"Père Castor, Père Castor !"

Ajustant ses lunettes un sourire bienveillant aux lèvres, le sage rongeur pose son regard sur les enfants assis sur le petit tapis en face de lui, leurs visages ravis seulement éclairés par la lueur des flammes de l’âtre voisin. Savourant la douce chaleur du foyer, le Père Castor hume l’air, appréciant l’ambiance unique de ces instants. Il sait déjà ce que ces jeunes gens vont lui demander, et comme à chaque fois, cela ne rate pas :

"Père Castor, raconte-nous une histoire !"

Caressant son menton, le vieil animal feint de chercher un récit alors qu’il a déjà son idée en tête.

"Hé bien, vous ai-je raconté l’histoire des trois lapins et de la bague dorée ?
- Non Père Castor ! Ho vite, raconte-la nous !
- Bien sûr Benjamin, et bien écoute plutôt : tout commence un soir de pluie, alors que la forêt toute entière bruisse du son des gouttes s’écrasant sur…
- Popopop, halte là Père Castor ! 
- Grignote ? Que se passe-t-il ?
- Je te vois venir, vieux grigou : est-ce qu’il y a des femmes dans ton histoire ?
- Hein ? Et bien je… heu… non, non, ce sont trois frères lapins. Car sais-tu, ce soir de pluie, alors qu’ils…
- Ah, évidemment ! Des frangins, des mâles ! Des couillus ! Ah, ça te ferait chier vieux barbon de raconter des histoires avec des femmes, hein !
- Mais enfin Grignote je…
- Pour nous raconter des histoires de mecs qui se tirent de toutes les situations, il y a du monde ! C’est à croire que toutes les filles de la forêt sont à la cuisine, pas vrai Père Castor ? Quel bel exemple d’histoire ! 
- Câline, toi aussi ? 
- Mais oui Père Castor, assez ! Y en a marre des récits qui tentent d’imposer une putain de conception de la réalité qui…"

0

Un long jet d’hémoglobine s’échappe du museau de Câline alors qu’elle reçoit le coin du livre d’histoires du Père Castor en plein visage, l’envoyant s’écraser face contre terre et souiller le tapis de son sang chaud.

"Ça va aller oui ? "Gnagnagna Père Castor", "Une histoire Père Castor", "Dis-nous tout Père Castor", "Mon cul sur la commode Père Castor", et maintenant il faudrait que je vous les fasse sur-mesure ? Nan mais bordel, jamais un bonjour, jamais un merci, et puis alors s’il-te-plait, alors tiens, je peux me brosser ! Et en plus ça se permet de gueuler ! Bon écoutez-moi les mouflets, aujourd’hui, : je vais plutôt vous expliquer en quoi vous êtes plus proche du blaireau que du castor. Et pour ça, j’ai une histoire toute trouvée : tout commence sur internet…"

0

____________________________________________________

Attention : cette femme est peut-être en train de raconter une histoire de chevaliers et de princesses à vos enfants, elle mérite donc un bon coup de batte

Un jour prochain, il n’est pas impossible que l’un d’entre vous vienne à raconter une histoire à un enfant.

Je ne parle pas de celles visant à les amener jusqu’à une camionnette, mais plutôt de celles visant à leur parler de princesses et de dragons, de bravoure et de traîtrise, de Nicolas Cage et d’autres créatures n’appartenant qu’au royaume de l’imagination. Si un jour vous vous surprenez à faire cela, alors sachez-le : vous êtes un monstre.

Mais oui.

Défonçant votre porte à coups de bottes, la Brigade du Bon Goût viendra heureusement instantanément vous trouver et vous taser la gueule, sale malandrin, avant de vous envoyer en camp de rééducation parce que, petit salopard, vous aurez raconté une histoire se déroulant dans un ROYAUME et non une DEMOCRATIE ce qui prouve que vous embrigadez vos enfants, sales royalistes. D’ailleurs, tous les jouets dudit enfant seront passés au lance-flammes s’ils sont liés, de près ou de loin, à des préjugés quelconques, afin de s’assurer qu’il puisse grandir dans un milieu loin de tout embrigadement.

J’en veux pour preuve ce site, recommandé par un lecteur assez inconscient pour se rendre en ces lieux maudits :

Le cinéma est politique

Et plus particulièrement deux articles qui vont vous expliquer en quoi vous êtes de fieffés rabouins. Ho, mais si, ne niez pas ! Car figurez-vous que nombre d’entre-vous ont peut-être oser regarder voire – j’ose à peine l’écrire – diffuser à des innocents des films comme le Roi Lion ou Aladdin. Bande de petits salopards ! Heureusement, nos amis experts en cinéma vont vous remettre dans le droit chemin : mais observons plutôt ensemble ce beau site. Si vous n’avez vu aucun des deux films par contre, et que vous ne voulez pas savoir que les gentils gagnent à la fin (ah, merde, trop tard), passez votre chemin. Pour les autres, étudions la prose d’un homme qui a su s’élever au-dessus de la masse des ignorants pour se faire le phare de la pensée et de la tolérance. Mais phare genre phare de solex, hein, que l’on s’entende bien. Lisons plutôt.

L’une des premières choses qui nous frappe en regardant Le Roi Lion, c’est le sexisme banal et structurant de l’histoire. Dès les premières scènes, Le Roi Lion nous fait connaître un monde structuré hiérarchiquement, avec au sommet de la pyramide le monarque absolu, qui règne en bon patriarche sur, non seulement son peuple docile et servile (les autres animaux), mais également ses lionnes, qui jamais ne remettront en question le bien fondé de la place des hommes, ni de la place des femmes. Le Roi Lion comporte un grand total de 3 personnages féminins, contre 9 personnages masculins. Donc, 75% des personnages du Roi Lion sont masculins.

Voilà, dès les premières lignes, c’est dit : le Roi Lion est un film sexiste. Oooh mais oui, et pas qu’un peu : le sexisme a un rôle structurant dans l’histoire, rien que ça ! Pire encore : dans le Roi Lion, l’auteur du site l’analyse finement , tout semble se dérouler dans une monarchie, ce qui est quand même plutôt suspect.

Nom d’une pipe, tu m’étonnes que c’est suspect ! Une monarchie dans un film intitulé "Le Roi Lion" ! Alors ça, c’est quand même scandaleux. On attend avec impatience les mêmes observations de l’érudit sur "Le Retour du roi", "Le discours d’un roi" (un film odieux, puisque l’on y trouve relativement peu de personnages féminins) ou "L’homme qui voulut être roi". Cela fait tout de même beaucoup de coïncidences : sûrement un complot royaliste pour remettre sur le trône de France un quelconque loulou et réhabiliter le port de la moumoute à cheval dans les rues de Paris (un truc autrement plus classe qu’un vélib’).

Il en profite pour compter le nombre de personnages féminins, car c’est vrai que c’est important. Il ne manquerait plus que les gens qui racontent des histoires se moquent du sexe des personnages, voire que les enfants puissent apprécier lesdits individus sans s’intéresser au contenu de leur slip.

Non parce que je vous rappelle le principe : si vous rapportez tout au sexe des gens, vous êtes un héros de la lutte anti-sexisme, si vous n’y prêtez pas attention, vous êtes un fieffé salaud.

Après, il y a quand même des pièges : ce film par exemple parle avant tout de daube.

La relation entre Simba et Nala nous apparaît comme étant une relation d’amitié étant jeune, qui plus tard évoluera selon le schéma classique de Disney vers un amour hétérosexuel.

J’imagine bien ce qu’il se passerait chez Disney s’ils prenaient l’auteur de ces lignes comme consultant pour leurs films.

Studios Disney, un jeudi, 14h12

"Okay les mecs : on doit faire un nouveau film. Alors je vous présente Liam, de la Brigade du Bon Goût. Il va s’assurer que l’on ne… pardon, c’est quoi votre rôle ?
- M’assurer que votre film ne soit pas porteur d’une idéologie puante.
- Oookay… bon, alors on a déjà commencé à écrire un script. Ce serait un truc avec des animaux, comme les calendriers de la Poste, et on se disait "Hey, pourquoi pas un Lion ?"
- Aha ! UN lion, ééééévidemment ! Jamais une lionne ! Quel sexisme !
- Oui enfin ça fait 60 ans qu’on fait des films avec des princesses. 
- Moui, bon allez, va pour le lion. Y a-t-il une lionne qui l’accompagne ? Hein ? Quotas, tout ça ?
- En effet, nous l’avons appelée "Nala". Et le héros se nomme "Simba". Et il y aura une histoire d’amour qui…
- AHAHAHA ! Je vous y prends ! Une histoire hétérosexuelle bien sûr ! Vous êtes immondes !
- Je… bon, José, tu notes : Nala s’appelle Nalo et lui et Simba vont s’aim…
- EVIDEMMENT ! Vous virez la lionne ! Remettez-là TOUT DE SUITE
- Bien, José, corrige : Nala est de retour. 
- Faites de Simba une femme SUR LE CHAMP !
- TA GUEEEEEEEEEEEEEEEEEUUUUUUUUUUUUUULE 
- Je… hein ? Mais je… je suis de la Brigade du Bon Goût quand même !
- On va raconter une PUTAIN D’HISTOIRE avec un fucking lion parce que LE lion c’est LE ROI DES ANIMAUX bordel de merde, parce qu’il a une fucking CRINIERE comme une COURONNE et que les enfants le SAVENT alors si tu veux une version avec des lionnes qui se lesbichent, tu vas voir MARC DORCEL
- Mais enfin ?! Je… mais arrêtez de crier, je…
- JOSE LE SCRIPT ! Désormais Simba est un TRANSEXUEL et l’action se passe au BRESIL et ce n’est pas un lion mais un putain de TAPIR ! 
- Holala, il est drôlement tard, je vais y aller moi, hein, salut !"

