Hier soir en France, c’était soirée électorale.

Pour celles et ceux qui auraient loupé ce merveilleux moment et seraient bien embêtés, pas de panique : votre serviteur a prévu le coup et vous propose une crypto-spoil graphique résumant 97% de ce qui a été dit, ainsi que, grâce à mes grands pouvoirs d’ancien des cabinets politiques (rappelons que pour une somme tout à fait respectable, ami élu, je rôde dans votre ombre et souffle mon haleine parfum cigare à votre oreille), ce qui sera dit lors des prochaines soirées électorales.

Aperçu

Cliquez donc sur l’image, mes bons !

On se retrouve donc dans cinq ans pour voir si l’on donne tort à l’Odieux Connard que je suis.

La période des élections municipales française est là, et avec elle, l’actualité traîne le pied.

Heureusement, et parce que sur ce blog, on aime pas laisser les gens sans de quoi se distraire un peu, vous trouverez ci-dessous une copie du "Guide du petit cumulard illustré", qui vous permettra de reconnaître, dans le discours de vos édiles, des techniques édifiantes de simplicité pour justifier l’injustifiable.

Nul doute que vous pourrez vous en servir pour faire un véritable bingo auprès de vos candidats préférés.

A vous de jouer !

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Bon allez, je pars en réimpression.

Ce qui est chouette avec les faits divers, c’est que cela engendre toujours quantité de réactions.

Or, les réactions sont probablement ce qu’il y a de mieux : c’est en effet là que s’exprime à peu près tout sauf les discours raisonnés, puisque le raisonnement nécessitant du temps et de la réflexion, c’est bien là une chose trouvant rarement sa place dans un reportage d’1mn30 dans un quelconque journal télévisé, entre un reportage sur les prix de l’essence sur la route des vacances et un autre sur pour ou contre le top-less (un sujet majeur, j’en conviens). On a donc le droit à ce qui se fait de mieux en terme de débat public : la réaction foireuse, celle pleine de pathos qui fait appel aux tripes et pas au cerveau : un seul des deux se déclenche au moins une fois par jour (sauf forte constipation).

Ainsi, il y a quelques temps encore, je continuais de m’émerveiller en constatant dans divers médias que le traitement de l’affaire Méric n’était pas terminé, et que continuaient donc de s’échanger les plus beaux arguments de la Terre. Pour celles et ceux qui n’auraient pas le bon goût de vivre sous les cieux enchanteurs du royaume de France, l’affaire Méric se résume ainsi : il y a quelques semaines un type d’extrême-droite n’aimant pas beaucoup les gens de l’extrême gauche a tué dans une rixe un type d’extrême-gauche n’aimant pas beaucoup les gens d’extrême-droite.  La conclusion fut donc la suivante : non seulement se taper sur la gueule et s’entretuer, c’est mal (jusqu’ici, l’analyse était déjà assez poussée), mais en plus, ça serait bien de dissoudre… les groupes d’extrême-droite.

D’accord. Et ce qui fut donc dit fut donc décidé.

C’est donc ici bon lecteur que votre serviteur sourcille. Non pas suite à un amour immodéré pour l’extrême-droite (même si chacun connait ma passion pour le char Tigre, toujours utile au péage en ces temps de vacances pour aider le type devant vous à se dépêcher de ramasser le ticket qu’il n’aura pas manqué de faire tomber, le gredin), mais simplement parce qu’il parait assez intéressant de noter que dans le cas présent, ce qui a posé problème n’est pas l’idéologie d’un camp (la gauche ou la droite) mais ses méthodes (à savoir l’extrémisme, qui est à la réflexion ce que Jean-Pierre Pernaut est au journalisme). Et ça tombe bien, de leur propre aveu, les deux camps ont recours aux même, et évoquent sans trop de problèmes le fait d’en venir aux mains, à la batte ou à tout autre objet contondant tel qu’une Twingo. Si ça vous intéresse, pas mal de journaux ont fait des portraits de membres d’un camp ou de l’autre, et tous deux revendiquent assez fièrement le fait de faire des "descentes" ou de distribuer des torgnoles à tire-larigot. Un hobby que je serais bien malvenu de critiquer cela dit, moi-même le pratiquant mais essentiellement sur les enfants (ils ripostent plus difficilement ou au mieux, vous giflent le genou en retour avant que ce dernier ne vienne les aider à perdre leurs dents de lait, mais je m’égare).

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"Bon, et là on y va, on leur pète la gueule et on fait taire leurs idées ! Putain dire que ces cons pensent qu’ils ont raison !
- Ahaha, c’est clair ! Quand je pense qu’ils veulent nous péter la gueule pour faire taire nos idées alors qu’on a raison, faut vraiment être con."

Ainsi donc, quantité de groupes d’extrême-droite viennent d’être officiellement dissous, ce qui ne les empêchera probablement pas de se reformer sous d’autres noms plus discrets, comme par exemple l’Association Historique des Amis des Chorales Bavaroises de 1933.

Du coup, prenons les faits :

  • Des extrémistes se battent entre eux. Que ce soit pour savoir si Marx ou Adolf avait la plus belle pilosité faciale est sûrement fascinant, mais bizarrement, le problème est que s’ils n’avaient pas été extrémistes mais vaguement ouverts, ils auraient peut-être pu en discuter. Un détail, sûrement.
  • Suite à un Blitzkrieg no jutsu mal bloqué par un Lenin’s Dragon Skin, le militant d’extrême gauche tombe et meurt
  • D’ailleurs, oui, on a le droit à ce genre de blagues : n’oubliez pas les enfants, le premier des respects dû aux morts est d’en parler comme s’ils étaient vivants. Sinon, c’est un peu hypocrite, et comme même les candidates de télé-réalité connaissent ce mot, bon
  • Conséquence de la mort, tout le monde s’indigne et on décide d’interdire divers groupes d’extrême-droite
  • On sait très bien que ça ne sert à rien puisqu’ils vont se reformer ailleurs, mais on les punit symboliquement, pourquoi pas
  • L’autre camp impliqué dans la baston, lui, organise par contre des défilés en mémoire de leur camarade tombé et de ses idées
  • Le recul étant une notion un peu chiante, on écrit même des articles sur des lycéennes qui décident d’en parler dans toutes leurs copies au bac en comparant feu le militant d’extrême-gauche avec Stéphane Hessel ou Nelson Mandela, sans que personne ne fasse remarquer qu’ils étaient tous deux des diplomates n’ayant eu recours à la violence que lorsqu’ils ne pouvaient plus faire autrement et condamnant fermement l’extrémisme et l’irrespect des autres opinions, probablement un détail assez méconnu puisque ne représentant que l’ensemble de leur carrière

