C’était un soir de septembre.

Il commençait à faire un peu froid, là, dehors, sous le ciel nocturne. Elle et moi nous étions abrités dans la chaleur d’un petit bureau, seulement illuminé par quelques spots aux couleurs mordorées qui lançaient sur les murs alentours des reflets de cuivre ; je me souviens particulièrement de l’odeur, l’air du soir semblant empli des effluves des feuilles de thé qui venaient fraîchement de remplir leur office ; pour qui a quelque peu roulé sa bosse, il y a dans cette fragrance un je-ne-sais-quoi qui n’est pas sans rappeler l’arôme flottant au large d’Hong Kong, au crépuscule, lorsque debout à l’avant d’une jonque au bois craquant, on peut observer les lumières sur le port aux parfums, là-bas, sur le delta de la rivière des Perles. Enfin si on a le nez fin et qu’on arrive à se concentrer sur autre chose que sur les cris des prostituées à fond de cale, sinon, tout ce qui fouette nos naseaux, ce sont les effluves en provenance du poste arrière où se situe le moteur diesel pétaradant au même rythme que le marin le maniant. Bref.

J’étais fort occupé à mes travaux, ne la regardant que de temps à autres en lui jetant un regard tendre lorsque soudain, tout a basculé. Je ne saurais expliquer précisément comment c’est arrivé, ou pourquoi, mais soudain, je me souviens qu’elle était dans mes bras, fébrile, incapable de faire le moindre mouvement. Je pouvais lire sur elle que c’était la fin ; une seconde, elle était radieuse, l’autre, mourante. Il n’y a pas de mots pour expliquer le désarroi qui peut emplir un homme dans ces moments là.

"Non !" avais-je crié, désespéré, la gorge serré, incapable même dans ce moment là de lui dire qu’elle était la seule créature dont je ne pourrais me passer, même quelques jours. Elle m’était devenue indispensable sans que je le sache. Ma douleur était telle que j’ignore si j’ai imaginé le dialogue qu’il y eut entre nous, tout ou en partie. Je crois que j’avais vraiment envie de l’entendre me dire quelques derniers mots.

"Je… désolé Odieux je… je suis foutu… je… hnng… je… 
- Non ! Accroche-toi bon sang ! Je vais appeler des secours, tu vas voir, ils vont te retaper en moins de deux !
- Je… c’est… argh… dis-moi… de… de quelle couleur est ma diode ?
- Petite box, non ! Je… ta diode va très bien, je t’assure ! Elle est parfaite !
- Ne me mens pas… elle… elle est jaune, n’est-ce pas ?
- …
- Je le savais… je… je l’ai senti…
- Arrête ! J’ai connu d’autres box avec des diodes bien plus jaunes que la tienne, et aujourd’hui, elles vont très bien ! Pense à tout ce qui t’attend ! On va retourner sur le web, toi et moi ! On regardera des vidéos de chatons avec de la musique, ou des clips minables avec des mecs qui mettent "SuperThothor 79 Production présente" durant 10s au début ! 
- Ah… ahah… ne… ne me fais pas rire…"

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Adieu, Bobox. Tu as rendu de fiers services à la nation : nous enverrons à ta maman, un petit modem 56k du Kentucky, une facture pliée en 4 sur ton emballage d'origine

Sa diode luisait de plus en plus faiblement, alors qu’au travers de mes yeux voilés par les larmes, je composais péniblement le numéro de la hotline. La suite, je ne m’en rappelle guère ; tout est confus. Je me souviens avoir dû composer douze numéros différents et patienter 1 minute de hotline (soit 15 dans le monde réel) pour enfin avoir quelqu’un prénommé "Jean-François" d’après ses dires, bien que son accent me laissait supposer qu’il se foutait vaguement de ma gueule (je n’en dis pas plus : chacun aura compris que je voulais bien évidemment évoquer un charmant accent liégeois, sous-entendant que son vrai nom devait être Eudes-Baudouin). J’ai aussi des visions dans lesquelles je débranche puis rebranche mon matériel pour la 23e fois, sachant que ça a échoué les 22 fois d’avant mais que c’est "pour voir" ("Et maintenant, que fait la box ?" – "Attendez, je regarde… ah, oui, je crois qu’elle me fait un doigt"), bref. Je crois aussi qu’à un moment, le type a demandé quand la ligne avait été coupée ; j’ai répondu un truc à base de surf sur le site de la bibliothèque de France ; je me voyais mal lui avouer que c’était probablement une surcharge de photographies de Jordan Carver prenant sa douche qui avait dû avoir raison des circuits imprimés de la petite créature que je tenais fermement contre moi.

"Je… je suis foutue, hein ?
- Non ! Non ne dis pas ça !
- J’ai bien entendu… il t’a dit… ce… ce Jean-François… qu’ils allaient me remplacer sous 10 jours… alors pour toi… tout ça… ça ne représentait rien ?
- Je… si… si, bien sûr je…
- Tous ces sites girlys que l’on a consulté ensemble… ces articles de "Elle" lus en cachette…
- Mais ?! Mais chhhht !
- Ces moments passés à lire les commentaires de chez Diglee…
- Chhhhhht ! Je ! Bon sang !
- Et la fois où tu as regardé en entier une vidéo de Benjamin Lanc…"

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Il y eut un léger craquement, lorsque l’outil s’abattit sur la petite machine ; comme toutes, elle s’était battue jusqu’à la fin. Comme toutes, elle n’avait pas voulu abandonner.

Comme toutes, il lui avait fallu un bon coup de pelle dans la gueule.

Bref, lecteur, tout ça pour vous dire :

- Je n’ai plus internet pour quelques jours, en dehors de sur mon téléphone

- Donc comme toujours dans ces cas là : si je vous lis, je mettrai plus de temps à répondre

- Il faudra attendre un peu pour un "vrai" article

Voilà jeunes gens. Maintenant, bourgeois disposant d’internet, allez donc gambader ailleurs, petits chanceux.

L’été approche !

Sous la chaleur étouffante de l’astre céleste venu caresser de ses rayons la fragile surface de notre planète, les enfants commencent d’ores et déjà à se lancer dans des batailles d’eau durant lesquelles ils s’inventent les scenarios de mille et une escarmouches ; dans les rues, les strates de tissu superfétatoires recouvrant les corps des gentes damoiselles se sont bien amoindries, et révèlent de-ci de-là quelques merveilles, alors qu’à l’inverse, les mâles ont principalement raccourci leurs manches et ressorti leurs marcels, laissant poindre de fabuleuses touffes de poils hirsutes sous leurs aisselles suintantes alors qu’ils tentent d’aborder les femelles précédemment évoquées d’un "Madmoaselle, bien ou bien ?".

Mais le vrai signe de l’été qui approche, bien plus que le thermomètre qui monte, que l’odeur lourde des barbecues ou celle de papy qui sèche, c’est bien évidemment la prolifération des tests à la con dans les magazines visant à occuper Germaine pendant qu’elle fait bronzer ses fesses sur une plage du cap d’Agde.

Les magazines féminins sont une sorte de terre d’asile pour ces hordes d’interrogations supposées révéler mille et une vérités secrètes sur la nature profonde de leurs lectrices. Aujourd’hui, plutôt que de vous faire un test produit par mes soins, je me permets d’en commenter un formidable trouvé sur auféminin.com, sobrement intitulé "Facebook, Twitter, SMS… testez votre degré d’addiction". Notez que dans mon immense bonté, je vous en propose un qui aille tant aux amies des chromosomes X qu’à ceux qui préfèrent posséder un chromosome Y. Mais allons-y, ne trainons pas, je sens que vous brûlez d’impatience de savoir si vous êtes une sorte d’über-geek ou plutôt l’un des derniers humains à considérer que le Minitel, c’est bien trop moderne pour vous.

"Vous avez UNE nouvelle notification Facebook"

Bref, en route, et déjà, commençons par une petite introduction :

Entre nos copines Miss Cliquetrop et Miss Cliquepas, on a un peu de mal à s’en sortir. Il y a celle qui n’arrête pas d’envahir notre Wall de commentaires – et pas toujours des plus intéressants – et celle qui ne répond jamais à nos mails – pourtant super urgents ! Eh oui, à chacune son comportement vis-à-vis de ces nouveaux modes de communication : Facebook, Twitter, SMS, mails, MSN… 

Bien que le journal n’évoque pas Miss Cliquetruie, celle qui écrit tout simplement comme une sorte de porc ruisselant de gras et de boue dès qu’elle passe près d’un clavier, convenons-en : il existe des gens qui inondent notre "Wall" (je vous rappelle qu’on est dans un magazine féminin : dès que l’on peut remplacer un mot français par un anglais, on le fait. Je soupçonne d’ailleurs chaque magazine d’utiliser la livre sterling comme monnaie et de participer aux élections à la chambre des communes, mais passons) d’étrons électroniques, du genre "Si toi aussi tu es contre le cancer, copie -le sur ton mur… 98% des gens ne le feront pas. Et mes vrais amis ?" . Et bien, tes vrais amis, ils te retrouveront, ils te casseront la gueule à coups de clé à molette et ils balanceront ton corps meurtri dans une décharge à proximité de Niort. Et ce sera pour ton bien.

