement, en arrivant, il fait encore nuit noire, ce qui là encore, arrange bien les affaires de tout le monde, sinon Edward se serait mis à briller comme une boule à facettes, et il aurait probablement été lapidé à coups de tongs par des brésiliens effarouchés par pareille démonstration surnaturelle.

En tout cas, Rio n’est qu’une étape du périple, apprend Bella : en fait, Carlisle, le "père" d’Edward leur a réservé une résidence de luxe sur une île au large où ils vont pouvoir passer des vacances de rêve ; ho, chouette alors ! Seulement, à peine Bella a t-elle mis le pied dans la résidence qu’elle note qu’Edward louche bizarrement vers le lit ; toute cette histoire sentant la copulation à plein nez, elle se décide à faire ce que toute femme fait quand l’excitation vient à monter :

Elle lui demande de se barrer pour aller se brosser les dents.

Que… comment ? Oui ? Je n’invente pas : Edward, visiblement chaud comme la braise (ou est-ce pour faire romantique et cool, mais je préfère ma version), se décide à aller refroidir son popotin déjà plutôt peu chaud puisque vaguement mort en allant se baigner tout nu à l’extérieur ; Bella, elle, en profite pour se brosser les dents (son haleine de blaireau en décomposition semblait pourtant convenir à Edward quand il l’embrassait jusqu’à présent ; et puis bon, je le comprends: à ouvrir la bouche toute la journée, ça doit être bien aéré là-dedans), puis elle… allez, on se concentre… elle va s’épiler les jambes.

"Mais dis donc Bella, c'est un poil que je vois, là ?" - "Crotte de bique ! Jamais il ne voudra d'une femme aux épaules aussi velues !"

Oui ? C’est indispensable ? Tu trouves ça romantique les 30mn dans la salle de bain à te tirer sur les poils ? Auquel cas, si tu voulais absolument le faire, tu savais que tu allais partir pour ta nuit de noce, mais n’avais pas pris tes précautions en amont ? Ou alors tu es super velue et tes jambes se sont transformées en moon boots rien que durant le voyage en avion ? Il va falloir m’expliquer ; enfin voilà pour la séquence pré-coucherie. Une fois cela fait, Bella s’effondre à moitié, car flûte, elle va faire l’amour, elle ne sait pas si elle sera à la hauteur, mais allez, soyons fous : elle se met aussi à poil et s’en va se baigner avec Edward dans l’océan : sous la lune, Bellouana et Jean-Edward s’apprêtent donc à commencer des trucs dans l’onde claire (même si la scène est difficilement compréhensible, tant de loin, le torse de Robert Pattinson et celui de Kristen Stewart se ressemblent). Puis, Edward amène sa douce jusqu’à couche conjugale, et commence son office (oui, il y a une scène de sexe, Famille de France, ferme les yeux !), y allant si fort que sa puissance surhumaine lui fait éclater les montants du lit et le cul de Bella façon Verdun.

Je fais une pause ami lecteur. Je fais une pause parce que je vous connais, bande de gredins, comme à chaque article sur le sujet, j’ai le droit à un commentaire ou un mail à base de "Edward est mort : donc son coeur ne bat pas… donc comment peut-il avoir une érection s’il n’y a pas de sang qui circule, LOL !"

Lecteur, pour te répondre simplement, si on applique la même logique à tout : son coeur ne bat pas, donc il ne peut pas irriguer ses organes, donc il ne devrait ni parler, ni bouger, ni même penser (même si sur ce dernier point, effectivement, il ne se passe rien). Sauf qu’il gambade en racontant des âneries depuis trois films, et que jusqu’ici, ça ne vous a pas choqué, bande de petits hypocrites ; on voit bien que vous ne vous arrêtez que sur les trililis, les trouloulous et toutes les implications qui vont avec, bande de petits pervers. Alors à la question "Mais comment fait-il ?", débrouillez-vous, imagine-vous un truc si ça vous choque trop, genre un implant digne d’il Cavaliere, ou le fait qu’il s’égorge une poule-noire sur le bas ventre en hurlant "Par le pouvoir de la nécromancie, dresse-toi kiki !",  ou je ne sais quel histoire à base de rigor mortis, mais en tout cas : c’est un fait. Passons donc à la suite.

Cela étant dit, passons au lendemain, où Bella se réveille seule dans l’immense lit, un sourire béat aux lèvres ; c’était formidable (et oui, c’était sa première fois, et non, malgré tout, elle n’a pas du saigner, sinon Edward serait devenu berserk et lui aurait arraché la tête avec les dents en voyant ça ; encore une fois, c’est magique). Cependant, Edward n’est pas du même avis, non pas parce qu’il a tiré un siècle de munitions d’un coup, et qu’il lui en faudra sûrement autant pour recommencer, mais surtout parce que sa force surhumaine a couvert sa désormais femme de bleus ; Bella lui explique que ce n’est pas grave, que c’était super quand même, mais lui n’est pas de cet avis : il ne veut pas faire de mal à sa compagne aussi propose t-il de ne plus baisouiller.

Ho ? Dis ?

Edward, je veux pas te faire un dessin, mais si tu lui fais des bobos quand tu viens butiner la petite fleur de maman abeille, tu n’as qu’à changer de position, hein, madame sur le dessus par exemple et on en parle plus. Ou une autre position, hein, du genre la chaloupe ardennaise ou le houla-hoop à piston infernal, que sais-je ? Mais non : Edward, c’est soit on la fait à l’ancienne, soit rien du tout : bravo.

Rah, je me rends compte que je devrais être conseiller conjugal pour vampires ; je crois que j’ai loupé ma carrière. Attendez, attendez, je digresse encore, vite, revenons à ce fameux film.

Bella est donc quelque peu désappointée de cette décision car, sachant qu’on lui a promis de bientôt faire d’elle une vampire, elle se voit mal passer l’éternité sans un petit coup de sexe de derrière les fagots ici ou là. Elle tente donc de convaincre son doux époux de revenir sur sa décision, mais celui-ci se montre quelque peu obtu ; durant les deux semaines qui suivent, donc, finalement, nos deux larrons se retrouvent à… jouer aux échecs (je n’invente toujours pas). Ça valait le coup d’avoir une île privée ; cela dit, il faut noter un truc : même en plein jour, avec cette fois le ciel dégagé bien cadré dans tous les plans, sur une plage et avec le soleil qui tape, Edward ne brille toujours pas ; c’est quand même ballot de faire un film sur des vampires dont c’est la première faiblesse et l’oublier tout du long, mais passons. Bella tente bien quelques stratégies pour faire craquer son mari, mais toute rate : le déshabillé coquin (elle a oublié de mettre de la poitrine dedans, ça marche moins bien), les regards langoureux (mais bovins), les câlins par surprise (sauf qu’il esquive avec une vitesse surnaturelle)… Edward a du mal à résister, mais y parvient tout de même, bien que, bon, honnêtement mec, tu aurais rempli le frigo de fayots et d’oignons, tu aurais obtenu un tel tue l’amour sur pattes que tu aurais encore plus de facilité à tenir, puisque du coup tu aurais eu l’impression d’avoir épousé une cornemuse, mais passons. Tout le monde n’a pas ma fourberie.

Qu'est-ce qu'on s'éclate en lune de miel !

Le temps passe, en tout cas, et un soir, las, Edward finit par craquer à nouveau, et c’est reparti pour un tour ; le lendemain, en se levant, Bella est à nouveau seule dans son lit, et s’en allant à la cuisine pour petit-déjeuner, elle tombe nez-à-nez avec un mot "Je suis parti chasser, je serai revenu avant que tu ne te réveilles".

C’est ce qu’on appelle le mot le plus con du monde, puisque si la nana tombe dessus, c’est justement qu’elle est réveillée, donc que le mot est foiré. Quand je vous disais que le cerveau de ce mec était définitivement mort depuis un bail.

En tout cas, Bella va se faire chauffer du poulet (je crois que cette scène m’a confirmé à quel point ce film était passionnant : il y avait vraiment besoin de deux parties tellement il y a de choses à raconter !), mais alors qu’elle commence à le déguster, voici qu’elle se sent mal et qu’elle s’en va gerber ; Edward arrivant au même moment, il s’étonne de trouver sa douce en train de rouler des patins à la cuvette des WCs, mais avant qu’il ne devienne jaloux de celle-ci, qui le bat tant en pâleur qu’en goût et QI, Bella se relève et annonce soudain qu’elle vient de réaliser quelque chose : elle n’a pas eu ses ragnagnas depuis un petit moment… Serait-ce que…

"Bloub", fait le ventre de Bella.

"Bloub" ? S’exclame le couple en choeur ? Qu’est-ce que cela signifie ? Edward réfléchit très fort et parvient à 4 solutions :

  • Bella est ventriloque et fait parler son bidou, mais ce qu’elle raconte ce faisant n’est pas bien compréhensible
  • Bella a l’appendicite
  • Bella est enceinte
  • Bon sang, c’est les tacos ; je savais que j’aurais pas dû les acheter à ce type à l’air louche ; Bella, mon amour, je vais fermer la porte, je te laisse rejouer les plus grandes scènes de l’exorciste sur le trône

Edward tombe donc en état de choc, constatant que c’est probablement la réponse 3 ; mais comment ? Comment a t-elle pu tomber enceinte ? Les vampires peuvent se reproduire ? Edward ne le savait pas, il pensait que ce truc mystérieux qui sortait de son corps lorsqu’il était soudain très content avec Bella, c’était du Yop, ou un truc du genre ! Bon sang, un siècle passé à redoubler le lycée pour rien ! Si seulement il avait écouté en biologie ! Voilà que des millions de spermatozoïdes avec de petits crocs se sont lancés à l’assaut de sa femme, que va t-il faire ?

Bella, voyant Edward les yeux dans le vague (quel homme de la situation, chapeau mec, quelle maturité à presque un siècle d’âge), se décide donc à prendre les devants : appeler Carlisle, il est vampire et médecin, il devrait savoir quoi faire ! Ce dernier confirme à Bella : soit elle est enceinte, soit ce sont les tacos, mais dans les deux cas, il recommande de rentrer au pays au plus vite. Edward reprenant ses esprits, lui, demande plutôt conseil à… la bonne.

Là encore, je ne rigole pas. Ce livre s’est vendu en plus.

Car oui, il y a une bonne, qui fait partie d’une tribu locale qui déteste les vampires (Edward le sait, il a donc décidé de l’engager comme bonne, c’est tellement logique), et qui en sait un peu sur leur sujet ; la dame va donc toucher le ventre de Bella, et elle confirme : elle est enceinte. De là, Bella annonce vouloir garder l’enfant, fut-il vampirique, alors qu’Edward, lui, n’en veut pas ; décision est prise de rentrer en urgence au pays, probablement pour faire un lavement à l’eau bénite à Bella, et si ça ne marche pas, trouver un très gros cintre ou un crucifix de poche.

