Dehors, la lumière décroit doucement. Le soleil est en train de poursuivre sa course vers l’horizon et franchit cette immense ligne d’arrivée avec une certaine mollesse en ces grises heures qui rythment la fin de la journée ; sur le boulevard attenant au bâtiment du bureau, des files ininterrompues de voitures se succèdent, emplies de salariés désireux de retrouver leur foyer après une dure journée de labeur. Derrière moi, alors que je contemple cette immense farandole motorisée, mon bureau n’indique lui en rien que la journée se termine : des dossiers achèvent de vomir leurs contenus hors de leurs sous-chemises, le téléphone semblent avoir décidé de se parer de ses plus beaux atours de post-it (ce qui est tout de même plus agréable à l’œil humain que bien des défilés de célèbres couturiers) et l’ordinateur, loin d’être éteint, laisse entrevoir de nombreuses fenêtres ouvertes affichant des contenus divers & variés.

D’ailleurs, l’une d’entre elles attire mon attention alors que j’en suis tout à ces réflexions : dans un coin de l’écran, quantité de personnages semblent s’agiter dans un mutisme étonnant ; en surimpression, un petit sigle invite l’internaute à rendre la parole et le son à ces vives figures. Et dans cet étonnant silence, se succèdent des scènes de poursuites, de combats, de cascades… sûrement un film d’ac…

Attendez, c’est le titre que je viens de voir là ? Non. Non, ils ont dû se tromper.

Je m’approche, suspicieux, et me rassois face à l’écran qui recommence depuis le début l’enchainement de scénettes avant d’afficher encore une fois le titre du film en question :

Sherlock Holmes.

J’en froncerai presque un sourcil. Mais cessons toutes ces paraboles et venons en à l’œuvre en elle-même. Réalisé par Guy Ritchie (mais si, vous savez, Snatch), Sherlock Holmes est une adaptation cinématographique des aventures du plus célèbre des détectives londoniens, créé par Sir Arthur Conan Doyle. Au vu des critiques d’une célèbre grande chaîne de télévision, qui diffusait les avis de trois rédacteurs de trois journaux différents, le film était proprement formidable ; au vu de la bande-annonce, j’avais quand même un doute.

Mais, ne tergiversons pas et tranchons : spoilons !

L’affiche : Sherlock Holmes est visiblement sponsorisé par Jean-Louis David

Tout commence lors d’une sombre nuit londonienne, alors que de terribles attelages policiers semblent forts pressés d’atteindre une obscure destination au sein de la capitale anglaise. Dans l’un des carrosses filants, au milieu des agents des forces de l’ordre, le Docteur Watson fourbit ses armes ; dans le même temps, courant à pieds et bondissants d’escaliers en terrasses tel un yamakazi facétieux, Sherlock Holmes cavalcade à toutes jambes vers ce qui semble être la même destination. Cependant, ce dernier étant plus rapide que tous les chevaux de la maréchaussée locale, il arrive le premier sur le lieu qu’il désirait atteindre : un accès à un mystérieux souterrain de la capitale.

Hélas, un malandrin y attend notre héros : le panse pleine et le chapeau melon, il patrouille lanterne à la main pour s’assurer que nul ne pénètre cet escalier. Mais lorsque je dis hélas, c’est pour parler du malheur qui guette ce vilain personnage : en effet, plus que yamakazi, Sherlock Holmes est un ninja : il prépare mentalement son attaque en la visualisant (« Bon, d’abord je frappe la mâchoire, puis la côte droite, puis le genou, et ensuite je m’acharne sur les bouboules pour être sûr« ) puis l’opère à la vitesse de l’éclair : il faut approximativement 1,5 secondes à Sherlock pour porter 12 à 18 coups à son adversaire et le mettre KO, avec une précision telle que tout se passe exactement comme il l’avait visualisé. Dès lors, une fois le vil garde neutralisé, Holmes s’engage dans les escaliers précédemment gardés…

… et arrive dans un souterrain où se déroule une bien étrange cérémonie : deux hommes en tenue de cérémonie mystérieuse (« Hou, je porte une cape à capuchon, comme je suis mystérieux« ) sont en train de procéder à un étrange rituel sur une jeune fille allongée (quand je dis « sur« , ce n’est pas au sens physique du terme, évidement) au centre de la pièce. Celle-ci, comme possédée par les paroles de celui qui semble guider la cérémonie, commence à esquisser quelques gestes laissant à penser qu’elle s’apprête à s’auto-sacrifier d’un bon coup de poignard dans le cœur. Autour de tout ce petit monde, une poignée de gardes aux mines patibulaires vérifie que personne ne vienne déranger ce petit rituel entre amis. Holmes, qui observait tout ça depuis une cachette, échappe de peu à un garde qui arrivait derrière lui grâce à l’intervention providentielle de son vieil ami le Docteur Watson, qui tout comme lui, a de grandes capacités de combattant de l’extrême-orient. Sitôt le garde neutralisé, sitôt les deux compères peuvent se saluer et constater la situation : ils sont deux, en face, ils sont moult, et les renforts policiers de l’inspecteur Lestrade devraient arriver un poil en retard. Et il y a une jeune fille en danger.

