La rentrée approche.

Alors que derrière les fenêtres, les enfants soupirent longuement en regardant papa ranger le barbecue, sous le ciel se teintant de gris, la nostalgie de l’été s’installe doucement. Finis, les châteaux de sable bâtis à la marée montante pour résister à l’assaut des flots. Terminées, les boissons fraîches à l’ombre à l’heure de la sieste. Oubliées, les cachettes des trésors enterrés sous le Club Mickey, comme par exemple ce cadavre d’étudiante anglaise (oui, bon, hein, j’étais un enfant précoce, mais on m’avait laissé seul avec ma première pelle en plastique, nous savions tous que ça devait arriver).

Cependant, les marmots ne sont pas les seuls à souffler à l’idée de l’été qui se termine. Ailleurs en France, on ajuste sa veste, serre ses lacets et range sa carte du SNES : une nouvelle génération de professeurs s’apprête à monter au front. A vous, jeunes engagés qui allez vous élancer à l’assaut des hordes sauvages pour tenter de les civiliser, à vous qui allez connaître le feu des questions et le roulement de l’artillerie parentale, bref, à vous qui venez de faire une énorme connerie en choisissant comme carrière de rester à l’école quand enfant vous ne rêviez que d’en sortir, permettez à cet humble blog de vous préparer à cette épreuve. Car à l’heure où tous les objectifs sont tournés vers les caddies afin de savoir combien coûte en moyenne la rentrée pour un élève de telle ou telle classe, ou savoir quel cartable est plus solide, il est de bon ton de s’intéresser à celles et ceux qui vont affronter l’enfer.

Le principe est simple, comme au code de la route : une question, 4 réponses, une seule est la bonne.

On se retrouve à la fin de ce test pour voir si vous êtes prêts.

On y va ? Fort bien.

Question1

La bonne réponse était la réponse D

On sous-estime trop souvent l’agenda. Si pour la plupart des pédagogues, l’agenda est un « outil pédagogique d’organisation permettant de donner des repères à l’élève dans le cadre extra-scolaire facilitant son apprentissage« , propos en général tenu avec une seringue d’héroïne dans chaque bras, le tout debout sur une licorne, l’agenda n’en est pas moins, en effet, un excellent allié du professeur. Non pas pour les devoirs, non, ceux-ci sont toujours faits la veille au soir et terminés aux alentours de minuit, au son de petits couinement paniqués (l’élève stressé ressemble en de nombreux points au cochon d’inde, le côté kikinou en moins) mais pour d’autres raisons.

En effet : il vous suffit de le consulter au prétexte de « vérifier que les devoirs sont bien notés » et de vous rendre directement aux pages des vacances de Noël pour découvrir, écrit généralement au fluo, quantité de messages personnels à base de « Je t'<3 ma Brenda, je te kiff » ou « T ma besta pour la life BB » ou autres déclarations enflammées ou blague sur tel ou tel enseignant. Vous disposez dès lors d’une mine d’information pour faire chanter n’importe quel trou du cul (c’est une métaphore, hein, pensez à autrui) pour les siècles des siècles.

Vous pourrez alors, dès que le larron s’agitera quelque peu en classe, marmonner quelque chose comme « Vous ne vouliez pas dire quelque chose à Brenda ? » pour voir l’individu changer de couleur et se ranger à votre charisme naturel.

Pensez pratique, que diable.

Question 2

La bonne réponse était la réponse B

« It’s a trap« , disait l’Amiral Ackbar en découvrant que ses espions Bothan lui avaient fourni des informations erronées. En hommage au plus célèbre des héros de Mon Calamari, n’hésitez pas à laisser traîner des sujets des futurs contrôles sur votre bureau en évidence, puis de temps à autres, sortez brièvement de la classe pour un prétexte X ou Y, comme par exemple, avoir abusé des pois chiches à la cantoche.

Le jour de l’examen, présentez des sujets différents de ceux que vous avez laissé traîner : vous aurez alors la joie de voir des visages se décomposer, incapables de se plaindre de l’échec de toute leur ruse, puisque cela reviendrait à se dénoncer. N’hésitez pas à lancer quelques commentaires aux plus dégoûtés d’entre eux comme « Ça va ? Vous avez l’air d’avoir un peu chaud. » Logiquement, à ce stade, le nombre de petits malins dans votre cours baissera drastiquement, et tous auront l’impression que votre classe est une annexe du Vietnam, booby traps inclus.

Bon par contre, vous n’aurez peut-être pas de cadeaux en fin d’année, du coup. Mais la victoire n’a-t-elle pas une saveur bien plus délicieuse qu’une vulgaire boîte de chocolats ?

