"Errare humanum est"

Ainsi parlait Sénèque qui, contemplant les flammes s’élevant au-dessus de Rome, se demanda pourquoi il n’avait pas été un peu plus strict avec Néron du temps où il était son précepteur, tant une ou deux bonnes taloches dans la gueule auraient peut-être calmé l’empereur grognon. Hélas, s’il était trop tard pour gifler ledit Néron sans finir en brochette pour la prochaine soirée barbecue de la garde prétorienne, il était encore temps de le reconnaître : il s’était planté quelque part, à un moment ou à un autre.

Il en va donc de même pour ma part, puisque je dois reconnaître qu’en débutant mon précédent article sur le fait que la guerre était "cool", je me suis terriblement trompé. J’ai failli. Car les évènements m’ont donné tort : la guerre n’a rien de "cool".

Non, en fait, j’aurais dû dire "La guerre, c’est choupi"

Car en effet, toi lecteur qui n’a pas la chance de résider dans les frontières du Royaume de France, peut-être as-tu échappé à la polémique qui a fait son chemin ce début de semaine par chez nous, à savoir, celle née de cette terrible photo :

Attention : c’est parti, concentrez-vous et cherchez un motif pour votre indignation quotidienne

Car en effet, vous pouvez le constater : le militaire ci-dessus, en opération au Mali, porte un foulard avec un imprimé tête de mort.

Un imprimé tête de mort.

Oui.

Il n’en fallait pas plus pour que le web s’agite, Twitter en fer de lance, puisque comme il neigeait un peu moins, on ne savait plus trop de quoi parler dessus. Aussi, l’indignation (le terme "indignation" est très à la mode : ça permet à la fois de se poser en victime outrée et en défenseur de la justice et du bon goût en un seul mot) a fait son chemin, et l’un après l’autre, de courageux militants du web se sont sentis dans l’obligation de hurler au scandale et de demander à l’état-major de réagir pour que soit sanctionné l’individu dont le choix d’imprimé sur le foulard le faisait ressembler à "Ghost", personnage portant un passe-montagne à l’imprimé proche et tiré du jeu vidéo "ultra violent" Call of Duty. Pour ceux qui penseraient qu’il s’agit là de pipeau : l’un des nombreux articles ayant relayé le scandale est accessible en cliquant ici. Oui, j’en ai un pris un court, j’ai pensé à vous, je suis comme ça. Je n’aime pas, les gens qui font des gros pavés, tsss.

Bref : l’état-major des armées a dû reculer sous la pression d’un odieux esclandre selon lequel un militaire envoyé en mission pour coller des pruneaux dans des terroristes avait sur lui, tenez-vous bien, un symbole rappelant la mort que l’on avait déjà vu – curieuse coïncidence ! – dans un jeu vidéo dans lequel on incarne un militaire envoyé en mission pour coller des pruneaux dans des terroristes. Et encore, les critiques ont été raisonnables : elles n’ont pas fait remarquer que le vil soldat avait poussé le vice jusqu’à porter un treillis – comme dans les jeux vidéos – et même à, et là, accrochez-vous bien, avoir une arme.

J’espère qu’il n’a tiré sur personne en plus, il aggraverait son cas.

Heureusement, nombreux ont été celles et ceux à tenter de désamorcer la polémique en affirmant que le militaire ne faisait que "se protéger du sable", ce qui est un argumentaire pertinent, tant en fait qu’il le porte pour se protéger sur sable, du soleil ou même fumer la pipe ne change pas grand chose, le vrai problème étant que visiblement, il y a des gens à qui on a pas dû bien expliquer en quoi consistait la guerre.

Cependant, il ne serait pas dit que mon lectorat resterait constitué de violents personnages prêts à approuver le premier motif guerrier posé sur un militaire. Aussi, aujourd’hui, je vous propose donc de vous instruire un peu en apprenant la définition de La Guerre, celle-là même qui a permis à nos amis commentateurs à quel point il convenait de s’indigner (et donc probablement tirée de Cucupédia, l’encyclopédie en ligne rédigée par des gens qui sentent le caramel toute l’année).

Mais assez tergiversé : instruisez-vous !

Encore un autre héros de jeu vidéo que des hordes de militaires copient : ah, les salauds !

La Guerre

La guerre est une activité traditionnelle au même titre que le chant, la danse ou les blagues sur Michel Denisot, pratiquée par l’Homme depuis la nuit des temps pour mettre fin à certains désaccords entre différents groupes humains. Qu’il s’agisse de s’emparer de ressources indispensables au bon fonctionnement de l’un des groupes comme d’eau pour survivre, de pétrole pour faire tourner son économie ou de femmes pour récurer ses slips, voire plus prosaïquement d’étendre son territoire, la guerre peut varier en durée et ampleur en fonction de nombreux critères.

La guerre implique toujours au moins deux entités distinctes, bien que les camps en présence puissent être plus nombreux, comme ce fut le cas lors de la guerre de 7 ans, les deux guerres mondiales, ou la guerre de succession pour le trône de Robert Barathéon. Mais bon, comme pour tout conflit qui se respecte, tout s’arrête lorsque l’hiver vient.

Définition

On distingue deux grands types de conflits

La guerre qui ne passe pas à la télé

Généralement située dans des pays difficiles à localiser sur une carte, la guerre qui ne passe pas à la télé est généralement violente, avec son lot de réfugiés, de charniers et autres villes en flammes. Si l’internaute moyen est farouchement pacifiste, il ne s’intéresse guère aux conflits qui ne passent pas à la télé, puisqu’ils ne sont pas très choquants, du coup.

La guerre qui passe à la télé

Sujet de toutes les passions, la guerre qui passe à la télé se doit d’être propre : décalquer le museau de son prochain à la 12.7, d’accord, mais alors pas entre le fromage et le dessert. Non parce que sinon, ça coupe l’appétit, et là, le CSA croulera sous les courriers scandalisés puisque tuer des gens, c’est bien normal pourvu que ça n’empêche pas de reprendre du Danette. Bombarder à l’uranium enrichi, oui, diffuser un type avec un foulard à tête de mort, non.

Histoire 

Plusieurs grands conflits émaillent l’histoire de l’humanité, passons-en revue les principaux.

- La guerre du feu

A l’origine déclarée par Grülk Peau-d’élan à Maurice Caribou-Furieux, elle commence lorsque le second refuse de prêter du feu à Grülk qui en réclame pourtant instamment, probablement pour se faire un petit joint. Afin de signifier son courroux, Grülk s’en va donc déclarer le début du conflit à son ennemi en déféquant devant sa grotte une chose si abominable que la tribu aura de quoi faire des peintures rupestres durant 6 mois sans trop s’inquiéter. Ce combat de sauvageons en peaux de bêtes aux hurlements gutturaux marquera durablement l’histoire de l’humanité, même si d’après la description des protagonistes et de leurs pratiques, certains historiens débattent encore pour savoir s’il faut la situer en – 700 000 en Anatolie ou 2007 au Québec.

- La guerre de Troie (telle qu’expliquée par un élève du lycée Maurice Chevalier de Melun)

Tu vois, c’est Ménélas il est chez lui, là, tif-taf, ya c’gros bâtard de Pâris qui vient pécho sa meuf Hélène. Trop vener’, le gros il appelle tous les zincous et avec sa flotte qu’a grave le swag, il va le pécho dans son ter-ter à Troie tu vois. Là les mecs ils font ouaiiiis vas-y et tout, comment tu salopes ma plage avec tes galères casse-toi, alors Ménélas il fait appel à Ulysse, que c’est un putain de furet tu vois. Le mec, il fait hé les gros, v’la un cadeau, il fait un gros bout de shit en bois il cache tout le monde dedans, quand les p’tits ils viennent chercher le morceau, ils l’emmènent direct à l’appart’ de Pâris là les mecs ils sortent, vlan ils les défoncent, la grosse volée, tchaaaa là mon frère, putain, c’est Brad Pitt quoi gros. A la fin le mec il pisse le sang et tout alors y brûlent sa cave et les gros y rentrent faire la teuf. Mais Ulysse après son GPS il est grave cutté parce que la baston, il met des plombes à rentrer chez lui, putain quand il revient à Ithaque, mais c’est le Bachelor à la maison quoi, tous les gros ils font la queue pour essayer de pécho sa meuf. Paf, y re-marave. Après je sais pu, le DVD il a téplan.

- La guerre de cent ans

S’étendant sur 116 ans, et ne portant ce nom que parce que les professeurs d’histoire-géo aiment ainsi vérifier que le cours a bien été appris nom d’une pipe, ce conflit implique deux des principaux fléaux de l’humanité : la peste noire et la femme. Si à l’époque la moindre soirée un peu arrosée à la taverne permettait de se réveiller avec l’un des deux, seuls 50% des malheureux pouvaient bénéficier d’une mort rapide. Le conflit s’arrêtera heureusement en 1453 lorsque le roi de France imposera à chaque paroisse la mise en place d’un cuisinier formé et dispensé d’impôt, le "franc-cuisinier". La bonne nourriture devenant abondante sur le territoire, les Anglais sont obligés de se replier puisque ne la supportant pas et abandonnent donc les derniers territoires occupés pour se replier sur leur île d’origine.

A l’époque, coiffeur n’était pas une profession très rentable

- Les guerres napoléoniennes

Longtemps, on accusa la guerre d’être ourdie dans l’ombre par les marchands d’armes soucieux de faire monter leur chiffre d’affaire via le sang des masses prolétaires envoyées s’entretuer. Les guerres napoléoniennes prouvèrent que cela était faux, puisqu’elles furent principalement organisées par les marchands de chapeaux pour écouler leurs stocks les plus improbables. Les plus hideux, cependant, furent tout de même une fois encore envoyés à l’Angleterre qui, dans son bon goût habituel, décida d’en équiper les gardes royaux.

- La première guerre mondiale

Si l’on en croit les téléfilms de France 2 et les bédés de Tardi, la première guerre mondiale est constituée à 70% de déserteurs anarcho-pacifistes et à 20% de tirailleurs sénégalais (non, la France n’avait aucune autre colonie dont on mérite de parler), le reste étant constituée de sous-officiers fascistes, d’officiers fanatiques et de généraux bourgeois. A ce qu’il parait qu’il y avait des motifs au conflit, mais on en parle pas trop parce que ce n’est pas très très intéressant.

- La seconde guerre mondiale

Si l’on en croit les téléfilms de France 2 (mais si, encore !) et les bédés de… d’à peu près tout le monde, la seconde guerre mondiale est constituée à 80% de résistants communistes actifs dès 1940 (ah ?), à 10% de juifs et le reste étant constitué de collabos, de nazis et de figurants qui font du vélo en fumant la pipe. Comme tout internaute le sait, il aurait bien évidemment été résistant en ce temps là, et ce d’entrée de jeu. Ah, ça, jamais il n’aurait donné un juif contre du topinambour, ça non ! Il n’est pas comme ça, lui, il fait primer la dignité hum… attendez et contre un iPad ? Hmm. Raaah. Merde, bon. Ecoute Shlomo : j’ai besoin d’un plus gros écran pour jouer à Angry Birds si je veux battre mes scores, alors fait un effort aussi.

- La guerre froide

En 1945, les Etats-Unis ont besoin de montrer leur puissance à l’URSS pour leur signifier qu’un conflit ouvert ne les mènerait à rien. Il est donc décidé d’utiliser l’arme atomique sur deux cibles stratégiques : la première Japan Expo, organisée le 6 août 1945 à Hiroshima, puis la seconde, le 9 août, réalisée par les survivants irradiés de la première (mais on ne voit pas trop la différence). S’ensuit donc une période que l’on appelle guerre froide, durant laquelle bien que la tension soit palpable, personne n’engage le conflit directement de peur de se manger une ogive dans le museau. On note bien quelques évènements marquants, comme la crise de Cuba, la guerre du Vietnam ou l’invasion de l’Afghanistan, mais chacun sait que ce n’était plus la peine de s’intéresser à ces coins du monde par la suite, puisqu’ils ne passaient plus à la télé. On y reviendra qu’avec une nouvelle ère…

La guerre moderne

Si l’on en croit la capacité du premier quidam moderne à se formaliser pour un foulard à tête de mort sur un militaire, c’est que la guerre a bien évolué depuis l’époque où l’on se collait des coups de hache en pierre dans le bidou pour rigoler. Et en effet : comment se passe un conflit moderne selon ces gens ? Observons.

Le pré-conflit

Avant tout conflit, il y a un motif de conflit. Celui-ci peut varier, mais dans le cas, les choses se passent à peu près ainsi : d’abord, des gens très méchants (plus ils sont différents, mieux c’est) font quelque chose de vil à l’autre bout du monde, de si vil que même TF1 en parle entre deux reportages sur la neige qui tombe en hiver. Cela force l’ONU à s’en mêler, qui fait alors ce qu’elle fait de mieux : envoyer un courrier au chef des méchants (dont elle a l’adresse, c’est l’ONU quand même). Le courrier ressemble en général à cela :

Cher chef des méchants,

Suite à notre assemblée générale du 10 janvier, nous avons constaté que non seulement vous aviez détruit 5 sites protégés par l’UNESCO à la dynamite, rasé trois villes et brûlé deux ethnies, mais en plus vous n’avez pas payé votre cotisation de cette année. Or, je vous rappelle que le mini-bar ne se remplit pas tout seul. Vous êtes donc prié de régler votre cotisation avant le 02 février ou nous devrons prendre de sévères mesures.

Cordialement,

L’ONU

Si malgré ce terrible avertissement, les méchants ne coopèrent pas, l’ONU prend donc de terribles décisions comme annoncé, à savoir, cette fois elle envoie un courrier EN RECOMMANDE

Cher chef des méchants,

Nous constatons à regrets que non seulement vous n’avez pas tenu compte de notre premier courrier, mais qu’en plus, vous venez de faire fusiller tous les opposants politiques de votre pays. J’en déduis donc que soit vous n’avez pas reçu notre courrier, soit nous n’avons pas été assez fermes. J’espère que ce recommandé vous fera revenir dans le droit chemin, puisque nous aurons l’accusé de réception. Mais oui. Aha, on fait moins les malins ! 

Cordialement,

L’ONU

En général, et si malgré tous ces puissants avertissements (si vous pensez à une exagération, relisez les décisions de l’ONU avant l’invasion de l’Afghanistan), on ne répond pas, l’ONU décide de prendre une ultime décision : elle radiera les méchants de la liste des invités à la prochaine soirée mousse. De là, un pays peut décider d’intervenir, comme par exemple, la France au Mali. Auquel cas, l’ONU mettra un mot dans son carnet de liaison pour dire qu’elle a l’autorisation de ses parents pour faire la guerre.

Nous entrons donc dans le coeur du conflit.

Il est bien évidemment possible de rajouter un timbre rigolo sur l’enveloppe pour détendre l’atmosphère

Le conflit en lui-même

Suivant l’opinion des utilisateurs de Twitter et de Facebook, la guerre tente de minimiser la violence. Elle consiste donc tout d’abord en un premier envoi de drônes (rebaptisés "Cupidon", les précédents "Terminator" et "Bourtaggle" ayant été considérés comme trop agressifs) pour reconnaître le terrain, mais sans violer la vie privée des gens du cru : le survol ne se fait qu’entre 8h et 20h et jamais au-dessus des agglomérations, sauf autorisation préfectorale. Les cibles potentielles sont repérées grâce à une habile tactique : des tracts en papier biodégradable pour ne pas abîmer la nature sont largués, lestés par une pièce de 1€ (d’où le fait de les larguer hors-agglomération pour ne blesser personne), avec un questionnaire indiquant "Êtes-vous un vilain terroriste ? Oui/Non – biffez la mention inutile" conçu par les meilleurs experts en guerre psychologique (anciennement pédagogues auprès de l’éducation nationale), le tract est à retourner avec une enveloppe à Palais de l’Elysée – Etat Major du Président, 55 du Faubourg Saint Honoré, 750008 Paris. La pièce de 1€ sert à trouver un photomaton local pour joindre une photo afin que l’armée sache qui aller trouver.

Une fois les terroristes ainsi recensés, l’armée de Terre est invitée à intervenir.

Chevauchant des chars peints en rose puisque les tenues de camouflage ne sont pas sans rappeler les personnages de jeux vidéos violents, et c’est quand même scandaleux, les militaires sont chargés de se rendre à l’adresse que le terroriste a bien voulu leur retourner. Sur place, et accompagnés d’un psychologue de la fonction publique, ils demanderont au terroriste pourquoi il est méchant et lui proposeront un stage de réinsertion en horticulture. Mais attention ! C’est la guerre tout de même : si jamais le terroriste a changé d’avis et refuse de se rendre, l’armée fera alors preuve de tout son savoir faire et le poursuivra où qu’il se terre pour se jeter sur lui et le câliner jusqu’à ce qu’il devienne gentil. Une licorne sera alors dessinée au pastel sur son front pour le récompenser et signaler aux autres militaires sur place qu’il est désormais un gentil.

Attention : les militaires feront bien attention à ne porter aucun vêtement ou sigle ouvertement hostile : les foulards à tête de mort seront retirés, le sigle de l’armée de terre et son épée sera idéalement remplacé par une main levant le pouce en signe d’amitié, les noms de bataille inscrits sur le côté des chars type "Valmy" ou "Stonne"  effacés pour y inscrire "Joli poney" ou "Jument joyeuse". Quant aux armes, le débat n’a pas encore été ouvert, mais puisqu’une tête de mort est déjà de trop, j’ose supposer qu’une réflexion est déjà en cours pour remplacer le tout par un sac de riz.

Le conflit durera ainsi jusqu’à ce que tous les terroristes se soient rendus et aient accepté la bonne parole. Une photo dédicacée d’Anne-Elisabeth Lemoine pourra éventuellement leur être remise pour les féliciter s’ils ont été particulièrement sympa. L’armée sera alors appelée à se retirer, de préférence en faisant tracter ses chars par des animaux pour le respect de l’environnement.