Deux contre moult ?

Holmes & Watson dans « Le mystère du Paris Brest »

Allez, c’est jouable, pas besoin de plan : nos deux héros sortent donc de leurs cachettes en poussant de petits cris de tortues ninjas et dès lors, l’un des deux hommes en cape s’enfuit. Les gardes, eux, se jettent en masse sur les intrus, mais se font, disons le clairement, copieusement péter la gueule par nos deux héros qui maîtrisent quand même les arts martiaux, les armes à feu, le combat armé avec arme blanche, poignard, épée, fouet, et tonfa policier. Bref, bienvenue dans le wild wild West London. Une fois cela fait, le grand méchant qui tentait de forcer la jeune fille à se sacrifier en la mettant dans une sorte de transe suicidaire est arrêté par nos deux compères ; il s’agit de Lord Blackwood, un noble éminent comme on en fait plus. Sur ces entrefaits, Lestrade et ses hommes arrivent pour amener les menottes qui manquaient pour conclure l’affaire. Fort bien : Lord Blackwood, sa cape de jeune fille gothique, sa coupe d’officier nazi et son nom de méchant de série Z sont emmenés en prison.

Trois mois plus tard…

Au 221B Baker Street, Sherlock Holmes se fait diablement chier. Alors il joue à tirer dans les murs de sa chambre avec une arme à feu (quel personnage subtil) et à s’enfumer seul dans sa chambre à coups de pipe. Le docteur Watson, qui en a vaguement marre que son colocataire transforme l’ambiance de son cabinet en voisinage de Sarajevo, décide d’aller forcer notre détective oisif à sortir un peu pour qu’il reprenne du poil de la bête. Il lui propose donc d’aller au restaurant le soir même en compagnie de lui-même et de sa fiancée, Mary Morstan. Évidemment, une fois au restaurant, la dite donzelle trouve ça trop cool de manger avec le célèbre Sherlock Holmes, l’homme qui peut tout dire d’une personne en un seul regard, et lui demande s’il pourrait tout dire d’elle de la même manière. Le bon détective se prête donc au jeu.

« Je dirais que vous êtes… gouvernante.
- Oui, hihihi, vous êtes fort !
- Hmmm et je dirais que… que vous avez la garde d’un enfant de 8 ans.
- 7 ans ! C’est incroyable !
- Mais il est grand pour son âge et vous a arrosé d’encre aujourd’hui.
- Ho ! Ai-je de l’encre sur le visage ? Quoi d’autre ?
- Vous avez eu un autre homme que Watson, si j’en juge par la marque d’une alliance à votre main.
- En effet, il est mort…
- Je déduis aussi au lustre parfait de vos lèvres que vous pipez grave.
- Heu… je… hem, si nous parlions d’autre chose ?
- Et aux crins que je vois pris dans vos cheveux, je pense que vous avez d’ailleurs eu des rapports avec un poney aujourd’hui même.
- S’il vous plait je… ho, quelle beau veston, c’est du tweed ?
- Quant à votre manière de vous tenir, petit coquine, et à l’odeur de caca qui émane régulièrement de Watson, j’entrevois que vous pratiquez la so… »

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Le dialogue est hélas interrompu par un jet de vin au visage de Holmes en provenance du verre de Mary : la soirée s’arrêtera là puisque cette dernière se lève et quitte les lieux suivie de près par Watson. Pour la peine, Holmes s’en va lui aussi pour aller boxer dans des combats illégaux en ville. Il est comme ça, faut pas l’faire chier (je vous l’ai dit : il est très subtil). Évidemment, comme c’est un ninja, il n’a aucune peine à massacrer toutes les brutes qui tentent de l’affronter, puisqu’il visualise (« Je frappe la troisième côte droite, puis la margoulette, puis je lui fais un croc-en-jambe et j’en profite pour plonger de la troisième corde le coude en avant« ) et que pouf, ça passe pile comme il l’avait prévu. Ça lui rapporte d’ailleurs pas mal de sous, cette histoire.

