Ah, G.I Joe.

On ne dirait pas comme ça, mais G.I Joe, c’est tellement d’émouvants souvenirs : pas tant à cause des figurines qui, étant enfant, me permirent d’organiser mes premiers défilés militaires (si Monsieur Hasbro me lit, sachez que vos figurines ayant les doigts pliés pour y clipser des armes, cela a quelque peu brisé l’harmonie des bras tendus de ma fidèle armée mais passons) et de tenir mes premiers tribunaux populaires, non, G.I Joe, c’est tout autre chose.

Car il y a 4 ans sortait le premier volet de ce merveilleux film : l’occasion pour cet humble blog, alors dans ses premières semaines, d’initier une nouvelle rubrique intitulée "Spoiler dans la bonne humeur" puisque comme de bien entendu, le film était une sorte d’étron chaud barbouillé sur grand écran par un casting consternant. C’est donc avec une certaine impatience et un masochisme dont plus personne ne doute que j’attendais le second volet . Et comme tout est qui est mauvais vient par deux (ex : les seigneurs Sith ou les frères Bogdanov), c’est donc en ce beau printemps 2013 qu’est sortie la suite de cette belle perle vieille de 4 ans, cette fois-ci sobrement intitulée "G.I Joe : Conspiration".

Permettez-moi tout d’abord, afin que tout le monde saisisse bien toute la subtilité de l’intrigue, de vous résumer l’épisode précédent.

Duke, un militaire pas très fin intègre l’unité d’élite internationale G.I Joe, chargée de bourrer les méchants où qu’ils soient. Envoyé enquêter sur un trafic de nanomachines, il découvre que les responsables ne sont autres que son ex (devenue méchante à cause de nano-machines), son ex beau-frère "Cobra"(… bon, bref, devenu méchant par passion pour les nano-machines) et accessoirement un certain "Destro" qui, non, n’est pas son ex belle-mère histoire de rester dans le ton, mais un riche industriel spécialisé dans l’armement. Après s’être copieusement fait bourrer la gueule par Duke et ses amis, Cobra et Destro sont envoyés dans une prison secrète. Mais, c’est sans compter sur le fait que dans la bagarre, les méchants ont réussi à remplacer le président des Etats-Unis par Zartan, un de leurs agents qui a copié l’apparence présidentielle grâce aux nano-machines et à une bonne dose d’émail diamant.

Et pour ceux qui voudraient en savoir plus, l’antique spoiler est ici.

Vous avez tout saisi ? Fort bien ! Alors : spoilons, mes bons !

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L'affiche : lorsque l'explosion occupe toute la surface de celle-ci, je vous laisse deviner ce que ça veut dire

L’affiche : lorsque l’explosion occupe toute la surface de celle-ci, je vous laisse deviner ce que ça veut dire

Notre film s’ouvre donc sur l’un des endroits les plus à la mode du moment : la Corée du Nord, ce gigantesque goulag pour coiffeurs des années 80 (ou alors si ce n’est pas le cas, il faudra qu’on m’explique). A la frontière de celle-ci, un petit groupe de soldats progresse discrètement en profitant de l’obscurité : c’est Duke, le célèbre G.I Joe, et ses fameux amis : François le sniper, Ginette la commando, Maurice le soldat et The Rock le gros bourrin (étonnamment, il ne joue pas une couturière, je conviens que cela puisse vous choquer mais faites un effort tas de malandrins). Tous font bien attention de ne pas se faire repérer, car c’est connu, le Nord-Coréen a un côté taquin, et vont donc jusqu’au grillage délimitant la frontière pour faire un gros trou dedans afin de passer car ils sont là, dixit Duke, pour extrader un autochtone soucieux de passer au sud. Soit ! Mais alors comment procéder ?

Et bien c’est simple : sitôt dans la zone, nos loulous commencent par ne surtout pas se cacher, en restant à taper la discut’ dans un coin éclairé à 20 mètres d’un mirador, probablement parce qu’ils ont très envie qu’un garde local leur fasse coucou et leur apporte un kawa (le Nord-Coréen, en bon communiste, aime partager son kawa). Puis, après avoir papoté deux plombes sur des sujets divers et variés n’ayant pour la plupart rien à voir avec la mission et repéré le transfuge qui a réussi à trouver une cachette (lui) juste à côté d’eux, Duke lance l’ordre qui va bien : "François, fait diversion, vite !"

Pour les plus jeunes qui ne connaîtraient pas le sens du mot "diversion", dans le dictionnaire G.I Joe (un ouvrage facile à se procurer puisqu’il ne fait que 7 pages, dont deux à base de variantes de "fuck" et "balls"), la définition est la suivante :

Diversion /di.vɛʁ.sjɔ̃/ féminin. Action qui consiste à faire n’importe quoi pourvu que ça fasse du bruit. Exemple : "Vazy François, fait diversion en tirant dans tous les sens avec ton gros fusil : les Coréens ne nous avaient pas repérés, alors si tu pouvais les inciter à donner l’alerte, ce serait cool". Synonyme : Jérôme Cahuzac.

Et ce qui est dit est fait : c’est vrai quoi, extrader quelqu’un sans donner l’alarme, ça n’a pas la même saveur, nom d’une pipe ! Et puisque nous n’étions déjà pas assez dans une sorte d’épisode de Corky sous acide, Maurice le soldat décide pour déconner de quitter le groupe en ricanant pour aller baisser le drapeau Nord-Coréen local et faire flotter à la place le drapeau des G.I Joe : non parce que sinon, ce serait bête si les nord-coréens ne savaient pas à qui envoyer une ogive nucléaire en remerciement. J’espère qu’il a aussi mis son adresse, sait-on jamais que le colis s’égare. Attendez, je relis quand même mes notes… "G.I Joe est une organisation ultra-secrète… meugneugneu… situation de crise… meugneugneu… éviter que le monde ne bascule…" hmmm d’accord. Bon, qui c’est qui a encore oublié de lire de quoi traitait son film avant de tourner la première scène ?

En tout cas, ça commence bien.

Filons quelques temps plus tard, au pays du hamburger, alors que le président (qui est donc en fait le méchant Zartan, mais ça personne ne le sait) est occupé en salle de réunion avec tous ses conseillers et son état-major à discuter d’une situation un peu tendue : un groupe de terroristes a réussi à piquer une arme nucléaire au Pakistan, et compte visiblement s’en servir pour envoyer un message clair, voire lumineux au monde sur leurs intentions ("Arrêtez avec le Harlem Shake, nardinamouk !" ou quelque chose du genre). Une partie des présents déclare qu’il faut agir de suite, d’autres qu’il faut attendre d’en savoir plus : le président lui, explique qu’il n’est pas homme à rester assis : comment s’appelait cette unité si subtile, déjà, mais si vous savez celle qui a failli faire éclater une guerre avec la Corée du Nord il n’y a pas deux minutes tant ils étaient cons comme des bulots ? Ah oui : les G.I Joe. Envoyez-les, ce sont les meilleurs des meilleurs.

Les G.I Joe reçoivent donc le message, et alors que dans le film précédent ils étaient un organisme international, maintenant ils sont juste au service des Etats-Unis. Et d’ailleurs, sachez que les autres personnages du précédent film, à part une paire, ont tous disparu sans explication. C’est vrai : si maintenant il faut que les suites se suivent, où va le monde ? Enfin bref : les G.I Joe envoient donc sur zone toutes leurs troupes (oui, ils sont comme ça, faut pas trop les chercher) à part Ninja Noir, leur agent super secret qui est occupé ailleurs, soit une bonne dizaine de super avions de transport du futur avec de gros réacteurs qui font pschrouf qui peuvent voler ou se poser en stationnaire, ce qui est très pratique, car l’ennemi ayant été localisé dans une usine d’armement, des G.I Joe peuvent donc être largués sur le toit, sur les côtés, et un peu sur tous les angles du bâtiment en fait façon invasion de rongeurs, sauf qu’aucun défenseur n’avait pensé à disposer des tapettes avec de la testostérone en guise d’appât, la faiblesse ultime des G.I Joe. Dommage.

Mieux encore : malgré cette arrivée massive de gros transporteurs bruyants qui se posent directement sur la margoulette des terroristes locaux, aucun de ces derniers n’entend quoi que ce soit.

Les deux principaux officiers des G.I Joe : je commence à comprendre certains trucs

"Mohammed tu as pas entendu quelque chose ?
- Hein ?
- JE DEMANDAIS SI TU AVAIS ENTENDU QUELQUE CHOSE ? 
- Ah ! Non, rien : avec ce bruit de réacteur, impossible d’entendre quoi que ce soit !"

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Quelque part, ça se tient. Je soupçonne quand même un scénariste d’avoir habilement recasé la blague de la banane dans l’oreille, comme ça, discrétos, pour voir si ça passait. Et, oui, c’est passé. Dramatique, mais pas autant que la suite : poursuivons donc.

Sitôt le dernier terroriste éliminé, nos fameux héros sont plutôt contents : ils viennent en effet de prendre le contrôle de l’installation sans une seule perte, et mieux encore, l’ogive qu’ils recherchaient est bien là et n’attend plus qu’eux ! Après l’avoir soigneusement rangée dans du papier bulle et chargée dans un camion qui n’était pas là 15 secondes avant puisque notre petite armée est arrivée par voie aérienne et a curieusement décidé de ne pas repartir par le même moyen, nos loulous se mettent donc en route au travers du désert, avant de décider de s’arrêter pour la nuit pour faire la fête et picoler, parce que bon, on est jamais qu’en zone hostile avec une ogive nucléaire, qu’est-ce qui pourrait bien nous arriver ? Le Banga coule donc à flot, on sniffe des lignes de Tang et bientôt, tout le monde commence à être un peu dissipé, la rumeur courant même que quelqu’un aurait trouvé du Champomy pour épicer la soirée.

Hélas ! Alors que la fête bat son plein au coeur de la nuit, un curieux son de rotor se fait entendre : il s’agit là du chant d’amour de la flopée d’hélicoptères qui vient distribuer des roquettes sur les commandos d’élite sans défense ! Parce que non, nos guerriers n’ont rien prévu contre les hélicos : on ne leur avait pas dit que ça existait. Du coup, les explosions se multiplient autour de nos vaillants soldats, et bientôt, nombre d’entre eux meurent dans le bombardement, parmi lesquels François le sniper qui reçoit un 10 kilos d’explosifs dans sa moustache naissante, le faisant instantanément passer du statut de militaire couillu à celui d’engrais gentil. Et là, accrochez-vous : Duke, notre fier héros, apercevant une roquette filer sur ses amis décide de voir s’il ne pourrait pas l’arrêter avec ses abdominaux : hélas, ses efforts chez Amazonia ont visiblement été vains, puisque Duke en meurt (petite compensation : la roquette aussi y reste). The Rock, qui a vu son copain avoir une crampe d’estomac explosive sous ses yeux, est choqué mais ne reste pas inactif pour autant : attrapant Maurice et Ginette, il court vers un puits voisin où ce petit monde se jette pour s’abriter. Grand bien leur en prend car le ballet des hélicoptères poursuivant son oeuvre de destruction a tôt fait d’en finir avec le campement des G.I Joe, et nos 3 larrons sont donc les seuls survivants. Bientôt, ils entendent des troupes être déposées à proximité, et un certain nombre de soldats inspectent l’endroit sans pour autant les trouver (ils tirent même quelques balles dans le puits histoire de voir, mais ne touchent personne : si l’un d’entre eux avait eu une grenade, j’aurais pu rentrer chez moi plus tôt, flûte : foutues restrictions budgétaires sur la Défense !).

Mais, retournons plutôt aux Etats-Unis où nous découvrons que le faux président a caché dans sa cave le vrai président, et qu’il le maintient là sous la surveillance d’agents de Cobra qu’il a recruté pour remplacer le service de sécurité présidentiel, et qui ont tous un petit sigle "Cobra" sur le veston. Oui, le même sigle qu’utilisé dans le précédent film par Cobra en personne, comme ça, c’est un peu comme s’il leur mettait une croix gammée sur le col pour bien que tous les gens qui les croisent les trouvent vaguement suspects, ainsi que lui pour les avoir ainsi soudainement tous recrutés alors que c’est quand même le sigle d’une organisation terroriste. Heureusement, personne ne pensera à le faire remarquer du film tant chaque élément semble avoir été choisi avec soin par un scatophile particulièrement pervers. Bref, toujours est-il que faux président et vrai président ont une petite discussion que je vous retranscris ici à peu près :

"Ahahaha… alors vrai-président, tu es dég’ que je sois président pendant que toi tu moisis dans ce vieux bunker de la guerre froide situé sous une résidence de campagne du président !
- Vaguement. Que voulez-vous espèce de sombre rascal ?
- Pas grand chose… je veux juste savoir dans quelle prison secrète est enfermé Cobra… pour le faire libérer ! HAHAHAHAHA !
- Mais quel intérêt avez-vous à le faire ? Non parce que techniquement vous êtes déjà président des Etats-Unis, il a quoi à vous offrir de plus ? Si vous le laissez dans son trou, c’est tout bénéf’ pour vous non ?
- Bé heu… je… heu… que… bon ! On s’en moque, aucune importance ! Dis-moi où est cette prison !
- Vous avez pensé à le demander à vos services plutôt qu’à venir ici en prenant le risque de vous griller ? Non parce qu’en fait, eux ils le savent forcément, hein ! Vous pensez vraiment que seul le président est au courant d’une prison secrète ? Non parce que sinon, c’est compliqué d’y affecter du personnel : "Hé mec, tu commences ton boulot demain à 8h, mais je peux pas te dire où !". Vous êtes con ou bien ?
- Nom d’un petit bonhomme, quelle insolence ! Je suis très loin d’être con : sache que je suis tellement intelligent que je viens de DETRUIRE LES G.I JOE, HOHOHOHOHO ! Grâce à un plan qui va vous épater, vieux barbon : j’ai demandé à mon état-major et tous mes conseiller de les envoyer en mission pour récupérer une ogive volée, et une fois cela fait, j’ai dit qu’ils l’avaient piquée et j’ai donc envoyé l’armée les bombarder, HAHAHAHA ! J’ai gagné!
- Vous saviez que sinon vous pouviez juste signer un papier pour couper leur budget ?
- Ah merde. On a le droit ?
- Personne n’est plus maléfique que l’administration, gros naze. Maintenant, explique-moi comment tu vas t’en tirer puisque tous tes conseillers et généraux sont au courant de ta trahison ?"

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Mais le faux-président n’a pas à répondre à cette question : le script s’en est chargé pour lui en éclipsant complètement le sujet. Il n’a donc plus qu’à aller faire une annonce à la télévision dans l’heure qui suit.

"Bonsoir chers concitoyens. Je tenais à vous annoncer que l’unité d’élite dont vous n’avez jamais entendu parler puisqu’elle était secrète et dont je n’ai aucun intérêt à parler non plus, les G.I Joe, ont trahi le pays. J’ai donc organisé une grosse soirée barbecue durant laquelle aucun membre n’a survécu, voilà pour ça. Le seul survivant, un certain Ninja Noir, a été arrêté et pour ses crimes, sera donc envoyé dans la prison super secrète où nous gardons déjà le célèbre terroriste Cobra enfermé. Je profite de cette allocution pour vous informer que j’ai d’ailleurs formé une nouvelle unité super secrète pour remplacer les G.I Joe, que j’ai intelligemment nommée "Cobra", et qui utilisera le sigle de l’organisation super dangereuse qui va bien et que je suis supposé combattre. Voilà, y-a-t-il des questions dans la salle. Oui Brenda ?
- Monsieur le Président, je n’arrive pas à déterminer si je viens d’entendre votre bouche ou votre anus, pourriez-vous préciser ?"

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Laissons donc le président aux journalistes, et allons plutôt en Allemagne, où il se passe des choses intéressantes. En effet, quelque part en ex-RDA, nous découvrons que Ninja Noir a été fait prisonnier et est emmené par des militaires vers un complexe souterrain qui n’est autre que la fameuse prison secrète évoquée plus tôt, le Fleury-Mérogis du futur. Le directeur local a tôt fait d’accueillir son nouvel invité pour lui expliquer comment cela fonctionne ici : c’est facile, il n’y a que deux autres prisonniers, Cobra le vilain et Destro le méchant, le bras droit du premier, chacun enfermé dans une sorte de gros tube rempli d’un liquide qui paralyse tous leurs membres mais les maintient conscients, les rendant prisonniers de leur propre corps. Parce que oui : dans le camp des gentils démocrates, on est comme ça, on aime bien la déconne. Bref : Ninja Noir a déjà un tube qui l’attend (d’ailleurs, il n’y en a que trois en tout et pour tout : heureusement qu’il n’y a pas eu plus d’un G.I Joe fait prisonnier, sinon il allait falloir se serrer dans les tubes ce qui aurait monté l’ambiance d’un cran), et l’équipe présente commence donc à lui retirer son armure pour le…

Grâce aux nano-machines, Zartan peut aussi se déguiser en Terminator pour faire de bonnes blagues à ses amis.

Ah, oui parce que je ne vous ai pas dit : les mecs ont tout laissé à leur prisonnier, y compris son armure et de quoi planquer ses armes.

Oui, il y a un vrai entraînement derrière pour faire un aussi mauvais film, vous savez ? Enfin bref : lorsqu’ils retirent son casque à Ninja Noir, le directeur recule, étonné : il ne s’agit pas du tout de Ninja Noir, mais de Ninja Blanc, son pire ennemi et allié de Cobra ! Le directeur a donc la réaction qui va bien :

"Mon dieu, ce n’est pas le bon prisonnier ! En plus ce personnage est mort dans le film précédent, qu’est-ce que c’est que ces mecs que l’on ressort du placard sans explication ? Heureusement que le type qui fait ce spoiler avait déjà annoncé cette incohérence 4 ans à l’avance tellement c’était gros qu’ils allaient la faire !
- Ouais, mais alors, qu’est-ce qu’on fait chef ? 
- Bah heu… je suppose qu’on le met quand même dans le tube qui n’était pas pour lui sans prévenir personne de cette découverte qui signifie qu’on a toujours un Ninja Noir en liberté, ce qui intéresserait probablement l’ensemble du monde libre ?
- Okay chef, on va faire ça."

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Et ce qui est dit est fait. Sauf qu’évidemment, personne ne se doute qu’il s’agit là d’un piège (à part bien évidemment l’amiral Ackbar qui s’égosillait dans la salle au même moment en martelant son siège), puisque ce n’est pas du tout suspect, après tout. Mais sitôt plongé dans son tube de liquide paralysant, notre Ninja Blanc se met à pouffer car il en a prévu une bien bonne : il ralentit son coeur pour faire croire qu’il fait un arrêt cardiaque, une technique secrète qu’il a apprise à Koh-Lanta (Si tu as souri, tu es un très vilain personnage, je te félicite pas canaillou). Un peu étonnés, les techniciens le sortent de sa prison pour le réanimer, mais c’est là leur erreur : non seulement leur prisonnier leur refait tous leur museau à coups de tatane, mais comme le film est vraiment mauvais, il fait apparaître des shurikens qu’il n’avait pas 5 secondes auparavant, et s’en sert pour tuer les gardes qui traînaient par là. Puis, il récupère ses sabres, que le directeur de la prison avait intelligemment rangés près d’un escalier, et commence à découper tout et tout le monde pour exprimer son désarroi. Enfin, il détruit la prison de verre retenant Cobra, son maître, qui à défaut de faire apparaître un shuriken, fait apparaître un masque mystérieux tout lisse pour s’en couvrir le visage, comme ça, pif pouf. Mais oui. Cela fait, ils sont alors rejoints par un autre homme que nous découvrons : Firefly. Celui-ci est rentré dans la prison par la grande porte en envoyant de petits drones lucioles explosifs tuer les gardes restants pour ouvrir la voie afin que son maître sorte en paix. Mais, et Destro dans tout ça allez vous me dire ? Et bien le bougre attend toujours dans sa prison de verre que son maître vienne le sauver. Sauf que Cobra annonce que hahaha, non, il va plutôt le tuer parce que… heu… c’est-à-dire…

Non, rien. Comme ça, hop.

C’est vrai quoi : vous avez pour bras droit un ex-industriel de l’armement avec un réseau particulièrement important et des fonds planqués aux quatre coins du monde, pourquoi le tuer ? Non parce que je veux bien comprendre que l’acteur n’a pas resigné pour une telle daube, mais bon, en fait, en retirant cette scène, vous pouviez justement économiser et retirer une incohérence, par exemple avec Destro mourant tué par la rafale d’un garde traversant son tube de verre durant l’évasion. Ça coûtait moins cher et ça se tenait plus : mais il est vrai qu’il ne faudrait pas oublier de bien souligner combien, plus que la volonté de faire facile, il y a de la vraie incompétence derrière. C’est-à-dire que l’on a payé pour se vautrer un peu plus. C’est tout simplement beau.

Toujours est-il qu’alors que Cobra, Ninja Blanc et Firefly sortent tranquillement du complexe, victorieux, le directeur de la prison, blessé, parvient à tirer sur une conduite de gaz au moment où ils passent devant, provoquant une explosion qui aurait bien tué tout ce petit monde si Ninja Blanc n’était pas intervenu pour pousser ses amis à l’abri . Cependant, il en paie le prix, puisque son dos est léché par les flammes et ressemble alors à un mauvais steak : Cobra, après avoir achevé d’une balle le directeur rebelle, termine donc sa spectaculaire évasion en expliquant qu’il va soigner son fidèle agent comme il se doit pour qu’il ressemble à nouveau à un fier ninja et non plus à un menu Flunch. Nous reviendrons sur le sujet, mais puisque je sens bien que vous manquez d’incohérences depuis au moins trois lignes, sachez que Ninja Noir, le vrai, planqué à la sortie du complexe observe le trio sortir. Comment a-t-il su qu’il s’agissait là d’un piège visant à faire évader Cobra ? Pourquoi n’a-t-il pas prévenu, d’une manière ou d’une autre, l’équipe locale ? Et surtout, pourquoi, alors qu’il est armé, bien planqué et face aux pires ennemis qu’il ait jamais connu incapables de se défendre tant à cause de la surprise que parce que Cobra et Firefly sont occupés à soutenir Ninja Blanc blessé, n’intervient-il pas pour sauver le monde ?

Je vous laisse deviner. Attention, concentrez-vous ! Mais oui, c’est ça : rien. Juste comme ça, hop. Un peu plus et je pense qu’il leur faisait aussi la vidange et la pression des pneus pendant qu’ils s’évadaient pour être sûr qu’ils ne tombent pas en rade sur la route de la liberté. Il est comme ça Ninja Noir : trépané serviable.

Mais, assez discuté : retournons du côté du campement dévasté des G.I Joe, au petit matin alors que The Rock, Ginette et Maurice sortent de leur puits pour découvrir les cadavres de leurs amis abandonnés au soleil. Quelque peu grognons, nos larrons font le tour des corps pour récupérer les plaques d’identité, ce qu’il reste de Tang de la veille et faire la moue devant leurs amis tombés au combat, puis décident de se mettre en route pour s’éloigner du coin le plus vite possible, tant il y a un risque que l’ennemi revienne. Chemin faisant, une discussion s’engage, principalement entre The Rock et Ginette.

