« Capitaine sur la passerelle !« 

Les quelques officiers présents à proximité du sas se tournèrent pour saluer leur supérieur, quand bien même celui-ci dans sa morgue habituelle les ignora et se dirigea droit vers son fauteuil pour s’y installer confortablement dans un craquement de cuir familier pour qui servait sur la passerelle depuis suffisamment longtemps. Rapidement, une forte odeur de cigare s’installa au-dessus des militaires postés à divers postes de commandes, annonçant un long quart.

« Bien bien bien. Enseigne Diego, puis-je savoir pourquoi on m’a dérangé ?
- C’est que, capitaine… il y a eu une appel de détresse. 
- Hmm. Qui l’a reçu ?
- Lieutenant Tanya Dobroya capitaine. Cette voix… elle avait l’air… terrorisée… j’ai eu si peur !
- Ne vous inquiétez pas lieutenant Dobroya, cela peut arriver d’avoir peur. Allez vous cacher dans mes quartiers, il n’y a pas d’endroit plus sécurisé, ça vous aidera à vous détendre.
- Oui capitaine. 
- Vous trouverez une bouteille de brandy sur la table de nuit, n’hésitez pas à vous servir pour vous aider à reprendre le dessus.
- Je… oui capitaine.
- Bien, enseigne Diego, d’où provenait le message ? »

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L’aspirant officier tapota sur le clavier devant lui, et diverses lumières et sons répondirent à chacun de ses mouvements, avant qu’il ne se tourne vers son supérieur, inquiet.

« D’une salle obscure Monsieur.
- Seigneur. Ça doit être grave : préparez la distorsion, nous nous rendons sur place. Puis téléportez-nous sur site : dites à quelques soldats de s’équiper, c’est sûrement dangereux.« 

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Les membres d’équipage s’activèrent autour de leur supérieur, allant tous s’asseoir alors que le bruit ronronnant du moteur chauffant pour préparer le saut se faisait entendre. Les étoiles semblèrent se distordre, avant que dans un grand flash qui aveugla tous les présents, l’appareil ne se transporte presque instantanément à l’autre bout de l’univers. Le capitaine se leva pour se rendre en salle de téléportation. Quelques instants plus tard, lui et son escorte se trouvaient au cœur de ce qui avait probablement autrefois été un cinéma : les sièges semblaient avoir brûlé, certains accoudoirs ayant fondu sous la chaleur, fusionnant avec les pots de M&Ms qui par le passé avaient été posés à côté d’eux. Les lampes de l’équipages balayèrent la salle, rencontrant ici ou là, des corps aux visages terrorisés.

« Sûrement les Klingons.
- Non, regardez cette matière sur les fauteuils ; les lasers Klingons ne font pas ce genre de traces. 
- Mais alors qu’est-ce que c’est capitaine ?
- On dirait… oui… on dirait du caca. 
- S’il vous plaît… »

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Toutes les lampes se tournèrent en direction de la voix gémissante qui venait de s’exprimer, découvrant dans le faisceau lumineux un corps avachi dont la main agitait encore faiblement un communicateur d’urgence en direction de l’équipage de l’USS Connard. Bientôt, le blessé fut entouré par ceux qu’il avait appelés à l’aide.

« Respirez doucement bon lecteur ! Que s’est-il passé ici ?
- Star Trek… deux…
- Je sais, je sais, calmez-vous ! Ça ne peut pas être si affreux que ça !
- Ils… les mauvais films… ils ne font… kof… ils… ils ne font même pas exprès…
- Allons, c’est impossible, ils doivent bien être conscients qu’ils font de la merde quand même.
- Lisez… »

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L’homme désigna fébrilement un exemplaire de 20 Minutes gisant au sol à ses côtés dans les ruines de la salle. Le capitaine ramassa la chose du bout des doigts, et tourna les pages de ce Nécronomicon de l’information. Il s’arrêta en ouvrant grand les yeux en découvrant le seul article qui avait pu causer pareil traumatisme.

Mais quels sont les secrets du réalisateur de Super 8 pour réussir son coup à chaque fois ? 20 Minutes lui a posé la question.

Ecrire une bonne histoire

Le créateur des séries Alias et Lost peaufine ses scénarios comme s’il s’agissait des plans de vol de l’Enterprise.

«Si l’histoire ne tient pas la route, vous pouvez mettre autant d’effets spéciaux que vous pourrez, les gens décrocheront.»

Il y eut un grognement de frustration, puis un long et terrible hurlement :

« Abraaaaaaaaaaaaaams !« 

Est-il possible d’être aussi mauvais que l’on considère comme un point fort l’un des trucs les plus mauvais de son film ? Qui est le plus de mauvaise foi, l’auteur de ce blog ou celui de ce film ? Autant de réponses auxquelles nous allons promptement répondre : spoilons mes bons !

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L’affiche : des flammes, un méchant avec un grand manteau habillé tout en noir et un truc à base de « Notre monde » ; on sent déjà l’oscar arriver.

Tout débute au milieu d’une forêt majestueuse d’arbres aux feuilles rougeoyantes, alors qu’une population d’humanoïdes sauvages s’ébat entre les troncs. Non, ce n’est pas le Canada contrairement à ce que le descriptif pourrait laisser penser : il s’agit de Gloubitz-8, une planète lointaine où se déroulent d’étranges événements. En effet, on y retrouve le capitaine Kirk et son fidèle médecin de bord, le fameux Mc Coy, occupés à gambader en essayant de ne pas se faire trouer la peau par les indigènes locaux qui leur jettent au museau toutes sortes d’armes plus ou moins mortelles, de la lance à la flèche en passant par les conditions d’utilisation d’iTunes au format papier. Pourquoi cette animosité ? C’est bien simple : Kirk a eu la bonne idée de voler un papyrus sacré local pour obliger les indigènes à le pourchasser, afin de les attirer loin d’un volcan actuellement en éruption à côté de leur village. Et dans le même temps, une navette de l’USS Enterprise, le vaisseau que commande notre héros, s’amuse à survoler le volcan afin d’y larguer un Monsieur Spock en combinaison spéciale afin qu’il aille au cœur du cratère et y fasse péter une bombe à fusion froide devant stopper net l’éruption, et donc sauver les indigènes. Vous sentez cette odeur ? Oui : ça fleure bon le plan intelligent.

Pour faire simple : Kirk parvient à attirer les indigènes suffisamment loin comme prévu, puis saute du haut d’une falaise avec son compère Mc Coy pour plonger et rejoindre l’Enterprise, habilement dissimulée sous l’océan voisin (mais à 50 mètres de la côte : ça devait être sacrément profond dans le coin dites donc). De là, il apprend que cette grosse andouille de Spock est bloqué au fond du volcan suite à diverses malfonctions de la navette devant le larguer, et que vu les perturbations liées au volcan, il ne sera possible de le téléporter sain et sauf à bord avant l’explosion de la bombe qu’en ayant un bon visuel sur lui, à savoir, en plaçant l’Enterprise au-dessus du volcan.

Or, la Fédération, l’employeur de nos héros, a pour première directive de ne JAMAIS intervenir ou être vue des civilisations primitives qu’elle observe.

« Laissez-moi mourir ! » s’écrie donc Spock dans son petit micro « Si vous venez me cherchez, les indigènes verront notre vaisseau, et nous serons en violation des règles, et ça jamais, je veux pas prendre des heures de colle ! »

Mais comme ce n’est pas le genre de Kirk de laisser ses copains mourir, sous les yeux ébahis des indigènes, l’USS Enterprise sort des flots devant eux, puis va survoler le volcan pour mieux téléporter Spock (au dernier moment pour ceux qui en douteraient), alors que la bombe à fusion froide explose et stoppe net l’éruption, sauvant la peuplade locale, persuadée d’avoir vu un vaisseau des dieux. C’est donc sur cette belle victoire que l’Enterprise s’envole vers les étoiles pour d’autres aventures ! Chhht, ne dites rien : on va en reparler.

Générique.

San Francisco, QG de Starfleet, quelque temps plus tard

Le capitaine Kirk est tout fou : la Fédération lance un nouveau projet d’exploration spatiale, une mission de 5 ans au fin fond de l’espace, et il espère être le capitaine sélectionné pour cette tâche. Or, comme il vient de recevoir une convocation de l’Amiral Pike intitulée « Objet : grosse tache« , il suppose que c’est bien pour lui remettre pareil commandement qu’on l’appelle. Déjà prêt à faire tourner les serviettes, Kirk rentre victorieux dans le bureau de son supérieur et ancien capitaine, mais déchante bien vite et se trouve obliger de remettre sa serviette dans son rond (rond de serviette, petit gredin) en constatant que s’il avait mieux maîtrisé la différence entre tâche et tache, il ne se serait pas emballé : l’amiral Pike n’est pas content.

« Kirk, mon jeune ami, vous me décevez beaucoup. J’ai lu votre rapport sur votre dernière mission : « Il ne s’est rien passé de spécial, bisous. » Vous confirmez ?
- Oui. Surtout le bisou.
- Bien. Pas d’bol pour vous, et je ne parle pas de sa coupe : Spock m’a fait son rapport lui aussi. Et comme il ne peut pas mentir, je n’ai pas la même version.
- Spock, s’pèce de p’tit bâtard !
- Tutut capitaine : lisez plutôt le rapport de Spock. »

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Journal de Monsieur Spock, date stellaire : fête des mères

Cher journal, je me sens très seul depuis que maman s’est pris un trou noir dans la gueule dans le film précédent. A qui vais-je donc offrir ce collier en pâte à sel ? J’hésite. Kirk est un peu con, il serait bien fichu d’essayer de le manger, comme ce qu’il a fait l’an dernier avec celui en coquillettes. Je crois que je vais plutôt l’offrir à ma copine, l’officier Uhura, dès que j’aurais trouvé son prénom, même si ma logique vulcaine me laisse à penser qu’il s’agit d’Hipipip. Ah oui, sinon, aujourd’hui, il y avait mission au programme : nous étions en train d’étudier une civilisation primitive sur Gloubitz-8 quand nous avons soudain détecté une éruption volcanique. Kirk a dit qu’il fallait sauver ladite civilisation, aussi a-t-il proposé d’arrêter l’éruption en déclenchant une fusion froide. Bon, comme on a des téléporteurs, je me suis dit « Bon, on va larguer le bousin dans le cratère depuis l’orbite, et puis basta », mais non : le capitaine a insisté pour planquer notre navire sous l’eau juste à côté du village des pleupleus locaux, puis il a décidé d’un plan impliquant de déplacer les primitifs de 500 mètres en leur piquant un parchemin sacré avant de partir en courant sous leurs tirs, puis là encore, plutôt que de regagner l’Enterprise au sec et sans risques en se téléportant, il a préféré sauter du haut d’une falaise. Moi, pendant ce temps, déposé par une inutile navette, je croupissais au fond du volcan à armer la bombe, jusqu’à ce que l’Enterprise vienne me chercher. Ce faisant, les primitifs ont vu notre vaisseau, et nous avons donc violé la première directive « Ne pas intervenir ». Notons que j’étais prêt à mourir pour le respect de cette directive en demandant à l’Enterprise de ne pas venir me chercher, quand bien même j’étais déjà en train de la violer rien que par ma présence avec une bombe à fusion au fond d’un volcan. Ne me demandez pas pourquoi. S’il-vous-plait, si vous lisez ce rapport, sortez moi de ce film. Et emmenez-moi chez le coiffeur, pitié.

