Les fêtes sont passées.

Alors que certains d’entre vous sont encore en train de se demander ce qu’il a bien pu se passer dans leur appartement, et effacent méthodiquement leur historique après chaque recherche Google sur "comment faire disparaître un cadavre", d’autres sont déjà prêts à repartir pour de nouvelles aventures, leurs résolutions savamment inscrites sur le post-it du frigo.  Et pourtant ! Si chacun essaie du passé, de faire table rase comme le dit la célèbre chanson (de Garou, je crois), il n’en est pas moins que les dernière semaines (souvenez-vous, c’était l’an dernier) ont été agitées par un certain nombre de débats plus ou moins pourris sur l’extrême-droite et certains de ses porte-drapeau.

Et comme c’était diablement absurde, faisons-le point sur la qualité des échanges, puisque que quitte à montrer du doigts des discours mystérieux, autant en profiter pour faire la tournée des claques.

Mais sans faire de pub à qui que ce soit, hein.

Cliquez sur l’image !

Cliquable

Scène de rue, décembre 2013

Et pour les fainéants, le résumé en un seul cliché :

Resumeuneimage

Etat-Major de la brigade des gentils, janvier 2014

Pour ceux qui cherchent l’origine des petits dessins, c’est là.

Et pour les autres : bonne année, comme il est de coutume, parce  que oui Monsieur, ici, c’est un blog où on a une certaine éducation, ah mais.

Il y a quelques temps, nous parlions céans d’une terre de légendes : la Belgique.

Il n’en fallait pas plus pour que par l’intermédiaire de quelque câble sous-marin me parviennent des missives électroniques indignées de Québecois s’indignant du fait que leur province était une fois de plus délaissée par un français arrogant. Si dans un premier temps, il convenait de faire les gros yeux à ces mécréants mettant en doute ma légendaire modestie, il finit par apparaître qu’il était parfaitement logique de parler de la Belle Province en ces lieux. En effet, ce blog traitant de nombreux sujets absurdes, il eut été bien inconvenant de ne pas évoquer la plus légendaire des provinces Outre-Atlantique, trop souvent moquée par des béotiens à l’humour douteux. Loin des préjugés, évoquons-donc cet endroit majestueux :

Le Québec

Le Québec, ou "Belle Province", est le nom d’une -justement – province canadienne célèbre pour ses velléités indépendantistes, sa gastronomie mystérieuse et ses chanteurs contestables. Véritable enclave francophone en terre hostile, encerclée à la fois par des canadiens, des états-uniens et des phoques (bien que dans certains Wall-Mart sur la frontière, il ne soit pas toujours facile de distinguer les deux dernières espèces), le Québec est tout ce qui reste de l’équivalent royaliste Français du programme Mars One : l’envoi de larrons vers une terre lointaine et hostile avec pour consigne d’y rester, nom d’une pipe.

Contrairement à la Belgique, le Québec est un endroit qui existe véritablement, comme en attestent de nombreux témoignages et exports d’humoristes. L’armée continue bien entendu de nier la chose, et fait souvent passer les dits humoristes pour des débris de ballons sonde, quand bien même il y a une différence de taille entre les deux : le ballon sonde, lui, a une petite chance de vous faire rire même par accident.

Il n’en est pas moins que les nombreuses archives dont nous disposons évoquant la Belle Province d’une manière ou d’une autre nous permettent d’apprendre bien des choses fascinantes à son sujet.

Le drapeau du Québec : blanc comme la neige, bleu comme ceux qui n’étaient pas dans leur cabane quand ça a commencé à tomber

Géographie

Située au Nord-Est du continent nord-américain, là où la nature se fait sauvage, le climat rude et la chanson mauvaise (les BB Brunes sont Québécois de cœur, je suppose), le Québec s’étale lascivement sur près de 1 667 441 kilomètres carrés, ce qui est beaucoup compte tenu du fait qu’on y trouve à peine plus de 8 millions d’habitants. A titre de comparaison, c’est 138 fois l’Île-de-France, mais avec 3 millions d’habitants en moins que l’originale. Autant vous dire que le Québecois est bien emmerdé lorsqu’il veut inviter son plus proche voisin à venir boire un coup : celui-ci a en moyenne 3 heures de route dans un sens et 3 dans l’autre. Et s’il a oublié les chips, il est feinté puisqu’il doit aller au magasin le plus proche à 4 heures de là, et ce en évitant les différents barrages routiers installés par la faune locale qui mettrait bien la main sur lesdites chips. Les orignaux, par exemple, sont parmi les plus redoutables malandrins que l’automobiliste puisse connaître, n’hésitant pas à se vautrer sur leur radiateur à pleine vitesse en faisant un bruit comme "Muuuufbrouloulougrüüüü" simplement pour arrêter leur cible. D’autres orignaux débarquent alors, tabassent l’innocent puis enterrent son cadavre dans les bois non sans avoir poussé le véhicule endommagé jusqu’à l’étang le plus proche. D’où le fait que le S.W.A.T Québécois soit constitué essentiellement de trappeurs, mais nous y reviendrons.

Cela dit, je m’égare : si le Québécois a bien du mal a réunir des gens pour une soirée mousse vu l’étendue du territoire, il n’en reste pas moins qu’outre les feux de camp, deux endroits essentiels lui permettent de fraterniser avec d’autres de sa race :

  • Québec, la capitale de la province, au nom particulièrement peu original bien qu’il s’agisse d’un palindrome phonique, notons l’effort
  • Montréal, cible prioritaire pour nos sous-marins lanceurs d’engins puisqu’abritant le festival "Juste pour Rire" ainsi qu’une filiale d’Ubisoft ayant participé au consternant Assassin’s Creed III (qui du coup, a sa place au festival "Juste pour Rire", tout se tient)

A noter que le Québec est traversé par le célèbre fleuve Saint-Laurent, dont le nom moderne remplace le plus ancien "Fleuve des Morues" (véridique). La légende raconte que c’est l’office de tourisme local, qui après le suicide de ses trois précédents directeurs, décida qu’il était peut-être temps de changer cette histoire de morues.

Le climat est lui à l’origine de la saga Game of Thrones, puisque l’hiver Québécois peut durer plusieurs années. On notera que George R. R. Martin s’est contenté de changer les noms à minima, puisque Mont-Réal devient simplement Port-Réal, que tout comme dans la ville à l’époque royale, on y trouve une "Main du Roi". L’auteur a bien tenté de s’inspirer de Québecois célèbres pour ses personnages, mais il faut bien l’avouer, il n’a jamais trouvé que faire de Robert Charlebois. Remarquez, on ne lui jette pas la pierre : personne d’autre n’y a réussi.

Histoire

Au Xe siècle, le célèbre viking Leif Ericson s’aventure loin à l’ouest, son drakkar fendant les flots jusqu’à ce que des terres inconnues se dessinent devant lui. Accostant avec son équipage sur une plage, Ericson constate un problème logistique majeur : en tant que viking, il ne dispose pas de drapeau à planter pour marquer son territoire, quant à un pipi dans le sable, c’est trop éphémère. Qu’importe : trouvant un autochtone, il lui plante sa hache dans la margoulette histoire d’en terminer avec ces formalités de plantage de trucs dans des machins, puis installe un village sur place. Rapidement cependant, les Amérindiens locaux s’avèrent très décevants :

  • Ils ne disposent pas de monastères francs, du coup, que piller ?
  • Ils ne disposent pas de bière, du coup, que s’envoyer ?
  • Ils ne disposent pas de mouton, du coup, comment s’accoupler ?

Le viking breeding nécessitant une présence importante de caprins, la colonie est donc stérile et s’éteindra rapidement. Il faudra attendre quelques siècles pour que de nouveaux aventuriers investissent cette terre mystérieuse, et cela arrivera finalement avec Jacques Cartier.

En effet, au début du XVIe siècle, les navires anglais s’ébrouent pour aller coloniser le nouveau monde. Rapidement, ils font plier les Amérindiens en les repoussant à l’aide d’armes modernes aussi mortelles que le pudding ou la gelée à la menthe, et s’installent sur ces terres riches et merveilleuses d’Amérique du nord en prétendant civiliser les sauvages. Apprenant cela, le roi de France sourcille donc un peu et décide donc qu’il est temps de passer à la phase II de la colonisation : civiliser les Anglais. Il envoie donc son meilleur homme, Jacques Cartier, gagnant du concours national de dictée des collégiens 1503, et lui ordonner d’aller au nord du nouveau monde pour installer une nouvelle colonie. Le roi en profite quand même pour lui refiler à fond de cale tout ce dont on ne veut plus en France : criminels, mendiants, et bien évidemment, hipsters (ce qui expliquera par la suite le goût des canadiens pour la chemise à carreau). La mission commence très fort puisque d’entrée de jeu, Jacques Cartier nommant la nouvelle province "Canada", il constate que les anglais lui piquent aussitôt le nom sans réfléchir. Jacques Cartier se lance donc dans une série de blagues, tentant de faire adopter aux anglais tout un tas de noms à la con sans qu’ils s’en rendent compte : certaines documents d’archives imputent ainsi à Jacques Cartier l’invention du comté du Sussex, ou encore la découverte d’Uranus (bien que le débat fasse encore rage, certains prétendant que ce dernier sujet est avant tout du domaine de la spéléologie, quand d’autres insistent sur le fait qu’en tant qu’expert en colons, Jacques Cartier restait le mieux placé pour traiter du sujet).

Même sur les gravures, Jacques Cartier n’a pas l’air super enchanté de sa découverte

Au XVIIe siècle cependant, le roi de France constate que les colonies ne pètent pas la forme : elles ne parviennent pas à croître. Son sourcil frémissant sous la puissance de sa réflexion, il réalise qu’il a alors peut-être oublié un truc pour aider la démographie locale : des femmes. Au soulagement de tous les ovidés des colonies, un navire est donc affrété pour recevoir les filles dont le royaume ne veut plus, à savoir cette fois-ci les blogueuses modes (un macaron a été caché dans la cale pour les attirer), les lectrices de Biba et les mannequins anorexiques fascinant les deux précédentes catégories n’ayant que des avantages pour les longues traversées : ça consomme très peu, on peut en stocker 4 par hamac, et en cas d’abordage, leurs hanches peuvent servir de grappins. Ne soyons pas sectaires : on trouve aussi trace d’utilisation de boulimiques, mais essentiellement comme balles traçantes pour les combats de nuit.

Par la suite, si les colonies vont enfin prospérer, les Anglais vont commencer à sentir comme une menace francophone risquant de les civiliser et de leur donner bon goût : des guerres vont donc éclater entre Nouvelle-France et Nouvelle-Angleterre, et après une ou deux Nouvelle-Branlée infligées à l’ennemi, le Québec finit par tomber aux mains de la perfide Albion. Un émissaire Québécois fut donc envoyé auprès du roi de France pour lui demander d’intervenir, par exemple en pétant la gueule d’à peu près tout ce qui portait une tunique rouge (les cardinaux présents à ce moment là prétendirent avoir quelque chose à faire de très important et disparurent dans de petits bruits de froufrous). Hélas, le Québec allait se perdre de lui-même lors de l’entretien auprès de son altesse le roi, dont voici à peu près l’échange :

"Bien, ami de Nouvelle-France, te voici en sécurité ! Parle librement, et dis-moi ce que tu attends du trône. J’ai fait préparer régiments, monnaie et navires pour venir à la rescousse des tiens : tu n’as qu’un mot à dire et la France s’en viendra te libérer !
- Tsé, l’rwô là, les anglais y nous causent bin des bibittes !
- Heu je… pardon ?
- Hey, s’pa si pire quand j’parle, dis ! 
- Mais… qu’est-ce que… que dites-vous ? 
- S’quoi c’t’histwôre ? Je suis tanné, c’est plate, j’pôrle mais tu panes rien ! 
- Bon, okay, je crois qu’on a un problème."

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Et en effet : découvrant que les Québecois avaient commencé à adopter un langage étrange, le roi supposa qu’ils avaient tout simplement muté au contact des Anglais et décida de revendre pour l’équivalent actuel de 17,55€ la province de Québec en se disant qu’ils feraient plus de mal à l’ennemi dans le Canada britannique qu’à l’extérieur de celui-ci. Lors de la vente aux enchères qui eut lieu, un certain Magnéto tenta bien de remporter la contrée, mais réalisant que cela faisait peut-être trop de mutants pour un seul homme, il se retira.

Toujours est-il que bien que passée au sein du Canada, la province de Québec ne se laissa pas faire et continua de défendre la langue française, bien que tout le monde ne soit plus vraiment sûr et certain qu’il s’agisse vraiment de la langue de Molière. Au XXe siècle, Charles de Gaulle remettra 10 balles dans la machine en allant y hurler "Vive le Québec libre" avant de s’enfuir en pouffant dans sa DS. Sacré Mongénéral, quel déconneur. Les Québecois, encouragés par ce soutien, continueront donc de lutter pour leur indépendance pour les plus modérés, et pour la conquête complète du Canada pour les autres.

Population

Le Québec est peuplé essentiellement de Québécois (dont la femelle porte le nom majestueux de Québécoise), mais aussi d’autres fiers peuples, tels des Amérindiens, des Inuits ou encore la famille Dion, dont le statut est encore discuté puisque des battues sont encore réalisées régulièrement pour tenter d’éviter sa prolifération. Comme dans d’autres cas précédemment évoqués sur ce blog, l’idée d’introduire la myxomatose en son sein fait doucement son chemin, mais là n’est pas le sujet.

Le Québécois est un être rude. Dernier bastion francophone d’Amérique du nord après la chute de la Louisiane, il sait que l’ennemi est partout, que la nature ne fait pas de cadeaux, que l’hiver sera long cette année encore et qu’il va devoir pelleter cette ostie d’allée encore des semaines. La Québécoise est encore plus rude pour une raison simple : elle doit supporter le Québécois. Tout comme lui, elle doit savoir mener des expéditions jusqu’à la supérette par moins 20 pour aller chercher de quoi faire des pancakes, survivre en cas de tempête de neige, reconnaître un électeur de Jean Charest à 100 mètres, et bien évidemment, savoir distinguer un orignal d’un caribou, pour savoir quel est le gang d’animaux sauvages qui fout la zone en ville ce soir (les deux espèces se sont très bien adaptées à l’homme, tout comme d’autres espèces dans le monde, n’hésitant pas à pénétrer dans les jardins, dévorer les victuailles, et selon certains témoins, piquer des motos pour aller molester les livreurs de pizzas façon Road Rash, bien que la police de Montréal rie à l’évocation de ces ridicules allégations : tout le monde sait que ce sont les castors qui piquent des motos, les orignaux et caribous préfèrent les monospaces). Toujours est-il que le Québécois aime son pays tout comme il aime sa langue. Il s’exprime d’un ton clair et fort, et n’aime guère que l’on se moque de son accent, fierté lui permettant d’exprimer ses origines. Par ailleurs, comme la Québécoise a le même accent que le Québécois, cela ne gêne en rien la parade amoureuse dont je vous passe les détails : sachez simplement qu’il y est question de match de hockey, de calembours sur l’Ontario, et de se couvrir le corps de sirop d’érable. Et non, on y parle pas de poutine.

Vous êtes vraiment plein de préjugés, c’est affreux.