0

Des réunions probablement passionnantes à n’en pas douter. Mais ce ne serait pas encore assez con. Heureusement, notre champion n’a pas dit son dernier mot.

Bon, jusqu’ici tout va bien dans l’hétéro-réalité patriarcale, mais seulement le film trébuche, perd ses moyens, et voilà qu’il nous montre Nala plus forte que Simba au combat! Comment? Une femme plus forte qu’un homme dans le domaine des hommes, à savoir la violence physique? Impossible! Seulement si : encore et encore et encore, Nala montre qu’elle est plus balèze que Simba.

Jusque là, d’accord : ces salauds de chez Disney ont fait un personnage plus costaud que le héros, et pire encore, c’est une femme : comment réussir à prouver que cela cache en fait d’odieux messages ? Pas de souci : la suite arrive.

Cette supériorité ouvrirait-elle des possibilités subversives? Pourquoi Nala n’affronterait-elle pas Scar elle-même? Pourquoi ne pas renverser l’ordre patriarcal et sexiste et instaurer une démocratie dans le monde des lionnes et des lions, démocratie qui aurait éventuellement la fâcheuse caractéristique de mettre des femmes au pouvoir vu que les lionnes sont bien plus nombreuses dans le film.

Rappelons que quelques lignes plus haut on vous expliquait l’inverse : que les femmes étaient en minorité. Pif pouf, elles sont en majorité. Mais surtout : si les personnages ne se battent pas pour instaurer une démocratie, c’est probablement pour ne pas montrer des femmes au pouvoir.

Et si Nala ne joue pas à la belote, c’est probablement parce que Disney est farouchement opposé aux jeux de cartes. Mais enfin ?

Vous pouvez aussi mettre directement votre enfant devant les séances de l’assemblée nationale.

C’est vrai que c’est dégueulasse : vous aussi vous avez noté tous ces contes dans lesquels les héros ne se battent pas pour la démocratie, l’égalité hommes-femmes, les minimas sociaux ou l’assurance-maladie ? Et bien en fait tout cela est un terrible complot visant à détruire l’imaginaire des enfants pour leur imposer un modèle social, hahaha !

Non parce que sinon, allons-y : les gens vont commencer à raconter des histoires sans s’imposer de codes, et bientôt ils raconteront des aventures, des épopées sans se baser sur la bonne morale du XXIe siècle ou pire, écriront des livres et feront des films EN INVENTANT DES CHOSES ! Tenez, rien que d’en parler, j’en ai des palpitations.

Je me demande si quelqu’un a dit au Monsieur qu’en fait, le but du jeu, c’était justement de raconter une histoire qui ne soit pas basée sur la vraie vie des vrais gens. Non parce que, en fait, les lions ne chantent pas vraiment "Hakuna Matata" ni ne dissertent avec des babouins défoncés à la ganja quant à l’avenir de leur royaume. Et non. Oui, je sais, ça fait un choc.

Mais ce n’est pas fini.

Une fois qu’il aura compris sa destinée, à savoir sa position de dominant, il laissera Nala derrière (et oui, les femmes doivent s’y faire, les hommes ont des responsabilités qui ne laissent pas de place aux femmes, ni même le temps de leur parler). Il rentrera donc affronter Scar au sommet du phallus géant qu’est le monde des lions, après avoir donné des ordres à un peu tout le monde, en assumant enfin (il était temps!) son statut de dominant dans le cercle de la vie.

Bordel, l’héritier du roi qui va réclamer son trône au lieu d’envoyer sa copine se battre à sa place, c’est quand même salement machiste.

Et oui, l’auteur de ces lignes – qui est je le rappelle, un furieux combattant contre le sexisme – rapporte bien tout au sexe au point de voir en lieu et place d’une tribune de pierre une bite géante.

Freud, si tu es là, fais tourner la coke.

La scène d’amour entre Simba et Nala est une illustration frappante de cette soumission, en renversant les positions des protagonistes. Dans le combat, Nala est au dessus, agressive, dominante, malgré la volonté de Simba, qui est vaincu. Par contre, dans la scène d’amour, c’est Nala qui se retrouve en dessous, et ceci PARCE QU’ELLE LE VEUT! Soumise, Nala retrouve les qualités dont doit faire preuve une femme. L’effacement, la coquetterie, la séduction.

Encore une fois, c’est fou comme chaque détail semble ramener automatiquement à une histoire de cucu. Heureusement que notre héros n’est pas sexiste, sinon je n’ose imaginer le résultat. En même temps, j’avais déjà du mal à imaginer un discours aussi idiot jusqu’ici.

Studios Disney, un jeudi, 16h24

"Boooooooon donc on disait que Nala et Simba allaient se faire des bisous dans les buissons.
- Ouais mais Nala elle est dessus ou dessous ?
- Hein ? Mais j’en sais rien ! Pourquoi, vous pensez qu’elle a une position préférée ?
- NAN MAIS SI ELLE SE MET DESSOUS C’EST QU’ELLE SE SOUMET COMPLETEMENT !
- Ah merde, mais alors dès qu’une femme est physiquement en-dessous d’un homme, même pour un gros câlin, elle devient instantanément son esclave ?
- COMPLÈTEMENT !
- Hé bé, j’imagine que vous copulez en gravité zéro. Bon, José, ajoute la réplique "Nala, est-ce que tu veux que l’on fasse la toupie de Tombouctou ou plutôt le toboggan Afghan ?"
- Ah, tout de même ! Heureusement que je suis là pour empêcher que tout votre film ne tourne autour d’une histoire de sexe."

0

L’amour hétérosexuel rétablit la hiérarchie des sexes, que la domination physique de Nala sur Simba avait quelque peu ébranlé. Rétablir pour mieux affirmer, voilà ce que nous fait voir cette scène.

Compris Mesdemoiselles ? A chaque fois que vous couchez avec un homme, en réalité, c’est une preuve de soumission. Et c’est un féministe qui le dit. Quelqu’un pour expliquer au Monsieur que son kiki n’est pas magique et ne lobotomise instantanément autrui ? Après, ça dépend où on le met, mais tout de même.

La femme est instantanément soumise à tout ce qui se met au-dessus d’elle. Ici, des cailloux. Balaise.

C’est ici que nous revenons à la figure du despote éclairé. Disney, très loin des valeurs démocratiques censées être au fondement de nos sociétés, glorifie dans Le Roi Lion (et ailleurs) la monarchie absolue. Mais ne soyons pas médisant, car la monarchie soutenue par Disney est la monarchie éclairée, raisonnable, qui va de soi. Royalistes de tous les pays, regardez Disney! Vous serez ravi-e-s! Tou-te-s les autres, BOYCOTTEZ CETTE HORREUR!

Fiers démocrates de tous les pays : boycottez le Roi Lion, Disney & co : ces petits salopards se permettent de raconter des histoires avec des rois ! Si vous avez déjà regardé le film sans avoir de remords, alors sachez-le : vous n’êtes qu’une grosse bande de collabos.

Studios Disney, un jeudi, 19h12

"Bon écoutez, j’aimerais rentrer chez moi… alors on disait quoi ? 
- Je disais que je venais de remplacer votre vision honteuse et despotique par une version du film plus proche des vraies valeurs – qui sont évidemment les miennes. J’ai demandé aux animateurs et doubleurs de refaire le passage où Scar tue Mufasa pour prendre sa place en lui envoyant un troupeau de buffles sur la gueule. Vous allez voir, j’ai fait deux ou trois modifications, vous ne remarquerez trois fois rien sur le fond."