Sherlock s’ennuie, il décide donc d’aller faire du catch

Le lendemain cependant, alors qu’il est encore à palper son argent gagné à coups de bourpifs, notre bon détective est appelé par Lestrade et ses amis policiers : Blackwood, qui a été condamné à mort et doit être pendu le soir même a demandé comme dernière volonté à voir Holmes. Blackwood fait d’ailleurs très peur à tous les prisonniers, qu’il serait capable « d’envoûter » selon les gardiens ; mais cela ne fait pas du tout peur à Holmes, qui découvre le Lord dans sa cellule qu’il a décoré de quantité de crucifix inversés (je salue ici mes lecteurs érudits qui se passionnent pour la question ailleurs sur ce blog), de 666, de Hello Kitty et autres signes ésotériques. Blackwood veut simplement dire à Holmes qu’il n’a réussi en rien à l’arrêter et qu’il y a des puissances supérieures en jeu, et que son esprit est trop étroit pour comprendre ce qu’il se passe réellement, ha ha ha, rire diabolique et effets de manche à gogo, merci d’être venu. Notre détective l’écoute un peu puis s’en va, parce que bon, il n’a pas que ça à foutre non plus. Ce qui n’est pas le cas de Blackwood, puisqu’en fin de journée, il gagne une pendaison gratuite. Et histoire d’être bien sûr que tout s’est bien passé, Watson joue les légistes à la sauvette et constate que l’homme est mort comme il se doit. « Il est tout froid et y bouge pu« . Merci docteur.

Le lendemain, Holmes qui était tranquillement chez lui à cuver son vin s’aperçoit que, mordieu, il y a une femme dans sa chambre ! Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Habitué à la proximité moite et moustachue de Watson depuis des années, l’enquêteur ne tolère depuis que très mal toute présence féminine. Pourtant, Irène Adler, une vieille connaissance vient lui faire un petit numéro mi-flirt mi-pourri au cours duquel elle propose à Sherlock une nouvelle enquête : retrouver un nain (c’est pas banal) roux (quel malchanceux) et édenté (dites non au cumul) qui a disparu. Car oui, il faut bien Sherlock Holmes pour retrouver un profil pareil, ça ne doit pas se remarquer du tout. Puis, elle part de Baker Street à folle allure ; cependant, sous déguisement, Holmes la suit (il est intrigué le bougre, une femme, chez lui, rendez-vous compte !) et l’aperçoit monter dans un carrosse où l’attend un mystérieux commanditaire (on ne voit que son manteau et son chapeau haut de forme dépassant de l’ombre) qui lui demande si elle a bien confié la mission voulue à Holmes. D’ailleurs, ce mystérieux personnage semble bien équipé, car l’on constate qu’il dispose dans sa manche d’un astucieux mécanisme lui permettant de faire sortir à toute allure une petite arme à feu pour menacer les malandrins qui l’approcheraient trop. Pratique.

Mais à peine notre détective rentre t-il chez lui pour ôter ses oripeaux et raconter cette petite aventure à son ami Watson qu’un policier entre dans la résidence des joyeux colocataires pour leur annoncer une nouvelle peu banale : Lord Blackwood a ressuscité, on l’aurait vu sortir tranquillement de sa tombe avant de traverser le cimetière d’un bon pas pour aller faire du tourisme dans Londres ou s’acheter des clopes, on est pas encore sûr du motif de l’évasion. Holmes & Watson sont relativement étonnés à cette nouvelle, puisque d’habitude, les gens morts sont relativement casaniers et ne sortent que relativement peu de leurs tombes. Logiquement, « ils sont tout froids et y bougent pu« , selon Watson, qui est quand même visiblement bien meilleur karatéka que médecin légiste. Ni une ni deux, ils se rendent au cimetière, où le gardien leur confirme avoir vu Blackwood se promener en sautillant dans les allées humides de ce lieu de repos, sifflotant la Carioca d’un air enjoué. La sépulture du mort, justement, qui était recouverte d’une pierre de 4 tonnes, a d’ailleurs été « ouverte de l’intérieur« , or personne ne se souvient que M. Blackwood aie été enterré avec un ou une amie. Pour être sûr, on fait ouvrir le cercueil et à la place de Blackwood se trouve… nom d’une pipe ! Un nain roux & édenté ! Quelle formidable coïncidence, qui met la puce à l’oreille du bon Sherlock : tout semble lié.