Question3

La bonne réponse était la réponse A

N’oubliez pas que l’élève pense être le plus malin : il vous guette et cachera discrètement les objets illicites à votre approche, sauf si vous prétendez ne rien voir, auquel cas le gourgandin ricanera, glissant à son voisin quelque chose comme « Woh l’aut’, comment il a rien capté !« . Tournez dans la classe tel un grand fauve, vous rapprochant toujours plus de votre cible, qui, ayant l’impression que vous ignorez tout de son activité, se montrera de plus en plus imprudente.

Au moment où l’andouille ne cache plus sa console (à part si c’est une WiiU, mais là c’est normal, il a juste honte), bondissez et saisissez-vous-en. C’est là que commence le passage le plus doux de tous : vérifiez où se situe le petit bouton à presser à l’aide d’une mine sur la console pour en effacer toutes les sauvegardes, et pendant que le brigand ment comme un arracheur de dents avec des « C’est pas à moi » « Je regardais juste l’heure » ou « Vous avez pas l’droit, faut me la rendre« , faites descendre tout doucement la mine d’un critérium vers le bouton « Reset ». Peu à peu, le brigand va de moins en moins argumenter et pousser des cris de plus en plus porcins, jusqu’à se rouler par terre alors que vous ne serez plus qu’à un millimètre du bouton en question, gardien de toutes ses parties passées, son propos quelque part entre le rire maladif et la supplication.

Par la suite, vous verrez peu de consoles en classe. Vous pouvez bien évidemment profiter de cette séance de torture psychologique pour faire avouer au bougre tout ce que vous voulez, comme par exemple qui a vidé l’extincteur de la salle de SVT. C’est un peu le procès des templiers, mais en plus rigolo, et sans malédiction ou adaptation de Maurice Druon avec Jeanne Moreau. Vous en sortez gagnant, tout de même.

Question4

La bonne réponse était la réponse C

Lorsque le pédagogue est fatigué d’avoir trop chevauché sa licorne, parfois, il revient en surfant sur un arc-en-ciel pour prodiguer de nouveaux conseils comme « L’importance de la confiance dans le rapport élèves-enseignants« . Et en bon enseignant, à vous de suivre son exemple. Et d’en abuser, comme de bien entendu.

Ainsi, lors d’un contrôle, annoncez bien que vous ne voulez voir aucun téléphone portable et qu’ils doivent être dans les cartables, et les trousses sur la table autorisées uniquement si fermées, ce qui peut paraître évident, mais tout de même. Soulignez que c’est faire preuve de confiance envers vos élèves que d’agir ainsi, parce que vous êtes décidément trop sympa, puis laissez l’épreuve se dérouler.

Après environ 20 minutes histoire de laisser la méfiance décanter, saisissez-vous d’une trousse au hasard et faites-la sauter en l’air en sifflotant et en ne rattrapant l’objet que de justesse à chaque fois, marmonnant des choses sur votre maladresse proverbiale. Poursuivez ainsi, et savourez le visage du pauvre propriétaire de la trousse, décomposé, craignant à chaque seconde de voir jaillir de la trousse qu’il avait laissée habilement entrouverte son précieux téléphone portable pour aller s’écraser sur un mur ou une table voisine.

Si jamais la chose arrive, réagissez vite : posez vous en victime blessée moralement, expliquant que vous faisiez tellement confiance à vos élèves que pareille trahison vous paraissait inimaginable malgré vos consignes. Avec un peu de bol, et en cas de procès, c’est peut-être même la famille qui vous devra des sous, tel un Bernard Tapie ayant besoin de quelques millions pour se remettre du drame qu’il a traversé.

Question5

La bonne réponse était la réponse D

Ne réagissez pas : ça encourage le cabotin à poursuivre son oeuvre maléfique. Si le bougre essaie ainsi de se démarquer principalement parce qu’il est à un âge où il a envie d’être distinct des autres, de sortir de la masse, et accessoirement, d’attirer l’attention de Sabrina, la 4eB avec de gros seins, vous ne devez en aucun cas rentrer dans son jeu en réagissant de quelque manière que ce soit. Vous l’inciteriez à rebondir sur votre réaction pour tenter de se présenter, tantôt, en amuseur public, tantôt en martyr, nardinamouk.