Enfin bref, oui, tout le monde n’utilise pas internet de la même manière. Et heureusement.

Et vous, comment les gérez-vous ? Etes-vous proche de l’attaque d’apoplexie quand on vous annonce que votre connexion Internet est momentanément interrompue, consultez-vous vos 8 boîtes de réception et autres messageries toutes les 5 min ? Ou au contraire, prenez-vous un malin plaisir à ne pas répondre dans la seconde aux SMS qu’on vous envoie ? Pour connaître votre degré d’addiction à tous ces outils numériques, passez le test ! 

Jean-Charles Nayebi, docteur en psychologie, psychothérapeute et expert en psychopathologie de la modernité *, vous livre en prime quelques conseils pour décrocher. 
A vos clics, prêtes, partez ! 

*Il est également l’auteur de "Cyberdépendance en 60 questions", paru aux éditions  Retz.

Ah, un professionnel à notre service ! Merci Jean-Charles. J’en profite pour préciser qu’un ouvrage qui ne comprend que 60 questions et qui se vend environ 17€ (je vous laisse chercher vous-même), ça nous fait quasiment du 30 centimes la question. Le prix d’un SMS, quoi. Je ne sais pas pourquoi, je sens qu’il y a baleine sous gravier, mais passons et faisons comme on nous le demande (car nous sommes disciplinés, tout de même) : lançons le test.

Mon premier réflexe le matin ? Regarder si j’ai reçu des SMS ! On ne sait jamais… Il s’en passe des trucs pendant la nuit !

• Oui
• Non

Bon, je vais directement entrer dans le vif du sujet : toutes les questions n’auront que deux réponses possibles : "oui" ou "non". Pas de variante possible (faut pas perdre les lectrices avec des choses complexes : elle sont forcément trop bêtes pour comprendre le concept de nuance) : du coup, ça doit pas être trop compliqué comme test à analyser : plus vous avez de "oui", plus vous êtes accro, et point barre. Eeeet bé. Je ne sais pas, mais j’ai comme l’impression que l’on prend les lectrices de magazines féminins pour des connes. J’approuve.

Mais notons plutôt l’intérêt de la question : est-ce que le matin, le premier truc que vous faites, c’est vérifier ce que l’on vous a envoyé durant la nuit comme SMS ? Non parce que techniquement, ça a peu d’intérêt : si quelqu’un vous a envoyé "Je sui en tr1 2 me fèr tabaC LOL" à 2h du matin en sachant que vous pionciez, il y a peu de chances que son SMS ait encore de l’intérêt à 7h00. Il n’existe que trois types de SMS nocturnes :

- le SMS urgent, qui est caduc au petit matin, et qui donc est bon pour la poubelle

- le SMS de la personne bourrée qui vous envoie une connerie/vous déclare son amour/balance un truc qu’elle regrettera le lendemain

- le SMS envoyé par un pote vampire avec, au hasard, une choucroute sur la tête et un duplo en guise de nez. Mais si vous lisez son SMS par un beau matin ensoleillé "Ramène toi j’veu tro te voar", c’est un peu râpé.

Bref, le SMS nocturne, le plus souvent, c’est soit que vos amis sont dans la merde, soit dans l’alcool, mais dans les deux cas, jusqu’au cou. Evidemment, trop consommer du second pouvant provoquer une arrivée impromptue du premier à bien des sens du terme, il y a moult mélanges possibles. Mais tout de même.

Edward a les sms gratuits de 21h à 8h, ce qui est bien quand on est un vampire

Lors d’une conversation téléphonique avec une amie, il m’arrive de dire "LOL" quand elle me raconte quelque chose de drôle.

• Oui
• Non

Soyons clairs : toute personne qui prononce LOL mérite un passage à tabac immédiat. Si vous racontez quelque chose à quelqu’un et qu’il répond LOL, en dehors du fait que l’on franchisse les limites du consternant, c’est aussi réaliser quelque chose de simple : LOL signifiant grosso-modo rigoler bien fort (je sais, laughing out loud, tout ça, ça suffit les pinailleurs), ça revient à dire à votre interlocuteur "J’en ris super fort", mais sans rire. Donc dire "Je suis en train de me foutre de ta gueule". Si quelque chose est drôle, ça fait rire. Dire "Je ris" sans le faire, c’est juste signifier votre mépris à autrui concernant la qualité de son calembour.

Donc autant de raisons de copieusement casser la gueule de l’auteur du LOL incriminé, transformant ainsi son propos en "Lying out Lifeless"

Quand je rencontre quelqu’un en soirée, je finis toujours par lui demander si elle est sur Facebook et si j’ai mon smartphone avec moi, je l’ajoute illico à ma liste de Friends !

• Oui
• Non

Je vous parlais des anglicismes pour un oui ou pour un non : "Friends", donc, puisque comme chacun sait, les réseaux sociaux, ça n’existe pas en version française. "Amis", c’est trop out. C’est Nineties quoi, allo ! Et puis bon, hein, si la personne n’est pas sur Facebook, mais la has-been quoi, comment je lui parle trop pas ! Attends, si ça se trouve, il a même pas de Twitter ! Nan mais comment on peut fréquenter un australopo… un anstralopi.. un austri… un homme préhistorique !

Par contre, le questionnaire ne dis pas ce que fais une jeune fille qui rencontre Emile Louis en soirée. Lui demande t-elle quand même son Facebook ? L’ajoute t-elle parmi ses Friends ? Informe t-elle tout Twitter à coups de "J’ai un nouveau super pote #soirée #amis #gromoche #autobus" ? Visiblement oui : le questionnaire ne précise pas s’il s’agit de quelqu’un qui vous plait ou non : qui que vous rencontriez en soirée, il faut TOUJOURS l’ajouter sur Facebook.

Oui, c’est vrai, dès qu’on me parle de quelqu’un que je ne connais pas, j’ai le réflexe de le googler ou de le facebooker pour voir de qui il s’agit !

• Oui
• Non

Excellent réflexe. En soirée donc, prenons un exemple au hasard.

"Putain, vous vous rendez-compte ? Vivre en URSS sous Staline ? Ca devait être rude.
- Sta..heu… Staline ? Ha, oui, hem, heuuuu, oui, trop dur, ouais. Staline avec un E hein ? Nan je le connais, hein, mais c’est passque… que… quoi ? Staline il est même pas sur Facebook ? Et mais vous vous foutez de ma gueule les gens ? C’est qui ce nobody, là qu’a même pas un wall FB ! Vous l’avez inventé pour vous foutre de moi, hein, LOL ! En plus je viens de regarder URSS c’est même pas sous google map, ça existe pas ! Hé mais pffff comment vous avez failli m’avoir !"
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Je sais : je suis au moins aussi subtil que le test.

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J’ai crée mon blog et je m’efforce de poster un petit quelque chose au moins une fois tous les deux jours. C’est mon journal intime… Mais ouvert à tous !
• Oui
• Non

Encore une fois, notez que ce test a été préparé par un expert ès Le Internet, qui connait bien le principe : oui, quand on a un blog, c’est obligatoirement pour en faire un journal intime ouvert à tous (Oui, je sais. Mais visiblement, le sens du mot "intime" est particulièrement complexe). Moi au départ, sur ce blog, je voulais parler d’analyses boursières, et puis pouf : dès que j’ai voulu poser mes doigts sur le clavier, une force paranormale s’est emparée de moi et a commencé à raconter ma vie dans tous ses détails dans le plus pur style d’une collégienne de 12 ans. Paaaassque bon, je voulais troooop partager avec le monde que je trouve Kévin trop cute, que je voudrais bien en faire mon boyfriend, mais que j’hésite avec Brandon, le garçon de 5eB qui a des poils.

Encore une fois : les lectrices de Auféminin semblent donc condamnées à ne pouvoir ouvrir que des simili-skyblogs persos dans lesquels elles racontent leur vie sans intérêt (car oui, notez-le : plus une vie a d’intérêt, moins il y a de chances qu’on la retrouve sous forme d’un journal intime révélé au monde. Barack Obama, par exemple, ne raconte pas "ses petites anecdotes du quotidien avec humour, lolilol" dans son blog "La bulle de Barack" , alors que ma voisine dont les deux plus beaux jours de sa vie ont été quand elle a acheté un yorkshire et quand David Guetta l’a regardée une fois en boîte, elle, en a un, où elle raconte avec "Umoor et frécheure" ses problèmes de fistules). C’est rude.

