"Diego, couche-toi !"

Le serviteur se jeta au sol, esquivant de justesse la rafale de projectiles qui vint s’écraser en crépitant sur le véhicule voisin. Se relevant péniblement  pour s’adosser à la berline, Diego observa son maître occupé à jeter un coup d’œil par-dessus une portière entrouverte et malmenée.

"Bon sang Monsieur, comment nous ont-ils encerclés comme ça ?
- Je l’ignore Diego. A cette saison, les mauvais films sont plus nombreux, plus sauvages, mais tout de même. Je n’en ai jamais vu autant. Et pourtant, j’en ai vu des étés. Mais là : R.IP.D Brigade Fantôme, The Lone Ranger, Insaisissables, Crazy Joe…
- Oui mais… attention !"

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Diego se baissa pour laissa la place à son employeur qui fit claquer son Maüser à plusieurs reprises pour repousser un assaillant qui recula en grognant.

"Bon sang, il est agressif celui-là ! C’est lequel ?
- World War Z, il essaie régulièrement de venir squatter celui-là. Mais je ne peux pas être partout, et encore moins là où il y a des zombies, c’est un blog sérieux ici. On va se contenter de le repousser. Tout au plus on dira que c’est un film dans lequel les zombies sont quelque part entre Dr House et Lassie et puis basta. 
- Mais il y a trop de merdes à spoiler Monsieur ! Il faut bien commencer par une !
- Alors on va faire celle-là là-bas."

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Suivant le regard de son maître, Diego fronça les sourcils en voyant un mauvais film à quelque distance de là.

"Celui-là ? Wolverine : le combat de l’immortel ? Mais pourquoi ?
- Parce qu’il le faut Diego. Te souviens-tu du premier volet ?
- Je… je crois que j’en rêve parfois.
- Tu te rappelles ? Toute l’intrigue qui reposait sur une équipe scientifique qui a le choix entre deux cobayes, un volontaire et l’autre non, et qui choisit le second et du coup passe tout le film à s’emmerder ?
- C’est vrai que c’était pourri. 
- Alors on va commencer par celui-là. Tu es prêt Diego ?
- Non."
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Hélas, comme il s’y attendait, son employeur se contenta de prendre son habituel sourire sadique puis de ricaner en lançant :

"Spoilons, mes bons !"

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L’affiche : oooh, mais qu’est-ce que je lis tout en bas ? "En 3D". Et vous connaissez le proverbe : "If you can’t do it right, do it in 3D"

Notre film s’ouvre sur la paisible cité de Nagasaki un beau matin de 1945. Alors que le peuple japonais se prépare à une nouvelle grande journée à une époque bénie où la Japan expo n’existait pas encore, voici qu’un bruit de moteur trouble le ciel : un gros B-29 est en train de se traîner paresseusement jusqu’au dessus de la ville, ce qui n’inspire guère confiance aux locaux qui ont appris que l’autre jour, il s’était un peu passé la même chose à Hiroshima et que ça a provoqué un bond technologique local en matière de lyophilisation. C’est donc au son de "On avait dit qu’on attaquait pas les points de respawn !" que les soldats du cru lancent les sirènes et que tout le monde se met à courir dans tous les sens.

Tout le monde ? Non. Yashida, un jeune soldat affecté à un camp de prisonniers décide de libérer les soldats américains pour leur donner une chance de s’en sortir, et ce sans que ses officiers ne disent rien puisque c’est connu, les japonais étaient d’une courtoisie légendaire avec leurs hôtes. Seul un prisonnier occidental ne peut fuir : un certain Logan, alias Wolverine (je serais curieux de savoir comment ils l’ont capturé sachant que le film repose sur le fait que les armes ne lui font rien, mais passons, peut-être ont-ils utilisé un très gros collet avec un tapas comme appât), car il a été enfermé dans le seul bunker du coin puisqu’étant difficile à contrôler. Attendez, je me relis… oui, c’est ça : des types craignant des bombardements ont filé leur seul et unique bunker à un prisonnier qu’ils n’aiment pas trop.

D’accord. Remarquez, après Man of Steel, plus rien ne m’étonne sur le sujet.

Toujours est-il que le soldat Yashida brise les cadenas empêchant Logan de quitter sa planque, puis en bon soldat japonais, il court rejoindre ses petits camarades, occupés à se suicider avant même que la bombe américaine ne touche le sol (si l’on en croit ce film, il aurait donc suffi aux américains de larguer des trucs sur le pays pour que tout le monde se suicide : pourvu qu’ils ne connaissent jamais la famine, sinon ça va être le bordel en cas de largage de ravitaillement de l’ONU). Mais alors que le bougre hésite, ses petits camarades ayant déjà lancé une opération de trifouillage de leur propre bidou à coups de lame, la bombe atomique tombe sur Nagasaki et une énorme boule de feu se forme et commence à grossir jusqu’à atteindre le camp de prisonniers, un peu à l’écart.

Sauf que Wolverine étant un mec sympa, il ne veut pas laisser mourir ce pauvre petit soldat du soleil levant si gentil avec ses prisonniers : il court donc l’attraper, retourne avec lui dans son petit bunker, et alors que la température commence à monter si fort que les petits vieux dans un rayon de quelques kilomètres se sont instantanément transformés en pruneaux, Wolverine se couche sur son camarade et essaie de le protéger de son mieux avec des éléments du bunkers qui traînent, histoire d’éviter de le voir finir en grillade. L’apocalypse ne dure qu’un temps, et bientôt, c’est donc un Yashida un peu choqué qui ouvre les yeux pour découvrir son sauveur tellement brûlé qu’il ressemble à un steak trois poivres anthropomorphe mais… se régénère sous ses yeux !

"Mais… mais tu es… 
- Oui je suis un mut…
- Tu es le glouton !"

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Oui, je sais. Car oui : évidemment, le japonais, le baptise aussitôt de l’équivalent japonais de Wolvérine, ou "glouton" en français. Non parce que c’est vrai : voir un type se régénérer suite à une explosion atomique, ça fait forcément penser à un animal dont la principale spécialité connue est de taper dans le panier de pique-nique des trappeurs ou déféquer entre les framboises. Alors de deux : soit au Japon, le glouton est un animal particulièrement dangereux et vaguement immortel ce qui est peut-être une conséquence de Fukushima, soit notre bon Yashida est tout simplement complètement con. Toujours est-il qu’en remerciement de ce sauvetage, il propose d’offrir son katana à Wolverine, qui refuse ne souhaitant pas s’encombrer. Mais comme l’asiatique insiste, il lui explique que bon, okay, il veut bien le sabre, mais c’est Yashida qui aura la garde, merde, éventuellement il viendra le voir une semaine sur deux. Après un dernier conseil de Yashida, à savoir "Si jamais ça devait te servir dans le film, sache qu’un sabre japonais se tient toujours à deux mains", les deux se séparent.

Bondissons dans le temps et retrouvons donc Logan au XXIe siècle, vivant désormais en vieil ermite hirsute dans une forêt canadienne. Enfin, quand je dis "vieux" : n’oubliez pas jeunes gens que notre héros se régénère en permanence et ne vieillit donc pas. Et coup de bol, son pouvoir ne s’est pas activé trop tôt, le bloquant dans un corps d’ado boutonneux. Bref, plutôt que d’être condamné à une éternité de Biactol, Logan s’est condamné tout seul à une vie de solitude : en effet, il est toujours poursuivi par les événements des précédents films X-Men, et particulièrement par le fait qu’il a dû péter la gueule à son seul amour, Jean Grey, qui était devenue un peu taquine et essayait par exemple d’exterminer l’humanité. Son seul ami est désormais Pompon, un grizzli coquin qui aime bien pêcher la truite à coups de griffes, chasser l’orignal à coups de dents, et faire de l’exhibitionnisme à proxmité des chemins de randonnée (quel coquin ce Pompon). Seulement voilà : un jour, Logan constate que les piles de sa petite radio (dont il se sert pour écouter de la musique classique, mais tout le monde sait qu’il écoute les Grosses Têtes et Nicki Minaj quand personne ne le regarde) sont en train de lâcher, et se rend donc en ville pour en acheter de nouvelles. Et note sur place que des chasseurs sont en train de préparer diverses armes pour aller pratiquer leur loisir préféré. Rien d’extraordinaire, donc.

Pour rappel, voilà ce qu’est un wolverine ou "glouton". Ah, ça fait moins son malin.

Sauf que la nuit suivante, Logan est réveillé par des cris comme "Aaaah !" "Ooooh !" ou "Pompoooon, enculéééééééé !" (ah, ces chasseurs) et allant chercher l’origine de tout ce bordel parce que merde, il y a des clodos sylvestres qui aimeraient bien pioncer, il découvre le campement des chasseurs ravagé. Et en suivant les traces d’ours voisines, tombe sur Pompon, visiblement bien mal en point quand bien même seul un carreau d’arbalète de chasse l’a touché : des carreaux empoisonnés ! Ni une, ni deux, Logan achève son ami condamné d’un bon coup de griffes puis s’en va en ville, quelque peu bougon pour tirer cette histoire au clair, voire péter quelques gueules, histoire de.

Dans le bar local, l’un des chasseurs est en train d’expliquer que le grizzli a tué tous ses amis, et que seul lui s’en est sorti, ce qui le rend très triste car il n’a plus personne avec qui chasser la galinette cendrée. Logan vient donc le trouver, et lui plante dans la main le carreau d’arbalète qu’il a ôté de son ami feu le nounours, comme ça, pour déconner, parce que ça brise la glace et permet de converser de manière plus posée. Puis le torture un peu pour lui faire reconnaître qu’il utilise des carreaux empoisonnés interdits, ce qui a rendu le grizzli fou et est donc à l’origine de la mort de ses copains chasseurs.

Et, oui, en plein milieu du bar. Parce qu’au Canada, torturer les gens dans un endroit public est autorisé entre 8h et 22h sauf à proximité d’un groupe scolaire, comme chacun sait.

Toujours est-il que le ton monte un peu quand même (il serait temps) et que Wolverine commence à mettre des claques aux quelques personnes qui viennent défendre le vilain chasseur. On frôle la boucherie grâce à l’intervention d’une jeune asiatique qui s’interpose et demande à tout le monde de se calmer. Et explique même à Wolverine qu’il est inutile de se fatiguer : les trois hommes avec qui il se battait dans le bar mourront dans très exactement une semaine dans un accident de voiture.

"Hein ?" fait Wolverine, intrigué, avant de fuir les lieux avec la jeune fille des fois que, à tout hasard, quelqu’un ait appelé la police. Et tous deux disparaissent donc dans la nuit à bord du véhicule de la damoiselle qui, lors des plans intérieurs est toutes lumières allumées, et lors des plans extérieurs, toutes lumières éteintes parce que la réalisation, c’est un métier difficile, voyez-vous. Dans tous les cas, la discussion s’engage.

"Bonjour Wolverine, je suis si heureuse de vous avoir trouvé !
- Je ne suis plus Wolverine parce que je suis un héros torturé. Appelle-moi Logan. 
- Si tu veux Wolverine. 
- Je… bon, je vais faire comme si de rien n’était. Qui es-tu ? Pourquoi me cherchais-tu ?
- Je suis Yukio, et mon employeur, Monsieur Yashida, voulait absolument vous revoir.
- Ce qui n’explique pas comment tu m’as trouvé sachant que je vivais dans les bois avec Pompon l’ours et pour seul contact avec la civilisation un achat de piles tous les trois mois. C’est Pompon qui m’a balancé c’est ça ? Je lui ai toujours trouvé un côté un peu pupute. Alors, comment ?
- Heu je… hem ce… ce n’est pas très intéressant.
- Ah nan mais si parce que du coup ça veut dire que tu es super forte et peux retrouver n’importe qui n’importe où ! Bon, alors, il est où Magnéto ?
- Hem, je propose de changer de sujet et de revenir au script. Vous ne voulez pas savoir pourquoi Monsieur Yashida veut vous revoir ?
- Okay : pourquoi Monsieur Yashida veut me revoir ?
- Hé bien parce qu’il va mourir, il est tout vieux, là on sent qu’il va claquer le papy. Du coup, il tient à vous revoir une dernière fois pour vous faire ses adieux. Ho, et il vous fait remettre ce splendide katana sur lequel il a veillé toute sa vie mais dont la propriété vous revient.
- Super. Bon, où je le retrouve ? 
- A Tokyo.
- Rooooh, relou. Bon, je veux bien, mais alors je n’y reste pas plus de 24 heures. 
- Paaarfait. Je vous conduis jusqu’au jet privé qui nous attend."

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Wolverine et Yukio se rendent donc à un aéroport du cru et sautent dans un jet de la compagnie Yashida, puisque le petit soldat que Logan a connu est devenu multimilliardaire depuis (jamais les héros ne connaissent de vulgaires ploucs : c’est comme les gens avec des vies antérieures déclarées, personne ne se souvient avoir été paysan dans les Deux Sèvres, tout le monde a été princesse, empereur ou courtisan). Dans l’avion en tout cas, Wolverine finit par poser une bonne question (si) :

"Au fait, dans le bar vous avez prédit la mort des trois mecs qui m’emmerdaient. Comment donc ?
- Bah en fait, je suis une mutante et j’ai le pouvoir de lire l’avenir. Mais je vois juste la mort des gens, c’est un peu pourri.
- Ça doit quand même être pratique pour faire des paris. Bon et alors du coup, je meurs quand moi ? Et papy Yashida ?
- Je propose de ne pas en parler. Histoire de ne pas pourrir le spectateur de suite.
- Okay."

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L’avion se pose donc à Tokyo et alors que le soir tombe sur la ville, Wolverine est emmené à la résidence Yashida où des dizaines de vigiles montent la garde, puisque dernièrement, les Yakuzas, la mafia locale, ont tenté de s’infiltrer dans l’endroit et ont menacé le clan. Wolverine découvre donc les différents protagonistes peuplant l’endroit :

  • Papy Yashida : il a bien vieilli depuis Nagasaki, mais il est pété de thunes. C’est la Liliane Bettencourt du film.
  • Papa Yashida : c’est le fils de Yashida. Il ne sourit jamais et a l’air très jaloux en permanence. Spectateur, ne vois-tu rien venir ?
  • Pipounette Yashida : c’est la fille de Papa et petite fille de Papy. Elle semble a voir été conçue dans une cuve à niaiserie à partir de barbe à papa.
  • Jean-Jacques : c’est le fiancé de Pipounette. Il est ministre de la justice. Oh, vous ai-je dit qu’il portait un bouc et une moustache ? Vous savez ce que ça veut dire, vous pouvez ranger vos détecteurs de traîtres.
  • Je-suis-gentille-je-le-jure : c’est la cardiologue de Papy. Elle est blonde, russe et mystérieuse.

Misère, c’est moi ou tous mes détecteurs de poncifs sont dans le rouge ?

Je-suis-gentille-je-le-jure : ah non vraiment, on ne voit rien du tout venir. Elle sent tellement la gentillesse, l’innocence, la pureté et limite les carambars.

Bref : après avoir fait un brin de toilette (rasage de barbe & co : rappelons que les poils de notre héros repoussaient après une explosion atomique, mais ne le font pas après un passage chez le coiffeur, ne me demandez pas pourquoi, peut-être utilisent-ils du shampoing à la kryptonite) Logan est emmené voir Papy Yashida dans son infirmerie locale, où les dernières technologies des industries Yashida sont mises à sa disposition : un lit constitué de pistons métalliques super inconfortables (j’ignore qui a eu l’idée, mais ça a l’air fin nul et ne sert qu’à cramer du budget effets spéciaux) mais qui permet de surveiller tout ce qu’il se passe dans le corps du patient, moult écrans, et dans des bocaux, des sortes de minuscules poulpes métalliques dont un semble, si l’on en croit les écrans précédemment évoqués, être dans le corps de Papy Yashida, accroché à son cœur façon pacemaker futuriste. Papy semble très heureux de voir Wolverine.

"Logan… Logan, mon vieil ami… tu n’as pas changé, ton don est… fantastique !
- Ouais, c’est pas mal.
- Mais tu le considères comme une malédiction. Tu aimerais mourir, n’est-ce pas ? Enfin trouver le repos ? Je peux t’offrir cette mort que tu désires.
- Je… c’est vrai que j’y pense Papy ? Mais comment ?
- Hé bien j’ai fait moult recherches grâce à ma super fortune. J’ai découvert qu’il était possible que tu transfères ton don à quelqu’un d’autre…
- Comme ?
- Hem je… grmbll… je pensais à… heu…
- Nabila ?
- Nooooon, nooon… à… hem. A moi.
- Ah. Oui mais non, c’est pas possible.
- Ah bon ?
- Oui parce que ma capacité de régénération est connue pour éjecter les corps étrangers. 
- …
- Corps étranger. C’est une blague raci… rooh, bon, laissez tomber. Vous savez quoi ? Allez vous faire voir.
- Très bien. Tant pis Logan : adieu ! Ho attends, juste avant, t’ai-je montré cette tapisserie qui n’a rien à faire là expliquant que mon clan est protégé par des ninjas ? Oui ? Bon alors tu peux te casser maintenant."

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Tout le monde est très déçu de savoir que Wolverine n’est pas prêt à sauver Papy, mais après tout, c’est son droit. Notre homme est donc invité à passer la nuit sur place, et après lui avoir prêté un pyjama en pilou, le bougre va faire dodo. Et comme toujours, rêve de son amour perdu à qui il ferait bien des bisous. Mais alors que ses songes deviennent toujours plus intenses et que l’on commence à être en droit de craindre pour les draps et les pyjamas de prêt, le rêve de Logan change et il rêve de Je-suis-gentille-je-le-jure qui lui roule un gros patin des familles contenant, entre autres, un des poulpes mécaniques qu’elle mettait dans le corps de Yashida.

Notre héros se réveille donc un peu paniqué puisque le Japon a l’air de changer jusqu’à ses songes : même ses rêves cochons se mettent à impliquer des poulpes histoire de tourner au hentai. Accessoirement, il y a aussi un peu de bordel dans la résidence : Papy vient de passer l’arme à gauche, et on annonce l’enterrement pour le lendemain : Logan accepte de rester le temps de celui-ci. L’occasion pour lui de se préparer et d’obtenir quelques informations :

  • Yukio n’a pas vu venir la mort de Papy, ce qui est louche. Et accessoirement, elle n’est pas une vraie Yashida. Elle est orpheline et Papy l’a adoptée parce que Pipounette n’arrivait pas à se faire des amies. Grosso modo, c’est donc le pokémon de Pipounette.
  • Pipounette semble n’être appréciée ni de son Papa, ni de son Jean-Jacques de fiancé. Elle est limite en nervous-breakdown.
  • Je-suis-gentille-je-le-jure a été recrutée par Papy, personne ne sait d’où elle sort et on insiste bien sur le fait qu’elle est super-über-mystérieuse.

Wolverine se contente de sourciller un peu en découvrant tout cela, mais sans plus. Il se rend donc avec le reste de la troupe directement à l’enterrement de Papy, dont personne n’a finalement vraiment vu le corps, d’ailleurs il ne sera pas exposé, d’ailleurs personne n’a eu le droit de s’y recueillir, d’ailleurs maintenant qu’on y pense, c’est quand même vaguement suspect, mais personne n’évoquera le sujet, pas même son fils ou sa petite-fille, parce que bon, hein, vous savez, ça a tellement peu d’intérêt.

Pendant que les spectateurs ont déjà deviné la fin du film en baillant, la cérémonie funèbre commence (un simple autel avec une photo dédicacée), le tout sous haute surveillance puisque le ministre de la justice est là, et qu’en plus le clan Yashida est menacé par les Yakuza. Sauf que non seulement les Yakuza ont infiltré la place, mais en plus, ils sont au moins 50 !

Tiens, on dirait un agent de sécurité. Vous voudriez dire que lui non plus n’a pas remarqué des dizaines de mecs surtatoués entrant avec, pour rappel, des fusils à pompe ?

Balaises les mecs.

En plein milieu de la cérémonie donc, les vilains gangsters se révèlent et commencent à mitrailler à tout va. Les 250 gardes du ministère de la justice ainsi que ceux du clan Yashida se font donc abattre en environ une milliseconde (ou plutôt : on en parle plus), pendant que Wolverine décide lui qu’il est temps de distribuer des baffes. Et en effet : il tabasse quelques Yakuzas, mais constate qu’il a un petit souci : son corps ne se régénère plus ! Remarquez, il le constate en se mangeant des coups de fusil à pompe, de mitraillette, de pistolet & co, mais il va bien quand même, c’est gentil de vous inquiéter, il se contente juste de boiter un peu (quel réalisme). Logan constate aussi que depuis un toit, un mystérieux archer l’aide à cartonner les brigands (mystérieux archer qui était là depuis le début de la cérémonie, bien visible, mais aucun garde ne pensait à regarder les toits à 2 mètres au-dessus du sol où il ne se cachait même pas, ou alors derrière une demi-tuile). La bagarre se poursuit, Logan tentant de protéger Pipounette comme il le peut, et finalement, il se retrouve à courir dans Tokyo, criblé de balles, en luttant contre les quelques méchants restants (les gentils, eux, genre les gardes, la police ou autre, sont tous partis cueillir des fleurs) jusqu’à parvenir à sauter dans le shinkansen, le TGV japonais en partance pour le sud.