Pour information, le comte Dracula de seconde zone, c’est Lord Blackwood.

Hmmm… pour mieux enquêter, Holmes récupère une montre à gousset sur le cadavre et de ce seul indice, il va déduire où se situe la tanière du rouquemoute édenté de petite taille (à ne pas confondre avec certains leaders d’Europe Ecologie, attention les enfants) car il est très fort. Et qu’y découvre t-il ? Un véritable laboratoire mêlant ouvrages scientifiques et textes occultes ; hé bien ! Mais alors qu’il en est encore à fouiller de-ci de-là avec son ami Watson, ils tombent nez à nez avec trois hommes dont un géant (oui, des nains, des géants, c’est assez merveilleux tout ça quand on y pense) venus brûler le laboratoire pour effacer toute trace des travaux du nabot. Du coup, nos deux enquêteurs vont faire ce qu’ils savent faire de mieux : péter des gueules à coups de techniques ninjas ; seul le géant oppose une certaine résistance, mais grâce à un prototype de taser (oui, oui…) trouvé sur place, Holmes arrive à lui électrocuter le cuir jusqu’à le faire fuir. Il le poursuit d’ailleurs jusqu’à un chantier naval où le combat reprend autour d’un navire en construction, mais le vilain géant arrive à s’enfuir, non sans avoir bien castagné Holmes et coulé le navire en cours de construction autour duquel ils se battaient ; du coup, lorsque les autorités arrivent, elles tombent sur les deux détectives et se disent « Tiens, mais c’est Watson et son copain Holmes ! Ceux qui nous aident à résoudre toutes les enquêtes où on en chie ; quoi, ce n’est pas vous qui avez démoli le bateau en construction mais un géant qui a tenté de vous tuer devant une bonne centaine de témoins qui sont d’ailleurs tous à disposition ? Ce n’est pas grave, on va vous coller au trou quand même, plutôt que poursuivre le dit géant. »

Ils sont forts dans la maréchaussée londonienne ; qu’ils ne s’étonnent guère d’avoir besoin d’enquêteurs extérieurs.

En prison, après s’être fait tous deux copieusement violés par Gunthar, le détenu bavarois multirécidiviste, Mary vient payer la caution de son fiancé pour que Watson arrête de servir de jouet sexuel à quelques prisonniers même pas grandbretons. Holmes, lui, patiente un peu en racontant des blagues à Toto à ses codétenus avant qu’un inconnu ne paie à son tour sa caution et ne l’invite à monter dans sa voiture ; puis, un sac est placé sur son visage et il est emmené pour une destination tout aussi inconnue pour rencontrer l’homme qui a commandé sa libération… qui n’est autre qu’un important noble londonien, Lord Jean-Mouloud, membre d’une sorte d’ordre templier local (bien que ça ressemble plutôt à des francs-maçons tout ça, mais soit) qui croit en la magie et étudie l’ésotérisme. Il présente d’ailleurs deux de ses « frères » : l’ambassadeur des Etats-Unis à Londres et le ministre de l’intérieur anglais. Puis se met en tête d’expliquer qu’il est le père de Blackwood, qu’il a conçu « lors d’une cérémonie« . On doit bien rigoler aux cérémonies du temple, dis donc, vieux cochon.

« Installez vous ici toute nue mademoiselle, c’est pour un rituel magique. » ; quelle habile technique de séduction, vous en conviendrez.

Il explique aussi que jusqu’ici, Blackwood a tué tous ses proches pour « augmenter ses pouvoirs« , mais que les meurtres n’ont jamais été révélés publiquement. Holmes fait remarquer que dis donc, du coup, s’il tue ses proches, Jean-Mouloud étant son père, ses jours sont comptés. Puis il s’en va, parce que bon, la compagnie est agréable, mais dans ce film, on a déjà pas beaucoup d’actrices, alors si on ne les montre pas un peu de temps à autres, ça va gueuler chez les spectateurs mâles.