Voilà pourquoi un journal devrait rester intime

Malgré tout ce qu’on a pu me raconter, j’ai bien envie d’essayer le nouveau site "chatroulette" qui nous connecte automatiquement et en direct pour chatter en vidéo avec des inconnus.
• Oui
• Non

 
Avec des inconnus, c’est si vous avez de la chance, mesdemoiselles. Il y a plus de probabilité de vous retrouver face à une kikoute que face à un inconnu. Bien que la kikoute ne soit pas forcément connue de vous, j’en conviens, mais elle ne demande qu’à l’être. C’est très affectueux ces choses là.
 

J’ai au moins 2 personnes dans mon PA (Paysage Amical) qui me sont très proches mais que je n’ai jamais vues en vrai. On chatte régulièrement et je leur confie des choses que je n’ai jamais dites à personne.

• Oui
• Non

Le Paysage Amical. Oui oui oui. Hoooo, entendez-vous le doux son d’un pipeau venir caresser nos oreilles ? On dirait une réunion avec des gens du marketing (mes ennemis jurés) : s’ils ne casent pas des anglicismes et des acronymes partout, ils commencent à devenir tout pâles, vomissent au bout de plus de 6 minutes à ce régime, et meurent au bout de 15 s’ils n’ont pas réussi à caser un mot se terminant par -ing entre-temps. Les empêcher de vous tutoyer peut accélérer leur agonie. Ça ou les décapiter avec une lame forgée à l’Académie Française (sinon ils ne meurent pas et reviennent faire du haunting et du poltergeisting la nuit).

En tout cas attention avec qui vous chattez les enfants, hein. On est jamais trop sûrs.

Vous pourriez par exemple tomber sur moi. Petit rappel.

C3linette : Je sais ka toi, je peux tou te dire au moin, tu m’écoute, pa kom les autre au lycée.
Odin_Connor : Dis-moi.
C3linette : Dan ma klass ils se moke parce que je suis allergik o biscuits salés.
Odin_Connor : ils sont vraiment cruels. C’est une allergie grave ?
C3linette : Non, mais kan j’en pran, mes seins triple de volume et aprè je m’évanouis.
C3linette : Toi au moin tu te moke pa, tu voi.
C3linette : Tu é enkor là ?
C3linette : Ouhou ?
Odin_Connor : Pardon, j’étais sur le site de Belin. Tu disais ?

Cela avait commencé avec Ashton Kutcher et Demi Moore et depuis, je suis l’actu et la vie perso des people en temps réel grâce aux messages qu’ils twittent.
• Oui
• Non

Bon, je vais être bref : si ton objectif consiste à suivre la vie perso de gens que tu ne connais pas, tu es juste bonne à passer tes journées à lire les magazines des salons de coiffure. Twitter a enfin brisé un tabou : avant, pour cancaner sur les stars, il fallait dire "Je l’ai lu dans Gala ; je l’achète pas, hein *grosse goutte de sueur* je… je l’ai lu chez… chez le coiffeur !" ; avec Twitter, enfin, vous pouvez essayer d’en savoir plus sur qui couche avec qui sans passer par le marchand de journaux en rougissant.

C’est beau, le progrès.

A un anniversaire, au bureau, en boîte, dès que je suis prise en photo, je prends la pose en gardant à l’esprit que je risque d’être tagguée sur Facebook.
• Oui
• Non

C’est donc ça toutes ces photos de tes fesses, petite filoute ; tu as une manière bien à toi de prendre la pose. Allez, file, va. N’oublions pas la grande tradition Facebook en matière de photos, d’ailleurs :

- les photos de profil, de préférence, c’est une prise à bout de bras en contre-plongée, de préférence la bouche en cul de poule (c’est censé être glamour ?)

- les albums photos ont forcément des noms qui dégoulinent de bons sentiments

- une fille qui veut prendre en photo un monument ne peut pas prendre en photo le monument. Elle doit se prendre en photo ELLE devant le monument. Donc selon le format de la fille, on voit plus ou moins le Parthénon en arrière-plan. "Mais si, là regarde, derrière sa fesse, on voit une colonne !"

J’ai un peu honte mais je me sens plus à l’aise derrière mon pseudo pour faire des commentaires désobligeants sur des forums ou des blogs …
• Oui
• Non

Ah ouais, nan mais je suis bien d’accord : c’est scandaleux ces gens qui prennent des pseudonymes et ouvrent des blogs pour balancer des saloperies sur Nicolas Cage. Moi je ne supporte pas les gens comme ça. Je crois que la seule chose que je déteste plus, ce sont les hypocrites.

Je me surprends parfois à parler avec des phrases qui ne dépassent pas 140 caractères !
• Oui
• Non

Comment c’est trop un signe ! Faire des phrases courtes, c’est vrai que c’est suspect. Par exemple "Ta gueule" ou "Roger, passe-moi le beurre" sont des phrases typiques d’accros au net. Définitivement, mon arrière-grand mère était une foutue geek en avance sur son temps. Je suis sûr qu’elle twittait depuis son sonotone, la coquine.

Autre solution : quand on en est à compter les caractères des phrases que l’on prononce, c’est qu’on a un gros soucis d’autisme.

"Vas y papy, ce soir on les défonce sur Counter-Strike"

J’avoue : je me suis déjà fait passer pour quelqu’un d’autre sur Facebook pour tester la fidélité de mon copain ou pour me rapprocher d’une personne inconnue !
• Oui
• Non

C’est vrai que cette fois-ci à nouveau, c’est une question intéressante. Personnellement, je pense que ça apporte plus de réponses à la question "suis-je paranoïaque au point d’utiliser des techniques perverses ?" que "suis-je accro au net", mais passons. Là encore, méfiez-vous tout de même.

Geisha51 dit : Mon petit Odin, on se retrouve alors bientôt pour une nuit torride…
Odin_Connor dit : Fort bien. Rendez-vous ce soir derrière le Shoppy. Je ferai trois appels de phares.
Geisha51 dit : A ce soir mon amour.
Geisha51 s’est déconnectée
Femme_Furieuse est connectée
Femme_Furieuse dit : Dis-donc petit saligaud !
Odin_Connor dit : ?
Femme_Furieuse dit : Tu crois que je t’ai pas vu ? 
Odin_Connor dit :
Femme_Furieuse dit : Geisha51 ! C’était moi ! TU ALLAIS ME TROMPER ! Salaud ! Enfoiré ! Connard !
Odin_Connor dit : Oui, et ?
Femme_Furieuse dit : Crevure ! Pourriture ! Chien ! Marc-Olivier Fogiel ! Rascal ! 
Odin_Connor dit : Parce que toi tu n’allais pas le faire ?
Femme_Furieuse dit : Non ! Moi je suis fidèle ! Je n’aime que toi !
Odin_Connor dit : Ah oui ? Et Mamadou_10inch ?
Femme_Furieuse dit : … comment sais-tu ? Tu m’espionnes ?
Odin_Connor dit : C’était moi.
Femme_Furieuse dit : Quelle technique dégueulasse ! T’as vraiment aucune morale ! Tendre des pièges aux gens, espèce de
Odin_Connor dit : Bon, maintenant, tu arrêtes de chatter depuis le coffre de la bagnole et tu éteins ton téléphone, sinon à la prochaine aire, je m’arrête et je te pelle la face.
Femme_Furieuse dit : Pardon mon choubidou. 
 
Pour moi, le it-accessoire de 2010 c’est indéniablement mon beau smartphone. En plus, il va avec tout !
• Oui
• Non
 

Là encore, ça répond plus à la question "Suis-je une truie assez pétée de thune pour me payer chaque année un téléphone à 500€ juste parce que c’est l’accessoire à la mode ? Et suis-je assez bête pour être persuadée que je suis encore en 2010, mon cerveau ayant un temps de latence de quelques mois avec le reste du monde ?" plutôt que sur qui est accro à quoi. Ce test est donc définitivement interdit aux pauvres.

Pour respecter mes cycles de sommeil, je me fais désormais réveiller par l’appli Sleep Cycle. C’est tellement moins violent qu’une sonnerie stridente !
• Oui
• Non

Ou qu’être réveillée par les tonitruants pets matinaux de son compagnon. Et il n’y a pas d’application pour ça (à part celle qui envoie automatiquement un SMS "T’as pas intérêt à secouer les draps en hurlant "Haaaa, çui là il fouette !", prince charmant" à celui qui partage votre lit).

Je trouve normal que les bloggueuses de mode puissent assister aux premiers rangs des défilés. Elles sont les vraies lanceuses de tendances ! Bouge de là, Anna Wintour !
• Oui
• Non

Ah, les bloggueuses de mode ! Ces spécialistes des tendances qui partagent toutes une qualité centrale : s’habiller comme un sac pour un prix absolument pharaonique, parce que, tu vois, cette année, c’est la mode des rayures, alors je vais mettre des rayures, et les assortir à mes chaussures, et avec ça, je vais être su-blime, aucun garçon ne pourra me résister (sauf que si les garçons s’intéressaient à ce genre de choses, ils achèteraient des magazines de fringues, pas Playboy ou FHM).