Et la victoire sera totale, le tout sans choquer le bon citoyen qui, sur internet, s’insurge d’un bout de tissu avec une tête de mort en plein milieu d’une guerre qui le choque terriblement.

F.A.Q

Je n’ai pas bien compris la différence entre la guerre et les free-hugs ?

Un seul des deux est pratiqué par des fonctionnaires.

Je rêve de devenir officier dans l’armée, quelle compétences me faut-il ?

Une peau douce comme la soie, un sourire éclatant comme le soleil, de grands bras pour faire des câlins, et un corps qui accepte facilement les anti-dépresseurs. Les mêmes choses que pour être prof, quoi.

Vous exagérez : il s’agissait juste de rappeler qu’un militaire n’a pas à confondre guerre et jeux vidéos

C’est vrai que ça doit pas être simple pour lui au cul du char quand on lui tire dessus. Heureusement que les commentateurs de Facebook sont là pour lui expliquer la différence.

D’accord, mais et la force de frappe nucléaire dans tout ça ?

Je suis sûr que si quelques milliers de commentaires idiots ont fait plier un état major, si on écrit tous en même temps, on doit pouvoir demander une frappe préventive sur les studios de Plus Belle la Vie.

Mettons que les terroristes refusent de se dénoncer : que faire ?

Jusqu’à il y a peu, on remplaçait tous les services postaux locaux par La Poste. Au bout de deux mois, ils se rendaient tous en hurlant pourvu qu’on arrête le supplice. Mais la convention de Genève s’en est mêlée : on a plus le droit.

Et en cas de conflit avec une armée régulière ?

Concours de câlins. Vu notre cheptel de blogueuses : on reprend l’Europe quand on veut les enfants.

Voilà.

Donc je ne sais pas vous, mais pour moi, soit ces gens prennent cette définition pour argent comptant, soit ils sont complètement cons.

Oh, attendez, je crois que je viens de trouver.

Le nuage à l’odeur méphitique apparut devant Joël, qui recula d’un pas en s’étonnant tant de ce phénomène physique peu banal que de la silhouette qui apparut bientôt lorsque les dernières volutes se dissipèrent, aspirées par la bruyante ventilation du centre commercial.

L’homme qui venait de surgir au milieu de ces effluves de soufre était grand, vêtu d’un impeccable costume sombre agrémenté d’une double boutonnière argentée du meilleur goût, et doté d’un visage que Joël aurait aisément qualifié de "vieux beau" s’il n’était pas encore sous le coup de la surprise ; l’individu passa lentement la main sur ses cheveux grisonnants gominés avant d’agiter de l’autre une petite canne décorée d’une tête de bouc en direction de son interlocuteur.

"Bonjour Joël, je crois que tu sais déjà qui je suis !" – ses yeux luisirent légèrement l’espace d’un instant, telles deux braises sur lesquelles on aurait soufflé.

Joël hésita quelques secondes avant d’oser timidement :

"Garcimore ?"

Les épaules du nouvel arrivant s’affaissèrent légèrement dans un long soupir, avant qu’il ne se reprenne en observant autour de lui où il venait d’apparaître ; Joël crut lire une certaine déception lorsque l’individu constata qu’il était au rayon frais d’une grande surface. Faisant fi de cet élément, il se tourna à nouveau vers son interlocuteur, s’appuyant sur sa canne comme pour reprendre de la hauteur.

"Non Joël, je suis le Diable enfin. Tu sais, odeur de soufre, flammes dans les yeux, tout ça. Ça te dit quelque chose, hmmmm ?
- Heu… oui, oui je vois assez bien, mais pourquoi êtes-vous là ? 
- Ha ha ! Maiiiis, tu devrais le savoir ! Ne viens-tu pas de penser "Je vendrais bien mon âme pour avoir le courage de parler à cette jeune fille, là-bas" ? – le Démon fit basculer sa canne par-dessus son épaule, désignant derrière lui sans même tourner la tête une jeune femme en débardeur un peu plus loin en train de déchiffrer l’étiquette d’un paquet de compotes 
- Nan mais c’était une formule de style Monsieur Satan, vous savez, non parce que je ne veux pas vraiment vendre mon âme, j’ai vu les films où en fait c’est un vieux piège à con. Et puis d’ailleurs, vous vous manifestez à chaque fois que quelqu’un pense cela ?
- Non Joël je… écoute mon garçon, pour toi c’est spécial. C’est juste que là je viens de voir Ghost Rider, un film avec un de mes agents dedans, et je me disais "C’est pas mal cette idée de mettre un esprit vengeur enflammé dans l’enveloppe d’un mortel ayant vendu son âme, le tourmentant et prenant son corps à la nuit tombée pour répandre le chaos sur sa monture de feu !" ; donc là, comme j’ai entendu ton appel, je me suis dit…"
 

Joël regarda un instant son interlocuteur en sourcillant.

"Ecoutez Monsieur Satan, je sais que vous vous êtes déplacé et tout, mais vous savez, ça va pas marcher votre truc.
- Comment ça ? Vends-moi ton âme et tu vas voir ! Je te donnerai le courage de mille hommes pour séduire cette donzelle ! Mieux, je peux même la rendre folle de toi, en faire ton esclave ! Elle sera tienne si tu le…
- Je ne parle pas de ça : votre histoire de Rider, là, elle pue. Dans les films, ouais, le mec qui vend son âme il fait toujours un métier comme aventurier, cascadeur ou un truc du genre ; mais dans le monde réel, statistiquement, vous risquez plutôt de tomber sur des gens banals à faire pleurer. "
 

Le Diable réfléchit un instant.

"Ah ? Heu… je n’y avais pas pensé. Tu fais quoi comme métier ?
- Je suis comptable. Vous m’imaginez en Rider ? Un mec qui aurait pour arme une calculatrice enflammée ? Avec comme super pouvoir la possibilité de détruire la TVA sur l’essentiel des produits de grande consommation ? Super.
- Moui je… je… ho, je crois qu’une caissière vient de dire qu’elle vendrait bien son âme pour une heure de pause, peut-être que…
- Nan mais attendez, et elle ? Elle aura un tapis roulant enflammé ? Ce sera un Rider capable de lire n’importe quel code-barre avec son regard de feu ? Ça pue votre truc. Cherchez votre inspiration ailleurs mon vieux, dans le monde réel, vous aurez juste des possibilités pourries. Maintenant laissez-moi choisir mes mousses au chocolat en paix."
 

Satan tapota de sa canne sur le sol, l’air contrarié, avant d’avoir une illumination : Ghost Rider 2 venait de sortir ! Et s’il allait le voir, si ça se trouve, il trouverait une autre idée dedans permettant de surmonter ce petit souci : ni une, ni deux, il y eut un léger "Pschouf", et la ventilation du centre commercial entreprit à nouveau de disperser les effluves de soufre encombrant le rayon frais là où quelques secondes auparavant, le maître des enfers s’était dressé.

Allons jeter un oeil à ce film : spoilons mes bons !

______________________

L'affiche : on comprend tout de suite que ça va parler d'une créature infernale

Notre odyssée débute lorsque, quelque part en Europe de l’Est (le spectateur avisé aura reconnu la Roumanie), un motard se promène gaiement sur les routes du pays, zigzaguant en bord de ravin. Cependant, nenni de Rider : il s’agit ici d’un curé baroudeur relativement noir mais aussi plutôt aviné qui s’en va fièrement sur sa monture mécanique en direction d’un monastère fort mystérieux.

Oui, fort mystérieux bonnes gens : en effet, celui-ci est tenu, non seulement par des moines, mais aussi par toute une tripotée de gardes, ce qui est déjà plus suspect ; par ailleurs, l’endroit grouille de caméras de vidéo-surveillance pointées un peu partout, reliées à un centre de sécurité ultra-moderne. Je ne sais pas ce que l’Eglise utilise comme nouveau modèle de tronc pour engranger tant de pognon de ses paroissiens, mais m’est avis qu’ils ont récupéré le modèle qui a servi à la campagne d’Edouard Balladur en 1995. Mais passons : notre curé, prénommé Moreau, sitôt arrivé dans l’endroit sur sa moto s’en va discuter avec l’abbé du coin venu l’accueillir, Bénedict, qui lui explique que "Oui, Moreau, nous avons l’enfant ! Il est en sécurité ici, avec sa mère. Dans quelques jours, ce sera le solstice d’hiver… passé cette date, il ne risquera plus rien, même si je doute que cette vieille prophétie sur le solstice soit véridique, hohoho !" (un enfant, une prophétie, un élu : c’est bon, on a les bases d’une bonne soupe au navet). Moreau, lui, ne semble pas du même avis : "Mais palsembleu, arrêtez ! L’enfant ne sera en sécurité qu’au sanctuaire, et uniquement s’il est sous la protection du Rider, il faut agir !" ; Bénedict lui, insiste "Tatata, sottises, ici, c’est la grosse sécurité mec, on dépote un peu, maintenant, tu te tais ou je fronce les sourcils.".

Seulement voilà : si Bénedict connait sa règle (les amateurs de bons mots religieux seront servis), il connait beaucoup moins celle d’Hollywood qui dit, je cite :

"Quiconque dit que sa planque est inviolable la verra violée dans les 10 minutes"

Si cela explique pourquoi Paris Hilton se promène toujours sur elle avec un magnétophone répétant en boucle "Je suis inviolable", cela n’est pas sans conséquence pour notre fieffé monastère ! Car évidemment, la chose ne manque pas : à peine la phrase de Bénédict finie, des coups de feu résonnent partout dans la forteresse religieuse : des types habillés en forces spéciales débarquent de nulle part et mitraillent à tout va, enfonçant la porte principale du lieu à grands coups de véhicule-bélier, descendant des toits en rappel, courant un peu partout… sans que personne ne puisse les arrêter.

Non, non, oubliez toutes les caméras de sécurité de la scène précédente : en fait, elles ne servaient à rien et n’ont pas pu voir arriver 200 mecs surarmés sur un bâtiment fortifié isolé. Il en va bien évidemment de même des gardes, qui étaient probablement occupés à disserter sur l’influence de Descartes sur le cubisme et les mouvements picturaux déstructurants. Du coup, les bougres n’ont pas vu arriver par la seule route menant au lieu, pourtant situé en haut d’un pic, tous les véhicules contenant les malandrins venus leur donner l’assaut. Oui, même ceux qui sont passés par la porte principale, ils ne les ont pas vus arriver : c’est fort. Pour le reste, les bougres sont aussi doués pour le combat que l’observation : ils se contentent de courir partout en hurlant avant de danser la gigue en mourant sitôt qu’un des vilains a décidé de tirer sur eux.

Moreau, lui, n’a qu’une idée en tête : aller protéger le fameux enfant dont il avait parlé plus tôt, et après avoir abandonné Bénedict (sympa mec !), il s’enfonce donc aussi vite qu’il le peut dans les entrailles du vieux bâtiment ; au détour d’un couloir, après avoir castagné plusieurs assaillants à coups de poing (oui, les mecs défoncent toute la sécurité suréquipée de l’endroit sans une perte, mais ils ne peuvent rien contre un curé qui pue la villageoise distribuant des tatanes), il croise donc une jeune femme avec un ado de 13 ans : Nadya et son fils, Danny, l’heureux élu de la prophétie.

Mais en voyant le prêtre arriver droit sur eux, la donzelle emmène son marmot aussi vite qu’elle le peut loin de lui, et ouvre même le feu en  direction du malheureux prêtre avec son petit pistolet personnel pour éviter qu’il n’approche (je soupçonne surtout Nadya d’être un peu raciste, nous verrons qu’en fait elle est surtout un peu con-con) ; puis, empruntant on ne sait quel tunnel, elle parvient à rejoindre un véhicule et à s’enfuir avec ; Moreau remonte alors vers la cour principale du monastère afin d’y récupérer sa moto et de s’élancer à la poursuite de la bougresse et de son marmot, et le spectateur avisé notera que tiens, c’est magique, vous vous souvenez des 200 mecs qui prenaient la place d’assaut il y a 2 minutes ? Et bien ils ont tous disparu, il n’y a même plus de coups de feu, rien. D’ailleurs, on n’aperçoit pas de cadavres : c’est fou. Tout le monde a dû partir boire un verre, probablement.

Ou alors, c’est juste un problème de script, mais non, je n’ose y penser.

En tout cas, Moreau et sa mobylette s’en vont à la poursuite de Nadya, mais c’est sans compter sur un nouveau personnage qui fait son apparition : Carrigan. Ce simili-bellâtre qui a commandé l’assaut sur le monastère est un gros méchant qui a tué tous les religieux de l’endroit, bien que désarmés (il est très très cruel). Et comme il a aperçu Nadya puis Moreau fuir l’endroit, il part lui-même avec l’un de ses hommes vers un véhicule avant de coller au train des fuyards, mitraillant Moreau juste devant lui.

Je vous passe les détails, mais la moto de Moreau se prend une vilaine balle et il en perd le contrôle, puis se fait éjecter en direction du ravin le plus proche ; mais comme c’est un curé-ninja, il tire (tout en tombant et au ralenti s’il-vous-plait) sur la voiture de Carrigan pour crever ses pneus, empêchant le véhicule de poursuivre Nadya plus avant. Enfin, il choit comme une merde, mais est sauvé par des branchages car le film a encore besoin de lui : la nature est bien faite.

L'accès au monastère : c'est vrai que c'est difficile de voir une voiture bélier arriver discrètement par là, je comprends la surprise des gardes

Voilà pour la petite séquence d’introduction ; mais je vous sens impatients : allons donc retrouver notre héros préféré.

Vous le connaissez probablement déjà : il s’agit de Johnny Blaze, célèbre cascadeur incarné par le sieur Nicolas Cage, qui la nuit se transforme en esprit vengeur, le "Rider". Si vous ne le connaissiez pas encore, ça tombe bien, le film vous rappelle comment il en est arrivé là grâce à un rapide résumé, et là, attention.

"Salut les kids. Moi, c’est Johnny Blaze. Avant, j’étais cascadeur, je faisais des acrobaties en mobylette, c’était trop super. Mais un jour, mon papa a attrapé le cancer, ce qui a un peu cassé l’ambiance, vous voyez ? Le Diable est donc venu me trouver et il m’a proposé de guérir papounet en échange de mon âme. Comme je ne m’en servais pas trop, j’ai dit oui, surtout qu’en cadeau pour tout engagement pour l’éternité, il y avait un smartphone gratuit.

Hélas, c’était un piège ! Si mon père fut guéri, c’était sans tenir compte du fait qu’il était un peu con (et qu’en plus, c’était héréditaire) : pour fêter sa guérison, papounet a décidé de faire une grosse cascade et s’est tué ce faisant ; le Diable a donc bien rigolé en disant "Tu vois, j’ai guéri ton papa, et tu l’as perdu quand même, maintenant, ton âme est à moi, hohohoho !" ; sur le coup, j’ai cru que c’était juste une coïncidence, mais quand j’ai reçu le smartphone gratuit, j’ai compris : c’était un Windows Phone. Le Diable m’avait donc roulé, en fait ! Vas-y, c’est pas sympa.

Satan a alors décidé de faire de moi son instrument : il a placé en moi un esprit vengeur (il a dit "qu’il y avait de la place pour deux !" ce faisant, mais j’ai pas compris), le Rider. Pour vous la faire bref, la nuit, je me transforme en lui, et ma tête laisse place à un simple crâne éternellement en flammes (mais qui ne brûle pas mes fringues, c’est choupi), ce qui ruine pas mal la plupart de mes plans dragues. Seulement voilà, si je servais le Démon, j’ai fini par m’échapper de son influence ! Et j’ai décidé d’utiliser le Rider pour faire la justice moi-même, comme par exemple, en appliquant la peine de mort aux gens que je croise et que je considère comme méchants, parce que vous savez, les tribunaux, les avocats, les enquêtes, ça ne sert à rien. Bref, je disais ? Ah oui :

Mais ces derniers temps, le Rider m’échappe ! Au nom de la justice, il tue tous ceux ayant commis un crime, qu’importe sa nature : un mensonge innocent, une tricherie, un téléchargement illégal (ndloc : véridique, le film cite cet argument), tout est prétexte à son courroux ! 

____________________________________

INTERLUDE

Au même moment, chez l’un de mes lecteurs.

Thomas regarda la molette de sa souris, à demi-fondue après avoir dû l’utiliser de longues minutes pour retrouver un vieil article. Il avait beau suivre ce blog depuis quelques temps, il se demandait parfois si ce ne serait pas plus malin d’afficher juste quelques lignes de chaque article sur chaque page avec le bouton "lire la suite", comme cela se faisait ailleurs, plutôt que de bombarder de pavés son écran. Alors qu’il était tout à ses réflexions, il aperçut un petit encadré s’afficher au bas de son écran

"Téléchargement de La_soupe_aux_choux_TrueFrench_DVDRIP_[VengoZqu4d].avi achevé"

Le jeune garçon eut un sourire en cliquant sur l’icone, fier de son forfait : il allait enfin pouvoir regarder à nouveau la séquence des prou…

La fenêtre explosa dans un bruit d’apocalypse alors qu’une moto en flammes, moteur hurlant, s’écrasait sur le sol de la chambre au son de ses suspensions grinçantes ; le parquet prit feu à son tour là où la roue avait touché les lieux, détruisant au passage quelques objets traînant dans la chambre du piratin : t-shirt froissé, boîte de jeu à demi-éventrée, chaussettes roulées en boule… Thomas n’eut pas le temps de passer de la surprise à la peur en voyant le crâne enflammé remplaçant la tête de son assaillant que déjà, une chaîne de moto chauffée à blanc par la fournaise émanant du personnage s’abattait sur lui.

"COUPABLE !" s’écria le crâne du motard en grinçant. "ON NE TÉLÉCHARGE PAS LA SOUPE AUX CHOUX IMPUNÉMENT !" ajouta t-il, avant d’essorer sa poignée d’accélérateur pour s’enfuir par la fenêtre sur son destrier mécanique en entendant la maman de Thomas montant les escaliers pour savoir ce que c’était ce bazar dans la chambre de son fils, et que si c’était encore sa musique de sauvageon, il allait voir son argent de poche réduit de 5€.

