J’aime les théories du complot.

Attentats organisés par des gouvernements au sein de leur propre pays, produits chimiques diffusés par avion pour enrichir l’industrie pharmaceutique, assassinats de personnalités (une personnalité ne peut jamais mourir comme tout le monde, ce serait tellement banal) pour parvenir à de sombres fins… il y en a quantité, pour la plupart appuyées par des éléments aussi troublants que des vidéos youtube dans lesquelles on voit parfaitement, à 1:15, un pixel non-identifié qui ressemble comme deux gouttes d’eau à un missile de croisière XV-245 en forme de pixel.  Pour ma part, je suis depuis longtemps rassuré par un élément aisément vérifiable :

Ceux qui nous gouvernent sont bien trop mauvais pour comploter correctement.

Dissimuler l’existence d’une civilisation extra-terrestre à sa population me paraît compliqué lorsqu’on a déjà du mal à planquer un compte en Suisse de ministre, faire assassiner le président Kennedy a dû être diablement compliqué pour une équipe qui quelques années plus tard, bien que plus expérimentée, n’a pas réussi à faire taire une stagiaire amatrice de cigares, quant à la dissimulation de toute la vérité vraie, visiblement, elle ne marche pas aussi bien sur les chiffres du chômage ou la dette. C’est ballot.

Mais s’il est aisé de se moquer des moins compétents que nous, mon éducation judéo-chrétienne me commande de leur tendre une main charitable en proposant aujourd’hui un guide complet sobrement intitulé :

Comment expulser humainement

Car en effet, depuis quelques jours à présent, le net et ses réseaux bruisse de propos concernant l’expulsion de Leonarda, une collégienne de 15 ans qui a été arrêtée lors d’une sortie scolaire avant de gagner un voyage pour le Kosovo, région dont sa famille serait originaire, mais en fait, on est pas trop sûr, ce serait peut-être l’Italie (une équipe de géographe travaille actuellement sur le sujet, les économistes n’ayant pas réussi à finir le jeu des 7 différences qu’on leur avait confié sur le sujet). Du coup, la toile s’enflamme, les journaux de même, et bientôt, radios, télévisions et même lycéens n’hésitent pas à s’indigner de cet événement. Pourquoi ? Observons plutôt ce que l’on peut trouver :

Tenez, par exemple, sur Europe 1 :

Alors que moi, j’ai toujours rêvé que la police vienne me chercher pour me sortir de mes cours de géométrie.

Ou France TV, évoquant la réaction de l’Elysée :

La présidence de la République a expliqué, jeudi 17 octobre au soir, que plusieurs mesures étaient envisagées pour éviter que des enfants soient emmenés par la police alors qu’ils se trouvent en classe 

Voire Reuters, citant Harlem Désir, connu pour sa lutte pour l’intégration :

« Nous, la gauche, nous nous sommes battus quand la droite était au pouvoir contre des arrestations de jeunes à la sortie des écoles », a souligné Harlem Désir.

« Là, elle était dans une activité scolaire et donc, il y a au niveau de la préfecture -c’est ce que l’enquête administrative qui est en cours va je pense montrer- une faute qui doit amener à tirer un certain nombre de leçons », a-t-il ajouté.

Et je vous passe donc toutes les autres réactions, d’officiels, de lycéens ou d’utilisateurs de Facebook qui, drapés de la bannière des Droits de l’Homme, hurlent qu’il est inconcevable qu’en France, on expulse des enfants pour renvoyer dans des pays qu’ils n’ont jamais connu sur le temps scolaire ! Ça, ma bonne dame, jamais !

Et là, logiquement, il y a un truc qui doit vaguement vous titiller.

Mais si, allez.

Si.

En fait, tout le monde n’est pas en train de s’indigner qu’on mette des coups de pied au cul à des enfants, non, ça, on s’en fout visiblement.

Le problème selon nos fiers humanistes, c’est que ça se fasse à l’école devant tout le monde. Un peu comme quand on bombarde des gens : tant que l’on a pas les images pendant que l’on est table et que ça gâche le jambon, tout le monde s’en fout. Faites ce que vous voulez, mais alors ne nous obligez pas à regarder, monstres !

Aussi, et puisque cela semble être le cœur du problème, laissez-moi m’aligner sur le courageux militantisme citoyen de mes contemporains, et proposer mon humble assistance au gouvernement pour expulser des mineurs, oui, mais de manière humaine. Allons-y donc.

I. Se renseigner sur l’emploi du temps

Si planquer une équipe en véhicule utilitaire est toujours un bon moyen de se renseigner sur les habitudes de la cible, beaucoup continuent de dire que les messieurs en camionnette qui surveillent les enfants à l’aide de jumelles ne sont pas du meilleur effet dans le paysage urbain (sauf à Charleroi, mais nous nous contenterons de parler ici d’endroits qui existent vraiment). Heureusement, les enfants étant fondamentalement sympa avec la maréchaussée, principalement parce qu’ils ont encore de trop petites jambes pour les semer à la course après avoir jeté un parpaing, ils transportent toujours avec eux un emploi du temps pour faciliter la tâche des forces de l’ordre. Observons plutôt à quoi celui-ci peut ressembler.

Emploi du temps

Vous avez bien lu ? Alors comme pour les cahiers de vacances, exercice :

« Sachant que le petit Jean-Jacques vient de gagner un ticket pour Bamako (mais sous un gouvernement de gauche, il a donc le droit a un rafraîchissement gratuit sur le vol), à quelle heure puis-je aller le chercher en semaine sans que les gens ne s’indignent ?« 

Allez-y, c’est à vous, soyez attentifs.

C’est bon ? Alors passons au corrigé.

Corrige

Pour expulser le petit Jean-Jacques humainement, notons qu’il n’est pas possible d’aller le chercher à l’heure du repas. En effet, celui-ci se déroulant au sein de la cantine scolaire, il est du plus mauvais effet de faire entrer le GIGN entre les frites et le dessert, au risque de froisser non seulement les amoureux des droits de l’Homme (mais sur le temps scolaire uniquement) mais aussi les diététiciens, qui rappellent que se faire défoncer la gueule à coup de matraque pendant le repas est très mauvais pour la digestion (et donc, par extension, pour les toilettes du charter). Ne soyez donc pas maladroits et n’oubliez pas de respecter la plus belle des valeurs de notre pays : la gastronomie.

Si vous avez pensé au mercredi après-midi, c’est hélas aussi faux ! Il s’agit là du jour des activités extra-scolaires, et il y a de fortes chances qu’en allant chercher le marmot, vous déclenchiez une nouvelle polémique comme « C’est intolérable d’expulser des enfants pendant un cours de judo » ou « Mon fils a vu l’un de ses amis être emmené pendant son tournoi de Magic, du coup il n’a même pas eu le temps de taper 2 manas pour le finir à la boule de feu, ce qui lui a gâché la partie, c’est ça la France ? » Le mercredi étant le jour des enfants, laissez donc les marmots gambader en paix : autant les chopper à un moment où ils sont plus isolés.

Et justement, quels sont-ils, ces instants précieux, où le pied au cul devient limite main tendue tant il est humain ?

Dans le cas présent, le mardi après-midi (il y a sûrement des cours de sport, mais comme ce n’en sont pas vraiment, on ne les note même pas sur l’emploi du temps) est une belle occasion de trouver l’enfant isolé : il n’est plus en classe et la plupart des activités de groupe n’ont pas lieu ce jour là. L’attendre en embuscade dans une ruelle avec un taser paraît donc être un moyen à la fois efficace et humain de capturer l’enfant, en faisant tout de même attention aux convulsions et vomissements (il pourrait salir votre uniforme et ce sont les deniers publics qui vous le fournissent, prenez-en soin).

Il en va de même avec le jeudi et vendredi après-midi, même si dans ce dernier cas, il faut faire attention à ce que la cible ne soit pas invitée à prendre le goûter chez un ami pour célébrer le week-end. Pour ce faire, n’hésitez pas à demander au cuisinier de la cantoche de mettre double ration de gras, histoire de couper l’appétit au marmot : non seulement celui-ci sera moins enclin à accepter une invitation à goûter, mais en plus, il courra moins vite rendant sa cueillette d’autant plus facile. Pensez pratique. Et puis l’opinion publique est toujours moins tendre avec un petit gros : ça fait profiteur.

A noter que le jeudi midi à l’heure du repas, ici, la cible a deux heures devant elle : elle ne les passera pas toutes à table et ira donc probablement se promener dans la cour du collège. L’occasion idéale pour l’attirer à l’écart avant de la capturer, par exemple en lui proposant des bonbons. Pensez juste à avoir votre carte de police sur vous, au risque de vous retrouver au cœur d’un malheureux quiproquo qui fera bien rire tout le commissariat en y repensant après-coup, mais qui impliquera de manière un peu aride matraques, annuaires et endoscopies surprises. Méfiance, donc.

Dernier point : s’il n’est pas possible d’aller chercher un enfant devant toute sa classe parce qu’on est en France, sacrebleu, vous pouvez malgré tout profiter d’un cours particulièrement soporifique pour vous rendre le plus silencieusement possible dans la salle et repartir avec le marmot sans donner l’alarme. Pensez par exemple aux cours de latin, où la plupart des élèves tournent de l’œil après la troisième traduction de « L’honneur des anciens restera toujours dans le cœur des enfants du forum grâce à la mémoire des livres » ou étude d’Alix.  Au réveil des petits camarades de l’expulsé, si jamais confusion il y avait contentez vous de dire que Jean-Jacques n’était qu’une idée implantée dans leur esprit, puis lancez la musique d‘Inception dans tout l’établissement.

C’est ça ou une polémique impliquant Vincent Peillon, Manuel Valls et Harlem Désir, alors restons sur Inception, ça sera plus crédible.

Attention à ne pas confondre « classe ennuyante » et « GHB à la cantine ». Dans un des deux cas, c’est dans mon coffre que la lycéenne imprudente est invitée au voyage.


II. Penser large

S’il existe moult ruses pour s’emp… approcher humainement d’un enfant en semaine et à l’école sans choquer le bon peuple, il est tout autant possible de feinter pour contourner la difficulté. Ainsi, la première règle est la même que celle des lois pourries : les faire passer durant les vacances.