L’occasion d’avoir quelques instants de répits, et de discuter avec Pipounette, dont les répliques ont été écrites par un élève de CM1 qui "doit faire des efforts ce trimestre" comme on dit dans les milieux autorisés (comprendre "est con comme une brique").

"Pipounette, bon sang, que s’est-il passé ?
- Je n’ai pas besoin de vous Monsieur Logan.
- Pardon ? On sort juste d’une scène où tous vos gardes sont morts et où sans moi, vous vous faisiez kidnapper par une hordes de Yakuzas grognons.
- Je ne vois pas le rapport. Je vais plutôt écouter mon baladeur car vous savez, je ne suis pas du tout choquée par une fusillade à l’enterrement de mon grand-père. Et ce qu’a à me dire l’homme qui m’a sauvé la vie et ses pouvoirs mystérieux ne m’intéresse pas.
- Okay, ce film est à chier. Bon, et maintenant ?
- Maintenant je vais aller me cacher dans une propriété familiale dans le sud du pays. Le premier endroit où l’on pensera à venir me chercher.
- Bon, vous êtes donc juste stupide. Vous savez quoi ? Je vais aux toilettes et on en reparle."

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Wolverine s’absente donc dans les toilettes de la voiture pour découvrir qu’en effet : il ne se régénère plus (du coup ses blessures aux mains devraient rester quand il rentre ou sort ses lames, non ? D’ailleurs, ses lames, même si couvertes d’adamantium, c’est un pouvoir de mutant à la base, non, puisqu’elles étaient en os à l’origine ? Donc du coup, elles devraient aussi être bloquées, que je sache ? Bon, remarquez, je chipote : Wolverine n’est jamais que le titre du film et son personnage principal, c’est donc facile d’oublier ce genre de détails).  Bref, Logan s’exclame que roooh, bah crotte de bique, qu’est-ce qu’il se passe ? Bon, remarquez, il ne se demande pas du coup comment il a pu survivre a autant de balles, ça va, il n’est pas très curieux, et se contente de nettoyer ses blessures avec du papier toilette et une demi-bouteille de Volvic. Mais se passe alors l’événement le plus inadmissible qui soit :

Alors qu’il est dans le coin toilettes, des Yakuzas débarquent dans le train (ils sont probablement montés quand… heu… quand… mais siii, vous savez pendant que… bon, allez, ils sont là). Wolverine ne peut donc même pas faire caca en paix, il est obligé de sortir pour leur refaire la margoulette, ce qui est réglé au cours d’une séquence durant laquelle notre héros fait des trous gros comme les gens qu’il balance à travers dans un train allant à 500 kilomètres heures sans que personne ne le remarque, combat sur le toit sans jamais se faire électrocuter comme le premier galopin venu, saute dans tous les sens et plante ses griffes dans la structure sans que personne n’entende le moindre bruit, et regagne finalement l’intérieur tranquillement après avoir claqué tout ce qui était vaguement jaune et tatoué dans le coin (un certain nombre de japonaises ont donc pris cher, mais ont eu le temps de hurler "Sugoïïï !" en se faisant étriper par Hugh Jackman).

Un peu vexé par cette téléportation de Yakuzas directement dans le train, Wolverine décide de descendre avec Pipounette au premier arrêt, et d’aller prendre un hôtel pour la nuit avant de reprendre la route vers le sud. Mais si, vous savez, vers la propriété familiale connue de tout le monde où Wolverine ne voulait pas aller parce que ça lui paraissait stupide : hé bien il a oublié et trouve maintenant l’idée géniale. Soit.

Toujours est-il qu’à l’hôtel, Wolverine finit par se sentir un peu mal, probablement après avoir perdu son 17ème litre de sang coulant de ses blessures, et finit par obtenir quelques soins discrets l’obligeant pour la première fois à être recousu. Mais là n’est pas le sujet : pendant que lui et Pipounette discutent tranquillement du fait qu’il a perdu ses pouvoirs de régénération et qu’il commence fortement à soupçonner Je-suis-gentille-je-le-jure de lui avoir fait un truc qu’il n’aurait en fait pas rêvé (à noter que d’habitude, Wolverine est réveillé par un pet de poule à 500 mètres, mais quand c’est pour se faire rouler des patins à base de poulpe mécanique par la première cardiologue venue, il ne se réveille pas ou ne sort pas ses griffes par réflexe alors qu’on l’agresse, ce qu’il fait pourtant dans 100% des autres cas, c’est beau). Et ça tombe bien, puisqu’ailleurs en ville, Je-suis-gentille-je-le-jure se promène dans les rues bondées d’un quartier chaud quand elle est abordée par un homme d’affaire un peu enthousiaste qui lui propose de venir voir son stylo-plume. Mal lui en prend car la bougresse lui roule un patin sur le champ…

… et le type se met  alors à développer instantanément toutes les maladies possibles et imaginables, son visage se couvrant de pustules alors qu’il meurt, foudroyé.

Pour ceux qui douteraient : l’homme que vous voyez sur cette image et qui ne se régénère plus a pris deux balles de pistolet, une rafale de mitraillette, un coup de fusil à pompe et divers coups d’armes blanches et contondantes. Mais il court encore tranquillement, merci.

Oui, Je-suis-gentille-je-le-jure est en fait une méchante ! Vous ne vous y attendiez pas, hein ? Son nom de mutante est "Vipère" et son pouvoir est de pouvoir refiler toutes les maladies possibles et imaginables si j’ai bien compris. Et ce n’est pas peu dire : la dernière fois que j’ai vu autant de MST dans un seul endroit, c’était en ouvrant Closer, alors tout de même, ça fait peur !

Pardon ? Oui, elle vient de tuer quelqu’un au milieu d’une foule de plusieurs centaines de personnes, pourquoi ? Roooh, comme vous y allez. Le Japon a dû adopter la même loi que les bars canadiens sur la tolérance de la baston, torture et meurtre en public, que voulez-vous que je vous dise ? Vous voyez un établissement scolaire à proximité ? Alors suivez un peu, merde.

Bref : Vipère va donc retrouver dans un coin le mystérieux archer qui avait protégé Pipounette durant l’enterrement de son papy. Nous l’appellerons donc Bob histoire d’avoir des points de repère.

"Vipère… 
- Bob. Alors mon doux, as-tu retrouvé Pipounette et Logan ?
- Heu… on en discute vraiment en pleine rue ?
- Je viens de tuer quelqu’un au même endroit et tout le monde s’en fout, alors tu sais…
- Bon heu… bref, hé bien non. Ils se sont volatilisés.
- Tu ferais bien de les retrouver, Bob. J’ai déjà refilé à Logan un petit cadeau qui emprisonne ses pouvoirs. Méfie-toi que je ne te fasse pas aussi un cadeau.
- Ne t’inquiète pas Vipère, je ne t’aime guère mais je suis Bob, chef des ninjas ayant toujours protégé le clan Yashida, et je retrouverai Pipounette.
- Fort bien… fort bien… sur-ce, je te laisse, j’ai d’autres gens à aller embrasser pour leur filer des maladies.
- Moui. Ton pouvoir c’est de ne pas connaître le dentifrice en fait. Tu es sûre que tu es une mutante ?"

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Dans tous les cas, les deux personnages se séparent. Et nous retrouvons Logan et Pipounette faisant un peu plus tard route vers le sud pour se rendre à Nagasaki, puisque c’est évident, personne ne penserait à surveiller l’endroit qui est le seul point commun entre Logan et Pipounette et où le clan Yashida a une résidence. Je vous passe les détails, mais sur place, il se passe diverses incohérences, comme par exemple cette vieille dame qui ignore que Logan est là mais vient quand même chercher Pipounette pour "dégager un arbre de la route". Ah oui c’est sûr qu’une princesse prout-prout de 38 kilos a toutes les qualifications pour ça. Ou alors mémé avait lu le script et savait qu’il y avait chez elle Super Bûcheron. Tout cela crée quantité de conversations entre nos deux larrons.

"Logan, tu cauchemardes souvent, tu cries la nuit. 
- Oui, c’est ma malédiction, je dois vivre avec mes fautes.
- Tes fautes ? Non parce que visiblement tu rêves surtout que tu vas à l’école en slip, rien de super torturé, hein, essaie pas de survendre.
- Hein ?
- Ah je ne sais pas, toutes les nuits en tout cas tu appelles ton pantalon : "Jean ! Jean !"
- Aaaaaah, nan, nan mais je vois. Non mais Jean c’est pas mon pantalon, il y a erreur. C’était le nom de ma copine. 
- Oh. Pardon. 
- Oui, bon, toujours est-il qu’elle s’était vaguement transformée en Hitler, j’ai donc dû la tuer et l’envoyer dans le pire endroit qui soit : le casting d’Hansel & Gretel.
- Dur. 
- Mais assez parlé de moi. Raconte-moi ta vie avec tous les détails.
- Hé bien pour commencer, j’ai toujours été la chouchoute de mon papy. Il m’a dit qu’il me léguait toute sa fortune et son empire. Alors que mon papa, lui il est méchant, il veut me marier de force au ministre de la justice pour avoir ses entrées dans le monde politique. Alors que moi, petite, je voulais épouser Bob, mon ami d’enfance et chef des ninjas ayant toujours protégé mon clan. 
- Mais alors ninja, c’est un vrai métier ? Ils vivent de quoi au quotidien ? Ils font leurs courses à Super U ? Ils ont une sécurité sociale ?
- Ecoutez Logan, vous ne voudriez pas plutôt qu’on se fasse des bisous ?
- Okay, vendu."

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Logan et Pipounette se font donc des bisous. Du moins jusqu’à ce qu’évidemment, dès le lendemain, Logan soit réveillé par les cris de sa copine (encore une fois : selon les besoins de l’intrigue, il se réveille plus ou moins facilement) : celle-ci est en train de se faire kidnapper par des méchants qui l’ont très étonnamment retrouvée ici, ah bin ça ! Ni une, ni deux, Logan se rue sur les brigands mais ne parvient à n’en attraper qu’un avant que les autres ne s’enfuient en voiture avec leur otage, même pas dans le coffre. Quel manque de goût, on sent les débutants. Et la pelle, elle est où la pelle ?

Un peu contrarié, Logan va donc interroger le galopin dont il a réussi à se saisir qui, coup de bol, parle anglais. Il obtient donc l’information dont il a besoin : il travaille… pour Jean-Jacques, le ministre de la justice ! Logan appelle donc Yukio pour qu’elle vienne le chercher avec un voiture rapide et les deux repartent pour Tokyo. A noter que comme dans tous les mauvais films, personne ne sait exploiter le temps à disposition, puisqu’entre le moment où ils démarrent "Logan, je dois absolument vous parler – Pas le temps, en route !" et le moment où ils arrivent "Logan, je dois vraiment vous parler – Bon, okay, vous avez une minute !" visiblement, personne n’a pensé à exploiter les trois heures de route pour dire ce qu’il y avait à dire.

Non, mais sérieusement ? C’est si compliqué que ça de faire une scène de 30 secondes où les héros parlent au volant ?

Rappelons que le film est en fait le remake d’un plus ancien "Marmottine : le combat de l’immortel" et qu’il y a aussi de spectaculaires scènes en voiture. On a juste changé la marmotte en glouton et hop. Même si Marmottine rend moins bien torse-nu auprès de certains publics.

Toujours est-il que c’est entre deux portes que Yukio se retrouve à révéler que "Logan, j’ai vu votre mort ! Vous êtes en face de moi, le cœur dans la main, du sang partout et je ne me trompe jamais !" mais que ça n’intéresse que vaguement notre héros puisqu’il a déjà envoyé MORT au 8 38 38 et on lui a répondu que pas du tout, il mourrait en s’étouffant avec des macarons en lisant le blog de Pandora (un autre X-man dont la mutation est de pouvoir générer du bullshit à la fraise, mais là n’est pas le sujet).

Bref : la petite troupe se rend à la résidence de Jean-Jacques qui comme toute résidence de ministre japonais, n’est pas surveillée, fut-ce de loin. Après tous, les Yakuzas n’ont fait que mitrailler la foule à un enterrement où il se trouvait, pourquoi la sécurité serait renforcée, enfin ? Pfff, comme vous y allez. On va plutôt donner leur week-end à tous les agents de sécurité.

Notre héros se présente donc à l’appartement de l’homme politique pour le trouver en train de s’amuser avec deux filles qui s’écartent donc promptement en voyant arriver un X-man grognon prêt à meuler des margoulettes. L’homme a tôt fait de faire parler le ministre sans que, encore une fois, qui que ce soit n’intervienne, obtenant ainsi une info intéressante :

Papa et Jean-Jacques ont passé une alliance politique. Seulement, pour qu’elle ait de l’intérêt, il faut que Papa hérite de la société de Papy Yashida… et donc que sa propre fille disparaisse ! Pour ce faire, les deux larrons ont proposé aux Yakuzas de se charger de la chose. Yakuzas qui sont vraiment serviables puisque malgré toutes leurs pertes, visiblement, ils n’en veulent à personne et sont retournés à la pêche : nous ne les verrons plus du film.

C’est vraiment sympa de leur part.

Cette partie de l’intrigue dégagée, nos héros décident donc d’aller sauver Pipounette qui d’après le ministre, doit être à la résidence familiale prisonnière de son propre père. Ni une, ni deux, nos héros prennent leur voiture pour aller faire la justice à coups de phalanges, de katanas et éventuellement de petites blagues dans le feu de l’action parce que ça reste un blockbuster sacrebleu. Mais entre temps, il se passe des choses à la résidence, justement.

Papa Yashida est en train de discuter avec sa fille et de lui expliquer qu’il est très jaloux d’elle et de son futur héritage, quand soudain, l’une des pires attaques de ninjas de l’histoire a lieu : des dizaines de types en collant débarquent dans la résidence familiale, et tuent les gardes, qui ont la politesse de mourir sans bruit même lorsqu’ils ont une arme à la main. Les pauvres figurants sont d’ailleurs condamnés à regarder droit devant eux, donnant des situation où, mal synchronisés par une équipe du film visiblement n’en ayant plus rien à faire, des ninjas tuent un garde juste devant un autre sans que cela ne le fasse réagir. A noter aussi que les ninjas font des pirouettes pour un oui ou pour un non, spéciale dédicace à celui qui fait des saltos simplement pour franchir une porte alors qu’il irait plus vite à pied. L’un d’entre eux m’aurait probablement répondu que c’est le swag s’il avait pu, mais comme il porte des cagoules, ça donne juste "Mmgnn ffmmu fuuag". Tant pis.

Papa et Pipounette sont donc bien surpris de voir tous ces hommes en collant débarquer aussi loin du ballet de Moscou, plus encore lorsque non seulement ils embarquent la jeune fille mais que surgit… Vipère ! Qui explique à Papa qu’il a été bien gênant puisque Vipère a d’autres plans pour Pipounette, et le tue donc en lui plantant un stylo dans la jugulaire, le tout conjugué a tout un tas de MST. L’homme s’effondre donc dans le bassin local, mort et la tronche couverte de bubons guère ragoûtants. S’il lui restait encore un peu de vie, le bassin l’achève.

Aussi, lorsque Yukio et Logan arrivent dans la place, tout est déjà terminé : il ne reste que des cadavres, Pipounette a disparu et tout le monde est bien embêté. Qu’importe : Logan se rend à l’infirmerie de feu Papy Yashida et utilise les systèmes locaux pour voir ce qu’il se passe dans son corps. Il constate alors… qu’il a bien un poulpe mécanique accroché sur le coeur ! C’est lui qui bloque ses pouvoirs !

"Crotte de bique !" s’exclame notre héros "Bon, je vais m’opérer à coups de griffes, je suis sûr qu’une opération à cœur ouvert ne nécessite aucune connaissance spécifique." Et le bougre s’exécute.

Sauf qu’au même moment surgit dans la pièce… Papa Yashida ! Mais si, vous savez, celui qui était mort poignardé au stylo/bourré de MSTs/noyé dans la scène précédente ! Hé bien figurez-vous qu’il n’a plus un bubon sur la face, ne saigne même pas du cou, et n’a pas un pet de fièvre ! Je n’invente pas : les scénaristes avaient juste oublié qu’ils avaient tué le personnage juste avant.

C’est donc une incohérence sur pattes qui vient râler que l’empire Yashida lui revient, et que pour la peine, il va combattre nos héros à coups de katana. Wolverine étant occupé à jouer à Docteur Maboul, c’est donc Yukio qui le combat, alors que Logan finit lui de retirer le poulpe de son propre cœur… et de mourir, plus ou moins comme dans la vision que la jeune fille avait eu. Tout est-il perdu ? Les gentils vont-ils perdre ? Y croyez-vous une seule seconde ?

Evidemment que non : certes, Wolverine est mort, mais comme son dernier geste a été de se débarrasser du vilain poulpe qui bloquait ses pouvoirs, il se remet à se régénérer et se relève pour prêter main forte à Yukio. S’ensuit donc un long combat où les lames se croisent et font cling-cling, où le héros dit "Je ne suis pas Logan : je suis Wolverine !", et où après s’être combattus dans tous les sens…

… Wolverine range ses griffes et dit "Nan mais en fait c’est bon, tu devras vivre avec le fait d’avoir mis un contrat sur ta fille, c’est une punition suffisante."

Si.

Je… mais alors pourquoi avoir combattu Monsieur durant 10 minutes ? Bon hé bien, hein, de toute manière il va falloir faire avec ce genre de rebondissements, parce que c’est fait. En tous cas, le méchant papa décide qu’il n’en a pas fini et tente donc de tuer Wolverine qui lui tourne le dos, ce qui bien évidemment, ne marche pas (il est un peu con : il l’a déjà planté 11 fois et le mec n’est pas mort, il s’est dit que ça marcherait à la 12ème ? On dirait un peu les mamans qui disent "Chut" à leur affreux marmot dans le train en espérant qu’à la 83ème fois, ça l’arrête de hurler au lieu de lui filer un bon coup d’ether). Logan l’achève donc non sans obtenir une dernière information : Papy Yashida avait presque ruiné la société en dépensant des milliards pour réunir de l’adamantium, la matière quasi-indestructible qui couvre les os de Wolverine, pour faire on ne sait quel projet. Une fois Papa mort, Logan s’en retourne donc fouiller la résidence Yashida et trouve un papier :

"Viens chercher la fille ! Nous sommes au 12 rue des lilas dans le petit village de Yashida. Bisous."

Rappelons que comme dans tous les films du genre, TOUS les personnages savent se battre. Jamais il y en a un pour dire "Nan mais moi je suis nul en sport".

Alors que Wolverine réfléchit très fort et que dans la salle de cinéma, tous les membres de l’amicale des fans de l’amiral Ackbar ont envie de hurler très fort, Yukio prend le papier et sans aucune raison, le cloue à la tapisserie super cher et de grande valeur historique décorant l’infirmerie locale (non, ça ne sert à rien, oui, c’est très con) pour dire à Wolverine que ça sent l’embuscade, mais que bon, hein, bon. Merci Yukio, vraiment. Tiens, assieds-toi là, le docteur arrive bientôt pour ta lobotomie.

Logan s’en va donc trouver une moto et prend la direction du village d’origine du clan Yashida. Sur place, il remarque bien vite que quelque chose cloche : les villageois rentrent dans leurs maisons, apeurés, alors que sur les toits des ombres s’agitent : des ninjas ! Le clan qui protège la demeure Yashida ! Wolverine ricane car il connait la règle éternelle du mauvais cinéma : un ninja seul est redoutable. Un ninja au sein d’un groupe de ninja est juste de la chair à canon facile à tataner.

Et en effet, les ninjas surentraînés s’avèrent être de grosses buses.

Logan distribue donc des claques à une bonne partie d’entre eux, puis décide de tenter de cavalcader jusqu’au château Yashida. Sauf que, pas de bol, les ninjas disposent de flèches avec des cordes, qu’ils lui tirent dans le dos pour essayer de le retenir : au bout d’une bonne trentaine, effeeeeectivement, Wolverine commence à avoir du mal à avancer avec 30 câbles et le double de ninjas à traîner derrière-lui. Le spectateur attentif notera que la plupart des câbles ne sont pas tendus, parce qu’encore une fois, à 80 millions de dollars, c’était pas facile d’y penser. Les ninjas tirent donc probablement sur du rien. "Mmgnnnn fuuufg gnnhh !". Oui, oui, je sais.

Cela n’empêche pas notre héros d’être grognon, surtout lorsque Bob, en bon chef des ninjas, lui tire une flèche empoisonnée dans le dos histoire de bien le calmer. Il y a donc un bruit comme "Greuuuu" suivi de l’effondrement de notre héros, qui a besoin d’un peu de temps pour se remettre de ce genre d’attaque bactériologique.

