Il existe bien des moyens de crier au monde que vous êtes seul.

Vous enfermer pour écrire de brûlants poèmes sur le monde qui va mal, vous retirer dans un monastère pour vous trouver dans la prière ou plus prosaïquement, utiliser Google +, bref, ce ne sont pas les méthodes qui manquent. Pourtant, depuis quelques temps, une pratique solitaire qui n’est pas – encore – réprouvée par le Pape fait son chemin : le selfie. Jour après jour, jeunes gens et vedettes se prêtent à ce hobby innocent et inondent le net de photographies toutes plus relayées les unes que les autres alors que le phénomène n’a de cesse de prendre de l’ampleur.

Aussi, et comme mon éducation de gentleman me pousse à aider mon prochain, particulièrement quand il s’agit de faire une connerie, aujourd’hui je vous propose d’apprendre à réussir votre propre selfie, tout seul comme un grand.

Inutile de me remercier : je sais que vous l’espériez secrètement.

Prêts ? Alors en route.

Réussir son selfie (sans aide)

Définition du selfie

Le selfie, prononcez "Sel-fi", est un nom masculin qui désigne l’art de se prendre en photo seul, de préférence devant un fond inintéressant au possible, pour ensuite partager le tout avec le maximum de monde via les réseaux sociaux. A noter que le selfie peut aussi être pratiqué à plusieurs, ce qui est un contre-sens complet, mais comme c’est un concept déjà très con en soi, on ne va quand même pas lui demander de tenir la route au moins le temps de sa propre définition.

Exemples :

"Bonjour Madame de la propriété intellectuelle, j’aimerais déposer un concept consistant à partager des photos plus ou moins ratées de soi sur un fond moche. Ça s’appellerait le selfie.
- Désolé Monsieur, un certain Jean-Jacques Photomaton est passé avant vous et a breveté le concept, il faut partir maintenant."

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"Ce qui est bien avec les selfies, c’est que le jour où je réussis mon coup d’état, j’ai toutes les photos des gens à éradiquer."

"Je déteste les gens égocentriques, putain. Tiens au fait, j’ai refait des photos de moi, tu en veux ? J’adore les selfies !"

Histoire

Une légende urbaine voudrait que le selfie soit une activité récente née avec l’arrivée des smartphones et de Twitter, permettant ainsi de poster aisément des photos entre deux messages portant sur les retards du RER B, le programme télé ou autres messages essentiels qui font de Twitter un site incontournable pour s’informer ou subir une lobotomie, c’est selon. Pourtant, il faut savoir que le selfie est une pratique bien plus ancienne qu’on ne veut bien le croire. Ainsi, récemment, le cardinal Gianfranco Ravasi déclarait depuis le Vatican (et c’est véridique) que Jésus était "le premier utilisateur de Twitter puisque celui-ci s’exprimait principalement par des phrases concises de moins de 140 caractères". Ce serait sous-estimer l’homme au périzonium (c’est le nom latin de son slip, ignorants) puisque rappelons qu’il faut ajouter à ces phrases courtes le fait que Jésus parlait souvent dans le vide, avait des followers et que le jour où son compte s’est fait bannir pour non respect des conditions d’utilisation de l’époque, ses dernières paroles furent "Je quitte, j’appuie sur la croix #lol #xptdr". Ne manquait plus à son palmarès qu’un selfie : l’homme nous a livré le premier de l’Histoire, et accessoirement le plus relayé.

A noter que tant qu’à parler de créatures magiques qui reviennent d’entre les morts, d’autres tenteront de copier le succès du fameux pionnier du selfie mais sans jamais égaler son succès.

Par la suite, bien évidemment, l’évolution de la technologie permettra à de petits nouveaux de se lancer, comme Gustave Courbet (à ne pas confondre avec Julien) et son célèbre autoportrait, nom technique donné au selfie quand on a que de la gouache sous la main, puis avec l’arrivée de la photographie, chacun pourra se prendre en photo chez soi dans une sorte d’onanisme pictural des plus impressionnant. Mais le phénomène n’explosera tel un pétard dans une bouse que lorsque les réseaux sociaux s’ouvriront et ne seront plus, par exemple, uniquement réservés aux fils de Dieu, ces gros chouchous.

Méthode

Comment faire pour vous aussi rejoindre la communauté des pratiquants de cet art étrange ? Comment réussir, à votre tour, à vous humilier publiquement ? Rassurez-vous, aucun talent particulier n’est nécessaire. Aucun talent tout court d’ailleurs. C’est même souvent à cela que l’on reconnaît les pratiquants.

1. Trouver le sujet

Il est dit qu’en matière d’art, trouver son sujet est la partie la plus difficile. Heureusement, il existe une méthode simple pour trouver le sujet de son selfie, un questionnaire permettant de se dépatouiller. Allons-y donc.

1) Sais-je qui je suis ?

A) Oui, je suis plutôt certain.

B) Tout le monde sait qui je suis.

C) Non : je pensais par exemple être quelqu’un de gauche, mais je viens de découvrir que j’étais au gouvernement.

2) Suis-je un sujet intéressant ?

A) Non.

B) Oui.

C) Je viens de vous dire que j’étais au gouvernement, je pense que ça répond à la question.

3) Ai-je quelque chose de particulier à montrer ?

A) Non.

B) Oui : blessure de guerre, chirurgie faciale ou habile cadrage qui montrera par accident mon décolleté fourni.

C) Plus depuis mai 2012.

Si vous avez un maximum de A :

Vous n’avez rien à dire et rien à montrer ? Bravo, vous êtes le candidat idéal pour un selfie. Avec un profil pareil, vous êtes probablement particulièrement actif sur les réseaux sociaux par ailleurs, ce qui ne fait de vous qu’un meilleur sujet pour cette pratique solitaire. Vous êtes donc prêt pour faire des photos de vous-même vous-même, si je puis dire.

Si vous avez un maximum de B :

Vous avez quelque chose à montrer, du coup, on pourrait vraiment penser que vous avez de bonnes raisons de prendre une photo de votre personne. Ce qui retire une grande partie de l’intérêt du selfie, qui est, pour rappel, qu’il n’en a aucun. Réfléchissez donc bien à ce que vous allez faire.

Si vous avez un maximum de C :

Vous n’avez franchement pas de bol.

Si vous avez un A, un B et un C :

Vous êtes probablement un lecteur qui se fout de la gueule du monde. Je note votre nom.

Ici, un selfie de 1914 raté : en effet, un fantôme y a fait du photobombing, donnant de l’intérêt à l’image. On peut donc parler d’un échec.

2. Trouver l’endroit

Maintenant que vous avez décidé de vous prendre en photo, encore faut-il trouver l’endroit où le faire. Il existe plusieurs grandes écoles :

  • Le lieu incroyable

Monument historique, manifestation populaire ou rencontre au sommet : autant d’endroits où une photo pourrait intéresser des gens de manière générale, ce qui en fait une excellente raison pour à la place, prendre une photo de vous qui cache la moitié de ce qu’il y a à voir. C’est vrai, quoi, entre votre binette et l’endroit où vous êtes, qu’y a-t-il de plus important ? Rappelons l’argument phare des amis du selfie : "Oui mais je prends cette photo pour montrer que j’y étais à mes amis." Certes, mais d’habitude, les amis sont généralement des gens qui n’exigent pas de preuve photographique quand vous leur annoncez être allé quelque part. Sinon, n’hésitez pas à leur fournir la vidéosurveillance du supermarché quand vous leur racontez être allé faire les courses, hein.

Logique

Récapituler, c’est important.

  • Le chez vous

Quand on a nulle part où aller, chez soi, c’est pas mal non plus (d’où une pratique du selfie très limitée chez les SDF, CQFD). Le selfie peut alors prendre tout son sens, puisqu’à partir du moment où vous vous photographiez à domicile, et étant donné le peu d’intérêt de votre personne, tout l’Internet va jouer à son jeu préféré : chercher le détail qui tue dans l’image. Poster de Garou, ordinateur de 1997 ou slip qui traîne, le selfie devient simplement une nouvelle page du grand "Où est Charlie ?" quotidien du web. N’hésitez donc pas à disposer sur l’image divers objets plus ou moins discrets qui feront la joie de tous ces travailleurs qui, au lieu de faire leur tableau Excel, sont en train de ne rien branler sur Facebook. Vous illuminerez leur journée. Avec un peu de bol, ils vous enverront un Powerpoint avec des oursons pour vous remercier avec en objet "Fw : Fw : Fw : A lire absolumant !!!!". Vous serez entre gens qui se comprennent.

  • Les toilettes/la salle de bain

Lieu préféré de la plupart des amateurs de selfie, c’est un classique. En effet, on y trouve généralement en miroir qui permet de faciliter la prise de la photo, et il est donc aisé d’y réussir ses plus belles images. A noter cependant qu’il est recommandé d’utiliser des salles d’eau privées, puisque si jamais vous prenez 20 minutes dans des toilettes publiques pour saisir toute la majesté de votre binette, vous risquez d’entendre derrière vous les plus grands morceaux de Bach rejoués par des instruments organiques : cela pourrait quelque peu vous déconcentrer. Ou même votre présence pourrait elle aussi gêner le pauvre homme qui gémit en priant pour votre départ dans l’espoir de pouvoir relâcher ses flancs sans se synchroniser avec des toussotements. Je sais que vous l’avez fait l’autre jour chez des amis. Inutile de nier.

3. De l’importance du cadrage

Vous êtes fin prêt et dans un lieu où vous pensez qu’il sera essentiel de prendre une photo de vous ? Excellent, vous pouvez donc passer à la suite : le cadrage. Là encore : pensez mauvais.

Appareil tenu de travers, bout du menton qui n’est pas dans le cadre, centrage merdé, allez-y de bon cœur et utilisez ce moyen mémotechnique simple : "Que ferait Michael J. Fox à ma place ?". Vous aurez alors tous les secrets d’un cadrage de selfie réussi. Pour vous Mesdemoiselles, vous pouvez aussi penser "Que ferait Sophie Marceau à ma place ?" si votre objectif est juste de montrer, par le plus grand des hasards, un bout de décolleté. Et de le diffuser sur Twitter. Petites prétentieuses, je suis outré (et pas seulement parce que je ne suis pas dans la boucle).

4. Prendre la pose.

Si à l’étape précédente, nous pensions Michael J.Fox ou Sophie Marceau, à celle-ci, la règle est simple : pensez Frères Bogdanov. Bouche en cul de poule, tête qui fait peur ou plus simplement grimace supposément mignonne mais en fait tout simplement du genre à faire se liquéfier les intestins d’un chaton à sa seule vue, faites-vous plaisir, encore une fois, ce n’est pas comme si vous cherchiez à faire une photo réussie, c’est même plutôt l’inverse.

Quelques exemples parmi les plus populaires :

"Je plisse un peu les yeux, la bouche entrouverte, on dirait que je fais de la compta."

"Pfou, je viens juste de me lever, quelle coïncidence, je suis déjà coiffée et maquillée au réveil !"

"Je regarde ailleurs en faisant semblant que je n’ai pas remarqué que ma main prenait une photo. Quelle coquine cette main, elle fait tellement de choses seule que je… je… restons-en là." 

"Je ne sais pas comment j’ai réussi à avoir l’air étonné tout seul, c’est étonnant."

Et bien évidemment, le célèbre "Je suis super pensif, je ne pense déjà plus à ce selfie, je suis bien trop occupé" (aussi appelée "la BHL")

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"Comment ? Un photographe vous dites ? Non, je n’ai rien remarqué : j’étais tellement occupé à penser au concept de liberté, là, tranquillement installé sur cette barricade de Kiev où je passais par hasard…"

5. Partagez !

Vous avez réalisé toutes les étapes précédentes ? Excellent, vous n’avez plus qu’à hurler à la face du monde que vous manquez de talent, d’imagination et de sens commun : les réseaux sociaux n’attendent plus que vous !