Le Rider venait encore de faire son devoir. La Terre était un endroit plus sûr ; mais déjà, le crime l’attendait, ailleurs : quelqu’un n’avait pas payé son parcmètre quelque part au Mans.

Le Mal était partout.

FIN DE L’INTERLUDE

 ____________________________________

 Aussi, j’ai dû fuir jusqu’en Europe de l’Est (ndloc :véridique, encore une fois), parce que quitte à tuer des gens, autant que ce soit des Roumains, c’est moins grave. Oh, au fait, vous vous souvenez de ma copine du dernier film ? Et bien pas moi : elle demandait un cachet trop élevé, alors on va juste ne pas en parler, d’accord ? Allez, reprenons le déroulement du film."

Voilà : Johnny est donc en ce moment, et ça tombe bien, en Roumanie, ce qui est quand même une sacrée coïncidence, car il aurait été au Bhoutan, ça aurait posé quelques problèmes avec cette histoire de prophétie, mais non, ouf. Et justement : alors que Johnny est dans un entrepôt isolé du pays à méditer sur l’avenir qui l’attend, un homme se présente à sa porte : Moreau. Grâce à ses supers pouvoirs intitulés "J’ai accès au script", il l’a trouvé sans problème, et lui explique la situation : "Salut Johnny, je me présente, je suis un type qui pue l’alcool et qui sort de nulle part. Tiens, voilà une photo en noir et blanc d’un enfant, car ici, chez les Roumains, on a pas inventé la couleur. Tu vas retrouver ce gosse sans que je te dise pourquoi et me l’amener. Oui, je te dis ça car je sais que tu es le Rider, et tu pourras sentir où est cet enfant car il a l’odeur du Diable. Et si tu le fais : moi et mon ordre, on exorcisera le Rider et tu seras liiiiiibre !"

Personnellement, je serais Johnny, je me serais vaguement demandé comment ce mec a pu me trouver, comment il peut savoir que le Rider, c’est moi & co, mais Johnny, non. Il dit juste "Okay !" : vous m’étonnez qu’après il se retrouve à signer des pactes avec le premier couillon venu. J’espère qu’il n’a pas internet.

De : NMagou@africa-online.com

A : BlazeJojo666@AOL.com

Objet : Aide-moi !

"Bonjour Johnny, je suis Amaury N’Magou ! Mon père, le vénérable Mougou N’Magou est mort dans un accident de balancelle ; il a cependant laissé à la National Bank of Bamako un compte contenant 9.008.00 dollars ! Mais je ne peux l’encaisser sans garant ! S’il-te-plaît, Johnny, viens à mon aide et tu auras 20% de la somme. P.S : peux tu m’avancer 2 000 dollars sur la somme que nous allons toucher ?"

Non vraiment : internet est une place trop dangereuse pour Johnny.

"Moreau, tu n'as pas été suivi jusqu'ici ?" - "Nan nan, ou alors le mec était balaise."

En attendant, où sont Nadya et Danny (notez la subtile proximité entre les deux noms pour ne pas perdre le spectateur) pendant ce temps, hmm ? Et bien figurez-vous qu’ils se planquent dans une ville du coin, où Nadya dragouille de potentiels maris infidèles pendant que son fils leur fait les poches histoire d’obtenir de quoi subvenir à leurs besoins ; nous apprenons ce faisant qu’ils sont gitans, obtenant ainsi la combo Roumain-gitan-voleur du premier coup. On attend avec impatience le banquier juif, le coiffeur homosexuel et le mauvais Nicolas Cage. Ho ? Attendez !

En tout cas, sitôt leur dernier forfait accompli, la mère et son fils décident de quitter la ville où ils opéraient pour prendre la route afin d’éviter les ennuis ; hélas, ils ne remarquent pas qu’ils sont suivis par deux énormes 4×4 noirs mystérieux (et pourtant, il fait grand jour et curieusement, Nadya et Danny compris, ce sont les trois seuls véhicules de la ville à circuler), et ce visiblement durant plusieurs heures, puisque dans le plan suivant, il fait nuit noire (ou alors… ou alors c’est juste un autre problème de script ? Ah bin oui, mais nous verrons que la chose se répétera encore et encore) ; mais c’est vrai que c’est pas facile de repérer deux 4×4 dans son rétro quand, de tout le film, il n’y aura jamais la moindre trace de circulation (à l’exception d’une voiture rouge au début, dans la course poursuite qu’il y a eu entre Moreau, Carrigan et Nadya et que le prêtre a failli se manger sur sa moto pour être exact, mais sinon, pas une seule).

Carrigan, donc, le chef des malandrins, décide de passer à l’action : je vous rappelle que son objectif est de récupérer Danny. Que faire ? Continuer de suivre le véhicule de Nadya et profiter d’un arrêt pipi-essence pour agir, en profitant du fait que visiblement, elle n’est pas foutue de regarder dans son rétro ? Lui intimer de s’arrêter en lui collant un flingue sous le nez ? Non. Carrigan est beaucoup plus intelligent que ça : il fait nuit noire, ils sont lancés à pleine vitesse, il va donc…

… percuter la bagnole de Nadya pour l’envoyer voler.

Dis-moi galopin, quelle partie du plan tu n’as pas compris dans "récupérer l’enfant" ? C’est le passage où on t’a expliqué que sous forme de pulpe, il était vaguement moins utile ? Et sinon, pourquoi as-tu attendu la nuit ? Pour être sûr d’éventuellement louper un obstacle/un virage/perdre l’épave dans un ravin durant la manœuvre d’attaque ? Les routes de ce film sont désertes, tu ne risquais rien, alors pourquoi ?

Bref : suite à diverses manœuvres routières plus ou moins aventureuses, la voiture de Nadya finit en bord de route, puis les deux véhicules des malandrins s’arrêtent à son niveau, et en sortent toute une série de chenapans armés de diverses armes de plus ou moins gros calibre. Parmi eux, donc, Carrigan, leur chef ; Nadya s’exclame donc "Halala, donc ! Carrigan ! Mon ex ! Je te hais, tu es vilain ! Tu n’auras jamais mon fils, en plus, il n’est même pas de toi, alors hein, ho, touche-z’y-pas gros bâtard !" (elle manque d’éducation, j’en conviens). Oui, le méchant est l’ex de la gentille : ça n’aura aucun intérêt dans l’histoire, mais ça rend les choses encore moins crédibles. Bien pensé.

Enfin, revenons à notre sujet : Carrigan est donc en train de menacer Nadya, en demandant à ses hommes de se saisir de Danny, quand soudain, un gros bruit de pétarade se fait entendre : qu’est-ce ? La police ? L’armée ? Une soirée flammenküche qui aurait dégénéré ? Non ! C’est une moto infernale qui arrive en sautant depuis on ne sait quel invisible tremplin, et faite de métal en fusion et de flammes ; sur son assise, on trouve un homme vêtu en motard, mais au crâne nu et flamboyant : le Rider !

Oui : Johnny, qui luttait depuis des mois pour garder le contrôle la nuit et ne plus devenir le Rider, l’a laissé prendre le dessus pour pouvoir partir à la recherche de l’enfant qui sent "comme le Diable" (il contrôle très mal ses sphincters). Le voici donc pour sa première scène d’action du film où, pour faire le spectacle, il prend des poses cools. Et évidemment, les méchants restent immobiles à le regarder faire ses trucs de kéké sans même poser de questions, parce que vous comprenez, un squelette en flammes motard, c’est tellement banal. D’ailleurs, même quand celui-ci commence à les tuer un par un, parfois en se contentant de les regarder droit dans les yeux durant de longues minutes, personne ne tire, ils font juste "Ah bin ça alors !" ; misère, ce que c’est nul.

Carrigan, lui, est lassé par cette scène sans fin, et décide donc de passer à l’action en demandant à ses hommes de tirer, ce qu’ils font  - enfin - sans hésiter ; mais ah ! Voilà que le Rider résiste aux balles ! Ni une, ni deux, Carrigan va donc dans son coffre chercher son lance-grenades, et envoie une cacahuète à la créature de l’enfer, qui est donc projetée en arrière avant d’exploser lamentablement : le Rider est vaincu ! Les méchants, pas peu fiers d’être débarrassés de cette bestiole bizarre, embarquent donc Danny et fuient promptement, laissant Nadya sur place, histoire qu’elle puisse leur attirer plein d’emmerdes, comme par exemple mettre la police ou on ne sait qui à leurs trousses. Faudrait pas voir à se débarrasser de l’unique gêneuse et témoin du coin, fraîche et disponible pour leurs balles ou tout autre plan plus ou moins vil.

Non, ne cherchez pas. Cht. Dites à vos neurones de se calmer, ils se font du mal, et tout cela va aller crescendo.

Quelques heures plus tard, Johnny Blaze se réveille dans un hôpital roumain, où une charmante infirmière vient lui expliquer que la police veut lui parler ; le pauvre cascadeur, étonné, se rappelle soudain de ce que le Rider a fait la nuit-même en possédant son corps : comment a t-il survécu ? Visiblement, l’esprit vengeur est plus fort qu’il ne le pensait, puisque tout ce qu’il reste comme trace de sa branlée de la veille est une cicatrice sur son torse : ça va, ça aurait pu être pire ; mais comme ça pique encore un peu, et que Johnny n’a pas trop envie d’expliquer à la police que "Vous comprenez Monsieur l’agent, je sais qu’on m’a retrouvé au milieu de voitures en feu criblées de balles, de cadavres à demi-brûlés & co, mais je peux tout vous expliquer : tout a commencé quand le Diable m’a proposé un smartphone, et…", il se lève tranquillement, récupère ses affaires qui traînaient juste à côté de lui, se sert en anti-douleurs dans la pharmacie en libre service de sa chambre d’hôpital (il y en a toujours une, c’est connu), puis s’en va tranquillement puisque la police qui voulait lui parler et l’avait retrouvé sur le site d’un massacre vaguement intéressant ne surveille pas la porte de la chambre, ni quoi que ce soit en fait.

Oui, je sais, ça fait mal, mais ne viens-je pas de dire de calmer vos neurones ? Si vous tentez de réfléchir aussi, hein ! Vers la fin du film, vous aurez l’impression que votre cerveau a perdu 15% de sa masse, vous verrez.

Pour la petite histoire, voilà à quoi ressemblent Nadya et Danny. Comment ? Etaient-ils dans une discothèque au moment de la photo ? Non non, ça c'est le début du film quand ils sont dans le monastère attaqués. Sûrement l'abbaye perdue de Saint Funky-Groove

En sortant de l’hôpital, Johnny croise dans les couloirs la petite Nadya, qui n’a rien à faire là mais a dû se dire "Tiens, si je me mettais dans un endroit où la police risque de me trouver et de m’interroger des heures sur le massacre d’un monastère bourré de caméras où l’on pouvait me voir sur toutes les bandes, et sur le massacre de la nuit dernière si jamais le motard bizarre qu’ils ont retrouvé sur place se mettait à parler ? Oh oui, ce serait tellement intelligent !", et se décide donc à la suivre ; celle-ci n’apprécie guère la manoeuvre et finit par l’attendre l’arme à la main sur le parking (désert) de l’hôpital en lui demandant qui il est, car elle reconnait sa tenue, même si cette fois-ci sa tête n’est pas un crâne en flamme, mais bien pire finalement, et celui-ci se contente d’un "Salut, petite, je veux retrouver ton fils et je tue des gens en me transformant en démon, donc je vois pas pourquoi tu ne me ferais pas confiance en me racontant ta vie avec tous les détails et en m’aidant à retrouver ton morveux sans que je te détaille ce que je compte en faire" ; autant vous dire que la bougresse est aussitôt convaincue (… hein ? Non, je n’ai rien dit, ça se passe de commentaire). Nos deux loulous désormais en équipe se dirigent donc vers…

Nan vraiment, là c’est dur, j’ai l’impression que ça ne s’arrête jamais.

… Ils se dirigent vers une dépanneuse sur laquelle trône la moto de Nicolas Cage. Oui : la police a retrouvé sa moto, l’a chargée sur une dépanneuse, et l’a amenée à l’hôpital pour des raisons que l’on ignore totalement, avant de laisser le tout en plan sur le parking. Voilà voilà. Ho, petit détail pour ceux qui se poseraient la question : quand Johnny n’est pas sous sa forme de Rider, c’est une moto normale ; elle ne change que lorsqu’il se transforme. Donc non, la police n’a pas ramené une moto démoniaque hurlant aux gardiens de la paix d’aller sucer des biroutes en enfer tout le long du trajet. Enfin bon : dans tous les cas, Johnny et Nadya partent donc en vadrouille ensemble à bord du beau véhicule jaune, et emmenant ainsi la monture de notre héros avec eux. Ce n’est pas du tout télescopé.

Nadya raconte alors son histoire, qui est tout à fait passionnante : dans sa jeunesse, elle a fait des bêtises (comme par exemple télécharger Miss Détective) et est donc allée en prison ; là-bas, elle a rencontré Carrigan, avec qui elle a eu une liaison, mais uniquement parce qu’il trafiquait des armes et du matériel permettant potentiellement de s’évader. Mais une fois dehors, le vil fourgueur d’armes lui a proposé un braquage qui a mal tourné : Nadya s’est retrouvée mortellement touchée lorsque la situation a mal tourné, et le Diable lui est apparu : il lui a proposé de la soigner… mais en échange, elle devrait porter un enfant… son enfant ! Et voilà que Satan veut récupérer ce qui est à lui, et a donc payé Carrigan pour la retrouver et se saisir du marmot !

Mais avant que Johnny ne pose la question "Oui d’accord, mais alors Satan, c’est un bon coup ?", allons plutôt voir ce qu’il se passe du côté de Carrigan. Car celui-ci s’est arrêté dans un coin désert pour appeler son boss, le Diable, même s’il ignore que c’est lui (ce dernier se fait appeler Jean-Jacques) et lui expliquer que oui, ça y est, il a l’enfant, mais que il va falloir payer plus cher pour le récupérer : en effet, il n’était pas prévu dans le contrat d’affronter des motards-squelettes-enflammés (peu de contrats le prévoient, c’est vrai, la maman de Thomas n’a découvert que trop tard que son assurance ne couvrait pas les dégâts commis par les démons mécanisés en agglomération, elle devra donc payer le changement de la fenêtre de son fils ainsi que du parquet à ses frais). Le Diable est donc très intéressé par la nouvelle de la présence du Rider dans les parages, et demande à parler à Danny. Sitôt qu’il l’a au téléphone, il lui chuchote des trucs à l’oreille dans une langue curieuse (sûrement des trucs cochons, vieux pédophile), et l’enfant semble entrer en transe avant de hurler puis de s’évanouir ; lorsque Carrigan reprend la ligne pour demander ce que c’est que ce bordel, Jean-Jacques lui explique que "Tu vois, ce garçon est comme un ordinateur : je viens de couper l’accès du Rider à celui-ci. Il ne pourra plus le retrouver". Soit, disent les méchants : mais j’espère que c’est pas un Mac alors, parce que si le gamin commence à nous gaver avec les conditions d’utilisation de Itunes, on le balance. Enfin, ils reprennent la route.

A noter : durant les heures qui vont suivre, Danny tentera brièvement de s’évader à la nuit tombée en sautant depuis l’arrière du véhicule vers l’avant de celui-ci pour tourner brutalement le volant du 4×4 qui l’emmène, lui, Carrigan et quelques uns de ses hommes. Oui, malgré plusieurs gorilles, dont un qui tient le volant, personne ne parvient à arrêter un merdeux de 13 ans gros comme une allumette. Mieux encore, on peut apercevoir le chauffeur parvenir à reprendre le contrôle du véhicule et à repartir droit avant que… que mystérieusement dans le plan suivant, le véhicule ne soit curieusement en train de partir sur le côté en faisant 40 tonneaux. A part un homme de Carrigan, tout le monde s’en tire sans bobos, parce que vous savez, les tonneaux, bon… Danny parvient même à fuir sur quelques mètres sans la moindre égratignure (il avait remis sa ceinture, tout s’explique), mais est arrêté par un obstacle terrible : des GALETS HUMIDES ! Ce qui le fait glisser et se briser la cheville en hurlant.

Je résume :

- Tonneaux en 4×4 à pleine vitesse = tranquille Emile

- Galets humides = éternité de douleur

Après avoir récupéré un nouveau véhicule dans une séance qui se veut "lolilol", Carrigan, sa troupe et son prisonniers repartent à bord d’un van hippie emprunté à des touristes allemands. Voilà, c’est drôle : riez un bon coup, on reprend dès que vous avez fini de vous remettre de ce grand moment d’humour digne du cinéma français.

GHOST RIDER PUNIT LES VILAINS GALETS HUMIDES QUI GLISSENT !

Revenons à Johnny et Nadya qui roulent paisiblement, mais désormais sans guidage, puisque notre héros ne "sent plus" soudainement Danny, et sait que c’est parce que quelqu’un lui a bloqué l’accès (ou lui a appris la propreté, allez savoir) ; notre héroïne, elle, s’exclame donc "Nan mais t’inquiète chaussette, je connais un pote de Carrigan, un gros trafiquant, il nous dira où il est" : ni une, ni deux, nos larrons se rendent donc jusqu’à une sorte de club de combats illégaux, et dans les coulisses, Johnny tombe alors que la nuit est tombée sur Popov, le fameux trafiquant. Il a tôt fait de le faire parler grâce à une chose simple : le Rider, profitant de la lune désormais haute et du fait que l’endroit respire la corruption et le crime, se bat à l’intérieur de Johnny pour prendre le contrôle. De temps à autre, l’oeil de Johnny se transforme en crâne, ou sa mâchoire, bref : c’est pas bien naturel et ça fait très peur. Ou alors, ce sont juste ses cheveux qui font peur, mais c’est un autre sujet : Popov avoue donc bien volontiers : "Oui, je sais où est Carrigan, il a rendez-vous dans une carrière pas loin d’ici pour acheter tout un tas d’armes ce soir, ça tombe bien quand même, non ? Mais je doute que vous arriviez à temps !" : c’est sans compter sur Johnny, qui part chercher sa moto à l’arrière de la dépanneuse, et fonce vers la fameuse carrière (dont il connait l’emplacement précis grâce à heu… rien).