En effet, à l’aide d’un calendrier des différentes académies, il est possible de déterminer les périodes migratoires des bonnes gens et donc de s’occuper d’autres questions migratoires sans que personne ne s’indigne ; car en effet, si dans l’espace on ne vous entendra pas crier, au cœur de l’été, on entend rien non plus tant tout le monde est tourné vers de vrais problèmes, comme savoir si les restaurateurs font une bonne saison où quels sont les maillots de bain féminins à la mode et autres passionnantes informations. Comme quoi, si en cette saison magique, on ne manque pas de reportages pour raconter l’histoire de Kiki, le chat qui a fait 1 000 kilomètres pour retrouver sa famille, il en va curieusement autrement lorsque le chat s’appelle Mokobé, a le pelage moins soyeux et ne sait même pas dormir sur un clavier en prenant l’air mignon. Je n’en finirai pas de m’étonner de voir les électeurs FN vouloir virer « Tous les branleurs » (alors que dès qu’on a des papiers, on est un foudre de guerre, je salue ici l’administration dans son ensemble qui pourtant, des papiers, en a plein) mais qui s’obstine à ne pas vouloir dégager les chats du pays. Allez comprendre.

Il est donc triste de constater qu’à quelques jours de la Toussaint, nos amis du Ministère de l’Intérieur n’aient pas pensé à attendre un peu pour virer en paix qui de droit de l’Homme.

Mais parfois, on a pas envie d’attendre les vacances pour être humain, aussi existe-t-il des moyens plus efficaces pour agir sans embêter l’opinion publique, comme par exemple profiter du dimanche (méfiez-vous du samedi, c’est aussi le jour des activités) ou mieux encore, débarquer en soirée au moment où tout le monde est à table. Cela peut se faire soit pendant le film du soir, pendant que tout le monde se demande comment Ben Affleck peut jouer aussi mal, soit vers 20h05, puisque c’est l’heure de Scènes de Ménages, et que l’on se pose peu ou prou les mêmes questions devant son écran.

Cela fait, vous contourner toute la difficulté et pouvez donc expulser simplement et humainement comme bon vous semble : on ne vous embêtera pas. C’est magique.

III. Où agir

S’il existe encore la bonne vieille ruse de la convocation en préfecture qui permet de jouer à domicile (ami sans-papier, quand tu reçois un courrier couvert de postillons, c’est souvent que son rédacteur se marrait en l’imprimant ; méfie-toi donc, cela sent fort la ruse), il existe différents endroits où opérer en paix.

Afin de clarifier mon propos, j’ai réussi à obtenir grâce à mon influence la carte de Paris affichée derrière François Hollande en conseil des ministres. La voici :

J’ai aussi la carte de France, mais elle était copyrightée par Adibou.

Alors, où peut-on humainement arrêter un étranger pour le coller dans un avion direction pauvreté-land (que celui qui a dit « Grèce » se dénonce) ?

Pas à la mairie. A la mairie, l’humain, c’est important. Depuis qu’un petit malin s’est amusé à taguer « Liberté, égalité, fraternité » sur le fronton pour des raisons inconnues, on essaie de faire des efforts. Depuis peu par exemple, on tolère les homosexuels en salle des mariages. Alors si en plus on commence à parler de rajouter des étrangers, ça va être le bordel : attendons un peu.

Pas à l’école. S’il existe bien des manières humaines comme évoquées ci-dessus d’arrêter des écoliers pour leur proposer un séjour linguistique de longue durée au Kosovo, n’oubliez pas que c’est l’endroit de toutes les passions. Mais comme les passions s’arrêtent visiblement à 17 heures, autant ne pas s’embêter. Quant au bus scolaire, là encore, mauvaise idée : pas seulement à cause de l’image, mais aussi parce qu’aucun adulte digne de ce nom ne voudrait y pénétrer, tant l’air y est plus épais pour cause d’effluves de sébum et d’hormones en folie. 

Pas sur le rond point. Parce qu’il y a le gentil Monsieur dessus qui fait la circulation et si tout le monde commence à s’arrêter, ça va être le bordel, alors dit, va expulser ailleurs. N’oubliez pas le vieil adage : « Il n’y a pas meilleur moyen de se décrédibiliser dans l’opinion publique qu’en lui pourrissant ses transports. » Pour rappel, il est inscrit au fronton du QG de la RATP.

Pas au Fouquet’s. Expulser humainement, c’est savoir quand il faut se rappeler que la France est un grand pays où chacun a sa place. Par exemple, si la cible est la progéniture d’un émir du Qatar, ou pire, un footballeur en puissance, rangez tasers et matraques. Par contre, s’il est simplement docteur en physique nucléaire à 16 ans, dégagez-le : de toute manière, on a plus de pognon pour la recherche. C’est ça, l’humain. Savoir faire la part des choses.

A domicile. A condition que le sans-papier en ait un, car parfois, il est taquin. Mais si c’est le cas, pas d’inquiétude : si vous ne faites pas trop de bruit dans la cage d’escalier, personne ne sortira pour gueuler. Et vous pourrez donc opérer en paix. Penser à ses concitoyens, c’est essentiel.

Chez quelqu’un d’autre. Attention ! Ici, prudence : là encore pensez humain. S’il peut-être avantageux d’aller chercher la cible lorsque l’on arrive enfin à la localiser, il faut tout de même prendre des pincettes : des mineures à la légalité douteuse invitées chez autrui, ça peut aussi bien être une cachette pour sans-papiers qu’une villa de Berlusconi. Méfiez-vous, donc, un incident diplomatique est si vite arrivé.

Sur la balançoire jaune à gauche de l’écran. C’est bien parce que c’est vous : oui, il est possible de capturer un mineur sans papier sur une balançoire. Soit en remplaçant les cordes du jeu pour enfant la nuit venu pour les remplacer par un gros élastique, et sitôt l’enfant grimpé dessus, s’en servir de catapulte géante pour propulser le marmot jusqu’à Kampala, soit vous pouvez aussi simplement y mettre de la colle pour piéger l’animal et faciliter son transport. Bien sûr, d’autres jeux pour enfants peuvent s’avérer très utiles, comme par exemple la cage à poules, où il suffit simplement de rajouter des barreaux pour piéger toute une famille d’un coup.

Et avec ça, déjà, vous devriez déjà avoir de quoi rendre la France plus humaine selon les critères de l’opinion publique et le niveau des débats actuels.

Résumons.

A écouter les commentateurs, une bonne expulsion, c’est donc :

  • Un adulte, pas un enfant parce que c’est potentiellement kikinou (ce qui n’est pourtant qu’une légende urbaine)
  • Un truc qui se passe loin de ses propres enfants, il ne faudrait pas les perturber.
  • Un truc qui se fasse discrètement, parce qu’on en est pas très fier, mais si ça se voit pas, c’est okay.

Et si c’est fait comme ça, c’est bon : pas d’indignation !

Du coup, je suis rassuré : heureusement qu’il existait un moyen simple de calmer les défenseurs des Droits de l’Homme et autres combattants de la liberté autoproclamés. Et dire que pour un peu, je pensais que c’était le fait d’expulser des mineurs qui les choquait

Je suis naïf, parfois.

C’est fou.

La rentrée approche.

Alors que derrière les fenêtres, les enfants soupirent longuement en regardant papa ranger le barbecue, sous le ciel se teintant de gris, la nostalgie de l’été s’installe doucement. Finis, les châteaux de sable bâtis à la marée montante pour résister à l’assaut des flots. Terminées, les boissons fraîches à l’ombre à l’heure de la sieste. Oubliées, les cachettes des trésors enterrés sous le Club Mickey, comme par exemple ce cadavre d’étudiante anglaise (oui, bon, hein, j’étais un enfant précoce, mais on m’avait laissé seul avec ma première pelle en plastique, nous savions tous que ça devait arriver).

Cependant, les marmots ne sont pas les seuls à souffler à l’idée de l’été qui se termine. Ailleurs en France, on ajuste sa veste, serre ses lacets et range sa carte du SNES : une nouvelle génération de professeurs s’apprête à monter au front. A vous, jeunes engagés qui allez vous élancer à l’assaut des hordes sauvages pour tenter de les civiliser, à vous qui allez connaître le feu des questions et le roulement de l’artillerie parentale, bref, à vous qui venez de faire une énorme connerie en choisissant comme carrière de rester à l’école quand enfant vous ne rêviez que d’en sortir, permettez à cet humble blog de vous préparer à cette épreuve. Car à l’heure où tous les objectifs sont tournés vers les caddies afin de savoir combien coûte en moyenne la rentrée pour un élève de telle ou telle classe, ou savoir quel cartable est plus solide, il est de bon ton de s’intéresser à celles et ceux qui vont affronter l’enfer.

Le principe est simple, comme au code de la route : une question, 4 réponses, une seule est la bonne.

On se retrouve à la fin de ce test pour voir si vous êtes prêts.

On y va ? Fort bien.

Question1

La bonne réponse était la réponse D

On sous-estime trop souvent l’agenda. Si pour la plupart des pédagogues, l’agenda est un « outil pédagogique d’organisation permettant de donner des repères à l’élève dans le cadre extra-scolaire facilitant son apprentissage« , propos en général tenu avec une seringue d’héroïne dans chaque bras, le tout debout sur une licorne, l’agenda n’en est pas moins, en effet, un excellent allié du professeur. Non pas pour les devoirs, non, ceux-ci sont toujours faits la veille au soir et terminés aux alentours de minuit, au son de petits couinement paniqués (l’élève stressé ressemble en de nombreux points au cochon d’inde, le côté kikinou en moins) mais pour d’autres raisons.

En effet : il vous suffit de le consulter au prétexte de « vérifier que les devoirs sont bien notés » et de vous rendre directement aux pages des vacances de Noël pour découvrir, écrit généralement au fluo, quantité de messages personnels à base de « Je t'<3 ma Brenda, je te kiff » ou « T ma besta pour la life BB » ou autres déclarations enflammées ou blague sur tel ou tel enseignant. Vous disposez dès lors d’une mine d’information pour faire chanter n’importe quel trou du cul (c’est une métaphore, hein, pensez à autrui) pour les siècles des siècles.

Vous pourrez alors, dès que le larron s’agitera quelque peu en classe, marmonner quelque chose comme « Vous ne vouliez pas dire quelque chose à Brenda ? » pour voir l’individu changer de couleur et se ranger à votre charisme naturel.

Pensez pratique, que diable.

Question 2

La bonne réponse était la réponse B

« It’s a trap« , disait l’Amiral Ackbar en découvrant que ses espions Bothan lui avaient fourni des informations erronées. En hommage au plus célèbre des héros de Mon Calamari, n’hésitez pas à laisser traîner des sujets des futurs contrôles sur votre bureau en évidence, puis de temps à autres, sortez brièvement de la classe pour un prétexte X ou Y, comme par exemple, avoir abusé des pois chiches à la cantoche.

Le jour de l’examen, présentez des sujets différents de ceux que vous avez laissé traîner : vous aurez alors la joie de voir des visages se décomposer, incapables de se plaindre de l’échec de toute leur ruse, puisque cela reviendrait à se dénoncer. N’hésitez pas à lancer quelques commentaires aux plus dégoûtés d’entre eux comme « Ça va ? Vous avez l’air d’avoir un peu chaud. » Logiquement, à ce stade, le nombre de petits malins dans votre cours baissera drastiquement, et tous auront l’impression que votre classe est une annexe du Vietnam, booby traps inclus.