Watson apprenant que Holmes fréquente des femmes

Le plus classieux des détectives anglais – car oui, j’ai oublié de vous dire que celui-ci s’est débarassé de son chapeau moche, de son pardessus brun et de sa loupe historiques pour les troquer contre une tenue d’intérieur de bon goût un poil plus élégante – va donc trouver son amie Irène à son hôtel pour l’informer qu’il a retrouvé le nain tant recherché, mais que celui-ci était un peu mort, ce qui est toujours bien embêtant. Cela n’empêche en rien Irène de mettre une petite tenue et de faire son numéro de charme à notre héros histoire de dire que décidément, dans ce film, à part les méchants, personne n’est laid. C’est fou. Holmes la met cependant en garde sur le fait que l’enquête sur le nain semblait toucher quelque chose de beaucoup plus gros, et qu’elle ferait donc bien d’abandonner. Par ailleurs, il lui avoue avoir entraperçu son mystérieux commanditaire dans l’ombre de son carosse le jour où elle était venue lui confier l’enquête, et l’identifie à vue de nez grâce à la craie qui tâchait une partie de son pardessus comme un « professeur« . Un professeur ? Dans Sherlock Holmes ? Je me demande bien qui ça peut être. En tout cas, Irène refuse de poursuivre la conversation ou d’en dire plus ce professeur, et pour appuyer son propos, drogue le beau détective, abuse de lui et s’enfuit en le laissant en slip et menotté à son lit. Ca m’arriverégulièrement et pourtant, on en fait pas tout un film.

Pendant ce temps, Lord Jean-Mouloud décide qu’un bon bain lui ferait du bien et s’installe dans sa baignoire tranquillement en regrettant que l’on aie pas encore inventé le plastique, ce qui lui aurait permis de jouer avec un petit canard pour faire passer le temps. Soudain, un corbeau croasse dehors et toutes les bougies s’éteignent brusquement…

« Il y a quelqu’un ? »

s’étonne notre templier en chef avant de se raviser et de recommencer à tenter de transformer manuellement son bain en jacuzzi. Car oui, bien que croyant à moult choses ésotériques et sachant que son fils revenu d’entre les morts cherche à le tuer, il ne s’inquiète pas plus que ça de ce genre de choses. D’accord. Il aurait dû puisque soudain, l’eau de son bain se colore d’une couleur cuivrée fort sombre alors que quelques bulles troublent la surface de cette couche mystérieuse (sûrement dûes à quelques pets lâchés dans la panique) et que Lord Jean-Mouloud se retrouve paralysé. Derrière lui, sortant de l’ombre, Lord Blackwood apparait et le regarde se noyer avant de lui voler sa chevalière de racaille indiquant qu’il est un chef templier (c’est un ordre très secret, aussi on en affiche son appartenance en toute circonstance grâce à une imposante bagouze bling-bling). Enfin, le meurtrier disparait dans la nuit… ça fait peur.

Un templier incognito

Au petit matin, une femme de chambre indique à la police qu’elle vient de retrouver un Sherlock Holmes en slip menotté à un lit de son hôtel et signale qu’elle aimerait bien que ces messieurs des forces de l’ordre viennent le virer de là, qu’elle puisse faire les draps et aérer la chambre. Ca tombe plutôt bien, puisque le policier qui vient chercher notre héros lui annonce du même coup que dans la nuit, Lord Jean-Mouloud a trouvé la mort d’une manière bien étrange ; ni une ni deux, ils se rendent sur les lieux (Sherlock s’est rhabillé entre-temps, rassurez-vous), et rapidement Holmes découvre d’où a bien pu surgir le meurtrier : un petit cabinet secret (avec un passage qui fait un gros « crrrr » quand on l’ouvre ; oui, Lord Jean-Mouloud dans son bain arrivait à entendre un croassement dans la rue jouxtant sa demeure, mais pas l’énorme « crrr » de son propre passage secret situé juste à côté de lui sans aucun bruit parasite pour le couvrir) contenant divers ouvrages et parchemins supposément magiques. Notre homme les embarque donc pour les étudier au calme.

Mais la nuit venue, il se passe ces choses étranges (plus encore que les précédentes, cela s’entend) sur la cité londonienne endormie, anesthésiée qu’elle est par une diluvienne pluie glacée ; sous celle-ci, une silhouette se faufile : celle de l’ambassadeur des Etats-Unis qui se rend à une réunion de l’ordre du temple. Mais à peine est-il arrivé qu’il découvre une surprise de taille : sous la houlette du ministre de l’intérieur anglais qui anime la soirée, la sauterie laisse rapidement place à l’arrivée de Lord Blackwood qui vient revendiquer sa place de maître de l’ordre en tant que fils de son père. Il explique qu’il veut rendre sa grandeur à l’Angleterre, fonder un empire mondial, faire qu’il dure dix mille ans et là on comprend bien pourquoi il porte sur le dos ce soir un manteau de la gestapo assorti à sa coupe de cheveux : il est une sorte de fasciste-pré-nazi anglais du XIXe siècle, ce qui n’est pas rien. Seul un homme s’oppose à ce qu’il prenne les commandes de l’ordre et se serve de celui-ci et de son réseau pour réaliser ses sombres projets : l’ambassadeur des Etats-Unis, qui sort son revolver pour appuyer son propos. Mais lorsqu’il tente de presser la gâchette, il prend instantanément feu et se defenestre dans la panique ; cela conforte l’autorité de Blackwood, puisque personne d’autre ne veut tester ses pouvoirs de magicien pyromane. Les frères de l’ordre sont donc invités à prêter allégeance à leur nouveau sire et à boire à une sorte de coupe du Graal local pour symboliser cette soumission. La première décision de Blackwood est d’ailleurs de demander au fourbe ministre de l’intérieur qu’il déclare Holmes hors-la-loi et le fasse arrêter, la seconde de proposer que le pudding devienne le plat unique de l’humanité. Quelle cruauté sans limites… ce Blackwood ne respecte donc rien.