« Vas-y, grosse balance Spock ! » s’exclame donc Kirk, mais rien n’y fait : l’amiral Pike lui explique que Spock a bien fait, et que de toute manière, étant bien trop indiscipliné, menteur et roublard, le capitaine Kirk fait honte à son grade. Il est donc rétrogradé au rang de second, alors que l’USS Enterprise est remis sous le commandement de son ancien capitaine : l’amiral Pike. Spock, lui, est affecté à un autre navire : l’USS Philippe Risoli.

Mais au même moment, ailleurs dans le monde, il se passe des choses. En effet, un agent de la Fédération dont la fille est gravement malade est contacté par un mystérieux bienfaiteur, qui lui propose un marché simple : il peut sauver sa fille comme ça, hop, Garcimore. Mais en échange, l’agent lui devra un petit service… l’homme accepte, et effectivement : simplement en donnant un peu de son sang à sa fille, l’étranger guérit celle-ci instantanément, alors que tous les médecins jusqu’ici s’étaient avérés bien embêtés. Le père, en honnête homme, accepte de remplir sa part du marché : il se rend à la base où il travaille, puis au sein de celle-ci, déclenche une bombinette comme son bienfaiteur le lui avait ordonné. Il meurt donc pour sauver sa fille, emportant tout de même avec lui les dizaines de personnes, ainsi qu’une bonne partie du bâtiment où il travaillait. C’est donc un peu la panique, même si heureusement, les pertes sont moins importantes que prévu : en effet, en s’en prenant à un bâtiment peuplé de fonctionnaires, le méchant avait oublié que sur 100 personnes, 17 étaient en arrêt maladie, 13 en congé maternité, 18 en stage et 10 en RTT.

En France, les terroristes en chient : leurs colis piégés sont perdus une fois sur deux, voire arrivent ouverts. Nous sommes en sécurité.

La nouvelle de cette explosion arrive bientôt à San Francisco, où au QG de Starfleet, l’alerte est donnée : les capitaines de 5 bâtiments stationnés autour de la Terre ont ordre de se réunir dans la salle du conseil local où les attend l’amiral Marcus, le commandant en chef de la flotte. Autour de la table se trouvent bien évidemment les officiers de l’USS Enterprise ainsi que ceux de l’USS Philippe Risoli, qui attendent que Marcus leur fasse le topo.

« Mesdames et Messieurs, il vient de se passer quelque chose de terrible : le bâtiment des archives de Starfleet à Londres vient de sauter.  42 morts. Nos archives réduites à néant. L’homme qui a fait sauter la bombe a cependant laissé un message derrière-lui : il dit l’avoir fait sur ordre de cet homme, regardez vos écrans. Voici Jean-Jacques Lapinou, l’un de nos ex-meilleurs agents, ancien espion de la Fédération chez les Klingons, une race extra-terrestre un peu taquine. 
- Mais pourquoi avoir fait sauter les archives de Starfleet ? 
- Je ne… oui Spock ? Vous levez la main ?
- En effet. Je ne vois qu’une option logique : effacer son historique internet jusqu’au fichiers fédéraux. Les senseurs de l’USS Philippe Risoli détectent d’ailleurs en ce moment même d’incroyables flux en provenance de http://www.romuliencoquin.net se dirigeant droit vers cette pièce.
- Hem je… hum… attendez… *clic*… *clic*… 
- Pardon amiral ? Ho, les flux viennent de s’arrêter.
- Ouiii ce… ce n’était sûrement rien. Hem. Par contre voici les ordres : nous devons arrêter Jean-Jacques Lapinou au plus vite. C’est pourquoi vos ordres sont de le pourchasser et de l’arrêter à tout prix. Aux dernières nouvelles, il s’était emparé d’un petit véhicule volant monoplace armé. Et… oui Spock ?
- Illogique. Pourquoi demander à des commandants de vaisseaux de rechercher un criminel fugitif ? Cela est le travail de la maréchaussée. Votre théorie revient à réunir des commandants de sous-marins pour leur demander de résoudre le crime de l’Orient Express. 
- Vous commencez à m’emmerder Spock ! Oui Kirk, je vous vois lever la main, revenons aux dialogues véritables du script, on vous écoute !
- Attendez… faire sauter les archives de la Fédération alors que ça n’a aucun intérêt… et si c’était simplement pour donner l’alerte ?
- Que voulez-vous dire ?
- Hé bien la procédure d’urgence lorsqu’un type s’attaque à Starfleet… est de convoquer le commandement de la flotte dans cette pièce ! Et si… »

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Et en effet, Kirk a bien deviné : lui qui est d’habitude con comme une meule de Saint Nectaire a compris l’objectif du méchant, puisque sa phrase est coupée par l’arrivée d’un aéronef juste derrière la baie vitrée de la salle du conseil, qui commence à ouvrir le feu à l’intérieur, tuant plus d’un haut-gradé. Il est vrai que c’est connu : lorsqu’un terroriste s’empare d’un véhicule volant armé, il est très important pour ceux qui veulent l’arrêter de se réunir tous dans la même pièce, de préférence en hauteur et sans protection contre, disons, des aéronefs armés. Car non : le QG de Starfleet n’a rien pour se protéger d’un chasseur pourri, et la police (qui a pourtant les véhicules qui vont bien) est visiblement occupée ailleurs à mettre des PV sur les astronefs qui n’ont pas remis de crédits dans le parcmètre.

Bref : la salle se fait mitrailler, et Kirk parvient à repousser l’assaillant en balançant divers objets inutiles dans son réacteur, comme par exemple des WiiU (en 2259, on a toujours pas trouvé d’utilité à la chose) : l’ennemi, troublé, en perd le contrôle de son appareil, mais parvient à se téléporter hors du cockpit avant de s’écraser comme une bouse. Kirk a donc le temps de voir Jean-Jacques Lapinou en personne lui jeter un regard étrange depuis le poste de pilotage avant de disparaître.

« Crotte de bique ! » s’exclame notre héros en constatant que le rascal s’est échappé ; mais bien vite, la réalité de ce qui l’entoure le rattrape : la salle du conseil a été sévèrement mitraillée, et plusieurs officiers sont morts, mais pas tous, car heureusement, le méchant n’a pas pensé à faire un truc aussi simple que téléporter directement une bombe comme celle des archives en plein milieu de la salle dont il avait pourtant les coordonnées. Mais comme nous le verrons, tout le long du film, celui-ci subira le syndrome classique des fictions mettant à la disposition des personnages de la téléportation/de la magie/des voyages dans le temps (biffer les mentions inutiles), à savoir qu’à part si on cadre bien la chose d’entrée de jeu, chaque scène ou presque n’a plus de raison d’être puisqu’avec ce genre d’outil, tout peut être réglé instantanément ou presque. Soyez donc prévenus : nous y reviendrons régulièrement tellement cela crée d’incohérences à la seconde. Et il faudra même passer sur certaines tant les possibilités sont nombreuses.

Donc, disais-je : la salle du conseil a été bien mitraillée. Et si Marcus a survécu, le commandant de l’USS Philippe Risoli ainsi que l’amiral Pike ont trouvé la mort. C’est donc grosse tristesse, et bientôt grosse colère contre le galopin qui a fait ça. Heureusement, Scotty à bord de l’Enterprise a de bonnes nouvelles pour Kirk et Spock : il a étudié encore et encore ses senseurs, et a détecté où et comment Lapinou s’était télétransporté : il avait avec lui un télétransporteur portatif permettant d’aller n’importe où dans l’univers, et celui-ci a balancé ses coordonnées de destination : une province déserte de la planète mère… des Klingons. Kirk et Spock foncent donc vite expliquer tout cela à l’amiral Marcus, qui se caresse le menton en prenant l’air pensif.

« Bien, je vois. Savez-vous qui sont les Klingons ? Une race belliqueuse. Nous ne sommes pas en guerre ouverte avec eux, mais cela arrivera bientôt, ils sont très agressifs. Il nous faut donc être très prudents. 
- Argumentation logique, amiral. Vous allez donc proposer de nous téléporter, via le même système, au même endroit que notre ennemi, l’appréhender avec un sérieux commando qui pourra opérer sans risque puisqu’au sein d’un territoire désert, et se téléportera en sens inverse une fois sa mission accomplie ou même en cas d’urgence, frappant ainsi vite,bien et sans laisser de traces ?
- Non Spock. Je vais plutôt à nouveau nommer Kirk capitaine de l’Enterprise, et vous mon bon Vulcain, vous êtes réaffecté comme second à son bord. Vous irez jusqu’à la frontière Klingonne, et sans la franchir, vous tirerez une torpille furtive droit vers la position de notre ennemi. Il ne verra rien venir, et nous tirerons de loin sans grands risques, puisque nous serons repartis avant même que les Klingons n’aient réalisé qu’il s’était passé quelque chose.
- Option moins efficace, mais logique. La technique dite « du drone » aussi appelée « de George Bush » ?
- Non, parce qu’après on ira tous jouer au basket pour faire sympa. 
- Ah, l’autre technique « du drone », aussi appelée « de Barack Obama » ?
- C’est ça. Bon allez, tous à votre vaisseau les enfants : vous allez me tuer ce rascal vite fait bien fait, vous partez tout de suite. »

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Tout l’équipage de l’Enterprise file donc prendre une navette pour rejoindre son vaisseau (encore une fois : ils aiment bien perdre du temps), et une fois à bord, Kirk fait l’appel de ses membres d’équipage, ainsi que l’inventaire du matériel chargé à bord. Parmi celui-ci, on trouve donc un lot de 72 torpilles furtives de dernière génération, qui intriguent très fortement Scotty, l’ingénieur en chef : en effet, celles-ci sont chargées d’un carburant inconnu, et placé dans un réservoir scellé. Or, l’information est secret défense, et Scotty n’aime pas trop charger dans le vaisseau des trucs qu’il ne comprend pas, voire pouvant mettre en danger l’équipage. Krik vient lui expliquer que si ça lui plait pas, c’est pareil, ce à quoi Scotty répond qu’il démissionne : oui, il est comme ça. Si on lui interdit de démonter le matériel secret défense, où va le monde, hein ?

Autre trouvaille à bord : le Docteur Carol Pipeau, experte en systèmes d’armement justement. Celle-ci vient tout juste d’être affectée à l’Enterprise, et est toute excitée à l’idée de pouvoir étudier les nouvelles torpilles de la mort qui tue : hélas, découvrant elle aussi que celles-ci sont scellées, c’est une Carol Pipeau bien frustrée qui prend son poste pour le long voyage jusqu’à la planète mère des Klingons. Un dernier pipi, une petite indignation de l’équipage en apprenant que Scotty a démissionné (on peut démissionner des missions secrètes comme ça, pif pouf, c’est facile), et en avant Guingamp !

Spock est dubitatif : un nouveau personnage ET avec un nom ? Il se dit bien que ça pourrait être important pour l’intrigue.

L’Enterprise voyage donc tranquillement en vitesse supra-luminique, la « distorsion », lorsque soudain, le vaisseau sort d’hyper-espace en faisant des bruits comme « Pët pët pët » ou encore « Kof kof reuuuuh« . Salle des machines ? Qu’est-ce que c’est que ce bordel ?