0

"Scar !
- Mufasa… Mufasa… croyais-tu vraiment que j’allais attendre mon tour pour prendre le pouvoir ? 
- Mais Scar, tu sais très bien que la Fédération Animale Paritaire a une présidence tournante ! Pourquoi n’as-tu pu attendre ? Tu aurais aussi pu me destituer via un référendum ou une motion de censure aux deux tiers !
- Allons Mufasa, tu sais très bien que je n’aurais jamais pu convaincre les hippopotames de voter pour moi. Alors j’ai décidé de…
- Que… Scar, le sol tremble ! Quel est ce bruit ?
- Ahahaha Mufasa, c’est le son de ta fin qui approche ! Ta carrière va s’arrêter piétinée… par le poids de 5 000 AMENDEMENTS  DÉPOSÉS EN MÊME TEMPS !
- Scar non ! Nooooooooon ! Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !"

0

"Je veux rentrer chez moi. Maintenant."

L’opposition est ici totale, et va jusqu’à s’inscrire dans l’esthétique des deux personnages. Mufasa est rayonnant, lumineux, avec un physique imposant, dessiné avec des traits courbes. Il possède une belle crinière rouge et des yeux noirs bienveillants. Alors que Scar est sombre avec une crinière noire, un teint maladif, des yeux verts aux allures d’antéchrist, des formes angulaires, et il est même carrément défiguré. Cette « laideur d’âme » qui s’inscrit dans le corps même des personnages de Disney ne se limite pas au Roi Lion, c’est un autre des thèmes récurrent de la corporation Disney, à savoir l’idée que le physique d’une personne reflète son for intérieur. D’où la tendance qu’à Disney de dessiner ses héros et héroïnes avec des traits courbes, fins, clairs, et ses méchant-e-s avec des traits angulaires, grossiers, sur-dimensionnés et sombres.

En effet : les enfants ne lisent que trop rarement Machiavel. C’est quand même honteux ces gens qui font des dessins-animés loin de la réalité ! Mais enfin, à quoi pensent-ils ? Si les personnages rigolos ont l’air rigolo, les gentils l’air gentil et les méchants l’air méchant, c’est tout de même suspect. D’ailleurs, avez-vous déjà remarqué comment sur les jouets pour enfants on représente aussi les animaux de manière complètement caricaturale ? Non, Messieurs les jurés, Piou-Piou le poussin n’est pas parfaitement jaune et lisse : c’est de la désinformation et de la manipulation, que les fabricants de jouets soient lynchés pour oser montrer le monde autrement qu’il n’est vraiment via d’odieux mensoooooooooonges et je… oh, je vous laisse pour un autre procès d’intention : je dois aller expliquer au monde libre qu’en fait, le chakra ne fonctionne pas comme dans Naruto. Le sort de millions d’adolescents dépend de moi !

Un tapir. Non parce que je me devais de vous instruire

Ah oui, sinon : notez ce petit défaut d’écriture commun chez un certain nombre de néo-féministes (à savoir celles et ceux dont le combat semble d’être de hurler qu’ils sont les gens les moins sexistes du monde tout en rapportant tout à cela) ; l’utilisation du "-e" pour écrire, comme par exemple dans "méchant-e-s" parce que dire "méchants" (en respectant la langue française) serait sexiste, "méchant(e)s" serait sexiste aussi parce que ça mettrait la féminité entre parenthèses, et "méchant-e-s" qui ne ressemble à rien est moralement correct parce que comme ça, ça met tout le monde à égalité. Même si c’est plus long à écrire sans que l’on comprenne bien l’intérêt, à part de signaler que l’on aime bien se faire remarquer pour dire que l’on est plus féministe que son voisin.

Misère, mais comment ont fait Simone de Beauvoir et Elisabeth Badinter pour écrire sans utiliser ce genre de trucs ? Ah mais oui je sais : c’étaient probablement d’odieuses machistes elles aussi.

Mais ce n’est pas fini ! Concentrez-vous :

Si nous voulons que les enfants de notre société grandissent en ayant les moyens d’avoir des rapports sociaux de sexes égalitaires (et l’enjeu est de taille), ça serait chouette qu’on arrête de remplir leurs imaginaires de schémas, d’images et d’histoires où les rapports entre les sexes sont tout sauf égalitaires et sont mêmes, dans le cas du Roi Lion, carrément réactionnaires et patriarcaux (en 1994, presque 30 ans après la deuxième vague féministe). Ça serait chouette que nous réfléchissions individuellement et collectivement à quelles valeurs nous avons envie de voir habiter les films, livres, dessins animés etc… qui peuplent le monde des enfants et qui nourrissent leurs imaginaires. Si nous voulons vivre dans une société égalitaire (ce qui est quand même le but premier du féminisme, et devrait être le but premier de tout être humain qui se respecte), il est totalement schizophrène et contradictoire de montrer systématiquement aux enfants de notre société des histoires qui glorifient et encouragent précisément l’inverse, à savoir le pouvoir, la domination et la hiérarchie, et ce à tous les niveaux, pas juste au niveau des rapports sociaux de sexes (il y a par exemple de très nombreux textes écris sur le racisme dans Disney).

Vous avez lu ? Disney qui transmet des valeurs honteuses aux enfants qui, tout comme notre auteur, voient des histoires de sexe partout ? Et bien attention :

Il m’a fallu environ 15 ans pour me rendre compte de l’énormité de l’horreur que représente Disney et pourquoi (la plupart de) leurs films (et bien d’autres) doivent être dénoncés et critiqués à chaque tournant. J’ai dû regarder Le Roi Lion environ une trentaine ou quarantaine de fois (et ce n’est même pas le Disney que j’ai le plus regardé) quand j’étais gamin, sans me rendre compte à quel point les valeurs qu’il était en train de me communiquer étaient abominables.

Le même vous explique qu’il a vu 30 ou 40 fois le film sans réaliser tout cela (à raison) et que malgré tout, il est quand même devenu féministe !

Comme quoi, ça ne devait pas être si orienté que ça. Par contre visiblement, trop regarder ledit film rend un peu con.

Mais assez parlé du Roi Lion : parlons d’un autre film de propagande crypto-fasciste : Aladdin.

Ce début de film est en soit d’une violence symbolique fulgurante. Un petit homme arabe essaye de nous divertir en nous souhaitant la bienvenue à Agrabah, « ville de la magie noire » (forcément noire, la magie d’un tel endroit), « d’enchantement », mais surtout ville de la marchandise qu’il veut nous faire gober. Voyant que le spectateur occidental n’est pas intéressé, ce petit marchand comprend qu’il vaudrait mieux leur raconter une histoire de … quelqu’un d’occidental, à savoir Aladdin.

"Une violence symbolique fulgurante". Essayez de vous souvenir du début du film ? Voilà. Vous vous sentez violenté symboliquement ? Vous non plus ? C’est fou. A noter qu’encore une fois, le héros de la tolérance n’y va pas de main morte : tout est rapporté à la couleur de peau des personnages. Il y a un arnaqueur ? C’est parce qu’il est arabe. Il y a un méchant ? C’est parce qu’il est arabe. Aladdin ? Ah non, lui il est "occidental" (j’aime ce genre de déclarations basées sur du rien). Ah. Oui mais il est voleur quand même, donc même un occidental peut l’être, ce qui prouverait que ça n’a rien à avoir avec la couleur de peau, non ? Pas de souci : l’auteur de ces lignes passe ce détail sous silence, comme ça, il est tranquille : il peut continuer de clamer qu’Aladdin est un film fascisto-nazi.

Image tirée du site en question : Aladdin est tellement occidental que même les marchands locaux sont moins basanés que lui.

Mais c’est vrai qu’une légende du Moyen-Orient pleine de gens basanés, c’est quand même assez raciste. C’est comme en ce moment, la guerre au Mali : figurez-vous qu’on ne voit sur les images quasiment que des noirs ! C’est quand même suspect.

La figure de proue de ce racisme est indéniablement Jafar. Introduit par le marchand du début comme « un homme en noir, nourrissant de noirs desseins ». La version originale est encore plus explicite: « a dark man waits, with a dark purpose ». Là où en français l’homme est vêtu de noir, ici l’homme est sombre (dark). Et avec Jafar, TOUT est sombre: ses vêtements, sa peau, ses yeux (qui dans plusieurs gros plans sont rouges), sa barbe courbe et efféminée (encore un efféminé louche chez Disney), ainsi que ses désirs et sa cruauté. C’est l’homme maléfique par excellence. Si le contraste entre la façon dont Disney a choisi de dessiner Jafar et comment il a choisi de dessiner Aladdin est tellement énorme qu’il crève les yeux, ce qui en découle l’est peut-être moins.

Voilà, c’est plié : le méchant est habillé en noir. Ou est Dark (comme Dark Vador, par exemple ?). Donc, c’est du racisme !