Et là, attention, scène abominable : environ une minute de Nicolas Cage en gros plan qui fait le psychopathe sur sa moto avec le Rider qui se bat pour prendre le contrôle. Et finit d’ailleurs par le faire, mais à voir, vraiment, ça fait super peur. Actor’s studio.

A la carrière, donc, que se passe t-il ? Et bien déjà, pour ne pas poser de problèmes, le film a à nouveau "oublié" que deux scènes plus tôt, Carrigan circulait désormais en van hippie (d’ailleurs visiblement, il a même trouvé un coin pour se changer, mais passons), et on le retrouve donc attendant Papav (le pote de Popov), pour lui acheter… des lance-missiles à têtes chercheuses ! A peine le deal conclu, un bruit de pétarade typique se fait entendre… tous les hommes tant de Carrigan que de Papav se mettent donc en position pour se préparer à tataner l’intrus, quand soudain, ils découvrent celui-ci débarquant dans toute sa splendeur : le Rider sur sa moto de feu ! Connaissant déjà l’animal, Carrigan réagit promptement et lui décoche donc un missile, mais cela ne suffit pas à l’arrêter ! Pas plus que les autres projectiles du genre qui le touchent : donc oui, le Rider encaisse très mal les grenades, mais les missiles, trucs vaguement 10 fois plus gros, ça par contre ça ne lui fait quasiment rien, merci.

Non, il n’y a aucune explication. S’il est possible de faire de l’encre à partir de matières fécales, je puis vous confirmer que ce scénario a été rédigé au stylo-plume.

Après avoir ainsi montré sa grande résistance aux missiles, roquettes et autres projectiles de gros calibre, le Rider entreprend donc de tuer à peu près tout et tout le monde, permettant ainsi de découvrir qu’à l’instar du film Commando, avec Arnold Schwarzenegger, il y a un petit problème avec les figurants, au point que notre héros se retrouve à tuer plusieurs fois le même personnage (spectateurs, regardez particulièrement le jeune homme avec une capuche qui se fait tuer deux fois dans deux plans successifs de deux manières différentes), mais cela n’a guère d’importance ; non, afin de profiter pleinement de la bataille, le Rider se décide à abandonner sa moto pour grimper sur l’énorme excavatrice qui domine la carrière, et comme pour sa moto, il la transforme en… excavatrice du démon. Qui va donc super vite, fait des flammes, etc. Autant vous le dire : avec ça, il éclate à peu près tout et tout le monde dans quantité de gerbes d’étincelles ; Nadya, elle, qui a suivi le Rider profite du chaos ambiant pour aller, à l’écart de la carrière, récupérer son fils qui attendait sagement ligoté dans un coin. Cela fait, elle file, laissant le massacre se finir.

A noter que Carrigan, lui, évidemment, affronte le Rider en personne, mais que sans aucune raison, ce dernier plutôt que de le transformer en cendres comme il le fait toujours, l’envoie juste paître sous un gros caillou où il agonise longuement. C’est important de le préciser : on sent que le personnage va resservir lui aussi et qu’il faut donc le garder en bon état. Cela fait : tout le monde reprend la route, loin de tous ces mécréants.

Le lendemain, donc, après de longues heures à rouler, nous retrouvons Nadya, Danny et Johnny dans un restoroute, où Danny regarde envieux les autres familles présentes, car on sent bien ce qui lui manque : un papa gentil pour lui tapoter la tête d’un air satisfait, comme dans toute bonne famille qui se respecte. Johnny, qui ne connait pas le marmot depuis plus de 10mn tente de jouer ce rôle, ce à quoi le fils du Diable (puisque bon, quand même, c’est son statut et que ça explique pas mal pourquoi papa n’a jamais été un père de famille exemplaire) répond que "Ouais Johnny, t’es plus cool que tous les autres mecs avec qui maman est sortie !" (hé bé, ça devait pas voler bien haut) ; notre héros apprécie le compliment comme il se doit, et lorsqu’ils reprennent la route, toujours au volant de leur dépanneuse transportant le destrier de Johnny, c’est Nadya qui conduit, alors que le cascadeur et le marmot sont sur la plate-forme à l’arrière à discuter entre hommes du genre "Dis Johnny, pourquoi j’ai des poils qui poussent ?". La conversation porte beaucoup sur le Rider et l’effet que cela fait à Johnny de le devenir, puisque le jeune homme trouve cela, là encore, "trop cool". Cependant, le marmot soulève plusieurs questions intéressantes lors d’un dialogue que je n’invente hélas pas (mais que la production a refusé que je complète curieusement, voici l’original avec mes ajouts encore barrés) :

"Mais alors Johnny, pourquoi ta moto prend feu quand tu deviens le Rider ?
- Hé bien parce que tout ce que monte le Rider prend feu : une voiture, une moto, une excavatrice… c’est comme ça.
- Ah ouais, mais alors si tu montes en avion ? Ou sur un chameau par exemple ?
- Hmmmm, je ne sais pas. Je devrais peut-être grimper sur ta mère pour voir.
- Et quand tu veux faire pipi sous forme de Rider, il se passe quoi ?
- Et bien là, je fais pipi, un vrai lance-flammes ! (là, image à l’appui, on voit à l’écran le Rider urinant du feu)
- Hihihi, tu es trop drôle John, t’es trop cool ! Enfin si tu fais jaillir des flammes de ton zob, évite de faire un facial-napalm à maman quand même."
  

C’est un peu grivois, j’en conviens, mais allez savoir pourquoi, j’avais l’impression que ça remonterait au moins un peu le niveau du film. Mais laissons de côté ces quelques propos car voici qu’un autre véhicule arrive sur la route déserte derrière nos héros : chevauchant sa moto, c’est Moreau ! Mais au fait, sa moto elle n’était pas au fond d’un rav… bon, on va dire qu’il peut générer des motos à volonté que c’est son pouvoir caché. Allez. Bref : Moreau dit "Youpi les amis, je suis content de vous avoir retrouvé : bon et Nadya, je sais qu’avant tu me tirais dessus car tu refusais mon aide, mais c’est fini, on est tous dans la même équipe !"

Vous pensez que je rigole ? Mécréants : voyez où nous en sommes !

Pardon ?

Au début du film, Nadya vidait donc des chargeurs entiers vers Moreau pour "refuser son aide" ? Merde, j’espère qu’il n’y a pas trop de gens qui lui proposent de l’aider à porter ses courses, sinon, bonjour les coups de fusil à pompe dans les gencives. Hystérique ? Maiiiiis non. La preuve : tout le monde rigole de cette mésaventure, Moreau en premier, avant de dire "Venez les amis, je vous guide jusqu’au Sanctuaire où mon ordre pourra protéger l’enfant et exorciser le Rider ! Tu seras libre, Johnny, tu as tenu parole et ramené Danny !"

Et justement, alors, le sanctuaire, où est-ce ? Et bien il s’agit d’une sorte d’immense village troglodyte que les puristes sauront situer en Cappadoce, qui prouve qu’en une journée de route, nos héros ont dû rouler en moyenne à 250km/h en dépanneuse ou en avoir une qui vole pour traverser le Bosphore, et donc, l’endroit pour le coup abrite un ordre de moines fort discret qui semble avoir pour tradition de s’écrire plein de trucs sur la peau, comme de vulgaires écolières en fleur. Et le chef de cette ordre, le plus sage de tous les moines, celui qui a tant et tant vécu que son visage même est recouvert d’écritures est…

Vous êtes bien assis ? Allez, redressez-vous. Le dos droit, allez, on vous l’a déjà dit ! C’est bon ?

C’est…

Christophe "Hin hin hin" Lambert

Quel ordre terrible ! Être commandé par pareil énergumène ! En tout cas, Nicolas Cage et Christophe Lambert dans le même film, m’est avis qu’aux oscars, ils ne sauront à qui le décerner. Quelle bataille de titans, mais bref : Danny et Nadya sont emmenés par les moines pour être mis en sécurité,  alors que Johnny et Moreau partent d’un autre côté pour aller exorciser le Rider du corps de notre héros, lui permettant de retrouver une vie normale. C’est alors qu’une discussion pas banale va naître : "Mais au fait Moreau, c’est quoi, le Rider ?"

C’est vrai qu’il serait peut-être temps de t’en inquiéter, mais bon.

Moreau explique alors ce qu’il en est : le Rider est en fait un ange qui a été autrefois envoyé sur Terre pour répandre la justice. Mais hélas, il a été capturé par les forces de Satan (comment ? Je suis curieux quand même, ils ont fait un gros piège à ours ?) et corrompu en l’obligeant à regarder toute la bassesse de l’humanité (c’est-à-dire une bonne partie de la saison I de Sex & the City, ce qui ferait craquer n’importe qui) ; il est donc alors devenu fou et s’est mis à punir tout et tout le monde. Satan s’est servi de lui comme agent car il avait quand même le pouvoir de botter bien des culs, ce qui était bien pratique. Bon, allez assez causé, que l’exorcisme commence :

Le prêtre noir, qui prétend adorer le vin mais le boit au goulot (nan mais sacrilège), oblige donc notre héros à se confesser avant de communier avec lui puis de l’envoyer dans une pièce à part où l’exorcisme doit avoir lieu. Moreau dit juste "On se boira ce bon vieux vin – en désignant une vieille bouteille – sitôt tout cela fini, d’accord ?" : ah, ne JAMAIS dire ça dans un film américain mec, ça revient à dire "Quand tout sera fini, j’irai retrouver ma fiancée", c’est un coup à mourir, mais passons. Sitôt Johnny entré dans la salle, une lourde pierre roule derrière lui (oui, les villages troglodytes ancestraux ont longtemps eu des portes automatiques, tous les archéologues le savent), et le bougre se retrouve tout bonnement enfermé. C’est alors qu’il sent un truc remuer en lui : l’exorcisme commence !

Mais pendant ce temps, quid des méchants, hein ? Je vous le demande ! Revenons à la carrière où notre Rider s’était déchaîné à coups d’excavatrice plus tôt : quantité de secouristes et de pompiers opèrent sur place, éteignant les restes des incendies occupant encore l’endroit, et récupérant les rares survivants. Cependant, alors que tout ce petit monde est occupé, personne ne voit arriver un homme en costume sur les lieux : Jean-Jacques, alias le Diable en personne ! Et qui trouve t-il sous son gros caillou en train d’agoniser ? Carrigan, visiblement encore vivant, mais que personne n’aide alors que les secouristes passent tranquillement en marchant à un mètre de lui. Nan mais sérieusement les enfants ? Bref ; le Diable, lui, vient le voir et lui dit "Carrigan mon lapin, tu ne m’as pas bien servi ! Tu devais me ramener l’enfant !", ce à quoi l’autre répond "Nan mais en fait, là, je suis occupé, je meurs. Aaargh… couic". Et il ne bluffe pas : il meurt sous ses yeux, il l’avait juste attendu pour ce faire, ce qui est vraiment sympa, notons-le, et pas du tout télescopé.

"Scrogneugneu", dit le Diable, avant d’ajouter "Nan mais t’es en CDI mec, attends, tu te barres pas sans préavis en prétextant que tu es mort, là, ho, dis !" : et en touchant le corps encore chaud d’un doigt, celui-ci semble soudain se réveiller de manière désagréable avant de se recroqueviller sous son gros caillou, pour mieux ressortir de sous celui-ci, désormais affublé d’une nouvelle forme. Carrigan a en effet quitté le monde des vivants et est désormais une créature ni morte, ni vivante, mais surtout, il est devenu blond à cheveux longs. Ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais rien, en tout cas, voilà : il a aussi les traits un peu tirés, mais en-dehors de ça, il se porte bien. Le Diable lui explique alors sa nouvelle condition : il est désormais une créature à son service, qui doit toujours terminer son contrat, et ramener Danny à lui. Il a d’ailleurs désormais des pouvoirs magiques :

  1. Où qu’il aille, il y a une sorte de zone d’ombre autour de lui qui donne l’impression aux gens quand il approche que, soudain, il fait nuit noire
  2. Il fait pourrir tout ce qu’il touche. Ce qui laisse supposer qu’il a eu accès au scénario.

Le bougre teste donc aussitôt son pouvoir sur un secouriste isolé, qui d’un simple contact, se transforme en momie sur place ; notre méchant n’a plus qu’à voler son véhicule pour partir à la poursuite de Danny. Bonne route, Carrigan ! J’espère qu’en chemin tu te poseras la question "Mais attends, à quoi ça sert un pouvoir de putréfaction au toucher sur un squelette immortel en flammes ?" ou "Ça alors, pourquoi mes fringues ne pourrissent pas alors ? Pourtant, pourrir mon slip, ça me connait en temps normal, c’est fou", hein. Mais je dis ça…

Le méchant pourri qui obtient le pouvoir pourri du pourri : c'est vraiment recherché

Bon, pendant que vous en êtes encore à vous demander comment Carrigan peut savoir dans quelle direction sont partis les gentils, retrouvons Johnny qui a été exorcisé pendant ce temps. Oui, il lui a suffit de rester allongé au milieu de la pièce où il était enfermé pour que le Rider le quitte. Je suis un peu déçu, il n’y a même pas eu de passage où le héros vomit partout en hurlant des insanités, ce n’est plus ce que c’était. Trop heureux d’être ainsi libéré, Johnny sort donc de l’endroit (la porte automatique se rouvre, elle détecte automatiquement quand un mec a été exorcisé ou non, c’est sympa), et las ! Notre cascadeur préféré découvre que les moines de Christophe Lambert sont de petits enfoirés ! Ils ont attendus que le Rider quitte l’ami Blaze pour capturer tout le monde, et expliquer leur plan : il est impossible de protéger Danny. Le Diable le veut pour le solstice d’hiver, soit le soir même, mais quand bien même il ne serait pas repris par le Démon d’ici là, même une fois cette date dépassée, il resterait un danger selon les religieux : il faut donc le tuer, purement et simplement.

Nos héros sont donc retenus par des moines, pendant qu’une poignée d’entre eux part dehors pour se mettre en cercle autour d’un billot où Danny est invité à placer son frêle petit cou, alors que Christophe Lambert sort son épée sacrée pour procéder à l’exécution, tant les décapitations, il maîtrise depuis Highlander.

Mais pile au moment (ça vous surprend, hein ?) où il s’apprêtait à exécuter le marmot, Christophe se rend compte qu’il fait nuit noire. Ho ? Et autour de lui, il voit ses frères disparaître un par un, emportés par les ténèbres : comment ? Qu’est-ce ? What the fuck ? Rapidement, Totophe comprend lorsqu’il se retrouve lui même attaqué par une créature qui fait pourrir ses mains lorsqu’il tente de lui faire du kung-fu dans la gueule : Carrigan !

Oui, Carrigan a une ambulance encore plus magique que la dépanneuse de nos héros : il a réussi à les rejoindre en moins d’une journée, puisqu’il fait encore grand jour ! On en déduira donc que celle-ci, en plus d’elle aussi voler au-dessus du détroit du Bosphore, devait circuler à une vitesse moyenne de 350 km/h. Je ne sais pas ce qu’ils ont comme véhicules d’urgence en Roumanie, mais j’ai l’impression qu’on nous cache quelque chose.

En tout cas, voilà : Carrigan tue le Frère Lambert et s’enfuit en emportant Danny (ne me demandez pas comment il fait pour qu’il ne pourrisse pas lorsqu’il le touche) avec lui. Lorsque Johnny, Moreau et Nadya arrivent donc enfin dehors pour voir ce qu’il s’est passé, ils ne découvrent donc que quelques momies recroquevillées portant encore des robes de bure pourries. Hmmmm… tout cela est bien mystérieux.

Ho, et sinon, les autres prêtres ? Ceux que l’on voyait un peu partout lorsque nos héros ont découvert l’endroit ? Ceux-là mêmes qui pour certains, retenaient nos héros pendant que l’exécution avait lieu, ils font quoi ? Ah bin rien, là encore : ils ont tous disparu, pfouit. Comme les assaillants du début du film dans le monastère.

Ça devient redondant quand même, ces disparitions de masse.

En tout cas, alors que Nadya pense que tout est perdu, Moreau explique qu’il connait le plan de Satan, parce que… il a lu une prophétie sur le sujet. Voilà. Ne demandez pas d’où elle sortait : c’était une prophétie. Et donc, le prêtre à la peau sombre explique :

Satan a un souci : il ne peut apparaître sur Terre qu’en empruntant des corps humains. Or, ses pouvoirs sont si puissants qu’ils peinent à être contenus dans une enveloppe charnelle classique, et ils finissent par ravager celle-ci ; Satan a donc décidé d’avoir un fils, Danny (il n’a pas dû choisir le prénom, c’est pas lui qui porte la culotte), en utilisant une mère porteuse, Nadya. Cet enfant a en lui tous les pouvoirs du Diable, et son corps est conçu pour résister aux dégâts normalement causés par ces derniers. Bref ! Si Satan a voulu kidnapper Danny, c’est parce qu’au solstice d’hiver de l’année de ses 13 ans – soit aujourd’hui même ! – il pourra se transférer dans son corps, et ainsi être désormais libre d’utiliser tous ses pouvoirs sur Terre sans limite ! Et il dominera le mooooonde !

Pourquoi il faut toujours que les gens sauvent le monde ? Ils ne pourraient pas faire plus petit ? Rah.

Bon cela dit, cela soulève plusieurs questions :

  • Pourquoi le Diable n’y a t-il pas pensé plus tôt dans l’Histoire ?
  • Au fait, pourquoi ne se contente-il pas de changer de corps plus souvent ?
  • Et à part pour le côté "juste à temps !", pourquoi le bougre n’a t-il pas tenté de récupérer son fils plus tôt que 2 jours avant la date limite de consommation ? Il voulait juste maximiser ses chances d’échec ?