"The Rock, c’est toi le chef maintenant vu ton grade… que penses-tu de tout cela ?
- Qu’en tant qu’héroïne dans un film écrit avec les pieds, tu dois avoir toutes les bonnes intuitions sans aucune explication. Alors au boulot pendant que je fais ma tête de mec qui réfléchit. Hmmmrr… grrhmmmm… pas facile. 
- Bon, moi je pense qu’alors qu’on a rien vu puisque les hélicoptères volaient de nuit et qu’on a passé une bonne partie de la bataille planqués au fond d’un puits, on a été attaqués par l’armée américaine.
- Grugurummmm.. muuurgnn…. D’accord, nous n’avons pas la moindre raison de penser cela, tu es sur la bonne piste, continue ?
- Je pense toujours sans raison qu’un général seul n’aurait jamais pu donner un ordre comme celui-ci… je pense…. je pense que seul le président des Etats-Unis aurait pu demander à tous nous tuer !
- Alors qu’il nous a envoyés en mission, ce qui l’innocente immédiatement, sauf si évidemment un personnage se met à tout deviner parce qu’il a lu le script ? Bon bin super : en route alors !"

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Et comme une grosse ficelle n’arrive jamais seule, au moment même où ils terminent cette conversation, nos héros tombent nez-à-nez avec un petit aéroport au milieu de nulle part où ils pourront jouer les clandestins le temps de rentrer au pays. C’est tout de même bien fait. Ou magique. Mais c’est là en tout cas. Passons.

Ginette, malgré une nuit passée dans un puits et un bombardement sur le coin du nez a toujours une peau impeccable. Mais, quel est ton secret, Ginette ?

Pendant ce temps, ailleurs, les choses avancent : Cobra a trouvé le temps de se changer pour se trouver un imperméable de cuir qui rappellera évidemment à tout un chacun les plus grandes heures d’Hugo Boss (c’est fou comme les méchants ne s’habillent jamais en tutu), et visite en compagnie de Firefly un complexe ultra-secret, avant d’être bientôt rejoint par le faux-président des Etats-Unis, qui aime bien venir visiter des complexes terroristes clandestins pour ne pas du tout attirer l’attention sur ceux-ci. L’endroit est rempli de soldats portant le sigle de Cobra, et d’énormes satellites attendent sur des plates-formes. Nos méchants peuvent donc eux aussi se mettre à avoir des conversations complètement crédibles :

"Commandeur Cobra, les satellites Zeus seront bientôt prêts à être lancés.
- Parfait, mon plan se déroule à merveille.
- Votre plan ?
- Mais si vous savez, le plan. Le plan. Raaah, le plan ! Je vous fais des clins d’oeil depuis dix minutes bougres de cons !
- Aaaah. Ah nan mais aussi avec votre masque là, on voit pas alors bon, c’est pas facile. Nan mais je me demandais : comment on a pu s’occuper des préparatifs de votre nouveau plan puisque vous êtes seulement sorti de votre isolement depuis moins d’une journée et que le plan que vous aviez avant d’y entrer n’avait rien à voir avec celui-ci ?
- …
- …
- Haaaan ouais. Les clins d’oeil, d’accord."

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Soit. On aurait mieux fait de ne pas revenir voir ce que faisait Cobra : allons plutôt au Japon regarder s’il se passe quelque chose de plus intelligent (oui, je sais, vous non plus n’avez aucun espoir mais faites semblant les enfants). Car au sein d’un dojo, un célèbre maître ninja africain aveugle que nous appellerons donc Amadou reçoit en audience Ninja Noir. Bon, c’est un peu con puisqu’un muet qui tente d’expliquer quelque chose à un aveugle en langage des signes, ça doit prendre un moment (là encore, ils ont payé des accessoires pour grimer pépé en aveugle, alors que ça n’apporte rien à l’affaire à part un nouvel échec, j’en pleurerais de bonheur), mais là encore, la scène débute alors que le vieux maître explique que oui, il a bien compris ce que Ninja Noir lui a expliqué, à savoir que Ninja Blanc était encore vivant et qu’il avait aidé Cobra à s’évader. Amadou confie donc une mission à notre sombre héros : aller capturer le galopin et le ramener au Japon pour qu’il soit jugé pour le meurtre de son maître il y a des années. Ce sera peut-être aussi l’occasion d’en apprendre plus sur les plans de Cobra. Pour l’occasion, Amadou confie à Ninja Noir une de ses disciples pour l’aider : Jinx, personnage lui aussi parfaitement oubliable.

Ni une, ni deux, nos héros partent donc pour ce qui doit être le Tibet, puisque Cobra a envoyé Ninja Blanc se faire soigner dans un monastère là-bas auprès d’une petite vieille qui lui applique divers onguents sur le dos.

Attendez, quoi ? Cobra, le maître des nano-machines, expliquant qu’elles guérissent tout, a envoyé son meilleur agent et sauveur se faire soigner chez une mamie qui va tenter de soigner ses brûlures au troisième degré avec de la compote de pomme et des feuilles de thé ? Je… mais ? Bordel, vous aviez un album Panini des merdes à faire que vous les enchaînez ? C’est quand même, enfin… je crois qu’il vaut mieux nous concentrer très fort sur la suite, d’accord ?

Car au Tibet, donc, alors que Ninja Blanc vient à peine de cicatriser de ses blessures grâce aux soins attentionnés de la mémé locale, que voit-il passer devant sa fenêtre ? Deux ninjas rouges, les habitants du temple local, qui tombent en hurlant. Ni une, ni deux, il comprend qu’il ne s’agit pas là d’une sorte de Jackass à base de cosplay mais bien d’une attaque : il sort aussitôt pour découvrir les assaillants : Ninja Noir et Jinx ! Notre loulou les affronte, et ne succombe que lorsque Jinx lui colle un anesthésiant sous les narines, car si notre ninja préféré sait ralentir son coeur pour simuler un arrêt, il ne sait pas retenir sa respiration : c’est ballot quand même. Nos héros l’enferment donc dans un gros sac de couchage Quechua qu’ils collent à un filin qui attendait là, tendu, en plein milieu de la cour du monastère local, et sitôt cela fait, environ 2789 ninjas rouges leur tombent dessus et les encerclent.

Ah, oui : on parle bien des 2789 ninjas rouges que l’on avait pas vu jusqu’ici alors qu’ils étaient supposés être juste à côté pendant que leur héros blanc se faisait tataner ? Probablement qu’ils faisaient caca.

Enfin bref : nos héros, eux, ignorant cette foule hostile s’accrochent au filin suspendu, envoient le sac Quéchua devant eux, et filent donc le long du câble loin des méchants, qui tentent bien de les poursuivre durant 10 bonnes minutes, mais n’arrivent à rien faire d’autre qu’à se vautrer comme des bouses ou se prendre des coups de tatane, voir des obstacles dans le museau sur la route (obstacle que le sac Quéchua a réussi à esquiver puisqu’il est supposé être devant eux sur le filin, c’est quand même triste d’être un ninja et d’avoir moins de sens de l’esquive qu’un duvet). Après avoir dévalé environ 7 kilomètres de câbles en tous sens, ce qui laisse supposer que nos héros ont tranquillement installé ça en paix durant quatre jours avant leur attaque, ce qui a dû être particulièrement intéressant surtout concernant la partie qui débouchait en plein milieu de la cour du temple ninja ("Nan mais vous inquiétez pas, c’est pour EDF"), Ninja Noir et Jinx triomphent : ils ont leur prisonnier et peuvent donc rentrer au Japon pour que Ninja Blanc passe au tribunal d’Amadou.

C’est donc un peu plus tard que Ninja Blanc se trouve devant l’honorable aveugle. Sauf qu’il se passe quelque chose de peu banal : au lieu d’être puni, Ninja Blanc arrive à prouver d’une manière tout à fait absurde que je vous passe qu’il n’a jamais tué son vieux maître. Qu’au contraire : c’est parce qu’il a été accusé du meurtre qu’il est devenu si plein de haine et qu’il a fui. Mais alors, qui a bien pu tuer le vieux maître ? Là encore, pas de problèmes ou d’enquête, nos larrons se disent "Le seul qui avait intérêt à le tuer, c’était celui qui voulait faire de toi son instrument, Ninja Blanc. Le maître qui t’a recueilli… qui n’était pas du tout un asiatique : c’était Zartan, agent au service de Cobra ! Il t’a manipulé pour faire de ta haine, son arme !".

Vous pensiez que j’exagérais ? Mesdames et Messieurs : Amadou, le maître aveugle qui adore discuter avec son disciple muet

Ah oui. Et sinon, le fait que visiblement tout ça s’est passé 15 ans auparavant alors que Cobra n’est apparu que récemment ? Non ? Et accessoirement : Zartan machin, il est fort en déguisement, mais il y a un moment où ça a dû se voir quand même : il n’est pas maître d’arts martiaux, comment a-t-il pu enseigner quoi que ce soit à Ninja Blanc ?

Diego ? Appelle-moi la compta, je commence à avoir du mal à garder le compte des erreurs dans cette daube. Merci.

Enfin en tout cas, les ninjas de toutes les couleurs, sortes de Télétubbies asiatiques, décident donc de s’unir pour arrêter Cobra. Surtout que Ninja Blanc, bien introduit, peut connaître ses plans… c’est donc fortement intéressant.

Mais soyons sérieux : puisque ce film s’appelle G.I Joe, revenons tout de même aux trois G.I Joe isolés que sont The Rock, Maurice et Ginette et que nous avions laissés plus tôt alors qu’ils avaient trouvé un aéroport pour rentrer au pays. Ayant deviné par la puissance du néant scénaristique qu’ils étaient recherchés par toutes les polices des Etats-Unis, ils se font discrets et décident donc d’aller à un endroit où personne ne pensera à aller les chercher : le gymnase où The Rock a passé sa jeunesse et où les G.I Joe l’ont recruté, coin où en plus il a tous ses potes qui traînent .. bref, le premier endroit où on pensera qu’il viendra. Surtout que les services secrets ont une bonne raison de le chercher : ils ont découvert que ces trois G.I Joe avaient survécu. Mais rassurez-vous : ils ne feront rien pour les retrouver, aussi nos héros peuvent tranquillement s’installer dans le gymnase délabré et récupérer un peu d’équipement pour tenter de prouver leur théorie tout à fait crédible que le président est louche depuis quelques temps :

Pas de problème, Ginette, toujours prête à avancer à partir d’arguments foireux, étudie plein de vidéos des derniers discours du président et parvient à établir que celui-ci est un imposteur ! Comment ?

"Regardez ! J’ai pris des vidéos de lui, et depuis le 10 juin, il n’utilise plus l’expression "une sorte de" mais dit "un genre de". Par ailleurs, ses mains n’ont pas exactement la même position quand il parle ! Cela ne peut vouloir dire que deux choses…
- J’écoute.
- Soit le président a des conseillers en communication…
- Impensable.
- Soit il a été remplacé par un imposteur modifié à l’aide de nano-machines qui a pris son apparence et parvient à duper jusqu’à sa femme et ses enfants !
- HO MON DIEU ! IL FAUT FAIRE QUELQUE CHOSE !"

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Convaincus par ces preuves en carton, nos héros décident d’aller contacter le seul homme qui pourrait les aider : le général Willous, qui visiblement doit avoir faim, puisqu’en ce moment il est dans un film sur deux, et rarement des bons. En effet, le général Willous est le fondateur des G.I Joe : maintenant qu’il est à la retraite, il a peut-être moyen de les aider… mais lorsqu’ils se rendent chez lui, nos larrons découvrent que Willous ne peut pas faire grand chose : on ne l’écoute plus à Washington, il n’a plus le droit de commander la moindre unité, sa prostate commence à montrer de sérieux signes de faiblesse et cette histoire de président imposteur n’est pas la plus crédible qu’il ait entendue. Par ailleurs, sa maison est surveillée par tout ce qui est possible pour s’assurer qu’il reste calme.

J’en profite pour glisser que cette information a encore été glissée par pur goût de rajouter des étrons dans la soupe au caca : nos héros ne tiquent pas, et personne ne les repérera. Cette phrase est juste prononcée pour souligner que nos G.I Joe sont au meilleur endroit pour se faire attraper, mais que ça n’arrive quand même curieusement pas. C’est fou.

The Rock, Ginette et Maurice décident donc qu’ils ont vraiment trop besoin du général Willous pour agir : il leur faut donc une preuve que le président des Etats-Unis n’est pas le président des Etats-Unis pour le convaincre de passer à l’action. Willous, beau joueur, leur file quand même un tuyau s’ils veulent explorer cette piste : il connait un cercle de poker fréquenté par l’un des plus fidèles conseillers du chef de l’état. Ni une, ni deux, l’équipe G.I Joe va donc sur place, et au sortir de la salle de jeu, kidnappent le pauvre membre du cabinet présidentiel avant de lui expliquer comment ça va se passer.

"Salut mec, nous sommes les G.I Joe. Nous venons de t’administrer un puissant sérum qui fait que dans 5 minutes, tu t’endormiras et à ton réveil ne te souviendra de rien. Alors tu n’auras pas de problème de conscience, et nous on aura pas à t’éliminer. Maintenant, on va te dire pourquoi on t’a kidnappé : on a besoin que tu ajoutes un nom à la liste de la prochaine soirée où sera le président. Envoie un mail tout de suite à qui de droit pour arranger ça.
- Oui, ou alors je résiste 5 minutes, et ensuite vous êtes bien feintés.
- Huuuu…. on avait pas pensé à ça. Je me sens comme un sorte de gros Baboulinet, rheuuuu…"

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Malgré ce nouveau ratage, le petit homme coopère bien vite, et dès le lendemain grâce à l’invitation ainsi ajoutée à leur inventaire, nos G.I Joe envoient en infiltration Ginette en robe de soirée pour qu’elle approche le président à une réception où il se rend. La chose est aisée, tant la jeune femme sait utiliser le stratagème universel "über décolleté" qui permet d’approcher tous les hommes de goût (enfin, je crois), et est bientôt invitée à danser par le président lui-même. Récupérant un cheveu sur sa veste à cette occasion, elle l’étudie grâce à son tube de rouge à lèvre – analyseur d’ADN (ne me demandez pas où elle l’a trouvé vu que nos héros n’ont plus aucun soutien) et découvre que le président n’est autre que… Zartan, le maître du déguisement de Cobra ! Ses doutes confirmés, elle fuit bien vite, car la sécurité a repéré qu’elle n’était pas une invitée comme les autres, mais une G.I Joe. A noter d’ailleurs qu’un agent de sécurité qui, la trouvant suspecte, la suivait grâce à un micro-directionnel, n’a par contre rien trouvé de suspect quand elle a donné deux identités différentes à deux personnes différentes en moins d’une minute. Encore une fois : rajout, daube, tout ça. C’est… épuisant, quelque part. Mais impressionnant d’un autre côté. Quel talent.

Heureusement que ce n’est pas le tromblon du régiment qui a survécu, sinon il aurait fallu envoyer The Rock dans la même robe.

A la sortie, The Rock averti par Ginette que le président est un agent de Cobra est prêt à l’abattre depuis une ruelle, mais il est hélas empêché dans sa tentative par Firefly qui, sortant de nulle part, vient lui distribuer des mandales. Ce n’est que lorsque Maurice, qui glandait dans un 4×4 un peu plus loin, repère ce petit cirque qu’il oblige le méchant  à se replier en lui passant dessus avec son véhicule (mais rassurez-vous : il repart quand même en boitant juste un peu, hop). Comme quoi, c’est très surfait les 4×4.

Après cette tentative d’attentat sur le président des Etats-Unis qui ne semble pas émouvoir sa propre sécurité plus que ça, ni inciter à rechercher un peu plus activement les G.I Joe, notre troupe retourne à son gymnase pour tomber nez à nez avec… Ninja Noir, Ninja Blanc et Jinx ! Un peu troublé par cette irruption soudaine d’hommes en collants, nos héros sont un peu tendus jusqu’à ce que Jinx détaille la situation. Cette dernière explique que Ninja Blanc n’est plus méchant, qu’il va les aider à arrêter Cobra, qui l’a manipulé avec Zartan depuis le début (à une période où ni l’un ni l’autre ne se connaissaient, rappelons-le pour la beauté de la chose). Et détaille donc ce qu’il sait du plan de Cobra : ce dernier va utiliser le prochain congrès sur l’armement nucléaire organisé par le président des Etats-Unis pour faire un coup d’état à l’échelle mondiale en déployant une nouvelle arme de destruction massive bien plus terrifiante que toutes les autres : le satellite Zeus… il faut donc agir vite ! Un plan est donc rapidement organisé : d’abord, la troupe se rend chez le général Willous pour lui annoncer qu’elle a récupéré un cheveu dont l’ADN prouve que le président n’est pas le président, comme ils le supposaient : Willous est très impressionné, principalement  parce qu’un cheveu, ça faisait longtemps qu’il n’en avait plus vu un, aussi propose-t-il aux G.I Joe de les aider : il rappelle quelques vieux Joe sur le retour et propose de monter un commando pour intervenir durant le sommet sur le désarmement nucléaire. Et arme tout ce petit monde, car en réalité, sa demeure est une incroyable cache d’armes, avec même un véhicule blindé dans le garage !

Ça c’est subtil les petits amis.

Toujours est-il que le sommet sur le désarmement nucléaire va se dérouler sur un fortin sur une toute petite île seulement reliée à la terre par un ponton, et que l’endroit sera bien gardé. Il est donc convenu de procéder ainsi :

  • Ninja Blanc restera avec Cobra, qui a prévu de débarquer sur l’île pendant le sommet, histoire d’être au plus près pour intervenir au moment opportun. Il filera un déguisement à Jinx pour qu’elle se joigne à l’escorte de Cobra.
  • Maurice et Ninja Noir formeront un commando qui devra infiltrer l’endroit pour soutenir Ninja Blanc et Jinx dès que cela commencera à s’agiter
  • Willous et Ginette iront libérer le véritable président des Etats-Unis, Ninja Blanc ayant révélé dans quel coin il était planqué.
  • The Rock prendra le véhicule blindé et… heu… ira se battre avec trois chars américains qui n’avaient rien à voir avec la choucroute, en fait. Voilà voilà. Que voulez-vous que je vous dise ?

Vous avez bien suivi ? Parfait, alors allons directement voir ce qu’il se passe le lendemain dans le fameux fortin où se déroule le sommet. Dans une salle de conférence, le président des Etats-Unis reçoit les différents chefs des puissances nucléaires, et commence d’entrée de jeu en force, en expliquant que la guerre nucléaire, c’est très vilain, et qu’à ce titre, il ne tolérera pas qu’un pays sorte de cette pièce sans s’être totalement désarmé, nom d’un Francis Cabrel. Les autres chefs d’état se regardent puis, d’un commun accord, lui font un gros doigt (ils sont joueurs).

"Fort bien !" déclare donc le président en sortant la mallette nucléaire américaine. "Dans ce cas moi je vais vider mes réserves nucléaires sur vos gueules, allez hop !". Avant que qui que ce soit ne fasse une remarque scabreuse sur cette expression qui est un peu le facial de l’atome, il a tôt fait de joindre le geste à la parole et de montrer sur écran que tout son bazar est en train de partir vers ses cibles. Un peu choqués, ses interlocuteurs le traitent de fou et répliquent aussitôt en utilisant leurs propres mallettes pour tirer des missiles vers l’attaquant parce que hé, dis, tu vas te calmer ? Tu veux vraiment qu’on te ratiboise la gueule gros malin ?. Histoire de rajouter une bouse sur le scénario, on peut voir sur l’écran que tous les pays tirent leurs missiles dans toutes les directions, et pas seulement sur les USA : c’est vrai quoi, quitte à faire la guerre autant la faire contre tout le monde, c’est plus rigolo.

C’est alors que le président américain ricane et se saisissant de sa mallette, appuie sur le bouton d’autodestruction de tous ses missiles. Souriant, il ajoute "Et voilà ! Moi je suis totalement désarmé et je ne représente plus une menace, à vous les kikinous !". Les autres leaders se regardent, un peu étonnés, puis appuient tous sur le bouton d’auto-destruction pour ne pas que ça dégénère. C’est alors que les portes de la salle de conférence s’ouvrent et qu’entre Cobra, accompagné de Firefly, Ninja Blanc et d’une paire de soldats à lui (dont Jinx, habilement déguisée en ninja rouge). Tout le monde sursaute autour de la table, mais le vil terroriste les invite à rester assis.

"Restez calmes : je tenais simplement à vous informer que je me proclame maître du monde. 
- Mais encore ?
- Et bien vous venez tous de vous désarmer : vous n’avez donc plus d’armes nucléaire pour vous défendre, HAHAHAHA !
-  Oui, parce qu’évidemment on est suffisamment cons pour avoir tiré tout notre arsenal, ce qui est impossible même si on le voulait. On a encore des cartouches. Donc ton plan il pue, en fait.
- Heu… je peux ressortir de la salle et refaire mon entrée quand vous aurez tout tiré ? On dirait que vous avez rien vu et que c’était pour de la fausse, d’accord ? 
- Non.
- Bon, écoutez, vous commencez à me faire chier : le scénario n’a pas prévu cette éventualité, alors on va dire que vous êtes tous désarmés : je disais donc : HAHAHAHA ! Puisque maintenant, je suis le seul à disposer d’armes de destruction massive grâce à mes satellites Zeus que j’ai secrètement fait construire grâce à un trou dans l’intrigue pendant que j’étais en tôle ! 
- Et vous les avez envoyés dans l’espace comment ? Avec un très gros élastique ? Non parce que c’est cool de construire ça, mais sans lanceur…
- Mais vous m’emmerdez avec vos détails ! Tiens, pour la peine, je vais raser Londres et vous expliquer comment fonctionne mon arme : il s’agit d’un satellite qui largue des missiles tout simplement tellement denses qu’en touchant le sol, il rase tout sur des kilomètres sans la moindre retombée radioactive ! Je pourrais donc m’emparer de vos pays sans crainte, HAHAHA ! 
- Il n’y a pas que les missiles qui sont denses par ici. Non parce qu’à quoi ça te sert de conquérir des ruines gros malin ? Et puis quand ton missile qui rase tout sur des kilomètres va toucher une centrale, tu crois que les radiations vont rester chez elles à lire Picsou Magazine ?
- … bouhouhou, j’en ai marre d’être un méchant à chier. Je veux un câlin.
- Roooh, pépère. Allez, allez : rasez Londres Monsieur Cobra, ça ira mieux après.
- Merciiiii… snif…"

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Et en effet : en appuyant sur un bouton qui fait "pouit !", Cobra commande à l’un de ses satellites de larguer un missile lourd comme une playlist de mariage sur Londres, résultant ainsi lors de son impact avec le sol en une onde de choc telle que l’ensemble de la ville est détruite, faisant disparaître un patrimoine historique unique, tel que Big Ben ou encore Geri Halliwell.