Qui se dévoue pour aller annoncer aux gothiques qu’ils sont une annexe du Front National ?

Notez au passage que Jafar a une "barbe courte et efféminée". La barbe, cet accessoire typiquement féminin.

Or le grand rêve d’Aladdin c’est d’habiter dans ledit palais. Du coup, comment pourrait-on même PENSER qu’Aladdin pourrait utiliser le pouvoir du génie pour instaurer, par exemple, une démocratie à Agrabah et faire en sorte, je dis n’importe quoi hein, que les enfants à qui il a donné du pain juste avant de les avoir sauvés du fouet du méchant prince, que ces enfants-là n’aient plus à vivre dans la pauvreté et la misère, alors que le sultan habite dans son énorme palais et fait mumuse avec ses petits jouets. Mais quelle idée saugrenue ! Quelle manque de classe !

Quel enfoiré cet Aladdin : il tombe sur une lampe avec un génie, et il ne s’en sert pas pour imposer le modèle de pensée occidental du XXIe siècle à tout le monde. A la place, après une vie de mendiant, il pense à son cul : petite ordure !

Non, si le dessin-animé avait été vraiment réaliste, Aladdin aurait souhaité être directement le maître du monde, son compte en banque aurait pris  9 zéros, et le soutien-gorge de Jasmine 4 bonnets.

Mais là encore, je ne suis pas sûr que cela aurait satisfait notre chevalier. Quelle exigence, pfoulala.

Belle excuse pour une fabuleuse scène où les prémisses racistes et sexistes crèvent les yeux. Un gros marchant bien arabe et barbare comme il faut veut trancher la main de notre fragile et innocente Jasmine, et OUF! Juste à temps Aladdin vient la sauver. Quel suspense ! J’étais au bord de mon siège, j’avais tellement peur que la barbarie l’emporte ! Merci Aladdin, quel homme !

Vous pouvez me dire ce que les filles apprennent ici? Et les garçons ?

Ils apprennent que les dessins-animés ne sont pas forcément là pour faire ton éducation, gros galopin. A moins bien sûr que tout film ne soit en fait secrètement éducatif, auquel cas, bonne chance devant Fast & Furious mec.

Après, il y a des films, il n’y a vraiment rien à en tirer

Quant à la présence de marchands arabes dans une ville arabe : il est vrai que c’est assez raciste. Et que Jasmine se fasse sauver par un homme est suspect : encore une fois, l’important pour les enfants est de savoir ce que contient le slip du sauveur. Combien d’enfants dans les salles de cinéma de l’époque ont hurlé "Maman, j’ai pas bien vu ses couilles ?"

Et encore une fois, Disney va neutraliser immédiatement le contenu un chouïa subversif de cette phrase en nous montrant une scène où, en fait, Jasmine est le premier prix de la tombola, une tombola où Aladdin va lui « ouvrir les yeux » en lui montrant « un rêve bleu » sur un joli tapis volant (la voiture des bougnoules ?), tout en lui mentant une fois de plus (mais les femmes, elles aiment ça qu’on leur mente, hein ?). Comprenez bien, les filles, vous avez besoin d’un homme pour vous « ouvrir les yeux » et vous faire « découvrir le monde ». Toute seule, c’est pas possible, il y a des méchants marchands arabes qui vont vous couper les mains. Mais avec un homme, un vrai, là, tout est différent, tout est merveilleux

Mais ouais mec : enfoirés de Disney à mettre de la romance cucu dans des films pour enfants. Ah, si seulement Jasmine avait pu découvrir la sexualité devant Chatroulette, tout aurait été si bon !

En conclusion, on voit bien qu’Aladdin offre à son jeune public un panel de représentations extraordinairement limité et stéréotypé en terme de personnages féminins (ou plutôt, personnage féminin au singulier). Qui plus est, si Jasmine propose à certain moments du film une attitude (ou des compétences) potentiellement subversive, c’est pour être immédiatement récupérée par le patriarcat et l’hétéronorme. C’est à mon avis la seule différence entre un personnage tel Jasmine, imaginé en 1992, soit 25 ans après la deuxième vague féministe [...] Il n’y a ici aucune égalité possible. C’est une ruse du patriarcat, qui doit être dénoncée, combattue et démanteler, aujourd’hui comme demain.

Enculé de patriarcat qui fait des films pour enfants. Je te collerai tout ça devant des films français, ils feraient moins les malins.

En conclusion, on voit bien que quelqu’un a décidé de se la jouer chevalier du sexisme et du racisme en considérant tout et tout le monde par son sexe et sa couleur de peau, et en rejouant les plus grands moments des théories du complot pour tenter de prouver que oui, Simba invitait les petits mâles à devenir monarchistes, et plus particulièrement si jamais leur papa se faisait piétiner par des buffles.

Exactement le genre de chevalier qui fait que désormais, dans tous les films, qu’importe le contexte, on vous sort du chapeau des personnages se comportant exactement comme des gens du XXIe siècle histoire que le spectateur ait l’impression que depuis la nuit des temps, tout le monde pense comme lui.

En fait, si l’on suivait les recommandations de ce genre de loulous, on ne ferait des films que pour apprendre aux enfants à penser comme lui.

Ouf, heureusement qu’il lutte contre la pensée unique de Disney.

____________________________________________________

 "Père Castor, Père Castor, une histoire s’il-te-plaît !"

Poussant sur les bascules de son fauteuil, le Père Castor observe attentivement le visage ravi de Benjamin, le petit rongeur prêt à entendre une nouvelle aventure des animaux de la forêt. Comme toujours, et bien qu’ayant d’ores et déjà un récit prêt, il se caresse le menton, les yeux levés vers le plafond depuis l’abri de ses lorgnons.

"J’ai une histoire pour toi mon petit Benjamin."

Le jeune castor regarda autour de lui, interloqué.

"Mais… Grignote et Câline… elles sont où ? Elles ne viennent pas écouter l’histoire aujourd’hui ?
- Non, elles ne sont pas là mon petit Benjamin, mais ne t’inquiète pas…"

0

L’espace d’un instant, les flammes de l’âtre semblèrent briller plus que de raisons dans les verres du vénérable conteur.

"Dis-moi Benjamin… t’ai-je raconté l’histoire du vieux castor qui avait revendu deux peaux au fourreur pour réaliser des pantoufles à Mme Guderian ?"

Je pensais être loin de toutes les tentations.

Retiré dans un monastère bourguignon, je méditais sur la Création en participant quotidiennement aux offices qui rythmaient la vie de notre communauté toute les trois heures. Quelques travaux, un peu d’écriture, une promenade en forêt de-ci de-là… je pensais que jamais il ne me retrouverait. Pourtant, un soir, lorsque je rentrais dans ma cellule pour y prendre quelque repos avant la messe de minuit, je trouvais un simple téléphone portable déposé sur mon oreiller. Curieux.

Plus curieux encore, sa soudaine vibration lorsque j’approchais ma main pour m’en saisir ; l’écran de l’appareil venait de s’illuminer et d’afficher le numéro appelant : "+ 666". J’avais quitté le monde séculier pour échapper à son emprise. J’avais décidé de ne plus faire le mal, de ne plus rentrer dans son jeu. Pourtant, je devais décrocher : il fallait que je me prouve que plus rien ne me détournerait du droit chemin.

"Allô ? – dis je d’une voix que je voulais décidée
- Ah, mon petit Odieux. Ca faisait un moment. Pourquoi tu ne réponds plus à mes messages ? Tu n’as plus internet chez tes copains les moines ?
- Non. J’ai décidé de changer de vie, je…
- Alors tu n’as sûrement pas vu le dernier film qui est sorti ?
- Je ne veux pas le savoir. J’ai fait assez de mal comme ça.
- Pourtant, il se trouve que ce film est…
- Non, tais-toi, démon ! Je sais que tu vas me tenter, mais ne dis plus un mot : mon choix est fait, plus jamais je ne…
- Nicolas Cage.
- Que… quoi ?  – dis je totalement pris au dépourvu.
- C’est un film avec Nicolas Cage.
- … Non, je ne dois pas… je…
- Et dans le film, en plus de ses implants capillaires, il a de fabuleux cheveux longs…
- Gnnn…. aaagnuuuus deiiiii…
-Sans compter que c’est un film avec un élu, une prophétie, un jeune adulte qui va douter être le fameux élu, et…
- Aaaargh !"
0

Le téléphone retomba lourdement sur le lit, alors que je venais de brutalement le raccrocher.

Quelques heures plus tard, les moines ne retrouveraient qu’un édredon dans ma robe de bure ; pour ma part, j’étais au cinéma à côté de  ce tentateur de Satan à regarder l’Apprenti Sorcier, avec derrière moi en salle deux jeunes hommes expliquant qu’ils avaient trouvé "Le Monde de Narnia" super. Vraiment, il y a des jours où tout vous pousse à être cruel. Alors : spoilons !