« C’est le carbu sur le moteur nucléaire qui a pété. » répond bien embêté le nouvel ingénieur en chef, moins doué que son prédécesseur Scotty. « Il va falloir finir à l’ancienne, sans distorsion. » : coup de bol, il ne restait que 20 minutes de voyage en navigation normale : ça tombe bien alors. Nos héros s’arrêtent donc comme prévu à la frontière du territoire Klingon, très discrètement, puis scannent la planète ennemie, et plus précisément la province où notre méchant Lapinou s’est fait une cachette. Les scanners ne détectent qu’une forme de vie : c’est bien notre homme et il est seul. Il n’y a plus qu’à larguer les torpilles, comme aime à le dire Kirk le lendemain des soirées fajitas.

« Illogique capitaine. 
- Kirk ! Mais espèce de relou, alleeeeez on largue une torpille, je veux voir !
- Non. Le règlement de la Fédération est formel : tout homme a droit à un procès. Nous devons donc capturer Jean-Jacques Lapinou vivant.
- Mais nos ordres sont de le tuer ! C’est l’amiral Marcus qui l’a ordonné !
- Logique, mais hiérarchiquement faux capitaine. L’amiral Marcus est soumis aux lois de Starfleet : nous devons donc en priorité respecter les directives officielles, et capturer notre ennemi plutôt que le tuer.
- Bon, très bien, je prépare une navette.
- Inefficace. Nous pouvons juste le téléporter à bord, directement en prison. Nos senseurs le détectent et nous y arrivions très bien dans le précédent film. 
- Non, j’ai un meilleur plan : on arrive en navette, on le capture à l’ancienne, on repart là encore en navette jusqu’à l’Enterprise et on multiplie ainsi nos chances de se faire repérer par 2 millions 8. Et en plus, vous savez quoi ? On va envoyer un message d’abord au méchant pour lui dire « Attentiooooon, on arrive ! Et si tu bouges, on te torpille ! »
- Inef…
- J.J Abrams.
- Ah oui, pardon. J’avais oublié capitaine. Je prépare immédiatement une navette. »

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Et en effet : Kirk, Spock, Uhura la copine de Spock et une paire de soldats sans prénoms montent dans dans une navette Klingon récupérée chez Kiloutou et filent donc droit vers leur cible, à savoir le coin désert de la planète où une seule forme de vie est détectée. En chemin, et parce que c’est bien le moment, Uhura et Spock décident soudainement d’avoir une crise conjugale, discutant devant tout le monde de leurs petits problèmes.

« J’en ai assez Spock ! Déjà l’an dernier, le collier de pâtes c’était pour Kirk, et cette année, j’ai bien vu que tu hésitais à m’offrir celui en pâte à sel ! Et pis d’abord au début du film tu étais prêt à mourir sans me demander mon avis, sale égoïste !
- Illogique, je protégeais le plus grand nombre.
- « Illogique », « Inefficace », tu es chiant Spock, tu le sais ? Ton absence totale de sentiments, c’est un peu relou quand même ! Quand on fait l’amour, c’est même dramatique.
- Heu… bon, on va vous laisser, hein ? 
- Non capitaine ! Nan mais imaginez-le sérieusement, avec son ton de Bernard Pivot sous xanax : « Cette position est inefficace. Ah. Ah. Ah. Oui. En effet. Oui. J’en demande encore. Illogique : tes jambes n’ont rien à faire sur mes épaules. Inefficace : ce n’est pas ce côté là que nous sommes censés utiliser. Attention : selon le code de procédure de Starfleet et sa directive sur les transferts de fluide interéquipage, je suis dans l’obligation de t’indiquer l’arrivée imminentes de gamètes. Ah. Ah. Ah. C’est terminé. Logique : je vais me tourner sur le côté, péter et m’endormir. »
- Je… que… HO REGARDEZ, NOUS SOMMES PRIS EN CHASSE PAR UN VAISSEAU KLINGON ! »

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Et en effet : permettant d’échapper à cette conversation, nos héros constatent qu’ils sont pris en chasse par un vaisseau Klingon grognon parce que oui, l’Enterprise peut détecter un péquin en solitaire dans un coin désertique, mais pas l’arrivée de gros vaisseaux avec des dizaines de membres d’équipages dans le même coin. Sûrement un radar sélectif : s’ensuit une brève course-poursuite qui s’achève malgré diverses feintes par une impasse, puisque plusieurs vaisseaux Klingons arrivent en renfort et obligent la navette de nos héros à se poser. C’est donc un Kirk un peu boudeur qui arrête sa navette, pendant que ses ennemis en font de même avec l’un de leurs vaisseaux, débarquant un petit régiment de soldats ; Uhura, qui est la traductrice du bord, est donc envoyée faire de la diplomatie et tenter de faire croire que l’équipage n’est pas de la Fédération et qu’il s’agit de contrebandiers, pour ne pas provoquer de guerre ouverte. Le dialogue s’engage donc sous le regard anxieux du reste de l’équipage, mais bien vite, les Klingons ne se laissent pas feinter par le vieux pipeau d’Uhura, qui a décidé de baser son mensonge sur le thème « Salut, puissants et fiers guerriers : nous sommes venus vous aider à trouver un terroriste dans le coin. » ce qui n’est pas très malin, tant les puissants et fiers guerriers n’aiment pas qu’on leur explique qu’on a besoin de les aider. Résultat des courses, les Klingons se disent qu’ils vont péter la margoulette d’Uhura, puis du reste de son équipage. Mais alors que leur chef tire son petit poignard pour tuer l’officier humain, il est soudain décalqué par un tir sortant de nulle part : c’est Jean-Jacques Lapinou !

Tout le monde bondit sur ses armes pour riposter, à part peut-être les vaisseaux Klingons qui survolaient les lieux, qui se contentent de regarder de longues minutes jusqu’à ce que Lapinou, qui a visiblement l’équivalent d’un canon antiaérien dans chaque main, ne les abatte en un tir, ce qui est tout à fait logique. Notons d’ailleurs que notre homme se contente de rester debout et à découvert sans bouger, et que malgré tout, aucun Klingon n’a l’idée saugrenue de, par exemple, lui tirer dessus. Non, à la place, ils courent dans sa direction en poussant de petits cris, jusqu’à se faire tataner.

Les derniers survivants Klingons sont bientôt envoyés rejoindre leurs petits camarades ad patres, et c’est donc un Kirk très étonné qui voit le sieur Lapinou arriver face à lui, et lui demande de se rendre. Ce dernier ne semble pas très intéressé par cette option, jusqu’à ce qu’on lui rappelle que des torpilles sont braquées vers lui depuis l’espace. Il interroge donc : « Combien de torpilles ? » « 72« , répond Spock, connu pour être incapable de mentir. Bon, bien sûr, personne ne trouve étrange que l’on propose de tirer 72 torpilles quand une, voire éventuellement deux suffiraient, mais bon. Toujours est-il que ce nombre semble impressionner Lapinou, qui se rend sur le champ.

Là encore, rien de suspect : ils auraient répondu « 71 » il aurait dit quoi ? « C’est bon, j’ai mes chances ! » ?

Bref : tout le monde est donc rapatrié à bord de l’Enterprise, et comme dans tous les mauvais films, Jean-Jacques Lapinou est installé dans une prison avec une vitre à la place des barreaux, histoire qu’il puisse faire les 100 pas derrière en jetant des regards mystérieux aux gens qui passent. Mc Coy se contente juste de lui faire une prise de sang, quand même, histoire de voir si le prisonnier n’a pas ramené quelque mystérieuse  maladie avec lui.  Mais non : tout va bien.

Sauf que les choses ne se passent pas exactement comme prévu à bord. Déjà, les réparations moteur ne sont pas terminées, impossible donc de sauter jusqu’à la Terre de suite pour ramener le prisonnier. Ensuite, un message a été envoyé à Starfleet pour dire « Houhouuu, on a récupéré le colis.« , mais il n’y a aucune réponse. Enfin, Lapinou est tout de même très mystérieux : il finit par tenter d’engager la conversation avec le capitaine Kirk, lui annonçant que les choses sont plus complexes qu’elles n’y paraissent, et qu’évidemment, il est déjà au courant de tout : « A tout hasard, subiriez-vous une mystérieuse panne moteur ? Est-ce que Starfleet vous ignore ? Vous voulez savoir pourquoi ? Essayez d’ouvrir une de vos torpilles secrètes, pour voir ? Oh, et envoyez quelqu’un voir les coordonnées 8-9-32 bis, c’est près de la Terre, vous y découvrirez un truc sympa. Oui, et je sais aussi pour vos métaphores à base de torpilles les lendemains de soirées fajitas.« 

Diantre, il sait vraiment tout ! Kirk passe donc un rapide coup de fil au démissionnaire Scotty, resté sur Terre, histoire qu’il aille jeter un œil aux fameuses coordonnées (j’ai toujours aimé les gens qui ne demandaient pas d’abord ce qu’il y avait à voir là-bas). Puis, on demande donc au Docteur Carol Pipeau, la petite nouvelle du bord spécialisée en armement, d’aller démonter de la torpille, ce qu’elle accepte bien volontiers puisqu’elle rêvait d’ouvrir ces armes secrètes. Sauf que Spock va quand même la trouver pour lui dire qu’il faudrait voir à ne pas trop le prendre pour un Kirk : il a vérifié, il n’y a eu aucun ordre officiel pour l’affecter à l’Enterprise. Et il n’existe aucun Docteur Carol Pipeau au sein de la Fédération. Par contre, il existe bien un autre spécialiste de l’armement : le Docteur Carol… Marcus.

Spock et ses amis regardent avec étonnement les Klingons se faire tataner par un seul homme tout seul et à découvert malgré le fait qu’ils soient environ 50, tous armés et entrainés, et couverts par plusieurs vaisseaux. Oui, moi aussi j’ai regardé ça avec étonnement.

« Logique. Votre père est l’amiral. Illogique : pourquoi cacher votre identité pour monter à notre bord ?« 

Et là attention, dialogue d’anthologie :

« C’est parce que depuis que je suis toute petite, mon père me donne accès à tous les programmes sur lesquels il travaille, mais ces torpilles, il a refusé purement et simplement de me laisser m’en approcher ! Je suis donc montée à bord pour savoir !« 

Je vous la refais :

« C’est parce que depuis que je suis toute petite, mon père trouve très pertinent de divulguer tous les projets militaires top secrets à sa fille, des fois qu’un enfant de 5 ans lui explique comment rerouter le processeur de la pompe à proton entre deux cacas nerveux pour avoir une glace à la Foire du Trône. Du coup, je n’ai pas supporté qu’il me dise non sur ce projet top secret là, j’ai fait un gros caprice comme une princesse qui veut un poney, et je suis monté à bord en risquant de faire foirer une opération secrète juste parce que je suis pourrie gâtée. »

« Logique.« , répond donc Spock avant d’aller s’occuper ailleurs, par exemple en continuant à sniffer de la colle à moumoute.

