Comme souvent après les élections, je suis grognon.

Non pas à cause des résultats des élections – c’est mon côté beau joueur et mon amour des chansons bavaroises – mais des réactions indignées et des commentaires constructifs de tout et tout le monde, avant de recommencer comme avant. Et puisque se répéter ne semble déranger personne, en sus du dernier article post-électoral, je propose  donc un petit complément que voici.

Comme d’habitude : on clique.

Europclick

Il faut croire que ça m’amuse : c’est probablement le plus inquiétant.

Et on s’indigne, bien sûr.

Cher éditorialiste politique,

Ce lundi matin, pour toi, c’est la grosse fête. Il faut dire que tu vas passer une bonne journée : tout le monde va vouloir lire ta chronique. Avoir ton opinion. La comparer avec celle du journal d’à côté. Bref, ce matin, tu vas être un larron drôlement important ! Puisque bon, il faut le reconnaître : tu ne fais pas un métier facile, tu es un peu le commentateur sportif de la politique. Quand il ne se passe rien sur le terrain, tout le monde se fout de ce que tu racontes, toi y compris, mais alors parbleu ! Quand ça remue, c’est ton heure de gloire ! Tu peux t"agiter, crier tel Eugène Saccomano, bondir en tous sens, tu as enfin de la matière, et tous ceux qui t’ignoraient jusqu’alors entendent clairement ce que tu dis, les yeux rivés sur l’action !

Et c’est dommage, parce que ce que tu vas dire n’aura probablement aucun intérêt.

Je publie ce post avec un peu d’avance sur toi, tu me pardonneras, juste pour te montrer à quel point tu es tristement prévisible et appuyer brièvement ce que j’ai dit ici-même la semaine dernière avec des petits dessins. Tu vas parler de l’abstention, ça oui ! On en parlait ici-même la semaine dernière. C’est bien, l’abstention. On peut se poser tout un tas de questions que l’on va résumer à "Le camp qui a perdu n’a pas su mobiliser son électorat". "Mobiliser l’électorat", ça fait bien, ça fait sérieux, ça fait même un petit peu technique. Et puis comme ça, ça permet aussi de répondre en une ligne à toutes les questions sur l’abstention sans trop y penser. Faire les questions et les réponses, c’est pratique (je le fais moi-même, je confirme). En même temps, que peux-tu faire d’autre ? Parce que contrairement au commentateur sportif, toi, les équipes sur le terrain se foutent un peu de ta gueule au sortir du match : certes, elles te disent peu ou prou que "l’important, c’est les trois points" , mais surtout, l’équipe qui a pris sa branlée t’explique très tranquillement que si elle a perdu, c’est qu’elle "n’a pas assez expliqué sa stratégie". C’était donc ça ! Et tu feras tous tes poncifs : tu parleras de "contexte national", de "déroute", de "montée du FN"… mais tout ça, je l’ai déjà dit. Toi aussi remarque, mais à ta différence, moi je ne suis pas payé pour faire du copier/coller. Mais histoire que ça ne se voit pas, tu qualifieras la situation "d’historique". Après tout, si c’est historique c’est que ça n’a jamais été fait avant. Et si ça n’a jamais été fait avant, comment t’accuser de te répéter ?

Tu es un malin, toi. On ne te la fait pas.

J'accuse !

L’éditorialiste politique tel qu’il se voit.

Mais, éditorialiste, ne t’inquiète pas ! Il va quand même y avoir de l’originalité dans ce que tu vas dire à la télé, dans les journaux et à la radio. Parce qu’on va te proposer ce qu’il y a de mieux : un remaniement ! Tu sais, ce truc qui n’a jamais répondu en rien à quoi que ce soit mais que tout le monde attend quand même. Bon, ça tu ne le diras pas, parce que le remaniement, c’est un sujet tellement bon qu’il ne faudrait pas s’en priver. Bref, tu vas pouvoir commenter une grosse partie de chaises musicales. Et comme tu es d’une folle originalité, éditorialiste, quand on te parlera de la nomination de Laurent Fabius, tu feras un laïus sur "l’expérience". Moi, à ta place, je ferais plus tôt laïus sur le fait que vouloir incarner le renouveau en nommant un type qui a déjà été premier ministre il y a trente ans, c’est quand même vaguement du foutage de gueule, mais toi, tu t’en fous : tu commentes sans trop te mouiller, même si tu prétends le contraire. Tu ne vas pas en plus souligner les absurdités, merde ! Tiens, et puis tu sais quoi ? Peut-être qu’ils vont aussi ramener l’amie Aubry ou l’amie Royal ? Ça aurait de la gueule, un gouvernement supposé endiguer la fameuse "montée du FN" dans lequel on rappelle des gens qui étaient déjà aux commandes, eux, il y a douze ans (comme le temps file, n’est-ce pas ?) et qui, justement, s’étaient pris une branlée "historique" lors d’une "poussée du FN".

Je ne sais pas toi éditorialiste politique, mais moi, quand je perds la guerre, j’évite de rappeler les généraux qui s’étaient mangés échec sur échec ou ceux qui commencent à sentir le raisin sec.

Alors évidemment, mon bon, tu me diras "Oui, mais si je parle pas de ça, je parle de quoi ?"

Hé bien tu sais quoi ? Après avoir prédit ton édito, je vais aussi te prédire ce qu’il va se passer cette semaine dans les mairies qui viennent de changer de main. C’est un joli spectacle : tu pourrais y assister simplement en prenant ton vélo et une heure de ton temps.