F.A.Q

J’ai un ami photographe qui fait d’excellents selfies, puis-je lui demander conseil ?

Oui : s’il en est à se prendre lui-même alors que son métier c’est de faire exactement l’inverse, c’est que ça doit être une sacrée buse en manque de clients. Vous pouvez vous tourner vers lui, je pense qu’il a tout ce qu’il faut pour vous apprendre à être mauvais.

Je suis d’accord avec vous : je déteste les selfies. Je demande toujours à quelqu’un d’autre de prendre la photo.

C’est vrai que le problème de fond, c’est l’empreinte digitale sur le déclencheur, vous avez raison.

Même les stars d’Hollywood font des selfies ! C’est que ça doit être bien quand même, non ?

On parle bien des gens dont le métier est d’apparaître dans des trucs ratés ? Je dis ça comme ça, hein.

Qu’est-ce qu’il y a de mal à poster des photos de soi ?

Ah non mais rien : c’est le fond de commerce des blogueuses mode, c’est donc probablement une excellente idée.

De toute façon, vous êtes juste jaloux.

C’est vrai : je déteste quand on arrive à faire plus égocentrique que moi.

Puisque certains lecteurs se permettent honteusement d’insister pour avoir les spoilers des trois films du Seigneur des Anneaux, et que mon clavier rendrait probablement l’âme après la fin du premier film, je vous propose aujourd’hui l’exercice ludique et annuel de ce blog, à savoir une humble page Facebook pour résumer pas mal de choses d’un coup.

Alors, maintenant, que je ne vous entende plus réclamer sinon ça va barder, ah mais.

Non, "barder". Pas comme dans Bard, bande de geeks.

Bon bref : cliquez donc pour y jeter un œil.

Et oui, il y a de l’auto-référence : je ne voudrais pas que ma modestie me perde.

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C’est quand même autrement plus rapide que 10 heures de film. Et il y a moins de travellings.

"Indignez-vous !"

Ah, voilà bien deux mots qui vont résonner encore longtemps à nos oreilles. Après le succès mondial de l’ouvrage de Stéphane Hessel et son récent départ, le mot indignation n’est pas près de nous quitter. Tout le monde est désormais indigné, les motifs ne manquant pas : injustices, désinformation, WiiU… chacun trouve une bonne raison d’être outré et de crier sa colère.

Oui, mais alors pas trop fort. C’est qu’il ne faudrait pas déranger ma bonne dame.

Car depuis la fin des indignés, ces immenses rassemblements de jeunes gens venus clamer leur colère un peu partout dans le monde sous les symboles du pouvoir (bourses, places d’armes, pas de ma porte), il est de bon ton de s’indigner en ligne et pas plus, depuis le confort de son fauteuil, en faisant les gros yeux à son écran. Nul doute que celui-ci tremble.  Car entre les pétitions online rassemblant 687 signatures avant qu’une version identique ne soit créée sur un autre site et ne disperse les troupes, le militantisme se résumant à cliquer sur j’aime à chaque publication de son camp pour faire tourner la bonne parole ou les articles hurlant à l’injustice avant que leur propriétaire ne retourne pioncer, il y a quand même le choix.

Ainsi, hier, quelques lecteurs et lectrices me firent l’honneur de me faire suivre un article indigné, repris par de nombreux médias en ligne, faisant état d’un problème intéressant : le sexisme dans le jeu vidéo. Rassurez-vous, nous n’allons pas rentrer dans un autre article sur le sexisme de suite, ni parler de l’auteur qui a réussi l’exploit, une heure après avoir posté la bête, de réutiliser tous les arguments qu’elle reprochait à l’ennemi, donnant un excellent prétexte aux grognons de sa critique pour la passer sous le tapis quand bien même le contenu était fort intéressant, et plutôt nous concentrer sur cette formidable capacité d’indignation dont font preuve nos comparses, de préférence sur leurs heures de boulot parce que Facebook à la maison, ça n’a pas la même saveur.

Prenons un exemple simple : Frites Boy et ses joyeux compagnons.

1 million de likes contre un chiot, 2 millions et c’est un tigre nourri au yaourt qui est livré sur place après avoir été excité avec un bâton

Ne vous inquiétez pas : les marmots ont bien évidemment eu leur million de likes, parce que Facebook s’est mobilisé pour qu’une petite famille ait son chiot et non simplement une distribution de torgnoles comme je l’avais proposé en proposant sur kick-starter de financer une compagnie de mercenaires pour aller gifler des gens sur commande où qu’ils soient dans le monde. Non, je ne suis pas jaloux du tout de leur million de mobilisés, arrêtez avec ça. D’ailleurs, vous savez ce que ça représente, un million de likes ? Le nombre de personnes qui doivent se mobiliser, fut-ce en ligne justement, pour proposer des "Initiatives Citoyennes Européennes", à savoir des propositions qui invitent si elles atteignent ce score, la Commission Européenne à faire une proposition de loi applicable à tous les pays de l’Union Européenne (et oui, l’aide humanitaire faisant partie des compétences de l’UE, on aurait pu larguer des chiots sur différents pays du tiers-monde, soulageant temporairement la famine locale).

Une proposition de loi qui peut changer la vie de 500 millions d’habitants, voire créer un exemple mondial ? Attendez, c’est quand même drôlement moins intéressant qu’un chiot pour Frites Boy. D’ailleurs, on pourrait supposer qu’une telle arme serait utilisée massivement par les millions de militants en ligne qui postent régulièrement des choses à base de "Qui osera partager ?", mais non : à l’heure actuelle, malgré la horde des courageux indignés 2.0, seules 14 consultations de ce type sont en cours.

C’est peu, hein ? Je trouve aussi. Et bizarrement, je ne vois jamais de propositions de ce genre tourner : faudrait pas être concret.

Comme quoi, même avec des outils en ligne pour agir concrètement, nos indignés de Facebook et Twitter en restent surtout au vieux râlage, parce que s’il faut commencer à agir vraiment, pfouuulala. Ça va bien demander une journée de travail, et là, bon, hein. Autant faire, au mieux, 62 pétitions sans valeur juridique sur un même sujet : on pourra aller se coucher en se disant qu’on a participé à construire un avenir meilleur. Ou une flash-mob rigolote, genre un harlem-shake (ma compagnie de mercenaires aurait définitivement eu du travail), huhuhu.

Sauf que non.

Informer, c’est bien : cela peut amener des lignes à bouger, des choses à être prises en compte, mais agir, c’est pas mal non plus. Non parce que sinon, nous serions toujours sous une monarchie. Et les héros du web ont beau relayer les "révolutions arabes grâce à Facebook", curieusement, tout le monde se souvient des gens qui se sont immolés ou pris des balles ; drôlement moins de ceux qui ont posté des articles à aimer sur leur mur. On se souvient tous que Mouammar Kadhafi a vu sa dictature s’arrêter grâce à un relais massif de gif de chatons, c’est connu. Le web a son rôle, le monde réel aussi. Et si l’un peut faire remuer l’autre, se contenter d’un pantouflage numérique n’est guère glorieux.

Dans leur genre, les Anonymous sont d’ailleurs très forts, n’hésitant pas à poster des vidéos où ils crient presque victoire et où ils expliquent qu’il faut continuer à les soutenir depuis chez soi sans quitter son fauteuil : tout va bien. Ouf ! Dire qu’à un moment, j’ai cru qu’il fallait se remuer pour changer les choses : merci de contribuer à faire avancer le débat les mecs. Inciter les gens à faire du rien, c’est tellement révolutionnaire. La prochaine fois, nous verrons comment renverser le capitalisme en préparant des cookies.

Revenons-en au fameux article sur le jeu vidéo dont nous parlions plus haut. Dedans, l’auteur s’indigne – à raison – sur le fait que dans quantité de jeux, les héroïnes sont habillées en puputes/nonnes-puputes/puputes-rabouines (oui, on peut biclasser) avec un soutien-gorge avoisinant le 95K, ce qui m’indigne aussi puisque du coup la plupart des jeux ressemblent à une galerie de mes ex, mais là n’est pas le sujet. Elle ajoute, là encore à raison, que quantité de communautés et entreprises du milieu se comportent comme des groupes d’adolescents prépubères en échangeant sur des forums qui sentent bon le vieux pet, la mauvaise bière et le calembour gras et en considérant la femelle comme une cible à se faire d’une manière ou d’une autre (même si en général, la plupart de leur haine s’en ira dans un mouchoir pendant que maman est partie racheter du Biactol chez Carrefour). Pour conclure, l’auteur propose des solutions comme se plaindre en ligne, râler en ligne, voire signaler ces abus( en ligne).

Ce qui serait chouette si le monde n’était pas vaguement plus compliqué (ce qui n’a pas empêché quantité de médias de s’emparer de l’affaire en analysant pas plus loin et se contentant de dire "C’est édifiant tout de même" : oui, de l’indignation, ça c’est du vrai travail de journaliste), puisqu’un sujet n’est jamais, mais alors jamais évoqué dans ledit article sur une industrie brassant des milliards de dollars : le pognon.

Un détail, probablement. Restons en à l’indignation, c’est plus simple que de mettre les mains dans le cambouis.

LXVI

Aaah, si Twitter avait existé en 1789… (cliquez pour lire en plus grand)

Lorsqu’un patron de l’industrie du jeu vidéo se lève le matin, il ne se dit pas "Tiens, si je faisais chier aujourd’hui !" avant de regarder Twitter en se disant "Ho non ! Des gens ne sont pas contents : vite ! Je dois changer tout cela et faire des jeux où l’on pourrait croiser des personnages féminins qui ressemblent à autre chose qu’à Nabilla sous acides !". En général, le patron se lève, va prendre sa douche de champagne (l’enfance de l’art), puis se dit "Tiens, qu’est-ce qui va me rapporter du pognon aujourd’hui ?" et si coller des filles en minijupes fait bondir ses ventes, il se moque un peu de savoir s’il va faire plaisir à tout le monde ou non. Ce qu’il veut savoir, c’est s’il va pouvoir se payer une maison à Malibu.

Du coup, savoir que pour une personne indignée par la nouvelle poitrine de son héroïne, il vend son bousin à deux autres, ça ne le touche pas vraiment à partir du moment où ça suffit à remplir le tableau Excel de Gégé de la compta.

Et s’indigner en ligne, à moins d’appels massifs au boycott (rarement suivis, surtout dans l’industrie du loisir), ça revient un peu à se donner bonne conscience. Un peu comme filer 5€ au Téléthon une fois par an avant de laisser des partis baisser les budgets de la recherche. C’est choupi, mais ça n’aide pas vraiment à faire avancer le fond de l’affaire.

Résumons : une partie du monde du jeu vidéo utilise l’image de la femme de manière dégradante pour faire du pognon (par un curieux hasard, souvent les jeux traditionnellement majoritairement aux mâles, sûrement une coïncidence qui n’a rien à voir avec des affaires de gros sous, du coup autant ne pas en parler). Alors on dit que bon, les mecs, ça serait sympa que vous arrêtiez, parce qu’attention, on va le dire sur Twitter.

Non.

Car de manière fort amusante, dans les solutions proposées par l’article en question, probablement nourri au militantisme 2.0, il n’est jamais question d’agir à part en "signalant". Monter sa boîte et montrer que l’on peut faire des jeux vidéos autrement ? Faire des projets dans le monde réel ? Lutter sur le même terrain ? S’engager pour changer l’industrie et passer des messages moins glauques que "Et là, tu peux appuyer sur A pour faire bouger les roploplos de la fille" (joueur de Dead or Alive, tu t’es reconnu petit fripon) Mais enfin ! Ça demanderait de remettre en jeu sa vie personnelle et professionnelle… bin non alors ! Moi je suis pour que ça change, mais sans mouiller ma chemise alors !