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Détail amusant : aucun des plans sur la table n’a le moindre rapport avec l’endroit où ils se rendent. Voilà voilà.

Cobra, satisfait de cette attaque réussie, explique alors la suite de son plan : "A l’heure actuelle, partout dans le monde, mes troupes Cobra sont en train de remplacer vos drapeaux par mon étendard. Quant à vos ridicules capitales, je vais aussi les raser juste par principe puisque ça ne me sert à rien si je les contrôle à part à perdre des troupes, du temps et du butin. Mes autres satellites Zeus sont en train de se mettre en position à l’heure où je vous parle". A ces mots, Ninja Blanc semble soudain décider que le moment est venu d’intervenir (non, pendant que Cobra expliquait qu’il allait raser Londres, il se curait le nez et Jinx devait probablement être occupée à envoyer des SMS à une copine), et commence donc à distribuer du shuriken dans tous les sens, à part sur Cobra quand bien même c’est sa cible principale : il est décidément complètement con. Le grand méchant s’enfuit donc, tout comme le faux président américain, alors que les autres chefs d’états se mettent à couvert puisqu’une fusillade éclate entre Ninja Blanc, Jinx et les hommes de Cobra. Bien vite, ils sont rejoints par Ninja Noir et Maurice, qui ont réussi à infiltrer l’endroit sans trop de problèmes, puisque les gardes ne réagissaient à rien, pas même aux bruits de fusillade autour d’eux. Voilà voilà.

Pendant ce temps, Willous et Ginette arrivent en voiture à la résidence présidentielle où est retenu le vrai président : ils ont du bol parce que, alors qu’ils arrivent en mitraillant à tout va, là encore, aucun agent des services spéciaux ne donne l’alerte (il y en a même un qui se contente de se demander ce qu’il se passe alors qu’on entend clairement des rafales : je ne sais pas mec, qu’est-ce que ça peut être ? Un mec qui s’occupe en faisant péter 50 mètres de papier bulle ?). Quant aux hommes gardant le président dans l’ancien bunker anti-atomique, plutôt que de se dire "Tu entends, on dirait qu’on est attaqués ? Enfermons-nous et appelons du renfort, je doute que l’ennemi puisse enfoncer une porte blindée de 3 mètres d’épaisseur", ils décident de s’organiser à grands coups de "Séparons-nous en groupes de un et allons voir l’un après l’autre ce qu’il se passe !" : autant vous dire que leur plan ne marche que moyennement, et que c’est donc un Willous et une Ginette triomphante qui viennent libérer le président, en profitant pour lui demander une petite baisse d’impôt, là, dis, ho, hein, hé, tu nous dois bien ça, garnement.

Au même moment, loin de là, The Rock a tranquillement fini de préparer son véhicule blindé, qu’ils ont bricolé non pas avant de partir à l’assaut, mais directement sur l’unique ponton menant au lieu de réunion des plus grands dirigeant mondiaux. Oui, vous avez bien lu. Et non, il n’est pas gardé, vous l’imaginez bien. Du coup, notre héros peut passer tranquillement par là avant d’aller cacher la bête dans les fourrés de l’île, à environ 2 mètres des trois chars américains montant la garde qui évidemment, ne remarquent pas du tout le véhicule chenillé non-identifié qui approche. Puis, une fois le niveau d’absurdité suffisamment haut (il faudra que j’invente une unité de mesure, du genre le "Cage" pour ce genre de choses), notre héros passe à l’attaque : les trois malheureux chars qui n’avaient rien à voir avec la choucroute ne peuvent rien faire et se font donc dézinguer gratuitement pour le plus grand plaisir de la foule. C’est gentil d’être venus.

Hélas, au même moment, les trois méchants du film que sont le faux président des Etats-Unis, Firefly et Cobra tentent de s’enfuir. Manque de pot pour eux : Ninja Blanc transperce vite fait le président qui, en mourant, reprend son apparence de Zartan le méchant, et permet ainsi à Ninja Blanc de se sentir vengé de le mort de son vieux maître, Cobra trouve un hélicoptère qui passait par là et s’enfuit avec sans encombre (non, ils n’ont toujours pas pensé aux armes anti-aériennes : on sent que la mort de tous leurs camarades au début du film leur a appris quelque chose, l’hélicoptère doit être une sorte d’archnémésis du G.I Joe). Quant à Firefly, qui s’est retrouvé avec la valise contenant les commandes du système Zeus, il tente bien de s’enfuir en bateau, mais The Rock a tôt fait de le rattraper et de lui refaire le nez à coups de poing. Victorieux, le bougre se saisit donc du système de commande des satellites Zeus qui n’étaient évidemment qu’à une seconde de tirer, et appuie sur le bouton "stopper le tir".Ce qui fait exploser tous les satellites.

C’est un peu radical : je préfère ne pas savoir ce que fait la pédale de frein dans les véhicules de Cobra.

Cobra, sorte de Japan expo ambulante

Zartan est donc mort, le vrai président libéré, le monde sauvé et les troupes de Cobra en déroute : c’est donc une victoire pour les G.I Joe ! Bon, on a perdu Londres et l’arsenal nucléaire américain dans la bagarre alors qu’on avait des agents prêts à intervenir bien avant que tout cela n’arrive, mais quand même, c’est plutôt positif tout ça, non ? Allez, on en a assez eu pour aujourd’hui.

Une cérémonie est donc organisée, où chacun reçoit une belle médaille ainsi qu’un bisou du général Willous. Tout le monde salue donc le drapeau, fier d’être un G.I Joe parmi l’élite des trépanés mondiaux et…

FIN !

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Non, sérieusement, vous croyez vraiment qu’il y a quelque chose à ajouter ?

4 ans pour préparer un tel film, ça valait le coup.

Je ne suis pas déçu.

Vraiment.

"Reconnaissez-vous celui qui vous a fait ça ?"

Silencieuse, derrière le miroir sans tain, elle observe le petit groupe d’hommes alignés contre un mur, chacun portant un numéro devant eux, inquiets. Certains esquissent quelques mouvements en direction du fonctionnaire non loin d’eux, s’indignant silencieusement de leur présence en ces lieux, mais sans obtenir, à leur grand désarroi, de réaction de l’intéressé. Pour certains, le geste est légitime : ils ignorent tout des raisons pour lesquelles la maréchaussée peut bien leur faire subir pareil sort. Pour d’autres, le doute les gagne peu à peu : est-ce un crime passé qu’ils croyaient oublié dont la procédure vient finalement de reprendre ? Ou bien ont-ils fréquenté les mauvaises personnes une fois de trop ? En tout cas, pour l’un d’entre eux, une chose est sûre : il sait. La peur au ventre, il espère encore secrètement qu’il s’agisse d’une autre enquête, d’une coïncidence ou autre, mais au fond de lui, il n’a aucun doute : il est déjà condamné.

Le miroir sans tain tremble légèrement lorsqu’elle désigne le numéro 3. Celui-ci a vu le mouvement, son reflet s’étant légèrement agité lorsque sa victime a, depuis l’autre côté, pointé sa personne.

"Numéro 3, vous restez. Les autres, dehors."

Il rentre la tête dans ses épaules, regardant les autres suspects lui jeter un regard méprisant et dégoûté alors qu’ils sortent sous la surveillance du policier de faction. Il n’a pas à attendre longtemps pour que paraisse l’imposante silhouette du lieutenant Hémont, frottant sa barbe aussi rase que ses cheveux tout en s’approchant du jeune homme d’un air circonspect. Il prend son temps, savoure la différence de corpulence entre lui et le frêle garçon de 17 ans qui roule des yeux paniqués tout en tirant sur les pans de son t-shirt démesuré.

"Assieds-toi.
- Ecoutez Monsieur, je…
- Assieds-toi trou du cul."

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L’officier lui désigne du bout du doigt une chaise usée un peu plus loin, et attends qu’il se soit assis pour aller lui-même prendre place de l’autre côté de la table.

"Alors…. hmmm, Ludovic. C’est bien ton prénom ?
- Oui…
- Tu es bien né le 21 mai 1995, Ludovic ?"

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Le garçon observe l’officier sortir de son veston un bloc-note qu’il commence à soigneusement remplir d’une écriture raide.

"Je t’ai posé une question je crois.
- Heu, oui Monsieur.
- Est-ce que tu sais pourquoi tu es là Ludovic ?
- Je… je… quelqu’un a porté plainte contre moi ?
- A toi de me le dire.
- Ecoutez Monsieur je… je ne sais pas, et puis vous savez, j’aimerais prévenir ma famille que je…
- Ta famille est déjà prévenue. On est allé chez toi, on a fouillé ta chambre. Et regarde ce qu’on a trouvé, espèce de petit dégénéré !"

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L’homme jette nonchalamment sur la table une photographie qu’il vient de tirer de son veston. A sa simple vue, le garçon se plie en deux, instantanément en pleurs.

"Ho mon dieu, non ! Vous savez ! Vous savez tout !
- J’en ai connu des monstres, mais des comme toi ? Une Wii ! Il faut être un sacré pervers. Et sous ton lit, on a aussi trouvé une Playstation 2 ainsi qu’une paire de manettes ! Tu inities tes amis à tes déviances, crevure ! Ta famille est dévastée. Elle pensait que tu étais un brave garçon, et qu’est-ce qu’on a dû lui annoncer ? Que tu jouais aux jeux vidéo.  Que tu étais devenu un violeur, et que tu avais abandonné ta victime dans la paille avant de disparaître. C’est vraiment… immonde, mais tu vois, la justice rattrape toujours les détraqués dans ton genre."

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Le policier observa quelques instants le jeune homme en pleurs, puis se retenant de peu de cracher par terre pour signifier son dégoût, il décida de lui laisser quelques instants pour réfléchir à ce qu’il avait fait. Sortant de la salle d’interrogatoire, il se risqua à jeter un nouveau coup d’oeil à la photographie de la console. Dans un soupir, et alors que la lourde porte de la salle se refermait derrière lui, étouffant les sanglots du jeune homme il murmura :

"Foutus jeux. Sans eux, le métier serait plus facile"

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On l’oublie trop souvent, mais Adolf Hitler était super fort à Transport Tycoon.

Les chasses aux sorcières, c’est sympa.

Contrairement à bien des loisirs, la chasse aux sorcières permettait à qui pratiquait celle-ci de développer tant son corps que son esprit : il fallait être bon en athlétisme pour courser la suspecte, avoir quelques notions de lutte et savoir correctement faire des noeuds (être scout ou marin, par exemple, pouvait aider à la pratique de cette activité riche en émotions). L’esprit n’était pas en reste, puisqu’à l’occasion du procès de la suspecte, on apprenait moult choses concernant la théologie, le satanisme et même le latin, puisqu’à la grande époque de ce hobby, on lisait la Bible dans la langue de Pline. Tous les camps profitaient par ailleurs des effets bénéfiques de l’exercice, puisque si la sorcière pouvait à cette occasion elle aussi s’améliorer en athlétisme, on lui proposait en général aussi gratuitement des cours de natation. Un loisir sain et respectable, donc, contrairement à ces gros bâtards (mais oui) de jeux vidéos.

Car figurez-vous, même si nombre d’entre vous sont déjà au courant et m’ont même écrit à ce sujet, que les jeux vidéo sont au coeur de la dernière chasse aux sorcières en cours. Il fallait bien que leur tour arrive : il y a quinze ans, c’était plutôt les jeux de rôles qui occupaient le rôle du suspect idéal, Mireille Dumas recevant sur son plateau quantité d’experts pour dire que comme on avait déjà vu des criminels pratiquer ledit loisir, c’était donc que ledit loisir créait les criminels, les poussant à faire tout ce que les jeux de rôles peuvent proposer, à savoir tenter un backstab‘ audacieux sur une vieille, mettre un coup de pelle vorpale à une gourgandine, ou plus simplement, faire des échecs critiques à tous ses jets de séduction.

Oui mais voilà : maintenant, les jeux vidéo offrent des suspects plus intéressants, puisque plusieurs faits divers ayant défrayé la chronique avaient été réalisés par des gens qui, dans leurs loisirs, avaient entre autres le jeu vidéo. Il n’en fallait pas plus pour Le Point (encore eux), pour frapper un grand coup grâce à un bien bel article subtilement intitulé : Jeux vidéo : permis de tuer rédigé par Claire Gallois, écrivaine de son état. Vous êtes prêts ? Alors allons-y.

Commençons donc avec l’accroche :

Breivik, Merah et beaucoup d’autres en étaient accros. Un passe-temps qui peut se révéler mortel…

On commence donc fort, avec deux tueurs d’un fort beau calibre (hem), parce qu’on aurait pris Rémi et Jean-Paul qui ont tiré deux canettes de Red Bull chez Auchan après avoir joué à Deus Ex, ça aurait forcément moins claqué. Mais bon, c’est vrai que c’est plutôt pratique comme accroche : beaucoup de gens jouent aux jeux vidéo, qui se sont largement démocratisés, du coup, statistiquement, nombre de criminels sont joueurs. Bon, des enseignants, des médecins et des avocats aussi, mais bon, hein, si on commence à chipoter avec des détails !

Alors que les marionnettistes de l’UMP offrent un spectacle lamentable, notre gouvernement ne sait même plus comment il s’appelle. Entre les reculades de ses annonces – la dernière, le mariage pour tous – et les dérobades au sein de sa majorité, il en néglige l’essentiel : la nouvelle génération. Notre espoir. On lui a, vite fait, bien fait, passé une couche de maquillage pour dissimuler sa mauvaise mine – réforme supposée de l’éducation, emplois d’avenir (sans avenir) et puis basta. On la laisse s’amuser dans son coin, ou désespérer, au choix… avec les jeux vidéo dont la croissance est exponentielle.

Jeune, on ne s’occupe pas de toi. Jeune, on te méprise. Jeune, tu ne joues pas au jeux vidéo parce que ça t’amuses, non tu y joues parce que… tu désespères.

Ah ? Attendez, ce ne serait pas un loisir, en fait ? Que les gens pratiquent parce qu’ils ont ENVIE de le pratiquer ? Non : c’est par désespoir.

"Je… Thomas, je me sens mal.
- Hein ?
- Tout ce mal être, cette impossibilité à trouver des repères dans notre société je… je crois que tout cela, c’est trop dur pour moi. Je songe à faire une connerie.
- Arrête !
- J’hésite entre me tuer et acheter une WiiU. 
- Ho bordel. Je suis ton ami, je peux pas te laisser faire n’importe quoi : tiens, prends mon rasoir et fais vite."

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C’est tout de même inquiétant. Mais alors, on se tournerait vers ce genre de loisirs par désespoir, dites-vous ? Du coup, la télévision, c’est un peu le même combat ? Et la lecture aussi ? Sachant que Claire Gallois a pour principal métier l’écriture, on saluera donc qu’elle le fasse pour occuper les dépressifs. Madame, merci.

Ce n’est pas un souci au ministère de la Culture. On ne perd pas son temps avec des distractions qui ne contribuent pas à la promotion des arts. Call of Duty, Dishonored, Assassins Creed, Grand Theft Auto, Manhunt ? C’est qui, c’est quoi ?

"Aziz !
- Oui professeur ?
- Amène la lanterne ! Regarde ce que je viens de trouver mon garçon ! C’est splendide !
- Qu’est-ce que c’est ? 
- Une perle ! Un article en ligne d’un journal sur un sujet moderne écrit comme il y a 2 000 ans !
- Comment ça ?
- Hé bien, sois attentif ! Cette personne écrit sur un sujet concernant les dernières technologies sans même les utiliser ! Il lui aurait suffit de taper "Jeux vidéo ministère culture" et en 0,46 secondes dixit Google, elle aurait eu 2 530 000 résultats qui lui donnaient tort ! 
- Vous voulez dire qu’elle n’a même pas pris 1 seconde pour vérifier l’idée qu’elle s’était faite du sujet ? Et qu’on la publie quand même ?
- C’est ça Aziz ! Ho, quand le British Museum va savoir ça ! Vite, continuons à fouiller : sa momie ne doit pas être bien loin !"

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Bon, je caricature un peu : c’est vrai qu’il faut ajouter aux 0,46 secondes le temps de taper sur son clavier et de cliquer sur un lien, et c’est un peu long, il faut bien le reconnaître. Après, c’est vrai qu’il n’était pas évident de déterminer, même sans lien, que le ministère de la culture pouvait avoir un certain intérêt pour les jeux vidéo : une industrie qui brasse autant de pognon, ce serait bête de l’oublier, puisque, allez savoir pourquoi, le grand public a souvent tendance à acheter plus de Super Mario que de Picasso.

Enfin bon, hein : si maintenant il faut vaguement s’intéresser à un sujet pour en traiter, où va le monde, je vous le demande. Je devrais demander au Point de me proposer d’être l’invité d’une tribune intitulée "Journalisme : permis de dauber".

La WiiU, où la console dont personne n’a compris l’intérêt.


À défaut, la ministre Aurélie Filippetti pourrait prendre connaissance des jugements en cour d’assises pour les joueurs qui sont passés à l’acte.

C’est vrai ça ! Je veux dire, gérer la culture, en France, ça prend quoi ? Une heure ? Deux par jour, peut-être ? Non : elle ferait mieux de demander les rapports des jugements en cour d’assises pour savoir si les criminels jouent au jeux vidéos. Je propose que le ministère des transports étudie aussi la question, pour savoir si les criminels prennent parfois le métro, ou que le ministère du tourisme fasse la corrélation entre Disneyland et meurtre avec barbarie.

Bon, après, je pourrais être un peu vicieux et faire remarquer que c’est rigolo de demander à quelqu’un d’étudier un sujet pour savoir de quoi il retourne, quand on a soi-même pas pris 4 secondes pour faire une recherche Google alors qu’en plus on écrit dessus. Mais ce n’est pas du tout mon genre : ce serait un peu un tacle à la jugulaire, et ça, moi, jamais. Pas plus que je ne ferai remarquer que si on lisait lesdits jugements en cour d’assise, on remarquerait que d’autres facteurs vaaaguement plus causant que le jeu vidéo sont impliqués, ce qui reviendrait à dire que Claire Gallois se tire des balles dans le pied.

Non, n’insistez pas. Il suffit. Passons plutôt à la suite.

 Le processus est simple : une dépendance grandissante à la violence. À côté de ces jeux, le cannabis, c’est "la santé par les plantes", comme le disent certains habitués. Le premier Permis de tuer a été attribué au seul James Bond, en 1989. Deux ans plus tôt, le même 007 s’illustrait dans Tuer n’est pas jouer. Maintenant, c’est l’inverse : jouer, c’est tuer, plus besoin d’être James Bond.

Si quelqu’un voit le rapport avec James Bond, à part pour avoir son article qui ressort auprès des gens cherchant à en savoir plus sur l’actualité cinéma du moment (mais non, ce ne serait pas ça tout de même, rhooo, ce serait si petit), je veux bien qu’il m’aide parce que là, je n’ai pas. Encore : la bougresse aurait tenté un parallèle avec la violence sur les écrans et s’était appuyée sur tous les travaux sur le sujet depuis plus de 20 ans, on aurait peut-être eu quelques éléments un peu sérieux et expliquant cette curieuse invocation mais…

… non.

"Si vous continuez dans cette direction, vous allez peut-être dire quelque chose d’un peu approfondi.
- Ah ? Bon bin alors je m’arrête là."

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Ah oui, c’est vraiment impressionnant quand même. Je suis bluffé.

Voyez Andy qui, à 16 ans, abat à coups de fusil ses parents et ses deux petits frères en Corse. Andy, que ses parents appelaient "l’enfant du miracle" parce qu’ils avaient mis 10 ans à l’avoir. Devant ses juges, il ne donne pas d’explication. Il raconte qu’il a entendu une voix à laquelle il n’a pas pu résister. Andy, grand amateur de jeux vidéo.

Ami lecteur, jeu (mais pas vidéo, que l’on se rassure) : retrouvez le problème parmi les deux affirmations suivantes.

A) Andy joue à des jeux vidéos

B) Andy entend des voix qui lui disent de tuer toute sa famille.

Attention, ce n’est pas facile facile ! Heureusement, notre bonne écrivaine nous donne la réponse : c’était bien évidemment la A (raah, arrêtez de dire que c’est faux, vous êtes d’une mauvaise foi, c’est super relou).

Rapport d’un psychiatre à la cour : les jeux vidéo habituent à l’excès. Ils font croire que la mort est une solution et qu’on peut recommencer indéfiniment puisqu’on a plusieurs vies. On a beau colorer le sang en vert, il y a une répétition de la destruction délibérée qui maintient le joueur dans une fascination parfois sans borne.

Du sang vert ? Je… en 1998, peut-être ? Moui, bon. Mais sinon, vous voulez dire que les gens qui jouent au jeux vidéo croient VRAIMENT ce qu’ils voient dedans ?

Au même moment, à la rédaction du Point.

"Putain Maurice ! T’as encore laissé publier un article foireux ! Non mais qu’est-ce que tu fous ?
-Hahaha, nan mais t’inquiète pas, j’ai fait ça pour déconner et voir ce que ça faisait. Nan, j’ai fait une sauvegarde de ma carrière juste avant de publier, je ferai un quick load tout à l’heure."
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Cela dit, cela rendrait le dialogue de nos amis délinquants un poil plus coloré.

"Hooo mon Dieu, des malandrins armés ! Vous voulez mon sac, c’est ça ?
- Vazy la vieille, donne ton loot ! Donne ton loot !
- Mais enfin, je ne comprends pas ?
- Putain, je suis sûr qu’elle a trop du violet dans son inventaire ! C’est une mémé niveau 60 au moins ! 
- Ecoutez, on entend déjà un gyrophare, je crois que…
- Putain, les modos ! On va se faire kick-ban ! Vazy, prends le scooter et prends l’aggro sur toi, moi je passe en stealth, on se retrouve au respawn !"

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Ah oui, non attendez : en fait, ça donnerait des mecs avec un vocabulaire proche de celui des consultants en consulting. Oubliez ça.

C’est ridicule cette histoire d’addiction. Chez moi, tout va très bien : tenez, voici une capture de ce que percevaient mes rétines lors de mon rendez-vous d’hier soir, tout est ok.


 

Quant à Breivik, l’assassin de 72 jeunes en Norvège, il s’est déclaré "fan absolu" de Call of Duty et reconnaît avoir passé des semaines à "se former" sur la manière de tuer. Mohamed Merah aussi y consacrait un temps considérable

Breivik a aussi reconnu être un chevalier du temple franc-maçon qui aurait dû devenir régent de Norvège. et Merah revenait de camps d’entraînements où l’on formait les gens à faire des trucs rigolos, comme tirer dans la foule, et un peu de lavage de cerveau pour rigoler. D’ailleurs, personne ne se souvient qu’il ait invoqué son classement à Call of Duty avant ou après ses meurtres. Mais alors du coup, est-ce à dire que si ces deux ânes avaient joué aux Sims, à la place, ils se seraient promené partout avec un losange verre au-dessus de la tête, auraient bouché leurs chiottes 5 fois par jour et seraient morts si jamais quelqu’un avait retiré l’échelle pendant qu’ils étaient à la piscine ?