Tu sais quel est le service le plus débordé après un changement de camp au sein d’une mairie ? Celui des élections ? Celui des équipes juridiques ? Non : c’est le service informatique.

Entre celui qui a installé Angry Birds ou maté Youporn sur l’iPad du boulot et qui préférerait que ça ne se sache pas, et celui qui a vraiment besoin de faire disparaître tous ses mails sans exception, ça bosse dur. D’ailleurs, la nouvelle équipe s’étonnera en arrivant aux commandes d’avoir des ordinateurs si rapides : ils auront une installation toute propre, ça aussi je le prédis. Oui, je suis très fort. Certains auront même un disque dur neuf. C’est fou, n’est-ce pas ? Tu aimes ce genre de petits détails ? Je vais t’en filer un autre à commenter : regarde bien le site de ta région. Tu ne sais pas pourquoi ? Allons, réfléchis : toutes ces villes qui changent de mains, tous ces élus qui ne vont plus toucher une indemnité de maire ou d’adjoint, tous ces cabinets qui vont changer du jour au lendemain… ça en fait des gens sur le carreau ! Surtout qu’il y a un truc de vieux singe quand on est élu qui marche bien : prendre un prêt que l’on rembourse avec son indemnité. Tu sais pourquoi c’est malin ? Parce que quand on constitue des listes – ce moment critique auquel tu ne t’intéresses jamais, c’est dommage – les élus qui se représentent peuvent utiliser cet argument pour garder leur place : "Si vous ne me redonnez pas au moins la même position, c’est comme si vous preniez sa maison à ma famille !". Et quel candidat veut se mettre à dos un ancien colistier qui en plus, pourrait le faire passer pour un salaud auprès de ses petits camarades ?

Sauf que quand la mairie change de mains, que se passe-t-il à ton avis, mon bon ami ?

Parce qu’il est toujours là, le prêt. Et la maison. Et la voiture. Et le chien.

Hé bien il faut trouver du travail : les élus qui perdent ne se transforment pas en vapeur d’eau avant de réapparaître juste avant l’élection suivante (même si c’est ce que l’on pourrait croire de prime abord, j’en conviens), il faut qu’ils mangent et qu’ils paient. Oui mais ! Quand on est dans une ville qui est restée des années à gauche par exemple, dans un contexte de branlée générale, et que du coup on doit partir de son poste, que fait-on ? On trouve du travail ? Tu as vu le marché du travail ? Je suppose que oui, tu es supposé commenter les chiffres. Et puis pour quoi faire, d’abord ? Certains élus ont commencé en tant qu’attaché à un élu avant de le devenir eux-même, regarde leur CV. Quelles compétences ont-ils à proposer et à qui ? A leur parti ? Celui-ci touche du pognon en proportion de ses élus, donc en cas de branlée, au contraire, c’est régime Et puis où aller d’abord ? Si les perdants veulent se représenter pour récupérer leur place encore chaude la prochaine fois, ce n’est pas la mobilité qui les étouffe, tu y as pensé ? Il y aura bien une ou deux mairies du coin qui pourront recueillir une paire de naufragés en leur confiant des placards, mais les autres ?

Il faudrait qu’ils trouvent, au hasard, une collectivité, disons de la même sensibilité politique. Disons de préférence, qui n’a pas froid aux yeux parce que les règles électorales ont changé et qu’elle sait qu’elle a de bonnes chances de ne pas repasser. Et qui, du coup, aurait à la fois un budget, un va-tout à jouer et besoin de mecs pour l’aider à faire du réseau et de la campagne lors de ses prochaines échéances propres.

Vraiment, si j’étais toi éditorialiste politique, je regarderai les ouvertures de postes à paraître dans ma région prochainement. Histoire de voir si, mystérieusement, des élus battus y deviennent chargé de mission aux champignons. En tout cas, je prédis – encore ! – une mystérieuse vague de recrutement. Et tu sais quoi ? Je pourrais même presque mettre le nom des futurs recrutés dans une enveloppe cachetée, tiens. Mais bon, chacun sait que je suis de mauvaise foi : ça n’arrivera sûrement pas, pas vrai ?

L'éditorialiste politique tel qu'il est.

L’éditorialiste politique tel qu’il est.

Mais je peux me tromper, hein, je suis mauvaise langue. Probablement que tous ces gens qui ont milité pour la relance, le redressement économique et la création d’emploi vont tous mouiller leur chemise, créer une entreprise et recruter des jeunes et des seniors avec le "pacte de responsabilité". C’était dans leur profession de foi, les "valeurs", relis-les et pose leur la question, je serais curieux. On fait bien un "Que sont-ils devenus ?" pour les candidats de télé-réalité, pourquoi pas les élus ? Ça serait intéressant. Et ça pourrait même soulever un lièvre ou deux.

En tout cas, moi je sais deux choses :

Que si tu étais un journaliste politique et que tu voulais un scoop, tu irais dans les mairies qui changent de main en caméra cachée en te faisant passer pour quelqu’un "Qui au nom de l’autre candidat, vient vérifier les numéros de série des disques durs et ordinateurs" ou quelque chose dans le genre. Si tu veux voir des gens courir très vite en faisant de petits bruits de pets liquides, fais-toi plaisir, tu as moins d’une semaine pour le faire. Le vrai spectacle en ce moment est en coulisses.

Mais je sais qu’à la place, tu vas rester à ton bureau à parler d’abstention, de FN, de contexte national et bien évidemment, de remaniement en disant que holala attention, maintenant les Français attendent !

Bref, je sais que tu voudrais être Jaurès ou Zola.