Depuis la forteresse, Pipounette, en bonne princesse prisonnière, a assisté émue au spectacle de son nouvel amant se retrouvant dans une sorte de mauvais remake de Moby Dick (en même temps, on connait la passion des Japonais pour la pêche à la baleine), et se retourne donc vers Bob lorsque celui-ci revient au château.

"Boooob ! Pourquoi as-tu trahi mon clan ? Pourquoi as-tu aidé Vipère à tuer mon père ? Pourquoi m’as-tu kidnappée ? Pourquoi tes ninjas ont-ils tué nos vigiles ? Pourquoi s’attaquent-ils à mon ami Logan ?
- Allons, je suis ton ami d’enfance, fais-moi confiance.
- Je te reparle du passage où tu participes à la mort de mon père, tu sais, celui qui est mort dans deux scènes différentes ?
- Hmmm. Bon, je vais tout te révéler : j’obéis toujours au clan Yashida, tu vas bientôt comprendre. C’est le clan qui a voulu que je t’emmène ici et tue ton père. Le clan qui a voulu que l’on se serve de toi pour attirer Logan ici. Quant à Vipère, c’est une mercenaire, certes fourbe, mais elle sert actuellement nos intérêts.
- Je ne comprends pas ! Tu dois plutôt m’aider ! Toi et ton armée de centaines de ninjas que l’on vient de voir et que l’on voit monter la garde dans mon dos !
- Tu veux dire l’armée de ninjas qu’on ne verra plus du film à partir du plan actuel sur mon visage ?
- Ah oui tiens. Ils ont disparu ! Mais comment ?
- Ce sont des ninjas.
- En attendant, tu serais prêt à changer de camp et à m’obéir ?
- Non.
- Et si je te fais un bisou ?
- Allez okay."
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Et en effet : d’un seul bisou, Bob change de camp et se dit qu’il va plutôt servir Pipounette. Mais allons plutôt voir ce qu’il advient de Wolverine pendant ce temps : car celui-ci se réveille au cœur de la forteresse Yashida, dans un laboratoire, attaché à une chaise de manière fort solide. Vipère vient un peu le provoquer pour qu’il sorte les griffes (par exemple en l’obligeant à regarder Louis la Brocante des heures d’affilée), et un système s’active dans la chaise empêchant notre héros de rentrer ses lames ! Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel, se demande donc notre loulou ?

La réponse vient vite lorsque le samouraï-robot-géant qui était installé pour d’étranges raisons à côté de Logan s’active et va se mettre en position en levant un énorme sabre en adamantium chauffé à blanc au-dessus des griffes de Logan pour les trancher. Vipère ricane donc.

"Ahaha, Logan, nous allons te couper les ongles !
- Avec un robot géant ? Vous avez dépensé des milliards pour le construire ? Vous savez que si c’était pour faire ça, plutôt qu’un bordel de 15 tonnes, vous aviez juste besoin d’une roulette ou d’une scie ? 
- Tu oublies un détail Logan : nous avons affaire à des japonais, quoique nous leur filions, ils tenteront toujours de construire un robot géant avec !
- Damn it !"

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Mais au moment où la lame du samouraï blindé va s’abattre sur notre héros, l’ennemi est déséquilibré par l’arrivée de Yukio qui lui colle un bon coup dans le dos, puis par le renfort de Bob qui, ayant changé de camp, se met à flécher le samouraï là où ça fait mal. Cependant, celui-ci étant en adamantium, rien ne l’arrête véritablement, et Wolverine commence bientôt à douiller, et se fait même carrément trancher les griffes d’une main ! Pendant ce temps, Vipère affronte Yukio (n’oubliez pas la règle : les filles affrontent les filles), et se fait tataner par cette dernière malgré les jets de poisons & co qui jusqu’ici tuaient tout le monde, ne me demandez pas pourquoi, mon cerveau était déjà parti dans un monde parallèle à ce moment là.

J’allais presque oublier : soudainement, c’est l’hiver alors que tout le film se déroulait jusqu’ici en plein été. Encore une fois : quel talent.

Logan finit cependant par arracher l’un des katanas que manipule le robot géant et se demande comment lancer le processus de chauffage à blanc pour pouvoir trancher dans l’adamantium jusqu’à ce que lui revienne une phrase de Papy Yashida : "Un katana se tient toujours à deux mains !"

Ah bin oui, tiens, tentons pour voir. Sitôt cela fait, hoooo, en effet, le sabre s’allume !

Le spectateur attentif sourcillera en se rappelant que jusqu’ici, le robot, lui, maniait un sabre dans chaque main : j’ai un peu de mal à déterminer à ce stade s’il s’agit d’incompétence crasse ou simplement de foutage de gueule.

Toujours est-il que Wolverine décapite le robot, que ce qui bougeait encore de Vipère prend aussi quelques coups, et que tout le monde est content. Du moins, jusqu’à ce que le robot se réactive à la surprise générale malgré son absence de tête, colle une mandale à Logan, lui coupe son autre série de griffes et lui enfonce différents bousins dans l’emplacements où autrefois se trouvaient ses lames.

Alors que les autres personnages sont sûrement partis chercher des champignons alors qu’ils étaient là encore 5 secondes auparavant (on peut même voir Bob le ninja descendre des escaliers à une vitesse digne d’une petite vieille arthritique quand bien même juste avant il faisait encore des sauts de 12 mètres, il a dû se luxer un truc, hein, c’est ce qu’on va dire pour sauver ce qui peut l’être en tout cas), Logan est donc seul avec le robot, et constate qu’il peut voir ce qu’il y a dedans. Et pas de mécanisme en vue : il s’agit… de Papy Yashida !

"Papy Yashida ! Sale traître, alors que je t’ai sauvé la vie à Nagasaki ! Ah, si j’avais pu deviner qu’un personnage qui disparaît sans que l’on retrouve son corps puisse revenir plus tard, sacrebleu, ça ne se serait pas passé comme ça mon vieux !
- Logan ! Tu as refusé de me donner ta mutation… laisse moi la prendre ! Mes petits outils sont en train de fouiller ta moelle osseuse en profitant de l’ouverture faite dans l’adamantium là où on a coupé tes griffes pour me transmettre tes capacités… regarde, je rajeunis alors que tu vieillis ! Ça fonctionne ! Ça fonctionne ! Je sens à nouveau ma prostate !
- Hmm… attends, donc je résume : tu as dépensé des milliards pour construire un robot géant en adamantium, créer ce laboratoire, recruter Vipère, payer ton armée de ninjas, organiser un faux enterrement, faire tuer tes propres gardes ainsi que ton fils, pour kidnapper ta fille afin que je vienne ici, demander à Bob d’utiliser du poison pour m’anesthésier et me coller ici… des fois que je ne veuille pas te donner ma mutation volontairement ?
- C’est exact ! Ne suis-je pas génial ?
- Bah en fait, si je résume, il suffisait d’empoisonner mon thé quand je suis venu te voir, de me coller dans la chaise et de me couper les griffes avec juste un petit outil en adamantium et c’était bon. Ça pouvait être fait en 10 minutes et sans risques.
- Oh. Non mais la parte avec le robot géant, elle est bien quand même, non ?
- Attends, comment dit-on "puer du cul" en japonais ?
- On dit "évangélion".
- Okay : alors ton plan, c’est évangélion.
- Dur !"
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Mais Papy n’a pas pensé à un détail : alors que Wolverine commence à se sentir un peu faiblard, Pipounette surgit et ramassant des bouts de lames de Logan tombés au sol, s’en sert pour planter son ancêtre dont la tête dépasse un peu de l’armure. Qui gueule que hééé dis donc, petite ingrate, et après tu veux l’héritage, hein ? Ah bravo ! Mais la margouline lui rétorque que son Papy est mort et qu’elle l’a enterré, qu’elle ne voit ici qu’un monstre. L’acte hostile envers Papy a permis à Logan de se libérer, et celui-ci recommence à se régénérer, alors que Papy, lui, se remet à vieillir et à sentir qu’il va à nouveau devoir raquer pour des Pampers s’il ne veut pas faire rouiller l’adamantium. Heureusement, Logan vient achever ses souffrances, car figurez-vous que si l’adamantium est indestructible et que jusqu’ici, rien n’ébranlait, Wolverine peut soudainement l’arracher à mains nues, comme ça, hop ! Pas de problèmes, probablement que les joints étaient simplement en caoutchouc. Mais qu’avant, ça ne se sentait pas.

Après quelques claques, Papy Yashida rend finalement l’âme, et la victoire est donc acquise pour les gentils.

Nous retrouvons donc nos héros un peu plus tard, sur une piste de décollage de Tokyo où attend un jet privé. Yukio est aux côtés de Wolverine : étant une mutante, elle va partir avec lui. Quant à Pipounette, elle est désormais la patronne de l’empire Yashida : elle aimerait que Logan reste, mais c’est un ouf, il veut repartir à l’aventure. Il ne pleure plus sur le passé grâce à Pipounette, qui lui a redonné goût à la vie (oui, il a suffi qu’elle couche avec, et hop, c’était bon : ah, les hommes !). Pipounette, bien que triste, comprend sa décision, et espère qu’il reviendra. En attendant, elle a mis à sa disposition le jet pour l’emmener où il le souhaitera.

"Où allons-nous ?" lui demande donc Yukio en montant à bord.

"Décollons : nous improviserons" répond donc ce gros rebelle de Logan et…

… FIN !

Et puisque vous avez été sage, un petit effort pour une fois avec l’une de ces insupportables séquences post-générique (en fait, j’étais bloqué dans la salle, sinon vous imaginez bien que je serais sorti en hurlant de bonheur à l’idée que c’était fini) : deux ans plus tard, Logan est dans un aéroport quand il sent que quelque chose ne va pas (mais si, je vous rappelle qu’il a un instinct à géométrie variable). Il fait surgir ses griffes – en os, les anciennes, puisque les versions en adamantium ont été coupées, et découvre de vieilles connaissances autour de lui :

"Magnéto ! Vous qui étiez supposé avoir perdu vos pouvoirs. Oh, et le professeur Xavier, qui étiez supposé être mort !
- Hééé oui. Surpris, Logan ?
- Non. Nous sommes dans l’univers Marvel. En-dessous de 12 morts/neutralisations/retours miraculeux, on n’est pas un vrai personnage.
- En effet. Nous avons besoin de vous car une menace pour tous les mutants se profile.
- Oh bin ça alors ! Ça sent la suite !
- Oui. Et le cliffhanger moisi. Mission accomplie !"

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Et sur ce terrible rebondissement…

… RE-FIN

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"Monsieur, il en vient encore !"

Diego se jeta au sol pour éviter une nouvelle attaque de mauvais films. Il leva la tête, inquiet, alors que son employeur lui tendait une arme à recharger toujours depuis l’abri de la berline prise en embuscade près du cinéma.

"On ne pourra jamais tous se les faire. 
- Alors c’est quoi le prochain ?
- Je… je crois bien avoir aperçu un Nicolas Cage. Il FAUT s’en occuper.
- Un Nicolas Cage ? Ça alors, mais ? Cela fait si longtemps !
- Oui mais d’abord, nous avons un article de retard Diego. Celui de la semaine dernière. Un article sur un film réclamé à corps et à cri au point qu’après m’avoir harcelé de mails, certains lecteurs ont commencé à essayer de se combiner pour former une sorte de robot géant. Ou bien est-ce juste une orgie, je ne suis pas sûr, mais tu connais notre public.
- Attendez, vous voulez dire que…"
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Le serviteur leva des yeux terrorisé.

"Oui, nous allons enchaîner avec une seconde merde : nous allons nous faire Pacific Rim."

Et dans un long hurlement, Diego implora le ciel pour qu’il couvre ses rétines d’adamantium.

Base de Rabaul, 1944

Debout à l’extrémité de la table centrale, le commandant Watanabe réajuste sa casquette, laissant tomber de ses cheveux ras quelques gouttes de sueur qui viennent s’écraser sur le sol en bois tropical dans un bruit moite. Assis tout autour de lui, plusieurs officiers échangent à voix basse, ponctuant leurs propos de gestes désignant telle ou telle position sur l’immense carte du Pacifique sud qui s’étale devant eux. Watanabe ne la regarde guère plus : il la connait par coeur ; les emplacements des aérodromes, les positions des troupes japonaises et américaines, les patrouilles de la marine impériale… il est même capable de voir, en fermant les yeux, tous les détails de ce petit coin corné du plan, sur lequel un officier a posé pour éviter qu’elle ne se replie la figurine en bois du porte-avion Akagi, devenue tristement inutile ailleurs sur la carte. Mais l’heure n’est pas à ce genre de considérations : Watanabe a une importante déclaration à faire.

"Messieurs, j’ai reçu il y a quelques minutes un message particulièrement important de nos services de renseignements. Comme nous le soupçonnions depuis plusieurs semaines, l’ennemi à réussi à infiltrer nos lignes. Plusieurs agents américains sont parvenus à tromper notre vigilance et à placer leurs hommes au coeur même de notre armée. D’après les informations dont je dispose, un de ces traîtres serait ici-même, dans cette pièce aujourd’hui."

Un murmure d’étonnement parcourt la salle.

"Qui oserait, sous le regard de l’Empereur, mentir ouvertement ? Qui oserait transmettre à l’ennemi les coordonnées des convois de nos vaillants soldats ? Qui oserait nous regarder dans les yeux chaque matin et nous trahir dès que nous avons le dos tourné chaque soir ? Peut-être… vous, capitaine Akimoto ?
- Bien sûr que non, mon commandant ! Ma loyauté va à l’Empereur avant tout !
- Et vous, Kenkichi, vous auriez un mot à dire ? Il parait que le soir, vous vous éloigneriez du camp sans préciser où vous allez… peut-être allez vous envoyer des informations à l’ennemi ?
- Non, mon commandant ! Je vais prier sur la dépouille de mon cousin, le lieutenant Oda. Son corps est arrivé il y a quelques jours et attend son transport vers Tokyo."
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L’officier Kenkichi déglutit bruyamment, en jetant un regard paniqué au commandant Watanabe. Celui-ci se tourne vers les fenêtres qui donnent sur l’aéroport, caressant son menton de sa main gantée. Il observe un zéro laissant derrière lui une fumée noire approcher de la piste en toussotant, alors qu’au-dessous de lui il perçoit les techniciens de la base lancer divers ordres et démarrer un camion anti-incendie. Alors que l’avion survole le tarmac à un mètre à peine du sol en continuant de ralentir, il entend le son strident de la sirène du véhicule des pompiers de la base hurler alors que ce dernier se lance à la poursuite de l’aéroplane avant même qu’il ne touche le sol, bientôt rejoint dans sa course par une ambulance.

"Messieurs, je vous crois. La question est donc toujours d’actualité : qui est le traître ?"

Watanabe, continuant de regarder par la fenêtre le spectacle de l’avion venant d’atterrir, amène la main à son holster pour en sortir son pistolet Nambu de service. Lentement, il le soupèse, le contemple, puis l’arme. Et d’un geste souple, il se retourne et le braque en direction vers l’un de ses hommes.

"Vous avez peut-être quelque chose à dire, lieutenant Super_Sasuke21 !"

La table est parcourue d’un long gémissement de stupeur.

"Allons commandant : comment pourrais-je être un traître ? Personne n’aime plus le Japon que moi ! Regardez : je lis One Piece, j’ai une Nintendo DS en import, et je joue à Zelda en japonais ! Et puis merde, je fais des efforts : j’ai mis un serre-tête avec des oreilles de chats fluo sous ma casquette d’officier ! Et j’ai fait remplacer mon sabre de service par une réplique de celui de Sephiroth : je ne passe plus les portes, mais bordel, c’est la classe. Par contre, si vous pouviez vite me disculper, ce serait sympa : il y a Naruto ce soir à la télé et j’aimerais vraiment savoir s’il va gagner."

Watanabe n’hésite pas une seule seconde et tire une balle dans le front de l’otaku. Son corps se renverse dans sa chaise, et celle-ci bascule en arrière avant de s’arrêter brusquement à mi-chemin : la réplique du sabre de Sephiroth faisant béquille, le mort se retrouve dans une position formidablement ridicule.

"Voilà qui est mieux", s’exclame Watanabe avant de recharger, humant l’odeur exquise produite par les douilles chaudes roulant sur le sol de fragile bois exotique.

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Tiens ? La Japan Expo est en ville.

Cette semaine, la Japan Expo s’ouvre : l’occasion pour les otakus, ces fans du Japon autoproclamés, de venir hanter Paris et son métro de leur silhouettes couvertes de déguisements plus ridicules les uns que les autres (on appelle cela "le cosplay"), et de montrer à quel point ils sont capables de réduire un pays à la simple expression de ses produits commerciaux : mangas, jeux vidéos, musique de merde, figurines cochonnes et reproductions d’armes de samouraï, et même "tuning japonais" (mes yeux !)… les otakus vont donc se retrouver tous ensemble au même endroit, pour claquer des fortunes dans leur passion, et éventuellement, pour claquer tout court, comme l’espèrent certains, réunis en prière à Notre-Dame-de-la-rivière-Kwaï.

Pour ceux qui ne visualiseraient pas bien le ridicule du truc : c’est un peu comme s’il y avait un salon des Etats-Unis d’Amérique à Paris, qui se présente comme "Le salon de la culture américaine", et dans laquelle on résume ça uniquement à des trucs ultra-commerciaux : Rebecca Black à fond, déguisements de Ronald McDonald, Nicolas Cage en guest star et comme attraction principale, des centaines de Xbox en libre service. Le tout en dégustant quelques mini-burgers à 12€ pièce et en tirant à la winchester pour faire traditionnel. Et les gens qui fréquenteraient les lieux auraient en plus le bon goût de se dire "passionnés de culture américaine", genre de propos qui est un coup à se réveiller avec le spectre d’Hemingway ou de Benjamin Franklin dans son pieu.

Bref.

Aujourd’hui, je vous propose donc de découvrir le Japon tel qu’il est perçu par nos amis les otakus, afin de mieux comprendre leur vision de ce pays magique.

Le Japon

Le Japon, ou Nihon (日本) est un pays situé loin, très loin, quelque part à l’Est de nos contrées. Pays à la fois empli de tradition et de modernité, il est l’incarnation du rêve pour de nombreux Occidentaux perdus, tant il semble exotique, mystérieux, et accessoirement, producteur de jeux vidéos, de bandes-dessinées et de dessins animés. Le Japon est constitué de 6852 îles, ce qui est une sorte de paradis pour autistes et asociaux, qui peuvent donc s’isoler du reste du monde pour jouer tranquillement à la 221e édition de Zelda sans être dérangés par des formes de vies humaines (au pire, ils se dérangent entre eux, donc ça ne compte pas). Cependant, l’essentiel du territoire n’est constitué que de quatre îles, dont personne ne retient jamais le nom, à part bien sur les élèves de terminale un peu avant le bac, et encore, 48h. Après, ils ne se souviennent de rien (à part de Shikoku, mais uniquement parce que ça ressemble à une blague scatophile). Les habitants du Japon sont les Japonais, bien que l’on trouve aussi les termes fourmis jaunes, nains, touristes et ninjas dans le vocabulaire visant à les désigner (mais il n’est pas impossible que certaines de ces appellations soient du fait d’Edith Cresson). On compte 127 millions de Japonais sur ce territoire considérablement réduit, ce qui est moult, puisque ça représente deux fois la population française sur un territoire inférieur de moitié. A ce titre, les Japonais rigolent donc très fort et envoient des offrandes en remerciement de son humour à Marine Le Pen à chaque fois qu’elle déclare qu’il n’y a "plus de place en France". C’est en partie pour cela que ce peuple est célèbre pour sa politesse.

Histoire

Comme tous les otakus le savent, l’histoire du Japon se divise en deux périodes :

- Le passé

- Le maintenant

Le passé

Le Japon est peuplé dès le paléolithique, mais honnêtement, tout le monde s’en tape. En effet c’est une civilisation profondément inintéressante durant des millénaires, puisque figurez-vous qu’elle n’est pas très exotique. Heureusement, très tôt, le Japon va inventer l’honneur et le katana et combiner les deux pour créer un concept mondialement connu : le Captain Samouraï Flower.

Alors, me direz-vous, bande de mécréants "Et qu’est-ce que ça a de particulier, un samouraï ? C’est pas juste un chevalier ?" ; nenni, fripons, c’est bien plus rigolo : le samouraï est une sorte de chevalier, mais avec une épée que l’on appelle katana, ce qui change tout, et surtout un sens de l’honneur fort intéressant, puisque celui-ci est poussé si loin, qu’il est considéré que celui qui n’a pas d’honneur ne mérite pas de vivre (l’Otaku qui prend le métro déguisé en soubrette ou en personnage d’Evangélion en est un bon exemple). Il serait malvenu de ne pas illustrer mon propos, alors permettez-moi de vous citer quelques exemples : celui qui fuit à la bataille mérite la mort. Celui qui trahit sa parole mérite la mort. Celui qui manque de respect mérite la mort. Celui qui pète au lit mérite la mort (d’où une alimentation essentiellement basée sur le riz).