Quelques temps plus tard, au pays, retrouvons Jacob, l’indien qui passe son temps à se plaindre ; cette fois-ci, il est à la plage avec sa "meute" de potes loups-garous, et explique qu’il est sûr qu’Edward va vampiriser Bella pendant la lune de miel, comme le jeune couple l’avait prévu, et donc il se demande quelle excuse ils vont filer à sa famille pour qu’elle ne revienne jamais les voir : tombée d’une falaise ? Accident de voiture ? Cancer de la bouche ouverte ? Dévorée par des canetons sauvages l’ayant confondue avec un flan aux fruits ? Il ajoute aussi qu’il conchie les gens amoureux, qui sont faibles et se laissent embobiner, et que les filles, c’est nul, etc. Bref : Jacob a le niveau de réflexion d’une petite fille de 5 ans ; on dirait une discussion sur le partage des BNs à la récré à l’école maternelle Christian Clavier de Melun. En tout cas, peu de temps après, il apprend une chose qui va dans le sens de ce qu’il pense : Bella n’est pas rentrée de lune de miel ; officiellement, Edward aurait dit qu’elle avait attrapé un virus. Notre jeune loup est donc fort mécontent, puisqu’il détecte là-dedans une excuse pourrie, comme il l’avait prédit, pour couvrir sa vampirisation. Il se rend donc chez les Cullen pour leur expliquer sa façon de penser, et, pourquoi pas, insulter leurs mères.

Sauf qu’arrivé sur place il tombe non seulement sur Bella, visiblement toujours humaine, et surtout avec un ventre énorme ! La famille Cullen lui apprend qu’elle est rentrée de voyage il y deux semaines dans le plus grand secret, et qu’elle est enceinte d’Edward, avec visiblement, un cas de bébé se développant très vite. Et accessoirement, l’affaiblissant beaucoup pour grandir à ce rythme : la bougresse a le teint maladif et les joues creusées par pareille épopée. Cela énerve fortement Jacob, qui ne supporte de voir son amie dans un tel état ; un grand débat se lance alors entre ceux qui veulent "garder le bébé" et ceux qui veulent "se débarrasser du foëtus" (qui a ce stade, n’en est plus un depuis longtemps, mais visiblement, tous les Cullen, le médecin compris, sont des quiches en biologie basique, c’est affreux). Evidemment, c’est le camp "pro-vie" qui l’emporte, vous le devinez, et on ne sent d’ailleurs pas du tout le message de l’auteur derrière, une fois encore.

Un autre problème est soulevé : en gardant l’enfant, Bella met sa vie en jeu ("Mais la vie de l’enfant est plus importante que tout"), ce faisant, il n’est pas sûr qu’elle tienne jusqu’à l’accouchement… or, Bella veut être vampirisée après l’accouchement, et pas avant. Et d’après Carlisle, il sera sûrement trop tard pour faire quoi que ce soit lors de l’accouchement, le pouvoir de transformation des vampires ayant lui-même des limites, presque autant que leur réflexion, c’est dire ! Zut, flûte, cacaboudin, comme le disait Pline le Jeune (qui était un galopin des plus grossiers, comme chacun sait) !

Jacob fait donc ce qu’il fait de mieux : devant cette situation, il part bouder (ça ne fera jamais que trois fois depuis le début du film, et en fait, dans chaque scène où il était), et court rejoindre sa meute sous forme de loup, pour une séquence "animaux qui parlent" digne de Disney : il apprend la situation à ses comparses, expliquant qu’on ne peut pas laisser vivre un monstre aussi inhumain qu’un bâtard humain-vampire sur le point de naître. Ses compagnons loups-garous lui répondent donc "Ok, dans ce cas, on va aller bourrer la gueule au bébé, qui est dans Bella, tu noteras bien, ce qui complique les frappes chirurgicales". Jacob n’étant pas d’accord avec le fait de tabasser Bella, il se fâche donc (merde, c’était quoi ton plan mec ? Tu comptais mettre une lacrymogène dans la culotte de Bella pour faire sortir le bébé comme un vieux renard afin de le tuer en l’épargnant elle ?), il boude donc à nouveau (…) courant cette fois retrouver les Cullen dans leur maison au milieu des bois pour leur expliquer que "Attention, les loups-garous veulent tuer le bébé et Bella en passant, il faut faire attention ! Je ne les laisserai pas faire !" ; mais ouais mec ! Et juste comme ça : qui a prévenu les loups-garous ? Tu serais resté bien sage, tout le monde irait bien ; elle a raison Bella d’avoir hésité entre Jacob & Edward : ils sont tous les deux aussi cons. C’est un peu comme hésiter entre une huître et une moule, mais je m’égare.

La situation devient donc la suivante : les Cullen ainsi que Jacob restent à garder la résidence des vampires toute la journée, pendant que Bella y attend d’accoucher. Et tout autour, dans les bois, la petite meute de loups-garous attend son heure pour attaquer, confrontée à un problème simple : dans l’immédiat, les vampires sont en léger surnombre. La tension est donc palpable.

Passons sur les heures passant dans la maison, avec Edward regardant l’état de sa copine se dégrader en permanence, et que personne ne semble capable d’arrêter. Tout le monde se pose la question : "Mais pourquoi le bébé se nourrit de sa vie à elle ? Que peut bien vouloir manger un bébé vampire ? Si on pouvait lui donner directement, il arrêterait de pomper Bella" ; ce sont des vampires qui s’interrogent, je le rappelle. Hmmm voyons voir les mecs, quel est votre régime alimentaire ? Ah, c’est trop dur. Le ridicule ne tuant pas, mais entamant bien quand même (c’est peut-être ça qui tue Bella, remarquez ?), Edward cherche donc des réponses sur… Yahoo (le placement de produit n’a aucune limite). Oui oui. Encore une fois, vous avez bien lu. Je ne m’étonne plus de rien pour ma part ; on ne sait jamais, des fois que la réponse apparaisse sous le moteur de recherche en indiquant vanhelsing.skyblog.com.

Internet, c'est rude (cliquez pour agrandir)

Autre passage culte : Bella, soucieuse de son avenir proche, décide d’appeler son père pour lui dire qu’elle l’aime ; elle attrape donc un téléphone et obtient son géniteur, qui est donc persuadé qu’elle est actuellement au Brésil ; Bella lui sort alors l’excuse la plus minable du monde : "Papa, en fait, je peux pas rentrer, je vais mieux, mais tu peux pas venir me voir, d’ailleurs si tu prends un avion, sache que je ne serai pas là car en fait je pars dans un hôpital spécialisé en Suisse. Mais sinon, ça va bien, merci." ; oui parce que c’est connu, les gens qui vont bien vont à l’autre bout du monde se faire soigner ("Tout va bien mais il faut prendre des mesures d’urgence" : on dirait du François Baroin, ce qui n’est pas peu dire), et si son père est prêt à prendre un avion pour le Brésil, il ne pense pas à proposer la même chose pour la Suisse : c’est connu, ce pays n’a pas d’avions ou même d’aéroports.  Tout ce discours ressemble à celui bien connu du "Mais non Jeannine, Porky le cochon d’inde n’est pas mort : il est juste parti dans une ferme très loin où il va très bien mais où tu ne peux pas aller le voir". Et le plus beau ? Ça marche. A ce moment, dans la salle, je strangulais un chiot pour me passer les nerfs. Ou était-ce une adolescente ? Je ne sais plus, mais en tout cas ça a un peu jappé avant de mourir.

Sinon, comme ça, détail technique : Bella, ton père il fait quoi ? Policier ? Est-ce que tu penses qu’il va remarquer que c’est le numéro de M. Cullen qui s’affiche quand tu appelles, puisque tu utilises le fixe de la maison ? Avec un indicatif signifiant que tu lui téléphones depuis Forks, et non depuis le Brésil ? Non parce que moi, je dis ça, mais bon, c’est juste au hasard.

Accessoirement, régulièrement, Carlisle Cullen examine Bella, grâce à son cabinet médical à l’intérieur de sa résidence. Cabinet qui donc, est évidemment ouvert sur une immense baie vitrée donnant sur les bois, permettant à tout le monde d’en profiter. Puisque je le rappelle : la maison est supposée être encerclée par des loups-garous qui, du coup, doivent se taper des vues formidables sur Bella montrant où en est son ouverture de col à M. Cullen ; il y en a un ou deux qui ont dû aller se laver les yeux dans la rivière après coup, m’est avis ; c’est ce qu’on appelle "se rincer l’oeil".

D’ailleurs, en parlant de bébé, la situation continue d’empirer : le petit galopin grandit au point qu’il en brise deux côtés à Bella (qui pourtant, continue de se balader comme si de rien n’était. : j’espère qu’elle sera dans les Expandables 2), et l’affaiblit encore et toujours. D’après Carlisle, le bébé est si fort qu’il esquive les ultrasons des échographies et reste complètement furtif (cette petite est enceinte d’un sous-marin russe si vous voulez mon avis). Mais alors que tout le monde est résigné à voir Bella mourir, Edward compris, qui explique qu’il est prêt à mourir de la main de Jacob si cela arrive pour ne pas avoir à vivre cette souffrance, voilà que Carlisle a une idée incroyable :

"Et si on essayait de filer du sang pour que le bébé s’en nourrisse ?"

Ah oui, excellente idée les mecs. 45 mn pour la trouver : heureusement que vous êtes des vampires les gars ; vous pensiez que ça mangeait quoi un bébé vampire ? Des artichauts ? De la mimolette ?

Bref : on amène du sang à boire à Bella, dans un petite gobelet avec paille, pour que ça aille directement nourrir le rejeton ; et en deux minutes chrono, pif-pouf, la bougresse se sent mieux : ah bin en fait, il suffisait de cela pour que tout aille mieux ! Cependant, et puisque le n’importe quoi n’est pas fini, maintenant que l’on sait comment calmer le bébé, tout le monde trouve désormais le fait que la jeune fille soit enceinte tout à fait formidable, et chacun, au lieu de demander qu’on purge l’intérieur de Bella au lance-flammes, réfléchit plutôt au bébé, son nom, son avenir, etc. Bella explique, en se reposant, qu’elle va mieux mais a cependant un peu froid : Jacob se propose donc de se coller contre elle, ce qu’Edward accepte parfaitement, sans même être jaloux, parce que c’est tellement normal, son pire ennemi se frottant contre sa copine au motif de la réchauffer.

Sinon, mec, il y a un truc qu’on appelle la couverture ; c’est assez moderne, ça tient chaud, et ça ne se transforme pas forcément en loup-garou pour partir bouder toutes les 5 mn. Mais tout le monde ne connait pas, j’en conviens, c’est un peu trop récent.

D’ailleurs en parlant de loups : que font les loups-garous qui encerclent la maison depuis maintenant trois plombes ? Et bien rien, pour être exact. Ne voulant pas attaquer un ennemi en surnombre, ils se contentent d’observer, invisibles ; l’idée de tirer un bon coup de fusil dans les baies vitrées pour en finir avec Bella et le gosse ne leur vient pas à l’esprit (c’est bête) ; sinon, pour isoler la bougresse, il suffit aussi d’appeler son papa, dont vous avez le numéro, en expliquant que sa fille est enceinte et au pays, retenue par ces enfoirés de Cullen, qui l’ont battue au point qu’elle en a deux côtes pétées : il va sûrement débarquer en vitesse et, soit fiche la zone en créant une énorme diversion suffisante pour agir, soit la sortir de là et donc empêcher les vampires de pouvoir la protéger correctement.

Mais ce ne sont que des idées ; c’est bien de ne rien faire, aussi, hein. C’est un bon plan.

Finalement, ce sont les vampires qui se décident à passer à l’action : le sang commence à manquer dans la maison, et de fait, Bella recommence à voir son état se dégrader à toute allure ; Carlisle et deux autres vampires décident donc de tenter une percée vers la ville pour aller se ravitailler en poches de sang ; ce faisant, ils courent donc aussi vite que possible, se tatanent avec deux loups qui tentent de les intercepter, et risquant presque de perdre l’un des leurs, parviennent à passer les lignes ennemies.