Il va falloir que j’y pense.

Et il en a, des adeptes. Il suffit de se rendre sur jeuxvideo.com et de découvrir les commentaires quasi pros des amateurs. "Il était plongé dans le noir dans une salle de bains ultrafroide. Il entend les 12 flics s’avancer…, il se lève en mode Fus Ro Dah, tire, met un high kick sur un bouclier. Il aurait pu tenter le 1080…" Même les services secrets ignorent peut-être ce langage codé.

Du langage "quasi-pro". Sur jeuxvideo.com. A base de Fus Ro Dah et de high kick.

Fonctionnaires des services secrets, n’hésitez plus à appeler Claire Gallois, visiblement, elle touche grave sa bille et sait reconnaître de vrais assassins à la solde de la mafia quand elle en voit. J’en déduis donc que quantité de tueurs professionnels doivent faire des "Fus Ro Dah" lors de leur sombre besogne, à savoir, définition du Fus Ro Dah pour ceux qui ne connaîtraient pas : "Projeter les gens en l’air grâce à un cri magique prononcé dans la langue des dragons."

Hé bah putain. Je commence à comprendre pourquoi elle disait que le cannabis, c’était drôlement cool et sans dangers plus haut. Ça a l’air d’être de la bonne

Il vaut peut-être mieux que les services secrets ne montent pas tout de suite tout de suite une cellule pour étudier quels sont les potentiels terroristes draconiques en activité. Mais peut-être que eux sont au courant du fait que se baser sur les commentaires de jeuxvideo.com n’est que rarement une bonne idée, à part si vous faites une étude sur les retours clients des utilisateurs de Biactol ? Rho.

Parallèlement, un dénommé Vinogradov, en Russie, publie un manifeste sur Internet dans lequel il s’en prend à l’humanité tout entière et dit sa volonté de la détruire. Et puis il tue cinq de ses collègues de travail. Il jouait à Warcraft, dans lequel les héros sont uniquement des tueurs.

Word of Warcraft est un jeu qui a de graves conséquences, c’est vrai : ses utilisateurs ont parfois un langage mystérieux, des rétines en plomb pour résister aux couleurs flashy de l’univers et une sexualité souvent proche de celle de l’oursin, mais en dehors de ça, ils sont rarement dangereux. D’ailleurs, aux Etats-Unis, la plupart des congrégations religieuses prônant l’abstinence avant le mariage vous le diront : abonnez vos enfants à World of Warcraft, logiquement, ils arriveront propres comme des sous neufs au jour J. Pensez juste à préparer un budget chips.

Non, le fait que Vinogradov veuille détruire l’humanité, ça peut être compréhensible : peut-il a -t-il vu un épisode des Ch’tits à Mykonos, Par contre, le fait qu’il tue 5 personnes, ça prouve juste qu’il ne savait pas s’y prendre. Les gens qui veulent vraiment faire du mal à l’humanité sont soit dictateurs, soit vendeurs chez Apple.

Ce garçon était tout simplement très mal documenté.

Probablement que la notice sur l’extermination des humains qu’il avait trouvé était en langue des dragons, et que comme il n’était pas Claire Gallois, il n’a pas tout pigé. Mais si, la langue que même les services secrets ignorent. Raah, suivez un peu, nom d’une pipe.

Sur ce même site, un gentil papa écrit : "Vingt millions de personnes jouent à Warcraft et il n’y a pas vingt millions de serial killers." Excellent argument. Une gentille maman ajoute : "J’ai quand même dit à mon fils qu’écraser les gens pour le plaisir, cela ne se fait pas dans la vraie vie." Quel bon sens ! De l’avis unanime des psys et des éducateurs, la plupart des enfants qui abusent de leur console sont plus agressifs et renfermés que les autres.

C’est là que les choses deviennent intéressantes. Rassurez-vous : ça va aussi s’arrêter très vite, il ne faudrait pas que ça dure.

Après ne pas avoir répondu aux arguments qu’elle cite elle-même (c’est du grand art, mais nous verrons qu’elle fera mieux), la bougresse nous explique donc que les jeux vidéos rendent plus renfermé et agressif. Accusations souvent balayées d’un revers de la main par les défenseurs de l’industrie, et pourtant : dire "Ho non mais ça n’a AUCUN impact" est un peu facile. Mais le problème, c’est qu’il n’y a pas que deux côtés à la barrière, à savoir "Non mais ça ne fait rien du tout" et "Si, si, même que les tueurs, c’est parce qu’ils jouents à Counter Strike". Les jeux vidéos, comme la télévision, cela répond à un principe simple : chaque chose a son public, et chaque public ses limites. Vous n’allez pas coller un marmot de 5 ans devant Alien, sinon, à défaut de devenir un terroriste, il risque de venir vous les briser menues en pleine nuit parce qu’il est persuadé qu’une bestiole va venir lui pondre dans la gorge en pleine nuit. Après lui avoir copieusement pété la gueule pour l’aider à se rendormir, vous regretterez donc (si vous êtes joueur, vous pouvez même revenir à 4h du matin poser  votre main sur sa bouche en hurlant "Attention, il est sur votre tête lieutenant Ripley !" mais ça, je rappelle que ce n’est rigolo que si vous dormez chez des amis et que ce n’est pas votre progéniture. Des amis que vous ne comptez pas revoir, d’ailleurs). C’est un peu pareil pour les jeux vidéo, la télévision et un peu tout.

Du coup, lorsque l’on parle d’enfants qui "abusent de leur console" (sic), là encore, quel est le problème ? L’abus ou la console ? Le fait que certains publics se retrouvent face à des jeux non-adaptés, au même titre que des films ou bien est-ce que tous les publics sont sensibles de la même manière ? Notre vertueuse écrivaine n’en dit rien. Et alimente donc le moulin de non-arguments de l’autre camp.

On voit bien que chez les jeunes gens, l’interface de séduction est beaucoup plus limitée.

Fin de la partie où il aurait pu se passer quelque chose d’intéressant, et où l’on aurait pu parler du fait que :

- dire que laisser un gamin 6h par jour devant n’importe quelle activité n’a strictement aucun impact sur lui, c’est un peu con

- dire que les jeux vidéos sont des usines à tueur, c’est un peu idiot

Mais encore une fois : s’il faut commencer à s’intéresser à un sujet autrement que de manière manichéenne, où va-t-on ?

En tout cas, suite à tout cela, notre bonne Claire Gallois a vu moult gens sur le vaste internet s’indigner avec plus ou moins de mauvaise foi ; elle a donc décidé, en réponse, de poursuivre le débat au travers d’un second article de qualité, prenant la suite d’icelui. Profitons-en pour en savoir plus !

Rarement une chronique sur les jeux vidéo violents aura déclenché une pareille agressivité. Pourquoi tant de bruit pour une simple question d’actualité, celle de la violence grandissante dans notre société, reflétée par ailleurs dans les jeux vidéo ? Pourquoi ce "bad buzz" répercuté sur les réseaux sociaux par des hommes, que des hommes, très peu de jeunes ? Où se cache donc le nombril de ces messieurs entre 30 et 45 ans ?

Vous noterez qu’alors que le premier article fait régulièrement des généralités sur "le jeu vidéo", on découvre que pif pouf, en fait, elle ne parlait que des jeux vidéos violents. Aaah, d’accord. Mais alors toutes ces phrases à base de "Rapport d’un psychiatre à la cour : les jeux vidéo habituent à l’excès." par exemple ? Ça n’a jamais existé, en fait ? D’accord. D’ailleurs, en parlant de choses qui n’existent pas : si vous n’êtes pas un homme entre 30 et 45 ans et que vous n’êtes pas d’accord avec cette dame, sachez qu’en fait, vous n’existez pas (les jeux vidéos ont dû vous rendre fous au point de vous laisser croire le contraire). Femmes : le jeu vidéo n’est pas pour vous. Si vous essayez d’y toucher, vous prenez instantanément feu. Jeunes : vous êtes les premiers à être d’accord avec elle. Vous n’êtes pas du tout le public visé par les Call of Duty & co.

Non. du tout. Chut. Ecoutez-là.

Ce deuxième article a à peine commencé, et il y a déjà beaucoup de talent.

 Le manager de jeuxvideo.com me demande des excuses publiques "pour offense gratuite à son site". Si cela peut lui remonter le moral, je les lui accorde, sans trop en comprendre le motif, mais bon… Je ne lui en demande pas, même si les internautes dont il a eu la courtoisie de me communiquer les commentaires ne sont pas très positifs. "Va laver les chiottes au lieu d’écrire des articles de merde." Ou encore : "On va la pourrir, cette morue." Respectons la liberté de parole. Y compris celle de mes rares défenseurs. Zerok 54 : "Je suis d’accord avec elle. Votre fascination pour les armes, la guerre, la torture fait peur. Heureusement qu’en vrai vous êtes des pas-de-couilles qui rasent les murs." Un autre : "Le pire, c’est qu’elle n’a pas tort. Combien de fois j’ai vu des mecs vanter les qualités de Breivik." Fin de ces échanges désarmants.

Je ne sais pas si citer "Zerok 54" est la meilleure stratégie de défense pour être crédible, mais bon. Au moins, et au travers de la grossièreté des exemples cités, on peut espérer que l’auteure aura saisi la morale de cette histoire : les forums de jeuxvideo.com ne sont pas le meilleur endroit sur lequel baser sa réflexion. Et donc l’article précédent, CQFD. Enfin bon, je dis ça mais j’ignore s’il y avait vraiment quelque chose à prouver, en fait.

Notez aussi qu’est cité en exemple de "défenseur", un internaute qui dit "Le pire, c’est qu’elle n’a pas tort. Combien de fois j’ai vu des mecs vanter les qualités de Breivik." dedans, là encore, on ne comprend pas non plus le rapport entre jeux vidéos et vanter les mérites Breivik, mais c’est pas grave. Ce n’est pas comme si c’était le thème de l’article. Le type aurait dit "Le pire, c’est qu’elle n’a pas tort. Une fois, j’ai vu une tomate", c’était la même. Vivement une chronique "Gears of Wars : l’ennemi des radis ?".

En réponse à ceux qui me reprochent "une documentation inexistante", je dirai qu’ils peuvent facilement vérifier l’exactitude des propos de Breivik face à la presse, l’addiction de Merah à Call of Duty, rapportée par son frère sur BFM, ou le rapport de l’expert psychiatre du jeune Andy, en pleine cour d’assises. L’un des gros malins qui m’ont écrit rétorque : "Ouais, mais il mangeait aussi des frites, Merah, alors c’est peut-être les frites qui l’ont poussé à tuer." 

Oui non mais d’accord : "J’ai donné trois exemples. Et bien figurez-vous qu’ils sont vrais". Certes, mais tout le reste du propos, en fait, celui qui montre qu’en fait, même 5 secondes de recherches juste pour s’assurer que l’on ne disait pas d’âneries n’ont pas été prises ? Et qui est celui qui se fait bâcher en boucle ? Non ? Rien ? Mais enfin ?

En même temps, tout le monde sait que les frites poussent à bien des horreurs : il n’y a qu’à voir l’état de la Belgique.

Et là attention, des fois que ça ne suffise pas, on nous remet un peu de puissance :

On me reproche aussi de faire l’amalgame entre jeux vidéo et tueurs. L’argument est recevable, sauf que je n’ai jamais dit ou pensé que les joueurs accros étaient des tueurs en puissance,

Rappel : du titre du précédent article "Jeux vidéo : permis de tuer". Accroche : "Breivik, Merah et beaucoup d’autres en étaient accros. Un passe-temps qui peut se révéler mortel…" suivi de quantité d’exemples de tueurs dont on explique que dites-donc : ils jouaient au jeu vidéo. Mais à part ça, ça n’a jamais été dit, hein. Allez, mettons : nous sommes un peu con et nous avons mal compris. Pas d’amalgame donc.

Sauf que quelle est la fin de la précédente citation ?

et si un Prix Nobel avait fait partie du lot, cela se saurait.

Ah ? Tiens, on dirait un amalgame pourri du genre "Les jeux vidéos rendent bêtes". Non, je dois me tromper. Faire un article de justification dans lequel on affirme ne pas faire d’amalgames avant d’en faire un dans la même phrase…. non. Non. Impossible.

Ou alors peut-être bien que ce sont les articles sur le jeu vidéo qui rendent bête, diable.

Maintenant, face à l’ignorance que vous me prêtez sur le sujet, il y a la vôtre, envers les conventions de Genève. Le 13 mars 2012, le Parlement européen a adopté, à la quasi-unanimité, un rapport appelant les États membres à mieux contrôler la vente et l’utilisation des jeux vidéo violents. Il envisage la mise en place d’un bouton rouge qui désactiverait l’accès à un jeu, à certaines heures ou à certaines parties du jeu. Ce bouton rouge serait extrêmement utilisé avec un jeu comme Call of Duty, si l’on en croit l’excellent article de Quentin Girard sur Slate.

Les conventions de Genève n’interdisent pas la guerre ni de tuer. Elles précisent seulement que les prisonniers doivent être traités avec humanité et être protégés contre les actes de violence. Si vous jouez à World of Warcraft dans lequel de nombreuses missions imposent d’assassiner quelqu’un et de ramener sa tête, vous êtes en pleine violation de l’article 3 commun aux quatre conventions de Genève qui précise que "les mutilations, les traitements cruels, tortures et supplices" sont prohibés. Quant à Call of Duty, lors de la Mission Cachette, vous devrez fermer les yeux, pour ne pas être accusé de complicité, lorsque votre capitaine torture et abat froidement un blessé… Peut-être n’est-il pas stupide de montrer que, même dans le virtuel, il peut y avoir une éthique.

Oui. Je sais. C’est odieux : dans les jeux vidéos, on ne respecte pas la convention de Genève. Ni la loi, souvent. Parfois, on joue même des assassins, imaginez donc !

D’ailleurs, et en tant qu’experte, notre bonne dame nous cite pour se justifier "l’excellent article de Quentin Girard sur Slate". pour justifier son propos. Et là, premier paragraphe dudit article concernant un papa pensant comme Claire Gallois : " Michael Stora, psychologue spécialiste des jeux vidéos, a confirmé mon intuition: «A première vue, ce père n’a pas compris les principes des jeux vidéos. Comme le jeu en général, ce sont des aires de transgression où l’on joue avec les lois et ses pulsions agressives. C’est un excellent espace de récréation, même pour l’adulte.»"

Attendez ? Vous voudriez dire qu’elle a réussi, pour se justifier, à citer un article qui lui donne tort ? Mais ?

Mais enfin Madame ! Saviez-vous que la convention de Genève interdit aussi les mutilations ? Y compris se tirer des balles dans le pied, et surtout à répétition ? Et vous voulez dire que ce serait donc ça, votre article pour justifier du fait que le précédent n’était pas juste une vaste blague ? Mais je… je… oh bon sang, c’est incroyablement mauvais. Je crois que moi aussi, j’ai envie de violence, maintenant. Comme quoi, il n’y a pas que les jeux vidéos qui poussent au crime.

En attendant, j’espère tout de même qu’on nous fera bientôt un jeu respectant ces principes : on y jouera un personnage qui respecte tout, et dont le but est de ne choquer personne. Le gameplay sera un peu mou, c’est sûr, mais on pourra marquer des points en faisant du rien, ce qui sera très gratifiant.

Je pense qu’on l’appellera "Sim François Hollande"

Maintenant, vous savez pourquoi la photo est coupée à ras du crâne : c’est pour planquer le losange vert.

Bon, enfin, je parle, je parle… mais on pourrait encore continuer un petit moment, mais là, de suite, il faut que je vous laisse, on frappe à ma porte.

"Monsieur Connard ?
- Moui ?
- Nous venons vous parler de Jésus Christ notre sauveur.
- Ah non j’ai pas le temps là. Par contre, ma porte a grand besoin de salut, je vous laisse voir ça avec elle. Méfiez-vous, elle est timide.
- Nenni ! On va vous parler de Jésus que vous le vouliez ou non !
- Je serais curieux de savoir comment.
- Facile : FUS RO DAH !"

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Appuyé contre l’une des rambardes de l’escalier du commissariat, le lieutenant Hémont regarda la silhouette de Ludovic se courber pour rentrer dans le véhicule qui l’emmenait à la prison la plus proche pour qu’il y prenne ses quartiers. Jamais le garçon n’avait cessé de pleurer, particulièrement lorsqu’on lui avait égrené toute la liste des jeux vidéo que l’on avait retrouvé cachés sous une latte du parquet de sa chambre. Des choses qui lui avaient retourné l’esprit au point de le faire passer à l’acte. Il avait brisé une vie.

"Bravo lieutenant."

Le commissaire Grodon, pipe à la bouche, était venu s’installer à côté de l’officier pour regarder le spectacle de la voiture de police s’éloignant, le violeur à son bord, les gyrophare balayant de leur triste lumière les bâtiments alentours. Ils restèrent immobiles jusqu’à ce que finalement, tournant au bout de l’avenue, la voiture disparaisse. Durant quelques instants, on entendit plus que le léger son des bouffées de tabac que le commissaire tirait goulûment alors que les deux hommes restaient figés à contempler un spectacle qui n’était plus.

"Merci commissaire mais… pour un d’arrêté, combien encore en liberté ?
- C’est notre métier de le savoir, lieutenant. Et de faire diminuer ce chiffre.
- Mais tout cela n’est qu’un symptôme ! Que fait-on pour la cause ? Les jeux vidéo ? C’est ça, le virus !
- Le temps nous le dira, lieutenant. Le préfet vient de m’avertir que la chose était prise très sérieusement en haut-lieu. Le jeu responsable de ce triste fait divers devrait bientôt être interdit, si tout va bien."

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Le commissaire fit quelques pas, observant les rares étoiles visibles dans le ciel de la métropole. Puis se tourna brièvement, l’air toujours aussi placide.

"Ho, lieutenant, j’allais oublier : le Poney Club vous remercie d’avoir rapporté sa Ponette.
- Après ce qu’elle a subi, c’était bien le moins. Sans elle, jamais on aurait arrêté le salaud qui s’infiltrait dans les écuries pour… et qui l’a…"

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Il serra rageusement les poings, puis jeta au sol la jaquette du jeu ayant causé tant de malheurs, avant de s’en retourner à l’intérieur du commissariat pour s’oublier dans la paperasse. Le commissaire le regarda faire, puis tirant une nouvelle fois sur sa pipe, observa la jaquette à demi-brisée au sol tout en affichant un sourire énigmatique.

"Tes jours sont comptés, engeance corruptrice : bientôt, plus personne ne saura que tu as existé… Léa Passion Cheval !"

Comme certains d’entre vous l’ont peut-être remarqué : sur ce blog, on se soucie beaucoup de questions d’éducation et de ludisme.

Aussi, afin d’aider les plus jeunes à appréhender des notions aussi incompréhensibles que l’état actuel des débats politiques ou les élections qui se préparent au sein de certains partis, je vais me contenter aujourd’hui de vous proposer un set complet pour recréer, chez vous, l’intégralité des débats grâce aux fiches de personnages des principaux intervenants de celui-ci. Vous pourrez ainsi initier les plus jeunes aux joies de la mauvaise foi au travers d’une formidable partie de jeux de rôles, utilisant les règles de L’Appel de Chtulhu (soit ce qu’il y a de plus proche des débats du moment, à savoir une oeuvre basée sur la folie qui nous guette tous).

Et pour ceux qui ne connaîtraient pas, j’ose supposer que les fiches parleront d’elles-mêmes. Evidemment, si les photographies correspondent bien à des personnes réelles, les fiches, elles, ne reflètent en rien leurs compétences, ou alors par pure coïncidence, vous l’imaginez bien.

Bref.

Vous avez-envie de recréer chez vous la saine ambiance d’un congrès du parti socialiste, avec ses motions, ses débats à base de "Nan, moi j’suis d’gauche, tous les autres sont de droite" et autres arguments de fond ? N’hésitez pas à proposer à vos joueurs la fiche de Martine.

Evidemment, n’oubliez pas les règles du jeu : pour bien faire comprendre aux plus jeunes le concept de démocratie, expliquez-leur que quoiqu’il arrive, à la fin de la partie, c’est le joueur qui joue Harlem qui gagne. Vous lui attribuerez donc quand même une fiche.

Là aussi, il est possible de cliquer. C’est tout de même bien fait.

Et, après avoir fait jouer à vos joueurs ce scénario à base de débats entre Martine et elle-même ("Excellent travail Martine – Merci Martine, tu es la meilleure"), n’hésitez pas à pimenter un peu les choses en leur proposant ensuite de jouer une aventure beaucoup plus violente, comme celle opposant François et Jean-François.

Oui, là, je ne sais pas si cliquer est bien raisonnable en fait

Et casez donc en face un adversaire à sa hauteur avec François, permettant aux deux de s’affronter en d’épiques batailles à base de petites phrases et pourquoi pas, de popopopo.

Cliquetage toujours. Ne me demandez pas pourquoi je le précise à chaque fois.

Cela dit, il peut arriver qu’en voyant les deux s’empoigner, d’autres jeunes gens veuillent se joindre à la bataille : n’hésitez pas alors à leur proposer la fiche d’un autre sidekick qui n’a évidemment rien à voir avec une personne existante ou ayant existé et ne demandant aucune compétence pour être joué (au sens littéral : la moindre compétence trahit l’esprit du personnage).

Toi qui cliques ici, abandonne tout espoir

Et enfin, lorsque vous aurez fait le tour de toutes les possibilité avec ces personnages fabuleux et tous ceux que vous aurez envie d’ajouter à la bataille pour rajouter encore plus d’action et de ludisme pour vos jeunes gens, quand enfin, ils auront les yeux qui pétilleront à la simple audition des mots "politique", "débat", ou "parti", alors n’hésitez pas à leur proposer d’introduire un nouvel être dans la partie demandant encore plus de maîtrise du jeu :

Je ne me répète plus, il suffit.

Voilà.

Avec ça, des heures d’instruction civique faite avec pédagogie et ludisme vous attendent. Amusez-vous bien, et n’oubliez pas : qu’importe si votre partie ressemble à n’importe quoi, ça reste tout de même plus crédible que les échanges actuels.

La prochaine fois, nous verrons comment se joindre à un club d’amateurs de jeux historiques pour refaire avec des figurines 28mm les plus grands moments du bourrage d’urne du congrès de Reims 2008 du PS.

Amusez-vous bien.

Ce monde est empli d’êtres fabuleux.

Pour s’en assurer, il suffit de sortir de chez soi ou même, en cas d’agoraphobie, d’allumer son téléviseur afin de réaliser à quel point notre planète est riche ; apercevoir les frères Bogdanov, écouter Nadine Morano ou tout simplement se retrouver dans la file du guichet de La Poste laisse rêveur tant chaque jour semble apporter son lot d’êtres improbables. Pourtant, certains continuent de chercher une échappatoire vers d’autres réalités ; et lorsque l’on a pas les moyens de se payer de la schnouf comme tout bon trader pour gagner son paradis artificiel, il faut bien trouver d’autres solutions ; aussi, le prolétaire misanthrope se tournera plus aisément vers les jeux de rôles, autoroutes d’encre et de papier vers les contrées mystérieuses de l’imaginaire et de divers monde parallèles.