Vous savez, c’est un peu l’histoire du type qui crève de faim et qui d’un coup, voit quelqu’un passer dans la foule qui dit :

"Cet homme meurt de faim ! Il faut faire quelque chose !
- Bin partagez votre pain ?
- AH NON ALORS C’EST LE MIEN ! C’EST A QUELQU’UN D’AUTRE DE LE FAIRE !"

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Si le capitaine d’industrie qui diffuse aujourd’hui un message pourri avait pensé pareil, jamais il ne serait arrivé là où il est. Et jamais il n’aurait diffusé son caca. Gueuler depuis les collines, c’est sympa, mais c’est rarement comme ça que l’on gagne la bataille, Web William Wallace.

Être indigné, c’est cool. Et sans risques, à part éventuellement celui de faire parler de soi. Mais à un moment, il faut y aller. Prenez un exemple débile : les séries policières américaines. Durant des années, on a servi la même soupe caricaturale. Un jour, un type en a marre et décide d’y aller : il propose sa propre série qui colle au terrain et montre les choses sous un autre jour pour démystifier les choses. Pouf, succès mondial, et d’autres séries – pas toutes, loin de là ! – essaient de le suivre depuis, parce qu’il a montré qu’on pouvait faire bien et autrement et a ouvert une voie. Ça s’appelait The Wire. Et ça a mieux fonctionné que plus de 30 ans de ralages de professionnels sur le n’importe quoi caricatural qui était produit.

Autant ne pas parler des exemples qui ont eu des résultats concrets : encore une fois, faudrait pas déranger.

Facebook et Twitter, ainsi qu’une certaine notion de communication ont permis de faire tourner rapidement des informations à une vitesse proprement incroyable, ce qui est très bien, même si du coup, on y retrouve aussi du n’importe quoi. Désormais, même un vieil enfumage sur le RSA peut se retrouver partagé plusieurs millions de fois avant que quelqu’un ne constate qu’il s’agit d’une sorte d’étron numérique que l’on se passait gaiement de main en main. Et les mêmes personnes qui ne répondent pas sur leur boîte mail aux spams du professeur N’Gomma qui leur propose de récupérer 8 millions de dollars à la banque de Bamako depuis le décès de feu son employeur sont les premiers à aimer la page "Bonjour, nous avons 5 Lamborghini mais il manque le filtre de protection sur le volant on ne peut donc pas les vendre. Cliquez sur j’aime et choisissez une couleur et recevez peut-être la vôtre si vous êtes notre gagnant tiré au hasard". Parce que les réseaux sociaux sont devenus l’enfer du "J’aime" et du "Je partage" où finalement, l’important est de le faire, pas de s’inquiéter de savoir si c’est pertinent. Encore un détail.

J’ai bien milité aujourd’hui, pfou, je suis fatigué.

Alors définitivement, militantes & militantes 2.0, diffuser des choses, c’est vraiment très sympa (genre cet article, d’ailleurs si j’ai un million de likes, j’offre un cigare de ma collection à un lecteur tiré au hasard, évidemment). Continuez, il y en a besoin

Mais passer à l’action, ce serait pas mal non plus, particulièrement lorsque l’on voit tous les outils à disposition que vous n’utilisez pas pour des raisons vaguement suspectes. Vous avez des réseaux sociaux pour vous organiser et des outils pour agir. En rester au premier niveau, ça revient à suivre l’actualité : c’est bien mais ça ne changera pas le monde. En plus, râler, c’est un peu mon pré carré, alors barrez-vous de là.

Surtout qu’il faudrait vraiment une équipe de gros nases pour céder à une simple mobilisation Twitter comme de vulgaires pig…

Ho, monde de merde.

En soirée, on finit toujours par en croiser un.

L’oeil agile ne le détecte point de suite, tant il semble n’exister qu’aux confins de notre champ de vision ; sa simple existence parait nécessiter de formidables efforts pour que les personnes autour de lui finissent par le remarquer. Il est si insignifiant pour la plupart des gens que s’il apparaissait dans un roman, l’auteur ne prendrait même soin d’en parler ; tout au mieux, il dirait "Ah si, dans un coin, il y avait un mec qui jouait sur son téléphone, mais personne n’a retenu son prénom, alors revenons à l’intrigue : Paul avait décidé de dire à Cynthia qu’il l’aimait si fort qu’il avait envie de lui faire des enfants sur le capot de la R19 dans laquelle il avait eu un accident 6 mois auparavant" (tout le monde aura reconnu dans ce passage l’inimitable style de Marc Levy, mais passons) ; ainsi, il est possible que dans l’histoire de la littérature, des milliers de romans aient intégré ce personnage sans qu’aucun lecteur ne le sache : dans La Bête Humaine, il est peut-être sur un quai de gare à envoyer des Tweets sans qu’Émile Zola ne daigne en parler ; dans Tristan et Iseult, il discute probablement de la fin de la saison 02 de Dexter avec le Morholt (qui adore aussi Glee, qu’il regarde entre deux coups d’épieu empoisonné dans la gueule des passants) avant que celui-ci n’aille tatane Tristan, mais la légende ne l’a pas retenu. Enfin, il doit sûrement être dans le Da Vinci Code à prendre des photos du Louvre avec son Iphone, mais tout le monde s’en moque (du livre aussi remarquez, mais là n’est pas le sujet).

Cet être, c’est le Mi-Geek (qui est mi-geek, mi-raisin – attendez, qui vient d’écrire ça ? Qu’il se dénonce !), un individu hurlant être geek sans l’être.

Fléau des temps modernes, le Mi-Geek apparaît en nombre croissant dans nos sociétés occidentales, au même titre que les nouveaux produits Star Wars ou les infections urinaires. Tout comme le Migou est légendaire dans Tintin, faisant cordialement chier la moitié du Tibet à aller kidnapper des gens, courir la montagne pour faire peur aux alpinistes et déféquer devant la porte des monastères bouddhistes (d’où l’expression "couler un bonze" – bon ça suffit maintenant, hein, M. Ruquier, allez vous-en) pour jouer de bons tours aux pauvres moines se promenant en tongues, le Mi-Geek est un être de légende qui apparaît ici ou là pour ennuyer le bon peuple. Parfaitement invisible de prime abord tout comme son cousin des montagnes et appartenant presque au statut de légende à la réalité contestée ("Attends, on était pas que huit à la soirée chez Thomas ? Neuf tu dis ? Je vois pas du tout qui c’était le neuvième. Attends je recompte… naaan, on était que huit, je t’assure, tu as dû mal compter. Ah si, à un moment, j’ai cru voir une ombre dans la cuisine qui tapotait sur je ne sais quoi. J’ai sûrement rêvé."), le Mi-Geek fait partie de ces gens au physique passe-partout que l’on ne remarque jamais ; pourraient-ils braquer une banque que l’on ne saurait les décrire : plutôt grands, mais pas trop, pas gros mais pas maigres non plus… le visage de Monsieur Tout-le-monde… bref : vous avez compris le principe : nul ne sait reconnaître le Mi-Geek dans la foule des passants.

Sauf que sous cette carapace de banalité, ces créatures insidieuses ont développé une stratégie visant à les distinguer de la masse afin de briller en société : s’auto-définir comme étant quelque chose qu’ils ne sont pas, et faire tout leur possible pour le crier à la face du monde pour enfin avoir quelque chose à dire. Et pas de bol pour l’humanité, le choix est tombé sur un phénomène des plus ennuyeux : les geeks.

Ok, et donc, il y en a pour se réclamer de ça ?

Pourtant, le geek n’a rien de très glamour (souvenez-vous) : la police en trouve parfois en faisant des descentes dans des caves, persuadée que l’odeur faisandée qui émane du sous-sol d’un tranquille bâtiment résidentiel provient d’un discret laboratoire de drogue, mais nenni ! Au milieu des émanations de pets et des posters Anonymous, aux premières lueurs des lampes de la maréchaussée, on peut les apercevoir se disperser et chercher des zones d’ombre en sifflant et crachant comme des félins effarouchés qui auraient un peu abusé du kebab. Cependant, la police finit généralement par tirer dans le tas sans chercher à comprendre ce que sont ces êtres, ne laissant le temps à ces derniers que d’agoniser dans une mare de sang en choisissant leurs derniers mots (en général, une citation de Star Trek ou de Game of Thrones, geekerie oblige).

Malgré tout cela, le Mi-Geek continue de voir dans l’appellation "Geek" une sorte de label chic qui permet de se définir en société comme ayant une caractéristique vous faisant sortir de la masse des anonymes. En général, le bougre ne lie à cette appellation que le goût des nouvelles technologies et autres gadgets liés, s’auto-persuadant tant bien que mal que si si, grave que j’suis un geek, hahaha, tu sais pas quoi ? L’autre jour, j’ai joué deux heures à Angry Birds, j’suis trop accro à mon phone, un vrai geek ! Et puis bon : ça fait tellement bien d’appartenir à un groupe, au même titre qu’une gamine de 14 ans se disant "gothique" parce qu’elle porte souvent un t-shirt noir et aime Tim Burton.

Pourtant en soirée, comme je l’évoquais plus haut, le Mi-Geek est souvent discret de prime abord ; tout d’abord parce qu’il ne sort pas naturellement de la masse par son charisme ravageur, mais aussi parce qu’il passe tellement de temps sur son téléphone qu’au bout d’un moment, les gens ne se souviennent même plus qu’il est là.

Hélas, tel le sous-marin germanique se tenant invisible à l’écart du convoi de joyeux marins britanniques s’enivrant au son des vagues de l’Atlantique nord roulant contre la coque, le Mi-Geek finit toujours par trouver une occasion de passer à l’assaut pour plomber l’ambiance : qu’il s’agisse d’une âme charitable lui adressant la parole, d’un cercle mal fermé laissant une place où s’insérer ou tout simplement d’un malheureux isolé passant dans sa proximité immédiate (pire encore, si c’est un autre Mi-Geek, la comparaison avec le u-boot se poursuit puisqu’il se mettent à chasser en meute), il saura exploiter toute faille. Dès lors, il ouvre grand la bouche et en sort quantité de torpilles verbales qui viennent percuter les esprits honnêtes, faisant flamber les sujets intelligents et sombrer le niveau ambiant des conversations. En un mot, il s’empresse d’étaler sous votre nez ce qu’il qualifie comme étant sa "geekitude", à savoir ses gadgets, applications et autres pouvant lui permettre de vous expliquer que halala, quel geek (et de préférence "quel geek avec du meilleur matos que tous les présents, mais je ne dis pas du tout ça pour faire un concours de kiki avec ce que je peux !")

Alors, Mi-Geek, même si tu n’as pas forcément conscience d’entre être un ("Ah non, moi pas du tout : j’ai un petit côté geek, voilà tout, je ne suis pas concerné !"), comment t’expliquer que ta seule présence semble être une incitation à la relance de l’industrie du napalm ? Comment te faire comprendre que si l’on inventait une dynamo à mépris, tu nous permettrais de résoudre la crise énergétique mondiale ?

Disons-le simplement : Mi-Geek, tu es complètement con.

"Ho j'ai des lunettes et un Iphone : je ris de ma propre geekitude, holala !"

