Il existe bien des moyens de crier au monde que vous êtes seul.

Vous enfermer pour écrire de brûlants poèmes sur le monde qui va mal, vous retirer dans un monastère pour vous trouver dans la prière ou plus prosaïquement, utiliser Google +, bref, ce ne sont pas les méthodes qui manquent. Pourtant, depuis quelques temps, une pratique solitaire qui n’est pas – encore – réprouvée par le Pape fait son chemin : le selfie. Jour après jour, jeunes gens et vedettes se prêtent à ce hobby innocent et inondent le net de photographies toutes plus relayées les unes que les autres alors que le phénomène n’a de cesse de prendre de l’ampleur.

Aussi, et comme mon éducation de gentleman me pousse à aider mon prochain, particulièrement quand il s’agit de faire une connerie, aujourd’hui je vous propose d’apprendre à réussir votre propre selfie, tout seul comme un grand.

Inutile de me remercier : je sais que vous l’espériez secrètement.

Prêts ? Alors en route.

Réussir son selfie (sans aide)

Définition du selfie

Le selfie, prononcez "Sel-fi", est un nom masculin qui désigne l’art de se prendre en photo seul, de préférence devant un fond inintéressant au possible, pour ensuite partager le tout avec le maximum de monde via les réseaux sociaux. A noter que le selfie peut aussi être pratiqué à plusieurs, ce qui est un contre-sens complet, mais comme c’est un concept déjà très con en soi, on ne va quand même pas lui demander de tenir la route au moins le temps de sa propre définition.

Exemples :

"Bonjour Madame de la propriété intellectuelle, j’aimerais déposer un concept consistant à partager des photos plus ou moins ratées de soi sur un fond moche. Ça s’appellerait le selfie.
- Désolé Monsieur, un certain Jean-Jacques Photomaton est passé avant vous et a breveté le concept, il faut partir maintenant."

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"Ce qui est bien avec les selfies, c’est que le jour où je réussis mon coup d’état, j’ai toutes les photos des gens à éradiquer."

"Je déteste les gens égocentriques, putain. Tiens au fait, j’ai refait des photos de moi, tu en veux ? J’adore les selfies !"

Histoire

Une légende urbaine voudrait que le selfie soit une activité récente née avec l’arrivée des smartphones et de Twitter, permettant ainsi de poster aisément des photos entre deux messages portant sur les retards du RER B, le programme télé ou autres messages essentiels qui font de Twitter un site incontournable pour s’informer ou subir une lobotomie, c’est selon. Pourtant, il faut savoir que le selfie est une pratique bien plus ancienne qu’on ne veut bien le croire. Ainsi, récemment, le cardinal Gianfranco Ravasi déclarait depuis le Vatican (et c’est véridique) que Jésus était "le premier utilisateur de Twitter puisque celui-ci s’exprimait principalement par des phrases concises de moins de 140 caractères". Ce serait sous-estimer l’homme au périzonium (c’est le nom latin de son slip, ignorants) puisque rappelons qu’il faut ajouter à ces phrases courtes le fait que Jésus parlait souvent dans le vide, avait des followers et que le jour où son compte s’est fait bannir pour non respect des conditions d’utilisation de l’époque, ses dernières paroles furent "Je quitte, j’appuie sur la croix #lol #xptdr". Ne manquait plus à son palmarès qu’un selfie : l’homme nous a livré le premier de l’Histoire, et accessoirement le plus relayé.

A noter que tant qu’à parler de créatures magiques qui reviennent d’entre les morts, d’autres tenteront de copier le succès du fameux pionnier du selfie mais sans jamais égaler son succès.

Par la suite, bien évidemment, l’évolution de la technologie permettra à de petits nouveaux de se lancer, comme Gustave Courbet (à ne pas confondre avec Julien) et son célèbre autoportrait, nom technique donné au selfie quand on a que de la gouache sous la main, puis avec l’arrivée de la photographie, chacun pourra se prendre en photo chez soi dans une sorte d’onanisme pictural des plus impressionnant. Mais le phénomène n’explosera tel un pétard dans une bouse que lorsque les réseaux sociaux s’ouvriront et ne seront plus, par exemple, uniquement réservés aux fils de Dieu, ces gros chouchous.

Méthode

Comment faire pour vous aussi rejoindre la communauté des pratiquants de cet art étrange ? Comment réussir, à votre tour, à vous humilier publiquement ? Rassurez-vous, aucun talent particulier n’est nécessaire. Aucun talent tout court d’ailleurs. C’est même souvent à cela que l’on reconnaît les pratiquants.

1. Trouver le sujet

Il est dit qu’en matière d’art, trouver son sujet est la partie la plus difficile. Heureusement, il existe une méthode simple pour trouver le sujet de son selfie, un questionnaire permettant de se dépatouiller. Allons-y donc.

1) Sais-je qui je suis ?

A) Oui, je suis plutôt certain.

B) Tout le monde sait qui je suis.

C) Non : je pensais par exemple être quelqu’un de gauche, mais je viens de découvrir que j’étais au gouvernement.

2) Suis-je un sujet intéressant ?

A) Non.

B) Oui.

C) Je viens de vous dire que j’étais au gouvernement, je pense que ça répond à la question.

3) Ai-je quelque chose de particulier à montrer ?

A) Non.

B) Oui : blessure de guerre, chirurgie faciale ou habile cadrage qui montrera par accident mon décolleté fourni.

C) Plus depuis mai 2012.

Si vous avez un maximum de A :

Vous n’avez rien à dire et rien à montrer ? Bravo, vous êtes le candidat idéal pour un selfie. Avec un profil pareil, vous êtes probablement particulièrement actif sur les réseaux sociaux par ailleurs, ce qui ne fait de vous qu’un meilleur sujet pour cette pratique solitaire. Vous êtes donc prêt pour faire des photos de vous-même vous-même, si je puis dire.

Si vous avez un maximum de B :

Vous avez quelque chose à montrer, du coup, on pourrait vraiment penser que vous avez de bonnes raisons de prendre une photo de votre personne. Ce qui retire une grande partie de l’intérêt du selfie, qui est, pour rappel, qu’il n’en a aucun. Réfléchissez donc bien à ce que vous allez faire.

Si vous avez un maximum de C :

Vous n’avez franchement pas de bol.

Si vous avez un A, un B et un C :

Vous êtes probablement un lecteur qui se fout de la gueule du monde. Je note votre nom.

Ici, un selfie de 1914 raté : en effet, un fantôme y a fait du photobombing, donnant de l’intérêt à l’image. On peut donc parler d’un échec.

2. Trouver l’endroit

Maintenant que vous avez décidé de vous prendre en photo, encore faut-il trouver l’endroit où le faire. Il existe plusieurs grandes écoles :

  • Le lieu incroyable

Monument historique, manifestation populaire ou rencontre au sommet : autant d’endroits où une photo pourrait intéresser des gens de manière générale, ce qui en fait une excellente raison pour à la place, prendre une photo de vous qui cache la moitié de ce qu’il y a à voir. C’est vrai, quoi, entre votre binette et l’endroit où vous êtes, qu’y a-t-il de plus important ? Rappelons l’argument phare des amis du selfie : "Oui mais je prends cette photo pour montrer que j’y étais à mes amis." Certes, mais d’habitude, les amis sont généralement des gens qui n’exigent pas de preuve photographique quand vous leur annoncez être allé quelque part. Sinon, n’hésitez pas à leur fournir la vidéosurveillance du supermarché quand vous leur racontez être allé faire les courses, hein.

Logique

Récapituler, c’est important.

  • Le chez vous

Quand on a nulle part où aller, chez soi, c’est pas mal non plus (d’où une pratique du selfie très limitée chez les SDF, CQFD). Le selfie peut alors prendre tout son sens, puisqu’à partir du moment où vous vous photographiez à domicile, et étant donné le peu d’intérêt de votre personne, tout l’Internet va jouer à son jeu préféré : chercher le détail qui tue dans l’image. Poster de Garou, ordinateur de 1997 ou slip qui traîne, le selfie devient simplement une nouvelle page du grand "Où est Charlie ?" quotidien du web. N’hésitez donc pas à disposer sur l’image divers objets plus ou moins discrets qui feront la joie de tous ces travailleurs qui, au lieu de faire leur tableau Excel, sont en train de ne rien branler sur Facebook. Vous illuminerez leur journée. Avec un peu de bol, ils vous enverront un Powerpoint avec des oursons pour vous remercier avec en objet "Fw : Fw : Fw : A lire absolumant !!!!". Vous serez entre gens qui se comprennent.

  • Les toilettes/la salle de bain

Lieu préféré de la plupart des amateurs de selfie, c’est un classique. En effet, on y trouve généralement en miroir qui permet de faciliter la prise de la photo, et il est donc aisé d’y réussir ses plus belles images. A noter cependant qu’il est recommandé d’utiliser des salles d’eau privées, puisque si jamais vous prenez 20 minutes dans des toilettes publiques pour saisir toute la majesté de votre binette, vous risquez d’entendre derrière vous les plus grands morceaux de Bach rejoués par des instruments organiques : cela pourrait quelque peu vous déconcentrer. Ou même votre présence pourrait elle aussi gêner le pauvre homme qui gémit en priant pour votre départ dans l’espoir de pouvoir relâcher ses flancs sans se synchroniser avec des toussotements. Je sais que vous l’avez fait l’autre jour chez des amis. Inutile de nier.

3. De l’importance du cadrage

Vous êtes fin prêt et dans un lieu où vous pensez qu’il sera essentiel de prendre une photo de vous ? Excellent, vous pouvez donc passer à la suite : le cadrage. Là encore : pensez mauvais.

Appareil tenu de travers, bout du menton qui n’est pas dans le cadre, centrage merdé, allez-y de bon cœur et utilisez ce moyen mémotechnique simple : "Que ferait Michael J. Fox à ma place ?". Vous aurez alors tous les secrets d’un cadrage de selfie réussi. Pour vous Mesdemoiselles, vous pouvez aussi penser "Que ferait Sophie Marceau à ma place ?" si votre objectif est juste de montrer, par le plus grand des hasards, un bout de décolleté. Et de le diffuser sur Twitter. Petites prétentieuses, je suis outré (et pas seulement parce que je ne suis pas dans la boucle).

4. Prendre la pose.

Si à l’étape précédente, nous pensions Michael J.Fox ou Sophie Marceau, à celle-ci, la règle est simple : pensez Frères Bogdanov. Bouche en cul de poule, tête qui fait peur ou plus simplement grimace supposément mignonne mais en fait tout simplement du genre à faire se liquéfier les intestins d’un chaton à sa seule vue, faites-vous plaisir, encore une fois, ce n’est pas comme si vous cherchiez à faire une photo réussie, c’est même plutôt l’inverse.

Quelques exemples parmi les plus populaires :

"Je plisse un peu les yeux, la bouche entrouverte, on dirait que je fais de la compta."

"Pfou, je viens juste de me lever, quelle coïncidence, je suis déjà coiffée et maquillée au réveil !"

"Je regarde ailleurs en faisant semblant que je n’ai pas remarqué que ma main prenait une photo. Quelle coquine cette main, elle fait tellement de choses seule que je… je… restons-en là." 

"Je ne sais pas comment j’ai réussi à avoir l’air étonné tout seul, c’est étonnant."

Et bien évidemment, le célèbre "Je suis super pensif, je ne pense déjà plus à ce selfie, je suis bien trop occupé" (aussi appelée "la BHL")

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"Comment ? Un photographe vous dites ? Non, je n’ai rien remarqué : j’étais tellement occupé à penser au concept de liberté, là, tranquillement installé sur cette barricade de Kiev où je passais par hasard…"

5. Partagez !

Vous avez réalisé toutes les étapes précédentes ? Excellent, vous n’avez plus qu’à hurler à la face du monde que vous manquez de talent, d’imagination et de sens commun : les réseaux sociaux n’attendent plus que vous !

F.A.Q

J’ai un ami photographe qui fait d’excellents selfies, puis-je lui demander conseil ?

Oui : s’il en est à se prendre lui-même alors que son métier c’est de faire exactement l’inverse, c’est que ça doit être une sacrée buse en manque de clients. Vous pouvez vous tourner vers lui, je pense qu’il a tout ce qu’il faut pour vous apprendre à être mauvais.

Je suis d’accord avec vous : je déteste les selfies. Je demande toujours à quelqu’un d’autre de prendre la photo.

C’est vrai que le problème de fond, c’est l’empreinte digitale sur le déclencheur, vous avez raison.

Même les stars d’Hollywood font des selfies ! C’est que ça doit être bien quand même, non ?

On parle bien des gens dont le métier est d’apparaître dans des trucs ratés ? Je dis ça comme ça, hein.

Qu’est-ce qu’il y a de mal à poster des photos de soi ?

Ah non mais rien : c’est le fond de commerce des blogueuses mode, c’est donc probablement une excellente idée.

De toute façon, vous êtes juste jaloux.

C’est vrai : je déteste quand on arrive à faire plus égocentrique que moi.

Puisque certains lecteurs se permettent honteusement d’insister pour avoir les spoilers des trois films du Seigneur des Anneaux, et que mon clavier rendrait probablement l’âme après la fin du premier film, je vous propose aujourd’hui l’exercice ludique et annuel de ce blog, à savoir une humble page Facebook pour résumer pas mal de choses d’un coup.

Alors, maintenant, que je ne vous entende plus réclamer sinon ça va barder, ah mais.

Non, "barder". Pas comme dans Bard, bande de geeks.

Bon bref : cliquez donc pour y jeter un œil.

Et oui, il y a de l’auto-référence : je ne voudrais pas que ma modestie me perde.

Fb Sauron aperçu

C’est quand même autrement plus rapide que 10 heures de film. Et il y a moins de travellings.

Aujourd’hui, Luc, 53 ans, de Paris me fait suivre ce courrier

"Bonjour Monsieur Connard,

Je suis très déçu : bien que suivant avec attention votre site, je note que cela fait presque plus d’un mois qu’il n’y a pas eu de spoiler. Or, étant très intéressé par les productions cinématographiques de qualité (particulièrement la série des Taxi), je dois vous dire que je trouve relativement peu d’intérêt à vos autres articles. Pourriez-vous m’expliquer, Monsieur, pourquoi vous passez plus de temps à taper sur les féministes en ce moment qu’à aller, je ne sais pas moi, voir Skyfall par exemple ? Je dois vous avouer que je suis plein de désarroi. De gras aussi, mais là n’est pas la question.

Espérant une prompte réponse,

Cordialement,

Luc

P.S : je vous interdis de critiquer Yamakazi"

Cher Luc, je comprends tout à fait votre désarroi (laissons le gras de côté, vous avez raison) : moi-même, je suis fort triste de ne pas avoir plus l’occasion de me rendre au cinéma ces derniers temps, mais si vous voulez mon bon, le problème est aussi qu’il semble que depuis la mort de Jean-Luc Delarue, un petit groupe de femmes se soit emparé de sa réserve de coke (il a fallu louer un camion chez Kiloutou pour l’occasion) et ait commencé à en faire une consommation abusive. Puisque vous connaissez mon mépris pour tout ce qui ne porte pas un chromosome Y, vous imaginez bien qu’il y a certaines choses que je ne peux laisser impunies, puisqu’il semblerait que ces derniers temps, il y ait quand même une sacrée production de n’importe quoi venant de certains groupes. Tenez, par exemple, regardez ce que l’on m’a envoyé l’autre jour :

Supprimons le 1 et le 2 dans le numéro de Sécu

Une merveilleuse tribune publiée dans Libération écrite par Chris Blache, membre du collectif féministe "La barbe" en hommage aux sapeurs de la légion je suppose, et accessoirement, ancienne conseillère d’Eva Joly. Et vous allez voir que lorsque l’on tombe sur ce genre de chose, on commence à mieux comprendre certains scores à l’élection présidentielle.

Mesdames : voici l’ennemie. Non, pas la dame : le carré vert. Concentrez-vous un peu sinon on ne va jamais y arriver.

Mais assez disserté : disséquons l’animal et écoutons donc Mme Blache nous expliquer pourquoi nombre d’entre vous ont dans leur portefeuille une carte crypto-fasciste dont le seul but est d’assister le pouvoir dominant mâle à écraser sous sa botte les droits des femmes. Si, si. Mais chut, vous allez voir, il n’y aura pas besoin de faire de calembours, tant finalement, cet article est une sorte de stand-alone guère complexe, comme on dit dans le milieu des joueurs à boutons. Bref : en route.

L’attribution des chiffres 1 ou 2 dans le numéro de la Sécurité sociale impose, dès la naissance, une hiérarchie explicite : en tête, le masculin, en éternel second, le féminin.

Oui, jeunes gens, vous ne le saviez sûrement pas, mais dès la naissance, dans une quelconque administration, une créature faite de testostérone et de flammes éclate d’un rire diabolique en choisissant de vous attribuer un numéro de sécurité sociale, car de cette manière, elle va vous hiérarchiser, et rappeler à chaque petite fille qui naît qu’elle n’est qu’une victime, un numéro deux, une roue de secours comparée à un mâle.

Bon, on inverserait les numéros, vous pourriez être sûr que l’article commencerait par "mathématiquement, le 2 est supérieur au 1 : comme toujours, les mâles se le sont donc attribués, pour rappeler à la femme sa sous-valeur…". Mais évidemment, ce n’est qu’une théorie, hein, ce n’est pas comme si cet article était déjà du n’importe quoi. Mais, allez-y : Mesdemoiselles, regardez bien votre carte Vitale. Concentrez-vous.

Ça y est, vous la voyez l’oppression masculine ? Bon, alors continuons.

Cet héritage installe avant même nos premiers pas dans la vie, d’un côté la confiance, de l’autre le doute.

Ne me demandez pas pourquoi : 1, c’est la confiance, 2, c’est le doute. Nous n’en sommes qu’à la deuxième phrase, et nous avons déjà quitté l’argumentation logique pour entrer dans les terres enchantées du pipeau.

Remarquez, si : 2%, c’est le score d’Eva Joly à la présidentielle. Avec des conseillères pareilles, pour sûr que ça ferait douter à peu près n’importe qui. Ça se tient, au temps pour moi.

Numéro «signifiant», c’est-à-dire non aléatoire, ce numéro nous qualifie dès notre inscription à l’état civil, et impose à travers sa première colonne déterminant le sexe, une hiérarchie symbolique et une dualité qui range les unes et les autres dans deux catégories étanches, que l’on oppose.

Oui, des catégories que l’on oppose. C’est important de le préciser, parce qu’en fait, on aurait pu penser que 99,9% de la population n’en avait strictement rien à faire. Mais ouvrir de nouveaux supposés fronts de guerre entre les sexes au nom de la lutte contre le sexisme, on sent là-dessous une puissante cohérence, que dis-je, un monument de réflexion et de schnouf. Heureusement qu’il n’y a pas d’autres sujets plus intéressants à traiter, ouf.

Et, en dépit de la création récente d’un chiffre 3 pour représenter les identités transitoires, cette première colonne n’en reste pas moins un outil de classification à la fois, suspect dans sa volonté de nous identifier à tout prix comme «appartenant à», et stigmatisant dans sa façon de nous définir selon des critères binaires et hiérarchiques.

Pire encore, Chris va bientôt découvrir que sur sa carte d’identité, les autorités du IIIe Reich Of The Balls ont fait tamponner un imposant "F" comme Francis Lalanne à côté de la case "sexe" alors que dans le même temps, les hommes ont le droit à un "M" comme Moriarty, ce qui une fois encore, relègue la femme comme inférieure à…

Hem, pardon. De la stigmatisation donc ! Oui ! Un apartheid ! On attend avec impatience le moment où l’auteur va expliquer fièrement la puissance de son combat à sa coiffeuse, avant de repartir en ayant payé trois fois le prix que paie un homme au motif qu’elle est une femme sans poser de questions.

Le Führer du Reich of the Balls, sentant bien que son complot maléfique vient d’être éventé

Elaboré en 1934 et mis en place en 1941 à des fins militaires par la Société nationale des statistiques – devenue l’Insee en 1946 –, ce numéro de matricule est né asexué, ou plus exactement, masculin. Le numéro Carmille – du nom de son concepteur – avait pour fonction de recenser les hommes valides pour une mobilisation rapide. La colonne qualifiant le sexe, avec les chiffres 1 pour les hommes et 2 pour les femmes, fut rajoutée a posteriori pour cacher sa fonction stratégique et lui donner une apparence civile. En 1945, le numéro Carmille devient le numéro de Sécurité sociale, outil au service de l’économie planificatrice de l’après-guerre.

Ou outil au service du recensement, allez savoir. Mais c’est beaucoup plus rigolo dit comme ça.

En transformant l’unité familiale, avec l’homme comme chef de famille, en produit statistique, l’Insee installe durablement dans notre ADN un «signifiant sexué» qui calcifie aujourd’hui encore notre modèle social.

Continuez de regardez votre carte Vitale très fort les enfants : vous la sentez, la puissance rayonnante du chef de famille ? Messieurs, essayez : rentrez dans un lieu essentiellement fréquenté par des femmes, comme leurs vestiaires à la piscine ou le rayon "littéraire vampirique" à la Fnac, puis brandissez votre carte en hurlant "PAR LE POUVOIR DU CHROMOSOME Y, JE TE DOMINE !" ; aveuglées par la puissance de votre numéro de sécu, les pauvres femelles se mettront en boule au sol en implorant votre pardon, voire plus si vous avez exhibé en même temps vos abdominaux d’acier.

Mesdemoiselles, n’essayez pas de faire l’inverse : si vous brandissez votre carte au milieu d’une tribune de supporters du PSG par exemple, vous risquez juste de finir au fond d’un fût à bière. Mais là n’est pas le sujet, puisque notons que le raisonnement va jusqu’au bout : l’Insee installe des trucs dans notre ADN.

Ce qui signifie par exemple que si vous grattez le premier numéro sur votre carte et que vous le remplacez par un 1 ou un 2, vous changez instantanément de sexe. Et si vous le remplacez par un 4, probablement même que vous devenez un X-Men. L’Insee, c’est surpuissant.

Et l’on voit combien la formalisation de ces normes continue de faire obstacle à une transformation sociétale pourtant en marche depuis la fin des années 50. Nos modes de vie ont en effet remarquablement évolué. Solo, homo, en couple, avec ou sans enfants, les individus se marient ou non, se pacsent, divorcent. Les familles se recomposent, ou pas

C’est à cet instant précis que le lecteur malicieux s’exclame "Quel rapport avec la choucroute ?" (la lectrice est toujours en train de gratter sa carte pour remplacer le 2 par un 1 et ainsi gagner 25% de salaire en plus). Non parce que, jusqu’ici, on a rarement vu le numéro de sécurité sociale huler "JE M’Y OPPOSE !" durant un mariage, engager un avocat pour pourrir votre divorce, voire faire des remarques homophobes (enfin si, si vous tendez très fort l’oreille tout en reniflant du mazout, des fois, il murmure des obscénités quand même).

Une choucroute. Techniquement, cette image est plus pertinente sur n’importe quel sujet que l’auteure sur le sien.

L’unité familiale construite sur le modèle patriarcal a vécu, pourtant les normes ont survécu. A travers ces qualifiants, une histoire de domination a bien été organisée et officialisée par l’état civil.

Ce qui est tout de même formidable dans ce genre de phrase, c’est cette espèce de crypto-conclusions façon "Comme je viens de l’expliquer, j’ai raison". Oui ? A quel endroit quoi que ce soit a t-il été prouvé ? Ah bin nulle part en fait. Mais, c’est probablement un détail.

Une histoire à lecture unique qui rend non seulement irréaliste, mais souvent inimaginable, la possibilité pour les unes, comme pour les autres, de se projeter ailleurs que dans des rôles assignés.

"Inimaginable" Mesdemoiselles. Les filles, pour vous, il est impossible de penser à autre chose qu’à une vie de soumission passée entre cuisine et lit conjugal. Vous pouvez essayer, mais lorsque cela arrive, vous vous faites tabasser par votre numéro de sécu jusqu’à ce que vous n’ayez plus qu’une envie : aller faire la vaisselle en couinant.

Pour rappel, la personne derrière cet article veut lutter contre le sexisme. En expliquant qu’il est inimaginable pour une femme de faire des projets autres que d’être bobonne.

Nos identités dépassent pourtant largement ces deux catégories et ne sont conditionnées à notre sexe, que par des habitus, voire des diktats dont il s’agit de se débarrasser urgemment. En ce sens, nous sommes toutes et tous des 3. Des êtres complexes et en transition constante, dont aucune des trajectoires n’est identique, linéaire ou définitive. Alors, ni une ni deux, supprimons les classifications !

Cette conclusion ne me donne qu’une envie : celle de vous dire qu’en ce moment, j’ai l’impression que dès que je veux parler d’autre chose que de combats stupides étiquetés "féministes", il y en a toujours une pour pondre une nouvelle tartine façon appeau à bâches.

Alors, je vous en conjure Mesdames : pour le bien de ce blog, arrêtez. Occupez-vous sur des sujets moins importants, comme, je ne sais pas moi, l’égalité salariale ? Non parce que c’est sûrement un détail, mais il n’empêche que j’ai beau fouiller vos sites, ça fait un bail que vous n’en parlez plus. Tout a dû se régler pendant que vous étiez sur le "Mademoiselle/Madame" j’imagine, ou le complot de l’éclairage urbain.

Aussi, ne t’inquiète pas mon petit Luc : dès la semaine prochaine, nous revenons au cinéma, avec un film qui parle de ce qu’il se passe lorsque l’on utilise le mauvais shampooing durant 30 ans : Loopers.

Chhht. Savourez-moi cette bande-annonce, et comptez le nombre de fois où le scénario se vautre déjà lamentablement.

Maintenant, imaginez le film.

Oui : moi aussi, je crois que je suis impatient.

La nuit était encore jeune.

Par la fenêtre aux volets grands ouverts, les nuages gris et bas avaient achevé de dissimuler les étoiles, formant une immense couche molle qui tout en cachant la voute céleste, reflétait les lumières orangées de la ville. Un léger courant d’air sortait du radiateur, faisant trembler les figurines d’origami qui encombraient les étagères du petit studio étudiant. Ça et là, d’anciennes affiches de concerts depuis longtemps terminés couvraient les murs aux couleurs dégradées, et parfois, sous le pli d’un recoin de corné, on pouvait voir paraître un trou dissimulé à la va-vite par ce camouflage de papier glacé.

La tête profondément enfoncée dans l’oreiller, Charlène détourna les yeux de ce curieux ciel orangé pour observer l’affiche qui lui faisait face ; sur celle-ci, le héros d’un quelconque film semblait l’observer de ses petits yeux ronds depuis l’abri d’une imposante capuche ; se tournant sur sa gauche, elle sentit le corps de son compagnon se gonflant à chaque inspiration ; le simple fait de voir par la fenêtre le ciel hivernal lui avait donné froid : aussi vite qu’elle le put, elle se glissa jusqu’à lui et se colla à sa peau dont émanait une douce chaleur. Elle eut un petit rire en s’accolant à ce curieux chauffage, et murmura à l’oreille de celui qu’elle soupçonnait de ne pas dormir.

"Cette nuit était… extraordinaire.
- Hmm ? Je sais.
- Je voulais te dire que… je… je t’aime.
- Hmmm…
- Cela fait quatre ans que nous sommes ensemble, et tu vois, ce soir, j’ai l’impression que tu as encore trouvé quelque chose de nouveau à me révéler… une facette de ta personnalité. Une part de toi qui m’était inconnue. C’est peut-être parce que je suis un peu pompette, mais, hihihi !
- Hmm hmm.
- Je… vraiment… je… je t’aime Loïc."

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Le dit Loïc poussa une profonde inspiration ; il se tourna, la regarda dans les yeux, et constata qu’elle disait la vérité : elle l’aimait. Malgré l’obscurité, elle nota un curieux rictus sur son visage ; il avait l’air de rire sans produire le moindre son. Elle suivit son regard en voyant que celui-ci se déplaçait, et constata qu’il se portait sur l’affiche qu’elle avait précédemment observée. On pouvait y lire :

"Mission Impossible – Protocole Fantôme"

Quel mystère recelait cette affiche ? Pourquoi Loïc semblait-il s’amuser ? Et si Charlène secouait les draps, là, maintenant, allait-elle comprendre le sens de l’expression "silent but deadly" ? Autant de questions auxquelles il convient de répondre ; spoilons mes bons !

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L'affiche : et pas d'idées, non plus, visiblement. Ou alors trop, mais uniquement des mauvaises

Notre histoire commence par une grise journée, quelque part du côté de la gare centrale de Budapest, au pays du paprika.

Sur le toit d’un bâtiment qui n’avait rien demandé, un bellâtre surgit, débouchant d’une cage d’escalier dans laquelle se trouve moult galopins à sa poursuite, visiblement soucieux de l’abattre (probablement pour d’excellentes raisons, comme par exemple sa coupe de cheveux) ; mais ce n’est pas un problème pour notre jeune fripon que nous appellerons Jean-Jacques, comme le veut la tradition de ce blog (vous en déduisez donc naturellement que l’importance du Monsieur pour la suite sera limitée, et vous avez raison). Dans tous les sens, entre lui et ses poursuivants, ça tire, ça râle, mais comme il se doit dans ce genre de film, même lorsqu’il court en ligne droite deux mètres devant ses ennemis, ces derniers vident leurs chargeurs en le ratant comme de grosses tanches selon le règle dite de "James Bond" ainsi énoncée : "Un personnage anonyme n’a que peu de chance de toucher ou même érafler un personnage ayant un nom, et plus il y a de personnages sans nom au même endroit, moins ils ont de chance de réussir quoique ce soit". Cela étant dit, notre loulou finit par sauter du toit où il se trouvait pour filer en contrebas, s’aidant dans cette manœuvre d’un fameux gadget : une capsule qui une fois jetée au sol, se transforme en gigantesque matelas pour amortir sa chute. Je ne vous cache pas que je veux la même chose dans ma garçonnière, mais passons sur les raisons qui motivent chez moi cette soudaine et déraisonnable envie d’achats (probablement l’approche de Noël).

Après avoir semé les méchants qui voulaient le transformer en pulpe, Jean-Jacques se rend dans une petite ruelle où une blondinette l’attend ; mais à peine a t-il aperçu la donzelle que son téléphone fait "Bidibip !" pour lui annoncer qu’il a un SMS : il regarde donc son appareil et, ce faisant, détourne son attention de la damoiselle, ce qui est une grosse erreur tant l’on connait la fourberie naturelle de ces êtres. En effet, celle-ci sort promptement un pistolet et lui envoie trois balles dans le museau, ce qui est tout de même moyennement sympa. Cela fait, elle vient le prendre dans ses bras alors qu’il choit, pour lui faire un câlin tout en lui mettant quatre autres pruneaux dans le bidou. Oui, cette action n’a aucun intérêt pour elle, à part celui de frotter tout son ADN contre sa victime et de prendre le risque de voir le mourant tenter une dernière action, genre plantage de couteau, mais on va dire qu’elle fait ça parce qu’elle est secrètement excitée par les gens qui agonisent longuement (Valérie Giscard d’Estaing doit être une sorte de grand fantasme pour elle ; agoniser depuis 1981 tout en jouant de l’accordéon, c’est quand même balaise).

Une fois cela fait, la damoiselle se relève, récupère sur sa victime une sacoche, et s’en va du bon pas de celle qui vient de faire du bon travail (ou qui a des soldes à faire, c’est selon). A côté du mort, on aperçoit alors son téléphone avec le dernier message qu’il venait de recevoir : un MMS (si, si) avec une photo de la blondinette marquée en gros "ASSASSIN" ; visiblement, le message est arrivé trop tard. Et, oui, la nana, bien que n’ayant pas pu ignorer l’appareil avec sa photo en gros, a décidé de le laisser sur place, histoire que tout le monde puisse se lancer à sa poursuite.

Ça commence fort.

Mais ne nous attardons pas sur cette jeune fille aux moeurs douteuses et au professionnalisme consternant, et allons plutôt du côté de Moscou, quelques temps plus tard. Par une belle nuit, nous voici au coeur d’une prison de la capitale russe, où l’on peut entrapercevoir dans une chambrée endormie un prisonnier tuant l’ennui en faisant ricocher un gros caillou contre un mur ; le genre de bruit un peu lourd qui risque de réveille tous ses camarades avec un furieuse envie de lui bourrer la gueule (enfin, uniquement dans le meilleur des cas), mais je dis ça, c’est pour éviter une fin de nuitée douloureuse à ce gourgandin des plus naïfs. Bref ; pendant ce temps, à l’extérieur, deux agents du groupe Mission Impossible, travaillant pour la CIA, sont à pied d’oeuvre : il s’agit d’un côté de Benji Dunn, informaticien surdoué qui depuis une camionnette, vient de pirater toute la sécurité de la prison, et de l’autre de Jane Carter, donzelle relativement poumonnée qui attend patiemment dans les souterrains de l’endroit le moment où elle devra récupérer le prisonnier qu’ils sont venus chercher.

Dès que tout le monde est en position, Benji commence à ouvrir des portes de cellules un peu partout dans le pénitencier, et une émeute démarre bien vite ; finalement, le verrou de la chambrée du détenu amateur de ricochets minéraux s’ouvre, et nous découvrons dans la lumière le visage de celui-ci : il s’agit bien évidemment d’Ethan Hunt, le chef surdoué (J’en ai vu un pouffer ! Oui ! Je t’ai vu, au fond, galopiot ! Tu viendras me voir à la fin de l’article !) du groupe Mission Impossible ! Et comme toujours, il fait n’importe quoi (une spécialité chez lui), en commençant par refuser de s’évader malgré le plan établi (peut-être aime t-il le confort douillet des prisons d’ex-URSS). Car oui, il a mieux à faire : faisant signe à Benji via les caméras de l’endroit, il lui ordonne d’ouvrir des portes pour se frayer un chemin dans l’émeute jusqu’à une cellule où il a un pote à récupérer, un Russe bedonnant prénommé Bogdan. Sûrement son petit gros porte bonheur (le mien est ministre du travail).

Passons sur les détails consternants de cette épopée, mais malgré ce changement de plan comme ça, pouf pouf, juste pour rigoler, l’arrivée d’unités anti-émeutes (qui se font tataner malgré leur tenue par un Tom Cruise nain seulement équipé d’un marcel crasseux et d’un pantalon qui sent l’urine) et les hordes de prisonniers déchaînés se promenant de-ci de-là, Ethan et son pote Bogdan finissent arriver jusqu’au point d’extraction, une petite salle de la prison sous laquelle se trouve l’agent Carter embusquée dans son souterrain. En deux coups de gadgets magiques, elle a tôt fait de faire s’effondrer le sol de l’endroit, permettant aux deux filous de s’enfuir, allant rejoindre la camionnette de l’ami Benji avant de prendre le grand large.

Dans ce film aussi on met les femmes dans des caves : il marque des points auprès de moi

Et là, générique. Spectateur, sache que c’est probablement le générique le plus idiot du monde, puisqu’on y voit – sur fond du célèbre thème de Mission Impossible -  des gros plans sur les scènes à venir du film. Comme ça, vous savez déjà ce qu’il va se passer lors de scènes "phares" ; je regarde ma montre : 10mn, et j’ai déjà la fin du film. Bravo.

Allez, assez bavé : revenons à nos moutons. Dans la camionnette, tout le monde est trop content de cette évasion réussie, mais s’étonne quand même "Dis-donc Hunt, c’est moi ou tu as failli foutre tout le plan en l’air juste parce que tu as eu envie sur le coup de sortir un pote, comme ça, pouf, sur un coup de tête et sans prévenir personne ?" ; Ethan n’hésite donc pas à répondre "Nan c’est pas toi, c’est juste que je suis un gros con". Ou alors, ça je l’ai peut-être fantasmé, je ne suis plus sûr. Ah, c’est pas évident.

