"Voici votre nouveau bureau, Johnson !"

Son carton d’affaires dans les mains, ledit Johnson sourit poliment en ignorant le petit bureau coincé entre diverses piles de cartons que son supérieur lui désignait. Autour de celui-ci, d’autres minuscules espaces de travail avaient été disposés pour permettre à d’autres personnes comme lui de s’atteler à leur dur labeur. A perte de vue, l’open-space péniblement éclairé par des batteries de néons grésillant laissait paraître des dizaines d’espaces comme le sien, occupés par des collègues dont tout ce qu’il connaissait à cet instant précis était l’apparence de leurs nuques, penchées sur le papier qu’ils étaient en train de rédiger. Le jeune homme sortit de ses pensées lorsque la main potelée de son supérieur lui tapa dans le dos.

"Vous verrez Johnson, ici on est une grande famille. On a envie de bien faire notre travail, alors on y met les moyens. Vous avez devant vous l’un des ateliers produisant les meilleurs scénarios au monde. Alors faites chauffer votre cerveau d’artiste ! 
- Je suis ravi de l’entendre Monsieur. Mais, qu’est-ce que c’est là-bas ?"
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Pointant du doigt une étrange forme sombre se balançant sur un néon, Johnson s’étonna d’entendre de grands cris bestiaux provenant de celle-ci. Une nouvelle fois, la main potelée rencontra son dos, et Johnson dû se retenir de ne pas la repousser tant ce contact faussement amical le répugnait. Mais il aurait été mal vu pour son premier jour d’ainsi faire des manières, bien sûr.

"Ah, oui ! Pour améliorer la productivité de l’entreprise, nous avons pris un consultant.
- Je… un consultant ?
- Oui, c’est ça. Tenez, je vais vous le présenter : Monsieur Mongo, venez ici !"
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La petite silhouette se tourna vers Johnson et bondit en hurlant de câble électrique en lampe, agitant de longs bras avant de s’arrêter aux pieds du scénariste. Celui-ci s’étonna quelque peu en découvrant un singe au faciès ouvertement hostile et aux paumes recouvertes de matière fécale, un ceinturon de bricoleur autour de la taille. Dans l’une des poches entrouvertes, il put apercevoir un petit tas de briquettes colorées rappelant de célèbres jeux pour enfants.

"Johnson, voici Mongo. Il est consultant pour l’industrie cinématographique, son travail consiste à améliorer la qualité générale des travaux produits ici. Je vous l’ai dit : nous, nous voulons de la qua-li-té.
- Mais je… Monsieur, c’est un singe !"

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Johnson marqua un certain dégoût lorsqu’une petite boule nauséabonde vint s’écraser sur son visage, le singe en face de lui souriant bêtement en constatant que son projectile avait atteint sa cible.

"Ecoutez Johnson, je sais que c’est votre premier jour et que tout cela est un peu perturbant, mais le racisme n’a pas sa place ici ! Mongo est très compétent et a travaillé avec les plus grands : James Cameron, Ridley Scott, Nicolas Cage, bref : il a même eu le brillant poste de chargé de la photocopieuse chez Quentin Tarantino, soit la position la plus essentielle pour la production des films de ce Monsieur. 
- Je… mais… et heu… ici – demanda poliment le jeune homme, tentant de comprendre la situation – quel est le poste de Mongo ?
- Voyez sa ceinture ? Il a de petites poches de briquettes, tenez : Mongo, montrez-nous une briquette."

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Le singe farfouilla quelques instants dans l’une des poches, et tendit une petite briquette mauve sur laquelle il était écrit "un enfant relou". Johnson haussa les épaules en direction de son supérieur, qui semblait attendre cette réaction avec une certaine excitation.

"Vous ne comprenez pas ? Chaque briquette est notée d’un poncif auquel le public est habitué. Mongo passe donc à chaque bureau et colle régulièrement des briquettes sur votre scénario pour vous obliger à respecter quelques critères basiques qui permettront aux spectateurs de ne pas avoir l’impression d’être face à quelque chose de trop original. 
- Ho… et… sur quoi travaillez-vous ici en ce moment ?
- Et bien sur Looper, un film qui a failli entièrement vider les poches de briquettes de notre pauvre Mongo. Mais, ha ! Il faut bien investir pour faire de la qualité n’est-ce pas ? Allez mon petit Johnson : maintenant, asseyez-vous, commencez à écrire, et ne vous inquiétez pas, d’ici quelques minutes, Mongo viendra vous coller des briquettes pour s’assurer que vous ne sortiez pas trop des sentiers battus. Sur ce, bonne journée Messieurs ! Je dois faire passer un entretien à un cochon d’inde qui prétend avoir été l’agent de Kristen Stewart."
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Une dernière fois, la main potelée se posa sur le dos du pauvre Johnson, alors que celui-ci prenait place sur son minuscule tabouret sous le regard méprisant du singe à son côté. Ce n’est que lorsqu’il commença à lire le scénario de Looper, déjà présent sur sa table, que Johnson comprit à quel point la matière fécale ornant les mains de l’animal avait servi dans la réalisation de la chose.

N’attendons pas plus avant : spoilons mes bons !

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L’affiche : affrontez votre futur. Et perdez 2h du vôtre pour l’éternité.

Notre film s’ouvre quelque part, dans un futur proche.

Au milieu d’un champ à la triste mine, un homme attend devant une bâche blanche étendue à même le sol. Ses écouteurs vissés dans les oreilles, le brave galopin écoute des leçons italiens, et très détendu, répète les phrases qu’il entend l’une après l’autre pour ainsi, un jour, visiter Rome, Venise, ou participer à une soirée Bunga-Bunga. Seulement voilà : après avoir consulté sa montre de gousset, notre homme, qui est accessoirement notre héros et s’appelle tout simplement Joe, note que l’heure de son rendez-vous approche, et retirant ses écouteurs, s’occupe plutôt d’armer le fusil futuriste qu’il a au côté. C’est alors qu’à la seconde exacte où il l’attendait, son invité fait son apparition. Et quelle apparition ! Car sur la bâche sort de nulle part, sans tambours ni trompettes, un homme à genoux, un slip sur la tête pour dissimuler son visage, et les mains entravées. Ni une, ni deux, Joe ne prend pas même une seconde pour l’observer et se contente de lui coller une cartouche en plein dans la poitrine, par respect pour le slip.

La décharge mortelle ainsi assénée, Joe retourne le cadavre et déchirant sa veste au couteau, révèle une plaque métallique sur laquelle 4 lingots d’argent ont été fixés. Curieux ? Pas d’inquiétude jeunes gens : l’explication arrive de ce pas. Car en voix off, Joe nous explique de quoi il retourne. Et attention, c’est du bon, puisque dès maintenant, le film ne va plus ressembler à rien. Oui, je suis d’accord, ça fait très tôt, mais c’est le jeu ma pauvre Lucette.

A l’époque de Joe, la machine à voyager dans le temps n’existe pas encore. Mais 30 ans plus tard, ce sera le cas, et elle sera aussitôt rendue illégale à cause de tout le bordel qu’elle peut créer, du genre envoyer un baladeur contenant "Notre Dame de Paris" à Victor Hugo pour le pousser au suicide. Du coup, seules les mafias les plus puissantes ont les moyens de s’en servir. Mais pourquoi faire ? Acheter deux lingots, en envoyer un dans le passé, ainsi avoir trois lingots, puis recommencer l’opération en boucle pour dupliquer la chose à volonté ? Abattre les témoins avant même qu’ils n’atteignent un procès ? Se débarrasser de ses ennemis alors qu’ils ne sont que des bambins anonymes ? Non. La mafia s’en sert pour tuer des gens, oui, mais pas n’importe comment. Dans le futur, se débarrasser d’un cadavre est devenu super dur (il faudra donc que l’on m’explique comment font les mafias "moins puissantes", mais passons), les malfrats envoient donc dans le passé à un point précis un homme pour que des tueurs l’abattent à la seconde où il arrive. Du coup, l’homme a disparu du futur, dans le passé, tout le monde se fout de la disparition d’un type et d’un corps qui n’y a pas sa place, et donc que personne ne recherche, et je crois bien que Joe ose qualifier cela de "génial". A noter que la pègre, bonne payeuse, envoie toujours la future victime avec des lingots d’argent attachés dans le dos pour que le tueur puisse avoir sa paye sans avoir de problèmes en étant payé des des eurogloubitz, la monnaie du futur pas encore en circulation.

Notez : c’est déjà complètement con. Les mecs ont une machine surpuissante, et ils s’en servent pour faire un truc complètement absurde. Pour rappel, il était aussi possible :

  • d’envoyer la victime chez les dinosaures : ils sont moins chers à payer, et sont aussi très pro à leur manière. Ou même au coeur d’un volcan lors d’une éruption connue, histoire de faire coucou à Haroun Tazieff
  • d’envoyer la victime avant la création de la Terre, puisque du coup, sa survie risque d’être drôlement compliquée (et qu’en plus les archéologues ont moins de chance de retrouver ses restes qu’une mission Soyouz)
  • si c’est vraiment pour le plaisir de lui mettre une balle, vous la butez avant de l’envoyer dans le temps, comme ça, vous êtes sûr que le travail est bien fait, et payer un fossoyeur du passé est sûrement moins cher qu’un tueur
  • ou si vous préférez faire dans le festif, la mafia pouvait aussi payer une seule fois des mecs pour faire un grand brasier, et à chaque fois qu’elle a quelqu’un à buter, il suffit donc de l’envoyer à ce point précis de l’espace et du temps, et hop. Pas besoin de multiplier les dates, les paiements et donc, les probabilité qu’un coup se passe mal

Mais évidemment, je suis sûr que c’est beaucoup plus intelligent d’envoyer ses propres ennemis dans le passé, de payer très cher des inconnus pour les tuer, comme ça, si jamais ça rate, vous avez envoyé un type que vous avez condamné à mort à une époque où il peut vous buter alors que vous êtes encore incapable de vous défendre. Grosso modo : la mafia utilise la machine à voyager dans le temps à l’exact opposé de ses intérêts. Rappelons que ce principe de base, complètement foiré, n’a pas empêché une partie de la critique de trouver, elle aussi, ce concept "génial". Mais poursuivons, car nous n’en somme qu’au début, et que ce film n’a pas fini de se vautrer encore et encore.

D’ailleurs, pour rappel, au cinéma, il y a trois choses très difficiles à manier (entre autres) : Dieu, la magie, et les voyages dans le temps. Le premier, parce qu’il peut régler tout votre film en claquant des doigts, la seconde, parce qu’il faut lui coller de sacrées règles pour qu’elle ne règle pas non plus tous les problèmes en quelques secondes (Harry Potter s’y est essayé, mais n’en a pas moins fini bourré d’incohérences), et les voyages dans le temps, parce qu’ils obligent à se relire pour éviter des tas de paradoxes/problèmes divers. Du coup, prendre cette thématique ambitieuse sans même réaliser que son pitch ne passerait pas devant un écolier, c’est tout de même assez beau. Aaah, mais je parle, je parle, et nous n’avançons pas. Concentrons-nous un peu.

Joe, donc, après nous avoir expliqué tout cela, s’en retourne donc vers un petit café non loin pour y prendre un café avec Beatrix, la gentille serveuse locale au prénom de film SM. Cela fait, il reprend sa voiture jusqu’à la ville voisine où il va au QG des loopers dans un quelconque immeuble pour y échanger ses lingots contre des billets. Et là encore, on sent le grand soin apporté à la réalisation,  car devant le guichet où ils font leurs échanges, il y a un petit poste pour poser son fusil avec marqué "Loopers, pensez bien à déposer vos armes avant d’aller au guichet". Ce que j’aime avec les tueurs professionnels, c’est quand ils ont des panonceaux "Coucou, ici, QG de tueurs".  J’ai envie de dire : quel talent. Par contre, j’ai cherché la pancarte "Attention blaireaux" durant un moment, mais je ne l’ai pas trouvée. C’est certes étonnant, mais là n’est pas le sujet.

Or donc, après avoir récupéré ses brouzoufs, Joe s’en va changer sa voiture de service pour son modèle personnel : un cabriolet flashy. Avec celui-ci, il décide de… heu… se  promener dans les quartiers pauvres, où malgré le fait que les gens du futurs semblent mourir de faim et tous être surarmés (on en voit échanger des tirs au grand jour), aucun ne pense qu’il serait pertinent de braquer un minet venu étaler son luxe à leur face. Comme quoi, Joe a raison de ne pas s’inquiéter de faire un truc aussi débile : le scénario le protège des réactions logiques (et des balles perdues). Le genre de type à aller faire de la trottinette à Groszny. Enfin, chemin faisant, Joe rencontre Seth, un jeune looper qui a évidemment tous les attributs du pote du héros collant mais looser que je vous laisse deviner (si vous fréquentez ce blog, vous avez un peu un doctorat ès poncifs). Seth est accessoirement capable de faire un peu de télékinésie, comme 10% de la population du futur, même si "ils peuvent juste faire voler des pièces, c’est inutile, et évidemment, n’imaginez pas que ça serve du film, hohoho, c’est pas comme si on était, comme dans toutes les bouses, dans un film où TOUT ce qui est dit doit servir pour être rentabilisé". Tous deux décident donc d’aller passer la soirée à la Belle Aurore, un cabaret local servant à la fois de repaire au chef de la pègre du coin, Abe, et de lieu de débauche. Sur place, nos héros croisent Jean-Jacques, un autre looper qui sort justement du bureau d’Abe avec un bien mauvaise nouvelle : on vient de lui annoncer qu’il devait "boucler la boucle".

"Salut les pauvres avec des fusils, ça vous dérange pas si on vient vous narguer ?"

Vous vous souvenez de ce qu’on expliquait plus haut avec l’utilisation des voyages dans le temps par la mafia ? C’était bien nase, hein ? Et bien attendez : on va en remettre une couche, et pas des moindres. Joe en voix off explique en effet qu’il peut arriver aux loopers de "boucler la boucle". C’est lorsque l’on leur annonce qu’ils vont devoir tuer… leur eux-même du futur. Car les loopers étant un organisme ultra-secret (on parle bien de celui qui a un panonceau bien visible ? Oui, oui, me dit-on dans l’oreillette), dans le futur, on veut parfois en finir avec d’anciens loopers pour éviter qu’ils ne parlent. On les envoie donc dans le passé avec cette fois dans le dos, un gros paquet de lingots d’or, pour que le looper qui accepte de se buter lui-même puisse prendre une confortable retraite.  Et sache désormais que dans 30 ans, on le sortira de sa retraite… pour le tuer.

Donc je résume : la mafia du futur, parfois, décide de payer 50 fois plus cher une exécution en demandant à la personne la plus susceptible de la merder – la propre victime – de s’en charger.

Oui hein ? Oui. Je trouve aussi.

Bref : lorsque l’on apprend que l’on boucle sa boucle, hé bien, on fait une grosse teuf (tout à fait normal). Et ces derniers temps, les teufs se multiplient pas mal, car il semblerait que dans le futur, un nouveau boss particulièrement méchant demande à ce que l’on exécute quantité de loopers pour de sombres raisons. Intéressant.

Joe en tout cas, prend du bon temps : il se drogue (ce qui consiste juste à le filmer tête en bas pour dire qu’il est défoncé) en bon professionnel, couche avec Suzie, l’une des filles du cabaret qui a la cuisse légère mais payante, et se saoule avec les autres loopers. Jusqu’à ce qu’un soir, une drôle d’aventure lui arrive : alors qu’il est en train de lire le Journal de Mickey, dernier organe de presse libre du monde du futur, Joe entend taper à sa fenêtre. Comment donc ? Et pourquoi pas la porte, est-elle si difficile à trouver ? Qui ose ?

Et bien : Seth, tout simplement. Le jeune freluquet supplie son ami de lui ouvrir – ce qu’il fait – car il a de gros ennuis : il devait boucler sa boucle quelques heures auparavant mais… il n’a pas pu. Lorsque la victime du futur est arrivée, elle a siffloté une chanson de sa maman au travers du slip (du Nicki Minaj, probablement) pour l’attendrir, et du coup, Seth n’a pas su faire quoi que ce soit d’autre que détacher son lui plus vieux pour le laisser s’enfuir. Et maintenant, comme il n’a pas respecté son contrat, les hommes d’Abe le cherchent pour lui péter la gueule.

Juste comme ça : comment ils ont su, les hommes d’Abe, sachant que les loopers sont censés tuer des hommes qui n’existent pas ET faire disparaître le cadavre tout seuls ? Il suffisait que Seth dise "Ayé mission accomplie", et c’était réglé. Il pouvait même s’arranger avec son lui plus vieux pour qu’il lui file quand même les lingots, comme ça, il pouvait se présenter au guichet en disant "Je l’ai tué : regardez, j’ai les lingots. Et j’ai pas d’autres preuves puisque mon métier, ça reste de les faire disparaître !". Et je doute que le vieux Seth ait vécu une vie suffisamment pétaradante pour que les gens du futur – qui ne le cherchaient pas, puisqu’officiellement mort – aient appris qu’il n’était pas mort à la date prévue, à moins bien sûr que papy n’ait décidé de passer ses vieux jours à animer Vivement Dimanche, une autre émission où l’on rappelle des vieux depuis l’espace-temps pour leur faire subir mille outrages. Mais, le diplôme de nécromancie de Michel Drucker n’est pas le sujet, il suffit. Bref  : ni les gens du présent, ni ceux du futur ne pouvant savoir que le type n’a pas été excuté… comment savent-ils ?

On va donc dire : Tagada, pif pouf, c’est magique.