Parfois, le soir, en écrasant mon cigare sur le dos courbé de Diego pour avoir osé proposer de mettre du coca dans mon whisky, je me demande si lors de la prochaine rixe, si cette fois-ci c’est un type d’extrême droite qui meurt, on les laissera défiler dans les rues en hurlant leurs slogans magiques tout en disant à l’extrême-gauche qu’on ne veut plus la voir, la vilaine. J’imagine déjà ce spectacle avec bonheur, tant j’ai une certaine bienveillance pour les skinheads : au moins, eux vont jusqu’au bout en essayant par tous les moyens de ressembler à des glands. Mais je diverge une fois encore, si je puis me permettre. Enfin, je me comprends.

Bref, disais-je : j’ai une véritable admiration pour celles et ceux, qui, dans une baston entre extrême-gauche et extrême-droite, n’arrivent pas trouver dans ces deux appellations le mot commun qui pose vaguement problème. C’est vrai que c’est pas facile, pfou. Je crois que ça ferait une bonne énigme pour le Journal de Mickey (certains s’étant arrêtés à cette phrase avant d’aller lire la suite, on parle bien de méthodes, pas d’idéologie, c’est aussi marqué au début de l’article, en fait).

Jeu : essayez de savoir si ces gens sont fascistes ou antifascistes. Histoire de savoir s’il faut les interdire ou les applaudir.

Ainsi, on tolérerait l’utilisation arbitraire de la force par un camp et non par l’autre, puisque tous deux reconnaissent bien volontiers l’utiliser l’un contre l’autre au nom de leurs idéaux, ce qui laisserait entendre qu’il y aurait un côté lumineux de celle-ci et que donc, celui-ci ne poserait pas de problème. Après tout, c’est bien normal de péter la gueule de quelqu’un à partir du moment où il véhicule des idées différentes des vôtres, aussi nauséabondes soient-elles. Nan passque tu vois, moi, ch’uis un défenseur de la liberté, s’pour ça que j’laisse pas les autres s’essprimer, t’vois. Un raisonnement tout à fait intéressant, puisque vous pouvez faire le test : mettez n’importe quel extrémiste amateur de claques à côté d’un Choco-BN, au bout de 10 minutes d’entretien, c’est curieusement le Choco-BN qui a l’air le plus malin. Pour un peu vous le verriez fumer la pipe d’un air méprisant. Même si lui aussi commence à fondre devant la masse de non-sens et d’absurdités historiques débitées à la minute. Que l’on parle de politique, de religion ou d’autre chose, d’ailleurs.

Mangez le BN quand même ensuite, ce serait ballot de gâcher. Laissez juste la pipe de côté.

En tout cas visiblement, là encore, malgré les centaines de personnes invitées à débattre de l’affaire, le mot extrémisme n’a jamais posé problème. D’ailleurs, lorsqu’une paire de petits malins a dit "Hep ! Et pourquoi dans cette affaire, on ne dissout pas l’extrême-gauche aussi ?"  notre premier ministre a eu le bon goût "d’appeler à la retenue". Hmmm, "retenue" comme dans "faire preuve d’extrémisme serait mauvais" ? C’est moi ou il y avait un énorme contresens dans ce raisonnement ? C’est intéressant. Quand on aime les mauvais scripts, du moins.

Cependant, allez, mettons que la décision soit parfaitement pertinente. Prenons les faits, un truc d’ailleurs pas très intéressant.

Car en effet, si tout le monde couine à la montée de l’extrême-droite en France et en Europe voire au-delà, chacun estime que hohoho, non, il n’est pas responsable. Sûrement que tout cela est la faute de farfadets nazis qui viennent la nuit déposer des exemplaires de Mein Kampf sous les oreillers. Sacrés farfadets, quels taquins.

Non parce que, pour ceux qui ne l’auraient pas remarqué, depuis 40 ans, du moins en France, l’extrême-droite a une seule stratégie : se poser en victime. Et depuis 40 ans, elle progresse. Avec d’ailleurs, dans la plupart de ses discours, des références à des affaires de justice où le Front National, là encore, explique être du côté des victimes de l’injustice. Hmmm, un peu comme si on essayait d’attirer à soi :

  • les bonnes gens, en se disant du côté des opprimés (même votre voisin a un paladin de niveau 2 qui sommeille en lui)
  • les théoriciens du complot, en disant que l’on est opprimé soi-même

Du coup, comment combat-on l’extrême-droite ? Ho bin tiens, si on leur donnait plein de prétextes pour crier à l’injustice ? Et au complot ? Et au pouvoir qui tente de les museler et pas les autres ? Ou tiens, si on utilisait exactement les méthodes qu’on leur reproche en se disant antifacho ? Comme le disait Winston Churchill, qui s’y connaissait probablement bien moins en fascisme qu’une lycéenne passant son bac : « les fascistes de demain seront les antifascistes » (on me souffle que c’est un hoax dans les commentaires, je m’en remettrai donc à son perroquet, qui parlait aussi de fascisme et bien d’autres mots en f) . Mais c’est probablement notre passion commune pour le cigare et les aventures du Bismarck qui trouble ma pensée.

Et puis bon, c’est un personnage historique assez obscur, personne n’en a entendu parler et il disait sûrement ça pour déconner.

Du coup, je ne dis pas que dissoudre les groupes des deux camps aurait été plus efficace : leurs membres ne vont pas subitement disparaître ou se dire qu’ils vont se mettre au macramé et à l’amour de la nature, mais qu’au moins, quitte à punir, autant être juste et vaguement sérieux, a minima ça ne donne pas de biscotte. Sinon, c’est non seulement incohérent, mais en plus contre-productif. Mais bon, hein, si en plus il faut s’intéresser à ce que l’on fait, merde alors !