De fait, l’honneur a une telle place que si autrui ne vous fait pas don de la mort au combat, alors c’est à vous d’en finir. Cela a instauré une très importante tradition de suicide au sein de l’archipel, et qui, c’est regrettable, ne s’est pas assez exportée chez nos amis otakus.

Longtemps, le pays restera ainsi très refermé sur lui-même, ne communiquant que peu avec le reste du monde, en faisant une sorte d’autiste de format international (ce qui explique l’attrait de certains pour ce coin de la planète). Cependant, le Japon ne peut rester isolé trop longtemps, tant c’est un pays qui construit des maisons avec des portes en papier, ce qui protège moyennement l’intimité. Les Occidentaux vont donc entrer en contact avec l’Empire du Soleil Levant et par le biais de divers échanges, le pays va se moderniser fort rapidement : industrialisation, multiplication des armes à feu, installation de chemins de fer (qui ne servent que peu : les Japonais se déplacent essentiellement en courant les bras en arrière ou en sautant de branches en branches)…

Si l’archipel devient rapidement le fer de lance de la modernité en extrême-orient, il s’avère que des tensions naissent et croissent avec les Occidentaux, particulièrement sur la question des ressources : un excellent exemple est la question des femmes, puisque les Japonais constatent que leurs compagnes ne dépassent généralement que peu ou pas le bonnet A, ce qui provoque en eux une certaine frustration ; l’ire nippone culminera au point d’exploser un certain 7 décembre 1941, lorsque l’empereur fait bombarder Hawaï, cette île dans le même océan qu’eux où d’arrogantes jeunettes exhibent leurs formes dans des soutiens-gorges de noix de coco et pagnes de pailles à longueur d’année.

La riposte ne se fera pas attendre, et les tentatives du Japon d’amadouer son voisin américain seront de cuisants échecs : ils essaient par exemple d’inventer le cosplay, pour inviter la jeunesse étasunienne à revêtir un déguisement de Salamèche plutôt que l’uniforme de l’Air Force, mais Washington comprenant la menace ne se laissera pas faire ; les deux premières conventions de cosplay au monde se tiendront le 6 août 1945 à Hiroshima, puis le 9 août 1945 à Nagasaki. A chaque fois, les Etats-Unis les font subtilement annuler. Cependant, malgré la puissance de l’atome, une force aussi maléfique que le cosplay n’est pas totalement détruite, et passera les 50 années suivante à se régénérer : l’époque connue comme "le passé" par les Otakus prend fin avec la défaite japonaise, et une nouvelle guerre va donc commencer : celle des coeurs, avec l’arrivée du "maintenant"

On lance une mode du Japon, et voilà ce que ça donne

Le maintenant

Après 1945, le Japon comprend que la période des combattants tentant de vaincre leurs ennemis l’arme à la main est bel et bien terminée. Il décide donc de tourner l’ensemble de son industrie vers les nouvelles technologies, et procède à trois changements essentiels :

- Il fait remplacer les katanas par des claviers

- Il réoriente les élèves en CAP Samouraï vers un BTS dessin industriel

- Il supprime la notion d’honneur et la remplace par celle de kitsch

Rapidement, le pays voit des dizaines de nouveaux emplois se créer, tant dans l’industrie que dans le dessin ; les technologies de pointes se développent à vitesse grand V, alors que les mangas et dessins-animés se multiplient. C’est une occasion inespérée pour l’empire de développer sa propagande, que les otakus avalent à longueur de journée. En effet, si l’on en croit les mangas, le Japonais mesure entre 1,70m et 2,30m, est à la fois fin et musculeux, et dispose d’yeux environ 7 fois plus grands que ceux du reste du monde. Son visage est sans défauts, et il se termine en son sommet par une chevelure constituée de pics plus ou moins mous. Lorsque le Japonais se bat, il utilise des épées pesant entre un et huit quintaux, pour une longueur pouvant aller jusqu’à sept mètres, qu’il agite d’une main et sans effort s’il-vous-plaît. La Japonaise, elle, se caractérise surtout par des couleurs de cheveux approximatives allant du bleu au rose en passant par le vert, la mélanine nippone étant visiblement psychédélique ; on peut aussi noter son décolleté, suffisamment grand pour pouvoir y ranger l’épée du Japonais mâle, et éventuellement, garer une ou deux motos sans trop de soucis.

Déferlant partout dans le monde, cette propagande hypnotise et paralyse la jeunesse occidentale, qui reste collée à sa télévision à regarder Sangoku mettre 5 épisodes à coller un coup de poing à Vegeta. Dans le même temps, et afin de s’assurer de ralentir le développement occidental, le pays crée quantité de consoles de salon et de jeux vidéo pour occuper les esprits.

A la fin du XXe siècle, le Japon renforce son offensive mondiale en créant la J-Pop, qui est à la musique ce que l’épilepsie est à la danse. Au début du XXIe siècle, donc, l’archipel est une référence culturelle d’ampleur mondiale, dont les productions ont bercé toute la jeunesse d’une génération. L’otaku vous jurera cependant que sa passion pour le Japon est bien plus vaste que cela : la preuve, il a un set de faux katanas dans sa chambre.

Politique

Le Japon est une monarchie constitutionnelle, actuellement dirigée par l’empereur Akihito. Celui-ci est considéré traditionnellement comme une divinité en soi, au même titre que les Pokémons. Dans le Pokédex, on peut donc le retrouver au numéro 111 (chiffre célèbre pour les divinités bénéfiques), juste en-dessous de Smogogo. Contrairement aux autres Pokémons, il n’est pas possible de le trouver dans les hautes herbes, et il faut d’abord avoir combattu toute la Diète puis avoir obtenu le badge du palais impérial pour l’obtenir.

Chaque année, de nombreux dresseurs tentent de capturer le numéro 111, mais sont abattus par la sécurité du palais alors qu’ils le lapident de pokéballs

A noter que le Japon pratique la peine de mort, ce qui est là encore un point culturel tragiquement absent de la Japan Expo.

Géographie

Le Japon s’étend sur près de 3 000 kilomètres, mais principalement d’îles plus ou moins montagneuses et volcaniques, ce qui est moyennement pratique pour vivre à 127 millions. Heureusement, fort ingénieux, le bon peuple nippon a su s’installer dans les plaines et littoraux qui permettent de profiter de la mer et de ses bienfaits : là, le Japon et l’environnement ne font qu’un ; les courants amènent sur les côtes les rejets industriels venus de Chine, les rejets chimiques issus de Taïwan, les restes de sous-marins d’ex-URSS sabordés à Vladivostok, et parfois, des morceaux de missiles nord-coréens, que ce pays de joyeux farceurs balance régulièrement au-dessus de l’archipel. Oui, le Japon a su s’entourer de ce que la planète a fait de mieux.

Sa position sur une zone particulièrement instable, non seulement à cause de ses voisins taquins, mais aussi à cause de plaques tectoniques, en fait un pays vivant continuellement sous la menace d’un tremblement de terre, d’un tsunami ou d’un nouveau tube d’Aiko Kayo (et après ils s’étonnent de se prendre des catastrophes naturelles, j’ai quand même un petit peu envie de dire qu’ils cherchent). Si l’on dit qu’avant un tremblement de Terre, les éléphants pleurent, dans le cas du Japon, ce sont plutôt les otakus qui couinent sur Facebook. Non pas à cause du bilan, non, mais parce qu’ils ont très peur d’avoir perdu l’auteur de "Romance à Tokutomi High School", et qu’ils veulent savoir si Ryo va finalement sortir avec Sakura.

La capitale du pays est Akihabara, le quartier des jeux vidéos selon les fans. Et certains vieux ronchons expliquent que ce serait Tokyo au sens large. Pour les deux du fond qui voudraient briller en société, l’ancienne capitale est Kyoto : c’est facile, c’est Tokyo en verlan. Ce qui ne veut pas dire que la ville a été fondée par des mecs en jogging qui crachent par terre, attention les enfants.

Démographie

Un simple schéma suffira pour parler de la population japonaise.

"Geishas" est compris dans la catégorie "Consultants", merci de votre compréhension

Et pour répondre à votre question, oui, les ninjas cotisent à l’URSSAF locale.

Sciences et technologies

Si le Japon est le fer de lance de la recherche dans de nombreux domaines, il en est deux qui sont caractéristiques du pays : la robotique et les baleines.

Les Japonais sont passionnés par les robots : ils en font pour tout : l’industrie, l’assistance, les loisirs… et tentent chaque année d’améliorer leurs technologies dans ce domaine, en mettant au point des androïdes capables de jouer d’un instrument ou de se déplacer comme des humains. Contrairement à leurs voisins américains, leur objectif à long terme n’est pas de créer des T-1000 pour les envoyer dans le passé, mais plutôt de se créer des robots géants, la prochaine étape après le 4×4 : impossible à garer, doté d’équipement inutiles en ville et au quotidien, polluant… ce qui n’empêche pas tout le monde d’en vouloir un pour briller à côté des voisins. C’est vrai qu’aller au travail en robot ou de retrouver une contravention collée sur le cockpit de son bidule pourtant situé à 15 mètres du sol, ça a son charme. Ne me demandez pas pourquoi ça les passionne, c’est comme ça. On avait bien la ligne Maginot, eux aussi auront leur truc inutile (même si on sait bien que le véritable rêve de tout Japonais qui se respecte est de combattre un monstre géant avec son robot au coeur de Tokyo, histoire de passer pour le mâle alpha nippon).

Autre passion de nos amis du soleil levant, les baleines. Bien que de mauvaises langues affirment qu’ils les pêchent pour les manger, les Japonais se défendent en arguant qu’ils ont besoin des baleines pour faire avancer la recherche. Car oui, la baleine a visiblement des secrets technologiques qu’elle refuse de partager avec nous autres humains, la truie. Les Japonais ne font donc que ce qu’il convient de faire dans ces cas là : ils harponnent l’animal, le tractent jusqu’au pont du navire de recherche, puis lui pètent copieusement la gueule en hurlant "Tu vas nous les filer, oui, les plans du moteur à antimatière, dis ? On sait bien que tu nous prends pour des truffons !" ; la pauvre baleine a beau expliquer que bon sang, elle passe son temps à bouffer du plancton, ça ne prend pas : les Japonais sont obligés de finir de la passer à tabac, avant d’aller en chercher une autre, dans l’espoir qu’elle se montre plus coopérative que la précédente.

Ou alors, ils nous prennent pour des cons. Mais ce n’est bien sûr qu’une hypothèse.

Culture

Si l’on en croit le programme de la Japan Expo, le Japon a une culture particulièrement limitée, qui tient en environ 6 grands points, puisque je préfère faire fi de leur exposition de "tuning japonais". Miséricorde ; j’espère qu’il y aura une diffusion de Fast & Furious : Tokyo Drift pour illustrer ce pan majeur typique de la culture nippone. Mais allons plutôt voir ce que sont ces 6 points :

Le Manga

Le manga est le nom donné à la BD venue du pays du soleil levant. En général, le sens de lecture japonais est, tout comme le bon sens, contraire au nôtre. Un manga peut raconter quantité de choses, mais on en retrouve plusieurs grandes catégories, telles que l’une des plus populaires chez nous, le shonen, manga destiné aux adolescent qui raconte comment un héros va bastonner tout ce qui l’entoure pour atteindre son objectif. La structure d’un bon shonen se résume ainsi : le héros a un ennemi. Il se bat contre, mais en chie. Heureusement, après d’interminables heures de parlotte et de coups échangés, le héros se déchaîne tant et si bien qu’il utilise une nouvelle technique de combat qui transforme son adversaire en sushi. Il va donc continuer son aventure jusqu’à croiser un nouvel adversaire, contre qui même sa nouvelle technique ne suffira pas. Après des heures de parlotte et de coups échangés, le héros se déchaînera tant et si bien qu’il utilisera une nouvelle technique de combat qui transformera son adversaire en boulette de riz. Etc. A noter que le héros de shonen n’abandonne jamais, contrairement au lecteur raisonnable ou à Lionel Jospin, ce qui permet de créer des séries de 70 tomes ou plus, qui demandent le PIB du Togo pour pouvoir être achetées en une fois.

Le shonen est à opposer au shojo, manga plus orienté vers les adolescentes où l’on ne se tape pas dessus, et qui décrit le plus souvent des amourettes lycéennes. Les styles de dessins vont avec : là où dans le shonen, les demoiselles ont une  poitrine qui laisse supposer qu’elles ont leur propre champ de gravité, dans les shojo, les garçons sont très grands, très fins, très effeminés et surtout très romantiques. Jamais ils ne s’exclament "Ce soir, Chidori, je m’occupe de toi, et tu vas enfin comprendre ce que signifient "tremblement de terre" et "tsunami" ma coquine", ce qui m’emplit bien sûr de désarroi.

Animés

Les animés sont les versions sur écran des mangas. Pour des raisons qui rendraient fous la plupart des gens raisonnables, les animés semblent, malgré leur support qui, comme son nom l’indique, devrait être constamment en mouvement, prendre un temps fou à dérouler la moindre action. Du coup, ça avance parfois encore plus lentement que les pages d’un manga, ce qui est paradoxal. Les héros d’animés sont par ailleurs profondément débiles et monomaniaques, et auraient probablement leur place dans un épisode de Corky. Ce qui rend d’autant plus intéressant le fait que nombre d’otakus se déguisent en eux à l’occasion de la Japan Expo. Les animés sont aussi la preuve que la propagande nippone tourne à plein régime : d’après ce que l’on peut voir sur les écrans, le Japonais qui combat a le temps, entre deux tatanes, de réfléchir à douze trucs, de penser aux dix derniers coups et de les expliquer plus ou moins scientifiquement, et aime raconter sa vie. Il n’hésite par ailleurs pas à avoir des flash-backs en boucle sur ce que son pote Michou lui a raconté il y a 10 minutes.

Hentai

Le hentai est le manga/anime erotico-porno japonais. On le distingue essentiellement des versions européennes pour une bonne raison : quand la secrétaire a un problème de photocopieuse, ce n’est pas le réparateur qui vient s’en occuper, mais plutôt des tentacules. A force de vivre sur une île, de coupables passions avec des fruits de mer ont dû se développer, tant il semble que les tentacules aient de place dans ces oeuvres : un problème de tuyauterie ? Mon dieu, un tentacule avec un BTS ! Besoin de cours particuliers ? Un tentacule avec son CAPES débarque ! Et je ne parle pas de tous les tentacules qui occupent des postes importants dans l’administration japonaise.

Parfois, l’otaku aimerait bien avoir des tentacules.

Particulièrement parce qu’avec, il serait super fort à Mariokart.

Monsieur Cthulhu, amateur de Hentai

Jeux vidéos

Il serait impossible de faire une liste fidèle et exhaustive de ce que l’archipel a produit, mais nous retiendrons essentiellement quelques exemples symboliques tels que Mario Bros, Zelda (ou les aventures d’un mec qui se fait piquer sa meuf à chaque épisode, m’est avis qu’elle n’est pas contre), Street Fighter (l’otaku est très fort en baston, mais uniquement en faisant croix croix carré) ou Dead or Alive, un jeu où mystérieusement, il n’y a quasiment que des combattantes qui poussent de petits cris en se tirant les cheveux. Le tout en bikini, bien sûr.

Figurines à la con

Pour éviter que les Occidentaux ne continuent de se reproduire, l’industrie nippone a créé le tue l’amour ultime : la statuette/figurine représentant un personnage d’un univers fictif. Grâce à elle, tout le monde peut, en un clin d’oeil dans votre tanière, constater que votre vie mérite d’être achevée dans la minute. Sa vision fait en général fuir les gentlemen et hurler de terreur les gentes dames. Car oui : certains ne se contentent pas des mangas Bleach, des animés Bleach, des jeux vidéos Bleach, ils ont aussi besoin d’avoir des figurines chez eux, ce qui revient à peu près à avoir les goûts de Valérie Damidot en matière d’esthétique et de décoration.

Par un curieux hasard, les personnages féminins ainsi représentés ont souvent des positions plus ou moins suggestives (ce qui n’a bien sûr, rien à voir avec le public visé, qui par ailleurs, entrera dans un cercle vicieux : plus il a ce genre de figurines, plus il a de chance de transformer son nid en repoussoir exemplaire). Lors de mes pérégrinations pour écrire cet article, j’ai ainsi découvert une statuette livrée avec sa "chantilly à lui mettre sur le visage" et sa "fraise amovible à rentrer et sortir de la bouche". J’ai envie de dire : très classe.

Pour un exemple d’otaku passionné de statuettes du genre, je ne peux que vous envoyer vers ce fabuleux blog qui résume bien l’ampleur du problème. Pauvre homme.

Mesdames et Messieurs, la Culture nippone

Cosplay

Le Cosplay est l’art d’avoir l’air le plus bête possible en un minimum de temps. Cela consiste à s’habiller en personnage de manga, animé ou jeu vidéo avant d’aller trouver un photographe pour immortaliser sa bêtise. En période de Japan Expo, les cosplayeurs prennent le métro directement déguisés, hurlant au monde qu’il est grand temps de les abattre pour les empêcher de souffrir. En général, le seul intérêt du cosplay est la recherche du panel de boudins qui se sont mis en tenue sexy, ou de gringalets habillés en combattant barbare. Si le ridicule ne tue pas, le cosplay mérite la mort.

Musique de merde

Rebecca Black est probablement une sorte de Mozart moderne comparée aux pontes de la J-Pop.

C’est dur, je sais, c’est inimaginable, mais dites vous que rien qu’en tapant "J-Pop" dans tout moteur de recherche qui se respecte, il y a de fortes chance que votre ordinateur se mettre à vomir de la bile par ses enceintes et à faire des 180 degrés avec son écran tout en affichant des images infernales ; on peut le comprendre, quand par exemple, on tombe sur ça. Personnellement, j’ai convulsé un petit moment en mettant du sang partout avant de réussir à arrêter ce qui ressemble fort à une diarrhée musicale (et encore, je cherche pourquoi j’emploie le terme de musical). Pour des raisons inconnues, le concept a touché d’autres principes, comme le J-Punk (brrrr), fournissant ainsi quantité de matière à une autre invention japonaise : le karaoké, ou le truc qui n’a été conçu que pour que les gens se ridiculisent. Et après ça, ne le dites pas que ce pays ne cherche pas à plonger le monde dans les ténèbres.

Langue

Le japonais est une langue qui se traduit à l’écrit par trois alphabets : les kanjis (les fameux signes qui désignent des mots), les hiraganas (qui permettent de préciser certains trucs tels que la prononciation d’un kanji inconnu au bataillon) et les katakanas (qui désignent les mots étrangers). Cependant, ce dernier alphabet est bien moins sérieux que les deux premiers, puisqu’il sert à écrire les mots aussi mal prononcés que le font les Japonais qui n’ont pas pris anglais seconde langue.

Ainsi, si vous cherchez dans un dictionnaire de katakanas un mot étranger, il vous faut penser japonais : virer les "R" de vos phrases, remplacez les par des "L", puis, insérez des "U" de manière aléatoire partout, même dans les mots où il y en a déjà et où il n’y a plus de place.

Ainsi, un "Bus" devient "Busu" ; une voiture de police devient une "Pouliss-karu" et le "Brésil" devient "Roberto no Captain Tsubasa" (mais attention, là, il y avait un piège).

Ainsi, le japonais est une langue qui parait plus effrayante qu’elle ne l’est ; elle comporte ses propres règles, comme par exemple dans l’utilisation de suffixes pour montrer le respect porté à autrui : -Sama pour signifier la déférence envers plus respectable que vous, -San pour le respect simple, et -kun pour quelque chose de petit et/ou mignon. Par exemple, vous direz "Odieux-Sama", "Jean-Jacques-San" et "Nicolas Sarkozy-Kun", en faisant bien attention de retirer toute notion de mignon dans ce dernier cas.

Dernière chose, le seul alphabet japonais commun à l’otaku comme au touriste japonais est celui du "Ooooh !" ; on ne retrouve dans celui-ci que trois mots : "Ooooh !" (l’étonnement), "Sugoi" (super, bien, joie, youpi) et "Kawaï" (mignon). De là, de multiples combinaison sont possibles : vous êtes étonné par un tour de magie ? "Ooooh, sugoi !" ; ou vous offre un chiot kikinou ? "Je l’emmène à la rivière Sugoi, kawaï !", etc. Rien qu’avec ça, vous pouvez bluffer n’importe quel otaku qui se respecte.

Car en effet, l’otaku aime placer du japonais dans toutes ses phrases pour expliquer qu’il connait parfaitement le pays et sa langue. Ainsi, même lorsqu’il n’en a pas besoin, il fera étalage de son savoir ; si par exemple il est allé au Japon et a mangé un bol de riz, il vous expliquera s’être tapé un bon gros bol de "米", et se fera une joie de vous préciser que c’est du riz, mais uniquement si vous demandez, car pour lui, tout cela semble tellement évident, hohoho. Ne lui faites pas plaisir : ne lui demandez rien, exclamez-vous "Hoooo, sugoi !", puis éclatez-lui l’une de ses figurines en résine sur le coin de la gueule. Ça lui apprendra.