A noter que si les bloggeuses sont les vraies lançeuses de tendances, elles n’ont pas besoin d’assister à des défilés qui, je le rappelle, sont simplement des publicités géantes pour couturiers où les vêtements sont gentiment déposés sur des mannequins anorexiques (c’est important : plus une fille ressemble à un porte-manteau, mieux c’est). Regarder une publicité et en déduire ce qu’il faut acheter, c’est simplement faire étalage du vide sidéral qu’il peut y avoir entre deux oreilles.

Un exemple de chroniqueuse de mode. Voilà voilà.

Pour être sûre de ne plus oublier de prendre ma contraception, je fais confiance à l’appli Ipilule. C’est révolutionnaire.
• Oui
• Non

"Mais quand il n’y a plus de batterie dans mon Iphone, je tombe enceinte comme une nouille. Heureusement, j’ai la fonction I-cintre, qui va me permettre de régler tout cela, hihihihihi".

Quand ma boîte a décidé de bloquer l’accès à Facebook à ses salariés, par "souci de plus grande productivité", j’ai failli appeler la Ligue des Droits de l’homme !
• Oui
• Non

"Par contre, quand ils ont viré Sulimane qui n’avait plus de papiers, je n’ai pas bougé mon cul". Dans tous les cas, formidable incohérence là-dedans : une vraie utilisatrice de Facebook ne peut pas s’indigner autrement que par ses statuts "Colle ceci sur ton mur si toi aussi tu penses que Facebook est un droit" ou "Adhère au groupe  "La vrai Liberté, c’et de pouvoir poké !" Si on est assez nombreux, ils devront céder ! Allez, 100 000 membres !".

Pour les résultats, comme je vous l’ai annoncé, c’est assez facile, mais dans ma grande bonté, je vous en fais la synthèse :

"Si vous avez un maximum de "oui" : vous êtes accro. C’est pas bien."

"Si vous avez un maximum de "non" : vous n’êtes pas accro. C’est bien."

"Et enfin, si vous avez un maximum de "Mais qu’est-ce que c’est que ces tests de merde parfaitement caricaturaux qui doivent supposément révéler quelque chose alors qu’ils se contentent d’enfoncer des portes ouvertes ?", vous avez un QI de plus de 60".

Hmmm, nan définitivement, j’aime les magazines qui prétendent oeuvrer pour la cause féminine tout en s’adressant à un public visiblement construit autour d’un archétype de lycéenne niaise sous LSD.

Et au final, voilà ce que ça donne.

Je vais racheter des balles.

Il est de ces hommes qui de tous temps, se sont élevés contre les dérives de notre société.

Incompris, malmenés, ce n’est souvent qu’après leur disparition que l’on comprit à quel point leur combat était avant-gardiste et aurait mérité une oreille attentive. Vous pensez à Jaurès, je pense à Benjamin Lancar, le sympathique président des jeunes de l’UMP.

Alors évidemment, je vous vois venir à pousser de petits piaillements indignés tels que "Ouiiii, vous tapez sur la droite Monsieur Connard, c’est proprement scandaleux, vous êtes un crypto-trotskyste et je ne vous salue pas." ; je comprends votre légitime courroux, mais vous allez vite comprendre pourquoi je ne peux rien contre cette tendance contre-nature dans mes écrits internet. Afin d’être parfaitement juste, je vais baser mon propos sur l’une de mes lectures préférées (juste après mon propre blog) : Le Figaro. Et plus particulièrement sur un fameux article : Benjamin Lancar contre les blogs, ces nids de frelons léninistes.

Bien que je pourrais vous laisser à la lecture de cet article, ce serait vous priver de fantastiques vidéos car, je sais que nombre d’entre vous surfent sur ce blog depuis leur lieu de travail, ce qui est bien évidemment inconvenant puisque vous faites ainsi scandaleusement chuter la productivité du pays. Vous devriez avoir honte. Bon, que disais-je ? Ah oui, permettez moi de vous spoiler la première vidéo que voici, vous pouvez donc vous contenter de lire le texte ci-dessous.

Concrètement, il va s’agir d’une équipe, on va avoir une cinquantaine de militants dans toute la France qui vont être prêts à, à d’abord animer des sites internet un peu durs sur la gauche comme heu, j’vous l’ai dit, observatoire des mensonges de la gauche, mais aussi des choses qui vont dénoncer certaines manipulations médiatiques que certains médias de gauche comme Marianne se sont amusés à faire donc il faut le dénoncer, c’est notre rôle. Donc voilà, un, on va avoir cette équipe là qui va un petit peu animer des sites internets, on va aussi avoir une équipe qui va répondre aux commentaires, répondre sur Facebook, répondre sur Twitter également parce que l’on voit bien aujourd’hui que la blogosphère c’est plutôt une gauchosphère et voilà, c’est pas un aveu d’échec de le dire, c’est un aveu de travail et de reconquête à faire, mais franchement on sait très bien que y aura un rôle important des jeunes populaires dans cette campagne grâce à internet et y faut qu’on s’en saisisse parce que grâce à cet outil, c’est les jeunes populaires qui peuvent être les lieutenants de la campagne de Nicolas Sarkozy.

Avez-vous noté ? Reprenons ensemble les plus grands morceaux de bravoure de notre ami (oui, c’en est un, souvenez-vous de l’une de ses plus belles créations) décidément bien inspiré. Aujourd’hui, je vous propose donc une analyse de texte ordonnée. Suivez-bien le raisonnement de notre jeune ami qui, vous l’imaginez bien, risque de continuer de hanter le paysage politico-médiatique français dans les années à venir avec un tel potentiel de ouinneur.

Nous apprenons tout d’abord que les jeunes de l’UMP, ces fougueux jouvenceaux à la soyeuse chevelure, ont décidé qu’il était grand temps d’avoir une équipe sur internet. Pour rappel, nous sommes en 2010,  hein, ce qui fait que la chose est tout de même une grande révolution en soi, mais bon. J’imagine que jusqu’ici, dans les campus UMP, on apprenait "Comment militer par Tam-Tam ou Tatoo", et que jusqu’alors l’essentiel des moyens techniques était concentré sur l’opération "Minitel Populaire". Quel choc technologique a poussé nos jeunes à présenter leur plan d’invasion de l’internet ? Comment ont ils découvert l’existence de cette galaxie de LOLcats, de gifs animés et autres smilies ? Moi qui pensais qu’on ne les trouverait pas sur le net tant que Rolex ne fabriquerait pas d’ordinateurs, me voilà bien feinté. Si on ignore l’exact moment de cette découverte par ces jeunes fièrement engagés, nul doute que cela a dû être brusque si leur président a décidé de s’emparer de la chose.

Au sens propre.

Jusqu'ici, l'UMP tentait de faire basculer l'opinion par minitel ; audacieux.

Bref ; ce véritable petit plan Overlord visant à libérer l’internet de l’emprise gauchiste sera donc opéré par… une cinquantaine de militants. Oh ? 50 militants seulement ? Qui vont animer des sites "un peu durs sur la gauche" ? C’est marrant parce que quand je tape sous google "blog jeunes UMP", j’en trouve déjà largement plus de 50 animant des sites "un peu durs sur la gauche". Curieux de n’en vouloir que 50… Opérons d’ailleurs un calcul simple.

Mettons : la France compte environ 65 millions d’individus. A supposer que les 50 jeunes UMP se donnent pour mission d’essayer de convaincre l’ensemble des français sans exception puisque dans UMP il y a populaire, c’est à dire dans un élan de générosité même les bicots bougnouls rastacouères plus exotiques tels les auvergnats, ça fait somme toute 1,3 million de personnes à essayer de convaincre par jeune militant de l’équipe (donc en supposant qu’ils arrivent en sus à se répartir la population sans toucher deux fois le même pinpin). Même avec la retraite à 62 ans et en commençant à 16 ans, je ne suis pas sûr qu’ils arrivent à leur objectif en y consacrant toutes leurs journées. Et puis un jeune UMP de 62 ans, c’est tout de même moins crédible. Non, je n’ai pas dit que ça l’était plus avant pour autant, attention.

D’ailleurs, notez que le sieur Lancar parle distinctement de deux équipes : une pour animer les sites, et l’autre pour répondre aux commentaires.

Non parce que bon, le militant lambda est incapable de faire les deux, je vous rappelle qu’ils viennent à peine de découvrir internet, ils ne savent pas encore tout faire. Ils ont déjà essayé une fois, avec Laurent, un petit encarté savoyard plus audacieux que ses camarades, et lorsque celui-ci a tenté de répondre aux commentaires sur son propre article intitulé "Nicolas Sarkozy, un grand leader" , il s’est mis à convulser et à baver, juste avant de faire un brutal 180 degrés avec sa tête. C’est en tout cas l’explication la plus crédible pour essayer de comprendre pourquoi ils ont besoin de diviser leur équipe d’activistes en ligne en deux groupes distincts articles/commentaires ; personne ne répond pourtant mieux sur un texte que son auteur, de manière générale, mais soit.