De son côté, Holmes poursuit tranquillement son enquête et étudie le cadavre de l’un des larrons qui étaient venus tenter de brûler l’entrepôt du nain roux. Avec l’aide de Watson et de divers gros pétards qui provoquent chez lui des déductions un peu louches mais qui sont toujours justes malgré tout (même si elles sont capilloctractées, mais il faut bien quelques raccourcis scénaristiques), il en déduit que cet homme provenait d’un entrepôt jouxtant la Tamise et qu’il conviendrait d’aller y jeter un oeil. Ni une ni deux, nos deux héros prennent un bateau et infiltrent les lieux où l’on découpe du cochon à foison à coups de scie mécanisée. Alors qu’ils en sont à se demander si tout cela est bien kacher, la voix de Blackwood se fait à nouveau entendre pour lâcher des propos du genre « haha, je suis revenu« , « hou, que je suis maléfique« , « ma magie est surpuissante » ou encore « mes pouvoirs côtoient allégrement ceux de Sylvain Mirouf » ; pour démontrer ses affirmations, Blackwood apparait brièvement derrière nos héros avant de disparaître à une vitesse folle. Puis, il se décide à faire ce que tout méchant doit faire :

« Ha ha ha, Sherlock Holmes, regardez qui est suspendue à ce crochet se dirigeant droit vers les scies à cochons : votre amie Irène ; pourrez vous la sauver d’une mort affreuse ? Ho ho ho, quelle cruauté et surtout, quelle originalité ! Je suis formidable ! »

Puis toute la mécanique se met en marche et Irène se dirige droit vers les scies mécaniques. Aussi incroyable et surprenant que cela puisse paraître, elle échappe cependant à son terrible sort puisqu’elle est sauvée par Holmes & Watson. Vraiment, je ne m’y attendais pas.

Holmes & Watson se demandant dans combien de films on a déjà fait ce coup-là

Allez, c’est pas tout ça, mais il est encore temps de poursuivre Blackwood ; celui-ci est en effet en train de s’enfuir mollement à bord d’un bateau à vapeur qui fait pout-pout. Malheureusement, Watson qui court sur le quai pour le rattraper déclenche par accident un piège de Blackwood sous la forme d’un détonateur relié à…disons… toutes les caisses du quai qui étaient bourrées de poudre, soit approximativement une centaine, toutes juste à côté de lui. Ca détruit le quai, en partie le bâtiment, propulse Holmes & Irène à 50 mètres en arrière…fondu au noir.

Quelques temps plus tard, Sherlock est réveillé par un de ses potes flic qui lui apprend qu’il est désormais recherché et lui demande de fuir. Il lui explique brièvement que non, Watson n’est pas mort malgré la quantité d’explosions suffisantes pour transformer un troupeau d’éléphants en petit tas de cendres. Et Sherlock constate qu’Irène a disparu. Ni une ni deux, malgré le fait que lui aussi aie souffert des explosion, il s’enfuit en bondissant avec la grâce du cabri. Comme quoi, finalement, ces explosions, ce n’était pas grand chose, à peine un peu de sons et de lumières.

Notre fier détective décide donc d’accélérer un peu l’enquête en allant se cacher dans une petite chambre perdue dans Londres pour y étudier les livres qu’il avait piqué dans le cabinet secret de Lord Jean-Mouloud. Car oui, il les avait toujours sur lui, et non, l’explosion du quai n’a même pas corné une page ou sali la couverture. Il procède donc à un rituel issu d’un livre et forme au sol pentacle, croix, photos de Madame de Fontenay et autres figures sataniques. Lorsqu’il a achevé le rituel, Watson et Irène arrivent dans sa cachette et constatent qu’il a tout salopé le parquet à coups de craie, un coup à ne pas récupérer sa caution, tiens. Watson qui, d’ailleurs, a juste un bras en écharpe, et seulement durant un plan , car six secondes plus tard, il est à nouveau frais et pimpant. Cette explosion, décidément, c’était très surfait. Ou alors nos deux héros régénèrent leurs blessures à une vitesse surhumaine, allez savoir.