Toujours est-il que le Docteur Marcus, et non Pipeau donc, parvient à ouvrir une des torpilles pour constater qu’il n’y a pas de carburant dans le compartiment du réservoir. A la place… il y a un mec cryogénisé ! « Ah bin ça alors, c’est pas banal ! » s’exclame donc la belle, avant de partager l’information avec le reste de l’équipage. Et renseignement pris, c’est aussi le cas des 71 autres torpilles. Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Kirk s’en va donc à la cellule de Lapinou pour lui demander de quoi il retourne. Et celui-ci se montre un peu plus bavard.

« En réalité, je ne m’appelle pas Jean-Jacques Lapinou, ce nom est une fausse identité que m’a donné l’amiral Marcus. Mon vrai nom est Khan, ce qui colle tout de même mieux au fait que je sois grand, brun et habillé tout en noir avec l’air mystérieux en permanence. Je suis le fruit d’expériences génétiques de la fin du XXe siècle réalisées pour concevoir des supers soldats, meilleurs en tous domaines. Je suis donc plus fort, plus intelligent, plus souple et meilleur à League of Legend, mais quand même moins qu’un coréen, faut pas déconner. Les hommes et femmes que vous avez trouvés dans les torpilles sont mon équipage. Il y a fort longtemps maintenant, fatigués de la civilisation d’arriérés dans laquelle nous évoluions, nous sommes partis bouder dans des tubes cryogéniques en attendant que des gens plus évolués nous réveillent. L’amiral Marcus nous a trouvés. Il m’a réveillé et pris mon équipage en otage. Il m’a obligé à utiliser mon intelligence supérieure pour concevoir des vaisseaux beaucoup plus performants militairement que vos actuels navires, principalement conçus pour l’exploration. J’ai tenté de sauver mon équipage en le cachant dans un nouveau prototype de torpille pour le faire sortir plus facilement de la base où l’on m’obligeait à travailler. Mais Marcus l’a appris, et j’ai pensé qu’il les avait tué. Alors je me suis rebellé, j’ai pris les armes contre Starfleet, j’ai fait sauter les archives, car c’est sous celles-ci que se cachait en réalité la base où je travaillais à développer des armes contre les Klingons. Et j’ai tenté de tuer l’amiral pour stopper tout cela et me venger. Mais vous m’avez retrouvé, son plan était donc simple : vous envoyer ici avec les torpilles, à la frontière de l’espace Klingon. Il a fait saboter votre moteur. Ainsi, si vous aviez suivi vos ordre consistant à me tuer à coups de torpilles plutôt que de venir me capturer, comme vous me l’avez expliqué, vous en auriez fini avec moi, tué mon équipage dans les torpilles du même coup, et les Klingons en détectant les explosions seraient sûrement venus voir de quoi il retournait. Et avec votre moteur endommagé, impossible de fuir correctement… ils vous auraient donc retrouvé, et l’amiral Marcus aurait ainsi eu ce qu’il voulait : un incident diplomatique menant à une guerre ouverte avec les Klingons, qu’il déteste et avec qui il souhaite en finir le plus tôt possible. 
- Illogique.
- Hooo non, lourd ! Spock, merde !
- Pardonnez-moi capitaine, mais je dois insister : illogique. En effet, comment pouvions nous balancer des torpilles sachant qu’il y avait des mecs cryogénisés à la place du carburant ? Aux dernières nouvelles, nos armes ne sont pas propulsées au Mr Freeze. Le plan de l’amiral était donc très con.
- Spock att…
- Illogique : nous disposons de désintégrateurs. Pourquoi l’amiral n’a-t-il pas désintégré l’équipage de Khan s’il voulait s’en débarrasser ? Simple et sans traces. A la place, il les a laissé dans des torpilles conçues par Khan qui donc, non seulement ne risquaient pas de pouvoir être tirées, mais en plus, ne faisaient qu’augmenter le risque de laisser découvrir le pot aux roses.
- Ecoutez je…
- Illogique : nous avons ouvert le feu sur des Klingons et détruit plusieurs de leurs appareils après toute une course poursuite, le tout en navette. Contrairement à des torpilles furtives provoquant des explosions sans que l’on sache d’où ça vient, les Klingons ont donc actuellement toutes les raisons de la galaxie de sécuriser leur espace à la recherche de notre navette, et donc de nous trouver à sa frontière avec l’Enterprise. Or, je ne vois aucun vaisseau Klingon, et nous n’en parlerons plus du film, je ne compr…
- Bon, Spock, allez sur la passerelle voulez-vous ? »

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Spock repart donc, contrarié par les incohérentes navrantes du plan du méchant, qui comme d’habitude, ne tient pas debout, permettant aux héros d’en venir à bout plus facilement. D’ailleurs, à peine le discours de Khan terminé, les senseurs détectent un gros objet approchant de l’Enterprise, en provenance de la Terre, et sort de l’espace… un énorme vaisseau, deux fois plus gros que celui de nos héros, et beaucoup plus armé : l’USS Laurence Boccolini. Celui-ci tente de rentrer en communication avec l’Enterprise, et un visage familier apparaît.

« Bonjour capitaine Kirk.
- Amiral Marcus. J’ai votre prisonnier. Et vos torpilles au complet. Et figurez-vous que tout cela me semble être une drôle d’histoire… je ne suis pas si sûr que vous soyez gentil, en fait.
- Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?
- Je ne sais pas : le fait que vous pilotiez le seul vaisseau tout noir et menaçant du film ?
- Damn it, vous êtes très fort ! Bon, je suis désolé Kirk. Je ne voulais pas que vous parliez à votre prisonnier, c’est pour ça que je prônais les torpilles. C’est un rascal, un terroriste et un criminel de guerre. Donnez-moi Khan !
- Nan.
- Alleeeeeez !
- Nan. Bon, les enfants, avant que ça ne tourne mal, je propose de sauter en distorsion pour foncer droit vers la Terre. »

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Et bien que le moteur ne soit pas en super forme, l’Enteprise parvient malgré tout à sauter en direction de la Terre, au nez et à la barbe de l’amiral, bien décidé à remettre Khan uniquement à un tribunal de la Fédération. Sauf que pas de bol : le nouveau vaisseau de l’amiral est tellement performant que même en hyperespace, il rattrape l’Enterprise, lui met des coups de klaxon et de pare-choc et histoire de lui faire comprendre son désarroi,  puis lui distribue une paire de lasers dans la gueule. Le vaisseau sort donc de distorsion en urgence, avec quelques trous dans la coque et des membres d’équipage qui en sortent en ordre dispersé, aspirés par le vide, mais nous n’en parlerons plus : ils n’ont pas de prénom, pas de quoi attrister Kirk donc. Si un jour vous êtes projeté dans ce film, premier truc à faire : hurler votre nom au capitaine. Vos chances de mourir en seront considérablement réduites.

Bref, où en était-on dans cette daube ?

Ah, oui : l’Enterprise n’est pas vraiment dans un état radieux lorsqu’il est rejoint par l’USS Laurence Boccolini. Et cette fois-ci, celui-ci ne rigole plus : il voulait Khan pour le tuer lui-même, mais finalement, comme l’Enterprise s’est rebellé et en sait un peu trop, détruire tout le vaisseau devrait être une solution radicale. Découvrant que sa fille est à bord, Marcus l’évacue juste d’un bon coup de téléporteur, puis il se remet à son labeur : tous les canons sont donc braqués vers Kirk et ses amis et… tombent mystérieusement en panne.

« C’est moi les amis, c’est Scotty ! Je suis à bord du Boccolini ! Les coordonnées que vous m’avez filées : c’était l’endroit où ils construisaient ce vaisseau en suivant les plans de Khan ! J’ai pu m’infiltrer et je viens de couper l’alimentation de leur vaisseau en mettant du sucre dans la trappe à essence, ils en ont pour un petit moment à tout remettre en marche !« 

Bien joué Scotty, les mecs doivent avoir du caramel dans le moteur à l’heure qu’il est. Mais plutôt que de le récupérer à bord en le téléportant, nos héros ont un meilleur plan : incapables de fuir face à l’USS Bocolini, il faut donc l’affronter. Et Scotty pourrait permettre à un commando de pénétrer à bord du navire ennemi, invincible frontalement. Mais un commando très réduit : Kirk décide donc d’y aller, aidé du seul homme du bord à bien connaître le vaisseau ennemi : Khan. Celui-ci, fraîchement libéré, est à l’infirmerie où Mc Coy ne cesse de s’extasier puisque le sang eugénique de Khan semble pouvoir guérir tous les maux, voire pouvoir ressusciter les petits animaux morts. Hmmm, je me demande si ça va servir…

Vous aussi hein ?

Ça doit être super facile d’enquêter dans un film de J.J Abrams « Les mecs, faut qu’on trouve qui a fait sauter le… attendez, je crois que c’est bon : hep ! Vous là, le seul Monsieur en imper noir avec les yeux plissés en permanence ! Venez ici ! »

Bref : il est temps d’aller infiltrer l’USS Boccolini pendant qu’il est paralysé. Khan accepte volontiers d’aider Kirk, puisque sinon, il mourra comme lui à bord de l’Enterprise, et après s’être armés, ils décident d’un plan simple : ils vont mettre des combinaisons spatiales, se propulser à fond les ballons au milieu d’un champ de débris jusqu’au vaisseau ennemi où Scotty leur ouvrira la porte, puis ils iront botter des culs, le Boccolini ayant un équipage réduit, le projet étant secret et l’engin conçu pour pouvoir même être piloté par un seul homme…

L’autre option était de se téléporter directement dans le vaisseau, voire si c’était impossible, juste devant le sas d’accès à celui-ci, mais comme ça aurait empêché une interminable séquence de types volant en esquivant des débris spatiaux, c’est la première option qui est retenue. C’est passionnant, vraiment.

Bref : après ladite séquence, nos héros pénètrent donc grâce à Scotty qui leur ouvre un sas droit dans le vaisseau ennemi, où ils commencent à tirer sur tout et tout le monde, ne s’étonnant même pas lorsque l’équipage de Marcus, plutôt que de les attendre avec armes et pistolets, leur tend des embuscades… au corps à corps. C’est vrai que quand on a toute une artillerie et qu’on est prévenu que Khan est une bête de corps à corps, autant ne pas utiliser ses flingues et essayer de lui mettre des claques jusqu’à ce qu’il pleure. Miséricorde.

Pif, paf, pouf, bang, et nos héros arrivent sur la passerelle, où sentant bien que Khan ne joue pas franc jeu, ils décident de lui aussi lui mettre un petit coup de rayon étourdissant dans la margoulette. Malin. Sauf que ce dernier étant un peu surhumain, non seulement cela ne le met hors-jeu que peu de temps, mais en plus il se reprend bien vite, récupère une arme et étourdit plutôt tous les autres. A part l’amiral Marcus, qu’il est bien décidé à tuer de ses propres mains. Et quand je dis de ses propres mains, c’est bien le terme, puisqu’il se contente de lui serrer la tête très fort jusqu’à obtenir l’effet casse-noisettes. Et ce, sous les yeux de sa fille, probablement pour aider ses amis psys terriens à avoir une nouvelle source de revenus constante pour les 50 prochaines années.

Khan, qui n’est pas le dernier pour la déconne, retéléporte donc tout le commando de l’Enterprise dans ledit vaisseau (que fait-il de l’équipage du Boccolini ? Ah pardon : on en parlera plus non plus), avant d’annoncer qu’il veut que l’on téléporte les torpilles contenant son équipage à bord de son nouveau vaisseau.