Mais qu’hélas, tu ne seras que Nabilla.

Hier soir en France, c’était soirée électorale.

Pour celles et ceux qui auraient loupé ce merveilleux moment et seraient bien embêtés, pas de panique : votre serviteur a prévu le coup et vous propose une crypto-spoil graphique résumant 97% de ce qui a été dit, ainsi que, grâce à mes grands pouvoirs d’ancien des cabinets politiques (rappelons que pour une somme tout à fait respectable, ami élu, je rôde dans votre ombre et souffle mon haleine parfum cigare à votre oreille), ce qui sera dit lors des prochaines soirées électorales.

Aperçu

Cliquez donc sur l’image, mes bons !

On se retrouve donc dans cinq ans pour voir si l’on donne tort à l’Odieux Connard que je suis.

La période des élections municipales française est là, et avec elle, l’actualité traîne le pied.

Heureusement, et parce que sur ce blog, on aime pas laisser les gens sans de quoi se distraire un peu, vous trouverez ci-dessous une copie du "Guide du petit cumulard illustré", qui vous permettra de reconnaître, dans le discours de vos édiles, des techniques édifiantes de simplicité pour justifier l’injustifiable.

Nul doute que vous pourrez vous en servir pour faire un véritable bingo auprès de vos candidats préférés.

A vous de jouer !

Cumulard1

Cumulard2

Cumulard3

Cumulard4

Cumulard5

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Cumulard7

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Cumulard9

Cumulard10

Bon allez, je pars en réimpression.

Il est, je le crains, temps d’annoncer la terrible nouvelle : ce blog serait sexiste.

Rougissez malandrins, blanchissez gourgandines, car la honte et la peur devraient à cet instant gagner votre petit coeur, vous rappelant votre écart du droit chemin vers l’égalité des individus. Enfin, je vous dis ça : c’est ce que j’ai lu, hein. Car il paraîtrait, au vu des derniers articles sur ce blog se moquant d’une analyse prouvant que le Roi Lion était une oeuvre machisto-fasciste ou accusant les FEMEN de ne pas toujours agir avec sagesse, que par conséquent il s’agirait ici de l’antre puante du patriarcat.

Bon, remarquez, j’aurais compris si les accusateurs avaient évoqué les diverses références au GHB, dissimulation de jeunes filles dans les coffres ou les sous-bois voire le fait que je me serve d’une collaboratrice comme table basse, mais cela n’a curieusement jamais été avancé. Un phénomène assez mystérieux. Et… raah, arrêtez de trembler Ludivine, ça m’empêche d’écrire correctement !

Toujours est-il qu’en cette période où l’Assemblée Nationale française a voté la proposition d’Osez le féminisme, sur le scrutin binominal aux élections cantonales, à savoir qu’au lieu d’un élu à un poste, vous aurez deux élus, un homme et une femme, pour s’assurer de lutter contre le sexisme, il convient de développer céans une notion essentielle trop peu connue :

Henri Désiré Landru à son procès, découvrant qu’on ne lui reproche pas tant les meurtres que d’avoir regardé Aladdin

L’agnoslipisme

Là où les religions peuvent se déchirer entre christianisme, islamisme, judaïsme et Nicolas Cagisme, il existe d’autres voies : l’athéisme, bien sûr, mais aussi l’agnosticisme ainsi que l’apathéisme. L’agnosticisme étant l’incapacité à déterminer l’existence de Dieu, et l’apathéisme de s’en moquer éperdument. Il en va donc de même avec le sexe : machisme, masculinisme, féminisme voire priapisme voient aussi d’autres voies de dessiner de manière proche. Ainsi, pour des raisons de simplicité, nous mélangerons l’agnosticisme et l’apathéisme en un seul concept, à savoir l’agnoslipisme : l’art de ne pas aller voir ce qu’il y a dans le slip de son prochain et de ne pas en tenir compte en dehors des situations impliquant des échanges de fluides. Bon, et puis "agnoslip", ça sonne quand même mieux que "apaslip", qui ressemble plus au cri désespéré d’un député conservateur sur une plage nudiste.

Passons.

Définition

L’agnoslipisme est donc la capacité à ne pas prêter attention au sexe d’autrui en dehors des tentatives d’accouplement, la chose pouvant alors avoir une certaine importance. L’agnoslipisme n’existe bien évidemment pas dans le hentai, où, de toute manière, tout le monde n’a que des tentacules, alors on est plus à ça près. Mais tout de même ! L’agnoslip, terme désigné pour employer un suivant de la doctrine agnoslipe, est souvent l’ennemi des quotas, puisqu’il ne comprend pas trop en quoi le contenu d’un slip peut être essentiel dans une prise de décision n’ayant objectivement strictement rien à voir. De la même manière, l’agnoslip n’écrit pas agnoslip-e-s ou agnoslipE (oui, j’ai découvert que maintenant, la mode était de rajouter un E majuscule à la fin de tous les mots pour ne pas paraître sexiste) quand il écrit quelque part, puisqu’il se fiche éperdument de connaître le sexe de la personne qu’il désigne et accessoirement, qu’il respecte la langue française, qui est un féminin, ce qui n’est pas une raison pour la violer dans des tournantes de barbarismes.

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Paris XVIIe, 1er mars 2013, locaux de la brigade des moeurs.