Voilà qui résume l'action des loups-garous durant tout le film : du rien

Ok, donc les deux camps sont aussi bêtes l’un que l’autre, mais ça, on le savait :

  • Dans tous les films, Edward s’amuse à se promener en forêt en sautant d’arbre en arbre grâce à ses pouvoirs de mort-vivant ; les loups ne grimpant pas aux arbres, pourquoi ne faites vous pas pareil pour passer en paix ?
  • Sinon, vous appeliez un humain de vos connaissances que les loups n’auraient pas osé toucher, et plutôt de votre côté (genre le père de Jacob, au hasard), et vous lui demandiez de vous emmener en voiture au motif que ça pouvait sauver une vie.

Deux plans trop élaborés pour nos quiches mortes-vivantes qui tentent plutôt le "On va courir comme des gros nases et espérer que ça passe". Et ça fonctionne, en plus, c’est peut-être ça le plus navrant.

Nos loups-garous sont un peu dégoûtés d’avoir échoué à arrêter trois macchabées fonçant droit sur eux, et on les comprend ; ils se disent donc "Bon sang ! Que va t-on faire maintenant ? Trois vampires ont quitté la maison, parmi les plus forts, ce qui veut dire qu’il ne reste là-dedans qu’une poignée de loulous en infériorité numérique qu’on peut bourrer facilement… faisons… faisons… allez continuons de ne rien faire". D’accord, bon, moi je laisse tomber.

D’ailleurs, c’est justement le moment que choisit Bella pour commencer à se sentir fort mal, puisqu’elle voudrait bien accoucher mais le marmot étant déjà fort costaud, il ne parvient pas à sortir par la la voie habituelle (moi je pense surtout que c’est parce qu’il a hérité des neurones de ses parents, et que du coup, il ne trouve pas la sortie) ; Edward et Jacob, complètement paniqués, décident donc de pratiquer une césarienne à vif à la barbare en l’absence de médecin, et réussissent sans que Edward, à nouveau, ne devienne fou en voyant les litres de sang que perd sa douce et tendre ; elle commence donc à méchamment mourir, mais tout n’est pas perdu : une vampirisation d’urgence est possible ! Edward sort donc une seringue contenant son "venin"  (on a fait comme les cobras pour l’extraire ? On l’a fait couiner sur le bord d’un verre canines dehors ?) pour l’injecter à sa femme plus très vivante, et la mord aussi un peu partout pour mettre une deuxième dose. Le bébé, lui, qui s’avère être une fille, est emmené couvert de sang dans une salle à côté par une vampirette Cullen qui, là non plus, ne réagit pas à tant d’hémoglobine (dire que les mêmes devenaient fous pour une coupure au doigt dans les films précédents, c’est beau les retournements de concepts). Ho, j’en profite : cette petite fille s’appelle… Renesmée. Non, je n’invente pas. Renesmée. Bella un peu avant l’accouchement avait proposé ce prénom si c’était une fille, expliquant que c’était un jeu entre les prénoms des mamans respectives d’elle et Edward, Renée et Esmée.

Je vois le genre, une vraie maman moderne : "Je vais donner un prénom orthographié n’importe comment et ne ressemblant à rien à mon enfant pour que ce soit original ! Et si je trouve pas, ce sera Léa ou Téa". C’est beau.

Cependant, pour en revenir à Bella, il semblerait que la damoiselle n’ait point survécu à ses blessures, et qu’il soit trop tard pour le venin de vampire… elle meurt donc sur la table d’accouchement du cabinet de M. Cullen.  Jacob en est tout bouleversé, et s’en va dehors pleurer la perte de son amoureuse secrète (mais pas trop quand même, ça se voyait un peu).  Les loups qui observaient la scène en jouant au Trivial Pursuit (bin oui, sinon, pourquoi n’auraient-ils pas déjà attaqué ?) comprennent dès lors la situation : Bella a accouché, mais est morte ; c’est le moment parfait pour attaquer la maison !

Que… pourquoi ? Bon. On va dire que mieux vaut tard que jamais, hein. Allez, hop : tous foncent vers la demeure Cullen afin d’y croquer du vampire, fut-ce du vampire bébé.

Quelques instants avant cette funeste charge, sachez que Jacob est retourné dans la maison car il pense savoir comment passer sa colère : il voulait tuer Edward, mais non ; mieux vaut le laisser pleurer éternellement son amour perdu. Par contre, le bébé, lui, est bien responsable de la mort de Bella : il va le tuer, ce vilain monstre. Sauf qu’à peine a t-il mis un pied dans la pièce où une vampire s’occupe de l’enfant, le nouveau-né déjà bien éveillé le regarde et…

Jacob en tombe amoureux.

Encore une fois, oui, c’est dans le film : il s’en "imprègne", comme il dit, et tombe donc amoureux d’un nouveau-né, faisant de lui une sorte d’über-pédophile, un Marc Dutroux-Garou, enfin bref, un truc peu reluisant. Surtout que vu le prénom de la gamine, ça donne pas vraiment envie de l’aimer, mais bon. En tout cas, si je comprends bien, il va falloir qu’il appelle Edward et Bella beau-papa et belle-maman. Tout cela me parait bien mystérieux.

"Désolé Mademoiselle, j'aime mes femmes comme j'aime mes oeufs : fraîchement cueillis au cul de la poule"

En attendant, dehors, les loups eux ont commencé à attaquer ; mais pas de bol, il se trouve comme ils ont trop traîné (étonnant !), Carlisle et ses deux comparses vampires reviennent d’en ville au même moment, et les vampires sont à nouveau en surnombre pour défendre la demeure sylvestre qui est leur refuge ; les loups s’écrasent donc sur les défenses des buveurs de sang, mais soudain, ils aperçoivent Jacob sortant de la maison, et découvrent grâce à leur sixième sens que celui-ci est "impregné" par le nouveau-né ; or, les loups-garous n’ont pas le droit de s’en prendre aux leurs, ou à ceux protégés par un loup impregné ; ils abandonnent donc tout, comme ça, hop, pif-pouf. Hmm hmm. C’est donc un rebondissement, je le note. Et sinon, quand Jacob protégeait Bella, comme il le faisait depuis le début du film, non ? Ça vous dérangeait pas d’essayer d’attaquer là, c’est fou ! Mais la personne qui a écrit ça, elle vit encore ? Sa propre incohérence ne l’a pas fait disparaître de notre réalité ?

D’ailleurs, coup de bol encore : dans le film précédent, les loups affrontaient des vampires super balaises gorgés de sang humain, et les tuaient en deux coups de cuiller à pot ; là, ils ont beau s’acharner à douze sur des vampires suceurs de lapins qui crèvent la dalle après un long siège, ils ne déchirent même pas un seul de leurs vêtements ; encore une fois, j’insiste : c’est pas banal. Ou alors, écrit avec les pieds, allez savoir.

Les métamorphes repartis, tout le monde s’en va vers la salle d’accouchement où Bella est dans un sale état ; ils s’apprêtent à pleurer sa mort et préparent leur deuil jusqu’à ce que soudain, ho ! Ses cheveux reprennent couleur et volume (les pouvoirs vampiriques comprennent le shampoing magique), sa peau devient pâle et parfaite (fond de teint enchanté), ses côtes et organes se réparent (chirurgie féerique), et ça lui rajoute même du rouge à lèvre et des faux cils (c’est vraiment fabuleux quand même)  et nous avons donc un gros plan sur ses paupières closes…

Qui s’ouvrent soudain sur deux yeux rouges vampiriques !

Et…

FIN

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A la fin du film, il faut noter que moi aussi mes paupières étaient plus ou moins closes.

Et en dessous, l’oeil était aussi méchamment rouge.

Comme quoi, c’est vraiment un film qui sait toucher son public.

Si à 50 ans, vous n’avez pas lu Tite-Live, vous avez raté votre vie.

Pour celles et ceux qui n’ont pas eu la joie de profiter de cours de latin durant lesquels ils avaient de formidables phrases à traduire lors d’exercices de version à base de "La mémoire restera à jamais gravée sur le forum, car les enfants disposeront des livres de la centurie", ou qui n’ont pas connu le tirage d’oreille pour cause de mauvaise maîtrise du gérondif, alors sachez ceci :

Né en 59 avant le Christ en la bonne ville de Padoue, au Nord-Est de l’Italie, Tite-Live est considéré comme l’un des plus grands érudits de son époque, puisque l’oeuvre de sa vie fut la rédaction d’un ouvrage sobrement appelé Ab Urbe condita libri, ce que nous pourrions traduire par "Rome, ça déchire sa race". En effet, l’homme nous propose sur pas moins de 142 volumes (Ab Urbe condita libri est quelque part entre le Twilight et les Feux de l’Amour de son époque) une histoire relativement complète de la cité éternelle et de la République, détaillée au point que certains n’hésitaient pas à dire des auteurs trop bavards qu’ils "suivaient la voie de Tite-Live", ce qui est arrivé jusqu’à nous au travers de l’expression bien connue "Partir en Live".

Or, dans son ouvrage numéro XXIV traitant entre autres de la seconde guerre punique, nous pouvons trouver le récit du siège de Syracuse (213 à 212 avant Djizousse) durant lequel le célèbre Archimède réussit à paniquer la flotte des assaillants romains en mettant en place une formation d’immenses miroirs de bronzes qui, se reflétant les uns les autres, servirent à concentrer les rayons du soleils au point de permettre d’enflammer les voiles des navires républicains venus s’emparer de la cité sicilienne : Archimède venait d’inventer le premier canon laser primitif. Mais le bougre disposait surtout d’une arme bien plus dégueulasse. On peut ainsi lire :

À ces bâtiments ainsi préparés, Archimède opposa sur les remparts des machines de différentes grandeurs. Sur les vaisseaux qui étaient éloignés, il lançait des pierres d’un poids énorme; ceux qui étaient plus proches, il les attaquait avec des projectiles plus légers, et par conséquent lancés en plus grand nombre. Enfin, pour que les siens pussent sans être blessés accabler les ennemis de traits, il perça le mur depuis le haut jusqu’en bas d’ouvertures à peu près de la hauteur d’une coudée, et à l’aide de ces ouvertures, tout en restant à couvert eux-mêmes, ils attaquaient l’ennemi à coups de flèches et de scorpions de médiocre grandeur. Si quelques vaisseaux s’approchaient pour être en deçà du jet des machines, Archimède avait mis au point un labyrinthe de miroirs de bronze qui transformaient les rayons du soleil en lance ardente ; ainsi, les voiles des matelots venus assiéger la cité s’embrasaient, laissant les fiers marins dans un sentiment de terreur si grand qu’ils se jetaient à l’eau en poussant de formidables cris, implorant Jupiter d’épargner leurs vies, ou plus prosaïquement, traitant Archimède d’enculé. Voyant que certains navires profitaient des nuages couvrant l’astre céleste pour effectuer quelques manoeuvres offensives, le vénérable mathématicien brandissait alors l’intrigue de Skyline, ce qui avait pour effet de rendre fous tous ceux qui avaient l’audace de regarder dans la direction de la tablette sculptée. Ainsi, Syracuse tint bon face à l’assaut, et débuta son long siège, dont le dénouement est présenté dans le volume XXV du présent ouvrage (disponible chez tous les bons libraires de Rome, comprendre pas chez Caius Fnacus, qui est un sacré trou du cul).

Pourquoi les matelots romains fuyaient-ils le scenario de Skyline comme la petite vérole ? Existe t-il des choses dont la seule vue peut hypnotiser ou rendre complètement con ? Répondons à cette question vieille de 24 siècles, et spoilons, bonnes gens.