Bogdan, de son côté, ne se plaint pas : on l’a sorti alors qu’il ne demandait rien à personne, et en plus il est entouré d’agents secrets américains visiblement complètement trépanés puisqu’ils s’appellent par leurs vrais noms et sont à visage découvert ; il s’étonne juste de découvrir qu’Ethan s’appelle Ethan et est natif du pays du hamburger et de JJ Abrams, alors que lui pensait qu’il s’appelait Sergeï et était natif du pays de T.A.T.U et de Vladimir Poutine (car oui, Ethan parle tellement bien le russe qu’il n’a aucun accent, et maîtrise parfaitement le jargon des prisons moscovites au point que personne ne s’est jamais douté qu’il pourrait être vaguement étranger, quel homme). Oui, la Russie a des spécialités curieuses. Qu’importe : Bogdan est gentiment confié à une autre équipe pour pouvoir fuir les autorités du coin, et le trio Hunt – Carter – Dunn poursuit sa route paisiblement, continuant de discuter de sujets divers & variés. A commencer par la raison de cette évasion : Ethan, qui semble t-il était en prison pour avoir un peu merdé lors d’une précédente aventure, se demande bien pourquoi on est venu le sortir de là, et la réponse tombe bien vite : la CIA a un gros souci. Pour mieux saisir la chose, Carter explique donc plus en détails ce qu’il s’est passé à Budapest quelques temps plus tôt lors de la scène d’ouverture du film. Suivez bien.

A Budapest, Benji, Carter et Jean-Jacques, le simili-remplacement de Ethan quand celui-ci est occupé dans des douches de prisons moscovites, devaient intercepter un "courrier" transportant des documents sensibles en gare de la capitale hongroise (Ethan pense que l’on parle de la recette de la pálinka de prunes, activement recherchée par la CIA comme arme de destruction massive, suite au célèbre attentat dit de "L’implosion des latrines du Pentagone"  de 1997) . Pour ce faire, Jean-Jacques portait d’ailleurs une superbe lentille de contact contenant un micro-ordinateur, lui permettant de trouver dans une foule la cible transportant les documents uniquement à partir d’une vieille photo de permis de conduire : pratique. Sitôt que sur sa rétine est apparue en surimpression un petit cadre rouge autour d’un Monsieur avec marqué "Vas-y Jean-Jacques, choppe-le, c’est lui le rabouin !" (les lentilles de contact ne sont pas connues pour leur éducation, c’est consternant), le bougre d’agent s’est lancé à sa poursuite, lui a envoyé un peu de sédatif et lui a tiré son sac comme un vulgaire voleur de poules. C’est alors qu’il a constaté qu’il n’était pas seul sur le coup : d’autres agents impossibles à identifier se sont lancés à sa poursuite, tentant de l’abattre parce que merde, il ne serait pas dit que quelqu’un volerait au coeur de la Hongrie la recette de la pálinka de prunes.

La suite, vous la connaissez : Jean-Jacques parvient à fuir, se rend dans une ruelle et là, il rencontre son destin. Enfin pour être exact : il aperçoit la blonde arrivant en face de lui, et sa lentille l’identifie, lui envoyant ainsi un message sur son téléphone pour le prévenir.

Question : pourquoi 10mn avant, dans la gare, la lentille donnait toutes les informations directement sur la rétine, et là se sent-elle obligée d’envoyer des SMS sur le portable de l’agent du genre "Attention, lol ;)", histoire de bien détourner son attention ? Et puis quand bien même : c’est quoi ce concept ? J’imagine le pauvre mec qui fait une planque avec ce genre de matériel et qui du coup, dès qu’il voit passer un agent ennemi, se retrouve à faire BIDIBIDIBIIIIIIIIP pour bien se faire repérer. Bref.

Donc, disais-je avant de m’interrompre, Jean-Jacques se fait abattre comme le gros nase qu’il est, mais là, attention, passage obligé : à peine son assassin a t-il disparu au coin de la ruelle, emportant la précieuse sacoche à documents, que Benji et Jane débarquent en courant, PILE à la seconde où la nana a tourné au bout de la rue, PILE en venant des seules directions où ils ne pouvaient pas la croiser, et EVIDEMMENT sans même regarder alentour s’il n’y aurait pas la nana affichée en gros sur le téléphone portable du mort pas loin (car techniquement, il leur suffit de faire 3 mètres et d’avancer au coin du passage pour la voir, surtout qu’elle s’enfuit en marchant, formidable). Quant à Jean-Jacques, il n’est pas mort-mort, il est juste mort-mourant : Jane a le temps de le prendre dans ses bras, simplement pour le voir pleurer et l’entendre dire "Jane, je t’aimeuuuuuaaaarghhhhh…".

Oui enfin, tu dis ça, mais en moins de deux minutes, tu t’es laissé choir dans les bras de deux damoiselles différentes, petit trainé.

En tout cas, ce moment est tellement caricatural qu’il déchire la trame de l’espace-temps et nous renvoie dans la camionnette de Mission Impossible dans le présent, où Jane jure qu’elle se vengera de cette radasse blonde d’assassin, dont elle a obtenu le nom : il s’agit de Sabine Moreau, vilaine française connue pour être l’un des meilleurs tueurs si ce n’est le meilleur au monde (ah bah putain, une professionnelle qui se frotte à ses victimes avant de laisser en évidence un téléphone avec sa photo en gros, si c’est la meilleure, ça fait rêver quant au niveau des autres ; ils font quoi, ils laissent un bon de passage La Poste "Je suis passé vous tuer aujourd’hui mais vous n’étiez pas là : merci de venir me retrouver à l’entrepôt désert demain soir pour obtenir une mort rapide. Je vous laisse mes coordonnées pour m’appeler si vous ne trouvez pas, c’est derrière le Quick." ).

Mesdames et messieurs : la plus grande tueuse du monde d'après le film. Ca fait très très peur.

Ethan s’interroge cependant : c’est si rude que ça pour les intestins, la pálinka ? Mais Jane le coupe : en fait, les documents dans la sacoche volée, loin de traiter d’alcool de prunes, étaient tout simplement… les codes de lancement nucléaires russes. Car oui, ils se promènent dans la nature, c’est assez courant, et sans que les Russes ne s’en inquiètent, parce que bon, hein, c’est pas comme si c’était important. C’est comme ça à Moscou "Hoooo Mikhaïl, tu as encore paumé le post-it avec les codes de lancements nucléaires, on va encore risquer une guerre, pffff, là on est vendredi soir, mais lundi matin faudra qu’on les cherche, hein".

L’équipe a cependant déjà des ordres quant à la suite : elle emmène donc Ethan à une cabine téléphonique d’une banlieue pourrie de Moscou, où en composant un certain numéro, surgit non pas la voix sensuelle d’une opératrice téléphonique visiblement soucieuse de raconter des cochoncetés, mais un gros écran avec une voix préenregistrée qui dicte la mission qui attend notre héros.

"Bonjour Ethan. Comme vous le savez, nous vous avons fait sortir de prison pour un but précis : nous avons une mission pour vous, si toutefois, vous l’acceptez (enfin ça serait un peu chafouin de pas la faire alors qu’on vous a sorti de taule, allez, faites pas votre pute). Vous devez vous rendre au Kremlin afin d’obtenir des informations dans les archives de celui-ci sur les potentiels méchants qui pourraient en vouloir aux codes ; pour ce faire, vous serez déguisé en général Kokov, le seul général nain de l’armée rouge, parce que merde, vous êtes Tom Cruise : même avec un masque, ce serait compliqué de vous faire passer pour Tony Parker. Par ailleurs, je vous informe que vous avez moins de 5 heures pour faire cette mission, et que votre équipe sera constituée des deux cons qui vous ont accompagné jusqu’ici. Voilà voilà… je crois que j’ai tout dit… Simone, je suis arrivé en bas de mon texte, comment on coupe l’enregistreur ? Ici ? Bon, heu, hem, ce message s’autodétruira dans 5 secondes, au fait.

P.S : Oui, je sais, vous allez dire "Putain, mais ça sert à quoi d’installer un truc hors de prix discrètement dans une cabine de banlieue moscovite en prenant moult risques, surtout pour qu’il ne serve qu’une fois et qu’on l’autodétruise, quand on aurait pu filer le briefing à vos deux compagnons qui de toute manière, vont faire la mission avec vous, ce qui nous aurait évité de perdre le temps de vous amener jusqu’à cette cabine, sachant qu’on a déjà peu de temps pour agir", mais je vous emmerde, Hunt, vous m’entendez ? Mon mépris est un obélisque dressé sur la plate-bande de votre irrévérence ; en un mot, je vous conchie. Rah, comment ça se coupe ce bidule, est-ce que c’est ce bouton l – CLIC - "

Car oui, à la CIA, quand on veut obtenir des informations du Kremlin, on envoie des mecs en infiltration : ce n’est pas comme s’il existait des fonctionnaires corruptibles en Russie, non mais ho. En tout cas, après avoir partagé les informations du briefing avec son équipe, Ethan et ses deux compagnons se préparent à passer à l’action ; aussi je vous propose de retrouver nos loulous quelques heures plus tard, au Kremlin, une fois que tout le monde est prêt.

Ethan et Benji, déguisés en officiers russes, entrent dans le célèbre bâtiment par la grande porte, où personne ne les passe aux rayons X ou même au détecteur de métaux malgré leurs énormes valises fort peu crédibles, et où un spécialiste de la sécurité qui les aborde ne remarque même pas leur curieux accent américain, une fois encore. Puisque oui : Benji aussi parle le russe comme un dieu, ses heures passées derrière un écran à programmer lui ayant sûrement appris à effacer toute trace de son accent. Passons ; l’équipe parvient à s’infiltrer jusque dans les sous-sols de la célèbre bâtisse, et atteint le couloir des archives, qui est hélas gardé par un malheureux soldat ; que faire ? L’endormir ? Le baratiner ? Se débarrasser d’un soldat isolé, c’est vraiment trop dur pour des mecs de Mission Impossible ; aussi nos héros ont tout prévu : ils ont un écran de toile déployable PILE de la taille du couloir visé (sachant qu’ils n’ont eu que quelques heures pour se préparer, c’est quand même bien foutu ; dire que chez Confo, des fois, faut trois semaines pour avoir la bonne vis, moi je dis respect), avec derrière celui-ci, un projecteur qui envoie sur l’écran une image du couloir vide, calculée en fonction de la perspective depuis laquelle regarde le garde pour qu’il ne s’aperçoive de rien et ait juste l’impression d’observer le couloir désert : de la haute technologie les enfants. Ainsi, nos héros peuvent avancer derrière l’écran en restant parfaitement invisibles (il leur suffit juste de faire avancer le dit écran en même temps), jusqu’à la porte du couloir menant aux archives. Et coup de bol (une fois encore, et ce n’est pas fini) figurez-vous que le digicode et l’ouverture de la porte blindée des archives du Kremlin ne font aucun bruit ! Pas un "Bip !" ou un "Clac !" ; non : dans le plus pur respect de la tradition des bibliothèques, ils ne produisent pas le moindre son. C’est beau.

Seulement voilà : alors qu’Ethan fouille les archives, il réalise que les documents qu’on l’a envoyé chercher sont… des casiers vides. Il n’y a rien là-dedans, que du vent ! Qu’est-ce que cela signifie ?

La réponse vient vite lorsque, sur leur fréquence radio, les agents de Mission Impossible entendent quelqu’un s’exclamer "Ok chef : maintenant qu’on s’est bien infiltrés, j’ai posé la bombe, allez, je fais tout sauter !" : tout cela est un piège, on les a attiré là-dedans pour les faire passer pour des terroristes ! Nos héros décident donc de fuir à toutes jambes, se dispersant dans le bâtiment avant de galoper vers l’extérieur ; ce faisant, Ethan croise un homme habillé en civil et transportant une énoooooorme sacoche qui marche paisiblement dans les couloirs, mais n’y prête guère attention, soucieux de filer promptement dans l’immédiat.

Oui, dans ce film, toutes les sacoches et objets de cuir du même genre sont des objets vaguement maléfiques. Comme le dirait Marine Le Pen "Encore un coup des Marocains".

Meuheuheuheu hohohohoho HINHINHINHINHIN... hem je... hmmm... je suis juste une sacoche d'accord ? Je ne viens pas du tout d'avoir un rire maléfique. Vous avez rêvé.

En tout cas, je vous passe les détails et les ruses de goupil qu’emploie l’ami Hunt, mais il finit par sortir du bâtiment, rejoignant la Place Rouge où il retourne son uniforme militaire pour faire apparaître en-dessous une tenue de paisible touriste… sauf que sitôt sur la place, il aperçoit à nouveau l’homme à l’énorme sacoche de tout à l’heure, et s’étonne que quelqu’un d’autre ait filé du bâtiment aussi vite que lui (surtout que toi tu courais, lui non, explique-moi comment il est sorti avant toi ?) ; il constate d’ailleurs que dans sa sacoche, il semblerait qu’il transporte quelque chose de louche, mais alors qu’il s’approche pour essayer de tirer tout cela au clair, quelque chose de peu banal arrive :

Le Kremlin explose.

Comme ça, broum, la moitié du bâtiment part en fumée, et une partie de la Place Rouge saute à son tour, empêchant le pauvre Ethan de rattraper sa cible : il est purement et simplement soufflé par l’explosion. Il se prend donc dans le nez un bon vieux fondu au noir alors qu’il sombre dans l’inconscience… (quel suspens insoutenable)

A son réveil, Ethan est dans un hôpital ; visiblement, il n’a pas eu de trop gros bobos mais… il est solidement menotté à son brancard. Que… comment ? Pourquoi ? La police l’a-t-elle trouvé ? Est-il au fond d’un donjon belge ? Ces interrogations ne durent guère pour notre homme, puisque rapidement lui apparaît un certain Anatoly Sidirov, agent du FSB, l’ex-KGB, qui a bien envie de lui poser quelques questions. En effet, on a retrouvé sur Hunt une veste réversible servant de déguisement d’officier russe, et en écoutant ce qu’avait enregistré le micro qu’il portait sur lui, ils ont entendu le fameux message pirate "Attention chef, je vais faire sauter la bombe !". Aussi, la conclusion est simple : Ethan est accusé d’avoir participé à un attentat ayant tué moult personnes et rasé une partie de la Place Rouge, Kremlin compris. Flûte, zut, cacaboudin comme on dit.

Mais attendez, hoooo, les Russes, là, vous vous croyez où ? Vous pensez sérieusement arrêter Tom Cruise avec une paire de menottes et un sermon sur le fait que faire sauter les gens, c’est mal ? Vous parlez à un scientologue, là, pas à un type régi par les lois de la raison, malheureux !

Aussi, ni une, ni deux, Ethan a tôt fait de se débarrasser de ces banales étreintes et s’enfuit de l’hôpital via moult acrobaties, avant de récupérer de quoi se fringuer sur divers trucs passant à portée (la vie est bien faite : tout ce dont il a besoin l’attend dans la rue et sans surveillance ; aaaah, Moscou !), et volant même un téléphone tel un racaillou malin afin de joindre son agence pour que l’on vienne le récupérer. Et le soir venu, ce qui est dit est fait : une imposante voiture vient le chercher à un coin de rue.

Sauf qu’à l’arrière de celle-ci, ce ne sont pas de simples agents qui sont là, mais le ministre de la justice américain lui-même, Bob Jevaimourir, accompagné de son analyste en chef, William Brandt. Ensemble, ils expliquent à Hunt que la situation sent méchamment le caca : les Russes n’aiment pas trop que des américains se déguisent et fassent sauter des bombes par chez eux ; roooh, quand même. Ils sont un peu soupe au lait, hein ! Ça va, c’est pas comme si on avait fait sauter Versailles ou le Futuroscope, hoooo. Tsss.

Conséquence de quoi, le Président a déclaré le "Protocole Fantôme" : l’agence Mission Impossible est dissoute, et l’ensemble de ses éléments est considéré comme ayant agi de leur propre chef. Ainsi, pour calmer les Russes, le ministre de la justice a reçu comme ordre de ramener Ethan au pays pour le juger pour terrorisme, et ainsi le punir d’avoir fait sauter le Kremlin.

Mais le ministre n’est pas comme ça : c’est un vrai, un tatoué, un baroudeur qui connait bien Ethan et croit en lui, qui a tellement donné pour son pays : il lui propose de le laisser quitter la voiture en faisant comme s’il s’était échappé, d’aller retrouver Benji et Jane, et de poursuivre le boulot de Mission Impossible pour retrouver qui est derrière toute cette sombre histoire de coup monté. D’ailleurs, à ce sujet, Ethan a bien une petite idée : il fait un dessin en 15s sur sa main pour représenter le visage du mec louche qui était sorti du Kremlin en même temps que lui, et le montre à Brandt, l’analyste qui évidemment, connait tout du CV d’un mec dessiné à la va-vite sur une main suante dans une voiture en mouvement par un type l’ayant entraperçu moins de 20s dans sa vie : il s’agit de Kurt Hendricks, un génie au QI de 190 (rien que ça), professeur de physique, ancien des forces spéciales et fanatique de la guerre nucléaire (chacun ses hobbies). Et attention, quelle est la logique du Monsieur et de son gros QI (puisque je doute que tout ça ait été écrit par un mec aussi intelligent) ?

"Hiroshima, Nagasaki… ces villes sont réapparues sur les cendres du feu nucléaire ; aujourd’hui, elles sont des symboles de paix"

Jusque là, d’accord.

"Donc, pour la paix dans le monde, il faut le feu nucléaire dans le monde".

Ok, donc on retrouve le principe de "guerre pour la paix" (Souvenez-vous, en 2003, c’était à l’ONU, maintenant c’est dans Mission Impossible : que de chemin parcouru !), et un concept intéressant, le : "Si on apprend de nos erreurs, alors refaisons-en une qu’on a déjà faite" : bravo, on applaudit ce formidable génie qui a probablement un QI de 190, mais uniquement si on le calcule en années chien, ou un truc du genre.

Pour Hendricks, ceci est un symbole de paix ; je préfère ne pas savoir comment il fait la bise.

Nos héros sont donc tout à ces discussions quand soudain, patatras ! Voici que le FSB, qui suivait la voiture du ministre depuis un moment, décide d’ouvrir le feu sur celle-ci à l’arme de guerre (pas au petit pistolet, plutôt à la grosse sulfateuse) ; en quelques secondes, le chauffeur meurt, le ministre meurt, et la voiture fait une embardée vers la rivière la plus proche, s’enfonçant dans les eaux glacées avec Brandt et Hunt encore vivants à son bord ; problème supplémentaire : la dizaine d’hommes du FSB qui ont eu le véhicule continuent de tirer dans l’eau comme des bourrins pour s’assurer que personne ne sorte vivant de cette histoire. Mais bon : comme vous l’imaginez, pas de quoi impressionner Ethan, qui avec son nouveau compagnon d’infortune, parvient à fuir l’endroit à la nage au nez et à la barbe des brigands d’ex-URSS.

Juste comme ça, en passant : c’est normal que le FSB tire sur des ministres américains (et les tue) sans que ça ne fasse un scandale ? Surtout en plein milieu de la circulation, devant des centaines de témoins, sans compter l’acharnement au-dessus de l’épave dans la rivière pour bien montrer que leur but était de tuer et surtout pas d’arrêter des gens pour les interroger ? Ça ne crée pas une vague petite tension, un truc ? Non. On n’en parlera plus du reste du film : tout le monde semble s’en taper. C’est bien normal, tenez, on imagine bien ce qu’il a du se passer à Washington.

Washington, Maison Blanche – 15:04

"Monsieur le Président, Monsieur le Président !
- Oui Simone ?
- Votre ministre de la justice ! Vous ne devinerez jamais ce qu’il lui est arrivé !
- Bob Jevaimourir ? Merde, trop de suspens, viiiite, dites-moi tout.
- Hé bin figurez-vous qu’on a des centaines de témoins qui confirment que le FSB russe a mitraillé sa bagnole, qu’il a pris une balle dans la tête ce faisant, et qu’en plus ces rascals ont mitraillé la rivière où son véhicule avait fini pour être sûr que personne n’en sorte. C’est plus qu’un assassinat, c’est une déclaration de guerre. 
- Allons Simone, calmez-vous : passez moi mon téléphone. Le rouge, oui, voilà. Merci mon chou. Ah, c’est bon, ça sonne.
- Aлло ?
- Oui bonjour Popov, c’est le président des United States de l’Amérique, dis-donc, j’ai perdu un porte-clé chez toi l’autre jour, tu l’aurais pas trouvé ?
- что ?
- J’avais mis un ministre de la justice au bout pour pas le paumer. Ça te dit quelque chose ?
- Si c’эst gros con dэ Bob Jэvaimourir, nous avoir tuэ lui avэc grossэ ballэ dans la tэtэ. Grossэ rigoladэ. Ho ho.
- Ok, je voulais juste confirmer. Non mais c’est pas grave, c’est qu’un ministre, c’est pas comme si ça avait de l’importance.
- Da, chэz nous on dit "Noэl au ministэrэ, Pâquэs au cimэtiэrэ". Viэux provэrbэ Stalinэ.
- Oui, vous avez de l’humour en Russie. C’est ce que j’aime chez vous. Ça et la vodka en intraveineuse.
- Ho ho, da, on dit aussi "A Noэl tu blaguэs, à Pâquэs t’эs au goulag". Autrэ provэrbe Stalinэ.
- Qu’est-ce qu’on se marre chez vous. Allez, ne parlons plus de cet incident : de toute manière, mon ministre avait un côté chien fou ; il avait bien besoin… d’un peu de plomb dans le crâne !
- …
- C’est une joke, I’m pulling your leg vieux coquin.
- … moi compris. ЛoЛ.
- Héhé, ouais, bon c’est pas tout ça mais je te laisse. Salut mec, hein ! Et bisous à la momie de Lénine ! Voyez Simone : j’ai réglé la crise, n’en parlons plus et allez me chercher un café."

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Voilà voilà. Revenons donc à Moscou, où Brandt et Hunt finissent par semer le FSB pour aller trouver refuge à la gare, dans un vieux wagon aménagé à l’intérieur en QG high-tech Mission Impossible. Wagon attaché à un train qu’ils ne contrôlent pas, hein, comme ça, ils se font promener leur QG sans pouvoir savoir où ils vont, ou mieux, s’ils se font repérer par les Russes, le wagon peut être livré directement à un endroit précis pour que l’ennemi puisse tout récupérer (enfin à part si le wagon est confié à la SNCF, auquel cas personne ne risque de le revoir avant longtemps). C’est vraiment une belle idée de merde, mais bon, c’est pas comme si je m’attendais à un truc logique dans ce film.

Nos deux loulous retrouvent donc sur place Benji et Jane, et comprennent la situation : désormais, à part ce QG moisi, ils n’ont plus aucune planque, aucun soutien, aucun satellite pour les aider… bref, ils sont abandonnés. Je veux dire : ce n’est pas comme si, parmi eux, il y avait un analyste de la CIA, ex-bras droit du ministre de la justice, non concerné par le protocole fantôme puisque n’appartenant pas à Mission Impossible, capable d’appeler Washington pour leur expliquer la situation et obtenir du soutien en racontant tout ce qu’il sait tant sur l’assassinat du ministre que sur ce que Ethan a raconté sur le coup monté de Kurt Hendricks qui a mis Mission Impossible dans la mouise. Non, vraiment, comment vont-ils faire ? Bin tiens : en fait, ils vont juste pleurer sur leur sort et écouter la mission que leur a donné le ministre juste avant de mourir sur ce que savait la CIA.

Après avoir branché une clé USB, l’équipe voit donc s’afficher sur l’écran géant du wagon (il fallait au moins ça) toute une vidéo, comprenant un portrait du "génie" Kurt Hendricks, ainsi que des éléments intéressants : en fait, Kurt aurait infiltré le Kremlin pour y voler la mallette nucléaire présidentielle, et aurait piégé tant les lieux que Mission Impossible pour faire diversion, occuper les services russes, et faire que dans ce chaos, le FSB mette des jours à réaliser que la valise avait été volée. Maintenant, il ne lui manque que les codes… et pour ça, il va se rendre à Dubaï pour les acheter à Sabine Moreau, la vilaine française !

Je sais que je suis chiant, mais comme ça, à la volée :

  • Comment Hendricks a-t-il fait pour avoir accès aux fréquences/briefings de Mission Impossible et ainsi les piéger ?
  • Comment Hendricks a-t-il fait pour entrer au Kremlin armé, bien que vêtu en civil, lui, aller jusqu’aux quartiers présidentiels, y trouver la mallette (rarement éloignée du président, du coup), y abattre tous les services de sécurité la protégeant sans que personne ne le remarque (ou que l’on parle de tentative d’assassinat sur le président), repartir en marchant pépère et malgré tout sortir de l’endroit avant Ethan ?
  • Comment Hendricks a-t-il fait pour poser un nombre improbable de bombes partout dans le Kremlin et sous la Place Rouge sans que personne ne le remarque à un moment ou à un autre ?
  • Comment Hendricks a-t-il fait pour se promener avec la mallette nucléaire russe sans que ces derniers ne la cherchent d’entrée de jeu, puisque c’est vaguement important, ou mieux, consultent son signal pour s’apercevoir qu’elle se promenait, avant de le retrouver et de lui péter toutes les dents à coups de marteau ?

Réponse : rien.

Vous savez, c’est un peu comme Dumbledore dans Harry Potter : "Oui bon d’accord, tout cela était techniquement impossible à faire ou prévoir, mais bon : c’est un génie". C’est un peu comme "c’est magique", sauf que pour Dumbledore, ça passait encore. Et non, le fait que leur ennemi ait accès aux fréquences et données de leur agence ne semble pas inquiéter plus que ça nos héros, qui décident d’oublier aussitôt ce détail, hop. Comme tout cela est merveilleux.

Cette image n'a rien à voir avec le passage du film que j'évoque, mais elle illustre à merveille le concept de "Mission Impossible : Proctologue Fantôme", alors hop.

Passons sur ces consternants évènements, et allons directement à Dubaï, où notre équipe a décidé d’opérer pour piéger tant Hendricks que Moreau. Au passage, ils ont appris un élément important : Hendricks ne va pas faire le déplacement lui-même jusqu’à Dubaï, il est malin : il va rester caché avec la valise nucléaire ; à la place, il va envoyer son employé préféré, Francis, pour faire le sale boulot. Ce dernier retrouvera Sabine dans une suite d’un hôtel situé dans le Burj Khalifa, la plus haute tour du monde, rappelons-le, avec ses 828 mètres. Bon et sinon : si la CIA savait tout ça, pourquoi ne fait-elle rien ? Elle n’est pas censée savoir que Mission Impossible existe encore et va tenter quelque chose ; allez : on va dire que tout le monde avait posé ses RTT le même jour au Pentagone, c’est encore l’explication la plus crédible. Enfin, accrochez-vous car le plus triste est à venir : Ethan a un plan pour agir.

Attention, concentrez-vous, les limites du raisonnable vont être franchies assez allégrement : au 118e et 119e étages se trouvent deux séries de suites d’hôtel. Sachant que Sabine doit recevoir son acheteur de codes nucléaires dans l’une de celles du 118e, le plan consiste à effacer tous les numéros du 119e et à réécrire "118e", puis à prendre le contrôle des ascenseurs et caméras de l’immeuble, pour que Sabine arrive sans encombre au 118e, et envoyer ses acheteurs au 119e, en leur faisant croire que c’était bien le 118e. L’équipe se divisera alors en deux groupes :

  • Jane se fera passer pour Sabine, et accueillera Francis dans la fausse suite du 119e camouflée en 118e pour lui vendre de faux codes nucléaires dans une valise avec GPS afin de le pister jusqu’à son chef
  • Ethan se fera passer pour Francis et ira acheter les vrais codes à Sabine.
  • Benji de son côté, après avoir géré les ascenseurs, ira déguisé en groom d’une chambre à l’autre, afin de récupérer les diamants que Francis donnera en paiement à Jane pour les faux codes, puis les amènera à Ethan afin qu’il puisse acheter les codes nucléaires véritables à Sabine
  • Brandt lira Pif Gadget dans sa chambre

Ok, vous avez tout suivi ?

Bon bin voilà mon plan à moi : on sait dans quelle suite ils sont ? On les laisse rentrer et on les attend à la porte.

Je sais, c’est trop compliqué, c’était dur d’y penser.

Et hop : on récupère ainsi les codes nucléaires, une assassin mondialement recherchée, le bras droit du mec qu’on veut trouver ainsi qu’en bonus, des diamants pour acheter plein de matos maintenant qu’il n’y a plus la CIA derrière Mission Impossible.

Mais bon, hein, c’est vrai que l’autre plan a l’air techniquement plus cool.

Surtout quand en plus, nos héros découvrent à mi-chemin que pour obtenir l’accès aux ascenseurs de la tour, il va falloir envoyer Ethan à l’extérieur escalader 11 étages pour infiltrer la salle où se trouve les serveurs de l’endroit et y poser un relais. De plus, ils apprennent que Francis n’est pas venu seul : il a emmené avec lui Leonid, un type qui a aidé à concevoir le système nucléaire russe, et qui peut soi-disant ainsi en authentifier les codes de lancement (le pauvre n’est pas volontaire : Francis et Hendricks retiennent sa famille en otage). Cela signifie donc qu’il va être impossible de filer de faux codes à Francis : il faudra lui donner les vrais après les avoir achetés à Sabine, et le suivre jusqu’à son chef avant qu’il ne s’en serve ! Quel bordel ! Et comme il faut les diamants pour acheter les vrais codes… cela signifie qu’il va falloir tout faire en même temps ! Sans compter qu’en plus (les merdes n’arrêtent pas de s’accumuler), les masques qui étaient prévus pour se déguiser en Sabine & Francis sont inutilisables, la machine les fabriquant ayant merdouillé, il faudra donc y aller sans masque et prier pour que ces gens ne se soient jamais vus, même en photo. Enfin, une tempête de sable approche de la ville mais "ça ne devrait rien changer" (bin voyons, on ne le voit pas du tout venir). Ça fait tellement de problèmes techniques qui s’accumulent en boucle qu’à un moment, j’ai cru que je regardais Armaggedon.

Vous voulez vraiment pas plutôt utiliser mon plan qui ne demande comme matériel qu’un pistolet et des sourcils froncés ? Non ? C’est vous qui voyez.

Dans une séquence parfaitement inutile, donc, Ethan Hunt commence donc par se lancer dans l’escalade de la gigantesque tour afin d’aller poser son relais sur les serveurs ; enfin je suis mauvaise langue : ça permet de voir plein d’incohérences. Comme par exemple, le fait que personne ne remarque, sur un immeuble gigantesque entièrement vitré, un mec escaladant 11 étages (probablement 11 étages vides en pleine journée), avant de les redescendre en rappel sur une lance à incendie après avoir explosé une vitre de la salle des serveurs (oui, à part ça, il pose le relais sans soucis, merci). Ho, et d’ailleurs, petit passage intéressant : Tom Cruise a des gants d’escalade high-tech qui adhèrent à toutes les surfaces pour cette mission ; l’un des deux tombe en panne, et une fois arrivé à destination, il balance l’autre (il est comme ça : après tout, c’est pas comme s’il était à court de matériel et de pognon et qu’il fallait faire gaffe à conserver ses instruments de travail) ; mais après être descendu en rappel jusque dans la suite de l’hôtel d’où il était parti, pouf ! De nouveaux gants, plus classiques, sont apparus sur ses mains jusqu’alors nues. Ok les mecs, tout n’est donc pas si mal barré : vous avez un magicien dans l’équipe.

Mais alors que tout le monde fait fi de ce n’importe quoi et se prépare à tendre le piège tant à Sabine qu’à Francis, Jane a trouvé une solution pour l’histoire des codes nucléaires : Brandt, qui se fait passer pour Léonid, va porter une lentille avec micro-ordinateur exactement comme celle que portait Jean-Jacques au début du film, et pendant qu’il sera avec Sabine et demandera à voir les codes, il clignera deux fois des yeux pour prendre des photos des documents sans les acheter puisque n’ayant pas les diamants ; ils seront alors automatiquement imprimés dans une valise dans la suite où Jane discutera avec Francis ; ainsi, elle pourra lui donner les codes en question et obtenir les diamants que Benji en groom viendra récupérer pour les porter à Ethan qui pourra ainsi définitivement acheter les vrais codes et qui… zzz…

Bien, c’est un peu chiant en fait : voyons voir comment tout se passe en pratique.

D’abord, Sabine arrive en premier à l’hôtel, entourée de gardes du corps qui n’ont pas de noms : je vous laisse donc deviner ce qui va leur arriver. Elle va dans sa suite, et accueille chaleureusement (elle a un décolleté titanesque) Ethan et Brandt, se faisant passer pour Francis et Leonid (et venant sans armes, c’est dans les conditions de la rencontre). Coup de bol : Brandt n’a pas de soucis avec sa grosse lentille magique, parce que sinon, en clignant des yeux, il risque surtout de prendre des photos de décolleté géant, ce qui ferait tache puisque le tout se retrouverait imprimé automatiquement dans une valise un étage plus haut. Je ne dis pas que ça ne plairait pas aux vrais Francis et Leonid, comme documents à acheter à coups de diamants, mais bon : ils ont promis à papa Hendricks qu’ils achèteraient des codes nucléaires et pas des photos de roploplos.

Ensuite, Jane a elle aussi sorti le décolleté de la mort, qu’elle ne quittera plus avant la fin du film ; elle accueille encore plus chaleureusement (la puberté lui a donné un avantage sur Sabine) Francis et Leonid, et commence à gagner du temps en racontant n’importe quoi, histoire que l’autre équipe photographie et imprime les codes pendant ce temps.

La séquence de l'escalade : pour Tom Cruise, qui est tout petit, techniquement, tout ça est proportionnellement encore plus impressionnant

Benji, lui, lit le Pif Gadget qui revenait de droit à Brandt dans le plan original.

Sabine, elle, veut voir les diamants avant de donner les codes à nos héros ; elle menace de tuer nos deux larrons s’ils ne coopèrent pas, mais Ethan sort le bluff le plus pourri du monde : "On est couverts par des dizaines de snipers, si vous nous tuez, tout le monde meurt". Sabine s’exclame donc "Holala, bon bin alors je vous montre les codes, tenez". La bonne réponse était "On est au 118e étage, il n’y a pas une tour en face assez grande pour avoir une vue sur cette suite, du coup, je pense que non seulement vous bluffez, mais qu’en plus vous êtes complètement con.", mais ha, cette réplique n’a jamais trouvé son chemin dans le script. Sabine se contentera donc de jouer la surprise et le dépit avec talent ou alors seulement de mal jouer mais bon, elle a forcément un bon niveau pour être dans des films pareils, ça n’a sûrement rien à voir avec le fait d’être la petite fille du patron de Pathé et la petite nièce de celui de Gaumont. Les codes arrivent donc devant nos héros, et Brandt les scanne via sa lentille (alors oui, hein, quand elle prend des photos, c’est qualité professionnelle, on dirait que c’est un fichier fraîchement imprimé en haute résolution et pas une vieille photo de document tenu à bout de bras).

De son côté, Jane reçoit dans sa valise magique les copies des codes fraîchement imprimés : elle les montre donc à son tour à Francis et Léonid, et ce dernier certifie que ce sont les bons ; les bougres paient en diamants et s’en vont. Sitôt dehors, Francis fait une action complètement débile (c’est vrai, je me disais que ça manquait dans ce film, tiens, pfou, merci hein) : il affirme à Léonid que maintenant qu’il a les codes, il n’a plus besoin de lui, et l’abat donc peu après avoir quitté la suite, au coeur de l’hôtel.