Alors évidemment, certains termineront en me disant que je suis caricatural dans cette présentation. Mais qui de moi ou de la Japan Expo l’est plus ?

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Deux soldats entrèrent pour déloger le corps de la chaise restée en équilibre, et le traînèrent avec difficulté vers l’extérieur de la pièce. Watanabe ne regarda qu’à peine la scène, regardant plutôt vers la fenêtre pour observer le reste des zéros qui rejoignaient la base dans un fameux vrombissement.

"Bravo mon commandant ! Nous allons pouvoir surprendre ces maudits américains maintenant que nous avons eu leur espion !"

Kenkichi avait lâché la phrase d’un ton enjoué, agitant de son bras la baguette en bois qui servait à déplacer les pions et figurines sur la carte. Il fut donc surpris quand Watanabe regarda à nouveau dans sa direction tout en levant l’arme qu’il venait de recharger avant de lui tirer une balle dans le torse. Il tituba lourdement contre le mur, le visage toujours déformé par une expression de stupéfaction, avant de s’affaler contre celui-ci en laissant choir sa baguette dans un son qui sembla curieusement plus fort que celui de la détonation.

"Pour… pourquoi, Watanabe ?
- Parce que c’est vous le traître, Kenkichi. C’est vous qui informez les américains. Je vous ai fait suivre la nuit dernière, et nous avons tout entendu de votre petit entretien. Quant à l’excuse du recueillement sur le corps de votre cousin, elle eut été intéressante si le corps du lieutenant Oda n’était pas déjà en route pour Tokyo depuis bientôt deux jours. 
- Je… non… je reconnais… mais… pourquoi avoir… avoir tué Super_Sasuke21 ? Si vous saviez… pourquoi ?"
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Watanabe s’accroupit à côté de l’officier qui, bien que désormais assis sur le sol, continuait de glisser en laissant une traînée rougeâtre sur le mur blanc.

"Parce que c’était un otaku. Un mec qui pense que c’est aimer le Japon que de s’agglutiner à la Japan Expo déguisé en Naruto, réduisant notre Culture à son expression la plus lamentable. Il ne méritait donc que cela de la part d’un Japonais respectueux de sa patrie."

Kenkichi eut un curieux regard.

"Vous… vous avez raison, mon commandant."

Puis il acheva de glisser, et tout fut terminé.

Les gyrophares se rapprochent.

J’entraperçois dans mon rétroviseur les véhicules de la gendarmerie lancés à ma poursuite toutes sirènes hurlantes ; du moins, je le suppose : le bruit de mon moteur étouffe la plupart des sons qui parviennent jusqu’à mon habitacle. J’ai beau zig-zaguer entre les véhicules dont l’écho des klaxons retentit à peine quelque secondes avant d’être noyé dans le tumulte de la course, je constate que les motos bleues de mes poursuivants se rapprochent à chaque seconde qui passe. Misère, ma destination est encore lointaine, et jamais la maréchaussée ne me laissera l’occasion d’y parvenir.

Et puis soudain, j’aperçois le panneau salvateur : dans moins de 2000 mètres, ma sortie ; je double une voiture de luxe qui semble prendre la mouche avant de me rabattre juste devant un véhicule familial qui dans sa surprise a appuyé si fort sur ses freins que j’aperçois une fumée dense surgir sous la voiture dans mon rétroviseur ; le 4×4 devant moi dévie lourdement de sa trajectoire en me voyant arriver, et le passage enfin dégagé, je bombe jusqu’à la sortie tant espérée. Je larguerai les motos sur les petites routes, et pour l’hélicoptère que j’ai aperçu tout à l’heure, j’aviserai. Un coup sur le frein pour ne pas louper le virage et…

Je n’entends même pas le crépitement des tirs des gendarmes situés derrière les barrières de sécurité de la sortie lorsque tout un peloton en embuscade vide ses chargeurs dans mes pneus ; dans une tempête d’étincelles, je serre mon volant à m’en faire saigner les mains en fonçant vers un monticule fleuri qui ne parvient qu’à peine à ralentir ma course avant de faire décoller mon véhicule dans un monstrueux vrombissement ; en atterrissant, l’inertie fait le reste et m’envoie réaliser une formidable série de tonneaux qui, mêlés aux escarbilles qui s’échappent encore de mes essieux, ont dû donner un fort beau spectacle aux hommes de la maréchaussée suivant ma trajectoire du regard. De longues secondes après que mon véhicule se soit finalement immobilisé, j’entraperçois au travers du voile qui couvre mes yeux la silhouette de gendarmes tentant de m’extirper de la carcasse fumante de ma fidèle auto. J’arrive vaguement à articuler un truc au sujet des sirènes qui me transpercent les tympans avant de perdre connaissance.

"Bon sang, mais quel con !" s’exclame l’adjudant chef Bertier en regardant le type que l’on vient de sortir du véhicule "Il le sait bien qu’à cette époque de l’année il n’a pas le droit d’aller à Cannes !". Maugréant, il ne remarque qu’à peine le maréchal des logis Fronsart lui jeter un regard interrogateur. Il faut dire que d’après Bertier, Fronsart a encore une longue route à faire pour devenir un vrai gendarme : il fait partie de ces bleus qui n’ont jamais connu la mythique époque du képi réglementaire.

"Allons Fronsart, ne me regardez pas comme ça ! Vous ne savez pas qui est ce type ? 
- Non chef.
- Pour vous la faire simple, c’est un mec qui ne supporte pas le festival de Cannes. Une sombre histoire comme quoi ce serait une sorte d’onanisme de groupe, où les gens du cinéma récompenseraient les gens du cinéma tout en soulignant bien à quel point les gens du cinéma sont géniaux.
- Ah ? Donc c’est pas la première fois qu’il tente de s’en prendre au festival ?
- Non. Il y a deux ans par exemple, il a attaqué les marches à la ponçeuse, au motif qu’au vu de ce qui y défilait, il convenait plutôt d’en faire une rampe d’accès handicapés. Et l’an dernier, il a payé des pirates somaliens pour détourner un porte-containers jusqu’au large de la croisette ; durant 48h, il a menacé de vider plusieurs milliers de tonnes de Minidou dans la mer si on ne faisait pas fermer sa gueule à la fille qui s’occupe de la mode le midi sur Canal +.  Le GIGN a dû aller le déloger, mais plusieurs loyaux gendarmes ont reçu des minis-dosettes au visage durant la bataille. Et cette année, Dieu sait quel était son plan. 
- Bah, on lui posera la question demain chef. Il va passer une bonne nuit dans une chambre d’hôpital, et même s’il s’en tire bien, je ne suis pas sûr qu’il se barre en gambadant dans la nuit.
- Oui. Méfions-nous quand même. Niveau évasion, il s’y connait. Sinon, nous n’en serions pas là aujourd’hui."
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Fronsart ne put s’empêcher de pouffer discrètement ; la chose lui faisait penser à un super film sur les évasions qu’il avait vu la veille. C’était drôlement bien, avec de la bonne musique et des jolies filles en plus. Comment ça s’appelait déjà ?

Ah, oui : Sucker Punch.

Spoilons donc mes bons !

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L'affiche : si l'esprit de Babydoll est la clé, c'est déjà mal barré

Quelque part dans les années 60, période bénie qui donna toute sa place à la guerre du Vietnam, à la crise de Cuba ou encore aux gauchistes chevelus de mai 68, Babydoll, une jeune fille blonde aux couettes ridicules malgré ses 20 ans vient de perdre sa mère. Alors que la tristesse accable la famille, la jeune fille trouve la force de réconforter sa petite soeur que nous appellerons Babybabydoll, qui est plus fragile qu’elle encore face à ce décès. Il reste cependant au foyer un adulte responsable : Bopapa, le beau-père de nos jeunes filles qui lui semble presque ravi de savoir que sa femme est décédée ; d’ailleurs, sitôt l’enterrement terminé, il court à la maison tel un garçonnet le jour de Noël pour aller ouvrir l’enveloppe contenant le testament de feu Madame. Quelle n’est donc pas sa déception lorsqu’il découvre que la vilaine rabouine a décidé de léguer toute sa fortune ainsi que sa collec’ de pin’s à l’effigie de Bernard Lama à ses deux filles !

Bopapa fait donc une grosse colère : il devient tout rouge, se roule par terre, produit des sons divers et variés allant du grognement au cri sourd, le tout en s’enivrant comme il se doit, fracassant des bouteilles de mauvais bourbon aux quatre coins du logis familial. Une fois le corps réchauffé par la douce liqueur, le malandrin s’empresse de se diriger vers la chambre de Babydoll afin de voir s’il n’y aurait pas moyen de moyenner, histoire de se réconforter un peu, là, tout de suite. Mais, las ! La bougresse se défend, et griffe même au visage l’importun qui, loin d’être excité par la résistance (Klaus Barbie lui même disait "Che ne trouffe pas la Rézizdanze drès drès érodigue…"), s’en va aussitôt, enfermant la damoiselle à double tour derrière lui. Babydoll ne réalise que trop tard ce qu’il va se passer : il va se rabattre sur Babybabydoll ! Ni une, ni deux, notre héroïne ouvre donc la fenêtre de sa chambre et, malgré la pluie battante de l’orage nocturne qui lui fouette le visage, saute à l’extérieur pour faire le tour de la maison et se rendre dans le bureau de Bopapa. Elle s’y saisit alors d’une arme puis court vers la chambre de sa soeur pour aller arrêter le drame qui s’y joue.

Arrivée sur place en quelques instants, elle a beau paralyser le bougre en le menaçant de son arme, avant de tirer juste à côté de son visage pour l’impressionner, elle finit hélas par réaliser qu’il est trop tard : elle lâche son pistolet en apercevant le cadavre de sa petite soeur fraîchement assassinée sur le sol. Elle pleure donc sur la dépouille avant de se ressaisir tant de son courage que de son flingue (car oui, Bopapa avait décidé de se faire les ongles plutôt que de ramasser l’arme avec laquelle on venait de lui tirer dessus, il y a des priorités), mais ne parvient pas pour autant à trouver la force de tuer ce vil brigand. Elle relâche donc à nouveau son arme (que Bopapa ne ramasse toujours pas alors que ça fait deux fois qu’on menace de le tuer avec ce pétard en 30s) avant de s’enfuir dans la nuit, un peu perturbée par les évènements de la soirée.

C’est donc quelques heures plus tard que la police retrouve sous la pluie une jeune fille en pyjama traumatisée et loin de chez elle. Que font donc les forces de l’ordre ? Elles ramènent Babydoll chez son beau-père sans poser de questions, bravo messieurs ! Car en effet, en 1960, on avait pas encore inventé l’enquête de police, on se contentait donc de dire : "Bonsoir Monsieur ! Votre fille vient d’être assassinée ? Boh, ça arrive ! tenez, on vient de retrouver votre autre fille qui a fui la maison totalement traumatisée ! Allez, on va croire votre version des faits sur paroles et vous souhaiter une bonne soirée ! Au fait, vous ferez attention : vous puez l’alcool, mais ça n’a sûrement aucun rapport, hahaha !". Elle est vraiment sympa, la police, en fait. Profitant de la bêtise crasse des gardiens de la paix et de l’absence totale d’enquête, Bopapa décide donc d’emmener Babydoll à l’asile histoire de s’en débarrasser pour de bon. Enfin remarquez : vu comment la police semble se moquer des meurtres, moi j’aurais directement mis un coup de fusil entre les couettes de Babydoll. C’eut été plus rapide et efficace, sans compter l’aspect défouloir de la chose, mais passons. Car Bopapa a un plan bien plus pourri : il a graissé la patte de Blue Jones (ce film est bourré de superbes noms), un cadre important de l’asile où il a déposé sa belle-fille, afin qu’il lui fasse subir une lobotomie. Une fois transformée en légume, cette dernière ne pourra en effet jamais témoigner de quoi que ce soit sur le meurtre de sa soeur, et tout le monde sera content.

Ouais, enfin, Bopapa, il y a un petit problème dans ton plan :

- visiblement la police ne fait pas d’enquêtes pour de mystérieuses raisons. Donc ton plan ne sert à rien, à part à perdre du pognon et à prendre le risque qu’un mec puisse te dénoncer/faire chanter quand bon lui semble

- à l’inverse, si comme les protagonistes le prétendent, la police est moins bête que ne le laissait supposer la scène précédente, alors elle risque de trouver ça suspect, le fait que Bopapa s’empresse de se débarrasser de la seule autre personne que lui qui était sur place le soir du meurtre de Babybabydoll. Autant s’attacher un panonceau "Houhou, je suis super suspect !" autour du cou.

Ah, et pour la petite histoire : TOUTE la discussion sur "Je vous file du pognon pour que vous la lobotomisiez car j’ai peur qu’elle parle", ils la tiennent juste devant Babydoll. C’est bien, ça, de discuter de tout ce qui peut vous mettre dans la merde devant une personne dont vous avez peur qu’elle se mette à parler. Super plan. Vous avez pas d’autres trucs à balancer là aussi ? Genre amendes de stationnement impayées ou téléchargements d’albums de Justin Bieber ? En tout cas, Blue lui a bien compris que Bopapa était idiot, et il commence déjà à le faire chanter en faisant passer le coût du graissage de patte des 1400$ convenus à la base à 2000$, au motif qu’il va devoir imiter la signature du Dr Gorski, la responsable des pensionnaires qui est la seule à pouvoir commander une lobotomie (elle a un formulaire un peu comme chez La Redoute pour ça, genre "Ajouter Lobotomie x1 à mon panier ? Entrez votre code privilège !"), et il prend donc un gros risque ce faisant. Bopapa étant effectivement très bête (il ne dit pas : "Hé ho, vous le saviez quand vous avez dit 1 400$", ne me prenez pas pour un con"), il paie.

Petit rappel à Blue Jones : quand tu as une moustache, si tu n'es ni noir, ni capitaine de la police en sus, c'est que tu vas mal finir.

Tiens, j’allais oublier : outre Babydoll qui se tient à 50 centimètres des deux personnes en train de parler corruption, toute la négociation se fait en plein milieu de l’asile, dans la salle principale où l’on peut trouver 6 infirmiers, une quinzaine de pensionnaires et le docteur Vera Gorski. Non vraiment, ils sont trop discrets nos larrons. D’ailleurs, pour les deux seules personnes de l’asile qui ne les auraient pas entendu discuter à haute voix, les brigands font un petit effort en échangeant les liasses de biftons sans même essayer de se cacher, histoire que tout le monde puisse voir que oui, Bopapa manigance un truc et que oui aussi, Blue Jones est complètement corrompu et prépare un mauvais coup. Mais malgré tout, personne ne réagit. C’est beau.

Babydoll, faisant fi des cratères qui parsèment le scénario, observe la salle centrale de l’asile, et constate que le Dr Gorski tente d’aider ses patientes (il n’y a que des pensionnaires de sexe féminin) en leur mettant de la musique et en les incitant à se laisser aller dessus, tant physiquement que dans leur imaginaire. Elle en profite aussi pour contrôler tout ce qui pourrait être utile à son évasion : les clés des gardiens, les panneaux indiquant que toutes les portes s’ouvrent automatiquement en cas d’incendie, les posters de Steve McQueen, etc. Rapidement, elle est donc mise en contact avec les autres résidentes de l’asile, dont 4 seulement ont un prénom : Sweet Pea (ou Pee pour les urophiles), la meneuse, Rocket, la petite soeur dépendante de Sweet Pea, Amber et Blondie, les deux filles parfaitement interchangeables tant elles n’ont aucun intérêt (dans des cas-là, d’habitude, je dis "A et B", mais regardez bien les initiales de ces prénoms : les scénaristes eux-même l’ont fait à ma place pour souligner le côté complètement secondaire de ces personnages, merci les gars).

Pour se protéger du monde extérieur qui est trop laid, Babydoll décide de s’imaginer les choses sous un angle différent : à partir de maintenant, elle verra l’asile comme un cabaret/maison close dans lequel les aides-soignants sont des clients richissimes venant rechercher les faveurs des filles, Blue Jones le patron tyrannique qui les exploite et leur donne des ordres, et Vera Gorski la gentille responsable des danseuses qui leur donne des cours et les aide à mieux s’exprimer sur scène. A noter que par contre, un truc qui n’est pas du fait de l’imagination de Babydoll est important : toutes les pensionnaires sont donc de jolies filles, et tout le personnel de l’asile des hommes et/ou des moches, à part le Dr Gorski, mais c’est normal : elle est du côté des pensionnaires. Voilà, comme ça, si le film était encore trop compliqué, on sait bien où sont les gentils. Jusqu’ici, ce film est une sorte de bathyscaphe explorant les abysses du navrant. Mais comme nous allons le voir, l’engin n’a pas fini sa descente.

Pendant que j’y suis : à peine arrivée à l’asile, soudainement, pouf pouf, Babydoll qui jusqu’ici était trop en état de choc pour dire "Bopapa a tué ma soeur et vient d’acheter une lobotomie pour me faire taire auprès de Blue Jones, le cadre corrompu", se met à causer à tout et tout le monde pour un oui ou pour un non. Ha ?!  Mais alors ça t’intéresse pas de tout balancer maintenant que tu parles ? De venger ta soeur, punir les méchants et sortir de l’asile ? Non ? Bon bon bon.

En tout cas, Babydoll fait donc sa première séance avec Vera Gorski (car elle a un peu de temps : sa lobotomie n’est programmée que pour dans 5 jours, le temps qu’un spécialiste vienne), qui, je le rappelle, essaie avec la musique de faire réagir ses patientes tant en faisant bouger leur corps que leur imagination. Et ça tombe bien : notre louloute est à fond dans le truc, puisqu’à peine a t-elle commencé à écouter le gros son à base de popopopo à sa première séance qu’elle ferme les yeux et rentre en transe, se retrouvant ainsi dans son imaginaire : et figurez-vous que ça tombe bien, puisque dans son esprit, outre ses couettes de petite fille, elle porte une tenue d’écolière putassière à talons hauts et nombril à l’air façon fantasme de cadre japonais, ne manquent que les tentacules qui vont bien pour compléter le tableau. C’est vrai quoi, mesdemoiselles, mesdames : c’est tellement naturel de s’imaginer dans un accoutrement typique des fantasmes masculins de quelques sombres pervers. En tout cas, dans sa tenue de coquinette, notre louloute se retrouve tout simplement en plein milieu de la cour d’un temple japonais sous la neige, temple dont elle s’empresse de passer la porte pour tomber sur un vieux que nous appellerons Jean-Jacques. Bien que pas japonais pour un sou, mais habillé en tenue traditionnelle et portant le katana, le vieil homme s’empresse de commencer à débiter une sorte de philosophie de comptoir digne de "Oui-Oui prend de la beuh" du genre "Que cherches-tu ? La question est dans ton coeur, ton esprit doit être le foret qui va percer la couche subconsciente de tes peurs pour trouver la vérité de Rrrrrrzzzzzzz...", dont le seul but final est de dire "Que veux-tu ?" et mademoiselle de répondre "Être libre !" parce que oui, l’asile, ça la gave (je me répète, mais j’insiste : pour être libre, tu as UNE phrase à dire en balançant ce que tu sais, et c’est bon ! Andouille !) ; Jean-Jacques lui répond donc qu’elle doit s’armer pour réussir cette quête, et lui tend un katana ainsi qu’un pistolet ; il enchaîne en expliquant que 5 autres choses seront nécessaires à la réussite de sa mission :

  • Une carte
  • Du feu
  • Un couteau
  • Une clé
  • Et enfin… un sacrifice ! Mais là-dessus, Jean-Jacques reste plus mystérieux et simule des quintes de toux ou de pets quand on tente d’en savoir plus sur le sujet.

Cela étant dit, notre vieux sage s’empresse de mettre Babydoll à la porte du temple en lui expliquant que sa quête commençait "maintenant" : en effet, dans la cour l’attendent trois samouraïs géants l’air plutôt peu humains, et disposant d’armes aussi grosses que leurs propriétaires : gros katana, grosses lames diverses, gros bazookas, grosses gatlings, etc. C’est un championnat de substituts péniens, sacrés asiatiques ! Je vous passe les détails, mais retenez que notre Babydoll, du haut de ses 45 kilos les jours de choucroute à la cantoche s’avère être une formidable combattante qui saute partout, distribue des coups de katana et de flingue dans tous les sens et massacre à grand renfort de talons hauts tous ses adversaires, le tout, de préférence, en montrant qu’elle a le ventre plat via divers plans (et en se déhanchant de 1 mètre de chaque côté quand elle se déplace). Remarquez, il n’y a pas que son ventre qui est sans relief aucun, mais je m’égare. Une fois le dernier samouraï tombé, elle sort donc de sa transe et s’aperçoit qu’elle est toujours avec Vera Gorski au milieu des autres filles, et qu’elle vient de finir une super danse qui a littéralement subjugué tout le monde tant c’était impressionnant : elle s’est littéralement laissée posséder par la musique tant dans son corps que dans son imagination, tout ça tout ça, Babydoll géniale, youpi.