Comme on s’en doutait, l’essentiel des actifs locaux travaillent encore principalement en tant que trappeurs – voire coureurs des bois – n’hésitant pas à stranguler des ours noirs à mains nues pour revendre leur fourrure à de quelconques touristes russes

A noter qu’en cas de succès de la parade, quelques mois plus tard naît un petit québécois, d’apparence presque humaine. Si aux débuts de la colonie, on prenait grand soin de baptiser les marmots en les plongeant dans le Saint-Laurent, la chose s’est bien vite arrêtée puisque le climat provoquant des glaciations particulièrement rapides, il n’était pas rare qu’entre le moment où l’enfant était plongé dans l’eau et celui où l’on prévoyait de l’en ressortir, une couche de 10 centimètres de glace ne se forme. Il fallait alors attendre le printemps, un à deux ans plus tard avec un peu de chance, pour récupérer ce qu’il restait du bestiau. L’avantage était cependant que tous ces enfants formaient de fameuses formes et couleurs sous la glace, donnant l’impression aux patineurs d’évoluer sur un carrelage bleu-rose du meilleur goût. Par ailleurs, et puisqu’il n’était pas nécessaire de lester un marmot avec un caillou pour s’en débarrasser grâce à ce phénomène, les fonds du Saint-Laurent sont encore relativement dégagés ce qui explique la riche navigation sur celui-ci.

Langue

Le québécois est assez semblable au français, bien que l’on y retrouve des spécificités intéressantes : ainsi, tout comme les schtroumpfs, les Québécois ont un mot faisant office de nom commun, d’adjectif, de verbe auxiliaire, de verbe tout court et d’à peu près tout ce que vous voulez : "Criss"

Exemple : "Criss ! C’te criss de tabarnac veut pas bouger ! Ostie de criss, faut que j’crisse de lô ! J’crisse tout et criss, je crisse !"

Si les linguistes continuent de se pencher sur la question, l’équivalent Québécois du grand schtroumpf n’a toujours pas été trouvé. Pour la salsepareille par contre, ce ne sont pas les pistes qui manquent.

Le Québécois se moque des Français qui "font du shopping avec leur bande d’amis" puisque lui "magasine avec son gang". Il rit ouvertement de ces panneaux "stop" puisque lui a des panneaux "arrêt". Il ne va pas voir "The Dark Knight" au cinéma, il va voir "Le Chevalier Noir". Bon, ça reste pourri, mais tout de même.

De manière générale, le Québécois se moque des Français qui utilisent des mots anglophones. Puis, il retourne dire qu’il trouve des gens hot ou que quelque chose est cute. En général, le Québécois et le Français finissent par être d’accord principalement lorsqu’ils visitent un même Skyblog. Les ennemis communs, ça soude.

Culture

La culture québécoise se veut noble, grande et rayonnante pour repousser ces impies d’anglophones. Hélas pour elle, elle est surtout connue pour Garou ou Lara Fabian, deux des principales raisons qui font que du côté de Paris, on commence sérieusement à se dire qu’il va falloir remonter le mur de l’Atlantique histoire d’éviter d’autres débarquement de ce genre.

On reconnait l’artiste québécois non pas à son accent mais à sa capacité à mimer tous les plus mauvais défauts des artistes français, à savoir utiliser le terme "généreux" dans toutes les situations sauf la bonne, à essayer de pousser le plus fort possible pour chanter, ce que certains appellent "le syndrome de Jéricho" (ou "syndrome du caca", c’est selon), mais il faut tout de même lui reconnaître de grandes qualités : ainsi, il porte souvent des noms rigolos, comme mon nouvel idole, Jean Rabouin, dont le seul patronyme fait rêver les foules.

Le Québec est pourtant le berceau de cinéastes, peintres, sculpteurs, poètes et quantité d’autres, mais à force de jurer en utilisant des mots à base de sacrements, Dieu a semble-t-il puni la Belle Province en leur refilant une terrible malédiction : seuls leurs chanteurs s’exporteraient. Lorsque vous parlez de cela à un Québécois, il vous répond en général qu’il "s’en pogne" mais sitôt la porte de sa cabane refermée, vous pouvez entendre de lourds sanglots : il a honte. Il sait ce qu’il inflige au monde.  Lorsque le Québécois a vraiment trop honte, il sait alors qu’il est temps pour lui d’abandonner toute vie saine et réflexion : il se retire alors dans une équipe de hockey, sorte d’arène sur glace, où il vivra péniblement ses derniers jours en tant que gladiateur jusqu’à ce que, à la suite d’une énième baston, il parte dans les limbes (puisque non baptisté à cause du Saint Laurent qui gèle, raaah, bon sang, vous ne suivez rien !).

Un concert de Lynda Lemay.

F.A.Q

Quelle est la devise du Québec ?

"Je me souviens". Et histoire de passer pour un peuple sérieux, les mêmes ont oublié pourquoi ils avaient choisi cette devise, sujette de tous les débats. C’est ce qu’on appelle la classe.

Je suis jeune et je travaille dans l’informatique, tout le monde me dit d’aller travailler au Québec, pourquoi ?

Parce que l’informatique là-bas a quelque chose à la fois de plus simple et de plus majestueux grâce à la puissance de leur équivalent local du schtroumpf. Ainsi, l’essentiel des informations dont vous avez besoin sur un ordinateur local sont par exemple forcément rangées dans : C:/Criss/Criss/Criss/Criss.txt . Je ne vous parle pas des spécificités du langage type "If Criss" "Then Ostie", c’est un peu complexe, mais sachez en tout cas que jusqu’ici, cela a été leur meilleure protection contre le piratage.

Le plus gros produit d’export du Québec serait donc les chanteurs ?

Non, on a par exemple pas évoqué Marcel Béliveau, qui popularisa l’un des trucs les moins drôles de l’humanité : les caméras cachées. Si celles-ci firent les beaux jours des proctologues qui n’hésitaient pas à imiter le fameux personnage tout en cachant leur caméra dans les endroits les plus inattendus, il n’en faudra pas moins que quelqu’un paie. Oh oui, paie.

Les Québécois sont-ils une menace ?

Oui, mais bon. Nous avons créé cette arme contre les Anglais, et maintenant, ils nous envoient leurs produits locaux, se retournant ainsi contre nous : le Québec, c’est un peu notre Skynet, il nous faut assumer. Il faudra envoyer quelqu’un dans le passé s’occuper de Jacques Cartier. Et de la poutine. Surtout de la poutine.

Qu’est-ce que vous avez contre Assassin’s Creed III d’abord ?

Ah non, mais rien. J’ai toujours rêvé d’un Pocahontas 3D.

Votre histoire de Game of Thrones, je suis sûr que c’est des conneries.

Ah oui ? Vous ai-je parlé de la ville de Fermont, au-delà du 53e parallèle, qui est protégée des dangers du nord par une immense structure appelée "Le mur" ?

You know nothing, John Snow.

Parlons de la crise.

Ah, je sais : râlez donc, fieffés filous : "Nan, mais c’est chiant, on en parle partout", "Moi j’y comprends rien en plus à leurs histoires de prêts et de zone euro" ou "Laissez-moi, laissez-moi, pitié, je ne dirai rien si vous me laissez sortir de la cave", mais je n’ai que faire de vos jérémiades (particulièrement concernant la cave, on en a déjà parlé mesdemoiselles).

La crise, depuis près d’un an, on en parle pour nous annoncer le "dernier sommet", les "marchés qui retiennent leur souffle", "la sortie de crise imminente" & co ; curieusement, et paradoxalement, il semblerait que peu de commentateurs se soient penchés sur les textes issus de chacun des sommets, et de l’incroyable capacité de ces grands moments de réunionite à être présentés comme la dernière réunion de la dernière chance de l’Armaggedon, alors que mis bout à bout, ça ressemble tout simplement à du n’importe quoi de compétition. D’où sa place sur ce site, qui aime bien lorsqu’il se passe des choses complètements absurdes mais qui semblent relativement acceptées par le tout venant.

Vous n’avez rien pigé à ces sombres histoires cette année ? Vous avez envie de briller en société ? Vous avez besoin de draguer Ana, la petite étudiante ukrainienne venue faire ses études d’économie en France mais n’avez pas envie de lire de gros livres rébarbatifs, même si ces derniers font d’excellentes armes contondantes ? Alors en route.

Faisons un petit point sur notre belle année 2011 et ses sommets de la dernière chance (Pour ceux que ça intéresse, un point plus sérieux mais moins chafouin a été fait ici par un journaliste qui déjà, s’était demandé s’il n’y avait pas un truc bizarre dans toute cette rhétorique, à raison)

Commençons par revenir au début de l’an de grâce 2011. En ce temps béni, on savait rire ; souvenez-vous : on cherchait encore dans quelle cave se cachait Ben Laden ou cuvait Amy Winehouse, Dominique Strauss-Kahn était parti pour devenir le prochain président de la République, et le monde n’avait pas encore eu les yeux souillés par le visionnage de La Planète des Singes. Bref, tout était plutôt banal, seuls quelques évènements venant troubler ce premier trimestre de la jeune année : le Japon était secoué par un diable de séisme tournant en catastrophe nucléaire, le monde arabe rentrait une ère de révolutions, et la Belgique tentait de les imiter, mais face à l’absence de gouvernement à renverser, rentrait chez elle pour lire Tintin au Congo avant que celui-ci ne soit interdit. Face à de tels évènements, l’ONU se décidait comme toujours à taper du poing sur la table (ou de la chaussure ; aaah, Khrouchtchev, où es-tu ?), en n’hésitant pas à déclarer "l’année internationale de la forêt".

Oui, moi aussi je pense qu’ils fument de la résine ; forêt, tu parles. Petits brigands, allez donc !

Bref. A peu près à cette même époque, en Europe, l’économie va mal : plusieurs pays s’avèrent ne plus trop s’en sortir avec leurs dettes, comme par exemple l’Irlande, le Portugal ou l’Espagne, prouvant ainsi que baser son économie uniquement sur la bière semi-solide, la morue ou le chorizo ne suffit pas à faire un grand état. C’est la crise, quoi.

C’est donc le moment pour l’Union Européenne d’agir : il est grand temps de relancer l’économie pour sortir de là ! Une réunion est ainsi décrétée le 11 mars (je le mets en gras, comme ça vous pourrez faire des fiches. Oui, même vous amies lycéennes : je vous connais, vous allez juste tout recopier en plus petit, mettre du fluo partout et appeler ça "une fiche" ; si j’étais votre prof, vous seriez reliée à une batterie de R19 rien que pour vous apprendre).

Georges Papandréou, premier ministre grec, déclare donc à ce moment là qu’il s’agit de "l’une des dernières chances pour l’Europe", ce qui veut bien dire ce que ça veut dire : en cas d’échec, l’Union risque d’imploser, de se désintégrer, voir de sombrer dans le néant (comprendre : passer sur TF1). La tension est à son comble, le monde libre tremble, le pavillon bleu aux étoiles d’or s’agite dans la tempête… l’avenir semble bien sombre.

Mais c’est un peu comme dans les Power Rangers : quand une crise géante attaque nos pays, ces derniers combinent leurs forces pour former l’Union Européenne, sorte de Mégazord chargé de coller une branlée à la menace rampante.

Mégazord, solution à tous les problèmes économiques de l'Union Européenne

"Aaaaah", fait le peuple, tout rassuré.

Alors, que se passe t-il ce 11 mars ? Mégazord bourre t-il la crise à coups de pognons et de rudes décisions et de coups sous la ceinture ?

Mieux que ça.

Un "pacte de compétitivité" est mis en place dont le but est de "ne plus connaître ce type de crises". C’est plutôt une bonne idée dit comme ça : autant faire quelque chose pour non seulement triompher de la vilaine crise, mais aussi éviter de la voir revenir dans trois mois. Le monde est donc sauvé ? L’Europe aussi ? Oui, oui, tout est dans ce document qui… tiens ? Mais si on jetait justement un coup d’oeil à ce papier, plutôt que de se contenter de se taper les vidéos des conférences de presse de nos chefs d’état (où, de manière fort originale, le président de la France des français parle "d’historique" ; c’est incroyable, je n’arrive pas à me souvenir d’une seule fois où ce type n’a pas déclaré avoir changé l’Histoire. Ça doit pas être facile au quotidien : "Michel, tu viens de me passer le sel : c’est un accord historique", "Je viens de finir ma choucroute, ce fut un repas sans précédent", ou "Le gendarme de Saint-Tropez est définitivement le plus grand film de tous les temps")  ? Regardons plutôt ce qui est décidé par les Etats ce jour là pour sauver vos âmes de pécheurs, et là, morceaux choisis :

Les chefs d’État ou de gouvernement conviennent de la nécessité de réfléchir à l’introduction
d’une taxe sur les transactions financières et de faire avancer les travaux aux niveaux de la
zone euro et de l’UE ainsi que sur le plan international.

C’est bien comme concept : on convient de réfléchir à un truc hypothétique. Ça va sûrement régler bien des problèmes "Les mecs, la situation est grave ; je vous propose donc que l’on réfléchisse à des solutions ! – Mais ouais, mec, grave, excellent plan ! – Parfait ; la réunion est levée" (oui, ça doit rappeler le boulot à certains j’imagine, ce genre de moments de vide complet), couplé à la fin du paragraphe, consistant à "faire avancer les travaux" ; c’est pas mal non plus, ça, comme décision : "Faire quelque chose" ou "Continuer ce qu’on faisait déjà". Se réunir en urgence pour convenir qu’il faudrait agir, effectivement, il y avait de quoi claironner que le monde était sauvé.

Mais bon, hein, je sens que vous allez chipoter et dire que je prends un paragraphe au hasard. Mais j’aurais pu prendre le coeur du truc :

Nos objectifs
Les États membres de la zone euro s’engagent à prendre toutes les mesures nécessaires pour
poursuivre les objectifs suivants:
§ favoriser la compétitivité;
§ favoriser l’emploi;
§ mieux contribuer à la viabilité des finances publiques;
§ renforcer la stabilité financière.

J’ai déjà vu des blogs girly plus précis dans leurs objectifs, mais bon.

En tout cas, voilà, maintenant, à vous de trouver un pays qui n’avait déjà pas ça pour objectif (ça ne veut pas dire qu’il faisait beaucoup de chose pour y arriver, hein, mais en tout cas il disait toujours vouloir l’atteindre). Je pense que ces gens sacrifient une chèvre aux mânes de Monsieur de La Palisse avant chaque sommet. Enfin bon, je suis un peu de mauvaise foi : tout cela était surtout un gros plan pour préparer un autre sommet, où, là, évidemment, des décisions plus concrètes ont dû être prises, celui du 25 mars.

Cette fois, donc, ça ne rigole plus : fini de préparer des choses vagues, on passe à l’action, nom de nom.

Première décision : arrêter les conneries.

Plus particulièrement, les États membres présenteront des plans pluriannuels d’assainissement
prévoyant notamment des objectifs spécifiques en matière de déficit, de recettes et de
dépenses, la stratégie prévue pour atteindre ces objectifs et un calendrier pour sa mise
en œuvre. Les politiques budgétaires pour 2012 devraient viser à rétablir la confiance
en ramenant l’évolution de la dette à des niveaux supportables et à faire en sorte que les
déficits repassent sous la barre des 3 % du PIB, dans les délais fixés par le Conseil

Dit comme ça, ça fait super sérieux : des dates, des chiffres, des mots tellement compliqués qu’il faut au moins son brevet pour les lire ; on sent que les experts sont au travail. Désormais, il y a une limite pour les déficits, fini, on a plus le droit de s’endetter comme une vulgaire famille devant un écran plat avec une étiquette "Payez en 252 fois à seulement 25% d’intérêts !", ah mais.

"Tu veux cette cafetière gadget ? Je ne demande en échange que ton âme immortelle ! "

Sauf que c’est bête : la règle existait déjà (mais on y reviendra), et tout le monde s’en tapait cordialement ; c’est à peu près aussi con que de dire "Vous savez la règle qu’on avait écrite et dont on avait rien à foutre ? Et bien on la rappelle, hop." . C’est bien les gars, on avance. Mais, justement : tant qu’à faire n’importe quoi, autant continuer.