"Interrogatoire de Mme la Langue Française, qui vient déposer plainte pour les pratiques dégradantes qu’elle aurait subies. On vous écoute, racontez-nous ce qu’il s’est passé.
- Ils… ils étaient nombreux ! Si nombreux ! 
- Où est-ce que cela est arrivé ?
- Je ne sais plus, tout est allé si vite… parfois, ils me font du mal sur des Skyblogs… parfois sur des pétitions. Et dans des statuts Facebook, ho, si vous saviez !
- Est-ce que vous pouvez nous décrire ce qu’ils vous ont fait ?
- C’est encore difficile… 
- Indiquez-moi sur ce Bescherelle où ils vous ont touché. 
- Ici…
- Là, sur les terminaisons ? C’est immonde !
- Ils… ils y mettaient des tirets, parfois des -e placés aléatoirement… et ces majuscules, Seigneur ! Je préfère ne pas vous parler de l’emploi du pluriel.
- Je crois que… que j’ai moi aussi besoin de prendre un peu l’air soudainement… c’est si abominable…"

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Histoire

L’agnoslipisme serait né au IVe siècle avant notre ère à Athènes, lorsqu’Aspasie fille de Xénophon se rendit sur l’agora en compagnie d’Eschyle, son mari. Ils étaient venus trouver Platon qui, comme à son habitude, était en train de gaver un groupe de jeunes gens à l’aide de diverses platitudes d’où lui venait son nom, puisqu’en réalité il s’appelait Gérard Roubieux. Aspasie demanda donc à Platon : "Platon, vois donc l’Olympe : chaque Dieu y a sa compagne, formant une extraordinaire parité ! Pourquoi est-ce que nous autres, les Grecs, ne nous inspirons-nous pas de nos dieux pour faire de notre forum un endroit où pour chaque voix d’homme s’exprimerait aussi une voix de femme ?". Le vieil homme se leva et prenant un bâton, il dessina du bout de celui-ci dans la terre humide un étrange schéma. "Vois cette grotte, Aspasie", lui dit-il "Imagine que s’y trouvent des hommes et des femmes enchaînés, dos à la lumière du jour, qui ne voient du monde extérieur que des ombres se reflétant sur les parois, alors qu’eux-même sont tant et si bien plongés dans l’obscurité qu’ils ne peuvent voir leur propre corps. Maintenant, imagine qu’un débat éclate entre ces personnes pour savoir si l’ombre qu’ils voient sur le mur ressemble plutôt à un hippopotame ou à un éléphant : crois-tu vraiment que leur sexe à quelque chose avec le débat ?"

Aspasie, troublée par la sagesse du vieil homme, répondit "Bien sûr que oui, car potentiellement, cela peut aider un mec à faire une trompe en ombre chinoise." Après avoir copieusement pété la gueule à Aspasie, Eschyle et Platon la balancèrent dans la mer Egée lestée d’une dalle en marbre. Puis, ils firent jouer la garantie auprès de Xénophon, mais là n’est pas la question.

Rappelons que Platon était tellement lourd que même les pirates qui le capturèrent un jour voulurent s’en délester au plus vite. Des gens de bon sens.

Mais le mal était fait : Platon avait inventé le concept d’agnoslipisme, alors agnotogisme pour d’évidentes raisons, en invoquant le fait que l’entrejambe de son prochain n’avait pas à être prise en compte dans un débat d’idée. Il invoquait du même coup l’allégorie de la caverne, faisant ainsi la joie de quantité de copies de bac et la terreur d’autant de correcteurs.

Le comportement agnoslipe : une dangereuse dérive

Dans l’antiquité, l’agnoslipisme était relativement accepté, comme le prouve le commencement de la religion chrétienne, alors que l’on se contentait d’accepter que Dieu et les anges n’avaient pas de sexe, et que c’était très bien ainsi d’un point de vue tant religieux qu’hygiénique, même si cela donnait une image relativement chiante du Paradis comparé à d’autres religions où l’on parle de copulations à n’en plus finir plutôt que de gratter des tac-o-tac avec Saint Pierre pour gagner deux places pour le prochain concert de luth.

Mais l’Eglise finit par dériver, et commença à introduire le sexe (chut, on se concentre) dans sa doctrine (vous n’êtes pas concentrés, retirez-immédiatement ces calembours de vos esprits malades) : savoir qui a le droit de copuler avec qui, pourquoi et quand, ou tout simplement interdire la prêtrise aux femmes pour qu’il y ait au moins une robe qu’elle ne puisse pas insister pour acheter (et puis cela permettait de caser le célèbre "Passe ton âme d’abord" dans les conversations, permettant ainsi d’égayer les jours tristes d’un âge obscur où le principal loisir de la population était de construire des maisons en bouse avant la prochaine invasion des anglois).

Evidemment, si le temps a fini par effriter la foi d’une bonne partie de la population, plus guère convaincue par le fait que Dieu envoyait sa foudre sur quiconque couchait sans vouloir forcément se reproduire à la vue de Silvio Berlusconi toujours pas transformé en paratonnerre, cette volonté de voir le monde par le prisme du sexe n’a pour autant pas disparu.

Ainsi, dans une même phrase, des gens peuvent ouvertement s’insurger du fait que l’Eglise fasse des discours sur le sexe, mais applaudit des deux mains lorsque l’assemblée nationale légifère de manière contraignante sur celui-ci pour interdire à telle ou telle personne de se présenter ici ou là parce qu’elle n’est pas née avec le bon chromosome. Comme quoi, c’est rigolo l’indignation.

L’agnoslip, lui, a une doctrine simple : "le contenu de mon slip ne regarde que moi et les personnes consentantes qui iraient bien regarder", voir éventuellement les chèvres dans certains domaines militaires, mais nous entrons la dans des cas particuliers qu’il ne convient pas de traiter aujourd’hui.