Aujourd’hui, donc, nous traiterons d’un être à la fois incroyable et mystérieux : le rôliste. Pour celles et ceux qui n’auraient aucune notion de la chose, concentrez-vous.

Le Rôliste

Des rôlistes pris en plein effort. Quel instant magique, comme tout cela est majestueux

Définition générale

Le rôliste, ou Homo Sapiens Garygygax est l’appellation qui désigne tout pratiquant de jeu de rôle, et plus particulièrement ceux qui se retrouvent régulièrement autour de ce hobby. Victime de nombreux préjugés, et pas seulement à cause de leurs t-shirts aux motifs contestables, les rôlistes défendent une conception du jeu de rôle souvent floue dans la société contemporaine. Il faut donc bien distinguer plusieurs éléments afin de comprendre de quoi il retourne, car manquer de respect à cette pratique devant ses amateurs revient à prendre le risque de se faire lapider à coups de gommes, dés, fraises tagadas et princes tyranides (si vous ne savez pas ce que c’est, vous avez toutes les chances d’avoir des enfants un jour). Nous ferons donc le distinguo entre :

  • Le jeu de rôle, activité consistant à réunir des joueurs autour d’une table afin d’y suivre un quelconque scénario. Tous les joueurs disposent d’une fiche de personnage, représentant celui qu’ils incarnent : guerrier orc, princesse elfe ou première secrétaire du PS (bien que cette dernière puisse être assimilée au premier exemple sus-cité), tout est possible. Ensemble, ces joueurs vont faire réagir leurs personnages face à diverses situations, déclinant leurs actions ("Je latte la gueule de l’aubergiste"), faisant les dialogues ("Aubergiste, ta bière sent le kobold, je vais te latter la gueule") et vivant les conséquences de celles-ci ("J’esquive l’attaque venant dans mon dos et tente de sortir des douches de Fleury-Mérogis"). Tout comme dans un jeu de société classique, il y a des règles et ainsi, quelques jets de dés permettent de savoir si un personnage réussit ou non une action donnée. Dans tous les cas, pour que l’aventure puisse se passer, l’un des joueurs est nommé "Maître de jeu" : à la fois réalisateur, scénariste et metteur en scène, c’est lui qui déroule l’aventure sous les pieds des joueurs en expliquant scène après scène ce à quoi les joueurs sont confrontés ("En arrivant à l’auberge, vous notez un individu mystérieux qui s’approche de vous"), et qui fait vivre tous les Personnages non-joueurs (PNJ) ("Bonjour nobles étrangers, voudriez-vous apporter ces valises mystérieuses à mon ami Edouard Barde Dur ?"). La partie s’arrête généralement lorsque les joueurs ont résolu un mystère, une enquête ou que sais-je, pourvu que ce soit plus passionnant qu’une partie de Time’s Up (ce qui est tout de même très facile). On parle donc bien ici de rôlistes.
  • Le jeu de rôle grandeur nature, consistant à se déguiser pour vivre une aventure, fort logiquement, grandeur nature. Il y a alors non pas un, mais des maîtres de jeux, portant le titre pompeux "d’organisateurs" bien qu’ils soient généralement dépassés. C’est un concept souvent bâtard, puisque mêlant généralement la liberté des interactions directes (plus besoin de table et de papier) avec des règles à la con totalement opposées au concept pour des raisons qui échappent à toute logique. En effet, aucun être humain normalement constitué ne comprendrait l’intérêt de se déguiser pour ne plus avoir à imaginer les choses autour de papier et de dés si c’est pour derrière, avoir des règles à la con comme "Lorsque Michel porte un bandeau noir, faites comme si vous ne le voyez pas, il est invisible" ou "Lorsque vous frappez, annoncez vos points de dégâts pour que l’on compte les points de vie.". Mais bon, ici aussi on parle de rôlistes, il faut donc oublier les règles régissant notre monde.
  • Les jeux de rôles en ligne, ou jeux vidéos, dans lesquels les seules interactions possibles pour résoudre une aventure sont préprogrammées. Nenni d’inventivité : on ne parle donc pas ici de rôliste, mais juste de joueur de jeu vidéos. Attention : si presque tous les rôlistes jouent aussi aux jeux vidéos, la réciproque n’est pas vraie.
  • Les jeux de cartes et jeux de plateau : Magic et Warhammer trouvent souvent leur place aux côtés des tables de rôlistes, mais bon, ce ne sont pas des jeux de rôles, puisque l’on n’y incarne pas grand-chose, à part un type qui perd du blé. On saluera au passage Magic, le jeu connu internationalement au principe commercial simple "Bonjour ami joueur ! Tu as vu ? Voici la dernière extension de Magic et sa nouvelle règle, "Reblochon magique" ; seules les cartes de cette extension ont la capacité "Reblochon magique" ! Et un joueur avec des cartes comportant cette mention est intouchable, à part par d’autres joueurs en disposant aussi. Cette règle est évidemment là pour rendre le jeu plus intéressant, et pas du tout pour obliger des hordes de gens à acheter encore et encore s’ils ne veulent pas perdre automatiquement toutes leurs parties". Voilà voilà. Oui, on montre ces gens du doigt dans la rue et c’est bien normal. Pour ma part, je suis favorable à ce qu’on leur colle des clochettes aux poignets (histoire qu’on entende les grelots lorsqu’ils piochent) et qu’on réouvre les léproseries sous le nom de "Magiqueries" ou "Freakseries".

Ces quelques principes étant arrêtés, nous pouvons passer à la suite.

Appellations générales

Le rôliste est le terme qui sert à désigner le pratiquant de jeux de rôles de sexe masculin ; pour la femelle, on parle de la rôliste, même si on le fait rarement. Seul le déterminant change, car il n’y a pas assez de femelles pour que l’on se préoccupe de leur donner un nom à part. Osez le Féminisme ne s’est pas encore exprimé sur le sujet, mais on attend avec impatience "La rôliesse", "La rôlistette" ou "Le boudin freak avec les couettes". Il n’y a pas d’autres appellations particulières pour les rôlistes, puisque personne ne les appelle particulièrement. A part leur maman à table le samedi midi lorsqu’ils traînent à descendre en hurlant "J’arrive !" alors qu’ils achèvent de dessiner la carte du donjon de Zankthar le Ténébreux.

Description physique générale

Le joueur de jeu de rôle fait généralement très peur : souvent pourvu d’un fameux embonpoint, ou au contraire paraissant complètement anorexique, il arbore le plus souvent une pilosité parfaitement aléatoire, qui aime tendre vers divers excès esthétiques comme les cheveux longs, les boucs, ou même les queues de cheval. Sa peau est pâle, suite à trop d’heures passées à jouer dans la cave ou le grenier familial (le rôliste n’est pas le bienvenu dans le salon du foyer pour pratiquer son loisir, tant les familles ont peur que les voisins apprennent que leurs enfants participent à ce terrible hobby), et il est rarement considéré comme particulièrement séduisant. De fait, on appréciera par ce propos mon goût des euphémismes, mais passons.

Sa tenue est sombre, généralement portée sur les tons noirs supposés lui donner un côté dark ; pas vraiment gothique, le rôliste n’en suppose pas moins qu’irradie de lui un charisme à la fois mystérieux et sensuel que ne renierait pas un vampire en goguette même si en réalité, les autres perçoivent chez lui une absence complète de goût ainsi qu’une odeur semblable à un oeuf pourri que les pratiquants justifient en invoquant le fait que pour beaucoup, "le jeu de rôle sent le soufre". La source véritable de ces effluves est plutôt liée aux soirées passées entre mâles à manger des chips en tuant des orcs, provoquant diverses émanations (particulièrement de surprise lorsque Gurthüg l’orc a réussi un coup critique) qui imbibent les vêtements des participants d’odeurs de vieux pets. Même si aucun rôliste ne l’admettra. On notera par ailleurs un certain goût pour les motifs médiévaux fantastiques sur leurs vêtements : t-shirts de dragon, t-shirts de filles avec de grosses épées, t-shirts runiques, etc. Les plus hardcore n’hésitent pas à arborer des accessoires signifiant leur statut hors du monde, comme par exemple, ou une réplique de l’Anneau Unique autour du cou, ou un bandeau de Naruto au bras.

En cas de jeu de rôle grandeur nature, le rôliste enfile alors ses plus beaux atours : armures, armes, boucliers en caoutchouc & heaumes elfiques en mousse, c’est l’occasion pour lui de briller en société, avant de se lancer dans de folles aventures champêtres avec ses comparses. Le promeneur passant par là, lui, s’exclamera juste "Qu’est-ce que c’est que cette merde ?", particulièrement lorsqu’il croisera en pleine séance Lukas, rôliste de 30kg tout mouillé, bien décidé à incarner un barbare, un t-shirt déchiré et noué autour de sa taille faisant office de pagne autour de son slip alors qu’il exhibe son torse sans muscles au tout venant en agitant son épée bâtarde en latex devant lui.

De manière regrettable, les rôlistes ne pratiquent pas le jeu de rôle grandeur nature durant les périodes de chasse, tant un orc et un sanglier, c’est quand même un peu pareil, finalement.

A noter que comme l’univers des rôlistes est constitué aux trois quarts de n’importe quoi (et le restant de matière noire), il autorise des exceptions juste pour faire rire : Vin Diesel, par exemple, est joueur de jeu de rôle. On supposera donc, au vu de sa carrure, qu’il joue avec des dés en fonte d’un mètre sur un.

Rôliste tentant de jouer avec les dés de Vin Diesel

Régime alimentaire

A partir des taches retrouvées sur les feuilles de personnage, une équipe d’archéologues et de non-sociologues (des experts en asociaux)  a pu déterminer que 60% de l’alimentation rôliste était constituée de junk food : pizzas, kebabs, Mc Do et coca permettent à la bête de tenir de longues heures alors qu’elle tente de coller sa peignée au prince vampire Maleficious. Les 40% restants se divisent comme suit :

- 20% de nourriture cuisinée par maman qui s’inquiète

- 20% de sucreries glanées ici ou là (mais pas volées à des enfants tout de même : étant petits, le rôliste sait qu’au corps-à-corps l’enfant a des bonus en jets d’esquive, aussi ne l’attaque t-il pas)

Parfois, le rôliste mange des dés, mais par accident,  et uniquement parce qu’il a confondu son dé 20 avec un pepperoni. De fait, le dé essaie donc en général de s’échapper, de préférence en roulant sous les meubles avoisinant (tel le fameux canapé piégeur) afin de ne pas subir pareil sort. Accessoirement, le dé en a aussi assez de rouler dans des paluches suantes et ayant traîné n’importe où. On le comprend : les seins des filles aussi évitent soigneusement les mains des rôlistes (mais sont beaucoup moins pratiques pour déterminer le succès ou l’échec d’un jet de sauvegarde).

Comportement

Le rôliste est à la fois asocial et tribal ; en semaine, il vit à l’écart des autres, troublé par ces gens qui arrivent à réussir des jets de charisme, de séduction et d’étiquette dans le monde réel sans même lancer le moindre dé (ce qui est considéré comme de la triche ou alors c’est juste parce que ce sont des PNJs) ; aussi, lorsqu’enfin, ils retrouvent leurs semblables, ils se réunissent autour d’une table afin d’évacuer le stress et l’incompréhension de la semaine. On assiste alors à un phénomène rare : le concours de bites avec fiches de personnage.

Ayant son petit ego, le rôliste aime comparer son personnage avec celui du voisin afin de mesurer qui a la plus grosse :

"Moi mon perso, il a plus en force que toi !
- Oui mais attends, moi avec ma dextérité, au final, je fais plus de dégâts avec les règles de la 3e édition.
- J’te prends quand tu veux !
- Ah ouais ? Ah ouais ? Et t’as pensé à mon armure en mithril ?
- Gnagnagna mithril gnagnagna !"
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Bien que ce concept n’impressionne personne, puisque vu de l’extérieur, ça reste avant tout deux mecs avec des taches de gras sur le t-shirt en train de comparer des fiches griffonnées au crayon de papier et couvertes de traces de substances diverses. Cette attitude conduit nombre de rôlistes, réunis en clubs, à se battre régulièrement, mais jamais physiquement (il faudrait pour cela qu’ils disposent de force physique), simplement en jeu afin de déterminer qui est le mâle alpha. De fait, toutes les occasions sont bonnes pour se taper sur la gueule.

"MJ : L’homme, après avoir fini son briefing, vous tend alors un dossier contenant les détails de la mission ainsi que moult crédits.
Joueur 1 : Ok, je les prends.
Joueur 2 :  Comment ça "tu" ? Donne-moi le pognon !
Joueur 1 : Non mais je prends pour l’équipe. Et continue comme ça, toi, tu vas voir.
Joueur 2 : Ahaha, attends, avec mes réflexes à fond et mon blaster, je te pourris la gueule quand je veux !
Joueur 1 : Des menaces ? Haha ! Je dégaine, et j’ai +2 à l’init’ avec mon holster spécial !
Joueur 3 : Il reste des Pim’s ? C’est pour finir mon coca.
MJ : Non mais attendez ne vous battez pas devant votre employe…
Joueur 2 : PAF ! Regarde mon jet de fou à l’init’ ! Je passe ; je tire au jugé ; jet de dé : ça passe ! Dégâts ! Ah, tu es mort !
Joueur 1 : Enculé, je refais un perso et je te défonce."

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Ces querelles peuvent atteindre de telles proportions que deux mêmes joueurs peuvent se battre à chaque partie sous divers prétextes pour continuer de tenter d’apaiser leur haine de l’autre. Là encore, vu de l’extérieur, c’est parfaitement ridicule. De l’intérieur aussi remarquez, mais tant pis.

En dehors de cela, le rôliste est plutôt timide, voire carrément taciturne lorsque le café vient à manquer.

Reproduction

Le combat pour la place de mâle alpha est essentiel chez le rôliste, particulièrement lorsqu’une femelle atterrit dans le club pour une raison X ou Y. On ne note que quelques motifs pouvant amener à une telle situation :

  • C’est la copine d’un rôliste (on parle alors de "Miracle"), et il l’a convertie, un peu comme Edward dans Twilight : désormais, elle vit la nuit, se retire de la société et suit partout un type aux cheveux gras.
  • Elle a perdu un pari avec ses copines et elle a pour gage de passer une nuit dans un club de jeu de rôles
  • Quelqu’un l’a droguée

Pour les experts du domaine, c’est l’occasion d’observer un phénomène particulièrement rare : la parade amoureuse du rôliste hétérosexuel (les autres sont punis par Dieu pour leurs péchés). Pour bien comprendre la chose, imaginez une créature qui vit à 98% avec des mâles (et à 2% avec sa maman), qui découvre devant lui un être compatible sexuellement et qui permettrait en plus de tendre vers une certaine apparente réussite sociale, ce qui rendrait sûrement jaloux Benoit, celui qui a tué son personnage de Vampire il y a trois semaines sur un jet de dé chanceux, le petit chacal. Ni une, ni deux, il DOIT la séduire, mais comment ? Il n’y a pas hélas 36 solutions :

  • En lui apprenant les règles du jeu, de préférence en donnant tous ses "trucs" pour lui montrer à quel point on est un foutu érudit – mais sympa quand même parce qu’il file ses tuyaux. Nul doute que Mademoiselle sera charmée en apprenant qu’en se biclassant guerrier/mage, elle aura des avantages non-négligeables sur les points de vie de son personnage (il est plus probable qu’elle se plante un critérium dans la jugulaire pour abréger ce supplice, mais bon)
  • En lui refaisant le coup du mâle alpha, c’est-à-dire en lui montrant à quel point son perso est génial et meilleur que ceux des voisins. Pour le coup, le rôliste se perd souvent dans des anecdotes techniques sur comment il a vaincu une liche Tremere un jour sur une action héroïque (en jeu ; en vrai, il est juste resté sur sa chaise qui a un peu craqué sous son poids dans l’excitation du moment)
  • En essayant d’être drôle, ce qui peut la pousser au suicide rapidement (oui, les blagues sur l’Appel de Cthulhu font perdre leur santé mentale aux auditeurs, c’est comme ça)

De fait, il arrive parfois que la pauvrette cède aux avances des mâles alentours, et elle rentre alors dans un cercle infernal où chacun tentera de la draguer ; on parle alors de tournante rôliste, chacun tentant à son tour un jet de charisme pour récupérer la belle. Cette bataille fera naître bien des conflits en jeux, envenimant encore plus les batailles évoquées précédemment.

Filles toujours, on notera qu’il arrive au rôliste de jouer des personnages féminins ; auquel cas, ce ne sont jamais des boudins.

Femme idéale selon le rôliste : "Comment, tu as vaincu Zankthar et atteint le niveau 27 ? Profite de tes 1D6 points de vie supplémentaires et prends moi toute !"

F.A.Q

Mon rôliste a la voix rauque et répète des choses insensées, a t-il la grippe ?

Non, il imite Gollum. C’est le cas d’un rôliste sur trois, ce qui rend l’imitation un peu lourde pour le tout-venant.

Mon rôliste a explosé sa facture de portable ce mois-ci, et il refuse d’en parler (il s’enferme prétend avoir enchanté la porte de sa chambre à +2 contre les réprimandes et le crochetage), que faire ?

La solution la plus probable est qu’on lui a volé son téléphone et qu’il a un peu honte de ne pas avoir réagi avec autant de force et de réflexe que son personnage de Shadowrun. Vous ne croyez quand même pas qu’il a des gens à appeler : comment voulez-vous qu’il explose sa facture de lui-même ? Ou alors il envoie "Princesse elfe avec 18 en Apparence" au 8 38 38.

D’accord, mais pour le faire sortir de sa chambre ?

Faites rouler des dés devant sa porte : ce bruit rend le rôliste fou et l’oblige à sortir. Cela fonctionne un peu comme un appeau. Combiné avec un piège à ours (selon le gabarit de votre cible), la chose fonctionne à merveille.

Mon rôliste a décidé de passer du jeu de rôle papier au jeu de rôle grandeur nature : est-ce une progression ?

Tout comme le pokémon, le rôliste évolue. Le rôliste papier est considéré comme l’équivalent de Chétiflor (Pokédex 069), son évolution en rôliste grandeur nature équivaut à Boutstiflor (Pokédex 070) et lorsqu’il se retire définitivement du monde seulement équipé d’un D10 et d’un vieux livre de Vampire : La Mascarade à la reliure aléatoire, on considère qu’il devient tel Empiflor (Pokédex 071). Après, je ne suis pas sûr que l’on puisse parler de progression, mais bon.

Mon rôliste serait un pokémon de type plante ? Vous vous moquez de moi ?

Essayez, vous verrez : ils sont sensible au feu. Si c’est pas une preuve.

Mon rôliste ne ramène aucune fille à la maison… est-il homosexuel ?

Non, il est rôliste.

Mon rôliste a ses chaleurs, dois-je le faire castrer ?

Achetez-lui un paquet de Magic : il n’est pas prêt de copuler.

Ah, malheur, je n’ai toujours pas trouvé de sponsor prêt à me payer une fortune pour que je vous rédige des billets dans lesquels je vous explique comment mes problèmes de capiton se sont envolés depuis que je me roule chaque soir dans du saindoux Boncochon©. Croyez bien que je le vis relativement mal, mais bon ; pour compenser ce grand vide en moi, je vais faire de la pub pour des compagnons de débauche et de mauvais goût, que ceux qui fréquentent mes liens ont connus après avoir cliqué sur le blog d’Ultimex ou celui de Wandrille

Mettons-nous en situation : ce soir, vous avez dîné chez les Martin. Si le repas fut une succession d’agréables mets, il n’en fut pas moins difficile de tenir au milieu du classicisme sans borne des conversations : remarques sur les saisons qui sont devenues folles, observations sans intérêt sur la situation du pays et plus particulièrement de son paysage audiovisuel, et même une imitation du général De Gaulle à l’aide du tire-bouchon qui avait servi pour le rosé. Ne nous le cachons pas : si vous avez bien mangé, vous vous êtes cordialement fait chier.

C’est pourquoi lorsque la dernière miette du dessert a été engloutie, vous devenez particulièrement anxieux, sachant ce que vos compagnons de table vont proposer ; et le coup ne rate pas : Anne-Sophie, qui était assise en face de vous tout du long et mangeait en consultant son smartphone, annonce d’une voix enjouée "Hooo, et si on se faisait un petit Time’s Up ?".

Comme toute personne normalement constituée, vous vous levez en renversant la table afin de bien souligner l’importance du propos que vous allez tenir, et au milieu des bruits de porcelaine brisée, vous envoyez un bon crochet du droit dans la gueule d’Anne-Sophie, que vous ponctuez d’un "Dis-donc, ça fait trois plombes qu’on s’fait chier, t’as pas idée de proposer des trucs pareils, dis ?" ; la main sur son museau sanguinolent afin d’éviter d’éclabousser les convives d’hémoglobine, la bougresse ajoutera alors prestement "Nan mais si tu veux pas, on peut se faire un petit Jungle Speed ?". C’en sera trop pour votre patience, puisque vous vous étiez jusqu’ici contenu, et vous utiliserez probablement votre chaise comme arme contondante afin de réduire la vilaine au silence pour de bon : pour que les invités saisissent bien votre légitime mais parfois incomprise réaction, vous hurlerez donc ce-faisant "Parce que tu crois que j’ai envie de jouer à un jeu dont le but est de sentir tes ongles se planter dans mon poignet, hein ? Tu crois que j’ai envie de t’entendre couiner que "Hoooo noooon Michel, y triche, j’avais une demi-phalange de plus que lui sur le totem", dis ?" alors, jetant la chaise désormais aussi brisée qu’Anne-Sophie loin de vous, vous remettrez la table sur pied et y déposerez le jeu Coups d’un soir, expliquant que pour une fois que vous pouvez mêler ludisme et bon goût, autant en profiter. Sans compter que ça permettra à Christian de réussir à draguer une fille au moins une fois dans sa vie.

"Mais alors", s’exclameront vos convives, "En quoi ce jeu consiste t-il ? Est-ce cocasse et susceptible de nous divertir ? Et quelle est cette substance visqueuse qui sort de l’oreille d’Anne-So ?"

Soyons concis ; comme nous le souffle le personnage Ultimex dessiné au dos de la boîte, l’objectif est simple : "Attrapez les toutes !"

Si vous ne connaissez pas le Monsieur avec un gros oeil, dénommé Ultimex, c'est une faute de goût. Et non, il ne fait pas partie des cartes à deviner au Time's Up.

