Durand tira sur sa pipe en sourcillant, le regard braqué vers le parking de l’hôtel de bureaux situé juste en-dessous de la salle de réunion.

Derrière lui, les bavardages allaient bon train, alors que divers cadres en tailleurs et costumes installaient leur matériel sur la vaste table centrale de l’endroit ; blocs-notes, feuilles fraîchement imprimées couvertes de statistiques et tablettes tachées de grasses empreintes digitales apparaissaient au fur et à mesure que chacun ouvrait sa serviette pour en sortir ses outils personnels. A proximité de l’écran blanc qui s’affichait sur toute la largeur d’un mur de la salle, Moreau grognait comme à son habitude alors que le vidéoprojecteur situé face à lui refusait de se connecter à son ordinateur, envoyant sur son costume une curieuse lumière bleue.

"Durand, qu’est-ce que vous foutez ? Eteignez-moi cette pipe et venez vous asseoir mon vieux."

Tapotant sur son embonpoint prononcé, ledit Durand se tourna vers Monsieur Alain, son supérieur, tout en désignant du bout de sa pipe la fenêtre qu’il venait de quitter.

"Il y a des gens curieux sur le parking. Ils sont en train de décharger une camionnette bourrée de bois, ils ont dû piller le magasin de bricolage du coin.
- On s’en moque Durand, je viens de vous dire d’éteindre cette pipe, vous savez très bien que c’est interdit ; asseyez-vous, nous allons commencer."

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Suivant les instructions de son responsable, le vieux cadre s’exécuta avant d’aller trouver une place dans la chaise située juste à la gauche de Mademoiselle Kavinsky, l’assistante de Monsieur Alain. Au bout de la table, Moreau continuait de pester contre le vidéoprojecteur qui refusait de détecter quoi que ce soit, vérifiant plusieurs fois chaque prise en espérant trouver la faille à la source de tous ses ennuis, jusqu’à ce que lassé par ces péripéties techniques, ainsi que par le curieux son de marteau que l’on entendait à l’extérieur, le dénommé Alain ouvre les hostilités.

"Bien, on va commencer sans le Powerpoint ; nous parlerons des résultats du premier semestre tout à l’heure quand nous aurons les graphiques. En attendant, comme vous le savez, nous devons ce matin effectuer un petit "brainstorming" concernant les jeux de cartes à collectionner afin de maximiser nos ventes l’an prochain. Toutes les idées seront envoyées au bureau central, qui prendra ensuite sa décision ; la filiale qui aura produit la meilleure idée verra tous ses employés récompensés par une prime de fin d’année plus garnie que d’ordinaire, alors à vos méninges."

Tous les sourcils de la salle se froncèrent, alors que chacun tentait de mimer la réflexion la plus profonde.

"On pourrait proposer des présentoirs cartonnés plus importants, histoire que les enfants ne puissent pas rater nos produits ?
- C’est une idée, mais un peu classique David, je le crains. Mademoiselle Kavinsky, notez-la tout de même."

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Les méninges continuèrent de tourner après cette intervention, le silence de la salle seulement troublé par celui de la scie que l’on pouvait entendre gémir de l’autre côté des fenêtres de l’endroit.

"On devrait multiplier les publicités sur internet ; on est peu sur ce média, alors qu’il est tout de même assez porteur.
- Hmmm oui et… raaah, mais qu’est-ce que c’est que ce bordel dehors enfin ?"

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Monsieur Alain se leva brusquement, dans une attitude qui semblait signifier que si aucune idée géniale n’était encore parue, c’était bien la faute de ces bruits parasites audibles à l’extérieur ; à cet instant précis, c’était celui d’une poulie couinante qui provoquait son courroux. Un curieux sifflement croissant se fit entendre lorsqu’enfin, le cadre se positionna en face de la fenêtre donnant sur l’endroit à l’origine de tout ce vacarme.

A vrai dire, tout le monde fut d’ailleurs très surpris lorsqu’un rocher d’une tonne cinq traversa la fenêtre pile à l’emplacement où se situait Monsieur Alain ; il en fut de même au secrétariat deux étages plus bas lorsque le même roc, couvert d’une pulpe rouge à cravate que les employées n’identifièrent pas tout de suite, vint s’écraser sur la table de la salle d’attente.

Si l’un des membres de la paisible entreprise avait osé s’approcher des fenêtres, il aurait pu apercevoir sur le parking, à côté d’une camionnette de location, un formidable trébuchet monté à partir d’éléments fraîchement achetés à Brico-Dépôt en train d’être rechargé par une poignée de types en cotte de mailles et tabard marqué d’une imposante croix. L’un d’eux, debout sur la camionnette, brandissait un mégaphone, alors que juste derrière lui un petite être bossu agitait un encensoir avec une dévotion proche du fanatisme.

"Distributeurs de cartes Pokémon, Yu-Gi-Oh et autres Magic ! Ceci n’était qu’un tir de sommation ; arrêtez de distribuer ces produits du démon ou nous prendrons votre place forte !"

Il y eut un long silence, jusqu’à ce qu’enfin, la silhouette arrondie de Durand paraisse à l’une des fenêtres de l’immeuble

"Mais enfin Monsieur, non ! On ne peut pas tout arrêter comme ça ! Calmez-vous d’abord, je suis sûr que nous pouvons discuter !"

Le type sur la camionnette rappuya sur la gâchette du mégaphone

"Si vous ne pouvez vous arrêter, alors nous le ferons ; hardi compagnons ! Pour ceux tombés à Saint-Jean-d’Acre ! Pour ceux morts sur les murs de Jérusalem ! En avant !"

Des dizaines de portières claquèrent sur le parking alors que d’autres camionnettes disséminées ici ou là sortaient des hordes de types vêtus de la même manière que les servants du trébuchet, mais portant eux épées, masses d’armes et échelles d’assaut ; dans un immense cri, ils se ruèrent vers le bâtiment, l’éclat des lames brillant dans le petit matin.

Durand, ajustant son costume, se dit que la journée allait être longue.