Bref : Seth, qui commence un peu à sentir l’urine à force de paniquer, se met à littéralement trembler lorsque les hommes d’Abe viennent frapper à la porte de Joe. Notre héros hésite donc à le balancer, mais comme il a bon fond, hop, il le planque dans une cache sous son tapis où il stocke aussi une bonne partie des lingots d’argent qu’il a gagné, se constituant une réserve pour plus tard, sait-on jamais. Puis, après avoir fait patienter durant 10 bonnes minutes les hommes d’Abe à la porte, Joe finit par leur ouvrir avec l’excuse "Désolé, je me faisais beau", ce qui n’est évidemment pas du tout suspect. "Désolé, il est 3h du matin et j’étais encore défoncé à la schnouf" était évidemment beaucoup moins crédible, mais bon, je ne suis pas un tueur professionnel, inventer des mobiles ne fait pas partie de mon métier. En tout cas, les hommes d’Abe sont menés par Dudule, un jeune loup aux dents longues qui propose la chose suivante à Joe : il va aller voir Abe, discuter un peu, et pendant ce temps, lui va laisser quelques hommes dans son appartement, des fois que Seth s’y cache. Aucun d’eux ne fait donc mine d’entendre le puissant et méphitique pet liquide surgissant du plancher à peu près au niveau de la cachette de Seth suite à ces belles paroles, puis Joe et Dudule s’en vont donc vers la Belle Aurore. En chemin, on découvre d’ailleurs que Dudule est ambitieux, certes, mais surtout maladroit car toujours à jouer avec son pistolet quitte à s’être déjà tiré une balle dans le pied. Accessoirement, il est aussi prétentieux, et a un bref échange avec Joe sur les armes qu’ils utilisent. Dudule, lui, a un pistolet : utile pour défendre les intérêts de la pègre. Alors que Joe, comme tous les loopers, a un fusil sobrement surnommé "tromblon", et utilisé pour exécuter des cibles à courte portée. En effet, le tromblon remplit l’air de plomb, ce qui fait que même si la victime tente de bouger, elle est sûre de déguster, mais ne touche plus rien passé 15 mètres. Alors que le pistolet, lui…

Que l’on se rassure : tout le film ne porte pas que sur des tromblons

Evidemment, comme tout ce qui est dit dans ce film, cette conversation n’est pas innocente. Mais surtout, elle est incohérente, car lorsque l’on voit Joe tirer, on note que le tromblon ne fait pas un si gros trou, ce qui laisse supposer qu’en fait, il ne remplit guère l’air de plomb. Mieux : il ne tire qu’au coup par coup, et pas bien vite, ce qui signifie que, bah c’est à peu près l’arme la moins pratique du monde pour le métier de looper. Sans ce dialogue, en fait, je crois que je n’aurais même pas remarqué, supposant qu’il s’agissait d’un simple fusil à pompe, mais là en fait, vraiment, merci. Encore une fois, la réalisation a payé pour se vautrer, puisque supprimer la scène aurait pu lisser la chose. Ah, c’est beau. Il y en a qui doivent penser à ce blog en écrivant, je ne vois rien d’autre.

En tout cas, une fois à la Belle Aurore, Joe se sépare de Dudule et en voix off nous apprend qu’Abe vient de 30 ans dans le futur : la mafia l’a envoyé là pour superviser ses affaires. Un type sympa, Abe,  puisqu’il explique à Joe qu’il le connait bien, l’aime bien, et qu’il sait qu’il cache Seth puisqu’ils sont amis. Joe tente le "Nous ? Amis ? Hohoho, vous vous trompez" avec aplomb, oubliant qu’ils traînent ensemble depuis des années dans le cabaret d’Abe, filmé 24h/24 ce qui rend le mensonge un peu pourri.

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Au même moment, dans un atelier d’écriture de script

"Lâche ma feuille Mongo ! Ce sont les dialogues !
- HOUUU HOUUUU HAAAAAAAAAAA HAAAAAAAAAAAAAAAAAAA
- Aaaaah, il a mis du caca partout, nan mais c’est pas possible, foutu singe ! Vilain Mongo, vilain ! Qui pourrait prendre des dialogues barbouillés à l’étron au sérieux maintenant, hein ?"
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Un peu plus tard, en France

Un coup de maître époustouflant. - Les Inrockuptibles

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Donc, disais-je, Abe ne tombe pas dans le mensonge tout pourri de Joe, qui n’a même pas tenté le "Ah non, je n’ai pas vu Seth depuis hier soir, pourquoi ?". Il lui explique donc qu’il sait que Joe planque pas mal de lingots, et que s’il ne donne pas Seth, il retournera tout pour les retrouver et lui prendre. Alors, Joe, prêt à sacrifier la moitié de ta fortune pour ce gros looser de Seth ? Notre héros réfléchit un peu, et dépité à l’idée de ne pas pouvoir se payer une Playstation 8 ou des soirées Jungle Speed avec Suzie, donne la planque de Seth, celle contenant ses lingots. Abe le remercie, et poliment, lui demande comment va l’apprentissage de l’italien. Joe lui dit que ça roule, tout ça, et qu’il espère bien avec son pognon prendre sa retraite à Florence. Abe lui dit que non, sa retraite, ce sera à Shangaï. Et allez savoir pourquoi (personnellement, si je bossais pour la mafia, j’éviterais de leur dire où je vais une fois que j’aurais quitté leur service), Joe accepte. Abe lui explique qu’il ne veut pas tuer Seth, d’ailleurs, à cause des paradoxes que cela pourrait causer (et qui pullulent pourtant dans le film) : il veut donc juste finir le contrat et tuer le Seth du futur. Soit.

On découvre alors, à l’occasion d’une scène fort intéressante, qu’Abe sait être imaginatif. Ainsi, le vieux Seth du futur, qui est en train de courir la ville pour tenter de s’en éloigner le plus vite possible, voit soudain une vieille cicatrice apparaître sur son bras. Un message lui ordonnant d’être à une certaine adresse dans 15 minutes. Car oui, Abe-la-Déconne a eu l’idée rigolote de charcuter le jeune Seth pour faire passer des messages au vieux Seth à coups de cicatrices. Puis, comme le temps passe et que rien ne vient, il commence à charcuter plus avant : le vieux Seth voit donc ses doigts disparaître un à un, et décide donc de se rendre au rendez-vous. Il galope donc vers l’adresse, mais allez savoir pourquoi, Abe lui fait couper les jambes, ce qui rend les choses plus compliquées (si vous voulez qu’un mec vienne quelque part, lui couper les gambettes, c’est très très con quand même, à part si c’est Clark Kent à la limite, mais quand même). Malgré tout, le bougre parvient à l’adresse indiquée, où il constate qu’un médecin est en train de dépecer le jeune Seth, répercutant donc bien blessures et amputations sur sa personne du futur (vous suivez, hein ?). Puis, Dudule surgit, et tout sourire, exécute le vieux Seth, désormais proche de l’homme-tronc, et défiguré avec ça.

Du coup, notez bien :

  • Abe est un peu con, malgré la technique de départ qui aurait mérité une bourse à l’innovation
  • Sinon, maintenant que le jeune Seth est un homme-tronc, vous faites quoi ? Vous le gardez en vie 30 ans pour éviter les paradoxes ? D’ailleurs, ça aussi ça a dû modifier le futur, non ?

Et c’est ici que le film fait l’un de ses inévitables ratés sur les voyages dans le temps. Pour mieux comprendre le problème – qui va être redondant – sachez qu’il y a deux grandes manières d’aborder le voyage dans le temps. Pour la comprendre, nous allons prendre un exemple : un soir, alors que vous regardez la météo, un flash lumineux vous aveugle brièvement : c’est le vous du futur de dans 10 minutes qui vous informe que vous devez immédiatement changer de chaîne si vous ne voulez pas rater le début de Koh-Lanta. Après avoir tenté de dissimuler votre déception, puisque vous trouvez votre double temporel quelque peu dénué de sens dramatique, vous changez de chaîne et découvrez avec bonheur le visage radieux de Denis Brogniart. Bon, d’accord, mais et maintenant ? Non parce que le vous du futur n’a pas l’air de vouloir repartir, et vous espérez qu’il ne va pas faire des commentaires pendant que vous regardez, ce relou (mais c’est bien d’admettre que vous l’êtes, bravo).

Et bien, il y a deux manières de voir les choses :

  • La simple. Le vous du futur, c’est un être de chair et de sang distinct de vous qui vient d’apparaître à votre époque. Vous pouvez bien faire ce que vous voulez, il a son histoire. Lui, il a raté le début de Koh-Lanta, et il lui faudra le regarder avec vous pour profiter de la folle ambiance du générique. D’ailleurs, vous pouvez bien mourir tout de suite en vous étouffant avec une chips, votre vous du futur n’en disparaîtra pas pour autant : il est là, point. Comme vous et moi. Au pire, ça le fera rigoler (oui, au fond de vous, vous êtes une petite ordure, vous vous maudirez en vous étouffant, vous demandant pourquoi vous n’avez pas plutôt surfé sur des blogs de poneys plutôt que sur ceux qui rendent aigri)
  • La compliquée. Le vous du futur, c’est vous du futur, et il n’y a qu’un seul espace-temps : le vôtre. Donc par exemple, si vous mangez une chips frelatée, le vous du futur a mal au ventre. Et tout l’avenir en est modifié en conséquence, puisque par exemple, si vous mourrez au bout de 5 mn (la chips était salement amochée), vous ne pourrez pas revenir dans le temps pour vous prévenir de changer de chaîne ! Donc au lieu de mourir devant Koh-Lanta, pouf, vous serez mort devant la météo, en apprenant que demain, on fêtait toutes les Gertrude. Paradoxes, paradoxes… et théorie du chaos : tout ce que votre double du futur produit dans le présent va modifier le futur, et donc son passé, et potentiellement, amener à ce qu’il ne vienne jamais, et donc… bla,bla,bla.

Ça va ?

Bref : dans Looper, on pourrait croire qu’ils ont choisi la complexe seconde solution, puisque tout ce qui arrive à Seth se répercute sur Seth du futur, mais du coup : si Seth a eu les jambes coupées, comment Seth vieux a t-il pu s’enfuir lorsque Seth l’avait devant lui ? Et j’insiste : la mafia a t-elle payé pour le maintenir 30 ans dans cet état ? Et donc, en fait, quoi qu’il arrive, il y a un paradoxe ? Et bien oui. Et comme nous le découvrirons dans ce film, des fois nos héros sont assujettis à la méthode simples (ce sont des points fixes dans le temps, comme vous et moi), des fois à la méthode compliquée (ils sont rattachés au futur), en fonction de ce qui arrange le plus le script, ce qui est franchement tout pourri.

Mais revenons-en au film : Joe, un peu triste d’avoir ainsi vendu son frère d’arme, s’en va trouver Suzie pour qu’elle lui fasse un gros câlin, tout en se finissant un peu à la drogue pour oublier. Suzie s’occupe bien de lui et lui parle d’ailleurs de son fils (à elle, pas à lui) pour détendre l’atmosphère. Sauf qu’hélas pour Joe, les choses n’ont pas fini de mal tourner.

Notez la passion sur le visage de Joe. On sent que son travail est prenant. Ou alors, il joue tout simplement super mal le mec concentré, je ne suis pas sûr.

En effet, quelques jours plus tard, Joe attend un client qui doit débarquer sur sa bâche au milieu des champs à 11:30. Sauf que d’après sa montre de gousset, le bougre a étrangement quelques secondes de retard (d’ailleurs, quand on fait un métier où tout se passe à la seconde près, avoir une montre réglée sur une horloge atomique plutôt qu’un mécanisme à main peut-être intéressant, surtout pour être pile à la même heure que des gens 30 ans dans le futur avec qui il est un peu compliqué de synchroniser sa montre façon Parker Lewis. Mais bon, hein, c’est sûr que ça fait moins hipster). Heureusement, il finit par arriver, et Joe lui cartouche le museau dans la joie et l’allégresse  Sauf qu’en retournant le corps pour prendre ses lingots, Joe découvre qu’ils sont plus nombreux que d’habitude… et en or. Cacaboudin : retournant le cadavre il constate qu’il vient de shooter son lui du futur. Et là, plusieurs choses lui viennent à l’esprit :

  • C’est rigolo, parce que tous les autres personnages du film sont prévenus au moment de boucler la boucle, alors pourquoi pas moi ?
  • Putain ! Dans le futur, je suis Bruce Willis !
  • Ce qui veut dire qu’il faut méchamment que je change de shampoing dis-donc.
  • Bon bin je peux prendre ma retraite !

Car en effet, n’oubliez pas : qui boucle sa boucle peut se retirer avec son argent durement gagné, et ainsi profiter de la vie en sachant comment elle se termine. On découvre donc ce que Joe va faire de la sienne : aller écouler ses lingots d’argent et d’or contre espèces sonnantes et trébuchantes, puis filer à Shangaï, comme Abe le lui avait recommandé (mauvaise idée, donc), où après dix années à claquer son pognon dans les fêtes et la drogue, Joe finit par devoir travailler pour les triades locales pour subvenir à ses besoins. Cependant, un jour, il rencontre Fang-Fang, belle perle d’Asie qui lui sourit alors qu’il est déjà bien vieux et déjà Bruce Willis (Nous appellerons le vieux Joe Bruce Willis pour que tout soit plus simple). Elle est belle, rebelle, et ils s’aiment. Après s’être retirés dans un petit village de la province chinoise et avoir eu un enfant, un beau matin, trois gangsters chinois en tenue à la mode du futur (donc, comme des blogueuses modes d’aujourd’hui : ridicules) viennent l’arrêter :

"Bousse Willisse ! 
- Sacrebleu ! Les triades !
- Toi met’ slip sur la tête ! Vite ! C’est l’eul’ de letoulner dans le passé !
- D’accord, mais Fang-Fang ? Je ne peux pas la laisser toute seule, sinon qui va regarder la télé pendant qu’elle passe l’aspirateur ?
- LE SLIP BOUSSE WILLISSE !"

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Assez arrangeant, les trois asiatiques décident de plomber la gueule de Fang-Fang pour qu’elle n’ait pas à se poser de questions après le départ de Bruce. (comme quoi, ai-je envie de dire, pour des mecs qui ne peuvent pas faire de cadavres, faudra m’expliquer comment ils gèrent celui-là). Puis, après s’être assurés que le sous-vêtement était correctement fixé sur le crâne poli de leur condamné, ils accompagnent Bruce Willis jusqu’à la machine à voyager dans le temps, pour l’envoyer à lui-même plus jeune afin qu’il le tue. Sauf que Bruce n’est pas du genre à se laisser faire : il parvient à tabasser les trois malandrins à quelques pas de la machine (qui à part eux, est dans un hangar complètement vide et pas surveillé, c’est vrai quoi : c’est une machine réservée à quelques rares puissantes organisations illégales, pourquoi la sécuriser un minimum ?) et se retrouve donc seul. Que va-t-il faire ? Changer la destination de la machine pour éviter de se retrouver face à un tueur qui le shootera à la seconde où il se pointera ? Aller se sauver lui-même avant qu’il ne devienne looper ? Se barrer, là, tout de suite ?

Non.

Il décide de tout laisser comme ça, et de monter dedans, allez hop.

Et bin pépère, ça valait le coup de te libérer pour ça. Enfin si : il a au moins pu retirer le slip sur sa tête, et montant dans la machine, il se retrouve bien vite 30 ans plus tôt, dans le champ où il devrait mourir. Détail amusant : il arrive avec quelques secondes de retard, puisqu’ayant éclaté les gangsters, il a perdu quelques secondes avant de monter. Comme quoi, la machine n’est pas réglée sur "Tel jour, 11:30" mais sur "Dans 30 ans pile poil". Et malgré tout, jusqu’ici, tout le monde arrivait toujours à la seconde près ? C’est très fort. Passons (encore, on est plus à ça près)

En tout cas, Bruce Willis arrive tout de même à destination, et face à lui-même plus jeune : Joe. Et comme les choses sont bien faites, pour une fois, Joe ne tire pas à la seconde même où son colis arrive, et laisse le temps à Bruce de bien le regarder. Comprenant qu’il a bien affaire à lui même, notre héros, bien que perturbé, tente d’ouvrir le feu. Mais Bruce étant un gros malin, il se tourne promptement, faisant que ses lingots d’or dans le dos encaissent le coup à sa place. Puis, pendant que Joe recharge (ce qui prouve bien que cette arme est merdique : elle tire sur une zone toute petite, ce qui lui retire tous les avantages du tromblon qu’elle est censée être, mais par contre a le même temps de rechargement chiant, encore une fois : quels professionnels ! Que tout cela est bien écrit !), Bruce Willis lui fonce dessus et lui pète sa gueule tel un valeureux catcheur. Ah, mais.

Lorsque Joe se réveille, il a un peu mal au crâne, son arme a disparue, et Bruce lui a glissé un papier dans le froc marqué "Saute dans le prochain train de marchandises et disparaît". Devant cette découverte, Joe se dit qu’il devrait porter plainte pour attouchements, mais il n’est pas sûr que la police accepte une plainte contre lui-même. Puis, il regagne aussi vite que possible la ville voisine, car il sait que les hommes d’Abe vont être au courant qu’il a merdé (car là encore : c’est magique). Et en grand spécialiste, il se dit que tiens, si je passais par chez moi chercher mon pognon ? Je veux dire, si des tueurs me cherchent, je doute qu’ils commencent par là, hohoho. D’ailleurs, Bruce Willis a oublié de penser à un truc : s’il avait laissé une partie de ses lingots d’or à Joe, peut-être qu’il n’aurait pas eu à seulement penser un truc aussi débile. Or, il est vaguement dans l’intérêt de Bruce d’éviter que Joe se fasse prendre ou pire, buter, auquel cas c’est terminé pour lui. Mais bon, encore une fois : ce n’est qu’un professionnel avec 60 ans d’expérience, il n’est peut-être pas au courant de ce qu’un spectateur lambda peut supposer.