En effet, le jeu est constitué de deux paquets de cartes, dont l’un contient une série de demoiselles telles Céline Deschanel, une rousse incendiaire aux formes généreuse pour laquelle tous les joueurs se battront, Eva Sangria, une jeune fille qu’il est possible de séduire en remplissant suffisamment son verre, Vanessa Racli, caillera sensible de son état, qui nous dit en citation associée "Prends-moi la bouche, bâtard", ou encore  Truc, la copine de Valérie. Chacune de ses damoiselles a des attentes dans différentes catégories : la virilité, la morale, la réussite et la classe.

C’est là qu’intervient notre second paquet de cartes, qui contient des arguments et des coups de pute (avouez que c’est autre chose que vos soirées Uno) ; la première catégorie permet d’obtenir les atouts nécessaires à la conquête de ces dames : une moustache vous rendra plus viril, une canne-épée vous donnera une certaine classe, raconter que vous êtes parrain d’orphelins dans un pays pauvre vous aidera à vous faire passer pour quelqu’un de moral, et un portefeuille bien rempli permettra d’exhiber votre réussite au tout-venant. Une fois suffisamment influent dans ces diverses catégories, vous pourrez donc souffler sous le nez de vos amis les plus belles filles de la soirée ; mais c’est sans compter leurs coups de pute, visant à vous ridiculiser, à envoyer le fisc s’assurer que votre réussite n’est pas liée à une sombre histoire de cotisations non payées, ou même à retourner votre jardin pour y retrouver vos précédentes compagnes (quand je vous dis que ce jeu est de bon goût).

La partie s’achève lorsqu’un joueur a atteint un certain nombre de points de conquête, un peu comme à Risk, mais sans le Kamchatka. Je vous cite les règles du jeu sur la question : "Le gagnant est celui qui le premier atteint le score que les joueurs se sont fixé en début de partie. Il devient alors le roi de la soirée, et peut donc se lever bruyamment et se moquer de ses adversaires en utilisant des insultes à caractère homophobe, comportement que les créateurs du jeu désapprouvent, mais vous savez comment sont les gens…".

Voilà. Maintenant, vous faites ce que vous voulez, mais soyons francs : si vos amis sont des gens très premier degré dont la tirade clé est "On ne rigole pas de ces choses là", et si en plus ils trouvent Laurianne Deniaud charismatique et pertinente, n’achetez pas le jeu et investissez plutôt dans une grenade lacrymogène qui vous permettra de fuir leurs soirées sans encombres. Pour le reste, une première extension du jeu est déjà programmée, pour que l’on puisse y séduire des hommes, aussi, que l’on attirera probablement avec des pièges à bière, un peu comme les guêpes. On regrettera bien sûr que le jeu ne comporte pas de cartes "Pelle", "Pistolet maüser" ou "Odieux Connard". Mais bon, si malgré tous ces défauts, ça ne vous arrête pas, c’est par là. Sinon, c’est par ici.

P.S : Ce billet ne retardera pas la parution du prochain sur le blog. C’est qu’on est sérieux, ici, vous savez. Ce n’est pas parce qu’on a ni principes ni éthique qu’on ne peut pas avoir une ligne éditoriale. Regardez Le Figaro.

Le lieutenant Murray cligne péniblement des yeux lorsqu’un nouveau flash crépite.

Il faut dire que c’est une nuit assez curieuse ; sous la pluie battante de l’orage, les flashs de l’appareil photo de la police scientifique se mêlant aux éclairs qui tombent ça et là au-dessus des buildings donnent la curieuse impression de se répondre. De temps à autre, une recrue qui faisait le planton au bout de la ruelle bondit en entendant la foudre tomber non loin, avant de réajuster sa casquette dégoulinante en jetant un coup d’oeil autour de lui pour essayer de savoir si quelqu’un l’a vu sursauter. Et comme si tout cela ne suffisait pas, une voiture de patrouille se positionne à l’autre extrémité de la ruelle, ses gyrophares ajoutant encore plus de lumières stroboscopiques à l’ambiance générale, faisant briller les hauts-murs alentours de teintes bleues et rouges à un rythme infernal pour les rétines les plus fragiles. Et puis ça et là, le flash de l’appareil photo. Encore. Et la foudre. Encore. Si Murray n’était pas blasé, il se laisserait presque aller à un sourire devant ce curieux spectacle lumineux bercé de la sirène stridente des véhicules allant et venant sur les avenues alentours. Mais il n’est pas là, pour ça, non. C’est pourquoi il tapote légèrement du pied les fesses de son jeune collègue accroupi pour prendre des notes au-dessus du cadavre afin de l’inviter à se relever.

"Alors ?
- Rien de particulier chef… l’accident bête, à première vue.
- L’accident bête ?
- Le type avait son portefeuille à la main quand il est mort, et tout l’argent est là. J’imagine mal un criminel ne pas sauter sur l’occasion. Quant à la blessure, c’est trop gros pour être un taser ou une arme électrique quelconque. D’après le doc, il aurait simplement pris la foudre. Si on peut dire simplement, bien sûr…"

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Murray jette un regard dédaigneux à la petite silhouette noircie étalée contre le mur entre deux poubelles, sur laquelle s’affairent des experts qui tentent de relever autant de traces qu’ils le peuvent sous une pluie qui efface tout petit à petit. Quelle mort bête. Foudroyé, en pleine ville, avec tous ces paratonnerres à proximité…

Et puis quelque chose attire son regard. Une carte de visite dans le portefeuille disposé à côté du corps, bien rangée dans une poche avec une dizaine d’autres identiques. Toutes au nom de la victime, là n’était pas le problème, mais… dessus, il y avait une série de noms de films. Des films sur lesquels la victime avait travaillé. Et on pouvait très distinctement lire le nom "THOR" au milieu des autres. A cette vue, Murray se tourne prestement vers son adjoint en lui tirant sur la manche.

"Que dit le fichier ? C’était quoi le boulot de la victime ?
- Heu… scénariste je crois. 
- Bon sang ! Ce n’est pas un accident, c’est un meurtre ! 
- Que… un meurtre ? Mais ce mec a été foudroyé !
- Justement. L’histoire est remplie de mecs foudroyés qui avaient tous un point commun : s’être foutus de la gueule de Thor.
- Hahaha, lieutenant, vous me faites marcher ! Vous voulez me bizuter, c’est ça ? 
- Raaah, mais non, regarde ! C’est arrivé encore il y a quelques années, en 78 je crois ; à l’époque, je bossais en France dans le cadre d’un échange international. Il y avait eu ce cas : un type fait une chanson sur l’arme préférée de Thor, et paf : foudroyé ! Une coïncidence, vraiment ?
- Je… arrêtez chef, vous commencez à me faire peur.
- Ce type avait vraiment dû manquer de respect au Dieu de la Foudre pour finir comme ça."

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Sous la pluie battante et au son du tonnerre roulant loin au-dessus de lui, Murray tenta de se demander quelle abominable bouse un scénariste avait bien pu écrire pour mériter une mort pareille.

Il allait bientôt avoir sa réponse.

Parce que nous allons spoiler. Hop !

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L'affiche : sauras-tu retrouver l'incohérence majeure qui s'y cache ?

Tout commence quelque part, dans le désert du Nouveau-Mexique. A bord d’une petite camionnette, la scientifique Jane Foster, la jeune assistante Darcy et le vieux bourru Erik Selvig sont en train d’attendre patiemment une tempête, puisque d’après Mlle Foster, il s’en produit dans le secteur de manière récurrente. Ses deux compagnons se foutent un peu de sa gueule, puisque bon : à la base, elle est astrophysicienne, pas météorologue, alors puisqu’aucune tempête n’est encore apparue ce soir, c’est qu’il y a de fortes chances qu’elle se soit plantée comme un vulgaire busard. Oui, mais vous oubliez un détail les amis : Jane est gentille. Elle ne peut donc pas se tromper.

C’est pourquoi, soudainement, des nuages se rassemblent dans le ciel nocturne, et une sorte de tornade commence à se former : hmm, ça a l’air super dangereux, en fait, non ? Ni une, ni deux, nos héros foncent dans leur camionnette pourrie droit vers le phénomène en le filmant, dans l’espoir d’obtenir de bonnes images de celui-ci (en espérant que ce soit une tempête photogénique). Mais au moment où notre troupe est quasiment au contact de la tornade, des vents poussiéreux surgit au dernier moment un homme visiblement désorienté ; tiens ? Voilà qui n’est pas banal, se dit Jane en se ramassant le monsieur sur le coin du pare-brise. Ça va coûter chez Carglass cette affaire, s’exclame t-elle en sortant du véhicule (oui parce que la tempête s’est arrêtée comme ça, pouf, tornade comprise, et ça n’a pas l’air de la choquer) pour aller examiner l’homme qu’elle vient de renverser. Est-il encore en vie ? Et surtout, d’où vient-il ? Excellente question : pas d’inquiétude professeur Foster, le film va y répondre promptement.

Pour mieux comprendre, nous voici revenus sur Terre peu avant l’an 1000, dans les lointaines terres du nord de l’Europe, contrées d’origine des deux choses qui nous coûtèrent le plus de femmes dans l’histoire : les vikings et Ikea. En cette époque chaotique, des êtres venus d’une autre planète, les géants des glaces, sortes d’humanoïdes bleus aux yeux rouges d’un peu plus de deux mètres de haut, ont décidé de foutre la zone, ce qui embête bien les habitants du coin. Mais nos fiers amis barbus ne sont pas les seuls ennuyés par ce remue-ménage galactique ; en effet, un autre monde en assez de ces géants qui font du bruit passé 22h : Asgard et ses habitants. Menés par leur roi Odin, ces derniers vont coller une grosse pâtée aux êtres venus du froid, les repoussant jusqu’à leur planète d’origine, Häagen-Dazs. Ou un truc du genre. Bref. Dans tous les cas, ces brigands perdent la guerre, et pour être sûr qu’ils ne recommencent pas leurs coquineries, Odin leur confisque le Coffret des Glaces, l’arme ultime qui conférait toute sa puissance à cette civilisation, et qui est en fait un coffret qui a le pouvoir de geler ce qu’il a en face de lui (ennemis, amis, paquet de frites). Il peut aussi, à volonté, donner des glaces à la fraise ou à la pistache, la base du moral des armées géantes.

A noter que bien que ce soient deux civilisations capables de voyager dans l’espace et de vivre des aventures de rabouins galactiques, tant les géants que les êtres d’Asgard se battent à coups d’épées, de haches ou de marteaux, voire de poings. Les armes futuristes, c’est pour les nazes. On se bat au corps-à-corps, nous, Monsieur, on a notre petit amour propre. Et on se déplace à cheval aussi (le cheval, tout comme le poney, est un animal intersidéral).

Des années plus tard, Odin raconte cette histoire à ceux qui ne l’ont pas vécue : ses enfants, Thor et Loki (oui, ils sont nés après l’an mil, alors qu’ils étaient déjà vénérés dans la mythologie nordique bien avant. Mais chut, ne disons rien), qui se passionnent pour ce récit des exploits militaires de papa. Comme il se doit, les deux enfants sont bien différents  : Thor est blond, présomptueux et emporté, alors que Loki est brun, modeste et posé. Le trône d’Asgard a donc deux héritiers, mais seul l’un d’entre eux y aura accès : le truc est trop étroit pour y caser plus de deux fesses, et la tradition veut que l’on préfère que les deux appartiennent au même individu.

Continuons de voyager dans le temps, et faisons une avance rapide de quelques siècles, pour découvrir le palais d’Asgard qui se prépare pour une grande fête. Ah, vous ai-je décrit Asgard, au fait ? Non ? Bon, alors c’est facile : c’est une sorte d’île flottant au milieu de l’univers, seulement entourée d’eau et de nuages pour faire kikinou ; et au centre de cette île, on trouve un palais qui a visiblement été construit uniquement avec du papier d’emballage de gaufrettes. A l’intérieur, tout est doré et plutôt laid, particulièrement les tenues, qui comme toujours, font dans le flashy. Spéciale dédicace à Odin et son cache-oeil qui change de couleur pour s’adapter à ses tenues, parce qu’il est coquet le filou ; on l’imagine tout à fait dire à sa femme "Passe moi le noir, j’ai un deuil ce soir / Ho, il est où mon doré ? J’ai mon armure des jours de fête ! / Bon, aboule mon oeil de verre : j’ai meeting du FN ce soir, et tu sais comme ils adorent la mythologie nordique.". En tout cas, en ce jour, Odin a justement convoqué tout son peuple pour célébrer un évènement unique : l’arrivée de Thor sur le trône ; c’est donc au milieu d’une foule joyeuse qu’arrive notre héros, désormais adulte, faisant des clins d’oeils aux jeunes filles, des sourires de winner à ses copains et agitant son gros marteau Jouetclub en plastique pour impressionner tout le monde. Parlons-en de ce marteau : il s’agit de Mjöllnir, l’arme la plus puissante du coin, dixit Odin, qui dit qu’il n’y a pas mieux pour "détruire et construire" ; ouais enfin mon vieux, essaie de planter un clou avec ça, tu vas rigoler, tiens. Ou alors va falloir inventer "Mjöllclou", le clou avec une tête de 1 mètre de diamètre. Bref, je disais ? Oui : le roi des Ases en est tout à son discours quand soudain, il s’arrête, à quelques secondes de déclarer Thor nouveau roi d’Asgard : il a senti une présence ennemie dans le palais : les géants des glaces !

La chose est avérée : car dans le même temps, dans l’armurerie divine, trois géants se sont infiltrés pour essayer de venir voler le Coffret des Glaces. Après avoir tué deux gardes en faction, ils s’apprêtent à voler l’objet tant convoité, quand ils sont soudain dérangés par une sorte de colosse métallique capable de cracher de monstrueux faisceaux lasers avec son heaume : le Destructeur, le serviteur du Roi d’Asgard et protecteur de l’armurerie. Promptement, les trois chenapans sont donc transformés en merguez, oui, mais en merguez surgelées, géant des glaces oblige.

Odin, Thor et Loki arrivent donc précipitamment sur place pour constater que deux citoyens d’Asgard sont morts dans l’attaque, et confirmer que tout cela est bien le fait de géants des glaces. Thor s’énerve donc très fort en agitant les bras, déclarant qu’il est grand temps d’en finir une bonne fois pour toute avec les habitants d’Häagen-Dazs, et qu’une bonne guerre dégourdirait bien tout le monde. On le constate donc : Thor n’est pas très subtil. Odin, lui, est bien plus sage, puisqu’il pense qu’il ne faut surtout rien faire et… que… quoi ? Pardon Odin ? Des mecs rentrent chez toi, tuent tes hommes, tentent de voler une arme connue pour être surpuissante, et il ne faut rien faire, même pas appeler les géants des glaces pour avoir une petite explication ? Non ? Z’avez pas le téléphone ? Bon. On va dire que le téléphone, c’est comme pour les épées et les haches à la place des canons lasers : c’est trop chochotte pour eux. En tout cas, Thor insiste pour aller bourrer du géant, puisque depuis qu’il a vu Avatar, il a clairement envie de bourrer tout ce qui est grand et bleu pour son bon plaisir ; Odin se doit donc de reformuler les choses : il interdit à Thor d’intervenir de quelque manière que ce soit. Il faut préserver la paix avant tout, par exemple, en ne faisant rien face aux agressions d’autrui (Odin était à Munich en 1938).

"Et moi je dis, les géants des glaces, ils font chier à venir illégalement, faudrait les mettre dans des charters direction Bamako ! Asgard, tu l'aimes ou tu la quittes !"

Thor part donc faire un gros caprice, et quand il fait un gros caprice, il se doit de renverser une table de banquet en s’écriant "Cacaboudin !" pour exprimer son désarroi. C’est ce que lui a recommandé son psy pour évacuer sa violence. C’est un peu son "coussin de la colère" à lui. Rapidement, il est rejoint par son frère Loki, ce qui donne l’occasion d’un dialogue d’anthologie :

"Thor, mon frère, tu as l’air de faire du boudin, mais tu as raison, laisse la colère t’envahir, bascule du côté obsc…
- ?
- Oui, hem, non, je disais : dis-donc, tu as trop raison de vouloir aller taper les habitants de la planète des glaces, ils ne méritent que ça. Quel dommage que Père te l’interdise ! LE SEUL MOYEN DE LE FAIRE SERAIT DE *CLIN d’OEIL* PASSER OUTRE SES ORDRES *CLIN D’OEIL* POUR LE BIEN D’ASGARD *DOUBLE CLIGNEMENT D’YEUX*
- Hmmm, Loki, ça me donne une idée… et si je passais outre les ordres de Père et que j’allais maraver du géant pour le bien d’Asgard ?
- HO ! QUELLE SURPRISE ! (Loki est doublé par Francis Huster) CE SERAIT DE LA FOLIE, QUELLE IDÉE AS-TU LA ?"
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Et Thor, qui est donc visiblement capable de se faire baratiner par une écolière en deuxième année de maternelle, s’équipe donc pour aller guerroyer. Quatre de ses amis se proposent de l’accompagner : A, B, C et Sif, accessoirement sa femme, même si visiblement, il n’a pas l’air de s’en souvenir. Il n’a pas dû étudier sa propre mythologie à l’école. Passons.

Tout ce beau monde se rend donc vers le Bifrost, une sorte d’énorme téléporteur tout au bout d’un pont arc-en-ciel ; et si le pont est de toutes les couleurs, il n’y a pas de raison qu’il n’en soit pas de même du gardien de celui-ci : Heimdall, le vigile d’Asgard qui peut tout voir, est donc comme tous les videurs, noir. C’est très connu : dans la mythologie nordique, on parlait souvent de dieux à la peau sombre. Qui ne se souvient pas de Mamadou Erikson, ou de Olaf N’Golo ? Asgard est quand même un bien beau pays : il respecte les quotas de la FFF américains. Ne manque plus que Mexicos, le dieu viking des tapas, et on sera au complet. Mais qu’importe : Heimdall est prêt à aider nos amis en activant le Bifrost pour les envoyer jusqu’à la planète des glaces ; en effet, lui qui voit tout et qui est supposé garder la maison aimerait bien que les géants des glaces expliquent comment ils ont pu rentrer en échappant à sa vigilance. Il télétransportera donc tout le monde, et il suffira de le bipper quand nos héros voudront revenir, puisque le bougre ne peut maintenir la porte entre les mondes ouvertes très longtemps : s’il le faisait, ça détruirait la planète visée par le Bifrost. Mais assez d’explications : de l’action !

Nos héros arrivent donc en un éclair sur Häagen-Dazs, et constatent que la planète enneigée n’est que ruines : les géants des glaces, ils construisent une fois, et puis ensuite, tant pis si ça se casse la gueule visiblement. Vu le nombre de trucs de vieilles tours et de colonnes balayées par les vents qui s’effondrent ça et là sur le chemin de nos héros, c’en est à se demander comment il peut encore rester un truc debout pour s’effondrer sur cette planète. Il n’empêche que notre troupe finit par arriver dans ce qui ressemble à une ancienne salle d’un palais, désormais elle-même dénuée de la plupart de ses murs, et y trouvent le Roi des géants, Jean-Jacques. Ce dernier explique à nos héros que bon, oui, d’accord, ils ont pénétré en Asgard pour voler le coffret des glaces, qu’ils y sont parvenus grâce à l’aide de traîtres qu’il ne convient pas de nommer (je me demande bien qui, tiens), mais que ce serait mieux de ne pas recommencer une guerre. Aussi, maintenant qu’il a répondu aux questions de Thor, le roi des glaces propose à la troupe de partir sans combats, histoire d’éviter que toute cette histoire ne dégénère. Soit, dit Thor, il en sera ainsi.

Sauf que sitôt que Thor lui a tourné le dos, Jean-Jacques lui crie "Grosse tapette !" – Et Thor déteste être traité de tapette (il est très sûr de sa sexualité, malgré le fait qu’il chevauche un arc-en-ciel géant nommé "Bifrost" régulièrement). Aussi décide t-il dé péter la gueule à tout le monde.

Non. Non, moi non plus je n’ai pas trop compris le principe du roi Jean-Jacques qui cherche à tout prix à éviter le combat, et qui une fois qu’il a ce qu’il veut, décide de le provoquer. Doit être trop subtil pour moi tout ça. Ça et le fait que Thor décide d’engager le combat à 6 contre plusieurs millions d’habitants de la planète-mère des géants des glaces. M’enfin bon. Le combat s’engage donc, et encore une fois, il y a de formidables répliques, telle celle de B, l’un des compagnons de Thor, qui s’exclame "Ne les laissez pas vous toucher !" ; merci du conseil, mec, on avait prévu de se jeter sous leurs coups vêtu de cuir en hurlant "Plus fort, maître !". Cependant, durant la bataille, Loki constate un phénomène étrange : lorsqu’un géant rentre en contact avec lui, sa peau devient aussi bleue que la leur. Ho ?

Mais la bataille tourne court lorsqu’Odin lui même fait le déplacement pour sauver ses 6 petits gars, désormais encerclés ; il s’adresse donc au roi Jean-Jacques, pour lui signifier que Thor a été vilain, et que ça n’arrivera plus. Mais le géant des glaces ne compte pas s’en arrêter là, et déclare la guerre à Asgard, tant il estime que l’affront qui vient d’être fait a été grand (non, Odin ne lui rappelle pas que tout a commencé à cause d’une tentative de vol dans l’armurerie d’Asgard par les géants des glaces, et qu’à ce titre, on pourrait dire 1 partout la balle au centre ; à la place, il accepte juste la guerre comme une andouille). Le Bifrost ramène donc les 7 héros d’Asgard à la maison, et sitôt arrivés, Odin se tourne vers Thor pour lui faire les gros yeux. "Noooon, pas les gros yeux ! Paaaas les gros yeux !", s’exclame Thor en se roulant par terre et en menaçant de retenir sa respiration très fort si on continue de lui faire les gros… attendez, excusez-moi, on parle d’Odin : le gros oeil. Mais il est trop tard : papa est fâché. Ainsi, pour punir son fils d’avoir déclenché une guerre (Odin n’a visiblement aucun recul), le roi d’Asgard le bannit de ce monde. Et il éjecte aussi son marteau à travers le Bifrost  en hurlant "Celui qui en sera digne aura les pouvoirs de Thor !".

Oui, je sais. En plus de tout ça, et au motif qu’une guerre contre ses ennemis les plus mortels vient de commencer, Odin décide de bannir son meilleur guerrier et de se débarrasser de l’arme la plus puissante de son royaume. Voilà voilà.

Nous en revenons donc au début du film : Thor atterrit dans le désert du Nouveau-Mexique (c’est vrai que c’est connu : à chaque fois que les dieux nordiques sont apparus, c’est au Nouveau-Mexique, jamais en Europe du nord) et se prend une voiture dans le nez, ce qui est assez douloureux. Sans compter qu’à peine se relève t-il, seulement légèrement contusionné, probablement protégé par son pyjama d’Asgard (il a perdu son armure lors de son bannissement mais Odin lui a laissé son pyjama, il est sympa), qu’il commence à hurler "Heimdaaaall, ouvre moi le passage, gros naze, je veux rentrer à ma maison, je suis Thor, merde !" ; ces propos agressifs font un peu paniquer Darcy, l’assistante de Jane Foster, qui lui inflige donc un bon coup de taser. Il est alors emmené à l’hôpital le plus proche, où son agressivité et ses propos incohérents ("I’m Thor, Mothafucka. La vache, c’est moi où Heimdall a eu plein d’enfants qu’il a abandonné dans le coin ?") lui valent vite le droit d’être enfermé et drogué comme il se doit.