Quel intérêt à part prendre le risque de se mettre toute la sécurité de l’hôtel/du pays à dos, alors que tu pouvais le buter plus tard et en paix, puisqu’il te suivait docilement car tu tenais sa famille à ta merci ? Et puis qui te dit, sachant qu’il était là contre sa volonté, qu’il a certifié de bons codes ? Moi j’aurais attendu de lancer les premiers missiles pour être sûr que je n’avais plus besoin de ce garçon, mais bon, on ne se refait pas.

De son côté, Benji se réveille, récupère les diamants auprès de Jane et va les porter à la suite de Sabine pour qu’Ethan puisse payer les codes (même si je trouve un intérêt limité à cette action, allez, pourquoi pas). Sauf qu’à ce moment précis, Sabine remarque que Brandt a une lentille qui prend des photos : cela pue l’embrouille, elle ordonne donc à ses gardes de tuer tout le monde, avant de s’enfuir ; comme prévu, ces messieurs n’ayant même pas un prénom, et malgré leur surnombre et leurs armes, ils se font botter les fesses par Brandt et Ethan.

Benji, lui, a foncé auprès de son ordinateur pour tenter de ralentir le départ de Francis, histoire qu’il reste dans le coin le temps que l’équipe ait neutralisé Sabine et puisse s’occuper de le suivre. Ça devait être facile en ayant le contrôle des ascenseurs ! Il suffit de les bloquer le temps que… que…

Ouais, non : Benji trouve plus intelligent et crédible de faire planter l’ascenseur 20 fois d’affilée à 20 étages différents, ce qui ne parait pas du tout suspect. Pourquoi pas, après tout, on est déjà conscient du niveau moyen de l’équipe : plus rien ne me surprend.

Sabine, elle, finit par de curieux hasards par se retrouver à l’étage 119 (c’est connu, quand on veut fuir, on se contente de grimper d’un étage dans un immeuble avant d’aller errer aléatoirement dans les suites du cru, vraiment, quelle professionnelle jusqu’au bout), et tombe donc sur Jane, qui la reconnait et meurt d’envie de venger feu Jean-Jacques ; un combat de filles s’engage : on se griffe, on se tire les cheveux, on crie très fort en se tapant sur les mains, et finalement Sabine, qui devait à l’origine être capturée vivante, finit par passer par la fenêtre et fait donc une chute vaguement mortelle. Tout le monde fait en conséquence les gros yeux à Jane, sans prendre en compte le fait qu’elle n’a pas vraiment eu le choix.

Ethan, lui, parvient à foncer pour essayer de prendre en filature Francis, qui n’a rien remarqué, mais sent soudain des mains sur ses épaules : le FSB ! L’agent Sidirov l’a retrouvé ! Mais encore une fois, plutôt que de chuchoter "Les mecs, arrêtez-moi si vous voulez, mais le mec devant moi a vos codes nucléaires : fouillez-le pour voir ; si j’ai tort, je suis à vous, si j’ai raison, vous m’emmenez quand même, mais comme ça vous commencerez à comprendre qu’on est dans le même camp", décide plutôt de leur péter la gueule, ce qui attire l’attention de Francis, qui entreprend de se cavalcader.

Sitôt que les hommes du FSB sont par terre à pleurer parce qu’ils saignent du nez, Ethan fonce à la poursuite de Francis. Les deux larrons se coursent à pied, mais sont surpris par la tempête de sable (je vous avais dit qu’elle arriverait) ; on découvre alors que Francis est décidément une sorte de prodige d’incohérence, puisque malgré le fait qu’il ait un pistolet (ah oui, au fait, sachant qu’il devait venir au rendez-vous désarmé, comment se fait-il qu’il avait quand même un pétard ? Il voulait tout faire échouer ?), il ne s’en sert qu’une fois que la tempête est sur lui et que la visibilité est proche de zéro, et de préférence au moment où Ethan est dans une position où tirer sur lui est compliqué ; c’est quoi son but ? Prouver que ce film est plus proche d’Intervilles qu’autre chose ? Allez, lâchez la vachette.

Après avoir bien couru, nos héros finissent par trouver des voitures ; malgré la tempête, ils conduisent divinement bien, et c’est finalement Ethan qui prend le dessus en profitant d’une occasion pour foncer à contresens dans le véhicule de son ennemi après s’en être éjecté. Ce qui ne sert à rien, puisque malgré cette collision frontale à plus de 100 kilomètres/heure de chaque côté, qui a envoyé le véhicule de Francis faire des tonneaux, ce dernier a, en moins de 4 secondes (soit le temps qu’Ethan se relève de sa cascade hors de son véhicule), réussi à se remettre du choc, à sortir du véhicule, à refermer la portière derrière lui (c’est important, ça, on pourrait lui voler son épave), à courir 30 bons mètres comme si de rien n’était (dans un sens où il aurait dû croiser Ethan, mais on est plus à ça près) et à s’accrocher à un camion qui passait devant lui pour s’enfuir.

Ethan ne peut qu’assister à cette scène proprement consternante, mais histoire d’enfoncer le clou, Francis porte les mains à son visage et… retire ce qui était en fait un masque : il s’agit en réalité d’Hendricks lui-même ! Qui tient à souligner que tous les trucs précédemment faits, c’était lui et son QI de 190 ! Et oui, sinon, il adore prendre plein de risques en personne plutôt que d’envoyer des hommes de main.

On aurait suivi mon plan, c’était le jackpot en fait. Mais on ne m’écoute jamais. Je crois que je vais me faire une coupe au bol avec mèche, porter des t-shirts noirs avec des slogans ridicules et devenir emo.

Ethan lui aussi est plein de désarroi en regardant la silhouette d’Hendricks sur son camion s’éloigner dans la tempête… quel dommage. C’est pas comme si Hendricks venait de s’enfuir avec à la main une mallette contenant un système de pistage par GPS qui avait permis à Ethan de le pourchasser dans la tempête, et qui du coup permettrait de le suivre sans aucun souci. Ah non, hein, c’est pas du tout comme ça. Pfoulala.

Pour ceux qui penseraient que j'invente, voici une belle image de la scène où Ethan piste Hendricks dans la tempête grâce au GPS. 2 minutes plus tard, tout le monde fera comme si ce mouchard n'avait jamais existé.

Malgré cet échec, le temps continue de passer, et la tempête de sable s’achève, laissant derrière elle une ville toute propre (c’est une tempête autonettoyante). Par contre, chez Mission Impossible, on s’est planqué dans une vieille remise à l’abandon, et on râle que la mission est un échec, en continuant de baver sur Jane, non pas à cause de son décolleté cette fois, mais bien du fait qu’elle a tué Sabine qui avait sûrement plein d’infos, et que tout est de sa faute (c’est bien, ça : toujours tout mettre sur le dos des nanas, j’approuve).

Ethan, lui, explique que rien n’est perdu : il a peut-être un contact qui peut tout arranger ; il part donc le voir. Et pendant son absence, Brandt révèle à Jane et Benji qu’il n’est pas qu’un simple analyste : en fait, c’est un ex-agent de terrain, mais il y a fort longtemps, il était en mission en Croatie pour escorter sans qu’ils le sachent Ethan et sa femme en lune de miel (ça sentait le voyeurisme) ; sauf qu’il a échoué et que des tueurs serbes ont eu la femme de notre héros, et ont rendu son cadavre en morceaux à qui de droit. Ethan est devenu tout colérique, et a donc retrouvé les 6 Serbes derrière tout cela pour les tuer. Ce faisant, il a agi sans autorisation, et l’agence ne pouvait le couvrir ; il a donc fini en prison (mais à Moscou, allez savoir pourquoi). En tout cas, après cet échec, Brandt a été tellement dégoûté qu’il est devenu tout dépressif et a quitté le terrain. Du coup, ça lui fait bizarre de bosser avec Ethan, qui ne sait pas qu’il était celui qui a échoué à protéger sa femme. C’est trop triste.

Revenons à Ethan : lui, de son côté, à recontacté Bogdan. Mais si ! Bogdan, le type qu’il libérait sur un coup de tête au début du film, et alors qu’il n’avait aucune raison de le faire ; et bien en fait, si : il avait lu le script et savait qu’après presque 2h de film, il en aurait besoin. Car oui : Bogdan a un cousin vendeur d’armes, et par le plus grand des hasards, celui-ci a été en contact avec Kurt Hendricks ; tout cela est tellement merveilleux que je pense qu’ils ont fait écrire le scénario par une licorne ou quelque chose du genre.

En fait, figurez-vous que maintenant que le grand méchant a la mallette et les codes, il a besoin d’un satellite surpuissant pour envoyer son ordre (oui, apparemment, de base, la valise russe n’est pas reliée à un satellite mais à un modem 56Ko ; moi, je sais pas, je pensais que la valise était configurée pour communiquer avec un satellite automatiquement. En fait, c’est peut-être même pour ça qu’il s’agit d’une valise, parce que c’est pour pouvoir l’utiliser n’importe où, non ? Non.), et le cousin de Bogdan a justement servi d’intermédiaire pour que Kurt trouve son bonheur : un magnat des médias indiens Brij Nath, milliardaire et playboy, a justement le satellite qui irait bien de disponible.

Le scénario était déjà bien nase, mais nous allons voir que via ce rebondissement qui ne tient debout à aucun moment, les choses vont pouvoir encore empirer. Ho, mais si elles peuvent. Toujours.

Tiens, vous ai-je dit comment Ethan parvenait à convaincre le vendeur d’armes de tout lui raconter ? Non ? Alors attendez :

"Vendeur d’arme, tu dois m’aider ! Une guerre entre Russie et USA couve : vous devez m’aider !
- Je m’en tape, ça fait mes affaires ; je vends des armes, pas des sucettes
- Oui mais en fait, la guerre sera nucléaire
- Mais alors je ne vendrai plus d’armes ! ZUT ! MOI QUI PENSAIS QU’ON ALLAIT SE BATTRE A COUPS DE COUTEAUX ET DE SCOUBIDOUS, ROHLALA, BAH JE VAIS T’AIDER ALORS ET TE DIRE TOUT CE QUE JE SAIS SUR UN TYPE QUE J’AI AIDE A TROUVER DU MATOS POUR DECLENCHER UNE GUERRE NUCLEAIRE, JUSTEMENT.
- Tu as aidé un mec à trouver du matos pour tuer ton business ? Ce serait pas un peu débile ?
- Hoooo hééé, dis pépère, ça va le sarcasme, hein tu veux que je te rappelle tout ce que tu as fait dans le film jusqu’ici ?
- Pardon Monsieur."

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Je confirme : si une licorne a rédigé le scénario, les dialogues ont été confié à un blaireau : Mission Impossible – Protocole Fantôme, le premier film intégralement écrit par les animaux magiques de la forêt de Rambouillet.

Bref : pour stopper la guerre nucléaire, il n’y a plus qu’un seul moyen : foncer en Inde pour aller dans la résidence du milliardaire possédant le satellite et utiliser le serveur géant qu’il y a chez lui pour communiquer avec le satellite et le désactiver. Ça tombe bien, par un nouveau heureux et original hasard, il se trouve que ce jour là, Brij Nath a décidé d’organiser chez lui une gigantesque réception. Vraiment, non, c’est du jamais vu. Jamais le mec n’ouvre la porte de sa villa en slip et peignoir pour dire qu’il a la gueule de bois et que personne ne doit rentrer : c’est toujours une soirée portes ouvertes.

Nos loulous foncent donc sur place aussi vite qu’ils le peuvent grâce à un avion fourni par le vendeur d’armes, et se griment en riches invités pour accéder à la fête. Sur place, d’un côté, Benji et Brandt vont pirater le serveur géant (je vous passe toutes les aventures que cela implique, mais oui : il y a évidemment quelqu’un qui passe par un conduit d’aération par lequel peuvent passer des rhinocéros, avant de sauter vers son objectif en ne s’arrêtant, suspendu en l’air les bras écartés, qu’à 3cm de sa cible), mais comme pour désactiver le satellite, il faut un code (et que pirater, c’est mal), Jane est envoyée séduire le playboy milliardaire pour lui extirper la fameuse clé numérique (le fait qu’elle soit jeune et pas moche étant encore une fois un avantage non négligeable qui tombe à pic). La technique de séduction subtile fonctionne plutôt bien ("Hihihi vous êtes trop drôle Monsieur Nath, je me fais pipi dessus de rire, hihihi, allez viens gros, on va dans ta chambre"), et la douce parvient à obtenir les codes assez rapidement une fois seule avec le Monsieur, habilement aidée de quelques taloches dans la gueule (j’utilisais la même méthode quand j’étais prof pour obtenir des réponses ; au bout de 10 taloches, on finit par l’avoir, cette foutue date de la conférence de Yalta).

Jeu : retrouve sur cette photo qui a les plus gros talons

Ho, et oui : le milliardaire connait par coeur les codes des satellites de communication de sa société. Ah.

Sauf que l’information arrive trop tard à Benji : à peine a t-il commencé à taper la clé que le serveur commence à lâcher de partout ; Hendricks a trouvé la parade ! Le bougre s’est rendu dans les locaux d’une chaîne de communication du magnat et a utilisé les serveurs locaux pour rentrer en contact avec le satellite en le piratant et lui ordonner de ne plus obéir au serveur principal, justement pour éviter une désactivation comme le souhaitait Mission Impossible.

Attendez les choupinous : vous voulez dire qu’il suffisait d’aller dans n’importe quel endroit visiblement mal gardé (Hendricks et Francis n’ont croisé qu’un garde en tout et pour tout) appartenant aux chaînes télés gérées pour surpasser même le serveur principal géant qui demande moult acrobaties et un code ultra-secret pour être piraté ? Misère, si ce n’était que ça, j’aurais été Mission Impossible, je me serais rendu à France 3 Region – Midi Pyrénées et j’aurais uploadé Itunes sur le satellite ; avec ça, les mecs auraient pleuré.

"Bon alors… code de lancement 1-7-3-4-6-2-B. Activation. Communication avec le satellite.
- Bonjour. Une mise à jour des conditions d’utilisation est disponible, merci de la lire.
- Gnagnagna, accepter.
- Vous avez validé, merci d’utiliser Itunes. Une mise à jour Itunes est disponible, voulez-vous l’utiliser ? 
- Raaah, mais non !
- Itunes n’est plus à jour. Vous ne pouvez plus utiliser ce satellite.
- Bon, ok : j’accepte de mettre à jour.
- Vous avez accepté de mettre à jour. Merci de lire les nouvelles conditions d’utilisation. 
- Putain, mais oui ! Oui ! Valider ! Accepter ! 
- Avez-vous un certificat Apple pour utiliser ce satellite ? Merci de créer un nouveau compte pour…
- Bouhouhou, je voulais le feu nucléaire, moi, on souffre moins longtemps !"

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Je reconnais que c’est un peu extrême, et j’entends déjà les droits-de-l’hommistes hurler à la barbarie, à la cruauté, mais bon : parfois, aux grands maux les grands remèdes.

En tout cas, Hendricks a enfin les mains libres : utilisant la mallette nucléaire avec les codes qui vont bien et le satellite fonctionnel, il envoie à un sous-marin russe un ordre de tir : les bougres, persuadés que l’ordre vient de Moscou (qui n’a toujours pas remarqué le vol de la mallette et appelé à la prudence en conséquence chez ses sous-marins lanceurs) envoient donc la purée vers San Francisco, lançant une belle ogive filant à folle allure vers la cité des hippies histoire de débuter la guerre nucléaire. Seulement voilà : Mission Impossible l’a mauvaise, et n’a pas vraiment apprécié de voir sa superbe tentative sur le serveur central du milliardaire échouer : ils localisent donc d’où viennent les signaux envoyés au satellite, et s’aperçoivent que bon sang, ça provient de juste à côté ! Encore une fois, quelle coïncidence ! Vite, fonçons bourrer la mouille des méchants !

En quelques minutes, les agents sont sur place, et les brigands amateurs de nucléaire se divisent en deux groupes de 1 : Hendricks file d’un côté avec la valise nucléaire, pendant que son bras droit, Francis, tente de saboter les serveurs de la station de télévision pour les empêcher de communiquer avec le satellite pour annuler le tir. Attention, quand je dis saboter : il ne coupe pas les fils, ne met pas des coups de tatane dans les puces, non : il débranche. Il est gentil. Gentil comme dans "il est gentil Steevy", hein. Parce que sinon, il est méchant. Comme dans "Quel méchant yorkshire !" ; ça fait trop peur. Du côté de la station de télé, tout est assez vite réglé : Francis a beau faire le zazou, il finit par se prendre un gros pruneau dans le front de la part de Benji, ce qui le rend tout de suite moins grognon ; toute l’équipe peut donc s’atteler à remettre les serveurs en lignes, en attendant que la mallette soit récupérée et que l’ordre d’annulation de tir parvienne.

Ethan, justement, de son côté, finit dans un endroit original : un parking automatique de luxe, où les voitures montent et descendent sur des plates-formes ; de fait, lui et Hendricks peuvent donc se tataner en paix, et le vieux offre d’ailleurs une furieuse résistance ; comme toujours, les armes à feu finissent par tomber/être perdues, afin de respecter cet autre dogme américain :

"A la fin, il doit y avoir un duel entre le Grand Gentil et le Grand Méchant dans un lieu désert, de préférence au corps-à-corps, ou en utilisant des éléments du décor. La cavalerie ne doit arriver que dans les 10 secondes qui suivent la fin du combat."

Le combat dure, dure, tant et si bien qu’Ethan finit par avoir une jambe bien entamée et boîte sérieusement ; papy Kurt, lui aussi un peu fatigué par ce duel, constate qu’il ne reste plus que 40s avant l’explosion de l’ogive nucléaire sur les États-Unis. Étant tous les deux sur une plate-forme montant loin au-dessus du vide que constitue le puits central du parking par lequel les voitures montent et descendent, Hendricks se dit "Hahaha, je n’ai qu’à jeter la valise dans le vide, comme ça, le temps que ce gros neuneu de Hunt aille la récupérer en boitant 30 mètres plus bas, il sera trop tard !" ; sauf que pour aller jusqu’au bout du concept (rappelons son fameux QI de 190), il…

Non.

Il se jette dans le vide avec.

Que ? Pourquoi ? Quelle utilité ? Pourquoi faciliter la tâche au héros ? Au mieux, tu balances la mallette et voilà : tu continues de violenter le pauvre Ethan, qui est ainsi trop occupé pour courir après la valise. Mais non : en te tuant tout seul, tu lui facilites la tâche ; remarquez, moi aussi à la fin du film, je crois que je commençais à devenir sérieusement dépressif.

"Flotte russe, flotte russe, préparez tir sur Roubaix. Roubaix. Non : Roubaix, avec un R. Je... si, ça existe. Comment ça personne ne fera la différence entre avant le tir et après ? Bon, Tirez sur San Francisco."

Ethan, pour suivre son arch-némésis dans les profondeurs de la non-réflexion, décide de lui aussi plonger vers la valise pour la récupérer… mais comment faire, car tout cela est bien haut ? Et bien aucun problème : il prend l’une des voitures du parking, qui est ouverte et n’a pas besoin de sécurité pour démarrer (formidable), et saute avec la voiture vers la val…

Oui, hein, c’est pas comme s’il ne fallait pas la détruire, la valise. Foncer dessus en voiture pour la protéger, c’est malin.  Moi aussi, régulièrement, j’essaie de sauver des chatons en passant dessus avec mes pneus : merci Tom Cruise, tu m’as tant appris. Bref : la voiture plonge dans le puits central, s’écrase à côté de la mallette et du corps d’Hendricks agonisant, et par la magie de l’airbag, sauve notre héros. Poli, le véhicule a la courtoisie de retomber, malgré l’espace limité, loin de l’objet tant convoité par notre agent secret préféré pour ne pas l’écraser.

Sortant du véhicule en rampant, car un héros qui finit le film en pleine forme, ça ne fait pas sérieux, Ethan se dirige droit vers son objectif, et ouvrant la mallette s’acharne sur le bouton "annulation", le faisant marcher à la dernière seconde : le missile se contente donc d’érafler le toit d’un building, avant de s’écraser dans la baie locale dans un gros plouf.

Le monde est sauvé, et comme le veut la règle énoncée plus haut : la cavalerie (ici incarnée par le FSB) pénètre le parking où notre héros souffre glorieusement au même moment, et comprend qu’il cherchait à empêcher une guerre nucléaire. Hendricks, lui, a agonisé le temps de voir son plan échouer avant de mourir, comme il se doit ; le FSB est donc content, récupère la valise et propose même à Hunt d’être déposé à l’hôpital pour soigner sa gambette folle. Au passage, l’agent Sidirov s’exclame "Mais au fait, Hunt, on a toujours été sur votre piste grâce à des indices et coups de fil… vous vouliez qu’on vous suive pour que l’on comprenne la vérité en fait, c’est ça ?" ; et Hunt de répondre "Héhéhé… et oui, c’est comme ça que vous avez pu me retrouver : parce que je le voulais !"

Ah, mais oui c’est évident : c’était une idée géniale. Tiens, la preuve, tellement qu’à chaque fois que tu as croisé le FSB que tu avais donc toi-même invité, tu leur as pété la gueule et n’as eu que des emmerdes : souviens-toi, à Dubaï, tu leur as refait la margoulette à coups de mandales sous peine d’être arrêté, te faisant ainsi repérer aux yeux d’Hendricks (alors déguisé en Francis) et lui permettant de prendre la poudre d’escampette alors que tu voulais le suivre. Non vraiment : Ethan Hunt, tu es à l’intelligence humaine ce que le Skyblog est à l’Académie Française.

Bref : plus tard, nous retrouvons notre héros à San Francisco justement, sirotant une bière avec un vieil ami ; après lui avoir raconté ses dernières aventures, il reçoit à sa table Brandt, Benji et Jane à qui il propose une nouvelle mission. Seul Brandt refuse, et attendant que les deux autres soient partis, explique à Hunt que voilà : il ne peut pas travailler avec lui car… il est celui qui a échoué à protéger sa femme. Il ne peut plus garder ce lourd secret plus longtemps.

"Hohoho", répond Hunt, "Mais non : ma femme n’est jamais morte, tout cela était une mise en scène pour la faire disparaître et la protéger". Brandt est donc tout content "Génial ! Grâce à toi, j’ai abandonné ma carrière, suis devenu dépressif et je cauchemarde toutes les nuits depuis des années, c’est vraiment trop sympa !"  ; heureux d’être mis dans la confidence, et touché par cet élan de confiance, Brandt décide donc que Hunt, qui a pourtant ainsi fait de sa vie un enfer, est un mec génial et qu’il a trop envie de bosser avec : il accepte donc la mission, et part donc rejoindre Benji et Jane.

Sur cette ultime incohérence, Ethan se lève, lance le briefing, et dans la brume montante de ce début de nuit sur la baie, disparaît, prêt à servir à nouveau son pays et le prochain ministre de la justice qui pourra crever sans qu’on s’en soucie. Et donc…

FIN

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"Charlène ! Charlène !"

La jeune fille s’éveilla en sursaut en entendant les cris provenant de la porte du minuscule studio de son ami ; elle se frotta les yeux quelques secondes, s’assurant que ce n’était pas une vision : Loïc était là, debout, à demi-nu, la bouche sanglante et le visage contusionné ; il semblait avoir été sauvagement battu, mais comment ? Il était à côté d’elle quand elle s’était endormie, elle l’aurait entendu s’il avait été agressé ici ! Et il n’avait aucune raison de ressortir avant le petit matin, alors il n’aurait pas non plus pu sortir et se faire malmener une fois dehors ; tout cela n’avait aucun sens. Elle resta là, hagarde, à le regarder debout dans toute l’étendue de sa misère physique.

"Charlène, tu vas bien ?
- Oui Loïc mais, que… toi ? Que s’est-il passé ?
- Tu… tu n’as rien remarqué ?
- Quoi ?
- Mais enfin ! Quand nous sommes sortis de boîte tout à l’heure ! Quand je suis retourné chercher mon portable, que j’avais oublié : il y a un mec bizarre qui a surgi d’une ruelle et qui m’a tabassé à coups de batte de base-ball ; il a dit des trucs bizarres, genre que son arme s’appelait "petite souris", parce qu’à "chaque fois qu’elle part, elle ramène des dents" ; il m’a tabassé tant qu’il pouvait et ensuite, un peu avant que je m’évanouisse, il a dit "Votre damoiselle est fort bien faite, petit Amphitryon ! Ce soir, elle sera mon Alcmène." Ça veut dire quoi ? Il s’est passé quoi ? Tu n’as pas remarqué que j’avais disparu ?"
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Charlène recula, à demi-terrorisée.

"Mais je… non ! Tu es parti à peine 5 minutes ! Tu es revenu vers moi, tu as dit que tu avais retrouvé ton portable ! Tu… tu m’as ramenée chez toi, même que tu as dit que tu avais un peu trop bu, et que c’est pour ça que tu avais dû ressortir ton portefeuille pour trouver ton adresse. Ensuite, on est montés et…"

Charlène fit un curieux bruit en déglutissant. Au moins aussi curieux que celui que fit Loïc en manquant de peu d’avaler une de ses dents qui, après un long numéro d’équilibriste, avait enfin fini par tomber.

Quelque part, dans une ruelle non loin, un homme réajusta une cravate d’un rouge éclatant à l’arrière d’une berline.

"A la maison Diego.
- Tout s’est bien passé Monsieur ?
- Oui : les masques en latex sont vraiment des inventions formidables, les étudiantes n’y voient que du feu, même cette petite filoute de Charlène qui m’échappait depuis si longtemps à surveiller son verre en permanence."
0
 

Il y eut un bref silence.

"Je crois que Mission Impossible contenait quelques bonnes idées, en fait."

Bien,

Malgré les suppliques du bon peuple, non, point de spoiler d’"Identité Secrète", ces prochains temps : tel la folle écolière, je conserve ma chasteté – visuelle – pour le bon Taylor Lautner jusqu’à ce qu’enfin il se livre au monde en délire dans "Twilight" le mois prochain (mais oui, déjà, je sais que vous brûlez d’impatience petits galopins, la seule idée de le retrouver en train de faire le zazou en compagnie de Robert Patachon provoque partout crises d’hystérie et ultrasons). Sans compter que si je ne me trompe, la semaine prochaine sort un film sobrement intitulé "Les Trois Mousquetaires 3D", qui, je pense, doit valoir son pesant de cacahuètes.

En attendant, je vous propose donc un simple outil éducatif : un algorithme de pintades. Vous qui ne comprenez pas comment ces créatures d’outre-espace font pour sélectionner leurs vêtements  - et sur quels critères – car le résultat est affreux dans 106% des cas pour quiconque n’a pas eu le même problème de trépanation dans sa jeunesse, voici désormais un outil qui vous permettra d’infiltrer leur milieu très fermé. Restez tout de même prudents : ces bêtes sont sauvages ; si l’on pouvait les raisonner, cela ferait fort longtemps qu’elles auraient arrêté leurs immondes forfaits vestimentaires.

Je vous laisse donc cliquer ci-dessous.

Voilà pour toi, malandrin.

François ajusta son fusil, abrité derrière la portière de la voiture 17.

Au milieu des autres véhicules de police en désordre, lui et plusieurs dizaines de ses collègues scrutaient attentivement les fenêtres du lycée en ajustant carabines et pistolets, guettant le moindre mouvement. Au milieu du brouhaha des radios et talkies-walkies qui crépitaient en bruissant d’informations sur l’évolution de la situation, il peinait à se concentrer, espérant que l’on vienne bientôt prendre sa relève ; ses bras étaient douloureux, son cou tendu : voilà bien deux heures que lui et son coéquipier étaient arrivés là. Ils avaient été les premiers sur place, quelques minutes à peine après le début de l’incident. Et puis, en moins d’un quart d’heure, une dizaine d’autres voitures et fourgons vinrent s’arrêter pour vomir leur flot de renforts et commencer l’évacuation des lieux. Tout s’était passé dans un calme relatif, malgré la tension qui…

"François, voici notre homme"

Le gardien de la paix se retourna en entendant la voix du lieutenant derrière lui ; à côté de ce dernier, un type en costume et trois-quarts avec un badge d’accès réajustait une cravate rouge en plissant les yeux en direction des fenêtres que ses collègues continuaient de braquer. Il regarda brièvement sa montre, avant de gratter une de ses tempes blanchissantes.

"François, voici Monsieur Connard, consultant. Il est là pour nous aider à régler cette situation, il connait leurs faiblesses. Faites-lui un topo."

Le jeune policier gonfla son poitrail, bouffi d’orgueil à l’idée d’être celui qui en savait le plus sur la situation. Prenant une grande inspiration, il fixa le consultant d’un air hardi avant de commencer son résumé.

"Tout a commencé à environ 9h05. D’après les témoignages des élèves évacués, il semblerait que Sophie Talon, 32 ans, professeur de mathématiques, soit arrivée dans l’établissement à 8h55 pour prendre sa première heure de cours en remplacement de Monsieur Geoffray, en stage. A 8h59, elle pénètre dans la salle 105 et fait rentrer sa classe de terminale "TS-2" ; après avoir attendu que les élèves soient installés et que le silence se fasse, elle se présente à la classe en tant que "Mademoiselle Talon". Il est environ 9h03. A 9h05, un commando armé de 6 femmes défonce la porte de sa salle à coups de rangers, avant de battre à mort l’enseignante avec ces mêmes chausses en hurlant "On dit Madame, salope !". L’alerte est donnée par un élève, et mon collègue et moi arrivons sur place à 9h09. De là, l’évacuation des lieux est lancée, et tout le personnel quitte l’établissement, à l’exception de la salle où le commando est retranché. Nous procédons à l’encerclement de celui-ci et à l’interrogatoire des élèves pour les premiers éléments. Jusqu’ici, elles ont refusé tout contact et ont baissé tous les stores."

Le consultant prit une gorgée de thé dans la tasse qu’une jeune recrue venait de lui amener depuis le bâtiment administratif scolaire voisin servant de QG improvisé, contemplant son breuvage dans une moue écoeurée avant de regarder à nouveau François.

"Combien de personnes reste t-il là-dedans ?
- 15. Les 6 membres du commando, ainsi que 9 élèves. De jeunes filles, uniquement, elles ont laissé sortir les garçons. Je crois qu’elles tentent de les convertir à leur cause.
- Bon. Dites à tout le monde de se préparer et amenez-moi le matériel, je vais négocier."
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La même recrue qui avait amené le thé s’empressa de ramener un mégaphone, qui siffla lorsque l’homme l’alluma, provoquant un léger mouvement de tête vers le bas chez l’ensemble des fonctionnaires présents, surpris par l’arrivée impromptue de ce bruit désagréable.

"Un, deux, un, deux, test… test… est-ce qu’on m’entend ? Allô ?"

Il y eut un long silence. François haussa épaules et sourcils, signifiant que le refus de contact des terroristes était prévisible. L’expert repris.

"Houhou, les filles, vous ne voulez pas parler ? C’est étonnant. D’habitude, vous ne faites que ça. C’est parce que vous êtes entre filles à lire Public en vous gavant de Haagen Daz ? Vous ne voulez pas vous montrer à la fenêtre parce que vous êtes dans vos pyjamas en pilou mauve ?"

Une voix résonna depuis une fenêtre entrouverte, faisant rapidement regretter le son strident du mégaphone.

"On t’entend, porc sexiste !"

L’homme tapota sur le haut de son mégaphone, l’air satisfait.

Les négociations allaient pouvoir commencer.

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Mademoiselle Agnès, victime collatérale d'un conflit aveugle

"Mademoiselle" est un gros mot. Une atteinte aux libertés. Un instrument du sexisme moderne.

Vous ne le saviez peut-être pas, mais nos amies les féministes d’Osez le Féminisme (un nom qui sent bon le courage et l’engagement ; la première proposition, "Il faut de big balls pour être féministe" ayant été rejetée lors de l’assemblée générale constituante) et des Chiennes de garde, elles, l’ont bien vite réalisé. C’est pourquoi elles ont mis sur place toute une campagne contre cette scandaleuse appellation, à commencer par un site internet résumant leurs arguments : madameoumadame.fr.

Et là, attention, on trouve de la grande qualité. Lisons donc ensemble, ce que nous y trouvons, voulez-vous ?

Donc, voici le problème, nous dit le site :

Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi on n’appelait pas un homme célibataire « Mondamoiseau », voire « jeune puceau » ? Pas étonnant, ce type de distinction est réservé aux femmes…
En effet, en France, en 2011, les femmes et les hommes ne sont toujours pas logés à la même enseigne : civilité unique pour les hommes, double civilité pour les femmes !

Osez le féminisme et les Chiennes de garde lancent donc une campagne intitulée « Mademoiselle, la case en trop » pour rappeler que la distinction Madame/Mademoiselle n’est ni flatteuse, ni obligatoire. Et surtout, qu’elle est le signe du sexisme ordinaire qui perdure dans notre société.
Cette campagne a vocation à mettre fin à cette inégalité, mais aussi à informer les femmes de leurs droits et à  mettre à leur disposition des outils pour faire changer leur civilité.

Les femmes et les hommes ont, aujourd’hui, en France, un traitement différencié de leur civilité ! Les hommes sont appelés toute leur vie «monsieur». À l’inverse, les femmes sont «mademoiselle», puis «madame». Et le passage de l’un à l’autre ne dépend ni de leur âge, ni de leur statut professionnel, mais bien de leur statut marital. «Mademoiselle» a donc un caractère intrusif, que «monsieur» ou «madame», plus neutre, n’ont pas. 

Il est vrai que voilà une injustice qu’il est grand temps de combattre. Certes, certains seraient tentés de dire qu’il s’agit là d’un combat gadget, mais ce seraient de bien mauvaises langues : c’est très important. Encore cet après-midi, j’ai appelé une jeune fille Mademoiselle, et elle s’est empressée de se tirer une balle à sanglier dans la bouche pour en finir avec cette vie scandaleuse dans laquelle elle était rabaissée. Imaginez-vous le choc que j’ai subi : j’ai dû attendre 5 minutes de plus à la caisse qu’ils la remplacent. Inconcevable.

Surtout que le combat a l’air aussi sérieux que ses arguments : s’il est vrai qu’il n’y a aucune case "Mondamoiseau" sur les formulaires administratifs, il est normal qu’on y trouve pas "jeune puceau" ; ou alors , il va falloir me trouver le formulaire où l’on peut trouver "jeune pucelle" dans les cases à cocher, puisqu’il est affirmé ici que c’est un traitement réservé aux femmes (en dehors de l’industrie du porno et des formulaires de recrutement des troupes de Jeanne d’Arc) ; commencer une campagne par un argument foireux dès la première ligne est souvent le signe d’un site de qualité. Poursuivons donc notre exploration, puisque diverses rubriques s’ouvrent à nous, chacune argumentant sur les raisons pour lesquelles "Mademoiselle" n’a pas lieu d’être. Je vous les donne de suite :

- Ce n’est pas flatteur

- Ce n’est pas tendance

- Ce n’est pas marrant

- Ce n’est pas obligatoire

- Ce n’est pas une fatalité

et même une rubrique "Nom de jeune fille"

Autant de chapitres de votre nouveau site de chevet qui vous permettront, mesdemoiselles mesdames d’enfin lutter contre ces gros sexistes qui ne vous appellent pas Madame à tout bout de champ, mais Mademoiselle comme de vulgaires petits sagouins sans éducation. Les rustres. Et pour bien comprendre pourquoi ce site est une sorte de gigantesque n’importe quoi, nous allons commencer par un petit tour dans la rubrique "ce n’est pas obligatoire", qui débute ainsi :

Contrairement à l’idée reçue, l’emploi des termes « Madame » et « Mademoiselle » ne repose sur aucune disposition législative ou réglementaire. Il résulte exclusivement de l’usage et ne constitue pas un élément de l’état civil. Aucun document ne peut donc être réclamé à une femme qui souhaite qu’on utilise à son endroit l’appellation « Madame ».