Hmmm.

Bref, arrivé chez lui, Joe trouve Dudule en train de vider sa cache de lingots d’argent. Lorsque le bougre le repère, Joe parvient à l’enfermer dans la cachette, hurlant au bonhomme "T’inquiète Dudule, dis à Abe que je vais boucler la boucle et terminer mon contrat ! Soyez cools quoi : j’ai la situation bien en main !" ; hélas, un porte-flingue accompagnant Dudule entendant Joe brailler se pointe lui aussi dans l’appartement, et il s’en faut de peu que notre héros ne se fasse plomber le museau. Il ne parvient, qu’in extremis, à sauter par la fenêtre pour aller s’écraser sur une voiture en contrebas. Où il est récupéré par… Bruce Willis !

Que l’on se rassure, comme dans tous les mauvais films, tous les personnages qui tenteront de tirer sur le héros, même à un mètre de distance, échoueront

En effet, Bruce vient du futur : il a donc les souvenirs de son passé, et sait ce que lui-même plus jeune – Joe – a fait. Il sait donc que Joe est repassé chez lui au lieu de suivre ses instructions. Et il est donc venu le sauver. Du coup, cette fois-ci, lorsque Joe se réveille, il est près d’une voie de chemin de fer, avec cette fois, écrit dans la main (Bruce se souvenait qu’étant jeune, il avait failli porter plainte contre lui-même pour une sombre histoire de message dans le froc) "Monte dans un fucking train et disparaît, gros couillon". Sauf que Joe est un peu têtu, et d’une, déteste qu’on le traite de couillon, et de deux.

Aussi, quelques heures plus tard, alors que Bruce est en train de pénétrer dans les locaux d’on ne sait quelle société pour utiliser des ordinateurs, et imprimer un étrange document, il constate soudain que sur son bras vient d’apparaître une étrange cicatrice marquée… "Beatrix". "Petit con ! Te scarifier, à ton âge !" s’exclame Bruce avant de partir à folle allure au seul endroit lié au nom "Beatrix" : le restaurant où il avait ses habitudes en tant que jeune looper, à l’extérieur de la ville, et où officie une certaine Beatrix.

Au matin, donc, Bruce Willis entre dans le petit restaurant, où l’attend patiemment Joe, un gros bandage sur le bras. "Très intelligent", dit le plus vieux des deux en indiquant le bandage, ignorant que si ce que fait l’un influence l’autre, il suffisait à Joe penser très fort "Je me donne rendez-vous à moi-même dans tel café" pour que Bruce le sache aussitôt, cela devenant un de ses souvenirs. Mais on ne doit pas avoir la même notion de "Très intelligent", probablement. Se pourrir le bras était sûrement plus malin (et a dû compliquer la vie sexuelle de Bruce Willis, quand ses compagnes lui demandaient "C’EST QUI CETTE BEATRIX ?" en regardant son bras) En tout cas, maintenant que les deux hommes sont réunis, il est temps de poser les choses, pour ce qui est probablement la pire scène de tout ce film. Vous êtes prêts ? Alors allons-y.

"Salut Joe, je suis toi du futur. Maintenant, je parle trop bien italien, c’est cool, même si en fait j’habite Shangaï et que j’ai jamais eu l’occasion de pratiquer.
- Ah ouais. 
- Et comme je suis le toi du futur, je sais aussi que tu as une arme planquée dans ton pantalon.
- Balaise !
- Alors je te parle du futur ? Savoir pourquoi tu en es là ?
- Si tu veux, ça me ferait plaisir. Enfin te force pas pépé, hein.
- Bon alors tu vois, en fait, dans le futur, tu as rencontré une super nana. Tu es trop amoureux, tu as un gosse et c’est cool. Sauf que dans le futur, il y a aussi un homme, un parrain de la pègre surnommé "Le maître des pluies" qui fait régner la terreur. Personne ne sait qui il est. On sait juste qu’il a une mâchoire artificielle, et qu’il a la grosse haine des loopers parce que quand il était petit, l’un d’entre eux aurait tué sa mère. Du coup, il nous bute. Accessoirement, il est super fort, il a vaincu tous ceux s’opposant à lui sans même l’aide de qui que ce soit.
- Et donc il bute les loopers. Pour sauver sa mère. Mère qui a été butée quand il était petit. Donc en fait, au lieu d’envoyer quelqu’un sauver sa mère dans le passé, ou même de buter les loopers AVANT qu’ils ne la tuent, il décide de les buter 30 ans plus tard alors qu’il a une machine à voyager dans le temps. Et pour ce faire, il envoie les fameux loopers 30 ans dans le passé, à une époque où si ça merde, ils peuvent le buter lui et sa mère. Le tout en confiant l’exécution des loopers qu’il exècre aux loopers… qu’il exècre. Ce serait pas un peu le plan le plus con du monde ?
- Ah si, tiens. Mais c’est rigolo, dans le script, entre les merdes de singe, j’ai cru lire qu’il était génial.
- Ouais moi aussi. Bon sinon, revenons au dialogue : toi qui viens du futur, tu dois avoir des souvenirs sur comment je me tire de cette merde, on irait pas plus vite si tu me le disais ?"

Et là attention, réponse d’anthologie :

"ON S’EN TAPE !" (véridique)

Bin oui mec, c’est jamais que pour te sauver, puisque si Joe meurt, tu disparais. Pas très important, en effet. Heureusement, Bruce bredouille une vague explication sur "Tant que tu n’as pas fait les choses, je ne m’en souviens pas, je vois juste des possibilités", mais Joe est trop con pour lui demander dans quelles "possibilités" il survit, ou laquelle semble la plus heureuse. Là encore, détail. Bruce sort ici de sa poche le document qu’il a imprimé un peu plus tôt, à savoir une carte du coin, et explique son plan : un peu avant d’être renvoyé dans le passé, il a eu le temps d’obtenir un super tuyau sur l’identité du maître des pluies. Un numéro genre de sécu (coucou les crypto-féministes !) qui lui a permis de retrouver trois enfants actuels, l’un d’entre eux étant celui qui est devenu le maître des pluies. Il compte donc bien les buter tous les trois, pour sauver le futur. Sarah Connor, c’est bien ici ?

Voilà. A ce moment exact du film, il est fort probable que vous ayez déjà la fin du film. Vous pouvez donc prévoir tout ce qui va se passer ou presque, et risquez donc de regarder votre montre en boucle en regardant chaque évènement arriver avec lenteur et ennui. En tout cas, c’est ce que j’ai fait. Plomber son film aussi tôt, il fallait le faire.

Voilà. Si vous allez le voir au cinéma, sachez qu’à partir de cette scène, vous pouvez quitter la salle : les héros vous spoilent plus sûrement que cet article.

Allez, poursuivons le massacre : Joe ne l’entend pas de cette oreille : lui, tout ça, il s’en tape. Bruce, lui, il a déjà vécu sa vie. Joe, il a encore la sienne devant lui, alors ça commence à bien faire les conneries : Bruce, sois gentil de mourir, merci. C’est vrai quoi : ce n’est que tuer lui-même, ce n’est pas comme si ça nécessitait la moindre réflexion, merde. Ces personnages ont une rare profondeur

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Au même moment, dans un atelier d’écriture de script

"HOUUUU HAAAA HAAAAAAAAAAAAAAA
- Mongo ! Je… lâche immédiatement la fiche de description des personnages ! Ce n’est pas fait pour être mâché et…
- *Pteu* houu houu…
- C’est bien, tu as bien craché la feuille Mongo. Mais ? Ah, c’est dégueulasse, c’est illisible ! On dirait qu’on a écrit le moindre personnage avec de la salive mâtinée de poux morts !"

Un peu plus tard, en France

Rian Johnson, qui a aussi écrit le scénario, atteint avec élégance cet équilibre entre fantaisie et profondeur qui caractérise quelques grands moments de la fiction populaire.Le Monde

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Et c’est à cet instant précis que nos deux larrons constatent que pendant leur conversation, tout le restaurant s’est vidé sans qu’ils ne le remarquent (comment ? Mystère !). Ce qui n’empêche pas Joe de sortir son arme, mais de manquer son coup car Bruce connait tous ses trucs et parvient à se barrer en emportant sa carte. Seul un tiers de celle-ci reste dans la main de Joe lorsqu’il tente de l’agripper (encore un poncif ? Nooon). Et dehors, les hommes d’Abe sont déjà là : ce sont eux qui ont vidé l’endroit. Ils ouvrent donc le feu pour cartonner Bruce, sauf que celui-ci, agile comme un lapin malin, parvient à s’enfuir jusqu’à un champ voisin. Joe tente d’aider les hommes d’Abe à plomber la cible, mais lorsque la panique retombe un peu après la fuite de Bruce, les hommes d’Abe, Dudule en tête, constatent que Joe est au milieu d’eux. Et contrairement à ce qu’il pensait, Dudule et ses gars ne sont pas calmés et ont toujours pour projet de le capturer pour le découper tout comme Seth plus tôt, afin de ramener Bruce au bercail.

Là encore, esquivant les balles de dizaines d’hommes lui tirant dessus à un mètre de distance (…), Joe s’enfuit lui aussi dans le champ voisin, et court jusqu’à une petite ferme qui est indiquée sur le bout de carte qu’il a arraché à Bruce comme étant la 3e cible où se trouve un gamin pouvant potentiellement être le maître des pluies. Sur place, notre héros rencontre Sara, une brave fermière qui voit d’un mauvais oeil l’arrivée d’un étranger sur son terrain, bordel de gitan. Si celui-ci se montre tout à fait charmant, et la défend même lorsqu’un intrus – autre que lui, cela s’entend – pénètre sur la propriété à la recherche de nourriture, Sara reste tout de même très méfiante, n’hésitant pas à le menotter au lit (Rrrr) qu’elle lui a aménagé dans une petite grange. Si au départ, elle ne le recueille que pour une nuit, les choses évoluent lorsque Sara trouve la carte avec sa ferme indiquée dessus… et oblige, sous la menace d’un fusil à pompe, le pauvre Joe à raconter son histoire : il est un looper, il a merdé un contrat, ses employeurs le cherchent… et l’homme qu’il a loupé compte bien venir cartonner Cid, le fils de Sara, supposant que dans le futur il pourrait être un fucking caïd.

Cid, qui au passage, est l’incarnation ultime de l’un des poncifs les plus lourds du cinéma américain : "l’enfant espiègle". Comprendre : il a une coupe à la con, une salopette, est évidemment super intelligent mais très sensible, et passe son temps à débiter des lignes de dialogue faites pour les adultes tout en s’occupant de ce qui ne le regarde pas. Et comme il se doit, il essaie toujours de maquer son parent célibataire, comme tous les enfants relous du cinéma américain. Bref, chacune de ses apparitions à l’écran semble vous murmurer "Giflez…moi…". Brrr.

Mais qu’importe : Joe propose à Sara de la protéger du vilain looper qui veut leur faire du mal (vous ne la voyez toujours pas la fin du film, hein ?) quitte à "donner sa vie pour le faire". Joe oublie, simple détail, que tout ce qu’il prépare ne risque pas de servir à grand chose puisque Bruce en aura instantanément le souvenir et pourra donc l’esquiver à volonté. Mais à partir de là, sachez que hop ! Le film oublie cette histoire ! Ça ne reviendra que plus tard, quand le scénario trouvera judicieux de le faire pour arranger ses affaires. Déjà qu’ils n’ont pas retenu mon idée de "Joe décide de manger gras pour instantanément tuer le lui du futur à coup de cholestérol", j’vous jure, ces gens ne respectent rien.

En tout cas, la vie à la ferme passe lentement, très lentement, mâtinée de scènes où il ne se passe strictement rien. Enfin si : il y a cette scène mémorable de nullité où un soir qu’elle s’ennuie ferme, Sara regarde le plafond sur son lit. Puis à un moment, fait juste une tête genre "Bah allez, ce sera mieux que de se couper les ongles" avant de faire signe à Joe de monter. Et hop.

J’espère qu’au même moment, Bruce profitait de ses nouveaux souvenirs, du genre "La vache, qu’est-ce que je lui ai mis/suis en train de lui mettre à la petite Sara". Probablement un moment intéressant pour lui. Mais pas pour le spectateur en tout cas, qui dort à moitié à ce stade, attendant que ce qui a déjà été annoncé arrive.

Pendant ce temps, Bruce justement, lui, a commencé à s’occuper des deux autres gamins qu’il pense pouvoir être le potentiel futur maître des pluies, en allant dézinguer le premier devant sa porte (si), et observer où habite le second… second qui s’avère être – et là encore, quelle énorme coïncidence ! – le fils de Suzie, la fille du cabaret avec qui Joe aimait à s’accoupler vertement. Bruce est bien embêté, mais bon, hein, ce qui doit être fait doit être fait, alors ho.

"Tu veux dire qu’en fait, c’est un peu comme si Bruce Willis avait assisté à nos ébats ? J’avoue que ça m’excite un peu, Joe"

Dans le même temps, un homme de main d’Abe fait le tour des fermes autour du champ où les deux fugitifs avaient disparu, et finit par arriver à celle de Sara. L’homme est très subtil, puisque sa démarche pour gagner la confiance des gens lorsqu’il frappe à la porte est "J’ai quelque chose à vous demander, mais je ne peux vous le demander qu’à l’intérieur de chez vous". Une stratégie intéressante, reconnaissons-le, mais qui a probablement été inventé par un bulot, comme la plupart des éléments de ce film. Une fois à l’intérieur, le bougre sort deux photos de Joe et Bruce, et les tendant à la jeune femme en les présentant comme père et fils, demande si elle n’aurait pas vu l’un de ces deux gusses. Non, répond Sara. Ah oui ? Bon. Sinon, vous avez quelqu’un d’autre chez vous ? Ah bin oui mec, j’ai un mari, il fait 2,60m et il est viking de profession, d’ailleurs il va bientôt rentrer. Et j’ai un fils oui, mais il n’est pas là (ne me demandez pas pourquoi elle ment là-dessus alors que ça ne sert à rien, puisqu’elle sait que ce n’est pas ce Monsieur qui lui veut du mal et que ça risque juste de la rendre suspecte à ses yeux, c’est comme ça).

Soit, dit le malandrin, avant de traîner un peu dans la maison à la recherche de quoi que ce soit de suspect, créant diverses scènes façon Tom et Jerry (si) où à chaque fois qu’il passe une porte ou entre dans une pièce, on voit Cid et Joe passer derrière lui, se cacher derrière une autre porte, disparaître au moment où il tourne la tête… et ça dure un petit moment. Un petit moment jusqu’à ce que finalement, Cid emmène Joe se planquer dans un vieux tunnel sous la maison. L’occasion pour Cid d’expliquer que Sara c’est sa mère, mais qu’avant il avait une autre maman (la soeur de Sara, à l’époque où Sara avait encore un travail en ville), mais qu’elle est morte et que c’est triste. Et Joe d’expliquer sans aucune raison, alors que rappelons-le, Cid pourrait bien devenir le maître des pluies et ruiner sa vie, que "Lui un jour, il a rêvé qu’il tuait tous les gens qui avaient fait du mal à sa mère et c’était super cool".

Non mais sans rire. Ce film est une formidable bouse. On passe son temps à souhaiter une mort lente à chaque protagoniste, mais pas trop non plus parce que l’on aimerait bien sortir.

Bon, en tout cas, si la ruse fonctionne, elle n’est que de courte durée : car un peu plus tard, l’homme de main d’Abe, qui a deviné grâce à ses pouvoirs magiques (toujours eux) et sans l’avoir vu que Joe se cachait dans la maison revient, et pour être sûr de se faire respecter, décide de prendre Sara en otage en exigeant de Joe qu’il se rende. Ce que Joe fait. Tout semble donc perdu, jusqu’au moment où Cid, qui passait par là, se vautre la gueule dans les escaliers de la maison (oui, comme ça, allez hop). C’est absolument nul, et en plus, intégralement tourné au ralenti pour faire durer le plaisir, en tout cas le mien, puisque chaque marche dans la face de cette tête à claque avait la saveur d’une bouchée de trianon pour ma cruauté naturelle.

Sauf que si Joe essaie de le rattraper, Sara elle se rue sur Joe (c’est confus tout ça) pour le pousser hors de la maison via une porte voisine. Pourquoi donc ?

Et bien parce que lorsque Cid se relève (sans un bleu) de sa chute, le marmot est un peu bougon (alors que de voir sa mère prise en otage, que dalle), et commence donc à pousser de petits cris colériques. C’est alors que… les objets alentour s’envolent, le flingue de l’homme d’Abe s’envole, et bientôt, le tueur lui même se retrouve collé au plafond, alors que le marmot hurle à plein poumons d’une manière qui a tendance à faire rire nerveusement une partie de la salle tant c’est mauvais. Sauf que lui ne rigole pas : contrairement aux autres personnes capables de télékinésie, il a des pouvoirs littéralement monstrueux ne se limitant pas à soulever une pièce de 5 cents. Et d’une seule pensée, il fait tout exploser, meuble comme rez-de-chaussée de la maison, et même pauvre porte-flingue en une gerbe de sang.

Lorsque, dehors, Joe se relève, à peine capable de comprendre ce qu’il vient de se passer, il se tourne vers Sara pour avoir une explication : Cid est un fucking roi de la télékinésie.

Et bien, merci de cette explication synthétique ma bonne Sara.