Bon par contre, vous n’aurez peut-être pas de cadeaux en fin d’année, du coup. Mais la victoire n’a-t-elle pas une saveur bien plus délicieuse qu’une vulgaire boîte de chocolats ?

Question3

La bonne réponse était la réponse A

N’oubliez pas que l’élève pense être le plus malin : il vous guette et cachera discrètement les objets illicites à votre approche, sauf si vous prétendez ne rien voir, auquel cas le gourgandin ricanera, glissant à son voisin quelque chose comme « Woh l’aut’, comment il a rien capté !« . Tournez dans la classe tel un grand fauve, vous rapprochant toujours plus de votre cible, qui, ayant l’impression que vous ignorez tout de son activité, se montrera de plus en plus imprudente.

Au moment où l’andouille ne cache plus sa console (à part si c’est une WiiU, mais là c’est normal, il a juste honte), bondissez et saisissez-vous-en. C’est là que commence le passage le plus doux de tous : vérifiez où se situe le petit bouton à presser à l’aide d’une mine sur la console pour en effacer toutes les sauvegardes, et pendant que le brigand ment comme un arracheur de dents avec des « C’est pas à moi » « Je regardais juste l’heure » ou « Vous avez pas l’droit, faut me la rendre« , faites descendre tout doucement la mine d’un critérium vers le bouton « Reset ». Peu à peu, le brigand va de moins en moins argumenter et pousser des cris de plus en plus porcins, jusqu’à se rouler par terre alors que vous ne serez plus qu’à un millimètre du bouton en question, gardien de toutes ses parties passées, son propos quelque part entre le rire maladif et la supplication.

Par la suite, vous verrez peu de consoles en classe. Vous pouvez bien évidemment profiter de cette séance de torture psychologique pour faire avouer au bougre tout ce que vous voulez, comme par exemple qui a vidé l’extincteur de la salle de SVT. C’est un peu le procès des templiers, mais en plus rigolo, et sans malédiction ou adaptation de Maurice Druon avec Jeanne Moreau. Vous en sortez gagnant, tout de même.

Question4

La bonne réponse était la réponse C

Lorsque le pédagogue est fatigué d’avoir trop chevauché sa licorne, parfois, il revient en surfant sur un arc-en-ciel pour prodiguer de nouveaux conseils comme « L’importance de la confiance dans le rapport élèves-enseignants« . Et en bon enseignant, à vous de suivre son exemple. Et d’en abuser, comme de bien entendu.

Ainsi, lors d’un contrôle, annoncez bien que vous ne voulez voir aucun téléphone portable et qu’ils doivent être dans les cartables, et les trousses sur la table autorisées uniquement si fermées, ce qui peut paraître évident, mais tout de même. Soulignez que c’est faire preuve de confiance envers vos élèves que d’agir ainsi, parce que vous êtes décidément trop sympa, puis laissez l’épreuve se dérouler.

Après environ 20 minutes histoire de laisser la méfiance décanter, saisissez-vous d’une trousse au hasard et faites-la sauter en l’air en sifflotant et en ne rattrapant l’objet que de justesse à chaque fois, marmonnant des choses sur votre maladresse proverbiale. Poursuivez ainsi, et savourez le visage du pauvre propriétaire de la trousse, décomposé, craignant à chaque seconde de voir jaillir de la trousse qu’il avait laissée habilement entrouverte son précieux téléphone portable pour aller s’écraser sur un mur ou une table voisine.

Si jamais la chose arrive, réagissez vite : posez vous en victime blessée moralement, expliquant que vous faisiez tellement confiance à vos élèves que pareille trahison vous paraissait inimaginable malgré vos consignes. Avec un peu de bol, et en cas de procès, c’est peut-être même la famille qui vous devra des sous, tel un Bernard Tapie ayant besoin de quelques millions pour se remettre du drame qu’il a traversé.

Question5

La bonne réponse était la réponse D

Ne réagissez pas : ça encourage le cabotin à poursuivre son oeuvre maléfique. Si le bougre essaie ainsi de se démarquer principalement parce qu’il est à un âge où il a envie d’être distinct des autres, de sortir de la masse, et accessoirement, d’attirer l’attention de Sabrina, la 4eB avec de gros seins, vous ne devez en aucun cas rentrer dans son jeu en réagissant de quelque manière que ce soit. Vous l’inciteriez à rebondir sur votre réaction pour tenter de se présenter, tantôt, en amuseur public, tantôt en martyr, nardinamouk.

Si l’humour local vole généralement à la hauteur d’un flacon d’eau précieuse, il n’en est pas moins que ce genre de blagues vole en escadrille : pour les stopper, inutile de grogner : vous devez tout simplement les mépriser. Avoir une aura de haine, irradier le dédain. Pour ce faire, et dès à présent, n’hésitez pas à répéter votre meilleure Poker Face comme le disait une mauvaise artiste pour qu’à chaque calembour estudiantin, l’auteur d’icelui ait l’impression d’être dans un duel Philippe Bouvard – Tywin Lanister.

Si vous ne savez pas quelle tête faire, je suis sympa, je vous file un modèle : ici, Pitch le chien, dont l’expression pleine de tristesse, de désarroi, de dédain et de haine mêlés sauront vous inspirer, je n’en doute pas. Voyez plutôt :

Mepris

Pitch le chien, ici juste après avoir entendu une blague de Laurent Ruquier

Éventuellement, si vous n’y arrivez pas, filez une image de Pitch le chien à chaque mauvaise blague d’un élève, et au bout de 10, c’est un poster de Nicolas Cage.

Ça va vite le calmer, croyez-moi.

Question6

La bonne réponse était la réponse B

La salle des profs est l’ultime repaire de l’enseignant. C’est là qu’il s’isole des hordes estudiantines qui viennent gratter à la porte (la réponse D est applicable en permanence, et pour les plus farceurs, vous pouvez même déféquer dans le casier de Monsieur Mérichoux : lorsqu’il demandera en classe qui a « mis une surprise dans son casier », un formidable quiproquo devrait naître, ainsi qu’une plainte pour élève battu, mais bon, vous n’avez jamais aimé Mérichoux) pour trouver un peu de calme. Pourtant, parfois, une ombre furtive et généralement bleutée est aperçue du coin de l’œil avant de disparaître : ce sont les professeurs de sport qui, après avoir hiberné dans leur gymnase, se décident à aller finir la cafetière discrètement en salle des profs avant de regagner leur repaire.

L’œil habile peut parfois en surprendre un, fuyant le gobelet à la main (le professeur de sport est le kobold local).

Une seule solution, que ce soit pour empêcher les élèves de venir vous enquiquiner dans votre dernier sanctuaire, ou plus prosaïquement pour empêcher ces rabouins en jogging de venir vous tirer tout le kawa : barricadez-vous en posant un objet lourd contre la porte, comme par exemple un professeur d’art.

Vous pouvez aussi piéger le café, mais de vous à moi : il y a suffisamment d’arrêts maladie comme ça, non ?

Question7

La bonne réponse était la réponse D

Non pas pour envoyer des messages salaces à vos élèves les plus girondes, non, vous risqueriez en retour d’un « Kikoo » de recevoir un « ASV ? » de la part de la maréchaussée. Non : ce mystérieux rituel pour des centaines de milliers d’élèves consistant à découper de petits morceaux de papier pour  y écrire des renseignements comme leur adresse, la profession de leurs parents ou même leurs hobbys, et ce pour chaque professeur, a des utilités bien plus pratiques.

En effet, loin d’être un outil pour mieux comprendre vos élèves (il ne faut pas déconner : je vous ai dit de les mépriser, suivez un peu, merde), ils ‘agit d’un fameux moyen de vous amuser des heures durant. Ainsi, durant les examens, gardez la liste des numéros à proximité de votre personne, et sitôt qu’un bambin vous parait suspect, envoyez-lui un « Sa va ? » sur le téléphone qu’il est censé avoir rangé et éteint. Vous n’avez plus qu’à discrètement profiter du spectacle, au lieu de vous ennuyer à surveiller l’examen, à savoir observer le galopin chercher du regard à gauche puis à droite à la recherche de la personne qui a bien pu le contacter. Il renverra alors avec toutes les précautions du monde et poussé par la curiosité un « T ki ? » et vous n’aurez plus alors qu’à défoncer le brigand lors des corrections, qui quand on rendra les copies, s’étonnera de comment vous avez pu savoir qu’il avait un téléphone sur lui, sachant qu’il avait fait attention à ce que personne ne le voie.

 Vous gagnerez en mystère en plus, n’est-ce pas beau ? Ah, je sais, ne me remerciez pas.

Question8

La bonne réponse était la réponse C

En effet, tel un capitaine Achab furieux, vous pourrez à l’aide de ce fameux ustensile issu de l’industrie japonaise aller rechercher tous vos élèves lorsque ceux-ci traîneront en arrière ou feront toute ânerie dont ils ont le secret. N’oubliez pas de viser une partie non-vitale, comme par exemple le crâne, afin de ramener l’enfant dans un état qui n’éveillera pas de soupçons chez ses parents (même trépané avec un projectile de 5 kilos propulsé au gaz, ces derniers continueront de penser que leur marmaille est absolument géniale).

Si vous avez répondu D, vous n’avez pas compris le jeu : personne n’a encore saisi à quoi servait un inspecteur d’académie. Certains prétendent qu’il aurait autrefois eu une utilité, d’autres qu’il n’est que le résultat d’une partie de Kamoulox qui aurait dégénérée dans un laboratoire de génétique.

Petite précision pour les instituteurs qui me lisent : le lance-harpon étant un peu gros pour vos bambins, n’hésitez pas à l’échanger avantageusement contre un SPAS-12 avec projectiles en caoutchouc ; non content de vous conférer une certaine classe, ce bel outil permet à chaque tir de faire reculer le plus énergique des enfants sur une distance d’environ 6 mètres sans toucher le sol. Tips : si vous lui tirez sous le menton et ce contre un mur d’escalade, vous pouvez reproduire un flipper avec brio.

Question9

La bonne réponse était toutes les réponses

Parce que sérieusement, il ne faut pas déconner.

Question10

La bonne réponse était la réponse D

Aucun enfant n’est con. Non, même pas celui-là là-bas qui s’enfonce des stylos dans les narines en regardant « Les Anges de la Télé-Réalité« . Ils sont simplement malades, et vous feriez bien d’y faire attention bande de gourgandins aux mille préjugés. C’est pourquoi, à chaque fois qu’un parent vous explique que son fils est atteint de mille maladies, et vous regarde bizarrement quand vous dites « Oui, je sais pour les MST, mais que voulez-vous, ça se passe toujours comme ça en classe de neige« , demandez-lui un certificat médical.