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Des adorateurs du démon en pleine Grand Messe

Vous ne le savez peut-être pas, petits galopins, mais les cartes à collectionner sont l’instrument du Démon ; pour des raisons bien compréhensibles, il semblerait que les humains modernes soient moins intéressés par l’idée de vendre leur âme contre la richesse, l’amour l’immortalité que par celle d’ajouter la carte "Insécateur" à leur collection de cartes Pokémon.

Ce n’est pas moi qui le dis, mais bien un site formidable, un de ceux qui semblent n’avoir été conçus que pour les amateurs de belles choses que nous sommes :

Info-sectes

De prime abord, comme ça, le naïf pourrait supposer qu’il s’agit là d’un site visant à lutter contre les sectes et autres dérives plus ou moins mystiques ; mais en y regardant de plus près, on peut observer que les quelques fanfarons, visiblement un peu extrémistes dans leur dévotion à la Sainte Eglise Catholique, ont surtout créé un site dans lequel on peut trouver, aux côtés des raëliens et autres scientologues, des choses aussi infernales que Harry Potter, les Pokémons, Yu-Gi-Oh, les cartes Magic et bien évidemment les jeux de rôles.

L’occasion donc de découvrir, ensemble, en quoi ce que vous preniez pour d’innocents jeux & loisirs s’avère en fait être une initiation au sacrifice de vierges (ce qui soit dit en passant, est de plus en plus compliqué à trouver dans certains régions de notre beau pays où passé 7 ans, c’est fini).

Commençons donc, si vous le voulez bien, par les jeux de cartes en étudiant le lien ci-dessus sur le sujet ; il s’agit là d’une interview d’un homme se présentant comme un ancien commercial du secteur ayant découvert la parole de Jésus Christ et donc renié ces ignominies cartonnées.

Samuel Foucart : « Emmanuel, vous étiez commercial dans la distribution de produits pipiers, de quoi s’agit-il ? »

Emmanuel : « Les produits pipiers sont tous les articles qui se vendent dans une maison de presse ou dans un tabac. »

Samuel Foucart : « Vous étiez le meilleur vendeur de votre société. Que pensez-vous de la recrudescence de certains produits diffusés par l’image, dans la lignée des Pokémon, Yo Gi Yo etc. ? »

"Vous étiez le meilleur, mais vous avez raccroché" ; une phrase qui sonne comme dans :

"Bon sang : une armée d’envahisseur se dirige droit vers nous ; ils ne s’arrêteront pas tant qu’ils n’auront pas capturé tous les pokémons, qu’allons-nous faire ?
- Monsieur le Président, il y a bien un homme qui pourrait nous aider…
- Vous ne pensez pas à lui tout de même !
- Si, lui Monsieur le Président.
- Bon sang, mais tout le monde sait qu’il a raccroché depuis la mort de sa femme ; elle s’est coupée sur le bord de la carte Salamèche, et lorsque les secours sont arrivés, elle avait perdu trop de sang. Elle est partie dans ses bras (insérer ici un plan en noir et blanc d’un mec en contreplongé hurlant "nooooon" avec le corps encore chaud de sa compagne entre les mains).
- Oui Monsieur, mais c’était le meilleur vendeur de sa société. Lui seul peut nous sauver.
- Très bien Smith : vous avez carte blanc…enfin, les mains libres pour le convaincre."

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Soit. Mais alors, que nous dit-il, ce baroudeur du pokémon, ce vétéran du Yu-Gi-Oh, que dis-je, ce poilu du Magic ?

Samuel Foucart : « La société américaine Wizards of the coast, diffuse des produits touchant le fond de l’occultisme. Que représentent réellement les Magic Cards (cartes Magic)? »

Emmanuel : « Les cartes Magic qu’ils diffusent sont à caractère véritablement occulte et la société ne s’en cache pas, elle le revendique même. Les cartes « Magic » donnent à l’acheteur des pouvoirs de magicien, qui peut ainsi envoyer des sorts à son adversaire. Les adolescents qui jouent avec cela ignorent pour la plupart que des sorts inscrits sur les cartes sont issus directement des pratiques de magie noire. »

Ça y est, nous y sommes ! Les cartes Magic (si vous ne connaissez pas, il s’agit d’un jeu de carte où le but est de tataner l’autre en lui envoyant des sortilèges et autres créatures enchantées dans la gueule) sont des cartes "occultes", plus encore que celles d’un bon vieux tarot de Marseille ou que celle des lignes de bus de Paris (en plus, comme chacun sait "Paris est magique", alors c’est dire). Et mieux : les gens qui achètent des cartes magiques ne reçoivent pas en échange des bouts de carton hors de prix avec des dessins à la qualité aléatoire, mais bien des "pouvoirs de magicien".

On le sait, le travail des enseignants est devenu particulièrement difficile depuis quelques années à cause de la recrudescence des mages en cours : nombre d’entre eux ne collent plus le petit Théo, qui bavarde sans cesse en classe, car ils savent bien que derrière celui-ci va hurler "Je tape deux manas et je t’envoie une boule de feu, connasse"  ; l’élève connait la faiblesse proverbiale de l’enseignant face au feu.

Non, les cartes Magic ne sont pas un simple jeu : les " sorts inscrits sur les cartes sont issus directement des pratiques de magie noire". Tremble, monde libre, tremble, car toute une génération de sorciers est en train de s’élever ; et dès qu’elle saura écrire le mot "sortilège" sans mettre de "j" à la fin, ça va méchamment chier.

Conclusion de notre spécialiste de l’interview sur le sujet :

Samuel Foucart : « Merlin diffuse donc de la sorcellerie à grande échelle ? »

Ah bah tiens, pouf, en fait, on vient de passer en une ligne de "cartes à jouer à acheter chez le marchand de journaux" à "Merlin lui-même derrière un complot visant à développer la sorcellerie à grand échelle". Allez, dans deux minutes, on va apprendre que si Arthur avait voulu une table ronde, c’était pour pouvoir jouer à Yu-Gi-Oh plus facilement sans avoir deux mecs trop éloignés d’un bout à l’autre d’une table rectangulaire. Ce site est en train de m’ouvrir les yeux.