Conjugaison

Pour les plus jeunes, un extrait du tableau de conjugaison du verbe "convaincre" qui à ce qu’il parait, est vaguement plus efficace que le verbe "Tabasser comme un blaireau bas du front". En fait, c’est même comme ça qu’une idéologie progresse, flûte alors.

Bref, la démocratie, finalement, ça a l’air d’être un truc vachement compliqué, puisque visiblement même ses défenseurs n’ont pas bien pigé les règles.

C’est vachement plus simple avec des gentils et des méchants quand même.

Alors qu’en fait, la première loi est simple : tout le monde a le droit d’être un gros con.

Sinon, une bonne partie de l’humanité vivrait dans l’illégalité.

"Alors, vous pensez quoi des résultats ?"

La jeune fille s’est tournée vers moi, sombre, l’air d’attendre une réponse qu’elle a déjà en tête.

Au milieu des autres invités allant et venant dans la vaste appartement dont l’immense salon a été réaménagé en salle-vidéo, un large écran plat accroché au mur faisant défiler les scores des candidats, elle tente de garder son air profond tout en donnant de discrets coups d’oeil à droite et à gauche à la recherche d’un des serveurs portant plateau d’amuse-gueules. Elle finit cependant par reprendre lorsqu’un invité la bouscule et manque de peu de faire choir un peu de son champagne sur sa robe de soirée.

"Vous avez voté pour qui ?
- Jacques Cheminade, évidemment. J’ai toujours eu envie de voir des navettes partir pour Mars.
- Vous êtes sérieux ? Vous croyez à toutes ces histoires de station de colonisation ? Ah vous doutez de rien !
- Attendez, j’ai dit que je voulais envoyer des gens sur Mars, pas que je voulais qu’ils y survivent, ne vous méprenez pas Mademoiselle. L’équipe de John Carter, par exemple. Il y aurait d’ailleurs une délicieuse ironie, puisque…
- C’est "Madame" ! Je n’ai pas à vous donner mon statut marital en vous disant "Mademoiselle !"
- Ho, vous savez, j’ai rarement été arrêté par un statut marital. Par un mari, une fois, mais je doute que cette anecdote soit de votre âge. "

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Sa peau change légèrement de couleur, allant plus dans les tons de ma cravate, alors que pour ma part, je sirote dans ma flûte de ce mousseux de seconde zone que le propriétaire des lieux ose appeler champagne parce qu’il a payé suffisamment cher pour. De son côté, la jeune fille arrive péniblement à intercepter un serveur, parvenant ainsi à se saisir de l’ultime gougère du plateau qu’elle dévore avec le minimum de retenue nécessaire imposé par les lieux où elle se trouve. Sitôt sa bouche vide, elle poursuit.

"Vous savez, c’est à cause de gens comme vous qui votent n’importe comment que l’extrême-droite monte dans notre pays ! Si ça ne tenait qu’à moi, on interdirait ce parti ! Pas de tolérance pour l’intolérance ! 
- C’est profond. – dis-je d’un air distant, les yeux rivés sur les courbes d’une étudiante en journalisme passant à côté de nous avant de disparaître dans la foule des autres invités.
- Vous n’écoutiez pas ! De toute façon, je les connais les gens de votre genre, les bourgeois auto-satisfaits plein de morgue et de préjugés ! 
- Si vous ne m’aviez pas dit être pour la tolérance, j’aurais juré vous avoir entendu me sortir un préjugé.
- Hein ? Qu’est-ce que vous… je… ma… ma tête elle…"
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Les yeux de la damoiselle deviennent subitement vitreux, alors qu’elle se fige sur place, la bouche entrouverte, quelques morceaux de gougère encore entre les dents. Je me permets de sourciller, l’observant tout autant que son verre, et tapotant du doigt sur son front pour constater qu’elle ne réagit plus à rien, se contentant de pencher la tête en arrière sous la pression de ma main avant de la ramener en place tout en bavant.

"Diego, viens voir !"

Le serveur qui venait de passer revient avec son plateau vide, l’air interrogateur en me voyant appuyer sur le front de la damoiselle avec mon doigt.

"Monsieur ?
- Dis-moi Diego, c’était la gougère au GHB ?
- Heu… non Monsieur, pas que je sache. Je la gardais en réserve.
- Ah non parce que là, on dirait qu’elle a reniflé un baril de Le Chat à la paille. Tu es sûr ?
- Oui Monsieur. Peut-être est-ce, autre chose Monsieur ?
- Hmmm… tu as raison mon bon Diego. Je pense savoir d’où ça vient. Je crois que c’est une groupie politique : son intellect limité a dû planter une fois mise face à ses propres contradictions : il ne faut jamais introduire de réflexion chez ces êtres, ça pourrait les tuer. J’aurais dû le savoir. 
- Une… groupie politique ? Monsieur ? Je… 
- Ne t’inquiète pas Diego. Va chercher un bavoir pour la demoiselle, et je t’explique de suite."

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Le serviteur trotte promptement jusqu’à disparaître dans la foule, alors que je reste en face de la pauvre damoiselle dans un état second. Profitant d’un trou dans la foule me laissant percevoir le maître des lieux, je lève vers lui ma flûte en souriant, flattant son ego d’ignare en matière de cuvée à champagne. Puis, sitôt notre liaison visuelle brisée par l’installation d’un groupe d’intrus entre nous, je cherche un endroit où vider le restant de mon verre en toute discrétion.

Ah, les groupies politiques, me dis-je intérieurement en contemplant la pauvresse me faisant face. Tout un poème.

Mais, parlons-en brièvement, si vous le voulez bien.

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Si vous regardez fixement l’image, vous finirez par apercevoir deux journalistes au fond. Si, si, il faut se concentrer mais c’est possible !

Pour celles et ceux qui ne le sauraient pas car vivant dans de lointains pays où l’on n’a pas décapité son roi pour une sombre histoire impliquant force pains et moult brioches, il se trouve que ces derniers mois en France se déroulait l’élection présidentielle française. Depuis ce dimanche, donc, la chose est terminée puisque la majorité des Français était d’accord sur un point : il fallait mettre Mickael Vendetta dehors (si vous ne connaissez pas non plus, toujours parce que vous habitez des terres étranges, méfiez-vous, il pourrait se décider à venir s’installer chez vous), ce qui fut fait.