Trop loin des êtres humains approchables sans envie directe de les gifler (cette catégorie ne comprend donc pas Arthur ou Cauet par exemple), et trop distant des geeks de par ton inaptitude totale à avoir une véritable maîtrise du domaine que tu prétends connaître, tu n’es finalement qu’un technophile ; ce ne serait pas un problème en soi si tu acceptais de reconnaître cette appellation sans tenter de la transformer en "geek", parce que technophile, ça fait mouton-consommateur-high-tech et surtout, ce n’est ni anglais, ni à la mode. Mi-Geek, tu nous emmerdes avec ton iPhone sorti pour un oui ou pour un non, ton Mac "tellement fin qu’il tient dans une enveloppe" (et il faut te trouver une enveloppe de suite pour le prouver) alors que je sais pas toi, mais moi, je trimbale rarement mon matériel dans des enveloppes (surtout que comme le disait Antoine Lavoisier "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. A part ce que l’on met sous pli chez la Poste, des fois, ça fait juste pouf", même si l’Histoire n’a pas retenu la citation entière), et nous n’en avons strictement rien à faire de savoir que tu as plus de followers que de follow, ce qui prouverait que tu es "influent" (on cherche encore en quoi) et que tu as une bonne gestion des hashtag pour faire le buzz. De la même manière, non, regarder des séries dans ton lit n’est pas un prétexte à dire "Quel geek je fais, huhu". Ou alors, on peut aussi commencer à dire "Une fois, j’ai pris la voiture. Quel pilote de course je fais, huhu !", ce qui, tu en conviendras, est un peu con.

Mi-Geek, si tu avais existé du temps de Moïse, tu peux être sûr que Dieu t’aurais introduit au palais de Pharaon pour faire choir une nouvelle plaie sur l’Egypte ; en effet, quelle civilisation pourrait résister à des hordes d’experts autoproclamés d’un domaine qu’ils ne maîtrisent pas ? Le Mi-Geek, c’est un peu comme Christine Boutin qui se déclarerait Love-Coach : on est sûr qu’elle le pense, mais on n’a pas encore bien compris pourquoi et on préfère éviter ses conseils. Mi-Geek, l’étalage de ton discours creux drapé d’atours supposément techniques permet à chacun de comprendre en un coup d’oeil à quel point tu n’y connais strictement rien et vis simplement au milieu de tes illusions. Mots en "-ing" en permanence parce que toi tu ne tweetes pas, tu fais du micro-blogging, propos anglais pour un oui ou pour un non comme ces jeunes garnements qui sortent d’école de commerce (pardon : de Management School) mais même pas foutus d’arriver à vendre leur propre formation, préjugés présentés comme des vérités générales façon "Pardon ? Tu ne travailles pas sur Mac ? Mais comment fais-tu, lol !" parce qu’à force de vouloir te convaincre qu’avec ça tu faisais sérieux comme à la télé, tu as fini par en attendre autant des autres… autant de signes qui permettent à chacun de savoir que oui, tu es un Mi-Geek qui suit une mode absolument consternante consistant à prendre pour chic ce qui ne l’est pas (comme la plupart des modes, en fait), et que tu dois donc être bien malgré toi une sorte d’enveloppe vide errant sur deux pattes se réclamant de n’importe quoi.

A titre de comparaison, tu serais un peu comme un type qui se proclamerait "un peu mécano, grease monkey tu vois" parce qu’il adore aller au salon de l’auto, même s’il n’y pige rien à la mécanique mais qui tente de caser "joint de culasse" le plus possible pour faire expert à chaque fois qu’il croise quelqu’un, bien qu’infoutu de simplement trouver seul où se trouve le boîter à liquide lave-glace sur sa voiture. En fait, simplement un type qui aurait envie de s’inventer des qualités pour mieux parler de sa voiture neuve.

En deux mots, un beauf, qui comme tous les beaufs, suit la mode pour mieux se mettre en avant.

Vous comprenez cette blague ? Et bien non, ça ne fait pas de vous un geek pour autant. Flûte alors.

Evidemment, tout cela pourrait rester sans conséquence : le Mi-Geek serait finalement simplement un personnage des plus ennuyeux (qu’importe son sexe) tentant de se définir au travers d’un terme qu’il ne comprend pas lui-même. Mais hélas, la chose est bien plus affreuse : ils incarnent désormais un fléau pour les sociétés modernes, puisque leur passion pour les gadgets technologiques et la passivité des gens à ne pas les renvoyer à leur incompétence crasse leur permet de faire carrière dans les métiers du web, au grand dam des gens un peu doués qui y travaillent et voient ainsi des pelletées de gros nuls être déversées dans leur domaine sous les acclamations de la hiérarchie des braves travailleurs, persuadée qu’elle vient de recruter des cadors d’internet (après tout : ils utilisent des mots en "-ing" et ont un Mac, ils sont forcément sérieux pour le vieux décideur lambda). Certains domaines encore jeunes, et où il est encore difficile de distinguer le bon grain de l’ivraie (et Corky d’Einstein) pour le mécréant sont donc envahis de ces enfants du démon, comme par exemple :

- "Community manager" : ce qui est bien avec le web, c’est que la génération qui a grandi – ou presque – avec l’outil n’est pas encore la plus âgée, et donc les décideurs qui pensent encore minitel et bebop peuvent se faire baratiner par le premier type venu qui leur dit "Je maîtrise twitter, j’ai au moins 217 followers" ; du coup, entre la personne vraiment apte à animer une communauté, et celle qui rédige des tweets à base de "@porco_banana Regarde ce que je viens de trouver : une vidéo avec un chat arc-en-ciel qui fait "nian nian" ! C’est lol #cat #fun" – posté le 07 mars 2012 , c’est un peu comme mettre dans la même catégorie de journalistes Joseph Pulitzer et Ariane Massenet : la simple existence de la seconde donne des envie de balles dans la bouche au premier (mais pas forcément pour sa bouche à lui, hein, attention)

- "Expert web-marketing" : grâce à sa puissant maîtrise du web, le Mi-Geek en web-marketing peut donner d’astucieux conseil à ses employeurs : "Faudrait faire de la pub sur internet et sur les socials networks", pour au final, se retrouver à taper plein d’enthousiasme des newsletter bourrées de fautes qu’il enverra à ses clients en oubliant de cocher la case "correspondant caché", puisqu’il était occupé au même moment à lire une news sur "Comment Foursquare va équiper l’armée américaine" sur un site sérieux du genre Lepost.fr (c’est communautaire, c’est social, c’est web2.0, c’est donc génial).

- "Consultant Social Web" : ses conseils sont si merveilleux qu’il faut les payer pour qu’il les prodigue ; parmi les experts de ce genre, je me permets de vous citer quelques conseils et explications véridiques (j’insiste) entendus de la bouche de Mi-Geeks :

  • "Il vous faut votre propre réseau social : on ne peut pas créer de groupes privés sur Facebook" (on sent l’expert)
  • "Des ordinateurs pour faire du tableur ? Des iMac, ce sont les plus performants. 1 500€ pièce, avec un pour chacun de vos gars, ça fait 20." (si vous voulez la fin de l’histoire : les mecs ont acheté parce que le responsable des acquisitions informatiques était aussi un Mi-Geek)
  • "Ahaha, mais enfin ! Twitter n’a aucun rapport avec des statuts ! Le créateur affirme le contraire sur la page officielle, mais il se trompe" (c’est vrai : quel petit prétentieux ce créateur de Twitter de prétendre savoir pourquoi et comment il l’a créé, intolérable)

- "Blogueur indépendant" : chômeur, ça le faisait moyennement sur un CV, le Mi-Geek finit donc en général par ouvrir un blog pour expliquer qu’il gère trop le internet, et qu’accessoirement, il adore prendre des photos de son chat, "Link", avec son smartphone et aidé de l’ami Instagram. De fait, il est "indépendant" car personne n’a jamais voulu le payer pour de la pub, mais ça fait beaucoup plus classe que "Mec pas lu" (ce qui n’est pourtant pas un mal en soi : tout le monde commence par ça, mais le Mi-Geek ne supporte pas l’idée de ne pas être adulé pour son génie dès la première semaine). D’ailleurs, il parle souvent de "blogosphère" aux gens n’ayant pas de blog pour donner l’impression qu’il appartient à un tout, tel un chaman défoncé à la ganja expliquant qu’il est l’ami des arbres et des écureuils puisqu’il appartient à la planète.

Le Mi-Geek, c’est un peu cet écuyer encombrant et un peu con que les chevaliers pouvaient autrefois prendre sous leur aile : il est gentil mais on ne peut lui confier que des tâches de base puisqu’il n’est pas très doué, et personne ne lui parle quand on est entre hommes de guerre parce que l’on sait que ça reste avant tout une grosse tanche, mais sitôt ledit écuyer devant ses potes vachers qui n’y connaissent rien à l’armée et à la guerre, il fait le kéké en disant "Ahaha, oui, c’est une épée dernier modèle que je porte là… regarde, regarde, le pommeau, il est super ouvragé, t’as vu ? Moi, homme de guerre ? Ouiiii un peu, oui, j’ai un p’tit côté… enfin p’tit… ouais, chuis trop un homme de guerre en fait, huhu".

Alors non : les geeks, ce n’est pas chic.

Vouloir leur ressembler et devenir un ersatz de ces créatures peu ragoûtantes, c’est déjà faire preuve à la fois d’un goût curieux et d’un certain sens de l’absurde. Les geeks, c’est très sale, ça parle de trucs techniques poussés et ça a des passions qui font que lorsqu’on les traite de "geeks", ils sont les premiers à s’en défendre parce que merde, c’est pas très gentil vous savez. Seul le Mi-Geek prend l’appellation pour un compliment, persuadé qu’être geek, c’est avoir une caractéristique un peu cool qui signifie "amateur de gadgets technologiques" et que oui, vraiment, il aime les smartphones et poster des âneries en ligne, alors il est forcément geek. Et puis surtout, il aime faire croire au tout venant qu’il maîtrise la technologie et est donc le type le plus moderne du coin, les autres autour de lui n’étant que de foutus passéistes conservateurs qui ne pigent rien à rien.

Mi-Geek, rends donc service à l’humanité : tweete si cela te plait, mate des séries si tu l’entends ainsi et achète les ordinateurs qui te font envie, mais par pitié : arrête de vouloir te faire passer pour autre chose que ce que tu es : un simple consommateur de gadgets technologiques.

Et je ne dis pas du tout ça car je viens de voir qu’un certain parti venait de lancer une plate-forme "socialgeeks", utilisée par des gens se définissant comme tels mais toujours pas foutus de comprendre la différence entre une page et une personne sous Facebook.

Travailleurs sérieux de l’internet : je vous plains.

La communication est un domaine qui m’échappe.

Non pas parce que mes tympans prennent feu à chaque fois que quelqu’un abuse des mots en -ing et autres anglicismes, choses répandues en ce domaine (avec le tutoiement à outrance, car le communicant sitôt qu’il vous a serré la main se prend aussitôt pour votre meilleur pote, y compris quand il s’agit de demander un service, prouvant ainsi que communication et empathie font deux), mais plutôt parce que les mystères produits par les sombres séides qui y travaillent me laissent pantois. La chose serait anodine, bien sûr, s’il n’y avait en ce moment une foire à l’absurde en direct dans tous les médias : les frémissements du début de la campagne présidentielle.

Alors évidemment, on pourra me rétorquer que nous n’en sommes plus ni aux frémissements, ni même au début, mais bon, hein, je vous rappelle que l’UMP n’a toujours pas de candidat et que nous n’avons aucune idée de qui ils vont présenter (même si personnellement j’hésite encore entre Dominique Le Sourd et Jean-Claude Mignon), aussi il parait difficile de dire que la campagne bat son plein. Et de toute manière, là n’est pas le sujet.