Samuel Foucart : « La banalisation de ces pratiques est-elle réellement inquiétante ? »

Emmanuel : « Oui ! Cette volonté de banaliser est extrêmement dangereux sur un plan spirituel, mais aussi moral (jeter des sorts aux autres n’est jamais bon), psychologique et même physiologique. La société Wizard of the coast est – entre autre – diffuseur de « Donjons et dragons », qui a déjà déstabilisé bon nombre d’adolescents et en a même envoyé certains devant la justice. »

Ah ça, oui : jeter des sorts aux autres n’est jamais bon, hein, il faut arrêter de le faire les enfants. Je sais que régulièrement, vous essayez pourtant, via votre grimoire contenant les invocations célèbres :

- "Putain mais tu vas accélérer, oui ?", sort de niveau 2 de type "transmutation" à jeter sur les vieux qui roulent à 30 sur nationale malgré leur grosse berline

- "Non, désolé.", sort de niveau 1 de type "illusion" servant à devenir invisible aux yeux des mendiants, des mecs avec des pétitions et des ONG vous proposant de vous prendre 5mn (même si ces derniers disposent souvent de sorts de harcèlement contrant vos pouvoirs)

- "Sa mère, la vache, raaah, sa race !", sort de niveau 4 de type "évocation" visant à faire apparaître une colonne de feu pour ravager ce pied de meuble qui vient d’exploser votre orteil innocent

Alors ça suffit : vous banalisez la sorcellerie avec vos conneries ; arrêtez et revenez sur le droit chemin spirituel et moral. Pour les rôlistes, c’est tout simplement le bout du chemin : les jeux de rôles "déstabilisent" car c’est connu, quand un mec se prend pour un barbare en courant en slip  dans les rues, le problème vient du jeu, pas du mec ne faisant aucune différence entre fiction et réalité. Non mais ; en attendant, continuons notre étude de la chose.

Un exemple tragique de dérive du jeu de rôles : ici, un joueur s'étant pris pour un supporter de football

Emmanuel : « Ce sont les créateurs des jeux de rôles qui sont à l’origine de ces cartes. On assiste d’ailleurs à des drames au plan individuel chez les plus fragiles des ados. Il y a une véritable déconnexion avec la réalité, l’échec scolaire est important chez les adeptes de ces cartes. Une grande violence à l’égard des parents est enregistrée. Il faut aussi savoir que de nouveaux produits sont sur le point d’être commercialisés ; la seule chose certaine, c’est qu’ils sont encore davantage à caractère occulte. »

Argument ultime : les jeux de cartes sont le faux nez du jeu de rôle, lui-même innocent masque de Belzébuth. Du coup, les enfants jouant à cela perdent pied avec la réalité : ils deviennent violents, échouent à l’école, mais en même temps, quand on peut jeter des éclairs et invoquer des filles toutes nues, je comprends que l’on soit moins enclin à écouter sa prof de latin. Bon, cela dit, c’est vrai qu’ils perdent pied avec la réalité : quand on voit le prix d’un paquet de Magic, on comprend que celui-ci ne peut qu’être originaire d’un monde parallèle ou le carton a la même valeur que l’uranium.

Emmanuel ne peut guère nous en dire plus : un mage l’écoute probablement au moment de l’interview ; la seule chose qu’il peut dire, c’est que les prochaines cartes seront encore plus occultes que les précédentes ; je ne comprends pas bien comment, mais pourquoi pas. Quoique : si pour trois paquets achetés, il y a une chèvre égorgée offerte, il y a effectivement probablement un truc. J’irai demander à mon marchand de journaux.

Samuel Foucart : « Est-il primordial pour les parents de prendre des précautions face à ces nouveaux jeux de cartes à la mode ? »

Emmanuel : « Il faut que ceux qui nous lisent prennent conscience qu’il n’y a rien d’anodin là-dedans. C’est pernicieux. Ces cartes mettent dans l’esprit de nos enfants l’idée que l’occultisme pourrait être un moyen de vie et une solution convenable pour régler ses problèmes. »

Et c’est bien ce qui est affreux : il est difficile de vivre de l’occultisme.

Par contre, si devenus adultes, les marmots se mettent à vendre des cartes Magic, ils devraient pouvoir se payer une Porsche par semaine.

Samuel Foucart : « Votre profession vous a conduit à diffuser largement ces cartes. Faut-il savoir d’autres choses les concernant ? »

Emmanuel : « Rien n’est caché, elles sont facilement reconnaissables. De véritables signes sataniques figurent sur le recto et le verso des cartes. »

Samuel Foucart : « Même concernant les cartes Yu Gi Oh ? »

Emmanuel : « Oui. Ce jeu qui semble si anodin est marqué d’une balance, d’un triangle et d’un œil à l’intérieur, ce qui est un signe satanique. Pour les cartes « Magic » il y figure des formules qu’on ne trouve nulle part ailleurs que dans les livres de sorcellerie. »

Rien que ça ; je ne sais pas quelle édition ce Monsieur vendait, mais à moins d’avoir un kilo d’héroïne dans chaque bras, il faut tout de même chercher un peu pour trouver des signes sataniques sur toutes les cartes. Quant à sa connaissance des "des formules qu’on ne trouve nulle part ailleurs que dans les livres de sorcellerie.", ça m’inquiète un peu. Si le contenu des livres de sorcellerie est identique à celui des cartes magiques, je pense qu’il doit y avoir du sorcier dépressif au mètre carré dans les soirées païennes.