Lorsque ceci est au coeur de votre politique électorale, il ne faut pas s’étonner que le reste ne vole guère plus haut

L’agnoslip est donc généralement opposé à toute politique de quota de sexe qui, par définition, est sexiste.

Exemple : "Au nom de la lutte contre le sexisme, permettez-moi de faire entrer votre culotte dans mes critères de recrutement : alors dites-moi, qu’y a-t-il dedans ?"

Ainsi, par exemple, là où certains se félicitent d’une avancée sur l’égalité, n’oublions pas que si, par exemple, un transexuel voulait se présenter à une élection, cela donnerait trois semaines de débats journalistiques pour savoir si, médicalement et administrativement, cette personne a le droit de s’exprimer à l’assemblée. Et ce en se basant une uniquement sur un critère n’ayant strictement rien à voir avec la choucroute. Magique n’est-ce pas ? Je trouve aussi. Je pense que la balance commerciale déficitaire du pays est essentiellement due aux imports massifs de schnouf pour alimenter tous ces nez bien inspirés (hohoho).

D’ailleurs, en cas de candidature de Vincent McDoom ou Christine Bravo, nous serions bien emmerdés de savoir dans quel quota les caser. Et j’ignore si notre budget serait suffisant pour motiver des experts à se pencher sur la question, mais passons.

L’agnoslipe français est donc très malheureux, puisque son pays est le seul à avoir ces curieuses pratiques visant à s’occuper de ce qui ne le regarde en rien pour tenter d’établir un principe d’égalité mathématique plutôt que celui d’égalité de droit (généralement d’ailleurs, vous noterez que les militants pro-quotas sont les premiers à s’opposer à "la politique du chiffre", ce qui est assez formidable). Et maintenant, il va pouvoir se retrouver à élire deux personnes à un poste, car les combattants du sexisme expliquent qu’ils refusent d’être représentés par un élu qui ne soit pas de leur sexe.

Je vous la refais autrement : "Non mais je ne suis pas raciste, mais au nom de l’égalité, je refuse d’être représenté par un noir."

De la même manière, j’espère qu’Osez le féminisme applaudit des deux mains cette proposition issue de ses rangs, qui interdit désormais à toute femme de se présenter sans un homme. On attend avec impatience le moment où quelqu’un va réaliser qu’une seule personne pour un seul poste, c’est drôlement plus pratique pour prendre des décisions sur un dossier, ou que deux femmes vont vouloir se présenter ensemble, et qu’au nom du féminisme, on leur interdira.

Il est donc intéressant de voir, qu’à l’heure du mariage pour tous, l’homosexualité binominale vient d’être interdite.

Ouf : heureusement que les partisans de la tolérance étaient là.

F.A.Q

Mais alors… les agnoslipes se moquent du sexisme ? Hein ? Bande de petits bâtards !

Non : l’agnoslipe ne se base que sur une règle simple :  y a-t-il une barrière à l’entrée d’une assemblée ou d’un groupe quelconque pour un sexe ? Si oui, il n’y a pas égalité de droit, l’agnoslipe s’insurge. Sinon, il se moque de savoir si un sexe est majoritaire et il s’occupe plutôt de trucs importants, comme par exemple, où se trouve la soirée barbecue la plus proche pour emmener ses interlocuteurs grognons lécher la grille en pleine cuisson.

Je porte des boxers, des strings voire parfois rien du tout, car j’aime sentir le vent fouetter mes cuisses quand je traverse Paris à vélo poursuivi par la police municipale, suis-je agnoslipe quand même ?

Vous êtes exhibitionniste, c’est un autre sujet. Ou ancien président de la République, mais là, c’est plus grave : vous vous rendez compte que vous avez géré un pays sans un binome paritaire ? Comment avez-vous fait ?

Comment puis-je savoir que je suis agnoslipe ?

Quand vous écoutez quelqu’un parler à la radio, est-ce que vous écoutez ce qu’il dit ou foncez-vous cherchez son carnet médical ? Si c’est la première solution, vous êtes agnoslipe. Si c’est la seconde vous êtes probablement un dangereux psychopathe.

Attendez, vous voudriez dire que… vous ne seriez pas un affreux machiste ?

Allons, allons ! C’est très personnel comme question, je ne peux me permettre d’y répondre. Surtout que là, déjà, je suis relativement peu concentré, j’ai un autre problème à traiter :

Ludivine, je vous ai prévenue : arrêtez de trembler ou je vous permute avec Cynthia pour me servir de tabouret.

J’ai, depuis quelques temps, la joie d’observer autour de moi de plus en plus de supporters du mouvement Anonymous.

Anonymes comme leur nom l’indique, masqués et indignés (comme à peu près 97% des gens pour un oui ou pour un non en ce moment), ces derniers n’hésitent pas à se constituer en force libre de l’internet, allant et venant de site en site dans leurs frêles esquifs numériques, attaquant le puissant, volant le riche et débusquant le criminel pour faire régner un ordre plus juste sur les mers agitées de l’internet. Brigands extraordinaires, de ceux qui suscitent l’admiration des masses de par leur capacité à faire les coups les plus audacieux avec panache tels Arsène Lupin, Robin Hood ou Patrick Balkany, ils disparaissent dans les limbes de l’internet après leur forfait sans demander leur reste, laissant garçons et filles rêver un jour de les rejoindre pour, à leur tour, lutter contre l’oppression 2.0  à grands coups de clics dans la gueule.