A noter que ce texte vous apprend également deux choses (outre le fait que dénoncer soit un devoir, on sent les fayots ;  j’ai toujours détesté les gens qui me dénonçaient au professeur d’EPS lorsque je tentais de rentrer dans les vestiaires des filles après y avoir fait roulé quelques grenades aveuglantes ; mais revenons au sujet) : les blogs sont des trucs de gauchistes, et Nicolas Sarkozy sera candidat en 2012. Bon d’accord, la seconde nouvelle n’en est peut-être pas une grande, mais la première…  "la blogosphère est plutôt une gauchosphère".

Ah, merde alors.

Sachant que l’essentiel des blogs est constitué par des écrits relatant la fabuleuse vie de leurs auteurs ("Ce matin, un mec m’a regardé bizarre dans le métro j’ai eu trop peur !" ou "La c’et des fotos de moi et mon chien Grigri, lachez vos coms"), la simple ouverture d’un blog ferait de vous un gauchiste potentiel ? Parler de sa dernière soirée chez Paulo où ça a grave emballé sur Waka Waka tendrait à rapprocher des thèses marxistes ? Poster des photos de ses fesses amènerait son auteur à être possédé par François Mitterrand (quoique, ça se tient pour le coup) ? Ah bin ça alors ! Les skyblogs seraient donc, au vu de ce que l’on y trouve et de l’orthographe locale, probablement une antenne de l’extrême-gauche … Cela expliquerait bien des choses ! Benjamin Lancar vient de vous mettre un le doigt sur un véritable sujet de société. Curieusement, la gauchosphère contient aussi des gauchistes plus curieux comme par exemple ceux-ci, celui-là ou encore celui-ci.

Bref, dans tous les cas, les blogs sont des nids de gauchistes, ce n’est tout de même pas n’importe qui qui l’affirme.

Le kit de guérilla des vrais rebelles modernes

Cela signifie donc, puisque vous me lisez, que vous êtes probablement des gauchistes vous même (certains d’entre vous ont même un blog, ce qui est bel et bien une preuve que vous ne pensez qu’à dilapider l’argent de nos impôts en concepts stupides tels que "la sécurité sociale" ; vous paierez pour vos crimes un jour, tas d’ordures stalinistes), mais plus pour longtemps, puisque le bon Benjamin nous explique donc qu’une "reconquête" est à venir.

Une reconquête ? J’aime ce terme, puisque c’est celui qui fut utilisé pour aller bourrer les mauresques jusqu’à Grenade lorsque ces derniers avaient décidé d’occuper l’Espagne (pays qui comprit que pour les faire fuir, il fallait intégrer du porc dans 80% de ses plats nationaux, ce qui est une stratégie d’une redoutable efficacité qui perdure encore aujourd’hui). Aussi, lecteurs, vous n’êtes donc qu’une population gauchisante qui va se faire reconquérir la gueule prochainement par toute une division de jeunes populaires spécialisés dans les opérations audacieuses sur le web. Enfin à partir du moment ou quelqu’un a dit "Twitter" ou "Facebook", une opération n’est hélas plus audacieuse mais juste consternante, cela dit, puisque chacun sait que si les réseaux sociaux permettent de relayer des choses rapidement, sérieuses ou non, elles sont aussitôt noyées dans le flot continu d’idioties qui y règne : le statut Facebook "Lisé vite ce lien sur la gôche !" est vite expulsé par "Hey ! Je viens d’avoir une nouvelle vache dans Myfarm ! Rejoins moi vite !" ou "J’ai fait le test "Quelle maladie vénérienne es-tu" et j’ai obtenu "Chaude pisse !"".

C’est le principe de la non-hiérarchisation de l’information : on appelle aussi ça "le bordel". Chose qui d’ailleurs, donne toujours une couleur de gauche à beaucoup de choses.

Donc, résumons : des dizaines de militants UMP sont actuellement en mission commandée sur le net pour venir se montrer dans les commentaires de sites, réseaux sociaux & autres membres de la blogochosphère. Là, ils tenteront d’exprimer le contraire des "bien-pensants" (terme officiel utilisé lors du campus Jeunes UMP 2010 pour désigner ceux qui critiquent leur parti) de manière relativement "dure" de façon constante et continue.

Félicitations, Benjamin Lancar vient de réinventer le troll. On l’applaudit bien fort.

D’ailleurs, je m’en arrête là de ce commentaire au sujet de ses propos ; je ne voudrais pas vous gâcher la dernière vidéo dans laquelle il révèle que la délinquance à l’école touche massivement les jeunes. Ce serait trop cruel de vous priver de ce petit plaisir qui ferait rougir Monsieur de La Palisse.

Et pour équilibrer cet article, gauchisant au possible comme cela est obligé par les lois du web, il serait inconvenant de ne pas parler des jeunes socialistes qui, pendant ce temps, via leur présidente Laurianne Deniaud, luttent contre les vrais problèmes actuels, par exemple en dénonçant la dernière chanson de Michel Sardou. Chacun ses priorités. En tout cas, lui faire de la publicité gratuitement en rentrant dans le jeu habituel, c’est vraiment sympa.

Vivement dans 25 ans que ces gens là soient aux commandes !

D’ici là, j’espère que la populosphère aura vaincu les rouges.

Jean-Kévin a une vie de merde.

Personne ne saurait dire si c’est réellement sa faute : non, sa famille ne l’aime pas spécialement, mais il ne les aime pas particulièrement non plus. Non, il n’a pas beaucoup d’amis, mais il faut dire qu’il ne se montre pas non plus incroyablement sociable. Non, son travail ne lui plait pas, et son chef ne lui confie que les tâches les plus ingrates, mais bon, il ne s’est jamais vraiment rebellé ou exprimé sur le sujet. Il n’a pas accompli grand chose jusqu’ici, n’en réalise pas plus en ce moment et n’a aucun projet pour son avenir. Bref, pour Jean-Kévin, hier, aujourd’hui et demain, c’est à peu près la même journée, rongé qu’il est par la banalité de son quotidien.

En tout cas, c’était le cas jusqu’au jour où ce mystérieux éclair l’a frappé alors qu’il s’apprêtait à descendre l’escalier l’emmenant vers la station Châtelet.

 Ha, quelle douleur terrible ! Et d’où provenait ce projectile froudroyant, dans cette journée grise, certes, mais sans orage ? Pourquoi l’a t il frappé lui et pas un voisin ? Nul ne le sait ; à son réveil à l’hôpital, Jean-Kévin a réalisé que quelque chose avait changé en lui. En se concentrant, il pouvait visualiser – au début très faiblement – un bout de page web ou une animation flash devant ses rétines sans même avoir besoin d’un ordinateur ou d’un modem. Au bout de quelques temps, alors que tous les médecins se perdaient en conjecture quant au fait qu’il n’aie pas eu une seule égratignure bien qu’un éclair l’aie frappé de plein fouet, Jean-Kévin était capable de contrôler les pages qu’il faisait apparaître devant lui. Il était devenu un internaute sans connexion, un homme au pouvoir immense, qui pouvait se connecter n’importe quand et depuis n’importe où à hardware.fr, cochonland ou encore viedemerde ; il pouvait par la simple force de sa pensée lâcher un com’ sur un skyblog avant d’aller en l’espace de quelques secondes sur une dizaine de forums pour balancer des horreurs et insultes aptes à le défouler et à lui procurer un immense sentiment de puissance. Il était devenu…

Jean-Kévin, l’homme-troll

Le troll est une sorte d'Eric Zemmour anonyme

Car oui, telle est la terrible histoire des trolls ; au début, ce sont des gens comme vous et moi (enfin surtout vous quand même, une fois encore), et puis un jour, d’une manière ou d’une autre, ils accèdent à un pouvoir surnaturel : ils se connectent à internet. Qu’importe la manière pour ce faire, les faits sont là ; une fois dans la place, dôtés de ce super pouvoir, comme tout super héros qui se respecte, ils se couvrent d’un masque pour mieux protéger leur véritable identité avant d’aller procéder à leur oeuvre, souvent destructrice.

Car oui, le troll sème mort et destruction sur son chemin ; là où le viking remontait les fleuves à bord de son fier drakar avant de s’en prendre à un monastère franc/une ferme isolée/un comptoir marchand, lui remonte les câbles internet aidé de son clavier plein de miettes de choco-BN avant de s’en prendre à un blog BD/un skyblog/ un forum. Et là où le viking finissait sa journée en faisant rôtir un moine tout en violant un mouton dans une orgie d’hydromel, le troll la finit plutôt en faisant réchauffer une mini-pizza au micro-ondes tout en violant un sopalin dans une orgie de Red Bull (parce que ça donne trop d’énergie et qu’il en faut pour tenir jusqu’à 4h du mat’ devant son écran). Quelle vie faite d’aventures, de raids sauvages et de dangers !