En tout cas, Holmes explique à ses deux invités qu’il a compris le plan de Blackwood, et qu’il sait même où sera le prochain meurtre, car en prenant une carte de Londres et en y affichant la position des cadavres de Blackwood (tiens ? Comment Holmes a t il su où l’on avait retrouvé les cadavres des meurtres dont seuls les membres de l’ordre avaient la connaissance ? On ne le saura jamais), il obtient pile poile une figure semblable au sigle de l’ordre simili-templier, à laquelle il ne manque qu’un meurtre dans un seul endroit pour la compléter : le parlement (quelle coïncidence, il ne manquait plus qu’un seul endroit, pas besoin de jouer aux probabilités !). Ho !

Cette discussion est interrompue par l’arrivée d’une horde de bobbies casqués menés par Lestrade, et Holmes a juste le temps de dire à Watson et Irène de fuir par une trappe tout en leur donnant des instructions sur papier pour la suite (car il a déjà un plan). Et une partie de son plan génial consiste à se faire arrêter par la police. Il attend donc Lestrade de pied ferme et se laisse volontiers menotter, puisque décidément il aime ça. Et est donc emmené directement au ministère de l’intérieur, où il demande à parler seul à seul avec le ministre, ce que celui-ci accepte. Là, une scène merveilleuse s’engage, puisque le ministre, pourtant au courant que Sherlock Holmes est à la fois doué, filou et son ennemi, décide de lui faire toute la conversation (où il révèle évidemment tous ses plans en détails)… en lui tournant le dos. Chose que le héros avait prévu semble t-il (il peut prévoir plusieurs heures à l’avance quand et comment les gens vont agir de manière incohérente ? C’est…étonnant, comme pouvoir), puisqu’il en profite pour fermer la trappe de la cheminée, la fumée ne sortant donc plus par la voie habituelle, elle envahit alors le bureau du ministre. Du coup, lorsque ce dernier se retourne enfin, il ne voit plus Holmes, remplacé par un épais brouillard ; il se saisit donc d’un scattergun (une sorte de petit pistolet/fusil à double canon scié) et commence à chercher notre détective dont seule la voix se fait entendre… ils conversent quelque peu, et le ministre finit par lâcher que oui, il va y avoir un gros attentat au parlement réalisé par son maîîître Blackwood. Sherlock Holmes, qui a profité de tout cela pour tranquillement s’asseoir visiblement sur une chaise derrière le ministre qui guette encore ce qui pourrait sortir de la fumée de la cheminée, le remercie alors pour lui avoir confirmé l’info et s’enfuit en sautant par la fenêtre directement dans la Tamise en évitant les tirs du templier colérique. Il contracte donc d’un coup d’un seul la peste et le choléra, tant la Tamise est polluée (sans compter les gens qui y coulent des navires en construction), avant de monter à bord d’un navire où l’attendaient Watson et Irène. Aucun des deux ne lui fait remarquer que son plan était pourri, en particulier le passage où, au lieu de sauter rapidement et sans se faire voir par la fenêtre, il remercie le ministre histoire de bien se faire tirer dessus avec une arme qui remplit l’air de plomb à courte portée. Mais tous les plombs l’ont évité, un miracle, probablement. En attendant, ils prennent la route du parlement pour en infiltrer les égoûts, où devrait se situer l’équipe terroriste qui prépare l’attentat selon les propos du ministre.