"
Dis-moi, Noir Sorcier d’Aix-en-Othe, Terreur de Rigny le Ferron et Tristesse d’Estissac, toi, tu as déjà réussi à invoquer une créature 1/1 ?
- Non, j’ai beau taper tous les arbres des forêts près de chez moi, je n’ai toujours pas vu le moindre mana vert. A un moment j’ai cru, mais en fait, c’était un tesson de bouteille dans un tronc qui sentait l’urine de renard. Enfin j’espère que c’était un renard"

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Non, la vie de sorcier, c’est vraiment pas facile (et toi lecteur, si tu n’as rien compris au dialogue précédent, sache que c’est plutôt bon signe pour ta santé mentale). D’ailleurs, s’il y a un sorcier qui a dû en chier, c’est bien le fils d’Emmanuel, si l’on en croit la fin de l’interview :

Samuel Foucart : « Au moment de votre conversion à Jésus-Christ, comment avez-vous vécu cette situation ? »

Emmanuel : « Il se trouve que j’ai quitté mon travail peu avant, sans cela j’aurais été amené à le faire par conviction personnelle. Mon fils avait des quantités de cartes dans sa chambre. Quand j’ai donné mon cœur à Jésus-Christ j’ai tout de suite fait la relation entre ces cartes et les cauchemars de mon fils ! Je les ai donc brûlées et depuis il vit parfaitement en paix et n’a plus jamais eu ce genre de problèmes. »

Moi, la seule fois où j’ai vu quelqu’un donner son coeur à quelqu’un d’autre, c’était dans "Indiana Jones et le Temple maudit", et j’ai quand même l’impression que c’était vaguement plus diabolique qu’une partie de Yu-Gi-Oh (mais de peu, je l’admets) ; mais continuons avec le meilleur :

Je les ai donc brûlées et depuis il vit parfaitement en paix et n’a plus jamais eu ce genre de problèmes. »

Ah, oui, d’accord.

En même temps, moi aussi, hein, j’aurais vu papa entrer dans ma chambre avec un lance-flammes en hurlant "Je viens te libérer au nom de notre Seigneur Jésus-Christ ! Au nom de tout son Amour, dis-moi où sont tes cartes du démon !" avant de foutre le feu à l’armoire à slip en guise d’échauffement, j’avoue que j’aurais aussi dit à papa le lendemain que "Hohoho, c’est bon papa, maintenant je suis parfaitement en paix, par pitié, je n’ai plus besoin d’aide, ne m’approche plus".

Entre un mec qui vend des cartes Magic et un qui brûle les jouets de son gamin, j’avoue que je ne suis pas sûr de savoir lequel est le plus maléfique, mais passons.

"N'aie pas peur mon chéri, Papa vient juste brûler ta chambre pour t'aider"

Car nous n’avons pas encore suffisamment parlé d’un autre jeu de cartes pourtant évoqué ci-dessus : Pokémon ; et là, plutôt que de reprendre des extraits de ce site, je vous propose de découvrir ensemble la prose d’une personne le citant abondamment, vidéo à l’appui.

Il serait évidemment un peu impoli de vous citer cette sympathique croyante sans la présenter quelque peu ; je vais donc me permettre de citer quelques extraits d’une interview qu’elle a donnée, afin que vous compreniez que loin de vous raconter de la daube, elle est l’instrument de Jésus. Ni plus ni moins. Il faut dire que le bougre l’a sauvée du New Age, mais ha ! Jetons un oeil.

Fabienne Guerréro est née le 14 avril 1964 à Béziers dans une famille chrétienne. Depuis 1996, Jésus et Marie sont venus l’instruire pour sa propre conversion et la former pour l’évangélisation surtout dans le milieu du Nouvel Age.

Passons sur le "Nouvel Age" : la vraie information, c’est tout de même que c’est une élève directe de Jésus et Marie, qui ont monté une petite boîte de profs à domicile pour les gens dans le besoin en quête de conversion. Joseph, lui, ne participe pas : chacun sait qu’il est charpentier à La Rochelle, il ne peut pas tout faire, non mais oh.

Au début, Fabienne était dans une secte, et ce n’était pas très rigolo ; heureusement, quelqu’un est venu l’en sortir, et pas n’importe qui, donc.

Après de longs mois dans cet ordre, j’ai décidé de le quitter suite à un pèlerinage à Medjugorje (NdOC : c’est en Bosnie, mécréants). Quand je faisais le chemin de croix je pensais à l’ordre de la Rose-Croix AMORC et la Sainte Vierge m’a dit: «C’est une secte.» 

Alors oui, comme ça, pouf, la Sainte Vierge.

On la sous-estime un peu, à la représenter en train de pencher la tête sur le côté façon blogueuse devant un chaton, avec un petit sourire aux lèvres, mais des fois, la Sainte Vierge, elle chausse ses gros rangeos, attrape un parachute, saute de son nuage et après avoir étranglé les sentinelles avec son chapelet, elle tire quelqu’un par le bras en lui hurlant : "C’est une secte !"

Oui, la Sainte Vierge est un peu l’amiral Ackbar de la chrétienté. Mais ce n’est pas le sujet, poursuivons, car comme nous allons le découvrir, Fabienne cause à pas mal de beau monde (divin). D’ailleurs, deux lignes plus loin, qui voilà ?

Alors que je revenais de l’église et que j’étais triste intérieurement, Jésus m’a dit que mon âme était perdue mais que ses saintes plaies me sauveraient. En fait il m’expliquait qu’il était venu me sauver et que je n’avais pas pris conscience, qu’avant qu’il vienne à moi, mon âme était perdue.

Moi aussi ça m’est arrivé ; une fois, je revenais de la messe, et je me souviens clairement avoir reçu un SMS "Kroa en mwa é tu sera sové ;)". Mais comme ça venait d’un mec qui n’était pas dans mon répertoire, je me suis contenté de renvoyer "Taggle". Le restant de la journée a été un peu compliqué, particulièrement quand l’eau de mon jacuzzi s’est transformée en sang ou quand un essaim de sauterelles a ravagé mon potager, mais dans l’ensemble, ce fut un dimanche plutôt ordinaire. Cependant je sens que je vous ennuie avec mes digressions, soit, soit, poursuivons.

Au cours d’une communion, après avoir quitté mon mari, Jésus m’a dit d’une voix très forte: «Je veux que tu me serves dans le monde.» Cependant, comme j’étais très têtue, je n’ai pas tout de suite suivi la demande de Jésus et je suis entrée dans l’ordre des clarisses. J’ai postulé pendant un an et demi. Ce qui m’a permis de me restructurer intérieurement et d’approfondir ma foi. Peu à peu, le Seigneur Jésus m’a demandé d’être très obéissante, car j’étais très rebelle. Il m’a demandé de me soumettre en tout ce que l’Eglise me demandait et c’est pourquoi j’ai un directeur spirituel qui me suit de près pour l’évangélisation et qui étudie tous mes écrits.