Puis, échangez-les avec vos amis en salle des profs ! Comme dans les paquets de Magic, il y a des cartes communes (hyperactivité, troubles de l’attention), des moins communes (dyscalculie), ou même des rares (Test de QI supérieur à 70). Bientôt, les réunions parents-prof seront pour vous comme un nouveau Noël, et vous l’attendrez avec impatience les yeux embués de joyeuses larmes.

Mais en tout cas, je suis sérieux : avec autant de maladies, les gamins ont les autorisations de se charger comme des mulets, alors si ce n’est pas pour devenir cycliste, je ne vois pas à quoi ça sert.

Voilà ! Ce test est à présent terminé. Comptez vos points !

Si vous avez 10 bonnes réponses

Quelque part dans le désert éducatif, un homme (ou une femme, personne n’est parfait) roule en Fuego, le collier de barbe au vent, les coudières en cuir aux portières. Sur son pare-choc, un autocollant du SNES, sur son pare-brise, un calendrier avec les jours cochés jusqu’aux prochaines vacances. Vous êtes l’ultime guerrier éducatif. Vous êtes la dernière barrière face à l’ignorance. Quand viendra le jugement dernier et que les utilisateurs d’Instagram seront jetés dans les entrailles de la Terre, vous gagnerez votre place au Paradis. Et vous vous ferez un peu chier du coup, mais c’est un autre problème.

Si vous avez 8-9 bonnes réponses

Vous êtes plein de promesses. Lorsque l’on prononce votre nom dans les salles des profs, la température monte d’un cran alors que les visages rougissent, quand bien même si l’on en fait autant dans les soirées étudiantes, certains s’évanouissent alors que d’autres ne tiennent que grâce aux litres de coca-redbull qu’ils ont ingurgité (mais qui n’ont aucun rapport avec leur activité, rappelons-le). L’éducation nationale envisage sérieusement d’engager des troubadours pour compter vos exploits, avec l’espoir, un jour, de faire de vous le guerrier parfait.

Si vous avez 6-7 bonnes réponses

On ne vous connait pas encore, mais au moins, vous savez ce qu’il convient de faire pour tenir au front. Certains se dressent encore au-dessus de vous, mais vous avez suffisamment de bases pour ne pas vous laisser avoir tout de suite par les hordes en face de vous. Un jour peut-être connaîtrez-vous la gloire, mais en attendant, toute votre énergie est concentrée sur votre tâche. Tout espoir n’est pas perdu, accrochez-vous.

Si vous avez 0-5 bonnes réponses.

Vous savez quoi ? Vous avez bien fait de vous trouver un vrai métier loin de l’école.

Question subsidiaire :

Parmi les méthodes expliquées ci-dessus, l’auteur de ce blog en a appliqué la majorité (véridique) dans sa précédente carrière. Sauras-tu retrouver lesquelles ?

Bon courage. Et bonne rentrée.

Il existe un pays magique.

Un pays fabuleux qui sent le sucre et le miel ; un pays où les rivières sont de lait et les arbres en chocolat. Un pays qui jamais ne connait de problème auquel il n’existe de solution simple. Un pays où les enfants sont malicieux, espiègles, et toujours plein de bonne volonté bien que terriblement fragiles.

Ce pays, mes amis, c’est le monde magique des théoriciens de l’éducation.

En effet, après nous avoir pondu des séries de rapports expliquant que « les corrections au stylo rouge pouvaient traumatiser l’enfant« , que « les dictées, c’était trop dur » ou que « priver un enfant de récréation était un châtiment trop cruel« , voici, mesdames, mesdemoiselles, messieurs, la dernière création des industries éducatives :

L’appel pour la suppression des notes à l’école élémentaire !

Jouez hautbois, résonnez musettes. Car sachez-le, ce nouveau-né des découvertes fascinantes de nos amis chercheurs a quelques enseignements de premier choix à vous donner : les notes, ça traumatise les enfants et ça ne sert à rien, si ce n’est à montrer du doigt les plus mauvais. Mais, ne sombrons pas dans la mauvaise foi facile, et allons plutôt lire ensemble ce fabuleux appel pour mieux comprendre pourquoi on devrait mieux surveiller la consommation de beuh de certains avant de les laisser publier.

Pour la suppression des notes à l’école élémentaire

La culture de la note est encore très présente dans l’école française, une institution historiquement tournée vers la sélection.

Oui, sachez le jeunes gens : la note n’est pas un outil, non, c’est une culture, au même titre que le rock’n’roll, les hippies ou Twilight. Un simple accessoire visant à opérer une sélection qui, comme nous le verrons, consiste à se séparer des plus nuls pour continuer sans eux, comme de bien entendu. Et le texte le dit bien : l’école française est une institution historiquement tournée vers la sélection.

Alors que moi, étant un peu con, je pensais que l’école française était historiquement tournée vers l’éducation.

 

Un théoricien de l'éducation en plein travail

Mais je dois me tromper, continuons plutôt notre saine lecture.

Si ce modèle répondait aux exigences d’un système élitiste avant la massification scolaire, il apparaît aujourd’hui en total décalage avec l’objectif d’élévation du niveau d’étude et les défis posés par la démocratisation des études supérieures.

La notation est donc un système élitiste, évidemment. Jamais, non, jamais les notes n’ont pu servir à identifier des points forts et points faibles tant pour l’enseignant que pour l’élève ; savoir qui avait des difficultés en mathématiques ou en français… Non, la note est probablement une invention d’un professeur de chimie qui, défiguré lors d’un terrible accident de TP (quelqu’un n’avait pas bouché son tube à essai), se fit forger un masque de fer et alla travailler sur sa vengeance dans les sous-sols du collège Bernard Menez de Quimper. Après des années de labeur, il réussit à produire son chef d’oeuvre : la note, outil dont le seul but serait de faire chier les masses populaires en les empêchant d’accéder toutes à un doctorat de physique nucléaire, ce qui est pourtant bien légitime en démocratie.

C’est vrai quoi, les notes, c’est juste pour faire chier. Aucun rapport avec une évaluation quelconque, pour déterminer où ça pêche ou pas. Non.

Ce système de notation, et l’obsession du classement auquel il répond, crée, dès l’école élémentaire, une très forte pression scolaire et stigmatise les élèves qu’il enferme, progressivement, dans une spirale d’échec. Démotivantes, ces mauvaises notes sont vécues comme une sanction et n’apportent en rien les clés d’une possible progression.

Voilà, les notes, c’est de la pression, tellement que les enfants ont tendance à craquer leur slip rien qu’à cette idée. D’ailleurs, notez que l’appel ne parle que des mauvaises notes ; jamais un élève ne peut-être motivé ou fier à l’idée de ramener une bonne note à la maison. Non, quand il a une bonne note, il se contente de stresser en lâchant des pets aussi liquides que méphitiques tout en espérant que la prochaine ne l’envoie pas dans une spirale d’échec, puisque là encore, c’est connu, quand on se tape une vieille note de merde, on essaie surtout pas de récupérer le coup, même enfant (ils le marquent eux même : ça n’apporte en rien les clés d’une possible progression). Ca ne motive pas du tout à travailler là où on a merdé, non, les enfants qui se prennent une mauvaise note une fois tombent aussitôt en dépression, se défoncent à l’héroïne dans les toilettes de l’école primaire, s’engagent dans la légion à 13 ans où ils vivent une histoire d’amour compliquée avec Olga la chèvre, et rentrent au pays alcooliques, sodomites et sans un sou en poche pour acheter leur dose de schnouf, seul paradis artificiel qui les empêche d’avoir des flashbacks des horreurs de la guerre chaque nuit. Tout ça à cause de ce 4/10 que Mme Landrin leur a mis en français en CE2, parce qu’ils ne savaient toujours pas conjuguer le verbe « chanter » au présent de l’indicatif. La vie est vraiment trop cruelle.

Alors que la confiance en soi est indispensable à la réussite scolaire, les conséquences de ce système de classement sur les élèves en difficulté sont désastreuses : fissuration de l’estime de soi, absence de valorisation de leurs compétences, détérioration des relations familiales et, à terme, souffrance scolaire.

Résumons : avec les notes, les élèves en difficulté se disent qu’ils sont des merdes, qu’ils n’arriveront jamais à rien, les enseignants ne leur parlent jamais ou ne leur mettent nenni de petits mots à côté de la note pour leur dire là où ils ont progressé ou ne les encouragent, leurs parents leurs crachent à la gueule lorsqu’ils rentrent à la maison, et même Skippy le chien vient déféquer dans leur assiette pour leur signifier son mépris… bref, ils ont une sacré vie de daube, tout ça à cause des notes. Non, jamais un élève ne peut progresser, il est condamné à rester une fiente, une glaire, et donc, aucune progression de sa moyenne ne peut l’encourager. Et non, repérer des enfants avec d’énormes lacunes ne sert à rien, la démocratie, c’est de dire non à la sélection, et donc non aux parcours pédagogiques adaptés. Les notes, c’est de la merde dont le seul but est de pourrir la vie aux gentils bambins qui devraient vivre dans un univers constitué à 98% de barbe-à-papa et à 2% de LSD. On se répète, je sais, mais ce n’est pas moi qui le dit. Passons.

 

Voilà ; une note sous la moyenne en français, et c'est la spirale de l'échec. Adieu, prix Nobel de chimie.

La pression scolaire précoce ne fait que nuire à l’efficacité de notre système éducatif : aujourd’hui quatre écoliers sur dix sortent du CM2 avec de graves lacunes :

Pour la petite anecdote, ce chiffre, là, 4 écoliers sur 10 qui auraient de graves lacunes en sortant du CM2, vous savez d’où il sort ? D’un rapport du Haut Conseil de l’Education, qui a donné ce chiffre en se basant sur… les notes au sortir du CM2. Il va falloir choisir les gars : soit les notes, c’est de la merde et ça ne sert à rien auquel cas vous ne vous en servez pas pour étayer vos arguments, soit vous leur reconnaissez une utilité. Ce serait un peu comme dire « les sondages, ça ne sert à rien et ce n’est pas représentatif, d’ailleurs, 86% des français pensent comme nous d’après le dernier sondage IPSOS-Le Figaro« . Signer un appel de mecs qui, en moins de 30 lignes, arrivent à se contredire eux-même, je ne sais pas si c’est bien raisonnable.

Pour y favoriser l’acquisition des savoirs fondamentaux l’école élémentaire gagnerait à s’appuyer sur une autre logique que celle de la compétition. Il faut qu’elle devienne pour tous les enfants une étape positive de leur construction, de leur épanouissement, du développement de l’estime soi et de l’élaboration d’un rapport sain aux apprentissages.