Il ne saurait être question de commenter céans les résultats des urnes, cela ayant été fait avec brio par bien d’autres (que celui qui a dit "David Pujadas" se lève et prenne la porte, merci) mais plutôt de traiter d’un sujet régulièrement abordé durant la campagne : la montée des extrêmes.

Si quantité d’experts ont tenté d’expliquer le phénomène avec moult arguments, mais en s’attardant quand même plutôt sur l’extrême-droite que sur l’extrême-gauche (si un électeur d’extrême-droite est "intolérant", un électeur d’extrême-gauche est "indigné", pensez à réviser vos raccourcis d’analystes télé), on peut s’étonner qu’un extrémisme pourtant répandu ait pu passer aux travers des mailles du filet de nos fins observateurs :

L’extrême-groupisme.

Là où l’extrémiste de droite est qualifié de nazi et celui de gauche de communiste (voire de mangeur de bébés, alors que tout le monde sait que c’est un gibier très difficile à cuisiner, surtout en sauce), l’extrémiste appartenant à un parti qualifié comme ne l’étant pas par les commentateurs les plus en vue n’est jamais montré du doigt, puisque considéré comme le représentant normal d’une démocratie en plein fonctionnement. Pourtant, bonnes gens, qui n’a jamais eu le droit, à l’occasion d’un repas, d’une sortie ou d’une soirée mousse dans un club échangiste (ne faites pas les innocents), de trouver en face de lui l’une de ces fieffées groupies (qu’importe son sexe) soucieuse de vous expliquer qu’elle avait toujours raison, que son parti avait d’ailleurs aussi toujours raison, et que quiconque votait autrement que pour son camp était un fasciste/pétainiste/bourgeois conservateur/gros mou/défenseur de l’assistanat/bobo/partisan de la ruine de l’état/coco/sale rouge/gros enculé (biffez la/les mentions inutiles en fonction de vos opinions) ? Qui n’a jamais vu ses actualités Facebook se remplir de vidéos d’un ami dans lesquelles on peut voir son candidat glorieux sur fond de Carmina Burana ou une explication détaillée sur pourquoi son adversaire est en fait un étron qui parle ? Qui n’a jamais eu à subir de non-débat, dans lequel quelqu’un se contente de vouloir imposer son point de vue sans argumenter (un peu comme Twitter, mais en permanence) ? Et surtout, qui n’a jamais rêvé de coller une grosse torgnole dans le visage poupin de ces larrons qui estiment ne pas être extrémistes, puisque attends, attends, mon parti ne l’est pas, comment pourrais-je l’être ?

Hélas, jeune forban : non, la carte d’un parti démocrate n’a jamais fait de qui que ce soit un démocrate (ou alors, vous connaissez un mec qui vend du carton enchanté, et là, je m’inquiète)

La démocratie étant le débat, et accessoirement, selon certaines légendes druidiques, une vague possibilité de respecter l’opinion de l’autre (ce qui n’empêche pas de la contredire, mais on appelle ça "contre-argumenter", pas "J’en ai rien à foutre de ce que tu me dis, c’est toi qui as tort, moi j’ai toujours raison hihihihi", comme le dirait probablement une jeune fille de 12 ans en tirant la langue alors que ses pouces tirent sur les bretelles de son  sac Hello Kitty), on en déduira donc que la groupie n’a toujours pas compris tout ce qu’impliquait le verbe "débattre". Et se contente donc, comme une vulgaire bougresse sur le chemin de Justin Bieber, ou un piètre bougre sur celui de David Guetta, de hurler le nom de son idole en expliquant à qui veut bien l’entendre que holala, il est trop génial vas-y haaaaan y m’a serré la main, plus jamais je me la laverai, ce qui me donnera accessoirement l’occasion d’entamer une collec’ de panaris, trop cool. Cela vous parait ridicule ? Ma foi, ça, nous le savions : nous avions déjà évoqué précédemment l’incroyable capacité de la groupie à trouver normal voire génial le truc le plus improbable. Mais en fait, c’est aussi vaguement incohérent, et aussi plutôt dangereux.

Ainsi, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais personne ne fait jamais remarquer que dans une démocratie, avec des débats et tout, les assemblées ne fonctionnent pas vraiment comme elles le font chez nous, où le groupisme est devenu une sorte de normalité parfaitement acceptée.

Un exemple de groupie dans son milieu naturel. On notera que la mauvaise foi peut plier jusque l’espace-temps.

Je m’explique.

Prenons l’Assemblée nationale en France ; comme dans quantité d’autres pays, on y trouve des partis, organisés en groupes le plus souvent, qui constituent une majorité, une minorité, et diverses tendances se présentant comme "non-alignées" (c’est un peu le tiers-monde de l’assemblée, sauf que la cantoche est mieux remplie). Grâce à des concepts universellement acceptés tels que "La discipline de parti‘" ou "Mon équipe a toujours raison", en général, les débats n’ont aucun suspens (à part dans de rares cas où il y a vraiment eu des vagues dans l’opinion publique), et les choses se finissent de la manière suivante : le groupe majoritaire a la majorité, et la loi proposée par celui-ci passe. A l’inverse, les lois proposées par le groupe minoritaire ont de forte chances de se faire éjecter ("Ne vote pas pour leur amendement, ils sont de droite" – citation authentique entendue avant même la présentation dudit amendement dans une assemblée officiellement démocratique où ladite consigne fut appliquée). Du coup, le seul suspens est de savoir à quelle heure une loi va être votée, unique moment où par la grâce de l’absence de députés partis dormir du sommeil des justes, la minorité peut soudainement se retrouver majoritaire.

Une démocratie fonctionnant selon l’heure du dodo, c’est tout de même curieux. Inquiétant diraient certains, mais ce sont de petits pessimistes.

La chose est d’ailleurs si ancrée que, pour ceux ayant quelque mémoire, on peut se souvenir que les rares députés à ne pas avoir voté comme leur groupe en diverses occasions, faisant parfois passer une loi à une voix près, ont été montrés du doigt comme des traîtres qui méritent de manger des DVD de Battleship jusqu’à la fin de leurs jours ou présentés comme des héros qui ont osé faire leur boulot, ce qui est quand même très très courageux, tant la chose parait inhabituelle. A l’inverse, lorsque l’on allume la télévision pour regarder l’Assemblée en direct et que l’on y trouve quotidiennement des gens lisant le journal en ignorant ouvertement les débats (ou se levant en hurlant et tapant sur leur table pour montrer que c’est à bâbord que l’on gueule le plus fort), personne ne réagit : c’est normal. On a fini par s’y habituer. De la même manière, car la chose n’arrive pas qu’à l’Assemblée, on se souvient que dans des conseils municipaux, des télévisions avaient pu filmer les fiches contenant les "rails" de chaque parti, donnant les consignes de vote pour toutes les propositions mises aux voix à un jour dit, et signifiant de ce fait que les votes sont décidés avant même les débats. Et encore une fois : personne n’y a rien trouvé à redire : c’est devenu la norme, et est donc accepté.