Ces efforts d’assainissement budgétaire doivent être complétés par des réformes structurelles
favorisant la croissance. À cette fin, les États membres soulignent leur volonté de faire aboutir
la stratégie Europe 2020.

Ça vous parle ? Souligner sa volonté ?

En même temps, c’est vrai que ça ne coûte rien de le dire : et en période de manque de pognon, ce qui est gratuit est bon. Cela dit, une stratégie aussi ambitieuse pour sortir de la crise fait rêver : ça revient à dire

"Chef, chef, on vient de nous déclarer la guerre ! Le pays est en danger !
- Pas d’inquiétude, j’ai un plan.
- Dites nous tout !
- On veut gagner.
- Oui et ?
- Bin c’est tout.
- Ok, je prépare le drapeau blanc."

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Ça vous parait ridicule ? Moi aussi. Mais visiblement, c’est crédible pour beaucoup de gens.  Je commence à me demander si certains dialoguistes d’Hollywood ne sont pas aussi chefs d’état en Europe à mi-temps pour pondre des trucs aussi consternants.

Enfin bon, ça aurait pu être pire, ils auraient pu préciser leur "volonté" avec d’autres lapalissades pour baratiner un peu à peu de frais et ainsi montrer qu’ils racontaient ouvertement des conner… Tiens ? Mais je n’avais pas vu ! Ce paragraphe avait justement une suite ; je vous la livre (et n’invente rien, malheureusement) :

Ils mettront notamment en œuvre des mesures visant à:
- rendre le travail plus attractif

Oui parce que c’est marrant, les gens ne vont pas toujours travailler de bon coeur, c’est incroyable quand même. Pire encore : parfois, il faut les payer pour le faire ; un vrai scandale. En tout cas, c’est assez moderne comme idée ; je crois qu’on la trouvait déjà un peu avant la période du troc, en Mésopotamie. Alors soit c’est juste de la daube, soit Gilgamesh participe aux sommets européens, je ne suis pas encore bien sûr.

- aider les chômeurs à retrouver un emploi

Excellent décision : d’habitude, les Etats adorent avoir une petite colonie de chômeurs sur leur territoire, parce que c’est mignon et que le dimanche les promeneurs adorent leur lancer des morceaux de pain dans les parcs pour les voir se battre avec les canards.

-  lutter contre la pauvreté et promouvoir l’inclusion sociale

Bon, en France la phrase était un peu trop longue par contre, Claude Guéant a dû s’endormir à la moitié, et à son réveil, s’est rappelé qu’il avait lu un truc comme quoi il fallait "lutter contre les pauvres". Bref.

Avec tout ça, le 25 mars, l’Europe était donc sauvée. La crise reculait, on se faisait des bisous à Bruxelles, et chacun retournait vers son pays d’origine pour conter à son peuple comment l’hydre économique avait été vaincue lors d’un combat digne des contes nordiques les plus épiques (je pense par exemple à la "Chanson des Nibelungen", au " Helgakviða Hundingsbana" ou à "Olaf est grognon")

Enfin j’exagère : il y a quand même eu une décision à ce sommet ; quelqu’un a eu la bonne idée de réformer le FESF, ce qui, grosso modo, revient à proposer aux états européens endettés d’emprunter encore plus de pognon. Attention, petite leçon d’économie :

J’emprunte 1€ à Cofidos, le banquier maléfique. Il me met des d’intérêts : je devrai rembourser 1,03€.

Je n’ai plus de pognon pour rembourser Cofidos. C’est la crise ! Vite, j’emprunte 1,03€ à Médiatos, le banquier des enfers ! Et hop, comme ça je rembourse Cofidos, bien joué ! Maintenant, je ne dois plus, avec les intérêts, que 1,06€ à Médiatos qui…

Ah, merde.

Curieusement, et malgré ces plans géniaux, trois mois plus tard, donc, le 25 juin, les Européens ont un nouveau problème : la crise est revenue, elle déambule à moitié ivre dans les rues du continent en hurlant "V’nez vous bat’, les Power Rangers ! J’vous atteeeeends" (certaines mauvaises langues disent qu’elle n’est jamais partie, mais hein, bon, qui oserait douter ?) ; on parle alors de "semaine de tous les dangers" dans les médias (là encore, je n’invente pas), tant le combat sera rude.

Avec un tel thème, le sommet européen a aussitôt inspiré certains scénaristes

Bon sang, moi qui croyais que tout danger était écarté, puisque pile trois mois plus tôt, on avait pris des décisions pour éviter que ça ne se reproduise ? Quelqu’un aurait raconté des carabistouilles ? Roooh, je n’ose y croire. Heureusement, encore une fois, et sans explications, tous les commentateurs se tournent vers ce sommet en attendant de voir ce qui va en sortir, alors que même Sloupy le petit poisson pouvait le deviner au vu du précédent : du rien.

Enfin non, j’exagère, si on lit le document, on peut quand même lire

11. Les chefs d’État ou de gouvernement des États membres de la zone euro réaffirment leur
détermination à faire tout ce qui sera nécessaire pour garantir la stabilité financière de la zone
euro dans son ensemble.

12. La reprise dans la zone euro est en bonne voie et s’achemine durablement vers une croissance
solide. L’euro repose sur des bases saines et nous sommes grandement satisfaits des résultats
obtenus en matière de stabilité des prix depuis l’introduction de l’euro.

Donc si on en croit ce texte, en fait, ça va trop, trop bien en Europe : c’est tellement la semaine de tous les dangers que tout le monde a des trucs plus importants à faire que de chercher des solutions. Je pense qu’on aurait eu une croissance de 60% par an et un taux de chômage en baisse d’1 million de personnes par jour, on aurait pas écrit mieux.

Accessoirement, on félicite des gens, comme à tout hasard, la Grèce, qui a vraiment bien travaillé.

En ce qui concerne la Grèce, le Conseil européen reconnaît les progrès considérables
accomplis au cours de l’année écoulée, notamment en matière d’assainissement
des finances publiques

Du coup, après s’être bien félicités, on discute bien plus longuement de sujets autrement plus importants, comme par exemple, la surveillance des frontières, parce qu’il y en a marre de tous ces étrangers qui viennent chez nous : ils seraient bien capables de produire de la richesse, ces gros chafouins, et ça, ce serait très mal.

Au passage : on revient quand même brièvement sur la Grèce, pour lui prêter encore un peu plus de pognon pour rembourser les prêts qu’elle n’arrivait pas à rembourser. Étonnamment, en proposant plus de dettes à un pays endetté, il le reste. Incroyab’. L’économie, c’est vraiment trop compliqué.

Tout le monde se fait donc un bisou et se sépare, retournant chez soi en expliquant que "la semaine de tous les dangers" était passée et que la Grèce pétait la forme (et qu’un film était en préparation avec Ben Affleck, ce qui restait la principale information de ce sommet).

Ce pourquoi, le 21 juillet, soit moins d’un mois plus tard, un nouveau sommet est appelé, la crise continuant de faire son petit bonhomme de chemin, et ne comprenant pas trop pourquoi à chaque fois les gens se réunissent pour dire qu’ils vont la bourrer avant de faire du rien. Ce sommet sera évidemment lui aussi qualifié "d’étape fondamentale" (par un certain Nicolas S., étonnamment), puisqu’il enregistre le fait que "Ah ben tiens, en fait, la Grèce, elle rembourse pas dis-donc. Un peu comme si… un peu comme si elle n’avait pas de pognon."

Quel constat incroyable : combien d’économistes pour ce résultat ?

Au passage, on continue de s’enfoncer dans le n’importe quoi.

Tous les autres pays de la zone euro réaffirment solennellement qu’ils sont fermement
déterminés à honorer pleinement leur propre signature souveraine et tous les engagements
qu’ils ont pris en matière de viabilité des finances publiques et de réformes structurelles
durables. Les chefs d’État ou de gouvernement de la zone euro appuient sans réserve cette
volonté, la crédibilité de toutes leurs signatures souveraines étant un élément déterminant pour
assurer la stabilité financière de l’ensemble de la zone euro

Vous vous souvenez du sommet de mars ? Les commentateurs de l’époque, visiblement, non, puisqu’on se réengage à s’engager à avoir la volonté de tenir ses engagements pour aller mieux. D’accord d’accord.

Une décision historique est donc quand même bien prise : demander à la Grèce de vendre des trucs qui lui rapportent du pognon.

Attention, nouvelle leçon d’économie :

"Bonjour, j’ai une dette 1€ intérêts compris ; heureusement, grâce à mon pantalon magique qui produit 4 centimes par an, j’aurai tout remboursé dans 25 ans.
- Non ! Vends ton pantalon magique pour 10 centimes aujourd’hui ! Ainsi, tu ne devras plus que 90 centimes !
- Ah ouais, pas bête : tenez, voici mon pantalon magique ! J’espère qu’une société privée en fera bon usage !
- Bon, et maintenant, rembourse les 90 centimes.
- Mais ? Je ? Avec quel argent je… et puis je suis en slip !
- Allez, je suis pas une pute : tiens, voilà un prêt. Tu pourras rembourser ta dette, et avec les intérêts, tu ne me devras plus que 1€, remboursable sur 25 ans. Mais tu sais, en vendant ton slip, tu pourrais toucher 6 centimes, là, tout de suite.
- Bouhouhou…"
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Bref, on n’en était qu’au troisième sommet du danger de l’ultime aventure de la sauvegarde de la préservation de l’Europe.

Patrice Carmouze, pilier méconnu de la culture européenne

Mais c’était sans compter, trois mois plus tard (tout comme le poisson rouge, le commentateur a une mémoire d’environ 3 mois ; vous noterez qu’on respecte toujours ces délais pour ne pas lui montrer qu’on se fout ouvertement de lui), le sommet du 26 octobre , date "historique", puisque c’était tout de même l’anniversaire de Patrice Carmouze. Nicolas Sarkozy, conscient de la symbolique d’une telle date, déclarera lui-même "Notre destin se joue dans les dix jours", et Angela Merkel parlera de "maintenant ou jamais", ce qui ne fera jamais que la quatrième fois en un an qu’on fait le coup. Afin d’exagérer encore un peu plus la tension du moment, il est un temps évoqué la possibilité de faire jouer Carmina Burana en fond sonore durant tous les discours, mais finalement, pour des raisons de droits, la décision sera annulée.

Une décision majeure est prise lors de ce sommet : outre supprimer une partie de la dette de la Grèce (ce qui est bien, puisque de toute manière, quand on sait qu’on ne va pas toucher le moindre euro, autant dire que c’est de son propre chef, et puis bon, la Grèce est toujours en train de pleurer en slip, donc ça ne change pas grand chose de diminuer sa dette tant qu’on la laisse dedans), on demande aux états européens de respecter la règle d’or avant fin 2012, c’est-à-dire, limiter leur déficit et se débrouiller pour rentrer plus de pognon qu’ils n’en dépensent.

Donc, il faut comprendre : respecter la règle qui avait été fixée en mars de la même année. Règle qui était déjà la réécriture exacte d’une règle qui existait déjà. Et dont tout le monde se foutait éperdument.

Le soir même de ce non-accord, Nicolas Sarkozy déclare devant des journal… des… non attendez, journalistes, ce sont les gens qui font de l’investigation sur les sujets dont ils parlent ? Ok, donc, il déclare devant des présentateurs télé : "c’est la totalité de la zone euro qui risquait en cascade d’être emportée" avant d’ajouter "Surtout que merde, la Grèce, elle sert quand même de rotule sur le genou droit quand on se combine pour former Mégazord, alors v’la le gros sauvetage". Personne ne fait remarquer que tiens, mais en fait, ça ferait pas un petit peu quatre fois que la crise est finie en un an ? Avec les mêmes décisions à chaque fois, non ? Et les mêmes discours d’enrobage à base de "On a évité une foutue apocalypse : encore un peu et on envoyait Bruce Willis poser une charge au coeur du FMI pour éviter l’Armaggedon" ? Non.

Ça passe tellement facilement que du coup, le prochain sommet n’attend pas 3 mois pour se lancer, histoire de voir si les gens avalent quand même les mêmes couleuvres. C’est ainsi que le 8 décembre, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy en tête sortent la grosse artillerie : il faut refonder l’Europe, avec un nouveau traité. Au coeur de celui-ci, on trouverait un pacte de stabilité avec des "sanctions automatiques" en cas d’endettement "supérieur à 3% du PIB". Nos deux loulous n’ont donc pas hésité à ajouter de belles phrases comme ""jamais le risque d’explosion de l’Europe n’a été aussi grand" ou encore "Nous n’aurons pas de seconde chance", ce qu’ils avaient aussi dit les quatre fois précédentes, mais bon, après tout, personne ne leur fait jamais remarquer qu’on a eu tellement de dernières chances rien qu’en un an que plus personne ne saurait les compter.

Histoire de bien enfoncer le clou, je rappelle qu’un peu partout, cette semaine, on s’enflammait en dissertant sur cette nouvelle Europe et ses nouvelles règles, et les risques encourus si dès à présents on ne changeait pas la donne. Il suffisait pourtant d’aller sur le site officiel de la législation européenne (environ 4 secondes sous Google) pour obtenir cette page et sa jolie petite synthèse pour que même un pigiste pressé puisse réaliser le petit souci : tout cela existe déjà, quasiment depuis le début, tant la règle des 3% de déficits, que les sanctions en cas de non respect.

Si vous avez la flemme, extraits :

Définie par le protocole sur la procédure de déficit excessif, annexé au traité sur le fonctionnement de l’UE (par le traité de Maastricht en 1992), la valeur de référence pour le déficit public est 3 % du produit intérieur brut (PIB). Le dépassement de cette valeur est considéré comme exceptionnel

Et donc, en sus, et en plus mis en gras sur le site pour être sûr que personne ne puisse l’ignorer :

Mise en demeure et sanctions. Dans un délai de deux mois à compter de l’adoption de sa décision constatant l’absence de toute action suivie d’effets, le Conseil peut mettre l’État membre concerné en demeure de prendre des mesures visant à la réduction du déficit. Si l’État a bien engagé une action suivie d’effets pour se conformer à la mise en demeure et si des événements économiques négatifs et inattendus qui ont une influence très défavorable sur les finances publiques de l’État concerné se produisent après l’adoption de cette mise en demeure, le Conseil peut décider, sur recommandation de la Commission, de réviser la mise en demeure.

Au plus tard quatre mois après la mise en demeure, si l’État membre ne se conforme pas aux décisions du Conseil, celui-ci décide normalement d’imposer des sanctions.

"Marty ! Nous sommes de retour à Maastricht, c'est incroyable !"

Voilà, donc, pour ce petit bilan de ces folles aventures de l’année 2011, que l’on vend comme sérieuses alors qu’elles ne le sont pas (du moins dans leur traitement) ; histoire de synthétiser, on vous a donc gentiment vendu 5 sommets comme étant les ultra-ultimes dernières chances de sauver nos âmes de la damnation éternelle et de la guerre mondiale, alors qu’il s’est simplement agi de faire du rien, et de préférence, en déclarant que c’était une véritable révolution.

Maintenant, à vous de jouer en société : vous avez désormais tous les éléments en main pour écraser de votre mépris toute personne qui se la jouerait "Hmmm, je suis grave les sommets, c’est incroyable ce qu’il se joue en ce moment" : rappelez lui qu’il est juste un fat qui disserte sur du rien, qu’on aurait honte de présenter à une classe de lycéens option sciences économiques et sociales.

Au moment où j’écris ces lignes, je viens de lire ça et ça ; sachant que mystérieusement, de cette conférence aussi sont sortis des textes de bonnes intentions, je crois qu’il est grand temps que j’aille stranguler des chatons.

Et déposer leurs corps meurtris dans la boîte aux lettres de certaines rédactions, bien sûr.

 
 


Ce week-end, vous étiez appelés au don.