Ho oui ! Il faudrait que tous les enfants du monde se tiennent la main en allant à l’école, leurs rires cristallins rebondissant en de merveilleux échos sur les murs décrépits de l’ancienne institution, transformant ces lieux de tortures notées en sites de plaisirs de la découverte ! L’apprentissage serait la plus belle des récompenses et, chaque matin, les enfants se lèveraient heureux d’aller à l’école ; oui, ils n’auraient plus envie de jouer à Pokémon ou de regarder Naruto, non, ils préféreraient s’éclater à faire des exercices de mathématiques, comble du bonheur à leurs yeux ! L’école serait une deuxième maison où chacun se rendrait en courant, trop heureux de vivre une nouvelle journée qui…

Non mais la consommation de seringues qu’il doit y avoir chez certains, c’est effarant.

D’autres modèles éducatifs ont prouvé leur efficacité en desserrant l’étau de l’évaluation constante. À titre d’exemple, en Finlande – le pays en tête des classements internationaux en matière d’éducation – les élèves sont évalués pour la première fois à 9 ans de façon non chiffrée, et commencent à être notés seulement à partir de 11 ans.

Il n’y aurait donc qu’un seul autre pays qui ferait cela ? Par ailleurs, j’ai eu beau chercher, je n’ai pas trouvé la source indiquant que la Finlande était en tête « des » (il y en a plusieurs ?) classements internationaux en matière d’éducation. Non parce que, je sais que les notes, c’est mal, mais les notes de bas de page pour donner ses sources, c’est pas mal quand même.

Au fait, attendez, vous vous basez sur un classement international pour justifier du bien fondé de votre argumentation ? Je croyais que les classements, c’était tout pourri, comme vous le disiez quelques lignes plus haut ? Ne pensez vous pas plutôt que, et je cite, l’école élémentaire gagnerait à s’appuyer sur une autre logique que celle de la compétition ? Qu’on pourrait développer notre propre système plutôt que de courir après les têtes de classement ?

 

Un enfant heureux d'aller à l'école

En France, les textes de lois ont déjà beaucoup évolué, et ne font plus référence explicitement à la note comme système d’évaluation ; mais face à l’urgence d’apporter des réponses concrètes à la question de la souffrance scolaire, nous devons franchir un palier supplémentaire et supprimer une notation inutilement sélective à l’école élémentaire.

Oui, face à l’urgence, c’est vrai : virons encore des outils et remplaçons les par du rien. C’est bien le rien. A la limite, une fois au collège, on commencera à noter les gamins. C’est là qu’on pourra commencer à se dire « Tiens, mais comment ce blaireau est il arrivé jusqu’ici ? A 11 ans, il ne connait toujours pas sa table des 3 et confond « et » et « est » ?« . Et je suis sûr qu’à cet âge là, rattraper 5 ans de retard « parce qu’on ne voulait pas stresser Bichon« , ça sera super simple.

Bon, remarquez, je dis ça, mais de ce côté, là, c’est déjà un peu le cas. Sûrement une raison de plus de supprimer l’un des rares trucs permettant de repérer à l’avance les enfants ayant le raisonnement d’une huître (pour pouvoir les diriger vers des filières spécialisées, comme par exemple « scénariste à Hollywood« ).

Nous appelons tous ceux qui souhaitent réaffirmer que l’école élémentaire doit être celle de la coopération et non de la compétition, à signer le présent appel.

Et je vous donne la liste des 1ers signataires, affichée en gros et en rouge sur le bord gauche du site : des chercheurs (il y a même un généticien), des hommes politiques, des directeurs de cabinets d’études, des pédopsychiatres… mais curieusement, pas un seul enseignant en école élémentaire, pourtant les premiers concernés par la chose. C’est marrant, si les notes étaient aussi inutiles que ça, vu que ça leur donne du boulot en plus, j’aurais pensé qu’ils auraient lancé eux-même la chose. Curieusement, ce sont toutes des personnes qui n’ont pas à gérer des morveux par paquet de 30 toute l’année. Comme tout cela est mystérieux.

Evidemment, le site vous propose aussi diverses autres sources pour vous indiquer que les notes sont l’incarnation du Mal sur Terre (je propose une notation sur 666 histoire d’être plus clair)  ; ainsi, nous découvrons par exemple les cahier pédagogiques, qui vous expliquent, je cite :

Alors, finalement, est-il normal de laisser aux seuls enseignants la responsabilité d’évaluer les élèves et donc d’auto-évaluer les résultats du fonctionnement du système éducatif ? L’école et les élèves gagneraient-ils à ce qu’il y ait une instance externe pour faire cette mesure et dire les résultats des apprentissages ?

C’est vrai ; l’enseignant étant le seul à être présent en classe avec les élèves, et à suivre au quotidien leurs difficultés, il est le plus mal placé pour les évaluer. Non, mieux vaudrait sortir une bonne vieille instance externe de sa manche qui ne connait rien à ce qu’il se passe dans la dite classe pour mesurer où en sont les apprentissages. C’est tellement plus cohérent. Surtout que l’histoire de la suppression des notes étant faite pour « déstresser » les enfants, je suis sûr qu’ils seront parfaitement détendus quand on leur dira « Bon, les trous du culs (il faut être ferme avec les marmots), vous avez bien travaillé cette année ; par contre, on va vous faire un seul gros test qui va compter, comme le bac, organisé par des gens qui ne sont pas vos profs ; et si vous échouez, ça sera la seule évaluation de vos apprentissages. Bref, si vous la merdez, vous serez considéré comme en difficulté et réorienté en conséquence vers la classe où il y a Timmy, le petit garçon qui mange ses cheveux et Sophia, la jeune fille qui urine en faisant le poirier. Ca ne vous stresse, pas, hein ?« .

 

A 11 ans, on ferait des sujets de bac adaptés : "Kant est il plus fort que Salamèche ?" "Au niveau 38, aurait il pu évoluer en Spinoza ?"

En passant, toujours en regardant les sources supposées appuyer le raisonnement « supprimons les notes« , on constatera que la principale, et la seule évoquée dans l’appel en lui-même, le rapport de la HCE, contient le passage suivant sur les évaluations :

Les élèves sont aujourd’hui soumis à des évaluations régulières, systématiques,obligatoires et communes : à partir de la rentrée scolaire de2007, ces évaluations auront lieu en début de CE1 et de CM2, c’est à-dire, dans les deux cas, au début de la dernière année d’un cycle etune année scolaire avant un palier du socle. Ces évaluations sont d’une grande utilité : le maître a besoin de s’appuyer sur une évaluation qui le renseigne sur les acquis et les besoins de chaque élève de sa classe, qui l’aide à différencier sa pédagogie, à ajuster les rythmes d’apprentissage à l’intérieur d’un cycle, à mettre en place si nécessaire une aide encore plus individualisée. Or ces évaluations ne sont pas utilisées comme elles le devraient. D’une part, certains maîtres pensent qu’elles sont principalement destinées à une exploitation statistique par leur hiérarchie, sous-estimant ainsi le parti qu’ils peuvent tirer eux-mêmes de ces informations sur les forces et les faiblesses de leurs élèves pour adapter leur pédagogie.

Hmmm, c’est bien ça, de s’appuyer sur un rapport qui déclare l’exact contraire de ce que l’on affirme : les évaluations et notes seraient donc des choses utiles, à faire régulièrement, pour identifier les forces et les faiblesses et adapter la pédagogie en conséquence ? Bin merde alors. Non mais sérieusement : qui peut citer en source pour justifier son propos, un rapport qui affirme l’opposé ? Quel est le problème ? Ils ont eu de mauvaises notes en lecture et compréhension de texte les auteurs ? J’espère qu’au bac français, ils ne sont pas tombés sur le rapport de l’HCE, sinon ils ont dû en chier.

Accessoirement, autre source utilisée : une interview de Pierre Merle, sympathique personnage qui a un livre à vendre sur la thématique des notes (ce qui le rend tout de suite plus objectif), et qui à aucun moment ne parle de supprimer les notes. Il évoque juste le fait que tous les professeurs ne notent pas de la même manière (nom de Dieu ! Des humains différents les uns des autres, alerte !), et que des fois, les filles ont de meilleures notes sans qu’il soit possible de véritablement l’expliquer.

Pas de problèmes Pierre, je veux bien te dépanner : ça s’appelle le syndrome du « Raaah, fifiiiille« , soit le fait que dans certains cas, chez les enseignants mâles, plus une jeune fille remplit ses t-shirts d’arguments de poids, plus ses notes ont tendance à elle aussi être gonflées.  Chez les damoiselles moches et plates, rassurez-vous, la notation est équitable. Inutile de me remercier, j’essaie juste de rendre service.

Autre source citée : une étude réalisée par un cabinet privé (dont le directeur a signé l’appel) qui découvre, après quantité de petits sondages à base de tutoiement (je n’ai jamais compris cette volonté de toujours vouloir tutoyer le jeune), que seuls 10% des élèves interrogés se sentent plus à l’aise au collège ou à l’école que chez eux ou dans des activités extrascolaires ! C’est donc bien qu’il y a un grand malaise à l’école, et effectivement, quand on demande aux élèves de justifier pourquoi ils sont si mal à l’aise, certains invoquent « le stress face aux exigences« . D’où les notes, ces trucs vilains à la base de tout le mal être.

Oui, ou alors, les élèves sont comme vous et moi : quand ils ont le choix entre glander et aller au boulot, ils préfèrent souvent la première solution. Enfin, je dis ça, je ne dis rien, hein. Et moi, mon cabinet d’étude vous facturait ce genre de résultats pour vachement moins cher, je pense.

Bref, un beau travail que tout cela, qui a débouché sur un appel bien construit, cohérent, et qui fait rêver, disons-le.

Moi aussi, je veux lancer un appel : j’aimerais qu’on envoie tous ces gens dans un pays magique ; Un pays fabuleux qui sent la beuh et les cendres ; un pays où les rivières sont d’urine de pitbull et les arbres en béton armé. Un pays qui jamais ne connait de problème auquel il n’existe de solution simple, comme par exemple, brûler une bagnole. Un pays où les enfants sont malicieux, espiègles, et toujours plein de bonne volonté pour caillasser la police, bien que terriblement fragiles face aux flashballs.

Un pays qu’on appellerait « Seine Saint-Denis« .

Maudits Bisounours.

« Messieurs…« 

Tout autour de l’immense table, chacun lève lentement les yeux de l’immense dossier empli de diagrammes qu’il faisait semblant de lire jusqu’ici pour se donner un semblant de sérieux. Peu à peu, les regards se tournent vers l’homme dans l’immense fauteuil à l’extrémité de la table qui vient de se faire entendre.

« Je vous remercie d’être présents aujourd’hui. Comme vous le savez, il n’y a qu’un seul point à l’ordre du jour de notre bureau aujourd’hui : le déséquilibre total dans la parité au sein de notre établissement. »
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Toussotements, échanges de regards, consultations rapides du dossier mis à disposition… le silence se fait de plus en plus pesant jusqu’à ce qu’une main se lève timidement.