Pas de nom, pas de visage : à l’image du sous-commandant Marcos, la pipe en moins (c’est bien dommage, car comme le disait ma bonne amie Carla "La pipe, ça vous pose son homme"), ils n’agissent pas pour se mettre en avant, mais bien uniquement pour faire avancer la cause "hacktiviste". En voilà, un noble combat mes amis !

Pourtant, allez savoir pourquoi : ce mouvement ressemble curieusement à un vaste foutage de gueule.

Lecteurs, lectrices, je sais que vous êtes nombreuses et nombreux à soutenir la cause de ces valeureux combattants du net ; peut-être même, allez savoir, que certains d’entre vous ont la joie d’en faire partie, et n’hésitent pas à participer à quelques audacieux piratages visant à freiner les tentatives du Grand Capital de contrôler internet pour y freiner le partage de la culture, comme l’expliquaient, il y a peu, divers créateurs de web-vidéos réunis pour s’insurger contre ACTA, un projet de loi tout pourri pour internet (comme quantité de projets de loi sur le sujet, ce qui est assez mystérieux, à croire que c’est au concours de la loi qui ressemblera le plus à une copie de droit de Jean Sarkozy). Mais pourtant, il n’en demeure pas moins qu’il y a un truc à peu près aussi cohérent qu’un scénario de Luc Besson là-dessous

"Zyva bâtard, on défend la liberté d'expression, et si t'es pas d'accord, on va te bouillave ta gueule"

Ainsi, si un groupe de types se réunit, en Hongrie par exemple, pour faire justice soi-même, on appelle ça "une milice" et on parle de "grave dérive". Si aux Etats-Unis, des types décident de patrouiller dans leur quartier pour "faire régner leurs droits", on parle là encore de "milice" et de "grave dérive" (on peut aussi utiliser d’autres éléments de langage du genre "bruit des bottes", "heures les plus sombres de notre histoire", etc). Maintenant, si un groupe de types patrouille sur internet en décidant de faire la justice soi-même, on parle d'"hacktivistes" et de "combattants de la liberté". Parce que sur internet, ça va, y a pas mort d’homme, merde, c’est normal tout ça, vous savez. Et puis les pirates, d’abord, ce sont tous des gens gentils. Depuis quand il faudrait essayer de jouer dans les règles et de respecter les droits de tout le monde ? Hein ? C’est pour les faibles, ça !

Pirater, c’est plus cool ! Et puis tiens, on va porter des masques sortis de V comme Vendetta (même si on jurera que c’est pour l’origine historique dudit masque), parce que c’est justement un film cool de rebelle cool avec Natalie Portman cool. Il y a 10 ans, Anonymous aurait sûrement utilisé des savonnettes comme masques, parce que la vraie rébellion était incarnée par Fight Club. Mais pour le coup, avoir des manifestations sponsorisées par Monsavon, c’eut été un peu plus compliqué pour niquer le système.

Alors, on me dira "Non mais ho, c’est quoi ces préjugés de merde ? Anonymous ils luttent contre les méchants ! Ils ont même dénoncé des pédophiles !"

Ah, mais ouais : les pédophiles, comme ça touche les enfants, c’est le boulot des bons citoyens de s’en occuper, surtout pas des forces de l’ordre malheureux ! D’ailleurs, si on a inventé les procédures de police, c’est juste pour emmerder le bon peuple. Du coup, Anonymous a eu l’idée géniale de s’attaquer à un réseau informatique de pédophiles et de balancer tous les identifiants, histoire de :

  1.  Les livrer à la vindicte populaire, parce qu’ils ne méritaient pas mieux façon "Moi, je suis contre la peine de mort, à part pour les violeurs et les pédophiles"
  2. Faire que tout flic occupé à surveiller le réseau pour attraper ce beau monde à ce moment là a eu la joie de se voir fiché comme pédophile
  3. Faire que tout pédophile qui traînait dans le coin a eu l’opportunité de voir qu’il était repéré par des amateurs, et a donc pu se barrer et prendre les mesures qui s’imposaient

Et donc, de faire échouer à peu près toute tentative de faire un truc efficace. Les bougres s’en sont donc non seulement vantés, mais en plus, ont été applaudis pour ça par leurs supporters.

"Bravo les gars, ce que vous venez de faire, ça revenait à peu près à repérer une réunion de criminels dans une grange et à rentrer dedans en tirant en l’air pour disperser tout le monde. Encore une mission réussie."

Idem, l’une des actions phares de nos amis d’Anonymous fut une bataille rangée contre les scientologues, suite à une sombre histoire de retrait d’internet d’une vidéo de Tom Cruise (alors que moi, je suis prêt à payer pour que l’on fasse pareil avec ses films), sur laquelle les scientologues avaient les droits, et qui avait été publiée sans leur autorisation (ils demandaient donc son retrait des sites l’ayant publié). Du coup, la guerre a été déclarée, et les Anonymous n’ont pas hésite à s’opposer aux scientologues en faisant par exemple planter leurs sites. A l’occasion, ils firent aussi le coup contre le Vatican, parce que là encore, ils n’étaient pas d’accord avec eux. Ah, les enfoirés !

Planter les sites d’autrui au nom du "combat contre la censure" et la "liberté d’expression", c’est vraiment beau. Chapeau, les Anonymous (et pourtant, je n’ai pas vraiment d’amitié pour les scientologues).