« Flûte, on peut pas faire ça. » se dit Spock, qui fait l’intérim sur la passerelle de l’Enterprise pendant que Kirk récupère de ses aventures. « Bon, je vais passer un appel à un ami, et demander conseil à Vieux Spock, le moi-même du futur (z’avez qu’à lire le précédent spoiler, bande de rabouins), savoir si dans son espace-temps à lui, il avait affronté Khan.« , et Vieux Spock lui confirme que houlala, Khan, il ne faut surtout pas le laisser s’échapper, et il tuera tout le monde sans hésiter. Spock essaie donc de gagner du temps, pendant qu’il fait activer les explosifs des torpilles. Khan, lui, se contente de disserter tout seul en soulignant les incohérences du film :

« Ahahaha ! En fait, je pourrais tous vous tuer, là, tout de suite, en tirant dans vos systèmes de survie : sans oxygène, les caissons de mes copains peuvent survivre, pas vous. Du coup, j’aurais une efficacité de 100% dans la récupération de mes petits camarades. Mais non : je vais plutôt vous laisser le temps de bidouiller les torpilles sans me dire pourquoi, avant de les transporter dans mon vaisseau sans les scanner. »

C’est dramatique, mais en effet : lorsque Khan téléporte son équipage à bord, il ricane très fort comme tout méchant persuadé de gagner, mais s’étonne beaucoup plus quand toute la soute où il vient de ranger ses copains explose, endommageant très fortement son propre vaisseau. Cependant, il a tout de même le temps de lâcher une dernière salve sur nos héros, qui achève de pourrir un Enterprise déjà plus très vaillant. Celui-ci commence donc à dériver dans l’espace. Vous suivez encore ? Alors accrochez-vous.

Car c’est alors que nous avons le droit à cette réplique brillante d’une quelconque technicienne du bord :

« Nous sommes attirés par l’attraction terrestre !« 

Que… pardon ? Mais ? On était pas en plein milieu de l’espace ? C’est même pour ça que l’amiral Marcus pouvait cartonner l’Enterprise sans craindre d’être vu ou de voir des renforts de Kirk débarquer ?

Hé bien non ! Le film est tellement mauvais que nous découvrons qu’en fait, tout cela se passait dans l’orbite de la Terre ! Mais si, vous savez : là où il y a toute la flotte de Starfleet ainsi que toute la Fédération qui devait pouvoir assister en direct à la trahison de l’amiral Marcus ! Et à la baston allant de pair, le tout, sans intervenir s’il vous plait.

Il faut quand même être balaise pour se permettre un truc aussi nul. Un peu comme si dans « Into the wild » on découvrait à la fin du film que le héros était en fait dans son jardin à s’amuser entre les fraisiers et le toboggan depuis le début avec des gens lui faisant coucou depuis la baie vitrée. Non vraiment : quel talent ce J.J Abrams.

Bon, hé bien, faisons avec : l’Enterprise, le réacteur en vrac, n’a guère plus d’énergie pour rétablir la situation, et menace donc de s’écraser sur Terre. Heureusement, Kirk, toujours prêt à se sacrifier, décide d’aller réparer le bidule nucléaire du bord en rentrant dedans au péril de sa vie (oui, il y a une grosse porte pour entrer dans le réacteur, mais non, pas de combinaison, c’est juste une porte pour se faire des blagues), se fait sévèrement irradier le museau, mais parvient à réparer le bousin en… donnant des coups de pied dedans (véridique). Ce qui suffit à remettre le courant, rétablir l’énergie à bord, et donc stabiliser l’Enterprise avant qu’il ne s’écraser. Spock, découvrant que son ami Kirk est mort irradié pour tous les sauver, tombe donc à genoux et a ce fameux cri :

« Khaaaaaaaaaaaaaaaaaaan !« ,  gargarisme célèbre chez les amateurs de mauvais cinéma, qui a donc naturellement donné son nom au festival éponyme.

Et justement : Khan, lui, malgré son vaisseau très fortement endommagé, décide d’en finir une bonne fois pour toutes : il ordonne à l’USS Laurence Boccolini de mettre tout ce qu’il reste de patate dans le moteur pour aller s’écraser sur le QG de Starfleet à San Francisco. Evidemment, la Terre dont on expliquait au début du film qu’elle avait toujours des vaisseaux en orbite, est cette fois-ci complètement dénuée de quelque équipage que ce soit pour la défendre, et de toute manière, plutôt que de tirer sur le Boccolini avant qu’il n’atteigne la Terre, l’Enterprise préfère le regarder passer en faisant « Hooo. » des fois que ça le fasse culpabiliser et qu’il s’arrête, hein, on sait jamais. Et donc, l’engin poursuit sa trajectoire jusqu’à la baie de San Francisco, perdant de la vitesse dans l’eau avant de finir sa course sur un bout de San la ville, tuant, allez, quoi, quelques dizaines de milliers de personnes vu le nombre de buildings qui s’écroulent ?

Pas de quoi inquiéter les figurants qui, dans le plan suivant, lorsque Khan parvient à s’échapper de l’épave, ont l’air à peu près aussi perturbés que si on venait de leur annoncer une nouvelle saveur de Chupa Chups.

Mais l’Enterprise n’est pas resté complètement inactif (je sais, on dirait, mais tout de même) : le vaisseau a pénétré l’atmosphère et ses senseurs ont détecté Khan. Le téléporteur étant endommagé et ne pouvant l’envoyer directement à bord en prison (et tous les autres vaisseaux du coin étant probablement occupés à jouer à la crapette), il est donc décidé de plutôt envoyer Spock lui péter la gueule. Ce qui est fait lors d’une autre course-poursuite où l’on trouve :

  • des plates-formes dans tous les sens
  • des flingues qui glissent au sol
  • des gens qui se retrouvent suspendus au-dessus du vide

Halte là, j’allais oublier un poncif : le mec qui traverse des vitres pour fuir ! C’était ça ou la ruelle avec des cartons et une grille au bout. Tiens mais d’ailleurs, qu’est-ce donc que ces barres métalliques parallèles à droite de l’image ? Ah bin c’était la porte, tiens. Quelle logique.

Et autres choses terriblement originales. Finalement, c’est lorsqu’Uhura, à bord de l’Enterprise, a l’idée géniale d’envoyer plus d’une personne à la fois pour arrêter le méchant que Khan est finalement arrêté. Et qu’un peu de son sang est prélevé par Mc Coy… pour sauver Kirk ! Qui après avoir été mort un petit moment, revient à la vie grâce à la puissance du sang magique du méchant. Khan, lui, est remis dans un caisson cryogénique, histoire qu’il arrête les conneries (moi je l’aurais gardé comme réserve de sang magique, mais c’est mon côté Twilight qui doit parler). A cette occasion, on peut voir qu’il est rangé aux côté d’autres caissons, sûrement ses membres d’équipage, ce qui est dommage sachant qu’ils ont sauté avec la soute de l’USS Boccolini il y a quelques scènes de cela. Mais bon, hein, ça vous choque encore vous ?

Kirk revenu d’entre les morts, est donc invité un an plus tard à faire un petit discours pour tous les gens tombés lors des événements liés à Khan et au complot de l’amiral Marcus, à savoir : « Quand les gentils meurent, c’est moche. » puis le bougre ému par la puissance philosophique de son propre discours s’en va regagner son vaisseau, qui comme il le souhaitait, est affecté au nouveau programme d’exploration de la Fédération : c’est parti pour 5 ans au fin fond de l’espace à découvrir de nouvelles planètes inconnues ! Avec de tels ambassadeurs, nul doute que la Fédération aura bientôt 96 nouvelles civilisations mourant d’envie de lui déclarer la guerre.

Le capitaine se pose dans son siège, fait son sourire de winner, puis l’Enterprise active la distorsion pour disparaître dans l’espace infini et…

FIN !

Il disait quoi dans 20 minutes l’ami Abrams, déjà ?

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Le capitaine regagna ses quartiers, frottant régulièrement ses yeux encore quelque peu fragilisés tant par ce qu’ils avaient lu que ce qu’ils avaient vu. Le sas menant à ses quartiers s’ouvrit dans un bruit léger, dévoilant le havre de paix qui était le sien à bord du navire, alors que des hauts-parleurs déversaient doucement de vieux airs de jazz, rendant presque l’air ambiant plus doux à eux seuls.

L’officier fit quelques pas, puis notant que la porte menant à sa chambre était restée entrouverte, il s’en approcha, suspicieux.

« Lieutenant Dobroya ? C’est vous ?« 

Personne ne lui répondit. Il baissa les yeux, surpris, en notant que son pied venait de se prendre dans un sous-vêtement, probablement lié au fait que le lieutenant avait dû boire le brandy sur la table de nuit, traînant toujours là avec suffisamment de drogues aphrodisiaques en son sein pour faire pleurer un coureur du Tour de France. Le capitaine ramassa le sous-vêtement en question, l’étudiant brièvement en se rappelant que si le lieutenant Dobroya ne semblait pas taillée pour l’exploration de l’espace, elle avait exploré l’alphabet de manière suffisamment intéressante pour atteindre des frontières justifiant son recrutement à bord. Le capitaine sortit de ses pensées en entendant un sanglot.

Courant jusqu’à la salle de bain voisine, il trouva le lieutenant prostré sous la douche, les yeux grands ouverts, terrorisée.

« Mais enfin Tanya, que se passe-t-il ? C’est le brandy qui ne passe pas, vous avez chaud, hmmm ?
- Non… si… enfin capitaine je… j’ai reçu une transmission pendant votre absence je… j’ai si peur, je ne veux plus sortir.« 

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Elle indiqua un rapport de communication sur le sol de la salle de bain, que le capitaine s’empressa de ramasser. Puis, il le lut.

Il s’effondra à genou sur le sol, le visage tourné vers les néons de la petite salle de bain de ses quartiers, sa bouche s’ouvrant toute grande :

« Scooooooooooooooooooott !« 

Hurlais-je, désespéré.

« Plus haut, Diego, plus haut !« 

Le pauvre serviteur, engoncé dans sa blouse à double rangée de boutons, réajusta péniblement ses gants en caoutchouc avant de pousser un peu plus fort la manette commandant la poussée hydraulique. Là, en haut du laboratoire, les portes du toit achevaient lentement de s’ouvrir sur un ciel noir alors que la plate-forme montée sur un bras articulé continuait de s’élever dans un bruit sourd. Essuyant les gouttes de pluie tombant par l’ouverture sur ses lunettes de soudeur, il se tourna finalement vers son maître.

« Êtes vous-sûr Monsieur ? Nous risquons beaucoup en…
- Depuis quand as-tu un avis ? As-tu oublié qui t’a sorti de ton pays pour te fournir un emploi ? Allons, plus haut ! Nous avons besoin de la foudre !« 
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Au loin, le tonnerre gronda, donnant l’impression qu’une immense boule destructrice roulait là-haut, quelque part, au-dessus des nuages, dans un vacarme infernal. Diego observa attentivement son employeur, guettant le moment où celui-ci lui donnerait le signal d’abaisser la manette devant permettre de rendre la vie à la chose tout en haut de la plate-forme, actuellement inerte et battue par la pluie, attendant son heure.