"Babydoll, n'oublie pas : je suis un vieux dans un cadre japonais : je suis donc forcément de bon conseil et j'ai toujours raison"

Bon, sachez que le film, c’est donc ça : toutes les 10mn, Babydoll va avoir besoin de danser pour un prétexte de préférence idiot. Et à chaque fois qu’elle dansera, elle sera en transe et fera un rêve dans lequel il y aura de la grosse musique, des tenues un peu salopes, de petits gémissements, des filles qui manient de gros fusils à consonance pénienne, des robots, des méchas, des katanas, de la guerre, des explosions, des véhicules cools, des zombies, des dragons, des orcs, des effets spéciaux… bref, vous voyez le public que ça vise : il ne manque que des cartes Magic vendues avec la place de ciné et c’est tout bon. En tout cas, voilà : 40% du film est constitué de rêves de Babydoll qui sont en fait des clips sans intérêt qui remplacent juste un plan sur Babydoll qui danse. Mais comme on le verra : même les clips sont incohérents. Revenons à nos moutons maintenant.

Dès le lendemain, Babydoll, qui la veille encore était muette et coincée, va trouver ses 4 nouvelles meilleures copines (les seules pensionnaires qui ont un prénom, donc, les autres, c’est comme les abeilles : elles ont un esprit de ruche) que sont Amber, Blondie, Rocket et Sweet Pea pour leur expliquer qu’elle veut s’évader avant que le médecin chargé de sa lobotomie (qui est présenté dans l’univers du cabaret qu’elle s’imagine comme un client nommé le "High Roller") ne vienne s’occuper de son cas. Pas de problèmes, parlons évasion entre filles qui ne se connaissent que depuis moins de 24h ! En exactement une minute de conversation, Babydoll convainc les donzelles de la suivre, et leur explique qu’elle a besoin de 4 objets pour son évasion : un plan, du feu, un couteau et une clé (oui, un vieux mystérieux lui est apparu en rêve pour lui dire, c’est donc forcément vrai ; cette nuit, Pénélope Cruz m’est apparue pour me dire qu’elle m’attendait à Puerte Chichén, tiens, allez hop, billet d’avion). Le plan serait celui de tout l’asile, qui est accroché dans le bureau de Blue Jones, le feu, un briquet avec lequel joue tout le temps un aide-soignant, le couteau serait celui du cuisinier, et la clé, celle que porte autour du cou ce bon vieux Blue Jones toujours. Mais comment obtenir tous ces objets ? Là encore, Babydoll a pensé à tout : elle va subjuguer les gens avec sa danse pendant que les filles feront les poches des victimes.

Oui. Babydoll n’a pas un petit ego de merde : elle a dansé une fois, du coup, elle est désormais persuadée qu’elle peut hypnotiser n’importe qui avec ses fesses, genre "Par le pouvoir de Shakira, je te paralyse ! I’m tremoussing my ass !". C’est consternant. Mais visiblement, ses copines trouvent que c’est un plan génial et marchent toutes dedans. Du pied gauche, j’espère.

En tout cas, notre héroïne précise un petit peu à quoi servent les objets dont elle a besoin : la carte, c’est pour pouvoir s’orienter par rapport aux postes de garde durant l’évasion, le briquet, pour mettre le feu et forcer l’ouverture de toutes les portes, le couteau, pour éviter les emmerdes, et la clé de Blue, parce qu’en tant que cadre haut-placé chez les surveillants, sa clé ouvre toutes les portes. Apparemment, je suis le seul à avoir remarqué que le feu et la clé comptent double, vu que tous les deux servent à ouvrir toutes les portes. Quant au couteau, je pense qu’il y a un peu près 1 000 à 2 000 armes improvisées possibles qui feraient que vous n’auriez pas à prendre le risque de subtiliser un couteau, mais bon.

Qu’importe : le plan est lancé, et Babydoll s’empresse de réitérer son dernier exploit en matière de danse, afin que Blue sorte de son bureau pour venir la voir danser, pendant que Sweet Pea ira voler la carte dans la pièce qu’il a quitté. Car oui, dans un asile où il semblerait que les pensionnaires aient une certaine liberté de circuler, Blue Jones ne ferme jamais la porte de son bureau : quelle idée. Il est sympa comme mec, en fait. Enfin bon : il va voir Babydoll danser, et celle-ci, comme il se doit, rentre en transe. Et cette fois-ci, la douce se retrouve propulsée en France avec ses 4 copines.

Et pas n’importe où, n’importe quand et n’importe comment : en pleine première guerre mondiale, au milieu de la cathédrale de Reims sous les bombes allemandes, Babydoll et ses copines (qui elles aussi, portent des tenues moulantes avec minishorts et accessoires coquins très utiles en cas de guerre mondiale) se retrouvent face à Jean-Jacques, le vieux sage du dernier rêve qui cette fois est habillé en officier qui fait un briefing : les filles doivent récupérer une carte, et pour cela, doivent foncer dans les tranchées allemandes en massacrant tout et tout le monde, jusqu’à trouver le bunker de commandement ennemi où elles pourront castagner du commandant et récupérer le précieux document. Petite précision, Jean-Jacques tient à souligner que ce ne sont pas de vrais allemands en face (car très curieusement, c’est un film où il n’y a quasiment pas une goutte de sang, probablement histoire de pas être interdit aux ados), mais des germains ressuscités via de la vapeur et des rouages : des steams-zombies (qui larguent donc de la vapeur quand ils sont touchés et non de l’hémoglobine, ce qui part plus facilement en machine). Bref : nos héroïnes se lancent donc promptement à 5 face à toute l’armée allemande, et collent une branlée royale aux zombies mangeurs de cervelle en saucisses (un vrai germain le reste même dans la mort), puisque bon : personne ne peut lutter contre des filles en talons hauts (qui, curieusement, utilisent des armes des années 1990-2000 : Babydoll imagine des armes qui serviront 40 ans après les années 60, vraiment, elle aurait dû bosser chez Browning, quel esprit d’anticipation). Après avoir massacré un bon corps d’armée à elles seules, le tout en prenant des poses cools et en gloussant tout du long (ça impressionne l’ennemi, les charges de pintades), nos damoiselles tuent le commandant ennemi ainsi qu’un messager qui tentait de s’enfuir, et récupèrent sur le corps de ce dernier le précieux document qu’elles venaient chercher : la carte. Mission accomplie ! Donc fin du rêve…

"Tites tonc petite fraülein, il fa falloir mettre ein tenue plus raissonnaple, ja ? Das ist ein sérieuse krieg ici !"

… et retour sur Babydoll qui sortant de sa transe, vient de s’arrêter de danser, sous les applaudissements de tous les témoins, y compris de Blue venu la voir, donc. En bon patron de cabaret, le sieur Jones explique qu’il est persuadé que Babydoll peut rapporter un pognon fou : pour ça, pourquoi ne pas organiser un show privée de la belle pour le maire ? Allez, dès demain, il en sera ainsi ! Fier de son idée, Blue retourne à son bureau, où il note que sa photocopieuse est curieusement chaude : tiens ? Observant rapidement son bureau, il note une deuxième chose : son plan des lieux a été mal replacé sur son mur… hmmm, il se trame quelque chose par ici !

Mais qu’importe : allons directement le lendemain, au show privé prévu pour le "maire" (en réalité, un aide-soignant qui joue toujours avec un briquet), où les filles ont prévu de lui voler son bien pendant qu’il est hypnotisé par la danse de Babydoll. Je n’ai pas retenu si c’était Amber ou Blondie qui était chargée de dérober le précieux bien, mais de toute manière, on s’en fout complètement, puisque ça n’a aucune incidence : on ne va pas assister à la scène, mais plutôt au rêve de Babydoll qui danse, comme il se doit.

Or, cette fois-ci, sitôt la danse commencée, Babydoll se retrouve donc propulsée dans un bombardier de la seconde guerre mondiale tournant autour d’une immense forteresse médiévale assiégée par diverses créatures bizarres ; Jean-Jacques, a bord de l’avion en tenue d’aviateur, explique encore une fois la mission du jour : il y a un bébé dragon trop mignon au coeur du donjon de ce château ; et le bougre mériterait bien d’être égorgé comme un porc pour que les filles puissent ensuite s’emparer des deux cristaux qu’il y a dans sa gorge et qui, une fois percutés l’un avec l’autres, permettent de créer un incroyable feu. Après avoir ajouté une phrase de philosophie de pisseuse (du genre "N’oubliez pas les filles : celui qui se bat pour ses rêves est plus heureux que celui qui défend sa vie ! Et pensez bien à utiliser du fil dentaire après chaque repas !"), il se permet de préciser : "Et faites attention à ne pas réveiller la mère !".

Hooo, toi mon petit, tu ne connais pas le syndrome de Jar-Jar Binks (que mes lecteurs les plus anciens connaissent bien). Enfin bon : Babydoll, Sweet Pea et Rocket vont sauter de l’avion pour aller récupérer les cristaux dans la forteresse, pendant que Amber et Blondie restent à bord à se tourner les pouces. Excellent plan. Toujours dans leurs tenues coquines, et toujours avec les mêmes armes (mais avec un silencieux dessus cette fois), nos héroïne sautent donc dans la cour du château et mitraillent promptement et discrètement tout ce qui se dresse sur leur passage : gardes, monstres, Stéphane Bern et autres créatures fantastiques. Et après quelques efforts, parviennent assez rapidement dans le donjon du château où, en effet, un bébé dragon pionce tranquillement. Oui, je sais : j’ai dit que la forteresse était assiégée, que dehors, ça se massacrait allègrement mais non, ça n’a pas réveillé bébé dragon. Ok. Babydoll n’hésite pas une seule seconde, et toujours sans aucun bruit malgré ses talons hauts (sic), tranche le cou de la bête d’un bon coup de katana. Elle récupère donc dans la gorge du bestiau les fameux cristaux, le tout, toujours sans mettre de sang partout (le dragon est un animal très propre à égorger), puis chuchote à ses copines "Vite, partons discrètement maintenant". Bon plan ! C’est pourquoi, dans le respect du syndrome de Jar-Jar Binks, Babydoll décide de faire n’importe quoi en allant à l’encontre de ses propres consignes, et percute, comme ça, pour rigoler et voir ce que ça fait, les deux cristaux qu’elle vient de récupérer l’un contre l’autre. Un grand VROUUUUSH se fait donc entendre, alors que des flammes surgissent des fameuses pierres. Bravo Baby : tu viens de réveiller maman dragon. Une course poursuite peut donc s’entamer entre la mère reptilienne un peu triste de trouver son bébé égorgé, et un peu colère aussi pour les mêmes raisons. Elle sort donc du donjon à la poursuite des filles pour essayer de les transformer en kebab, mais c’est sans compter sur les deux filles restées dans l’avion, qui mettent des coups de pare-choc au dragon pour l’emmerder. Oui, elles s’amusent à percuter des trucs avec leur avion. Et vous savez quoi ? Ça marche parfaitement. L’avion n’est pas endommagé, rien : il est conçu pour jouer à l’auto-tamponneuse avec des dragons. Boooon.

Mais ça ne plait guère à maman dragon, qui se lance à la poursuite de l’aéroplane dans l’espoir de l’abattre comme il se doit ; à bord, les deux filles paniquent donc comme des folles genre "Haaan il nous suit, qu’est-ce qu’on va faiiiiireuuuuh ?" ; je ne sais pas, vous êtes dans un bombardier avec des tourelles de mitrailleuses partout et le dragon qui est placé juste derrière la tourelle de queue, non vraiment, je ne vois pas. Mais rapidement, la pilote a une idée : "Tiens, si on faisait des acrobaties avec le bombardier pour la décrocher ?" mais rien n’y fait : plongeons, loopings, himmelmans, rien ne suffit à perdre la créature en colère, même un passage entre les piles d’un pont. Performance incroyable : il faut savoir que le dragon et l’avion volent EXACTEMENT à la même vitesse, histoire que le dragon ne soit pas semé rien qu’en volant en ligne droite, ou que ce dernier croque l’appareil sans soucis. La vie est bien faite. Au bout d’un loooong moment, l’une des filles se dit que, tiens, si on essayait de tirer sur le dragon à la sulfateuse ? Ce que, en effet, ce dernier ne semble guère apprécier. Heureusement pour lui, la tireuse a visiblement un problème musculaire : elle jure beaucoup, et quand elle jure, elle s’arrête de tirer. Son index et sa bouche doivent être reliés par les mêmes muscles, et la pauvrette ne peut donc pas faire deux choses en même temps, impliquant son doigt et sa bouche. Un problème avec moult conséquences quotidiennes. Voilà qui fait gagner un peu de temps à notre bon reptile volant. Finalement, notant que la bête est trop dure à gérer, les filles de l’avion hurlent "Tiens, Babydoll, il est pour toi !" (merci le refilage de patate chaude), et on ne sait pas pourquoi, le dragon décide de leur obéir et de revenir sur le plancher des vaches, où Babydoll l’attend pour lui sauter sur la tête et le trépaner à coups de katana. Ah ? Donc avec ce genre de sauts incroyables, pourquoi ne l’a t-elle pas tué dès le début, quand elle a vu la mère surgir juste à côté du cadavre de son bébé, et qu’elle avait méchamment l’occasion de faire exactement la même pirouette ? On ne le saura jamais. Car la victoire étant totale, Babydoll sort de sa transe…

Poussé par son instinct, le dragon aime renifler l'arrière des bombardiers

… et achève donc son numéro de danse devant le "maire". Tout le monde a trouvé ça génial, en particulier le maire, même s’il note que son briquet a disparu. A aucun moment, il ne fait le rapport avec les filles qui le trituraient pendant qu’il regardait le numéro de danse : il est complètement con. Ce qui aide bien le scenario. Mais Blue, lui, n’est pas si bête : sitôt le show fini, il se rend en coulisses pour expliquer aux filles qu’il a tout compris : d’abord, quelqu’un a photocopié le plan dans son bureau, maintenant, un briquet a disparu… il se trame quelque chose, et il n’aime pas ça (jusqu’ici, du papier et un briquet, ça ressemble au début d’un kit pour fumer de la ganja, sois cool man, rastafari) : il recommande donc aux damoiselles de se calmer de suite et d’arrêter les bêtises, sinon, il se sentira obligé d’intervenir lui-même. Dès qu’il a quitté la pièce, les filles commencent à paniquer en se disant qu’il vaut mieux arrêter les frais maintenant puisque le plan semble éventé, mais Babydoll, en bonne meneuse charismatique, leur parle des vertus de la liberté, de l’amour et de l’amitié, ce qui motive à nouveau nos larronnes à poursuivre leurs exploits. Seule Blondie (ou Amber ?!) craque un peu devant toute cette pression et sitôt qu’elle est seule, se rue dans le bureau de Vera Gorski pour pleurer qu’elle ne sait plus quoi faire ; cette dernière lui propose de soulager sa conscience en lui racontant tout ce qui lui pèse, mais alors qu’elle va se confier et raconter tout le plan d’évasion, Blue, qui avait jusqu’ici tout entendu de la conversation puisque caché à l’angle d’un couloir voisin, se décide à surgir en disant "Oui, raconte moi tout de votre plan d’évasion !".

Mais ? Blue bordel ! Tu es stupide ? La fille allait tout raconter de toute manière, puisqu’ayant confiance en Vera Gorski ; et toi, tu allais pouvoir tout entendre de là où tu étais ! Alors pourquoi te sens-tu obligé de surgir pour réclamer une information que tu allais de toute manière avoir si tu étais gentiment resté à ne rien faire ? Tout ce que tu risques, là, c’est que du coup, la fille se braque et refuse de parler car te sachant méchant. Tu es un vilain étron moustachu.

De leur côté, les autres filles veulent voler un couteau de cuisine au cuistot local. Attention, il faut savoir qu’il n’y a que deux couteaux (et c’est tout !) dans la cuisine, et que les deux sont à la ceinture du fameux personnage. Autrement dit, j’insiste, c’est un plan super risqué pour s’emparer d’une arme qu’il serait plus simple de remplacer par un truc improvisé (Al Qaïda en sait quelque chose) mais tout aussi dangereux mais qu’importe : tout le monde suit le plan génial de la formidable Babydoll qui est… qui est… je… je crois que j’ai presque honte d’écrire son plan tant il est mauvais :

Elle compte entrer dans la cuisine avec ses 3 copines (Blondie manquant actuellement à l’appel pour des raisons qu’elles ignorent), barricader le tout de l’intérieur (?) le temps d’allumer une radio pour que Babydoll se mette à danser sur la musique et ainsi hypnotise le cuistot à grands coups de fesses pendant que les autres donzelles lui volent un de ses couteaux. C’est vraiment super discret le coup de "On se barricade pour faire danser notre copine", ou comment hurler au monde "HOUHOUUUU REGARDEZ ON EST EN TRAIN DE FAIRE UN TRUC SUPER LOUCHE QUI FAIT PARTIE DU PLAN DONT ON VIENT DEJA DE RÉALISER DEUX PHASES ET QUE BLUE A REPÉRÉ !".

Mais bref : Babydoll grimpe sur une table de la cuisine et commence à agiter son cucu : hop, elle rentre donc en transe. Et se retrouve cette fois-ci avec ses 3 amies sur une plate-forme aux côtés d’un hélicoptères ; là, Jean-Jacques apparaît pour faire son briefing habituel : les drôles de dames doivent prendre d’assaut un train terroriste contenant une bombe surnommée "couteau de cuisine", s’emparer de cette dernière et dégager avant que le train n’atteigne la ville voisine où il explosera. Vu d’ici, on dirait le pitch d’un film de Steven Seagal, mais en fait, non. Après son habituelle phrase de philo pour les nuls, Jean-Jacques donne encore un précieux conseil : attention les filles, le train est défendu par des robots du futur, et il vous faudra des codes pour désactiver la bombe : ils sont là-dedans, dit-il en désignant un gros sac à dos.

"Quelqu'un a parlé de bombes, de terroristes, de trains et de couteaux de cuisine ?"

Un sac à dos. Pour des codes. Tu écris tes mémos sur des parpaings mec ? On t’a jamais appris à utiliser des post-it ?

L’hélico de nos héroïnes décolle donc promptement et se retrouve à survoler des rails à proximité où, en effet, un train circule : c’est donc forcément celui-là : ni une, ni deux, elles lui tirent un missile dans l’arrière-train (jeu de mots) histoire d’ouvrir un wagon tel une boîte de conserve afin que les filles puissent s’infiltrer par là. Babydoll n’ayant aucune imagination, nos louloutes combattent donc toujours avec les mêmes armes, alors que bon : on est dans le futur semble t-il, ça serait bien d’avoir de meilleurs flingues, mais non : visiblement, ça ne l’intéresse pas. Enfin bref : malgré ce problème d’équipement, les filles massacrent sans soucis des dizaines de robots de combat qui les attendaient à bord, et arrivent à la bombe  les doigts dans le nez ; là, elles ouvrent le sac contenant les codes et en sortent…

… une mini-disquette. J’en étais sûr : Jean-Jacques se fout de leur gueule. Ça doit être le genre de mec à louer un 36 tonnes pour déménager une paire de chaussures.

Enfin bref : une fois insérée dans la bombe, la disquette désactive le tout et… et problème ! Un robot endommagé parvient à se réactiver et à réenclencher le processus d’explosion ! Le temps commence alors à se ralentir, le rêve, à se distordre et Babydoll sort de sa transe visiblement un peu surprise ; en fait, ce qu’il vient de se passer est tout simple : la radio qui jouait la musique sur laquelle Babydoll dansait vient de lâcher suite à un court-circuit. Et comme elle ne se trémousse plus, cela a désactivé le pouvoir parapsychique de son cul et cesse d’hypnotiser le cuistot, qui s’aperçoit alors que les filles autour de lui étaient en train de profiter qu’il soit distrait pour lui piquer un de ses couteaux : il se lève donc et commence à distribuer des mandales.

Tiens d’ailleurs, avez-vous remarqué l’autre faille du plan des filles ? Je vous ai dit qu’il n’y avait que deux couteaux dans la cuisine, visiblement, ce qui est un peu dommage. Mais les filles s’acharnant à vouloir utiliser comme arme un des deux seuls couteaux du cuistot, autant dire qu’il se serait rendu compte aussitôt, même si tout s’était bien passé, que des pensionnaires venaient de lui voler un de ses deux seuls ustensiles. Elles auraient donc été aussitôt repérées  et sanctionnées en conséquence, ce qui mettait tout leur plan d’évasion à l’eau. Mais aucune d’entre elle n’y a pensé. Qu’importe, revenons à la scène.