Et c’est uniquement à ce moment là que Joe se rappelle que tiens, le maître des pluies, il parait qu’il pouvait vaincre des armées à lui seul sans que l’on sache comment ! C’est donc Cid ! Oh bin ça alors, on l’avait pas vu venir depuis le premier tiers du film et la scène ou deux couillons parlaient de lui autour d’un steak chez Beatrix ! Tiens, du coup maintenant, je me demande trop qui est le looper qui va tuer maman, et pourquoi le maître des pluies va avoir besoin d’une mâchoire artificielle. Pfou, houlala, oui. En tout cas, sachez que Joe pense bien à tuer Cid, mais d’apprendre l’histoire triste du petit garçon, à savoir qu’il a tué sa mère adoptive, la soeur de Sara, avec ses pouvoirs sans le faire exprès, et surtout de voir les yeux tristes du garçon, le bougre ne trouve pas la force de le faire. Tant pis. Il propose donc un autre plan : Sara, Cid, prenez une camionnette et barrez-vous aussi vite que possible, je pense que d’ici 20mn, le coin va grouiller d’hommes d’Abe venus chercher leur pote ou de Bruce Willis (qui peut grouiller en groupe de 1, si, ça suffit le mauvais esprit).

Pendant ce temps, il s’est passé un truc rigolo en ville : alors que Bruce traînait du côté de chez Suzie pour littéralement coller une cartouche à son fils, il a été intercepté par Dudule… qui est donc tout fier de retourner chez Abe avec sa prise ! Enfin, ils vont pouvoir terminer cette histoire en tuant ce contrat en cavale ! Sauf que lorque Dudule arrive chez Abe… et bien tout le monde semble s’en foutre. Pourquoi ? Et bien au motif que l’on vient de localiser Joe dans une ferme, et que donc, tous les porte-flingues sont en train de s’armer pour aller le chercher.

Je résume : Abe cherche Joe pour pouvoir ramener Bruce chez lui et le buter comme prévu. On vient lui livrer Bruce à domicile : tout le monde s’en tape, parce qu’ils veulent aller chercher Joe en priorité.

Je… c’est nul. C’est complètement nul.

Bref : Bruce est grognon, car il n’aime pas trop qu’on l’attrape comme ça ; il a quand même pété du Hans Grüber dans sa jeunesse, ce n’est donc pas un pauvre Dudule qui va l’arrêter, sacrebleu ! Lors d’un moment d’inattention de la part de l’homme qui le menace, Bruce lui colle donc un coup de boule, puis commence à distribuer des mandales à tous les types à sa portée. Aucun ne pensant à se servir de son arme à feu, notre larron a donc tout loisir de se ruer vers le coin "armurerie" de la planque d’Abe, ouverte puisque tout le monde était en train de s’armer, et là attention, voici le mode d’emploi sur "Comment gérer des scènes d’action quand on ne sait pas gérer des scènes d’action".

Bruce Willis a une mitraillette dans chaque main, il est debout, à découvert, et face à un couloir contenant une dizaine de tueurs professionnels armés. Comment faire pour justifier le fait qu’il ne finisse pas en passoire ? Et bien c’est facile :

En filmant en plan fixe Bruce Willis qui tire dans le couloir durant 10 secondes.

Notez qu’en plus, si j’en crois l’angle de l’arme, Bruce mitraille des gens d’environ 90 centimètres

Quelques instants plus tard, Bruce Willis doit passer une porte blindée derrière laquelle Abe et ses hommes sont retranchés, bien armés et à couvert tous en train de braquer la porte en attendant Bruce. Comment faire pour justifier le fait qu’il ne finisse pas en passoire une fois encore ? Et bien c’est toujours aussi facile :

En filmant Bruce Willis avant qu’il ne défonce la porte, puis juste après en ne montrant que des cadavres.

C’est bientôt fini là ? Non parce que moi aussi je veux mourir, en fait.

Bref. Après avoir fini de massacrer tout le monde, Bruce se souvient soudainement (ça y est, cette notion de souvenirs partagés est revenu dans le film, hop !) qu’il a appris par Sara que Cid était un monstre de la télékinésie, et donc que c’était forcément lui le maître des pluies ! Vite : après avoir pillé les réserves de pognon d’Abe, notre bon Bruce saute dans une camionnette et file vers la ferme de Sara pour aller en finir avec cette histoire. En chemin il croise bien Dudule, parti à sa poursuite sur une moto-volante, mais honnêtement, nous allons même passer cette autre scène d’action ratée (sachez que cette-fois, au moment crucial, le réalisateur filme… de la fumée. On voit juste le avant "Dudule sur sa moto" puis le après "la moto sans Dudule" ; à ce stade, c’est de l’art). Il y a bien aussi Joe qui tente de s’interposer, mais n’ayant pas l’expérience de Bruce, il est bien vite mis hors de combat par le vieil homme.

Sara et Cid, eux, ont enfin fini de préparer leur fuite : sachez qu’ils sont tellement forts… qu’ils ont eu le temps de faire des cartons dites-donc ! En 20mn, c’est assez impressionnant je dois dire.

"Vite, fuyons !
- Attends attends, j’ai pas chargé le carton avec la vaisselle… t’as pas vu le marqueur ? Faudrait pas qu’on mélange !"
0

Impressionnant ou consternant, j’hésite un peu sur le mot.

En tout cas, alors qu’ils foncent vers la liberté, mère et fils voient sur la route la silhouette d’un homme seul : Bruce Willis ! Celui-ci vient vers eux, armes à la main, prêt à transformer Cid en petit blob de chair. Peu enthousiasmée par cette idée, contrairement à moi, Sara décide d’accélérer pour tenter d’écraser le malandrin, mais Cid étant définitivement un peu con, il dit je cite "Attention maman, il va nous tuer ! Vite, freine !". Oui. Et puis peins-toi une cible sur la gueule maman, tant que tu y es.

Cid est d’ailleurs tellement malin que pour arrêter la voiture, il utilise ses pouvoirs télékinésiques et… retourne la voiture. Freiner ou virer Bruce de la route, c’était un poil trop malin. Retourner la voiture paraissait en effet être une solution plus viable. S’il vous plait, je… libérez-moi.

S’extirpant tant bien que mal de l’épave, Sara et Cid tentent de prendre la tangente au travers d’un champ voisin, hélas dénué de plantations et laissant ainsi la petite famille totalement à découvert, Bruce peut donc commencer à ouvrir le feu. Sa première balle est d’ailleurs pour Cid, qui l’atteint : surprise ! A la mâchoire. Sans lui arracher, hein, juste une petite plaie. Puis, alors qu’il s’avance pour tirer un peu mieux, Sara s’interpose, expliquant qu’il faudrait la tuer pour qu’elle laisse qui que ce soit faire du mal à son fils. "Pas de problème", dit Bruce, en armant son flingue prêt à aider la bonne dame à découvrir en direct si les femmes ont une âme.

Sauf qu’au même moment, derrière lui, Joe a repris ses esprits et l’a rejoint. Hélas, avec son tromblon, il est bien trop loin pour le toucher, et ne peut assister au spectacle qu’à bonne distance. Voyant que Bruce va tirer, il sait qu’il ne lui reste qu’une seule solution pour l’arrêter. Car il comprend (seulement maintenant ?) que Bruce va tirer, tuer la mère, que Cid va s’échapper et vouloir se venger des loopers en devenant un parrain de la pègre… et qu’il n’est pas question que cela arrive.

Tournant son arme vers son propre coeur, Joe n’hésite pas et tire avant de s’effondrer.

Bruce Willis s’arrête net, puisqu’il n’est pas possible qu’il existe si Joe est mort si jeune. Il disparaît en un clignement d’oeil, ne laissant que Sara et Cid au milieu du champ.

"Tiens au fait, j’y pense, comme ça, là, mais l’espace-temps d’où je viens, je ne suis jamais revenu à cette époque pour essayer de tuer Cid et sa mère, alors comment est-ce que le maître des pluies a pu avoir une mâchoire artificielle, perdre sa mère par ma faute et haïr les loopers pour ainsi demander à ce que l’on m’exécute et que l’on m’envoie ici ? Non parce que c’est un peu l’histoire qui crée l’intrigue du film, alors si elle tient pas debout… non ?"

Encore une fois, le film se vautre, puisque si le temps est ainsi capable de reprendre ses droits sur l’existence de Bruce Willis à cette époque, logiquement, ses dégâts devraient aussi disparaître. Et Joe ne pas avoir de raison de se tuer, etc. Bref, encore un gros paradoxe, que les auteurs du film règlent courageusement en ne le traitant tout simplement pas, ce qui est fort pratique, reconnaissons-le.

Sara, elle, rentre chez elle et soigne la mâchoire de son fils, avant de le coucher. Le bambin s’endort et…

C’est tout. Non, vraiment, il y a juste un plan noir de 5 secondes. Et…

FIN.

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"Mongo !"

Agitant ses mains potelées, le responsable de l’atelier se dirigea droit vers le singe, ses joues bouffies teintée d’un rouge vif alors qu’il agitait un journal à la main. Le singe, en plein épouillage, se contenta de feindre l’indifférence depuis le néon où il avait élu domicile.

"Mongo, je vous avais prévenu : vous avez un contrat d’exclusivité avec nous. Est-ce que vous pourriez m’expliquer ceci ?"

Johnson, qui passait à proximité café à la main, s’approcha du lieu de l’altercation pour mieux observer ce qu’il se passait. Le responsable avait fait claquer un exemplaire du Monde Culture en le jetant sur un bureau voisin, faisant sursauter l’employée qui s’y trouvait. Se penchant, Johnson put lire :

Quand vous raconterez le film à vos amis, pour les encourager à le voir, car il en vaut la peine, distrayant et malin, presque philosophique sur la fin, vous aurez de bonnes chances de vous emmêler les pinceaux. C’est toujours comme ça avec les paradoxes temporels : ils développent la logique d’une impossibilité et généralement finissent par s’effondrer comme des châteaux de cartes.
Le scénario que Rian Johnson a minutieusement édifié pour ce film échappe à ce piège et parvient à mener le spectateur au bord d’un gouffre sans fond, vertigineux, plein de questions sur la vie et la mort, le bien et le mal. Mais aussi plein d’images mouvantes sorties de l’histoire du cinéma, du Magicien d’Oz à Piège de cristal, en passant par Deux ou trois choses que je sais d’elle.

- Le Monde Culture

Un rire malsain s’échappa de la gorge de Johnson : le responsable avait tout à fait raison, aucun journaliste sérieux n’aurait pu écrire cela sérieusement.

La meilleure explication était que Mongo fasse des piges en douce pour le Monde Culture. L’animal n’était pas malin, on reconnaissait de suite son style.

Et en plus, ça expliquait beaucoup de choses.

Diable, mais que se passe t-il ici ?

Je rentre de vacances, je pose mes valises, et à peine ai-je fini de vider celle contenant les restes d’une étudiante autrichienne que voici que je découvre qu’en mon absence, il y a eu moult réactions, ici et ailleurs, autour du film La Planète des Singes : Origines. Loin de moi l’idée de vouloir critiquer une seconde fois ce formidable film dans lequel des primates deviennent intelligents et s’aperçoivent qu’on les prend ouvertement pour des cons, en fait, je voudrais plutôt aborder une autre question surgissant régulièrement par ici, et ma foi, fort simple s’il en est :

Un scénario doit-il être crédible dans un divertissement ?

Si pour nombre de commentateurs, la réponse est évidente (les amateurs de Plus Belle la vie étant en général les premiers à répondre avant de retourner s’épouiller), cela ne signifie pas pour autant qu’elle soit identique d’une personne à l’autre. En effet, ces derniers jours, le film a provoqué moult conversations écrites comme orales dans lesquelles on trouvait l’argument ultime en cas de citation des nombreux problèmes de l’intrigue : "Non mais les incohérences, on s’en fout : on va au cinéma pour se divertir, pas pour se prendre la tête." (non parce que visiblement on ne se rend pas bien compte à quel point les choses logiques prennent la tête des gens et les empêchent de se divertir : c’est connu, si quelque chose tient debout, ça fait chier)

Gloop le singe, ex-critique de cinéma entré en dépression après avoir découvert l'espace "l'avis des spectateurs" sur Allocine

Qui n’a jamais entendu ou lu ce discours ? Qui n’a jamais eu le droit à une explication à base de "Mais on y va pas pour l’histoire…" ou autre variante du propos précédent ? Et concernant tous types de films, hein, pas forcément uniquement ceux à base de remix velus de Prison Break.

Soyons clairs : ce discours en lui-même est une formidable incohérence.

Je m’explique.

Le marché du film réagit, comme beaucoup de choses, à l’offre et à la demande.

Par exemple, imaginons qu’Avatar ait eu un total de 100€ pour son budget effet spéciaux : les aventures de mecs peints en couleurs flashy courant les bois en string auraient laissé penser aux spectateurs qu’ils étaient devant un documentaire sur le bois de Boulogne. Et il est fort probable que le film n’aurait pas connu le même succès. On peut penser la même chose d’Inception : et s’il y avait eu un problème avec la musique, et que celle-ci avait été remplacée par une intégrale de Carlos ? Voir Léonardo Di Caprio sauter en tous sens en ouvrant le feu sur moult ennemis sur fond de "Big Bisou" aurait probablement eu du cachet, mais le public aurait sûrement souligné qu’il manquait un gros quelque chose au film. Enfin, la Planète des Singes aurait certainement eu moins de bonnes critiques si Andy Serkis avait laissé la place à Francis Huster pour les expressions faciales de César (pour les dialogues, par contre, c’était bon).

De fait, en raison des lois de l’offre et de la demande, depuis des années maintenant, les budgets de certains domaines ont explosé, à commencer par celui des effets spéciaux : puisque l’on sait que le public attend un minimum dans le domaine et ne demande qu’à être bluffé, on lui offre toujours plus. Et heureusement, vu le prix des places de ciné.

Pourtant, moult spectateurs continuent de dire ouvertement "Oui, le scénario est à chier, mais on s’en fout : ne changez rien".

Résultat : la demande de bons scénarios étant minime, l’offre l’est aussi. Alors qu’encore une fois : pour le même prix, et juste en arrêtant ce discours, la demande étant plus sérieuse, l’offre le serait aussi. Mais non : sans aucune raison, il semblerait que moult personnes demandent volontairement à ce que l’on se foute de leur gueule et que l’on tire tout vers le bas. Ce qui est tout de même formidablement beau : ça revient à expliquer ouvertement que l’on veut payer au même prix des choses de qualité moindre.

Dire "Oui, l’histoire est merdique, mais la vache, qu’est ce que les effets spéciaux sont bons !", ça revient à dire "Bon, d’accord, quelqu’un vient de chier dans mon assiette, mais la sauce est bonne, non ?". Et pourtant, tous les jours, partout, vous trouvez des pinpins pour continuer de défendre le "On s’en fout".

Présentons la chose autrement : mettons qu’une équipe de film prépare un blockbuster. Le film va s’appeler "Cowboys vs Mimi Mathy", et table sur un budget relativement raisonnable : 10 millions de dollars (à titre d’exemple, La Planète des Singes : Origines en a demandé 93) ; ni une, ni deux, elle trouve un scénario sur un coin de table que je vous donne : "Dans la petite ville de West Fall, Joe Marshall est un maréchal ferrant sans histoires. Seule Daisy, la chanteuse du Saloon The Mary Sue parvient à le tirer de son quotidien banal de rude travailleur de l’Ouest. Mais c’est sans compter sur un groupe de bandits qui provoque le déraillement d’un train de l’Union à proximité de la paisible cité : un wagon de produits chimiques expérimentaux se renverse, transformant une petite habitante qui passait en monstre-nain ravageur… PS : Joe embrasse Daisy à la fin suite à une situation critique, et le noir meurt, contrairement à Poopy le chien". L’équipe sait déjà que son scenario est bourré de problèmes (bourré, Maurice le scénariste l’était aussi lorsqu’il a pondu la chose, un train de pastis ayant déraillé près de sa caravane) divers et variés, et hésite à recruter des gens pour le relire et le corriger. Pour cela, il suffirait de payer un pinpin 10 000$, ou toute une équipe à 100 000$ (et encore, en tablant haut) dans le doute. Soit entre 0,1% et 1% du budget. Une paille quand on a déjà sorti quelques millions de dollars.

La tournée publicitaire a déjà commencé.

Mais grâce aux spectateurs, l’équipe ira plutôt claquer tout ce pognon aux putes : en effet, elle lira et entendra très distinctement partout sur le net "Merder les effets spéciaux, la musique ou autres est un crime, mais l’histoire, vous pouvez l’écrire avec un étron, c’est pas grave, ne dépensez surtout pas de pognon là-dedans." ; si la chose fera la richesse d’Olga la Goulue, la célèbre péripatéticienne connue sous le nom de "Nettoyeuse de l’A5", elle n’en fera pas moins pleurer des larmes de sang aux spectateurs qui ne demandent même pas un bon scénario, mais juste un truc qui se tient. Un film, quoi, une histoire racontée avec des images et du son. Mais il faut croire que ça dérangerait certains.

Dans un monde parfait, les gens iraient jusqu’au bout de leur logique : d’un côté, on aurait des films, et de l’autre, des clips cinématographiques. Comprendre que dans le premier cas, on raconterait une histoire avec un début, un milieu et une fin, et de l’autre, on dirait juste "Les mecs, vous voulez en prendre plein les yeux, avoir de la musique qui dépote et pleurer comme des fontaines devant moult moments héroïques et adieux tragiques ? Aucun souci : on a décidé de juste faire un énorme clip contenant plein de scènes sans histoires particulières mises les unes derrière les autres et toutes plus impressionnantes et prenantes l’une que l’autre. On ne vous prend pas pour des cons : on ne met même pas de scénario décérébré, on vous propose juste du spectacle." ; ça aurait le mérite d’être honnête pour tout le monde, et probablement d’en mettre plein les mirettes aux amateurs de grand spectacle. Qui n’auraient plus à se taper 1h00 de dialogues aléatoires servant simplement à justifier 30mn de bataille apocalyptique.