« – Hem… président ?
- Oui Gadinot ? Vous avez une idée ?
- C’est quoi « la parité », en fait ? »
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Au bruit des soupirs, on devine que la question semble soulager bien des membres de l’assemblée qui n’osaient la poser directement. S’enfonçant un peu plus dans son fauteuil, l’administrateur en chef se prend le visage dans les mains avant de tenter brièvement une réponse :

« La parité, c’est lorsqu’il y a autant de femmes que d’hommes. Une pour un. Vous comprenez Gadinot ?
- Heu… oui. Oui président, c’est tout à fait clair.
- Bien, donc notre problème est le suivant : nous avons bien plus d’hommes que de femmes dans nos rangs, il nous faut donc une solution. »
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Là encore, seul le bruit des dossiers compulsés de manière incertaine vient briser le son monotone de la climatisation qui travaille.

« Monsieur le Président ?
- Morandieu, je n’en attendais pas moins de vous. Une suggestion ?
- C’est que… c’est quoi, une femme ? »

Fig 1 : une femme. Des fois, ça fait peur.
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Les regards se tournent une fois encore vers l’homme en bout de table, et on sent que chacun attend une réponse à cette interrogation qui brûlait toutes les lèvres. Le dit personnage semble absolument effondré par la question.

« Je… c’est plus grave que ce que je pensais. Bon, et bien, une femme c’est… c’est comme un homme, mais… enfin, souvent plus petit, déjà, et puis elles aiment bien avoir les cheveux longs et puis… et puis des fois elles ont des… des seins. Ce sont des sortes de protubérances au niveau du torse.
- Ah, mais alors président, ça veut dire que je suis une femme ?
- Non Andriet, vous, vous êtes juste petit, gros et mal coiffé, ça ne compte pas.
- Président ! Moi je sais, j’en ai vu une une fois sur internet, je crois. Elle chantait un truc genre « Chie Wolf », une histoire de loup constipé ou je ne sais pas quoi. La dame elle dansait tout bizarre, même qu’au bout d’un moment, ça me faisait tout bizarre sous la table quand je la regardais.
- Voilà ! Voilà, bien joué Armanson ! C’est ça, une femme, vous avez trouvé !
- Mais Vincent Mc Doom alors, c’est un Monsieur ou une Madame ? »
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7 heures et bien des explications plus tard, le président finissait par jeter l’éponge et confiait à une boîte de communication extérieure à son établissement la mission d’attirer des filles à l’École Centrale Paris. Ainsi naquit…

Mademoiselle fait Centrale

Parfois, il arrive qu’une filière comporte bien plus de membres d’un sexe que de l’autre ; traditionnellement, on suppose qu’une filière scientifique concentrera quantité de mâles, alors qu’une filière littéraire par exemple serait plus à même de regrouper les membres du sexe faible. Est-ce là une fatalité ? Non ; plus le temps passe, plus les choses évoluent et l’équilibre se fait.

Pourtant, dans certains cas, l’équilibre peine à être atteint. Ce n’est en rien grave : après tout, former des damoiselles ou des damoiseaux ne change pas grand chose à l’affaire. Mais à l’Ecole Centrale, quelqu’un a dû s’émouvoir de ces mâles laissés entre eux : beuveries, concours de pets et bizutages idiots (« Mais non, c’est une intégration, c’est très différent !« ) ont dû finir par lasser les plus endurants ; aussi une âme plus fatiguée que les autres s’est mise à appeler de ses vœux l’arrivée massive de femelles pour occuper les esprits embués par la testostérone des étudiants.

Découvrons ensemble par quelle formidable stratégie l’École Centrale Paris compte attirer ces dames.

Commençons donc par la colonne centrale du site, sobrement appelée « Les billets d’humeur de Mademoiselle C : 20 bonnes (et mauvaises) raisons de faire Centrale« 

Et entamons notre étude avec la bonne raison numéro 1


Dire qu’on est Centralienne, c’est trop la classe !

Et là, tout est dit : le premier argument déployé n’est pas la qualité de l’école, ses débouchés ou autres, non, le premier élément c’est que c’est « trop la classe ! » ; c’est inquiétant pour la suite. Cependant, on s’adresse à des femelles, qui sont donc forcément des pintades superficielles : il faut donc leur expliquer que bon, la meilleure raison d’intégrer Centrale, c’est parce que la carte étudiante s’accorde parfaitement avec la couleur des derniers escarpins à la mode. Je pense qu’à la base, il y avait un gloussement type « hihihihi » rajouté à côté, mais finalement même cela ne retranscrivait pas à la perfection l’esprit de dinde tant recherché.

"On compte 800 marines pour une femme, imaginez tout ce qui peut vous arriver d'agréable derrière le hangar à munitions les filles !"

Vous en doutez ? Et si nous allions à la bonne raison numéro 7 (soit encore en haut du classement tout de même) :

Il y a environ 4,5 garçons pour 1 fille ! Et en plus, ils sont plutôt intelligents !

Là encore, l’argument pour midinette de 13 ans « Hey, copine ! Tu veux avoir plein de garçons qui te tournent autour ? Inutile d’aller en boite ! Il y a mieux : Centrale ! Là, tu verras, il y a tellement de mecs que tu n’auras que l’embarras du choix ; tu vas pouvoir copuler à foison, et qui sait, peut-être même trouver l’homme de tes rêves !« 

Attendez, c’est un site qui vante les mérites d’un club de rencontres ou d’une école là ? Non parce que j’ai comme un gros doute. Malgré tout, poursuivons notre lecture. Tiens, regardons directement derrière la raison numéro 8 :

C’est l’occasion de quitter sa famille ou sa province pour vivre une expérience en Campus, « a l’américaine »

Ah, le « à l’américaine  » ! C’est tout de suite plus vendeur. « I speak Wall Street english ! », expliquent quotidiennement les affiches dans le métro ; l’exotisme de la terre de Benjamin Franklin n’a pas fini de faire rêver les ménagères. Non parce que c’est vrai, ça fait tellement plus moderne de dire que c’est « à l’américaine ». Non parce que les campus, ça n’existe dans aucun autre pays. Et surtout pas en France, quelle idée. Ce sera donc « à l’américaine« . Tiens, quelqu’un pourrait m’expliquer ce qu’un campus « à l’américaine » a de différent d’un campus lambda ?

Bon, je vous passe les points où on explique que mesdemoiselles, en faisant Centrale, non seulement vous allez profiter d’un « réseau d’anciens très puissants » (ça sonne comme un Lovecraft), mais aussi vous pourrez obtenir un poste à « haut niveau de rémunération » (c’est important : comment une pintade pourrait elle vivre sans l’argent nécessaire à payer son indispensable Mini Cooper ?), pour me rendre directement au point numéro 17 :

L’école prépare à une multitude de métiers, très variés et accessibles aux femmes

Et là, Monsieur de La Palice arrive avec toute sa fanfare ainsi que sa chorale de soudards : quant on propose à des femmes de suivre une formation diplômée, mieux vaut que ce soit pour des débouchés accessibles aux dames ; non parce que sinon c’est très très con.

« Céline, bravo : tu as suivi ce cursus de 5 ans afin de devenir pionnier de la légion, toutes mes félicitations !
- Merci Monsieur le directeur, hihihi ! J’en ai toujours rêvé !
- Hélas Céline, il est impossible à une femme de rentrer dans ce régiment, puisque le port d’une barbe fournie y est obligatoire depuis 1844 !
- Heu… ha ?
- Vous ai-je dit que votre diplôme n’avait aucune équivalence ? Vous avez donc, malgré vos 5 années d’études, toujours un niveau bac. C’est con, hein ? Adieu Céline ! « 

3 ans après son échec, Céline n'a pas abandonné son rêve

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Sérieusement, est-ce que quelqu’un a pensé à relire les « 20 bonnes raisons » ? Je n’en suis pas sûr, au vue des « 10 idées reçues (et très fausses) sur Centrale« .

2e idée reçue : les garçons sont des geeks boutonneux et les filles ont de la moustache
Chères futées ne vous laissez pas influencer par ces affirmations hautement saugrenues. Je peux vous assurer qu’il y a pléthore de très charmants garçons centraliens, vu que quasi toutes mes copines ont trouvé chaussure à leur pied (et n’oubliez surtout pas que nous avons l’embarras du choix vu le ratio filles/garçons) !
Quant aux filles, comment dire ? Jolies, fraîches, pêchues ou réservées, drôles ou sérieuses, connaissant l’usage du maquillage (et de la cire à épiler !), de solides notions de mode, bref des petits canons… avec un cerveau en excellent état de marche !
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Dois vraiment commenter le fait que les lectrices sont surnommées les « futées » ? Façon « Midi les Zouzous » ou autre émission pour enfants ?

J’insiste : ce paragraphe est supposé lutter contre les idées reçues. Et pourtant, qu’y apprend t on ? Qu’il y a trop moyen de moyenner avec les garçons du campus (apparemment, pour attirer de jeunes filles, il faut bien insister sur le fait qu’il y aura des passages impliquant des hommes, des femmes, des corps caverneux et de la spéléologie domestique), et surtout, que toutes les filles qui intègrent Centrale sont « jolies« , « avec de solides notions de mode » ; il n’y a pas un boudin ou une fille mal fagotée qui se moque de la marque de son sac, non, bien au contraire, toutes les Centraliennes sont de divines créatures au regard sensuel entourées de quantités de mâles obligés de se battre pour elles tant ils sont nombreux par rapport aux filles.

Heureusement qu’on luttait contre les idées reçues, les caricatures et les raccourcis faciles, pas vrai les futés ?

Du coup, quand on lit quelques lignes plus bas :

5e idée reçue : les élèves-ingénieurs ne sont pas ouverts d’esprit

On a envie de dire « Bin oui vu qu’ils répondent aux préjugés à leur sujet avec d’autres préjugés encore plus gros que les précédents« .

Et si vous en doutiez encore, voici venir le passage sexiste quelques pages plus loin (vous ai-je parlé des petits sigles avec du rouge à lèvre ici ou là pour bien dire que c’est un site so girly ?) :

les femmes ont des qualités spécifiques à  apporter au monde de demain : une autre vision, une approche plus pragmatique sur la conduite des projets, une certaine forme d’analyse, un sens plus développé des relations humaines, une façon parfois d’arrondir les angles. Nous, les femmes, sommes moins dans l’égo et  plus dans le résultat, moins dans l’abstrait et plus dans le concret. Des qualités appréciables et… très appréciées dans les entreprises !