C’est vrai, on a tous envie d’agir : quand on voit ces regards suppliants, quand on  parle de ces indispensables greffes qui semblent ne jamais arriver, quand on constate de visu ces handicaps lourds, ces graves dégénérescences… on a tous envie de décrocher notre téléphone pour faire quelque chose.

Ce week-end, c’était possible, ce week-end…

C’était Miss France.

Ah, s’il est bien un week-end dans l’année où, mesdemoiselles, bien plus que pour la journée de la femme, vous êtes bien représentées, c’est bien celui-là. Et cette année, petites gâtées, vous n’avez non pas eu une, mais bien deux miss pour défendre votre sexe et porter haut les couleurs de la féminité dans les médias ! Non, arrêtez de pleurer, je comprends votre joie, mais là vous faites couler votre mascara, c’est immonde. Allez, reprenez-vous les filles.

Lecteurs, lectrices, n’étant moi-même qu’un homme dont la galanterie s’efface lorsque les ambassadrices de l’élégance française s’expriment, permettez-moi aujourd’hui de vous rendre un fier service : transcrire par écrit les premières interviews respectives de nos deux Miss, afin que vous puissiez boire leurs paroles. Vous auriez pu aller voir vous-même les vidéos, mais je vous connais sacripants : vous surfez sur le web au boulot, et vous ne pouvez pas mettre le son trop fort. Alors, inutile de me remercier, et retrouvez ci-après les propos de nos élues en version tapuscrite, comme on dit.

 

Si on pose cette couronne sur votre tête, c'est que vous venez officiellement de toucher le fond

Commençons avec Miss France

Il s’agit de Laury Thilleman, 19 ans, 1m79 (ce qui lui permet de manger sur la tête de la plupart d’entre vous, un atout formidable), et accessoirement Miss Bretagne, célèbre région de France connue pour ses terroristes adeptes des attentats à la crêpe. Selon les lois d’internet, comme toujours, nombreux seront les mâles à crier au boudin et à jurer que jamais ils n’approcheraient tel bestiau, avant de s’en retourner se reproduire avec un rouleau de sopalin non sans avoir auparavant passé deux niveaux sur World of Warcraft. A noter qu’en bonne ambassadrice de la France qu’on aime, notre damoiselle est diplômée d’un "bachelor en management". Oui, moi aussi, ça me laisse songeur. N’oubliez jamais les enfants : plus il y a de mots anglais dans un intitulé français, plus ça sent le vol de poules. Que dire d’autre ? Sa biographie officielle nous annonce qu’elle est "naturelle, spontanée, dynamique". Effectivement. Ils auraient dit "Socialement, c’est une sorte de chacal barbu", j’aurais été étonné aussi. Il ne manque que "généreux", et on fait le Puissance 4 des poncifs. Allez, je ne vous fais pas patienter plus avant : en route !

Ho, éventuellement, je rajouterai peut-être un ou deux propos personnels en rouge. Mais juste pour faciliter votre compréhension d’un éventuel jargon technique de Miss, hein, rien de trop surchargé. Sur ce, sus à la retranscription de cette vidéo !

L’interview est réalisée en duplex, Claire Chazal dans les locaux de TF1 où elle a établi son nid, et Laury Thilleman dans un grand hôtel parisien où elle a passé la nuit. Naturelle et spontanée comme nous l’avons vu plus haut, Laury pose très simplement dans un fauteuil doré la couronne posée sur le crâne et l’écharpe bien ajustée. Son sourire (lui aussi naturel et spontané) n’est pas sans rappeler Francis Huster.

Claire Chazal : Merci beaucoup d’être avec nous Laury Thilleman

Laury Thilleman : … Bonjour (NdOC : elle met du temps à répondre, apparemment, il y a une liaison un peu lente. J’ai pas dit que c’était forcément la technique qu’il fallait remettre en cause, attention)

CC : Alors on a vu votre émotion, heu, hier soir au moment du heu, couronnement, d’abord comment s’est passée cette première matinée, pas trop fatiguant ? (NdOC : demande lui plutôt ce qu’elle a fait cette nuit, cette coquinette !)

LT : Non, c’est vrai queee j’ai peu dormi (NdOC : Ah ! Je l’savais ! Ah ça a dû y aller la toupie javanaise !) mais heu, l’excitation (NdOC : Tu m’étonnes…) fait queee, que j’étais très en forme ce matin heu, de bonne heure, on a commencé avec, avec des séances photos et c’était très plaisant de, de se retrouver heu… voilà sous… sous les objectifs, heu… ça s’est très bien passé.

CC : Alors est-ce que c’est important pour vous Laury que ce soit la Bretagne qui soit couronnée ? (NdOC : Nan mais Claire Chazal, quoi. Et cette femme est sélectionnée régulièrement pour interviewer le président. Tu crois qu’elle va te répondre quoi ? "Non, les bretons, c’est trop des cons, en fait, moi je suis de Maubeuge" ?)

LT : Bah bien sûr, j’suis vraiment très fière de ma région et (NdOC : Tu mens ! Tu n’as pas défilé avec une bigouden, jeune effrontée !)… et d’la représenter après 49 ans sans avoir été heu… heu… ouais bin représentée par, par une Miss France (NdOC : Mais comment la Bretagne n’a t-elle pas sombré sans cela ?) et, c’est un honneur pour moi et… et j’remercie vraiment toutes les personnes tous les bretons qui… qui m’ont soutenue mais également toutes leees… tous les, tous les français qui ont été présents heu, lors de ce couronnement. (NdOC : Mais pas tous les français qui ont voté pour toi ! Raaah, truie pourpre ! C’est comme ça que tu me remercies pour mes votes ! La prochaine fois, je donnerai au Téléthon, tiens, et tu seras bien attrapée.)

CC : Alors on a entendu tout à l’heure que vous disiez "c’est une belle année qui m’attend", qu’est-ce que vous voulez faire de cette couronne, dans l’immédiat ? (NdOC : "Mais, la balancer, parce que ça me gratte trop la tête en fait")

LT : Dans l’immédiat, déjà donc heuuu…. voilà rendre aux gens c’qui… ‘fin…c’qui… c’qui m’ont, c’qui m’ont donné c’est-à-dire heu… me… me rendre Miss France me rendre ambassadr… ambassadrice et heu… bon après, dans la suite, bien sûr, j’espère, j’espère me servir de cette couronne pour… pour faire passer des messages (NdOC : C’est une couronne, c’est pas un téléphone, hein) et heu… et… et me présenter dans je sais pas, des associations p’têtre qui m’tiennent à coeur donc j’ai j’ai quelques idées déjà en tête (NdOC : profites en bien. Non, je dis ça comme ça, aucun sous-entendu, pourquoi ?) heu… on verra par la suite heu comment ça va s’passer.

"Si Miss France utilise l'influence de sa couronne magique pour me demander de partir, je le ferai"

CC : Voilà en tout cas mettre un peu entre parenthèses vos études, sans doute ?

LT : … pardon ? (NdOC : Mais si ! Le truc que t’es OFFICIELLEMENT *clin d’oeil* supposée faire *clin d’oeil appuyé*)

CC : Vous mettrez donc forcément un peu entre parenthèses vos études ? (NdOC : Fais lui un clin d’oeil ! Vas y Claire !)

LT : Oui, forcément, donc j’en ai parlé déjà avec heu, avec l’administration heu, avant de partir heu pour l’concours, yyy z’étaient vraiment enchantés deee… bin de de c’qui m’arrivait (NdOC : Oui, j’imagine leur tête en fait. J’imagine même les explosions de rires à la seconde où tu as fermé la porte du secrétariat, jeune ingénue) et heu forcément donc cette année heu je vais mettre entre parenthèses heu, mon année heu, déjà entamée et puis heu… pour la reprendre heu… de plus belle heu… l’année prochaine ? Hi hi !

CC : Voilà donc vous voulez exercer une fonction dans le management sans doute ? (NdOC : Non, en fait, elle veut être docteur en physique nucléaire. Mais elle a passé un "bachelor en management" par erreur)

LT : Heu, alors j’envisage heu plus de travailler plutôt dans la communication et l’audiovisuel (NdOC : Chut, vous entendez ? Si, tendez l’oreille, ce cri de goret qui dit "JE VEUX TRAVAILLER A LA TELE ! JE VEUX ETRE CELEBRE !") mais heu les études que je suis actuellement me heu me serviront certainement pour heu, pour cette vocation (NdOC : attends, ça sert à quelque chose, un Bachelor en Management, à part à caler une table ?) là, hi hi, mais également mon titre de Miss France heu… m’apportera beaucoup j’pense pour heu, pour c’que j’veux… c’que j’envisage de faire plus tard (NdOC : "LA TELE, HIIIIIIIII !")

CC : En tout cas on vous souhaite une… bonne chance, une très belle année de Miss France 2011, merci beaucoup, Laury Thilleman, d’avoir été avec nous, et bon courage pour la fin de cette journée qui va être aussi très chargée (NdOC : en schnouf) on le suppose

LT : Merci beaucouuup !

Décidément, quelle ambassadrice ! Je suis sous le charme.

Mais ne nous attardons pas plus, et arrêtons nous sur le cas, je cite, "historique" de notre seconde représentante hexagonale : Miss Nationale, un titre qui, vous en conviendrez, sent la borne kilométrique, les panneaux de la DDE et les aires de poids lourds où quelques routiers urinent en rang le long de quelques frêles arbres jouvenceaux.

Et notre damoiselle se prénomme Barbara Morel, a 21 printemps et mesure 1,75m. Jusque là, rien d’incroyable me direz-vous, mais dixit sa biographie officielle, la bougresse est en 2e année "technique de commercialisation" (ce qui permet de devenir chef du rayon slips chez Auchan, tout de même). Loin de tous les clichés sexistes, "elle adore le shoping, le lèche-vitrine et la presse féminine." ; d’accord. Inutile que je commente, je crois. Par ailleurs, elle est "passionnée par les films d’animation comme Avatar". Ho nom d’une pipe, je crois qu’on tient une gagnante là les enfants. Je… que… que dire d’autre ? "Sa couleur, le blanc, symbole de pureté et d’innocence." Hoooo ! Hoooo ! Arrêtez ! N’en jetez plus ! Dans tous les cas, sachez qu’elle représente la Provence, le pays des cigales, de la lavande, et de Taxi.

Petite précision : pour distinguer Miss France de Miss Nationale, c’est facile : Miss Nationale dispose d’une croix de Lorraine sur l’écharpe (véridique), symbole de la résistance face au concours Miss France tombé aux mains d’Endémol (véridique aussi). Bref, Barbara Morel ne le sait pas, mais elle vient de rejoindre les F.F.I du réseau "Chapeaux moches et France libre". Durant ses premières heures de Miss, elle devrait apprendre à faire sauter une ligne de chemins de fer, à poignarder une sentinelle ou un videur de chez TF1, ou même à envoyer des messages radios comme "J’aime les poneys et les arc-en-ciel" (ça reste une Miss, hein), à Londres.

 

Un partisan de Geneviève de Fontenay s'apprête à faire sauter la ligne Paris-Sedan pour empêcher Miss France d'aller y inaugurer le festival du plus gros mangeur de saucisses. Un geste terrible.

Allez, hop, à l’interview mes bons !

L’interview est menée de fronts par moult mains tenant tout autant de micros ; au vu du plan de la caméra, on ne sait pas s’il y a des gens au bout des dites mimines, mais je soupçonne personnellement qu’il ne s’agisse que de membres tranchés agités par une Geneviève de Fontenay ventriloque pour faire croire que des gens s’intéressent à son élection. Au milieu de tout ce capharnaüm, Barbara répond bien volontiers aux questions, qu’hélas, on entend pas toujours (on n’entend que les réponses, posées en fond sonore de divers plans successifs, et uniquement certaines questions). Je tenterai de remplacer les questions manquantes en les devinant moi-même à partir des réponses pour ne pas trop vous perdre.

Question manquante : Il parait que vous vous êtes défoncée au LSD juste après votre couronnement, c’est vrai ?

Barbara Morel : Je suis très loin de la terre, là. Je, je crois que j’vous ai tous quittés, hi hi hi !

Question manquante : Pourquoi vous être présentée au casting de Miss Nationale, et non pas à celui de "Oui-Oui va aux putes" ?

BM : C’est un choix de coeur que j’ai fait donc heu, j’ai suivi ma déléguée régionale (NdOC : Quand on suit bêtement les gens, on appelle pas ça un choix, mais une volonté d’animal laineux), qui a suivi Mme de Fontenay et heu… je crois au destin donc heu… je me suis pas posé de questions (NdOC : Noooon ?) et heu… je… Fontenay, c’est quand même aussi une identité, c’est un symbole… et pour moi donc j’ai préféré le fond à la forme. (NdOC : le fond… à la forme… on parle bien d’un concours de beauté, là ?)

Journaliste (Ou Mme de Fontenay ventriloque) : Quelle image vous, voulez-vous donner de Miss Nationale ?

BM : Je… je bé… je pense que si… je… j’ai été élue c’est pour ce que je suis, passque je suis restée moi, du début à la fin, chuis quelqu’un de très simple (NdOC : Nooooon, allez, arrête, tu me fais marcher ! ), de très naturel. Je voudrais montrer à toutes les jeunes filles quiii… qui rêvent de… de princesses de… de féérie de… pour leur montrer que bin ça… ça peut arriver à tout le monde (NdOC : Tu es devenue une princesse ? Tu trouves vraiment que Geneviève ressemble à une fée ? Tu aurais envie de la voir nue avec de petites ailes dans le dos ? Tu as déjà pensé à appeler SOS Cannabis ?). Je suis une fille (NdOC : Ho !), vraiment, heu, de… des plus quelconque, j’veux dire j’fais pas partie des plus jolies filles de de, de mon, de mon IUT (NdOC : et tu as remporté le concours de Miss Nationale ? Tu n’es donc pas la plus belle fille de la nation ? Lapidons-là !), je… mais j’ai été élue donc heu, ce, ce rêve est accessible vraiment à toutes les jeunes filles. (NdOC : Tu te rends compte que toutes les jeunes filles ne rêvent pas d’inaugurer la foire au boudin de Dunkerque ? Parce que v’la le conte de fée, bon)

Attention ! Passage interview Geneviève de Fontenay (il y a du montage !)

J(OMdFv) : Est-ce que vous vous êtes assurée qu’il n’y avait pas de photos sexy sur le web de Barbara Morel ? (NdOC : Comprendre "Avez-vous tapé "Barbara Morel buttsex with drunken panda" sur Google ?")

Geneviève de Fontenay : Non, non, sûrement pas, elle a pas des photos sexy (NdOC : Alors là, c’est quand même dégueulasse de dire ça ! Et pourquoi elle pourrait pas en avoir, d’abord ? La traiter de boudin, comme ça, au pied levé, c’est honteux !). Pas l’genre de la famille (NdOC : Ah non mais Geneviève, on peut poser nue sans ses parents en fait, ce n’est pas considéré comme une activité familiale) et tout, c’est une fille très bien, avec des parents qui… qui est entourée par tous les notables de la région et tout (NdOC : Oui, je l’ai vue une fois dans "Gros bourrage à la photocopieuse du Conseil Régional", un truc génial sur Youpor… heu, hem), non… J’ai aucun soucis… j’ai aucun, aucun soucis.

J(OMdFv) : Si vous aviez un conseil à donner, pour l’année qui s’ouvre, à donner à Barbara ?

GdF : Et bien qu’elle soit digne dans toutes circonstances, qu’elle ne fasse justement pas, qu’elle n’ait pas des attitudes quiii… soient contraires à l’image, à cette belle image…

Allez, revenons à notre Miss, je sens que vous êtes impatients.