Le cuistot commence donc à maraver des mouilles à foison, collant sa grosse main dans les margoulettes surmaquillées des filles (Babydoll a par exemple le PIB du Rwanda en maquillage sur ses pommettes et en faux-cils). Puis, notant que ces dernières ne se laissent pas faire, il dégaine son ultime couteau (celui qu’elles avaient commencé à voler est tombé au sol dans la confusion) et tente de le planter dans Sweet Pea ; mais c’est sans compter sur Rocket, qui se jette devant sa soeur façon Kevin Costner dans Bodyguard pour prendre le coup à sa place. La jeune fille encaisse donc assez mal le coup (mais toujours sans saigner), et agonise assez longuement pour dire "Tu diras à maman que je l’aime" et autres cucuteries de dernière minute. Elle tente bien ensuite de chanter le célèbre générique du film précédemment cité, mais alors qu’elle entame sa mauvaise imitation de Whitney Houston, elle décède finalement.

Sur ces entrefaites arrive donc Blue, qui tombe sur une scène un peu chaotique, ce qui le fait un peu râler, particulièrement lorsqu’il constate que Rocket est désormais kaput. Il jure, grogne, scrogneugneute, engueule le cuistot, puisqu’avec tout ça, il va devoir remplir un paquet de paperasse, etc. Les filles, notant que l’on regarde ailleurs, ramassent discrètement le couteau tombé au sol et le cachent sur l’une d’entre elles. Comme quoi, voyez mesdemoiselles : il existe d’autres forme de diversions que "Tiens, on va faire danser Babydoll !". Vous y auriez pensé avant, Rocket serait sûrement encore en vie. Malheureusement, nos héroïnes ne pensent pas tout court. Même leur plan d’évasion leur a été soufflé par un vieux issu d’un rêve dément à base de samouraïs géants. C’est dire.

Tentative de réflexion chez Babydoll

Cela étant dit, Blue ordonne aux filles d’aller se préparer pour le show de ce soir car, ça y est, le High Roller (souvenez-vous, c’est le nom du client qui dans le monde réel est en fait le Docteur en charge de la lobotomie) est arrivé, et il va assister au spectacle. Mais avant que toutes ses pensionnaires ne montent sur scène, il veut d’abord leur parler en coulisse : il explique que la petite Blondie est venue le trouver et a tout raconté sur le plan d’évasion de ses copines. Il a décidé en conséquence de sévir : il empoigne donc promptement un pistolet qui passait par là et colle une balle dans la face d’Amber (c’est vrai : tuer les gens à coups de flingue dans les coulisses à 2 mètres d’une salle remplie de monde, c’est très intelligent), puis une autre dans celle de Blondie, au motif qu’il "n’aime pas les mouchards". Ouais, trop cool mec ! Comme ça, plus jamais personne ne viendra dénoncer ses petits camarades qui tentent une évasion. Tu es con ou bien ? Qu’importe : une fois cela fait, il ordonne à ses filles de monter sur scène pour faire un super show ("Je viens de tuer vos copines, essayez de ne pas avoir l’air trop triste sur scène !" : ce film est vraiment mauvais d’un bout à l’autre). Mais bon, que va t-il bien pouvoir faire pour s’occuper en attendant ? Hmmm… lire un livre ? Faire une partie de Uno avec les gardiens ? Non : il va plutôt se taper Babydoll, tiens, pour passer le temps ; il commence donc à la papouiller en conséquence, mais las : la bougresse arrive à se saisir du couteau de cuisine, que ses défuntes copines avaient réussi cacher avec le briquet, la carte & co dans la salle de maquillage juste avant de brutalement décéder. Elle s’en sert donc pour planter Blue un bon coup, qui s’effondre foudroyé ; maintenant, plus rien ne l’empêche d’aller se saisir des clés qu’il porte autour du cou et qui ouvrent toutes les portes ! Ainsi équipée, notre Baby court donc trouver Sweet Pea, qui avait été mise à l’écart (elle était dans un sale état après avoir vu sa soeur mourir dans ses bras), et lui propose de s’évader : elles sont les deux seules survivantes du plan de base, il faut donc se dépêcher avant que leurs rangs ne s’amenuisent encore ! Le plan est donc lancé, et pour commencer, c’est le briquet qui entre en jeu, en servant à mettre le feu à un local à produits d’entretien pour déclencher l’alarme incendie.

L’évasion est bien entendue difficile, puisque bon, deux nanas tentant de s’orienter avec une carte, ça tourne en général à la catastrophe. Heureusement, elles sont régulièrement sauvées par des interventions du Dieu Du N’Importe Quoi, qui, par exemple, arrive à les faire passer devant des gardes sans que ceux-ci ne les voient ou ne les entendent, car ils lisent leur journal (d’accord) en écoutant leur… i-pod avec ses beaux écouteurs intra-auriculaires blancs (nous sommes dans les années 60 je le rappelle, même le walkman n’existe pas). Fantastique. Mais tout cela ne suffit pas forcément, car une fois arrivées dehors, les filles constatent qu’il y a dans la cour une bonne dizaine de personnes en train de discuter, zut ! Impossible de partir discrètement se disent-elles. Nos héroïnes vont elles échouer si près du but ? L’une d’entre elles va t-elle avoir une idée géniale ? Vont-elles simplement réaliser que, en pleine nuit noire, dans un parc relativement grand, il est très facile d’atteindre la grille située à l’autre bout sans se faire repérer, particulièrement lorsque les seules personnes qui risqueraient de les repérer sont occupées à discuter entre elles juste devant le bâtiment ? Non ! Babydoll ayant toujours des plans de merde, elle se souvient de la 5e chose nécessaire au plan d’évasion qu’avait expliqué Jean-Jacques dans son premier rêve : il faut un sacrifice ! La jeune fille aux couettes se propose donc d’aller détourner l’attention des mâles de la cour (Mais… mais c’est la seule idée que tu as depuis le début du film : détourner l’attention des gens ! Tu n’as fait que ça ! Serais-tu une sorte d’être monotâche ultime, Babydoll ?!) pendant que Sweet Pea s’enfuira pour retourner chez elle, là où elle pourra, je cite, "Rendre sa mère heureuse" et "Retrouver une vie normale". N’en jetez plus ! Baby, Baby, Baby…ho, tu crois vraiment ce que tu viens de dire ? Qu’une évadée d’asile va retrouver une vie normale en allant se planquer chez sa mère, le premier endroit où la police va la chercher ? Et qu’elle va rendre sa mère heureuse en lui annonçant "Salut maman, ta fille est morte, et moi je suis une fugitive recherchée. T’as fait du café sinon ?".

Bref : Sweet Pea après avoir longuement pleuré sur le courage et l’héroïsme de Babydoll profite que celle-ci aille voir les mâles au centre de la cour pour détourner leur attention, et s’élance dans la nuit, traversant l’immense parc de l’asile que l’on a aperçu au début du film jusqu’aux grilles de celui-ci sans qu’il ne soit possible de l’apercevoir (comme quoi, il y avait un passage sûr : Babydoll se sacrifie juste parce qu’elle est débile. ). Puis, une fois de l’autre côté des barreaux du portail, Sweet Pea jette de longs regards à Babydoll, que celle-ci lui rend, genre truc trop discret "Tiens ? On dirait que Babydoll jette des regards enflammés par-dessus mon épaule en direction de quelqu’un derrière moi. Je vais me retourner pour voir qui c’est. Ho ! Regardez, une fille de l’asile en train de se barrer ! On ne l’aurait jamais aperçue si Babyboll n’était pas venue se mettre juste devant nous pour se mettre à envoyer des gros regards lourds dans sa direction !" ; mais heureusement, ça n’arrive pas, Sweet Pea peut se barrer, alors que Babydoll est ramenée à l’intérieur.

Regardez bien : la première image c'est lorsque Bopapa emmène Babydoll à l'asile en voiture au début du film. La seconde, lorsque la même Babydoll détourne l'attention des gens qui attendaient juste devant le bâtiment pour que Sweet Pea se barre à la fin du film. Entre les deux, la distance bâtiment/portail a été réduite de 98% et les grilles se sont transformées en mur pour arranger les scénaristes. Bravo les gars.

Notre héroïne se retrouve donc finalement attachée sur une chaise, où elle subit un bon coup de lobotomie sans même râler, car elle a fini par le réaliser : tout oublier de sa vie n’est pas si mauvais, elle va pouvoir se renfermer sur son univers intérieur. A la toute dernière seconde, elle a juste le temps de jeter un regard terrible au médecin en charge de la procédure, ce qui l’a plongé dans des abîmes de désarroi. Ce dernier est donc allé trouver le Dr Gorski pour demander à en savoir plus sur cette étrange patiente. La docteure lui explique donc que cette patiente a fait bien des choses cette semaine : déclencher un incendie, poignarder un cadre de l’asile, aider une patiente à s’évader… mais qu’elle regrette qu’elle ait été lobotomisée, car c’était une pensionnaire très intéressante. D’ailleurs, la lobotomie est une pratique à laquelle était opposée la douce Vera. Ah ? Dis le docteur. Pourtant, c’est sur votre recommandation que je suis intervenu ! Et hop, formulaire à l’appui, il montre au Dr Gorski le formulaire de demande de lobotomie avec la fausse signature de Vera réalisée par M. Jones

Notez, là encore : le Dr Gorski explique qu’elle était au courant de la lobotomie programmée de Babydoll, mais qu’elle y était opposée. Et à aucun moment elle ne s’est dit "Tiens, mais au fait, qui a programmé la lobotomie ? Vu que c’est moi la seule à avoir ce droit et que j’y suis opposée ?" ; y a t-il un seul personnage crédible dans ce film ? Parce que là, on approche méchamment de la fin, et je n’en ai toujours pas trouvé. Je me contente de sangloter, en fait.

Babydoll est de son côté ramenée à sa cellule, désormais dans un état proche de celui de légume, ce qui ne la change pas fondamentalement du reste du film (elle dira peut-être un peu moins de conneries, en fait). Mais Blue Jones, qui a survécu au coup de couteau qu’il a reçu, parait devant elle, et ordonne que l’on jette la bougresse dans une petite pièce isolée où il compte bien reprendre ce qu’il avait entamé la dernière fois avant d’être interrompu par une lame. Hélas, il pleure de désarroi en constatant que la petite Babydoll qui se trémoussait n’est plus qu’un gros haricot blanc avec des couettes. A moitié fou, il est surpris par l’arrivée de Vera Gorski et de plusieurs agents de police qui le font arrêter pour avoir fait lobotomiser Babydoll en falsifiant des documents. Alors qu’ils l’emmènent, il hurle que tout ça, c’est la faute du beau-père de de la jeune fille : Bopapa va donc lui aussi prendre cher, et tous les méchants seront donc punis : youpi.

Et Sweet Pea alors ? Elle, elle a enfin réussi à atteindre une gare routière (elle a même trouvé des vêtements, du maquillage et un peigne en chemin visiblement, c’est vraiment bien) ; mais alors qu’elle va sauter dans un bus, elle est interrompue par deux agents de la maréchaussée qui semblent la reconnaître ; ils n’ont cependant pas le temps de lui poser des questions : depuis le car où elle s’apprêtait à monter, une voix retentit, expliquant que cette passagère est dans son bus depuis fort loin, et qu’elle ne pourrait donc décemment pas aider deux agents de police du coin. Ces deux derniers laissent donc tomber, expliquant qu’ils cherchent une jeune fille du secteur : ils font donc forcément erreur sur la personne. Allez, bonne journée mademoiselle et désolé du dérangement. Sweet Pea tourne donc les yeux vers le bus pour y apercevoir son sauveur : un vieux chauffeur, que l’on a déjà vu dans les rêves de Babydoll : Jean-Jacques. Allez savoir ce qu’il fout là, mais en tout cas, il couvre Sweet Pea, referme les portes de son bus derrière elle, et l’emmène sur les chemins de la libertéééé….

La voix off de Babydoll achève le film avec une bonne vieille philosophie de pissotière sur le fait que dans la vie, l’important, c’est d’être soi-même ou un truc du genre, hihihihihi, parce qu’on a beau être un gros légume, on a quand même le droit à sa petite voix off digne de Grey’s Anatomy et…

FIN

Vous êtes sûrs qu'elle n'avait pas DÉJÀ été lobotomisée ?

__________________________________

A cette heure-là du matin, les couloirs de l’hôpital étaient encore quasiment déserts, à l’exception des quelques infirmiers de garde aux cernes marquées qui patrouillaient de-ci de-là en poussant quelque chariot, saluant poussivement les deux représentants de la maréchaussée venus interroger leur suspect. Le bruit des rangers de l’adjudant-chef Bertier et du maréchal des logis Fronsart semblait se perdre en écho dans certains coins du bâtiment aux couleurs fatiguées, jusqu’à ce qu’il se taise enfin devant la porte d’une chambre du deuxième étage. Poussant la porte, Bertier poussa un juron étouffé en constatant que le lit qui occupait le centre de la pièce n’hébergeait plus que quelques morceaux de sangles arrachées. Il s’apprêtait à hurler à l’évasion quand Fronsart poussa un petit cri de surprise : leur client était bien là, prostré dans un coin de la chambre, les yeux hagards et les bras encore brûlés là où les sangles avaient frotté jusqu’à céder.

"Seigneur ! Infirmiers ! Vite, par ici, on a besoin d’aide ! Fronsart, remuez-vous et allez me trouver la personne en charge de cet étage !"

Fronsart déguerpit à toute jambe par la porte entrouverte, avant de revenir tout aussi promptement, annoncé par le son tonitruant des rangers martelant le sol. Une infirmière aux traits tirés par de trop longues heures de garde se dépêcha de venir s’agenouiller à côté du patient, prenant grand soin de décroiser ses bras meurtris avec la plus grande douceur ; derrière ces derniers, il dissimulait un curieux sourire béat.

"Bon sang mademoiselle, mais qu’est-ce qu’il s’est passé ici ?
- Je… je ne sais pas ! Hier soir, il allait bien, il nous a raconté qu’il avait été arrêté en essayant de se rendre à Cannes. Alors nous, on s’est dit que ça lui ferait plaisir de voir le festival, aussi on lui a allumé la télé pour voir le discours de la cérémonie d’ouverture. Ensuite, il a beaucoup crié, et on a dû réajuster les sangles plusieurs fois, avant de lui administrer de quoi calmer une bonne douzaine de rhinocéros. 
- Il est juste drogué là ?
- Non… non, la drogue ne fait plus effet depuis près de 6 heures logiquement. 
- Mais alors qu’est-ce qui l’a mis dans cet état ?"
0

L’infirmière haussa les épaules dans une moue désolée, laissant l’adjudant-chef dans un état de perplexité qu’il n’aimait guère. Ce fut finalement Fronsart qui comprit tout.

"Je crois savoir. Je… je crois que sa santé mentale n’était pas prête pour le discours d’ouverture du festival de Cannes. Je pense qu’il s’est réfugié dans un monde imaginaire où il tente de se protéger.
- Un monde imaginaire ? Mais de quel genre ?
- Je… je pense qu’il… je crois qu’il s’est réfugié dans un monde dans lequel Mélanie Laurent n’existe pas."

0

Il y eut un long blanc. Puis l’infirmière et l’adjudant-chef répondirent involontairement en choeur :

"La chance !"

Ah, le métro !

Son peuple malicieux, ses effluves délicates, ses sons harmonieux qui résonnent au travers des couloirs alors que quelques retardataires bousculent la foule afin d’atteindre le précieux véhicule ! Pour vous autres, membres de la plèbe, la chose est un élément de votre quotidien ; vos vies misérables ne vous permettent pas de profiter, comme tous les patriciens de bon goût, des services d’un chauffeur capable tant de vous conduire d’un bout à l’autre de Paris sans sourciller que d’aller vider les cadavres du coffre pendant que vous êtes au bureau.

Oui mais voilà : le métro est l’un de ces lieux fantastiques où les règles de vie sont diablement sauvages : monsieur, arriverez-vous à supporter  quelques minutes encore cet horrible accordéoniste qui vous rejoue les plus grands morceaux de Francis Cabrel ? Madame, saurez-vous trouver les mots justes pour refuser de donner quelques piécettes à ce jeune homme aux cheveux gras qui vous explique n’être ni un voleur, ni un assassin ? Mademoiselle, trouverez-vous une manière aisée de vous frayer un chemin au travers de ce groupe visiblement hostile qui vous sépare de la porte de la rame sans risquer quelques commentaires grivois pouvant mener à plus ou moins long terme à des pénétrations multiples ?

Soyons sérieux : la RATP n’a que faire de vos soucis sociologiques, et n’équipe ses rames que d’un seul conseil :

Notez la tenue de racaille du lagomorphe

Autant le dire tout de suite : voilà qui ne vous intéresse guère. D’ailleurs, c’est connu : pour expliquer quelque chose aux enfants, plutôt que de leur montrer un exemple impliquant, justement, un enfant (ex : une image dans laquelle un bambin hurle alors que ses deux bras lui sont arrachés par la porte, ce qui découragerait les marmots de fait, ou quelques photos de jeunes afghans ayant perdus leurs mains lors d’explosions diverses), on leur explique les choses avec un lapin bipède géant rose habillé en jogging de racaille jaune et adepte du tutoiement au vu du texte qui l’accompagne.  Et on s’étonne que la société aille mal, non mais je vous jure.

Heureusement pour vous, nos amis nippons, qui ne sont pas les derniers pour enseigner le savoir-vivre (et le savoir-mourir), ont lancé toute une série de dessins autrement plus compréhensibles, que je vous invite à consulter afin, à votre tour, de savoir bien vivre dans le métro. Cependant, pour les non nipponisants, je me permets de vous donner ici dans ma grande bonté quelques traductions qui vous permettront de mieux vivre le métro, comme on dit dans les boîtes de publicitaires, et de mieux informer autour de vous vos amis de province (s’ils ne sont pas morts lors de la peste noire) afin qu’à leur tour ils sachent comment bien se comporter dans le métropolitain.

Bonne consultation.

Quand je vous dis que nos amis nippons sont bien en avance sur nous dans le domaine. Notre lapin rose fait bien pâle figure.

"Pearl Harbor est un film inoubliable, il marque le cinéma et toutes les âmes qui l’ont vu. Le cinéma américain a ses secrets, le spectateur est forcément ému et emporté par cette histoire sentimentale et remarquablement bien réalisée."
http://www.films-au-cinema.com

Je suis tombé là-dessus par hasard.  Une recherche Google qui dégénère, et voilà comment on se pique les rétines. Mais ne voilà t-y pas une splendide occasion de parler de ce grand film céans, en ce beau 7 décembre ? Mettons nous en route pour découvrir ce chef d’œuvre qui fera un excellent présent pour signifier à votre collègue de la compta que vous le méprisez, ou tout simplement pour plaquer votre petit(e) ami(e).

En 1941, il était quasi-impossible d'étendre ses slips en paix

Tout commence quelque part, dans le Tennessee. Rafe McCawley et Danny Walker, deux enfants un brin trous du cul s’amusent follement dans la ferme paternelle de l’un d’entre eux en se prenant pour des aviateurs combattant des allemands durant la première guerre mondiale. "Tatata", "Pan pan pan", "America : Land of the free, home of the brave !" font ils (ils sont déjà très patriotes ; en même temps, les deux héros du films auraient été des comploteurs communistes, c’eut été un poil plus étonnant). Il n’empêche qu’au travers d’une brève anecdote impliquant les deux marmots et le père de l’un d’entre eux venu coller une branlée à son rejeton, on comprend qu’ils sont de fiers amis pour la vie. Leur rêve : devenir des pilotes, c’est beau. Et comme on est dans un film impliquant Jerry Bruckheimer, Michael Bay et Disney, figurez-vous que ça va se réaliser, dites donc.

Quelques années plus tard, nous retrouvons Rafe et Danny, toujours amis, patriotes et trous du cul, engagés dans l’US Air Force en tant qu’élèves pilotes. Rien que ça. Sauf qu’une épreuve fort difficile attend nos deux amis : la visite médicale. Ho ! C’est donc vêtus de leurs plus beaux calebutes que nos fiers héros vont subir piqûres et examens en serrant très fort les dents. Sauf que, ce jour là, ils ne le savent pas encore, mais leurs vies vont être bouleversées, puisqu’il y a un examen visuel. Et si Danny a une vue d’aigle, Rafe est complétement bigleux. Le test de ce dernier est donc catastrophique, et malgré ses tentatives de triche, l’infirmière chargée de la question est bien obligée de lui dire que ça ne va pas être possible. Rafe tente donc de passer au plan B : il explique à l’infirmière que voilà, l’aviation c’est toute sa vie, et que sans ça il sera malheureux, alors oui, il ne voit pas à trente centimètres, mais la vue ce n’est pas un truc très important pour piloter. Alors si elle pouvait lui filer l’examen, ce serait top.

Evelyn (puisque c’est son nom) hésite un peu, et puis finalement, se dit que confier un avion de chasse à plusieurs millions de dollars à un mec qui peut à peine voir un alphabet géant à deux mètres de lui, c’est la meilleure idée qu’elle aie eu depuis des semaines. Et si ça peut lui permettre de faire des bisous au dit élève pilote, ce serait cool. Voilà donc Rafe satisfait, et Evelyn emballée : une belle histoire peut commencer.