En plus, c’est écrit en gras, pour que tout le monde comprenne bien ; vous avez donc tous lu ? "Mademoiselle" ou "Madame", c’est de l’usage, ça n’a aucune valeur légale (non, vous ne pouvez pas faire un procès à un mec qui vous appelle "Mademoiselle" au lieu de "Madame" pour gagner du pognon, mais s’il est vieux et riche, vous pouvez toujours l’épouser, en plus, tout le monde vous appellera Madame par coutume si j’en crois ce qui est dit ici). Vous pouvez donc être mariée et vous faire appeler "Mademoiselle" dans les formulaires administratifs, ou être célibataire et vous faire appeler "Madame" si le coeur vous en dit. Bref, vous avez le choix et êtes libres de la chose. Retenez bien que c’est votre droit et que c’est ici intelligemment mis en avant, et allons voir le reste du site.

Tenez, la rubrique "Ce n’est pas flatteur" par exemple.

Une distinction bien anodine en apparence

La distinction madame / mademoiselle parait en apparence bien anodine. On va encore dire que les féministes chipotent…

Non, ce n’est pas le genre de la maison. Ne vous inquiétez pas. Ici, on est bien plus rabouin.

Certaines femmes apprécient en effet de se faire appeler « mademoiselle » : c’est flatteur, ça renvoie l’image de la jeune femme jolie, fraiche, séduisante, et peuvent considérer que c’est une marque de politesse et de galanterie de la part de leur interlocuteur. 

En effet ; les filles, vous pouvez avez le droit de penser ça. Mais comme nous allons le voir, d’après nos amies de la liberté, si vous le faites, c’est que vous êtes stupide, non mais :

En vérité, qu’y a t-il de poli à nous intimer l’ordre de dévoiler notre vie privée ? 

Voilà ; l’argument est beau : les filles, vous avez le droit de penser que c’est flatteur, mais si vous le faites, vous faites le jeu du sexisme, parce que ce faisant, vous "dévoilez votre vie privée". Et ça, c’est vraiment dégueulasse, petites dévergondées ! Vous n’avez pas honte ? Ce n’est pas à Madame Bruni que ça arriverait !

Tiens ? Mais que lisait-on en gras ailleurs sur ce site ? Mais oui : que chacun pouvait se faire appeler comme il voulait, donc du coup, on peut être une mademoiselle mariée, ou une madame célibataire ; et encore, je ne parle pas des PACS ! Bref, en disant "mademoiselle", vous ne révélez rien du tout. Et c’est le site lui-même qui le dit en citant la loi, tout en affirmant le contraire en se basant sur du rien 50 mètres plus loin.

Haaa… entre baser mon raisonnement sur la loi ou sur le néant absolu cité ici… j’hésite… hmmm… rah, c’est dur. En tout cas, ça commence fort.

Cela voudrait dire qu’une femme n’ a de vrai statut dans la société que parce qu’elle est mariée  ? Et toutes les femmes qui ne seraient pas mariées – célibataires, pacsées, en union libre, homosexuelles…- ne seraient pas des vraies femmes ?

Là encore, c’est sympa : des féministes expliquant que quelqu’un qui se fait appeler "Mademoiselle" (ce qui est sa liberté) plutôt que "Madame" serait une sous-personne, une citoyenne de seconde zone. Là encore, qui a déclaré ça ? Tiens, personne… personne à part… ho ! Laurence Waki, participante à la campagne et auteure du livre Madame ou mademoiselle ? dont la couverture ci-dessous met bien en évidence le "Madame, c’est une femme, Mademoiselle, c’est un truc pas fini". Combattre un raisonnement que l’on a soi-même mis en place en prenant des airs outrés, ça me rappelle un peu nos amis les pompiers pyromanes. Et les blaireaux ici. Mais je dis ça parce que le blaireau est un animal majestueux, hein, aucun rapport avec une insulte. Non, sinon j’aurais dit "Mademoiselle".

Madame, c'est sérieux, Mademoiselle, c'est pas fini et écrit façon pouffiasse : bravo, c'est subtil. Heureusement que c'est une femme qui l'a écrit.

Bref, vous, femmes qui aimez vous faire appeler "Mademoiselle", vous êtes de vilaines collabos du régime machiste, et si les féministes vous attrapent, elles vous tondront (mais en vous emmenant papoter chez le coiffeur : ça reste des nanas avant tout). Et si vous en doutez, je cite :

L’usage de la civilité « mademoiselle » n’est rien moins qu’une marque de sexisme, un sexisme diffus, accepté… un sexisme ordinaire ! 

Contrairement aux hommes, vous avez le choix entre deux appellations, sans aucune implication légale (souvenez-vous du passage en gras ; raaah, je vous avais dit de le retenir !) mais si vous ne faites pas le même choix que certaines féministes, vous serez une salope de machiste et elles lanceront une campagne avec site internet pour vous retirer ce choix parce que ce n’est pas le même qu’elles. Qu’ils sont bêtes, tous ces gens qui ont le choix mais qui ne font pas le même que le nôtre ! Quelle bande de crypto-anarchistes !

Relevons au passage le paradoxe : être appelée « mademoiselle » rassure sur le fait d’être soit jeune et jolie, alors qu’être appelé « madame » ferait se sentir vieille et moche… Cela en dit long sur la représentation du mariage….

Moi je relève plutôt le raccourci foireux. Mais bisous quand même.

Le terme « demoiselle » vient du Moyen-Age et signifie jeune fille noble, puis à partir du XVIIIème siècle jeune fille vierge, non mariée. Faudrait-il informer le moindre homme qui se trouverait dans un rayon de 10 kilomètres à la ronde de ce qu’on est une « demoiselle », peut-être plus vierge certes, mais du moins célibataire, disponible, en un mot « draguable ». Alors à vos clignotants ! En revanche, pas de possibilité de repérer les hommes célibataires…

Oui, parce qu’encore une fois, une Mademoiselle mariée se faisant appeler ainsi, ou tout simplement, une Mademoiselle pacsée, ça n’existe pas. Si jamais ça arrive, un trou béant vers l’enfer s’ouvre et des démons tirent par les jambes la bougresse jusqu’au fin fond d’un lac de lave en éclatant d’un rire diabolique. C’est soit ça, soit quelqu’un est en train de raconter n’importe quoi. Ho, et non : ce n’est pas moi (je précise parce qu’il y a peut-être des gens qui ont trouvé le site pertinent qui me lisent : il faut les aider un peu).

Au passage, puisque "Mademoiselle" aujourd’hui n’a plus de valeur juridique, et qu’il peut indiquer une jeune fille mariée ou non, l’argument ne tient pas. Non, c’est juste un "Ouais alors à la base c’est classe, mais comme au XVIIIe siècle, ça servait à désigner une jeune fille célibataire, il faut l’interdire parce que c’est insultant". Oui ma louloute ("ma louloute", ça va ? C’est moins méprisant que "mademoiselle" ?), et tu sais d’où vient le mot "tête" ? D’une insulte : testa, en latin, désignant une cruche ou un vieux pot. Vite ! Interdisons le mot "tête", qui est méprisant ! Et là, depuis son origine, pas juste "Au début non, mais à un moment si, mais maintenant non, donc interdisons-le !".

Et puis,  c’est tout de même difficile de gagner en crédibilité dans notre vie professionnelle, quand on est appelée  « mademoiselle ». Bizarrement, on appelle systématiquement une femme "Madame" quand elle est plutôt en responsabilités. Et mademoiselle, est plutôt attribuée aux "jeunes premières" ou moins expérimentées dans son domaine et revêt un caractère souvent condescendant.

C’est tellement vrai et systématique qu’on se souvient qu’en cette époque pas du tout sexiste qu’était le début du XXe siècle, une certaine Coco Chanel se faisait appeler "Mademoiselle". Et il est vrai qu’elle n’a jamais eu de responsabilités ou réussi quoique ce soit. L’honneur est sauf.

Alors aujourd’hui, pensez-vous : c’est tout simplement impossible.

Sinon, pour perdre en crédibilité, je crois que vous avez trouvé un moyen efficace avec cette belle campagne. C’est assez balaise, je le concède.

Si l’on veut résumer, la civilité Mademoiselle perpétue la domination masculine : une femme est ainsi désignée dans sa valeur d’objet, objet « sexuel » ou « ventre porteur », obligatoirement en attente d’un homme pour « accéder à la vraie vie ». C’est pour cela qu’il est important d’être appelée « madame », ça ne fait pas de toute femme une femme mariée, une femme vieille ou moche, dont la vie serait toute tracée ou pour l’essentiel derrière elle mais ça en fait une femme libre. Tout simplement…

Voilà voilà. A part ça, nos amies féministes sont là pour combattre les préjugés. Lectrices, vous qui n’êtes pas choquées de vous faire appeler "Mademoiselle", ou pire, qui préférez, sachez que vous êtes de simples objets sexuels en attente d’être engrossées. Et en demandant à ne plus avoir la liberté de vous faire appeler Mademoiselle, vous serez plus libre. C’est heu… complètement con beau.

Enfin, allons jusqu’au bout du concept pour prouver son absurdité. Donc, je résume (moi aussi, sauf que moi je ne mets pas de mots en gras): il y aurait des gens qui auraient des préjugés sur l’appellation "Mademoiselle" ; il faut donc, pour combattre ces idées, supprimer le mot. Plus de mot, plus de problème ! C’est vrai que c’est une manière intéressante de régler les problèmes sociaux.

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Flashback historique

Munich, 1921

"Aaach… j’en ai assez de l’antisémitisme ! 
- Oui, c’est terrible Adolf, je sais. Les juifs sont victimes de beaucoup d’idées préconçues. Mais nous allons lutter.
- Lutter contre les préjugés ? Non ! Il faut éradiquer les juifs ! Plus de juifs, plus d’antisémitisme !
- Je… mais le problème, c’est plutôt les préjugés, non ? 
- Non, non, c’est génial ! Vite, j’ai un plan pour rendre le monde plus tolérant ! Je vais monter un Reich d’amour !"

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Fin du flashback historique

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"Et che ne tolérerai pas non plus l'homophobie ! Ja ?"

Bon allez, je crois que nous avons déjà fait le plus gros de cet argumentaire absurde. Allons plutôt voir la page "Ce n’est pas tendance".

Notez : comme on s’adresse à des donzelles, on leur parle de "tendances". Ce qui signifie que si c’était la mode, au même titre que les Wayfarer ou les chemises à carreaux, alors il n’y aurait aucun souci sur la question. Diable ? Vous voudriez dire que les revendications évoluent en fonction des modes ? Qu’il en va de même de la place de la femme dans la société que de celle des pantalons slim ?

Ça expliquerait le curieux silence de nos amies sur la question des jeunes filles qui s’appellent entre elles "Bitch" ou "Biatch" : c’est à la mode, et c’est vrai que c’est un terme pas du tout connoté. Petit rappel : les filles, vous pouvez donc vous appeler entre vous "Ma grosse bitch", mais pas "Mademoiselle", parce que Mademoiselle, c’est sous entendre que vous êtes une pute à matelots. Et ça, ce n’est vraiment pas très correct. Vous devriez avoir honte.

D’ailleurs, autre curiosité : parler de "tendances", c’est reconnaître qu’un terme évolue dans le temps. Et donc, se baser, comme ce fut fait précédemment, sur une évolution partant du XVIIIe siècle pour appuyer son argumentaire du XXIe, ça revient à dire "Oui ça évolue dans le temps, mais en fait, c’est figé dans le temps". Ce qui est, comment dire… enfin… disons que même Steevy n’a pas ce genre d’argumentaire.

Autre argument de qualité : Comment fait-on ailleurs ?

Et ailleurs ?

La distinction madame/mademoiselle n’existe pas ou bien est tombée en désuétude dans beaucoup de pays (Allemagne, PortugalDanemark…). Au Québec, ce terme témoigne d’une pensée si archaïque qu’appeler une femme « mademoiselle » est très très mal perçu.

Il est vrai que cela parlera à chacun : si un autre coin, comme par exemple le Québec (prendre le pays qui a produit Garou et Céline Dion comme référence, c’est assez révélateur), utilise le terme de manière péjorative, alors nous devons faire de même. Donc en se basant sur le même argument, on peut aussi se rappeler que dans le reste du monde, "Madame" est le terme qui signifie "patronne de maison close" ; pas sûr que ce soit le truc le plus élégant qui soit.

Vraiment, arriver sur un même site à mettre en avant autant d’éléments visant à se décrédibiliser, c’est de l’art. On dirait un site de campagne de Ségolène Royal.

Autre argument : "ce n’est pas marrant". Non, parce que, ça le serait, il n’y aurait aucun souci. Du coup, j’imagine que les membres des Chiennes de Garde et d’Osez le féminisme adorent les blagues sexistes ; après tout, si l’aspect "rigolade" est un argument en soi, alors ça ne doit pas poser de problèmes.

Cette rubrique est, d’ailleurs, une mine de réflexion, puisque constituée de copiés/collés tirés du site Vie de Meuf, qui tout comme son homologue fécal, est en fait juste une compilation d’anecdotes d’internautes invérifiables. C’est vrai que du coup, c’est un moyen béton d’appuyer son avis que de citer des trucs sortis de nulle part. Je vais créer "Vie de Personne Tout à Fait Objective", avec plein d’anecdotes du genre "L’autre jour, l’Odieux Connard m’a sauvée d’un tigre enragé à Borneo – Elsa21 #VDPTAFO" , "Avant j’étais pauvre et laid. Puis, j’ai connu l’Odieux Connard, qui m’a bidouillé un petit business en ligne pour que je survive. Je suis toujours laid, mais ça va mieux. Mark Z #VDPTAFO" ; "L’Odieux Connard t’aide à trouver l’amour, l’argent, la richesse, fait revenir l’être aimé puis lui pète la gueule pour lui apprendre à partir sans autorisation. Marabou N’Golo #VDPTAFO".

Mais assez digressé ; contemplons un florilège issu de notre beau site féministe :

Premier témoignage, et donc, j’imagine, le plus frappant.

Ce matin, au marché, le vendeur de fruits et légumes m’a alternativement appelée "ma puce", "ma chérie", puis "mademoiselle", avec tutoiement. Quand je lui ai dit que c’était "madame", il est passé au vouvoiement et a arrêté les petits surnoms. En fait, quand on pense que vous n’êtes pas mariée, le respect, c’est secondaire. #viedemeuf

ThB

Pas mal : "ma puce", ça passe, "ma chérie", aucun souci, le tutoiement aussi, mais mademoiselle, ah, ça non, espèce d’enfoiré ! Et c’est là dessus que notre héroïne a réagi. Si ma boulangère m’appelle "ma puce", elle mâchera ses molaires et le bout de ma chaussure droite avant d’avoir fini d’articuler "mon chéri".

J’ai quarante ans et je ne suis pas mariée. Alors suis-je "Mademoiselle" ou "Madame" ?

La question se pose chaque jour. Même l’administration me demande de choisir. C’est usant.
Je suis Madame car je suis majeure. Point. La question ne devrait pas exister.
#viedemeuf
Madame S

Putain, c’est vrai, avoir le choix c’est trop dur à vivre, surtout quand en plus on a la réponse. Comme le disait mon ami Jean-Luc "Les choix sont souvent difficile ; parfois, j’aimerais passer ma vie sur un rail."

Mon ex : "oui, je t’appelle Mademoiselle même si tu trouves ça ringard. Parce que tant que tu n’as pas eu d’enfant, tu n’es pas vraiment une femme"

Oui, ce n’est plus que mon ex… ouf !
#viedemeuf
NO

Ah bin oui, là, clairement, le problème c’est le "Mademoiselle", et pas le Monsieur. Je comprends mieux. Merci, Vie de Meuf, tu es tellement pertinent. En plus, c’est absurde : chacun sait que pour devenir une femme, il faut coucher avec un blogueur autosatisfait.

A l’occasion de mon mariage, j’ai gardé mon nom de naissance comme nom d’usage. Au travail, un collègue m’a interrogée sur mon mari en l’appelant monsieur "mon nom" ; visiblement, il ne pouvait imaginer qu’une femme, lorsqu’elle se marie, n’abandonne pas son identité. #viedemeuf
Sophie

Ou alors il a pensé que vous portiez le même nom sans chercher à savoir qui a donné son nom à qui, puisque le mari peut prendre le nom de sa femme. #viedelobotomisée. Bon, puis soyons positif : il a essayé de connaître ton nom. Personnellement, je n’ai pas compris l’intérêt de cette pratique.

Alors, Madame ou Mademoiselle ? Attention, il y a un piège

Allez, rassurez-vous les filles : tout cela n’est pas une fatalité. Vite, la rubrique éponyme !

Marre d’être appelée mademoiselle et par son nom de "jeune fille" ?

Vous avez le droit d’être appelée madame quel que soit votre âge ou votre situation personnelle. Vous avez le droit de refuser de parler de "nom de jeune fille" pour votre seul vrai nom. Personne ne peut vous l’imposer.

L’administration persiste à privilégier Mademoiselle, quand elle s’adresse à une femme qui n’est pas mariée, malgré les deux circulaires et nombreuses réponses des ministres aux questions de parlementaires.

Ici, le site a tout à fait raison : vous avez ce droit. C’est comme ça. Et oui, l’administration utilise par défaut "Mademoiselle" pour les femmes non mariées. Jusqu’ici, il fallait donc écrire à l’organisme concerné pour lui dire de mettre "Madame" si vous préfériez la chose, qu’importe votre situation, et particulièrement si vous n’avez que ça à foutre.

Heureusement, comme ce n’est pas une fatalité, le site propose un "kit" sous la forme d’un courrier tout prêt pour enfin en finir avec cela ! Et comme le veut la politique du site, il s’agit d’un courrier visant à demander à l’administration d’arrêter de vous appeler Mademoiselle, avec argumentaire sur l’historique du terme à la clé, sur le fait que c’est sexiste, etc, et que le prochain qui vous appelle comme ça, vous allez lui éclater la gueule contre le lavabo.

Bref : cela revient à écrire à l’administration en disant "Tout le monde doit être appelé Madame, et non Mademoiselle, sale sexiste". Oui, et donc, l’appellation par défaut deviendra "Madame". Et celles qui voudront se faire appeler "Mademoiselle" devront écrire à nouveau pour réclamer ce droit qui est le leur… bref : le problème restera là, il aura juste été inversé dans sa manifestation. Et l’administration qui aura été sensibilisée par les courriers de madameoumadame se dira "Tiens, en voilà une qui veut se faire appeler Mademoiselle : quelle petite traînée !", chose que personne ne se disait jusqu’à l’apparition de ce site ; bravo : c’est avec ce discours que le féminisme avance.

Et nul doute que naîtra dans quelques années un site "mademoiselleoumademoiselle", dans lequel des militantes rappelleront que non, on a pas envie de porter un nom allant à l’origine aux femmes mariées passant sous l’autorité d’un homme et servant à désigner les patronnes de maisons à filles de joie, que c’est indécent, dégradant et que c’est avoir "une drôle d’image du célibat". Et elles proposeront même des kits militants pour revenir au terme automatique "Mademoiselle".

Pour le reste, je vous laisse vous-même explorer ce fabuleux site, qui je le rappelle, part du dogme suivant : bien que choisir son appellation civile soit un droit pour les femmes, puisque les deux associations n’aiment pas l’appellation "Mademoiselle", elles veulent tout simplement supprimer cette petite liberté pour imposer leur choix à toutes, au nom du fait de devenir une "femme libre".

Alors non, je ne dirai pas que c’est un combat "gadget".

Je dirais juste que c’est complètement con.

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L’après-midi était bien avancée lorsque la dernière des 9 otages courut depuis le bâtiment désert d’où elle venait d’être relâchée jusqu’aux policiers venant la récupérer dans la cours du lycée.

Cela avait demandé beaucoup d’efforts : les négociations avaient été beaucoup plus compliquées qu’avec les autres terroristes. Là où il était possible en d’autres circonstances de récupérer un otage en échange de quelques pizzas, il avait ici fallu proposer des macarons pour récupérer deux jeunes filles. Nenni d’hélicoptère avec pilote : une Mini Cooper avec un plein garée dans la cour avait suffi à obtenir trois autres otages. L’expert connaissait son métier : il obtint la libération de trois autres filles en donnant sa promesse qu’il y aurait une nouvelle saison de Grey’s Anatomy à la rentrée, mais dut négocier un peu plus dur contre la dernière. Ce fut lorsqu’il menaça de tremper un sac Vuitton dans du goudron que les portes du lycée s’ouvrirent à la volée, laissant paraître la dernière otage.

"Maintenant, il faut encore qu’on aille les cueillir. Elles sont bien barricadées. Si on entre, ce sera une boucherie."

François manifestait vivement son inquiétude ; il voulait que cette histoire se finisse vite, mais sans perdre de copains dans un assaut. Dans l’immédiat, les terroristes étaient bien retranchées et pourvues en macarons : cela ressemblait diablement à une impasse. Peut-être que si ce soi-disant consultant ne les avait pas ravitaillées, elles se seraient déjà rendues.

"Erreur, jeune homme : grâce aux régimes, la femelle est habituée à de longs jeûnesMais pas d’inquiétude : on va régler ça proprement et sans bavures. Donnez-moi votre talkie-walkie, vous allez voir."

Le type s’approcha du lycée, et porta à nouveau le mégaphone à ses lèvres. Il articula avec lenteur et mauvais jeu, tel un Francis Huster :

"Ho ! Ca alors ! Il y a Margaux Motin dans la cour !"

6 têtes apparurent aussitôt à la fenêtre de la salle de classe, se bousculant et criant en cherchant du regard la célèbre blogueuse.

L’expert attrapa le talkie-walkie que François lui avait prêté.

"Dites aux snipers que c’est bon."

"Plus haut, Diego, plus haut !"

Le pauvre serviteur, engoncé dans sa blouse à double rangée de boutons, réajusta péniblement ses gants en caoutchouc avant de pousser un peu plus fort la manette commandant la poussée hydraulique. Là, en haut du laboratoire, les portes du toit achevaient lentement de s’ouvrir sur un ciel noir alors que la plate-forme montée sur un bras articulé continuait de s’élever dans un bruit sourd. Essuyant les gouttes de pluie tombant par l’ouverture sur ses lunettes de soudeur, il se tourna finalement vers son maître.

"Êtes vous-sûr Monsieur ? Nous risquons beaucoup en…
- Depuis quand as-tu un avis ? As-tu oublié qui t’a sorti de ton pays pour te fournir un emploi ? Allons, plus haut ! Nous avons besoin de la foudre !"
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Au loin, le tonnerre gronda, donnant l’impression qu’une immense boule destructrice roulait là-haut, quelque part, au-dessus des nuages, dans un vacarme infernal. Diego observa attentivement son employeur, guettant le moment où celui-ci lui donnerait le signal d’abaisser la manette devant permettre de rendre la vie à la chose tout en haut de la plate-forme, actuellement inerte et battue par la pluie, attendant son heure.

Et puis soudain, il y eut un flash suivi d’un bruit assourdissant, si fort que plusieurs éprouvettes situées à proximité éclatèrent ; Diego fut lui-même projeté au sol, entraînant avec lui la manette qu’il devait activer ; levant les yeux, il lui parut alors que la foudre n’était pas seulement tombée sur la petite plate-forme dépassant du laboratoire : un véritable pont électrique s’était formé entre les cieux et celle-ci, comme si l’éclair était incapable de se retirer après avoir frappé sa cible ; dans une sorte de grésillement ressemblant au vrombissement d’un million d’abeilles, celui-ci se débattait en envoyant tant de puissance sur sa cible que plusieurs voyants situés sur le bras articulés explosèrent ; dans la folie de ces instants, Diego fut persuadé qu’il pouvait entendre distinctement son maître rire à gorge déployée d’une manière parfaitement diabolique alors que sa "science" s’opérait.

Finalement, le bras articulé s’effondra brusquement, et tout s’arrêta en un instant : l’éclair disparut, le bourdonnement s’arrêta, et la plate-forme fila vers le sol à folle allure avant que les systèmes de sécurités pneumatiques ne l’amortissent. Diego nota que l’obscurité s’était faite dans le laboratoire ; en se relevant doucement, il écarta le rideau occultant situé derrière lui pour constater par la fenêtre que tout le quartier semblait dans la même situation. Il se retourna brusquement lorsqu’il entendit son maître marcher d’un bon pas vers la cible foudroyée, son rire n’étant plus désormais qu’une sorte de ricanement nerveux, presque un hoquet. Il vit alors l’homme s’approcher de la bâche située sur la plate-forme pour la soulever, avant de s’exclamer :

"Elle est vivante… VIVANTE !"

Et Diego ne put qu’approuver :

Là, sous la couche de tissu roussie, la petite Box avait à nouveau sa diode passée en vert. Son maître était de retour sur internet : il allait pouvoir faire des trucs passionnants comme regarder des vidéos à la con, lire des blogs aux articles trop longs ou même regarder le Grand Journal.

C’est d’ailleurs sur ce dernier point qu’il s’aperçut qu’il y avait un problème : la box semblait retransmettre des émissions venues d’un monde parallèle.

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Car en effet, hier soir, il y avait Tristane Banon au Grand Journal. Non pas que sur ce blog, on s’intéresse à l’affaire DSK, mais plutôt que l’on aime la méta-affaire, entendre par là tout ce qu’il y a autour de parfaitement absurde et que curieusement, personne ne commente jamais. Alors que pourtant, c’est plutôt surpuissant. C’en est d’ailleurs à se demander si, depuis 4 mois, la plupart des intervenants n’ont pas recours à des produits dopants ou à Nadine Morano un coach mauvaise foi, tant le niveau reste parfaitement surpuissant.

Par exemple, donc, personne n’a réagi au fait que Tristane Banon vienne, accompagnée de son avocat, parler au Grand Journal d’une tentative de viol. Pas même les associations féministes.

"Tout de suite, le viol de la semaine. Et ensuite Ariane nous montrera une vidéo rigolote piquée sur Youtube avec un chien qui pète"

Je ne sais pas moi, pourtant, c’est vaguement curieux : aller dans une émission de divertissement (ce n’est pas moi qui le dit : c’est la rubrique à laquelle est classée l’émission sur la page de Canal +) pour people ayant quelque chose à vendre (un livre, un spectacle, une campagne électorale) parler de comment on a failli se faire violer quelque part entre une pub pour de la lessive et une blague d’Ariane Massenet, ce n’est pas vraiment ce que l’on peut appeler le top du top du sérieux. Surtout quand c’est pour au final se faire dégager parce que c’est l’heure du "Daily Mouloud".

"Bonjour Tristane, racontez-nous votre affaire, ça nous intéresse, regardez, on va tous prendre un air grave pour dire qu’on rigole pas.
- D’accord, alors je vais vous expliqu…
- Oui c’est très intéressant, mais en fait, on va vous diffuser des images de Dominique Strauss-Khan sur écran géant avec vous en gros plan en médaillon. Attention : ce n’est pas du tout pour voir si vous allez pleurer pour faire de l’audience, c’est juste que vous êtes très jolie en médaillon.
- Certes mais je…
- Super, maintenant, Jean-Michel Aphatie va analyser l’interview de DSK, parce que bon, en fait, vous on s’en tape, c’est lui qui nous intéresse.
- Oui, maintenant, je vais raconter ma version : c’est moi la gentille et lui le méchant.
- Ah, ça c’est de l’information ! Allez, on passe au Daily Mouloud !"
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Voilà. On parle de viol comme du dernier spectacle d’Arthur, le tout en rajoutant un peu de pathos histoire de, et là, vous n’entendez plus une seule association féministe, pourtant véhémentes la veille, lorsque DSK était à TF1. Comme quoi, si le viol est un sujet trop sérieux pour qu’on en rigole, il suffit de le passer dans une émission de divertissement pour que l’on s’en moque : bravo mesdames. A l’heure où vous faites tourner une pétition pour refuser la "banalisation du viol", et où vous vous insurgez contre les "remarques machistes", on attend toujours votre réaction quand, pendant que la damoiselle était sur le plateau, le "Daily Mouloud" posait la question "Alors, Claire Chazal, elle est bonne ?" .

Là encore, inexplicablement, aucune voix nulle part pour souligner l’aspect totalement absurde de la chose. Et mon ami Google ne me renvoie lui non plus aucune remarque sur le sujet : tout le monde a trouvé ça parfaitement normal. Ou alors, tout le monde prend bien soin de ne pas regarder le Daily Mouloud, ce qui me paraîtrait bien plus raisonnable.

J’aime quand, les commentateurs et commentatrices de la veille, qui réclamaient "la justice égale pour tous" et la fin du "mépris" font bien attention à ne pas appliquer le même traitement pour cette émission que celui de la veille sur TF1, surtout que là, ils ont ouvertement fait caca sur la cause de ces dames. Bravo les enfants : quelle pertinence.

A cet instant de mon propos, j’en soupçonne un ou deux de supposer que je défends la cause de notre blonde amie, faisant les gros yeux aux vilains qui rigolent des viols, parce que flûte, c’est pas rigolo. Ce serait bien mal me connaître jeunes gens, car justement, durant l’émission, il y a aussi eu du très, très gros niveau sans que personne ne réagisse, puisque là encore, ça semblait parfaitement normal à tout le monde sans raison apparente.

Puisque tout comme notre gros Dominou, par exemple, Tristane a expliqué avoir, je cite, "perdu sa légèreté" depuis les faits en 2003 (ce qui ne signifie pas seulement manger trop de granolas, hein), avant d’ajouter, un peu plus tard, toujours au sujet de sa tentative de viol :

J’en ai parlé une fois, à tort, d’une façon beaucoup trop légère chez Ardisson. (…) J’étais là pour faire la blonde qui parle de politique et c’est seulement 2 ou 3 minutes avant l’antenne qu’on m’a prévenue qu’on allait parler de Dominique Strauss-Kahn

Comme quoi, on peut perdre toute sa légèreté et rester légère. Et surtout, on constatera le formidable raisonnement : "Nan mais si j’en ai parlé avec légèreté, c’est parce qu’on m’avait pas prévenue à l’avance que j’allais en parler". Bin oui, parce que les traumatismes, faut être prévenu en amont, pour se souvenir de faire la gueule et avoir le temps de se frotter les yeux avec un oignon. Sinon, on se fend la poire autour de la table. Je rappelle que sur le plateau du Grand Journal, il y a pourtant du monde autour de la table, mais personne n’a relevé cette formidable incohérence. Surtout lâchée quelques minutes après avoir dit "DSK est un mauvais acteur : on voit bien que tout était préparé à l’avance !". Comme quoi, la préparation est un droit pour certain et une faute pour d’autres. Vilain Dominique. En plus, c’est nul, tout le monde est de son côté, c’est connu.

Samantha avait elle aussi perdu toute légèreté

Pourquoi par principe, le doute profite à l’accusé et pas à la victime? 

S’est interrogée Tristane. Là encore, personne n’a relevé en soulignant que le doute, en général, on l’applique plutôt à l’accusé puisque c’est lui qui risque quelque chose. Mais bon, on en était plus à ça près.

Cependant, ce soir là, un autre phénomène paranormal s’est produit : Jean-Michel Aphatie a décidé de faire le comparatif ultime : retrouver les propos en commun entre DSK s’excusant et Clinton s’excusant lors de l’affaire Lewinsky, pour trouver 14s en commun dans leurs deux discours puisque, incroyable, les deux s’excusent, y compris devant leurs femmes. Troublant. Mais, soyons fous, pourquoi pas ; sauf que derrière, le même journaliste se plaint que DSK n’a pas donné assez de "détails", la veille, lors de son interview.

C’est beau : un journaliste fait le parallèle avec l’affaire Lewinsky, où, pour rappel, toute la presse française se foutait allègrement des Etats-Unis en disant "Halala, les gros nazes, ils veulent tous les détails, alors que bon, les détails ne regardent pas le public !" ; hop, aujourd’hui, finies les leçons d’éthiques, on dit "Raaah, l’enfoiré, il nous a pas dit ce qu’il avait fait !". Mais oui, évidemment, c’est tellement important de savoir qui s’est imbriqué comment ! On imagine bien, un dimanche soir à 20h15, quelqu’un expliquer à une audience historique "Et bien ma chère Claire, je vais tout vous expliquer : j’ai attrapé la petite par la tête, et je lui ai chatouillé la glotte avec ma teub", moment d’une légèreté (perdue) telle qu’il devrait trouver sans soucis sa place dans un spectacle de Jean-Marie Bigard.

Les détails, il n’y a aucune raison que DSK les donne : après tout, s’il dit que c’était une relation consentie, ce qu’il se passe entre gens consentants n’a pas à être sur la place publique. Donc s’il veut être un peu cohérent, la seule version détaillée qu’il doit donner, ça doit être pour les enquêteurs. Et quand bien même, de toute manière : qu’est-ce que la presse ou le public ferait de ces "détails", comme ils sont appelés ? Encore une fois, la question "viol ou non" est relayée au second plan, remplacée par du "des détails sur le sexe !". Et là non plus, tiens, je n’ai entendu personne hurler au scandale.

Surtout que derrière, on a le droit à toute une série de questions plus ou moins innocentes du genre "Roooh, il est resté très vague l’enfoiré, il parle de "faute morale", mais il ne dit pas ce que c’est !" ; ouais, et juste après, il s’excuse auprès de sa femme. Attention, Jean-Mimi, je vais t’aider, puisque c’est vrai que le vilain Dominou n’a pas fait un gros dessin pour expliquer le lien de cause à effet : il a trompé sa femme, il n’est pas très fier. N’hésite pas à me rappeler si tu as d’autres questions pertinentes de ce genre, puisqu’apparemment, malgré la foule des intervenants/chroniqueurs sur votre plateau, il n’y en a encore pas assez pour trouver la solution d’une énigme qui n’aurait même pas sa place chez le Professeur Layton.

Oui mais voilà : c’est tellement mieux de dire "Holala, il ne raconte pas, c’est quand même bizarre !". Ouais.

Heureusement, en matière d’interrogations à deux sous, le magazine Elle n’était pas en reste, puisqu’il avait demandé à plusieurs féministes de donner les questions qu’elles auraient voulues voir posées au bon Dominique. Curieusement, ce sont à 97% des questions qui partent du postulat "Il est coupable", ce qui est particulièrement subtil. Parmi tout ce petit monde, il y avait d’ailleurs mon association préférée, le fameux "Collectif féministe contre le viol" (le pire ennemi de l’Association pour les viols collectifs et sa célèbre présidence tournante)  On commence donc avec Clémentine Autain.

« Pourquoi vous êtes-vous excusé auprès du FMI ? Si vous n’êtes pas coupable de quoi que ce soit, de quoi vous excusez-vous ? »

Le truc trop subtil : "Si vous n’êtes pas coupable, pourquoi vous excuser ? Hein ? HEIN ?" ; parce que non, c’est un fait : il n’avait pas du tout à s’excuser d’avoir, par exemple, créé une vieille crise à la tête du FMI, et donné une bien mauvaise image de directeur général. Mais oui Clémentine ! Vous avez raison : seuls les coupables s’excusent. J’imagine que vous-même, quand vous bousculez quelqu’un dans la rue sans le faire exprès, vous lui dites "Va te faire enculer", et surtout pas "Excusez-moi", car vous n’êtes pas coupable et voulez bien le signaler. Vous avez raison.

On attend toujours les réactions des féministes sur cette personne donnant une image déplorable de la femme

D’ailleurs, du coup, c’est très beau : d’un côté, on a ce discours, et de l’autre : Tristane Banon qui explique que DSK ne s’est pas excusé auprès d’elle ou de Nafissatou Diallo : oui mais les enfants, visiblement, excuses = coupable, alors il va peut-être pas se suicider comme ça. Là encore, il va falloir vous mettre d’accord.