Question manquante : Franchement, avoir le titre de Miss Nationale, ça vous donne pas envie de vous pendre ? Vous n’avez aucun amour propre ? Vous avez déjà pensé à l’euthanasie ?

BM : Je sais que ça va être difficile pour moi passsqueeee que Mme de Fontenay fait justement un concours heu… indépendant, donc je sais que ça va attiser beaucoup de curiosité (NdOC : Tu aimerais bien, mais non, même pas.), maintenant… heu, avec la force de Mme de Fontenay, je pense que j’ai pas de problèmes à me faire, je sais qu’elle sera là pour me protéger. (NdOC : Elle prendrait même une balle pour toi avant de chanter le thème de Bodyguard sur les genoux s’il le fallait, tu sais).

Que dire, si ce n’est qu’avec de telles Miss, la France est bien représentée ? Mesdemoiselles, les représentantes féminines du pays font honneur à votre double chromosome X. M’est avis qu’encore deux ou trois déclarations de ces deux là et on vous retire à toutes le droit de vote, parce que bon, faut pas déconner quand même.

 

Femme apprenant qui sont ses ambassadrices

Heureusement, rassurez-vous, ce week-end, il y a une autre ambassadrice de la France qui a fait honneur au beau sexe. Une sacrée Miss aussi. La première Dame de France pour être exact, qui comme chacun sait, ne surjoue jamais quoi que ce soit. Aussi, dernièrement, en visite en Inde dans une usine de production de matériel spatial, elle n’a pas hésité à montrer, grâce à ses habituelles réflexions enthousiastes, que la femme était un être décidément fort profond  :

Je cite : "Les satellites, on dirait des objets"

Bon allez, ça suffit les conneries, les filles, allez chercher vos cartes d’électrices et foutez les au feu : au vu de vos représentantes, je crois qu’on peut définitivement dire que vous n’êtes pas fiables.

Au travers de l’Histoire, la France s’est battue pour se dresser face aux menaces extérieures et subsister indépendante, fière et droite.

Il faut dire que de tous temps, on a voulu nous envahir : romains, francs, anglais, espagnols, sarrasins, teutons… combien d’armées, fussent elles chaussées d’acier ou de cuir, équipées de lances ou de fusils, ont voulu faire plier notre nation sous le joug d’une autorité infâme et dégradante ? Aux heures les plus sombres de notre pays, alors que l’ennemi semblait disposer de nos terres comme si elles étaient siennes, des hommes et des femmes ont su se lever. Au cœur de la tempête, ils ont compris que les vents déchainés ne devaient pas faire plier le drapeau, mais bien au contraire, le faire claquer comme jamais ; le son du pavillon tricolore battu par les embruns résonne dans le cœur des justes comme le mot "espoir".

Moquez-vous, trublions ! Outragez le drapeau (ou un autre, pour les lecteurs étrangers), baissez les yeux face au regard intraitable de Marianne, riez des frontons de nos mairies, mais sachez-le : cela ne durera pas, car en notre pays, des citoyens continuent de lutter face aux envahisseurs.

Brice Hortefeux est l’un de ceux-là. Car grâce à sa dernière proposition sur… attendez…

Pourquoi riez-vous, sales crypto-gauchistes ? Furoncles staliniens, ne réalisez vous pas ce qu’il vient de se passer ? Comment vous êtes désormais mieux protégées des ennemis de notre pays ? Prenons un peu de recul, voulez-vous ? Voilà. Là, c’est bien. Posez-vous maintenant la véritable question :

Pourquoi la France a t-elle si souvent été menacée d’invasion ?

Bonne question, hein ? Que venait chercher l’ennemi chez nous ?

Des terres ? Que nenni ! De l’argent ? Allons donc, si c’était le cas, ils auraient plutôt envahi Monaco (ce qui est faisable avec 6 SDFs, 3 pistolets factices, 4 gourdes de rosé et une super 5)

Non ; la réponse est en train de faire ses courses chez Yves Rocher : nos femmes.

Les sirènes ont très tôt appris à éviter les vikings, à leur grand désarroi

Souvenez-vous des vikings, terreurs du royaume ! Traversant les mers, remontant nos fleuves, ils débarquaient, mettaient à feu et à sang un couvent, et ne s’enfuyaient qu’après s’être assuré que de la mère supérieure aux novices, toutes avaient eu droit à un peu d’action dans l’ennui de leur vie religieuse. Bientôt, dans toutes les paroisses, le nom de viking devint le synonyme de plaisirs interdits ; ces visages carrés, ces barbes fournies, ces bottes tambourinant les planchers, couvertes de rouille et de sel de mer… on dit que la simple évocation de ce nom provoquait, chez les bonnes sœurs, des soupirs sulfureux qui faisaient rougir jusqu’au plus innocent des enfants de chœur. Évidemment, l’Histoire dans son immensité a fusionné cette période avec les deux qui suivirent ; tout d’abord, celle dite de "La Déchaussée aux moines", durant laquelle les équipages nordiques, attristés de découvrir qu’ils avaient déjà souillé tout ce que le royaume comptait de chaste religieuse, s’en prirent de dépit aux chastes religieux. Après des semaines de mer, lorsque l’on débarquait et que l’on avait plus de nonnes à se mettre sous la main, n’importe quel moine à la tonsure douce et soignée faisait l’affaire. Et lorsqu’enfin le dernier frère fut laissé pour mort, nu comme un vers sur la table du grand réfectoire de l’abbaye de Landévennec après avoir connu les caresses de tout un équipage velu et teigneux, on vit s’ouvrir la troisième et dernière période des invasions vikings, celle dite du "Fléau des caprins", qui, je vous en fais la synthèse, a impliqué quantité de bêlements de bonheur dans tout le royaume.

Au fil des siècles, toutes les invasions visèrent ce même objectif : nos greluches ; les anglais en ayant surtout des moches, ils tentèrent à moult reprises de s’emparer des nôtres, brûlant les moins coopératives. Les teutons, malmenés des centenaires durant par d’imposantes marâtres en costume tyrolien aux tresses blondes et aux bras gros comme des troncs de la Forêt Noire, tentèrent régulièrement de se déplacer de par chez nous pour trouver des compagnes plus coopératives. Les portugais, enfin, pour des raisons que je ne développe pas, firent 7 tentatives méconnues de débarquement sur La Baule afin d’envahir le pays, mais échouèrent à chaque fois suite à des problèmes d’hydrodynamisme de leurs soldats.

Voilà qui explique au moins deux guerres mondiales

Disons le tout net : si la France est le pays de l’amour, c’est parce que nos femmes font rêver le monde, au point que certains matins il a encore rêvé d’elles et que ses draps s’en souviennent.

Attention lectrices : ça ne veut pas dire que je vous estime pour autant, hein. Juste qu’en plus de tous vos défauts (futilité, goût pour les dinderies, amour des enfants), vous êtes la cause de bien des invasions (vous êtes un peu nos Sabines, et je parle plus de celles de Tite-Live que de Paturel), et donc responsables de tant et tant de morts ! Comment pouvez-vous vivre avec le poids de ces péchés, en plus de l’originel ? Non vraiment, vous faites chier quoi, merde.

Bon, que disais-je ? Ah oui, Brice Hortefeux.

Brice Hortefeux l’a bien compris ; face à la force de nos armées (j’en entends qui pouffent au fond, ça suffit), l’ennemi a saisi qu’il valait mieux passer nos frontières individu par individu pour se saisir de nos femmes plutôt que de nous affronter de front ; ça pourrait encore aller si ces petits goinfres se contentaient d’une, mais vous les connaissez, les bicots melons bougnouls rastacouères étrangers, hein, ils en prennent tant qu’ils peuvent.

Le mot est lâché : ils sont polygames. Parce que quand t’as une épouse, ça va, c’est quand il y en a beaucoup que ça pose des problèmes.

Brice s’est donc mis très en colère (certaines mauvaises langues disent "tout rouge", mais je ne mange pas de ce pain là moi, je respecte mes ministres), et a déclaré que désormais, nos amis polygames pouvaient trembler, puisque l’on pourrait les déchoir de leur nationalité française si jamais ils se mettaient en ménage, de fait (pas forcément besoin d’un mariage), avec plusieurs femmes.

On ne rigole plus ; la polygamie est donc mise au même niveau que le terrorisme ou la haute-trahison. Ceinture d’explosifs ou ceinture de chasteté, même combat.

Prenons par exemple Jean-Jacques. Jean-Jacques a 17 ans lorsqu’il rencontre Géraldine, une jeune bourguignonne à la silhouette gracile entretenue par des années de pratique quotidienne de la danse classique. Après deux ans de relation, ils s’installent ensemble à Nevers, leur rêve, où Jean-Jacques travaille comme assistant administratif dans une entreprise produisant des crayons de papier. Un jour, il y croise Raphaëlle, une petite stagiaire aux ressources humaines tout ce qu’il y a de plus sympathique qui se passionne pour l’équitation, le cyclisme et la vie de  Boutros Boutros Ghali. De jour en jour, il sent bien que Raphaëlle l’attire ; il aime toujours Géraldine (tant qu’elle ne grossit pas en tout cas, restons pragmatiques), et pourtant, au fond de lui, quelque chose semble réagir à la présence de la nouvelle venue (ce n’est pas à prendre au sens littéral, hein). Un soir, se sentant coupable, il va confesser ses sentiments pour Raphaëlle à Géraldine (oui désolé les filles, c’est une fiction, hein, dedans il y a un homme honnête mais j’aurais aussi bien pu mettre une manticore, Pégase ou Arthur disant quelque chose de drôle). Cette dernière le prend assez mal, puis essaie de comprendre la situation. Elle demande à rencontrer la jeune fille, et comprend à son tour pourquoi son mari est tombé sous son charme ; je vous passe les détails, mais 4 ans plus tard, Raphaëlle emménage avec Géraldine et Jean-Jacques. Ils sont heureux, la vie est belle et le soleil brille sur Nevers (je vais vraiment loin dans la fiction, là).

Jusqu’au jour où une rangers du GIPN défonce la porte d’entrée de Jean-Jacques à 6h du matin et va le tirer du lit où il dormait du sommeil du juste entre ses deux compagnes ; après avoir reçu quelques coups de matraque pour avoir résisté (il criait "Laissez moi enfiler un slip !" en s’enfuyant vers la buanderie), il est promptement jugé, passe quelques jours en prison où il découvre une nouvelle forme des joies des partenaires multiples auprès de Slözt, son compagnon de cellule bodybuildé, puis est déchu de sa nationalité française. Il est donc menotté et envoyé par charter vers un pays célèbre pour n’exister qu’en théorie : la Belgique.

Alors que la polyandrie, pas de problèmes.

Maintenant, reprenons la même histoire, sauf que cette fois, Jean-Jacques ne confie rien à Géraldine et préfère "rester tard le soir au bureau pour traiter des dossiers", le dossier en question mesurant environ 1,68 pour 59 kilos, et remplissant fièrement ses bonnets B. Géraldine finit par sentir que quelque chose ne va plus dans son couple, et n’arrivant pas à faire parler Jean-Jacques, elle sombre peu à peu dans la dépression au point de commencer à louer des DVDs de Joséphine Ange-Gardien pour oublier le monde qui l’entoure. Raphaëlle, de son côté, pleure régulièrement que Jean-Jacques est un lâche qui jure qu’il va se séparer de Géraldine alors qu’il n’en fait rien, elle se sent manipulée et n’est pas heureuse dans cette vie. Elle finira donc logiquement par ouvrir un skyblog tant elle sera au fond du trou.

4 ans plus tard, Jean-Jacques a donc deux compagnes, toutes les deux malheureuses, mais lorsqu’il croise le GIPN, on le salue cordialement et on l’appelle "tombeur" (alors que chacun sait que si Jean-Jacques s’appelait Jeannine, elle se ferait appeler "salope").

Voilà donc la différence fondamentale entre la polygamie et l’adultère : dans le premier cas, tout le monde est supposément d’accord, ce qui est moins malheureux, que dans le deuxième cas, où il y a mensonges et tromperie. Il a donc été convenu fort logiquement que les coupables de polygamie étaient de sombres enfoirés, quand les coupables d’adultères étaient de braves citoyens.

La morale de cette histoire est donc la suivante : messieurs, pour le respect de ces dames, ne les épousez pas : trompez les.

Ah, et dire que parmi ces expressions françaises intraduisibles de la par le monde, comme "coup d’état" ou "rendez-vous", il y a :

"Ménage à trois"

La francophonie vient d’en prendre un sacré coup.

P.S : Message pour Carlita ; cette histoire, c’est vraiment trop dommage, complique tes projets d’emménager chez moi. En tout cas, tu peux quand même passer à la maison ce soir, j’ai les accessoires pour le "tourniquet slave" dont je t’ai parlé. Diego te raccompagnera discrètement Faubourg Saint Honoré avant 6h, comme toujours. Astique tes pommettes ma louloute.

Je ne comprends pas vraiment toute cette adulation autour d’elle.

Ses coupes de cheveux improbables, ses déplacements en voiture blindée que des millions de fans et de paparazzi entourent en hurlant, ses tenues ridicules et bien souvent ultra-courtes… et je ne vous parle pas de l’argent qu’elle gagne pour ses chorégraphies proches du n’importe quoi !

Quoi Lady Gaga ? Mais non, je vous parle de l’équipe de France, moi.

Car peut-être ne l’avez vous pas remarqué, mais pendant que nos amis les lycéens vont aller plancher sur des sujets de bac tel que "Les conséquences sociales de la mondialisation", la coupe du monde de football déferle sur nous. Articles sur l’entrainement des bleus, équipes de chercheurs du CNRS chargées de trouver de nouveaux surnoms ridicules aux joueurs, reportages télévisés suivant le périple de Christiane, qui supporte l’équipe de France depuis toujours… tout le monde est mobilisé derrière les joyeux footballeurs y compris les prostituées.

Évidemment, vous trouverez toujours quelques esprits chagrins pour aller expliquer que la coupe du monde, c’est nul et ça fait du bruit, que ça coûte de l’argent, ou même que l’équipe de France est trop nulle et qu’il vaut mieux supporter une autre équipe (en 1998, le nombre de français ayant discrètement brûlé leur maillot du Brésil dans leur jardin a participé à 0,6% au réchauffement climatique cette année là), mais là n’est pas la question.

En effet, alors que des millions de mâles vont se tourner vers leurs écrans, une bière à la main et une corne de brume dans l’autre partout à travers le monde, ce sont autant de femmes qui seront laissées de côté, abandonnées dans la cuisine tel un chiot sur la route des vacances. Entre deux "Tu peux remonter des binouzes steuplé ?" venus interrompre leur lecture du dernier Marc Lévy, ces dames entendront un langage bien mystérieux : "Hors-jeu, ya hors jeu là enculé", "Raaah mais pénooooo !" et autres "Nan mais chiqué !" ; quel vocabulaire sibyllin !

Et là, vous avez toujours envie de supporter l'équipe de France ?

Rassurez-vous. Puisque la coupe du monde doit unir la planète dans une célébration commune de l’esprit d’équipe, du fairplay et des valeurs sportives et humaines, permettez-moi d’expliquer quelque peu tout cela aux dames pour que messieurs, vous ayez enfin le plaisir de voir votre petite amie battre votre record de bide à bière ainsi que votre mère traverser le séjour en faisant l’avion, le tout avec son t-shirt retourné sur le visage, vous offrant ainsi une vision qui aurait fortement inspiré Freud.

Déjà, le football, en quoi ça consiste ?

Avez-vous déjà essayé de rentrer en boîte avec Jim, votre pote un peu lourd, un peu bourré et un peu mal habillé ? Pas toujours facile, surtout si Abubackar, le videur togolais du Macumba, se montre un peu tatillon.