Et puis soudain, il y eut un flash suivi d’un bruit assourdissant, si fort que plusieurs éprouvettes situées à proximité éclatèrent ; Diego fut lui-même projeté au sol, entraînant avec lui la manette qu’il devait activer ; levant les yeux, il lui parut alors que la foudre n’était pas seulement tombée sur la petite plate-forme dépassant du laboratoire : un véritable pont électrique s’était formé entre les cieux et celle-ci, comme si l’éclair était incapable de se retirer après avoir frappé sa cible ; dans une sorte de grésillement ressemblant au vrombissement d’un million d’abeilles, celui-ci se débattait en envoyant tant de puissance sur sa cible que plusieurs voyants situés sur le bras articulés explosèrent ; dans la folie de ces instants, Diego fut persuadé qu’il pouvait entendre distinctement son maître rire à gorge déployée d’une manière parfaitement diabolique alors que sa « science » s’opérait.

Finalement, le bras articulé s’effondra brusquement, et tout s’arrêta en un instant : l’éclair disparut, le bourdonnement s’arrêta, et la plate-forme fila vers le sol à folle allure avant que les systèmes de sécurités pneumatiques ne l’amortissent. Diego nota que l’obscurité s’était faite dans le laboratoire ; en se relevant doucement, il écarta le rideau occultant situé derrière lui pour constater par la fenêtre que tout le quartier semblait dans la même situation. Il se retourna brusquement lorsqu’il entendit son maître marcher d’un bon pas vers la cible foudroyée, son rire n’étant plus désormais qu’une sorte de ricanement nerveux, presque un hoquet. Il vit alors l’homme s’approcher de la bâche située sur la plate-forme pour la soulever, avant de s’exclamer :

« Elle est vivante… VIVANTE !« 

Et Diego ne put qu’approuver :

Là, sous la couche de tissu roussie, la petite Box avait à nouveau sa diode passée en vert. Son maître était de retour sur internet : il allait pouvoir faire des trucs passionnants comme regarder des vidéos à la con, lire des blogs aux articles trop longs ou même regarder le Grand Journal.

C’est d’ailleurs sur ce dernier point qu’il s’aperçut qu’il y avait un problème : la box semblait retransmettre des émissions venues d’un monde parallèle.

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Car en effet, hier soir, il y avait Tristane Banon au Grand Journal. Non pas que sur ce blog, on s’intéresse à l’affaire DSK, mais plutôt que l’on aime la méta-affaire, entendre par là tout ce qu’il y a autour de parfaitement absurde et que curieusement, personne ne commente jamais. Alors que pourtant, c’est plutôt surpuissant. C’en est d’ailleurs à se demander si, depuis 4 mois, la plupart des intervenants n’ont pas recours à des produits dopants ou à Nadine Morano un coach mauvaise foi, tant le niveau reste parfaitement surpuissant.

Par exemple, donc, personne n’a réagi au fait que Tristane Banon vienne, accompagnée de son avocat, parler au Grand Journal d’une tentative de viol. Pas même les associations féministes.

"Tout de suite, le viol de la semaine. Et ensuite Ariane nous montrera une vidéo rigolote piquée sur Youtube avec un chien qui pète"

Je ne sais pas moi, pourtant, c’est vaguement curieux : aller dans une émission de divertissement (ce n’est pas moi qui le dit : c’est la rubrique à laquelle est classée l’émission sur la page de Canal +) pour people ayant quelque chose à vendre (un livre, un spectacle, une campagne électorale) parler de comment on a failli se faire violer quelque part entre une pub pour de la lessive et une blague d’Ariane Massenet, ce n’est pas vraiment ce que l’on peut appeler le top du top du sérieux. Surtout quand c’est pour au final se faire dégager parce que c’est l’heure du « Daily Mouloud« .

« Bonjour Tristane, racontez-nous votre affaire, ça nous intéresse, regardez, on va tous prendre un air grave pour dire qu’on rigole pas.
- D’accord, alors je vais vous expliqu…
- Oui c’est très intéressant, mais en fait, on va vous diffuser des images de Dominique Strauss-Khan sur écran géant avec vous en gros plan en médaillon. Attention : ce n’est pas du tout pour voir si vous allez pleurer pour faire de l’audience, c’est juste que vous êtes très jolie en médaillon.
- Certes mais je…
- Super, maintenant, Jean-Michel Aphatie va analyser l’interview de DSK, parce que bon, en fait, vous on s’en tape, c’est lui qui nous intéresse.
- Oui, maintenant, je vais raconter ma version : c’est moi la gentille et lui le méchant.
- Ah, ça c’est de l’information ! Allez, on passe au Daily Mouloud ! »
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Voilà. On parle de viol comme du dernier spectacle d’Arthur, le tout en rajoutant un peu de pathos histoire de, et là, vous n’entendez plus une seule association féministe, pourtant véhémentes la veille, lorsque DSK était à TF1. Comme quoi, si le viol est un sujet trop sérieux pour qu’on en rigole, il suffit de le passer dans une émission de divertissement pour que l’on s’en moque : bravo mesdames. A l’heure où vous faites tourner une pétition pour refuser la « banalisation du viol« , et où vous vous insurgez contre les « remarques machistes« , on attend toujours votre réaction quand, pendant que la damoiselle était sur le plateau, le « Daily Mouloud » posait la question « Alors, Claire Chazal, elle est bonne ? » .

Là encore, inexplicablement, aucune voix nulle part pour souligner l’aspect totalement absurde de la chose. Et mon ami Google ne me renvoie lui non plus aucune remarque sur le sujet : tout le monde a trouvé ça parfaitement normal. Ou alors, tout le monde prend bien soin de ne pas regarder le Daily Mouloud, ce qui me paraîtrait bien plus raisonnable.

J’aime quand, les commentateurs et commentatrices de la veille, qui réclamaient « la justice égale pour tous » et la fin du « mépris » font bien attention à ne pas appliquer le même traitement pour cette émission que celui de la veille sur TF1, surtout que là, ils ont ouvertement fait caca sur la cause de ces dames. Bravo les enfants : quelle pertinence.

A cet instant de mon propos, j’en soupçonne un ou deux de supposer que je défends la cause de notre blonde amie, faisant les gros yeux aux vilains qui rigolent des viols, parce que flûte, c’est pas rigolo. Ce serait bien mal me connaître jeunes gens, car justement, durant l’émission, il y a aussi eu du très, très gros niveau sans que personne ne réagisse, puisque là encore, ça semblait parfaitement normal à tout le monde sans raison apparente.

Puisque tout comme notre gros Dominou, par exemple, Tristane a expliqué avoir, je cite, « perdu sa légèreté » depuis les faits en 2003 (ce qui ne signifie pas seulement manger trop de granolas, hein), avant d’ajouter, un peu plus tard, toujours au sujet de sa tentative de viol :

J’en ai parlé une fois, à tort, d’une façon beaucoup trop légère chez Ardisson. (…) J’étais là pour faire la blonde qui parle de politique et c’est seulement 2 ou 3 minutes avant l’antenne qu’on m’a prévenue qu’on allait parler de Dominique Strauss-Kahn

Comme quoi, on peut perdre toute sa légèreté et rester légère. Et surtout, on constatera le formidable raisonnement : « Nan mais si j’en ai parlé avec légèreté, c’est parce qu’on m’avait pas prévenue à l’avance que j’allais en parler« . Bin oui, parce que les traumatismes, faut être prévenu en amont, pour se souvenir de faire la gueule et avoir le temps de se frotter les yeux avec un oignon. Sinon, on se fend la poire autour de la table. Je rappelle que sur le plateau du Grand Journal, il y a pourtant du monde autour de la table, mais personne n’a relevé cette formidable incohérence. Surtout lâchée quelques minutes après avoir dit « DSK est un mauvais acteur : on voit bien que tout était préparé à l’avance !« . Comme quoi, la préparation est un droit pour certain et une faute pour d’autres. Vilain Dominique. En plus, c’est nul, tout le monde est de son côté, c’est connu.

Samantha avait elle aussi perdu toute légèreté

Pourquoi par principe, le doute profite à l’accusé et pas à la victime? 

S’est interrogée Tristane. Là encore, personne n’a relevé en soulignant que le doute, en général, on l’applique plutôt à l’accusé puisque c’est lui qui risque quelque chose. Mais bon, on en était plus à ça près.

Cependant, ce soir là, un autre phénomène paranormal s’est produit : Jean-Michel Aphatie a décidé de faire le comparatif ultime : retrouver les propos en commun entre DSK s’excusant et Clinton s’excusant lors de l’affaire Lewinsky, pour trouver 14s en commun dans leurs deux discours puisque, incroyable, les deux s’excusent, y compris devant leurs femmes. Troublant. Mais, soyons fous, pourquoi pas ; sauf que derrière, le même journaliste se plaint que DSK n’a pas donné assez de « détails« , la veille, lors de son interview.

C’est beau : un journaliste fait le parallèle avec l’affaire Lewinsky, où, pour rappel, toute la presse française se foutait allègrement des Etats-Unis en disant « Halala, les gros nazes, ils veulent tous les détails, alors que bon, les détails ne regardent pas le public ! » ; hop, aujourd’hui, finies les leçons d’éthiques, on dit « Raaah, l’enfoiré, il nous a pas dit ce qu’il avait fait !« . Mais oui, évidemment, c’est tellement important de savoir qui s’est imbriqué comment ! On imagine bien, un dimanche soir à 20h15, quelqu’un expliquer à une audience historique « Et bien ma chère Claire, je vais tout vous expliquer : j’ai attrapé la petite par la tête, et je lui ai chatouillé la glotte avec ma teub », moment d’une légèreté (perdue) telle qu’il devrait trouver sans soucis sa place dans un spectacle de Jean-Marie Bigard.

Les détails, il n’y a aucune raison que DSK les donne : après tout, s’il dit que c’était une relation consentie, ce qu’il se passe entre gens consentants n’a pas à être sur la place publique. Donc s’il veut être un peu cohérent, la seule version détaillée qu’il doit donner, ça doit être pour les enquêteurs. Et quand bien même, de toute manière : qu’est-ce que la presse ou le public ferait de ces « détails« , comme ils sont appelés ? Encore une fois, la question « viol ou non » est relayée au second plan, remplacée par du « des détails sur le sexe !« . Et là non plus, tiens, je n’ai entendu personne hurler au scandale.

Surtout que derrière, on a le droit à toute une série de questions plus ou moins innocentes du genre « Roooh, il est resté très vague l’enfoiré, il parle de « faute morale », mais il ne dit pas ce que c’est ! » ; ouais, et juste après, il s’excuse auprès de sa femme. Attention, Jean-Mimi, je vais t’aider, puisque c’est vrai que le vilain Dominou n’a pas fait un gros dessin pour expliquer le lien de cause à effet : il a trompé sa femme, il n’est pas très fier. N’hésite pas à me rappeler si tu as d’autres questions pertinentes de ce genre, puisqu’apparemment, malgré la foule des intervenants/chroniqueurs sur votre plateau, il n’y en a encore pas assez pour trouver la solution d’une énigme qui n’aurait même pas sa place chez le Professeur Layton.