Il va donc falloir m’expliquer : quel démocrate peut, honnêtement, accepter de suivre un tel fonctionnement, puisque par principe, celui-ci est anti-démocratique (à part les députés suivant Vladimir Poutine, hein, parce que eux, s’ils ne le font pas, on les retrouve le lendemain lestés au fond de la Volga, la police concluant à un suicide par baignade avec parpaings dans l’anus) ?

On me répondra que ces outils sont forts utiles : après tout, il est difficile pour un élu d’étudier en profondeur tous les dossiers qui vont lui être soumis, surtout lorsque les dits élus ne le sont pas à temps plein (si vous ne voyez pas de quoi je parle, n’hésitez pas à aller à un conseil municipal jeter un oeil), aussi il est toujours bon que ses petits camarades ayant étudié la question puissent lui dire ce qu’il est raisonnable de choisir et pourquoi il doit les suivre.

Mais sincèrement, si des gens ont des arguments pertinents à même d’aider à la prise de décision, pourquoi les partagent-ils avant le débat pour créer le "rail de vote", plutôt que le jour même pour qu’il y ait une vraie discussion, et que chacun puisse prendre sa décision sans a priori avec tous les arguments qui auront été donnés ? Non, parce que c’est dangereux, mine de rien, un rail de vote : imaginez que quelqu’un arrive à changer, au dernier moment en graissant la patte du militant chargé de la photocopieuse, le rail de vote ? Le type pourrait prendre le contrôle du parti majoritaire, et donc de l’assemblée pour enfin faire passer une loi interdisant Joséphine Ange Gardien. Ou pire, il pourrait glisser, entre deux paquets de couches, ses propres feuillets au conseil constitutionnel pour obtenir que sa secrétaire ne puisse pas le poursuivre suite à un très sympathique calembour qu’il lui avait fait impliquant de la drogue et du café (en même temps, je devrais la virer, elle n’a décidément aucune ouverture d’esprit, il va falloir que j’y pense) !

On peut aussi utiliser d’autres rails.

Surtout que bon : si quelqu’un ne connait vraiment rien d’un dossier, il dispose de la possibilité de s’abstenir : ça s’appelle savoir dire "Je ne sais pas", et c’est probablement plus responsable que de lancer "J’en sais foutrement rien, mais j’vais voter comme on me l’a dit".

Du coup, à force de vider le principe du débat démocratique de son sens, et donc du principe même de l’échange d’arguments raisonnés pour prendre la meilleure décision, les groupies ont pu imposer un mode d’échange basé sur la non-argumentation et l’utilisation massive de notion de Bien et de Mal pour remplacer le tout. Ainsi par exemple, quand Eric Zemmour, philosophe de comptoir, lançait il y a deux ans des propos sur la couleur des trafiquants en France, on retrouvait en face de lui SOS Racisme, qui diffusait une série de spots suite à ces propos pour lutter contre le racisme (comme son nom l’indique, jusque là, c’est logique). Mais alors, me direz-vous, que nous disait-on dans ces spots ? Nous expliquait-on, comme Maître Eolas l’avait fait, en quoi cela était un point de vue quelque peu biaisé pour ne pas dire plus ? Et bien non : on nous disait juste, je cite :  "Méfiez-vous des idées qui puent". Et rien de plus, pouf pouf, voilà, démonstration terminée. On ne disait pas "Ce qu’il dit est faux", on disait "Ce qu’il dit pue". Comme ça, c’était bien : ceux qui étaient d’accord avec lui pouvaient, selon le même raisonnement "Bon/Mauvais" se dire victimes de la "bien-pensance" (ce que l’auteur des dits propos fit sans hésiter), et ceux qui n’étaient pas d’accord se dire que ce Monsieur racontait du caca sans avoir le moindre argument pour appuyer leur propos ; bref, tout le monde a pu rester dans ses positions, voire les radicaliser autour de ce joyeux échanges de sympathiques et pourtant superfétatoires propos. Ce qui se traduit en général, sur Facebook, par des échanges en militants à base d’accusations sur du vent et de dignité outragée toutes les deux minutes (chacun se posant en victime de la méchanceté de l’autre).

La groupie, donc, qu’importe son camp, tue donc simplement le principe de la discussion, se contentant de radicaliser ses interlocuteurs autant qu’elle le fait elle-même ; parfois, au nom de la démocratie, elle se permet aussi de tenir les propos les plus anti-démocratiques qui soient comme "Interdisons tel parti parce que je ne suis vraiment pas d’accord avec lui", "Refusons cette oeuvre parce qu’elle porte des idées que je ne soutiens pas" (Monsieur le chien illustre bien ce qu’il en est dans la BD, il y a quelques planches à lire), "Ne mangeons plus de rutabaga, aliment connu pour être pétainiste"  (caser Pétain partout est un argument ; c’est comme une sorte de sous-point Godwin local, genre Franco-Godwin, en fait. On pourrait appeler ça "Le point Gaudouin", ou un truc dans l’esprit) ou "Ne parlons pas avec les gens de tel parti au nom de la démocratie" : ces derniers jours par exemple, on se souvient de la levée de boucliers après qu’un ministre ait dit que l’on pouvait "parler" à l’extrême-droite (et pourtant, chacun sait que je ne suis pas fan du FN : je les trouve trop modérés, chacun connaissant mon amour immodéré pour les petites moustaches et le prince William), ou il y a quelques années maintenant, lorsqu’un journaliste de France 2 avait été accusé d’être affilié au FN, et qu’un responsable de la rédaction s’était fendu, dans un petit reportage d’un "Ah non, ici, on est pour la tolérance alors on ne travaille pas avec des gens du Front National". Là encore, tout cela était bien normal.