Encore une fois, aucune réponse logique. Mais bon : sinon Moreau, tu ne saurais pas où le rituel de transfert va se passer à tout hasard ? Mais si, répond le bougre, bien sûr : dans l’endroit le plus éloigné qui soit du Paradis… une nécropole antique en Turquie elle aussi (c’est bien fait). Mon ami Claude G, ministre de l’intérieur d’une petite république, qui regardait le film avec moi, m’a d’ailleurs glissé à l’oreille à ce moment là "Ah, je savais bien que la Turquie était l’endroit le plus éloigné qui soit de notre Seigneur !", mais il est un peu taquin en ce moment.  Bref, allons justement voir ce qu’il se passe chez Satan.

Christophe Lambert et son ordre n'ont pas compris le principe de la galette au four

Car le Diable est déjà à la nécropole, bientôt rejoint par Carrigan qui lui livre Danny tel une sorte de FedEx du kidnapping ; le seigneur des enfers commence donc à expliquer à l’enfant que voilà voilà mon lapin, tu es bien gentil, mais je vais devoir me servir de toi comme enveloppe corporelle. J’ai d’ailleurs d’ores et déjà mis tous mes pouvoirs en toi pour gagner du temps, parce que tu comprends, quand j’utilise un corps qui n’est pas fait sur-mesure, comme celui que j’utilise actuellement, il se détruit car mes pouvoirs sont trop puissants pour lui et ravagent cette enveloppe dès que je m’en sers.

"D’accord grosse tanche, mais alors explique moi comment le Rider ou encore ton pote Carrigan-Cul-Pourri peuvent utiliser leurs pouvoirs sans souci : ne sont-ce pas des humains avec des pouvoirs infernaux ? Tu te foutrais pas de ma gueule ?", aurais dû dire Danny, mais comme il est un peu con, il reste sur place béat.

Satan, pour s’assurer qu’il ne file pas avant la cérémonie de transfert qui doit avoir lieu le soir même, plante donc une seringue dans le marmot pour le faire pioncer. Oui, sinon mec : la dernière fois, il t’avait suffi de lui chuchoter des trucs à l’oreille par téléphone pour lui faire perdre connaissance : je te trouve un peu léger pour le maître des enfers, hein, mais bon.

Mais pendant ce temps, Johnny, Moreau et Nadya sont eux aussi arrivés sur place ! Après avoir vidé une cache d’arme dont disposait l’ordre des moines du sieur Lambert (ne me demandez pas ce qu’ils foutaient avec ça), ils se sont donc rendus jusqu’à l’endroit où doit avoir lieu le rituel et, caché à quelque distance de là, observent de leurs jumelles la valse des voitures délivrant leurs flots d’invités : Nadya explique "Mon Dieu, regardez ! Ce sont tous les satanistes du coin : hommes politiques, vedettes, personnages influents… ils sont tous là !" ; ah ? Il n’y a pas d’ouvrier ou de paysan sataniste ? Le Diable mangerait-il au Fouquet’s ? Et puis surtout : une telle concentration de personnalités en vue, c’est un coup à se retrouver avec Gala publiant des photos volées "Exclusif : Justin Bieber sacrifie des chèvres au Démon ! Et à l’intérieur, notre dossier spécial : Jean-François Copé dessine des pentacles avec le sang des jeunes adhérents UMP !". En tout cas, tous ces gens ne sont pas seuls : les forces spéciales qui avaient attaqué le monastère au tout début du film montent la garde sur place : ce sont des humains au service de Satan ! Enfin bon : dans tous les cas, notre fine équipe attend que la nuit tombe, car c’est aux heures les plus sombres que le rituel va débuter et que tous les invités vont se placer dans un vieil amphithéâtre vêtus de robes noires pour chanter des choses interdites ("Baby Baby Baby oh…") alors que sur la scène devant eux, le Diable et Danny, visiblement en transe , marmonnent en choeur pendant que le transfert s’apprête à débuter.

Sinon les gentils : pourquoi vous n’avez pas essayé d’agir avant, genre au début de la nuit, avant que Danny ne soit au coeur de tout le dispositif ? Hmmm ? Enfin moi, je dis ça…

Bref, Moreau s’exclame donc "C’est le moment", et la Gentil-Team passe à l’action : Nadya sort un énorme fusil à lunette et on découvre que c’est une déesse chez les tireurs d’élite (… elle qui ratait Moreau à un mètre dans un couloir au début quand elle lui tirait dessus dans le monastère, bon), puisqu’avec son arme silencieuse, elle tue un par un tous les gardes qui ne remarquent rien (non, ils n’utilisent même pas de radio entre eux du genre "C’est marrant ça fait 25mn qu’on a plus de nouvelles de l’équipe sur le flanc nord" et patrouillent par groupes de un) car ce ne sont que des forces d’élite, ils ne peuvent rien contre un cascadeur concon, un prêtre aviné et une voleuse de poules. D’ailleurs, Johnny et Moreau éclatent tranquillement et sans grand souci les quelques gardes restant encore sur leur passage, avant d’arriver juste derrière l’amphithéâtre. Le plan est donc le suivant : Johnny doit foncer sur la scène et récupérer Danny, pendant que Moreau fait diversion dans les tribunes avec subtilité en entrant en hurlant et en vidant des pistolets mitrailleurs dans la foule. Sitôt la chose décidée, elle est donc entamée, et autant vous le dire : les petits choristes en cape noire sont vachement moins concentrés sitôt qu’ils se font mitrailler la face.

Le rituel est donc stoppé, et Satan sort groggy de sa transe ; Johnny approche donc pour lui coller un bon vieux pain des familles dans le museau (normal), avant de courir vers Danny qui émerge lui aussi pour tenter de le sortir de là ; mais à peine a t-il avancé vers lui qu’une sorte de champ de force l’arrête : Danny a activé sa protection automatique contre les blaireaux.

Oui, le gamin de 13 ans se débrouille mieux avec ses pouvoirs dont il ignore tout que Satan lui-même qui se fait tatane la face par un vulgaire Nicolas Cage. Ma foi, tout cela parait bien cohérent, une fois encore.

Vous êtes encore là vous ? Non parce que moi-même, je me demande ce que je fais là.

Quelqu'un vient de raconter une blague belge au Rider, mais elle avait l'air un peu complexe

Enfin, nous approchons de la fin, alors poursuivons : le Diable n’a guère apprécié de se prendre une mandale aussi, en se relevant, plutôt que de tuer Johnny, il se contente de l’envoyer voler au bas de la scène (mais enfin ? Pourquoi tu ne le tues pas dir… ah oui, pardon, on est plus à ça près, c’est vrai). Pendant ce temps, Moreau, qui vidait ses chargeurs contenant visiblement chacun environ 2 millions de balles (ça fait dix minutes qu’il tire sans recharger), est arrêté net par Carrigan qui le fait pourrir sur place, notre prêtre préféré en mourant donc sans avoir le temps de riposter avec ses propres pouvoirs magiques, comme par exemple en faisant apparaître une moto neuve sur la gueule de son adversaire (souvenez-vous : c’est son pouvoir). Étonnant non ? C’est pas comme s’il avait dit "Quand tout ça sera fini…" quelques scènes avant, et donc, qu’il était sûr de mourir. Ça lui apprendra à être caricatural, à ce malandrin.

Sitôt l’homme d’église tué, Carrigan saute sur Johnny et… ho ! Celui-ci ne pourrit pas ! Mais comment ? Un pouvoir spécial ? Une protection divine ?

Hmmm… non. En fait, non. C’est juste un autre oubli, encore… plus tôt dans le film, Carrigan s’apercevait qu’il ne pouvait même plus manger, tant chaque aliment qu’il saisissait pourrissait car son pouvoir était incontrôlable, mais maintenant, non, c’est bon, ça roule, merci. Moi j’ai quand même surtout envie de dire qu’avec tout son botox et ses cheveux en nylon, le bougre ne risque pas de faire pourrir Nicolas Cage.

Revenons à notre situation : Johnny est entre les mains de Carrigan, et Satan attend avec impatience de le voir pourrir ; mais soudain, alors que tout le monde se demande ce qu’ils attendent, Danny se lève et dit "Satan, mon père, j’ai tous tes pouvoirs ? Dans ce cas, je vais aider Johnny !" ; là vous vous dites "Ah, cool, il va tirer des boules de feu dans tous les sens et tuer tous les vilains et ainsi libérer notre héros" ? Et bien non : il s’approche de lui… et lui remet le Rider en lui !

Trop sympa "Tu sais, l’exorcisme que tu venais de réussir et grâce auquel tu allais enfin pouvoir reprendre ta vie ? Et bien je n’en ai rien à foutre alors que j’avais d’autres solutions moins puputes pour toi et plus efficaces". Johnny, oubliant à son tour ce énième trou du scénario, est donc super content et en profite pour se transformer aussitôt en squelette enflammé, tuant tous les adorateurs du Démon alentour ; en voyant cela, le maître des enfers décide donc de prendre la fuite, accompagné en cela par Carrigan. Accessoirement, il parvient à re-kidnapper Danny dans la confusion, ne me demandez pas comment, et s’enfuit avec ses hommes vers un convoi de leurs véhicules qui les attendait pour s’échapper de toute urgence, avant de prendre la route. Mais hélas pour eux, le Rider n’a pas dit son dernier mot, et c’est donc sous un soleil brûlant que…

Je… Attendez… je regarde bien la scène. Essayons de procéder dans l’ordre.

  • Bon déjà, le Diable a kidnappé Danny on ne sait comment alors qu’il le surpasse visiblement on ne sait pourquoi : d’accord
  • C’est sympa ce convoi militaire qui l’attendait avec moult de ses gardes à bord. Dites-moi, les soldats en question, ils faisaient quoi pendant que Moreau vidait des millions de balles sur l’endroit qu’ils étaient censés protéger ? Ah oui, rien. De là à dire qu’ils sortent de nulle part, il n’y a qu’un pas que je franchis en dansant le tango
  • Dites-moi, il ne faisait pas nuit il y a très exactement un plan ? Pourquoi il fait grand jour dans le suivant ? Je…
  • Ho, et le Rider, il n’est pas censé ne sortir que la nuit ? Vous m’expliquez comment il peut se balader sous le soleil ?

A ce moment du film, j’ai quitté mes lunettes 3D (car oui, c’était encore un de ces films en 3D où finalement, il n’y a pas vraiment de 3D et c’est juste tout sombre) pour vérifier si ça ne venait pas de là, mais hélas, non.

Je suis las. Mais las. Et pourtant, ce n’est pas fini : le Rider poursuit les fuyards sur sa moto, éclatant la moitié du convoi, puis finit par grimper sur un des camions de transport de troupes pour le transformer en camion de l’enfer et ainsi défoncer tous les autres véhicules sur son passage. Carrigan tente bien d’agir pour stopper tout cela, mais hélas, comme prévu, il constate que ses pouvoirs ne fonctionnent pas sur le Rider, ce qui confirme que le Diable lui a fourgué le pouvoir le plus inutile du monde, puisqu’il devait bien savoir (et c’était assez évident) que le Rider devait être le seul ennemi du coin immunisé contre la chose ; alors sachant que c’était lui la cible à abattre, c’était d’autant plus con ; même un pistolet à eau eut été plus efficace contre un squelette en feu.

Finalement, le Rider s’avance jusqu’à la voiture de Satan contenant Danny et, comme il se doit, la défonce et l’envoie faire 48 tonneaux d’affilée dans la poussière du bord de route.

Hmmm, comme plan pour sauver Danny, ça me parait un peu pourri, mais bon. Je dis ça, hein, encore une fois, c’est comme ça.

"Un peu pourri", comme dans "C'est l'histoire d'un ange déchu squelette flamboyant qui a deux passions : la justice et le solex". Faire deux films sur ce pitch, c'est quand même pas mal

Un homme couvert de sang commence alors à sortir du véhicule : c’est le Diable, à qui l’accident n’a pas fait du bien, son enveloppe humaine ayant pris relativement cher ; le Rider s’approchant n’hésite pas une seule seconde : en deux coups de cuiller à pot, il le renvoie en enfer pour un petit moment. Quel hooooomme ! Et c’est sans compter qu’ensuite, il extrait doucement Danny du véhicule, évanoui, en le portant dans ses bras façon Bodyguard, ce qui est probablement un hommage discret à Whitney Houston. Nadya, qui suivait le convoi d’un peu plus loin, approche donc et constate l’horrible vérité : son fils est mort !

Non, sérieusement ? Et de quoi je vous prie ? Malgré ses 48 tonneaux il n’a pas UNE égratignure ! Il est mort de quoi ? Le Diable avait mis la clim’ à fond et il a choppé un gros rhume et en est mort ? Il avait trop de cholestérol ? Mais enfin !

Le Rider lit donc toute la tristesse dans les petits yeux de Nadya, et une chose incroyable se produit : ses flammes… deviennent bleues (oui, comme à Super Mariokart quand on fait des dérapages), car c’est l’ange qu’il était autrefois qui se manifeste, et en touchant délicatement l’enfant (il  lui colle un gros doigt dans la narine), le marmot est ressuscité et peut désormais profiter pleinement des joies de la vie sur Terre avec à sa disposition l’intégralité des pouvoirs de Satan !

Tout le monde est heureux, et on peut alors apercevoir le Rider reprenant la route, mais désormais auréolé de flammes azurées, plus ange que démon, prêt à rendre la justice véritable désormais, mais toujours sans procès, parce que merde.

Et… FIN

______________________

"Pschouf !"

L’homme toussota en se demandant d’où ce nuage pouvait sortir, reculant en tentant d’en identifier la source ; il se frotta les yeux en grognant, imaginant qu’il s’agissait là d’une quelconque farce que l’on lui faisait, bien qu’il se demandât de quelle manière un fumigène aurait bien pu atterrir dans la pièce où il se trouvait, pourtant fermée. Alors qu’il s’apprêtait à se boucher le nez après avoir perçu l’odeur émanant de ce curieux phénomène, il laissa échapper un cri de surprise en apercevant une silhouette en costume là où quelques secondes auparavant il n’y avait rien. L’inconnu qui venait d’apparaître prit alors la parole :

"Bonsoir. Je crois que tu sais déjà qui je suis.
- Ou… oui ! Oui ! Je sais ce que je viens de penser je… je me disais "je vendrais mon âme pour obtenir l’opulence", et vous voilà : le Diable !"
  

Satan afficha un sourire satisfait.

"Ecoute-moi : je vais te proposer un pacte. Je vais te donner l’opulence, et tu me donneras ton âme ! 
- Oui ! Oui, j’accepte ! J’accepte ! Je veux… la richesse ! Je veux être vu, je veux des affiches de moi partout, je veux que les portes s’ouvrent devant moi, que les invitations s’accumulent !
- Soit ! Tu l’auras. Mais avant, je dois te prévenir… je viens de voir un film qui m’a donné une idée : dis-moi, me servirais-tu ?
- Volontiers ! Si vous m’accordez ce que je vous ai demandé, avec plaisir, ô mon noir Seigneur !
- Bien : je vais t’accorder un pouvoir pour me servir. Un pouvoir surnaturel d’une puissance incommensurable : le pouvoir de la putréfaction. Le désires-tu ?
- Ouiiii, Seigneur, ouiii !"
 

Le Diable n’était pas sûr que son nouveau serviteur ait tout compris, mais qu’importe, un pacte était un pacte : une feuille se matérialisa dans sa main, et il invita son "client" à s’entailler la main sur l’une des cornes du bouc ornant sa canne, avant d’appliquer sa blessure en bas du document. Sitôt que le sang fut entré en contact avec le papier, un courant d’air nauséabond emplit la pièce en tournoyant autour du désormais sans-âme, lui conférant une force nouvelle.

"Voilà. Désormais, tout ce que tu toucheras deviendra pourri !"

Dit le Diable en contemplant le visage satisfait de son serf.

"Ouiiii, mon maaaaître"

Répondit Kad Merad.

Dans le billet précédent, nous laissions notre protagoniste aux prises avec un terrible brigand, qui n’était autre que le commandant en chef de l’invasion des bouses cinématographiques. Quelle est l’identité véritable de ce personnage maléfique ? Quelles cartes a-t-il encore dans sa manche ? Notre preux chevalier parviendra-t-il à le stopper ? Et enfin, est-ce qu’Anne-Lise va trouver le chemin de la chambre de notre héros, sachant que filer un plan à une nana revient à donner un compteur geiger à un hamster ? Assez d’interrogations, reprenons.

"VOUS !" m’exclamai-je en un souffle peiné ; car devant moi se dressait une créature mi-homme mi-moumoute à l’inexpression la plus totale ; engoncée dans une veste froissée et un revolver à la main, la bête me fixait d’un regard qu’elle voulait méchant, mais que des années d’Actor Studio avaient transformé en sosie oculaire de Loana. Je serrai les poings, la mâchoire crispée, cherchant la force de prononcer ce nom maudit des hommes et des dieux.

"Nicolas Cage, pour vous servir !" me répondit la chose. Il y eut un long silence, durant lequel je tentais d’estimer la distance me séparant de mon adversaire, alors que ce dernier semblait savourer chaque seconde de la situation.

"Bon sang ! Monsieur Cage, vous vous rendez compte que tout le monde avait deviné votre identité dans le billet précédent, simplement à l’évocation du mot "bouse" ? Même dans un blog vous ne pouvez pas être lié à un rebondissement intéressant. C’est terrible !
- C’est ça, moque toi, galopin ! Sache que bientôt, le monde tel que tu le connais aura disparu. Il n’y aura plus personne pour se moquer de moi, après l’invasion de mauvais films de 2011.
- Je… je commence à comprendre ! Votre plan, ces milliers de mauvais films : vous voulez noyer le globe sous tellement de merdes que même vos films paraîtraient bon en comparaison !
- Bravo, je n’en attendais pas moins de vous : quand vous aurez vu "Thor" et "Green Lantern", je suis sûr que "L’apprenti sorcier" vous paraitra formidable à côté !
- Espèce de… bon sang, quelle perversion ! Pourquoi vouloir tirer le monde vers le bas ? Pourquoi ne pas plutôt, je ne sais pas moi, faire un bon film ?
- …
- Oui, pardon, je me suis rendu compte que c’était absurde en le disant. L’espace d’un instant, j’ai oublié que vous étiez Nicolas Cage."