Non en fait, le vrai mystère, c’est comment la communication, qui repousse déjà régulièrement les frontières de l’absurde (les publicitaires particulièrement ont un certain don : feuilletez n’importe quel magazine et ensuite demandez-vous comment quelqu’un a pu déclarer "Et là, on mettrait une photo de nana morte de rire parce qu’elle mange une pomme pour dire que c’est sain et que les fruits sont connus pour raconter de formidables blagues" ou quel esprit malade a pu créer les publicités Orangina, truc tellement vide de sens qu’à chaque diffusion de spot, un philosophe meurt quelque part dans le monde. Mais curieusement, ça épargne toujours BHL, je ne comprends pas pourq… ah, si, en fait, je vois), peut parvenir à un tel niveau de n’importe quoi sitôt qu’elle s’engage dans le domaine mystérieux qu’est la politique.

Une image parmi des centaines : on constate clairement que la pomme raconte quand même super bien celle des deux Belges qui entrent dans un bistrot

Mettons-nous d’accord tout de suite : la politique n’est pas le sujet le plus facile à aborder ; chacun sait par exemple qu’en soirée, nombreux sont celles et ceux à dire "Non, on ne parle pas de politique" parce que a), ils trouvent ça chiant, b), ils ont peur de dire une connerie, c), il y a Maurice qui est présent et est toujours partant pour discuter du sujet, mais à condition que tout le monde soit d’accord avec lui parce que son camp a toujours raison et tous les autres sont des cons.

Mais franchement, ce n’est pas une raison pour nous pondre ça ou ça

Certes, je cite deux exemples du Parti Socialiste, mais c’est surtout parce que je viens de tomber sur la nouvelle chanson de campagne, aussi ai-je décidé de la citer en exemple ; croyez bien que si notre président se représentait, sur le thème dont il est friand de la vaillance de l’homme d’état luttant dans les instants difficiles, je serais le premier à lui proposer le thème de Kirikou comme hymne électoral. Or, il n’en est rien, et je n’ai encore rien aperçu des autres candidats, pas même de Marine, dont j’espérais au moins un hymne de campagne ("Marine, nous voilà !") ou un geste de ralliement ("Tend ton bras vers l’avenir !"). Bref, que disais-je ? Ah, oui.

Oui, donc : QUI peut penser, sérieusement, que l’un de ces trucs sert à quelque chose ? Combien de vis à bois faut-il s’enfoncer dans les narines pour commencer à penser, l’espace d’un instant, que ces créations ont d’autres intérêts qu’à décrédibiliser son propre camp ? Je veux dire : une campagne présidentielle, l’objectif, c’est de faire gagner son candidat, non ? Persuader qu’il est meilleur que les autres, que son programme est plus chatoyant, que la France sera heureuse avec lui et son gouvernement…

Alors quel rapport avec des clips et des chansons ? Non parce que depuis la sortie du premier, on peut lire et entendre un peu partout : "Hou, c’est ridicule" ; certes, j’entends bien, bouger les mains façon "Je scratche un baba-au-rhum, je suis DJ-pâtisser" n’est guère valorisant, mais attendez, la vraie question c’est : "Quelle est l’utilité de cette daube ?" ; imaginons que le signe de ralliement eut été formidable (ce qui, si j’en crois ce que je lis, qui ne s’arrête que sur la qualité de la chose, aurait suffi à faire taire les critiques) ; qu’on eut vu dans ces membres en mouvement une sorte de grâce majestueuse à en faire pleurer les danseuses du Bolchoï, et que chacun se soit levé pour applaudir pareille chorégraphie, mais dites-moi, en QUOI cela aurait eu un QUELCONQUE rapport avec le candidat/le programme/la campagne ?

Ah, bah aucun en fait.

Bon, alors on pourra aussi me répondre que la chose est le fruit des Jeunes Socialistes, qui ont quand même pour président un type qui n’est pas choqué que, d’après ses calculs, la journée scolaire moyenne d’un petit français dure 52 000 heures (ça laisse peu de marge pour les devoirs à la maison après le goûter) et qui peut annoncer sans souci sur Facebook que non, il ne s’est pas présenté à une vraie élection pour être président du mouvement, qu’en fait, c’est la précédente occupante qui lui a proposé le poste (zut, moi qui croyais qu’il y avait une vague histoire de démocratie, tout ça), on comprend quelques trucs, mais quand même : comment les communicants qui encadrent la campagne ont pu laisser passer un truc aussi idiot que ce clip ?

Encore, ils auraient fait leur geste de ralliement un peu plus haut, ça aurait pu éventuellement protéger d’éventuels jets de farine, mais même pas. Heureusement que pour préserver l’équilibre cosmique, en face, chez les Jeunes Populaires, la présidence est à Benjamin Lancar, l’homme du lip-dub (oui, aujourd’hui, beaucoup de liens, mais il faut être documenté pour bien travailler) ce qui donne, en cas de débat présidence jeunes socialistes – présidence jeunes populaires, une sorte de conversation absurde digne de La Ferme Célébrités.

Mais bref ; la vraie question est donc "Comment ces gens peuvent-ils penser que l’on raisonne pour avoir des procédés pareils ?"

Pour que personne n'oublie jamais les exploits de certains dans le domaine

Je veux dire, oui, effectivement, dans l’antiquité, 50 clampins qui gueulaient sur le forum, ça devait avoir un intérêt (tout le monde se souvient du fameux hymne de campagne de Jules César pour les élections consulaire de -49 intitulé "Pompée, Pompée, enculé", désormais célèbre dans tous les stades du monde), mais maintenant, honnêtement ? Quel est l’objectif ? Gagner des voix à l’aide de chant et de chorégraphie ? Encore, Shakira se présenterait, je pourrais comprendre parce que bon, un déhanché pareil, ça doit avoir sa petite influence au G20, mais quand même, là, voir des péquins bouger les bras et/ou donner de la voix ? Mais enfin, dans quelle dimension vivent les gens à l’origine de ce genre de trucs ?

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Nous interrompons ce blog pour vous proposer un flash d’une autre dimension.

Au même moment, dans la dimension X.

Le footman #124-B51 s’avança dans la petite salle du Technodrome, observant prudemment les blanches parois alentour sur lesquelles couraient divers câbles plus ou moins entretenus ; après s’être ainsi étonné de ne voir personne dans l’endroit, il s’avança doucement vers la petite table au centre de la salle où trônait une urne à demi-remplie, aux côtés de laquelle reposaient diverses renveloppes et bulletins. Alors qu’il n’était plus qu’à quelques centimètres de l’endroit et que les papiers étaient presque à portée de sa main, une trappe claqua au plafond et un petit écran au bout d’un bras mécanique en sortit ; une voix robotique se fit entendre.

"Bonjour citoyen #124-B51 – vous êtes un citoyen de classe footman – Votre nom civil est Alexander Francis Joshua Roudoudou – Validez-vous cette information ?
- Heu… oui ? – lança timidement le citoyen #124-B51
- Enregistrement validé – Nous vous rappelons que cette élection déterminera qui dirigera la forteresse roulante multi-dimensionnelle de classe Technodrome pour les 8 prochaines années – Validez-vous cette information ?
- Oui je… j’ai compris.
- Enregistrement validé – Vous avez le choix entre deux candidats : Shredder, un ninja qui combat avec une râpe à fromage,  ou Krang, un cerveau parlant qui se déplace à bord d’un robot anthropomorphe en slip – Souhaitez-vous plus d’informations sur les prétendants ?
- Oui, j’aimerais savoir lequel des deux propose de fermer la faille dimensionnelle au travers de laquelle des communicants de chez nous fuient pour se réfugier sur Terre ? Je suis sûr que ça va finir par nous attirer des…
- REQUÊTE ILLOGIQUE – Pour choisir, nous allons diffuser sur cet écran deux clips musicaux – Vous voterez logiquement pour celui qui a le meilleur.
- Moi j’aime bien Shredder quand même. On peut commencer par son clip ?
- Requête validée – CLIP UN : UN FAN DE SHREDDER FAIT DU BREAK DANCE"

Sur l’écran au bout du bras mécanique apparut un type aux cheveux longs s’évertuant à s’agiter en tous sens au son d’une beat box, alors qu’un choeur chantait "Shredder, Shredder, avec lui, ça va le faire". L’écran s’éteignit finalement et la voix robotique reprit.

"CLIP DEUX : LES JEUNES POUR KRANG FONT DU SMURF"

Une fois encore, la lucarne électronique s’illumina et apparurent quelques jeunes gens s’évertuant à tourner en tous sens alors qu’entre diverses trompettes on pouvait clairement entendre "Si tu veux pas que ça tangue, choisis Krang !"

Le footman #124-B51 resta un instant les yeux pleins de larmes, son regard changé sur Krang et son programme : oui, ce clip musical l’avait convaincu de voter pour lui de par la force de ses arguments. Et puis ce refrain… "Ho non, ça tangue ! Viteuh viteuh viteuh : Krang !" ; il fit un dernier pas vers la table, plia le papier au nom du cerveau amateur de robots géants et le glissa dans l’urne avant de retourner avec impatience travailler dans son secteur de l’immense forteresse mobile errante ; à la seconde où le sas de la salle se ferma derrière lui, il put entendre "CITOYEN SUIVANT !"

Après ce flash, le blog va reprendre, merci de votre attention.

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Non vraiment, en quoi, à part à dépenser du pognon, ce genre de truc peut bien servir ? Qui pourrait changer d’avis en voyant cela ?

Et comme je l’évoquais plus haut, voilà qui me rend donc d’autant plus perplexe sur la réaction habituelle : "Ho, la chanson/chorégraphie, elle est ridicule" ; non mais en fait ce n’est pas ça le problème, hein, c’est le principe même qui l’est. Et le fait que du coup, à chaque élection, de gens se sentent obligés de pondre ce genre de productions comme un quelconque besoin gastrique soulagé à même nos yeux et nos oreilles.

Evidemment, tout aurait pu s’arrêter là, répétant encore et encore le même modèle incohérent jusqu’à ce que l’humanité connaisse son crépuscule dans le feu nucléaire, si en plus, quelqu’un n’avait pas eu la mauvaise idée d’expliquer à tout ce petit monde qu’il existait un nouvel endroit à souiller à grands coups d’étrons communicatifs : le Internet. Et depuis qu’en plus, on y trouve des réseaux sociaux, le Internet est devenu une sorte de cible formidable que tout le monde vise, mais personne ne sait vraiment trop comment ou pourquoi.