Avant V comme Vendetta, on était Anonymous avec d'autres films cultes

Evidemment, l’une des techniques de défense du groupe consiste à dire "C’est pas nous, c’est des gens qui se revendiquent de nous", ce qui est très pratique lorsque l’on est pas structuré. Parfois, un Anonymous ajoute "C’est un mec de chez nous qui a joué les loups solitaires", mais on lui tape derrière la tête très vite en faisant les gros yeux parce que merde, si on distribue des techniques de piratage aux gens et après qu’ils s’en servent, c’est pas notre faute. Cela permet aussi de faire des revendications à géométrie variable, afin de s’assurer le soutien constant du public.

Par exemple, l’an dernier Anonymous s’en est supposément pris au Playstation Network. Ce qui a donné la stratégie de communication suivante :

"PSN : Ho non ! On a planté ! Et quelqu’un a eu accès aux informations privées des joueurs !
Anonymous : Hahaha, ça vous apprendre à récupérer des données utilisateurs sans autorisation ! Pour la peine, nous avons volé les données de vos utilisateurs sans autorisation !
PSN : Heu… attendez, mais c’est con ? 
Anonymous : Oui bon, on a fait pareil que vous mais en pire puisque personne ne peut savoir ce qu’on fait de ce qu’on a récupéré, sauf que nous, on l’a fait parce que… heu… on est gentils ?
PSN : Okay. Bon, le public, c’est Anonymous qui a tout planté le système.
Le public : BOUUUUUUUUUH ! Nos jeux ! BOUUUUUH Anonymous !
Anonymous : Ho merde, on va être impopulaires ! Ho ho ho, non mais en fait, on va dire que c’est pas nous, qu’on a rien à voir avec tout ça, parce qu’on a pas d’organisation et que ça doit être quelqu’un utilisant notre nom. Voilà. Allez, reprenons et répétez après nous : nous sommes les gentils."

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Et quelques mois plus tard…

"PSN : Bon, on a trouvé un des piratins qui nous a attaqué, on va lui faire un procès. 
Anonymous : BOUUUUUUUUH !
PSN : Je croyais que vous n’aviez rien à voir avec ça ? Vous n’auriez pas dit ça JUSTE pour continuer d’avoir la sympathie du public alors que vous avez fait n’importe quoi, par hasard ?
Anonymous : PAS DU TOUT ! Pour la peine, et au nom de la liberté d’expression et au nom du refus de la censure, on va planter vos sites. Ca vous apprendra à ne pas être d’accord avec nous."

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Et malgré tout, ces milliers de gens de par le monde continuent de mettre un beau masque de Guy Fawkes persuadés qu’il s’agit là du symbole de la liberté libre et pure, quand bien même c’est en fait un peu l’opposé de ce principe. C’est beau.

Evidemment, on me rétorquera qu’Anonymous n’a pas hésité à se mobiliser à plusieurs reprises pour lutter contre des choses aussi vilaines qu’Hadopi ou la fermeture de Mégaupload au nom du partage de la culture (piratage de moult sites, dont l’Elysée), en participant à la mise en place d’une vaste mobilisation contre ces scandales honteux. Ce qui reste d’ailleurs l’un des grands mystères d’internet : si un projet de loi pourri est proposé pour limiter le téléchargement illégal, on se dresse et on s’insurge au nom de la libre circulation de la culture, par contre, quand il s’agit de la libre circulation des gens ou des richesses, on s’en branle un peu. On s’insurge contre ce qu’on peut, merde.

Héroïque, comme dans "J'ai cliqué sur un lien sur Twitter, tremble monde libre"

Alors, vraiment, si vous aussi, vous aimez le principe d’empêcher l’expression de ceux qui ne sont pas d’accord avec vous et de censurer les censeurs car la loi du talion a toujours été une réponse de qualité, et si en sus, vous pensez que c’est aux citoyens de faire la justice en tant que juge et partie, alors je vous en prie, n’hésitez pas à vous sentir fiers et rebelles comme une lycéenne avec Che Guevara sur son sac parce que c’est "la révolution" en affichant votre soutien aux Anonymous et leurs doctrines de qualité. Surtout que c’est grave à la mode.

Sinon, pour les autres, vous pouvez m’aider à participer à mon grand projet "Passons pour les sauveurs du monde à peu de frais", en demandant à HBO de distribuer la prochaine saison de Game of Thrones uniquement sur des galettes de riz qui seront balancées dans les zones de grande famine.

Allez savoir pourquoi, mais je parie que soudainement, les Anonymous sentiront le vent de la justice gonfler leurs voiles, et qu’ils mobiliseront tout le net s’il le faut pour que l’on nourrisse ces pauvres jusqu’à ce qu’enfin, ils arrêtent de manger les galettes gravées pour qu’elles puissent être récupérées et lues en paix.

Ah, le combat pour la justice et la liberté. C’est simple comme la défense de ses petits intérêts, en fait.

Il pleut.

Une de ces pluies froides d’hiver qui glace jusqu’au travers des vêtements, chutant en une titanesque constellation de gouttes molles depuis un ciel d’un gris invariable ; de l’aube au crépuscule, jamais le soleil n’est paru. Le temps s’écoule différemment lorsque qu’il n’y a aucun disque lumineux pour parcourir l’azur ; il semble comme suspendu, patientant jusqu’à la délivrance du crépuscule, promesse d’un lendemain que chacun espère meilleur.