Mais finalement, quel processus pervers suit le troll avant d’attaquer sauvagement et sans vergogne un site innocent, le souillant comme une vulgaire pucelle au Copa Cabana lors d’une soirée mousse ? Et bien d’abord il lui faut choisir…

Le motif

Pas de crime sans mobile, ou bien alors, on parle de troll non-prémédité, ce qui peut arriver lorsqu’une discussion dégénère et que l’un des participants craque et s’en prend violemment à un autre. Attention, de la violence internet, pas de la violence physique : on parle quand même d’internautes, pas de guerriers aux muscles huilés. Mais bref, alors, quel motif pour troller ? Il y en a une infinité, mais arrêtons-nous sur les principaux

- La sale journée : un incident a perturbé le troll sous sa véritable identité (son Iphone vient de tomber en panne, il a retrouvé sa génitrice en train de s’accoupler avec un poney ou bien pire, il a eu cours de sport ce matin) ; le troll ne pouvant déchainer sa rage sous sa véritable identité et dans le monde physique (il est beaucoup trop faible pour cela), il compte bien se passer les nerfs dans un endroit où il fait trembler les riches & les puissants : internet.

- La déception amoureuse : depuis des mois, il suivait le blog de Pierrette Jolicul, une célèbre blogueuse célibataire. Dans les com’, il lui faisait compliment sur compliment et la défendait de tous les vilains trolls qui s’en prenaient à elle. Mais un jour, Pierrette a trouvé un homme pour s’occuper d’elle, et ce n’était pas son commentateur transi d’amour. Frustré et jaloux, il exprimera donc son désarroi lors d’un festival de mauvaise foi aigrie en expliquant à Pierrette que son style est devenu à chier et qu’il ne reviendra plus. Lui qui la défendait des trolls, il bascule donc bêtement du côté obscur pour une amourette ridicule. Tiens, je viendrais pas de faire de synopsis des épisodes I, II et III de Star Wars en une seule phrase moi ?

- Le revanchard : l’humanité l’a rejeté… l’a moqué… il les revoit, ces jeunes filles le pointant du doigt en pouffant dans la cour de son lycée ; mais n’avait il pas le droit de porter des chaussettes dans ses sandales ? Et était-ce sa faute si maman lui faisait ses ourlets trop haut ? Ne pouvaient elles voir que sous ses apparences un peu rustres se cachait un coeur gros comme ça ? Ha, la société l’a rejeté ! Ha c’est comme ça ! Elle va voir, la société qui ne voulait pas de lui, et c’est en tremblant et en le suppliant qu’elle l’implorera de revenir ; mais il sera trop tard ! Son oeuvre destructrice sera déjà accomplie ! *placer ici un passage audio du Fantôme de l’Opéra*

- Le misanthrope : en fait, il vous déteste et vous hait profondément, tout simplement. A tel point que vous le dire lui occupe le plus clair de son temps.

Défiguré dans un affreux accident de machine à café, JuZtiZ_666_92 se venge depuis en violant des skyblogs sans défenses

Le lieu

Où donc le crime sera t-il commis ? Le choix de celui-ci respecte toujours scrupuleusement quelques paramètres essentiels ; il faut que l’on puisse y mettre des commentaires (c’est jusque là normal), qu’il y aie plus d’un participant à la conversation (le but du jeu étant d’attirer un maximum de personnes dans son piège, il faut choisir un endroit peuplé), et que l’on puisse y rester anonyme (parce que bon, pour vivre heureux vivons masqués), ce qui est le cas de la plupart des sites internets pour le plus grand bonheur du posteur filou. Avec un peu de chance, le thème de la conversation se prête à l’exercice, mais ce n’est pas une obligation, au contraire, puisque plus le sujet est consensuel et non-sujet à débat, plus le troll peut y voir une occasion de démontrer ses compétences hors-du-commun de déviation du sujet et de provocation.

 La cible

Le troll peut choisir une cible de deux manières.

D’abord, il peut utiliser la technique dite du "troll à lunette" ; celle-ci consiste à choisir parmi la foule des personnes en train de s’exprimer un seul et unique posteur, qui semble un poil plus faible que le reste du troupeau et à lui coller une grosse cartouche bien provocante dans la gueule s’adressant directement à lui. Dès lors, la cible est généralement à terre puisqu’elle ne comprend pas trop ce qui vient de se passer, et le troll n’a plus qu’à attendre qu’un autre posteur vienne lui porter secours ("C pa genti ce ke ta di à Narut-0du12") pour l’abattre à son tour. D’autres posteurs viendront encore, et subiront probablement le même sort ; depuis son écran, le troll est hors de portée et se moque que l’on lui tire dessus, ça ne l’atteint pas derrière son écran ; l’important, c’est qu’il puisse tirer toutes ses cartouches sur la foule des passants.

Seconde option, la technique dite du "troll à fragmentation" ; il s’agit ici de s’en prendre non pas directement à un posteur précis mais de balancer un bon gros commentaire qui tache dans le tas ; tous les posteurs touchés par celui-ci le signaleront en y répondant, et le troll n’a plus à son tour qu’à leur répondre. C’est un peu comme la pêche à la dynamite : vous balancez dans la mare et vous attrapez ce qui remonte. Peu subtil, mais personne n’a dit que le troll devait l’être.

Le moment

Le troll peut attaquer à peu près tout le temps, mais il a quand même quelques préférences : le moment où tout le monde est d’accord (histoire d’être sûr d’être bien visible), le passage où un débat venait de se calmer, ou à l’exact contraire, au coeur de la bataille lorsque des gens argumentent intelligemment pour les forcer à passer dans la sauvagerie la plus totale dans la forme en oubliant le fond. Le troll peut donc malgré tout attaquer n’importe quand par surprise, c’est un peu sa blitzkrieg à lui.

Un troll à lunette guette sa proie sur les forums du Monde.fr

Le moyen

L’arme du crime est toujours la même : un bon vieux commentaire bien lourd. Cependant, il connait quelques variantes malgré tout, que l’on peut distinguer ainsi :

- Le pavé dans la mare : il s’agit ici de prendre le sujet de la discussion, d’estimer dans quel sens l’avis général semble pencher (à l’aide d’une bonne relecture ou d’un doigt humide pointé en l’air), et donc de pencher dans le sens totalement inverse en utilisant des arguments caricaturaux et grossiers dont l’objectif est évidemment de toucher la cible en l’éclaboussant honteusement d’une eau croupie et puante proche de la flaque d’urine. Une technique utilisée majoritairement par les jeunes trolls car très accessible, et ne demandant pas d’avoir dépassé le stade pipi-caca.

 – Le magazine people : un poil plus élaboré mais guère trop non plus, le troll décide ici d’utiliser comme outil majeur un argument qui n’a rien à voir avec la conversation comme "De toute manière untel suce des bites", ce qui est, vous en conviendrez aisément, un point d’argumentaire majeur, efficace et sans fioritures. Le côté "un poil plus élaboré" tient dans le fait que le troll tente de donner une crédibilité à ses affirmations en faisant référence à des conversations précédentes liées au dit untel ; il faut donc connaître un minimum son sujet (et donc l’avoir étudié depuis un certain temps). Exemple : "Oui mais machine c’est une trainée, souvenez vous de ce qu’elle a posté le 12 Août ou encore le 30 Janvier" ; aussitôt, toute personne défendant l’honneur et l’intégrité du citoyen en question se verra traité de "groupie", et l’engrenage de réparties moribondes pourra commencer. Si quelqu’un fait remarquer au troll qu’il n’est pas forcé de rester sur ce blog à longueur d’année pour observer  sa victime, il répondra alors probablement qu’on est dans un pays libre et pourra continuer son chemin vers le point Godwin au petit trot.

- L’argumentation lourde : citer Kant, Marx, Spinoza et Machiavel dans un commentaire, ça vous pose son homme. Le but est ici d’étaler une certaine culture pour présenter son avis comme le produit d’années de recherches objectives sur le sujet, et donc, indiscutable ; et une fois cela fait, de le comparer à ce que racontaient les autres commentateurs pour leur expliquer qu’ils ne racontent que de la merde depuis des heures et qu’ils feraient mieux de rentrer chez eux (le tout dit sur un ton un poil plus grivois et malapris). Evidemment, le vrai troll n’a jamais lu ces auteurs et se contente de pages wikipédia pour donner l’impression qu’il a une certaine culture. Sur internet, c’est amplement suffisant.

La conséquence

Les commentateurs s’insurgent contre ce personnage malpoli et/ou dont l’avis les choque honteusement et se mettent en tête qu’ils vont lui apprendre les bonnes manières ou le convaincre que la vérité est ailleurs en moins de 5 minutes dans un recoin obscur du net, à l’aide d’arguments comme "tu peux pas dire ça" ou "tu n’es pas gentil", ce qui étonnament, marche peu. Et évidemment, plus on répond au troll, plus celui-ci revient à la charge pour en remettre une couche, car voyant que son piège attire de plus en plus de visiteurs. Et si jamais quelqu’un découvre qu’il est bel et bien un vilain troll, dès lors, celui-ci s’en défendra avec la pirouette habituelle "Ha, ça y est, c’est parce que mes propos dérangent que vous me rejetez" (le troll aime se faire passer pour un justicier, rapport avec ses points communs avec les super-héros, à commencer par l’identité secrète, donc), et il ne devrait donc plus tarder à atteindre promptement, là encore,  le point Godwin.