Et bien le foot, c’est pareil : ce sont deux bandes de dix potes qui tentent de refourguer un gars bourré dans la boîte adverse en déjouant la vigilance tant des fêtards d’en face que de leur videur. Sauf qu’ici, le type bourré dont tout le monde cherche à se débarrasser pour ne pas finir à s’occuper de ce gros lourd au lieu de draguer est figuré par un petit ballon de cuir. Les joueurs ne sont autorisés à utiliser que leurs pieds pour le mouvoir, sauf s’il venait à sortir du terrain, auquel cas, ils peuvent s’en saisir pour le ramener dans la partie. Enfin, les videurs sont représentés par les "gardiens", un par équipe, créatures monstrueuses aux mains disproportionnées cachées sous d’immenses gants qui furent créées par le génie génétique allemand en 1943 et depuis utilisés dans ce sport où ils rencontrent un franc succès. L’équipe qui se débarrasse le plus de fois du ballon dans les buts adverses (des sortes de grosses cabanes à filets figurant la boîte de nuit) a gagné la partie.

Le spectacle dure environ 90 minutes, un peu plus si jamais les deux équipes sont à égalité et qu’il faut absolument les départager.

Au terme de cette fabuleuse aventure, les deux camps passent brièvement devant les journalistes pour faire différentes onomatopée, avant de se rendre dans les douches où ils se claqueront les fesses à coups de serviette tout en gloussant. Ils pourront alors retourner dans leur hôtel, où ils retrouveront Roselyne Bachelot, ce qui explique aussi la propension de l’équipe de France à tenter de faire durer le match ou de minimiser le séjour, les deux marchent.

Okay, mais c’est qui le monsieur tout noir sur le terrain ?

Lequel ? Nan parce qu’il y en a plein.

Celui qui a les cartons de "Un dîner presque parfait" dans la poche, là, qui touche pas la balle ?

Bravo les références les filles. Bon, lui, c’est l’arbitre, une sorte de policier municipal du terrain relativement polyvalent : il doit s’assurer que les règles du jeu soient respectées, ne pas gêner le bon déroulement de la partie et évidemment, servir d’alibi en cas de défaite d’une équipe en finissant lapidé par les supporters des perdants. Pour ce faire, il a plusieurs moyens à sa disposition : il peut arrêter temporairement la partie et faire les gros yeux à un joueur (ce qui est très difficile étant donné qu’il est souvent bénévole et qu’il doit sermonner des gens respectables gagnant chaque mois le salaire de 280 chirurgiens urgentistes puisqu’ils font rêver et que ça n’a pas de prix), lui montrer un carton peint par Valérie Damidot en jaune (ce qui pique un peu les yeux du joueurs et le sanctionne), ou pire, un carton peint en rouge par la même psychopathe (ce qui oblige le joueur à quitter le terrain pour aller se laver les yeux, ce qui arrive aussi si on lui remontre un carton jaune une deuxième fois). L’impact psychologique pour l’équipe est tel que le joueur ne sera pas remplacé sur le terrain, il faudra donc jouer en infériorité numérique.

A cet instant précis, l'arbitre a vu sa vie défiler devant lui

D’accord, mais si l’arbitre est trop vilain et qu’il est tué par le public, qui donc va être conspué ensuite ?

L’entraineur. On le reconnait facilement : il porte soit un jogging pour dire qu’il est sportif, soit un costume pour dire qu’il est important. Il reste sur le bord du terrain et crie très fort des conseils bien utiles pour aider son équipe à gagner comme "Cours plus vite !" ou "Marque un but !" ; il s’occupe aussi d’agiter très fort les bras pour faire rire le public lorsqu’il ne se passe rien sur le terrain. Souvent recrutés à l’école des mimes, ils peuvent ainsi rester plus de 90 minutes à remuer très fort leurs membres sans jamais se fatiguer ce qui est aussi une des choses qui a attiré Zahia chez les footballeurs.

Certes, mais alors, vu qu’on commence à entrer dans les détails, c’est quoi un hors-jeu ?

Ah, le hors-jeu. Le hors-jeu, c’est quand il y a un joueur d’une des deux équipes qui essaie de rentrer en boîte sans ses potes ; c’est à dire qu’il est tellement loin de tout le monde qu’il n’y a plus personne entre lui et le gardien de l’équipe adverse. Aussi, il est interdit de lui passer la balle ; si jamais quelqu’un le fait, l’arbitre a le droit de faire les gros yeux. Il peut aussi secouer le doigt très fort pour ponctuer ses gros yeux, ce qui peut potentiellement faire très peur à un individu normalement constitué, c’est-à-dire qui ne soit ni multimillionnaire, ni entrainé par un mime.

Le hors-jeu est l’une des règles préférées des supporters puisqu’elle leur donne un petit côté érudit (j’ai dit petit le côté) et permet de pousser de nombreux cris, le plus célèbre étant "Putain mais y avait un hors-jeu d’au moins *insérer ici un chiffre entre 1 et 10* kilomètres !". On peut ainsi contester la validité d’un but "Y avait hors-jeu ça compte pas !", d’une décision d’arbitrage "Mais y avait pas hors-jeu ‘tain l’est aveugle l’aut‘", ou même commenter l’intégralité du match d’un "Ils ne sont jamais vraiment rentrés dans le jeu" de bon aloi qui ne veut pas dire grand chose mais qui fait bien. Tous les commentateurs sportifs l’utilisent, d’ailleurs, je l’ai sur mon Eugène Saccomanophone, un vieux synthétiseur que j’ai bricolé avec des réparties automatiques pour faire croire que je m’y connais en foot. Tenez, par exemple, si j’appuie l…

"Holalalalalaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa elle est paaassée à un ceeeeeeeeeeeeeeentimèèèèèèètre !"

C’est chiant ton truc, ça fait un son affreux ! Faut que tu changes l’ampli ou que tu le répares, mais c’est horrible !

Le problème n’est pas l’ampli, crois moi.

En parlant de réparations : c’est quoi, "La surface de réparation" ?

C’est un peu le cimetière des éléphants du terrain. Quand un joueur de foot sent qu’il va mourir, c’est à cet endroit qu’il se rend. Là, il tente de s’approcher le plus possible d’un autre joueur, et lorsqu’il sent qu’il est assez proche, il simule une chute/un mauvais coup reçu/un arrêt cardiaque/une crise de paludisme. Il se met alors à se rouler par terre en se tenant la tête, et n’écarte ses doigts que pour jeter de petits coups d’œil à l’arbitre, alors que les secouristes sont encore en train de chercher où ils vont passer la bombe froide et l’éponge magique. Si l’arbitre considère qu’il y a eu une faute, il demande réparation : il y a alors un pénalty, c’est-à-dire, une séance de tir au but d’un joueur seul face au gardien adverse. A contrario, si l’arbitre dit "Francis Huster" (ce qui signifie "Relève toi, et joue au foot, tu joues vraiment trop mal la comédie"), le joueur mourant bondit sur ses pattes (alors qu’il prétendait être paraplégique la seconde précédente) et se dirige droit vers l’arbitre pour lui expliquer que c’est scandaleux, qu’il souffre, qu’il faut sanctionner les vilains et que l’arbitre doit copier/coller le statut "y a pénalty" sur sa page Facebook et le faire suivre à au moins 20 de ses amis sinon il mourra dans les deux heures.

Un gardien tentant de déplacer son but pour tromper l'ennemi

L’affaire s’en arrête en général là pour les joueurs, bien que le défenseur des règles du jeu sache que lui recevra des menaces de mort durant au moins deux bonnes semaines au bas mot, et qu’effectivement il y aura des gens sur Facebook qui parleront de lui dans leurs statuts accolé aux mots "mort", "meurtre", "gégène" et "Yvette Horner"

Mais si c’est ça un pénalty, c’est quoi un coup franc ?

Un coup franc, c’est lorsqu’un joueur a tenté de faire une petite boutade amicale à l’un des membres de l’équipe adverse ("Tiens, je t’arrache les tibias à coups de crampons si tu veux bien mon bon ami"), et que l’arbitre stoppe le jeu et propose de donner le ballon à l’équipe dont l’un des joueurs vient de perdre les deux jambes pour compenser un peu. Dès lors, un joueur doit taper dans le ballon pour le remettre en jeu, et c’est dans ces moments là que l’on voit se dresser devant lui, s’il est trop prêt des buts adverses, le mur des kikis.

Le mur des kikis désigne une série de joueurs faisant obstacle face au joueur qui va tirer le coup franc, et qui se protègent la kikoute des mains en priant pour que le ballon ne vienne pas très fort la percuter par un malheureux coup du sort, les empêchant de s’accoupler avec des top-models plus avant. Cependant, s’ils sautillent sur place les mains sur l’entrejambe, c’est aussi pour déconcentrer l’adversaire : en 1981, c’est ainsi que Michel Platini réussira à déconcentrer les joueurs des Pays-Bas en réalisant un spectacle de ventriloquie sur un coup franc intitulé "Albert, le petit trilili qui avait peur du cuir", représentation qu’il effectuera intégralement en hollandais au nez et à la barbe de l’arbitre et qui déconcentrera l’équipe adverse jusqu’à la fin du match. Le capitaine de l’équipe néerlandaise déclara d’ailleurs par la suite "De monoloog waarin Albert klaagt over zijn levensomstandigheden in de bodem van een slip we tot tranen toe bewogen", et on veut bien le croire.

Rappelons que le football est considéré comme "Patrimoine immatériel de l’humanité" classé dans la catégorie "Théâtre et comédie".

Et sinon, c’est qui le douzième homme dont parle tout le monde ? Parce que même en recomptant, ils ne sont que 11 par équipe.

En effet. Le douzième homme, c’est le cœur de la coupe du monde, puisqu’il désigne le public, celui là même qui va s’agiter au son des pets dus à des excès de houblon et acheter en quantité industrielle des produits dérivés. C’est lui qui reste hypnotisé par ces bandes-annonces au son de Carmina Burana dans lesquelles on peut voir des hommes en short couverts de sueurs se frotter les uns aux autres dans la pelouse des stades les plus célèbres du monde. C’est encore lui qui rentrera à trois heures du matin un soir de victoire de son équipe en chantant Tata Yoyo au travers des bulles de son vomi.

Oui, le douzième homme, c’est lui, et parfois, c’est votre mari.

Alors mesdemoiselles, maintenant que vous en savez un peu plus, vous avez le choix : être aux côtés de votre compagnon et de ses amis lors de ce fantastique évènement, ou plus communément, profiter que votre intime camarade soit occupé pour aller sur la plage drag…

"Hoooooooo hooooooo ! Le tââââcle irrééééééééééégulier !"

Merde, mon saccomanophone. Je vous ai dit que je savais jouer "L’hymne à la joie" sur ce fabuleux instrument ?

Le monologue où Albert se plaint de ses conditions de vie au fond d’un slip nous a ému aux larmes

Bon sang, ils sont derrière moi ! Vite, la petite rue, sur la droite !

Apeuré, poursuivi, je les entends crier à quelques dizaines de mètres dans mon dos, alors que je m’engouffre dans la ruelle. J’ai juste le temps de noter cette bouche d’aération au sol dont sort une importante vapeur blanche, que je traverse le dit nuage du plus vite que je peux. A peine sorti de celui-ci, je renverse une pile de cartons qui n’attendait que ça et… ho morbleu, une bouche d’aération qui fume et des cartons que je renverse en courant ? Ca ressemble fortement à la ruelle typique de toutes les courses poursuites cinématographiques qui s’achèvent toujours en…

…cul de sac, me dis-je en notant l’inévitable grillage qui obstrue l’accès à l’autre partie de la rue. Diantre, me dis-je, c’est d’un classique, c’en est presque humiliant pour un homme de mon standing. Que faire ? J’hésite quelques secondes au pieds de la structure métallique, et me décide à tenter l’escalade en entendant le bruit de cavalcade se rapprocher. Une tâche toujours difficile lorsque l’on porte une tenue de ville.

"Il est là !"

Alors que j’arrive péniblement au sommet de la grille, je sens des mains se saisir de mes jambes et me tirer en arrière. C’est fini. Dans leurs uniformes bleus marqués d’un insigne jaune, ils me menottent et me ramènent à leur central : le Monoprix de Melun. C’est là qu’ils m’avaient repérés, alors que je passais innocemment devant ce magasin de prolétaires. J’avais eu beau m’éloigner, faire semblant de les ignorer, ils m’avaient verrouillé du regard, tels d’improbables androïdes. Même le changement de trottoir n’avait rien pu y faire : ils avaient repéré une proie, et ne la lâcheraient plus.

Un démarcheur en vue subjective

Je suis assis brutalement sur un bac à fleur, sous la pluie, fermement tenu aux épaules par les deux molosses qui ont eu raison de moi dans cette ruelle où j’avais cru sentir l’odeur de la liberté.

"Alors mon salaud, on voulait nous échapper ? Tu nous prends pour des bleus ?"

Je ne réponds pas. Au fond de moi, je sais qu’ils ont raison : on ne peut pas leur échapper ; ces mecs qui par tous les temps, sont devant les lieux de passage des centres urbains connaissent bien leur boulot : une fois qu’ils ont décidé qu’ils vous aborderaient, ils vous abordent, quoi qu’il en coûte. En tout cas, je sais ce qui m’attend. Ils vont me faire le coup de la première phrase, la classique, celle qui vise à vous faire vous arrêter quand vous marchez, à vous obliger à ne donner qu’une seule réponse. La bonne.

"Vous aimez les enfants ?"

C’est d’un grossier. Connaissez-vous une personne qui répondrait non ? Même moi, je ne peux.

"Oui, évidemment.
- Ha, alors ça tombe bien, puisque nous représento…
- Surtout avec de la sauce béarnaise, ils ont un goût exquis."
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Une gifle frappe ma joue.

"Nt nt nt. Cela commence très mal, Monsieur… Monsieur ?"

Devant mon silence insistant, celui qui me maintenait en place se met alors à fouiller mes poches intérieures. Il dépose à côté de moi cigares, montre à gousset et autres possessions avant de se saisir de mon portefeuille. "Monsieur Connard", dit-il d’un ton solennel en lisant ma carte d’identité. Avant d’ajouter "Il n’a pas de liquide. Juste un chéquier et sa carte bleue."

"Monsieur Connard, nous représentons le Téléthon." reprend le premier en indiquant le petit insigne jaune brodé sur son anorak.

"Comme vous le savez, chaque année, nous recueillons de l’argent auprès des français afin d’aider la recherche contre les maladies génétiques telles que la myopathie ou la mucoviscidose. Il en va de la vie de personnes. Vous avez bien quelque argent à nous donner ?
- Non. Je veux mon avocat."
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Celui qui tenait mon portefeuille sort de celui-ci une petite carte où parait le nom de mon défenseur en robe, écrit sur une image de fond représentant un livre ouvert de droit latin. Il la déchire consciencieusement avant de jeter les morceaux par-dessus son épaule.

"On a pas le numéro de ton avocat. Par contre, toi, tu as des sous pour aider les malades. Tiens, regarde plutôt cette photographie"

Il pose sur mes genoux une photographie de deux enfants d’environ 7 et 10 ans, fort souriants malgré les dents de laits fraichement tombées qui transforment leurs bouches en échiquiers.

"Ils sont myopathes. C’est terrible, tu sais. Il faut aider la recherche, pour sauver des enfants comme ceux-là.
- Dis donc – je me permets de le tutoyer puisqu’il en fait autant – ce serait pas un peu gros comme ficelle, le coup des enfants dont on expose la misère pour tirer des sous ? Dans le style "Hmmm vous hésitez sur le montant à donner ? Regardez encore un peu cette photo de chatons avant de me donner une réponse." ?
- Ce qui ne retire rien à la justesse de la cause, gros malin."
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Fixez ce chiot kikinou durant 10 secondes. Ca y est ? Maintenant, filez moi votre fric ou je bute le chien.