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L'affiche : Inutile de vous préparer, il est déjà trop tard pour vos derniers neurones

Le film s’ouvre sur une belle et chaude nuit, alors que tout le monde dort dans la paisible cité de Los Angeles. Pendant que ça ronfle pépère, du ciel paisible se mettent à tomber silencieusement des sortes de grosses boules de lumière bleue qui se posent au sol en divers endroits de la ville, toujours sans faire trop de raffut. Dans un appartement, une damoiselle réveillée par cette intense lumière filtrant au travers des volets marmonne un "Grmphmgnmgn, c’est d’jà l’matin ?" avant de se lever pour se gratter les fesses et aller promptement aux toilettes pour vomir un bon coup : oui, vous avez bien deviné, cette victime de nausées pas vraiment matinales est enceinte. Une fois cela fait, elle constate avec surprise qu’en réalité, ce n’est pas l’aube du tout, qu’on est en train de se foutre de sa gueule avec des lumières artificielles, et que dans le salon de l’appartement, il y a encore quelques amis complètement bourrés en train de pioncer à poings fermés probablement épuisés après avoir fait la chenille toute la soirée.

Mais soudain, il se passe quelque chose de pas banal : l’habitation se met à trembler, et de sourds grincements se font entendre : la lumière bleue semble être à l’origine d’une sorte de petit tremblement de terre. Vite ! Se dit madame. Allons réveiller mon copain, lui saura quoi faire, c’est un mâle : elle retourne donc vers son lit secouer un certain Jarod, qui à peine a t-il émergé dans un maladroit "Kékéya ?" qu’il constate que non seulement sa copine est complètement paniquée et que la lumière dans la chambre est bizarre, mais qu’en plus, il y a des hurlements féminins en provenance du salon. Vite ! Lui et son caleçon se ruent vers le séjour pour aller voir ce qu’il se passe et tombent nez-à-nez avec une nana qui vient de se réveiller et qui hurle que l’autre personne qui dormait dans cette pièce avec elle vient de "disparaître", emmenée par l’étrange lueur bleutée. Notant la porte-fenêtre du balcon grande ouverte (Jarod est très observateur), notre homme regarde la lumière, et soudain devient tout bizarre : ses yeux se révulsent, sa peau se couvre de marques noirâtres et de grosses veines louches, et il commence à avancer tel un zombie vers la source de toute cette clarté (probablement une méga boule à facettes qui attire les gens grâce au pouvoir attractif du disco)… va t-il s’en sortir ? Hou, suspens !

Revenons 15h plus tôt, dans un avion : Jarod, son immonde mini-moustache, son micro-bouc et sa meuf Elaine sont bien assis dans leurs sièges, occupés à peaufiner une sorte d’albums de souvenirs immondes décoré façon agenda de collégienne (Jarod est un artiste, mais c’est grâce aux dialogues qu’on le sait, parce que sinon, ça ne se voit pas). Ils préparent ce beau cadeau à l’occasion de l’anniversaire d’un ami, raison pour laquelle ils sont justement en train de se diriger vers Los Angeles. Lorsque l’avion atterrit, Jarod aide une mère de famille à porter son sac, ce qui rend Elaine incroyablement fière, expliquant que c’est pour ce genre de gestes que Jarod est son, je cite,  "héros" (mais ouais, c’est vraiment tellement incroyable !). Arrivé à la sortie de l’aérogare, Jarod est accueilli par un chauffeur envoyé par l’ami qu’ils sont venus voir, Terry. Attention donc : Jarod a beau être un héros qui aide les mamans à porter leurs valises, il ne dit ni bonjour, ni merde au conducteur, et ne lui jette même pas un regard, s’empressant de lui balancer ses valises à la gueule avant de s’engouffrer dans la bagnole. Rassurez-vous, ça ne choque pas Elaine, qui se comporte exactement de la même manière. Comme quoi, l’"héroïsme" n’aura pas duré longtemps. Passons.

Détail important : madame semble cacher qu’elle a des nausées à son bel amant ; lorsqu’en pleine conversation elle fait "Oui, je suis tellement impatiente de rencontrer ton ami Terr…blurg… hmmmf… SCHBLURG – hmmm…. glurp…gloup…glups…. oui je disais ton ami Terry", Jarod ne se rend compte de rien, même pas de le formidable haleine au vomi que la belle doit avoir lors du patin qu’il s’empresse de lui rouler derrière. Quel sens de l’observation, Jarod ! Tu sembles donc dénué de goût à tous points de vue.

En tout cas, nos héros arrivent à l’appartement situé dans un complexe de luxe de banlieue de leur ami Terry, un acteur black amateur de gonflette qui les accueille avec sa femme, la vilaine Candice, qui est blonde, fait la moue, et semble très attachée au pognon de son copain. Il y a aussi sur place une certaine Denise, l’assistante et photographe personnelle de Terry, mais qui n’a donc le droit ni à un regard, ni à un bonjour (d’ailleurs, Terry ne la leur présente pas alors qu’elle est à deux mètres), car elle fait partie, au même titre que la table basse, du mobilier de maison. Et dans un film américain, les vrais héros qui ont réussi ne parlent pas au personnel : c’est tellement communiste comme attitude. Mais passons sur ces quelques détails et faisons tourner la montre jusqu’au lancement de la soirée d’anniversaire de Terry, où des hordes d’invités dansent de-ci de-là ; l’occasion pour l’hôte des lieux de présenter à Jarod un certain Bob, avec qui il travaille sur certains tournages, et qui annonce tout de go à notre héros "Ah, c’est toi Jarod ? Content que tu viennes travailler avec nous !" ; quoi, se dit notre ingénu personnage principal ? Que dis-tu Bob ? Terry ? Tu veux que je travaille avec toi à Los Angeles ? Mais oui, surprise : tu es invité à venir bosser à Hollywood mec !  C’est pas super ça ?

Elaine, qui assiste à la conversation, semble ne pas aimer cette idée ; elle s’empresse donc d’informer l’auditoire qu’elle doit aller au petit coin (c’est essentiel, je crois que les invités avaient besoin de détails, "excusez-moi" ne suffisait visiblement pas), mais Jarod tente de la retenir, puis la poursuit "Elaine, reviens !" "Mais je dois vraiment aller faire caca !" "Elaine, je t’en prie, arrête toi !" "Bon sang Jarod, j’ai le boeing en bout de piste, tu peux le comprendre ça ?". Mais alors qu’ils arrivent enfin devant les toilettes, ils croisent Denise fort échevelée qui en sort, suivie de près par Terry (je… attendez, Jarod et Elaine viennent de quitter Terry à l’instant pour partir vers les toilettes : comment le bougre a t-il fait pour, non seulement s’y téléporter avant eux, mais en plus trouver le temps d’y copuler ?), bouh, c’est mal ! Ce spectacle d’adultère choque Elaine, qui elle, a le coeur pur comme celui d’un bébé licorne. Et prise dans l’émotion intense du moment, elle se décide à révéler à Jarod ce qu’il se passe : elle est enceinte. Un truc genre 3 semaines.  S’ensuit donc un échange de poncifs à base de "Ho non, je ne suis pas prêt" et autres "Tu as pensé à moi ?", qui se termine par une petite crise d’Elaine qui, dépitée par le fait que la seule réponse que Jarod fournisse à sa merveilleuse nouvelle soit "Ho non !", décide de s’enfermer dans les toilettes. Jarod reste quelques instants collé à la porte pour faire le siège des lieux et appeler sa compagne, mais n’entendant nulle réponse, puis une sorte de pétarade suivie de bruits plus ou moins liquides, décide de repartir vers la fête en feignant l’indifférence.

C'est ce qu'on appelle le siège des WCs.

La soirée se poursuit donc, et Jarod reste pensif ; il n’aperçoit qu’à peine la petite Candice allumer tout ce qui bouge, y compris Oliver, le concierge grassouillet et hispanisant de l’immeuble (son vrai nom est probablement Pedro Gomez, et je serais curieux de voir ses papiers), lorsque celui-ci vient expliquer avec diplomatie que la musique incommode d’autres riches habitants de la résidence, aussi ce serait sympa de baisser le son. Candice tente de dire que bon, allez, fais pas ton chacal gros, on finit juste d’écouter le dernier Nolwenn Leroy et ensuite on se calme ; et pour appuyer son argumentation et convaincre le concierge pour de bon, elle enchaîne clins d’oeil, passage de langue sur les lèvres et autres trucs trop subtils avec fougue et légèreté. Ah, vraiment, toutes des coquines, sauf Elaine qui est gentille, pure et enceinte, parce que bon, le sexe, c’est uniquement et avant tout pour faire des bébés. Si. Oui. Ho, je vous vois baisser les yeux, hein, bande de petits cochons. Sentez-vous la culpabilité monter en vous ? En tout cas, la soirée se termine et tous les invités s’en vont ; ne restent qu’à l’appartement Terry et Candice (normal, ils habitent là), Jarod et Elaine (ils sont invités), et enfin, Bob et Denise (trop bourrés pour rentrer chez eux).

Et nous revenons donc ainsi au début du film : alors que tout le monde pionce, des lumières bleues tombent du ciel, réveillent Elaine et lui fichent les chocottes avant de commencer à faire trembler l’appartement ; puis elles sortent du sommeil le pauvre Bob, qui ouvre le volet qui couvrait la porte-fenêtre du balcon du salon pour voir d’où vient tout ce bazar, et se retrouve aussitôt hypnotisé et attiré vers la lumière, avant de disparaître purement et simplement en atteignant la petite terrasse. Aussi, comme on l’a vu, lorsque Jarod arrive, il regarde dans la direction de la source de toute cette clarté. Et lui aussi se retrouve les yeux révulsés et la peau couverte de veines saillantes, avant de s’avancer lentement vers la lumière…

Mais là où les choses changent pour notre héros, c’est que tournant le dos à la lumière, Terry arrive soudainement et plaque au sol notre héros ; ce dernier est donc en sale état, puisque toujours dans un état semi-hypnotisé, et il lui faut quelques minutes avant que ses veines ne s’apaisent, que ses yeux ne se remettent bien en place et qu’il reprenne conscience. Il explique donc aussitôt à nos amis ce qu’il s’est passé : lorsqu’il a aperçu la lumière, celle-ci l’a attiré sans qu’il lui soit possible de résister (elle lui chuchotait "Viiieeeens, Jarooood, j’ai des binouuuuuzes au frais !")… mais il serait bien incapable de dire ce qu’il y avait derrière tout ce bazar ! Et ça va être encore plus compliqué vu que toutes les lumières viennent, visiblement après avoir kidnappé assez de gens, de toutes redécoller vers le ciel nocturne avant de disparaître. Plus rien, donc : le calme retombe sur la ville comme si de rien n’était.