Sous le porche d’un magasin proposant divers produits supposés eux aussi suspendre le temps cette fois sur le derme de la gent féminine,vous regardez votre montre pour la dixième fois en deux minutes. Oui, vos amis sont en retard, comme toujours. Lorsqu’ils donnent un rendez-vous, on pourrait légitimement supposer qu’ils ont choisi une heure qui leur convenait, mais il n’en est rien. Un signe de ponctualité chez eux serait une trahison de tout ce qu’ils sont depuis bien des années. Leur manque de respect pour Chronos et son domaine mériterait presque de figurer sur leur passeport à la rubrique "signes distinctifs", mais l’administration  – elle aussi très douée en matière de gestion du temps – s’y refuse obstinément depuis des années, malgré vos courriers répétés.

Fiche 1 : en arrivant à l'heure, par exemple

Et puis, finalement, au travers du rideau aqueux, vous les avez aperçus se dirigeant à grands pas vers vous, regroupés sous quelques parapluies peinant à conserver leur forme sous le vent. Quelques saluts, une bise ici, une virile poignée de main là… les formalités peuvent commencer : ça va ? Oui et toi ? Bin oui, oui. Quoi de neuf ? Rien et toi ? Rien. Ha (en effet, il semblerait qu’il n’arrive rien aux gens. Jamais. Mais ils aiment quand même le demander, des fois que.). Et sinon, on mange où ?

Les avis s’échangent, certains veulent ceci, d’autres cela, d’autres votent contre telle ou telle idée parce qu’ils en ont mangé cette semaine… et puis il y a ceux qui font les flans, qui n’ont pas d’avis ; on a beau leur demander "Non, non, choisissez" répondent ils en agitant la main d’un vigoureux signe de désistement. Et les autres choisissent, innocemment ; une fois leur choix arrêté et le restaurant choisi, celui qui avait laissé les autres décider de la destination attend d’être assis et d’avoir commandé pour se plaindre : c’est pas super ici. Et puis le service et pas top. Puis la déco, j’aime pas trop trop. En plus j’étais venu une fois, et la se…

J’étais là. Je me suis levé, j’ai pris ma chaise et je lui ai abattu sur la gueule. Une fois. Deux fois. Trois fois. Je ne compte plus les coups répétés avec ce fabuleux assemblage de menuiserie qui me permet de transformer la tête de l’importun en une sorte de pulpe mêlée d’os fragmentés dont plus aucun son ne sort, si ce n’est celui que produit la rencontre entre le bois de pin de mon siège et la sorte de masse glaireuse qui se dresse là où était autrefois son visage.

Une fois cela fait, je me rassois sur mon écarlate assise avec la satisfaction du devoir accompli et fait remarquer que tout de même, il est vrai que le service est relativement lent ici.

Attention à bien choisir votre chaise : ici, les pieds sont trop fins pour une bonne prise en main.

Oui, en toute circonstance, les abstentionnistes me font chier.

Non pas rapport à une quelconque leçon sur qui s’est battu pour quoi, ou quelle importance a ceci ou cela : je n’ai pas une tête à enseigner l’Histoire ou l’éducation civique de toute manière.

C’est juste que, comme le savent les lecteurs de ce blog, j’aime ce qui est cohérent est ordonné d’où mon goût pour le IIIe Reich. Aussi, lorsque l’on demande à quelqu’un de s’exprimer et qu’il refuse de le faire et préfère laisser les autres choisir, il ne faut pas derrière qu’il se plaigne des décisions d’autrui. Comme le disait Pline le Jeune en constatant une forte abstention sur le forum un jour de Jeux "Qui ne se prononce pas ferme sa gueule".

Alors évidemment, c’est ici que certains me diront "Ha oui ? Et si aucun choix ne me convient, hein, dis, gros malin ?". Je leur répondrai que je n’aime pas trop qu’on me tutoie comme ça, au pied levé, et qu’accessoirement, dans ce cas il faut le dire. C’est pour ça qu’on a inventé le vote blanc. Certes, il n’est pas comptabilisé (ce serait bien qu’il le soit, mais c’est un autre débat qui avait déjà eu lieu il y a quelques temps dans les commentaires, et qui reprendra sûrement dans ceux de cet article), mais il est tout de même plus utile sur deux points :

  • Vous vous êtes exprimés pour dire qu’il n’y avait que des choix de merde. Vous pourrez donc par la suite librement dire "Vous avez choisi de la merde" sans risquer de vous prendre quelque objet contondant sur l’arête nasale.
  • Vous pouvez mettre ce que vous voulez dans l’enveloppe : un petit mot gentil, la couverture d’un livre des frères Bogdanoff, un doigt de la femme du dépouilleur (il faut alors bien calculer son coup)… en plus, ça vous fera quelque chose à raconter quand on vous dira "Quoi de neuf", la prochaine fois. Attention cependant à ne pas glisser de cartes Pokémons, la carte Rondoudou (numéro 39) peut ainsi être considérée comme une voix pour certains candidats dans quelques cas.

Je sais qu'il est tentant, mais prudence.

Pour rappel, voter ne prend qu’entre 5 et 10 minutes, soit approximativement :

  • une vidéo pas drôle sur youtube
  • une douche
  • un gros caca
  • un passage à la machine à café
  • la préparation complète d’un pain d’épice perdu
  • l’écriture d’un scenario (source : Luc Besson)
  • la lecture de cet article

Bref, puisqu’il n’est pas ici question des personnes qui comptent aller voter (pour ou contre quelqu’un, c’est vous qui voyez), je résume : si vous avez envie de vous plaindre, soyez un peu cohérent : plaignez vous aussi quand on vous le demande.

Pour ma part, c’est une photo dédicacée de Jean Roucas que je glisserai dans l’enveloppe. Autant vous dire que j’assisterai au dépouillement.

Bon week-end les enfants.

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