Mais non, définitivement : soucieux de faire n’importe quoi, une partie non-négligeable de la population dit "Oui, je sais que c’est n’importe quoi, oui, je sais qu’on me prend ouvertement pour un con, mais s’il-vous-plaît, continuez comme ça : n’essayez surtout pas de faire mieux pour le même prix, c’est moi qui vous le demande. Je paie mon ticket de cinéma suffisamment cher pour avoir le droit de défendre le fait qu’il n’y a aucun problème à ce que tout le fond des films que je regarde soit totalement merdique. Quand bien même ça tirerait tout le monde vers le haut d’avoir des trucs de meilleure qualité et que ça ne changerait rien pour moi si je n’en avais vraiment rien à faire".

Je ne comprends pas bien : quel est le but de ces défenseurs du mauvais et du nase ? Ces paladins de l’incohérence, qui défendent coûte que coûte le fait qu’il ne faut surtout pas faire d’efforts ? Ils veulent juste se faire défoncer la mâchoire à coups de clé à molette ? Ils sont nés avec un QI de 330 et veulent qu’on les abrutisse pour qu’enfin ils puissent se mêler au bon peuple et se sentir chez eux ? Ou sont-ils, au contraire, complètement cons et fiers de le revendiquer ?

Je l’ignore.

Mais en tout cas, je crois que je vais me faire scénariste de blockbuster : c’est le seul métier où le public vous demande ouvertement de ne pas vous fouler et défend toutes vos fautes professionnelles là où il se montre intraitable, voire élitiste, avec tous vos autres petits camarades des autres secteurs.

Remarquez, des gens au discours incohérent qui défendent des scénarii incohérents, techniquement, c’est cohérent.

Dehors, la lumière décroit doucement. Le soleil est en train de poursuivre sa course vers l’horizon et franchit cette immense ligne d’arrivée avec une certaine mollesse en ces grises heures qui rythment la fin de la journée ; sur le boulevard attenant au bâtiment du bureau, des files ininterrompues de voitures se succèdent, emplies de salariés désireux de retrouver leur foyer après une dure journée de labeur. Derrière moi, alors que je contemple cette immense farandole motorisée, mon bureau n’indique lui en rien que la journée se termine : des dossiers achèvent de vomir leurs contenus hors de leurs sous-chemises, le téléphone semblent avoir décidé de se parer de ses plus beaux atours de post-it (ce qui est tout de même plus agréable à l’œil humain que bien des défilés de célèbres couturiers) et l’ordinateur, loin d’être éteint, laisse entrevoir de nombreuses fenêtres ouvertes affichant des contenus divers & variés.

D’ailleurs, l’une d’entre elles attire mon attention alors que j’en suis tout à ces réflexions : dans un coin de l’écran, quantité de personnages semblent s’agiter dans un mutisme étonnant ; en surimpression, un petit sigle invite l’internaute à rendre la parole et le son à ces vives figures. Et dans cet étonnant silence, se succèdent des scènes de poursuites, de combats, de cascades… sûrement un film d’ac…

Attendez, c’est le titre que je viens de voir là ? Non. Non, ils ont dû se tromper.

Je m’approche, suspicieux, et me rassois face à l’écran qui recommence depuis le début l’enchainement de scénettes avant d’afficher encore une fois le titre du film en question :

Sherlock Holmes.

J’en froncerai presque un sourcil. Mais cessons toutes ces paraboles et venons en à l’œuvre en elle-même. Réalisé par Guy Ritchie (mais si, vous savez, Snatch), Sherlock Holmes est une adaptation cinématographique des aventures du plus célèbre des détectives londoniens, créé par Sir Arthur Conan Doyle. Au vu des critiques d’une célèbre grande chaîne de télévision, qui diffusait les avis de trois rédacteurs de trois journaux différents, le film était proprement formidable ; au vu de la bande-annonce, j’avais quand même un doute.

Mais, ne tergiversons pas et tranchons : spoilons !

L’affiche : Sherlock Holmes est visiblement sponsorisé par Jean-Louis David

Tout commence lors d’une sombre nuit londonienne, alors que de terribles attelages policiers semblent forts pressés d’atteindre une obscure destination au sein de la capitale anglaise. Dans l’un des carrosses filants, au milieu des agents des forces de l’ordre, le Docteur Watson fourbit ses armes ; dans le même temps, courant à pieds et bondissants d’escaliers en terrasses tel un yamakazi facétieux, Sherlock Holmes cavalcade à toutes jambes vers ce qui semble être la même destination. Cependant, ce dernier étant plus rapide que tous les chevaux de la maréchaussée locale, il arrive le premier sur le lieu qu’il désirait atteindre : un accès à un mystérieux souterrain de la capitale.

Hélas, un malandrin y attend notre héros : le panse pleine et le chapeau melon, il patrouille lanterne à la main pour s’assurer que nul ne pénètre cet escalier. Mais lorsque je dis hélas, c’est pour parler du malheur qui guette ce vilain personnage : en effet, plus que yamakazi, Sherlock Holmes est un ninja : il prépare mentalement son attaque en la visualisant ("Bon, d’abord je frappe la mâchoire, puis la côte droite, puis le genou, et ensuite je m’acharne sur les bouboules pour être sûr") puis l’opère à la vitesse de l’éclair : il faut approximativement 1,5 secondes à Sherlock pour porter 12 à 18 coups à son adversaire et le mettre KO, avec une précision telle que tout se passe exactement comme il l’avait visualisé. Dès lors, une fois le vil garde neutralisé, Holmes s’engage dans les escaliers précédemment gardés…

… et arrive dans un souterrain où se déroule une bien étrange cérémonie : deux hommes en tenue de cérémonie mystérieuse ("Hou, je porte une cape à capuchon, comme je suis mystérieux") sont en train de procéder à un étrange rituel sur une jeune fille allongée (quand je dis "sur", ce n’est pas au sens physique du terme, évidement) au centre de la pièce. Celle-ci, comme possédée par les paroles de celui qui semble guider la cérémonie, commence à esquisser quelques gestes laissant à penser qu’elle s’apprête à s’auto-sacrifier d’un bon coup de poignard dans le cœur. Autour de tout ce petit monde, une poignée de gardes aux mines patibulaires vérifie que personne ne vienne déranger ce petit rituel entre amis. Holmes, qui observait tout ça depuis une cachette, échappe de peu à un garde qui arrivait derrière lui grâce à l’intervention providentielle de son vieil ami le Docteur Watson, qui tout comme lui, a de grandes capacités de combattant de l’extrême-orient. Sitôt le garde neutralisé, sitôt les deux compères peuvent se saluer et constater la situation : ils sont deux, en face, ils sont moult, et les renforts policiers de l’inspecteur Lestrade devraient arriver un poil en retard. Et il y a une jeune fille en danger.

Deux contre moult ?

Holmes & Watson dans "Le mystère du Paris Brest"

Allez, c’est jouable, pas besoin de plan : nos deux héros sortent donc de leurs cachettes en poussant de petits cris de tortues ninjas et dès lors, l’un des deux hommes en cape s’enfuit. Les gardes, eux, se jettent en masse sur les intrus, mais se font, disons le clairement, copieusement péter la gueule par nos deux héros qui maîtrisent quand même les arts martiaux, les armes à feu, le combat armé avec arme blanche, poignard, épée, fouet, et tonfa policier. Bref, bienvenue dans le wild wild West London. Une fois cela fait, le grand méchant qui tentait de forcer la jeune fille à se sacrifier en la mettant dans une sorte de transe suicidaire est arrêté par nos deux compères ; il s’agit de Lord Blackwood, un noble éminent comme on en fait plus. Sur ces entrefaits, Lestrade et ses hommes arrivent pour amener les menottes qui manquaient pour conclure l’affaire. Fort bien : Lord Blackwood, sa cape de jeune fille gothique, sa coupe d’officier nazi et son nom de méchant de série Z sont emmenés en prison.

Trois mois plus tard…

Au 221B Baker Street, Sherlock Holmes se fait diablement chier. Alors il joue à tirer dans les murs de sa chambre avec une arme à feu (quel personnage subtil) et à s’enfumer seul dans sa chambre à coups de pipe. Le docteur Watson, qui en a vaguement marre que son colocataire transforme l’ambiance de son cabinet en voisinage de Sarajevo, décide d’aller forcer notre détective oisif à sortir un peu pour qu’il reprenne du poil de la bête. Il lui propose donc d’aller au restaurant le soir même en compagnie de lui-même et de sa fiancée, Mary Morstan. Évidemment, une fois au restaurant, la dite donzelle trouve ça trop cool de manger avec le célèbre Sherlock Holmes, l’homme qui peut tout dire d’une personne en un seul regard, et lui demande s’il pourrait tout dire d’elle de la même manière. Le bon détective se prête donc au jeu.

"Je dirais que vous êtes… gouvernante.
- Oui, hihihi, vous êtes fort !
- Hmmm et je dirais que… que vous avez la garde d’un enfant de 8 ans.
- 7 ans ! C’est incroyable !
- Mais il est grand pour son âge et vous a arrosé d’encre aujourd’hui.
- Ho ! Ai-je de l’encre sur le visage ? Quoi d’autre ?
- Vous avez eu un autre homme que Watson, si j’en juge par la marque d’une alliance à votre main.
- En effet, il est mort…
- Je déduis aussi au lustre parfait de vos lèvres que vous pipez grave.
- Heu… je… hem, si nous parlions d’autre chose ?
- Et aux crins que je vois pris dans vos cheveux, je pense que vous avez d’ailleurs eu des rapports avec un poney aujourd’hui même.
- S’il vous plait je… ho, quelle beau veston, c’est du tweed ?
- Quant à votre manière de vous tenir, petit coquine, et à l’odeur de caca qui émane régulièrement de Watson, j’entrevois que vous pratiquez la so…"

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Le dialogue est hélas interrompu par un jet de vin au visage de Holmes en provenance du verre de Mary : la soirée s’arrêtera là puisque cette dernière se lève et quitte les lieux suivie de près par Watson. Pour la peine, Holmes s’en va lui aussi pour aller boxer dans des combats illégaux en ville. Il est comme ça, faut pas l’faire chier (je vous l’ai dit : il est très subtil). Évidemment, comme c’est un ninja, il n’a aucune peine à massacrer toutes les brutes qui tentent de l’affronter, puisqu’il visualise ("Je frappe la troisième côte droite, puis la margoulette, puis je lui fais un croc-en-jambe et j’en profite pour plonger de la troisième corde le coude en avant") et que pouf, ça passe pile comme il l’avait prévu. Ça lui rapporte d’ailleurs pas mal de sous, cette histoire.

Sherlock s’ennuie, il décide donc d’aller faire du catch

Le lendemain cependant, alors qu’il est encore à palper son argent gagné à coups de bourpifs, notre bon détective est appelé par Lestrade et ses amis policiers : Blackwood, qui a été condamné à mort et doit être pendu le soir même a demandé comme dernière volonté à voir Holmes. Blackwood fait d’ailleurs très peur à tous les prisonniers, qu’il serait capable "d’envoûter" selon les gardiens ; mais cela ne fait pas du tout peur à Holmes, qui découvre le Lord dans sa cellule qu’il a décoré de quantité de crucifix inversés (je salue ici mes lecteurs érudits qui se passionnent pour la question ailleurs sur ce blog), de 666, de Hello Kitty et autres signes ésotériques. Blackwood veut simplement dire à Holmes qu’il n’a réussi en rien à l’arrêter et qu’il y a des puissances supérieures en jeu, et que son esprit est trop étroit pour comprendre ce qu’il se passe réellement, ha ha ha, rire diabolique et effets de manche à gogo, merci d’être venu. Notre détective l’écoute un peu puis s’en va, parce que bon, il n’a pas que ça à foutre non plus. Ce qui n’est pas le cas de Blackwood, puisqu’en fin de journée, il gagne une pendaison gratuite. Et histoire d’être bien sûr que tout s’est bien passé, Watson joue les légistes à la sauvette et constate que l’homme est mort comme il se doit. "Il est tout froid et y bouge pu". Merci docteur.

Le lendemain, Holmes qui était tranquillement chez lui à cuver son vin s’aperçoit que, mordieu, il y a une femme dans sa chambre ! Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Habitué à la proximité moite et moustachue de Watson depuis des années, l’enquêteur ne tolère depuis que très mal toute présence féminine. Pourtant, Irène Adler, une vieille connaissance vient lui faire un petit numéro mi-flirt mi-pourri au cours duquel elle propose à Sherlock une nouvelle enquête : retrouver un nain (c’est pas banal) roux (quel malchanceux) et édenté (dites non au cumul) qui a disparu. Car oui, il faut bien Sherlock Holmes pour retrouver un profil pareil, ça ne doit pas se remarquer du tout. Puis, elle part de Baker Street à folle allure ; cependant, sous déguisement, Holmes la suit (il est intrigué le bougre, une femme, chez lui, rendez-vous compte !) et l’aperçoit monter dans un carrosse où l’attend un mystérieux commanditaire (on ne voit que son manteau et son chapeau haut de forme dépassant de l’ombre) qui lui demande si elle a bien confié la mission voulue à Holmes. D’ailleurs, ce mystérieux personnage semble bien équipé, car l’on constate qu’il dispose dans sa manche d’un astucieux mécanisme lui permettant de faire sortir à toute allure une petite arme à feu pour menacer les malandrins qui l’approcheraient trop. Pratique.

Mais à peine notre détective rentre t-il chez lui pour ôter ses oripeaux et raconter cette petite aventure à son ami Watson qu’un policier entre dans la résidence des joyeux colocataires pour leur annoncer une nouvelle peu banale : Lord Blackwood a ressuscité, on l’aurait vu sortir tranquillement de sa tombe avant de traverser le cimetière d’un bon pas pour aller faire du tourisme dans Londres ou s’acheter des clopes, on est pas encore sûr du motif de l’évasion. Holmes & Watson sont relativement étonnés à cette nouvelle, puisque d’habitude, les gens morts sont relativement casaniers et ne sortent que relativement peu de leurs tombes. Logiquement, "ils sont tout froids et y bougent pu", selon Watson, qui est quand même visiblement bien meilleur karatéka que médecin légiste. Ni une ni deux, ils se rendent au cimetière, où le gardien leur confirme avoir vu Blackwood se promener en sautillant dans les allées humides de ce lieu de repos, sifflotant la Carioca d’un air enjoué. La sépulture du mort, justement, qui était recouverte d’une pierre de 4 tonnes, a d’ailleurs été "ouverte de l’intérieur", or personne ne se souvient que M. Blackwood aie été enterré avec un ou une amie. Pour être sûr, on fait ouvrir le cercueil et à la place de Blackwood se trouve… nom d’une pipe ! Un nain roux & édenté ! Quelle formidable coïncidence, qui met la puce à l’oreille du bon Sherlock : tout semble lié.

Pour information, le comte Dracula de seconde zone, c’est Lord Blackwood.

Hmmm… pour mieux enquêter, Holmes récupère une montre à gousset sur le cadavre et de ce seul indice, il va déduire où se situe la tanière du rouquemoute édenté de petite taille (à ne pas confondre avec certains leaders d’Europe Ecologie, attention les enfants) car il est très fort. Et qu’y découvre t-il ? Un véritable laboratoire mêlant ouvrages scientifiques et textes occultes ; hé bien ! Mais alors qu’il en est encore à fouiller de-ci de-là avec son ami Watson, ils tombent nez à nez avec trois hommes dont un géant (oui, des nains, des géants, c’est assez merveilleux tout ça quand on y pense) venus brûler le laboratoire pour effacer toute trace des travaux du nabot. Du coup, nos deux enquêteurs vont faire ce qu’ils savent faire de mieux : péter des gueules à coups de techniques ninjas ; seul le géant oppose une certaine résistance, mais grâce à un prototype de taser (oui, oui…) trouvé sur place, Holmes arrive à lui électrocuter le cuir jusqu’à le faire fuir. Il le poursuit d’ailleurs jusqu’à un chantier naval où le combat reprend autour d’un navire en construction, mais le vilain géant arrive à s’enfuir, non sans avoir bien castagné Holmes et coulé le navire en cours de construction autour duquel ils se battaient ; du coup, lorsque les autorités arrivent, elles tombent sur les deux détectives et se disent "Tiens, mais c’est Watson et son copain Holmes ! Ceux qui nous aident à résoudre toutes les enquêtes où on en chie ; quoi, ce n’est pas vous qui avez démoli le bateau en construction mais un géant qui a tenté de vous tuer devant une bonne centaine de témoins qui sont d’ailleurs tous à disposition ? Ce n’est pas grave, on va vous coller au trou quand même, plutôt que poursuivre le dit géant."

Ils sont forts dans la maréchaussée londonienne ; qu’ils ne s’étonnent guère d’avoir besoin d’enquêteurs extérieurs.