Il en va de la politique comme des croyances : il n’y a pas besoin que celle-ci soit extrême pour que l’on trouve des extrémistes en son sein ; combien de livres saints prônent la tolérance quand leurs adeptes ne le font pas ? Combien de partis se revendiquent démocrates quand certains de leurs membres, à tous niveaux, ne le sont pas ? La comparaison est bête, méchante et cucu la praline, mais finalement, toujours moins que la groupie lambda, ce qui n’est hélas pas bien dur.

Alors, oui : la montée des extrêmes en France a eu le droit à son lot d’analyses, mettant ça sur le compte de l’intolérance, du poujadisme, de la banalisation des idées d’extrême-droite, etc.

Mais c’est peut-être aussi parce qu’au nom de la démocratie, on tue gentiment débat et raisonnement que l’on voit désormais dans une démocratie grandir des partis pas vraiment démocrates et pas vraiment raisonnables.

Chères groupies, vous n’êtes, finalement, que des extrémistes comme les autres.

Mais si maintenant il faut être démocrate pour défendre la démocratie, rah, mais où va t-on ?

Avant de terminer cet article, n’oubliez pas découper ce point Gaudouin sur votre écran.

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La jeune fille se réveille brutalement, agitant ses mèches brunes en tous sens alors qu’elle regarde tout autour d’elle, notant qu’elle ne semble pas avoir changé d’endroit depuis sa perte de conscience ; elle est toujours à la même soirée, il est toujours à peu près la même heure d’après la télévision, et le type en face d’elle n’a pas bougé. Par contre, sa robe est humide.

"Qu’est-ce… qu’est-ce qu’il s’est passé ?
- Tenez, mangez quelque chose, vous en avez besoin. Vous avez été victime d’un syndrome de groupisme : votre cerveau est cliniquement mort quelques minutes, le temps qu’il réalise que la politique était une affaire plus complexe qu’une histoire de gentils contre des méchants. Logiquement, vous ne devriez pas avoir de grosses séquelles, à part peut-être une envie de donner de temps à autre votre opinion sur Twitter. D’autres comme vous sont dans le même cas, mais rassurez-vous, c’est socialement accepté.
- Mais ? Et pourquoi suis-je trempée d’abord ? – dit-elle en mâchant la pâtisserie que je lui ai tendue pour reprendre des forces
- Disons que j’ai dû utiliser le contenu de mon verre de champagne pour vous réveiller. 
- En le versant dans mon décolleté, sale pervers ! 
- Hé ho, vous aviez du maquillage. Je l’ai fait par pure obligation, comprenez-vous ?
- Ho que non ! Ce que je comprends, c’est surtout que vous êtes un salaud, un connard, un… gu… zuf… huuu…"

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A nouveau, le débit de la jeune fille ralentit, alors qu’à quelques secondes de faire un scandale, ses bras retombent ballants sur les côtés de son corps redevenu amorphe.

"Diego ?
- Monsieur ? – dit le serveur en arrivant au petit trot
- Cette fois, c’est bien la gougère au GHB, on est d’accord ?
- Parfaitement Monsieur, à effet rapide. Dois-je charger Mademoiselle dans le coffre de Monsieur ? 
- Oui. Et assure-toi que la pelle soit prête, nous avons du travail."

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Le serviteur hésite quelques secondes, pendant que j’utilise ma flasque de brandy pour remplir à nouveau ma flûte d’un breuvage plus raisonnable.

"Monsieur, pourquoi l’avoir réveillée, si c’était pour à nouveau la mettre dans cet état"

Versant les dernières gouttes d’alcool dans le récipient, je me fends de mon sourire le plus paternaliste pour préciser ma pensée.

"Parce que c’est un principe Diego, un rail, toute fête a son lot de drogue ; c’est ce que l’on pourrait appeler, si tu veux, ma, disons, discipline de party"

Dis-je en prenant la première gorgée du délicat liquide.

Sa table était discrète, dans un coin du bar, à peine éclairée par une minuscule lampe. 

Elle était assise sur un petit siège au cuir probablement aussi soigneusement entretenu que le sien. Là, on la voyait lire silencieusement un minuscule ouvrage, probablement un recueil de nouvelles ou de poésies trouvé dans l’une des nombreuses librairies à qui parsemaient la rue. Son visage aux traits fins semblait serein et balançait parfois brièvement au son de la légère musique qui flottait dans l’air de ce coin de zinc réputé du tout Paris. A plus d’une reprise, je surpris l’un des mâles du lieu lui jeter un discret regard lorsqu’elle passait sa main au travers d’une longue mèche de fins cheveux châtains avant de la redéposer avec délicatesse sur sa table, faisant bien attention à ne pas renverser son cocktail ce faisant. La chaleur de ce refuge dans un hiver qui ne semblait jamais finir de l’autre côté de la vitrine l’avait poussée à retirer son manteau pour révéler une tenue choisie avec soin, mariant une veste aux tons sombres et un chemisier clair, où derrière quelques boutons détachés, l’on devinait un ouvrage fort convaincant de Mère Nature. 

Lorsque je me suis assis en face d’elle, son sourire a révélé une rangée de dents d’une blancheur impeccable, contrastant à la perfection avec son discret rouge à lèvres. Nous ne nous connaissions pas réellement, seuls quelques échanges électroniques nous avaient mis en contact, et ce soir, nous nous rencontrions pour la première fois. Elle s’appelait Maud et était belle et douce, comme l’un de ces flocons, là, dehors. 

Nous avons longuement discuté : elle aimait Bach, j’aimais Beethoven. Elle avait fait partie d’une chorale, j’avais chez moi l’intégrale des cantiques latins du chœur de Notre Dame. Elle jouait au golf, je jouais au polo. Elle n’habitait pas loin, je n’avais pas envie de reprendre ma voiture. 

Nous nous sommes levés et sommes retournés dans le froid mordant d’un mois de février à Paris. 

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C’est fou le nombre de personne que l’on peut rencontre sur Gauche Rencontre et Droite Rencontre.

Comment ? Vous ne connaissez pas ? Sots que vous êtes, tenez : 

 

Gauche- Rencontre

Droite-Rencontre

 

"On est déjà d’accord sur un point !" vous explique la petite page d’accueil sur chaque site. 