Enfin, après une journée passée à être malmené, quelqu’un s’intéresse au troll, lui parle, le trouve terrifiant et tente de s’opposer à ses pouvoirs ; il est l’objet de l’attention, celui dont on murmure le nom le soir pour effrayer les enfants qui refusent d’aller au lit. Ce sentiment de puissance titanesque finit même par surpasser les capacités du corps frêle du troll à contenir tant de force et ce dernier doit donc rapidement aller trouver une douche pour apaiser cette tension dans un long râle aigü.

Les restes de l'appareil d'un internaute ayant tenté de tenir tête à un troll

Comment lutter contre le troll ?

Le troll n’existe que sur internet ; dans la vie de tous les jours, celle où il prend le risque de se faire casser la gueule, il est invisible, inaudible et inodore (sauf lorsque quelqu’un le regarde fixement, auquel cas une odeur de méthane se dégage rapidement autour de lui dans un léger bruit de pétarade liquide). Aussi, en éteignant votre écran, vous découvrirez que le troll disparait instantanément : il n’existe tout simplement plus.

"Oui, mais si je veux rester dans la conversation, comment puis-je le tuer ?" direz-vous avec raison. En aucun cas en usant de violence verbale : le troll est grossier et ne cherche qu’à vous transformer en être grossier à votre tour ; non plus en tentant de le raisonner : c’est un troll, c’est marqué dessus, tout de même. Si vous administrez le site, le bannir n’est qu’une solution temporaire : le troll, satisfait d’être devenu si indésirable que l’on tente de le repousser tentera de revenir à la charge en changeant de compte, d’IP, etc pour devenir la terreur de la petite communauté virtuelle que vous administriez jusqu’ici paisiblement. Tenter la carte de la violence physique ne marchera pas non plus : son pseudonyme est rarement Didier_Artois_7_rue_du_braconnier_Le_Croisic, et il est relativement difficile de retrouver l’importun ; de plus, cela ne pourrait que renforcer son sentiment de frustration. L’ignorer pour l’étouffer est une solution très intéressante, mais attention : votre inaction risque de l’encourager à multiplier les attaques un moment avant de se lasser ; il veut être sûr que vous ayez bien lu ce qu’il a écrit, quitte à le réecrire en majuscule en vous accusant de faire exprès de ne pas voir ce qu’il écrit (ce qui est vrai) car il serait porteur de vrais propos qui dérangent l’ordre établi bien pensant (ha, si Pierre Poujade avait eu internet !) ; enfin, vous pouvez utiliser la méthode dite du "psychiatre" consistant à l’écouter et à répondre "Hmmm hmmm", "D’accord", "Je vois, en effet" ou éventuellement à affirmer votre total soutien à ses propos tout en y adjoignant un lien vers un site d’aquariophilie ou de jardinage pour faire bonne mesure ; ainsi, vous l’avez lu, vous lui avez même répondu, que peut-il demander de plus ? Attention cependant, une fois encore, même mourant, le troll continue de brailler comme un âne. On y peut rien, c’est comme ça, c’est important pour lui de faire du bruit sur internet. Ca lui fait du bien.

FAQ

 – On parle d’internet comme des "autoroutes de l’information" ; puis-je abandonner mon troll sur une aire ?

Vous pouvez effectivement éventuellement l’abandonner ailleurs, comme sur le site Le Post où il devrait se sentir comme chez lui.

- Mon troll a perdu de son agressivité, il a le poil terne, poste moins souvent et semble ailleurs, que faire ?

Faites le castrer, c’est souvent de là que viennent ses problèmes de concentration.

- Mon troll apparait à heures fixes, est-ce là une sorte d’entité informatique semi-consciente tentant de s’en prendre à la race humaine ?

Non, c’est juste qu’il sort du collège à 17h et qu’à 19h30 maman l’appelle à table, alors il ne peut guère faire autrement.

- Comment le troll se reproduit il ? Puis-je faire rencontrer un ou une partenaire au mien ?

Le troll ne se reproduit que par contamination ; s’il trouve le moyen de suffisamment frustrer quelqu’un, il y a alors une chance que ce dernier devienne un troll ou pire, adhère à l’UMP.

- Finalement, quelle est la différence entre un troll et un odieux connard quelconque ?

Le connard fait ça sur son propre site et non chez les autres ; et surtout, il le fait avec classe : là où le troll tente de se faire passer pour un être supérieur, le connard l’est, tout simplement.

Je profite de cette belle journée pour baptiser une nouvelle catégorie (j’ignore si elle vivra) : "Ho, le beau site". L’objectif est de découvrir ensemble un site d’une qualité qui daigne attirer mon attention.

Or, comme vous le savez tous et toutes, une députée UMP, Edwige Antier, pédiatre de son état a proposé une loi visant à interdire la fessée ; nenni de prison ou de sanction pour les contrevenants, cette loi vise avant tout à en finir officiellement avec cette pratique en la faisant entrer dans le code civil.

Cette pédiatre avait déjà brillé par le passé par ses propos sur l’adoption homosexuelle, et sur l’homosexualité en général qui ont fait la joie de bien des associations, hurlant aux raccourcis faciles. Mais nous nous éloignons du sujet, car toute cette actualité m’incite à vous parler d’un site d’un fort beau gabarit :

Le site de l’association "Ni claques ni fessées"

Je leur fais de la pub au passage, hop. Notez à l’arrivée sur le site ce merveilleux tableau de Jean Bruegel de 1560, "Les Jeux d’enfants". Tableau qui me rappelle, allez savoir pourquoi, "Le Massacre de la Saint Barthélemy" de François Dubois. Mais ce n’est pas le sujet.

Ce beau site, chers lecteurs, propose de découvrir l’éducation sans violence, en arrêtant les châtiments corporels sur nos bons chérubins. Alors, nous n’allons pas ici débattre de la fessée ou non, de la bonne claque dans la gueule ou pas, mais plutôt de ce site et du fond. Car, que vous le croyiez ou non, sachez qu’il y a de terribles conséquences à coller un pan sur le cul des bambins. Cliquons ensemble sur le premier lien "Pourquoi supprimer les fessées ?"

La fin des fessées risque de faire des malheureux

C’est vrai ça, pourquoi ?

Et bien, mesdames messieurs, sachez que c’est la science qui le dit ! Preuve en est, nous trouvons sur le site cette affirmation bien mystérieuse  :

"Romain, j’en ai assez, couche-toi ou tu vas avoir ta fessée" dit la maman,
mais en aparté elle confie
"il lui faut sa fessée tous les soirs sinon il ne veut pas se coucher".

Comme nous le voyons ici, les fessées n’ont aucune efficacité à long terme puisqu’il faut redonner chaque soir la fessée

Effectivement. En sortant un exemple unique de nulle part, on peut tout de suite en tirer des conclusions sur le fait qu’une bonne fessée est inefficace. Du coup, moi aussi je veux jouer :

"Romain, j’en ai assez, couche-toi ou je te marave la gueule avec un parpaing" dit la maman
mais en aparté, elle confie
"Depuis que je le lui ai éclaté le nez avec ce bel objet de maçonnerie, il est drôlement plus obéissant".

Comme nous le voyons ici, le parpainguage d’enfants est une méthode efficace sur le long terme.

Comme quoi, affirmer n’importe quoi, c’est vraiment formidable. Heureusement, le paragraphe suivant vient à notre secours pour mieux comprendre pourquoi les parents battent leurs enfants. Là encore, voilà qui donne envie de se poser les poings fermés sur les hanches en s’exclamant très fort "Ha bin oui, hé, pourquoi ?"

Pas de panique, le site répond à cette interrogation :

Beaucoup de parents ne sont pas instruits des possibilités de leur enfant en fonction de son âge. Ils auront alors des exigences que l’enfant sera incapable de satisfaire.
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Par exemple, trop souvent, on demande à Mattéo, 4 ans, de bien vouloir garer la R19 dans le garage familial. Et jamais il ne le fait, ou pire, il abîme le véhicule ! Aussi, ses parents lui mettent une fessée pour avoir endommagé les enjoliveurs en alu neufs de papa. Un bel exemple de parents qui fessent leur progéniture par manque d’instruction sur les possibilités de leur enfant. On nous explique que plus loin, on va nous enseigner les bons réflexes pour mieux communiquer avec l’enfant. Que je suis impatient !  Cependant, à titre indicatif, on nous rassure :

Portons un autre regard sur l’enfant. Aucun enfant ne naît méchant, agressif, diabolique, démoniaque, pervers ou chargé d’un péché originel.
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Que nenni, le Président de la République a affirmé le contraire, en expliquant que tout cela, c’était dans les gênes. D’ailleurs, qui mieux que lui pourrait affirmer que l’on peut naître méchant agressif, diabolique, démoniaque et pervers ? (Mais pas porteur du péché originel, ça ce sont les filles, c’est le pape qui l’a dit).