En prison, après s’être fait tous deux copieusement violés par Gunthar, le détenu bavarois multirécidiviste, Mary vient payer la caution de son fiancé pour que Watson arrête de servir de jouet sexuel à quelques prisonniers même pas grandbretons. Holmes, lui, patiente un peu en racontant des blagues à Toto à ses codétenus avant qu’un inconnu ne paie à son tour sa caution et ne l’invite à monter dans sa voiture ; puis, un sac est placé sur son visage et il est emmené pour une destination tout aussi inconnue pour rencontrer l’homme qui a commandé sa libération… qui n’est autre qu’un important noble londonien, Lord Jean-Mouloud, membre d’une sorte d’ordre templier local (bien que ça ressemble plutôt à des francs-maçons tout ça, mais soit) qui croit en la magie et étudie l’ésotérisme. Il présente d’ailleurs deux de ses "frères" : l’ambassadeur des Etats-Unis à Londres et le ministre de l’intérieur anglais. Puis se met en tête d’expliquer qu’il est le père de Blackwood, qu’il a conçu "lors d’une cérémonie". On doit bien rigoler aux cérémonies du temple, dis donc, vieux cochon.

"Installez vous ici toute nue mademoiselle, c’est pour un rituel magique." ; quelle habile technique de séduction, vous en conviendrez.

Il explique aussi que jusqu’ici, Blackwood a tué tous ses proches pour "augmenter ses pouvoirs", mais que les meurtres n’ont jamais été révélés publiquement. Holmes fait remarquer que dis donc, du coup, s’il tue ses proches, Jean-Mouloud étant son père, ses jours sont comptés. Puis il s’en va, parce que bon, la compagnie est agréable, mais dans ce film, on a déjà pas beaucoup d’actrices, alors si on ne les montre pas un peu de temps à autres, ça va gueuler chez les spectateurs mâles.

Watson apprenant que Holmes fréquente des femmes

Le plus classieux des détectives anglais – car oui, j’ai oublié de vous dire que celui-ci s’est débarassé de son chapeau moche, de son pardessus brun et de sa loupe historiques pour les troquer contre une tenue d’intérieur de bon goût un poil plus élégante – va donc trouver son amie Irène à son hôtel pour l’informer qu’il a retrouvé le nain tant recherché, mais que celui-ci était un peu mort, ce qui est toujours bien embêtant. Cela n’empêche en rien Irène de mettre une petite tenue et de faire son numéro de charme à notre héros histoire de dire que décidément, dans ce film, à part les méchants, personne n’est laid. C’est fou. Holmes la met cependant en garde sur le fait que l’enquête sur le nain semblait toucher quelque chose de beaucoup plus gros, et qu’elle ferait donc bien d’abandonner. Par ailleurs, il lui avoue avoir entraperçu son mystérieux commanditaire dans l’ombre de son carosse le jour où elle était venue lui confier l’enquête, et l’identifie à vue de nez grâce à la craie qui tâchait une partie de son pardessus comme un "professeur". Un professeur ? Dans Sherlock Holmes ? Je me demande bien qui ça peut être. En tout cas, Irène refuse de poursuivre la conversation ou d’en dire plus ce professeur, et pour appuyer son propos, drogue le beau détective, abuse de lui et s’enfuit en le laissant en slip et menotté à son lit. Ca m’arriverégulièrement et pourtant, on en fait pas tout un film.

Pendant ce temps, Lord Jean-Mouloud décide qu’un bon bain lui ferait du bien et s’installe dans sa baignoire tranquillement en regrettant que l’on aie pas encore inventé le plastique, ce qui lui aurait permis de jouer avec un petit canard pour faire passer le temps. Soudain, un corbeau croasse dehors et toutes les bougies s’éteignent brusquement…

"Il y a quelqu’un ?"

s’étonne notre templier en chef avant de se raviser et de recommencer à tenter de transformer manuellement son bain en jacuzzi. Car oui, bien que croyant à moult choses ésotériques et sachant que son fils revenu d’entre les morts cherche à le tuer, il ne s’inquiète pas plus que ça de ce genre de choses. D’accord. Il aurait dû puisque soudain, l’eau de son bain se colore d’une couleur cuivrée fort sombre alors que quelques bulles troublent la surface de cette couche mystérieuse (sûrement dûes à quelques pets lâchés dans la panique) et que Lord Jean-Mouloud se retrouve paralysé. Derrière lui, sortant de l’ombre, Lord Blackwood apparait et le regarde se noyer avant de lui voler sa chevalière de racaille indiquant qu’il est un chef templier (c’est un ordre très secret, aussi on en affiche son appartenance en toute circonstance grâce à une imposante bagouze bling-bling). Enfin, le meurtrier disparait dans la nuit… ça fait peur.

Un templier incognito

Au petit matin, une femme de chambre indique à la police qu’elle vient de retrouver un Sherlock Holmes en slip menotté à un lit de son hôtel et signale qu’elle aimerait bien que ces messieurs des forces de l’ordre viennent le virer de là, qu’elle puisse faire les draps et aérer la chambre. Ca tombe plutôt bien, puisque le policier qui vient chercher notre héros lui annonce du même coup que dans la nuit, Lord Jean-Mouloud a trouvé la mort d’une manière bien étrange ; ni une ni deux, ils se rendent sur les lieux (Sherlock s’est rhabillé entre-temps, rassurez-vous), et rapidement Holmes découvre d’où a bien pu surgir le meurtrier : un petit cabinet secret (avec un passage qui fait un gros "crrrr" quand on l’ouvre ; oui, Lord Jean-Mouloud dans son bain arrivait à entendre un croassement dans la rue jouxtant sa demeure, mais pas l’énorme "crrr" de son propre passage secret situé juste à côté de lui sans aucun bruit parasite pour le couvrir) contenant divers ouvrages et parchemins supposément magiques. Notre homme les embarque donc pour les étudier au calme.

Mais la nuit venue, il se passe ces choses étranges (plus encore que les précédentes, cela s’entend) sur la cité londonienne endormie, anesthésiée qu’elle est par une diluvienne pluie glacée ; sous celle-ci, une silhouette se faufile : celle de l’ambassadeur des Etats-Unis qui se rend à une réunion de l’ordre du temple. Mais à peine est-il arrivé qu’il découvre une surprise de taille : sous la houlette du ministre de l’intérieur anglais qui anime la soirée, la sauterie laisse rapidement place à l’arrivée de Lord Blackwood qui vient revendiquer sa place de maître de l’ordre en tant que fils de son père. Il explique qu’il veut rendre sa grandeur à l’Angleterre, fonder un empire mondial, faire qu’il dure dix mille ans et là on comprend bien pourquoi il porte sur le dos ce soir un manteau de la gestapo assorti à sa coupe de cheveux : il est une sorte de fasciste-pré-nazi anglais du XIXe siècle, ce qui n’est pas rien. Seul un homme s’oppose à ce qu’il prenne les commandes de l’ordre et se serve de celui-ci et de son réseau pour réaliser ses sombres projets : l’ambassadeur des Etats-Unis, qui sort son revolver pour appuyer son propos. Mais lorsqu’il tente de presser la gâchette, il prend instantanément feu et se defenestre dans la panique ; cela conforte l’autorité de Blackwood, puisque personne d’autre ne veut tester ses pouvoirs de magicien pyromane. Les frères de l’ordre sont donc invités à prêter allégeance à leur nouveau sire et à boire à une sorte de coupe du Graal local pour symboliser cette soumission. La première décision de Blackwood est d’ailleurs de demander au fourbe ministre de l’intérieur qu’il déclare Holmes hors-la-loi et le fasse arrêter, la seconde de proposer que le pudding devienne le plat unique de l’humanité. Quelle cruauté sans limites… ce Blackwood ne respecte donc rien.

De son côté, Holmes poursuit tranquillement son enquête et étudie le cadavre de l’un des larrons qui étaient venus tenter de brûler l’entrepôt du nain roux. Avec l’aide de Watson et de divers gros pétards qui provoquent chez lui des déductions un peu louches mais qui sont toujours justes malgré tout (même si elles sont capilloctractées, mais il faut bien quelques raccourcis scénaristiques), il en déduit que cet homme provenait d’un entrepôt jouxtant la Tamise et qu’il conviendrait d’aller y jeter un oeil. Ni une ni deux, nos deux héros prennent un bateau et infiltrent les lieux où l’on découpe du cochon à foison à coups de scie mécanisée. Alors qu’ils en sont à se demander si tout cela est bien kacher, la voix de Blackwood se fait à nouveau entendre pour lâcher des propos du genre "haha, je suis revenu", "hou, que je suis maléfique", "ma magie est surpuissante" ou encore "mes pouvoirs côtoient allégrement ceux de Sylvain Mirouf" ; pour démontrer ses affirmations, Blackwood apparait brièvement derrière nos héros avant de disparaître à une vitesse folle. Puis, il se décide à faire ce que tout méchant doit faire :

"Ha ha ha, Sherlock Holmes, regardez qui est suspendue à ce crochet se dirigeant droit vers les scies à cochons : votre amie Irène ; pourrez vous la sauver d’une mort affreuse ? Ho ho ho, quelle cruauté et surtout, quelle originalité ! Je suis formidable !"

Puis toute la mécanique se met en marche et Irène se dirige droit vers les scies mécaniques. Aussi incroyable et surprenant que cela puisse paraître, elle échappe cependant à son terrible sort puisqu’elle est sauvée par Holmes & Watson. Vraiment, je ne m’y attendais pas.

Holmes & Watson se demandant dans combien de films on a déjà fait ce coup-là

Allez, c’est pas tout ça, mais il est encore temps de poursuivre Blackwood ; celui-ci est en effet en train de s’enfuir mollement à bord d’un bateau à vapeur qui fait pout-pout. Malheureusement, Watson qui court sur le quai pour le rattraper déclenche par accident un piège de Blackwood sous la forme d’un détonateur relié à…disons… toutes les caisses du quai qui étaient bourrées de poudre, soit approximativement une centaine, toutes juste à côté de lui. Ca détruit le quai, en partie le bâtiment, propulse Holmes & Irène à 50 mètres en arrière…fondu au noir.

Quelques temps plus tard, Sherlock est réveillé par un de ses potes flic qui lui apprend qu’il est désormais recherché et lui demande de fuir. Il lui explique brièvement que non, Watson n’est pas mort malgré la quantité d’explosions suffisantes pour transformer un troupeau d’éléphants en petit tas de cendres. Et Sherlock constate qu’Irène a disparu. Ni une ni deux, malgré le fait que lui aussi aie souffert des explosion, il s’enfuit en bondissant avec la grâce du cabri. Comme quoi, finalement, ces explosions, ce n’était pas grand chose, à peine un peu de sons et de lumières.

Notre fier détective décide donc d’accélérer un peu l’enquête en allant se cacher dans une petite chambre perdue dans Londres pour y étudier les livres qu’il avait piqué dans le cabinet secret de Lord Jean-Mouloud. Car oui, il les avait toujours sur lui, et non, l’explosion du quai n’a même pas corné une page ou sali la couverture. Il procède donc à un rituel issu d’un livre et forme au sol pentacle, croix, photos de Madame de Fontenay et autres figures sataniques. Lorsqu’il a achevé le rituel, Watson et Irène arrivent dans sa cachette et constatent qu’il a tout salopé le parquet à coups de craie, un coup à ne pas récupérer sa caution, tiens. Watson qui, d’ailleurs, a juste un bras en écharpe, et seulement durant un plan , car six secondes plus tard, il est à nouveau frais et pimpant. Cette explosion, décidément, c’était très surfait. Ou alors nos deux héros régénèrent leurs blessures à une vitesse surhumaine, allez savoir.

En tout cas, Holmes explique à ses deux invités qu’il a compris le plan de Blackwood, et qu’il sait même où sera le prochain meurtre, car en prenant une carte de Londres et en y affichant la position des cadavres de Blackwood (tiens ? Comment Holmes a t il su où l’on avait retrouvé les cadavres des meurtres dont seuls les membres de l’ordre avaient la connaissance ? On ne le saura jamais), il obtient pile poile une figure semblable au sigle de l’ordre simili-templier, à laquelle il ne manque qu’un meurtre dans un seul endroit pour la compléter : le parlement (quelle coïncidence, il ne manquait plus qu’un seul endroit, pas besoin de jouer aux probabilités !). Ho !

Cette discussion est interrompue par l’arrivée d’une horde de bobbies casqués menés par Lestrade, et Holmes a juste le temps de dire à Watson et Irène de fuir par une trappe tout en leur donnant des instructions sur papier pour la suite (car il a déjà un plan). Et une partie de son plan génial consiste à se faire arrêter par la police. Il attend donc Lestrade de pied ferme et se laisse volontiers menotter, puisque décidément il aime ça. Et est donc emmené directement au ministère de l’intérieur, où il demande à parler seul à seul avec le ministre, ce que celui-ci accepte. Là, une scène merveilleuse s’engage, puisque le ministre, pourtant au courant que Sherlock Holmes est à la fois doué, filou et son ennemi, décide de lui faire toute la conversation (où il révèle évidemment tous ses plans en détails)… en lui tournant le dos. Chose que le héros avait prévu semble t-il (il peut prévoir plusieurs heures à l’avance quand et comment les gens vont agir de manière incohérente ? C’est…étonnant, comme pouvoir), puisqu’il en profite pour fermer la trappe de la cheminée, la fumée ne sortant donc plus par la voie habituelle, elle envahit alors le bureau du ministre. Du coup, lorsque ce dernier se retourne enfin, il ne voit plus Holmes, remplacé par un épais brouillard ; il se saisit donc d’un scattergun (une sorte de petit pistolet/fusil à double canon scié) et commence à chercher notre détective dont seule la voix se fait entendre… ils conversent quelque peu, et le ministre finit par lâcher que oui, il va y avoir un gros attentat au parlement réalisé par son maîîître Blackwood. Sherlock Holmes, qui a profité de tout cela pour tranquillement s’asseoir visiblement sur une chaise derrière le ministre qui guette encore ce qui pourrait sortir de la fumée de la cheminée, le remercie alors pour lui avoir confirmé l’info et s’enfuit en sautant par la fenêtre directement dans la Tamise en évitant les tirs du templier colérique. Il contracte donc d’un coup d’un seul la peste et le choléra, tant la Tamise est polluée (sans compter les gens qui y coulent des navires en construction), avant de monter à bord d’un navire où l’attendaient Watson et Irène. Aucun des deux ne lui fait remarquer que son plan était pourri, en particulier le passage où, au lieu de sauter rapidement et sans se faire voir par la fenêtre, il remercie le ministre histoire de bien se faire tirer dessus avec une arme qui remplit l’air de plomb à courte portée. Mais tous les plombs l’ont évité, un miracle, probablement. En attendant, ils prennent la route du parlement pour en infiltrer les égoûts, où devrait se situer l’équipe terroriste qui prépare l’attentat selon les propos du ministre.

Le célèbre ministre qui tourne toujours le dos à ses interlocuteurs

Et effectivement, dans les égoûts, une équipe de vilains (dont le géant contre lequel Sherlock avait combattu) surveille une énigmatique machine, rapidement identifiée comme étant une machine à gaz radiocommandée que le nain aurait préparé dans son atelier à la riante époque où il ne nourrissait pas les asticots. Alors oui, ce génie avait inventé le taser, les gaz de combat et la radiocommande mais il vivait dans la misère et travaillait pour un méchant de série Z. Pourquoi pas. En tout cas, Irène, Watson et Holmes attaquent les gardes et les rossent violemment. Au-dessus d’eux, dans la salle du parlement où sont réunies Chambre des Lords et Chambre des Communes, Lord Blackwood fait une apparition publique remarquée en faisant fermer les portes de la salle avant de commencer un discours sur le reich de 1 000 ans qu’il prépare pour la Grande-Bretagne. Il explique aussi que tous ceux qui ne sont pas avec lui mourront au douzième coup de midi… et en effet, au douzième coup, il appuie sur la télécommande qu’il a dans son dos et… ach ! rien ! Holmes et sa bande ont désamorcé sa bombe à gaz ! Lui qui avait tout prévu en s’immunisant juste lui et ses potes templiers en les faisant boire l’antidote dans l’espèce de coupe du Graal en leur faisant croire que c’était juste un symbole d’allégeance ! Il s’énerve donc et part en marmonnant quelques jurons vers les égoûts, qui sont visiblement très bien desservis depuis la salle principale du parlement britannique pour les jours de colique collective.

Suite à diverses courses poursuites entre les principaux protagonistes, Blackwood finit par sortir des égoûts pour déboucher au sommet de Tower Bridge en construction où sont déjà Holmes et Irène. Là, le combat final s’engage, où Irène est rapidement mise hors-de-combat avant que Blackwood ne succombe à son tour à un terrible coup du sort : à force de batailles et de vibrations, poulies et chaînes se balancent sur le chantier et par un incroyable hasard, elles finissent par former un noeud autour du cou de Blackwood qui finit ainsi pendu – pour de bon – au-dessus de la Tamise comme un bon vieux pirate. Dans l’intervalle, Sherlock a eu le temps de révéler tous les secrets de la soi-disante "magie" de Blackwood :

- Il a "envoûté" des prisonniers en les payant pour faire semblant et ainsi effrayer les autres

- Il est sorti de sa tombe en faisant briser par avance la pierre de quatre tonnes qui couvrait sa sépulture et en recollant les fragments avec une colle qui disparait sous l’effet de la pluie (ha oui mais dans ce cas, il aurait dû prendre les 4 tonnes de pierres sur la gueule, et non les écarter vers l’extérieur, non ? Oubliez.)

- Il a tué son père grâce à un produit paralysant tout bête qu’il a versé dans son bain

- Il a fait prendre feu à l’ambassadeur des Etats-Unis en sabotant son revolver et en ajoutant à cela un bidon de liquide inflammable qu’il a déversé sur lui pendant qu’il pleuvait, ainsi il n’a rien remarqué (attendez, il n’a rien remarqué ? et la pluie n’a pas rendu la prise de feu plus difficile ?)