C’est vrai ; bien s’entendre politiquement est un bon début pour les bases d’une relation saine. Du coup, de droite ou de gauche, voilà au moins un centre d’intérêt commun qui vous unira à votre ami(e) et ne sera pas source d’engueulade. 

Essayons de voir ce que cela peut donner, en donnant tout d’abord la priorité à la droite, sécurité routière oblige.

Va faire bosser pour faire avancer la France au lieu de surfer sur le net, non mais

Tout d’abord, sur droite rencontre, les gens sont grands, blonds et aux yeux bleus, ce qui est bien naturel tout de même : mettre Mamadou N’Gomma en tenue de chantier son gros outil à la main aurait pu donner une mauvaise représentation de la frange conservatrice de la population (conservateur, c’est pas moi qui le dit, c’est la presse internationale. Il n’y a que dans le Figaro que la droite est l’aile progressiste du pays, et encore). Et surtout, on peut trouver cette petite légende au bas de la photographie : 

"Rencontrez de gens qui ont la même conception de la vie que vous. La famille, l’éducation, le travail, la culture, la tradition…Construire sur la même base pour se donner toutes les chances de réussites. On est tous responsable de son bonheur, autant s’arranger pour que ça marche.

C’est vrai que c’est important tout ça. A noter que lorsque l’on aime vraiment les traditions, on rencontre son futur époux au bal des débutantes ou en demandant à papa quel est le meilleur parti de la ville ("La petite de chez Darty, elle est bien", disait un célèbre papa à son fiston). Mais bon. 

Cependant, je sens qu’une question vous taraude : "Bon alors, c’est une bonne idée ou pas ce genre de site ?" ; vaste question. Pour ce faire, essayons d’analyser tout ça scientifiquement à l’aide de personnages que nous connaissons vous et moi, évitant ainsi tout parti pris. Bon, il nous faut donc commencer avec un(e) candidat(e) appréciant la famille, l’éducation, la tradit… ha, c’est bon je sais, vous bilez pas. 

Kristine Boot-1 vient de se connecter 

Erik B-Son. vient de se connecter  

Erik : Bonjour Kristine ! Je viens de cliquer sur ton profil : moi aussi j’aime les belles et grandes familles !
Kristine : Bonjour Erik, tu es nouveau ? Je ne t’avais jamais vu ici !
Erik : Oui, j’ai fait une fausse manip’, j’étais sur gauche-rencontre jusqu’ici. Mais me voilà.
Kristine : Bienvenue ! Je note que toi aussi tu parles un français correct. Ca fait plaisir sur internet !
Erik : Oui, c’est le minimum lorsque l’on est en France de parler français, mdr.
Kristine : Pas comme tous ces bicots bougnouls rastacouères sudistes au teint hâlé
Erik : En effet Kristine. Ces gens là, il faudrait les renvoyer dans leur pays. Et leur retirer des droits, ils en ont déjà trop.
- Erik B-Son vient de modifier son statut en "travaille sur un nouveau projet de loi pour réduire les droits des immigrés, ces nantis"
Kristine : J’aimerais bien te rencontrer, tu as l’air intéressant.
Erik : Si tu veux, je serai sur le tarmac de Roissy ces prochains jours ; on pourrait regarder les charters partir ensemble ?
Kristine : Ho, ce serait tellement romantique ! Tu es un vrai français, le romantisme est partie intégrante de notre identité nationale !
Erik : En effet ; et après Roissy, si tu veux, on pourra aller chez moi que je te démonte la boîte à schtroumpfs montre ma collections de Pins UMP ?
Kristine : Si tu penses au péché de chair, c’est non. Pas avant le mariage en tout cas, sans union de nos âmes et de nos coeurs devant notre Seigneur Tout Puissant, il est impossible de concevoir l’idée de se reproduire ensemble.
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Erik s’est déconnecté  

Erik a changé son statut en "Put1 fé iéch’ jvé ancor dormir sur la békille

Erik est en effet fort déçu : les vrais conservateurs ne fonctionnent pas comme ça, ils ne vont pas copuler gaiement sur le premier site de rencontre venu. Ce qui forcément, laisse peu d’intérêt au site. A noter que par ailleurs, il aurait pu tomber sur Navy_Le_pN, et discuter longuement avec elle. Voire entamer un t’chat à trois avec Arlet_it_be-ChabiChabo, mais il a joué de malchance. C’est le jeu, Erik, sur droite rencontre, la réussite ça se mérite. 

A noter que sur droite rencontre, on prend soin de cacher tout ce qui ressemble de près ou de loin à un minaret : dans les conditions générales d’utilisation (CGU), vous pourrez trouver un endroit expliquant les différentes applications disponibles, parmi lesquelles le "salam", expression que tous les membres connectés peuvent lire (on le trouve dans le CGU quasi-identique de la version "de gauche" du site). Sonnant un poil trop barbu, le terme s’est mystérieusement mu en "expression" sur droite rencontre. Évidemment, cela n’est qu’une coïncidence. 

Bien, quittons notre droite et allons vers notre gauche en passant par le centre. Pas encore mis en place, je vous propos de découvrir Centre Rencontre, le futur site de rencontre des centristes en quête de rencontres molles (un centriste tout dur devient aussitôt un paradoxe pour lui-même et disparait instantanément). 

Un flan. Je vous assure, cette légende se suffit à elle-même.

"Sur Centre Rencontre, nous prenons le meilleur de Gauche Rencontre et de Droite Rencontre !" ; tout comme en politique, Centre Rencontre respecte le vieil adage qui fait tenir la maison branlante centriste : "Nous, on prend le meilleur de la gauche et de la droite" ; principe un peu nouille, puisqu’on imagine mal la gauche ou la droite se dire "Hey les gars ! On a une idée de merde, il faut absolument qu’on la prenne, puisqu’elle est de chez nous ; ah, et dire que si l’on était au centre, on ne garderait que les meilleures…

La page d’accueil n’est pas encore en ligne, mais nul doute qu’elle représentera tout ce que le centre a de meilleur : un flan au caramel faisant floutch-floutch lorsque vous passez votre souris dessus, un portrait de François Bayrou ou tout autre objet mou et profondément centriste. Mais observons plutôt ce t’chat de 1997 issu d’une version beta. 