On retrouve donc nos fiers apprentis pilotes en 1940 sur une base militaire où ils jouent à leur jeu favori "le dernier qui décroche", consistant à se foncer dessus avec leurs avions et à tourner au dernier moment. Un jeu intéressant, puisque sachant que Rafe est trop bigleux pour voir l’avion d’en face ou même pour lire ses instruments, on se dit que Danny est un peu con de jouer à ça avec lui. Ce serait un peu comme s’amuser à la roulette russe avec un ami qui a Parkinson. Mais passons : retenons surtout que ce genre de jeux leur donne une attitude de rebelles  désinvoltes qui fait râler leurs supérieurs et provoque l’admiration de leurs camarades, un peu comme des lycéens qui feraient du scooter sans casque sur le parking de Shoppy devant les secondes B option espagnol.

Cependant, le destin va à nouveau frapper, puisque Rafe décide d’aller en Angleterre pour bouter de l’allemand, vu que son pays n’est pas encore en guerre, mais que lui, il veut se battre pour la liberté, tout ça. Il fait donc des adieux déchirants à sa copine Evelyn ("A + lol <3 ") et prend le bateau pour l’Europe. Danny pendant ce temps, qui n’a pas envie d’aller en Europe parce qu’on y joue pas au base-ball, est lui muté à Pearl Harbor, base tranquille du Pacifique. En même temps que, incroyable coïncidence, Evelyn. Dites donc, c’est fou quand même.

Intéressons nous plutôt à ce qu’il se passe en Europe, justement : Rafe a intégré une escadrille de volontaires américains en Angleterre, où évidemment, il pilote comme un dieu malgré son sérieux handicap visuel (oui, ça n’apparait dans le scenario que lors de la visite médicale, après, pouf, plus rien). A tel point qu’un anglais roux à moustaches (et probablement homosexuel, me souffle Edith Cresson) qui lui apporte son courrier souligne que si tous les américains sont comme lui, alors les ennemis de l’Amérique n’ont strictement aucune chance. Hé bé. J’aurais bien envie de dire qu’il y a du patriotisme dans ce film, mais je vais me retenir encore un peu.

En tout cas, oui, il a du courrier, Rafe, puisqu’il entretient une relation épistolaire avec la douce Evelyn ; Evelyn qui ne peut pas lire son courrier assise comme tout le monde : elle le lit dans un hamac en jetant des coups d’oeil par la fenêtre, agenouillée sur un rocher sur une plage, les fesses dans le sable devant un feu de camp une fleur dans les cheveux… Incroyable. En tout cas, ils s’écrivent des trucs comme "Je pense fort à toi", "Je t’aime très fort", "Tu me rends tout turgescent" "Fais attention à toi", etc.  Jusqu’au jour où Rafe s’en va en mission pour combattre tout ce que la Germanie a pu rassembler comme appareils volants, et après un combat héroïque, se fait méchamment plomber au dessus de la Manche. Bloqué dans son cockpit, il finit par toucher l’eau et faire plouf avec son beau Spitfire prêté par les services de Sa Majesté.

"Youpi, j'ai du courrier !"

Quelques jours plus tard, Evelyn reçoit un courrier lui indiquant que l’officier Rafe McCawley a été abattu au dessus de la Manche alors qu’il défendait la verte Angleterre de l’invasion teutonne. Comprenant que Rafe est mort comme une petite merde, elle pleure très fort et est toute déboussolée.

Au même moment…

A Washington, Roosevelt n’est pas content, car il veut péter sa gueule à l’Allemagne qui est une vilaine dictature. Il lui manque juste un petit casus belli pour entrer en guerre contre l’Axe, flûte. Et toujours au même moment, au Japon, on découvre que ces fourbes jaunes préparent une attaque sur Pearl Harbor (mais comme c’est un Disney et qu’on ne veut fâcher personne, on dit qu’ils sont obligés de le faire pour des raisons politiques et économiques). Et que les services secrets américains pataugent pour décoder les messages de la flotte japonaise dont ils ignorent la position ! Et qu’en plus, les services secrets japonais, eux, ils carburent bien et prennent plein de belles photos de Pearl Harbor qu’ils envoient à leur famille avec des petits mots comme "Konnichiwa, ici il fait beau, je m’amuse bien, la mer est bonne, bisous et à bientôt, signé Taru Yakuchi  PS : pensez à bien bombarder le cuirassé sur la photo quand vous viendrez".

Bref, le spectateur sent bien que quelque chose se trame. Où est la flotte japonaise ? Quel sera le casus belli de Roosevelt ? Comment Taru sait-il que la mer est si bonne alors qu’on ne l’a pas vu se baigner ? Suspens.

Pendant ce temps, à Pearl Harbor, la vie s’écoule paisiblement. Et Evelyn, toujours déboussolée, est allée trouver du réconfort dans les bras puissants de Danny. Ce dernier d’ailleurs la réconforte plus que de raison : il finit par lui proposer des sorties cinéma, des promenades romantique en avion le soir au dessus des nuages, et achève le tout en copulant avec elle dans un entrepôt caché sous un parachute. A noter que le pilote qui héritera du parachute en question fera probablement un peu la moue lorsque ce dernier restera collé comme une vulgaire page de la section lingerie de La Redoute, au lieu de s’ouvrir pour lui sauver la vie. Là, Evelyn et Danny sont très moyennement patriotes quand même., par rapport au reste du film. Dans tous les cas, une belle histoire débute entre les deux, malgré le deuil de leur bon copain Rafe.

Seulement voilà : un soir, alors qu’il est au bar à chanter l’intégrale de Lagaff’, qui Danny voit il débarquer au milieu des effluves de rhum ? Rafe, bon sang ! Celui-ci explique qu’en fait, bon, il n’est pas mort (ce qui est déjà une lapalissade en soi), puisqu’alors qu’il gisait inconscient dans la Manche, des pêcheurs français l’ont retrouvé, recueilli, soigné (bombe froide + éponge magique), et réexpédié dès que possible aux Etats-Unis. Il explique aussi qu’il l’a un peu mauvaise, parce que pendant qu’il collait des cartouches aux teutons, son vieux copain Danny en collait à sa copine : le désarroi saisit les deux amis, qui finissent par en venir aux mains ; l’intervention de la police militaire les force cependant à s’enfuir en courant, et ils terminent de se murger ensemble un peu plus loin.

Grâce à son chapeau géant, Evelyn ne craint pas les bombardements

Le lendemain matin, quelque part, dans le Pacifique, un japonais met à jour son calendrier : nous sommes le dimanche 7 décembre 1941. Notre vil asiatique sort donc de sa cabine et se rend sur le pont de son porte-avions pour voir la super armada aérienne japonaise prête à décoller avec force appareils. Après avoir disserté du dernier épisode d’Hamtaro et distribué des photos d’écolières aux officiers présents (les japonais sont vraiment une civilisation à part), il donne le signal du départ, et les avions décollent vers leur cible, mettant ainsi fin au terrible suspens :

Ils vont bombarder Pearl Harbor (je ne m’y attendais pas, tiens).

Les japonais arrivent donc au dessus de l’île tranquillement et en profitent pour faire voler les slips que les gens étendent (cf l’affiche ci-dessus) en éclatant d’un rire méphistophélique ou encore font peur à des scouts qui urinaient tranquillement dans les hautes herbes. Vraiment, ils sont mystérieux au pays du soleil levant.

En tout cas, à peine sont ils arrivés au-dessus de la rade que la grande scène du film peut commencer avec force effets pyrotechniques : le bombardement en lui-même (avec pour des raisons de budget, la même explosion bien artificielle vue sous trois angles différents, mais grosse alors l’explosion, comme le budget justement). Et alors là, hop, on balance des torpilles, on colle des bombes partout, on mitraille… Mais attention ! C’est un Disney ! Pas une goutte de sang, malheureux, c’est Mickey qui l’a dit ! Donc, quand quelqu’un meurt, il tombe juste en faisant "Hu !" et si on le voit de trop près, il a juste de la suie sur les bras et le visage. Oui, les japonais tirent des balles à suie, allez savoir dans quel but pervers, mais en tout cas, ça sert de code pour dire "Lui, là, il est blessé, mais on peut pas montrer de sang, alors voilà, à la place il sera tout noir." Un petit panonceau "blessé" au-dessus de la tête eut été du même effet. A part ça ? Bah, des bateaux coulent, on a moult plans sous l’eau de marins en train de se débattre avec le drapeau américain flottant entre eux, des actes héroïques ici ou là pour mitrailler un maximum de japonais, des sacrifices, le black qui cherchait à se faire respecter qui devient le héros de son navire en sulfatant du Zéro… Tout y est.

Et nos héros dans tout cela, me direz-vous ? Et bien ils se réveillent un peu cuits dans une automobile garée sur les hauteurs, en entendant des explosions. Des explosions ? Hmm, c’est pas banal. Ils aperçoivent de plus des avions japonais (Rafe ne voit pas son alphabet géant à deux mètres mais peut vous identifier la forme d’un Zéro à un kilomètre). Mettant tous ces éléments en commun grâce à leur incroyable capacité cérébrale (Japonais + base américaine + explosions = attaque), ils se disent qu’il est temps d’agir et mettent en route leur monture en direction de l’aérodrome le plus proche. En chemin, ils se font mitrailler par des avions japonais, mais pas trop non plus (ils ne peuvent pas mourir tous les deux à la moitié du film, non ?). Ils finissent donc par atteindre leur objectif.

Profitant de la confusion, Rafe tente de violer Danny

Sur place, trois avions sont prêts au décollage : et ça tombe bien, puisqu’il y a trois pilotes : Rafe, Danny, et Jean-Jacques. Jean-Jacques, on ne sait pas trop d’où il sort, mais il est là.  Nos trois larrons filent donc vers leurs appareils, mais las : les japonais les ont repérés ! Sachant qu’il y a trois avions américains, dont deux pilotés par les héros du film, et qu’il n’y a qu’un avion japonais pour mitrailler, à ton avis ami lecteur, lequel d’entre eux va se faire arroser et mourir lamentablement sous les regards de ses deux compagnons, qui eux, touchent un cachet conséquent pour le film ?

Bien vu : Adieu, Jean-Jacques (c’était difficile, c’est vrai).

En tout cas, cela laisse suffisamment de temps à nos deux larrons pour s’envoler taper sur les japonais. Et comme nos deux héros sont très forts, ils décident de voler en zig-zaguant entre les hangars, en s’engageant dans les rues de la base, en tournant sur les ronds points avec leurs avions… Ha, qu’ils sont forts. A tel point que tous les avions japonais qui tentent de les suivre se rentrent dedans, se prennent des bâtiments ou encore tombent dans des embuscades de fantassins (véridique), comme dans un bon vieux Blues Brothers, les fantassins en moins. C’est limite si on a pas le droit à :

"J’en ai un derrière moi Rafe !
- J’arrive Danny, où es-tu ?
- Au feu à l’intersection de la 54e rue et de Brooke Park !
- Tiens bon, me voilà ! Amène les sur le stop au bout de la rue !
- Ils me collent au train ! Je ne tiendrai jamais ! Ha, attends, je vais changer de voie sans clignotant pour les feinter [...] voilà, ça a marché, il sont rentré dans un platane ! Victoire !"
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Merveilleux. Au-dessous de leurs avions, d’ailleurs, les fantassins crient, agitent les bras, les applaudissent, bref, ils font tout sauf essayer de faire un truc constructif comme tenter de repousser l’attaque japonaise qui leur tombe dessus, ou simplement sauver leur peau. Et ici ou là, un drapeau américain émerge au-dessus des flammes. Formidable.

Au final, nos deux zazous finissent par repousser l’attaque comme ça, au pied levé. Et la flotte japonaise, qui n’est pas mécontente de sa petite aventure s’en retourne vers sa mère patrie, il y aura rab de sushis à la cantine ce soir.

Pour nos deux héros, la journée n’est cependant pas finie : Rafe se rend compte que dis donc, de toute la bataille, il n’y a pas eu une goutte de sang, ce qui est quand même peu crédible. Pour compenser Danny lui propose qu’ils aillent donner leur sang, ce qu’ils font aussitôt (ils sont comme ça, le cœur sur la main) et on a le droit à un beau plan sur les seuls bocaux disponibles pour accueillir le rouge liquide des martyr, le Graal des héros : deux bouteilles de Coca-cola. Oui oui.

Au même moment, à Washington, on apprend que Pearl Harbor vient de se faire malaxer la face à coup de bombinettes. Ça fait faire une grosse colère à Roosevelt, qui exige que l’on riposte en bombardant le Japon, histoire de bien montrer qui c’est le chef. Un des conseillers présents, qui ne réalise pas qu’il est dans un film niais, après avoir expliqué qu’il n’y avait aucun aéroport pour des bombardiers suffisamment proche du Japon,  s’exclame alors "C’est impossible !" ; grossière erreur ! Roosevelt alors, par on ne sait quel miracle de la nature, se lève alors malgré la paralysie de ses jambes et s’exclame "Et ça alors ! Ne me dites pas que c’est impossible !" . Quel président, ce président américain.

On sent bien que le président a réfléchi au truc impossible qu’il allait faire genre "Haha, regardez, je fais tenir une cuiller sur mon nez ! Ne me dites pas que c’est impossible !" ou encore "Choisissez une carte, je vais deviner laquelle c’est ! Et ne me dites pas que c’est impossible !". Mais non, il a décidé de se lever malgré le fait que ses jambes soient paralysées. Les autres options se tentaient aussi, c’était du même acabit, puisque le président semble avoir de l’ADN de Jésus ou de Gérard Majax, on ne sait plus trop.

L'arme secrète de Roosevelet : un gros Alec Baldwin

Bref : il est donc décidé de contacter le lieutenant-colonel Doolittle, l’ancien supérieur de Rafe et Danny, pour lui proposer une mission de bombardement du Japon depuis des portes-avions, histoire de frapper l’ennemi en plein cœur, à Tokyo. Ce dernier décide donc en toute logique de recruter l’élite de l’élite de l’armée de l’air américaine, et en appelle donc à nos deux héros, les deux mecs qui ont repoussé l’aviation japonaise quasiment à eux deux, et en chemise à fleurs, s’il-vous-plait.

Il y a donc un dialogue d’anthologie à ce moment là :

"On vous propose une mission secrète. Vous savez ce que ça veut dire secrète ?
- Que c’est nous qui accomplissons la mission et que ce sont nos familles qui reçoivent les médailles ?
- C’est ça."
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J’aurais préféré que Doolittle réponde "Heu, non. Non, ça veut juste dire que c’est secret. Vous êtes un peu cons les gars." mais on ne peut pas tout avoir.

Après avoir réuni toute une troupe de pilotes décidés, Doolittle leur fait un petit briefing dans un hangar, à base de "Nous allons venger Pearl Harbor !", avant qu’ils n’en sortent tous bien alignés, marchant comme un seul homme, le tout au ralenti, avec derrière des avions qui les survolent avec le drapeau américain… Quelle scène incroyablement originale ! A tout hasard, je propose de la refaire en remplaçant les pilotes par des foreurs en tenues oranges d’astronautes partant pour détruire un astéroïde. Ha oui, ça marche aussi. Et c’est tout aussi crédible et naturel dans les deux cas.

En tout cas, le plan de bataille est le suivant : des porte-avions américains se rendront au large du Japon, d’où ils enverront des bombardiers larguer symboliquement quelques bombes (mais pas des bombes symboliques, des vrais qui piquent) sur Tokyo. Le problème étant que les bombardiers, à faire décoller, c’est gros. Doolittle se propose donc d’entrainer ses hommes sur une petite base pour leur apprendre à mettre les gazs si vite et si bien qu’ils pourront décoller d’une porte-avion, alors qu’en temps normal, il leur faudrait une piste d’aérodrome classique. En allégeant au maximum les appareils (retrait du blindage, de sièges, de l’autoradio et des jantes en alu), Rafe et Danny vont devenir les rois du décollage éclair, ce qu’ils avaient déjà prouvé à Evelyn auparavant dans d’autres circonstances, mais passons.

Nous les retrouvons donc un peu plus tard en route vers le Japon, en salle du briefing avec le petit père Doolittle qui leur détaille un peu l’affaire : nos andouilles vont s’envoler pour le pays des pokemons, bombarder Tokyo, et comme ils n’auront plus assez d’essence, ils n’auront qu’à aller atterrir en Chine où ils seront recueillis par l’armée locale, qui est déjà en guerre face au Japon. Un de nos deux pilotes pose donc une question (parce que ça le turlupine) :

"Et qu’est-ce qu’on fait si on est touché ?" (Une question intéressante, puisqu’à ce qu’il parait qu’en guerre, on se tire dessus ; personnellement, je m’attendais plutôt à "Et comment je reconnais un chinois d’un japonais ? Ils sont quand même relativement jaunes tous les deux.")

Doolittle prend alors son air le plus… attendez, il est joué par Alec Baldwin ! Il prend donc le seul air qu’il sait faire, son air d’Alec Baldwin.

"Et bien, si mon appareil est touché, je viserai la plus grosse cible stratégique que je puisse trouver, et je m’écraserai dessus avec mon appareil"

Doolittle est donc en fait l’inventeur des kamikazes, bien avant le Japon. Quel homme en avance sur son temps, alors.

Hélas, la mission ne débute pas comme prévue : avant d’arriver là où elle le devait, la flotte est repérée par de méchants (on a dit film Disney !) sympathiques japonais, et il faut donc faire décoller les bombardiers en urgence, avant qu’ils ne soient signalés à Tokyo. Or, puisqu’ils ne sont pas encore au point prévu pour partir, ils auront donc plus de trajet à faire jusqu’au Japon. Et donc, il faut alléger encore un peu plus les appareils… Doolittle propose donc de virer les mitrailleuses, et de les remplacer par des manches à balais peints en noir pour faire peur à l’ennemi. Retenez bien cela.

L'arme qui a changé le cours de la guerre

L’escadre s’envole en tout cas, et Rafe et Danny sont dans deux appareils différents. A la base,  Evelyn a elle réussi à s’introduire dans le QG où les officiers suivent sur la radio les folles aventures de la mission Doolittle. Elle entend donc ce qu’il se passe dans les appareils de ses amants : remarques viriles, cris de guerre et blagues à Toto.

Au-dessus du Japon, nos fieffés filous larguent donc des bombinettes couvertes d’inscriptions comme "Prenez ça dans vos culs sur la tête", "Pour les faces de citron souriantes du peuple du Japon", ou encore "On va défoncer saluer vos mères" (ce sont des militaires Disney, j’insiste). Avant de rejoindre les côtes chinoises, où mystérieusement, alors qu’il semble faire jour lorsqu’ils y arrivent, la nuit tombe en approximativement 7 secondes.

Pourtant, tout ne se passe pas si bien : là où Rafe pose son appareil, il est attendu par… les japonais ! Ha, quelle malchance ! Heureusement, l’avion de son vieux copain Danny arrive, et mitraille les soldats japonais avant d’atterrir à son tour.

Attendez, me dira le lecteur, il mitraille avec quoi ? Ils n’avaient pas remplacé les mitrailleuses par des balais pour gagner en légèreté il y a quelques minutes ? Si, si, mais apparemment, ce sont des balais magiques qui fonctionnent exactement comme des mitrailleuses. C’est quand même rudement bien fait.

Dans tous les cas, Rafe va retrouver un Danny blessé mais vivant, alors que d’autres patrouilles japonaises arrivent et font prisonnier les braves américains. Alors qu’ils tentent de s’enfuir, un soldat nippon s’apprête à plomber Rafe, mais Danny voit le coup venir, et comme dans Bodyguard, s’envole littéralement en beuglant un "Nooooooon" (au ralenti, comme de bien entendu, ne manque que Whitney Houston) et prend les balles à la place de Rafe. Danny meurt alors, mais avant qu’il n’aille rejoindre son créateur, son ami a le temps de lui annoncer qu’Evelyn est enceinte. C’est donc fort probablement notre mourant le père, c’est pas émouvant ça ? Hmmm ?

Quelques temps plus tard, Rafe et la boîte en sapin contenant Danny reviennent au pays du dollar, et Evelyn est un peu triste ("Ho non, Danny est mort !") mais juste un peu ("Rafe va pouvoir me réconforter et m’acheter des chaussures, hi hi hi").

Le film s’achève alors sur l’image d’Evelyn et Rafe  quelques années plus tard qui ont visiblement pensé à enterrer Danny dans le jardin (il fertilise les bégonias, au moins il se rend utile), alors que leur fils, Danny Jr, est à leurs côtés, et a déjà tout d’un trou du cul comme papa (naturel ou non).

Vous pouvez pleurer d’émotion, puisque le mot FIN apparait enfin à l’écran.

"C'est... ça y est, c'est fini ?"

Juste pour rappel, je vous redonne la citation en début d’article :

"Pearl Harbor est un film inoubliable, il marque le cinéma et toutes les âmes qui l’ont vu. Le cinéma américain a ses secrets, le spectateur est forcément ému et emporté par cette histoire sentimentale et remarquablement bien réalisée."

Je crois que tout est dit.

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