0

Nous nous regardâmes fixement, avant que je ne me décide à porter mon attention vers son arme. Il suivit mon regard et fit reculer le chien dans un sinistre cliquetis.

"Pourquoi ne pas régler ça comme des hommes ; connaissez-vous la savate Nicolas ? Poings contre poings, voilà qui permettrait de régler cette situation avec panache ! Allez baissez votre arme, que nous puissions nous rosser comme il se…
- N’avance plus ! Voilà ce qu’il va se passer maintenant : tu vas gentiment aller dans la salle numéro 3, prendre une paire de lunettes 3D à l’entrée, et regarder mon dernier film "Hell Driver", intelligente traduction française de "Drive Angry". Comme ça, tu pourras constater que mes films sont tout de même vachement mieux que les autres daubes qui se font. En plus, celui là a entièrement été tourné en 3D, ce qui est un foutu gage de qualité mon garçon. Maintenant, va ! Tu pourras me présenter tes excuses quand tu auras fini, et reconnaître mon génie par rapport aux autres !"
0

Je sentis bien qu’il mourrait d’envie d’éclater d’un rire diabolique, mais le dieu du Botox l’en empêcha. Cependant, il ne serait pas dit que j’aurais reculé face au danger ; sortant précautionneusement ma flasque de brandy de ma poche intérieure, je trouvai dans le breuvage de quoi me préparer ; et une fois cela fait, je me tournai vers la salle où était projeté le film maudit.

Il était temps de spoiler Hell Driver.

__________________________________________

 

L'affiche : tourné en 3D, argument de vente. Le "tourné en 3 jours" et "écrit en 3 minutes" ont été virés à l'impression

Notre oeuvre débute par un plan sur une sorte d’immense citadelle souterraine entourée de lave qu’il semble convenir d’appeler "Enfer" tant on se trouve tout de même dans un film intitulé "Hell Driver". Et maintenant que nous avons le Hell, il serait bien naturel de nous donner le Driver. Facile : de la forteresse, une grosse voiture américaine de collection (un classique, on se souvient qu’Orphée lui-même roulait en Cadillac) s’enfuit en sautant au-dessus de la lave avant d’aller atterrir sur une sorte d’immense pont en ruine qui permet de traverser la mer de roche en fusion en direction d’une quelconque issue. Mais à part de la 3D, il n’y a pas grand chose à tirer de cette scène ; retournons plutôt en surface, quelques temps plus tard.

En effet, trois hommes qui ne respirent pas l’intelligence foncent au volant d’une voiture en gueulant qu’ils sont poursuivis par un mec que tout le monde pensait mort et enterré ; évidemment, au moment où ils pensent enfin l’avoir semé, ce dernier apparaît devant eux avec sa voiture : ho ! Ça alors ! C’est la même voiture que celle qui s’est échappée de l’enfer en introduction ! Et qui est à bord s’il vous plait ? John Milton : un personnage particulièrement effrayant puisqu’il s’agit d’un Nicolas Cage aux longs cheveux teints en blond, au blouson en jean sale, et aux lunettes de soleil dignes de celles des stars (mais si, vous savez, celles où l’on peut cacher une famille de roumains derrière chaque verre) ; son costume est accompagné d’un formidable fusil à pompe qui permet à notre héros d’arroser la voiture des trois brigands qu’il poursuit, envoyant cette dernière faire une série de tonneaux avant de s’immobiliser sur le toit un peu plus loin. Milton descend donc paisiblement en rechargeant son arme, et note que ses proies tentent de sortir tant bien que mal de leur véhicule accidenté. Le premier des trois hommes, armé d’un cric, se jette en effet sur notre héros, mais se retrouve bien vite désarmé quand tant sa main que son cric décident de partir en vacances en Savoie, une fois que John les a détachés de leur propriétaire d’un habile coup de fusil. Le second homme, lui, tente de s’enfuir : mais allez savoir pourquoi, il ne part pas dans la direction opposée à celle de Milton, ce qui paraîtrait pourtant logique pour un fuyard : il se décide à aller dans sa direction, sans armes, et dans le but de passer paisiblement à côté de lui. Heu ? Oui ? Il se ramasse donc un petit coup de fusil dans la jambe, ce qui l’oblige à cesser sa course et à payer pour sa bêtise crasse. Enfin, le dernier homme fuirait bien, mais lui est coincé dans la voiture retournée ; Milton va le voir et lui demande "Où est-elle ?" d’une voix supposément méchante : visiblement, le vilain comprend la question et sait de qui il parle, mais refuse de répondre : il ramasse donc une volée de .12 dans les gencives, ce qui est pourtant fortement déconseillé par les spécialistes de la santé bucco-dentaire. Plein de désarroi, notre héros va donc trouver le gourgandin qui se plaint que sa jambe est à moitié arrachée (ou à moitié attachée, ça dépend du point de vue : quel petit pessimiste geignard), et lui pose la même question : ce dernier répond qu’"elle" sera sacrifiée dans une ville dont le nom ne dit rien à John (pour les besoins du scénario, nous l’appellerons "Pipinouville")  ; qu’importe puisque ce dernier explique au blessé qu’il ferait mieux d’appeler son chef pour l’informer que John Milton est de retour pour botter des culs. Puis, il quitte les lieux, non sans tirer au fusil à pompe dans de l’essence étalée au sol pour faire exploser sans raison aucune la voiture accidentée de ses ennemis désormais bien calmés. Le tout, au ralenti, bien évidemment. J’ai envie de dire "Yeaaaaah."

Détail très intéressant dans ce film : autant dans notre dernier spoiler, ça jouait de la trompette à tort et à travers pour accompagner les moments héroïques, autant cette fois-ci, c’est encore pire : à CHAQUE plan où l’on voit John Milton ("John Milton fait sauter une voiture", "John Milton sort son fusil", "John Milton boit une bière", "John Milton a la colique"), il y a un riff de guitare électrique pour faire cool. Ou consternant. Ça dépend de vos goûts, on va dire.

Mais allons quelques kilomètres plus loin dans un petit restaurant routier que nous appellerons le "Tourette’s Café", tant l’ensemble des occupants est d’une grossièreté confondante : Piper, jeune serveuse, est en effet en train d’expliquer à sa copine Germaine que bordel de merde elle compte plus faire de pipes à cet enculé de baiseur de vaches tant que ce connard lui aura pas fait une putain de demande de mariage de chiotte, ou quelque chose de très proche. Ce qui est bien triste, c’est que je n’ai même pas besoin d’exagérer : visiblement, la mort de maître Capello a donné des ailes aux dialoguistes, qui ont rajouté du gros mot partout pour faire adulte cool trash. Hmmmmm. Faisons fi de tout cela, et essayons de nous concentrer sur l’action : dans un coin du restaurant, Milton s’est assis et attend paisiblement qu’une serveuse vienne lui prendre sa commande ; il voit donc Germaine arriver et le saluer d’un "Salut beau gosse". Probablement une fétichiste des moumoutes en nylon, parce que sinon, je ne vois vraiment pas. John lui commande un café, ainsi qu’une information : connait-elle Pipinouville ? Bien sûr lui répond la donzelle : Pipinouville, c’est une prison de Louisiane en réalité, et non une radieuse cité américaine : son père y a même été enfermé jusqu’à ce que le site soit désaffecté. Quel gros coup de bol ! Tomber sur la seule serveuse de restaurant de l’Etat dont un membre de la famille a purgé sa peine dans un pénitencier de Louisiane à des milliers de kilomètres de là, pénitencier que notre héros cherchait. Pour la remercier de cette information, John lui roule un gros patin, parce qu’il est décidément trop cool et que "merci", c’est pour les faibles.

Cependant, notre héros a besoin d’un nouveau véhicule, son ultime voiture ayant rendu l’âme lors de sa dernière course poursuite. Et dehors, il y a une énorme bagnole de collection américaine : à qui appartient-elle, demande Milton à sa nouvelle conquête ? A Piper, la serveuse grossière (enfin pas plus que le reste du personnel de l’établissement en fait) mais gentille, puisque voyant une famille qui n’a pas de quoi se payer un repas complet, elle leur apporte des pancakes qui autrement seraient partis à la poubelle ainsi qu’un verre de lait pour leur petite fille ; le patron du Tourette’s Café prend cela comme une faute grave (faut pas donner à manger aux pauvres : après, ils se reproduisent) et s’engueule avec notre damoiselle, qui démissionne sur le champ. Elle file donc se changer pour sa tenue civile, qui est tout aussi légère que le reste du scénario : des bottes à talons immondes, un mini-short suffisamment mini pour avoir sa place dans une convention de modélisme, et un bon vieux débardeur moulant pour montrer que ce film fait partie des rares où l’une des héroïnes a le droit de dépasser – un peu – le bonnet B (dans les autres films, les filles à gros seins sont généralement méchantes/bêtes/ambitieuses/fourbes). Je dirais bien qu’entre sa tenue et son vocabulaire, Piper est une allégorie de la vulgarité, mais on va me traiter de conservateur. Je dirais donc juste "Piper est une pouf", et restons en là.

 

Notez les bottes de Piper, probablement volées à Pedro, un mexicain qui les avait gagnées aux cartes à Tijuana en 1973

Piper monte donc dans sa grosse voiture et roule à fond les ballons n’importe comment en chantant à tue-tête du Britney Spears, faisant sortir de la route les autres conducteurs (je n’ai pas pu déterminer précisément si c’était la conduite approximative ou les talents de chanteuse de notre héroïne qui les poussaient à quitter la nationale), mais après quelques kilomètres, son capot se met à fumer (je parle de la voiture, je précise), et elle se gare donc sur le bas-côté dans un coin désert pour examiner tout cela. Alors qu’elle est penchée sur son moteur, elle voit cependant arriver John Milton (que… il a vraiment besoin d’une voiture ? Non parce que visiblement, il se déplace à une vitesse surnaturelle quand même pour avoir rattrapé sur plusieurs bornes une nana conduisant à fond !), qui lui propose un marché : il lui répare son moteur et en échange, elle l’emmène jusqu’à la prochaine ville. Sitôt que la douce a accepté, John resserre le bouchon du radiateur, et hop ! En voiture !

Oui : le brigand avait dû saboter son véhicule pour pouvoir lui faire le coup du marché et pouvoir monter à bord. John a donc réussi à ouvrir le capot de la bagnole en plein devant la vitrine du restaurant où bossait sa propriétaire qui n’a rien remarqué, dévissé le bouchon, refermé le tout sans faire de bruit, deviné dans quelle direction Piper allait partir et quand (imaginez qu’elle ait quitté tard et qu’elle soit retournée chez elle, dans la direction opposée à celle de la Louisiane ?) , calculé à quel endroit elle allait tomber en panne, s’y est téléporté et là lui a proposé de lui réparer sa bagnole.

Je suis perplexe.

Mais revenons à nos héros : tous deux roulent donc jusqu’à la ville dans laquelle Piper loge avec son fiancé, qu’elle décrit comme "sans emploi *longue réflexion* mais un homme bon" (oui parce que c’est vrai : on ne peut pas être sans-emploi ET bon, on est sans-emploi MAIS bon, parce que d’après elle, les deux semblent opposés de prime abord ; quelle classe cette Piper, je suis sûr qu’elle a sa carte des jeunes UMP). Seulement voilà : Piper, après s’être garée devant chez elle et avoir abandonné son passager d’un jour (tu aurais pas pu le larguer sur une artère passante pour qu’il puisse poursuivre son chemin en stop plutôt que de lui montrer où tu habites petite coquine ?), passe la porte de son logis et ho ! Que trouve t-elle ? Son copain en train de se taper une nana. Et contrairement aux autres films américains où toutes les femmes font l’amour en soutien-gorge pour ne pas choquer d’un malheureux téton la rétine du spectateur lambda, ici, le film a décroché son permis Famapoil. Donc, on a le droit à une madame toute nue (en 3D), par contre, mesdemoiselles, vous n’aurez pas le droit à des messieurs tout nus : c’est trop osé.

Hé, ho, je vous ai entendu soupirer hein.

Milton, lui, était parti de son côté vers une cabine téléphonique voisine pour appeler on ne sait qui, et surtout, examiner discrètement le contenu de son gros sac de voyage : ce dernier contient une mallette en mauvais état (oui, il a un sac pour transporter une mallette) qui renferme une sorte de fusil à pompe-arquebuse-gatling fort mystérieux, et couvert de signes ésotériques et d’inscriptions latines, car chacun sait que le latin fait classe : il suffit d’écrire "Maximus proutus" sur n’importe quoi pour que ça inspire le respect aux mécréants, c’est consternant (au fait, c’est très discret de sortir ça dans une cabine téléphonique dont, je le rappelle, les parois sont transparentes). Mais alors qu’il est tout à ses observations, notre John national entend les échos d’une engueulade derrière lui, et voit Piper sortir de chez elle pour s’enguirlander avec son copain, non sans avoir au préalable sorti de force sa maîtresse. Notre héroïne, visiblement d’humeur taquine, commence à donner des coups à son compagnon à l’aide de ses petites mains manucurées tout en lui faisant remarquer que ce n’est pas gentil de la tromper, crotte de bique. Mais ce dernier supporte mal cet affront, particulièrement lorsque Piper menace de se barrer avec sa grosse voiture, que jusqu’ici, il lui prêtait gentiment pour aller travailler (vu sa manière de conduire, il était optimiste le monsieur). Aussi lui marave t-il la gueule comme il se doit. Milton arrive donc rapidement pour expliquer au compagnon infidèle qu’il n’est qu’un malandrin (ce n’est pas le terme exact qu’il a utilisé, mais j’imagine que vous voyez le genre), puis lui malaxe cordialement le nez à coups de poings. Une fois cela fait et le brigand inconscient, il se saisit de Piper, elle même dans les vapes, la charge dans sa voiture (enfin, celle de son compagnon donc), puis démarre en direction de la Louisiane. Ou d’un champ tranquille pour violer la jeune fille inconsciente, sur le coup, j’ai eu un doute.

Pendant ce temps, au Tourette’s Café, un type en costume arrive de nulle part pour se présenter auprès du tenancier local en tant que "Le Comptable". Il a "flairé" l’odeur de Milton dans ce lieu de perdition, et aimerait savoir par où il est parti : pas de soucis lui répond la serveuse que Milton avait bisouté ; il est parti par ici, dit elle en pointant du doigt une direction incroyablement générale. Soit : avec cette information super floue, notre larron va quand même réussir à trouver son chemin, vous allez voir. Et en effet : après quelques heures de marche, à la nuit tombée, le mystérieux personnage arrive donc dans la cité endormie où résidait la jeune Piper, et se rend chez le compagnon de celle-ci, qu’il retrouve là encore grâce à l’odeur de Milton (qui doit sentir la teinture blonde à des kilomètres). L’ex de notre héroïne vient seulement de se réveiller après avoir été étalé dans l’après-midi par notre héros, et vient d’appeler la police pour signaler qu’on lui avait volé sa voiture, sa copine et son honneur, ce qui dans l’inventaire de ses possessions, ne lui laisse guère qu’un slip, 7 dollars et une batte de base-ball fatiguée. Aussi, lorsqu’il trouve à sa porte un type en costard, moins de 5 minutes après avoir appelé le 911, il est persuadé d’avoir affaire à un agent des forces de l’ordre. Mais visiblement, le Comptable est diablement stupide, puisque plutôt que de profiter de ce quiproquo pour dire "Oui, je suis flic : dis-moi ce que tu sais sur l’homme qui t’a tabassé, donne moi une photo de ta copine que je sache qui l’accompagne, et dis moi quelle est ta bagnole que je la poursuive", il se décide à le traiter comme une merde et à le tataner pour le faire parler, ce qui est bien moins efficace et discret, mais bon. Il obtient malgré tout ainsi les réponses aux questions précédemment évoquées, puis, histoire de rigoler, tue le dit Monsieur en lui plantant un bout de batte de base-ball dans le crâne, ce qui pique un peu, tant le base-ball n’a jamais rien fait rentrer d’agréable dans la tête de qui que ce soit.

Mais la vraie police, appelée par le mort quelques minutes avant, donc, arrive sur les lieux, et trouve leur client mort avec à côté de lui un type en costard. Ils sortent donc leurs flingues pour braquer cet inconnu bien fringué, mais ha ! Le Comptable fait un truc pas du tout suspect : il fait bondir une pièce en l’air, et lorsqu’elle atterrit dans sa main, elle se transforme en plaque du FBI. Coup de bol : le geste brusque qu’il fait en allant chopper sa pièce dans sa poche intérieure ne lui vaut pas d’être transformé en passoire par la maréchaussée. Non, à la place, les deux agents font juste "Ah, bon, le FBI ? Sur une scène de meurtre vieille d’il y a seulement une paire de minutes au maximum et non signalée ? C’est tout à fait crédible." et le Comptable de leur expliquer : "Oui, je suis du FBI ; vous voulez une promotion ? Vous allez me suivre. Je suis à la recherche d’un fugitif, et vous allez m’aider à l’abattre. Pas à l’arrêter : à l’abattre sans sommation. Maintenant, vous allez me servir d’escorte : montons tous ensemble dans votre véhicule de patrouille et partons à sa poursuite." : et les deux gars acceptent sans même une seconde d’hésitation, ou même trouver suspect qu’on leur ordonne de tuer quelqu’un. D’ailleurs, ils ne signalent même pas l’assassinat de l’ex de Piper, trop enthousiastes à l’idée de se lancer dans une course poursuite accompagnés d’un type du FBI. J’ai eu vaguement l’impression de voir "Corky" rencontre "Police Academy", l’espace d’un instant.