Centralienne en 1429 au siège d'Orléans

« Nan passque tu vois Jeanne-Françoise, nous les femmes, et bin on est pas comme les hommes, tu vois, on a pas des préjugés comme eux sur nous, nous on a des qualités spécifiques, que ça veut dire que eux, bin ils les ont pas, comme tu vois être pragmatique tu vois, pis avoir un meilleur sens du relationnel, pis on est plus diplomates et tout et tout. Pis plus concrètes et moins superficielles. Au fait, t’as vu comment Angelina Jolie a pris du cul ?« 

L’auteur de ces lignes n’a visiblement jamais travaillé dans un milieu ultra-majoritairement féminin.

Il faut dire que Centrale a l’air d’être un monde à part ; grâce au petit lien des photos du campus, on comprend mieux le problème : à Centrale, les gens vivent dans la nature ; pas une photo d’un intérieur de bâtiment ou d’une salle, rien : les élèves passent leurs journées dehors à brouter paisiblement.

Et effectivement, au vu de ce qui a été écrit ci-dessus, j’ai tendance à pencher pour une forte consommation d’herbe.

J’ai donc bien peur que toutes les futées ayant suffisamment d’amour propre et de bon sens pour ne pas vouloir passer pour des poufiasses girly en mal de mâles (au vu de l’argumentaire déployé ici) mettent les voiles vers d’autres lieux.

Vous savez, une de ces écoles dont l’argument numéro 1 pour attirer reste « On est bons« .

Quelle drôle d’idée. Remarquez, ça pourrait créer une mode, ce concept sérieux et mature :

« Hey les girls ! Vous savez que pour toute inscription dans un régiment en partance pour l’Afghanistan, vous avez un free lipstick ? Un p’tit conseil les chipies : attention aux marques de bronzage avec le casque, XD !« 

http://mademoisellefaitcentrale.ecp.fr/les-billets-dhumeur-de-mademoiselle-c/10-idees-recues-et-tres-fausses-sur-centrale.html

« Asseyez-vous, je vous en prie« 

Il indique d’un geste élégant à la mère de famille et à sa fille une rangée de chaises maladroitement alignées devant son bureau ; dans la salle de classe vide, sa voix résonne quelque peu, alors que le léger brouhaha des autres parents d’élèves soucieux de le rencontrer se fait entendre dans le couloir voisin. Il jette un discret coup d’œil à l’horloge murale qui lui indique la même chose qu’à chaque rencontre parents-professeurs depuis des années : il est en retard de quelques minutes, et se doit d’accélérer la cadence.

« Madame Mordinot, enchanté, je suis Monsieur Roland, le professeur principal de la classe de première ES. Permettez que je reprenne la liste des notes de ce trimestre pour Eleese, ci-présente…« 
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Son discours est rompu : des années d’exercice lui ont permis de se forger une phrase toute faite pour accueillir chaque famille, et gagner les quelques précieuses secondes qui lui permettront d’ouvrir son cahier de notes à la bonne page. Son doigt sali par la craie des cours de la journée finit cependant par s’arrêter sur un nom : Eleese Mordinot. Il lit à haute voix :

« Bien, Eleese a une moyenne de… de 6,5. Elle n’a la moyenne dans aucune matière, et a eu plusieurs rappels à l’ordre pour son attitude en cours qui…
- Oui, à ce sujet, je voulais vous voir. »
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Étonné, il relève la tête et jette un regard surpris à la génitrice. Maintenant qu’il y pense, c’est vrai qu’elles se ressemblent toutes les deux : même cheveux bruns, même bouche, même manière d’accentuer les « ou ». En tout cas, madame a l’air déterminée, et à côté d’elle, sa fille ne semble pas s’enfoncer dans son siège, ce qui arrive pourtant généralement lorsque l’on annonce si mauvaise moyenne aux familles. Il ne réalise que trop tard qu’il connait d’ores et déjà la suite de cette conversation.

Des problèmes en orthographe ? Dyslexie, c'est évident.

« Je n’ai pas apprécié les mots des professeurs d’anglais et d’espagnol sur son attitude en cours. C’est choquant, ils ne la connaissent pas, et ils se permettent de la juger ! Mais moi, je suis sa mère, et…« 
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Il décide finalement que c’est à lui de s’enfoncer mollement dans son assise ; après tout, le dialogue est déjà écrit à l’avance. L’histoire du parent qui explique à l’enseignant qu’il sait exactement comment son enfant se comporte en cours (il n’est pas là, mais il le sait, point barre) et qui a mille et une excuses pour le tout, car il ne serait pas dit qu’il a enfanté un cancre.

« …et je leur ai répondu que ce n’était pas sa faute ! Elle est atteinte de dyslexie, ce qui la handicape lourdement pour l’apprentissage des langues.
- Je vois. Vous l’avez signalé dans son dossier à l’aide d’un certificat médical ?
- Non, nous n’avons pas eu de certificat médical. Mais je peux en avoir un s’il le faut !« 
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Évidemment qu’elle peut en avoir un : à partir du moment où elle a décidé que sa fille était dyslexique, il n’y a aucun problème ; le tout reste de trouver le bon médecin. Et si un membre de cette profession refuse de délivrer le précieux sésame, il suffira d’aller voir ailleurs : il finira forcément par y en avoir un pour accepter. Mais il y a de véritables dyslexiques, c’est certain. Eux ont un certificat d’entrée de jeu et sont passés ou passent encore régulièrement chez l’orthophoniste local ; ce n’est hélas pas le cas d’Eleese.

« J’entends bien madame, mais concernant les mathématiques ? Une moyenne de 3 ? Des devoirs jamais faits ? Ce n’est tout de même pas la dyslexie qui…
- Non, c’est la dyscalculie, elle en est atteinte. »
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Steevy Boulay n'a jamais rien calculé tout court. A quoi que ce soit.

Il retire ses lunettes sans dire un mot et les essuie à l’aide d’un pan de sa veste. Il prend un air quasi-désespéré en écoutant ces quelques propos. Il réitère sa demande : la chose a t-elle été certifiée par un médecin ? Non. Par qui alors ? Ha, impossible de savoir. Cependant, elle peut avoir un certificat s’il le faut., vraiment Navré, il tente cependant une autre explication. A côté de sa mère, Eleese sourit. Il se dit que sa dyslexie supposée est sûrement liée à l’orthographe honteuse de son nom, qui a probablement fait pleurer quelques officiers d’état civil des années auparavant.

« Vous savez, peut-être est-ce lié à son attitude en cours : d’après son professeur de mathématique, il doit la reprendre entre cinq et six fois par heure, elle a été collée pour un total de 16 heures ce trimestre, et envoie des SMS pendant les heures dévolues aux exercices de mise à niveau.
- La dyscalculie ! Elle ne peut pas comprendre les mathématiques, alors elle ne peut pas s’y intéresser ! C’est honteux de la part des enseignants de montrer si peu de compréhension face à ses difficultés. Je pense la changer d’établissement l’an prochain. »

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Ce qui est formidable, c’est qu’il n’y a plus – ou quasiment plus – de branleurs à l’école. Désormais, il est possible de se cacher derrière de véritables handicaps à l’apprentissage en affirmant que chaque mauvais résultat est lié à une cause extérieure non liée à l’attitude de l’enfant. Dans de rares cas, c’est la stricte vérité. Dans la plupart des autres, ce sont juste des parents très cons. Un autre handicap, il est vrai. Monsieur Roland note donc sur un bout de papier ce qui vient de lui être dit ; à écouter les familles, il en est à 35% d’élèves dyslexiques, 15% de dyscalculiques et…

Il s’arrête et sourit. Il ne reste qu’une seule tare à ajouter pour que le tableau soit complet, pour que tout soit expliqué. D’autres parents l’ont utilisé, et le plus étonnant est même que Madame Mordinot n’aie pas commencé par là. Il se décide à offrir une excellente ouverture pour que ce dernier sujet soit révélé.

« J’ai bien pris en note la dyslexie et la dyscalculie, cependant, cela n’explique pas ses mauvais résultats en sport ou en arts plastiques… Peut-être qu’elle ne se montre pas suffisamment attent…
- Ha, oui,  mais elle est hyperactive ! La pauvre, elle n’a pas toujours ses médicaments avec elle, et se retrouve alors perdue et peut perturber la classe ; mais il ne faut pas l’accuser, ce serait la culpabiliser alors qu’elle n’y peut rien ! »
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L'hyperactivité se soigne aussi avec des méthodes simples

L’hyperactivité. Il n’attendait plus que ça, et en prend bonne note. Si l’on considère ce qui lui a été dit jusqu’ici, 75% des élèves qui se comportent comme des margoulins sont hyperactifs d’après leurs parents. C’est bon à savoir ; avec des statistiques pareilles, les enseignants devraient se voir distribuer des fusils à seringues pour éléphants histoire de calmer ces hordes en furie.

Monsieur Roland regarde Madame Mordinot et sa fille. Il devrait leur dire la vérité.

« Madame, je suis désolé : votre fille n’est atteinte ni de dyscalculie, ni de dyslexie, ni même d’hyperactivité. En fait, votre fille est juste une grosse conne, exactement comme sa mère qui tente d’expliquer ce phénomène à l’aide de maladies diverses & variées histoire de déculpabiliser tout le monde. Non, votre fille n’est pas hyperactive : elle passe juste son temps à rien branler (à part ses voisins de classe, ça, elle n’est pas atteinte de dyspipe) et lorsqu’on a le malheur de lui faire remarquer, vous débarquez dans nos bureaux pour nous expliquer que ce n’est pas sa faute. Du coup, elle n’a aucune raison d’arrêter. Non, votre fille n’est pas atteinte de dyslexie : si je lui colle un magazine de fringues pour pétasses, jamais elle n’inversera ou ne confondra de lettres au moment de commander sa minijupe ras-la-foune, particulièrement utile en ces mois d’hiver. Et non, elle n’est pas atteinte de dyscalculie : elle est tout à fait capable de donner les bons billets à madame la buraliste lorsqu’elle va s’acheter des clopes et comprend parfaitement les mathématiques sitôt que ça implique un gang-bang. Et vous, grosse vache, au lieu de lui donner un nom qui ressemble à quelque chose, vous avez préféré la couvrir pour vous donner l’impression que votre fille est intelligente, alors qu’elle tient visiblement de vous. »

A la place, il pose simplement la question habituelle :

« Vous allez la descolariser alors ?
- Hein ? Mais pourquoi ? Une moyenne pareille avec tant de handicaps, c’est qu’elle est très intelligente. Et de toute manière, c’est moi qui choisit si elle passe en terminale, pas vous, donc elle ira, et elle aura son bac.
- Je suis déjà très en retard ; bonne soirée Madame Mordinot. A lundi, Eleese.
- Au revoir Monsieur Roland. »
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Monsieur Roland regarde la mère et sa fille passer la porte de sa classe ; à aucun moment, Eleese n’a semblé prêter la moindre attention à ce qu’il se disait, occupée qu’elle était à jouer avec son téléphone en mâchant bruyamment un chewing-gum. Pire, il jurerait l’avoir vu sourire lorsque sa mère a déballé sa pharmacie à tristes excuses qu’elle avait probablement alimenté à l’aide de mauvais reportages télévisés traitant de problèmes véritables.