Nos héros n’ont cependant pas vraiment le temps de profiter de la quiétude enfin revenue : dehors, il se met soudain à y avoir des bruits étranges, genre craquements et explosions. Quoi ? Qu’est-ce ? Vite, jetons un coup d’oeil au travers des persiennes ! Hmmm alors… tiens ? Il ne fait plus nuit (mais ça, c’est juste une incohérence, ça n’a rien à voir avec les extra-terrestres, rassurez-vous), et ho ! On dirait qu’il y a du brouillard, ou une sorte d’immense nuage de fumée du moins… hmmm… voilà qui intrigue suffisamment nos héros pour que Jarod et Terry décident d’aller voir de quoi il retourne en faisant comme d’autres habitants des immeubles voisins : en allant sur le toit. Pendant ce temps, les filles n’auront qu’à regarder les nouvelles ou appeler la police (moi j’aurais commencé par ça rien qu’après le kidnapping de Bob en fait, mais visiblement, tout le monde l’a déjà oublié ; je n’exagère pas, plus personne n’en parlera du film. Jamais). Rapidement, nos deux loulous filent donc hors de l’appartement pour aller sur le toit de l’immeuble équipés d’un pistolet et de l’appareil photo numérique de Denise. A noter qu’en chemin, ils entendent plein de bruits bizarres, qui en fait, ne correspondront finalement à rien dans le film. Oui, mais ça fait ambiance. Ils auraient pu entendre René la Taupe que c’était pareil.

Mais allons plutôt voir ce qu’il se passe dans l’appartement : déjà, Candice consulte internet depuis son téléphone portable histoire de voir si quelqu’un a mis sur Facebook "Je suis kidnappé par les extra-terrestres, MDR" ou même "Au secours ! #Aliens #Invasion #Lumière #Bernard_Menez" sur Twitter, mais non, rien depuis près de 4h : personne ne semble s’occuper de son statut sur les réseaux sociaux à cette heure-ci. Rahala, on ne peut vraiment compter sur personne. Tant pis, est-ce que la police sait ce qu’il se passe ? Non : elle ne répond pas au téléphone. Alors que pourtant, il y a bien une tonalité. Je veux pas faire mon rabouin, mais vu le peu de boules de lumières qui sont tombées sur la ville, ça m’étonnerait qu’elles aient réussi à kidnapper tous les standardistes du 911, alors va falloir m’expliquer. Surtout que visiblement, elles ne ciblaient pas des objectifs stratégiques comme les commissariats : preuve en est, elles tombaient pour certaines à côté de résidences de luxe pour venir y kidnapper des mecs comme Bob. Alors bon. Incohérences toujours, que se passe t-il à la télévision ? Et bien si certaines chaines affichent la mire et les messages d’évacuation d’urgence qui vont bien, d’autres présentent simplement des plateaux de télévision parfaitement vides. Parce que oui, les lumières ont visiblement réussi à kidnapper les gens en plein sur les plateaux sans même déranger les chaises (qui sont toutes parfaitement alignées) ou les papiers, et sans que personne ne remarque rien. Ce sont probablement des lumières avec des tocs : elles sont obligées de ranger avant de partir. J’espère qu’il va y en avoir une avec un Gilles de la Tourette.

Mais revenons à nos deux mâles virils qui eux, sont arrivés sur le toit de l’immeuble : ils ont juste fait une petite bêtise en oubliant de bloquer la porte derrière eux pour ne pas qu’elle se referme, mais qu’importe. En tout cas, la nuit noire qui s’était mystérieusement transformée en jour lorsque nos héros ont regardé par la fenêtre plus tôt est désormais un petit matin. Bon, je vais faire comme si de rien n’était et que je n’avais pas vu qu’il faisait grand jour tout à l’heure par la fenêtre. Mettons que ce soit le matin (mais le matin le plus rapide du monde, puisqu’entre la nuit noire au moment où nos héros ont été réveillés et maintenant, il s’est passé au mieux 15 minutes) et poursuivons. En regardant la ville qui s’étend devant eux, Jarod et Terry constatent qu’elle est anormalement calme. Et que le brouillard qu’ils voyaient par la fenêtre était en fait dû à une sorte d’immense orage surnaturel au-dessus du centre de la cité. D’ailleurs, comme la tempête n’est pas une truie, elle lève la brume en quelques secondes pour que le réalisateur puisse bien faire un plan impressionnant de Los Angeles sous cette espèce d’immense nuage noir. En conséquence, il fait soudainement grand jour et… heu… mais merde, on avait pas convenu il y a 5 minutes que c’était le petit matin ? Raaah. Enfin bref, que se passe t-il ? Et bien déjà, des nuages surgissent à nouveau des boules bleues, qui reviennent se poser au sol (c’est peut-être un concours de Galactif-Yoyo ?). Mais ce ne serait pas grand chose si elles n’étaient pas suivies d’une volée d’énormes vaisseaux qui se mettent à survoler la cité tout en créant des sortes de mini-tornades en dessous d’eux, aspirant tous les gens au sol qui regardaient le ciel en cherchant à comprendre ce qu’il se passait ! Ce sont donc des milliers de personnes qui d’un coup, se retrouvent à emplir le ciel alors qu’elles sont aspirées vers des vaisseaux qui ne semblent jamais s’épuiser, parce que ce sont des Dyson©, les vaisseaux qui ne perdent pas d’aspiration.

Terry et Jarod observent tranquillement les lumières depuis le toit. Bizarrement, tous ceux qui feront ça plus tard dans le film seront hypnotisés. C'est sélectif.

Voyant les appareils se diriger vers eux, ni une, ni deux, nos garçons se mettent à courir vers la porte de leur immeuble pour essayer de se mettre à l’abri à l’intérieur, mais las ! Comme ils ne l’avaient pas bloquée, elle est refermée pour de bon, et ils n’ont pas les clés sur eux. Heureusement, Elaine finit par arriver pour leur ouvrir à la dernière seconde, alors qu’ils allaient être aspirés à leur tour ; la jeune femme est cependant brièvement exposée à la lumière des vaisseaux, ce qui commence à l’hypnotiser. Mais comme les hommes qu’elle vient de sauver tournent le dos à la dite lumière puisque la fuyant, ils ont tôt fait de la plaquer au sol et de fermer la porte du toit pour que l’hypnose cesse. Dans l’affaire, Jarod a lui aussi repris un peu de lumière dans la tronche, mais pas non plus de quoi le faire craquer, parce qu’il a de big baballs, comme tous les vrais héros de la libre Amérique. Tout le monde redescend donc à l’appartement, dont une Elaine qui met quelques minutes à retrouver ses esprits.

Nos héros, à l’abri, font donc le point sur la situation : des aliens viennent d’arriver, et visiblement, ils disposent d’une lumière hypnotique bien fourbe et d’aspirateurs géants avec lesquels ils moissonnent les bons citoyens. Dans quel but ? Mystère. En tout cas, grâce aux photos qu’ils ont pu prendre sur le toit avec l’appareil photo numérique de Denise, ils peuvent montrer à cette dernière ainsi qu’à Candice et Elaine ce qu’il en est : ils ont en effet de superbes clichés de milliers de gens aspirés par les vaisseaux ennemis. Diantre. A noter qu’il y a d’autres photos plus intéressantes encore sur l’appareil de Denise : des photos de cette dernière en train de se taper Terry dans les toilettes durant la fête. Car oui, elle a le temps de prendre des photos d’elle en contre-plongé la bouche en cul de poule (la pose officielle des pintades) pendant que Terry copule avec elle dans les toilettes. Je serais ce dernier, je le prendrais assez mal. J’imagine qu’après, elle devait consulter ses mails ou envoyer des textos en même temps, mais qu’importe.

Jarod a lui remarqué un truc bizarre : il semblerait que sa brève exposition à la lumière alien sur le toit ne l’ait pas laissé parfaitement indemne : autant la première fois, il avait parfaitement récupéré, autant cette fois-ci, il a des veines qui restent saillantes au niveau du ventre (pas du bas ventre, là, c’est pour d’autres raisons). Mais cachant tout ça sous son marcel de gros dur, il retourne bien vite dans la salle principale pour discuter de la suite avec ses potes : que faire ? Terry explique que la marina n’est qu’à quelques dizaines de mètres du complexe de luxe où ils sont, et qu’il pourrait être sympa de se barrer en bateau, les aliens ne s’intéressant visiblement qu’aux villes, il devrait y en avoir peu au-dessus de l’eau. Elaine fait remarquer un truc intelligent : dans l’appartement, ils sont en sécurité : les volets les protègent de la lumière extérieure, ils peuvent épier les aliens au travers des persiennes,  et au moins, c’est un bon abri pour attendre les secours. Mais Terry la contredit en arguant que "Les secours ne viendront jamais !" d’accord. "Allons donc les attendre en mer !" je… heu… hmm… faudrait savoir mec. Bon et puis surtout que le bateau, si c’était une invasion de zombies, je te dirais oui, mais là c’est une invasion aérienne : autant te dire que vu le nombre de vaisseaux que tu as pu voir depuis le toit, s’il n’y en a pas un pour remarquer un bateau solitaire tentant de se barrer, c’est que tu as du piston divin. Bref, ton plan est du niveau de la pilosité faciale de Jarod.

Et puis bon : dans un film catastrophe, il faut toujours écouter les enfants/les femmes enceintes, et pas les mecs qui trompent leur femme : on ne peut pas être infidèle ET avoir raison sur un quelconque sujet, c’est comme ça.. Mais voyons comment les choses vont se passer : la petite troupe s’empresse de descendre jusqu’au parking souterrain, et se divise en deux voitures, dont une rapide, qui foncera jusqu’à la marina préparer le bateau, histoire que tout soit prêt quand la seconde arrivera. Suite à de nombreuses discussions autour de la fidélité dans le couple puisque Candice est outrée que Terry la trompe (dixit la nana qui drague jusqu’au concierge) et à de longs échanges de regards lourds de reproches entre Candice et Terry qui font perdre du temps à toute l’équipe , car oui, il faut s’arrêter pour se regarder droit dans les yeux et froncer les sourcils, c’est bien le moment et l’endroit ((je ne rigole pas : les mecs sont occupés à parler de qui a couché avec qui alors qu’ils sont menacés par une invasion alien ; c’est le genre à débattre sur "Qui a oublié de débarrasser la table ?" pendant un bombardement atomique), les voitures  sont réparties comme suit :

  • Terry et Denise partent devant en voiture de sport
  • Jarod, Elaine et Candice suivent dans un quaquat’

Et le petit convoi commence à se diriger vers la sortie du parking souterrain. Mais ce faisant, ils croisent un autre couple : un mari colérique et idiot visiblement, qui aidé de sa femme qui tente de le tempérer, s’empresse de charger son propre véhicule de valises pour essayer de se barrer. Voyant cela, Jarod demande donc au convoi de s’arrêter pour savoir s’il ne peut pas les aider.

Putain Jarod ? Mais c’est quoi ton problème ? T’as une passion perverse pour porter les valises d’autrui ? Tu aimes te déguiser en groom le dimanche ? Tu fantasmes sur Spirou petit cochon ? Tu as surnommé ton trilili Spip ?

Enfin bref, c’est fort, en pleine invasion extra-terrestre, une partie de l’équipe parle coucheries, et l’autre veut aider les gens à charger leur voiture. Qu’importe : le couple refuse d’être aidé, et le convoi reprend son chemin vers la sortie du garage. C’est à ce moment là que Denise, qui comme tout le reste du groupe, semble très concernée par cette attaque d’outre-espace, se décide à regarder Terry droit dans les yeux pour lui dire qu’elle est "désolée". Et ce dernier lui jette d’ailleurs un regard accusateur pour bien lui signifier qu’être "désolée", ce n’est pas suffisant.  Ce film est formidable : tout ça, c’est la faute de Denise. Terry, il n’a rien fait, il a été violé dans les toilettes, comme ça, pif pouf paf. Et en plus, dans l’affaire, il n’a même pas remarqué que Denise se prenait en photo en même temps. Vous avez compris la leçon, mesdemoiselles ? Si vous couchez avec un homme marié, c’est vous la vilaine et lui la victime.