Si l’humour local vole généralement à la hauteur d’un flacon d’eau précieuse, il n’en est pas moins que ce genre de blagues vole en escadrille : pour les stopper, inutile de grogner : vous devez tout simplement les mépriser. Avoir une aura de haine, irradier le dédain. Pour ce faire, et dès à présent, n’hésitez pas à répéter votre meilleure Poker Face comme le disait une mauvaise artiste pour qu’à chaque calembour estudiantin, l’auteur d’icelui ait l’impression d’être dans un duel Philippe Bouvard – Tywin Lanister.

Si vous ne savez pas quelle tête faire, je suis sympa, je vous file un modèle : ici, Pitch le chien, dont l’expression pleine de tristesse, de désarroi, de dédain et de haine mêlés sauront vous inspirer, je n’en doute pas. Voyez plutôt :

Mepris

Pitch le chien, ici juste après avoir entendu une blague de Laurent Ruquier

Éventuellement, si vous n’y arrivez pas, filez une image de Pitch le chien à chaque mauvaise blague d’un élève, et au bout de 10, c’est un poster de Nicolas Cage.

Ça va vite le calmer, croyez-moi.

Question6

La bonne réponse était la réponse B

La salle des profs est l’ultime repaire de l’enseignant. C’est là qu’il s’isole des hordes estudiantines qui viennent gratter à la porte (la réponse D est applicable en permanence, et pour les plus farceurs, vous pouvez même déféquer dans le casier de Monsieur Mérichoux : lorsqu’il demandera en classe qui a « mis une surprise dans son casier », un formidable quiproquo devrait naître, ainsi qu’une plainte pour élève battu, mais bon, vous n’avez jamais aimé Mérichoux) pour trouver un peu de calme. Pourtant, parfois, une ombre furtive et généralement bleutée est aperçue du coin de l’œil avant de disparaître : ce sont les professeurs de sport qui, après avoir hiberné dans leur gymnase, se décident à aller finir la cafetière discrètement en salle des profs avant de regagner leur repaire.

L’œil habile peut parfois en surprendre un, fuyant le gobelet à la main (le professeur de sport est le kobold local).

Une seule solution, que ce soit pour empêcher les élèves de venir vous enquiquiner dans votre dernier sanctuaire, ou plus prosaïquement pour empêcher ces rabouins en jogging de venir vous tirer tout le kawa : barricadez-vous en posant un objet lourd contre la porte, comme par exemple un professeur d’art.

Vous pouvez aussi piéger le café, mais de vous à moi : il y a suffisamment d’arrêts maladie comme ça, non ?

Question7

La bonne réponse était la réponse D

Non pas pour envoyer des messages salaces à vos élèves les plus girondes, non, vous risqueriez en retour d’un « Kikoo » de recevoir un « ASV ? » de la part de la maréchaussée. Non : ce mystérieux rituel pour des centaines de milliers d’élèves consistant à découper de petits morceaux de papier pour  y écrire des renseignements comme leur adresse, la profession de leurs parents ou même leurs hobbys, et ce pour chaque professeur, a des utilités bien plus pratiques.

En effet, loin d’être un outil pour mieux comprendre vos élèves (il ne faut pas déconner : je vous ai dit de les mépriser, suivez un peu, merde), ils ‘agit d’un fameux moyen de vous amuser des heures durant. Ainsi, durant les examens, gardez la liste des numéros à proximité de votre personne, et sitôt qu’un bambin vous parait suspect, envoyez-lui un « Sa va ? » sur le téléphone qu’il est censé avoir rangé et éteint. Vous n’avez plus qu’à discrètement profiter du spectacle, au lieu de vous ennuyer à surveiller l’examen, à savoir observer le galopin chercher du regard à gauche puis à droite à la recherche de la personne qui a bien pu le contacter. Il renverra alors avec toutes les précautions du monde et poussé par la curiosité un « T ki ? » et vous n’aurez plus alors qu’à défoncer le brigand lors des corrections, qui quand on rendra les copies, s’étonnera de comment vous avez pu savoir qu’il avait un téléphone sur lui, sachant qu’il avait fait attention à ce que personne ne le voie.

 Vous gagnerez en mystère en plus, n’est-ce pas beau ? Ah, je sais, ne me remerciez pas.

Question8

La bonne réponse était la réponse C

En effet, tel un capitaine Achab furieux, vous pourrez à l’aide de ce fameux ustensile issu de l’industrie japonaise aller rechercher tous vos élèves lorsque ceux-ci traîneront en arrière ou feront toute ânerie dont ils ont le secret. N’oubliez pas de viser une partie non-vitale, comme par exemple le crâne, afin de ramener l’enfant dans un état qui n’éveillera pas de soupçons chez ses parents (même trépané avec un projectile de 5 kilos propulsé au gaz, ces derniers continueront de penser que leur marmaille est absolument géniale).