L'affiche : "Le plus cool des jobs d'été !" dois-je commenter ou ça ira ?

Notre histoire débute en l’an 750, quelque part dans le royaume d’Angleterre. Merlin, le célèbre enchanteur, est le plus fameux des sorciers de la Terre ; son seul véritable souci outre ses problèmes de prostate est Morgane, une bougresse de sorcière qui passe son temps à vouloir détruire le monde au motif que cela occupe ses dimanche après-midi. Soucieux de mettre toutes les chances de son côté, Merlin a donc formé trois apprentis : Balthazar Blake, Maxim Horvath et Veronica Onapaspenséàmedonnerunnom. Balthazar est cool, Veronica belle, et Maxim, joufflu. Ensemble, ils assistent le vieux Merlin dans son combat face à la terrible Morgane, qui a comme ambition d’utiliser le sort de la "Grande Levée", un sortilège formidablement puissant capable de réveiller tous les sorciers maléfiques morts pour les mettre à son service et à celui de son entreprise de destruction du monde. Diable !

Hélas, un jour, Morgane décide de venir chez Merlin pour en finir une bonne fois pour toute avec lui ; ensemble, ils commencent un fameux combat à l’épée, qui est hélas interrompu par l’arrivée de Maxim. Celui-ci annonce tout de go à Merlin que voilà, il en a assez qu’on se moque de lui à cause de ses grosses joues, alors il a décidé de changer de camp. Désormais, il servira le Mal, avec un grand M comme Morgane. Face à deux adversaires, l’enchanteur ne peut résister plus avant et succombe en étant traversé par une bonne vieille lame. Veronica et Balthazar, eux, revenant de faire les courses chez Shopi (Merlin n’avait plus de couches 3e âge) découvrent leur vieux maître mortellement blessé ainsi que Maxim s’enfuyant par une fenêtre du château. Ils comprennent ce qu’il vient de se passer, encore plus lorsqu’ils se retrouvent en face d’eux avec Morgane en train de célébrer sa victoire au-dessus du corps de Merlin. Veronica agit donc promptement : elle lance un puissant sort qui lui permet d’absorber l’âme de Morgane et ainsi la vaincre.  Cela fait, et avant que Morgane ne prenne le contrôle de son corps, elle demande à son ami et amant, Balthazar, de l’enfermer dans la plus sûre des prisons : une poupée gigogne magique. Ce bel objet prend l’apparence de ses hôtes, et à chaque nouvel hôte,  rajoute une "couche"  de poupée supplémentaire à l’effigie de son occupant. Ainsi, s’il y a par exemple 5 prisonniers, il y a  5 poupées dans la gigogne, chacune représentant l’un des fanfarons capturés, du plus récemment prisonnier (les poupées les plus facilement accessibles car les plus à l’extérieur et les plus grandes) aux plus anciens (les poupées auxquelles on n’accède qu’à la fin). Et en plus, ça fait très joli sur la cheminée. Que demande le peuple ?

Balthazar est donc bien malheureux : en une soirée, il vient de perdre son vieux maître, sa copine incarnée par Monica Bellucci, et a vu son copain Maxim le trahir, sans compter qu’il a acheté des couches pour rien, vu qu’il n’en aura jamais assez pour combler toutes les fuites de Merlin en cet instant. C’est un peu la guigne, tout de même. Mais c’est sans compter sur l’enchanteur qui se dit que quitte à mourir, autant agoniser un petit peu. Aussi confie t-il plusieurs choses à l’ami Blake :

  • Déjà, il lui annonce que dans l’avenir, son successeur, le "1er merlinien", apparaitra sur Terre. Il sera si fort qu’il pourra tuer Morgane pour de bon, et non juste la garder prisonnière.
  • Ensuite, Merlin lui donne sa bague en forme de dragon façon ado gothique bling-bling, et explique que celle-ci permettra de trouver l’élu. La bague le reconnaitra immédiatement et lui reviendra. Par contre il lui faudra du courage pour porter un objet si laid.
  • Enfin, il dit "graaag, greuuu arg kof kof" ce qui n’est pas très intéressant, reconnaissons le. Ces mourants racontent vraiment n’importe quoi pour se rendre intéressants.

Durant les siècles qui vont suivre, Balthazar va s’efforcer de chercher ce 1er merlinien, sans succès. En chemin, il affrontera nombre de vils sorciers, mais les vaincra tous à tour de rôle, y compris ce sale traître de Maxim Horvath qui se retrouve ainsi à son tour enfermé dans la poupée russe magique. J’insiste, c’est un bien bel objet.

On distingue principalement le sorcier du clochard grâce à l'absence de cubi de villageoise

Voyageons dans le temps amis lecteurs, et rendez-vous directement en l’an 2000, à New York City ; Dave, jeune trou du cul d’une dizaine d’années, en pince pour sa copine d’école, Becky. A cet âge où la puberté débute, il éprouve de drôles de sensations dans tout son petit corps d’enfant, et se décide à tenter sa chance un jour qu’il s’en trouve enfin le courage lors d’une sortie scolaire : il écrit sur un petit post-it : "Wesh, est-ce que ça te dirait que durant des heures, je te mettre la fièvre, biatch ?" et le fait suivre à l’intéressée ; celle-ci répond en griffonnant sur le papier mais… celui-ci s’envole au-dessus des voitures et des passants avant que notre petit héros ne puisse le récupérer ! Drame ! Alors il va demander à Becky ce qu’elle a répondu et…

… non, je bluffe mes bons, ça c’est ce qu’il aurait fait s’il avait été intelligent ; mais comme ce n’est qu’un sombre margoulin, il se contente de courir comme un idiot derrière le papier pour savoir ce qu’elle a répondu en hurlant "Héééé stop ! Arrête toi !" ; car c’est connu, les posts-its ont une très bonne audition et sont relativement disciplinés pour peu qu’on les tutoie. Hélas, après une longue course poursuite, au travers de diverses ruelles, le papier finit par s’engouffrer dans un étrange magasin : l’Arcana Cabana, une sorte de Copa Cabana magique. La chose ressemble à un magasin d’antiquités (ou un Lidl, ça dépend), à l’exception que celui-ci est tenu par Balthazar, qui ressemble à un clochard pervers à moitié fou. Cela effraie quelque peu notre héros (on le comprend tomber nez à nez avec Nicolas Cage et ses implants capillaires, moi aussi je serais effrayé), jusqu’à ce que le dit Blake lui propose d’essayer une jolie bague en forme de dragon… qui pour la première fois de son histoire depuis la mort de Merlin, s’anime et va se poser délicatement à l’annulaire du jeune garçon ! Il est l’élu !

L’élu, certes, mais un élu un peu con : profitant du fait que Blake se soit absenté afin d’aller lui chercher un grimoire pour lui apprendre la magie (oui, il lui a dit "t’es un sorcier mec, bouge pas j’vais te chercher le manuel, ne touche à rien en attendant", ce qui prouve qu’en environ 1250 années, Balthazar n’a toujours pas compris que les enfants étaient très cons, ou que la loi dite de Jar-Jar Binks était universelle et constante), Dave se décide à tripoter tout ce qui bouge dans le magasin. Et suite à diverses aventures, il finit par libérer une certaine poupée gigogne… qui en s’ouvrant, relâche une montagne de cafards qui se transforme en Maxim Horvath (et non, il ne crie pas en voyant ça, il fait juste "Hooo !", car c’est connu, les enfants adorent les montagnes anthropomorphes de milliers de cafards) ! Ho non ! Il a libéré le méchant joufflu à bouc ! Bin ça !

Apparemment, cela fait un bon siècle que notre homme est prisonnier de la poupée gigogne, et il a un peu de mal à comprendre où il est ; mais alors qu’il s’apprête à extraire des informations de force du pauvre Dave, Blake surgit de la réserve et le combat s’engage entre les deux hommes. Boules de feu, de plasma, invocation de Mireille Mathieu et autre télékinésie… tout y passe, et la boutique est bien vite ravagée par les puissants pouvoirs de nos deux zazous magiques. Finalement, à défaut d’une intervention de l’ONU, c’est une jarre chinoise magique qui achève le conflit : la légende raconte que quiconque l’ouvre s’y retrouve piégé pour 10 années jour pour jour ; et puisque dans le combat, la bête s’ouvre, elle aspire nos deux malandrins. Dave se retrouve donc seul au milieu du chaos, son sac d’école à moitié déchiré puisque Maxim s’est accroché après alors que la jarre tentait de l’aspirer. Il ne lui reste donc plus qu’à sortir de la boutique pour rejoindre sa classe, avec à la main… la poupée gigogne pour laquelle les deux sorciers se battaient.