 

Moi aussi j'ai ce geste tout à fait naturel consistant à me déboîter l'épaule quand je montre ma carte de visite

Loin de tout ce tumulte, Piper justement se réveille dans sa bagnole et constate que Milton est au volant ; ça lui fait un peu peur, parce qu’aucune femme saine d’esprit ne peut se réveiller à côté de Nicolas Cage sans paniquer. Elle lui propose aussitôt un pacte histoire de ne fâcher personne, et encore moins son sauveur : il ne tente pas de la violer, ils font la route ensemble jusqu’en Louisiane où John doit aller, et ensuite Piper reprend le volant seule pour partir en Floride recommencer une nouvelle vie en allant quérir un nouveau boulot et un nouveau mec. Peut-être y a t-il un Tourette’s Hotel ou Tourette’s Night Club qui n’attend qu’elle à Miami ? Mais la fatigue, elle, commence à se faire sentir, et cela tombe bien puisque notre bon héros connait un petit hôtel sympa pas loin où passer la nuit. Il s’agit du "Taureau par les burnes" (je n’invente toujours pas : la surenchère de jurons de ce film est sans limite, allant se nicher jusque dans le nom des établissements), site visiblement fréquenté par toutes sortes de créatures de la route, des touristes aux camionneurs en passant par les John Milton. En rentrant dans le restaurant de l’hôtel où tout le monde s’éclate, le patron des lieux aperçoit Milton et s’exclame "Je te croyais mort !" : voilà qui met la puce à l’oreille de Piper, qui commence à se poser des questions sur l’identité de son mystérieux compagnon de voyage. Mais elle n’a pas vraiment le temps de pousser le sujet : au bar, elle aperçoit rapidement un serveur mignon, et se propose de s’éclipser dans une chambre avec lui. Quant à Milton, il est instantanément dragué par une serveuse (une autre fan d’immondes toupets, probablement), qui se propose elle aussi de l’accompagner jusqu’à sa chambre. Là, Milton s’accouple gentiment avec la filoute, mais en restant tout habillé, un cigare au bec et une bouteille à la main, le tout sans retirer ses lunettes de soleil. Yeaaaah (riff de guitare). Dans la chambre de derrière, Piper a du mal à supporter les hurlements de la donzelle, surtout qu’elle, comme toutes les héroïnes américaines, ne couche pas avec le premier venu : elle exploite juste le serveur mignon en exigeant qu’il lui vernisse les ongles des pieds, le tout en lui faisant miroiter du sexe pour le convaincre. Mais le pauvre n’y aura pas droit, puisque soudain, Piper aperçoit quelqu’un passer devant sa fenêtre.

Oui Piper, c’est vrai que c’est trop louche : au rez-de-chaussée, dans un hôtel, quelqu’un qui passe, c’est forcément suspect. Notre donzelle sort donc promptement pour voir de qui il s’agit, et observe un petit gars qui rentre dans le bar de l’hôtel (là encore, c’est vraiment terriblement louche !) : elle décide donc de le suivre. Et évidemment, elle a raison de le faire.

En effet, dans le bar, une réunion secrète de paysans armés de divers outils agricoles se tient : le type qu’elle a vu entrer est le bras droit de celui qui semble commander à cette improbable bande : le pasteur Jonah King (joué par Billy Burke : mais si, vous savez, le papa à moustache de Bella dans Twilight : c’est pas un gage de qualité, ça, peut-être ?), recherché dans tous les Etats-Unis pour meurtre, kidnapping, fourberie, direction de secte sataniste et possession de CDs de Rebecca Black. Un type bien, quoi. Ce dernier explique à sa troupe que son bras droit a localisé "la fille et Milton", et qu’il faut donc aller les tuer pendant qu’ils sont dans leurs chambres à ne se douter de rien. Piper utilise donc toute la puissance de son cerveau pour faire la déduction qui s’impose :

Ces gens sont méchants.

Merci Piper, je crois qu’on va plutôt en revenir à John, si tu veux bien. Milton est donc tranquillement en pleine baisouille, toujours tout habillé (on a dit, pas de messieurs tout nus) contrairement à sa conquête (on a dit, permis famapoil) lorsque soudain une horde de chenapans défonce sa porte pour venir le tuer ; pas de problème, il est tellement classieux qu’il sort son pistolet et abat tous les assassins (soit au moins 7 ou 8 ) sans s’arrêter de copuler pour autant. Seul le dernier brigand, qui arrive lorsque son chargeur est vide (celui de son pistolet, j’insiste, ça devient lourd les double-sens, là), est tué par Piper qui manie la bêche avec élégance et débarque juste à temps. Mais bon, voilà qui pourrit quand même bien la nuit, tant le fait d’être couverte de tripaille a calmé la libido de notre serveuse : il va être temps de fuir pour nos deux larrons ! Mais c’est pas de bol, car au même moment, le Comptable et ses deux policiers niais arrivent à l’hôtel. Ce faisant, ils croisent Jonah King et son bras droit quittant les lieux, et aussitôt les deux policiers font "Hey, mais c’est Jonah King, le pasteur recherché dans tout le pays pour ouat’mille crimes !" ; le Comptable intervient alors pour dire "Oui, oui, mais on est pas là pour eux". Et les deux policiers haussent les épaules et passent leur chemin.

Non, non, ce n’est pas vous, vous avez bien lu : deux flics croisent l’un des types les plus recherché des USA, l’identifient, peuvent l’arrêter sur le champ mais puisqu’un type du FBI sorti de nulle part leur dit que ce n’est pas leur priorité, ils n’essaient même pas de l’arrêter et de le laisser à une autre patrouille, le temps d’aller coffrer Milton, histoire d’être les héros de la soirée, non. Ils le laissent partir. Mieux encore, ils ne le signalent même pas à la radio pour que d’autres puissent s’en charger, non, vraiment. De toute manière, leur bêtise crasse est punie : lorsqu’ils aperçoivent John et Piper fuyant le bâtiment, ils ouvrent le feu, et dans la panique, Piper les abat tous les deux. Ça leur apprendra, parce que vraiment, être idiot à ce point là, ça doit demander de la concentration rien que pour penser à respirer.

Et le Comptable me direz-vous ? Bah, il regarde. Et il ne fait rien. Il se contente de sourire en regardant Milton fuir : moi qui croyais qu’il était venu pour l’arrêter/l’abattre, comme il l’expliquait depuis le début du film, je suis déstabilisé. Enfin.

Reprenant la route, notre héros explique à Piper, qui s’interroge sur ce qu’il vient de se passer, pourquoi lui et Jonah King sont ennemis : la fille de Milton s’est laissée embobiner dans la secte du bon pasteur, et y a même rencontré quelqu’un, avec qui elle a eu un gosse. Mais King, lui, voulait en faire sa chose : comme elle était moyennement partante (elle avait planté Jonah avec son propre médaillon de gothique moche lorsqu’il a voulu s’accoupler), il lui a pété les jambes pour lui éviter de s’enfuir et lui apprendre la vie. Puis, il a fait clouer son copain à un arbre avant de le tuer, façon Jésus écolo. Enfin, quelques temps après, il a voulu forcer mademoiselle à lui faire une gâterie, mais elle lui a croqué le trilili, ce qui a provoqué un accès de douleur et de colère chez notre bon pasteur qui ne s’attendait pas à la disparition brutale de son corps caverneux. Il l’a donc butée, un peu grognon, pour venger la perte de Popol. Quant à l’enfant… il a prévu de le sacrifier à la prochaine pleine lune pour un rituel de sa secte, ce qui est très vilain. Le tout devrait se passer au pénitencier désaffecté de Pipinouville, en Louisiane ; Milton a donc prévu de récupérer sa petite fille et de venger sa fille en tuant le vil Jonah King. Ce qui explique pourquoi ce dernier et lui-même s’entendent si mal. Piper note cependant un détail curieux : Milton a été blessé lorsque les flics ont tiré sur eux dans l’hôtel, et pourtant, il ne saigne plus, et mieux encore, sa blessure semble se refermer sans aucun soin. Madre de dios !

Mais la petite histoire est bien vite coupée par l’arrivée d’une voiture de police que personne n’avait vu venir alors qu’elle était là depuis des kilomètres : le Comptable a tout simplement récupéré le véhicule de feu son escorte et donne des coups de pare-choc au chariot d’acier de nos héros pour les faire rigoler (c’est le roi de la déconne, le Jean Roucas des enfers). Il s’approche même à hauteur de fenêtre pour discuter avec nos héros, mais est hélas accueilli au fusil à pompe, ce qui n’est pas vraiment une réception de bon goût de la part de l’ambassadeur Milton : son arme ne tire même pas de Ferrero Rocher, mais seulement du gros plomb. Le Comptable est cependant beau joueur et rigole gentiment, car aucun projectile ne semble pouvoir l’atteindre, et il se contente donc de chantonner "Même pas mal !" ; aussi explique t-il à Milton qu’il ferait mieux de se rendre. Mais John n’est pas à court d’idées pour se débarrasser de ce brigand, et il sort promptement son autre fusil à pompe, le fusil à pompe magique couvert de trucs ésotériques et tire une bonne balle couverte d’inscriptions latines vers notre Comptable ; cette arme le met effectivement déjà plus en panique, et il esquive de justesse la menace grâce à sa vitesse surhumaine d’envoyé des enfers, au point de ne s’en tirer juste qu’avec une brûlure à la joue. Profitant de ce petit moment d’inattention de la part du Comptable, Milton manoeuvre pour l’envoyer paître dans le décor, et en effet, la voiture de police file s’écraser au bas d’un pont dans un bruit d’apocalypse : nos héros peuvent donc reprendre la route en paix.

 

Jonah King accompagnée de sa fidèle canne fémur, parce que sa première canne petit poney ne rendait pas assez bien

Et justement : en poursuivant la route, qui est l’axe principal pour se rendre en Louisiane, nos deux amis tombent nez-à-nez avec la camionnette du bras droit de Jonah, que Milton avait aperçue devant l’hôtel ; cette fois-ci, elle est garée devant une petite église de campagne : venant de la part de satanistes, la chose est suspecte, tant ils ont des rapports complexes avec Jésus et préfèrent les burgers aux hosties. Lorsque Milton et Piper rentrent dans le bâtiment, ils tombent sur une population d’une bonne vingtaine de personnes en pleine messe cucu la praline. L’arme à la main pour plus de discrétion, John remonte le long d’un mur de l’église en inspectant les fidèles, cherchant du regard le bras droit du pasteur King ; mais soudain au premier rang, il entend les sanglots d’un nouveau-né : sa petite-fille ! Mais à peine a t-il fait quelques pas que tous les fidèles sortent des armes et le braquent, ce qui le force à poser sa pétoire au sol. Diable, une embuscade de la secte de Jonah King ! D’ailleurs, le dit pasteur est présent en personne : il savait qu’il était poursuivi, et il s’est dit que cette église serait un endroit parfait pour en finir avec notre héros.

Jonah King entame donc le célèbre discours du méchant : "Hahaha, Milton ! J’ai pris beaucoup de plaisir à faire du mal à ta fille, j’ai même utilisé son fémur pour en faire le pommeau de ma canne, regarde ! C’est très laid, mais bon, il fallait bien que je dise à quel point j’étais maléfique. Bon, sinon, le sacrifice de ta petite fille, ce sera l’apothéose pour ma secte : grâce à ce rituel, je vais… je… heu… hem… rendre le monde meilleur. Voilà voilà.". Et ses fidèles le suivent dans cet objectif : rendre le monde meilleur ; je sais pas, mais moi, un type avec le fémur d’une nana qu’il a torturé et tué en guise de pommeau de canne, j’aurais tendance à me méfier de ses rêves idéalistes de bonté, mais je suis quelqu’un de méfiant. Visiblement, il y a malgré tout des gens pour le suivre.

Milton, lui, est d’humeur jouette, et se décide à humilier le gourou devant ses sectateurs : il raconte l’anecdote comme quoi ce dernier aurait vu son trilili être croqué par sa fille, lorsqu’il l’a forcée à lui faire une gâterie. Et depuis, il serait donc, je cite ce film qui décidément est en grande forme : "un sans-bite". Jonah réfléchit trente secondes : il n’y a eu que deux témoins de l’accident qui coûta la vie à Popol : lui et son bras droit. Il subodore donc que c’est ce dernier qui a dû vendre la mèche, et lui colle donc en conséquence une bonne grosse bastos entre les deux yeux. Cependant, il serait inconvenant de laisser Milton s’en tirer aussi : il lui insère donc une balle de gros calibre dans la cervelle, en passant par son oeil. C’est ballot, mais John en meurt. Quelle chochotte ! Ne va pas me faire croire que le cerveau est un point sensible chez toi, Milton ! Jonah King n’a lui plus qu’à quitter le coin avec sa troupe, emmenant avec lui Piper qu’il veut "dresser" . Je vois je vois, mais mon garçon, vu que tu es un peu estropié, elle ne pourra plus te faire grand chose. Quoique : il y a bien de la Air Guitar, pourquoi par du Air Blowjob ?

Hola, je m’égare. Quelle mauvaise influence a ce film sur ma pauvre personne.

Une fois que Jonah et ses hommes sont donc partis dans le camping-car géant de la secte (oui, ils se déplacent en camping-car géant, moi aussi, ça m’a laissé dubitatif), Milton revient d’entre les morts, comme ça, hop, parce que ce n’est pas un être humain normal mais bien un évadé de l’enfer, donc trop facile pour lui, et tue les quelques hommes qui étaient restés pour enterrer les corps et nettoyer les traces du crime. Il court donc promptement jusqu’à sa bagnole, et démarre à fond les ballons à la poursuite du camping-car, lui-même poursuivi par quelques rares sectateurs survivants dans des voitures individuelles, qui l’ont aperçu sortir de l’église avant de démarrer. De là commence une course-poursuite proche du n’importe quoi (remarquez, qu’est-ce qui dans ce film n’en a pas été jusqu’ici ?), puisque des incohérences se glissent tous les deux mètres ; je vous passe comment Milton sème ses poursuivants, mais par exemple, à un moment, il traverse un hangar à fond, poursuivi par un véhicule des vilains. Les deux voitures vont tout droit, mais à un moment, pouf le véhicule de derrière tombe dans une fosse à vidange qui prenait toute la route. Ah ?! Mais alors attendez, comment Milton est-il passé ? Je vous passe aussi les millions de cartouches de fusil à pompe que notre protagoniste tire sans jamais recharger ou, justement, pomper, ou même les sectateurs qui, tombant des bagnoles, se font écraser par leurs potes alors que la route est suffisamment large et qu’ils ont mille fois le temps de les éviter. Mais c’est plus "cool" comme ça. Enfin j’imagine.

Il y a même un moment où Milton aperçoit le camping-car des vilains, et décide de partir… en sens inverse. Heu ? Allez savoir comment, il connait un super raccourci, et finit par déboucher en contre-sens DEVANT la base mobile de King ! Mais c’est alors que John se rappelle que Piper et sa petite fille sont à bord, et que s’il les percute de face, il n’y aura plus grand monde à sauver : il les évite donc et retourne se positionner gentiment derrière eux pour reprendre une poursuite normale. Hé bé, c’était bien utile.

En tout cas, dans le camping car, on est aussi bête que dans la voiture qui les poursuit : tout le monde a beau être surarmé, et hurler "Attention, il est là !", personne ne tire. Ils se contentent de regarder Milton passer et de commenter ses aventures : ça doit être une secte d’adorateurs d’Eugène Saccomano ("Holalalalalaaaaaaaaaaa le dérapaaaaaaaaage de fôôôôliiiie !"). Seulement, les choses se compliquent à bord du véhicule des vilains, puisque Piper profite du bazar ambiant pour commencer à tabasser les gens alentours, telle une véritable amazone ; Jonah lui-même vient donc tenter de se battre avec elle, et en profite pour la tripoter un peu, ce qui lui vaut pour la deuxième fois de sa vie de voir une nana utiliser le pendentif gothique laid qu’il a autour du cou pour le planter avec. Mais quelle andouille : il n’avait pas compris la première fois que se promener avec un pendentif aiguisé bien en vue quand on essaie de tripoter les donzelles n’est pas le meilleur plan qui soit ? Vous parlez d’un méchant, le mec est vaincu par ses propres bijoux.

Cela étant dit, Piper a ainsi une occasion d’essayer de s’enfuir des griffes du pasteur maléfique : elle l’écarte donc et file à l’arrière du camping-car, où elle constate que Milton les suit de très, très près : elle saute donc à travers la fenêtre arrière sur le capot de son ami, au moment où Jonah, à sa poursuite, vide tout son revolver sur elle. Heureusement, il la rate. Oui, depuis le camping car, Jonah n’arrive pas à toucher une nana allongée, immobile et à un mètre de lui, située sur le capot d’une voiture roulant à la même vitesse en contrebas. On va le dire poliment : ce n’est pas vraiment un tireur d’élite. Tout au mieux, il arrive juste à plomber le moteur de l’automobile de notre bon John, qui pleurniche donc en entendant la belle mécanique commencer à lâcher de vieux pets sonores et à fumer. Bien vite, la poursuite s’arrête, et nos héros se retrouvent tout bêtement en panne, alors que leurs ennemis disparaissent à l’horizon.

Remarquez, il était temps que ça arrive : depuis le début, un nombre incalculable de personnes avaient vidé des chargeurs entiers sur la voiture, sans jamais provoquer la moindre panne. C’est du solide.