Nous nous fixons mutuellement avant que je ne lui indique d’un mouvement de tête un homme, de l’autre côté de la rue, en short malgré le froid qui s’épuise tant qu’il peut sur un rameur artificiel au milieu du trottoir.

"Et ça ?
- Lui ? C’est Michel. Un courageux : il a décidé de se battre contre la maladie, et durant toute la durée du Téléthon, il va ramer pour la faire reculer.
- Ha oui. La vache, la maladie, elle doit trembler en se disant que "Putain, Michel fait du rameur !" ; après, il va faire quoi, ouvrir un groupe Facebook contre la maladie, histoire qu’elle se dise "Merde, il y a 5 000 membres dans ce groupe, je suis fichue" ? Nan, c’est très con votre truc. Les exploits du genre ramer 48h ou faire le tour du département en tracteur, c’est juste nul à chier. Vous vous achetez une bonne conscience en faisant n’importe quoi."
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Une deuxième gifle tombe.

"C’est faux. C’est symbolique. Et certaines de ces actions rapportent de l’argent : par exemple, regarde Germaine là-bas !"

Il pointe du doigt une vieille rombière qui fait griller un gigantesque boudin sur un demi-tonneau en guise de barbecue improvisé.

"Germaine tente de fabriquer le plus gros boudin de France, et en vendra ensuite des parts aux passants ; tous les bénéfices iront au Téléthon ! Là, tu ne peux plus rien dire, c’est du concret !
- C’est sa fille à côté ?
- Oui pourquoi ?
- Vous pouvez lui dire d’arrêter, c’est bon,  visiblement elle a dû le fabriquer il y a 30 ans environ le plus gros boudin de France. Par contre, je sais pas si les passants voudront payer pour en avoir une part".
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Je suis soudainement tiré par l"épaule et emmené brutalement  jusqu’à un parcmètre situé à quelques mètres de là. A cet endroit, ma tête est violemment choquée contre cette merveille de technologie d’une autre ère, jusqu’à ce que le bruit de la monnaie qui tombe de la réserve de l’appareil en rencontrant le sol se fasse entendre, merveilleux tintement, chanson à mes oreilles, puisqu’il signifie la fin de ma souffrance. Je suis ensuite ramené à mon bac à fleur initial où l’on me rassoit, sous le regard intrigué (pour ne pas dire plus) des passants.

"La fille de Germaine, c’est ma femme."

Par Saint Georges, grossière erreur, me dis-je en voyant des gouttelettes écarlates s’accumuler sur ma splendide cravate blanche. Cependant, j’avais profité de l’occasion pour me saisir de l’aiguille du parcmètre, tombée de celui-ci lors de ces actes de violence. Outil idéal pour tenter de crocheter des menottes. Un talent que j’ai eu loisir de développer lors de, disons, soirées privées. Alors que j’en suis à ces considérations, mon chéquier atterrit sur mes genoux. Une écriture maladroite y a inscrit "trente euros" à l’ordre de "Téléthon".

"Signe. " Me dit le beau-fils de Germaine.

Dois-je signer ? J’hésite. Je regarde Michel qui rame contre la maladie.

"Regarde encore cette photos de ch’tites n’enfants ! Signe !"

Les deux marmots sont là, le ratelier troué. Comme le mien, si je ne coopère pas vite.

"Tu vas signer ! Schnell !"

Les questions se multiplient sous mon cuir chevelu : Dois-je financer une association soutenue par Dave, Mireille Mathieu et Michel Sardou ? Dois-je financer une association qui a la gentillesse de ne pas trop hurler quand elle récolte 100 millions et que dans le même temps l’Etat sucre 1 milliard sur le budget 2010 dans ce qui devait être alloué  la recherche ? Dois-je leur demander pourquoi, au vu du demi-million d’associations pour aider des malades, c’est celle là qui a le droit à 24h de télévision publique et pas une autre ? Est-ce que la mucoviscidose tue vraiment, sachant que Grégory Lemarchal en est à son deuxième ou troisième album après sa mort ?

"Si je donne, est-ce que quelqu'un lui paie le coiffeur ?"

"Signe bon sang ! Signe ! Regarde ! Les ch’tites kinder ! Myopathes ! Raus ! Zignature !"

Je ferme les yeux et crispe la mâchoire : à moi, Jean Moulin ! A moi, la France libre, la minorité résistante ! A moi la…

Un déclic : mes menottes s’ouvrent.

Je m’enfuis à toute jambe en saisissant d’un geste vif mes affaires dispersées sur le bac à fleur ; et pour faire diversion alors que mon tortionnaire s’apprête à se lancer à ma poursuite, je renverse le barbecue du boudin géant, avant de jeter à terre l’autre boudin géant qui s’élançait à ma suite.

Quelques temps plus tard, je m’assoupis enfin dans mon fauteuil et allume ma télévision. Sur mon guéridon, à côté de mon verre de brandy, mon téléphone côtoie ma carte bleue. Il est grand temps de donner mon argent à une association courageuse qui en a vraiment besoin, en ce week-end de Téléthon. Je me saisis du combiné.

"Allô, j’appelle pour l’élection de Miss France."

"Tu vas mourir comme une petite merde"

C’est en résumé l’information qui tourne en boucle depuis bien des mois dans nos différents médias. En effet, quand le Mexicain tousse, c’est le monde entier qui met son masque. Non pas à cause de l’odeur de tapas délétère qui s’échappe de son gosier lorsque celui-ci expulse bien vite l’air de ses poumons, mais bien parce que celui-ci pourrait nous refiler une maladie nouvelle et inconnue : la grippe.

On peut comprendre cette peur : la dernière fois que la grippe a eu un quelconque rapport avec des hispanophones, on aurait dénombré jusqu’à 21 millions de morts dans le monde (oui ma bonne dame, rien que ça) ; depuis quand on entend "¡ Atchoumas  !", on se méfie un peu.

Dès lors, le monde a basculé en alerte rouge, franchissant promptement tous les niveaux d’alerte. Mais connaissez vous seulement la signification de ces niveaux dont tout le monde a parlé ? Comme je suis bon, je partage mon savoir avec vous, pauvres béotiens :

A l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), il y a 6 niveaux d’alerte :

  • Niveau 1 : c’est la découverte d’un nouveau virus chez nos amis les animaux mais tellement nul que tu peux manger une bête malade, tu peux quand même courir le 100m le lendemain.
  • Niveau 2 : manger une bête malade n’est pas recommandé si tu ne veux pas finir demain à passer ta journée aux toilettes à relire ta collection de Cosmo et de Biba
  • Niveau 3 : souvent franchi à vive allure par les légionnaires quand les chèvres ont contracté la maladie, c’est le moment où il y a quelques cas de larrons qui présentent les mêmes symptômes que les animaux (envie de se faire tondre, absence de réflexion, oeil vitreux et parenté avec Loana)
  • Niveau 4 : on a identifié quelques humains s’étant refilé le virus, par exemple, la chtouille
  • Niveau 5 : plus de deux pays sérieux (le Liechtenstein par exemple est donc exclu de fait) connaissent des malades du nouveau virus et on commence à suer très fort quand les gens en parlent
  • Niveau 6 : "hausse des infections", autrement dit, c’est plus que 5, on parle désormais de pandémie (ce qui signifie "grosse épidémie qui fait peur", en grec)

Bon, la France, c’est à peu près pareil, sauf qu’au niveau 6, on doit boucler les lieux publics et tout le monde doit attendre dans sa cave et développer des pratiques cannibales pour survivre. Mystérieusement, comme cela a quelque impact économique (on fait moins bien tourner les entreprises et le commerce quand on vit enfermé dans une cave à manger ses enfants), en France on a passé les 5 premiers niveaux à vitesse grand V histoire de faire monter la sauce ("Ho mon dieu, l’épidémie est de plus en plus dangereuse, tremble, bon peuple ! Et ne t’intéresse surtout pas à d’autres sujets !"), puis, lorsqu’on a vu qu’au niveau 6 on rigolerait vachement moins, on a tenté de gagner du temps, grâce à l’amie Roselyne qui nous a dit "Attention ! Je vais compter jusqu’à 6 ! 1, 2, 3, 4, 5,… 5Aaaaa…. 5B…. 5B trois-quart…"

Au Mexique, cela fait longtemps quon a compris quil fallait porter un masque pour se protéger
Au Mexique, cela fait longtemps qu’on a compris qu’il fallait porter un masque pour se protéger

Ca fait super peur. Des moyens ont donc été déployés pour sauver vos corps et vos âmes : hordes de masques prêts à être distribués (mais périmés, bon), plans d’urgence (consistant à trier les malade, comme c’est intéressant), et surtout, survente de produits à la con telles les solutions hydro-alcooliques (ça coûte 30c à produire et tu vends ça 5€) ou encore le top du top pour rassurer l’employé : le distributeur de solution hydro-alcoolique qui remplace le vieux savon dans les toilettes de la COGIP :

"Mais c’est génial ce truc ! Comme ça, on a plus à mettre les mains sur le savon où les autres ont mis leurs mains pleines de virus de la grippe !
- Oui enfin à la place, on met la main sur un bouton, ce qui est plus dégueulasse qu’un savon. Et puis bon, au final, on a toujours les mains propres dans les deux cas, donc ça ne change rien, non ?
- Bon, Michel, si c’est pour faire du mauvais esprit, tu peux sortir."
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Ca rappelle la bonne époque du terrorisme et des niveaux d’alerte qui ne cessaient de monter sans jamais redescendre. Là aussi, on avait pris des supers mesures avec le plan vigipirate :

"Bon les mecs, on va mettre des barrière devant les écoles, comme ça, si un kamikaze veut s’en prendre à la jeunesse de notre nation, il sera bien feinté, il pourra pas garer sa bagnole sur le trottoir de l’établissement !
- Mais chef, en fait, un kamikaze avec une voiture piégée, il s’en fout pas des barrières ?
- Bon, Michel, si c’est pour faire du mauvais esprit, tu peux sortir."
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On ne rigole pas avec le terrorisme.

Et on ne rigole pas non plus avec la grippe A. En effet, la première mesure prise par le gouvernement devant ce fléau arrivant à nos portes fut essentiel pour la victoire à venir ; tous les centres médicaux de France reçurent un petit courrier leur disant que (véridique) :

"Afin d’éviter de créer une discrimination envers les personnes d’origine mexicaine, la grippe mexicaine sera renommée grippe A"

Ho, oui, la grippe A. Avec un A, comme Auvergnat.

La scène se déroule en 2004 à Chicago, dans un petit bar de banlieue à l’ambiance enfumée. Un jukebox joue Baby Bash, le tube de l’été, sans pour autant parvenir à faire remuer qui que ce soit ; dans la pénombre où seules les lampes de quelques tables de billard éclairent d’une lumière blafarde les rares joueurs, on peut tout de même distinguer un vieux zinc. Celui-ci peine à cacher l’imposante bedaine du barman dont l’odeur puissante de sueur se mélange à celle du tabac ambiant. Devant lui, sur un tabouret, une femme à demi-couchée sur le comptoir marmonne quelques injures en réclamant un autre scotch.

"Ca suffit comme ça, Shonda, tu as assez bu pour ce soir, dégages de mon bar.
- J’vais m’casser d’toute façon ! Il puuuue, ton rade, Joe… Et toi aussi, tu pues… beuuuh…
- Tu ne sais plus ce que tu dis. Barres-toi, et vas gagner un peu de fric pour payer ton ardoise.
- J’saiiiiis comment j’vais l’gagner, ton puuuutain d’fric… J’vais créer une série. Une puuuuutain d’sér… d’série. Et je vais me couvrir de thunes, je pourrai me le payer, ton taudis, et toi avec !
- Ha ouais ? Je serais curieux de savoir ce que c’est, ta série.
- Tuuuu sais c’qui marche ? Les machins à …  – elle étouffe un rot – à l’eau de rose. Les gens qui se bécotent ! Paaarce que tu vois…. les gens… y … Y z’aiment !
- C’est drôlement original, Shonda. Tu as trouvé ça toute seule ?
- J’ai des diplômes, connard ! Littérature anglaise, écriture créative, maîtrise de cinéma et de télévision… J’ai même eu une bourse !  Aaaa… Alors j’m’y connais, môssieur !
- C’est vrai qu’avec ça, pondre une série à l’eau de rose, ça valait le coup de faire des études. Et ta série, ça se passera où ?
- Dans… Heuuu… Qu’eeeesse qui marche… Ha heuuu biiiiin, comme dans l’autre série là, leeeee truc des urgences, là "Urgences", ouais, c’est ça.
- Une série à l’eau de rose dans un hôpital ? Misère, quelle révolution. Et les héros ?
- Ce… Ce sera l’histoire de héroooos heuuu… des fois… ils sont contents, pis des fois, y sont pas contents… c’est la vie, tu vois.
- Okay, c’est vraiment trop con ton truc. Casses toi de mon bar."
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Et pourtant, ce que Joe ne savait pas, c’est que ce soir là, il venait de virer de son auguste établissement Shonda Rhimes, qui allait devenir la créatrice de la série à succès "Grey’s Anatomy", série qui relate les aventures hospitalières à l’eau de rose de héros qui des fois sont contents, pis des fois, y sont pas contents. Mais c’est la vie, tu vois.

Même laffiche est originale, cest dire.
Même l’affiche est originale, c’est dire.

J’aimerais pouvoir vous dire que le pitch est moins navrant que ce que je viens de vous soumettre, mais hélas non. Alors, d’où peut venir le succès de cette série ? De ses héros ? Parlons-en.

Mérédith Grey (au 1er plan) : le personnage principal de la série, elle se pose plein de questions existentielles. Du coup, elle fait même la voix off de la série qui donne le ton en début et fin d’épisode, avec des dialogues probablement issus d’un skyblog ("Il faut vivre au jour le jour, carpe diem" ou "Des fois, on a pas confiance en soi, mais c’est pas grave, il faut foncer quand même").  Cependant, bien que les scénaristes n’en parlent jamais, on voit bien que Meredith Grey a un terrible problème aux muscles faciaux : en effet, elle passe le plus clair de son temps avec la bouche légèrement entrouverte et l’air triste. Elle peut changer l’angle d’inclinaison de ses sourcils ou de sa tête pour tenter de s’exprimer, mais c’est à peu près tout.

Meredith Grey, position 7  la penseuse : tête penchée, sourcils au repos
Meredith Grey, position 7 " la penseuse" : tête penchée, sourcils au repos

Miranda Bailey (à gauche de Meredith Grey) : La chef black, surnommée "le dictateur" en français, "le nazi" en anglais. Certains programmes télés en déduisirent que bon, si on avait pas traduit, c’est parce que la série était trop géniale et trop osée pour les français, que c’était vraiment trop top, et que ça montrait bien que nos amis américains avaient bien de l’avance sur la France en terme d’inventivité télévisuelle (je vous raconterai une autre fois comment j’ai bricolé dans mon garage un générateur à série française, à partir d’une liste des concours de la fonction publique et de celle des inscrits au cours Florent). Elle a le rôle là encore incroyablement original de la dure qui a quand même un fond gentil. C’est recherché.

En hommage à son surnom de nazi, Miranda Bailey tente de reproduire le casque fétiche de nos amis teutons avec sa capilosité peu banale
En hommage à son surnom de nazi, Miranda Bailey tente de ressembler le plus possible au sergent Hans Schultz, casque compris

Derek Shepherd (à droite de Meredith Gray) : le médecin bellâtre mais rebelle (sa pilosité faciale est là pour en témoigner) qui tente sans cesse de couchailler avec l’héroïne de la série, et avec qui il a une histoire très compliquée (comme dans "On peut pas avoir une histoire simple sinon il n’y a pas de série"). Il porte le doux surnom de Docteur Mamour (quelle incroyable trouvaille scenaristique qui nous prouve bien que tout cela n’a pas été écrit pour des gamines de 12 ans) et possède le pouvoir spécial "Air cool". Par exemple, il a l’air cool quand il court. Il a l’air cool quand il est en colère. Il a aussi l’air cool quand il fait une greffe de coeur à une petite fille uniquement armé d’un bic. Un personnage beau et cool qui entretient une relation complexe avec l’héroïne ? Là encore, trop d’originalité, c’est terrible.