Si vous avez répondu D, vous n’avez pas compris le jeu : personne n’a encore saisi à quoi servait un inspecteur d’académie. Certains prétendent qu’il aurait autrefois eu une utilité, d’autres qu’il n’est que le résultat d’une partie de Kamoulox qui aurait dégénérée dans un laboratoire de génétique.

Petite précision pour les instituteurs qui me lisent : le lance-harpon étant un peu gros pour vos bambins, n’hésitez pas à l’échanger avantageusement contre un SPAS-12 avec projectiles en caoutchouc ; non content de vous conférer une certaine classe, ce bel outil permet à chaque tir de faire reculer le plus énergique des enfants sur une distance d’environ 6 mètres sans toucher le sol. Tips : si vous lui tirez sous le menton et ce contre un mur d’escalade, vous pouvez reproduire un flipper avec brio.

Question9

La bonne réponse était toutes les réponses

Parce que sérieusement, il ne faut pas déconner.

Question10

La bonne réponse était la réponse D

Aucun enfant n’est con. Non, même pas celui-là là-bas qui s’enfonce des stylos dans les narines en regardant « Les Anges de la Télé-Réalité« . Ils sont simplement malades, et vous feriez bien d’y faire attention bande de gourgandins aux mille préjugés. C’est pourquoi, à chaque fois qu’un parent vous explique que son fils est atteint de mille maladies, et vous regarde bizarrement quand vous dites « Oui, je sais pour les MST, mais que voulez-vous, ça se passe toujours comme ça en classe de neige« , demandez-lui un certificat médical.

Puis, échangez-les avec vos amis en salle des profs ! Comme dans les paquets de Magic, il y a des cartes communes (hyperactivité, troubles de l’attention), des moins communes (dyscalculie), ou même des rares (Test de QI supérieur à 70). Bientôt, les réunions parents-prof seront pour vous comme un nouveau Noël, et vous l’attendrez avec impatience les yeux embués de joyeuses larmes.

Mais en tout cas, je suis sérieux : avec autant de maladies, les gamins ont les autorisations de se charger comme des mulets, alors si ce n’est pas pour devenir cycliste, je ne vois pas à quoi ça sert.

Voilà ! Ce test est à présent terminé. Comptez vos points !

Si vous avez 10 bonnes réponses

Quelque part dans le désert éducatif, un homme (ou une femme, personne n’est parfait) roule en Fuego, le collier de barbe au vent, les coudières en cuir aux portières. Sur son pare-choc, un autocollant du SNES, sur son pare-brise, un calendrier avec les jours cochés jusqu’aux prochaines vacances. Vous êtes l’ultime guerrier éducatif. Vous êtes la dernière barrière face à l’ignorance. Quand viendra le jugement dernier et que les utilisateurs d’Instagram seront jetés dans les entrailles de la Terre, vous gagnerez votre place au Paradis. Et vous vous ferez un peu chier du coup, mais c’est un autre problème.

Si vous avez 8-9 bonnes réponses

Vous êtes plein de promesses. Lorsque l’on prononce votre nom dans les salles des profs, la température monte d’un cran alors que les visages rougissent, quand bien même si l’on en fait autant dans les soirées étudiantes, certains s’évanouissent alors que d’autres ne tiennent que grâce aux litres de coca-redbull qu’ils ont ingurgité (mais qui n’ont aucun rapport avec leur activité, rappelons-le). L’éducation nationale envisage sérieusement d’engager des troubadours pour compter vos exploits, avec l’espoir, un jour, de faire de vous le guerrier parfait.

Si vous avez 6-7 bonnes réponses

On ne vous connait pas encore, mais au moins, vous savez ce qu’il convient de faire pour tenir au front. Certains se dressent encore au-dessus de vous, mais vous avez suffisamment de bases pour ne pas vous laisser avoir tout de suite par les hordes en face de vous. Un jour peut-être connaîtrez-vous la gloire, mais en attendant, toute votre énergie est concentrée sur votre tâche. Tout espoir n’est pas perdu, accrochez-vous.

Si vous avez 0-5 bonnes réponses.

Vous savez quoi ? Vous avez bien fait de vous trouver un vrai métier loin de l’école.

Question subsidiaire :

Parmi les méthodes expliquées ci-dessus, l’auteur de ce blog en a appliqué la majorité (véridique) dans sa précédente carrière. Sauras-tu retrouver lesquelles ?

Bon courage. Et bonne rentrée.