C’est marrant, Jésus je le voyais plus sympa ; visiblement, quand on ne l’écoute pas, il parle d’une voix plus forte et il devient très autoritaire.

"Fabienne ! Fabienne ! C’est moi, Jésus ! Crois en moi !
- Ho, Seigneur ! Mais c’est-à-dire que là je suis au cinéma je peux pas trop vous parler.
- FABIENNE ! QU’EST-CE QUE C’EST QUE CETTE ATTITUDE DE MERDE ? JE T’APPARAIS ET TOI VLAN, RIEN A FOUTRE ! A QUI TU CAUSES LA, DIS, TU PEUX ME DIRE ? 
- Mais Seigneur je…
- TU CROIS QUE JE SUIS MONTE SUR LA CROIX POUR ME MARRER, HEIN ? TU PENSES QUE J’AURAIS PAS PREFERE ALLER ME TAPER UN GROS CINE PLUTOT QUE MOURIR POUR VOS PECHES, HEIN ? C’EST CA FABIENNE ? TU L’ENTENDS MA GROSSE VOIX TRES FORTE ?
- Chhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhht ! – fait la salle qui n’entend plus rien à l’intrigue à cause de tout ce bordel et en a marre d’avoir un mec qui chatoie en plein milieu de l’écran, vas-y que ça plombe les lunettes 3D
- D’accord Monsieur Jésus, je vais vous obéir, promis, dès la fin du film je…
- TU VAS TE SOUMETTRE FABIENNE, PETITE REBELLE ! JE VAIS TE BRISER, MOI ! ALLEZ, DEHORS, SCHNELL ! SCHNELL !"
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"Ho bin ça, on dirait vraiment qu'il y a Jésus dans la salle, c'est fou !"

Bon allez, finissons-en là, on avance plus avec ces âneries.

Q : Vous dites que Jésus vous a instruite, comment s’est-il manifesté?
Au départ, il venait me voir dans ma chambre, puis rapidement il m’attirait près de lui au tabernacle et il me parlait d’une voix forte qui sortait du tabernacle ou directement du Saint-Sacrement quand il était exposé. Je l’entends simplement de mes oreilles, comme j’entends quelqu’un me parler dans un face à face. 
Il m’expliquait qu’il fallait que je lutte pour lui, c’est-à-dire que je l’aide à lui ramener des âmes. Au début il m’a avoué que le démon voulait me détruire et je vous assure qu’il fait tous ses efforts pour ruiner tout mon travail apostolique, mais Jésus et Marie triomphent toujours. Lucifer est très misérable.
Plus tard, Jésus a commencé à me parler directement, là où je me trouvais. Je savais que c’était lui, car j’ai appris avec le temps à discerner ce qui venait de lui et ce qui venait du démon. Je reconnais si la voix est de Jésus ou de Marie.
L’Eglise m’a aidée pendant des années à faire un bon discernement. Ce qui vient de Dieu dure toujours dans le temps et ce que Jésus et Marie m’ont dit s’est toujours avéré dans les années qui ont suivi. 

Quel galopin ce Jésus ; enfin bon, en même temps, je félicite Fabienne qui arrive à distinguer la voix de Jésus de celle de Marie ; un indice, je pense que la voix de Jésus est vaguement grave avec un côté poilu, comme celle d’un barbu du Ier siècle de notre ère, et Marie un tantinet plus fluette. Si c’est l’inverse, je vais commencer à me poser de sérieuses questions.

Allez, maintenant qu’on a jugé du sérieux de notre artiste, passons à des choses plus sérieuses, comme par exemple, les pokémons.

Allons-y et lisons ensemble cette magnifique prose ; Fabienne, on t’écoute.

Des « monstres de poches » (c’est leur signification) envahissent les foyers, prennent contrôle sur la vie des enfants, retournent leur monde et parfois celui des foyers.

Les pokémons retournent le monde. Commençons comme ça, ça me parait bien comme propos crédible : les pokémons foutent la zone dans le monde entier ; qui n’a jamais été agressé par une de ces abominables créatures ? Qui ne s’est jamais fait gauler son téléphone en traversant les hautes herbes ? Combien de rames de métro tagguées par Mélofée, Taupiqueur ou Rondoudou ? Les rues ne sont vraiment plus sûres ; impossible de sortir sans au moins quelques pokéballs pour éviter bien des ennuis. Je comprends Fabienne. Vous pensiez que ça allait être compliqué de faire plus gros ? C’est mal connaître notre experte.

Si vous tenez à l’avenir de votre enfant, lisez ce qui suit. Cette industrie se monte à un milliard de dollars, envahit la terre entière, captive les jeunes esprits, forme de jeunes vies et enrôle des millions d’enfants dans l’armée de Satan. Sans tirer un seul boulet, l’adversaire, cet ennemi rusé, le lion invisible, a gagné le contrôle de foyers et d’écoles alors que des parents chrétiens endormis dans l’ indifférence par la tromperie voient cela comme un amusement innocent, encore un jeu de carte. Comme ils ont tort ! Et Satan continue son chemin en riant et en attirant de plus en plus d’enfants jusqu’à la « maison de jeu Pokemon ».

Voilà, pouf, Satan, comme ça, hop. Pas besoin d’arguments ou de quoi que ce soit : Pokémon = Satan. Les mecs avaient le choix entre répandre sur Terre la peste noire, la guerre nucléaire ou des blue-ray de Francis Huster et ils ont choisi de sortir des cartes Pokémons ; je ne sais pas pourquoi, mais je me sens presque déçu par les forces de Lucifer.

Comme un virus, il se propage sur tout le globe : l’Australie et l’Asie compris.

Oui, merci de préciser Fabienne : des fois, quand on parle du globe, on n’est pas sûr que cela englobe l’Australie et l’Asie, puisque comme chacun sait, une fois par semaine, ces deux régions quittent la Terre pour flotter en orbite un petit moment, généralement le temps de faire bronzette. Mais malgré cette défense peu commune, le Diable est passé : même les surfeurs australiens peuvent désormais brandir fièrement leur tatouage Carapuce à la face du monde.