Vous pensez que Candice fait la moue parce que plusieurs millions de gens viennent de disparaître ? Non : c'est parce qu'elle a vu des photos de son copain avec une autre. Il y a des priorités.

Et comme toute méchante, vous devez être punie : sitôt que la voiture de luxe de Terry a franchi la grille du parking souterrain, elle est instantanément piétinée par une monstrueuse créature géante (que jusqu’ici, personne n’avait vue ou entendu : elle devait être cachée dans un fourré en train de pouffer qu’elle allait faire une bonne blague), qui tue ainsi la vilaine Denise sur le coup ; Terry, par un incroyable coup de bol, se trouve à un endroit qui est passé entre les orteils de la bête, et parvient donc à quitter le véhicule en hurlant pour courir vers l’abri souterrain qu’il regrette déjà d’avoir quitté ; hélas, la bête géante est dotée de tentacules d’un fort beau gabarit et a tôt fait d’agripper le pauvre acteur (oui, car elle a beau être trop grande pour voir dans le parking souterrain qui n’est pas vraiment à sa taille, comme toutes les créatures à tentacules dans les films, elle VOIT avec ses appendices gluants) ; Jarod a beau descendre de son véhicule pour essayer de lui porter secours, il ne parvient pas à retenir son ami qui est avalé sans être mâché dans un grand "schlurp !" sonore. Qu’il est dur d’être le pote black du héros dans ce genre de films.

Le reste de l’équipe se replie donc rapidement dans le garage souterrain, essayant de fuir l’immense créature qui, du coup, essaie d’élargir l’entrée du parking à grands coups de poings. Nos héros pensent pouvoir se replier rapidement vers leur appart’ lorsque soudain, ils s’aperçoivent qu’il y a aussi une créature extra-terrestre DANS le parking : une sorte de poulpe alien à demi-mécanique qui est occupé à s’attaquer à l’autre couple qui chargeait sa bagnole quelques minutes plus tôt ; émettant la curieuse lumière bleue, il hypnotise le vilain mari, qui comme tous les vilains, meurt : il est avalé tout rond par la bête. La femme du défunt tente de s’enfuir vers les seuls escaliers à portée en compagnie de nos héros, mais le poulpe les prend en chasse et finit même par arriver à hypnotiser Jarod, toujours grâce à sa lampe de poche schtroumpf, qui se met à avancer vers lui. La vache, Jarod, il en aura bouffé de la lumière extra-terrestre ! Mais avant que la bête ne le trucide, elle se ramasse un 4×4 sorti de nulle part qui lui rétame la mouille contre une colonne du parking : Oliver, le concierge mexicain moustachu, vient d’arriver à la rescousse !

Alors que tout le monde le remercie de son intervention, le poulpe se remet à bouger bizarrement : le mari qu’il venait d’avaler, toujours vivant et visiblement un peu choqué, est en train de s’extirper de sa carcasse : miracle ! Les aliens capturent les gens plutôt que les tuer ! C’est formid… proutch. Oui, "proutch" : le bruit que fait un poulpe alien endommagé qui se réactive et qui attrape d’un de ses tentacules la tête du mari qui pensait s’échapper de la carcasse en paix ; et une fois qu’il a bien saisi le crâne, il le désintègre (autant vous dire que notre petite troupe n’apprécie guère le spectacle) et en sort le cerveau de sa victime qui, luisant d’une belle couleur bleue (ils injectent du colorant dans les cerveaux ?!), a tôt fait d’être inséré dans un emplacement spécialement conçu du poulpe qui du coup, se répare et se régénère !

Faisons un point : les aliens qui viennent d’envahir la terre sont des créatures qui ont des emplacements à cerveaux humains qui, une fois plein, leur servent à se réparer. Quoi ? Mais alors attendez : ils faisaient COMMENT avant de rencontrer l’espèce humaine, ces aliens ? Vu que toute leur technologie (comme nous le verrons par la suite) semble tourner autour du cerveau humain comme base ? J’aimerais qu’on m’éclaircisse ce point qui me parait être formidablement pourri. Enfin en tout cas, ils doivent bien rigoler sur Rüdüdü-X8, la planète d’origine des monstres.

"Gloubitz-Karglass bonjour ! Vous avez un impact sur votre pare-glörk (sur Rüdüdü-X8, on a pas de brise, on a du glörk à la place) ? S’il est inférieur à la taille d’une pièce de 2 krüditz, on injecte notre résine de cerveau humain, et hop ! Nickel !"

Et pareil quand tu as la clim’ qui est niquée et que tu vas au garage : les mecs te facturent en plus de la main d’oeuvre un kidnapping de fermier sur Terre, puisque comme pour toutes les pannes, il fallait juste un cerveau humain pour que ça remarche. Et alors vu le coût du trajet galactique, autant vous dire que ça raque : les garagistes, même interstellaires, restent de sacrés voleurs. Impossible de trouver une seule facture inférieure à 180 krüditz dans tout Gamma du Centaure. Dur. Retournons plutôt sur notre bonne vieille planète voir ce qu’il s’y passe en attendant.

Après avoir longuement hurlé en voyant un monsieur se faire désintégrer le crâne, notre petite troupe se décide à s’enfuir par le premier escalier de secours venu, et se retrouve juste à l’extérieur du bâtiment. Attendez, à l’extérieur, là où il y avait le monstre géant ? En effet : ce dernier n’a pas oublié nos pinpins et s’empresse de balancer ses tentacules sur la femme du type colérique qui vient de mourir (désolé, tu n’avais pas de prénom, tu n’avais donc aucune chance de t’en tirer) pour l’avaler dans un nouveau schlurp sonore, puis il commence à poursuivre les autres survivants. Pas de bol : il est en plus rejoint par un second bestiau qui, lui aussi, semble très intéressé par les humains galopant à ses pieds.

A noter qu’évidemment, l’immeuble de nos héros était attaqué par un poulpe volant et deux monstres géants, alors qu’en plus, bien en bordure extérieure de Los Angeles. Donc s’ils ont déjà tout ce matos pour attaquer UN immeuble de banlieue, je serais curieux de savoir combien de bestioles nos amis d’outre espace ont emmené pour conquérir la Terre. Dans tous les cas, ils ont dû y mettre le budget.

Vu le nombre de bestiaux qu'ils mettent sur un seul immeuble, les aliens vont mettre entre 5 et 10 ans à prendre Monaco

Bien loin de ces questions très terre à terre, nos larrons finissent par courir assez vite pour atteindre une autre porte de leur immeuble et ainsi échapper aux vilains bestiaux qui rôdaient dehors. Ils font aussi vite que possible pour retourner dans leur appartement, revenant ainsi à leur point de départ, si l’on excepte qu’ils ont perdu Terry et Denise, mais gagné Oliver, le concierge qui a le passe de toutes les portes. Une fois enfermés, ils observent au travers des volets la situation en ville : visiblement, il n’y a plus grand monde de vivant, et on aperçoit seulement un ou deux gros monstres comme ceux d’en bas en train de s’attaquer au centre-ville. Oui, un ou deux pour tout le centre-ville de Los Angeles, mais deux rien que pour l’immeuble (même pas le quartier, hein, l’immeuble) des héros. C’est beau quand même, les coïncidences.

C’est donc le moment de se poser un peu : tout le monde pleure la perte de Terry (Jarod explique qu’il "aurait dû le retenir" mais ouais mec : c’est vrai qu’avec tes petits bras musclés contre un monstre de moult tonnes, tu avais toutes tes chances. T’aurais dû essayer de voir si tu pouvais pas le défier à un combat de pouces aussi), alors qu’à côté de ça, personne ne reparle du couple sans nom dont le mari a fini avec le crâne désintégré et la femme avalée par un monstre géant, c’est tellement commun comme truc. Et alors Denise, n’en parlons pas : c’était une salope, ce qui lui est arrivé est donc bien fait pour elle. C’est Oliver, finalement, qui en bon concierge reprend la tête des opérations : il faut barricader l’appart’ à grand coup d’électroménager. Aidé de Jarod, il pose donc diverses machines contre les portes, et en profite pour plaquer notre héros au mur sans raison en hurlant "C’est la réalité, il faut l’accepter !".

J’aimerais savoir : est-ce que le mec qui faisait les dialogues, il bossait pas depuis chez lui ? Non parce qu’entre ce genre de discours, les histoires de qui couche avec qui ou le héros qui propose en pleine apocalypse, non pas d’emmener les gens avec lui vers le bateau qu’il pense être un lieu sûr, mais juste de les aider à porter leurs valises parce que c’est sympa pour ensuite les laisser crever, j’ai l’impression que ce que les personnages se disent n’a aucun rapport avec l’action. Mais bon. Tant qu’on ne s’enfonce pas plus, je vais faire avec.

Sauf que si, on va s’enfoncer plus, et pas qu’un peu : sitôt qu’Oliver a fini de secouer Jarod sans raison, nos héros se regroupent dans le salon pour décider de la suite des évènements : ils vont attendre les secours ici, à l’abri (oui, j’avais dit qu’il fallait écouter la femme enceinte). Soit, dit Candice, en s’allumant une petite clope. Faisons comme ça.

Et c’est à ce moment précis que la situation dégénère : Elaine déclare "Ha ! Elle fume !" puis se barre en faisant une moue type "Vous venez de tuer toute ma famille à coups de hache !", et Jarod a juste le temps de lui hurler "Non, reste avec nous !" (elle n’a fait que deux mètres et est encore dans le salon, hein, calme toi pépère), avant que sa douce ne se retourne pour expliquer ce qui la met dans cet état, les larmes aux yeux : "Je suis enceinte !".

Je vous avais dit que niveau dialogue on pouvait s’enfoncer encore plus. Donc oui : alors qu’ils sont menacés de mort, viennent de perdre leurs amis, amants ou autre, et ont survécu de justesse à l’attaque d’une créature géante venue d’une autre galaxie, qu’est-ce qui bouleverse nos héros ? Le fait que quelqu’un fume une clope à côté d’une femme enceinte (jusqu’ici, ils n’avaient pas versé une larme, mais là, tout le monde pleure) : Candice écrase donc sa cigarette en laissant rouler de grosses perles salées sur ses joues roses, et tout le monde est alors heureux, parce que bébé va pouvoir respirer de l’air pur. C’est beau.

Bien installés dans le luxueux appart’, nos héros laissent donc dès lors les heures s’écouler, et la nuit venue, ils constatent que Los Angeles est belle et bien définitivement désertée. Il n’y a pas UNE voiture dans les rues. Et attention, quand je dis pas une voiture dans les rues c’est : tous les véhicules sont bien garés, il n’y a pas une bagnole qui dépasse. Il faut donc en déduire que quand les extra-terrestres ont attaqué, ils ont demandé aux gens de se garer proprement avant de les kidnapper : et pas sur les places handicapés, hein, ils ne veulent pas d’emmerdes avec la police municipale (un fléau galactique : déjà que leur flotte s’est fait flasher en passant au-dessus de l’A8 à proximité de Brignoles, ils font un peu moins les malins). Et pareil quand ils ont déclenché leurs aspirateurs géants à humains : ça n’a aspiré que les citoyens, et malgré les vents titanesques que ça a déchaîné, tout est nickel, il n’y a pas un poteau couché ou même un papier par terre. Ils sont vraiment super sympas, quand même, ces envahisseurs.