 

"Vite, faisons un sacrifice à Satan ; mais d'abord, allons vider nos WC chimiques sur l'aire du petit chevreuil"

A une fort belle distance de là, deux évènements arrivent au même moment :

- la police a commencé à enquêter sur le massacre de l’hôtel de la nuit précédente, et un vieux capitaine de la police en t-shirt de beauf compte bien boucler les assassins. Ça tombe plutôt bien : Jonah, soucieux de retarder ses ennemis, a passé un appel au 911, indiquant que Milton et sa copine suivaient la route menant à la Louisiane (oui enfin, sombre con : toi aussi tu es recherché et sur cette route, ce n’est peut-être pas l’idée du siècle de demander des barrages de police). Le capitaine de la police envoie donc ses hommes sur la route préparer un plan diabolique

- Le Comptable a lui fini par arriver à la petite église de campagne où Milton était temporairement mort. Il y trouve un sectateur bien blessé, qui après un peu de torture, décide de révéler pourquoi Milton et sa secte s’affrontent, que ce dernier veut sauver sa petite fille d’un sacrifice à la prochaine pleine lune… soit : le Comptable reprend donc la route, visiblement fort intéressé par cette histoire de sacrifice d’enfants.

Mais revenons à John et Piper, qui eux, sont toujours en rade sur le bord de la route : ils ont tôt fait d’appeler Webster, le vieux pote dépanneur de Milton qui, par un fabuleux hasard, habitait dans le coin. Les retrouvailles sont cependant curieuses, puisque Webster explique avoir enterré notre héros lui-même il y a des années, et s’étonne donc de le retrouver pétant la forme, parce que merde, au prix que coûte les cercueils aujourd’hui, ce serait bien d’y rester. Il raconte tout de même à la curieuse Piper toute l’histoire : il y a fort longtemps, Milton était un bon père de famille, qui commit l’erreur de traîner avec des malfrats ; lui, Webster et d’autres accomplirent moult missions pour de l’argent, jusqu’à une dernière qui a merdé : le commanditaire a demandé, après le boulot, à voir l’équipe pour lui causer. Sentant le piège, seul Milton s’y est rendu, et n’en est jamais revenu. Sa fille, paumée sans son papa délinquant, a donc fini dans une secte, et la suite… Piper la connait. Enfin pas tout à fait : une fois en enfer pour ses crimes, Milton a eu parmi ses supplices celui de voir les souffrances de sa fille restée sur Terre  ; c’est ainsi qu’il a appris pour l’histoire du pasteur Jonah se faisant croquer la kikoute par sa vaillante progéniture. Ensuite, il s’est évadé des enfers, parce que c’est très mal gardé et que le budget de la justice est en chute libre, avant de trouver une voiture (comment ?), un méga-fusil à pompe légendaire, le "tueur de dieux" (il devait trainer devant l’entrée, sûrement, ou attendre avec la voiture), et de filer rejoindre le monde des vivants. Simple, non ?

Webster, après avoir tout écouté, et sans s’être étonné de quoi que ce soit (c’est vrai, c’est tellement commun un pote qui revient d’entre les morts en expliquant s’être échappé de l’enfer), propose trois choses :

- une bagnole toute fraîche et retapée à notre héros, là encore, un modèle de collection, parce que Hell Driver en Super 5, ça semblait contestable

- une bière : mais Milton dit que non, à part s’il peut lui servir dans le crâne de King. Webster va vérifier, mais non, il a pas ça dans son buffet, au mieux, il a un mug collector "Mickey lâche une caisse"

- de l’accompagner pour son ultime épreuve au pénitencier désaffecté pour arrêter le pasteur fou et sa secte, mais Milton refuse au motif qu’il ne veut pas le mettre en danger.

Remarque pertinente de Webster : "Oui mais moi je suis grand, costaud, et je sais manier un fusil, alors pourquoi à la place tu préfères emporter l’autre pouf de Piper qui ne sert à peu près à rien ?" Réponse de notre héros "Je vais avoir besoin d’elle.". Oui, mais pourquoi ? Non parce que jusqu’ici, le seul truc extraordinaire qu’elle a réussi à faire, c’est garder son maquillage et son brushing parfaits malgré les batailles, les courses-poursuites, les cascades… effectivement, si tu as besoin de mascara, emporte là avec toi Milton. Sinon, tu peux la laisser ici. Mais bon, on ne va pas attendre de toi un raisonnement logique. Passons plutôt à la suite.

Laissant Webster tout seul, Piper et John foncent donc dans leur nouveau véhicule, mais ne vont pas bien loin : après quelques kilomètres, ils tombent nez-à-nez avec un barrage de la police, où le capitaine qui enquêtait sur les crimes de l’hôtel et tous ses hommes l’attendent là encore "pour les tuer" (les arrêter, c’est pour les ringards). Mais pile à ce moment là, quelqu’un d’autre arrive : le Comptable, roulant au volant d’un camion d’hydrogène liquide, le genre de truc qui fait de jolies explosions ; il envoie donc le tout s’écraser sur le barrage pour tuer policiers, officiers, serveuses de restaurant en cavale et évadés de l’enfer, mais hélas, son plan ne marche qu’à moitié : certes, tout explose, mais quantité de policiers s’en sortent, à commencer par leur capitaine, ainsi que Milton et sa copine qui profitent de la diversion pour passer le barrage et reprendre la route.

 

Webster apprenant que son ami préfère emmener Piper plutôt que lui pour l'affrontement final

La police, elle, fait alors encore une fois preuve d’une intelligence supérieure, puisqu’elle n’envoie aucune voiture à la poursuite de Milton (alors qu’il en reste tout un paquet en parfait état un peu plus loin que le barrage qui a explosé, celles ayant justement servi à rabattre Milton vers le piège), ne le signale pas sur la radio, et ne fait en réalité tout simplement rien. Le Comptable, lui, encore une fois, se contente de regarder notre héros fuir sans rien faire. Mais lorsque enfin les flics se demandent qui est l’enfoiré qui vient de tuer la moitié de leurs collègues bousiller leurs bagnoles et tenter de les tuer eux, le comptable leur sort une carte du FBI, et là encore ils font tous "Aaaah bah si vous avez une carte, alors ça va, tout est normal : on rentre chez nous, au revoir monsieur l’agent, on va fermer les yeux sur le fait que vous avez tenté de tous nous tuer". Mais le Comptable a cependant envie de rigoler un peu, il dit donc aux flics qu’il a identifié une taupe du célèbre Jonah King dans leurs rangs, et effectivement : il déchire la chemise d’un policier, et on aperçoit sur son torse le sigle de la secte du vil pasteur ; ha, le traître ! Le Comptable lui ordonne donc d’appeler son maître pour lui annoncer que Milton est mort (ou éventuellement un SMS "Miltonémor :)"). Ho ? Il veut aider Milton en faisant baisser sa garde à King ? Voilà qui est curieux. En tout cas, ce qui fut dit fut fait.

Quelques heures plus tard, retrouvons nos larrons devant le pénitencier désaffecté de Pipinouville, où notre héros donne ses ordres à Piper : "Surtout, ne t’approche pas et ne fais rien !" ; heureusement que tu l’avais emmenée avec toi mec, surtout au motif que tu en avais besoin. Et que tu ne voulais pas la mettre en danger. Tu sais où elle n’aurait pas été en danger ? Ailleurs qu’ici. Comme chez Webster par exemple. Enfin, je ne vais pas insister, c’est toi le héros, tu as donc forcément raison. En tout cas, John part en reconnaissance sur le pénitencier, et y compte 40 sectateurs, dont moult femmes à poils (allez savoir pourquoi encore une fois, il n’y a que les nanas qui se dévêtent) dansant dans la cour autour de l’arbre où l’on pendait autrefois les gens d’après ce que John en sait (vu l’arbre, on ne devait y pendre que des nains, hein). Parmi les suivants du gourou maléfique, d’ailleurs, petit détail important : il y a le flic traître, en uniforme déchiré, en train de teuffer avec ses copains, visiblement complètement déchiré. Oui, donc si je comprends bien, les flics ont découvert dans leur rang une taupe, membre d’une secte de psychopathes, ayant dans son portable le numéro de Jonah King, recherché dans tout le pays et qui s’en cachait bien, et ils le laissent partir tranquille. Et ne vont même pas encercler le pénitencier où ils savent désormais que toute la secte va se regrouper pour faire un sacrifice de bébé, non. Quant au Comptable, qui a demandé au flic qu’il dise à Jonah que Milton était mort, ça ne le dérange pas que le mec puisse courir voir son maître et le prévenir qu’il a été enfumé. Nan mais sérieusement ? Pourquoi rajouter des scènes et des dialogues comme cette histoire de flic alors que ça ne fait que rajouter une incohérence à tout ce… truc, et qu’en plus ça ne sert à rien ?

Ne cherchons pas et regardons plutôt Milton qui, lui, revient donc chercher sa bagnole, mais… tiens ? Piper a disparu ! C’est pas banal. Pas tout à fait en fait : le Comptable l’a trouvée, car il est déjà là, et l’a prise en otage. Et il fait signe à John de venir discuter avec lui, pour lui expliquer qu’il est venu récupérer ce qui appartient au patron des enfers : le fusil de la mort tueur de dieux (le seul capable de le tuer d’ailleurs), que Milton avait volé en s’évadant (encore une fois : on range où ce genre d’artefacts aux enfers pour qu’un fugitif puisse s’en emparer tranquillement ?). Et qu’il est aussi venu ramener Milton, comme tous ceux qui avant lui avaient réussi une évasion. Mais que bon : Satan n’aime pas que l’on sacrifie des enfants en son nom (Roooh, Satan, il est gentil en fait, il veut pas qu’on lui sacrifie des gens avant 18 ans ; en même temps, à l’heure actuelle, s’il veut des sacrifices de vierges, va falloir qu’il revoie ses prétentions en terme d’âge minimum à la baisse), aussi il accorde à Milton qu’il aille péter la gueule aux sectateurs. Le Comptable explique que c’est d’ailleurs pour ça qu’il l’a aidé au barrage de police en créant une diversion plus tôt dans la journée. Heuuu ? Oui, tu as pas juste tenté de le tuer ? Tu tentes souvent des diversions en lançant des bombes roulantes sur les gens que tu veux aider mon garçon ? Bref : le Comptable annonce la couleur : lui va rester avec le fusil tueur de dieux dans un coin, et va garder Piper en otage pour forcer Milton à ne pas s’enfuir une fois encore lorsqu’il aura fini ce qu’il a à faire. Soit, John accepte, et s’en va démarrer sa voiture pour…

FLASHBACK

Chantier de construction de Pipinouville, Louisiane, 1921.

"M’sieur l’architecte, on a fini le mur nord !
- Bravo les gars. Maintenant, il faudrait que vous fassiez ce truc là, regardez.
- Une… une rampe ? Devant le mur nord ? Tout en béton ? Mais… mais pourquoi faire ? Et puis à l’extérieur de la prison en plus ? Vous êtes sûr que ça va, m’sieur ?
- Parfaitement, c’est une rampe de sécurité, au cas où on invente dans les décennies à venir des voitures assez rapides pour la franchir et s’en servir de tremplin, auquel cas ça permettrait à un type, mettons, évadé de l’enfer, de pouvoir faire une entrée remarquable dans la prison pour, par exemple, sauver sa petite fille d’un sacrifice à une secte sataniste un soir de pleine lune.
- Ah. Okay, m’sieur, bon bin on commence à la construire alors. Michel, amène le sable !"
0

FIN DU FLASHBACK

Donc oui : notre héros arrive en volant avec sa voiture en la faisant sauter par dessus les murs de la prison, histoire de se la péter (je ne vois pas d’autre raison), et atterrit dans la cour du pénitencier dans un bruit tonitruant, prêt à botter des culs. A lui seul, il tue 35 sectateurs (2 autres sont tués par le Comptable, qu’ils étaient allé embêter après l’avoir repéré traînant à l’extérieur du périmètre) pile au moment où le sacrifice allait avoir lieu, seulement aidé de son fusil à pompe qui comme toujours semble disposer de munitions illimitées, sans jamais qu’une seule balle des 40 gars tout autour de lui ne le touche où n’endommage sa voiture au point de l’obliger à seulement ralentir. Le Comptable, lui, se fait pendant ce temps feinter malgré tous ses pouvoirs par Piper, tant c’est humiliant lorsque l’on est un agent des enfers de se faire rouler par une pouf à l’air niais. Ce type peut esquiver des balles à volonté, mais pas les grosses mains d’une serveuse de restaurant de routiers. Pauvre homme. Elle lui vole ainsi le fusil tueur de dieux, mais le Comptable est beau joueur : maintenant qu’elle est armée, il l’encourage même à aller aider Milton dans son combat. Si vous êtes doués en maths, vous constaterez qu’il ne reste que trois méchants : Jonah King, un sectateur qui n’a même pas la chance d’avoir un nom, et la nana qui était chargée de surveiller le bébé depuis le jour où il avait été pris à la fille de Milton.

 

Passer par la porte ? Mais quelle idée !

Jonah et son suivant arrivent cependant à stopper la bagnole du héros (peut-être aurait il fallu le faire AVANT les 37 précédents morts) en tirant dans un stock de munitions proche de la belliqueuse automobile (Jonah utilise pour ça un méga fusil à pompe – ils aiment ça dans ce film ! – tout neuf), mais lorsque Milton sort du véhicule un peu assommé, il se fait tabasser par nos deux pinpins, l’arme de Jonah s’étant enrayée (après un seul tir et alors qu’elle est en parfait état : quelle chance). C’est ce moment que choisit Piper pour intervenir et tirer sur le petit camarade de King : le fusil tueur de dieux semble carrément être un lance-roquettes, en fait, tant il tire fort, et le recul l’assomme (alors qu’au début du film, notre héros s’en servait à une main dans sa bagnole, rappelons-le, quel homme). A noter que sa cible, elle, a été désintégrée à l’impact, rien que ça. Mais Milton récupère l’arme enchantée à son tour des mains de Piper, et dans l’un des effets spéciaux les plus kitsch du cinéma depuis 1970; tue Jonah avec (je… je ne saurais même pas vous décrire la scène tant c’était laid). John s’effondre alors enfin et explique à cette coquine Piper qui se réveille au même moment pourquoi il l’avait emmenée : pour s’occuper du bébé (que sa gardienne accepte de rendre, car finalement, elle n’avait plus envie de le voir sacrifié). Et au même moment, Webster arrive à la porte du pénitencier (pile poil après la bataille, le lâche). Heu, mec, si tu emmenais Piper juste pour lui confier le bébé, pourquoi tu n’as pas emmené Webster directement pour qu’il ramène le bébé dans la planque sûre où Piper aurait pu  attendre ? Hein ? Bon. En tout cas, Piper accepte cette offre merveilleuse, trop heureuse de devenir la mère célibataire sans emploi d’un enfant dont elle n’a même pas les papiers et alors qu’elle est recherchée dans tout le pays comme tueuse de flics. Webster et elle s’en vont donc loin de tout ce chaos pour aller élever le ch’tite n’enfant, laissant derrière eux John Milton face à son destin, incarné céans par le Comptable.

Milton s’ouvre donc une bière qui traînait (les sectateurs étaient venus équipés, faut bien s’hydrater avant un bon sacrifice) qu’il se sert, plaisir suprême, dans le crâne tout prêt tout propre de Jonah, tout ce qu’il reste de lui après avoir été touché par le tueur de dieux (c’est une arme sympa : quand tu tues quelqu’un, elle te crée un gobelet avec ses os). Mais hélas, la pause binouze n’est que d’une courte durée, puisque le Comptable fait apparaître une superbe bagnole de collection là encore (toujours pas de R12), et Milton se propose de conduire lui-même pour retourner en enfer, dont il jure de s’évader à nouveau des fois que le film marche et qu’un deux paraisse rentable. Le Comptable accepte, tant il a apprécié cette petite promenade sur Terre à courser le bon John. Une porte vers l’au-delà s’ouvre donc dans mur du pénitencier, et la voiture roule à folle allure sur le pont au-dessus de la lave du début du film, filant vers la citadelle du sous-monde que John n’aurait jamais dû quitter. Et…

FIN

__________________________________________

Je sortis de la salle en rampant, les lunettes 3D à la main encore souillées du sang que j’avais pleuré durant la séance. Devant mes yeux fatigués, je vis apparaître l’une des chaussures de mon tortionnaire.

"Alors ?
- Tuez… moi… moi aussi… je préfère l’enfer… à cette merde…
- Ah ! Pour la peine, vil fanfaron, tu subiras la suite de mon plan et tous les autres films de l’année 2011 ! Pense aux Expendables 2 ! Ha ha ha ha !"

0

J’ignore si c’est par un quelconque don de ventriloquie qu’il parvint à vaincre le botox qui l’empêchait normalement de rire, mais j’entendis les échos hystériques de sa victoire sonner à mes oreilles durant un temps parfaitement incalculable ; ensuite, tout est assez flou : je me souviens l’avoir vu lancer du phosphore à ses pieds avant de disparaître dans un nuage de fumée, me laissant là, toussotant sur le sol du cinéma ; j’ai aussi un vague flash dans lequel Satan en personne vient récupérer mes lunettes 3D. J’étais sûr d’avoir entendu quelqu’un se marrer au fond de la salle pendant le film, alors que le lieu était supposément désert. Ensuite, je crois que j’ai erré un moment dans les rues, débraillé, empestant un mélange de brandy et de phosphore de fort mauvais aloi. Je ne sais plus vraiment.

Par contre, ce dont je suis sûr, c’est que le lendemain matin, j’étais revenu dans mon lit, les idées claires et l’esprit apaisé, particulièrement lorsque j’ai trouvé Anne-Lise sous les draps. Entendant le froissement de la couette lorsque je me levai suivi du son d’un placard que l’on fouillait, elle ouvrit un oeil timide en marmonnant.

"Hmmm… au fait, hier soir, tu ne m’as pas laissé le temps de parler mais…
- Attends… je cherche un truc.
- … je me demandais …
- Hmmm…
- … l’invasion des films de daube continue ? Tu penses qu’on peut rester ici à l’abri tous les deux ?
- Ah, voilà ce que je cherchais ! Hmmm, tu disais ? Ah, non, tu ne restes pas ici, je t’emmène dans un endroit plus sûr.
- Lequel ?
- Le coffre de ma bagnole."

0

Dis-je en lui assénant un bon coup de pelle.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 5  821 followers