Oui mais voilà : c’est tellement mieux de dire « Holala, il ne raconte pas, c’est quand même bizarre !« . Ouais.

Heureusement, en matière d’interrogations à deux sous, le magazine Elle n’était pas en reste, puisqu’il avait demandé à plusieurs féministes de donner les questions qu’elles auraient voulues voir posées au bon Dominique. Curieusement, ce sont à 97% des questions qui partent du postulat « Il est coupable« , ce qui est particulièrement subtil. Parmi tout ce petit monde, il y avait d’ailleurs mon association préférée, le fameux « Collectif féministe contre le viol » (le pire ennemi de l’Association pour les viols collectifs et sa célèbre présidence tournante)  On commence donc avec Clémentine Autain.

« Pourquoi vous êtes-vous excusé auprès du FMI ? Si vous n’êtes pas coupable de quoi que ce soit, de quoi vous excusez-vous ? »

Le truc trop subtil : « Si vous n’êtes pas coupable, pourquoi vous excuser ? Hein ? HEIN ? » ; parce que non, c’est un fait : il n’avait pas du tout à s’excuser d’avoir, par exemple, créé une vieille crise à la tête du FMI, et donné une bien mauvaise image de directeur général. Mais oui Clémentine ! Vous avez raison : seuls les coupables s’excusent. J’imagine que vous-même, quand vous bousculez quelqu’un dans la rue sans le faire exprès, vous lui dites « Va te faire enculer« , et surtout pas « Excusez-moi« , car vous n’êtes pas coupable et voulez bien le signaler. Vous avez raison.

On attend toujours les réactions des féministes sur cette personne donnant une image déplorable de la femme

D’ailleurs, du coup, c’est très beau : d’un côté, on a ce discours, et de l’autre : Tristane Banon qui explique que DSK ne s’est pas excusé auprès d’elle ou de Nafissatou Diallo : oui mais les enfants, visiblement, excuses = coupable, alors il va peut-être pas se suicider comme ça. Là encore, il va falloir vous mettre d’accord.

Au tour d’Audrey Pulvar

« Ce rapport était-il tarifé ? Si non, vous soutenez avoir eu un rapport sexuel (oral) avec une inconnue, en moins de 10 minutes, non tarifé sans la moindre contrainte ? »

Si j’étais DSK, je répondrais juste « Connaissez-vous Jean-Edouard et Loana ?« 

Allez, Rokhaya Diallo, que je ne connaissais pas jusqu’alors, participe à son tour

« Comment vivez-vous le fait que la crédibilité de Nafissatou Diallo ait été mise en cause très rapidement et qu’elle ait payé d’avoir menti par le passé, alors que vous n’avez de votre côté pas fait l’objet d’enquête similaire? Comment vivez-vous ce traitement de faveur alors que vous étiez accusé? »

C’est vrai que c’est bizarre. Il n’y a eu une enquête que d’un seul côté, et il n’y en a eu aucune sur DSK. D’ailleurs, il n’a même jamais été arrêté ou interrogé. Et aucune précédente affaire de tentative de viol n’est ressortie. Et non, Tristane Banon n’existe pas.

Les derniers mots iront bien sûr au collectif « Osez le féminisme« , ici représenté par son porte-parole, Thalia Breton dans Le Nouvel Observateur :

Ça montre bien que les violences faites aux femmes sont traitées comme un fait-divers, un feuilleton médiatique, mais pas comme un fait de société. Les violences faites aux femmes sont minorées

Effectivement : à tel point qu’on en parle dans des émissions de variétés entre deux chroniques pour amuser la galerie et dans lesquelles on se fout allègrement de votre gueule. Mais que là, on ne vous entend surtout pas vous exprimer, hein, attention : faudrait pas avoir des revendications trop constantes.

Ho, et non, je ne vais pas parler de la prestation de notre ami le joyeux DSK lundi soir : d’autres s’en sont déjà chargés bien avant moi, n’allons pas rejoindre ces fameux analystes pour le coup. Que l’on ne pense pas que je prenne parti pour le bougre pour autant : vu les fréquentations de ce garçon, je crois que nous n’avons définitivement pas les mêmes valeurs (à vous de retrouver si je parle de Martine Aubry ou non). Je voulais surtout souligner les réactions et non-réactions absurdes autour de l’affaire.

Personnellement, j’attends la suite avec impatience. Un truc du genre « Nafissatou vient témoigner dans D&Co« , qui sera salué par les associations féministes, tant une femme battue qui en reçoit une violée, ça fait avancer la cause.

Frotte-frotte.

Le petit bruit de Martha s’employant à faire resplendir le parquet du bureau n’est qu’à peine audible lorsque l’on est concentré. Et je le suis : froissant le papier du Monde entre mes mains, bien installé à mon bureau, je m’applique à faire défiler devant moi les derniers articles sur l’actualité, prétexte scandaleux pour en réalité jeter de discrets coups d’oeil à la croupe rebondie de la jeune femme appliquée à cirer une latte de plancher récalcitrante. De temps à autres, je feins tout de même un certain intérêt pour ma lecture supposée être l’un des journaux les plus réputés de France, tentant d’oublier que c’est de son ventre maudit qu’est sorti le site de non-information Le Post, sorte d’allégorie de l’absence complète de talent, de goût et d’éthique.

Or, cette semaine, comme tous les organes de presse de France et de Navarre, Le Monde a longuement disserté sur l’affaire  Dominique Strauss-Khan, sujet qui a en a passionné plus d’un : crime odieux ? Machination galactique ? Irrespect de la présomption d’innocence ? Mépris de la plaignante ? Une foule immense s’est jetée dans l’arène des commentateurs et des théoriciens, chacun y allant de son avis sur le sujet. Personnellement, mon opinion sur la chose est assez limitée : on pourrait la résumer à « Méfiez-vous des femmes de ménage« .

Souvenez-vous, Dreyfus ! L’histoire d’un français accusé d’un crime monstrueux qui se retrouve au trou pendant que la presse nationale se déchaîne autour de sa culpabilité ou de son innocence, le pays tout entier se divisant sur la question : vous allez me dire que ça n’a aucun rapport, mais, hé ! Qui se souvient de comment toute l’affaire a commencé ? En septembre 1894, c’est Marie Bastian, une femme de ménage, tiens donc, qui alors qu’elle nettoie consciencieusement les bureaux de l’ambassade d’Allemagne, trouve dans une poubelle un mystérieux bordereau déchiré indiquant que quelqu’un balance des infos aux teutons (informations sur le frein hydraulique du canon de 120, recette du pain perdu, etc). C’est de sa trouvaille que partira toute l’affaire.

Fanny Kaplan, celle qui tira sur Lénine, et dont le chemisier devint le symbole de quantité de femmes de ménage de par le monde

Quelques années plus tard, rebelote ! Le 2 février 1933, Christine et Léa Papin, deux braves bonnes, probablement en mission commandée pour une puissance étrangère, tuent leurs patronnes : là encore, hop, la France s’émeut, disserte autour de ce qu’il s’est passé, la presse puis le cinéma s’en empare, et le crime est si terrible qu’il retentit jusqu’à l’étranger ; incroyable coïncidence, c’est le même jour qu’Adolf Hitler fait interdire tous les journaux opposés au régime en Allemagne, probablement pour éviter que l’on ne découvre qu’encore une fois, les bonnes étaient en mission commandée pour le pays de la choucroute. Dans les années qui suivent, certains soldats retrouvés à moitié fou sur le bord de diverses routes d’Europe jurent avoir été attaqués par une Panzerdivision totalement féminine aux uniformes alambiqués qui aurait pour héraldique un bouclier frappé d’un plumeau et d’une saucisse marqué « Groß Ménache !« . Bien que l’on trouve trace de tels récits de la guerre d’Espagne à l’opération Wacht am Rhein, aucun document officiel n’a jamais permis de confirmer l’existence d’une telle armée. Pendant presque 70 ans, soucieuses de ne pas se dévoiler plus avant, les bonnes se font oublier.

Jusqu’à cette semaine, donc : au même moment, une femme de ménage accuse le président du FMI de viol, alors qu’une bonne de l’autre côté des Etats-Unis expliquait qu’elle manipulait le gouverneur de Californie grâce à un fameux chantage autour d’un enfant illégitime.

Coïncidence ? Complot mondial ? Je laisse ce débat à tous les experts qui se sont succédés sur les plateaux de télévision cette semaine pour disserter sur du rien (« J’y étais pas mais je sais comment ça s’est passé« ). Car le plus intéressant, c’est en fait la méta-affaire, c’est à dire, tout ce qu’il s’est dit autour : faut-il parler de la vie privée des hommes politiques, quel rôle ont les médias, et quelle place pour les femmes, dans tout ça, bordel…

Et c’est donc Christophe Deloire, directeur du centre de formation des journalistes (ça veut déjà en dire beaucoup), dans Le Monde, qui a ouvert les hostilités avec classe et bon goût (au point d’amener plus de 4200 lecteurs à relayer l’article sur Facebook) en traitant de « l’omerta des médias sur DSK »  :

 Pour parler de la vie politique, les médias français alignent traditionnellement une cohorte d’éditorialistes, rebaptisés depuis peu « commentateurs », là où les Anglo-Saxons, avec tous leurs défauts, préfèrent lancer leurs enquêteurs pour livrer au public le maximum de révélations. Or de la soif de vérité factuelle les démocraties ne se portent jamais mal.

Voilà ; la « soif de vérité factuelle » , c’est le terme poli pour parler des critiques faites à la France ces derniers jours : si vous n’avez pas suivi, sachez que le grand reproche qui a été fait a été que nos grands médias ne s’intéressent pas à la vie sexuelle des hommes politiques, que ce soit DSK ou autre. Il est tout de même bon de lire sous la plume d’un type en charge de former des journalistes que oui, la vie sexuelle des gens est un facteur important dans la vie démocratique. Auquel cas, on pourrait donc qualifier Gala, Voici ou Closer de « journaux d’investigation« , à ranger  sur la même étagère que le New York Times, le Spiegel ou le Canard Enchainé.

Et c’est là que l’affaire DSK est belle : certains petits malins ont décidé de s’en servir de cheval de Troie pour faire passer leurs idées, expliquant que si depuis des années, ils s’intéressaient à qui mettait son trilili dans qui (ou dans quoi, soyons fous : souvenez-vous de cette folle nuit passée avec Renato le poulpe sur le sable humide de la plage de la Baule), c’était UNIQUEMENT pour le bien de la Démocratie, avec un grand D comme Devoir.

Voilà : ça c'est du vrai journalisme !

Aucun rapport avec du racolage pourri pour inciter les collégiennes et les salons de coiffure à s’abonner.

J’espère que Public aura le prix Pulitzer cette année, dites donc.

La décence commune en l’espèce, c’est le respect des personnes, bien entendu, mais surtout le refus de l’hypertrophie verbale, une obsession de la soumission aux faits. Cette décence devrait prohiber le commentaire vaseux qui se croit libre parce qu’il ne s’autorise que de lui-même.

En tout cas, il faudra m’expliquer où commence le respect des personnes si on ne les autorise pas à avoir une vie privée. « Nan mais Michel, on te respecte et on respecte ta vie, tout ça, mais faudrait que tu nous dises quelle position tu as effectué avec Sonia, la petite stagiaire de la compta. Arrête de dire qu’on est de gros obsédés : oui, on l’est, mais juste par les faits. Bon, reprenons : est-ce que tu l’as prise sur la photocopieuse, et si oui, est-ce que tu as activé la copie couleur ou noir et blanc ? « .