A plusieurs reprises, Jarod marmonne tout de même en contemplant la ville déserte "C’est un cauchemar !", dans son coin, ce qui donne l’occasion à Oliver de venir le secouer complètement hystérique en hurlant "NON, CE N’EST PAS UN CAUCHEMAR, RÉVEILLE-TOI !". Non, vraiment, le naturel des dialogues est formidable. En plus, le concierge donne des conseils de gros baroudeur à Jarod, limite "Moi j’ai déjà survécu à deux invasions aliens, et puis une fois, j’ai retrouvé le caniche de Mme Michu, et ça je peux te dire que c’était pas un pique-nique". Mais ouais mec.

J'allais oublier d'illustrer mon propos : voilà ce qui arrive quand on regarde la couleur schtroumpf en face

Dans la nuit cependant, des tirs se font entendre en ville ; ça tombe bien, il y a à l’appartement un télescope relié à la télévision du salon, ce qui permet à tout le monde de voir ce qu’il se passe à l’extérieur : on peut donc apercevoir sur l’écran un pick-up avec des mecs armés à bord qui fonce sur les avenues désertes, poursuivi par un monstre géant semblable à celui qui avait attaqué l’immeuble quelques heures plus tôt. Par on ne sait quelle magie, nos héros entendent tout ce que les gens dans la voiture disent (Terry, qui possédait le télescope, avait peut-être placé des micros dans toutes les automobiles et sur tous les lampadaires de Los Angeles avant de relier le tout à son instrument d’observation), ainsi on a le droit à des "plus vite !" et "ils nous rattrapent !". Voilà voilà, donc tout ça pour entendre ça. Et nous montrer que nos héros peuvent entendre ce qu’il se dit à plusieurs kilomètres d’eux sans explication aucune. Superbe. Bon, sinon, le pick-up ne va pas bien loin, hein : il finit écrasé sous une grosse patte de bestiole géante.

Le matin du second jour se lève enfin, et nos héros continuent d’attendre d’hypothétiques secours. Par ailleurs, un vrai drame se joue : il n’y a plus d’eau courante, et donc plus de chasse d’eau. C’est ce que j’appelle une situation de crise. En plus, Jarod constate que sa peau est de plus en plus couverte des veines saillantes et noires dues à ses expositions à la lumière alien ; ça ne le rassure pas trop. Et comme ça commence à se voir, les autres occupants de l’appartement se montrent de plus en plus suspicieux, soupçonnant une contamination de notre héros par les créatures d’outre-espace. Ce dernier développe donc ce qu’il en est : sans pouvoir expliquer pourquoi, il a l’impression que lorsqu’il a regardé la lumière, en sus de l’attraction ("Pense à touuuutes ces binouzes, Jarooooood !"), il y avait un sentiment de pouuuiiiissance qui allait avec. Et il pense que tout ce bazar a pu modifier son organisme, et peut-être pas en mal (Ha? Toi ça t’inquiète pas d’avoir la peau qui ressemble à une carte routière noirâtre ?). Hooo, j’ai peur de la direction que l’on prend. Dans 10 minutes, il va nous expliquer que son vrai nom est Bruce Banner.

Mais en attendant, il a une idée (nooooon !) : Hey, les amis, la marina n’est pas très loin ! Si on essayait d’y aller pour… "Ta gueule !" lui répondent en choeur les autres survivants (merci), qui, eux, se rappellent du début du film. Visiblement, Jarod n’était déjà pas très malin, mais la lumière extra-terrestre le rend de plus en plus con. Ce qui était pourtant difficile : ils ont vraiment une technologie diablement plus avancée que la nôtre.

Combien de temps va t-il falloir encore attendre les secours ? Mystère. Mais soudain, un bruit de réacteur. Non, des bruits de réacteurs ! Vite, à la fenêtre, que se passe t-il ? Des drones de l’armée américaine sont en train de survoler la ville  : ça y est, l’Amérique riposte, tremblez, créatures intergalactiques, car vos lumières ne marchent pas sur des appareils sans pilotes ! Ils foncent donc sur le seul vaisseau visible dans le ciel de Los Angeles : un truc plus gros que tous ceux que l’on avait vu jusqu’ici, comprendre, l’habituel vaisseau-mère des aliens. Celui-ci se met à larguer des centaines de tout petits appareils, visiblement l’équivalent extra-terrestre des drones, ce qui permet à une titanesque bataille aérienne de commencer au-dessus de la cité désertée.

On suit donc la bataille pour l’essentiel depuis le téléviseur relié au télescope de nos héros ; et il faut noter que ce dernier est super balaise, puisque par exemple, il semble doté d’un logiciel de réalisation de films intégrés (le James Camera-on 2500©), qui lui permet de suivre sans trembler ni flou un appareil sélectionné au hasard dans la bataille qui, hasard encore, va rapidement être le dernier drone à ne pas être abattu par la chasse ennemie. En effet, le bombardier miniature parvient à franchir une bonne partie des défenses ennemies avant d’être touché assez lourdement à une aile, qui se met à menacer de lâcher d’une seconde à l’autre ; notre bougre de bidule parvient cependant à voler encore suffisamment longtemps pour arriver à portée du vaisseau-mère ennemi et lui décocher un bon gros missile à ogive nucléaire histoire de calmer tout le monde. Ça a bien marché sur des japonais, alors pourquoi pas sur des trucs venus de l’espace ?

Le vaisseau-mère, dont vous noterez la forme idéale pour traverser l'atmosphère

Une monstrueuse explosion ravage donc les cieux et le QG volant ennemi, qui se retrouve pris dans une tempête de flammes dont il n’émerge que sous la forme d’une carcasse fumante qui va s’écraser au sol en toussotant un peu ; à l’appartement, on laisse éclater sa joie en constatant que les aliens semblent vaguement sensibles au feu nucléaire, et il apparaît donc maintenant raisonnable de penser que l’armée va venir repousser les restes des vilains ; et heureusement, dites donc, puisque l’explosion de l’ogive a produit un souffle si fort que les volets de l’abri de nos héros, pourtant situé à plusieurs kilomètres du point d’impact, ont été arrachés laissant notre troupe à découvert. Par contre, les vitres sont niquel. Il n’y a même pas un verre fendillé ou même un petit peu de poussière dessus, rien. C’est sympa, en fait, les explosions nucléaires.

Hélas… la carcasse du vaisseau ennemi semble soudainement s’animer, des centaines de minuscules lumières bleuâtres s’en échappant pour réparer l’appareil à vitesse grand V. Et en quelques minutes seulement, le bidule reprend son vol et retourne prendre la position qu’il occupait juste avant de se ramasser une cacahuète parfumée à l’uranium, le tout en sifflotant comme si de rien n’était (ah, ces envahisseurs sont d’une morgue !). Notre troupe panique donc : zut, flûte, caca ! L’arme nucléaire n’a pas marché ! L’ennemi est toujours là, invincible et plus en colère que jamais ! Pire encore, il n’y a plus de volets pour se dérober à sa vue ! Cacaboudin ! Que faire ?

Je ne sais pas ? Vous avez le concierge avec vous qui a le passe pour tous les appartements de la résidence. Vous n’avez qu’à aller vous planquer dans un autre orienté à l’opposé et qui a donc dû conserver ses volets ? Ça me parait ni trop compliqué, ni trop risqué, en fait.

Mais non, Oliver a un meilleur plan : "Vite, il faut couvrir les immenses fenêtres ! Amenez tout : couvertures, draps, t-shirts, slips, on va faire des rideaux de fortune !". Mouaiiiis. Je ne suis pas sûr que ça marche, allez savoir pourquoi. Quoique : certains slips sont probablement à même de repousser les aliens les plus endurcis. Dans tous les cas, la stratégie d’Oliver est rapidement interrompue par le son d’un rotor cette fois : un hélicoptère de l’armée vient de larguer un petit groupe d’observateurs sur le toit de l’immeuble juste en face, qui comme il appartient au même complexe, est diablement proche de nos héros. Vraiment, quelle coïncidence, c’est à croire que 95% de l’action se passe dans le quartier.

Enfin bref : Jarod veut faire signe à l’armée pour leur indiquer qu’il y a encore des civils dans le coin, mais Oliver l’en empêche : "Ah bin non, ce sont des militaires, on ne les intéresse pas ! Et puis en plus, si on leur fait signe, on va être aperçu par toutes les bestioles de la ville !" ; apparemment, Oliver ne comprend pas la notion de "faire signe" genre "Psst, les gars, regardez !" durant quelques secondes en agitant la main de derrière une fenêtre ; pour lui, ça doit consister à tirer des fusées de détresse en l’air en mettant du Patrick Sébastien à fond.  Et puis bon, le raisonnement du "On intéresse pas les militaires" et "Il faut pas se signaler", c’est bien gentil, mais si tu veux vraiment être évacué mon pépère, va peut-être falloir signaler que tu es là, parce que je ne suis pas sûr qu’ils vont envoyer des civils ouvrir toutes les portes de Los Angeles une par une à la recherche de survivants pour te faire plaisir.

Le conflit larvé qui existait jusqu’alors entre Jarod et Oliver, dont tous les dialogues consistaient jusqu’ici à échanger des phrases sans rapport les unes avec les autres et de préférence en parlant très fort les sourcils froncés, éclate donc au grand jour : Jarod emmerde Oliver et veut se barrer voir les militaires, alors que le bon concierge est plutôt d’avis de rester caché ici, dans un appartement désormais sans volets. Pour appuyer son propos, le chicano gifle un bon coup le héros, comme ça, hop, parce que c’est viril. Énervé par ce soufflet de malappris, Jarod voit donc sa peau se couvrir de grosses veines noires et ses yeux se révulser, avant qu’il ne soulève le grassouillet hispanique du sol d’une seule main en grognant.

Oui, vous avez bien lu : la lumière alien a modifié l’organisme de Jarod, le rendant super fort : notre héros est désormais un super-héros. Vous avez le droit de rire.

Une fois Oliver bien secoué, il n’y a plus de réconciliation possible, et l’équipe se divise en deux groupes :

  • Candice et Oliver vont rester à l’appartement et attendre que des secours ("Mais pas l’armée !") viennent les trouver ("Mais sans qu’on leur dise où on est !")
  • Jarod et Elaine vont tenter de se barrer en allant sur le toit se signaler aux militaires et essayer de profiter de l’hélico qui ne manquera pas de revenir chercher les hommes qu’il a déposés
Bon, je sais pas vous, mais moi, si je devais choisir entre l’équipe de la nana un peu salope qui fume (c’est mal) accompagnée du concierge hispanique qui a frappé le héros, ou celle du personnage principal super fort et de sa femme enceinte, je crois que j’aurais vite choisi mon camp.
Jarod et Elaine filent donc à toute allure en direction du sommet du bâtiment, emportant avec eux une hache à incendie histoire de pouvoir se défendre un minimum en cas d’agression d’outre espace. Et une fois sur le toit, ils font signe aux militaires de l’immeuble d’en face, qui aussitôt, appellent un hélico pour venir évacuer nos larrons. Comment je le sais ? Facile : tout comme plus tôt dans le film, lorsque nos héros pouvaient entendre ce qu’il se disait dans une bagnole à plusieurs kilomètres d’eux, là, ils entendent tout ce qu’il se dit sur les canaux des militaires. Moi ça m’a étonné, mais eux visiblement trouvaient ça tout à fait normal. Je ne dois pas avoir participé à assez d’invasions aliens. En tout cas, pas de bol pour eux : l’hélico de sauvetage, lorsqu’il arrive, se ramasse un coup de tentacule d’un des monstres géants que l’on a déjà vu dans le film ; il finit donc par s’écraser au sol dans un son apocalyptique qui sonne aux oreilles de Jarod et Elaine comme le jingle de la défaite (ça ressemble un peu à un morceau de Florent Pagny, pour vous donner un référentiel).