VGE Sexyboy vient de se connecter 

Lady :-D vient de se connecter 

VGE : Bonchoir Lady
Lady : Good evening VGE !
VGE : Hooo, mademoijelle, vous êtes très chéduijante chur votre photo de profil.
Lady : Thanks VGE.
VGE : J’adore l’Angleterre et l’anglais. Ch’est une très jolie langue.
Lady : Do you like music ?
VGE : Je joue de l’accordéon. Ch’est funny.
Lady : lol, you’re so nice, and you look sooo cute ! Could we meet somewhere soon ?
VGE : A Paris ?
Lady : Yes !
VGE : Et bien oui… Rendez-vous sur la rive droite de la Cheine ; elle est chi belle en chette chaison.
Lady : Okay ! See you soon !
VGE : Pachez par le pont de l’Alma, vous éviterez bien des embouteillages. Et n’oubliez pas : ch’est pas parche qu’on est chentriste qu’on doit rouler au chentre ! Ho ho ho. Est-che drôle !
Lady : LOL ! Here I come ! <3
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Lady s’est déconnectée 

Cette conversation entre deux anonymes semble démontrer qu’au Centre, la séduction se ferait plus naturellement ; d’ailleurs, si ce t’chat ne le montre pas, Lady a elle même finie très ouverte et relativement molle, comme une vraie centriste de l’extrême ; mais c’est une autre histoire. A noter que dans les conditions générales d’utilisation, les "expressions" ou "salams" sont ici remplacées par des "Pfouiiiit", qui permettent "d’envoyer un message mou à tous les connectés".  J’en conclus donc que Centre-Rencontre aurait bien plus d’avenir que Droite-Rencontre, précédemment étudié.

Maintenant que nous avons abordé le centre, terminons sur notre gauche, avec Gauche Rencontre. On peut y noter que les jeunes de gauche sont des fous qui portent des boucs et refusent de partager jusqu’à la couleur des yeux de leurs ennemis héréditaires de droite. Quelle bande de joyeux rebelles, alors. 

Le site toujours saturé par les hordes d'assistés qui passent leurs journées sur le net

A noter que contrairement à droite rencontre dont le sous-titre est : "Site de rencontre pour ceux qui veulent bien discuter politique, mais pas se disputer toute leur vie !", gauche rencontre se légende "Site de rencontre pour ceux qui veulent bien discuter politique, mais pas au lit !" ; apparemment, ce serait donc une mystérieuse habitude des non-gauchistes que de parler politique au plumard : 

"Ha !
- Ho !
- Haaa !
- Hooo !
- Haaaaaa !
- Hooo… attends…attends pas tout de suite j’y suis pres…
- Haaaaaaaaaaa ! Trop tard, haaa… houuu… pfou….
- Mais ? Petit salopard, et moi alors ?
- Haha, 49-3, je ‘n’ai pas besoin de l’assemblée pour jouir. Et puis le plaisir, ça se mérite, tu n’avais qu’à travailler plus, sale assistée."
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Un monde mystérieux, donc. En attendant, comment se déroule parade amoureuse du gauchiste en rut ? C’est un bien grand mystère, qui tourne autour de notions comme "congrès", "motions", "parti" et "de toute façon t’es de droite" (l’insulte préférée de l’homme sauvage de babord) ; on dit qu’en général, les gauchistes se reconnaissent entre eux lors de grands rassemblements appellés "manifestations" durant lesquels les mâles dominants se font reconnaître grâce à leurs mégaphones. 

Tout se finit bien souvent dans un petit local ombragé, où vautré dans des affiches "Sarko est méchant" (la gauche a souvent de fameux slogans), de longues étreintes se font entre fiers combattants de la liberté, qui n’hésitent pas à vouloir collectiviser tant les entreprises que les femelles lorsqu’ils commencent à avoir faim.

Pourtant, Gauche-Rencontre est inutile car il en existe une version gratuite et tout aussi navrante (bien que très officielle) : 

La CooPol

La CooPol, c’est le Facebook de gauche, nouvelle arme du PS pour rassembler ses troupes et gagner en 2012. Dans la CooPol, tu peux te faire des "CooPains" et des "CooPines" (les jeux de mots sont authentiques, hélas) ; il reprend ainsi tout le principe du plus célèbre des réseaux sociaux, mais en moche (ho, comme le vert fluo se marie bien au rouge pétard !), pas pratique et avec des fautes d’orthographe qui se promènent de-ci de-là. Et uniquement bourré de crypto-marxistes, oui madame, parce que bon, quelle idée d’utiliser Facebook, là où il y a des gens à convaincre pour militer… ils sont forts.

Sur la CooPol, tu pourras donc draguer comme un dingue qui tu le souhaites sans dépenser un euro, tout en te tapant des milliards d’invitation à des évènements aussi passionnants que "Présentation du nouveau tract contre Sarkozy à Tinqueux" ou "Pour une flash-mob devant la mairie de La Française jeudi prochain". Quelle puissant outil quand on y pense tout de même.

Alors mesdames, messieurs, soyez sympas : évitez que la CooPol ne serve à rien à nos amis de Gauche, utilisez la comme un site de rencontre gratuit.

C’est pas dit que ça les fasse gagner en 2012, mais au moins ça leur permettra de se détendre un peu entre deux branlées.

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Lorsque Maud se réveilla, la place à côté d’elle dans le lit était vide ; elle se couvrit chastement d’un simple drap et chercha des yeux des vêtements masculins, parmi les siens trainant au sol. Il n’y en avait pourtant plus. La seule trace du passage de son amant d’une nuit était ce verre de whisky encore plein au tiers qui reposait sur la table basse du salon de son loft du XVIe arrondissement de Paris. Et peut-être un je ne sais quoi dans l’air, une odeur musquée rappelant la nuit agitée qu’elle venait de passer. 

Ce n’est que lorsqu’elle se rendit dans la salle de bain qu’elle constata que l’odeur qu’elle sentait n’avait rien du musc : sur le miroir, là où elle espérait un numéro de téléphone, elle avait trouvé écrit avec quelque matière fécale probablement issue de la litière féline renversée juste à côté du bidet : 

"Une de plus ! Merci droite-rencontre !" 

Dans le cadre de la glace, quelqu’un avait glissé une carte d’un parti politique de gauche. 

Elle fondit en larmes. 

 

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