Attention les enfants : si un monsieur vous dit de vous suivre dans sa cave parce que vous seriez l'héritier de Merlin, appelez immédiatement la police

En sortant de la boutique, toute sa classe l’attend en rangs, sa maîtresse en tête. Comment l’a t-elle retrouvé ? Si elle savait où il était, pourquoi n’est elle pas rentrée dans la boutique pour chercher Dave au lieu de coller bêtement ses élèves en rang devant ? Et si elle était là, elle a  forcément dû entendre tout le bruit de bataille des deux sorciers s’affrontant, alors pourquoi n’a t-elle pas bougé un cil ? On l’ignore. Par contre, elle fait les gros yeux à Dave, et lorsque celui-ci dit "Ah nan mais j’étais dans une boutique avec deux sorciers là, enfin je suis pas sûr, ils ressemblaient quand même plus à Emile Louis qu’à David Copperfield !", la maîtresse jette un œil, ne voit personne si ce n’est une grosse jarre chinoise au milieu d’autres antiquités, puis décide que pour son bien, le jeune Dave devrait aller en thérapie au lieu de raconter des histoires de sorcellerie. La famille fera probablement un procès aux éditeurs d’Harry Potter en les accusant d’être les responsables de la folie de leur enfant : un classique.

Bondissons encore dans le temps mes bons amis ! Car nous voici désormais en 2010, toujours en la belle cité de New York : nous retrouvons Dave qui est devenu un gros et laid nerd passionné de physique (même s’il se définit lui même comme "geek"). Il vit en colocation avec son pote, Groblack, qui grâce à son expérience de dragueur obèse, essaie de l’aider à coucher avec des filles. Mais Dave n’est pas comme ça : lui, il ne veut pas coucher avec des poms poms girls au physique de rêve, non, lui il veut une femme intelligente qui l’aime aussi fort qu’il aime la physique (même s’il préfère secrètement la physique aux femmes, tant elle est plus simple). D’accord, d’accord. En plus, il râle un peu en cette belle matinée, notre petit Dave, puisque l’un de ses enseignants l’a envoyé en mission : donner un cours de physique à des étudiants en matières littéraires. Et Dave et son copain, ils n’aiment pas les littéraires qui ne comprennent rien à la science. Ils font d’ailleurs quelques blagues sur le fait que les lettrés soit trop bêtes pour seulement comprendre comment fonctionne une calculatrice. Alors Dave grogne longuement contre cette corvée.

C’est clair Dave. Heureusement que toi, ta tête de geek malade et ton pote obèse êtes suffisamment surdoués pour ne même pas comprendre l’intérêt qu’il y a à enseigner à des classes majoritairement ultra-féminines. C’est vraiment trop dur, la vie.

Mais soit, grognant comme un cochon privé de glands, notre héros se rend à la fac de lettres et y prépare son exposé sur son sujet préféré : les bobines de Tesla. Soudain, un terrible courant d’air se fait sentir, et toutes ses feuilles de notes s’envolent : ho non ! La dernière fois qu’il a paumé un papier, il a libéré un sorcier pluriséculaire, alors zut ! Sur quoi va t il tomber cette fois ? Et bien facile : l’une de ses feuilles vole jusqu’aux pieds d’une jolie blonde… Becky, son amourette de jeunesse ! Ah bin ça alors ! Ils papotent donc un peu, puis l’exposé doit débuter, donc zou, au boulot.

A la sortie du cours, Dave va tenter de dragouiller un peu Becky en la suivant dans la rue, jusqu’à son autre travail à côté de ses études : elle est animatrice radio. Or, c’est terrible : un orage frappe la ville en ce moment et vient de tomber sur l’antenne radio, la transformant en mignon petit barbecue. Quel dommage, Becky ne pourra pas diffuser "Mozart : l’Opéra Rock" ce soir ! Mais c’est sans compter qu’elle a avec elle un geek de physique, qui se propose de tout réparer en 10 minutes chrono. Ce qu’il fait sans soucis, car c’est connu, lorsque la foudre frappe, elle n’endommage rien, non à la place elle se contente juste de tourner les boutons de votre poste radio et de changer votre playlist (la foudre est très farceuse, il faut le savoir), donc en trois pauvres réglages, Dave répare tout. Becky est folle de joie, et peut donc lancer son émission intitulée "Le journal du très très hard". Dave étant un peu niais, il en déduit que "hard", c’est pour "hardware" et écoute donc désormais fidèlement Becky à la radio, persuadée qu’elle anime une émission sur le matériel informatique, même s’il ne comprend pas tout.

10 ans plus tard, Becky n'est pas devenue un gros boudin, c'est quand même bien fait

Dans le même temps, dans un petit appartement new-yorkais, deux riches russes voient l’urne chinoise qu’ils avaient acheté il y a des années s’agiter mystérieusement : pif pouf, sortent de celle-ci un Maxim Horvath et un Balthazar Blake : nan mais quel achat pourri, se disent les deux compères d’ex-URSS, un vase qui produit des Nicolas Cage ! C’est comme si au lieu d’avoir la poule aux oeufs d’or, on vous avait vendu une oie diarrhéique ; c’est la grosse déception, pour faire un euphémisme de bon aloi.

Malheureusement, c’est Maxim qui est sorti en 1er de l’urne, et s’est donc dépêché de se rendre chez Dave (comment a t il eu son adresse aussi vite ? Mystère ; il avait juste son nom puisqu’il avait arraché de son sac un devoir sur Napoléon où figurait son patronyme) pour s’y cacher tel un petit ninja. Alors forcément, lorsque le jeune homme rentre chez lui, il est quelque peu surpris de tomber sur un sorcier ; ce dernier explique qu’il a passé les 10 dernières années bloqué dans une urne avec Nicolas Cage, avec pour seule lecture une dissertation intitulée "Pourkoi Napoléon avez un bon appart" ; dix années affreuses, donc. Il pose en conséquence directement la question : où Dave a t il caché la poupée gigogne ? Dave l’ignore, il ne veut plus entendre parler de tout cela, il a été en thérapie il y a 10 ans après toute cette affaire… et la poupée gigogne, il l’a juste balancée dans la rue, comme ça, hop, le jour où il est sorti du magasin et que sa maîtresse lui a fait les gros yeux.

Soit, dit Horvath. Maintenant que j’ai eu l’information que je voulais, aussi décevante soit elle, je vais te tuer. Dave n’étant pas trop d’accord pour mourir, il tente de s’enfuir, mais c’est alors que le sorcier fait la preuve de ses fabuleux pouvoirs si besoin était : il attrape un calendrier sur le frigo où apparaissent des loups, et fait sortir les animaux de l’image pour leur donner vie et les lancer à la poursuite du jeune homme.

Si Dave avait eu un calendrier avec une playmate, comme tout le monde, il aurait peut être couru moins vite pour lui échapper. Ca lui apprendra à acheter des calendriers moches à son facteur pour les étrennes, tiens. Bien fait.

Finalement, après toute une course poursuite avec les sympathiques animaux, il est sauvé par l’intervention de Balthazar qui a animé l’un des aigles de métal géants de la Chrysler Tower pour s’en servir de monture. Il le ramène d’ailleurs justement en haut du bâtiment, et explique au jeune homme ce qu’il voulait lui dire il y a dix ans : qu’il est un sorcier, qu’il a de grands pouvoirs, et qu’il doit aider Blake a récupérer la poupée gigogne à tout prix. Soit, Dave accepte en échange d’une vie normale une fois cela fait, parce que bon, les pouvoirs magiques, fondamentalement, c’est trop nul, personne n’en veut, ça sert à rien et c’est même pas compatible Linux.

Vous ai-je dis que le héros avait pour tête un titanesque appeau à claques ?

Passons. Blake explique les bases de la sorcellerie à Dave : pour faire de la magie, il faut avoir sur soi un objet particulier qui serve un peu de talisman ; Horvath a par exemple un bâton, Blake un anneau, et pour Dave, ce sera donc la bague-dragon gothique niais de Merlin. Ainsi équipé, il doit apprendre à se vider l’esprit (cette étape, il y arrive super facilement) pour se concentrer sur ce qu’il veut faire, genre pour débuter, agiter des molécules pour créer un feu. Cela lui semble compliqué au final, mais il n’a pas le temps de se poser trop de question : car  grâce à ses grands pouvoirs magiques (ou grâce à ses préjugés racistes), Balthazar a localisé la poupée gigogne quelque part dans Chinatown ; en route, donc.