Puis, Sherlock réveille enfin Irène qui était un peu assommée, et celle-ci, après avoir avoué qu’elle kiffait grave sa race l’enquêteur londonien lui révèle l’identité de son mystérieux commanditaire qu’elle refusait jusqu’ici de dévoiler : le professeur Moriarty. Bon, il reste un dernier mystère à éclaircir : comment Blackwood avait il survécu à sa première pendaison ? Après une petite expérience de retour à Baker Street, Sherlock a la réponse : grâce à un discret harnais et à un élixir lui permettant de simuler la mort histoire de feinter le légiste ("Watson, espèce de grosse quiche !" – "Uiii, mais il bougeait pu ! Et pis il était tout froid !"). Mais tout cela est rapidement interrompu par l’irruption d’un policier (ça n’arrête pas, entre ça et les passages avec des menottes, c’est terrible) qui révèle que l’affaire ne semble pas tout à fait terminée : on a retrouvé le cadavre d’un bobby qui venait en renfort dans les égoûts à la suite de Holmes et Watson ; celui-ci a été tué à bout portant par une arme de petit calibre : le genre exact de celle dont dispose le professeur Moriarty pour repousser les malotrus. Mais que venait faire Moriarty dans cette histoire finalement ? Et bien une chose toute simple : il venait voler le système de radiocommande de la machine à la fin de la bataille pour le revendre une fortune parce que quand même, c’est révolutionnaire ce truc.

"Watson, ne bougez surtout pas : je crois qu’il y a une femme juste derrière moi"

Et donc, sur cette ouverture d’une originalité formidable : FIN.

Tiens, j’y pense : si au lieu de faire tous ces efforts pour revenir d’entre les morts, Blackwood avait déployé les mêmes pour ne pas se faire chopper, n’eut-ce point été plus simple et efficace ? On ne le saura jamais. En attendant, j’attends avec impatience la sortie du film Sherlock Holmes où c’est un détective, pas un ninja.

Pas sûr qu’il sorte de suite.

C’est en passant devant mon salon que je remarquais cette lumière étrange, rougeoyante, filtrant au travers de sous la porte de cette pièce essentielle à tout bon hôte. Un incendie me dis-je en voyant la lumière danser sur les murs du couloir où je me situais ? Non… Non, cette absence de fumée, cette odeur de souffre, ces voix chuchotantes qui semblent s’évanouir pour peu que l’on essaie de distinguer leur charabia qui semblait araméen…

J’ouvris la porte à toute volée pour découvrir qu’il n’était rien de cela. La pièce était aussi calme qu’à son habitude, et sur la table trônait encore le journal du jour, que j’étais persuadé d’avoir laissé ouvert en quittant la pièce quelques minutes auparavant. Étrange me dis-je en m’approchant du quotidien : effectivement, quelqu’un avait fermé l’imprimé et y avait soigneusement déposé, en guise de marque-page, un simple ticket de cinéma prêt à l’emploi. A la page qu’il indiquait, on pouvait trouver les horaires des salles obscures. Une heure de projection d’un film y avait été entourée d’un rouge assez sanglant qui ne semblait pas être de l’encre. Je tournais le verso du ticket que je venais de trouver et y lisais "On se retrouve à la séance de tout à l’heure, bisous, Satan".

C’est ainsi que je me retrouvais devant 2012. Satan est vraiment diabolique, me disais-je en une futile lapalissade. Il n’empêche, impossible de vous parler de ce film en le caricaturant : il est déjà caricatural.

L'affiche du film reprend le concept de "fracture sociale", chère à Jacques Chirac

2012, c’est un film d’un fort beau gabarit, puisque grâce aux informations de Laurent Weil, l’homme qui juge la qualité d’un film à son prix, je me permets de vous rappeler qu’avec un budget de 200 millions de dollars pour 148 minutes de film, nous dépassons tranquillement les 1,35 millions de dollar la minute. Visiblement, moins de 0,1% de ce budget a dû aller au scenario, qui se résume à cela :

En 2012, la Terre se réchauffe tellement que ça décolle la croûte terrestre, qui se décide alors à organiser une compétition de curling entre plaques tectoniques. Au milieu de ce joyeux bordel, Jackson Curtis, écrivain raté, tente de sauver ses fesses et celles de sa famille.

Passons au film en lui-même ; si vous ne voulez pas spoilers (ha ha, genre il y a des rebondissements, suis-je drôle), vous seriez bien urbain de vous en arrêter ici. Pour les autres, en route.

En 2010, Adrian, scientifique américain de renom, s’en va en Inde visiter un ami (lui aussi scientifique, restons entre gens bien éduqués), qui l’informe que dis-donc, le soleil en ce moment, il pète quand même bien la forme. Plus que jamais, même. A tel point que ses éruptions provoquent un réchauffement du noyau terrestre, ce qui est assez moyen pour la santé de la planète. Ils décident donc d’agir vite et bien, et rédigent donc promptement un rapport avec force graphiques et word-art (ex : marquer "Exposé sur le réchauffement planétaire" écrit en simili 3D orange). Adrian attrape donc un avion et s’en va donc trouver le responsable de la Maison Blanche (ce n’est pas le président, attention), Carl Anheuser (appelons le Carl), qui est gros et vilain, pour lui présenter son joli dossier.

Carl doit probablement être géologue de formation, puisqu’en moins de 15 secondes et en ne lisant que deux pages choisies au hasard en plein milieu d’un gros dossier scientifique, il s’exclame "Nom d’une pipe mon petit Adrian, maintenant vous bossez pour le président, vite, venez avec moi." Et nos deux compères vont expliquer au président des Etats-Unis que voilà, ça se réchauffe à tel point qu’en 2012, la planète elle va prendre cher. Le président décide donc de profiter du G8 pour annoncer ça aux chefs d’Etats présents, les autres pouvant allégrement se faire foutre, tas de pauvres. Les chefs d’Etats étrangers s’exclament donc "Ho !". Ils ne sont pas très expressifs, c’est comme ça, que voulez-vous.

Quelques temps plus tard, en Chine, on réquisitionne tout plein de gens pour construire un mystérieux barrage dans l’Himalaya. Barrage que l’on demande de construire à un endroit où ne passe aucun fleuve à proximité, ce qui n’a pas l’air de poser question à beaucoup de monde. Mais qu’importe. On en profite juste pour découvrir que l’un des ouvriers a pour frère un moine bouddhiste. C’est important pour la suite. Vous vous en doutez, puisque sinon, ça n’apparaitrait pas dans le film.

Deux années passent (comme le temps file !) ; nous sommes en 2012.

En France, au Louvre, la fille du président des USA qui est aussi une scientifique (en quoi ? On ne le saura jamais, elle l’est voilà tout) procède à l’échange de la Joconde contre une copie parfaite, en présence du directeur des Musées de France. Elle lui explique que c’est pour mieux mettre à l’abri l’original en Suisse. Ni la fille du président ni le directeur ne savent pourquoi ils font ça, mais ils le font, on leur a demandé. Quelques jours plus tard, le directeur des musées de France (qui est le dernier français à rouler en DS en 2012) appelle la fille du président pour lui dire qu’ils ont été manipulés : la Joconde n’est jamais arrivée en Suisse, personne ne sait où elle est. Il a donc convoqué la presse pour le lendemain, histoire de révéler l’affaire. Alors qu’il téléphone, il note être suivi par une voiture mystérieuse (elle est noire, donc forcément mystérieuse), et au moment où il s’engage sous le pont de l’Alma, boum, sa voiture explose. Comme ça, hop.

La presse conclue naturellement à un accident (c’est vrai, une voiture qui explose la veille d’une convocation de la presse par son conducteur pour faire des révélations, il n’y a rien de plus banal).

La France en 2012. Voilà voilà.

Pendant ce temps, à la Maison Blanche, le Président, Adrian le scientifique et Carl le vilain politique papotent. Adrian explique qu’au vu des derniers relevés, ses calculs sur quand et comment la planète va partir en sucette sont faussés : tout arrive plus vite que prévu. Il va falloir se magner les miches, pour parler en vocabulaire hollywoodien. Le président lui fait les gros yeux (il n’aime pas qu’on se plante dans l’agenda qui indique la fin du monde, c’est fâcheux) mais est interrompu par sa fille qui rentre en gueulant que, tiens, elle a été manipulée, que dis donc, La Joconde qu’on lui a demandé de mettre en sécurité n’est jamais arrivée à destination, et que le directeur des musées de France est mort pendant qu’il lui en parlait au téléphone (en même temps, il ne faut pas téléphoner au volant). Alors elle veut une explication, bordel de bite (elle est colère, et quand elle est colère, son vocabulaire s’enrichit). Le président décide donc de tout lui dire : les continents, la dérive, le curling, la fin du monde, tout. En conséquence de quoi, les nations du monde sont en train de mettre en sécurité dans un lieu secret le patrimoine culturel du monde, comme La Joconde, des Picasso ou encore des DVDs de Cauet. Voilà, elle connait la terrible vérité.

Au même moment, en Californie, nous découvrons Jackson Curtis, écrivain malchanceux et raté fini, qui est à la bourre pour aller chercher ses enfants chez son ex-femme pour aller camper (une activité visiblement incontournable dans de nombreux films & séries). Accessoirement, il est aussi chauffeur de limousine pour un milliardaire russe, puisque ses livres ne se sont vendus qu’à moins de 500 exemplaires (bouh, le nul). En sortant de chez lui, il constate par ailleurs qu’une légère secousse sismique, comme la Californie en connait moult ces derniers temps, a un poil abîmé le bitume de la rue en bas de chez lui, mais rien de grave, rassurez-vous. Il s’en va donc dans la limousine du patron, sa voiture étant en rade (oui, tout y est, quel gros malchanceux alors).

Arrivé chez sa femme il retrouve ses enfants, qui évidemment, eux aussi, le considèrent comme un raté. Sa fille (la plus jeune, 7 ans, qui pisse encore au lit), moins que son fils (11 ans ? Et qui a une tête à claques) qui lui montre bien son affection pour son nouveau papa, qu’on appellera Bopapa. Ce dernier est chirurgien esthétique, et c’est un winneur qui roule en voiture de sport et fait de beaux cadeaux aux enfants (tiens, on dirait l’exact opposé de Jackson, quelle formidable coïncidence). Et évidemment, il méprise notre héros, qu’il considère comme un raté. Seule Kate, l’ex-femme de Jackson (et donc la nouvelle femme de Bopapa) trouve que Jackson n’est pas une grosse merde. On sent bien qu’au fond de son petit cœur il y a encore de l’amour en veux tu en voilà pour son ex. Leur couple va t-il se reformer d’ici la fin du film ? Comme je suis impatient de le savoir !

Jackson emmène donc dans sa belle limousine ses enfants vers le parc de Yellowstone pour aller camper. Sur place, ils vont se promener, mais diable, que découvrent ils au milieu du parc ? Diantre : des grillages avec des panneaux expliquant qu’il ne faut pas entrer, danger, tout ça, que c’est le gouvernement qui le dit. Jackson, qui est un père exemplaire et non un gros con irresponsable, propose donc tout naturellement à ses enfants d’escalader le grillage pour continuer leur promenade. Finalement, arrivés à l’endroit où se trouvait le lac où Jackson avait l’habitude de copuler avec Kate quand ils venaient à Yellowtone, ils ne découvrent juste que des animaux morts et un site asséché. Alors qu’ils sont encore bien étonnés de leur découverte (bien que les animaux morts excitent secrètement Jackson), ils voient débarquer l’armée qui leur explique que voilà, passer les grillages où c’est marqué qu’il ne faut pas entrer, c’est mal, et c’est surtout idiot. Dans le doute, ils sont emmenés au camp secret de l’armée au cœur du parc de Yellowstone.

Et figurez-vous que, haha, c’est incroyable, qui dirige la base du parc ? Mais Adrian le scientifique, bien sûr ! Et devinez quel est le livre de chevet d’Adrian ? Mais le livre de Jackson (quelle incroyable coïncidence !) évidemment ! Oui, le mec vend 500 livres dans un pays de 300 millions d’habitants, et paf, voilà que ça tombe sur le bon gars, qui le lit pile au bon moment. Et en plus, figurez-vous que (oui, décidément !) le livre de Jackson parle de ce qu’il se passerait en cas de catastrophe type fin du monde avec les continents qui seraient engloutis (il est décidément très fort). Livre dans lequel il explique que les gens, face à la catastrophe, seraient plus gentils et solidaires que jamais. Oui, il est un peu con. Mais, c’est le gentil, alors il a forcément raison. Adrian trouve ça super de rencontrer ainsi son idole littéraire, et les fait raccompagner à leur camping.

Camping où, figurez-vous, pendant que ses enfants continuent de le considérer comme une grosse merde, Jackson rencontre un passionné de complot : Charlie Frost, un excentrique qui tient la radio locale, et qui, incroyable, est persuadé que la fin du monde arrivera en 2012. Et que le gouvernement construit des vaisseaux. Même qu’il a eu, d’un ami commun à Jackson et lui (coïncidence, encore), un ancien ponte de la Nasa, une carte de l’endroit où les vaisseaux seraient situés. Le ponte de la Nasa en question a lui aussi mystérieusement trouvé la mort peu de temps après. Hmmm…

Jackson guette la prochaine merde qui va lui tomber sur la gueule

Jackson a à peine le temps de réfléchir à tout cela qu’il est appellé par son ex-femme qui lui ordonne de rentrer à la maison : alors qu’elle était au supermarché à s’engueuler avec Bopapa (qui manquait de respect à Jackson), la supérette  a été littéralement coupée en deux par un tremblement de terre d’une rare précision (puisqu’il a créé une faille pile poile entre Kate et Bopapa, pour les séparer, il est fort ce tremblement de terre).  Elle flippe donc et veut retrouver toute sa petite famille sur le champ. Jackson s’exécute, et s’en va donc ensuite au travail aller chercher les enfants de son patron, Youri, qu’il doit amener à l’aéroport. Les deux insupportables trous du cul à l’accent stalinien lui font toutes les misères du monde, jusqu’au moment où montant dans leur avion, l’un d’entre eux dit "Haha, Jackson, tu vas mourrrirrr comme une crrrrotte, et tu ne le sais pas encorrre ! Nous on a des tickets grrrâce à papa pour monter dans les vaisseaux, mais pas toi, hohoho, mais tu ne sais même pas ce dont je veux parrrler. Da."

A noter que si les autorités sont arrivées jusqu’ici à garder tout le projet secret, quitte à tuer des gars trop bavards genre notre directeur des musées de France, elles font toute confiance à des trous du cul de 12 ans pour garder ce genre de secrets sans les abattre par prudence.

Pour Jackson, en tout cas, c’est le déclic : la fin du monde, les vaisseaux, tout ça, c’est pour bientôt ! Il file donc retrouver sa famille, et gesticule devant la table du petit déjeuner familial en hurlant "fin du monde", "tremblement de terre", Steevy Boulay" et "J’ai réservé un avion". Personne ne le croit, jusqu’au moment où Thierry le tremblement de terre (oui, je lui donne un petit nom car comme nous allons le voir, il a une personnalité à part entière) décide de secouer la maison histoire de convaincre tout le monde de la véracité de cette histoire. Bopapa, Kate, le fils idiot et la fille pisseuse se ruent donc vers la limousine de Jackson et tout le monde démarre alors que tout le quartier, puis toute la ville commencent à s’effondrer.

Thierry le tremblement de terre, lui, s’arrange pour être le plus cool possible avec la petite famille : d’abord, il crée une faille, oui, mais TOUJOURS juste derrière eux. Alors des fois, Jackson il se dit "putain, il est lourd Thierry à me suivre, attend je vais le semer". Mais on ne sème pas un tremblement de terre comme ça ! Il a beau tourner à droite ou à gauche en mettant son clignotant du côté opposé pour feinter Thierry, ou faire plusieurs fois le tour du rond-point, ce dernier le colle toujours à 5 mètres de distance. Ho, le fourbe. Mais Thierry voulant faire quelques bonnes blagounettes à la famille, il en profite aussi de temps à autre pour créer un effondrement juste devant la voiture, mais alors soit il laisse juste la place pour passer, soit il crée un tremplin en soulevant le bitume pour que Jackson puisse faire des acrobaties dignes de K-2000 (sauter en l’air, traverser un immeuble de part en part, etc). Trop sympa ce Thierry.

Arrivé à l’aéroport, l’avion est prêt, mais le pilote, lui, est mort écrasé sous un vieux bout de béton. Ca tombe bien, Bopapa a un peu piloté des avions de tourisme ; ni une ni deux, tout le monde à bord, et on s’envole pendant que Thierry poursuit cette fois l’avion en créant une grosse crevasse derrière lui. Par on ne sait quel phénomène paranormal, l’avion lorsqu’il décolle se retrouve finalement certes au dessus de la piste, mais bizarrement en plein milieu de la faille nouvellement créée (et donc sous le niveau du sol), avec des immeubles qui s’effondrent sur lui et qu’il évite de justesse et tout. Thierry a dû décider que ce n’était pas assez spectaculaire : tout ce qui s’effondre ne s’effondre jamais sur lui-même ou ailleurs, non, ça s’effondre toujours en direction de la famille Curtis, mais sans jamais la toucher. Très fort.

Regardez bien la direction dans laquelle chaque immeuble choit.