L'homme qui a le mieux compris internet au gouvernement : "C'est une sorte de truc où l'on va discretos au boulot pour poster des conneries sur Twitter"

Par exemple, en ce moment, sur Facebook, c’est un peu le bordel : impossible de vous connecter sans vous retrouver avec des gens relayant des tonnes de trucs sur "Pourquoi mon candidat c’est le plus gentil du monde" ou "Pourquoi les autres sont bêtes et méchants et sentent le prout" , et de préférence, le second (si vous avez un doute sur le sujet, je vous propose deux captures d’écran, l’une des jeunes populaires, l’autre des jeunes socialistes : c’est tellement caricatural que si vous regardez bien, pour savoir qui propose quoi, il faut consulter le site du camp d’en face ; les autres formations politiques me pardonneront de ne me concentrer que sur les deux principales, mais sinon, je risque de ne pas être couché de suite). Du coup, encore une fois, la question se pose :

Qui peut réellement penser que c’est en spammant tout le monde à répétition (oui, spammer à répétition, c’est un pléonasme, je sais mais il fallait appuyer la chose) que d’un coup les gens vont se dire "Ho, merci, à force de me spammer, j’ai envie d’être d’accord avec toi, tu m’as convaincu, et ce n’était pas du tout super lourd au point de me donner envie de tuer toute ta famille" ? Des gens qui au 114e "Enlarge your penis" quotidien, dévalisent toutes les pharmacies du net, désormais convaincus qu’en quelques pilules ils se retrouveront métamorphosés en crypto-éléphants (mais d’Asie, l’éléphant) ? Alors évidemment, on pourrait me dire que "Non non, hein, ça n’a rien à voir avec de la communication, ce sont les militants qui font ça de leur propre initiative !", mais attendez, ne parle t-on pas des mêmes militants à qui l’on file des "outils de partage" pour faire tourner tout et n’importe sur Facebook ? Qui ont des formations, je cite le programme d’une université d’été de 2011 "Comment devenir influent sur les réseaux sociaux ?" par des gens qui expliquent qu’il y a une formule magique pour ce faire, qu’ils la maîtrisent parfaitement, et qui sont payés pour la présenter, mais qui s’avèrent finalement aussi influents qu’une huître, et en plus, ont des profils Facebook intégralement consultables par le public avec photographies personnelles & co  (véridique) ? Qui ouvrent des sites "réseaux sociaux" qui se disent "copiés sur le modèle de Barack Obama" (la formule magique pour ne pas avoir à argumenter quoi que ce soit "Naaaan mais c’est un truc américain, mais américain cool"), en oubliant que leur propre camp avait ouvert exactement la même chose, pile deux ans auparavant, et qui oublient donc aussi de l’utiliser, payant donc deux fois la même chose ? Quel est le but ? Faire une campagne axée autour du thème "Regardez comme notre camp est relou, haïssez-le" ? ; "Tenez, si vous pensiez qu’on pouvait gérer un pays, sachez qu’on arrive même pas à gérer un mur Facebook" ?

Aussi, dans la même veine subtile et délicate que ces braves communiquant qui encouragent ces pratiques qui, non seulement n’ont aucun sens, mais en plus sont diablement contre-productives, je vous propose brièvement quelques solutions à des situations fréquemment rencontrées grâce à un habile recyclage de courrier de lecteurs évidemment parfaitement originaux. Jetons donc un oeil.

Cher Odieux,

Une amie à moi n’arrête pas de poster sur Facebook et Twitter des photos de son candidat préféré, mais je n’ai pas envie de bloquer son mur car des fois, elle poste quand même des photos d’elle en bikini, comment faire pour lui demander de cesser sans la froisser ?

Aurélien, 19 ans, Metz

Cher Aurélien,

Il convient d’expliquer à cette damoiselle que non, la politique, ce n’est pas Meetic et que du coup, ça n’a pas grand intérêt son affaire. Puisque c’est sympa un candidat bien fait de sa personne, mais en fait, ça n’a tout simplement aucun rapport avec la choucroute. Par exemple, Lucy Pinder rend mieux sur les photos que Robert Badinter, mais bon, un seul des deux pourrait éventuellement se pencher sur la mallette nucléaire sans que ça ne déclenche un tir vers Moscou d’entrée de jeu.

Et puis de toute manière, en cette saison, elle ne risque pas de poster des photos d’elle en bikini : bloquez-là aujourd’hui, débloquez-là en mai. Et éventuellement, déboîtez-là en juin.

Monsieur Connard, 

Je suis bien embêtée car un ami m’a demandé de participer à l’une des nombreuses campagnes sur les réseaux sociaux des candidats qui veulent le plus de "J’aime" possible. Je n’ai pas bien compris l’intérêt, mais bon, vous savez ce que c’est hein, je n’ai pas de chromosome Y, tout ça, alors je suis sûrement passée à côté d’un truc.

Raphaëlle, 31 ans, Toulouse

Chère Raphaëlle,

Vous abonneriez-vous à une newsletter dont vous ne voulez pas ? C’est le même principe : écrivez donc à Mark Zuckerberg de votre plus belle plume en lui demandant de bien vouloir rajouter l’option, juste à côté du "J’aime" Facebook "Je n’en ai strictement rien à foutre", avec un gros doigt comme illustration.

Vous découvrirez ainsi que non seulement cela vous permettra de répondre aux demandes insistantes de vos amis, mais qu’en plus, vous aurez enfin une option pertinente pour répondre à leurs statuts "Attends le train", "En cours de maths" ou "Ah, une bonne douche !"

Mark, si tu me lis, voici le bouton dont je rêve

Cher Monsieur,

Est-ce vrai que toutes les civilisations ne se valent pas ?

Bien à vous,

Jean-Marie, 88 ans, Paris

Cher Jean-Marie,

En effet : tous les Civilizations ne se valent pas. Surtout le 4 qui rame pas mal en fin de partie.

Cher Connard,

Vous prétendez suivre, mais j’ai bien vu que vous ne suiviez personne sur Twitter ; or, la campagne se passe aussi là-bas ! C’est ça, le Internet ! 

Nadine, 5212 ans, Toul

P.S : Vous ai-je déjà dit que le Président était génial ?

Chère Nadine,

A partir du moment où l’on estime que l’on peut discuter sérieusement de politique sur un site qui limite l’argumentation à 140 caractères, il faut commencer à se poser de sérieuses questions sur la richesse de son propre propos.

Par contre, pour raconter que Truc a dit ceci ou cela sans vérifier les sources avant d’ajouter les mots "Honteux", "Caniveau" ou "Boue" dans un coin, c’est super.

Cher Monsieur,

Je pense que vous avez tort. Vous n’avez rien compris à la notion de partage sur internet

Maxime, 29 ans, Limoges

Cher Maxime,

C’est faux. D’ailleurs, j’aurais bien répondu avec quelque chose d’argumenté, mais il est vrai que nous sommes sur internet, où les gens sont forcément des cons à en croire ce qu’on leur propose, et où donc on peut leur balancer n’importe quoi  pour faire du "buzz" ; j’aurais pu passer deux jours à élaborer une réponse, à la mettre sous forme de vidéo avec chiffres et schémas à l’appui pour présenter de manière simple et pédagogique ma réponse à votre problématique, voire quelques idées, mais je me suis dit que j’allais plutôt passer ce temps là et l’argent allant avec dans une chanson de la même durée qui ne vous apprendra rien, n’est même pas bonne à écouter et n’est, finalement, ni une chanson, ni un discours, mais juste du rien.

C’est débile et absurde ? Personne de sensé ne pourrait laisser passer quelque chose d’aussi gros ?

Bravo : vous avez compris le problème.

Oui, oui, je sais.

"Comment, encore du Twilight ?" ; certes, j’en conviens. Mais étant fort occupé, je me suis permis de vous proposer ce bref biscuit numérique pour patienter en attendant un article plus consistant sur un autre sujet. Je vous laisse donc cliquer ci-dessous pour avoir un bref aperçu du Facebook de Bella Swan, de son arrivée à Forks, petite ville de l’Etat de Washington jusqu’aux derniers évènements dont nous avons traité ici-même précédemment (aussi ne vous étonnez pas d’y trouver des redites). Il est recommandé d’avoir une certaine maîtrise de la chose (l’intégralité des spoilers étant disponibles en liens au début de l’article précédent), mais ce n’est pas obligatoire.

Sur ces bonnes paroles, le devoir m’appelle, tendant vers moi ses solides tentacules chronophages.

Cliquetez donc sur l’image pour arriver sur la version complète, malandrins.

Il y a des nouvelles qui font pousser des "Hooo !" et des "Haaa !" dans les chaumières : réduction d’impôts, déclaration de guerre, ou éventuellement, annonce d’un film produit par Jean Roucas. La chose est compréhensible.

Pourtant, dernièrement, c’est plutôt une autre nouvelle qui a fait réagir nos amis internautes, qui comme chacun sait, sont nombreux à passer 30% dans leur journée dans un cycle quasi-infini "mes mails – mon facebook – mes deux sites favoris – un site d’infos"  ; aussi, lorsque la nouvelle est tombée, certains ont chu de leur chaise de bureau en poussant des cris d’orfraie.

En effet, on peut se prendre un coup de pied au cul de la part de son employeur après avoir raconté des carabistouilles sur Facebook. Même si on a mis des smilies.

Il n’en fallait pas plus pour que les Jean Moulin de la Résistance 2.0 sautent sur leurs claviers pour lancer quantité d’actions courageuses : lâcher des com’ à base de "et la vie privée, alors !", "on vit vraiment dans un pays fasciste" (point Godwin obligatoire), ou encore "et la liberté d’expression !" ; tels d’audacieux maquisards virtuels, ils se dépêchèrent donc de souiller ainsi les commentaires de nombreux sites avant de s’en retourner dans leurs cachettes depuis lesquelles ils pourraient s’adonner à des vraies activités de rebelles, comme devenir fan du groupe "contre la torture des animeau dans le monde entié", ou mettre un avatar du Che sur MSN. C’est à se demander ce que fait la milice.

Résumons l’affaire tout de même : trois employés d’Alten, une société d’ingénierie spécialisée dans les conseils en technologies, les services informatiques et réseaux, se décident à baver sur leur employeur sur leurs profils Facebook. Bien que comme son nom l’indique, moult employés d’Alten soient des ingénieurs, c’est-à-dire,  je cite wikipédia (et d’autres sites ayant repris la définition, Google est votre ami) : "L’ingénieur apporte son expertise technique et sa créativité en tenant compte de contraintes de temps, de ressources, d’innovation, d’ergonomie et de respect de l’environnement et des réglementations.", aucun d’entre eux n’a l’idée, même un vague instant, malgré leurs compétences d’ingénieurs-experts-conseils en sécurité réseau, d’aller voir les paramètres de confidentialité de leurs comptes Facebook pour voir si le monde entier ne peut pas lire leur échange.

 

"Bertier, je sais que je ne devrais pas, mais depuis que vous êtes devenu fan de "Mon patron est un gros con", j'ai décidé de ne pas vous augmenter"

Hélas, en chemin, ils sont dénoncés par une tierce personne qui, écoutant le secrétaire d’état aux PME, se souvient que la dénonciation est un devoir républicain, et va donc tout raconter à la hiérarchie, en échange de quoi il reçoit 30 deniers, potentiellement échangeables contre des points cools sur FB tant le denier a un cours relativement bas à Wall Street ces derniers temps.

Je ne sais pas ce qui a dû le plus faire sourciller le patron : ce qui se disait ou le fait qu’à trois supposés spécialistes, ils n’étaient pas foutus de penser à changer leurs réglages de base sur un site grand public (surtout que dans réseau social, il y a "réseau" et "social", soit deux bonnes raisons de supposer que d’autres risquent de lire l’échange). Dans tous les cas, il leur proposa une douce caresse du fessier aidé en cela par ses croquenots fraîchement cirés.

Mais, les employés, tant qu’à prendre un coup de pied au cul, le prirent avec panache et invoquèrent deux motifs pour contrer cette décision : la conversation était privée, et en plus, ils y avaient mis des smilies. Deux points que les Jean Moulin de l’internet n’ont pas oublié de rappeler pour venir en aide des malheureux licenciés. Evidemment, trop occupés à se cacher dans le maquis, ils avaient oublié de lire les conditions d’utilisation de Facebook (mais si, vous savez, ces trucs que personne ne lit jamais et où vous cliquez sur "accepter" pour aller vite), dont vous pourrez, toujours histoire de gagner du temps, constater l’évolution en un coup d’oeil ici et . Bref, si vous ne touchez pas à vos paramètres de base Facebook (comme nos trois champions), les amis de vos amis ont accès à vos données. Soit, sachant qu’en moyenne, chaque personne a 50 amis sur Facebook, un total de 2 500 spectateurs potentiels.