Le coiffeur de Zun-Zun s'est bien foutu de sa gueule, on comprend qu'il soit colère

Comme toujours dans Chinatown, c’est le nouvel an chinois (à New York, dans un bon film américain, c’est soit la fête nationale, soit le nouvel an chinois, soit la Saint Patrick et son fameux défilé), aussi les pétards sont nombreux dans les rues, tout comme les dragons de carton qui défilent sur les avenues. Blake fend la foule pour se rendre droit vers l’emplacement où il a localisé la gigogne, une discrète petite boutique. Hélas, Horvath l’y a devancé, a récupéré la poupée, et en a libéré le prisonnier suivant : Zun-Zun (on va l’appeler comme ça), un sorcier chinois roi des arts martiaux, ou quelque chose du genre (ca tombe bien quand même, en plein Chinatown ; le mec aurait été Mambo N’Golo, le marabou malien qui fait tomber les cheveux du mari infidèle et revenir le désir chez l’être aimé en 24h, ça n’aurait pas eu la même saveur). Ce dernier lance d’ailleurs un sort fort puissant, puisqu’il transforme le dragon factice qui défile dans les rues en véritable animal mythique, qui se met à tout défoncer sur son passage pour essayer d’aller croquer un bout du petit Dave afin qu’il ne puisse pas aider Blake. Mais c’est sans compter sur le fait que le jeune homme a désormais sa bague de sorcier au doigt, et fait donc brûler, après toute une scène dans les rues de la ville, le vil dragon ainsi que son sorcier de patron. Dave est donc fou de joie : il vient de sauver sa vie, celle de nombreuses personnes, et ce, en réussissant son premier sort. C’est décidé, la sorcellerie, il veut aller plus loin, parce que c’est carrément cool, ouais mec.

Lorsque la police arrive, Balthazar prend l’apparence d’un gardien de la paix local et explique à ses collègues que "Quoi ? Des centaines d’appels signalant un véritable dragon en ville ? Ahah, ils ont dû pousser sur l’alcool". Oui, et c’est sûrement l’alcool aussi qui a pété 12 murs, défoncé trois immeubles, piétiné soixante personnes et mortellement brûlé 13 autres. Les policiers repartent donc tranquillement, l’explication leur suffisant. Hmmmm. De leur côté, nos deux héros vont s’isoler dans la meilleure planque que connaisse Dave : son laboratoire universitaire, un vieil atelier pour métros désaffecté situé dans un souterrain et où il peut étudier tranquillement et tester sa bobine de Tesla à volonté. Là, Blake commence à lui enseigner la magie, mais comme il se doit, notre héros est tout nul mais d’une manière rigolote  pour les enfants de moins de 10 ans (ex : "Hihihi, je me suis pris ma boule de feu dans l’entrejambe, ça pique, lol" – véridique)

Mais puisqu’à gros nul, gros nul et demi, notre méchant Maxim va de son côté lui aussi aller se trouver un apprenti. Et ça tombe bien, puisqu’il y a de disponible dans le quartier Drake Stone, un célèbre illusionniste qui est en réalité un véritable sorcier. Évidemment, il est très bête, mais ensemble, nos deux méchants s’unissent pour éradiquer les gentils de la surface du globe. Dave lui, se dit qu’étudier la magie et draguer de la blondinette, ce n’est pas incompatible, puisque dans les deux cas ça tient du miracle pour lui : il va donc trouver Becky, sa petite animatrice radio, et la drague comme il faut ; soudain, alors qu’ils allaient prendre le métro, un malandrin vole son sac à la damoiselle, et Dave se lance à sa poursuite : à l’aide de ses grands pouvoirs, il le neutralise et ramène son bien à la belle ; encore une fois, elle glousse et succombe définitivement (mais sans le dire)  au charme des immenses oreilles de ce gentil geek à l’air idiot.

Zun-Zun ! Ta manucure aussi ?!

Au rendez-vous suivant, Dave accompagne mademoiselle à la fac mais soudain (oui je sais, il se passe des tonnes de choses dans ce film), il est pris d’un besoin pressant qui l’envoie aux toilettes de l’université… il s’agit en fait d’un piège ! Car Maxim et Drake attendent de pied ferme le jeune homme dans les pipi-rooms pour obtenir de lui qu’il avoue où est cachée la poupée gigogne ; heureusement, il est sauvé in-extremis par l’arrivée de Blake au cri de "On ne s’en prend pas à un homme qui pisse !". Nos héros peuvent donc s’enfuir (ils n’ont pas envie d’achever leurs adversaires, je veux dire, pourquoi faire hein ? Ou même les faire prisonnier, non ce serait efficace, mieux vaut juste les malmener et s’enfuir pour leur laisser une chance de se venger plus tard). De retour au laboratoire de Dave, Blake entreprend de lui raconter ce qu’il ne lui a pas dit grâce à son grimoire "L’histoire des mages en BD" : il est bien le "1er merlinien", l’héritier de Merlin, et la poupée gigogne contient son pire ennemi, Morgane, qui voudrait bien détruire le monde. Il lui parle aussi du fait qu’Horvath était l’un des apprentis de Merlin, mais qu’il l’a trahi, probablement en partie car il était amoureux de Veronica (d’ailleurs, notez qu’en 750, il y avait plus de chances qu’elle s’appelle Brunhild ou Cunégonde que Veronica, mais bon, elle a dû avoir du bol) et que celle-ci avait préféré Blake à lui. Encore un triangle amoureux qui tourne mal et voilà, ça pourrait nous mener à la destruction du monde. Avec la polygamie, on n’en serait pas là.

Cela n’empêche pas notre bon héros de continuer sa petite vie : il utilise sa bobine de Tesla comme instrument de musique pour impressionner Becky (ce qui marche formidablement bien, même si une guitare sèche coûte moins cher et est plus efficace, sans compter que ça a moins de chance de foudroyer le voisinage), et lors d’une grande scène, rend hommage à Mickey en animant les balais et serpillères pour nettoyer son laboratoire, ce qui aboutit bien évidemment à une catastrophe. Aussitôt, il perd donc confiance en lui, s’exclame qu’il n’est pas l’élu (c’est obligatoire dans tout film où il y en a un), et part errer dans New York en faisant semblant de réfléchir, après avoir expliqué qu’il a passé les 10 dernières années à penser à cette fille alors bon, Blake ne peut pas comprendre comme c’est dur (c’est vrai ; Blake a passé les 10 dernières années bloqué dans 1 m² avec un joufflu à bouc comme seule compagnie, c’est beaucoup plus simple à gérer). Il finit par aller regarder Becky au travers des vitres du bar où elle est en train de se détendre (comment ? Ça fait pervers psychopathe ? Mais non. D’ailleurs, il l’a trouvée en errant dans New York au hasard ; c’est vraiment tout petit comme ville en fait). Elle finit par l’apercevoir et le poursuivre alors qu’il va méditer en haut de la Chrysler Tower. Là-haut, ils méditent ensemble et ça dragouille sévère à base de "Tu me trouves cool ?" "Ouais, je te trouve cool !" "Ah ouais, qu’est ce que tu trouves cool chez moi, puisque je suis timide, voûté et que je bégaie ?" "Heu… attends, je regarde dans le script… nan c’est juste marqué que je te trouve cool mais moi même j’ignore pourquoi puisqu’objectivement, tu es tout sauf cool. Tu es une misérable merde, Dave.".

Hélas, dans le même temps, Blake est resté seul au laboratoire pour mettre à jour son Facebook qu’il n’a pas consulté depuis 10 ans (le wifi ne passait pas dans la jarre) et c’est à ce moment là qu’Horvath et son apprenti se décident à attaquer ; ils ont tôt fait de neutraliser notre héros (mais toujours sans le tuer, même si Maxim le hait profondément) et de lui voler la Gigogne. Ce n’est qu’au bout d’un long moment que le vilain sorcier se dit enfin "Ah mais en fait, si je te tuais Blake ça me simplifierait carrément la vie !", mais il n’y parviendra pas : Dave rentre juste à temps pour aider son maître à se libérer et combattre les deux brigands.

Maxim & Drake, ou Hercule Poirot & Billy de Tokio Hotel, j'hésite

Regardez votre montre ; non, vous ne rêvez pas, c’est l’heure de la course-poursuite.

Ainsi, les deux équipes se retrouvent à la sortie du laboratoire de Dave chacune dans une voiture qui se chassent au travers de New York. D’ailleurs, allez savoir comment, Horvath malgré le fait qu’il débarque à peine au XXIe siècle sait d’ores et déjà transformer les voitures à volonté, et particulièrement en fameux modèle de sport ultra-moderne. Hmmm. Blake fait donc de même, car ce pouvoir de transformation des véhicules est très connu chez les sorciers. Dave lui débute encore, donc au mieux, il peut transformer une voiture correcte en Trabant ou en Super Cinq. C’est ça la vie d’apprenti, au début, on a des pouvoirs un peu nuls.