Mais où aller maintenant qu’ils sont en sécurité en l’air, alors que toute la Californie vient de sombrer dans l’océan ? Et bien à Yellowstone, histoire de tenter de voir Adrian le scientifique et Frost l’animateur-radio-qui-a-une-carte-des-vaisseaux-à-prendre-pour-évacuer. Arrivés sur place, le camp d’Adrian a été déserté (il est reparti à Washington tenter de voir s’il pouvait mettre une cartouche à la fille du président). Jackson décide donc d’aller rendre visite à Frost. Ce dernier a abandonné son camping-car, et est en train de faire le zouave dans les collines alentours. Hop, Jackson prend le camping-car et tombe pile-poil sur la colline où Frost se situe (moi qui croyais que Jackson était malchanceux, en fait, non, pas vraiment). Frost lui indique où est la carte dont il a besoin, qui est rangée dans le camping-car, mais pile à ce moment là, le volcan de Yellowstone explose. Ha, c’est pas de bol, ça pouvait pas être 15 minutes après ? Non, c’est maintenant. Ha. Toutes ces coïncidences, c’est fou tout de même.

Frost décide de rester sur place, et Jackson conduit à fond les ballons pour tenter de semer Ondine, l’onde de choc du volcan. Ondine, comme Thierry, est farceuse : elle va très vite, mais elle ralentit pour ne pas aller plus vite qu’un camping car sur une route en terre. Ensuite, elle s’arrête un peu, le temps que Jackson fouille gentiment le camping-car pour trouver la carte dont il a besoin, puis elle reprend sa route au petit trot, le temps que tout le monde remonte dans l’avion familial, et accélère pour coller aux fesses de l’avion cette fois, sans jamais le doubler. Tout le monde s’en sort donc indemne.

A noter que sachant que l’explosion du volcan de Yellowstone serait d’une ampleur de 22 bombes H modernes,  soit 27 millions de fois la bombe d’Hiroshima, on se dit que finalement, si ces feignasses de japonais avaient eu un camping car, ou même un simple vélo vu la faible puissance de leur explosion, ils auraient pu semer leur onde de choc sans soucis eux aussi. Fainéants.

Où en étions nous ? Ah, oui, la carte. Oui, alors, cette dernière explique que le site où se trouvent les vaisseaux est en fait en Chine, dans l’Himalaya. Hmmm attendez, ne parlait on pas déjà de l’Himalaya au début de ce film ? Tout commence à s’assembler. Quel dommage que nos héros n’aient pas un avion assez gros pour aller en Chine. Tiens, maintenant que vous le dites, figurez-vous que notre petite famille, qui du coup, avait pris la route de l’Ouest, se pose à Las Vegas pour faire le plein. Et qui y rencontre t-elle au même endroit, dont l’avion est en rade ? Mais Youri, le patron de Jackson, bien sûr ! Accompagné de sa pouf et de son chien moche, de ses deux enfants, et de Sacha, son pilote. Que foutent-ils à Las Vegas alors qu’ils étaient en Californie et que ce n’est pas vraiment la route pour la Chine, vers laquelle ils se dirigeaient pour embarquer ? On ne le saura, là encore, jamais. Or, figurez-vous que dans tous les cas, Sacha a trouvé un nouvel avion assez gros pour aller en Chine, un antonov russe venu livrer des voitures de luxe, suffisamment gros pour aller jusqu’au pays des nouilles sautées et du communisme. Seulement, il faut un copilote pour le décoller ; merveilleux, puisque Bopapa est là pour ça. Youri et Jackson unissent donc leurs équipes pour quitter Las Vegas.

Mais attendez, ils viennent de mettre un pied par terre, là, non ? Du coup, qui revient à la charge ? Thierry le tremblement de terre, comme de bien entendu ! Il poursuit l’antonov au décollage, cette fois, et lui fait tomber plein d’immeubles près de lui, sans jamais le toucher. Ha, il est joueur ce Thierry ! Dans l’avion, le fils de Jackson, qui vient de voir mourir des millions de personnes, se dit qu’il est temps de poser les vraies questions : "Papa, pourquoi tu l’aimes pas, Bopapa ?" ; "Ha euh, bin, on ne se connait pas assez lui et moi". Tout à fait le genre de dialogues que l’on a lorsque le monde est en train d’exploser. Je pense qu’on a coupé au montage la séquence "Papa, pourquoi tu viens jamais à mes matchs de base-ball ?". Dans l’avion, la famille russe et la famille américaine surmontent leurs différences et une belle amitié semble naître entre eux. Oui, je dis "semble", parce qu’ils ont un accent russe quand même ; ce qui est une allégorie sonore de la traîtrise dans le cinéma américain, rappelons le.

Pendant ce temps, à la Maison Blanche, le président fait évacuer tout le monde par Air Force One (sa fille, Carl le vilain, Adrian le scientifique…) en direction de la Chine. Lui, il va rester avec son peuple, sa nation, jusqu’au bout, blablabla, contrairement à tous les autres dirigeants mondiaux, qui, eux, à l’exception de l’Italie (le 1er ministre reste prier et se prend par on ne sait quel effet de la gravité la coupole de la Basilique Saint-Pierre sur la gueule ; quand on vous dit qu’aucun bâtiment ne s’effondre sur lui-même ou dans une direction anodine), fuient, les couards.

"Ho non, il a coulé mon porte-avions !"

Le président des États-Unis finit héroïquement, évidemment (il ne meurt pas écrasé par une chute de plafond alors qu’il était aux toilettes, par exemple), puisqu’alors qu’il cherche le père d’une enfant abandonnée recueillie par ses soins à la Maison Blanche, alors qu’il est au milieu de la foule, sous les cendres volcaniques qui tombent sur la capitale, elle-même fraichement touchée par un tremblement de terre (ils endurent tout ce qui est possible), un tsunami géant vient lui coller sur la face le porte-avions USS Kennedy, ce qui lui pique un peu la gueule quand même. L’observateur averti notera que pour que la catastrophe soit encore plus catastrophique visuellement, le porte-avion arrive bien pile-poil sur la vague, avec encore tous ses avions bien rangés sur le pont (bin oui, faut qu’ils tombent dans l’océan au moment où ils apparaissent à l’écran ; avant, ça ne sert à rien) avant de tomber sur la Maison Blanche en semant ses aéronefs de-ci de-là.

A noter que le film est entrecoupé de scènes où les gens appellent leurs parents/enfants pour leur dire qu’ils les aiment, tout ça, et évidemment, pile à ce moment là, Thierry le tremblement de terre, Ondine l’onde de choc ou Sony le Tsunami leurs mettent leurs mères. De l’émotion, de la pure.

D’ailleurs, tout le long du film, malgré des éruptions solaires géantes, des continents engloutis par les eaux ou disparaissant totalement, le déplacement des pôles et tout, tout le monde a toujours du réseau pour passer des appels larmoyants. On ne doit pas avoir le même opérateur.

A bord de l’antonov où cohabitent la famille russe et la famille américaine, pendant ce temps, on s’aperçoit qu’on va manquer de fioul, alors s’il y avait une station essence, ce serait bien. Sacha dit qu’il en connait une bien à Hawaii, et qu’en plus, le plein d’un gros avion, ça rapporte pleins de points Total pour s’acheter des tasses ou des sets de table.  Seulement voilà, Hawaii a été transformé en série d’îles volcaniques, et il n’y a plus grand chose là-bas. Flûte. Ce n’est pas grave, fait remarquer Bopapa, vu qu’on avait pété le train d’atterrissage en partant de Las Vegas. Bopapa est un peu con : sans train d’atterrissage, il comptait atterrir et redécoller comment de Hawaii ? En tout cas, maintenant que ça lui est revenu, il dit que bon, voilà, on ira amerrir en mer de Chine, hop, et on verra après.

Sauf que, haha ! Coïncidence, quand tu nous tiens ! Figurez-vous que les continents se sont mis à dériver ! Et que, incroyable coup de bol, cela a amené la Chine pile en dessous de l’avion de nos héros (si tu ne viens pas à la Chine, c’est la Chine qui vient à toi). Doucement, cependant, ils commencent à manquer de jus (à noter que dans le film, quand un réacteur n’a plus d’essence, il se met à produire une grosse fumée noire, histoire de rendre ça plus dramatique), et ils finissent par tomber à sec… juste au-dessus des montagnes de l’Himalaya. Décidément, heureusement que Bopapa ravage régulièrement l’intérieur de Kate, sinon Jackson n’aurait jamais pu avoir une telle chance de cocu. Hop, alors que l’antonov atterrit sur un glacier tout le monde arrive à sortir de l’avion en utilisant l’une des nombreuses voitures qui y étaient stockées (ça tombe bien quand même) avant que celui-ci ne finisse sa course dans un ravin, alors que Sacha était aux commandes. Adieu, donc, Sacha le pilote.

Sur place, incroyable coup de bol, ils sont survolés par l’armée chinoise, qui transportait des animaux par hélicoptère vers les vaisseaux (parce que voilà, en cas de déluge, c’est la règle, il faut sauver les girafes). L’armée chinoise descend et n’embarque que ceux qui avaient des tickets pour les vaisseaux à un milliard d’euros pièce : Youri et ses deux gosses (la construction des vaisseaux a ainsi été financée). Tout le monde crie au scandale, la pouf de Youri et son chien moche sont outrés d’être ainsi abandonnés, mais voilà, Youri avait un accent russe, c’était donc forcément un sale traître qui n’attendait qu’une occasion pour les abandonner et sauver sa peau. A peine l’armée chinoise est elle partie, que nos héros en marchant un peu tombent sur un moine bouddhiste en camion qui les embarque. C’est le frère de l’ouvrier que l’on voyait au début ! Halala, vraiment, ils en ont du bol, on ne le dira jamais assez. Ils se rendent aux vaisseaux (oui, il semblerait que les ouvriers chinois aient eu du mal à garder le secret, mais eux, on ne les a pas abattu, contrairement au directeur des musées de France) pour essayer d’y rentrer et d’échapper ainsi à la fin du monde.

Contrairement aux voitures françaises, les vêtements chinois ont beaucoup évolué

Aux vaisseaux, on retrouve nos amis Carl et Adrian, qui s’engueulent fortement, parce que et d’une le 1er se déclare le nouveau patron des Etats-Unis puisqu’il n’y a plus ni président, ni vice-président, ni président de la chambre, et de deux parce qu’Adrian s’aperçoit que les gens que l’on sauve, ce sont juste les gens assez riches pour payer. Ce petit communiste crie donc au scandale. Remarquez, il n’a pas tort sur un point : s’ils n’ont pas pensé à sauver des prolos genre agriculteurs pédagogue et/ou maçons compétents, ils vont un peu en chier une fois dans le monde post-apocalyptique, les multimilliardaires en goguette.

Par ailleurs, sur les 6 vaisseaux, seuls 5 sont en état de marche. Le numéro 3 s’est pris un plafond sur la gueule et fonctionne moins bien depuis. C’est dommage, c’est le vaisseau que Youri et ses gamins devaient prendre, les voilà donc bien punis pour leur méchanceté. Alors que dans le même temps, grâce à un plan génial de l’ouvrier chinois frère du bouddhiste, intitulé "Tiens, si on courait au milieu de la base devant tout le monde avant de rentrer dans un vaisseau en passant par ses amarres au vu de tous", Le bouddhiste, son ouvrier de frère, leurs grands parents, la pouf russe et son chien, la famille Curtis et Bopapa s’infiltrent dans l’arche américaine.

Adrian, qui a un coeur gros comme ça, lui, et qui voit tous les gens qui devaient embarquer dans le vaisseau numéro 3 abandonnés sur les quais alors qu’un tsunami géant arrive sur eux, décide de faire une vidéo-conférence avec tous les vaisseaux des autres pays du monde (contre l’avis du méchant Carl qui n’en a évidemment rien à battre) pour leur faire un discours sur "Ce qui fait de nous des hommes, c’est la gentillesse, alors si on veut sauver l’humanité, commençons par sauver les pleupleus du quai numéro 3, et puis en plus, j’ai lu ça dans un livre génial d’un certain Jackson Curtis." ; ha, quel beau discours qui émeut instantanément les dirigeants du monde qui se mettent à pleurer devant les paroles d’un mec qui cite en référence un livre de SF vendu à 500 exemplaires dans le monde. Du coup, les vaisseaux ouvrent leurs portes, et accueillent toute la bande des gueulards du vaisseau numéro 3. Tout le monde, à part Youri, qui, suite à une petite acrobatie involontaire, arrive à faire monter ses enfants à bord, mais chute et meurt comme le vilain soviétique qu’il était. Non mais.

Seul problème (car oui, il faut que le film dure encore un peu), nos héros – passagers clandestins – s’étaient réfugiés pile dans le système hydraulique d’ouverture de la porte. Qui du coup, tue Bopapa en s’activant (la célèbre séquence du "Attrape ma main !" "Ha, je n’y arrive pas !" est évidemment de la partie ; les spectateurs noteront que Jackson, qui est accroché à un câble, à encore deux bons mètres de mou à dérouler en arrière plan pour descendre et rattraper les 5 centimètres qui le séparent de la main de Bopapa, mais ne les utilise pas. Quel gros bâtard, en fait ce Jackson. Mais non, dixit le film, il a fait tout ce qu’il pouvait), ce qui est triste mais ne fait pleurer personne. Et arrange bien Kate qui du coup, n’aura plus à plaquer Bopapa avant de faire des bisous à Jackson.

Pendant ce temps, le tsunami géant arrive sur l’Himalaya (une vague qui doit facilement faire 7 kilomètres de hauteur, donc) et sur la base des vaisseaux, dont le plan est "On s’accroche quand la vague arrive, et ensuite, on se met à flotter quand ça s’est calmé, pour aller chercher de nouvelles terres émergées et s’y installer". Oui, plus que des vaisseaux, ce sont des arches. C’est beau. Sauf qu’évidemment, le vaisseau américain a un soucis : alors qu’il remonte sa porte qu’il a ouvert aux survivants, celle-ci se bloque car "quelque chose s’est coincé dans le mécanisme". J’aurais parié mes billes sur le cadavre de Bopapa, mais non, en fait, il s’agit d’un outil oublié par l’ouvrier chinois qui était avec eux. Bon. Du coup, la porte ne se referme pas bien, et le tsunami arrivant, l’eau commence à rentrer. Ce qui panique les gens deux minutes, mais pas plus. A croire qu’ils oublient que leur vaisseau prend l’eau. D’ailleurs, l’eau apparait en des endroits mystérieux, puisque par exemple, les portes étanches se fermant, la pouf russe de Youri se retrouve isolée du reste du groupe. Elle a juste le temps de mettre son chien en sécurité. Sachant qu’elle était dans un film, elle aurait du garder son chien avec elle : même moche, on ne tue pas le chien dans un film catastrophe, donc rester avec lui est excellent pour sa sécurité personnelle. Bref, alors qu’elle est isolée entre deux portes étanches, l’eau continue à monter (d’où vient elle ? On l’ignore.) et la tue.

"Nooooon" ; d'accord Jackson, mais regarde, tu pouvais descendre plus bas sur le câble si tu avais vraiment voulu aider Bopapa

Sur la passerelle, Adrian apprend qu’on ne peut démarrer le vaisseau tant que la porte n’est pas fermée. Ce qui ne serait pas trop grave si une vague géante arrivant ne leur avait pas fait atterrir sur la gueule Air Force One (oui, Sony le tsunami aime bien jeter des appareils américains sur d’autres américains), qui du coup avait pété une amarre et envoyé le vaisseau à la dérive, droit vers l’Everest, où il risque de s’échouer comme une daube. Adrian décide donc d’aller voir ce qui bloque le mécanisme de la porte, et grâce à une caméra, que découvre t-il ? Mais son idole bien sûr, Jackson Curtis, qui vient juste avec ses potes chinois de coincer la dite porte par erreur, donc. Mais Adrian ne les engueule pas, il leur demande juste gentiment s’ils ne peuvent pas aller débloquer le système qui est désormais sous l’eau. Jackson, accompagné de son crétin de fils, y vont donc. Adrian suit leurs prouesses grâce à une caméra qui filme bien Jackson de face quand il essaie de décoincer l’outil du chinois dans les rouages. Du coup, moi j’aurais tendance à croire que ce qui bloquait le mécanisme, c’était plutôt la dite caméra vu là où elle a l’air d’être placée, mais bon, on est plus à une incohérence près. Il finit évidemment par y arriver pile au dernier moment, ce qui permet au vaisseau d’éviter de s’échouer à une seconde près, donnant ainsi accès à la séquence obligatoire de tout film catastrophe américain :

Une salle de contrôle, silencieuse et anxieuse
"…"
"…"
"…"
"Catastrophe évitée" annonce l’ordinateur
"Ouaiiiiiis" fait tout le monde en agitant les bras et en jetant des papiers partout.

Voilà, maintenant que c’est fait, on en arrive à la fin du film, 27 jours plus tard :

Dans leur cabine, Adrian travaille pendant que la fille du président lui lit les dernières pages, particulièrement pertinentes, du livre de Jackson Curtis. Elle s’émerveille devant ce génie littéraire. Adrian tout autant. Ce qui les rapproche, et donne envie à Adrian de lui montrer comment on repeuple la planète. Mais ils sont interrompus par la première sortie sur le pont autorisée depuis l’apocalypse.

Là, on retrouve Jackson, sa femme, ses gosses, les fils de Youri (qui sont devenus gentils) qui observent l’horizon en rêvant. On apprend qu’ils font cap vers l’Afrique, qui apparemment a réémergé (elle a plongé juste le temps de purger le pays de ses sombres habitants plutôt auvergnats) après le déluge, et en plus se trouve désormais en zone bien tempérée. Et on apprend aussi que la fille de Jackson ne fait plus pipi au lit car elle n’a "plus peur".

Le mot de la fin, égal au film.

Comme quoi, une bonne apocalypse, 6 milliards de morts, et hop, fini le pipi au lit. C’était si simple, en fait.

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