Mais après cette nuit de folie vient enfin le petit matin, et Jane en profite pour consulter ses photos de la tempête prise quelques heures plus tôt. Et que découvre t-elle sur l’une des images ? La silhouette d’un homme tombant au beau milieu de la tempête dans une colonne de flammes. Attendez, vous voudriez dire que l’homme qu’elle a percuté serait en fait tombé du ciel ?! C’est ce que cette photo semble dire.

Photo qui, si vous regardez bien, a été prise depuis un endroit où Jane et son équipe ne se sont jamais retrouvés et qui plus est d’une scène qu’ils n’auraient de toute manière pas pu voir de là où ils étaient. Hmm hmmm.

Jane souhaite donc poser quelques questions à celui qui dit s’appeler Thor, et se rend à l’hôpital pour l’interroger ; ça tombe bien, puisqu’il vient de s’évader, et qu’en faisant une manoeuvre sur le parking du centre de soins, elle le percute à nouveau (lolilol) : elle le fait donc monter à bord, et l’emmène à l’hôtel où elle loge le temps de ses recherches pour lui proposer quelques vêtements "de son ex" (histoire de bien dire qu’elle est célibataire la coquinette). A noter que visiblement, son ex était aussi un gros bourrin sous stéroïdes, puisque toutes les fringues lui vont parfaitement. C’est donc aussi l’occasion de le voir se promener torse-nu pour impressionner les minettes ; Jane est évidemment la première à rougir devant ce bel éphèbe, particulièrement lorsqu’elle réalise qu’il a une poitrine bien plus imposante que la sienne. Ce qui était assez facile, soit dit en passant. Mais je m’égare, j’en conviens. Une fois bien vêtu, il est grand temps de descendre prendre un café pour discuter un petit peu des évènements de la nuit. Qui es-tu, Thor ? D’où viens-tu ? Est-ce obligatoire de faire des jeux de mots avec ton nom, ou ai-je Thor ? Pourrais-tu me parler de ton monde, et de ses habitants ? Parce que si c’est le cas, j’aimerais que tu commences à Odin, et que tu termines à Thor. Et Loki, est-il somnambule ? On m’a toujours dit de me méfier de Loki dort. Enfin, je sais, ce genre de calembours, tu dois trouver ça très an-Odin, mais bon. Moi ça m’Fenrir. Sinon, tu vas répondre à mes questions, oui ?

Mais ? Mais cet homme a le bras plus large que la tête ?! Remarquez, ça se tient.

Non. Thor n’a pas envie de répondre à quoi que ce soit. Par contre, il se comporte en bon viking, et explose les mugs de café après les avoir bu en hurlant qu’il exige qu’on lui resserve de ce breuvage. C’est à cet instant précis que tout le film bascule (et, hélas, je n’exagère pas) : Jane lui demande s’il ne pourrait pas arrêter ses conneries. Et aussitôt, il le fait : il arrête d’être bruyant, lourd, présomptueux, antipathique, etc. Bref, tout ce qu’Odin n’avait jamais réussi à lui enseigner en un millénaire. Tout ça parce qu’une greluche lui demande de faire moins de bruit quand il boit son café. Quel grand film.

Mais sur Asgard, le temps continue de s’écouler : A, B, C et Sif sont en pleine conversation avec Loki, tout dépités qu’ils sont de savoir que Thor a été banni, lui qui était l’un de leurs meilleurs potes et qui avait toujours des entrées pour les soirées VIP au "Valhalla-Bunga", la boîte hype d’Asgard. Or, Loki annonce quelque chose de curieux : il explique que c’est lui qui a averti Odin que Thor se rendait sur Häagen-Dazs, afin qu’il intervienne et n’évite que tout le monde soit massacré par les géants des glaces. Ses quatre interlocuteurs s’étonnent de cette attitude (peut-être, justement, parce que ça ne sent pas du tout la traîtrise du mec qui a ouvertement encouragé Thor à aller maraver du géant, avant d’aller le dénoncer à Odin ?), puis commencent à avoir des doutes (il serait temps) : Loki a toujours été jaloux de Thor. Et au passage, maintenant qu’ils y pensent, Loki est le plus puissant magicien d’Asgard, et ‘il serait le seul assez puissant pour camoufler une infiltration de géant des glaces aux yeux d’Heimdall, comme c’est arrivé dans l’armurerie. Hmmm, et si c’était… un traître ? Nooooon.

Loki, justement, se rend à l’armurerie pour contempler le Coffret des Glaces. Et il n’hésite pas à le toucher pour s’apercevoir qu’à son contact, il prend l’apparence bleue et les yeux rouges d’un géant des glaces, justement : comme c’est étrange ! Serait-ce une phase de la puberté divine ? Va t-il bientôt avoir des poils ? Odin apparaît à la porte de la salle pour répondre à toutes ses questions : non, mon petit, ce n’est pas la puberté que tu vois arriver, mais simplement ta vraie nature : tu es un géant des glaces ! Il y a des siècles, lorsque j’ai maravé leurs margoulettes aux géants des glaces, j’ai trouvé un de leurs bébés par terre, alors je me suis dit "Bonne poche !" et voilà. Mais tu es mon fils, sinon, hein, pas de problèmes. Juste, tu as le sang de nos pires ennemis dans les veines. Ça va, tu le prends pas mal ? Ça te fait pas trop chier d’avoir participé à diverses batailles contre les géants des glaces, qui n’étaient autres que tes propres frères ?

Sauf que si : Loki le prend mal ; il commence donc à faire son gros caprice "Je suis un moooooooonstre, vous ne m’avez jamais aiméééééé, pèèèère, et de toute manière, c’est Thor votre chouchou, il avait toujours des cadeaux plus chers à Noël ! C’est trop nul les chouchous ! Bouhouhou ! Je vais me suicider et après je serai mort, et vous serez triste, et ce sera bien fait !". Mais visiblement, Odin n’a vraiment pas grand chose à foutre des considérations existentielles de son fils, puisqu’il s’endort en plein milieu de sa tirade. Ça fait plaisir. En effet, il s’agit du sommeil d’Odin, une sorte de phase réparatrice plus proche du coma que du sommeil dont le bougre a besoin régulièrement. Il est donc promptement emmené jusqu’à ses appartements, où il est déposé sur son grand lit, dans l’attente de son réveil,  ce qui ne devrait pas intervenir avant quelques années ou siècles. Mais cette fois, le coma a quelque chose de plus inquiétant que d’habitude, puisqu’il est arrivé plus brusquement ; il n’est pas sûr que le père d’Asgard se réveille, cette fois. Oooooooooh.

Ainsi, lorsqu’un peu plus tard, A, B, C et Sif veulent voir le roi pour lui demander de revenir sur sa décision concernant Thor, ils constatent que sur le trône, nenni d’Odin, mais bien un Loki. L’étonnement les gagne car, oui, apparemment, personne n’a pensé à prévenir la population que le patron des 9 royaumes était endormi pour un bail et que son fils Loki était le nouveau roi. C’est vrai, c’est tellement peu important comme information, pourquoi en parler ? Surtout aux gens directement concernés, genre, les autres dieux. En tout cas, Loki écoute tout de même la requête des 4 compagnons, mais les informe qu’hélas, il ne peut pas revenir sur la dernière décision d’Odin en tant que roi. Thor devra donc rester dans son caca.

Et justement, Thor, dans tout ça ? Et bien alors qu’il prenait son café, il a entendu deux types expliquer que la nuit dernière, un curieux objet s’était écrasé dans le désert : un gros marteau (oui, Odin a banni Thor et son arme à 10 bornes l’un de l’autre, pas plus. Sympa, le mec). Un concours de furieux rednecks s’était donc organisé sur place pour essayer de retirer le marteau de l’emplacement où il était écrasé, puisque comme chacun sait, quiconque retirera le marteau du rocher deviendra roi d’Angleterre et pourra coucher avec un certaine Kate, ou un truc du genre. Hélas, non seulement personne n’y est arrivé, mais par ailleurs, les fédéraux sont intervenus et ont interrompu la fête. Ne pouvant eux-même se saisir du marteau, ils ont construit une base en préfabriqués sur place.

Oui parce que "découper la terre autour du marteau pour voir si on peut le déplacer vers une base plus sûre comme ça", personne n’y a pensé. Je ne dis pas que ça aurait marché : je dis simplement que personne n’a essayé.

Thor part donc aussitôt, à pied, en direction de la base fédérale. Jane Foster, Darcy et Erik, eux, ne peuvent guère l’aider, étant plus occupés de leur côté par le fait que d’autres fédéraux du S.H.I.E.L.D viennent de saisir tout leur matériel de recherche, et ne comptent pas vraiment le leur rendre. Dépitée, Jane se dit que tant qu’à faire, elle va aller retrouver Thor : il est parti à pied vers la base des fédéraux, et elle compte bien y aller aussi avec sa camionnette pour tenter d’obtenir qu’on lui rende son matos. Donc tant qu’à faire, autant emmener le beau blond musclé, hihihihi. D’ailleurs, Thor est plutôt cool : il explique que s’il peut récupérer son marteau, non seulement il donnera toutes les réponses qu’elle veut à Jane, mais en plus, il récupérera tous ses instruments et carnets de recherche pour les lui rendre. Certes, il a l’air de raconter n’importe quoi, mais Mlle Foster accepte le marché, des fois que. Non parce que visiblement, même s’il ne parvient pas à récupérer le matériel, au pire, il a l’air de savoir où trouver de la bonne ganja le garçon. Et Jane, elle a une grosse envie de planer jusqu’à la Jamaïque.

Thor est dégoûté : même son marteau lui fait la gueule

Les deux compères arrivent à proximité de la zone d’impact au fond de laquelle est la base à la nuit tombante ; ils découvrent avec joie que les fédéraux sont tous au fond du cratère, et qu’ils n’ont pas pensé à placer une seule sentinelle au-dessus, histoire de voir ce qui arrive (c’est vrai, depuis quand une sentinelle aurait pour mission de surveiller l’extérieur d’une base ?!). C’est malin, tiens. Thor ordonne à Jane de rester cachée, pendant que lui va récupérer son bien, et en un éclair, hop, il franchit la clôture, tabasse des gardes, et un peu trop rapidement à son goût malgré ses dons d’infiltration, donne l’alarme ; il est donc promptement agressé par tous les gardes de la base, qui font bien attention à ne jamais le braquer avec une arme et à toujours se déplacer par groupes de un ; après les avoir copieusement rossé à coups de poing et de tatane, notre héros arrive au coeur de la petite et fragile base, et tombe nez-à-nez avec son marteau ; il se saisit donc du manche et…

Ne peut le soulever. Hé non, Thor, tu n’en est toujours pas digne ! Même si tu es devenu tout gentil depuis qu’on t’a dit de boire ton café en silence quelques scènes plus tôt, tu n’as pas encore fait de scène puant les bons sentiments : tu n’as donc pas le pouvoir de brandir ton marteau.

Thor est donc arrêté par la sécurité locale, qui s’empresse de le traîner jusqu’à une salle d’interrogatoire où on lui pose, comme il se doit, quelques questions : d’où viens-tu vil intrus ? Et surtout, où as-tu appris à te battre aussi efficacement au corps-à-corps ? Afghanistan ? Pakistan ?

C’est vrai que Thor a une tête de Pakistanais. Et puis servir en Afghanistan fait de vous un roi des arts martiaux : c’est connu, les talibans attaquent tel des ninjas et il faut les repousser avec des prises de judo.

Bref. Alors que son interrogateur sort téléphoner, Thor voit apparaître devant lui Loki. Celui-ci est venu lui annoncer qu’il était le nouveau roi d’Asgard, et qu’Odin était mort car n’ayant pas supporté l’arrivée d’une nouvelle guerre ainsi que le bannissement de son propre fils. Thor est donc diablement malheureux : tout cela est de sa faute. Et même si Odin est mort, il est impossible à Thor de revenir : les géants des glaces ont accepté de ne pas entrer en guerre sous condition que Thor reste banni.

Que… pardon ? Attendez, attendez, ils ont TOUT fait pour rentrer en guerre (attaquer Asgard, insulter la délégation venue les questionner pour provoquer une baston, déclarer la guerre à Odin en personne qui demandait la paix, etc), et maintenant que le meilleur guerrier et la plus grosse arme d’Asgard ont été bannis, et qu’Odin serait donc hors de combat, ils n’attaquent pas ? Non mais vous attendez quoi ? Que Loki s’étouffe avec un bretzel ? Que ses guerriers choppent une gastro ? Quelle bande de gros nazes ces géants.

Après avoir énoncé toutes ces incohérences, Loki s’en va paisiblement grâce à ses pouvoirs divins, non sans avoir, malgré tout, essayé lui-même de prendre le marteau de Thor. Mais non, visiblement, il n’y a pas droit non plus. Il s’en va donc en grognant. Quelques temps plus tard, Erik, le vieux pote de Jane, se présente à la base : la damoiselle l’a appelé à la rescousse pour venir sortir Thor du pétrin. Celui-ci a donc un plan : présenter de faux papiers selon lesquels Thor serait en fait un membre de leur équipe scientifique qui aurait fondu un plomb lorsque les fédéraux leur ont confisqué leur matériel. Le mensonge est pourri, le menteur aussi (les gentils ont toujours du mal à mentir, c’est beau), mais les fédéraux acceptent de gober l’histoire, pour mieux faire suivre Thor une fois sorti et chercher à comprendre qui il est vraiment. En sortant, le dieu de la foudre note d’ailleurs un carnet trônant sur une pile de matériel électronique et s’en empare.

Car oui : les hommes du gouvernement avaient décidé de ranger dehors, sous la pluie (j’insiste sur ce point, puisqu’il pleuvait des cordes lorsque Thor a tenté d’infiltrer la base) et sans protection tous les carnets et instruments électroniques de l’équipe Foster qu’ils voulaient étudier. Faut-il être con. Et un mec qui sort de la base surveillé par 200 gardes peut s’en emparer sans aucune discrétion, personne ne le voit. Formidable, vraiment. Il aurait dû être dieu des voleurs ce garçon. Mais ce n’est pas le pire.

Le pire, c’est que des gens m’ont assuré que ce film était bien. Mais continuons.

De retour en ville, Eric emmène son divin copain boire un coup dans un bar du coin, pour lui expliquer que bon, il est bien gentil, mais qu’il a bien vu comment Jane le regardait : ça sent les hormones en folie. Aussi, il demande au blond barbu de ne pas faire de peine à cette petite. Thor accepte, puis embraye sur bien plus important : une séquence de beuverie avec le bon Erik, parce que les femmes, c’est bien gentil, mais ça vaut pas le houblon entre copains (et encore, Thor n’a pas découvert le foot et les concours de pets).

Dans le même temps, à Asgard, Loki ourdit un complot maléfique : il se rend sur Häagen-Dazs pour aller demander au roi Jean-Jacques (qui le remercie de l’avoir aidé à envoyer des hommes essayer de voler le Coffret des Glaces durant le couronnement de Thor, chose que Loki n’a faite que pour "s’amuser" – diable, trouve-toi un hobby !) de venir tuer Odin. En effet, une fois cela fait, il sera roi pour toujours ; ne pouvant pas tuer lui-même le roi historique d’Asgard sans risquer une révolte, il a besoin que ce soit les zazous des glaces qui s’en chargent. En échange, il leur rendra le Coffret des Glaces. Le marché est conclu, et une fois de retour sur Asgard, il signifie à Heimdall que désormais, il ne doit plus utiliser le Bifrost sans son autorisation. Mais le dieu à la peau d’ébène est un sacré filou : sitôt que Loki a mis les voiles, il voit A, B, C et Sif s’approcher pour demander à aller voir Thor sur Terre. Heimdall explique qu’il ne peut désobéir aux ordres de Loki, aussi va t-il juste fermer les yeux et siffloter très fort en laissant la porte du Bifrost ouverte. Ouais enfin mon bon Heimdall, là, rien qu’en faisant ça, tu romps ton serment de loyauté. Donc fait pas genre "Hahaha, il m’a interdit d’ouvrir le Bifrost à autrui, mais il ne m’a pas interdit d’oublier la porte en position ouverte.". C’est tout pourri.

Sauf que Loki, depuis le palais, a vu que le Bifrost avait été activé, et il se doute bien que c’est la troupe des copains de Thor qui va à sa rescousse. N’ayant nulle envie de voir son frère revenir, Loki décide de faire appel au Destructeur, l’humanoïde de métal géant qui tire des lasers (mais si, souvenez-vous : il garde l’armurerie divine), le serviteur du roi qu’il est désormais, pour l’envoyer sur Terre détruire Thor et tous ceux qui se mettront sur son chemin. Et une fois cela fait, il va voir Heimdall pour lui expliquer qu’il a été très vilain de lui désobéir. Ce dernier explique qu’il n’est pas aussi con qu’il le laisse penser : il sait que Loki mijote quelque chose de pas clair, puisqu’il a l’a vu comploter avec les géants des glaces, mais sa magie l’a empêché d’entendre ce qu’il se disait. Et il sait que Loki est le seul mage assez puissant pour avoir pu faire entrer le commando de géants qui a pénétré l’armurerie sans qu’il ne les repère. Loki n’aime pas trop qu’on doute de lui, il renvoie donc Heimdall sur le champ ; ce dernier dit alors qu’il est libéré de son serment de loyauté (oui enfin, tu t’en libérais déjà pas mal à ta guise mon grand, hein), puisque son CDI est rompu et qu’en plus, ça va chier aux prud’hommes, et il enchaîne en attaquant ce traître de Loki ; pas de bol, celui-ci a le Coffret des Glaces sur lui et transforme instantanément le vaillant gardien en Miko.

"Ah non messieurs, ça va pas être possible, c'est une soirée privée à Asgard."

Retournons plutôt sur Terre, peut-être qu’il s’y passe des trucs. Hmmm… non, pas vraiment : Thor pleurniche qu’il n’a pas pu lever son propre marteau, ni même la petite Jane, qui, la veille, a discuté toute la nuit avec lui d’astrophysique ; le dieu de la foudre lui a expliqué d’où il venait, quelles planètes son royaume comprenait, ce qu’était le Bifrost, etc. Et malgré tout, il n’a pas pu lui faire fik-fik fraülein ; il soupçonne qu’elle ait résisté à ses avances grâce au pouvoir le plus terrible qui soit pour les dieux libidineux : le Ragnagnarok. Mais alors qu’il est encore tout dépressif, soudain, son visage s’illumine : il note que A, B, C et Sif sont à la porte de l’hôtel en train de lui faire coucou ! Ah, enfin des visages divins et amicaux ! Le voilà ragaillardi (heureusement pour lui, Sif aussi a l’air d’oublier qu’elle est sa femme, sinon elle transformerait Jane en couscous sur le champ) !  Ses potes se proposent de le ramener sur Asgard, mais Thor refuse : après tout, il est toujours banni, et responsable de la mort de son père. Comment ? S’exclament ses compagnons ? Qui t’a raconté ça ? Parce qu’il est bien vivant, il est juste plongé dans le Sommeil d’Odin. Mais qui t’a raconté cette carabistouille ? Loki ? Raaah, le traître !

Oui, enfin les mecs : ça fait combien de fois que vous réalisez tous que Loki est un traître et que vous préférez vous faire les ongles plutôt qu’agir ?

Mais il n’y a pas le temps de discuter plus avant : le Bifrost largue un nouvel objet dans le désert du Nouveau-Mexique (les habitants du coin vont finir par se lasser) : le Destructeur ! Qui balaie tout sur son chemin : fédéraux le braquant, véhicules, lapins nains et braves citoyens américains. Thor organise donc rapidement la résistance : ses 4 potes de sang divin vont tenter de faire diversion, pendant que lui va essayer de faire évacuer un maximum de gens de la petite ville où ils sont. Mais hélas, l’aventure tourne rapidement court : ses 4 amis se retrouvent face à un adversaire plutôt coriace, et il risque de les tuer assez rapidement, même. Thor n’a pas 36 solutions : il se rue devant le Destructeur et supplie son frère, qui le regarde depuis son trône magique qui permet de tout voir, de prendre sa vie en épargnant toutes les autres.

Le discours semble marcher, puisque le Destructeur fait demi-tour… avant de se retourner pour coller un gros poing du genre léthal dans la gueule de Thor, qui vole à 50 mètres de là. Question : pourquoi le destructeur fait-il semblant de faire demi-tour ? Et pourquoi colle t-il un pain au lieu d’utiliser, comme il l’a TOUJOURS fait jusqu’ici, son casque qui tire des lasers histoire de transformer Thor en petit bout de charbon ? On ne le saura jamais, puisqu’il n’y a aucune explication : c’est juste mauvais. Et parfait pour la suite du scenario.

Car en effet : n’étant pas transformé en accessoire de barbecue, Thor peut encore agoniser dans les bras de Jane, et faire une séquence de bons sentiments digne de 7 à la Maison. C’est tellement dégoulinant que la miss Foster en pleure, tout comme Odin, qui depuis son lit, bien que dormant, a été atteint par la guimauve galactique qu’était le discours de son fiston. Ainsi réconcilié avec son héritier qui s’est montré digne, Odin décide de lui rendre son marteau : au milieu de base des fédéraux, l’antique arme s’arrache du sol seule, et s’envole telle un missile jusqu’à Thor, manquant de peu d’arracher sa tronche à Jane (caramba, encore raté) qui était un peu sur la trajectoire. Sitôt l’arme dans sa main, Thor voit la foudre venir le frapper, son armure et sa cape kitsch réapparaître, et le revoilà qui se dresse pour le combat. Youpi ! Font tous ses amis.

Greuuuh ? Fait le Destructeur, dont le vocabulaire laisse à désirer (il a un skyblog).

Et justement, ce dernier se fait copieusement détruire la face par Thor, qui n’aime pas trop qu’on s’en prenne à ses copains. Et puis une bonne baston, quand on revit juste après une agonie, ça fait du bien. Allez, mes amis ! Il est temps de retourner sur Asgard pour corriger ce gros coquin de Loki, qui vient de tenter de tuer son propre frangin. Heeeiiimdall, ouvre le passage ! Houuu houuu ! Ouvre ! Allez ! Ho, pourquoi tu réponds pas ? C’est ta pause ? Heimdall, tu fais caca ?