Et puis finalement, pourquoi n’y aurait-il que des élèves cancres ?

Lundi, Monsieur Roland se découvrira subitement une hyperactivité qu’il ne se connaissait pas. Et il lui mettra sa main dans la gueule, à la petite Eleese, quand elle rira bruyamment dans un long gloussement de dinde mourante.

Il n’y a pas de raisons que seuls les autres en profitent.

La Rentrée.

Pas la rentrée, hein, la Rentrée, celle avec une majuscule. Celle qu’on vous met sous le nez depuis le mois de Juillet, celle qui vous bombarde de cartables Spiderman et d’agendas Titeuf.

C’est toujours un un grand moment pour les élèves : ces derniers soufflent longuement à l’idée de retourner à l’école et tentent de ralentir les dernières heures qui les séparent du jour fatidique. Cependant, ils préparent avec émoi leurs nouvelles affaires et se disent que bon, cette année, ils vont essayer de mieux gérer que l’an dernier en faisant leurs devoirs à l’avance, histoire de pas tout boucler à la dernière minute comme l’an dernier. Ils n’en feront rien, ils le savent, mais ils essaient de se convaincre.

Pour les profs, c’est à peu près la même chose : ils soufflent eux aussi longuement (en fumant leur pipe) à l’idée de retourner à l’école et tentent de ralentir les dernières heures qui les séparent du jour fatidique. Cependant, ils préparent avec émoi leurs affaires qu’ils avaient remisées dans leurs bureau, et se disent que bon, cette année, ils vont essayer de mieux gérer que l’an dernier en préparant bien leurs sujets à l’avance, histoire de pas tout boucler à la dernière minute avant les conseils de classe comme l’an dernier. Ils n’en feront rien, ils le savent, mais il essaient de se convaincre.

La Rentrée des classes, un moment de joie et de bonheur

La Rentrée des classes, un moment de joie et de bonheur

Pour les élèves,  le premier jour est toujours un grand moment : on salue les copains qu’on a pas revu depuis Juin, on se précipite (mais pas trop vite, il faut avoir l’air cool) vers les listes de classe pour savoir avec qui on est ; et là, bonheurs et déceptions se succèdent : il y a Kevin, le bon copain qui est dans la même classe depuis 3 ans, Thomas, le fouteur de merde rigolo qui va mettre l’ambiance, Céline, celle qui a des gros seins, cette année, c’est bon, on se la serre sur les bancs derrière le gymnase, là où on se cache pour fumer. Ca va être une bonne année mais… Ho non, c’est Monsieur Gronchin le prof principal. Ho nan, il est chiant, Monsieur Gronchin.

Pour les profs, le premier jour est aussi toujours un grand moment : on salue les copains qu’on a pas revu depuis Juin, on se précipite (mais pas trop vite, il faut avoir l’air détendu) vers les listes de classe pour savoir qui on va avoir : et là, bonheurs et déceptions se succèdent : il y a Kevin, le petit brun qui bavarde souvent mais n’est pas méchant ; Thomas, le fouteur de merde bien lourd qui va mettre l’ambiance et que personne ne voulait ; Céline, la petite jeune qui a bien poussé mais qui semble plus intéressée par ce qu’il se passe derrière le gymnase que par le cours et qui sent toujours le tabac froid. Ça va être une autre année mais… Ho non, ils m’ont mis prof principal. Ho nan, c’est chiant, prof principal.

La première heure en salle de classe est toujours particulière : assis à votre place, vous observez vos petits camarades. Ils sont tous plus ou moins adaptés aux lieux : ça va du mec un peu trop détendu en baggy-rastas qui a dû prendre sa dose de pétards et qui regarde ailleurs au petit en chemise à carreaux et à lunettes qui, assis au premier rang, tressaute d’impatience à l’idée d’étaler ses connaissances. Il y a aussi la pauvre racaille, qui jette de petits regards en coin à tout ce qui porte nichons. Tiens, d’ailleurs, Céline elle a continué à progresser de ce côté là. Par contre, ça n’a pas l’air d’être le cas de son français. Comment peut-on placer autant de « Mais ouais grave » – « Mais ouais, clair » et « Mais ouais lol » dans une seule phrase ?

La première heure en salle des profs est toujours particulière : assis à votre place, vous observez vos petits camarades. Ils sont tous plus ou moins adaptés aux lieux : ça va du mec un peu trop détendu en jean t-shirt qui n’a pas dû prendre sa dose de café et qui regarde ailleurs au petit en blouse et à lunettes qui, assis au premier rang, tressaute d’impatience à l’idée d’enseigner ses connaissances. Il y a aussi le pauvre paumé, qui jette de petits regards en coin à tout ce qui a moins de 40 ans. Tiens, d’ailleurs, ça a progressé de ce coté là, il y a pas mal de petites nouvelles. Par contre, au niveau de leur français, ça va être compliqué . Comment peut-on placer autant de « Mais ouais grave » – « Mais ouais, clair » et « Mais ouais lol » dans une seule phrase ?

Pas de Rentrée sans cahiers, pas de Rentrée sans papiers.

Pas de Rentrée sans cahiers, pas de Rentrée sans papiers.

Le moment que tous les élèves attendent arrive : le premier contact avec le prof. Quand il franchit la porte, Monsieur Gronchin est immédiatement observé par toutes les paires d’yeux présentes à ce moment là. Quelle est son attitude ? Il a l’air plutôt déterminé. Quelle est son expression ? Il a l’air plutôt grognon. En tout cas, il se met à expliquer tout ce qui va concerner l’année qui arrive, son importance démesurée par rapport à la précédente, le fait qu’elle est déterminante pour notre avenir… Après tout, un élève n’ayant jamais quitté l’école, il ne peut guère savoir si cela est effectivement pertinent par rapport au monde extérieur. Et puis, une fois tout cela passé, il donne ce que tout le monde attend : les emplois du temps. Ho non, on finit tard le Vendredi… Pfff, trop nul pour le week-end. Ha, par contre, on a pas cours le Mercredi matin, on va pouvoir dormir !

Le moment que tous les profs craignent arrive : le premier contact avec les élèves. En franchissant la porte, le prof observe immédiatement la classe. Quelle est son attitude ? Passive. Quelle est son expression ? Visiblement celle d’un groupe de Jean-Foutre. En tout cas, le prof se met à expliquer tout ce qui va concerner l’année qui arrive, son importance démesurée par rapport à la précédente, le fait qu’elle est déterminante pour l’avenir des élèves…  Après tout, comment le savoir ? Le prof n’a jamais quitté l’école, comment pourrait il savoir comment cela se passe dans le monde extérieur ? Et puis, une fois tout cela passé, il distribue ce que tout le monde attend : les emplois du temps. Ho non, je les ai à la dernière heure du Vendredi, la pire… Ha par contre, je n’ai rien le Mercredi matin, je vais pouvoir dormir.

Cette excitation provoque un certain chahut chez les élèves, et le prof commence donc à élever la voix pour parler discipline. Attends, vas-y, qu’est-ce qu’il nous emmerde ? De toute façon, il a pas le droit de nous toucher. Il va faire quoi, coller le premier jour ? Je m’en fous, mes parents me feront un mot pour pas que j’y aille, parce qu’à la maison, je les emmerde pas, du coup ils sont persuadés que je suis sage à l’école. Et même si je travaille pas, ils me feront passer en terminale, vu que c’est pas les profs qui choisissent si je passe ou pas. Alors il va se calmer le vieux.

Cette excitation provoque un certain chahut chez les élèves, et il faut élever la voix pour parler discipline. Attends, en fait, qu’est-ce que je peux faire ? De toute façon, on a pas le droit de les toucher. Je vais faire quoi, les coller dès le premier jour ? Leurs parents leurs font des mots pour pas qu’ils y aillent, au prétexte que si Chouchou est gentil à la maison, c’est forcément un ange au lycée. Et puis, ils peuvent ne rien branler, on peut freiner des quatre fers pour leur passage en terminale, ça ne sert à rien vu que ce sont les parents qui choisissent s’ils passent ou pas. C’est bien ça, le fait que ce soient les seuls qui ne soient pas là de l’année qui prennent les décisions. Alors, on va se calmer, ça ne sert à rien de s’énerver.

Faut-il laisser entrer la police dans les écoles ? Oui, à condition quils puissent tabasser les élèves qui ne connaissent pas leurs verbes irréguliers.

Faut-il laisser entrer la police dans les écoles ? Oui, à condition qu'ils puissent tabasser les élèves qui ne connaissent pas leurs verbes irréguliers.

Les élèves regardent Monsieur Gronchin. S’il fait chier cette année, ils lui en feront voir. Au pire, si on s’emporte, quoi ? Le conseil de discipline ? Et bin on ira dans un autre établissement et puis voilà. Prends garde, Monsieur Gronchin. Prends garde. La sonnerie vient heureusement mettre fin au chahut, et tout le monde s’ébranle vers la porte.

Monsieur Gronchin regarde les élèves. S’ils font chier cette année, il leur en fera voir. Au pire, si je m’emporte, quoi ? C’est pas comme si on virait des profs. Et bin on ira juste dans un autre établissement et puis voilà. Prenez garde, sales jeunes. Prenez garde. La sonnerie vient heureusement mettre fin au chahut, et tout le monde s’ébranle vers la porte.

La journée finit par se terminer, et tout le monde rentre chez soi pour montrer son emploi du temps à Papa et Maman. Sous le ciel d’une belle fin d’après-midi de Septembre, c’est le cartable sur le dos que chacun s’en va vers son domicile. Il va falloir couvrir les livres, acheter des cahiers petits carreaux grand format parce que Monsieur Gronchin ne veut rien d’autre, et coller sa photo sur son carnet de correspondance. Bon, bin voilà, l’année est partie.

La journée finit par se terminer, et tout le monde rentre chez soi pour montrer son emploi du temps à sa femme ou son mari. Sous le ciel d’une belle fin d’après-midi de Septembre, c’est la sacoche à la main que chacun s’en va vers son domicile. Il va falloir refaire les couvertures de ses livres, s’assurer que ses petits cons achètent bien des cahiers petits carreaux grand format parce que bordel, sinon ils prennent des feuilles volantes et ils les perdent comme des gros busard en disant « Vas-y Monsieur c’est pas ma faute ! ». Putain, je te leur collerai leur gueule contre leur table moi. Bon, bin voilà, l’année est partie.

Bonne rentrée à tous les petits & vieux cons.

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