En tout cas, sur le site, on a bien des hobbies de pervers, preuve en est quelques lignes plus bas avec cette maxime :

Il est très amusant d’écrire sur une feuille de papier la liste des comportements de notre enfant qui nous ont irrité suffisamment pour que l’envie nous soit venue de le corriger.
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Ho oui, que cela est amusant ! Cela occupe tous nos dimanches après-midi avec nos amis de la paroisse, entre deux parties de bingo ! Pour compléter ce fabuleux passe-temps, on peut l’étendre :

Et puis de faire le même petit travail par rapport à d’autres membres de notre entourage, le conjoint, la belle-mère, le collègue, la voisine… On découvre alors avec stupéfaction que ce sont souvent les mêmes problèmes qui se manifestent, mais qui sont résolus différemment suivant qu’ils sont posés par l’enfant ou par l’adulte.
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Oui tu m’étonnes. Régulièrement, je constate en riant que ma femme, tout comme ma fille d’un an et demi, écrit sur les murs et joue avec son caca ; dans le même temps, ma fille tout comme ma femme claque mon argent dans des chaussures moches et couche avec mon voisin. Effectivement, cet exercice m’a permis de découvrir bien des choses ! Merci, Ni claques ni fessées !

Ni claque, ni fessée, surtout lorsque l'enfant a un M-16

Maintenant que nous savons pourquoi des parents battent leurs enfants, découvrons ensemble la catégorie suivante :

Les "Preuves de la nocivité des fessées"

En effet, messieurs dames, les fessées sont nocives, et grâce à la science, tout cela a été prouvé avec force exemples. On nous annonce d’entrée de jeu que les fessées augmentent d’ailleurs "les risques de conduites agressives, de dépression, de tendances suicidaires, d’abus de drogues, de manifestations anti-sociales diverses pouvant aller jusqu’à l’homicide.". Ho !

Pour commencer, sachez que "deux enfants meurent chaque jour en France à la suite des mauvais traitements de leur entourage". Et on nous explique que par exemple, à force de les tabasser voire de les cogner contre les radiateurs, les conséquences sont néfastes. Attendez, à quel moment est on passé de la fessée/claque au mauvais traitement ? Mystère, le site ne distinguant aucune nuance entre un pan sur le cul et une branlée d’anthologie à coups de batte de base-ball, ou encore avec les "bébés secoués". Rappellons que ces traitements sont eux punis par la loi, justement car dangereux, ce que le site semble mystérieusement oublier, assimilant le tout dans un immense gloubiboulga. Mais attention, on ne s’arrête pas là !

une recherche sur 300 jeunes accidentés de la route, a pu établir une relation très étroite entre la force, la fréquence et la durée des coups reçus en famille à titre éducatif et le nombre des accidents subis [...]
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Effectivement, bien souvent en voiture, on subit un flashback d’une tannée reçue étant jeune, et hop, sortie de route. Il y aurait donc un lien entre les fessées et les accidents de la route (vu qu’on regarde le flashback au lieu de se concentrer sur la signalisation routière). C’est un peu osé, non ? Non, nous dit on, puisque l’étude est très sérieuse. Sérieuse, oui, car on imagine bien l’accidenté sur son brancard aux urgences :

"Monsieur ! Monsieur, vous m’entendez ?
- Haaaa, j’ai maaaal….
- Je sais, mais je ne peux pas vous donner de calmants pour ne pas perturber les résultats de mon enquête, alors…
- Pitié, j’ai maaaal….
- Oui, alors, "Les fessées, j’y suis a) Très favorable, b) favorable, c) plutôt favorable…"
- Haaa ! Arrêtez, aidez-moi ! Je saiiiiigne !
- Réponse A ? Alors, on va passer à la deuxième question : "J’ai reçu des fessées a) très souvent, b) souvent…""
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Bref, il y a un lien visible, nous dit on. Comme tout cela est intriguant. En tout cas, tout cela est suivi d’études sur les enfants battus, toujours dans le plus pur style "Il n’y a pas de nuance entre une fessée un jour et un enfant battu".

De plus en plus fort, on explique que les enfants ayant subi des châtiments corporels tournent souvent mal, comme par exemple (on sent le hasard des choix sur le site) : Hitler, Staline ou encore Saddam Hussein. Parents, attention : la fessée entraine une poussée de moustache et d’envies de conquêtes. Par ailleurs, nous venons de franchir en l’instant le Point Godwin, ce qui sur un site d’association visant à éduquer sans violence, est tout de même assez fort. Chapeau les gars.

Un peu plus loin encore, nous apprenons que les sociétés non-violentes n’ont pas recours à la violence. Intéressant. Ou encore que les Justes, durant la seconde guerre mondiale, avaient "pratiquement tous" eu une éducation sans violence. On en déduit donc par corolaire qu’après Hitler, voici la fessée qui transforme vos enfants en nazis !

Cette partie s’achève sur un paragraphe tout à fait superbe :

Et cependant, si les troubles du comportement engendrés par les punitions corporelles sont indiscutables, beaucoup de gens disent "j’ai été battu, je ne m’en porte pas plus mal". Parce que lorsqu’arrivent dépression, alcoolisme, toxicomanie, délinquance, accidents, maladie… aucun ne fait le rapprochement avec son passé.

L’argument ultime : déjà, le site n’hésite pas à affirmer que ce qu’il dit est "indiscutable", comme ça, c’est réglé, et enchaîne avec "et ceux qui disent le contraire sombreront dans la drogue et l’alcool et seront trop bêtes pour faire le rapport avec ce que nous révélons ici". Ha oui, rien que ça ? Dites donc.

La catégorie suivante, "Comment agissent les fessées" ne nous intéressera que peu, puisque cela reprend ce qui a été dit auparavant. Cependant, on notera le paragraphe suivant sur les manières d’évacuer sa colère sans frapper l’enfant :

Certaines familles utilisent avec bonheur le "coussin de colère" ou le putching ball sur lequel on va taper lorsqu’on sent une grosse colère monter, que l’on soit enfant ou parent. Une fois la violence physique déversée, un dialogue peut plus facilement s’instaurer.
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Notez déjà le "avec bonheur" ; on imagine le célèbre "Chic alors, le coussin de la colère !" de toute une famille voyant arriver ce splendide outil en sa maison. Dans le même temps, j’avoue être perplexe sur l’impact psychologique de ce dernier. Car plutôt que d’apprendre à se calmer tout seul pour dialoguer il permet de signifier à tout le monde son énervement. Exemple :

"Ecoute chérie, j’en ai marre que tu ne remettes pas l’eau au frais quand tu débarasses !
- Tu n’as qu’à lever ton cul.
- Ha ! Haaa ! Raaah ! Ho putain, trente seconde, je vais chercher le coussin de la colère.
- D’accord.
- *bruits de coups* raaah saloooope *tabassage en règle* putain connasse de merde *hurlement barbare*
- …
- Me revoilà mon amour."
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Je ne vois pas trop la logique bénéfique dans l’idée du "Quand je suis énervé, il faut frapper". Mais si c’est "avec bonheur", alors…

Pour le reste, je vous laisse découvrir par vous-même.

Brièvement, dans la catégorie suivante "Qui s’oppose aux fessées ?", on nous cite François Dolto en exemple, qui, pour rappel, engendra Carlos. Ce qui en soi, est déjà une excellente raison de fesser son enfant sur le champ pour éviter qu’il ne finisse obèse à chanter "Big bisou".

On oublie les fessées, et voilà ce que ça donne

Allons enfin sur la dernière catégorie qui nous intéresse "Sans fesser, comment faire ?"

(vous pouvez visiter les autres après, ce n’est pas mon problème, hein)

Et bien pour éduquer votre enfant sans fessées, il faut établir des règles (ho !) et savoir dire non (diantre !). Le site d’ailleurs, pour des raisons qui m’intriguent, utilise de nombreux exemples moralisants sur ce qu’est une vraie belle famille (avec une marraine et beaucoup de relations avec la grand-mère à qui il faut rendre visite et faire plaisir en lui achetant des fleurs).  Par ailleurs, comble de l’ironie, les propos tenus en cette dernière catégorie appuient bien l’importance de la nuance entre "la fessée" et "ne rien faire", en expliquant bien qu’entre les deux, il y a l’éducation, et qu’il ne faut pas tout confondre avec du laxisme.

Ha oui, de la nuance ? Comme celle qui distingue un pied au cul d’un enfant battu ?

Pour conclure, un bien beau site. Et peut-être bientôt une bien belle loi ? En tout cas, si elle ne passe pas, j’espère qu’Edwige Antier n’ira pas se défouler sur un coussin de la colère en pleine assemblée.

Ce serait faire l’apologie de la violence. Quel exemple pour nos enfants.

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