Le célèbre ministre qui tourne toujours le dos à ses interlocuteurs

Et effectivement, dans les égoûts, une équipe de vilains (dont le géant contre lequel Sherlock avait combattu) surveille une énigmatique machine, rapidement identifiée comme étant une machine à gaz radiocommandée que le nain aurait préparé dans son atelier à la riante époque où il ne nourrissait pas les asticots. Alors oui, ce génie avait inventé le taser, les gaz de combat et la radiocommande mais il vivait dans la misère et travaillait pour un méchant de série Z. Pourquoi pas. En tout cas, Irène, Watson et Holmes attaquent les gardes et les rossent violemment. Au-dessus d’eux, dans la salle du parlement où sont réunies Chambre des Lords et Chambre des Communes, Lord Blackwood fait une apparition publique remarquée en faisant fermer les portes de la salle avant de commencer un discours sur le reich de 1 000 ans qu’il prépare pour la Grande-Bretagne. Il explique aussi que tous ceux qui ne sont pas avec lui mourront au douzième coup de midi… et en effet, au douzième coup, il appuie sur la télécommande qu’il a dans son dos et… ach ! rien ! Holmes et sa bande ont désamorcé sa bombe à gaz ! Lui qui avait tout prévu en s’immunisant juste lui et ses potes templiers en les faisant boire l’antidote dans l’espèce de coupe du Graal en leur faisant croire que c’était juste un symbole d’allégeance ! Il s’énerve donc et part en marmonnant quelques jurons vers les égoûts, qui sont visiblement très bien desservis depuis la salle principale du parlement britannique pour les jours de colique collective.

Suite à diverses courses poursuites entre les principaux protagonistes, Blackwood finit par sortir des égoûts pour déboucher au sommet de Tower Bridge en construction où sont déjà Holmes et Irène. Là, le combat final s’engage, où Irène est rapidement mise hors-de-combat avant que Blackwood ne succombe à son tour à un terrible coup du sort : à force de batailles et de vibrations, poulies et chaînes se balancent sur le chantier et par un incroyable hasard, elles finissent par former un noeud autour du cou de Blackwood qui finit ainsi pendu – pour de bon – au-dessus de la Tamise comme un bon vieux pirate. Dans l’intervalle, Sherlock a eu le temps de révéler tous les secrets de la soi-disante « magie » de Blackwood :

- Il a « envoûté » des prisonniers en les payant pour faire semblant et ainsi effrayer les autres

- Il est sorti de sa tombe en faisant briser par avance la pierre de quatre tonnes qui couvrait sa sépulture et en recollant les fragments avec une colle qui disparait sous l’effet de la pluie (ha oui mais dans ce cas, il aurait dû prendre les 4 tonnes de pierres sur la gueule, et non les écarter vers l’extérieur, non ? Oubliez.)

- Il a tué son père grâce à un produit paralysant tout bête qu’il a versé dans son bain

- Il a fait prendre feu à l’ambassadeur des Etats-Unis en sabotant son revolver et en ajoutant à cela un bidon de liquide inflammable qu’il a déversé sur lui pendant qu’il pleuvait, ainsi il n’a rien remarqué (attendez, il n’a rien remarqué ? et la pluie n’a pas rendu la prise de feu plus difficile ?)

Puis, Sherlock réveille enfin Irène qui était un peu assommée, et celle-ci, après avoir avoué qu’elle kiffait grave sa race l’enquêteur londonien lui révèle l’identité de son mystérieux commanditaire qu’elle refusait jusqu’ici de dévoiler : le professeur Moriarty. Bon, il reste un dernier mystère à éclaircir : comment Blackwood avait il survécu à sa première pendaison ? Après une petite expérience de retour à Baker Street, Sherlock a la réponse : grâce à un discret harnais et à un élixir lui permettant de simuler la mort histoire de feinter le légiste (« Watson, espèce de grosse quiche ! » – « Uiii, mais il bougeait pu ! Et pis il était tout froid !« ). Mais tout cela est rapidement interrompu par l’irruption d’un policier (ça n’arrête pas, entre ça et les passages avec des menottes, c’est terrible) qui révèle que l’affaire ne semble pas tout à fait terminée : on a retrouvé le cadavre d’un bobby qui venait en renfort dans les égoûts à la suite de Holmes et Watson ; celui-ci a été tué à bout portant par une arme de petit calibre : le genre exact de celle dont dispose le professeur Moriarty pour repousser les malotrus. Mais que venait faire Moriarty dans cette histoire finalement ? Et bien une chose toute simple : il venait voler le système de radiocommande de la machine à la fin de la bataille pour le revendre une fortune parce que quand même, c’est révolutionnaire ce truc.

« Watson, ne bougez surtout pas : je crois qu’il y a une femme juste derrière moi »

Et donc, sur cette ouverture d’une originalité formidable : FIN.

Tiens, j’y pense : si au lieu de faire tous ces efforts pour revenir d’entre les morts, Blackwood avait déployé les mêmes pour ne pas se faire chopper, n’eut-ce point été plus simple et efficace ? On ne le saura jamais. En attendant, j’attends avec impatience la sortie du film Sherlock Holmes où c’est un détective, pas un ninja.

Pas sûr qu’il sorte de suite.