Pauvre Thor & co : ils ignorent qu’Heimdall est toujours prisonnier de la glace que Loki lui a envoyé dans la face ; et dans le même temps, des géants de glace commencent à arriver à Asgard pour tuer Odin, aidés en cela par Loki qui leur a ouvert le Bifrost. Seulement voilà : c’est sans compter sur le fait qu’Heimdall aime pas trop qu’on se foute de lui : tout colère de voir des géants des glaces autour de lui (aucun d’entre eux ne pense à briser la glace pour le tuer), Heimdall brise donc la prison de gel qui l’enserre et commence à mouliner à l’épée sur tous les ennemis qui l’entourent, avant d’aller ouvrir l’accès du Bifrost à Thor et ses amis, pour qu’ils reviennent sauver Asgard. Ce qui est fait avec une célérité de bon aloi ; avant de quitter la Terre, Thor a juste expliqué à Jane qu’il reviendrait. Un peu comme dans "Je vais chercher des clopes, je reviens, je te donne mon 06 en revenant".

Mais dans le palais d’Asgard, les choses ont déjà atteint un niveau critique : les géants des glaces avancent sans rencontrer aucune résistance (ha ?! Où sont passés les centaines de gardes que l’on voyait au début lors du sacre de Thor ?), et arrivent bientôt à la chambre d’Odin ; là, le roi Jean-Jacques, après avoir écarté la reine Frigg, brandit un poignard de glace au-dessus du coeur de son vieil ennemi et…

Se ramasse une sorte de vieux laser dans la face qui le réduit en cendres :  Loki et son bâton magique viennent de sauver le roi ! La reine Frigg est si fière de son fils-mais-pas-vraiment-parce-qu’en-fait-on-t’a-trouvé. Thor arrive sur ces entrefaites, et explique aussitôt la terrible vérité à sa mère : Loki a tout monté lui-même ! C’est un traaaaaaaaaaître (oui, je sais, c’est répétitif. Je trouve aussi.) ! Un combat s’engage donc entre les deux frères, le gentil blond contre le méchant brun, mais rapidement, le dieu de la ruse parvient à fuir jusqu’au Bifrost, qu’il active, mais pas pour s’en servir, non : pour le laisser ouvert en direction de la planète des géants des glaces, et ainsi la détruire ! Ce qui fera de lui le Dieu qui a achevé l’oeuvre d’Odin en en finissant une bonne fois pour toutes avec les grands tout bleu (nooon, pas les Na’Vi, arrêtez avec ça). Car le véritable but de Loki, dixit lui-même, ce n’était pas de prendre la place d’Odin, qu’il comptait bien rendre mais… de montrer qu’il était aussi fort que Thor !

Moi aussi je fais cette tête pas du tout perverse quand je soulève un objet

Mais merde mec ? On t’as pas dit ? Vous avez tous des domaines différents ? T’es le plus rusé (officiellement) et le meilleur mage, et Thor, c’est pas vraiment le plus fin, alors t’étais déjà son égal. Et puis comme il était banni, tu étais même plus fort que lui, et ce, définitivement. En fait, tu aurais pas lancé ta machination pourrie, Thor restait banni, tu restais le seul fils d’Odin, le plus fidèle et le plus rusé (ce qui est bon pour un dirigeant, plutôt qu’un gros bourrin), et c’était dans la poche. Il suffisait de rien faire. Mais non : tu as voulu prouver que tu étais aussi con que Thor.

Mais même Thor ne peut se résoudre à voir de pauvres géants des glaces n’ayant rien fait, pépères, sur leur planète, être massacrés pour pas un rond (vous avez noté comme il est devenu gentil ?) : il doit donc interrompre le Bifrost, et il n’existe qu’une solution, vu que Loki l’a bloqué en utilisant le Coffret de Glace : le détruire. En quelques coups de marteau, c’est donc réglé, Thor détruit un pan du pont arc-en-ciel menant au Bifrost, et en coupe ainsi l’alimentation ; ce dernier s’effondre dans un terrible fracas, signifiant qu’Asgard n’a désormais plus moyen d’être relié aux autres mondes.

Mais hélas, tout ce bazar ouvre un petit trou noir non loin, qui commence à aspirer les débris du Bifrost, et les pauvres Thor et Loki qui étaient à côté ; alors qu’ils vont sombrer, ils sont heureusement rattrapés au dernier moment (what else ?) par Odin, qui s’est finalement réveillé (et bin, il aura pas été bien long ce sommeil, en fait ! Même pas une journée !). Ce dernier tient Thor, qui lui même tient le bâton magique (pas celui là, bande de pervers) de Loki, auquel ce dernier est accroché. Ce qui donne le droit à l’inévitable passage caricatural dans lequel Loki explique à nouveau qu’il voulait juste montrer à son père qu’il était au moins aussi bon que Thor (Mais ! Mais enfin, Thor était un gros con banni pour sa bêtise, pourquoi vouloir lui ressembler ?!), et qu’il a échoué. C’est donc forcément suivi du célèbre "Loki ! Accroche-toi ! *gros plan sur la main qui glisse* Loki, tiens bon ! *main qui glisse encore un peu* Loki ! *main qui lâche* Loki noooooooooooooooon !" , qui précède le moment où l’on voit Loki être aspiré par le trou noir et disparaître (oui, là aussi c’est très original, le passage où le méchant disparaît dans un truc auquel personne ne pourrait réchapper, mais où il sera impossible de retrouver son corps, histoire de pouvoir le faire revenir dans le 2).

Une fois qu’il a bien mangé du Loki, le trou noir se résorbe de lui-même, probablement pour aller digérer. Il y a cependant malgré tout une grande fête à Asgard, pour célébrer le retour de Thor et le réveil d’Odin ; mais Thor n’est pas d’humeur pour deux raisons : il a tout de même perdu son frère, et surtout, il a coupé le seul accès vers l’extérieur qui lui aurait permis de retourner voir Jane. Il est donc tout dépressif (ce qui doit faire plaisir à Sif qui, je le rappelle, est sa femme). Son père Odin tente bien de lui remonter le moral en lui disant qu’il fera un roi formidable (hohoho), mais Thor répond qu’il n’y a pas meilleur roi qu’Odin (hahaha, cf début du film). Mais ce qui fait vraiment plaisir à Thor, c’est d’aller voir Heimdall, qui peut tout voir, et donc peut lui dire ce que fait Jane ("Raconte moi Jane sous la douche !"). Ouais, Thor. En même temps, Odin et Heimdall sont deux enfoirés : Loki a expliqué lorsqu’il a gelé le plus noir des dieux vikings, qu’il avait pu faire rentrer les géants des glaces discrètement dans l’armurerie en utilisant d’autres passages que le Bifrost. Le genre qu’Odin doit connaître, vu qu’il a un peu fait construire le coin lui-même. Mais ni Heimdall ni Odin ne trouvent intelligent de dire à Thor qu’il peut aller voir Jane en utilisant l’un de ces passages. Quelle bande de chacals.

De son côté, sur Terre, Jane Foster a bien senti que le contact avec Asgard avait été rompu ; il ne lui reste qu’une solution pour revoir son beau blond : poursuivre ses recherches pour trouver un nouvel accès au monde de Thor (oui, elle, elle pense à chercher : lui, même pas), et pouvoir couchailler avec comme il se doit. Elle et son équipe repartent donc vers le désert dans leur camionnette moisie et…

FIN !

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Quelques jours plus tard, Paris, France

"Bonsoir Kamel.
- Bonsoir Michel !
- Alors Kamel, on peut dire que ça marche plutôt bien pour vous : vos dernières productions ont été de vrais succès.
- Oui, il faut dire qu’il y a un vrai travail artistique derrière. Chant, danse, décors… on est tous à fond pour donner ce qu’on a de meilleur. Et puis on fait appel à de jeunes talents prometteurs pour écrire des chansons à textes qui donnent envie. J’ai un vrai besoin de créer des spectacles généreux.
- Effectivement, on a vu un extrait de votre dernier spectacle, Dracula, formidable. Pour vous, c’est quoi la prochaine marche ? 
- Je pense continuer dans cette voie avec un nouveau projet. 
- Ah ! Pourriez-vous nous en dire plus ?
- Aaah, Michel, je ne sais pas…
- Allez !
- Bon, si Ariane le demande…  en fait j’aimerais faire quelque chose sur la mythologie nordique. Des dieux, des passions, des conflits… ça me parait génial à mettre en scène, je m’y suis plongé, là, et je n’en sors plus ! C’est incroyable comme c’est prenant ! Alors le titre ce serait : "Asgard, des dieux et des c(h)oeurs"

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Dehors, quelques nuages sombres arrivèrent au-dessus de Paris.

"Aaah ! Oui, bien ! Et quel esprit, alors, Kamel ? Plutôt rock ?
- Là je travaille sur le premier single, que je vois plutôt pop, ça donne… attendez… je chante très mal…
- Ha ha !
- "En Scande… Inavie ! On scande… pour la vie !" Voyez l’esprit ? 
- Ça a l’air super Kamel. "

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Dans les cieux de la capitale, le soleil couchant avait presque totalement disparu, étouffé par une imposante masse de nuages noirs.

"Et niveau casting ?
- Bin c’est assez difficile… j’ai des idées mais, il faut trouver des personnalités qui collent vraiment avec les dieux. Par exemple, pour le Dieu du Savoir, Odin, je voulais quelqu’un de posé et de charismatique, alors j’ai demandé à Patrick Fiori, qui a tout de suite accepté en lisant son rôle."

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La pluie commença à tomber. Doucement, puis assez brutalement, à seaux.

"D’accord ! Et pour Thor ?
- J’ai pensé à Steevy Boulay".

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Dehors, le tonnerre se mit à gronder.

Vous les connaissez, ces soirées là. Ne niez pas : ça vous est tous arrivé un jour. Vous savez, ce coup de fil d’un vieux copain de lycée qui vous propose de vous retrouver avec d’autres, comme vous le faites régulièrement depuis l’époque où vous faisiez encore du latin.

Et comme vous êtes faible, vous acceptez. Dès lors, la machine s’emballe, et tout se met en place: vous êtes Bill Muray, et debout les campeurs, c’est le jour de la marmotte. En effet, cette soirée suit un cours immuable, dans lequel on retrouve les mêmes conversations, les mêmes tensions, les mêmes remarques… Un anthropologue se régalerait en s’attardant là, observant ce rituel social parfaitement huilé, réplique identique de la précédente cérémonie du même type.

La soirée avance, le niveau des bouteilles descend, entrainant avec lui celui des conversations (et ne me faites pas croire qu’il était haut en début de soirée) ; en général, de toute façon, tous les sujets intéressants sont boutés d’entrée de jeu par un des convives pour éviter tout débat (en effet, le convive moyen est du genre à penser que deux personnes en désaccord vont s’engueuler ; le débat constructif et enrichissant, c’est un truc flou et lointain) : la règle par excellence est donc "pas de politique", par exemple. Et si quelqu’un la brise et qu’une conversation s’engage, au bout de deux minutes, interruption est faite par une amie qui demande si on ne veut pas parler d’autre chose. Un sujet intéressant et qui passionne tout le monde, genre le dernier clip d’Helmut Fritz.

Ne parlons pas de politique sinon on va sengueuler, doctrine de toute bonne depuis 1899
"Ne parlons pas de politique sinon on va s’engueuler", doctrine de toute bonne soirée depuis 1899

Bref, nous en arrivons au point critique de la soirée : le dessert est avalé, personne n’a plus rien à dire (avez-vous déjà noté le nombre de personnes à une table qui attendent que quelqu’un fasse l’animation ? Et qui n’ont rien à dire, quand bien même vous les interrogez sur ce qu’ils ont bien pu faire ces six derniers moi histoire de les faire causer ? "Rien de spécial". Ha.), et doucement les regards commencent à s’égarer sur les verres. Pour ma part, c’est à ce moment précis que je sens de grosses gouttes de sueur perler sur mon front, car la suite, je la connais. Elle est inévitable. Je la vois dans les yeux de mon voisin de devant, qui vient de relever la tête de son assiette où il récupérait les dernière miettes de feuilleté avec le doigt. Cet ignoble bâtard a déjà un plan. Et j’ai beau tenter de le tuer par la force de la pensée, chercher un objet à lui lancer au visage "par inadvertance", rien à faire, ce Staline des fins de soirées va faire son coup favori :

"On se fait un petit jeu ?"

Ca ne sonne pas comme une question. C’est une prophétie, un ordre dicté aux personnes présentes. Déjà, chacun sent la réponse poindre en son for intérieur ; la mienne serait "Comme par exemple jouer à la marelle sur ton corps nu ?", mais il semblerait que je sois le seul, car inévitablement, ma voisine suivant le protocole répond ce qui est attendu, et me prend de vitesse :

"Ha ouais ! Y a quoi ?"

Traitresse ! Mata Hari ! Yoko Ono ! Tu viens de lancer la plus odieuse des machines !  Quelque peu rancunier, je fais donc discrètement glisser ma serviette sous la table : je la glisserai ce soir dans le pot d’échappement de sa voiture. L’alcool aidant, elle ne devrait rien remarquer ce soir en démarrant, et s’endormira tranquillement. Dans l’immédiat, en tout cas, c’est moi qui suis en danger. Mon voisin d’en face rayonne déjà, il a gagné cette manche et décide de mettre le coup de grâce :

"J’ai ramené Time’s Up !" dit il en pointant la sacoche déposée non loin de lui.

"Ha, cool !" font les convives.

Cet enfoiré le savait. Il a tout prévu : il avait déjà ramené le jeu, des fois que notre hôte de la soirée ne l’aie pas. C’est un attentat prémédité. Pour ma part, je suis en train de constater que mon couteau, que je m’apprêtais à lancer à la gorge de ce crypto-fasciste du ludisme de fin de soirée, n’est autre qu’un de ces vulgaires outils à bout rond. Damned, un complot. Le propriétaire des couverts est dans le coup depuis le début, c’est certain. J’irai boucher ses chiottes, pour la peine.

Avec des couleurs pareilles, impossible de planquer la boîte pour éviter dy jouer : ils ont pensé à tout.
Avec des couleurs pareilles, impossible de planquer la boîte pour éviter d’y jouer : ils ont pensé à tout.

Mais alors, pour celles et ceux qui ne sauraient pas, Time’s Up !, qu’est-ce donc, si ce n’est mon archnémésis ? Et bien, c’est assez simple en fait. Il y a un tas de 40 cartes sur la table, où l’on peut lire sur chacune le nom d’un personnage, réel ou fictif, issu de tout domaine : sport, cinéma, romans, histoire, politique… A son tour, en un temps limité (d’où le sablier), le joueur doit faire deviner à son équipe un maximum de personnages. A chaque personnalité découverte, on met la carte de côté et on passe à la suivante. Une fois le temps écoulé, on passe au joueur suivant, etc, jusqu’à ce qu’il n’y ai plus de cartes. Dès lors, chaque équipe compte les cartes qu’il a découvertes, et ça lui fait donc son score. Puis on rejoue avec les mêmes 40 cartes mélangées, pour une nouvelle manche.

Des manches, il y en a 3 :

  • Une manche où l’on peut tout dire, sauf le nom du personnage, pour le faire deviner.
  • Une manche où l’on a juste le droit à un mot pour faire deviner le personnage (souvent un mot qui a marqué les joueurs pour trouver ce personnage à la manche précédente).
  • Une manche où l’on doit mimer le personnage.

Pas de quoi avoir peur, donc. Sauf que vous avez oublié un détail : vous jouez avec vos potes de lycée. Ceux-là même qui pensent que Pompidou, c’est un musée, et que l’auteur de Notre Dame de Paris, c’est Walt Disney. Et Time’s Up !, ca demande quelques connaissances un poil plus élaborées. Du coup, ce n’est ni très intéressant, ni bien adapté. Mais vos potes, eux, ça ne les arrête pas, bien au contraire. Mais observons plutôt la partie :

"Alors, heuuuuu c’est heuuuu… Haaaa… Son nom commence pas le truc qu’on cultive en Asie !
- Du bambou ? Du riz ?
- Ouiiiii ! Et ensuite heuuu… on en faisait des courses chez les romains ! Et sinon on dit un tank !
- Un char ? Richard ?
- Ouiii ! (à cet instant précis, cela ressemble à un orgasme en approche chez la jeune fille qui joue) Et heuuu ensuite, heu…  Là où dorment les oiseaux !
- Un nid ?
- *soupir sensuel* (oui, ce jeu les met dans des états pas possible)  Ouiiii…. Et ensuite, quand tu viens chez moi, tu ? Dring dring !
- Sonne ? Riz-Char Nid-Sonne ?
- Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii (bin le voilà l’orgasme) !!!
- Juste comme ça, t’aurais pas pu dire "Président américain qui démissionne après l’affaire du Watergate ?" (ajoutez-vous d’un air innocent)
- Hein ? Le quoi ? Mais je sais pas qui c’est."
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Évidemment, certains regards se tournent vers vous : vous "étalez votre culture"  (et oui, vous êtes un enfoiré, vous connaissez les personnages célèbres), vous les méprisez donc. Mais non, vous n’étalez pas votre culture, vous vous contentez d’être assez sympa pour jouer à ce jeu (qu’ils ont choisi) en respectant les règles, mais, oui, là par contre, vous les méprisez. Parce que, au moins savoir que c’était un président américain, ce serait bien. Ou alors, faut pas jouer à ce jeu. Mais c’est mignon ce petit côté classe de CP qui vient de tomber sur le Trivial Pursuit de papa.

Bref, c’est parti pour environ 45mn de jeu en onomatopées. 45mn où, se roulant dans leur inculture totale, la tablée va trouver génial de jouer à un jeu dont ils ne comprennent pas la règle de base, qui est de faire référence aux personnages en parlant d’eux, pas en épelant leurs noms. Sinon, il y a d’autres  jeux pour ça. A la seconde manche, pour l’exemple sur le même sujet, si la damoiselle retombe sur la carte "Richard Nixon", elle imitera quelqu’un qui sonne pour faire deviner le personnage, et à la troisième, dira juste "Dring !".

Mais attention, ce jeu est quand même rudement révélateur sur vos collègues. En effet, chacun y voit les références d’autrui : par exemple, je me fais balayer sur toutes les actrices de seconde zone, ou les chanteurs et sportifs puisqu’en général, cela donne :

"Oui ! Alors c’est la nana qui a plaqué X pour aller avec Y
- Ha, c’est Z"
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Bien que je connaisse plus Z pour son métier (et encore, de loin), je ne connais ni X, ni Y. Et encore moins les échanges de fluides impliquant les trois. Pourtant, il semblerait que ce soit une évidence tant la table souffle "Pfff, facile". J’en concluais donc que les lecteurs de Closer, Public, et Gala sont des putains de bêtes, mais alors sur des questions très limitées seulement. Et qui impliquent forcément l’emboîtement de deux personnalités à un moment ou à un autre. Un domaine de recherche relativement vaste et objectivement inintéressant, quand on y pense.

Le plus gros ouvrage que certains naient jamais lu.
Le plus gros ouvrage que certains aient jamais lu.

Mais revenons plutôt à notre partie, voulez-vous ?

Pour ma part, je commence à paniquer lorsque la jeune fille avant moi voit son temps approcher de sa fin. Elle tente de faire deviner un personnage "dont le nom ressemble à marteau", et son équipe se demande bien qui ça peut bien être. Devant son échec, elle me passe le paquet de carte pour que mon tour débute : "Je sais pas qui c’est, bon courage", me souffle t elle. Je lis la carte et entame mon tour :

"Il a repoussé les arabes à Poitiers lors d’une grande bataille au Moyen-Âge." ça, et le fait que son nom ressemble à "marteau", j’ose supposer qu’il y a bien un malandrin dans la salle qui connait le Monsieur. D’ailleurs, je suis confiant : depuis des années, à chaque fois que quelqu’un fait référence au Futuroscope, je suggère à haute voix que ça doit être si chiant que même les arabes n’ont jamais dépassé Poitiers et ont préféré se barrer. Mais visiblement, aucun d’entre eux ne connait M. Martel, c’est donc un glorieux échec. J’en déduis donc que depuis des années, mon piètre calembour sur le Futuroscope a en fait dû passer pour une blague raciste qu’ils ne comprenaient pas. Diantre, que je sue, j’en ai les mains si moites que la carte commence à se décomposer dans mes doigts tremblants Et pourtant, je ne suis pas au bout de mes peines. Observons plusieurs tours successifs.

"C’est un célèbre auteur qui a écrit la série des Rougon-Macquart, dont, entre autres, La Bête Humaine que nous étudiâmes ensemble à la glorieuse époque du lycée. Sinon, il a aussi rédigé le célèbre "J’accuse", lors de l’affaire Dreyfus.
- Heu… au lycée… Baudelaire ?"
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"C’est le premier président et le créateur de la Ve République. Il a fait l’appel du 18 Juin et était considéré comme le chef de la France Libre à Londres.
- Ah, la Résistance ! Jean Moulin !"
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"C’est l’auteur de Guerre et Paix. Là, je vois pas comment vous le dire autrement. Et dans tous les cas, j’ai peu d’espoir.
- Dan Brown ?
- C’est bien ce que je pensais."
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Vous comprendrez donc aisément que le jeu soit rapidement insupportable pour qui que ce soit qui a déjà lu plus de deux livres dans sa vie. Et pourtant, le jeu remporte un succès incroyable auprès d’une foule de jeunes qui sont fiers d’étaler leur inculture entre eux. C’est tellement bien de montrer tout ce qu’on ne sait pas à ses copains.

En tout cas, la partie approchant de sa phase finale, les joueurs y vont de leurs petits commentaires. La pièce s’est divisée en deux, entre le camp des "intellos qui connaissent les cartes" et celui des "y en a marre des intellos qui nous cassent les burnes à se la péter avec leur culture gnagnagna" . Mystérieusement, le second camp est über-majoritaire et revendicatif. A chaque nouvelle carte, le premier camp (réduit à deux ou trois personnes selon les invités) se contente d’échanger des regards navrés quand un joueur fait deviner le maréchal Pétain en expliquant que "son nom ressemble à un prout". A trop vouloir esquiver les conversations qui font clivage, voilà le premier jeu qui le fait. Un peu comme jouer au Scrabble avec des rédacteurs de Skyblogs.

Mais, Time’s Up ! a quand même une grande qualité : il y a une fin à ce jeu. Et quand enfin, la dernière carte tombe, c’est le soulagement général car enfin, on va pouvoir passer à autre chose. Voire, car tout le monde est bien fatigué de cette gymnastique intellectuelle (sic), achever la soirée.

C’est ainsi que je me retrouvais sur le trottoir bordant le logis de notre hôte d’un soir, à me faire sermonner par ma voisine de table, m’expliquant que ça allait, les putains d’explications "Truc il a fait ceci ou cela", qu’on s’en foutait, qu’en fait, c’était plus rigolo de jouer avec les sons (elle ne connait pas le terme phonétique, visiblement). J’hésitais à lui faire remarquer que dans ce cas, il fallait jouer à un autre jeu, mais je m’abstins et la regardait s’éloigner sur le trottoir, marchant lourdement vers sa voiture.

Je tirais alors une boîte allumette de ma poche intérieure ainsi qu’un demi-cigare qu’il me restait. L’allumant, je me permis un coup d’œil vers sa voiture dont, déjà, l’habitacle commençait à se remplir de gaz d’échappement.

- Time’s up, Fraülein.

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