En tout cas, notre experte n’hésite pas à nous convaincre avec ce signe du démon qui ne trompe pas :

 Les écoliers ferment leurs livres et délaissent leurs devoirs pour jouer aux cartes Pokemon et après chaque jeu, ils en demandent encore. 

Ah, les petits salopiots ! Ils préfèrent jouer plutôt que de faire leurs devoirs ; si ça, ce n’est pas une preuve de la présence démoniaque résidant dans ce jeu, c’est à n’y plus rien comprendre ; comment peut-on préférer jouer aux cartes plutôt que de faire de passionnants exercices de trigonométrie ? Pourquoi s’enferrer dans pareilles activités quand l’on peut éclater avec ses amis en de merveilleux rires cristallins à l’occasion d’une dissertation sur la France de l’entre deux guerres ? Une seule réponse : le Démon. ‘foiré, tu détournes les enfants des vrais plaisirs de la jeunesse !

Satan, déguisé en « Ange de Lumière » les a tous dupés, accrochés comme ils le sont à ce jeu qui passionne les esprits. Et chaque session se termine par l’appel : « Faut tous les attraper ! » « Tous », veut dire tous les 150 avec encore 100 en route. Si un enfant collectionne 200 cartes à 50 cents la carte, vous pouvez très bien vous imaginer les énormes profits du fabriquant.

Ho ! Mais comme cela est vrai : des gens qui font du profit, voilà qui est intolérable ; j’en suis tellement offusqué que je vais en tourner le dos à mon écran. Et ainsi faire face à cette vision tellement belle et rassurante qu’est ma collection de figurines phosphorescentes de la Vierge, vendues par des gens dans des boutiques de souvenirs qui ne font aucun bénéfice et vivent seulement d’amour et d’eau fraîche (mais pas du robinet, on leur a coupé l’eau parce qu’ils ne payaient pas). Je commence à réaliser l’horreur de la manipulation qui touche ces esprits faibles (je pense ici aux enfants, bien sûr).

Pokemon utilise des forces occultes
Mon cher ami, Pokemon, n’est pas « un jeu innocent ». Chaque monstre de poche exerce un pouvoir invisible capté des forces démoniaques du monde spirituel. Les choses ne sont pas ce qu’elles semblent être, on ne voit pas le dessous des cartes. Nous devons être vigilants au sujet de Satan, le trompeur.

Ma chère amie, merci. Je n’avais pas réalisé que  les monstres de poche avaient de mystérieux pouvoirs démoniaques ; parfois la nuit, j’entends la voix de Pikachu, m’incitant à commettre des choses affreuses ; il me dit, de sa petite voix douce et enfantine "Aime-moi, Pika ! Pika Pika chu ! Je suis ton Pikami ! Ensemble vivons de grandes aventures, Pika ! Commençons par aller aux pikaputes, Chu !" et que dire de Reptincel, qui m’ordonne régulièrement de brûler des voitures ? Quant à Mimitoss, il m’est venu la nuit dernière en me demandant de prendre ma carte chez les jeunes populaires ; je me suis réveillé en sueur, en me sentant si sale. Ah, pourquoi n’ai-je pas un gentil papa pour venir me sauver équipé de son fidèle lance-flammes ?

Franchement, je ne vois pas ce qu'il y a d'anormal dans ce jeu

Les jeunes joueurs entrent dans le monde du « jeu de rôle » où les fantaisies deviennent réelles : l’enfant devient le joueur exerçant des forces invisibles (mais réelles et démoniaques). En jouant avec leurs Pokemons ils deviennent des voies (canaux) de forces spirituelles. 

Instruit par l’entraîneur Pokemon, l’enfant apprend à dire «Que ma volonté soit faite». Il a assimilé les rudiments des pouvoirs paranormaux et surnaturels simplement en prononçant les mots inspirés par Satan. Soudainement, les fantaisies deviennent la réalité. L’enfant est en route de devenir un médium aux mains des esprits démoniaques. 

Comme pour les cartes Magic d’Emmanuel, Fabienne pense aussi que le jeu de rôle rend l’irréel réel : les enfants dominent donc des forces occultes particulièrement puissantes, faisant d’eux des êtres aux forces surnaturelles capable d’invoquer les milles démons de l’enfer, ou de communiquer avec les esprits des défunts ; combien de marmots se réveillent en hurlant, après avoir, via leur subconscient, activé dans leur sommeil un dialogue avec l’au-delà ? Maxime, 7 ans, affirme ainsi que depuis qu’il a acheté son premier paquet de Pokémon, il est hanté par l’esprit des philosophes passés : Descartes, Kant, Spinoza… quant à Céline, 9 ans et demi, elle prétend que Smogogo lui a fait apparaître l’âme de Saladin, qui lui aurait ordonné de reprendre Alep en son nom. Et tout ça grâce aux instructions d’entraîneurs Pokémons délivrant leurs affreux messages sur toutes les consoles portables de Nintendo :

"Bravo Sacha ! Tu as vaincu le champion du gymnase de la Roche ; voici ton badge, ainsi qu’une pokéball dorée ! Par ailleurs, tu as bien mérité un exemplaire du Nécronomicon, que tu peux consulter en appuyant sur Start ; n’en parle surtout pas à tes parents, c’est un secret Pokémon !"

Pour ma part, je n’arrive à communiquer qu’avec feu Filip, des 2Be3, et encore, en me concentrant très fort sur un Dracofeu confisqué en classe par une amie. Je suis un peu déçu.

Cependant, attention, car notre spécialiste n’a pas fini sa prose :

C’est tellement innocent ! C’était comme cela avec Eve dans le Jardin d’Eden : un seul faux pas et elle envoya toute la race humaine dans une chute sans retour. Il y a de cela très longtemps. Aujourd’hui c’est entre autre Pokemon. L’atout du diable pour le nouveau millenium.