Hmmm, quest-ce que jai lair cool avec un dossier...
Hmmm, qu’est-ce que j’ai l’air cool avec un dossier…

Preston Burke (tout à droite) : C’est le meilleur. Mais sous sa carapace, lui aussi a un petit coeur tout mou (ho ?). Evidemment, il est confronté au doute, mais ne veut pas devenir autre chose que le meilleur, donc quitte à tricher, il … oui, non, je m’arrête là, vous avez saisi, c’est caricatural.

Dans une série américaine, quand tu es le meilleur, ça se voit parce que tu as forcément des articles de toi-même au mur. Le meilleur nest jamais modeste.
Dans une série américaine, quand tu es le meilleur, ça se voit parce que tu as forcément des articles de toi-même au mur.

George O’Malley (tout à gauche) : C’est le petit gros de la bande. A ce titre, il a donc le droit d’être le compagnon comique de la troupe, qui n’est là que pour les conneries (même si sous sa carapace de rigolo bat un cœur gros comme ça, vous êtes surpris, hein ?). Quand je dis comique, je parle de comique de série américaine : le gars qui bégaie quand il ne faut pas, qui glisse sur la seule peau de banane de l’hôpital, qui se retrouve toujours là où il ne faut pas quand il ne faut pas… Heureusement que Shonda Rhimes était diplômée en "écriture créative", pas vrai ?

Moi aussi, un jour, jaurais lair cool
Moi aussi, un jour, j’aurai l’air cool

Isobel "Izzie" Stevens (la seule blonde, il y avait déjà une brune et une châtain) : La blonde de service. Évidemment, elle a un passé de mannequin (comme beaucoup de médecins), fait tourner les têtes mais est toute gentille et dynamique bien qu’elle cache sous cette apparence trompeuse un cœ…  Attendez, qui a dit redondant ? Apparemment, vu le succès de la série, personne n’a dû le remarquer. Ou alors il y a un nombre improbable de jeunes filles de douze ans dans ce pays.

Noubliez pas de bien choisir votre médecin traitant
N’oubliez pas de bien choisir votre médecin traitant

Cristina Yang (la seule asiatique, au centre, en haut) : pour compléter les minorités visibles, voici l’amie asiatique. Évidemment, elle a hérité de toute la fourberie de son peuple, et se bat pour réussir. Elle tente évidemment de couchailler avec le meilleur (celui qui a des articles et des photos de lui-même sur son mur), mais ça lui pose plein de questions existentielles. Trop dure, la vie. A noter que son pouvoir spécial est d’être incroyablement moche, puisque ses yeux sont espacés d’un bon mètre, lui permettant de nager avec les mérous sans que ceux-ci la considèrent comme une étrangère.

Je vous laisse les garçons, on mattend en chirurgie.
Je vous laisse les garçons, on m’attend en chirurgie.

Richard Webber (plutôt noir et plutôt tout en haut) : c’est lui le grand chef. Évidemment, il commande mais est le père de substitution de notre héroïne qui vient lui compter ses malheurs ("Hoooo non, Derek m’a encore repoussé, il dit n’être pas encore prêt" – "Tiens Meredith, je te donne ta journée pour te remettre de cette déception, vas manger de la crème glacée devant la télé pendant que tes patients se noient dans leur vomi".) ; bref, il es à la fois chef et confident… Il est un peu à Meredith ce que Moncolonel est à Rambo. Et ce n’est pas peu dire.

Approches petite fille... Oui, contes moi tes malheurs. Tu nes pas bien, là, sur mes genoux ? Tu as déjà vu un trilili ?
Approche petite fille… Oui, conte moi tes malheurs. Tu n’es pas bien, là, sur mes genoux ? Tu as déjà vu un trilili ?

Bref, je ne vais pas tous vous les faire, parce que bon, faut pas déconner quand même. Mais vous avez compris le topo : mieux vaut ne pas aller chercher à comprendre le succès de cette série auprès de ses personnages. Le scenario alors ?

Ha, malheureux, naïfs que vous êtes !

Non. Pour être clair, chaque épisode fonctionne de la même manière. Vous savez, c’est un peu comme Dr House : on sait bien qu’au bout de 15 minutes, il a pas trouvé le bon diagnostic ; on a envie de lui dire "l‘épisode fait 45mn, attends encore 20 minutes et ça va tomber tout seul", mais non. Il attendra la 35e minutes pour s’apercevoir en regardant une petite fille passer avec une sucette que "Nom d’une pipe, faites une radio des reins à mon patient !". Et hop, il trouve.

Grey’s Anatomy, c’est donc ça : en début d’épisode, la voix off de Meredith (voix qui donne envie de se jeter du haut d’une falaise tant elle est joyeuse) parle d’un thème donné, comme par exemple, la superstition. Et là, tout l’épisode, pouf pouf, tous les personnages deviennent soudainement superstitieux. Et l’épisode d’après, ne le sont plus du tout, car le thème de l’épisode est "la dépression", et ils sont donc tous dépressifs. Malgré toutes ces gargantuesques incohérences, ça marche, donc. Heureusement, la série repose sur des ficelles grosses comme Carlos pour ne pas trop perturber le spectateur :

- Si un mec finit dans le coma, on hésitera à le débrancher, mais s’il n’a pas une importance suffisante pour rendre sa mort dramatique, il se réveillera frais comme un gardon pour aller pleurer dans les bras de sa famille retrouvée histoire de faire chialer dans les chaumières.

- Si un patient dit "Vous êtes le meilleur médecin, j’ai confiance en vous" , il meurt obligatoirement. Hélas, je ne rigole pas, et ça arrive un paquet de fois d’après ce que j’ai vu (et je suis loin d’avoir tout vu, heureusement). Ca permet juste de faire que le médecin en question se remette en cause comme une vulgaire lycéenne qui vient de se faire jeter par Brandon malgré sa nouvelle jupe spécial rencard.

- Si quelqu’un dit "Pourvu que X n’arrive pas", X franchit immédiatement la porte ; si X est un évènement, X se produit aussitôt.

Et autres ficelles que je vous passe.

N’empêche, mon conseil si vous vous retrouvez un jour propulsé dans Grey’s Anatomy (façon de parler, bien sûr) : évitez de prendre trop d’importance, des fois que vous tombiez dans le coma, dites à votre médecin qu’il est une sombre merde, et enfin, n’hésitez pas à crier très fort "Pourvu qu’Ewa Sonnet top less n’entre pas dans ma chambre !" (vous pouvez remplacer par Brad Pitt si ça vous chante)

Et là, c’est dans la poche.

En tout cas, si vous arrivez jusqu’à la fin de l’épisode en supportant l’idée générale, les personnages, le scenario et le philosophie pourrie de l’héroïne en voix-off, vous tomberez sur la scène finale, elle aussi fort originale à l’heure actuelle : un bon morceau de musique US avec des personnages qui se parlent, se font des câlins sous la pluie, etc…

Ce qui me permet de soulever un point important : en France, on imagine mal une série française se finir avec un morceau de chanson française en fond sonore pour rythmer le tout. Ça semblerait perturbant. Mais aux Etats-Unis, c’est devenu un rite quasi-obligatoire (là encore, la série innove donc).

Alors pour un français moyen qui n’écoute et ne comprend guère les paroles, ça donne :

Une rue de Seattle ; un couple en blouse s’embrasse sous une pluie torrentielle (il n’y a pas de demi-mesure dans la pluie dans Grey’s Anatomy ; soit il fait beau, soit la moitié de la Méditerranée tombe sur la gueule des passants) :

"Je t’aime Mérédith. Depuis toujours et pour toujours
Tanana shalalala tanana shalalala tananana….
- Moi aussi Derek, je t’aime, plus que ma vie.
Tananana shalalala tananana shalalala tananana
- Viens, il fait froid, allons prendre un café
TADADADA"
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C’est pas romantique, ça ?

Pour un américain ou un français avec une bonne oreille ça pourrait donner :

"Je t’aime Mérédith. Depuis toujours et pour toujours
I put my balls in the fridge… But I still have the hots
- Moi aussi Derek, je t’aime, plus que ma vie.
Tonight, I’m gonna shot my load… On your G-spots
- Viens, il fait froid, allons prendre un café
GET YOUR ASS READY BITCH"
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Il n’y a pas à dire, ça rendrait quand même autrement. Finalement, il y aurait peut-être de bonnes choses à faire avec cette série.


En tout cas, une nouvelle fois, et tout comme dans le cadre de l’affaire Harry Potter (allez chercher dans les vieux articles, tas de branlotins), on me demandera comment je peux en savoir autant sur le sujet. Et une fois encore, je vous ferai la même réponse : si vous voulez approcher une jeune ingénue, ça vous aidera toujours de connaitre ce grand moment de télévision. Et si elle est vraiment fan, n’oubliez pas de crier "Pourvu que tu ne viennes pas nue dans ma chambre !"

Amusez-vous bien.

Ha putain les enfants, l’autre jour, alors que je fumais tranquillement un bon cigare en relisant l’intégrale de Proust dans mon meilleur fauteuil (je rappelle aux plus jeunes que Proust ne se lit pas, il se relit), je sentis soudain se déposer sur mon visage un mouchoir imbibé de chloroforme. Déjà que c’est pas banal, quelle ne fut pas ma surprise de me réveiller sur les bords de route du Tour de France, coincé entre deux familles réunies au grand complet pour applaudir les athlètes du jour.

Bon, il faut savoir que j’adore le Tour de France. Comme le disait Michel Drucker, c’est un bel exemple de dépassement de soi qui fait rêver la France entière. En parlant de dépassement, le Tour dépasse régulièrement les frontières, allant se promener cette année entre autres en Suisse et en Espagne. A force de s’étendre, ça va se finir en Anschluss cette affaire. Hop.

En tout cas, plaisanterie à part, Michel Drucker a bien raison : autant de cardiaques, asthmatiques, cancéreux et autres grands malades pédalant à vive allure sur leurs fières montures durant des heures en plein cagnard, des mecs qui, si on en croit leurs dossiers médicaux, ne pourraient pas marcher plus de 50 mètres sans l’aide d’une assistance respiratoire, ça fait rêver, un tel dépassement des lois de la nature et de la biologie.

Lance Armstrong
Non, Lance Armstrong ne se dope pas, c’est juste que sans les bouboules, on va plus vite.


J’étais tout à ces réflexions, en train de me demander si j’avais à proximité de quoi me bricoler un costume de seringue ou de bocal d’urine avant le passage des coureurs, quand soudain je fus brusquement interrompu par un cri puissant et guttural :

"Les voilà !"

Robert (car tel était probablement son nom), ce puissant mâle situé dans la petite famille sur ma gauche dont le t-shirt "F.B.I" laissait entrevoir une bedaine plus que généreuse et velue (ça fait rêver les ménagères), venait ainsi d’avertir sa tribu que quelque chose se passait. Quelque chose d’essentiel, puisque s’arrachant de son siège pliant en laissant échapper un pet sonore qui me rappella brièvement les orgues de Notre Dame, il se mit à guetter la route en contrebas. "Ils arrivent", ajouta t-il sur un ton d’émerveillement.

"Ils", ce n’étaient pas les coureurs mais bien une horde de véhicules bruyants et bigarés : la caravane du Tour. Dès lors, de chaque côté de la route, sortant des fossés comme autant de partisans russes prêt à chopper un convoi teuton, les hordes de jeunes et moins jeunes du public commencèrent alors à agiter frénétiquement les bras en direction des premiers véhicules. Et c’est parti pour 45 minutes de spectacle : les voitures aux couleurs de grandes marques se succèdent et balancent des cadeaux dans le plus pur style "Du pain et des jeux" ; et il ne faut pas croire : ce n’est pas un sport de tout repos.

Ca se passe bien lorsque l’hôtesse sur le véhicule, disons, LCL (vous savez, les nanas qui se tapent toute la journée le même slogan genre "Plus plus un p’tit peu pluuus" en boucle et qui, si elles ne sont pas déjà décérébrées, le seront bientôt), balance son sac probablement en papier hygiénique (dans lequel tu trouveras toute la documentation pour t’endetter) sur un spectateur. Celui-ci jubile alors, brandit bien haut son trophée, et tel Groumf le chasseur de Mammouth, éructe en jetant des regards de défi à ceux qui n’ont pas reçu l’offrande venue du ciel. C’est qui le mâle dominant maintenant ?

Mais parfois, ça se passe mal. Par exemple, lorsqu’arrive la caravane Etap’Hotel, qui va jeter son bonnet de nuit (attention, il est moche mais multifonction : très moche en tour de cour, très moche en bandana, très moche en écharpe, etc) : et là, l’hôtesse vise mal, elle n’a pas pris en compte le vent d’Est et la vitesse du véhicule : le bonnet tombe entre la famille Rindieu et la famille Bourvier. Dès lors, un champion de chaque camp s’élance en direction du précieux bien tombé à terre, et ces fiers guerriers n’hésitent pas à en venir aux mains (véridique) pour récupérer le don de la caravane du Tour.

Le gagnant de la bataille devra subir les attaques verbales et perfides du perdant ("J’l’avais vu en 1er de toute façon" – "Ouais mais toi t’avais eu deux fois des sachets de Cochonou" – "Ho, je t’ai vu t’empiffrer de sachets Haribo avec tes gosses !"), mais reviendra le bras bien haut, brandissant son trophée. Ses enfants lui diront en choeur et l’oeil humide "Merci, Papa", et Simone sera fière de Robert, et ce soir, avec cette montée de testostérone, elle aura probablement droit à des blagues de Robert qui voudra démontrer qu’il est "Le meilleur grimpeur de l’étape".

Voiture cochonou

Roules Michel, bon sang ! Si tu t’arrêtes, ces enfoirés vont prendre la voiture d’assaut !


Au final, les familles se regroupent et réunissent les différents gadgets qu’elles ont pu attraper. Si les parents ne gardent pas tout pour eux (véridique aussi), il y aura probablement partage du butin avec la marmaille. Certains plus extrêmistes, iront probablement enterrer le tout dans le jardin, et buteront le moussaillon qui a creusé le trou, dans la plus grande tradition des pirates. Sauf qu’à Tortuga, on n’était pas prêt à tuer pour un porte-clé de la Police Nationale (avec un fonctionnaire représenté stylisé en manga, la classe).

Au final, après ces trois-quart d’heure de défilé publicitaire acclamé par le public ("Chouette, c’est l’heure de la pub !"), les coureurs arrivent enfin, et en moins d’une minute s’ils sont en peloton, cinq minutes s’il y a des échappés, on les a tous vu. Qui a reconnu Armstrong, qui a vu Jalabert sur sa moto, qui a cru apercevoir les cheveux de Gérard Holtz dépasser du siège enfant de la voiture France 2, bref, qui a vu un pipole, bordel, et t’auras une taloche si t’as raté la photo de Poulidor dans sa voiture, petit con.

Je viens d’ailleurs de lire sur le site du Tour de France que 39% des spectateurs sondés venaient en priorité pour la caravane publicitaire. Ca se passe de commentaires. Ha si, j’en fais tout de même un : je me suis moi-même trémoussé pour attirer l’attention de la caravane : les véhicules Antargaz étaient en train de passer, et j’avais le secret espoir qu’ils jettent une bouteille.

Autant vous le dire : quelle déception.

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