Au tour d’Audrey Pulvar

« Ce rapport était-il tarifé ? Si non, vous soutenez avoir eu un rapport sexuel (oral) avec une inconnue, en moins de 10 minutes, non tarifé sans la moindre contrainte ? »

Si j’étais DSK, je répondrais juste "Connaissez-vous Jean-Edouard et Loana ?"

Allez, Rokhaya Diallo, que je ne connaissais pas jusqu’alors, participe à son tour

« Comment vivez-vous le fait que la crédibilité de Nafissatou Diallo ait été mise en cause très rapidement et qu’elle ait payé d’avoir menti par le passé, alors que vous n’avez de votre côté pas fait l’objet d’enquête similaire? Comment vivez-vous ce traitement de faveur alors que vous étiez accusé? »

C’est vrai que c’est bizarre. Il n’y a eu une enquête que d’un seul côté, et il n’y en a eu aucune sur DSK. D’ailleurs, il n’a même jamais été arrêté ou interrogé. Et aucune précédente affaire de tentative de viol n’est ressortie. Et non, Tristane Banon n’existe pas.

Les derniers mots iront bien sûr au collectif "Osez le féminisme", ici représenté par son porte-parole, Thalia Breton dans Le Nouvel Observateur :

Ça montre bien que les violences faites aux femmes sont traitées comme un fait-divers, un feuilleton médiatique, mais pas comme un fait de société. Les violences faites aux femmes sont minorées

Effectivement : à tel point qu’on en parle dans des émissions de variétés entre deux chroniques pour amuser la galerie et dans lesquelles on se fout allègrement de votre gueule. Mais que là, on ne vous entend surtout pas vous exprimer, hein, attention : faudrait pas avoir des revendications trop constantes.

Ho, et non, je ne vais pas parler de la prestation de notre ami le joyeux DSK lundi soir : d’autres s’en sont déjà chargés bien avant moi, n’allons pas rejoindre ces fameux analystes pour le coup. Que l’on ne pense pas que je prenne parti pour le bougre pour autant : vu les fréquentations de ce garçon, je crois que nous n’avons définitivement pas les mêmes valeurs (à vous de retrouver si je parle de Martine Aubry ou non). Je voulais surtout souligner les réactions et non-réactions absurdes autour de l’affaire.

Personnellement, j’attends la suite avec impatience. Un truc du genre "Nafissatou vient témoigner dans D&Co", qui sera salué par les associations féministes, tant une femme battue qui en reçoit une violée, ça fait avancer la cause.

L’homme se gratte la barbe en regardant le numéro griffonné dans un coin de son agenda.

Sa main tremble un peu en se dirigeant vers son téléphone, et les quelques instants avant qu’il ne finisse par se saisir du combiné lui paraissent infiniment longs. Doit-il le faire ? Certes, il en a envie mais… est-ce bien raisonnable ? Ce matin encore, toute son équipe lui a soufflé que l’on allait droit vers une catastrophe. Qu’il y avait des portes qu’il ne valait mieux pas pousser, au risque de commencer un long chemin sans retour. Que ce soir, il ferait mieux de se reposer et de n’appeler personne, au risque de faire quelque chose d’absurde.

Contemplant le téléphone dans sa main, l’homme hésite l’espace de quelques secondes ; et s’ils avaient raison ? Et s’il allait faire quelque chose qu’il allait regretter ? Sa main, elle, comme animée d’une vie propre a pourtant déjà commencé à composer le numéro, et bientôt, le son strident signalant que le téléphone sonne chez son interlocuteur se fait entendre sur la ligne ; allez, il peut encore raccrocher ! Il peut se reprendre, ne p…

"Allô ?"
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La voix est jeune, claire, sûre d’elle ; elle a même un petit quelque chose de séduisant. Trop tard pour faire demi-tour, autant se lancer.

"Allô c’est… hem… Steven Spielberg. Je… Je suis bien chez Jeffrey Jacob Abrams ?
- Lui-même ! Que puis-je pour vous Monsieur Spielberg ? 
- Et bien je… écoutez, voilà : j’aimerais faire un film un peu à l’ancienne… une sorte de pèlerinage vers mes débuts… 
- Hmmm, je vois, je vois, ça pourrait être sympa en effet, vous avez déjà une idée ?
- Oui, alors ça s’appellerait Super 8…
- Je n’ai pas vu les 7 premiers.
- Pardon ?
- Je disais que je n’avais pas vu les 7 premiers.
- Je… bon, oublions. Alors l’histoire…
- Dites moi tout !
- Et bien ça pourrait être des enfants… des enfants avec une caméra qui…
- Ho oui ! C’est génial ça : et il pourrait y avoir des explosions ! Du genre… oui, un vaisseau qui s’écrase ! Ou non non, attendez, mieux : un train !
- C’est que je…
- Oui, et le train il ferait KA-BOOM et ensuite WROUSH et là BAAAAAM parce que ça fait PRSCHOUUUUUUUF
- Je… Monsieur Abrams… Monsieur Abrams, écoutez-moi, je pensais plus à quelque chose comme E.T… et…
- Ho ouais, un alien, et il tuerait les gens en faisant SHLAAAA et VLAAAAM et puis alors KRSCHHHHHH
- Non je… je voyais plus de… de poésie… de sentiments…
- Ah, mais vous avez frappé à la bonne porte : Armaggedon, Cloverfield, Mission Impossible 3… vous ne pouviez pas trouver mieux.
- Bon heu… alors on se voit bientôt pour parler de tout ça, hein…
- Oui c’est ça ! J’ai déjà plein d’idées, genre une grosse bataille finale avec l’armée qui tire dans tous les sens et BAM, VROUF ! Et…
- Ho, dites, il est tard, allez je raccroche, on se voit bientôt, bisous."

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Steven raccrocha le téléphone en se prenant la tête dans les mains. Ça y est, il venait de faire une connerie.

Autant la spoiler, mes bons.

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L'Affiche : j'ai une photo un peu pareille chez moi, de deux gamins sur l'A5 quelques secondes avant de se prendre un poids lourd

Le film s’ouvre sur une scène fort triste : en 1979, dans une petite bourgade américaine enneigée, on enterre une ouvrière qui a subi un terrible accident du travail, du genre de ceux qui vous font passer de l’état d’humain joyeux à celui de pulpe sanguinolente en quelques secondes ; la famille et les amis de la défunte sont donc quelque peu abattus, et beaucoup discutent à voix basse de l’avenir du fils de la maison, Joe Lamb encore jeune, et n’ayant plus que son policier de père, Jackson, pour l’élever. Ce dernier faisant passer son travail avant tout, certains craignent que l’enfant ne reçoive pas une bonne vraie éducation américaine, du genre de celle que l’on voit dans "7 à la maison" (mais si, souvenez-vous, la série dans laquelle la mère est une nazie qui fouille dans les affaires de ses enfants pour voir s’ils n’auraient pas des capotes sur eux, ce qui serait pécher). Ces réflexions sont cependant interrompues par l’arrivée de Louis Dainard, un beauf du coin, qui semble ne pas être le bienvenu sur place, particulièrement aux yeux de Jackson Lamb qui s’empresse de l’envoyer paître. Ni une, ni deux, notre bon flic le bouscule même jusqu’à sa voiture afin de l’emmener au poste de police, car il semble avoir moult choses à lui reprocher. Lesquelles ? Mystère. Joe ne peut donc que regarder son père s’éloigner le jour de l’enterrement de sa propre mère, et reste seul à contempler la seule chose qui lui reste d’elle : un petit pendentif contenant une photo de sa génitrice. C’est vraiment trop émouvant.

Faisons s’écouler 4 mois, histoire que tout le monde sèche ses larmes, et retrouvons Joe à la sortie de l’école avec son pote Charles Kaznyk, le petit gros du coin, tous deux eux-mêmes en compagnie du jeune Carey, un fripon blondinet qui ne sort jamais sans son appareil dentaire de combat. Tous trois discutent du fait que Charles est en train de tourner un film de zombies (quel thème original : ce mec aurait pu avoir un blog), et qu’il a trouvé une nouvelle nana pour le film, qui en plus, a une voiture à disposition ce qui est pratique pour aller tourner à tel ou tel endroit : Alice Dainard. La seule évocation de son nom provoque chez notre jeune héros une réaction aussi enthousiaste que turgescente, aussi attend t-il avec impatience la prochaine scène que Charles ira tourner pour repaître ses chastes yeux du radieux postérieur visage de la belle Alice. Rendez-vous est donc pris le soir même pour aller tourner une scène nocturne.

Mais à l’heure du repas, lorsque Joe rentre chez lui, il est invité par son policier de papa à aller partager un moment entre père et fils au restaurant : ce dernier veut l’obliger à aller passer ses vacances dans un camp sportif histoire de l’éloigner de ses amis ; en effet, le vil bougon n’aime pas trop savoir que son fils passe ses journées à se grimer en monstre et à tourner des films à la con en compagnies de petits gros ; heureusement que nous sommes en 1979, car 30 ans plus tard, je n’imagine pas ce qu’aurait dit Jackson en voyant son fils partir pour la Japan Expo. Mais passons ; vers minuit, bien après que père et fils soient rentrés à la maison, Joe reçoit un message sur son talkie-walkie "C’est Charles : sors vite de chez toi, Alice vient nous chercher ! Allez, schnell !" ; aussi vite que ses courtes pattes l’y autorisent, notre bon ado s’empresse de filer discrètement de la maison pour aller retrouver l’équipe de tournage qui comprend, en sus de lui-même et de son ami en surpoids, le petit Carey (dont nous avons déjà parlé), Preston, un…heu… je crois qu’ils ont réussi l’exploit de créer un personnage qui ne mérite même pas une description, et enfin Martin, un grand dadais qui sert de héros au film que la troupe tourne.

Alors qu’ils patientent tous, une voiture se gare : au volant de celle-ci, nous retrouvons donc Alice Dainard, comme prévu, qui vient chercher la fine équipe ; mais sitôt qu’elle aperçoit Joe, elle se met à couiner (et encore, comme toutes les filles, elle peut produire des sons plus intéressants encore si c’est Bill Kaulitz qu’elle aperçoit) : non seulement leurs deux familles ne s’aiment pas, mais en plus, c’est le fils du flic du coin ; or, comme elle conduit sans permis, elle ne veut point finir dénoncée dans une cellule sentant l’urine en compagnie de Boris "L’étrangleur" Bolchoï. Le bonhomme Lamb a tôt fait de jurer qu’il ne dira rien à son père et n’écrira pas à la Kommandantur pour collaborer avec les forces d’occupation, et le problème est réglé (oui, comme ça, hop) : tous en voiture ! Direction ? Un bâtiment désaffecté longeant la voie ferrée où il faudra tourner une scène dans laquelle le personnage de Martin fera ses adieux au personnage d’Alice ("Oui Alice, tu dois être toute nue pour cette scène. Mais si, c’est un film d’aventure, que vas tu t’imaginer, ho ho ho. Comment ça tu refuses ? C’est toi le réalisateur ou moi ? Alors à poil, truie !"). Soit : après avoir un peu roulé, nos larrons arrivent dans un coin de campagne à quelque distance de la paisible bourgade endormie, et commencent à y installer leur matériel. Rapidement, et alors qu’ils répètent, ils s’aperçoivent que leur nouvelle héroïne joue incroyablement bien, au point d’en pleurer (ça me fait pareil devant les films avec Franck Dubosc).

Mais alors que les caméras s’apprêtent à être bien installées et les répétitions bouclées, nos héros remarquent quelque chose : un train est sur le point de passer juste devant l’édifice où ils travaillent, et ce serait donc excellent d’avoir la scène des adieux alors qu’un train défile derrière les héros : vite, faites tourner les bobines, on y va !

Alors jusqu’ici lecteur, vous me direz que "Dites donc, il ne se passe pas grand chose de fascinant dans ce film, non ?" et je le reconnais bien volontiers : ce n’est pas la panacée. Mais rassurez-vous : là, tout de suite, quelqu’un va ouvrir la cage dans laquelle le J.J Abrams a été enfermé et obligé de regarder des films de Jean-Luc Godard durant trois semaines. Ça va être à lui de jouer pour nous montrer à quel point son talent est grand. Vos neurones sont en vacances ? Vous êtes prêts ? Alors allons-y : déchaînez les enfers !

Donc. Le train passe juste derrière nos héros, la scène se tourne, lorsque soudain, Joe entend une voiture faire de curieux bruits (comme "vroum", mais Joe entend tout malgré le fait qu’un train de marchandise passe à un mètre de lui) : en effet, un pick-up est en train d’arriver… en sens inverse sur les rails ! Et alors là, attention, car tout d’abord, lorsque le véhicule rencontre la locomotive, cela produit une formidable explosion qui, non contente de totalement désintégrer le pick-up, est assez puissante pour complètement soulever la malheureuse locomotive (pardon ?) ; et quand je dis soulever, ce n’est pas d’un mètre ou deux, hein : la pauvre machine s’envole littéralement vers les cieux. Paniqués par ce spectacle, les enfants abandonnent tout leur matériel sur la terrasse du bâtiment où ils tournaient, et commencent à courir en tous sens en poussant de petits cris.

Voilà : ça, c'est juste l'impact locomotive - pick-up. Quelqu'un essaie de compenser quelque chose avec ses explosions.

Là, tous les wagons se mettent à dérailler, puis, visiblement aidés par la fée Clochette ("Vas-y petit wagon, pense à quelque chose d’heureux… oui, une soirée pyjama par exemple !"), à s’envoler plusieurs dizaines de mètres en l’air pour atterrir un peu partout en explosant (ils transportaient donc tous des munitions semble t-il), parce que c’est trop cool. Protégés par le pouvoir magique du "Les enfants ne peuvent pas mourir", nos jeunes freluquets ne sont touchés par aucun wagon, aucun souffle, aucun shrapnel… ce sont des explosions parfaitement sécurisées. Contrairement au train qui, nous l’apprendront plus tard, appartient à l’armée, et doit être complètement monté sur suspensions latinos pour décoller aussi haut au moindre choc. Un des wagons volants transperce même le bâtiment où les enfants tournaient, avant d’exploser (Mais bon sang, c’est fini, oui ?) et de tout faire sauter, ne laissant qu’un malheureux cratère et quelques débris derrière lui ; on aperçoit même la malheureuse voiture d’Alice, située juste à côté, se ramasser une poutre dans la roue arrière gauche et ouvrir son coffre pour exprimer tant sa surprise que son désarroi devant un tel spectacle.

Pendant ce temps, ça continue d’exploser (et le convoi ne ralentit pas : les wagons continuent tous d’arriver à 300 km/h en nombre improbable avant de s’envoler ; il y en a même un qui réussit un salto : ce n’est plus un train, c’est une farandole de gymnastes russes), et les marmots continuent de courir en hurlant : Joe voit même une caisse marquée "explosives" atterrir juste devant lui, à moitié éventrée avec des bombes qui en sortent, mais heureusement, en s’éloignant de deux mètres, il survit (les bombes américaines ne tuent que sur un rayon de 3 centimètres : c’est ça, la précision chirurgicale). Et finalement, enfin, oui, enfin, après cet improbable et consternant spectacle, le carambolage géant s’arrête enfin et le silence retombe (c’est pas trop tôt, hein, c’est pas comme si ça faisait 10 minutes qu’on voyait un wagon exploser dans différentes poses)…

Mais pas pour longtemps : soudain, un bruit de métal défoncé se fait entendre en provenance d’un des fourgons ferroviaires renversés, suivi d’autres sons relativement peu identifiables : quelque chose vient de défoncer la porte qui le retenait prisonnier, envoyant celle-ci, pourtant lourde et blindée, plusieurs dizaines de mètres en l’air là encore (ce film doit se passer sur une planète avec une gravité différente de la nôtre), mais Joe, qui était pourtant juste devant à regarder, s’en désintéresse vite (je ne rigole pas : il regarde un peu et il se barre, mais même pas l’air paniqué : non, c’est simplement qu’il a autre chose à faire, tout cela est tellement commun) pour s’en aller errer dans les ruines à la recherche de ses amis ; il cherche donc, passe à côté de la voiture d’Alice, qui effectivement, est dans un sale état et ne pourra guère plus rouler avec des débris à la place de l’une de ses roues arrières, mais bon. Rapidement, il retrouve cependant toute sa petite troupe qui est plutôt en bon état (visiblement, les explosions envoyaient juste de la suie), et commence à farfouiller les décombres pour tomber sur de curieux petits cubes blancs, échappés de caisses, traînant en nombre par terre. Comme ça a l’air rigolo, Joe en ramasse un et le fourre dans sa poche : j’espère que c’est un truc radioactif.

Chacun commence donc à se remettre de ses émotions aussi vite qu’il le peut, mais le traumatisme est tout de même présent. Jusqu’à ce que Joe rappelle un élément, lorsque quelqu’un parle "d’accident" : ce n’en était pas un ; il y avait un pick-up sur la voie. Et, comme il en parle, qu’aperçoit la belle équipe au même moment ? La moitié du véhicule, bien coupé en deux, attendant patiemment sur le côté des rails défoncés. Et à bord, le conducteur est encore vivant bien que blessé, et surprise : il s’agit du Dr Woodward, le professeur de biologie des enfants ! D’ailleurs, l’un d’entre eux ajoute même : "Oui, le professeur Woodward, celui qui m’a confisqué un jeu avant de le mettre DANS LE CONTAINER QU’IL LOUE SUR LE PARKING DE L’ECOLE, CLIN D’OEIL!". Hmmm, je pense que ce container va servir plus tard dans le film, allez savoir pourquoi. Moi aussi, j’adore indiquer où se trouve le tiroir à slip des gens que je trouve agonisants.

Attendez, reprenons la scène depuis le début : le mec est arrivé à contresens du train avec sa voiture, et l’a percuté de face, et de plein fouet, alors que tous deux étaient à fond, tant et si bien que ça a produit une énoooorme explosion, qui en a engendré ensuite moult autres (et je ne parle pas de la locomotive qui s’est envolée), sans compter des cascades de wagons qui feraient pleurer les mecs du Cirque du Soleil. Mais ho ! Son pick-up, tel un transformer, a eu la bonne idée de se couper en deux (même en percutant les gens de face ; la partie gauche de la bagnole, plus lâche que la droite, a dû essayer de se barrer avant l’impact), de ne pas ressentir les effets de l’explosion et du choc, d’éviter tout le reste de l’accident et de se poser tranquillement dans un coin, tout en protégeant son conducteur (qui a morflé, mais pas trop) sans même un airbag.

Je ne sais pas ce que c’est comme bagnole, mais je veux la même : à moi, la joie de remonter l’A20 à contresens sans risques (enfin pour moi du moins) !

Bref : le DrWoodward a encore à la main une curieuse carte indiquant le trajet du convoi au travers des Etats-Unis. Parce que non, les papiers, ça ne brûle pas non plus dans les explosions apocalyptiques. Et lorsqu’il revient enfin à lui, reconnaissant avec peine les enfants, il se contente de leur dire qu’ils ont intérêt à se barrer et à ne jamais parler de ça, sinon "ils" vont les tuer, eux et leur famille. "Ils", mais qui ça ? De qui parlez-vous professeur ? De ces dizaines de types qui arrivent en hurlant avec des lampes de poche maintenant que vous venez de les mentionner ? Dites, vous n’auriez pas préféré évoquer, je ne sais pas moi, une centaine de jeunes filles en bikini seulement armées de polochons ? Vous n’êtes vraiment pas constructif. En tout cas, les enfants, eux, fuient, voyant de loin que ce sont des militaires qui sont en train d’approcher des restes du convoi.

Ho, et non : inutile de me demander d’où sortent les militaires, sachant que nous sommes en pleine campagne, qu’on ne voyait pas l’ombre d’une escorte et qu’il n’y a pas eu un bruit de moteur, même lointain, depuis un moment. Ils ont juste fait pouf pouf. Probablement une armée de ninjas.

Nos larrons commencent donc à fuir et à se rediriger en hurlant vers leur voiture, et là, vous me direz "Leur voiture ? Celle qui à qui il manque une roue arrière et qui vient de se prendre un convoi d’explosifs sur le coin du nez ?" : et je vous répondrai : celle-là même. Mais visiblement, un garagiste solitaire a dû passer par là, et ayant 5 minutes à perdre, non seulement il a changé la roue manquante, mais il a viré les débris, refait la carrosserie, fermé le coffre, nettoyé le capot, et probablement passé la peau de chamois : nos loulous peuvent donc s’enfuir sans raison aucune dans une bagnole en parfait état. Au nez et à la barbe des militaires, qui ne leur hurlent même pas de s’arrêter ou quoi que ce soit (ils les regardent juste s’éloigner en fronçant les sourcils, ce sont de vrais professionnels. Et non, ils ne lanceront aucune recherche sur une voiture jaune pisse fuyant les lieux de l’explosion de l’un de leurs convois ; je sais pas, moi, ça m’aurait un peu intrigué quand même, enfin), la petite troupe file donc regagner sa bourgade. Et chacun jure de ne jamais parler de ce qu’il s’est passé cette nuit. Y compris du passage où ils ont demandé à Alice de se mettre à poil pour cette scène où "Un zombie dépanneur venait réparer la photocopieuse". Bref.

Olivier, garagiste-carrossier-ninja chez Carglass

Le lendemain, Charles et Joe se rendent dans un magasin de vidéo tenu par un jeune hippie afin de lui présenter leur caméra, qu’ils ont récupéré sur les lieux de l’accident avant de s’enfuir, et qui semble ne plus bien fonctionner. Celui-ci les informe que s’il peut récupérer le film à l’intérieur pour le faire développer, il ne peut rien faire pour la caméra, dont la lentille est fendue, un remplacement coûtant aussi cher qu’une nouvelle. Encore une fois : elle est forte cette caméra, elle était quand même placée dans un bâtiment qui a explosé suite à l’impact d’un wagon entier de munitions de l’armée, et ça lui a juste "fendu la lentille". Misère, elle devait être faite de la même matière qu’un certain pick-up, dites ?

Joe, lui, se moque un peu plus du problème que Charles ; son but est plutôt et avant tout de revoir la petite Alice, qui fait un peu de résistance après les évènements de la veille, préférant tout oublier. Lui forçant un peu la main ("Elles disent non mais elles pensent oui"), Joe débarque chez elle à l’improviste pour commencer à lui parler et lui demander de revenir participer au tournage du film, mais finalement, son Louis Dainard de père débarque et explique qu’il ne veut pas que le "fils du flic" tourne autour de chez lui, et encore moins de sa fille. Par pur esprit rebelle, elle qui refusait de tourner à nouveau avec la bande de joyeux copains décide donc de dire prout à son père, et accepte de recommencer à voir la troupe des loupiots pour poursuivre la réalisation de leur film foireux. Attendez, je résume :

"Non Joe, j’ai pris une décision, je ne reviendrai pas dessus !
- Mais s’il te pl…
- Non ! Va t-en !
- Bonjour ma chérie : tu as raison et je te soutiens dans ton choix.
- Vite ! Je change d’avis ! Pfiou, un peu plus et j’étais d’accord avec mon père."
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Quelle fine vision de la psychologie adolescente. Je serais Louis, j’aurais vite compris comment parler à ma fille, me remémorant le désormais célèbre syndrome de Jar-Jar Binks : "Chérie, fais bien attention à ne pas mettre la table et à lancer une lessive", "Chérie, ne passe pas le balai", ou encore "Chérie, je t’interdis d’aller me louer des pornos et de me servir de table basse". Mais je digresse, une fois encore ; reprenons donc le fil des évènements : nos héros se retrouvent tous dans un petit restaurants afin de discuter de ce qu’il s’est passé dans la nuit tout en se gavant de milkshake et en se lançant des blagues consternantes, ce qui donne l’impression d’être au milieu d’un anniversaire chez Mc Donald, mais sans la possibilité d’aller chercher son fusil de chasse dans le coffre de sa voiture pour refroidir de bruyants marmots. Evidemment, les deux plus intelligents du groupe sont Joe et Alice, la première commençant à faire les yeux doux au second.

Mais pendant ce temps, les adultes, eux, ont commencé à s’intéresser à cette histoire : l’armée de l’air (puisque c’est elle, ça explique les wagons volants j’imagine) s’occupe elle-même des débris de son convoi, pendant que Jackson Lamb va s’informer sur place de ce qu’est ce bazar, en tant que représentant des forces de l’ordre de sa petite bourgade. Sur place, on a tôt fait de lui dire "Hahaha, non, rassurez-vous, on ne transportait rien de dangereux, hohoho". C’est vrai : un convoi qui transportait des munitions, et où on en voit encore partout… c’est tellement peu dangereux lorsqu’il perd une partie de sa cargaison. Jackson, cependant, soupçonne qu’on lui "cache quelque chose" (mon Dieu, quel sens de l’observation !) et en parle à son shérif de patron, qui évidemment, a lui aussi des répliques de film de 1979 à base de "Mais non, ne nous intéressons surtout pas à ce genre d’histoires, allez plutôt à la pêche, vous êtes fatigué, Jackson, quel Shérif raisonnable s’intéresserait à l’évènement le plus marquant de cette ville de ces 80 dernières années ?". Ce qui n’empêche pas Papa Lamb de continuer à vouloir se mêler de cette sombre histoire : c’est bien le père du héros.

Mais le shérif n’aurait pas dû être aussi naïf (et bedonnant, ce qui dans ce genre de film, pardonne rarement aux adultes) : le soir même, il se rend à la station service du coin pour y remplir son véhicule de patrouille, et s’étonne d’apercevoir nombre de chiens courant de-ci de-là dans les rues, comme fuyant quelque chose. Mais alors qu’il est en train de s’atteler à ravitailler sa voiture, "quelque chose" l’attaque soudain ; quelque chose de plusieurs tonnes, éclatant en partie sa voiture et lui, avant de disparaître : le petit commis de la station service n’a rien vu ou entendu : il lisait avec son baladeur, seulement séparé de la scène du crime par une vitrine. Non, même les vibrations d’un truc gigantesque s’accouplant avec un véhicule de la maréchaussée locale ne l’ont pas tiré de ses rêveries. Il n’arrive donc que trop t… ah, non, attendez : le truc qui a agressé le shérif est encore sur place, et visiblement, c’est très gros et vilain : le jeune homme a beau tenter de s’enfuir en hurlant, il est vite rattrapé et lui aussi, emmené par la bête, probablement pour servir de biscuit apéro boutonneux (une sorte de petit bretzel, mais avec du pus en guise de sel).

Le lendemain, sans shérif, il ne reste plus à la ville que son adjoint, Jackson, pour enregistrer de curieuses plaintes : les chiens semblent tous avoir disparu ; un concessionnaire explique que quelqu’un lui a volé tous ses moteurs dans la nuit, ce qui est impossible sans treuil ou autre, un type explique qu’on lui a tiré son générateur… et personne ne sait comment le voleur a pu réussir son coup. Moi, je sais : vu que le voleur fait plusieurs tonnes et quelques mètres de haut, sans compter que tous les animaux se mettent à réagir bizarrement à son approche, il faut être une sacrée ville de gros cons pour ne rien avoir vu, surtout vu le temps qu’il a dû passer à démonter des moteurs au milieu d’une concession bien à découvert à proximité d’habitations, ce qui en sus, doit faire un peu de bruit. Mais non, rien.

Quelque chose vole des moteurs : sûrement des gitans.

Toute la journée et pour résoudre ce mystère mystérieux (les vols et disparitions, hein, pas le fait que les habitants soient lobotomisés), Jackson et ses hommes enregistrent donc les plaintes et observent l’armée qui va et vient depuis le site de l’accident de train. Mais personne n’arrive à expliquer ce que ces derniers peuvent bien cacher à la population. Or, le temps passe, et de plus en plus d’objets ou de gens se mettent à disparaître. Un habitant se plaint même que "le sol en dessous de son garage commence à s’affaisser" (là encore, c’est casé tellement subtilement : tiens, une plainte qui n’a rien à faire avec les services de la police ? Je me demande si elle ne va pas servir elle aussi par la suite ! ) ; mais une nouvelle donnée importante parvient à Jackson : il arrive à apprendre sur quelle fréquence radio communiquent les hommes de l’armée de l’air. Aussi, grâce au matériel du commissariat, il se met à les écouter pour savoir ce qu’ils mijotent. Malin ! Et la chose porte rapidement ses fruits, puisqu’il entend ainsi les militaires parler d’une opération "Canard Farouche" (le nom original ne me revient pas, mais de toute manière, il ne l’était pas, original). Jackson se rend donc à l’ancienne maison du Dr Woodward, que des militaires sont en train de fouiller (mais ça ne l’intrigue pas plus que ça, alors qu’il sait que l’homme a disparu sans laisser de trace et que c’est la seule disparition qui semble intéresser les militaires), pour y rencontrer le colonel Nelec, le patron du détachement de l’Air Force, afin de lui demander des explications. Et histoire d’être sûr qu’on ne lui cache rien, il tente le bluff en disant "Bien, si vous ne m’en dites pas plus, je parlerai de l’opération Canard Farouche à nos mes amis de Washington" ; le colonel a donc tôt fait de changer de couleur (bien qu’il reste majoritairement kaki), et propose à notre bon policier de passer le voir le soir même au camp que l’armée s’est aménagée à proximité de la ville. Et là, il lui expliquera tout. En passant, Jackson finit par résoudre, du moins en partie, le problème de la disparition des chiens : ils sembleraient que ceux-ci fuient la ville pour se réfugier dans d’autres villes du coin, comme s’ils fuyaient quelque chose. Notre flic y voit l’instinct des animaux qui se manifeste. Moi, j’y vois surtout qu’il ne parle pas des chats, ces connards devant n’avoir rien à faire du danger, trop imbus d’eux-même, et trop paresseux pour faire plus de 30 mètres sans gueuler comme des putois pour qu’on leur ouvre leur boîte de Sheba.

Bon, je vous passe les détails sur le reste de l’intrigue cucu : Alice aime secrètement mais pas trop Joe, Joe aime secrètement mais pas trop Alice, Charlie est jaloux mais compense en aimant très fort un sachet de potatoes, et Jackson & Louis interviennent de temps à autres pour dire à leur progéniture respective de ne pas fréquenter l’autre famille, parce que ce sont des vilains. Deux familles ennemies, un amour interdit, j’ai déjà vu ça chez Shakesp… Twilight. Non, Twilight, j’allais dire une connerie. Si allez, juste pour vos yeux : il y a un passage où notre shérif adjoint préféré s’engueule avec son fils car il passe trop de temps avec ses amis idiots et sa copine interdite, et si la scène n’est pas intéressante, elle a au moins cela de bien qu’on s’aperçoit que par la fenêtre, c’est le même décor que dans la première scène du film, et que nous sommes donc en hiver avec des arbres couverts de neige (alors que tout le film se passe en été). Encore une fois, il ne s’agit pas d’un oubli, puisqu’il est quand même facile de se rappeler qu’il n’y a qu’une seule scène qui se passe en hiver, celle de l’enterrement, mais bien d’un "Les gens ne verront pas, ça va passer, puis comme ça on économisera sur un décor". Quand on a 50 millions de dollars de budget, on peut se le permettre. Surtout quand à côté, on fait exploser des trains dans tous les sens durant 10mn.

En tout cas, voilà : Jackson et son fils sont fâchés ; du coup, pendant que le premier va retrouver le colonel Nelec dans sa base pour discuter un peu, le second va au cimetière pleurer sur la tombe de sa mère. Or, figurez-vous qu’il y reste jusqu’à ce que la nuit tombe (les enfants adorent les cimetières la nuit), et entend soudain du bruit en provenance d’une remise proche ; sûrement un nécrophile en goguette. Il peut cependant voir au travers des fenêtres, de là où il est, la lumière qui s’agite en tous sens, de la terre être projetée, et entend des bruits inhumains. Notre héros décide donc de se barrer de cet endroit fort bruyant, mais en prenant bien soin de ne surtout avertir personne de sa découverte. C’est vrai quoi : ça a tellement peu d’intérêt comme information, à l’heure où toute la ville se demande ce qu’il se passe en son sein. Quel jeune garçon intelligent, ce Joe.

Pendant ce temps, Jackson arrive au petit aérodrome transformé en base militaire à côté de la ville pour y rencontrer son nouveau pote colonel ; sauf qu’à peine est-il arrivé qu’il découvre que c’est un piège : l’armée se contente de l’arrêter et de l’emprisonner, car il gêne un peu leurs affaires. Soit ; et Nelec, lui, qu’a t-il dans son agenda à la même heure ? Et bien lui et son assistant, le sergent Blackamoustache (je vous laisse d’ores et déjà deviner son destin) sont en train d’interroger le Dr Woodward, cloué dans un lit d’hôpital, afin d’obtenir de lui des informations sur comment il a su où le convoi militaire allait passer (une bonne question), et qui d’autre était ou est au courant de ce qu’il transportait (des munitions chargées dans des wagons à suspensions latinos, juste à côté de technologie extra-terrestre et d’un prisonnier alien ; moi aussi, quand je transporte un truc secret, fragile et pouvant révolutionner la technologie, je le range au milieu d’explosifs) ; mais comme le bougre de trublion refuse de coopérer, le colonel demande à Blackamoustache de le tuer (il faut savoir que le Dr Woodward est noir : on évite ainsi les accusations de racisme en faisant que c’en soit un autre qui le tue, c’est très bien pensé dites donc), ce qu’il fait en lui injectant un produit mortel : de la salive de Bogdanov. Le bon Docteur convulse donc un peu avant de s’éteindre.

Mais, la même nuit, Alice se rend chez Joe pour taper à la fenêtre de sa chambre et discuter avec lui (enfin pour commencer : on te voit venir, coquine !) : les deux papotent de leurs parents respectifs, du fait que tous les deux n’ont qu’un papa incompréhensif et pas de gentille maman… quand soudain, le cube que notre héros avait récupéré sur les lieux de l’accident commence à bouger seul… il vibre… puis soudain, part à toute allure, traversant un mur de la maison, pour aller se coller au château d’eau de la ville, quelques centaines de mètres plus loin. Curieux. Mais encore une fois, notre héros s’en désintéresse dans la minute qui suit : c’est tellement banal. Je… ? Enfin ? Ça ne t’intrigue pas plus que ça ? Alice, elle, repart (elle aussi porte aussi peu d’intérêt à ce genre de phénomènes que le héros : leur QI de crustacé commun les rapproche), et en rentrant chez elle, tombe sur son père un peu bourré qui n’apprécie guère de la voir rentrer et sortir de la maison en douce et à pas d’heure ; une conversation assez agitée commence donc, qui se termine en diable de gueulante, poussant la jeune fille à fuir son logis sur son petit vélo. Son père part à sa poursuite en voiture, mais étant dans un état qui ne lui permet pas d’avoir de bons réflexes, il rentre dans une voiture en stationnement. Un peu sonné, il aperçoit alors dans son rétroviseur sa fille être kidnappée par un monstre géant sorti de nulle part : autant vous le dire, ça lui fait bizarre. Il jure donc que ça commence à bien faire, les monstres de l’espace qui viennent chez nous pour voler nos enfants et nos allocs, puis s’évanouit.