Et, allez savoir pourquoi, il semblerait que des propos tenus devant 2 500 personnes soient considérés comme publics. C’est fou, quand même. En tout cas, ça veut surtout dire qu’il faut que je pense à réduire drastiquement le nombre de personnes que j’invite à mes orgies, mais c’est une autre histoire qui, j’en suis sûr, vous ennuierait profondément. Je vous l’épargnerai donc.

Seconde chose, l’utilisation de smilies rendrait les propos inoffensifs. Ah. Ainsi, il serait donc de bon ton de dire "Allez vous faire enculer :)" ou "Je te conchie si fort que même un scatomancien ne saurait te sauver du golem fécal que je compte poser sur ta tête ;)". L’humour serait plus subtil qu’un smiley ? Zut alors ; ainsi donc, lorsque j’envoie à ma secrétaire "Ce soir, je compte bien te mettre un bon coup de 8===> dans le (Y)", cela pourrait quand même être assimilé à du harcèlement sexuel malgré l’utilisation – habile, vous en conviendrez – de smilies et autres figures artistiques ? Ah nan, mais c’est carrément trop nul en fait.

Attention, donc, les enfants : contrairement à un mur, une cabane ou un Guy Carlier, il est impossible de se cacher derrière un smiley. Soyez prudents.

 

"Je t'avais dit que c'était pas malin de mettre l'évolution de notre désertion quotidiennement à jour sur twitter"

Mais en tant que membre de la Ligue des Enculés de Patrons Extraordinaires, je trouve cette manière d’agir sur internet tout à fait formidable : en effet, Facebook sert à notre classe néfaste à détecter les grosses buses. Parce qu’allez comprendre pourquoi, ces dernières trouvent très important de partager plein d’informations personnelles avec tous leurs amis, tout en supputant que jamais au grand jamais un employeur ne serait assez pervers et fourbe pour aller taper votre nom/votre adresse mail (aaah, combien de curriculum vitae comportent des adresses mails "petite_pipounette78@caramail.fr" ou "19cmdebonheur@gmail.com" ?). Ce qui évidemment, revient à grandement nous sous-estimer. Ainsi, c’est avec bonheur qu’il est possible de constater que certains utilisent la même photo pour leur CV et leur profil : mais si, vous savez, ce genre de photo prise avec la webcam où un appareil tenu à bout de bras sur laquelle on peut lire, derrière ce visage qui se veut simili-sérieux, ce rictus qui signifie "bordel, je suis bien cadré là ou pas ?" ; bien que cette même expression puisse aussi signifier "bon sang, je n’aurais pas dû reprendre de la choucroute aux fruits de mer ce midi, qu’est-ce que j’ai mal au bide". Ca fait toujours plaisir.

De même, quoi de mieux que de constater que les statuts d’une personne sont rédigés dans une langue relativement inconnue, dans laquelle "é" et "er" sont sans cesse confondus ? Comment ne pas sourire en imaginant maman relisant le CV de son chérubin d’un oeil tendre, corrigeant cette ligne où il a écrit "je suit diplomer en science de l’ingénieure" ? Et puis, quel bonheur de noter dans certains cas que l’éventuel salaire que l’on pourrait verser à une nouvelle recrue terminerait dans les poches de quelques épiciers vendeurs de mauvaise vodka ? Car non, avoir accès aux photos d’un candidat en slip faisant la chenille un mauvais-whisky-mauvais-coca à la main ne donne pas particulièrement envie de rêver. Même si vous êtes tout à fait libre de le faire : une passion pour les chorégraphies en slip sous l’emprise de l’alcool ne peut être considérée comme discriminatoire.

Alors vraiment, vraiment, continuez, bonnes gens. Continuez de mettre sur internet tout ce que vous ne voudriez pas que d’autres gens connectés à internet trouvent. Continuez de montrer que vous êtes de grands professionnels, mais que vous n’êtes mêmes pas foutus de lire les conditions d’utilisation des sites que vous utilisez, alors que tout le monde vous met en garde. Et continuez d’invoquer le respect de votre vie privée : c’est vrai que ça fait tellement envie, des gens qui pensent qu’il n’est pas de leur responsabilité de gérer ce qu’ils font sur internet.

Alors évidemment, on me dira que c’est scandaleux de consulter les profils Facebook d’autrui ; que je ferais mieux de changer mes méthodes et de me montrer plus responsable dans ma manière d’agir.

D’accord. Mais si je ponctue cet article d’un smiley, alors je peux faire ce que je veux, pas vrai ?

:-)

Louis-Émilien était inquiet.

Voilà plusieurs heures que Jacques-Xavier aurait dû rentrer du collège Nadine Morano. Que lui arrivait-il ces derniers temps ? Il ne reconnaissait plus son propre enfant : il n’avait ramené qu’un vulgaire 17,5 la semaine passée en latin, prétextant une mauvaise maîtrise du gérondif ; la semaine d’avant, il avait demandé à table s’il lui serait possible d’arrêter prochainement le catéchisme. Et puis, il y avait eu cette fois où il avait demandé à ce qu’on lui achète des baskets pour remplacer les sandales que sa marraine lui avait acheté pour sa profession de foi. Quel toupet ! Vraiment, Louis-Émilien était inquiet pour l’avenir de son enfant ; ne comprenait-il pas que ses parents étaient là pour le guider ? N’avaient ils pas l’expérience de la vie, celle-là qui lui permettrait d’éviter bien des obstacles ? Ingrate descendance, aveuglée par la luxure et l’orgueil adolescent !

Louis-Émilien se décida à employer les grands moyens : il allait géolocaliser son fils grâce au bracelet qu’il lui avait acheté l’an dernier pour ses 11 ans. D’un pas leste, le père de famille se dirigea vers son ordinateur afin de résoudre la mystérieuse absence de son fils.

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L’autre jour, je suis tombé là-dessus, à savoir un article traitant de la possibilité de géolocaliser son enfant où qu’il soit afin d’éviter de le perdre. Mais lisons plutôt ensemble.

Qui n’a jamais eu peur de perdre son enfant dans un magasin pendant les courses ? Ces petits êtres haut comme trois pommes sont peu visibles et très rapides. La solution pour les retrouver rapidement peut se trouver dans un simple GPS

Alors je précise que l’on parle bien d’enfants, hein ; je sais que d’après ce descriptif, on pourrait penser à des leprechauns, mais il n’en est rien : dans mes jeunes années (puisque certains lecteurs s’y intéressent), j’ai bien essayé de voler leur or aux bambins pour voir s’ils me donnaient trois voeux en échange, mais il n’en est rien : quand vous confisquez sa monnaie à un freluquet, tout au mieux, il se met à piailler, et il faut alors l’anesthésier très vite et très fort, en utilisant un objet adapté, comme par exemple un avant-bras doté d’un poing clos (bien que l’on puisse éventuellement se débrouiller avec un moignon, mes lecteurs lépreux sauront de quoi je veux parler).

Mais nous nous éloignons du sujet : oui, quid de perdre son enfant en faisant ses courses ? Comment faire pour le retrouver ? Comment faisait on jusqu’ici ? Faut il l’attacher directement à la proue du caddie, afin d’allier sens pratique et tuning ? Non ! Sachez qu’une nouvelle révolution vient d’arriver : la géolocalisation même si d’entrée de jeu, dans un centre commercial, avec un toit, ça risque pas de marcher.

Pour la modique somme de 129,00€, votre enfant peut donc cacher cet objet "dans son sac" ; ainsi, il suffit d’envoyer un SMS à l’appareil pour que celui-ci renvoie immédiatement sa position. Il dispose de plus d’une fonction "SOS" pour que l’enfant envoie lui-même sa position vers un "téléphone partoble" si jamais il rencontre un soucis, comme par exemple, une tentative de kidnapping.

Ainsi, l’enfant n’a qu’à dire "Attendeeeez agresseurs, ne bougez pas, je pose mon sac d’école. Voilà, permettez, je l’ouvre pépère… hop, je fouille dedans, parce que bon, c’est petit comme objet, mine de rien, ça se perd vite. Voilà, je l’ai. Attendez, j’ai du réseau ? Merde, bon, je lève le bras. Rah, c’est con que je ne mesure qu’un mètre trente-huit, attendez, je grimpe sur la poubelle là. Voilà, j’ai deux barres, bordel, pourquoi papa a pris une carte SIM chez Bouygues ? Hop. C’est bon, message envoyé. Maintenant, mon géniteur va venir me chercher. Vous seriez sympas de ne pas bouger et de l’attendre ici avec moi.", et le voilà sauf. Ou alors, il se prend un gros coup dans les chicots et les agresseurs se débarrassent de tous ses appareils électroniques, parce qu’en général, ils commencent par ça. Ne me demandez pas comment je le sais, vous ne voulez pas savoir.

Alors éventuellement, des parents prudents peuvent en acheter plusieurs pour pouvoir tromper l’ennemi en leur faisant croire qu’ils ont trouvé le seul outil de géolocalisation dont l’enfant disposait, mais, nenni ! En en cachant un dans son rectum, par exemple, on se sent plus en sécurité. Par contre, on risque de traumatiser son enfant à vie. Sinon, faites vous aider par un prêtre. C’est un petit prix à payer pour assurer sa sécurité.

[...] les parents peuvent aussi délimiter des zones de sureté que l’enfant ne doit pas franchir : pratique pour les familles qui vivent dans des maisons avec jardins ou dans des résidences ; mais aussi pour les écoles ouvertes sur la rue (nous avons tous en mémoire l’exemple de ces bébés qui s’étaient faits la malle de leur crèche dans le Sud de la France) Un pas en dehors de ces lignes et un e-mail d’alerte prévient immédiatement les adultes.

Enfants heureux d’être en sécurité

Il est donc possible de délimiter la zone dans laquelle l’enfant peut vadrouiller ; si jamais il tente de s’échapper, un SMS vous est envoyé "Achtung ! Das petit chenapan tente ein flucht ! " ; vous n’avez plus qu’à cliquer sur "Enregistrer comme lu" ou "Lâcher les bergers allemands" pour mettre fin à cette pitoyable tentative d’évasion. Bon, sans vouloir vexer personne : un enfant assez grand pour sortir seul de la maison est en général capable de comprendre qu’il doit virer le dispositif GPS qu’il a autour du cou s’il veut partir à l’aventure ; et un enfant trop petit pour comprendre ça sera souvent arrêté par une simple porte fermée à clé. Dans les deux cas, le bidule est donc inutile.

D’ailleurs, notez un autre paradoxe : l’objet serait fait pour les parents qui veulent surveiller leurs enfants. Et bien, figurez-vous qu’en général, les parents qui veulent surveiller leurs enfants, ils les surveillent. Ils ne disent pas "Tiens, je vais confier mon gamin à un appareil GPS pendant que je vais mater un bon vieux porno".

On retrouve ce type de GPS sous différentes formes et prix. Il y a la clé USB dont le prix s’élève à 100 $, rajoutez à cela 14, 99 $ d’abonnement mensuel. On le retrouve également en format porte clé, une carte Sim y est incorporée et vous pouvez faire une demande de localisation à tout moment par SMS. Le coût s’élève à environ 130 € pour l’objet plus le coût des SMS. On peut l’acheter aussi sous forme de bracelet-montre, qui, disons le, fait étrangement penser au bracelet des prisonniers en liberté surveillée…

Bref, pour 130€ (sans abonnement), voilà le bonheur : votre bambin aura l’air d’un repris de justice. Par ailleurs, en portant bien au poignet son appareil, tous les kidnappeurs éventuels auront bien en vue le premier truc qu’ils doivent virer au marmot. A noter que moi, à 14,99$ par mois, si le gamin ne se fait pas kidnapper au bout d’un ou deux ans, je l’engueule en lui expliquant qu’il pourrait faire un effort, parce que merde, moi pendant ce temps, je paie. Alors, ho, je ne donne pas pour rien, je te paie un abonnement pour les kidnapping, alors tu es gentil petit merdeux, et tu vas trouver des talibans, des corses ou même des ninjas bretons (on les reconnait à la bigoudène au-dessus de la cagoule), et tu te fais emmener. Que je rentabilise un peu, là, ho. Petit con.