*Flashback*

Il y a quelques milliers d’années, dans le jardin d’Eden

"Adam ! Adam regarde, j’ai capturé Rattatac !
- Ecoute Eve, et de une je suis aveugle, et de deux, j’aimerais pioncer.
- Mais c’est Rattatac quand même et je… ho, regarde, dans l’arbre, quelque chose remue ! Sûrement un autre pokémon ! 
- Je pionce, là, roooon. Zzzzz. Ta gueule maintenant.
- Sssssssssss Eeeeve… je ne sssssuis pas un pokémon…. maisssss écoute…. je ssssais où tu peux trouver… Miaoussss…
- Miaouss ? Mais gentil serpent ! Dieu a dit "Pas Miaouss, j’en ai besoin pour poster des vidéos choupi sur youtube", on ne peut pas.
- Sssss hooo bin ouissss… si Dieu…. sssss l’a dit… sssss… il ne faut passsss lui déssssobéir… dire qu’il ne manque que Miaousss… à ta collecsssssion…
- Je… je ne sais pas je… 
- Une sssseule pokéball dans sssssa gueule…. et il ssssera… à toi… et plus ssssseulement… dans ton pokédekssss….
- Aaaah, allez, d’accord !"

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Et 20 minutes plus tard.

"ADAM, EVE, JE NE TROUVE PLUS MIAOUSS ET J’AI UNE SUPER IDEE DE VIDEO OU IL JOUERAIT DU PIANO. J’ESPERE QUE VOUS N’AVEZ PAS FAIT UNE CONNERIE SINON CA VA BARDER POUR VOS CULS"

Oui, Dieu parle en majuscules : d’où croyez-vous que son fils tient ça ?

En tout cas, suite à cela, l’humanité fut chassée du jardin d’Eden.

Mais bon, ça valait le coup : Miaouss, il est choupi quand même.

*Fin du flashback*

Le joueur est suprême. L’usage répétitif du vocabulaire et des règles au Pokemon changent, petit à petit, les pensées de l’enfant et finalement sa personnalité. La sainteté de la vie, la crainte de Dieu et le respect des parents et de l’autorité disparaissent lentement mais sûrement. Le besoin compulsif de « les attraper tous » fait que le jeune joueur veut constamment de nouveaux Pokemon jusqu’à ce qu’il ait les 150. Et ce n’est pas la fin. Cette année encore, une centaine descendra dans les magasins pour alimenter la manie.

Ah, ces enfants, qui perdent "la crainte de Dieu" ; c’est pourtant tellement bien comme notion : "Tu ne feras pas le bien pour faire le bien mais juste par lâcheté parce que tu as peur de te prendre un éclair dans la gueule, et pas par Pikachu". Non vraiment, quelle tristesse.

Dans la vidéo d’ailleurs, Fabienne explique bien au "jeune" qu’il ne doit pas donner son coeur en possession aux pokémons car il appartient déjà à Jésus Christ : le concept de liberté reste très éthéré dans l’immédiat, il faut simplement savoir choisir son maître. Et celui avec une queue électrique est le moins recommandé.

La source de pouvoir Pokemon
«Mais l’homme naturel ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, il ne peut les connaître.» L’adversaire, transformé en ange de lumière se façonne une entrée aisée par une voie acceptée comme normale par la société.
Une fois entrés, ses démons injectent leurs pouvoirs surnaturels et leur énergie occulte et avant que l’on ne se rende compte, le « Panthéisme du Nouvel Age » est terré dans des millions d’esprits jeunes et innocents. En ce moment, les forces du Nouvel Age ont envahi quasi chaque espace de vie des États-Unis et bientôt le monde entier. Satan est plus rusé que vous ne le pensez. Les forces Pokemon sont inestimables et mystérieuses. Certains Pokemon croissent et se développent, deviennent plus grands et plus puissants. Des incarnations occultes et des mots magiques (Abrakadabra) ouvrent la porte aux forces sataniques et les choses ne sont plus les mêmes : l’ ennemi a pris pied. Ne sous-estimez pas le pouvoir Pokemon.

Je ne sais pas vous, mais cette histoire de gens qui viennent vous pénétrer pour injecter leur pouvoir en vous, je trouve ça assez curieux ; et dans la vidéo complète, il y a tout un passage sur les prêtres qui peuvent entrer en vous pour y toucher le pokémon qui s’y cache. C’est assez inquiétant.

"Ho yes, please, tickle my pokéballs !"

Allez allez, ne nous arrêtons pas sur ces commentaires de bas étage.

Enfin, soyez avertis. Les enfants guidés par leurs maîtres Pokemon peuvent convoquer les forces de leurs cartes en appelant : « Esprits ! Entrez en moi ! ». Ceci est un pas vers la possession des démons. Jouer aux Pokemon c’est jouer avec le feu.-un feu étrange qui peut mener à d’étranges actes de violence et de destruction.- La situation est grave. Si nous ne faisons rien, toute une génération d’enfants et d’adolescents sera perdue aux pouvoirs de Pokemon. Mais tout n’est pas perdu. « Mieux vaut tard que jamais ». L’heure est arrivée pour arrêter cette invasion. Nous devons agir pour sauver nos enfants. Il faut agir maintenant.

Je ne sais pas d’où sortent les enfants dont parle Fabienne, mais curieusement je ne suis pas sûr qu’ils soient nombreux à se saisir de cartes à jouer en hurlant « Esprits ! Entrez en moi ! ». Si la bougresse nous dit avoir été sauvée du New Age, visiblement, il y a encore un gros stock de LSD qui n’a pas été écoulé.

"Pikachu ! Je veux Pikachuuuuu !"

Mais alors, que faire, face à pareille menace ?

Les esprits de ces enfants (leur caractère et leur comportement) sont lentement empoisonnés et éloignés de tout ce qui est divin, pur, filial et social. Deuxièmement, nous devons être convaincus que le temps, l’énergie, les associations et les affections de nos enfants peuvent être guidés vers des activités saines, bénéfiques et profitables. Il existe des alternatives que connaissent tous les parents dans des jeux et des récréations à l’intérieur et en plein air. Il se peut que certains parents sont tombés dans le piège du « trop occupé ». Attention, nous n’avons nos enfants, notre trésor le plus précieux qu’une fois : pendant qu’ils sont jeunes. Ne pouvons-nous pas passer du temps avec eux dans des activités saines ? Réfléchissez ! Ensemble, nous pouvons vaincre la menace Pokemon.