Ah, ces aliens autrichiens qui kidnappent les petites filles, c'est terrible

Mais nos héros, eux, n’en savent rien : Joe, le lendemain matin, ne remarquant guère que son père a disparu tout comme sa quasi-petite copine accompagne gentiment son pote Charles au magasin de vidéo pour y récupérer la bande du film qu’ils avaient laissé à développer. Et une fois de retour à la maison, ils découvrent donc la scène qu’ils avaient tournée, suivie du crash du train "dont on ne voit presque rien à cause de toute la fumée". Ah ? Quelle fumée ? Il n’y en avait pas au moment du carambolage. Ni avant, ni pendant, ni après en fait. Disons que ta caméra fait elle-même des montages, alors, mon petit Charles. D’ailleurs, figurez-vous que malgré toute cette fumée imaginaire, la bougresse a filmé le fameux wagon que Joe avait vu remuer avant de se barrer juste parce que ça ne l’intéressait pas. Et sur pellicule, on peut donc voir ce qui en est sorti : une sorte de grosse bestiole de trois – quatre mètres de haut, avec pas mal de bras musclés, qui s’est rapidement barrée. Soit, il faut donc…

… Ho ? Mais quel est ce bruit ? Les sirènes d’alerte de la ville sont en train de se mettre à sonner : l’armée vient de déclencher une opération d’évacuation générale de la bourgade ! Au motif qu’il y aurait un feu approchant de la ville… feu que l’armée crée elle-même avec des lance-flammes pour faire illusion (mais ça, les gens l’ignorent), la bougresse ! Et si certains partent avec leurs propres véhicules jusqu’à un camp de réfugiés dressé par l’armée pour l’occasion, les enfants, comme d’autres, sont emmenés dans des bus spéciaux. Tout irait à peu près bien si arrivé sur place dans une espèce de vaste hangar, Joe ne tombait pas sur Louis Dainard, qui, délirant sur une civière, assure au petit Lamb qu’il a vu Alice se faire kidnapper par un monstre de l’espace. Hmmm, c’est ennuyeux : les monstres de l’espace sont souvent tatillons sur les rançons ; pire encore, et si elle développait un syndrome de Stockholm ? Hein ? Vous y pensez à ça ? Joe oui  : c’est pour ça qu’il veut aller la chercher ; il ne voudrait pas que sa quasi-copine le remplace par un truc d’outre-galaxie ("Qu’est-ce qu’il a de plus que moi, hein ? C’est parce qu’il a 4 bras, c’est ça ? C’est dégueulasse !")

Vite, il faut agir ! Joe réunit donc sa troupe de copains, dont les seules têtes sont des motifs de violence parentale, et demande qui est volontaire pour retourner discrètement en ville pour essayer de retrouver Alice. Tous le sont, sauf Preston, qui est lâche (ou plus intelligent que nos héros, puisque lui a dû comprendre que quand toute une armée poursuit un monstre pour l’attraper, ce n’est pas la peine d’essayer de faire mieux qu’elle avec une troupe de trou du culs en pleine puberté). Or, pour retourner en ville il faut une voiture… hmmm, Charles a une idée : le mec du magasin de vidéo a une automobile pile comme il faut ; et il se trouve qu’en plus, ce dernier kiffe grave le boule de la soeur de notre petit gros : en demandant à cette dernière de servir d’intermédiaire, il obtient donc de celui-ci qu’il ramène sa fière équipe en ville. En route, donc, car non, aucun militaire ne surveille le camp ou la route menant à la ville, pas plus que les abords ! C’est pas comme s’il y avait une opération en cours, plus ou moins secrète et dangereuse, hein. Joe décide qu’il faut se rendre à l’école : il se dit que si le Dr Woodward avait des informations sur le monstre, il avait sûrement dû les cacher dans le container qu’il loue sur le parking de l’école. Et il pense que les militaires n’ont pas dû penser à le fouiller (c’est vrai que c’est discret pourtant, un container sur un parking, avec toute la population du coin, enfants compris, sachant à qui il appartient). Comme vous vous en doutez, puisque l’idée vient du héros, aussi stupide peut-elle être, elle sera forcément vraie. Mais bon.

Jackson, de son côté, parvient à s’évader de sa cellule sur la base de l’armée grâce à une stratégie sobrement intitulée "J’ai envie de faire pipi, ouvre-moi la porte" ; les militaires n’étant pas formés à ce genre de situation, ils sont rapidement mis à mal par la puissance virile du shérif-adjoint déchaîné, qui se déguise même en militaire en se servant sur l’un des gardes, avant de voler une jeep et de s’enfuir non sans avoir créé une diversion en tirant quelques balles dans un camion-citerne. Ah, et non : les militaires ne cherchent même pas d’où les tirs ont pu venir. Ils supposent sûrement que le camion a décidé de se suicider. Bref, le plus fort de tous les papas parvient donc aux abords de la ville, mais constate donc que celle-ci est en train d’être évacuée ; voyant tous les camions militaires et les véhicules d’évacuation civile quitter la ville vers la campagne, il décide de les suivre pour retrouver ses enfants. Mais en chemin, il ne fera que les croiser sans les reconnaître, puisque eux sont en sens inverse dans la voiture du mec du magasin de vidéo.

Petit détail : s’ils se croisent sans se reconnaître, ils se croisent aussi sans que nos héros ne se disent "Attention, une jeep de l’armée ! Elle ne va pas apprécier de nous voir foncer vers la ville devenue zone interdite !" ; non, à la place, ils s’en foutent. D’ailleurs, le convoi que Papa Lamb a suivi pour trouver la direction du camp lui aussi a disparu en chemin, semble t-il, puisque bon : sinon, tous les véhicules militaires que l’on voyait se seraient sûrement fait un plaisir d’arrêter nos loulous en pleine escapade.

En tout cas, revenons à nos ados en goguette : à peine arrivés à l’école, ils trouvent effectivement sur le parking un container dans lequel se trouvent des tonnes de films vidéos, ainsi que des cassettes audio et des notes de recherches dur Dr Woodward. Quel bel endroit pour les ranger ! Dans un truc vaguement humide, que même des enfants peuvent forcer, et dans lequel il range aussi les jouets qu’il confisque, histoire que des ados aient d’excellentes raisons d’essayer d’ouvrir le truc de force et puissent tomber sur ses recherches top secrètes volées au gouvernement du même coup. C’était vraiment un sacré génie. Non mais ce film. Bravo J.J Abrams. Je rappelle que ce film a été encensé par une bonne partie de la critique.

Avant son container, Le Dr Woodward cachait ses recherches dans ce coffre situé au milieu d'une garderie

Nos loulous s’emparent donc de tout ce qu’ils trouvent, et foncent dans l’école pour visionner tout ça grâce à un projecteur qui trainait, ainsi qu’ à des lecteurs de cassette : du premier coup, ils tombent sur une vidéo (et enclenchent une cassette au hasard encore, qui en plus, est pile calée pour les images qu’ils sont en train de regarder), où l’on peut voir Woodward et d’autres scientifiques faire des tests sur un vaisseau alien écrasé dans un laboratoire. Celui-ci se serait écrasé sur Terre en 1958, et l’alien le pilotant serait venu chercher de l’aide auprès des humains parce qu’il soupçonnait que ça vienne du joint de culasse. Mais eux l’ont retenu prisonnier pour l’étudier, ce qui l’a rendu un peu bougon, sans compter que son vaisseau fonctionne avec une curieuse technologie : des tonnes de cubes blancs qui, une fois assemblés, changent d’apparence pour se transformer en éléments de nef spatiale. Des Lego polymorphes, quoi. Au passage, le professeur donne quelques informations sur la bête : c’est une espèce essentiellement souterraine, qui communique ses pensées via un contact physique. Et le professeur a eu l’honneur de communiquer avec (ils ont bu un verre, puis un autre, et de fil en aiguille, il y a eu un.. heu.. contact) ; il a donc vu ce qu’elle pensait (elle est effrayée et veut juste partir), et elle a vu ce qu’il pensait (que tous les humains n’étaient pas des enfoirés et qu’il adorait porter des bas résille sous sa blouse). Après cela, l’armée l’a renvoyé, car il voulait trop aider la bête, et depuis, il n’a eu de cesse de vouloir la libérer. D’où son plan de jeter sa bagnole contre un train.

Oui, parce que juste saboter les rails, c’était déjà trop malin pour lui. Le pick-up magique avec lui dedans était déjà une idée plus crédible.

Bon, je ne demanderai pas comment le professeur a pu se barrer avec tout son matos de recherches, ou comment cela se faisait qu’il y avait toujours un cameraman pour le filmer en gros plan plutôt que de s’intéresser aux recherches, je crois qu’aucune réponse ne viendra. En tout cas, l’armée, elle, probablement aidée par d’un détecteur a incohérence a repéré ce que les enfants étaient en train de faire et investi l’école pour les en sortir et récupérer le matériel de recherches du Dr Woodward, qu’ils voulaient depuis si longtemps (en même temps, suffisait de venir le chopper dans l’école où il travaillait très officiellement depuis son renvoi de l’armée pour lui demander de rendre ce avec quoi il était parti, si vous le saviez plutôt que de vous dire "Zut, nos recherches top secrètes sont dans la nature : attendons qu’un alien ne s’évade pour commencer à les chercher"). Sitôt qu’ils ont arrêté ces petits fauteurs de trouble, (Nelec et Blackamoustache en personne supervisent l’arrestation, ils n’ont sûrement que ça à faire en ce moment), ils les fouillent, et là encore, pour une raison que je ne saisis pas bien, Blackamoustache s’empare du pendentif maternel que Joe garde toujours sur lui. Pas parce qu’ils leur retirent leurs affaires, hein : non, ils lui prennent juste ça, à lui. Comment ? C’est juste pour dire que les méchants sont maléfiques ? Mais non. Enfin. Qu’allez-vous penser là ?

Nos adolescents préférés sont donc embarqués dans un bus de l’armée pour être emmenés jusqu’à un point d’évacuation. Encore une fois, Nelec et Blackamoustache sont du voyage, à croire qu’ils ont nommé le caporal Roudoudou pour gérer tout le reste de leur opération secrète et que pendant ce temps, ils peuvent s’occuper d’escorter un petit gros et ses potes vers un coin de campagne où se promener. D’ailleurs, bien qu’un alien en colère de plusieurs tonnes rode dans la nature, aucune escorte n’a été prévue. Ah. Sinon, vous êtes l’armée de l’air : il parait qu’avec un hélicoptère, on va plus vite, que c’est plus efficace, et qu’en plus, ça évite de se faire attaquer sur la route. Ho, et éventuellement, ça peut même servir à voir un alien de loin : surtout, ne vous en servez pas.

Et donc, sur une route de campagne déjà bien loin de la ville, l’alien (ne me demandez pas ce qu’il fout là au milieu de nulle part) attaque le bus de nos héros et le fait se renverser sur le côté ; rapidement, le peu de soldats à bord se fait cordialement arracher la tronche dans une série de hurlements plus ou moins horribles, et alors que nos adolescents favoris parviennent à s’échapper du bus en passant par une vitre brisée, l’alien, lui, rentre à l’intérieur pour tuer Blackamoustache (c’était ton destin) ainsi que le colonel Nelec, qui lui se fait passablement déchiqueter dans des gerbes de sang (parce qu’évidemment, les balles ne font pas grand chose à la bête, comme dans tous les films).

Je crois qu’à ce moment là du film, je me demandais si un jour, on enseignerait ce film dans les écoles de cinéma à la catégorie "ratages", en expliquant qu’une histoire enfantine cucu avec une romance navrante entre des marmots, ce n’était pas pour les adultes, et que les gens qui se font déchiqueter par des monstres de l’espace, ce n’était pas pour les enfants : en mélangeant les deux, on était donc sûr de décevoir les deux publics. Mais au moins, voilà : quelqu’un a essayé. Bref, que disais-je ?

Ah oui : nos héros restent un moment planqués dans la campagne à attendre que l’alien finisse par arrêter de s’acharner sur le bus et s’en aille, ce qu’il finit par faire au grand soulagement de la petite troupe. Puis, ils finissent par voir arriver une voiture : celle de leur pote du magasin de vidéo. Curieusement, il arrive dans le sens inverse de celui du bus (donc, comme s’il venait de la campagne pour se rendre en ville, alors qu’il était DÉJÀ en ville ; heu…), a visiblement encore esquivé toutes les patrouilles de l’armée, savait sur quelle route se rendre et savait aussi que les enfants auraient besoin d’un véhicule, en plus, déjà orienté vers la ville. Il est fort. Ou alors, c’est un des deus ex machina les plus pourris de l’histoire.

Le Colonel Nelec est un vrai adulte : quand il ment, il croise les doigts dans son dos

En tout cas, retour en ville pour la fine équipe (qui visiblement, a toujours envie d’en découdre avec un alien qui semble tuer tout le monde sans soucis, y compris des adultes armés et entraînés. D’accord : je pense que ces enfants sont soit très cons, soit complètement dépressifs), qui découvre alors que la situation est critique : l’armée est en ville avec chars (c’était pas l’armée de l’air ?) et tout le matériel. Le plan génial de Nelec pour capturer l’alien était donc le suivant : faire évacuer la ville pour mieux pouvoir s’y promener avec les blindés & co pour capturer la bête après y avoir placé des appâts pour l’attirer, c’est à dire, les caisses de "cubes" dont l’alien a besoin pour refaire son vaisseau… hmmmm… je relis… hmmm oui, j’ai bien lu : ils ont un appât mais ils le posent au milieu d’une zone habitée pour avoir un maximum de problèmes, devoir faire évacuer toute une population et accessoirement perdre en mobilité. Je ne sais pas vous, mais moi, j’aurais posé l’appât dans un petit coin de campagne sympa avec une bonne ligne de vue dégagée. Enfin encore une fois : je ne suis pas militaire, je ne dois pas comprendre la subtilité qu’il y a à se coller tous les handicaps possibles. Je pense qu’ils ont le même stratège que dans Avatar.

En tout cas, la ville est parcourue d’explosions en tous genres (je vous avais dit que J.J Abrams était lâché), puisque tanks, lances roquettes et mitrailleuses "se mettent à tirer seuls, tout est hors de contrôle !" dixit un militaire hurlant dans sa radio. Ok, donc on va prendre l’exemple dans un char, véhicule qui a un canon à un coup, pour que tout le monde saisisse bien la situation.

"Nos armes sont hors de contrôle !
- En effet, le canon tire tout seul.
- Remettez un obus dedans pour voir ?
- C’est f… ah, bah voilà, ça l’a refait.
- Remettez en un autre ?
- Je ch… oups, tenez, encore un coup ! Ho ! Pardon madame, hein, on voulait pas vraiment vous exploser la tronche ! Désolé !
- Essayez encore ?
- Rhooo, on vient de faire sauter ce charmant pavillon ! C’est vraiment trop ballot !
- Préparez un autre obus, histoire de ?"

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Voilà voilà : toutes les armes sont hors de contrôle, mais les mecs continuent quand même de les charger en boucle. Je dirais bien que cette séquence ne servait à rien à part à cramer le budget effets spéciaux encore un peu plus, mais je serais mau… ah, mais au temps pour moi, je le suis : cette séquence est juste là pour que M. Abrams fasse exploser des trucs. Y compris son propre scénario. Bravo.

En tout cas, les enfants, eux, font semblant de rien et se contentent de courir au milieu des obus et des balles, sans que personne ne leur hurle de se mettre à l’abri ou ne les pousse à couvert : les soldats se contentent de passer à côté en courant sans rien dire.  Au final, une explosion finit tout de même par faire un peu bobo au jeune Martin, et Charles est donc désigné pour rester avec lui et en prendre soin. Pendant ce temps, Carey et Joe vont aller là où notre petit héros pense que l’alien se cache : dans la remise près du cimetière (mais si, vous savez, celle où il avait vu et entendu plein de trucs bizarres mais avait décidé de n’en parler à personne) ! Après tout, si c’est une espèce souterraine, peut-être est-ce l’un des points d’entrée vers sa tanière ; serrant fort dans sa petite main le pendentif de sa maman (qu’il avait fini par récupérer sur le cadavre de Blackamoustache après l’attaque du bus), notre loulou et son copain arrivent donc sur place et, en effet, constatent qu’il y a une entrée vers un tunnel digne du Vietcong là-dessous. Allez, hop : ni une, ni deux, en avant, sus à ce vilain communiste !

Et effectivement, la bête a créé moult tunnels… qui tous, donnent au même endroit : une grande salle dans laquelle l’alien a réuni tout ce qu’il a attrapé à la surface pour essayer de se faire une machine avec : les moteurs sont combinés les uns avec les autres, des conduits sont réalisés de bric et de broc… bref. Mais surtout, il y a des humains ! Suspendus tête en bas depuis le plafond, et inconscients comme il se doit, ils attendent avec impatience que deux morveux viennent leur sauver la vie. Et parmi eux, il y a bien entendu… Alice. Qui a du bol, parce que bon, hein, nos héros s’aperçoivent aussi d’un truc : il y a d’autres humains, mais plutôt en morceau et à demi-mâchouillés un peu partout. Quelle créature barbare : elle n’utilise même pas de couverts, c’est un monde, ça !

Mais Joe a pendant ce temps une superbe idée de stratégie : Carey va utiliser les énormes réserves de pétards qu’il a dans son sac à dos et s’en servir pour attirer l’attention de la bestiole ; sitôt cela fait, il devra courir, et vite, pendant qu’il se fera courser par un truc ultra-violent et anthropophage. Pendant ce temps, et passant par un autre tunnel, Joe arrivera discrètement et libérera les humains survivants pour fuir, passant ainsi pour le héros libérateur pendant que son pote servira juste d’appât aux chances de survie limitées. Carey étant un peu con, il accepte le plan.

Et évidemment, ça marche à merveille, puisque l’alien se met à courir dans le tunnel d’où lui parviennent les bruits des pétards, et Joe a le temps de libérer Alice, le shérif et une habitante qui n’avait rien demandé à personne, tous trois les derniers survivants du bestiau. Sitôt au sol, ils reprennent connaissance et commencent à courir pour se sortir de là. Parce que oui : on peut passer plusieurs jours tête en bas, en être inconscient, et galoper comme un cabri sitôt remis dans le bon sens. Essayez chez vous.

"Ah oui, en fait, j'aurais indiqué cette remise aux autorités sitôt que j'avais vu des trucs bizarres dedans, j'aurais évité bien des morts inutiles"

Donc, tout le monde galope follement dans les couloirs, et d’intersection en intersection, on finirait même par s’y perdre ; la fine équipe retombe finlament sur Carey, et hélas, sur son poursuivant visiblement fort mécontent que l’on essaie de lui voler son goûter. On le comprend. Une course poursuite débute donc, mais la bête étant bien plus rapide que nos galopins, elle a tôt fait de se saisir des deux adultes et de les balancer derrière elle avant de partir courser les enfants qui eux, continuent de fuir. Sauf que finalement, tout le monde débouche sur un cul-de-sac. Hmmm… que faire ? Que… qu’est-ce qu’un enfant de cinéma américain a avec lui comme arme quoi qu’il arrive ? Moi je sais :

Pléthore de discours cucus.

Celui de notre héros va donc tenir en deux phrases : "Moi aussi, il m’est arrivé de mauvaises choses" et "Mais on peut continuer de vivre". La bête attrape donc Joe pour communiquer avec lui, et, voyant que son coeur est pur (enfin, tant qu’on ne parle pas de ce qu’il compte faire à la petite Alice), décide de lui aussi devenir gentil. Je ne déconne pas : l’alien a été vaincu par deux phrases que l’on doit pouvoir trouver écrites en rose fluo dans des agendas de collégiennes. Et pour signifier qu’il devient gentil, je… comment vous l’annoncer… asseyez-vous.

Voilà, vous savez, l’extra-terrestre ? Bon, il a des yeux. Des yeux plissés, méchants, sans pupille… le truc de gros vilain, donc. Et bien figurez-vous que sitôt qu’il a décidé de comprendre l’amour, l’amitié et la gentillesse, il s’avère que cette apparence de ses yeux est en fait juste une paupière de protection, et qu’en-dessous il a… des yeux tout rond, tout beaux, avec une grande pupille dilatée façon chat de Shrek. On entend limite le "Hoooooooo" ému des enfants. Mais hélas interrompu par le bruit d’un moteur qui démarre.

En effet, l’espèce de machine chaotique que l’alien a conçu semble se mettre à fonctionner, et bientôt, là, dehors, tous les objets métalliques de la ville commencent à s’envoler : battants de boîtes aux lettres, puis boîtes de munitions, s’ensuivent les fusils des soldats, qui se contentent de regarder, ébahis, et enfin, même, certaines voitures. Tout cela semble se diriger vers le château d’eau et s’accumuler dessus comme sur une sorte d’aimant géant.

Moi, personnellement, j’aurais balancé une grenade. Elle serait allée droit au but sans se forcer.

Et puis soudain, ce sont tous les conteneurs contenant les petits cubes blancs extra-terrestres, qui avaient été amenés là pour servir d’appât, qui s’ouvrent et foncent en volant vers le château d’eau ; les gens sont obligés de se jeter à terre pour les éviter, ce qui donne un plan très intéressant dans lequel les enfants se jettent au sol à un endroit où il reste du verre fraîchement brisé suite à une cascade précédemment jouée : heureusement qu’à Hollywood, le verre est en sucre, sinon les marmots auraient eu l’air moins mignons en se relevant la gueule lacérée. Dommage.

Sur ces entrefaites, Papa Lamb arrive, puisqu’il avait appris que son fils était en ville par Preston, le gamin de la bande qui était resté au camp de réfugié. Il a emmené avec lui Papa Dainard, et ensemble, sur le trajet, ils sont devenus amis, car le reproche que Lamb faisait à ce dernier était simple : il buvait, et le jour où sa femme a eu un accident à l’usine, c’est parce que Louis était trop bourré pour tenir son poste et qu’elle avait dû prendre sa place. Mais là, ça y est, maintenant, il a compris : Louis aussi est malheureux de ce qui est arrivé, et ils pourraient tous les deux être amis, et leurs enfants copuler ensemble comme jamais il n’y eut copulation.

A gauche, l'alien méchant, à droite, l'alien choupinet. Tout est dit.

Tous, ensemble, ils se retrouvent, se pardonnent, s’aiment (et c’est beau), et regardent en direction du château d’eau où les cubes commencent à former des parties de vaisseau spatial…  de moins en moins d’objets semblent attirés sur le château d’eau (mais toujours pas l’appareil dentaire pourtant bien métallique de Carey : c’est dommage, j’aurais voulu le voir hurler de douleur), jusqu’à ce qu’enfin, un dernier soit appelé : le pendentif de maman Lamb que Joe a toujours avec lui ; ce dernier comprend que l’alien veut ce beau symbole pour partir, ou un truc du genre, et Joe le laisse filer vers le château d’eau (autre théorie : le visiteur voulait juste le faire chier, et c’est un fameux rabouin de l’espace), et sitôt que cette dernière pièce a touché ce grand puzzle, le château se compresse et explose, et le vaisseau spatial qui a achevé de se former dessus, et dans lequel l’alien a pris place, finit par décoller sous le regard attendri de tout le monde ; on entend alors les violons pendant que l’engin s’élève vers le ciel sous le regard ému de la population, et avant qu’on ne puisse voir la scène ou les chasseurs de l’armée de l’air ne l’abattent pour éviter qu’il ne retourne chez lui chercher du renfort…

FIN

Paradoxalement, à la fin du film, ils diffusent le mini-film complet de Charles & co sur le thème des zombies, et en fait, c’est probablement mieux réalisé et tenu que le film lui-même.

Chapeau.

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A peine le téléphone avait-il été raccroché qu’à nouveau, il se mit à sonner ; Steven sentit une goutte de sueur perler sur sa tempe, alors que sa main s’arrêtait au-dessus du combiné, hésitant à décrocher. Le devait-il ? Enfin, il était un adulte, rejeter ses responsabilités était hors de propos ; après avoir pris une grande inspiration, il décrocha le téléphone d’un geste souple.

"Allô ?
- Oui, c’est encore Jiji ; je voulais te dire : ton projet, il est génial. Mais si tu veux, on pourrait aussi commencer à bosser sur d’autres, parce que j’adore ton travail, mec ! Je pensais par exemple à Hook, on pourrait faire une suite, avec Peter Pan qui est kidnappé par le gouvernement pour…
- Ecoutez Monsieur Abrams, il ne faut p…
- Non, attendez, j’ai mieux, j’ai mieux ! On pourrait faire la Liste de Schindler 2, sauf qu’au moment où les juifs sont mis dans le train, celui-ci est percuté par un half-track qui…"

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J.J Abrams, pris par son discours, n’entendit qu’à peine le bruit du combiné que l’on lâchait, suivi du son caractéristique d’un Steven Spielberg cavalcadant en pantoufle pour fuir son salon en hurlant.

Le pauvre homme l’avait appris à ses dépens : il y a des portes qu’il vaut mieux ne jamais pousser.

Ça y est : les vacances scolaires sont là.

Alors que les coffres se remplissent peu à peu de valises, tentes et autres canots gonflables, les écoliers profitent enfin d’un repos bien mérité après une dure année de labeur. Si les boîtes de nuit ouvrent leurs portes aux jeunes disposant d’un baccalauréat flambant neuf soucieux de le fêter (ils ne découvriront que dans deux mois que ce sont les seules portes qui s’ouvriront jamais grâce à leur diplôme de fin de lycée), elles ne sont que l’avant-goût d’un été qui s’annonce plein de surprises.

Pourtant, comme chaque année à la même époque, c’est aussi la saison des abandons : des propriétaires peu scrupuleux profitent de leur départ en vacances pour attacher leurs animaux de compagnie devenus trop encombrants aux arbres des aires d’autoroutes, brisant des milliers de petits coeurs : Scrappy le labrador regarde la Peugeot 404 de son maître s’éloigner, sans réaliser que c’est la dernière fois qu’il a l’occasion de humer les effluves de friteuse de son vieux pot d’échappement pétaradant ; Bobby le Saint-Bernard, trop occupé à renifler ce nouvel arbre auquel il est désormais lié, ne voit pas la famille Margot s’éloigner de lui, le petit Théo agitant une main dans un signe d’adieu tout en larmoyant, l’autre bras fermement tenu par son père, alors qu’il quitte son ami de toujours pour regagner contre son gré le parking voisin ; et Pitchoune, ô, joyeuse Pitchoune ! Qui donc a bien pu coller cette petite femelle yorkshire dans le sanibroyeur de l’aire de la Jument Verte ? Nul ne le sait.

Oui : cette année encore, des milliers seront abandonnés par ceux qui autrefois leur avaient ouvert les portes de leurs maisons ; chiens courageux, chats paresseux, furets joueurs ou hippopotames berserks : autant de sympathiques animaux de compagnie qui sentiront peser sur eux la solitude lorsque la nuit tombera. Mais il ne convient pas de parler de ceux-ci, non : le vrai drame, cette année, c’est encore tous ceux qui abandonneront leurs compagnes infidèles quelque part en forêt sur la route des vacances. Et pas besoin de les attacher à un arbre en plus : le sens de l’orientation d’une femme moderne suffit à là paumer des semaines entières, même au milieu du parc Monceau. Pratique.

Pour plus d'originalité, vous pouvez abandonner votre chien sur une aire avec jardin japonais

Cependant, afin d’éviter cette terrible situation, je vous propose aujourd’hui, messieurs (filez mesdemoiselles, ce n’est pas pour vous, vous allez vous faire du mal), de suivre les conseils de Men’s Health (le magazine du bien-être masculin que nous avions déjà étudié ici), afin de vous assurer que vous n’ayez pas à abandonner madame ; pour ce faire, je vous propose donc de vous arrêter sur plusieurs articles essentiels :

- 6 façons d’empêcher son infidélité, et ainsi ne pas avoir à abandonner votre mie, ou alors, il vous faudra un autre prétexte

- 7 signaux d’alertes pour juger de sa fidélité, des fois que le premier article n’ait pas suffi

- 4 conseils pour contrôler sa colère, pour gérer la situation si un des signaux d’alertes précédemment évoqués est passé au rouge

Oui, ils ont obligation de tout numéroter ; le magazine a dû être fondé par une sorte de comptable sous stéroïdes. Brrr. Mais ne tergiversons pas et passons aux premiers conseils pour éviter que madame n’aille courir le damoiseau ; je cite : "Voici les facteurs d’infidélité les plus fréquents et les meilleurs moyens de lui ôter l’envie de vous tromper." 

La génétique 
La science est formelle ! Il existe bien un gène de l’infidélité. Les chercheurs de l’hôpital universitaire Saint-Thomas à Londres affirment même qu’une femme vous trompe à 44 % pour des raisons génétiques.

Merde alors, l’infidélité est génétique ! Comme la délinquance alors ? Nous l’ignorons, mais donc, la femme est contrôlée à 44% par ses gènes (et à 30% par les livres de Guillaume Musso) ; elle peut être tranquille dans son salon à se faire un Scrabble, soudain, elle entend un gène lui crier de sa petite voix fluette "Qu’eeeeest-ce que tu fous ? Tu joues au Scrabble avec Jérôme, alors que dehors, il y a tant de beaux éphèbes qui t’attendent ? Pense à ces torses ruisselants, à ces muscles puissants couverts de sueur et de saindoux, à ces mentons piquants qui… je… ho, attends ! Regarde là, tu peux faire "Bichon" en 6 lettres, dont une compte triple !" (la femme peut faire deux choses en même temps, rappelons-le).  Mais alors, si c’est un gène, vite, Men’s Health, que faire ? Dois-je faire mordre ma femme par une araignée radioactive pour modifier son ADN ? Puis-je ramener une araignée de Fukushima en cabine ? Et quand bien même, comment savoir si la mutation ne va pas plutôt filer un cucu velu à ma dulcinée ?

Pas de panique, la réponse est là :

La solution : Elle réside heureusement dans le problème : le sexe. « Les quantités élevées d’ocytocine qui inondent son cerveau pendant une relation sexuelle sont en quelque sorte l’antidote à cette malencontreuse hérédité, explique Terry Burnham, chercheur en génétique. Cela inhibe l’activité des chromosomes qui ont été identifiés comme porteurs du gène de l’infidélité. » Attention quand même : selon une étude publiée dans la revue Biological Psychology, vos ébats doivent durer plus de cinq minutes pour que l’ocytocine fasse cet effet.

Ho. Ho, je vois, il faut donc copuler, souvent et longtemps, pour feinter la génétique : c’est vrai que du coup, votre copine a moins de chances de vous tromper si vous l’enfermez dans la chambre toute la journée. A noter que vous avez désormais une nouvelle réplique culte pour draguer :

"Bonjour mademoiselle, quelle belle soirée n’est-ce pas ? Dites moi, je me disais… vous ne voudriez pas que j’inonde votre cerveau d’ocytocine, là, comme ça, au pied levé, hop ?"

Si avec ça vous ne passez pas pour un gentleman, inquiétez-vous.

Le calendrier Il est déjà coupable de ses sautes d’humeur et de ces nuits que vous passez sur le canapé parce qu’elle est outrageusement irritable : son cycle menstruel peut également être responsable de ses envies de papillonner. Tout cela viendrait de l’évolution, selon les chercheurs de l’institut Kinsey de l’Indiana. Les hauts et les bas hormonaux qui vont avec son cycle menstruel réveillent un instinct primitif qui stimule son désir et son excitation tout en la poussant à rechercher des partenaires d’un soir. C’est entre le dixième et le dix-huitième jour de son cycle, lorsque ses niveaux d’estradiol sont au plus haut que ses instincts de prédatrice risquent de s’éveiller. Pour vous aider dans vos calculs : le cycle commence le premier jour des règles. 

Le calendrier, responsable ? Celui de La Poste, le moche avec des chatons ? Le facteur, j’en étais sûr ! Mais attendez, vous voudriez dire qu’encore une fois, tout le corps de la femelle n’est qu’un appel constant à l’infidélité ? Qu’il est conçu pour aller gambader vers d’autres herbages, tel le mouton joyeux dans les pâtures ? Mais bon sang, quelle solution puis-je…

Bionic Woman, ou l'histoire d'une femme modifiée par des scientifiques pour arrêter de courir le jouvenceau (on lui coupe les jambes)

La solution : Faites-la transpirer. Des chercheurs de l’université Jagiellonian de Cracovie, en Pologne, ont découvert que les taux d’estradiol chutaient dès lors qu’une femme faisait du sport deux fois par semaine. Sinon, gardez un oeil sur le calendrier et profitez de cette période pour transpirer… au lit.

Hein ? Le sexe, encore ? Ce serait donc la solution à tous les problèmes du monde ? Merci Men’s Health : je sens que grâce à ça, je vais pouvoir régler plein de trucs : infidélité, mauvaise humeur, problèmes de couples, note médiocre en classe, faim dans le monde.… Merci ! Mais dites m’en plus, quels sont les autres causes de l’infidélité ?

La reconnaissance Ou plutôt le manque de reconnaissance et de gratifications. Vous l’avez déjà vue partir à la recherche d’une paire de chaussures comme une lionne en quête de nourriture ? C’est en réalité à la recherche d’une gratification qu’elle est partie. Or, si elle en manque de votre part (bref, si vous ne lui montrez jamais qu’elle compte pour vous), il y a de fortes chances qu’elle aille chercher de la valorisation ailleurs. 

Vous êtes sûre qu’on parle des femmes là ? Non parce que la petite créature en manque d’affection qui va donner de l’amour à des pantoufles, en général, on l’appelle plutôt "Rex" que "Chérie". Mais bon, faisons confiance : nous traitons ici d’un magazine moderne, qui sait comment il faut traiter les femmes pour faire de ses lecteurs des gentlemen appréciés pour leur élégance, leur classe et leur bon goût. Hein ? Ho, dites ? Allez ? Sans rire ? Vous déconniez, là, non ?

C’est ainsi que 80 % des femmes ont justifié leur infidélité lors d’une étude de l’université du Maryland. « Elles avaient une aventure pour compenser une relation dans laquelle elles ne se sentaient ni écoutées ni valorisées », explique Michael Farell, auteur de l’étude. 

Oui, mais 100% des femmes étant de mauvaise foi d’après une étude du Odioso Cabrón Institute de Grenade, j’en déduis que l’excuse "Je ne me sentais pas écoutée : je lui avais demandé de ramener du chocolat aux noisettes, et il m’a ramené du chocolat au lait : du coup, j’étais obligé de prendre le TGV pour aller faire l’amour à Ramón, vous comprenez" est un peu pourrie.  Heureusement, Men’s Health a la solution pour qu’une femme se sente valorisée et appréciée à sa juste valeur :

La solution : Si vous n’avez pas été complètement à la hauteur récemment, rattrapez le coup avec ce truc tout simple : le cerveau peut assimiler 600 mots par minute mais le débit moyen est de 150 mots. Et quand le cerveau est en dessous de la courbe, il s’égare. Pour garder toute son attention, interrompez-la pour la paraphraser toutes les 30 secondes. Fastidieux, certes, mais elle aura vraiment l’impression d’être écoutée !

Donc je résume : pour qu’une femme se sente appréciée, il faut lui parler comme à un gros légume. Et de préférence, "l’interrompre pour la paraphraser toutes les 30 secondes" :

"Doudou, devine ce qui m’est arrivé au bureau aujourd’hui ! 
- Dis-moi tout mon amour.
- J’étais au local photocopieuse, quand soudain…
- Hmmm tu veux parler de la pièce où il y a l’appareil qui duplique des documents.
- … heu, oui, quand soudain, Benoît entre avec du café sur sa chemise
- Benoît passe le seuil du local de l’appareil qui duplique des documents avec une substance psychoactive étalée sur son haut ? Ça alors ! 
- Dis- moi, tu me prendrais pas pour une andouille ?
- Si je te prends pour une spécialité charcutière à base d’intestin de porc ? Bien sûr que non ma chérie, continue de me parler de… de… heu… hein ? Tu disais ?"

La photocopieuse, centre de toutes les intrigues érotiques qui se respectent

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Ah oui, là c’est certain, elle va se sentir écoutée et mise en valeur. Un peu comme le psy que vous payez une fortune à dire "Hmmm hmmm" pendant qu’il dessine des kikis sur son bloc-notes. Quel beau métier (attention, j’exagère : certains dessinent aussi des voitures).  Néanmoins, enchaînons tout de même sur le point suivant.