Comment peut-on oser mettre ce bracelet de surveillance sur un enfant ? L’idée même peut choquer, mais halte à l’hypocrisie. De nombreuses personnes ont déjà commencé à suivre leurs enfants sans vraiment l’admettre. Comment ? En fournissant un téléphone à son chérubin pour pouvoir le joindre à tout moment, les parents commencent ainsi à suivre leur enfant. Selon une étude du MRI(Mediamark Research and Intelligence), les enfants de 6 à 11 ans seraient 20% à posséder un portable. Grâce à une application sur Iphone, le papa ou la maman peuvent dorénavant situer sur une carte où se situe (l’Iphone de) sa progéniture. Faire croire que l’on a cédé aux caprices peut avoir ses avantages.

"Maman, vite, il y a un gros qui me kidnappe !"

La voilà, la ruse ! Inutile de mettre un bracelet à son gamin : un bon Iphone suffira ; en effet, pour localiser son gamin, on pourra… attendez, de 6 à 11 ans ? Mais bon sang, combien de temps un enfant de 6 à 11 ans peut il garder un Iphone avant de se réveiller nu comme un ver dans une poubelle municipale, dépouillé jusqu’à son slip Spiderman ? En tout cas, confier un Iphone à un gosse de 6 ans, ça doit être plaisant : la bête sait à peine lire et écrire qu’on la colle déjà sur la machine à SMS. Un avenir radieux s’ouvre à elle, plein de "lol", "mdr" et autres "Téo t oo ? Franssoi il é vénerent ke t gagnai son pokémon" Et puis quel bonheur : payer le prix d’un Iphone plus d’un abonnement adapté chaque mois, hmmm… bref, mieux vaut être un enfant riche.

Remarquez, on ne kidnappe que rarement les enfants pauvres. Ou alors, juste pour rigoler.

Il sera bientôt possible de suivre son enfant via Facebook si vous êtes « ami » avec lui. Il suffit pour cela qu’il accepte de divulguer ses données de localisation pour qu’il soit repéré.

Ah oui. Ca me parait être une excellente idée ; surtout sur un réseau où c’est l’enfant qui choisit de publier ou non ses informations (c’est connu, en cas de kidnapping, il trouvera bien un moyen de mettre son statut Facebook à jour) ainsi, vous pourrez suivre toutes les pérégrinations du galopin "Matthéo – est au collège", "Matthéo – est au conservatoire" ou encore "Matthéo – est en train de faire couiner cette coquine de Léa", avec Maman qui clique sur "J’aime" et Papa qui poste en-dessous "Oublie pas ce que je t’ai dit sur la sodomie, fils. A ce soir à table, bisous".

Bref. Kidnappeurs, dormez tranquilles.

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Louis-Emilien fronça les sourcils en constatant la localisation de son fils ; d’après le GPS, il aurait dû être juste devant la maison ; et pourtant, par la fenêtre du bureau, le bon père ne voyait personne. Descendant pour vérifier la chose, le fier chef de famille nota que la boîte aux lettres semblait pleine ; quelle ne fut pas sa stupéfaction lorsqu’il tomba nez-à-nez avec la main gauche de son fils, portant encore son bracelet GPS.

Tremblant, il saisit la lettre qui l’accompagnait.

"Cher Monsieur,

Je vous remercie d’avoir acheté le premier numéro de la collection "Je récupère les morceaux de mon fils", le numéro 1, le fascicule et le DVD "Jacques-Xavier va bien pour l’instant", étant gratuits. Cependant, à partir de la semaine prochaine, les numéros seront plus chers ; afin de vous éviter une trop longue attente et vous éviter la tâche fastidieuse que représente le remontage d’un enfant en pièces détachées, je vous propose de m’acheter toute la collection "Jacques-Xavier" pour la somme de 150 000€."

Il aperçut, griffonné en-dessous du courrier, un petit ajout

"Et rajoutez une caisse de brandy, vous seriez bien urbain".

Louis-Emilien défaillit.

Réviser l’Histoire, ce n’est pas facile.

Que vous soyez lycéen ou leader d’un célèbre parti d’extrême-droite, vous connaissez ce problème.

Comment réviser de manière posée et ludique ? Comment joindre l’utile à l’agréable ?

Il suffit ! Trop d’interrogations encombrent vos esprits embrumés par les vacances (pour certains). Réfléchissons un peu ; que retiennent le mieux les jeunes, de nos jours ? Ce qu’il se passe en salle de classe ou les derniers potins Facebook ? Ce que Molière écrit dans ses pièces ou bien ce que D@rk_L@dos rédige sur Twitter ?

La solution est donc évidente : pour pénétrer plus aisément les esprits de nos éphèbes, il convient de leur donner quelques cours d’Histoire via les réseaux sociaux. C’est pourquoi dans ma grande bonté, je me suis permis de récupérer une page méconnue de l’internet et pourtant tellement indispensable : la page Facebook d’Adolf Hitler.

Vous en souhaitant bonne lecture, je ne vous fais pas patienter plus avant et vous laisse à votre nécessaire  instruction. Cliquez donc sur l’image.

Aperçu de la page Facebook d'Adolf Hitler


Point de long billet en ce jour ; et ce pour une simple & bonne raison (outre que je profite de mon week-end) : nous n’aborderons aujourd’hui, non pas un film, mais bien un trailer de film, ce qui est diablement plus court.

Pourquoi un simple trailer me direz-vous avec raison ? Sont-ce les soldes aussi sur mes articles ? Nenni, nenni, mais voyez vous, je suis dernièrement tombé sur l’annonce de l’arrivée d’une nouvelle perle :

The Social Network

Film qui, pour être bref  devrait conter la folle histoire de Mark Zuckerberg, l’homme qui créa Facebook, et des aventures qui s’ensuivirent.

Comment une idée aussi perverse a t-elle pu germer dans l’esprit de qui que ce soit ? Pour ma part, j’ai tendance à pencher pour la théorie suivante : David, réalisateur à la petite semaine, est bien embêté : il voudrait bien faire un blockbuster, mais ça tombe mal puisque pour ce faire, il aurait bien besoin d’une licence qui draine au moins un bon petit public histoire d’amortir ses frais. Il avait bien pensé aux geeks fans de comics, mais hélas, tous les licences sont déjà prises ; "Même Green Lantern ?" se dit il ; "Même Green Lantern", lui répond l’internet, qui, tout comme lui, ne comprend même pas comment on peut acheter la licence d’un héros aussi pourri.

David part donc pleurer dans sa chambre ; et comme il se doit, il va d’abord en informer la moitié de la planète en mettant son statut Facebook à jour ; c’est là que lui vient une idée de génie : et s’il faisait un film sur Facebook, justement ? Ouaiiiis, même que ça drainerait les fans de ce truc, qu’en plus, on peut d’ores et déjà chiffrer vu qu’ils y sont inscrits ! Sauf que… sauf que zut, lui, il voulait faire un film de super-héros, pas une simple histoire façon "Traque sur internet" utilisant Facebook comme site central de l’intrigue. Crotte.

C’est alors que germe une idée maléfique dans l’esprit de David : non, il ne va pas faire un film sur Facebook, mais plutôt sur le créateur de Facebook. Il ressort donc de sous son lit le pitch de Spiderman : "Peter Parker, jeune étudiant pas toujours aidé par la vie, est un jour mordu par une araignée. Il obtient de celle-ci des pouvoirs fabuleux, et passe de freluquet à surhomme, devenant ainsi le fantasme de tous les geeks. Il apprendra par la suite qu’un grand pouvoir implique de grandes responsabilités.", et le retouche quelque peu pour obtenir "Mark Zuckerberg, jeune étudiant pas toujours aidé par la vie (son patronyme en est la preuve), est mordu d’internet. Il obtient de celui-ci des pouvoirs fabuleux en créant Facebook, et passe de freluquet à millionnaire, devenant ainsi le fantasme de tous les geeks. Il apprendra par la suite qu’un grand pouvoir implique de grandes responsabilités.".

Vendez du rêve aux geeks ! S'ils ont de quoi se payer un Ipad, ils ont de quoi se payer un ciné.

Notre réalisateur pleure de bonheur devant la perfection de la copie qu’il vient de rédiger : un héros, une évolution, du pouvoir, de l’argent… et même une licence qui va drainer tous les simplets du voisinage ! Fabuleux se dit il ; ne reste plus qu’à faire, non pas le film mais d’ores et déjà, une bande-annonce pour que la chose tourne en attendant l’arrivée de la merveille dans les salles obscures. Car pour faire une bande-annonce, pas besoin de film, et je le prouve.

Alors, les enfants, c’est ici que vous me demandez de manière bien légitime : "Mais comment faire une bonne bande-annonce, alors ?" ; et bien jeunes gens, sortis des bandes-annonces de 70% des films (100% en cas de film français) c’est-à-dire mettant à la queue-leu-leu tous les moments "cultes" et les répliques "d’anthologie" du film (en France, ça signifie si c’est une comédie "les moments où les gens crient") qui font qu’en 2:30, on a pu constater que le "meilleur" du film était déjà mauvais, on peut se rabattre sur les autres bandes-annonces, celles des blockbusters.

Or, comment procéder ? Rien de plus facile, en suivant les cinq commandements adaptés :

I. Des fondus et des plans noirs, partout tu mettras. Ex : Avatar (fondus au noir dans la première moitié, plans noirs dans la seconde) ou District 9 (là, c’est l’inverse)

II. Dans tous tes plans noirs, des trucs cools, philosophiques, existentiels tu écriras. Ex : 2012

III. Tous ces plans noirs, avec des effets sonores tu les synchroniseras. Ex : Inception

IV. Entre les plans noirs, des séquences de une ou deux phrases "chocs"  tu caseras, en lien avec les images ou non. Ex : Harry Potter et les Reliques de la Mort

V. Tout ça bout à bout tu mettras, et une bande-annonce tu obtiendras. Oh, éventuellement, des images du films tu peux mettre, mais obligé tu n’es pas.

Le résultat est donc là, mesdames et messieurs, le trailer du film "The Social Network"

Notez que tout y est, même les effets sonores exacts d’Inception. Le tout façon grand film plein de suspens ; personnellement, ça m’a rendu follement impatient : imaginez tout ce que l’on peut faire en racontant les aventures du démiurge Facebookien ; "Attention, Mark, derrière toi, quelqu’un a commenté ton statut !" "Ho, j’ai été poké… tu diras… à ma femme que… désormais elle… peut… hoo…repasser en relation… "célibataire"" ; et autres séquences cultes où Mark crée le groupe "Je suit trés en colaire, mon associet m’a trahi !". Je crois que les bribes de dialogues entendus dans la bande-annonce devraient vous suffire ; car que vous maîtrisiez ou non la langue de Shakespeare, rien que l’intonation et le style trahit une certaine exagération héroïque d’un mec qui bon, a juste créé un site web à succès (par exemple, "Prophet", on doit objectivement appeler ça une über-exagération).

Enfin bon. Au moins maintenant, vous savez comment faire une vraie bande-annonce.

Et moi, je vais pouvoir m’en retourner à mes activités ; comme par exemple, essayer de me frayer un chemin au travers de toutes ces collégiennes de 13 à 38 ans (mais toujours au collège dans leur tête) afin de trouver une place d’où je pourrai contempler Twilight 3. Tiens, attendez, je regarde la bande-annonce.

Ah bin ça marche aussi, en fait.

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