Ça c’est la version gentille : aller courir dans les champs avec ses enfants jusqu’à ce qu’ils soient tellement épuisés qu’ils ne puissent plus penser à pokémon. Enfants qui d’ailleurs, vous le noterez, disparaissent à l’âge adulte : à 18 ans, un enfant est frappé d’amnésie et oublie qui sont ses parents, qui de même, oublient avoir eu un marmot et se demandent bien qui est ce gros nase qui squatte une chambre chez eux et dort jusqu’à 11 heures tous les jours

Mais très honnêtement, cette solution me parait un peu chochotte, alors j’ai envie de laisser le mot de la fin à info-secte :

Remarque d’Info-Sectes:

Plusieurs personnes nous ont fait remarquer que l’on pouvait se contenter de mettre les cartes Magic à la poubelle sans faire un "bûcher". 

Pour Yu-Gi-Oh, Pokémon et Magic : le lance-flammes, c’est pas automatique.

Et pour le reste, je vous laisse visiter ces beaux sites par vous-même.

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Les gyrophares de l’ambulance à l’arrêt balayaient le parking ravagé de la société de distribution de cartes à jouer.

Assis sur le marchepied situé à l’arrière de cette dernière, Durand, à demi-appuyé contre une portière, regardait paisiblement le spectacle misérable qui s’offrait autour de lui.

La bataille avait duré près de deux heures, et tout l’endroit en portait les stigmates : la façade de l’immeuble, tout d’abord, était éventrée par endroits, là où les munitions du trébuchet avaient frappé, emportant nombre d’employés qui n’étaient pas parvenus à trouver un abri à temps, ou en avaient choisi un trop fragile. On voyait ainsi paraître en de multiples points les sols et plafonds séparant les étages à demi-ravagés, alors que pendaient ça et là câbles électriques et néons encore clignotants, suspendus à des poutrelles métalliques branlantes et tordues donnant sur le vide ; nombre de chaises, meubles et casiers avaient ainsi chu à l’extérieur du bâtiment, créant un curieux paysage au pied de celui-ci. Durand sourit en voyant les papiers voletant ça et là, échappés de leurs classeurs et emportés par le vent, rappelant toutes ses scènes de films d’apocalypse où les rues semblent toujours jonchées de milliers de feuilles volantes. Délaissant cette pensée, il reprit son observation.

A quelques mètres devant lui, au milieu des voitures de polices qui étaient arrivées sur place en premier lieu, le trébuchet achevait de se consumer, quelque lourdes pierres n’ayant pas eu le temps d’être tirées dépassant encore de la camionnette située à son côté ; ici et là, des échelles reposaient encore contre la façade de l’immeuble, parmi les rares à ne pas avoir été repoussées par les valeureux employés au moment de l’assaut. Certains cadavres de croisés, pris dans les échelons de certaines, attendaient encore que les équipes de pompiers viennent les décrocher ; dans l’immédiat, ces derniers étaient occupés à observer les impacts de masse d’arme qu’un de ces fanatiques avait faits sur la première ambulance qu’ils avaient envoyé sur les lieux. Une épée bâtarde avait par ailleurs était plantée dans le pare-brise, pour le plus grand étonnement de l’expert de la police scientifique occupé à la mesurer.

Durand ralluma sa pipe, observant deux infirmiers emmener Moreau sur une civière ; ce dernier avait pris un mauvais coup de bouclier au visage pile au moment où il avait enfin réussi à lancer son powerpoint sur grand écran, trop occupé par ses manipulations pour avoir remarqué qu’une invasion médiévale avait lieu. Attaché à sa couche mobile, il ne cessait de répéter, prononçant aussi bien que ses dents cassées le lui permettaient "C’était le redémarrage ! Il fallait que je redémarre d’abord !", avant d’éclater d’un rire malade.

"Ça va Monsieur ?"

Un des policiers venait de s’approcher de Durand, le casque de sa tenue anti-émeute encore à la main. Il avait fallu 7 cars des forces de l’ordre pour en finir avec le contingent de fantassins en cottes de mailles, et pas mal de temps pour comprendre ce qu’il se passait, tant les appels radios des premières voitures sur place étaient confus, à base de "Leurs heaumes résistent au flashballs ! Ils nous chargent ! Aaaah !". Durand regarda son interlocuteur de haut en bas avant de daigner extraire la pipe de sa bouche.

"Ça va, ça va, j’ai eu le temps de me cacher.
- Tout le monde n’a pas eu cette chance. 
- Oui, j’ai cru que c’en était fini quand j’ai vu leur bélier arriver sur l’entrée ; quand il s’est coincé dans la porte tournante de l’accueil en bas, j’ai compris que ça nous donnait quelques instants pour nous abriter avant qu’ils n’arrivent avec les échelles. 
- Drôle de journée. Et tout ça pourquoi ? Parce que ces types étaient persuadés que vous distribuiez des cartes du diable.
- Quelle ânerie."

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Durand tira une nouvelle bouffe de sa pipe. Le policier reprit, l’air un peu gêné.

"D’ailleurs, je sais que ce n’est peut-être pas le moment, mais l’anniversaire de mon fils approche et… 
- Et vous voudriez que l’on vous donne quelques cartes. 
- Au prix que ça coûte, je me disais, peut-être que vous…
- Oui, oui, bien sûr, ne vous inquiétez pas ; vous nous avez quand même sauvé."

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Durand tira de la poche de son veston brun un petit paquet de cartes, celui qu’il avait toujours sur lui pour les démonstrations commerciales, puis le tendit à l’agent des forces de l’ordre.

"Tenez.
- Ho, c’est vraiment gentil surtout dans ce contexte, je…
- Il faut juste que vous me signiez ce petit document en échange pour l’administration – dit-il en sortant de son autre poche une simple feuille pliée en deux
- Bien sûr, je dois avoir un stylo."

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Il tâta les poches de sa tenue à la recherche du précieux outil à bille, mais Durand l’interrompit

"Ho, pas besoin de stylo, pas besoin de stylo -ricana t-il d’une voix curieuse – il suffit de signer en bas avec votre sang"

Et son rire résonna comme si tous les cercles de l’enfer explosaient de démence.