Notez comme le maquillage et la coiffure d'Elaine résistent même à une guerre intergalactique

Et l’autre équipe alors ? Et bien à peine nos héros ont ils quitté l’appartement que déjà, tout part en sucette : Candice a regardé dans le télescope une fois de trop, et tentant de regarder un vaisseau ennemi, elle a été hypnotisée par la lumière qui en émanait ; rapidement, un poulpe volant vient donc à sa rencontre pour l’emmener. Oliver, qui était dans une autre pièce au moment du drame, n’arrive que trop tard et ne peut sauver la blonde damoiselle qui finit donc gobée par le vilain bestiau. Le concierge échappe lui de justesse au même sort, tout simplement parce que le poulpe se ramasse une méchante roquette tirée par l’un des militaires du toit d’en face. Pauvre Oliver, désormais seul et toujours aussi hispanique ! Ses chances de survie dans un film pareil viennent encore de diminuer, déjà qu’elles n’étaient pas bien hautes ! Il en est lui même tellement blasé qu’il décide de mourir, parce que bon, hein, merde. C’est pas comme s’il lui restait toute une résidence où se planquer, avec des dizaines d’appartements vides et/ou de pièces sans fenêtres s’offrant à lui, non. A la place, il repère qu’un monstre géant est en train d’escalader la façade de l’immeuble, et évidemment, de SON côté, et comme il se doit PILE au niveau de la fenêtre du salon ; aussi il allume le gaz à fond, et lorsque la vilaine bête pointe le bout de son nez dans l’appartement, il ouvre son briquet et disparaît dans un effet pyrotechnique laissant supposer que ce n’était pas du gaz dans cet appartement, mais au moins un petit réacteur nucléaire.

L’équipe Candice et Oliver étant définitivement HS, retournons sur le toit voir ce qu’il advient d’Elaine et Jarod : et bien figurez-vous que ces derniers constatent que l’armée vient d’envoyer une nouvelle force aérienne combattre au-dessus de Los Angeles, pour des raisons que je ne saisis pas bien (moi, je sais pas, mais en notant que même à demi-désintégrés par une ogive fourrée à l’uranium, les vaisseaux ennemis continuaient de se relever, j’aurais arrêté d’envoyer des troupes au casse-pipe et j’aurais plutôt cherché un nouveau plan, mais bon). Par ailleurs, ils remarquent aussi qu’un vilain poulpe volant vient d’arriver sur le toit avec la ferme intention de les manger tout cru. Un combat terrible s’engage alors entre Jarod et la bête, Elaine se contentant essentiellement de crier le prénom de son compagnon, probablement pour le déconcentrer et ainsi permettre au poulpe de vaincre pour mieux pouvoir ensuite partir avec lui fonder une relation tant à base de tentacules que de popopopo.

Jarod donne donc des coups de hache à la bête : ça marche pas, elle se régénère. Des coups de parpaing ? Ça marche pas, elle se régénère. Raaah, il en a marre : il décide donc de bourrer la gueule de Poulpy le spatio-poulpe à grands coups de poings dans son museau, et diable : figurez-vous que ça marche. Ce serait donc ça, la faiblesse des aliens ? Ils encaissent les missiles, les balles, les parpaings mais pas les mimines dans la margoulette ? Qu’importe : ces réflexions n’auront pas de réponse, puisque dans la série du "toujours plus de rebondissements", voici que le monstre géant à qui Oliver avait cramé la face en mourant a repris son escalade de l’immeuble, certes toujours en sentant un peu le cramé, mais tout de même, il arrive assez rapidement à son sommet.

Oui, hein, vraiment : de tout le film, les aliens se seront acharnés sur un seul immeuble de la ville, et pas de bol, c’est celui du héros.

Enfin bref : la grosse bête s’apprête à manger Jarod et Elaine, quand soudain, pas de bol pour lui : un chasseur de l’armée américaine est abattu en plein vol dans la bataille aérienne qui fait rage dans le coin, et vient s’écraser pile sur le nez du bestiau, le tout en passant à moins de 5 centimètres de nos héros qui ont juste le temps de se baisser. Certes, j’en conviens : ils sont foutrement rapides, parce qu’esquiver un jet, bonjour, et puis même alors qu’il passe à 5 vrais centimètres (je n’exagère pas) des héros, le tout lancé à fond et en flammes, et bien ça ne fait pas bouger d’un centimètre nos deux larrons (les avions à réaction sont connus pour ne pas remuer ce qui passe à côté d’eux, on pourrait en faire passer dans un magasin de porcelaine sans soucis), et ça ne leur chauffe même pas les moustaches : ils ne sont qu’à peine décoiffés, et encore, juste Jarod à qui ça fait un effet "saut du lit" dans les cheveux. Ouf, en tout cas, ils ne mourront pas aujourd’hui !

Quoique ? Encoooooore des emmerdes ? Oui ! Un des vaisseaux-aspirateurs-géants du début du film a décidé de se pointer et arrive au-dessus de l’immeuble, ayant repéré des humains en liberté, et se décide à capturer nos deux pinpins. Que faire ? Ho bah, heu… rien. Ah, si : Jarod et Elaine, alors qu’ils s’envolent malgré eux vers l’appareil, arrivent encore à se rouler un méga-patin, et ça, c’est beau. Que va t-il advenir de nos héros ? Seront-ils réduits en esclavage ? Parviendront-ils à s’enfuir ? Mais surtout, y a t-il la télé dans les vaisseaux aliens ? Mystère.

Attention Jarod derrière toi c'est affreux !

Le soleil finit par se coucher sur Los Angeles, et nous découvrons des images du reste du monde à l’aube du troisième jour de l’invasion ; toutes les grandes métropoles du globe semblent désertes. New-York, Londres, Berlin… punaise, que les grandes villes ! Ah, là, les gens doivent commencer à le regretter, leur exode rural ! Parce qu’à Chambon-sur-Lac, tiens ! Jusqu’ici, ils n’ont pas vu l’ombre d’une soucoupe ! Ils doivent juste gueuler qu’ils ne captent plus le 13h depuis trois jours. Comme quoi, les aliens n’ont pas fait que du mal.

Mais revenons plutôt à nos héros : Elaine se réveille dans une espèce de grande salle remplie de tentacules plus ou moins mécaniques qui couvrent murs, sol et plafond, et qui quasiment toutes les secondes, attrapent l’un des nombreux humains qui semblent inconscient au sol (ne me demandez pas pourquoi elle s’est réveillée avant les autres), le soulèvent, lui désintègrent le crâne pour récupérer son beau cerveau tout luisant d’une belle couleur bleue, et l’insèrent dans une espèce de gros alien inerte qui ne s’active qu’une fois qu’il a un cerveau dans le port adapté.

Oui : des aliens sans cerveaux qui fonctionnent avec ceux des humains. Encore une fois : ils faisaient comment AVANT de rencontrer des humains ?

Bref ; la machine qui récolte les bons américains pour leur piquer leurs cervelles attrape Elaine et s’apprête à lui faire subir le même sort, lorsque soudain, un second tentacule avec une sorte de sonde s’approche du ventre de notre héroïne et semble y prêter une attention particulière ; et ho ! Que n’entend t-on pas le coeur du bébé battre à tout rompre (oui, au bout de moins de 3 semaines, il y a un coeur capable de produire un son digne d’une soirée chez Roger Troutman) ! Elaine est donc toute émue, car tout comme pour les conversations radios de l’armée, elle entend parfaitement la sonde capter le coeur de son morveux. Ne me demandez toujours pas comment, c’est juste n’importe quoi. Enfin ça, ça fait un moment que vous l’aviez remarqué.

Avant d’être soulevée et emmenée vers une autre salle par le tentacule qui la tenait, elle a juste le temps d’apercevoir Jarod lui aussi être soulevé au-dessus du sol alors qu’il est encore inconscient, puis se faire désintégrer la tête (mais oui !) pour en extirper un cerveau qui… contrairement à tous les autres cerveaux, luit d’une lumière rouge ! Est-ce parce que Jarod a été exposé plein de fois à la lumière alien au point de modifier son organisme ? Ou est-ce parce qu’il est particulièrement bête ? On l’ignore : son cerveau est vite inséré dans un alien, et son corps, lui, jeté dans une fosse contenant un liquide bleu en fusion qui semble s’occuper de dissoudre tout ça, parce que les aliens sont écolos : ils ne rejettent pas les corps sur Terre.

Mais quelque chose d’étrange se produit : l’alien qui a reçu le cerveau de Jarod commence à avoir un comportement un peu fou-fou : il se prend les murs, ne contrôle pas bien ses membres et a l’air particulièrement con : pas de doute ! C’est bien le cerveau de notre héros qui est là-dedans ! Au bout d’un petit moment, l’alien se calme et semble surpris d’être là où il est, contemple ses mains, etc : Jarod a pris le contrôle de ce nouveau corps ; il est désormais New-Jarod ! Va t-il se laisser pousser une mini-moustache galactique et un spatio mini-bouc pour se rappeler de son corps d’origine ? Pas le temps de se poser la question : le bougre entend les cris de sa femme dans une autre pièce du vaisseau ; ni une, ni deux, il défonce un mur (c’est un vaisseau en papier mâché, ce qui explique cette très mauvaise insonorisation) et se rue en direction du son, tombant nez-à-nez avec le spectacle de sa copine visiblement sur le point de se faire kidnapper le marmot par toute une série de tentacules qui sont en train d’enfiler leurs gants mappa avant opération. Un peu colère, New-Jarod latte donc tout ça à coups de… de griffes ? De gros doigts ? Je ne saurais dire,  mais en tout cas, il sauve sa copine, qui au départ panique un peu en voyant un alien violent lui arriver droit dessus, puis après avoir vu qu’il devenait tout tendre à côté d’elle, arrive à lire dans ses 12 petits yeux tristes que… "Mon Dieu, Jarod ! Je reconnaîtrais ton regard vide d’idiot congénital dans n’importe quel corps, fut-il venu d’une lointaine galaxie !"

Jarod et son nouveau visage ; niveau expressivité, ça le change pas trop

Elaine est sauvée, et New-Jarod, plus fort que jamais, est désormais prêt à combattre l’invasion de l’intérieur, il est donc grand temps de…

FIN

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Quoi ? Quoi "ça se finit comme ça ?" ; non, ce n’est pas moi qui rigole : ça se finit comme ça. Vous comprenez pourquoi les soldats romains fuyaient maintenant ? Et pourquoi seul un mec comme Archimède était capable de manipuler un étron pareil sans devenir fou ? Bon.

Hmmm ? Non, moi non plus, je ne fais pas de conclusion ; Tite-Live non plus n’a pas fini son oeuvre, alors je ne vois pas pourquoi, moi, je devrais. De toute manière, je suis très occupé, vous savez : la seule idée que les réalisateurs du film, Colin et Greg Strause, puissent préparer un deuxième épisode, me fait pleurer des larmes de sang. Et si ça ne vous fait pas la même chose, vous devriez vous inquiéter les enfants.

Alors je sais que ce n’est pas beau, mais si vous voulez préserver l’humanité, il va falloir prier très fort pour que le Seigneur rappelle ces deux galopins à lui avant qu’eux ne se rappellent à nos salles de cinéma. Alors dès à présent, entrainez-vous chez vous, et n’oubliez pas :

Demandez à ce que les Strause canent.

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