La promiscuité Comme pour les salaires, les hommes sont toujours en tête quand il s’agit de mettre des coups de canif dans le contrat. Mais l’écart diminue peu à peu. Ainsi, 52 % des infidèles sont des hommes (voir encadré), ce qui nous laisse quand même avec 48 % d’infidèles à talons hauts… et pas mal de doutes. C’est la culpabilité qui serait responsable de cette différence. Mais la culpabilité n’a qu’un temps : elle diminue à mesure que votre chérie se rapproche de votre futur concurrent au travers d’une activité commune. 

Attention, donc, votre copine risque de vous tromper si jamais elle fréquente des gens. Particulièrement si elle a une activité commune avec eux, comme, à tout hasard, baisouiller. Comment enrayer ce fléau ?

La solution : Elle veut prendre des cours de tango ? Lancez-vous sur la piste avant qu’elle ne se fasse embarquer par un autre.

Excellente solution : ne la laissez jamais seule. Suivez la en permanence. Elle veut faire du tango ? Faites du tango. Elle veut faire de la couture ? Faites de la couture. Elle veut faire caca ? Devancez -la (puis éclatez d’un rire diabolique ponctué de bruits d’eaux depuis l’autre côté de la porte).

Et si jamais elle commence à comprendre que vous ne la suivez partout que parce que vous n’avez aucune confiance en elle, utilisez la stratégie dite du couple fusionnel : "Mais c’est parce que nous devons tout faire à deux mon choubidou". Frottez vous un oignon contre les yeux si vous manquez de persuasion.

La cybertentation Ça commence par un chat innocent sur un forum de jardiniers amateurs et ça finit au lit.

Alors, oui, là, en effet, c’est un vrai problème international : les vortex spatio-temporels sur les chats de Jardiland. Vous discutez tranquillement de la meilleure pelle avec une assistante commerciale, et paf, vous vous retrouvez dans un hôtel avec une jeune fille désapée devant vous. Non, il n’y a pas de phases intermédiaires.  Je connais un mec, il était tranquille en train de causer du prix des graines de bégonias, et paf, il s’est retrouvé tout nu dans une chambre de Sofitel. Une histoire terrible.

Eh oui, Internet est devenu le plus grand pourvoyeur de relations adultérines depuis l’invention du téléphone portable. L’anonymat du forum facilite le passage au chat, et peu à peu les discussions ne tournent plus autour de la greffe du pêcher, mais autour du péché de chair. Sans parler des forums carrément dédiés au sexe. Lors d’une étude sur le sujet réalisée à l’université de Floride, il s’est avéré que les deux tiers des femmes qui s’y rendaient finissaient par rencontrer leur correspondant et que 89 % couchaient avec lui.

Encore une fois, on remercie les scientifiques qui sont arrivés à la conclusion que les gens qui se rendaient sur les forums de sexe, venaient s’occuper de sexe. Je sais, ce n’est pas toujours évident (par exemple les utilisateurs des forums hardware.fr ne parlent pas toujours carte graphique, surtout dans le topic images, hein bande de coquinous), mais il fallait bien une université entière pour réaliser qu’il y avait un rapport plus ou moins direct entre le sujet d’un site et le sujet que les gens y trouvaient.

La solution : Bain chaud et caféine. Les taux de cortisol (l’hormone du stress qui attaque la libido) baissent de moitié après 8 minutes dans la baignoire. Et selon les chercheurs de l’université du Michigan, les couples qui boivent 2 à 4 cafés par jour ont 50 % de chances en plus de faire l’amour plus de 7 fois par mois. Sans oublier que les buveurs de café auraient 73 % de problèmes d’érection en moins que les autres. Ce soir, expresso et bain moussant !

Petit rappel : si vous vivez dans une série américaine, vous avez l'obligation d'entourer le bain de dizaines de bougies

J’ai essayé et je vous le recommande : une fois plongée dans un liquide plus ou moins caféiné (attention quand même : remplir une baignoire de Nespresso coûte un peu cher), et de préférence lestée avec les cailloux, la damoiselle un peu stressée  (elle se débat beaucoup au début, mais il faut être ferme) finit par se calmer. Au bout de 8 minutes, quand vous la sortez de l’eau avec un treuil, elle est même parfaitement détendue, et ne dit plus non à rien. Simple et efficace. Merci pour tous ces conseils ! Mais je me permets quand même de faire le point :

Résumons ; pour que votre copine ne vous trompe pas, selon Men’s Health, il faut :

  • L’empêcher de sortir et la surveiller en permanence
  • Lui faire l’amour. Tout le temps.
  • Lui couper tous moyens de communications avec l’extérieur
  • Si rien de tout ça ne marche, la plonger 8 minutes dans l’eau

Vous avez tout saisi ? Vous commencez à vous demander si Wolfgang Priklopil avait un abonnement à ce magazine ? Moi aussiBien, alors passons à la suite : "Voici une liste de 7 attitudes qui vous permettront de juger sa fidélité."

- Indice : Elle se met en colère quand vous la soupçonnez. 
- Verdict : Non coupable 
"C’est typique du symptôme dit de la méprise d’Othello", selon le psychologue Perry Buffington. "Plus elle clame son innocence, plus elle s’indigne de ne pas être crue." Et n’allez pas croire que cette colère est destinée à vous leurrer. "Les femmes réagissent de façon plus émotionnelle que les hommes quand elles disent la vérité", affirme le docteur Buffington. "Si elle mentait, elle essayerait plutôt de vous embrouiller en utilisant ses armes de séduction."

La femme est incapable de simuler, c’est connu : c’est une sorte de Francis Huster constant. Ainsi, si elle se met à parler très fort en faisant les gros yeux en vous disant "Non, je ne te trompe pas" , vous pouvez la croire sur parole. Et laisser sortir ce monsieur tout nu du placard, celui qui n’est en fait qu’un ami qui passait par là et qui a soudain perdu tous ses vêtements, et qui était donc en train d’en chercher de nouveaux dans la penderie quand vous l’avez surpris. Non, si elle avait voulu vous mentir, elle vous aurait montré ses seins en mettant sa bouche en cul de poule (un peu comme un avatar Facebook, en fait). Ah, une femme qui joue la comédie : ça se saurait.

- Indice : Elle parle dans son sommeil. 
- Verdict : Coupable 
Pour le psychisme, avoir une aventure est une importante source de stress qui a besoin d’être évacué. Des psychologues britanniques ont repéré certains symptômes liés au "stress de l’infidèle" : problèmes de mémoire, fragilité des gencives et troubles du sommeil – notamment somnanbulisme et somnoliquie (parler en dormant). Méfiez-vous donc si votre dulcinée se met soudainement à avoir des nuits agitées alors qu’aucune source de stress visible ne semble l’affecter dans la journée.

Dans son sommeil, elle vient de marmonner "Non, maman, je ne veux pas de chocolat" ? La truie pourpre ! Réveillez-là, puis assommez là avec une latte du sommier. Attendez qu’elle reprenne ses esprits, giflez-là, puis assommez-là à nouveau. C’est un aveu qu’elle se tape Maurice, le cuisinier du restauroute. Idem si elle a une nuit agitée après avoir mangé une monstrueuse choucroute : c’est forcément qu’elle couche avec tout un régiment de parachutistes quand vous n’êtes pas là. Diable, ce site est une véritable révélation ; je commence à me dire que les jeunes filles avisées devraient dormir avec une chaussette roulée dans la bouche si elles veulent éviter les ennuis, pour peu qu’elles fréquentent la couche d’un lecteur de ce beau magazine (ce qui en soit, mérite déjà un châtiment).

- Indice : Elle n’est plus très câline. 
- Verdict : Non coupable 
Contrairement aux idées reçues, elle ne s’éloignera pas forcément de vous s’il y a un autre homme dans sa vie. "Au contraire, elle risque même de devenir plus attentionnée", selon le docteur John D Moore. "Elle utilisera le mot "amour" bien plus souvent et sera sexuellement plus en demande."

Non, non, ce n’est en rien un signe. Même à deux jours de vous plaquer pour Jean-Kévin, elle sera toujours aussi passionnée : une femme ne ressent pas la culpabilité, l’amour-propre ou même la douleur. Elles n’ont pas d’âme : comment voulez-vous, hein ? A l’inverse, si elle devient trop câline, pétez lui la gueule sans ménagement.

- Indice : Elle fouille VOS poches. 
- Verdict : Coupable 
"T’étais où, t’as vu qui, t’as fait quoi"… ça vous parle ? Méfiance. Les femmes infidèles deviennent souvent soupçonneuses, car elles projettes sur vous leur propre culpabilité. Le topo étant : "si je suis capable de lui faire ça, alors il peut le faire aussi". D’ailleurs, 67% des infidèles pensent avoir été trompés eux-mêmes.

J’aime beaucoup le "VOS" en majuscules : c’est sûr que si elle fouille ses poches, c’est un peu moins suspect. En tout cas, sans vouloir chipoter, une damoiselle qui fouille vos poches, qu’elle vous trompe ou non n’est pas la question ; mettons qu’une fille vous fasse les poches station Châtelet : vous hurlez "Ah, coquine, tu me trompes !" ? Ou vous avez autre chose à faire ? Et bien voilà. A partir du moment ou quelqu’un fouille vos poches, c’est qu’il est grand temps d’en finir. La dernière qui a fouillé mes poches, par exemple, a trouvé les clés de ma cave. Il m’a fallu agir.

Et si elle dort maquillée, dois-je me méfier ?

- Indice : Elle se transforme en fée du logis. 
- Verdict : Coupable 
Elle se met soudain à repasser vos chemises avec amour ? Il y a des chances qu’elle le fasse en repensant à un 5 à 7 torride. La majorité des femmes qui trompent se transforment miraculeusement en parfaites maîtresses de maison. D’autre part, si elle a soudain la dent dure contre un ami ou un collègue, soyez vigilant : critiquer son amant est la deuxième façon de noyer le poisson.

Elle a changé ? Elle ne laisse plus traîner ses slips avec leurs grosses traces de pneus ? Elle a enfin trié les papiers de ses impôts ? Elle change de t-shirt plus d’une fois par semaine ? C’est qu’elle vous trompe. Non, personne ne peut essayer d’être propre : c’est trop suspect. D’ailleurs, notez qu’une femme qui repasse, d’après nos experts locaux, c’est particulièrement louche : bon sang, la France est un nid de terroristes ! Même votre maman vous trompe ! Et par ailleurs, toujours d’après la prose de notre référence masculine, si votre douce s’exclame "Bernard est un con : il m’a encore insultée ce matin", c’est qu’elle est secrètement amoureuse de lui, de son bide à bière et de son crâne pelé.  Non, Bernard ne peut pas décemment être un con. Surtout si c’est une femme qui le dit : comment quelqu’un ne disposant pas d’un chromosome Y pourrait avoir raison ? Je vous le demande.

- Indice : Ses jupes ont raccourci. 
- Verdict : Non coupable 
Si votre belle devient de plus en plus sexy, remerciez-la plutôt : tout cet étalage de charmes, c’est pour vous et personne d’autre. "Quand une femme trompe son conjoint, elle a tendance à porter des vêtements plus sobres, particulièrement devant lui", affirme le docteur Buffington. Si elle ressort les cols roulés, c’est mauvais signe…

Elle va au travail avec des jupes de plus en plus courtes ? Elle met de moins en moins de culottes ? La dernière fois qu’elle avait un entretien avec son chef de service, elle a mis 3h à se préparer pour finir par sortir avec une tenue qui n’était pas sans rappeler les plus grandes heures de l’Amicale des Amies de Frank Ribéry ? Rien à signaler, continuez à lire votre journal.

Par contre, si elle sort son col roulé au prétexte futile que "Mais Doudou, il fait moins 20", vous pouvez commencer à balancer ses affaires dans la neige.

Je ne sais pas vous, mais moi, je suis dubitatif. Je sais, je ne devrais pas, mais allez savoir pourquoi, j’ai comme l’impression qu’on se fout de ma gueule. Passons.

- Indice : Elle travaille tard. 
- Verdict : Coupable 
Commencez à vous inquiéter si elle a une belle promotion. Certes elle passe sûrement ses heures sup au bureau et pas dans la chambre à coucher de son boss, mais une étude de l’université de Washington a prouvé que les femmes qui gagnent plus de 4000 euros par mois étaient 2 fois plus susceptibles de passer par la case adultère que les autres.

La femme ne peut pas travailler tard :  si elle le fait, c’est qu’elle vous trompe. Elle ne peut pas être médecin et avoir des urgences, avocate et travailler ses dossiers, ou même infirmière et avoir des gardes (c’est connu : toutes les infirmières sont en fait des infirmiers), non : c’est forcément qu’elle couchaille avec l’ennemi. D’ailleurs, une femme qui gagne trop d’argent est évidemment une coquine : c’est même pour ça qu’on les enfle sur les salaires en les amputant de 20 à 30% par rapport à un homme : pour les aider à rester fidèles. Oui, mesdemoiselles, on fait ça pour vous. Ca nous brise le coeur, vous savez. Tout ça, c’est votre faute.

A ce compte là, j'en connais une qui doit être super-hot

Bref ! Si avec tout ça, vous détectez que malgré tous vos efforts, votre douce amie s’en va tout de même s’enamourer d’autrui, il ne vous reste plus qu’à contrôler votre colère pour ne pas commettre un crime sale et ainsi vous retrouver en prison (ça, c’est pour les débutants). Non, il faut d’abord apprendre à vous maîtriser ; et là encore, Men’s Health va vous aider avec 4 conseils pour contrôler sa colère.

1/ La meilleure façon de contrôler ses émotions est de se donner du temps. Adoptez le bon vieux truc qui consiste à compter jusqu’à 10. Efficacité prouvée.

Par exemple, mettons : elle est en train de vous expliquer que ce n’est pas sa faute si votre Mégane tuning est abîmée alors qu’elle la ramène de Carrefour ; et bien pendant qu’elle vous explique ce qu’il s’est passé, une sombre histoire de type refusant une priorité, surtout, ne l’écoutez pas et comptez jusqu’à 10. Quand vous aurez fini, puisque vous ne l’aurez pas écoutée, persuadé que c’est sa faute, vous lui coincerez la tête dans la portière, et ce sera bien fait. Que cela ne vous empêche pas de compter à nouveau jusqu’à 10.

2/ En situation de confrontation, utilisez votre corps : le simple fait de tourner le dos ou de regarder ailleurs peut aider votre cerveau à faire redescendre la pression.

Attention à ne pas confondre "utilisez votre corps" et "utilisez vos poings". La différence est subtile, certes, mais notable. Reprenons l’exemple précédent : votre compagne essaie de vous parler de quelque chose de difficile, et vous regarde droit dans les yeux : tournez le dos. Et si elle tente de vous faire face, tournez encore ; si vous disposez d’une chaise de bureau, vous pouvez aussi tourner très vite vous-même pour la déstabiliser. Par ailleurs, magie du tournis, vous découvrirez que 87% des hommes occupés à gerber après avoir trop tourné sur eux-mêmes ne pensent plus vraiment à s’énerver.

3/ Ne vous emportez pas entre 4 et 6 heures du matin (quand vous sortez de boîte, quoi). Votre corps sécrète alors un maximum d’hormones, dont l’adrénocorticotropine, qui limite vos capacités à garder le contrôle.

Il faut le savoir : il y a des heures pour s’énerver, c’est à dire, après six heures ou avant quatre heures du matin. Entre les deux, c’est tout bonnement indécent. Men’s Health vous prodigue donc cet excellent conseil : "Pour éviter de vous mettre en colère, évitez de vous emporter". D’accord : merci les gars, hein. Sinon, c’est qui le mec qui vous écrit ce genre de tirades ? Non parce que Monsieur de La Palisse est mort, alors j’aimerais bien savoir si vous avez un type avec une planche ouija qui communique avec lui pour rédiger ce genre de trucs. Ça m’intéresse.

4/ Sortez. Une étude publiée dans le Journal of Psychiatry & Neuroscience révèle que l’exposition à la lumière et les exercices aérobie peuvent booster notre taux de sérotonine, le neurotransmetteur du bien-être.

Quand vous êtes énervé, sortez faire des pompes au soleil : cela vous évitera de passer vos nerfs sur l’infidèle qui partage votre vie. Par contre, s’il fait moche, ou pire, si vous vous appelez Edward et que votre peau se transforme en publicité pour Email Diamant au soleil, contentez-vous de lui refaire le museau.

Alors, je sais, tout cela parait compliqué à assimiler de prime abord, pour vous messieurs, et un peu pour vous aussi, mesdemoiselles, qui savez désormais ce qu’il vous reste à faire pour passer pour une sainte : vous habiller comme une coquine, laisser traîner vos affaires sales partout et vous énerver dès que l’on vous pose une question.

Par contre, ce que j’apprécie moyennement, les filles, c’est justement que vous ayez lu cet article alors qu’il était précisé qu’il s’adressait aux hommes. Je n’aime pas trop cette intrusion, cette attitude, ce … ce…

Raaah. Je vais compter jusqu’à 10.

On ne peut même plus faire la sieste tranquille.

Le long hurlement des antiques sirènes d’alerte aérienne se fait entendre au-dessus des toits de la cité, me tirant de mon paisible repos ; voilées par ce son lugubre, des dizaines de voix paniquées tentent de s’exprimer non loin de mes fenêtres, la plupart pour pousser des cris apeurés ou lancer quelques propos incompréhensibles. Me redressant péniblement pour aller jeter un oeil à la rue voisine, j’aperçois des dizaines de personnes plus ou moins chargées et vêtues courant dans une même direction, fuyant quelque innommable danger. Ici, un père de famille tire sa compagne par le bras, son fils serré contre sa poitrine ; là, une voiture surchargée klaxonne pour se frayer un chemin dans la foule de plus en plus compacte, bientôt prise d’assaut par des dizaines de badauds en quête d’un véhicule pour les emmener en sécurité.

Ma curiosité attisée par ce curieux exode, je me dépêchais donc de quitter mon douillet logis afin d’élucider ce mystère, ne prenant que le temps de me saisir d’une veste et d’une flasque de brandy, deux outils bien utiles en ce début de printemps.

Sur les grandes avenues, des milliers de gens se pressaient, abandonnant leurs véhicules à sec sans se retourner, pressés qu’ils étaient de fuir le danger ; dans ce capharnaüm, il me fut bien difficile de trouver quelqu’un qui accepte de m’informer de ce qu’il se passait, et encore, ce ne fut qu’un cadre suant et paniqué qui me lâcha, tout en réajustant sa cravate "Ils arrivent ! Ils sont là !", pointant d’un doigt tremblant le sens opposé à celui de sa course. Décidant de m’engager à contresens, je croisai donc divers individus qui me criaient de ne pas aller dans cette direction, que cela n’était que folie et que je courais à ma perte ; bah, qu’importe ! Remontant des axes de plus en plus déserts où quantité d’effets personnels avaient été abandonnés dans la cohue, je finis par arriver à la tête de pont de l’invasion ennemie : le cinéma local.

Et je compris alors en voyant les affiches : Green Lantern, Fast & Furious 5, Captain America, The Expendables 2, Thor

En 2011, le monde va crouler sous les étrons cinématographiques. Toute fuite est vaine : ils seront traduits dans toutes les langues, projetés dans toutes les salles, et nul ne pourra y échapper. Toute résistance serait futile.

Devant le cinéma, les genoux écorchés, une étudiante vêtue aux couleurs de ce lieu maudit qui autrefois avait dû vendre des entrées restait à sangloter au milieu de tous les programmes abandonnés par les gens dans leur exode. Dans l’un des quartiers déserts alentours, un hurlement résonna : "Ils vont même ressortir un X-Men !". La jeune fille leva les yeux lorsqu’elle vit la flasque de brandy passer devant son visage.

"Tenez, ça vous fera du bien.
- Mais… il n’y a plus rien à faire ! – dit elle en essuyant une larme perlant sur sa joue rosée
- Non. Il faut se battre. Je vais m’en occuper : dites moi dans quelle salle est diffusé "World Invasion : Battle Los Angeles" ?
- Mais c’est une merde ! En plus, le titre original était "Battle Los Angeles", et en France, on a rajouté "World Invasion" devant pour faire cool, alors ça fleure quand même bon le navet !
- Justement.
- Salle… – elle renifla bruyamment – salle 8… oh mon dieu… comment a t-on pu en arriver là ?"
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Je plongeai mon regard dans ses yeux noisette, non sans avoir auparavant consulté le badge d’employée qui ornait son sweat.

"Allez-vous en, Anne-Lise. Je dois y aller seul.
- Mais… je ne peux pas ! Je n’ai nulle part où aller ! Et puis c’est qui ce type qui vous suit en jouant de la trompette ?
- C’est Diego. Il joue de la musique patriotique dans les moments d’héroïsme. Comme maintenant par exemple.
- Mais c’est ridicule !
- Je vais voir "Battle Los Angeles" ; je me mets dans l’ambiance. Quant à vous, ne perdez pas de temps : allez vous mettre en sécurité !
- Je voudrais bien, mais où ?
- Allez à cet endroit, je ne connais pas plus sûr Dès que j’en ai fini avec cette production qui n’aurait jamais dû voir le jour, je vous y rejoindrai."

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Je lui tendis un papier sur lequel j’avais griffonné mon adresse et un plan menant à ma chambre. Elle s’en saisit avant de se relever en me jetant un dernier regard d’espoir mêlé d’admiration. Elle vit à mes yeux que les paroles étaient inutiles ; lorsqu’enfin elle eut disparu au coin de la rue, je me tournais vers la direction menant à l’obscure salle 8.

"Bon bah c’est pas tout ça : spoilons, mes bons !"

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L'affiche : en effet, rien ne vous avait préparé à ça

Cette formidable oeuvre cinématographique s’ouvre sur toute une série d’images de combats de par le monde, où on ne voit guère l’ennemi mais où tout le monde semble mitrailler à coeur joie ; en voix off, on entend l’interview d’un militaire commentant les dites images, et expliquant que le monde est victime d’une invasion à l’échelle planétaire : depuis les côtes de plusieurs continents, des forces d’invasion viennent jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes. Il ajoute que sur la côte ouest des Etats-Unis, Los Angeles est la dernière ville à tenir à peu près, et à disposer d’un minimum de troupes. En effet, toutes les autres villes du secteur ont "perdu le contact" (probablement qu’elles ne pokent plus personne sur Facebook : c’est à cela qu’on reconnait une vraie situation de crise).

Comme tout cela semble sombre ! Les Etats-Unis d’Amérique peuvent ils ainsi terminer leur brève histoire dans les flammes d’une guerre entre nos pauvres peuples et une civilisation venue d’outre-espace ? Je me le demande. Vous aussi. Alors revenons un peu en arrière pour mieux comprendre de quoi il retourne.

Quelques temps auparavant, donc, un beau soleil se lève sur les côtes de Californie : au milieu de filles (mais pas vieilles) en bikini et de surfers (mais pas moches)  bodybuildés, le sergent Michael Nantz fait son petit jogging ; hélas, il sent bien qu’il commence à se faire vieux : il ne court plus aussi promptement, n’a plus la même endurance qu’autrefois, et les filles en bikini ne lui font plus beaucoup d’effet. Il a donc pris sa décision : finies les conneries, l’heure de la retraite a sonné ; il s’en va donc voir son vieil ami Bob le marine bedonnant en charge de l’administration, et remplit avec lui les papiers qui lui permettront de quitter les drapeaux. C’est donc l’occasion d’apprendre que la carrière de notre héros a été longue et remplie de médailles diverses & variées. Cependant, sans aucune raison autre que le fait qu’il fallait bien le caser quelque part, Bob décide de caser la phrase suivante "Ah, au fait, désolé pour la fois où tu as perdu tous tes hommes, en plus, ça t’a collé une sale réputation.".

Je ? Mais ? Mais qu’est-ce que ça vient faire là ? En plus, apparemment, ça remonte à des années ? Vous aussi, essayez chez vous de plomber l’ambiance en ressortant de bons vieux sujets douloureux en plein milieux de moments qui n’ont rien à voir : à l’anniversaire de mamie, entre deux parts de dessert, n’hésitez pas à lâcher "Hmm ! Il est bon ce gâteau ! J’en reprendrais bien une part ! Mamie, je suis désolé que les FFI t’aient offert une coupe de cheveux gratuite en 44 ! Au fait, tu as fait réparer ton chauffe-eau ?".

Mais qu’importe : notre héros signe ses papiers, quitte son ami Bob, et s’en va saluer le drapeau américain flottant dans le vent du matin. Oui, il est comme ça Michael : il aime bien saluer le drapeau américain, c’est un vrai patriote. Pas une de ces petites tapettes de communistes qui ne le saluent qu’une seule fois par jour, les vils !

Cependant, rassurez-vous, Michael ne sera pas notre seul héros : dans l’épopée qui l’attend, il sera accompagné de toute une tripotée de seconds rôles que l’on découvre au travers de diverses scènes où on les voit en train de vaquer à leurs occupations :

- Le marine qui va bientôt se marier, et qui est très amoureux de sa fiancée

- Le marine à moustache (non ! Pas la moustache ! Jamais ! Pas dans un film américain ! A part si vous êtes capitaine de la police, JAMAIS !)

- Le marine nigerian, accessoirement infirmier de l’équipe

- Le marine traumatisé par la guerre, mais qui remonte doucement la pente

- Le marine qui se rend sur la tombe de ses proches pour leur raconter comment va sa vie (c’est un peu son Twitter nécrophile)

- Le caporal marine qui n’aime pas le sergent parce que son frère est mort alors qu’il était sous ses ordres

- Le marine innocent, jeune et que les autres charrient gentiment

Alors, observateurs comme vous l’êtes, vous constaterez qu’on a déjà une bonne grosse pelletée de stéréotypes. C’est vrai. Mais il manque le plus gros, celui qui doit aller de pair avec le sergent. Alors attention, petit jeu : si le sergent Michael Nantz est vieux, à une semaine de la retraite, bourru, célibataire, sans enfants et avec une mauvaise réputation, qui manque t-il au tableau ? Mais le lieutenant Martinez bien sûr : il est jeune, sorti de l’école des officiers depuis un mois, idéaliste, marié, sa femme est enceinte, et a une excellente réputation.

Je suis persuadé qu’il y a des mecs qui écrivent des scénarios entiers avec le dictionnaire des antonymes.

 

"Alors il y aurait un gentil et un méchant. Des terriens et des extra-terrestres. Un jeune et un vieux. Un idéaliste et un blasé. J'ai plein d'autres idées si vous voulez !"

Mais justement, revenons-y, au scenario : un curieux phénomène se produit sur la côte ouest américaine ; outre des statistiques indiquant un taux de gras et de silicone au centimètre carré largement supérieur à la moyenne mondiale, voilà que des météores ont décidé de venir s’écraser dans l’océan, non loin de Los Angeles. Curieux ! Officiellement, donc, l’armée est mise en état d’alerte, afin d’aider les civils à évacuer, des fois qu’il y ait un tsunami farceur (… non, rien). Officieusement, les observateurs de l’armée ont noté que les objets se déplaçaient curieusement, et surtout, décéléraient avant de toucher l’eau (alors que tout le monde sait que les météores ont de très mauvais freins) ; pire encore, on a pu observer que ces pluies d’objets célestes n’étaient pas seulement constituées de cailloux, mais aussi d’objets mécanisés d’une taille relativement imposante tout de même. En conséquence de quoi, les USA ont déclenché l’alerte au terrorisme.

Au terrorisme. Oui, c’est vrai : d’après la description du phénomène, particulièrement le passage sur les objets mécaniques inconnus tombant du ciel, c’est probablement Al Qaïda qui a envoyé des Peugeot 404 sur orbite bourrées de mudjaidins, et qui rebalance le tout à proximité de Los Angeles pour tenter un débarquement chafouin. J’imagine qu’ils n’ont pas encore officialisé la "Alert – Space Fuckers". Il faudrait pourtant.

Cependant, les plages de Californie ne sont pas désertes : des journalistes sont restés sur place pour observer la chute de ce qu’ils pensent être des météores dans l’eau, et sont entourés d’une foule de curieux, de surfers, de vendeurs de chouchous et autres créatures des sables, et filment donc en direct ce qu’il se passe. Ainsi, alors qu’il se prépare avec ses hommes, le sergent Nantz, nouvellement placé sous les ordres du Lieutenant Martinez, peut observer à la télé que du point de chute des météores, des créatures humanoïdes visiblement bien enfoncées dans de belles armures sortent de l’eau, et commencent à brandir des armes. Les plagistes, plutôt que de fuir en poussant de grands cris, attendent donc paisiblement de voir ce qu’il va se passer. Et ce n’est que lorsque l’une des bestioles leur balance une pelletée de roquettes sur le coin du nez qu’ils commencent à paniquer un peu, comprenant qu’il ne s’agit pas vraiment d’une invasion de bisous lancée par une race de space-ponies.

Les marines sont donc appelés en renfort pour repousser tout ce beau monde à la mer comme de vulgaires immigrés clandestins : c’est donc en scandant le slogan de Chantal Brunel "Je te remettrais tout ça dans des météores, moi !", que notre troupe part pour botter des spatio-culs. Le voyage n’en est pas moins mouvementé : le temps de venir de leur base vers Los Angeles, les aliens ont eu le temps de bien commencer à raser le secteur côtier de la ville, et les hélicoptères de transport de nos piou-pious survolent donc moult ruines, le tout sous des tirs anti-aériens nourris. Détail important : les extra-terrestres tirent des roquettes, utilisent des balles, et ont même de bons vieux obus de flak. Je suis un peu déçu. Dans 10 minutes, on va apprendre qu’ils mangent de la choucroute et aiment Secret Story. En tout cas, tout cela est aussi l’occasion de commencer à claquer des musiques patriotiques à base de trompette, puisque le lieutenant Martinez motive ses troupes en rappelant que les marines n’aiment pas trop reculer, surtout quand ils se battent pour protéger leur pays et leurs familles. De son côté, Nantz, lui, se concentre plutôt sur la lecture de la Bible. C’est important, car dedans il y a un passage où Jésus explique qu’il faut savater le museau des aliens pour accéder au paradis. Ou un truc du genre.

Les hélicoptères finissent par atterrir sur un aéroport de l’armée transformé pour l’occasion en QG géant pour contre-attaque éclair, et où nos larrons vont prendre leurs ordres : les aliens ont pris une bande de terre d’environ 2 kilomètres de large, que des B-52 ont prévu de joyeusement bombarder dans 3 heures, histoire de calmer tout le monde. Certes, cela impliquera de raser la ville de Santa Monica, mais elle était déjà en grande partie évacuée lorsque les E.T sont intervenus pour tuer ce qu’il restait. Nos héros ont donc pour objectif de se rendre jusqu’à un commissariat de Los Angeles en zone dangereuse d’où a été émis un SOS de civils, d’y trouver ces derniers et d’appeler des hélicos pour les évacuer. Non, envoyer directement des hélicos, avec pourquoi pas des marines dedans des fois que ça chauffe, ce n’est pas passé par la tête de l’état-major. C’est dommage, l’hélicoptère a été inventé exactement pour ça. Tiens d’ailleurs, en face, ont-ils des hélicoptères ? "Non !" répond le colonel américain qui donne les ordres : "On a un avantage de poids, ils n’ont aucune force aérienne, seulement des fantassins !".

Ah. Ils sont donc venus de l’espace à pied, je suppose. Et il y a 10 minutes, la vidéo où l’on parlait de "formes mécaniques" en lieu et place d’astéroïdes, non ? Oubliée déjà ? On aurait donc affaire à des randonneurs spatiaux. Vous allez voir qu’ils vont former des camps de tentes Quechuas et faire chier les gens avec leurs guitares cosmiques jusqu’à pas d’heure.

 

Comment ? Ils sont venus de l'espace avec des VAISSEAUX ? On avait pas prévu ça !

Revenons à l’équipe Martinez : si d’ici 3h, elle n’a pas sauvé les civils du commissariat d’où ils ont émis le SOS, le bombardement de B-52 aura tout de même lieu ; il vaudrait mieux se mettre en route de suite, donc, surtout qu’il va falloir y aller à pied : alors, allez hop, c’est parti ! Et curieusement : sitôt nos héros ont-ils quitté la base et commencé à progresser dans Los Angeles en pleine bataille intergalactique que… bah il n’y a plus un bruit. Ah ? Non ? Je croyais qu’il y avait une guerre en cours sur plusieurs kilomètres pourtant ! Et bien non, sachez-le : pouf, plus un bruit, et personne ne trouve cela anormal. C’est même tellement silencieux que nos héros sursautent en entendant des clochettes décoratives tinter dans le vent à plusieurs dizaines de mètres d’eux. Si mes voisins pouvaient être aussi bruyants que cette guerre des mondes, je serais un homme heureux. Mais ce n’est pas tout : la fumée des combats, est tout simplement monstrueuse, et égale largement les plus belles nuits de brouillard de Londres : nos soldats n’arrivent pas à voir à plus de quelques pas, et la fumée n’a par ailleurs aucune origine : non, elle est juste là. Et une fois encore, ça ne titille personne. C’est donc l’occasion parfaite de mettre encore plus de stéréotypes :

"Chut, j’entends du bruit par là-bas, soyons tous hyper nerveux et discrets *tension*
- *tension*
- *tension*
- ATTENTION !
- Non, ne tire pas ! Ce n’est qu’un chien !
- Hahaha, un chien, hahaha, c’est bon alors, baissons tous nos armes, parlons très fort et ne prenons plus aucune précaution !"
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Et c’est évidemment pile à ce moment là que la vraie menace surgit, dans le cas présent, sous la forme d’une roquette (ils tirent des roquettes sur les gens ! Ils ont un sacré budget militaire ces aliens !) qui vient exploser en plein milieu du groupe, suivie d’une pluie de balles. Il y a du blessé, mais tout le monde parvient à se replier, sans parvenir à véritablement voir l’ennemi qui est quasi-invisible dans cette purée de pois. Hélas, nos héros vont de Charybde en Scylla puisque sitôt se croient ils à l’abri de la dernière escarmouche qu’ils réalisent soudainement qu’ils sont tombés dans une embuscade ; le lieutenant Martinez, complètement paniqué, ne sait plus que faire : c’est donc ce vieux bourru de Nantz, qui est le héros quand même, qui arrive à trouver une voie pour s’extraire avec son équipe de ce mauvais pas. Et parvient même à trouver une villa dans laquelle se planquer avec tout le groupe, le temps de mettre du mercurochrome et des bisous magiques sur les blessures de ses hommes.  En passant devant une télévision allumée, ils constatent que le reste du monde est lui aussi attaqué : la Grande-Bretagne est prise d’assaut par une autre armée de l’espace, probablement venue la punir pour avoir inventé le pudding.

Mais soudain, le sergent réalise : un soldat manque à l’appel ! Ce dernier, le jeune soldat innocent et tout pimpant, s’est retrouvé isolé et prêt à être violé par des dizaines d’extra-terrestres n’ayant plus vu leurs femelles depuis fort longtemps, restées sur Schoups-XII à des années lumières de cela. Bien qu’ayant trouvé refuge dans une buanderie, notre vaillant larron isolé a un peu peur en entendant des mouvements à l’extérieur de sa cachette ; ni une, ni deux, il sort donc pour essayer d’apercevoir de quoi il retourne, et tombe nez à nez avec un des extraterrestres en armure, ce qui ressemble grosso-modo à un droïde humanoïde avec une tête assez plate. Il vide donc un chargeur de fusil d’assaut dedans, et fait choir le rabouin galactique dans la piscine voisine. Mais apparemment, à Los Angeles, les piscines ont une curieuse eau noire, hein, pas du tout de la bonne eau de piscine transparente au goût de chlore, du coup, impossible de voir si, sous l’eau, le mécréant bougeait encore.