Remarquez, j’aurais été Horvath, j’aurais transformé ma voiture en hélicoptère ou en char tigre. Dans le deuxième cas, on aurait plus entendu parler de Balthazar Blake et Dave Geek avant quelques années, le temps qu’une équipe internationale tente de reconstituer les corps à partir de la pulpe qu’il en eut subsisté.

Maxim finit cependant par avoir une idée avoisinante, et transforme son véhicule en camion broyeur ; il attrape donc la voiture de sport de Blake et Dave et…

… et rien. On ne sait pas pourquoi, alors qu’il est en train de commencer à les broyer, il arrête la machine et s’enfuit. Mais ? Mais enfin ? Mais tu essayais de faire quoi là ? Et pourquoi pars-tu petit galopin ?

C’est donc à pied que la course poursuite s’enchaine, mais très brièvement : pour faire diversion, Horvath transforme temporairement l’une des passantes en Monica Bellucci, ce qui trouble relativement fort l’esprit de Blake. Là encore, si Dave avait essayé de faire la même chose, il aurait découvert qu’il ne pouvait que transformer les filles en Nikos Aliagas ou à la limite en Arlette Chabot, ce qui est moins intéressant. Tout nul on vous dit. Enfin ; en tout cas, la diversion a suffi pour que les deux sorciers maléfiques disparaissent avec la poupée gigogne tant convoitée.

Maxim Horvath a donc la gigogne contenant Morgane ; il ne lui reste plus qu’à l’ouvrir pour la libérer. Mais pour cela, il a besoin d’être plus puissant, car la chose est sécurisée… Il tue donc Drake, son apprenti, et s’empare de son anneau de sorcier : il lui vole ainsi son pouvoir. Mais ? Mais pourquoi ne l’a t-il pas fait avant ? Ou même sur Dave ou Blake les 12 fois où il en a eu l’occasion ? On ne sait pas. Apparemment, il se réveille alors que le film approche doucement de sa fin. Il y aurait pensé dès le début, il gagnait sans problèmes. C’est dommage.

En tout cas, plus puissant mais pas encore suffisamment pour libérer Morgane, Maxim se lance dans un fameux plan : kidnapper Becky, la copine de Dave. Ce qu’il fait en libérant une petite sorcière de Salem prisonnière elle aussi de la gigogne, et qu’il tue pour lui voler son pouvoir une fois sa mission accomplie. Grâce à son otage, Horvath attire Blake & Dave dans un piège où il somme Dave de lui donner la puissante bague de Merlin, et donc toute sa puissance, en échange de la vie de Becky. Dave accepte, le marché est rempli (oui, c’est un méchant, oui, il veut aider Morgane à détruire la planète mais non, il ne tue pas Becky et Dave une fois qu’il a obtenu ce qu’il a voulu d’eux alors que la prophétie de Merlin stipule bien que le seul mec qui peut tuer Morgane, c’est Dave ; s’il le tue maintenant, il est certain que plus rien ne peut l’arrêter, mais… mais non, il ne fait rien. Bon. Je me répète, je sais, mais rien qu’une fois ils auraient pu essayer de le faire agir logiquement).

Monica Bellucci, une excellente diversion même sur le tournage : suivez les regards.

Sur ces entrefaits, Dave explique à Becky qu’il est un sorcier ("Comme Gérard Majax ?"), ce qu’elle veut désormais bien croire après sa mésaventure.  Dépourvu de sa bague, et donc de ses pouvoirs, Dave ne peut hélas plus rien faire… c’est donc Blake – qui a encore une fois été mystérieusement épargné par Maxim, qui ne lui a même pas au moins pris sa bague de sorciers alors qu’il en avait l’occasion – qui s’élance seul à la poursuite du sorcier maléfique. Dave ne s’avoue pas vaincu pour autant, il appelle son pote Groblack et lui dit "Hey mec, ça te dirait de plaquer la nana qui s’intéresse enfin à toi et avec qui tu es en train de passer la soirée, celle qui allait enfin t’offrir son corps de rêve pour venir à la place m’aider à fixer une bobine de Tesla sur une vieille voiture de 1920 qui appartient à mon maître, puisque j’en ai un parce que je suis un apprenti sorcier hein, tout ça pour aller empêcher un méchant de libérer la Fée Morgane qui veut détruire le monde ?" ; Groblack réfléchit 5 secondes et répond "Okay, sans soucis, j’arrive dans 5 minutes". Et il le fait.

Mon dieu mais ? Mais ? Mais enfin ?

Allons plutôt retrouver Horvath qui de son côté, est en train de lancer son super plan maléfique : il ouvre enfin la dernière poupée de la gigogne et en libère Veronica, dont le corps est désormais possédé par Morgane, pour qu’elle lance le fameux sort de la "grande levée", qui, je le rappelle, lève tous les grands mages morts en une grande armée pour l’aider à détruire le monde (exemple de grand mage mort : Garcimore "Hihihi, yé vé détrouiche lé monde avec mé pitites souriches, hihi !"). Blake a beau arriver à temps pour essayer d’interrompre le rituel, il échoue face aux pouvoirs désormais décuplés de Maxim grâce aux bagues de sorcier qu’il a volées. Mais alors qu’il est menacé de mort pour la 15e fois du film qui voit arriver le héros en mauvaise posture ? Son pote l’autre héros ! Car oui, Dave débarque en voiture et vide la batterie de son véhicule dans la bobine de Tesla qu’il a accroché sur le capot pour électrocuter Horvath. Ce dernier est donc neutralisé.

Dans le même temps, Morgane a créé un pentacle géant au dessus de New York en lançant des sorts qu’elle fait rebondir contre des paraboles habilement orientées pour créer cette forme ésotérique. Si jamais un petit pépé change de chaîne pour aller sur le canal érotique, la parabole bouge, fausse le pentacle et la planète est sauvée ; vas-y pépé ! Mais non ; finalement c’est Becky, prévenue par le héros de la situation, qui malgré son vertige grimpe au sommet d’un building avant d’escalader l’antenne le surplombant pour dévier d’un bon coup de pied l’une des paraboles aidant à constituer le pentacle. Pouf, le rituel s’arrête donc net par cet échec. Heureusement qu’elle avait le vertige la Becky, hein, et qu’on nous le précisait dans le film. Sinon, qu’est-ce que cela aurait été.

Blake profite donc de la situation pour foncer sur Morgane toute désappointée, et rouler une pelle au corps de Veronica pour faire passer Morgane dans son corps au lieu de celui de sa dulcinée (je pense que le patin n’était pas obligatoire pour la bonne marche du sort mais qu’il avait envie de se faire plaisir le margoulin). Veronica redevient donc elle-même, mais Blake n’est pas assez fort pour Morgane ; elle prend donc le contrôle de son corps. Et puis sans raison, décide d’en sortir pour s’exposer en plein air aux attaques du tout venant. Heu ? Quel intérêt ? Là tu étais bien au chaud dans le corps de Blake, là où personne n’allait essayer de te faire de mal de peur de le blesser, pourquoi en sors-tu ? Tu ne sais pas ? Nous non plus. Enfin, ce qui est fait est fait pas vrai ?

Dave intervient donc juste à temps pour annoncer que ça y est, il est l’élu, il le sait, et donc il n’a pas besoin de bague pour faire de la magie tellement il est puissant ; il engage donc Morgane en duel et, en animant des câbles dans un local électrique proche, la tue et disperse son âme d’un magistral court-circuit (oui, l’âme existe, et on peut la stocker dans les piles LR6 puisqu’elle est électrique, deux nouvelles difficiles à assimiler d’un coup je sais).

Ce lapin se nourrit de l'énergie de vos âmes, pauvres mortels !

En tout cas, une seule conclusion : le monde est sauvé et le mal vaincu !

Il ne reste plus à Dave qu’à aller trouver Blake, dont le cœur s’est arrêté lorsque Morgane a décidé de quitter son corps ; en deux trois sorts bien placés, hop, il le ressuscite ni vu ni connu. Veronica et Blake sont donc à nouveau réunis, et ce dernier a un besoin très pressant de lui montrer quelque chose dans sa chambre après 1260 ans à attendre que la situation se règle. Quant à Dave, il se propose d’être un mage-lover : il anime l’un des aigles de métal de la Chrysler Tower, l’amène à lui et, allant trouver Becky, lui propose de monter sur le dos de l’animal pour aller prendre le petit déjeuner à Paris, et ce après un bon gros bisou qui signifie "Ayé on est amoureux pour la vie !"

FIN

Ah, voler au-dessus de New York monté sur un gigantesque oiseau de métal…

Je me demande combien de temps ça durera avant qu’ils ne soient abattus par l’US Air Force d’un bon missile bien ajusté.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 6 151 autres abonnés