Le sergent Nantz, parti à la recherche de son soldat manquant, le rencontre donc en train de glander devant une piscine : bravo ! Belle mentalité soldat ! En plus l’eau est dégueul… ho ! Attention ! Le vilain alien ressort de l’eau, toujours aussi agressif, mais y retombe après que Nantz, le soldat qui l’accompagnait et le soldat innocent et désormais moins isolé vident tous ensemble un chargeur dans sa face. Dans le doute, Nantz rajoute même une grenade au fond de la piscine, histoire de ne pas s’emmerder avec des détails comme "faire des prisonniers" ou "étudier l’ennemi". Cela étant dit, tout le monde se regroupe, et reprend le chemin de l’objectif : le commissariat du coin. Non parce que lâcher des pétards dans les piscines des villas, c’est rigolo, mais ça ne fait pas avancer la mission tout ça. Ils sont dissipés, ces marines, c’est terrible.

Mais la progression continue toujours aussi mal, puisqu’à peine nos vaillants larrons ont-ils fait 100 mètres qu’à nouveau, on leur balance roquettes, puis mitraillage, et les revoilà obligés d’aller se planquer dans un bâtiment voisin pour râler sur la vilainie de ces envahisseurs.  Mais c’est sans compter sur leur pote le Destin, car là, notre groupe a un coup de bol pas dégoûtant, puisqu’il rencontre une autre unité cherchant un abri, elle constituée de restes d’autres groupes ayant été plus ou moins massacrés. Et dans cette unité, attention ! Qui trouve-t-on ? Mlle Santos, de l’Air Force, technicienne officiellement chargée de surveiller les communications ennemies, mais dont l’avant poste a été joyeusement massacré par les assaillants, qui visiblement, n’aiment pas qu’on lise leurs SMS à base de "G tuer 30 um1 LOL" – "kika PT ? XPTDR ! \*" ("\*" est un smiley chez cette race extra-terrestre, qui n’a pas la même tête que nous, et donc forcément des smilies différents, merci de votre compréhension).

Bien, maintenant que les deux groupes ont fusionné, il est possible de reprendre la route ! Car non, les ennemis qui leur ont tiré dessus et les ont forcé à se replier dans un bâtiment les laissent tranquilles. Ils tirent juste sur les gens, mais ensuite, ne les poursuivent pas, ne les encerclent pas, ne les surveillent pas pour les finir plus tard, non. Ils se contentent juste de… oui, en fait c’est quoi la stratégie alien, à part tirer des roquettes par paquets de douze toutes les cinq minutes ? Non parce que si c’est pour ne pas finir le boulot, autant repartir vers Schoups-XII et pas nous emmerder, tas de petits apaches.

 

Santo a compris : les extra-terrestres ne veulent pas les tuer, non : ils veulent juste les faire chier

Mais qu’importe, car la troupe arrive tant bien que mal au commissariat, et décide de se séparer en deux : une partie de l’équipe va explorer les lieux à la recherche des civils, et l’autre partie va rester dehors à monter la garde avec les blessés, qu’un hélico doit venir chercher dans les minutes qui arrivent. Le lieutenant Martinez, entendant le céleste véhicule approcher, crie même à ses hommes "Vite ! Faites lui un écran de fumée !".

Excellente idée, Martinez : un écran de fumée. Un peu comme celui qui a l’air de couvrir la ville depuis le début du film pour faire ambiance oppressante mais que personne n’a l’air de remarquer ? Tu veux rajouter de la fumée à la fumée donc ? Non, c’est intéressant. Dis m’en plus. Parle-moi de ton enfance malheureuse, tu serais bien urbain.

Bref : l’hélico d’évacuation arrive, et charge prestement les blessés avant de redécoller ; mauvais timing, car les marines venaient justement de trouver les civils planqués à l’intérieur du commissariat, et auraient donc pu leur faire profiter du voyage d’évacuation ! Nantz et ses hommes sortent donc en courant du bâtiment pour faire de grands signes à l’hélico, et lui hurler de revenir chercher les civils. Mais à son grand désarroi, non seulement l’hélicoptère continue de prendre de l’altitude, mais en plus, il se ramasse une roquette (non mais ils ne peuvent tirer qu’à la roquette ? Ils n’ont rien d’autre ?) et revient se poser, certes, mais assez brutalement, en flammes, et en plusieurs morceaux. Crotte de bique, s’exclame Nantz, qui n’a pourtant pas le juron facile. Mais il faut bien ça : car la roquette qui a abattu le céleste véhicule provenait d’aéronefs aliens ; haaa, zut : ils ont bien des forces aériennes, donc.

Au fait, et les civils du commissariat, qui sont-ils, me direz-vous, car je n’en parle que peu ? Allez, petit tour d’horizon :

- Moustachos, un chicano à moustache (Non ! J’ai dit pas la moustache ! Certes, tu étais dans un commissariat, mais tu n’es pas non plus capitaine de la police ! Toi aussi, tu vas avoir des emmerdes !)

- Victor, le fils de Moustachos, qui kiffe grave les marines

- Dudule, la donzelle célibataire d’un âge proche de celui de Nantz

- Gudule et Grudule, les deux nièces de Dudule

Voilà, maintenant, vous savez qui sont ces 5 civils qui auraient pu être secourus il y a des heures si quelqu’un avait eu la bonne idée de leur envoyer un hélicoptère plutôt que des piétons. Mais il faut faire avec : nos marines, de leur côté, décident de se barricader dans le commissariat dans l’attente d’un autre plan pour retraverser toutes les lignes ennemies, et se voient demander par Martinez et Nantz de virer les cadavres des policiers morts lorsque le bâtiment a été pris d’assaut (nos 5 larrons n’ont survécu que parce qu’ils étaient cachés) pour ne pas choquer les enfants. Oui, au milieu d’une guerre intergalactique, encerclé au milieu du territoire ennemi, ça me parait prioritaire de mobiliser ses hommes à bouger des cadavres hors de vue des enfants. Enfants, qui en plus, poireautent dans ce commissariat aux côtés des macchabées depuis des heures, donc l’utilité du geste est définitivement incompréhensible. Je vous ai dit que les mêmes enfants avaient en plus vu un hélico plein de gens exploser devant eux il y a 5 minutes ? Non ? Bon bin voilà. Je voulais juste aller au bout du raisonnement.

Et les autres soldats, ceux qui ne sont pas occupés à bouger du cadavre, que font ils, eux ? Ils montent des barricades ? Cherchent des armes ? Explorent le bâtiment ? Montent sur le toit ? Non : ils papotent. Du genre le marine qui devait se marier qui se met à chouiner que la vie est trop injuste, et son pote marine à moustache vient lui dire que "Allez, tu vas t’en sortir, te marier, dire à ta femme que tu l’aimes"…. ouais. J’espère que ce film sera primé au festival des caricatures.

Mais revenons à Nantz : il aperçoit le lieutenant Martinez abattu, lui aussi occupé à rien foutre si ce n’est à se dire qu’il a perdu des hommes et qu’il n’était pas préparé à cela ; il lui fait donc un petit discours moralisateur sur le fait que la guerre, c’est sale. Et rapidement, la dite guerre devient plus sale encore, puisque le marine chargé de la radio indique à nos deux garçons en pleine conversation que le QG n’enverra aucun autre hélicoptère les aider : les aéronefs ennemis contrôlent le ciel. Il ajoute même : "Au QG ils disent qu’ils n’ont jamais vu un truc pareil !".

Ah oui, ils auraient dit "Rassurez-vous, on a déjà vu ça lors de la dernière invasion extra-terrestre de 1788 : il suffit de leur jeter de la mie de pain et ils se cassent.", c’eut été plus étonnant.

Nantz, qui est bien décidé à ne rien faire pour sécuriser cet endroit, va lui discuter avec les civils pour en apprendre plus sur eux et dragouiller Dudule. Mais finalement, Moustachos vient lui casser son coup, en lui collant son fils dans les pattes en expliquant qu’il adore les marines. Nantz pose cependant une question intéressante : "Vous avez assisté à l’assaut du commissariat ?" : oui, depuis leur cachette ils ont tout vu ! Peut-être ont ils repéré un détail important, un élément stratégique, une faiblesse tactique… mais non, Nantz s’en fout, il posait juste la question pour faire la conversation : c’est vrai quoi, des témoins ayant vu les aliens en pleine action à quelques mètres d’eux, sans se faire tirer dessus, il ne faut surtout pas leur demander ce qu’ils ont vu.

 

Nantz poursuivant la cigogne pour se plaindre : elle lui a livré une rousse

Une télévision, elle, continue de diffuser des informations : les aliens semblent tuer tout le monde sans jamais négocier quoi que ce soit. Un spécialiste interviewé pour l’occasion explique donc qu’il s’agit d’une colonisation pour nos ressources, puisque "la règle d’or", dans toutes les colonisations de l’histoire, est de tuer tous les indigènes sans distinction.

Ah. Il a déjà ouvert un livre d’histoire le monsieur ? Non parce que tous les pays n’ont pas tenté de refiler des couvertures pleines de maladies à leurs indigènes pour les buter : dans 95% des cas, l’objectif était de soumettre les indigènes pour en faire une force de travail. J’imagine que ce spécialiste avait pour seul diplôme un ticket de cinéma pour "Avatar – version longue avec 3 minutes de plus", et pouvait donc en déduire des "règles d’or". Avec des spécialistes pareils pour les conseiller, je pense qu’il vaut mieux que les Etats-Unis se rendent en vitesse. Malgré tout, l’incompétent notoire lâche une dernière hypothèse : l’ennemi voudrait nous voler notre eau. Il kiffe Volvic, même. Sa théorie repose cette fois sur le fait suivant : notre planète est majoritairement recouverte d’eau, donc le plus probable est que ce soit ça que les aliens veulent. Oui, et si jamais un pays envahissait l’Irak, ce serait pour son sable : après tout l’Irak est majoritairement recouvert de sable.

Après moult discussions cucu la praline, en tout cas, nos marines ont eux enfin décidé de commencer à explorer le commissariat et ses alentours : ils repèrent ainsi un véhicule permettant d’embarquer tout le monde pour évacuer, c’est-à-dire, un gros bus orange flashy (si les aliens sont épileptiques, ils sont foutus), et surtout, un soldat tombe, en dessous d’une pile de gravat sur… hooo ! Un alien ! Et encore vivant en plus ! Par contre, allez savoir pourquoi, c’est le seul alien du coin qui ne soit pas en armure : probablement Jim le nudiste, de la 3e division d’invasion. Dès qu’il a vu la plage de débarquement, hop, à poil ! Mais visiblement, mal lui en a pris, puisque l’Amérique a toujours eu du mal avec les questions de pudeur, et voilà donc cette créature mal en point et capturée par nos héros, qui en bons américains, ne risquent pas de laisser une créature exhiber son cosmo-zgueg au tout venant.

Une fois ramenée à l’intérieur du bâtiment, la bête couine un peu, mais sans plus. En tout cas, c’est l’occasion de les étudier. Et comment étudie t-on un alien ? Et bien tout d’abord, en faisant appel à Dudule qui était vétérinaire, et à ce titre, est forcément compétente en extra-terrestres. Elle aide Nantz à ouvrir la bête pour voir dans quel organe il faut taper pour tuer ces bestioles diablement résistantes.

Oui, sa théorie est naze : c’est qu’il n’y aurait qu’un endroit où taper, du genre, tous les autres organes sont parfaitement inutiles. Mais comme c’est le héros, c’est évidemment la bonne : il a beau charcuter des tonnes d’organes ici ou là, le truc ne veut pas mourir et se contente de se marrer. Ou j’imagine qu’il se marre, puisqu’il fait un bruit comme "Goulou goulou brouloulou", probablement l’équivalent intergalactique d’une imitation de Philippe Bouvard.

Mais nos héros doivent se dépêcher : l’ennemi a envoyé une patrouille d’une bonne trentaine de gredins en direction du commissariat ; et il faudrait le retenir un peu, le temps que deux soldats aillent faire démarrer le bus orange pour se barrer, et que Nantz trouve le seul organe qui sert chez les aliens. Ah, c’est sûr, il aurait eu plus de temps pour le faire si lui et ses hommes s’étaient bougés plutôt que de se montrer bavards dans le commissariat, et avaient ainsi trouvé le bestiau plus tôt. Mais bon, c’est tellement plus cool de tout faire "just in time". D’ailleurs, de manière fort originale, c’est évidemment le dernier organe que le plus charcutier des sergents teste qui est le bon, c’est-à-dire, l’organe le plus important du corps de ces bestioles, et qui se trouve "juste à droite de là où nous, nous aurions un coeur". Appelons donc cet organe indispensable aux extra-terrestres "un coeur" par exemple. Enfin je ne sais pas, moi je ne suis pas vétérinaire, donc je lance ça au hasard.

L’aventure, elle, ne s’arrête pas sur ces considérations, et se poursuit même, puisque tous les marines fuient le bâtiment, balançant moult grenades derrière eux pour calmer les aliens qui arrivaient, avant de s’engouffrer dans le bus flashy qui les emmène loin de tout ce bazar. Bus qui, soit dit en passant, n’a aucun problème pour écarter les véhicules sur son chemin et se frayer un passage dans des rues bombardées par les vaisseaux aliens. A bord, Martinez consulte sa carte : pour ramener tous les civils à l’aéroport servant de QG local d’où l’équipe est parti, il va falloir parcourir les 10 kilomètres qui les séparent en..

Oui, 10 kilomètres entre le commissariat et la base. Ils avaient 3 heures pour les faire, et en moins d’une heure et demie, nos héros ont fait 10 kilomètres à pied, le tout armé, chargé, en avançant prudemment, en tombant dans des embuscades à plusieurs reprises, et en prenant le temps de se poser pour soigner des blessés. C’est ce que j’appelle avoir de grandes jambes les gars.

 

Quand Nantz n'a plus le moral, il pense au script et ça le fait aussitôt marrer

D’après le lieutenant Martinez, il faudra 25 minutes pour parcourir ces 10 kilomètres, ce qui permettra de sortir du couloir qui va être bombardé par les B-52 avant que ça ne commence à tomber. Il ajoute donc qu’il faut aller "Au plus vite !", des fois que le chauffeur se dise qu’on va profiter du paysage et faire des arrêts pipi fréquents. Mais rapidement, nos héros sont dans l’obligation d’arrêter leur fière monture tant ils constatent que moult aéronefs ennemis les survolent, et qu’il vaudrait mieux se faire discret. Ils commencent à avertir l’état major de ce mouvement aérien par radio, mais soudain, un chasseur se tourne vers eux : Nantz a compris, ces petits rascals repèrent leurs ennemis en partie grâce aux radios qu’ils localisent ! Tout le monde est donc invité à couper son émetteur et son portable (heureusement, ils n’ont pas avec eux un de ces glaires humains qui le gardent toujours allumé en réunion et au cinéma, même si on leur demande de l’éteindre ou qu’il a déjà sonné une fois en emmerdant le bon peuple), mais cela n’est pas suffisant : l’appareil ennemi continue de se rapprocher fort lentement (il est gentil, il ne balance pas du missile direct). Le sergent Nantz décide donc de créer une diversion en sortant du bus et en allumant une radio à fond avant de la coller contre la pompe d’une station essence voisine ; ainsi, lorsque le véhicule alien s’approche de la pompe pour regarder la radio (oui, la regarder : il vole, malgré ses 12 tonnes, à 5 centimètres du sol), Nantz qui s’était éloigné balance alors une grenade dans le tas et regarde le tout s’embraser, sous les acclamations de ses potes restés dans le bus. Le sergent constate alors, en traversant l’épave enflammée, qu’il n’y a nulle trace de pilote : il s’agit d’un drone.

Non, moi non plus je n’ai pas compris pourquoi depuis le début du film les aéronefs lattaient tout à coups de roquette sans se poser de question et là soudainement se mettent à s’approcher assez près pour renifler leurs cibles, genre cyber-cockers. Et ça n’arrivera que dans cette scène : après, les drones vont reprendre leurs bonnes habitudes.

De retour dans le bus, Nantz est le héros de la bande : ne vient-il pas de sauver tout le monde au péril de sa vie ? Dudule lui fait donc comprendre qu’elle n’est pas insensible à son charme, mais que bon, là, dans le bus, elle se voit mal se lancer dans diverses pratiques sexuelles. Il est donc convenu de remettre ça à plus tard, par exemple, à un moment où il n’y aura pas de risque de se faire griller le trilili par une roquette alien farceuse.

A noter que Mademoiselle Santo, la technicienne de l’Air Force, est elle aussi très impressionnée par le bougre de sergent, et se décide à lui refiler une information jusqu’ici classée secrète : elle n’était pas chargée d’espionner les transmissions aliens, non : elle était chargée de surveiller leur vaisseau-mère local, sorte de gros vaisseau commandant tous les drones aériens du secteurs. Mais que celui-ci, bien qu’énorme, avait mystérieusement disparu des écrans radars.

Ok Santo. Donc tu veux dire que l’armée suivait sur son radar la progression d’un vaisseau géant qu’elle savait comme étant le centre de commandement des drones (va savoir comment d’ailleurs), et donc qu’elle était tout autant au courant du fait que l’ennemi avait à sa disposition des appareils volants ? Alors pourquoi la même armée a affirmé le contraire aux héros au début du film, et a basé toute sa stratégie sur le fait qu’ils n’avaient pas d’aviation, alors qu’apparemment, c’était la seule information sortie du chapeau qu’ils avaient sur les aliens puisqu’ils avaient déjà des radars en place pour surveiller leur progression ? Je suis dubitatif.

Mais le film est bien conçu : pour éviter au spectateur de penser à cette énième incohérence, le bus orangé de la petite bande, qui s’engageait sur la voie rapide, finit par tomber dans une embuscade (encore !), coupant net le youkaïdi-youkaïda que tout le monde chantait en choeur à bord en tapant sur le siège de devant comme un vulgaire garçonnet partant en colonie de vacances. Pire encore : l’ennemi a bombardé les sorties de la voie rapide, et le bus est donc pris au piège (oui, l’ennemi a bombardé les sorties, mais pas les entrées, il est vraiment maléfique, et personne n’aurait idée de prendre une entrée à contresens, ce serait mal). Tout le monde descend donc du véhicule et commence à arroser l’ennemi, pendant que grâce à des filins, une partie de l’équipe tente de faire descendre les civils de la voie rapide pour leur permettre d’aller trouver un abri plus sûr ou regagner la base, qui n’est plus très loin, à pied. La bataille fait donc rage, pendant que les enfants sont descendus en premier (non, pas comme ça, mais oui, j’aurais préféré) de la rocade locale, et que les vilains attaquent avec toutes sortes d’engins impliquant mitrailleuses et lance-roquettes ; comme il se doit, il y a de l’acte héroïque, avec du pinpin allant sauver son pote coincé sous un véhicule ou autre, et payant de sa vie son sauvetage : Marine à moustache est de ceux là, sa pilosité faciale ne pouvant lui permettre de survivre dans un film américain à gros budget. C’est pourquoi le même sort ou presque attend Moustachos le civil, puisqu’il sauve la vie des enfants qui étaient en cours de descente en mitraillant sec des aliens qui s’étaient approchés d’un peu trop près ; hélas, l’une de leurs rafales l’a bien perforé aussi, il ne fait donc plus trop le malin et se contente de faire "Ayayay, qué dolor !" en gémissant.

 

Cet homme appelle la mort de ses voeux

Le lieutenant Martinez lui-même, bien que blessé, décide de se sacrifier en utilisant tous les explosifs de l’escouade restant dans le bus pour faire bobo à l’ennemi quand il sera assez près, et confie au sergent une lettre à remettre à sa femme (dans un de ces moments où ça joue très fort de la trompette et où le dialogue est à base de "Je vous abandonnerai pas lieutenant ! – Non, fuyez sergent ; c’est un ordre. Et… et vous direz à ma femme que… que je l’aime !"). Lorsque les E.T arrivent à proximité du bus, ils sont donc pulvérisés par le sacrifice bien évidemment héroïque du bon lieutenant Martinez. Ce qui, curieusement, entraine une réaction de l’escouade des plus étranges : tous disent "Hooo regardez, le sergent a laissé le lieutenant mourir tout seul ! Quel enfoiré ! On peut pas avoir confiance en lui !".

Hmmm c’était votre héros il y a 15 minutes pour vous avoir sauvé en détruisant un aéronef ennemi ayant repéré vos radios. Et puis, sans vouloir faire mon putois : si vous vouliez pas qu’il meure tout seul, vous pouviez aller mourir avec lui, hein.

Toute l’équipe finit donc, grâce à ce kamikaze made in America, par profiter du temps gagné pour fuir la voie rapide et aller se planquer dans une pharmacie un peu plus loin, hors du couloir qui va être bombardé prochainement. Ils emmènent avec eux Moustachos, qui continue de se vider de son sang sous les yeux de son fils. Par contre, bonne nouvelle : les aliens n’ont attaqué ni les lignes téléphoniques fixes malgré leurs ouat’milles attaques, ni la transmission de la télé. On apprend donc par cette dernière que les aliens utilisent notre eau comme carburant pour à peu près tout chez eux,(hoooo, la métaphore, des colons qui viennent pour prendre une ressource et s’en servant comme carburant, au mépris de la vie des indigènes…), peut-être même pour leurs propres organismes. Ils utiliseraient aussi nos égoûts pour acheminer l’eau vers leurs vaisseaux. Hé bé,quand ils vont se retrouver avec des rats, des alligators et surtout des étrons dans le carbu, ils vont moins rigoler. Mais des étrons de stars tout de même, on a sa petite dignité galactique : ils siphonnent aussi Hollywood. En tout cas, les brigands ont attaqué une vingtaine de villes partout sur la surface du globe. Et à chaque fois, ils ont un gros vaisseau mère pour diriger leurs opérations, celui que la technicienne de l’Air Force devait pister, et qui serait à même de contrôler les drones.

Mais l’heure tourne, et le bombardement arrive ! Notre troupe fait donc confiance à la précision des tapis de bombes américains (Ha ha ! Hem…) et… rien. A 19:00:00, rien du tout, que dalle, pas même une petite détonation. Alors ils s’étonnent : c’est vrai, quoi, une bombe qui ne tombe pas à la seconde près, c’est louche ! Surtout en pleine guerre, le bombardier n’a pas le droit d’avoir un retard de 10 secondes au motif futile, par exemple, qu’il a été pris en chasse, non. Leur raisonnement a beau être débile, ils ont évidemment raison puisque Nantz l’adopte : de bombardement, il n’y a pas. Et reprenant la route jusqu’à leur QG, ils découvrent que l’aérodrome qui leur servait de base à tout simplement été rasé. Flûte, ça explique le manque d’avions pour bombarder, alors. Et surtout, un drame se joue : Moustachos, qu’ils ont trimbalé jusque là, finit par mourir en serrant fort la petite main de son fils. Le sergent Nantz est donc très triste, parce que malgré la mort de millions de gens, et d’une bonne part des soldats sous ses ordres, là, c’était le gentil père de famille chicano, et ça, on a pas l’droit ! Mais comme ce n’était pas assez larmoyant, Victor, son fils, trouve aussitôt moyen de courir se jeter contre le treillis de notre bon sergent pour y laisser couler ses grosses larmes chaudes. Bin voyons. Le sergent réfléchit donc à ce que l’on dit donc dans ces cas là dans ce genre de familles : "Ton papa était fort comme une douzaine de tacos à lui seul, et il était muy courageux.". Et la musique, encore une fois, accompagne ce larmoyant discours sur la perte des êtres aimés. Tellement qu’avant qu’elle ne s’arrête, le sergent trouve même le temps de parler à son caporal de la mort de son frère, il fut un temps, sous ses ordres, et qui lui manque, et blablabla, et God bless America.

Mais, bon, les poncifs, ça va bien 5 minutes : hopopop, la guerre attend, alors on regroupe tout ce que l’on trouve sur la base : cartes, munitions, blindés légers ayant miraculeusement survécu à l’assaut… et direction un nouveau point d’évacuation indiqué sur l’un des plans trouvés dans l’ancien QG désormais en ruine ; juste histoire d’être sûr que notre troupe peut s’y rendre, nos héros n’hésitent pas à appeler par radio la base pour savoir s’il est encore valable.

Par radio ? Comme dans "Attention, dès qu’on allume une radio, ils envoient un drone nous bombarder" ? Hmmm. Intéressant. Je croyais que les lignes fixes fonctionnaient encore miraculeusement, pourquoi ne vous en servez-vous pas ?

Nos vaillants galopins foncent donc vers le point de rendez-vous, véhiculés par un blindé léger et un humvee (mais si, vous savez, ces gros tous-terrains blindés de l’armée américaine qui servent aussi de voiture à beaufs), et mitraillant sans encombre tous les ennemis sur leur chemin : visiblement, eux qui tiraient de la roquette à foison en début de film sont désormais à court et se contentent désormais de courir devant les véhicules en secouant les bras et en poussant de petits couinements. Hé bé. En tout cas, promptement, le groupe atteint la zone d’atterrissage désignée (comme quoi, c’était juste à côté, en fait !) et un hélicoptère s’empresse de venir les chercher. Mais une terrible nouvelle tombe lorsqu’un des membres de l’équipage de l’appareil annonce : Los Angeles doit être abandonnée pour limiter les pertes ! Ho ! Reculer ! C’est intolérable pour un marine. On ne recule pas. Jamais. On pète même nos boîtiers de vitesse pour ne plus avoir de marche arrière. On en chie pour les créneaux, mais on a notre honneur, oui monsieur !

 

Je commence à comprendre pourquoi les aliens bombardent les radios

Rassurez-vous : l’aventure ne se termine pas là, ce serait trop facile : alors que l’hélico retourne vers une zone plus sûre, soudain, il connait une brève coupure d’électricité (mais qui ne fait pas choir l’appareil pour autant, c’est une gentille coupure) ; d’après Santo, cela peut arriver quand on passe à proximité d’une zone qui envoie trop de signaux d’un certain type… hmmm, vous voudriez dire comme "en passant à côté du vaisseau mère ennemi envoyant plein de signaux à ses drones" ? Ho oui, c’est sûrement ça !

Vous voudriez dire que le vaisseau mère ennemi serait posé quelque part entre Los Angeles (sécurisée par l’ennemi ou presque) et les zones américaines ? Genre en plein no man’s land ? Et sans aucune défense pour ouvrir le feu sur un hélico militaire toutes lumières allumées ?

Oui. Bon bon bon. Allez, on va dire qu’il s’est posé à Hollywood, probablement attiré par une sex-tape de Paris Hilton diffusée sur Space-Porn.

Nantz en tout cas, croit dur comme fer à cette théorie : elle est donc forcément vraie, comme à chaque fois depuis le début du film. Il se décide donc à retourner au sol pour bourrer la gueule à lui seul de tout le vaisseau mère alien, parce que bon, c’est sûrement très mal défendu comme truc. Pour ce faire, il confie tout d’abord à Dudule la lettre que le Lieutenant Martinez lui avait confié pour remettre à sa femme, claque à Victor "Tu es le marine le plus courageux que j’ai jamais connu !" (les autres marines autour font "Pff héé, hooo, chouchou, bouuuh, Victor enculé !"), puis descend en rappel depuis l’hélicoptère pour aller distribuer des mandales à tout ce qui n’a pas ses papiers de terrien. Inspirés par son héroïsme définitivement trop cool, tout le reste de l’escouade décide de foncer l’aider. Dès lors, la situation est la suivante : si nos héros détruisent le vaisseau-mère ennemi, il n’y aura plus de drones, et donc, plus de support aérien pour l’ennemi. Ce qui rendrait beaucoup plus facile le combat contre eux (en même temps, au début du film, ils n’avaient pas encore sorti le support que l’armée prenait déjà sa peignée et perdait déjà ses appareils volants, mais bon). Et d’après l’endroit où l’hélicoptère a vu son courant brièvement être coupé, il devrait se trouver à 5 kilomètres, probablement planqué en sous-sol (aucun avion n’a dû remarquer un vaisseau de plusieurs centaines de mètres creusant un trou dans le sol en plein à côté de Los Angeles, c’est sûr) selon Santo.

L’infiltration commence donc par les égouts : évitant soigneusement les patrouilles ennemies et pataugeant dans de l’eau pure et claire (à Los Angeles, l’eau des piscines est noire et l’eau des égoûts est digne d’une source de montagne, allez comprendre), le groupe parvient à s’approcher relativement aisément de son objectif finalement, tant il n’y a pas vraiment de défenses à passer outre les rares patrouilles susnommées. Hélas, en chemin, un groupe ennemi finit tout de même par les surprendre mais a tôt fait de prendre sa dérouillée car on n’enquiquine pas ainsi des marines, nom d’une pipe en bois ! Le mal est cependant fait : nos héros ont révélé leur position. Mais heureusement, pile au moment où nos fanfarons arrivaient devant le QG ennemi tant recherché, donc c’est bon, plus besoin d’infiltration ! Mais il y a trop d’ennemis sur leurs talons malgré tout : mieux vaut donc filer en surface (où il fait soudainement jour, hop, alors qu’il faisait bien nuit jusqu’alors).

 

"On patauge dans la merde là - Oui, mais de la merde de stars ! Profitez !"

Ça tombe bien, une échelle sans gardes les attend non loin de là où ils étaient pour les ramener sur le plancher des vaches (oui, une échelle non-gardée juste à côté du vaisseau-mère : pourquoi surveiller les accès à sa pièce la plus stratégique, j’insiste ?), et ramène le groupe à la surface ; le plan est désormais le suivant : appeler le QG de l’armée américaine, qui s’est réorganisé plus loin, pour lui demander de balancer un missile, et guider le tout par laser (car jusqu’ici, personne n’avait pensé à balancer des missiles sur les vaisseaux-mères aliens, même quand ils étaient en vol et visible au radar, c’est ballot tout de même). Allez, hop ! En route ! Exécution de ce génial plan.

Un marine va donc en haut d’un bâtiment en ruine passer l’appel radio qui va bien, et sitôt qu’il a fini l’appel en question il… il laisse sa radio allumée à côté de lui et attend. Oui, il appelle au suicide ; et ça tombe bien : les aliens sont comme les routiers, sympas, et lui bombardent la tronche à ce titre d’une manière parfaitement généreuse. Ah, mais ! Ça t’apprendra à être bête ! Mais ses amis n’ont pas le temps de pleurer tant sa perte que sa stupidité, car nos vaillants larrons affrontent l’ennemi qui, finalement, s’est enfin décidé à quitter les égouts pour venir les déloger de juste au-dessus de leur vaisseau-mère (probablement qu’ils ont finalement obtenu une prime pour sortir de leurs égouts et venir se battre en surface), et parviennent à tenir assez longtemps pour que le laser guide le missile à bon port : proutch (oui, proutch. C’est comme ça), fait la structure ennemie en encaissant le projectile. Youpi ! Font les gentils en dansant la victoire.

Sauf que non : certes, ils ont endommagé le vaisseau-mère avec un petit missile, mais tout le reste va encore bien, merci. Il faut dire qu’un missile incapable de tuer le groupe de marines qui guidait le tout à 10 mètres de là avait peu de chance de faire exploser entièrement un vaisseau visiblement vaste de plusieurs centaines de mètres. Le bougre sort donc de terre en faisant gémir son métal, puis s’envole vers de nouveaux horizons, à la recherche d’une position plus sécurisée où se cacher, et bien que nos amis guident encore plus de missiles vers ce mystérieux aéronefs, des drones tournant autour de lui font tout pour se prendre les projectiles à sa place. Raaah, c’est frustrant. Mais un plan vient à l’esprit de nos bons amis : s’ils abattaient le drone tentant de protéger l’appareil un peu avant qu’il ne touche le prochain missile en approche ? Hmmm, pas bête ! Le plan est donc exécuté avec brio, malgré le demi-millier d’ennemis qui les mitraillent dans le même temps, et cette fois, le missile américain vient s’enfoncer bien au creux du vaisseau-mère : brouf, fait le petit navire, bientôt suivi par des dizaines de drones désormais incontrôlés : tout ce beau monde va donc s’écraser au sol dans un bruit apocalyptique signifiant à nos héros que leur mission est parfaitement accomplie. En même temps, il vaut mieux : le vaisseau se serait écrasé en faisant "ker-pouic" façon jouet pour chien, c’eut été plus inquiétant. Et moins héroïque.

A noter que les troupes aliens qui jusqu’ici mitraillaient nos héros, elles, semblent parties se prendre l’apéro, laissant nos protagonistes préférés prendre des poses cools en regardant s’effondrer leur ennemi. Mieux encore, lorsque certains fantassins aliens reparaissent, c’est uniquement pour battre en retraite (ça valait le coup de revenir à l’écran les gars !) : ils se sont probablement rendu compte qu’à 8 000 contre 6 marines à court de munitions, ils n’avaient aucune chance. La victoire est donc enfin là : bravo, les marines, yeaaaaah (vous pouvez rajouter autant de "a" à ce "yeah" que vous le souhaitez, ça reste dans l’esprit).

Quelques temps plus tard, retrouvons le plus célèbre des sergents et son escouade de bric et de broc, qui sont rappatriés au nouveau QG de l’armée américaine, où la contre-attaque se prépare : le sergent est félicité pour ses efforts et "sa technique pour abattre les vaisseaux-mères ennemis a été transmises à tous les pays du monde qui vont la mettre en application".

Je rappelle sa technique : lui bourrer la gueule de missiles. Apparemment, jusqu’ici, personne n’y avait pensé dans le monde : ils devaient bombarder les vaisseaux ennemis de Chupa Chups ou leur lire des histoire de Petit Ours Brun.

Dans tous les cas, les officiers invitent ces héros de guerre à prendre un peu de repos en allant au moins manger un morceau et boire sous la tente de la cantoche, mais non : Nantz est trop cool pour manger et boire, d’ailleurs, il n’en a pas besoin. Il se nourrit de gloire et boit de la testostérone en berlingot : il s’empresse donc de ne pas se sustenter et de plutôt recharger ses armes pour repartir aussitôt ; ce en quoi, comme toujours, ses hommes l’imitent, inspirés qu’ils sont par sa personne (ou par le fait qu’ils n’ont aucune personnalité) : les officiers qui l’observent restent bouche bée devant tant d’héroïsme, alors qu’encore une fois, ça joue grave de la trompette en fond sonore.

 

Le seul truc plus consternant que les dialogues dans ce film

Dès lors, tout le monde repart vers les hélicoptères, et c’est toute une flotte qui se rue vers Los Angeles avec un seul mot d’ordre : libérer la ville et rendre à l’Amérique sa liberté chérie et…

FIN

__________________________

Sortant de la salle avec le sentiment du devoir accompli et traversant le cinéma désert, une interrogation me vint soudain : si à toute invasion, il y a une sorte de vaisseau-mère, de meneur contrôlant toutes les autres sous-créatures, dans le cas présent, serait-il possible que toutes ces merdes cinématographiques soient menées par…

Une voix se fit entendre derrière moi. Une voix qui ne m’était pas inconnue.

"Tourne-toi lentement, Odieux ! Et pas de filouteries, je suis armé."

Dans l’impossibilité de marraver sa mouille au malandrin qui osait me menacer, tant il est inconvenant de frapper un inconnu, particulièrement lorsqu’il se situe loin de vous, je pivotais doucement sur moi-même, réfléchissant à l’endroit où j’avais déjà entendu cette voix. Ce n’est qu’au moment où mes yeux purent enfin se poser sur ce visage que tout devint clair : le leader potentiel de cette invasion, pourquoi n’y avais-je pas pensé plus tôt ; ça ne pouvait être que cet être sans vergogne !

"VOUS !" m’exclamai-je en un souffle peiné.

Ta ta tin !

A suivre… (quel insoutenable cliffhanger !)

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