Quant à l’hypertrophie et aux commentaires vaseux, venons-y.

En 2006, je fus l’auteur avec Christophe Dubois d’un livre d’enquête sur le caractère aphrodisiaque du pouvoir, Sexus politicus (Albin Michel), qui traitait aussi des coups bas sous la ceinture dans la vie politique. Pour la première fois, un chapitre intitulé « L’affaire DSK » évoquait le comportement hors normes de celui qui n’était pas encore directeur général du FMI, et révélait ses risques inconsidérés pour un homme d’Etat, ses vulnérabilités. Les scènes racontées ne relevaient pas que de la séduction de salon.

C’est beau. Critiquer l’hypertrophie et les commentaires vaseux pour se fendre d’une tribune qui est prétexte à rappeler qu’on a sorti un livre sur le sujet. Ouvrage qui parlait « pour la première fois » de « l’affaire DSK » dès 2006. Si la Modestie décide un jour de s’incarner sur Terre, nul doute qu’elle prendra la forme de Christophe Deloire.

A noter que paradoxalement, l’apôtre des « faits » explique que son ouvrage traite de « risques » et de « vulnérabilité« , ce qui, par définition, consiste à traiter de choses qui ne sont pas arrivées. Mais, faisons fi de la mauvaise foi, et allons jusqu’au bout du raisonnement, en nous disant que ces théories dignes de « commentateurs » devaient donc être basées sur des faits avérés et étudiés. Oui, puisque « Les scènes racontées ne relevaient pas que de la séduction de salon ». Comment ça « que » ? Vous voudriez dire que vous auriez aussi disserté sur des scènes de séduction de salon, c’est-à-dire révélatrices de rien mais qui permettaient de tartiner le bouquin de détails intimes n’ayant d’autre intérêt que jouer de voyeurisme ? Voilà qui fait rêver.

Enfin, puisque le brave homme dit cela, c’est donc qu’il y a aussi autre chose, des faits probablement plus révélateurs, qui eux, éclairent sous un jour nouveau toute cette affaire et… tiens ? Tiens, c’est curieux : ces faits si révélateurs, qui justifieraient tout, il n’en parle pas. Il dit juste qu’ils sont dans son livre : comme c’est subtil ! Enfin pas aussi subtil que le fait suivant : le bon monsieur s’étend dans Le Monde pour expliquer qu’il savait depuis 2006 des choses incroyables ; mais alors peut-il nous expliquer pourquoi il ne s’est pas étendu de la même dans la presse de l’époque pour révéler ces faits qui, semble t-il, impliquaient des choses bien plus graves que de simples amourettes intimes ?

Je vous résume la chose : « Ahaha, je suis journaliste ! Et j’ai un scandale énorme à révéler : vite, n’en parlons surtout pas aux journaux !« . Pour rappel, nous sommes bien en train de parler du directeur du centre de formation des journalistes. Je crois que je commence à comprendre bien des choses sur la crise du métier.

Depuis dimanche 15 mai, j’ai décliné toutes les propositions d’interviews, ne voulant pas ajouter mes commentaires à ceux de spécialistes n’ayant rien vu, rien su, rien lu, ni bavarder sur la séduction en politique (hors sujet), ni resservir des informations publiées il y a cinq ans.

« C’est pour ça que j’ai décidé d’écrire une tribune entière dans laquelle j’explique que j’avais tout vu, su et lu, et que je bavardais de le séduction en politique (le thème de mon livre) dans des informations que j’ai publiées il y a cinq ans. »

Mon héros.

Rien que le bandeau résume le niveau de la chose.

Mais une nouvelle fois l’actualité nous oblige à poser la question de l’utilité des journalistes. A quoi servent-ils ?

C’est en lisant ce genre de personnes qu’en effet, je me pose la question. J’hésite entre « Présenter Euromillions » ou « Parler du dernier fabricant de santons de La Creuse« . Enfin, non, je suis mauvaise langue : ils font aussi d’excellentes tables basses.

En publiant Sexus politicus, Christophe Dubois et moi avons transgressé un tabou. Le fallait-il ? La question mérite débat, et il est parfaitement concevable de s’offusquer sur le principe.

« En écrivant notre livre, nous avons franchi toutes les frontières, nous étions jeunes et fougueux ; le lendemain du jour de parution, je me souviens avoir traversé Paris en skate ; alors que je taguais « Prout » (vous ai-je dit que je ne respectais aucune convention ?) sur le Sacré Coeur, j’entendis les cris de la foule offusquée par les limites politiquement correctes que nous avions franchies : les hommes hurlaient de colère, les femmes s’évanouissaient, et le Pape s’était mis en tête d’appeler à la Croisade contre nous. »

Mais oui les enfants : vous aviez franchi tous les tabous. Ou alors, vous aviez juste fait une compilation d’anecdotes plus ou moins privées et plus ou moins connues. Présenter les faits derrière les ragots. Si ma concierge me parle durant trois plombes de qui a couché avec qui, que la personne soit connue ou non, elle ne brise pas de tabous (par contre elle me les brise un peu).

Introduisions-nous en France les méthodes du journalisme anglo-saxon et/ou crevions-nous une bulle de secrets privés ? Les lecteurs, y compris les responsables politiques, par leur nombre et leurs réactions, ont manifestement considéré que le dévoilement était légitime, notamment si on ne le recouvrait pas d’une couche de morale.

J’aime les gens qui font les questions et les réponses. « Changions nous la face du monde avec nos actions ? Oui. Ça vous dérange si je me caresse un téton pendant que je vous parle ? »  Et de préférence, en expliquant que les gens ont lu en « nombre » et en ont eu moult « réactions« , du simple quidam au responsable politiques, tous trouvant que pareille production était oeuvre de salut public. C’est vrai que ça a méchamment fait avancer la Démocratie.

A la parution du livre, les médias, quoique diserts sur l’ensemble du livre, se sont montrés plus que discrets sur les informations concernant Dominique Strauss-Kahn. Bien sûr, il eût fallu le cas échéant vérifier, pousser plus loin les enquêtes. Beaucoup, là encore, ont préféré le commentaire au scoop. Comme en témoignent les taux d’audience ou les ventes des médias qui privilégient les révélations, le journalisme plaît lorsqu’il nous révèle le monde, les gens, plutôt que de poser devant nos yeux et nos oreilles un voile de logorrhée subjective.

Tous les médias de l’époque en ont évidemment parlé… et incroyable : aucun n’a évoqué DSK alors qu’il y avait dedans, je cite « un scoop« .

C’est connu : les médias détestent les scoops. Quand ils en reçoivent un, ils font « Rhooo, pffff, non, c’est nul, je préférerai qu’on parle de rien, c’est bien, le rien ; en plus les scoops, c’est naze, puisque ça nous attire de l’audience et donc du pognon, et ça, ça nous intéresse vraiment pas ». En 2006, en plus, je rappelle le contexte : l’UMP est au pouvoir (ah, ça nous rajeunit pas !), Dominique Strauss-Khan est candidat pour avoir l’investiture du Parti Socialiste, et là, pouf, selon notre bon monsieur Deloire, un énooooorme scoop permettant de le discréditer atterrirait sur la table et… personne ne l’exploiterait. Y compris les médias opposés à lui.

C’est tellement crédible. « Ce n’est pas que nos informations étaient sans intérêts, c’est une omerta vous comprenez ! Un complot !« 

Si demain les Français, lecteurs ou électeurs, nous accusent une nouvelle fois d’avoir gardé un secret entre soi, d’avoir accepté chez les puissants ce que nous refusons aux humbles, que leur répondrons-nous ? Que nombre d’entre nous ne savaient pas ou n’ont pas cherché à savoir ? Nous ne pouvons pas donner aux citoyens des raisons de penser que nous leur mentons, même par omission. Il ne s’agit pas ici de trancher l’affaire de la chambre du Sofitel, simplement d’affirmer, une fois encore, que nous devons avoir l’ambition de dire rien que la vérité, mais toute la vérité.

Si demain, les français posent ce genre de question, je sais ce que notre héros pourra leur répondre : « Ouais, nan mais ouais, je savais, mais en fait j’ai préféré ne rien écrire dans les journaux pour plutôt en faire un livre ; quand j’écris dans les journaux comme aujourd’hui, c’est justement pour vous informer que j’ai écrit un livre, vous comprenez. » et là, si les français ne le brûlent pas sur le champ en faisant cuire des merguez sur sa dépouille rôtie, ils répondront sûrement « Tu te foutrais pas un peu de notre gueule dis-donc ?« . Et ensuite, ils le brûleront quand même, parce que bon, hein, faut pas déconner, et puis les merguez, c’est bon.

"Si personne ne parle de ce que je raconte, ce n'est pas parce que c'est nul, mais parce que c'est un complot"

Enfin d’ailleurs, ce raisonnement n’a pas lieu d’être, si on suit la logique du Monsieur :

- soit comme il l’affirme, son bouquin a été lu partout en France, auquel cas, les français n’ont aucune raison de penser qu’on leur a caché l’information, et il n’y a donc aucune omerta (une loi du silence imposée par une mafia à tout le monde sans exception, pour rappel), auquel cas, Christophe Deloire est en train de mentir.

- soit personne n’a lu son bouquin, et dans ce cas, le seul mec en tort, c’est celui qui a écrit son supposé scoop dans un bouquin intimiste plutôt que dans un journal et qui raconte derrière que son livre a été un succès qui a créé le débat. Auquel cas, Christophe Deloire est en train de mentir.

Hmmm… j’hésite.

Les médias doivent-ils lever le pied sur les révélations, afin d’éviter un accident électoral, ou au contraire accélérer en plein carrefour ? C’est une question essentielle pour la démocratie. Donner un coup de frein serait une faute de conduite, avec le risque de donner le sentiment qu’on protège le « système ». Bien conduire, pour un journaliste, c’est avancer vite sans donner de coups de volant. En tout cas, le dérapage incontrôlé « lécher, lâcher, lyncher » nous fait risquer la sortie de route.

Voilà la morale de cette histoire : il faut toujours plus de révélations. Soit !

Mais entre les lignes, il faut donc lire « brisons le tabou sur la vie privée ! » (si vous avez encore un doute, je vous rappelle que tout l’article disserte autour d’un livre qui soi-disant était une grande avancée puisque parlant du sexe et de la dragouille chez les politiciens). C’est vrai que c’est ça, la vraie révolution dont la démocratie a besoin : savoir si X a trempé sa biscotte avec Y. Et si Z préfère les filles ou les garçons, et en sus couche avec plusieurs personnes à la fois.

Toute cette histoire est donc au final supposée expliquer que si on s’était plus intéressé à la vie sexuelle des hommes politiques, on en serait pas là. Tiens ?  Un type qui court à droite à gauche (dans le cas de DSK, je vous laisse profiter des mille sens de lecture possibles) serait donc automatiquement un violeur potentiel ? A l’inverse, un filou n’ayant jamais eu les faveurs des gueuses serait forcément incapable de passer à l’acte ? Et quand bien même, si c’était prévisible par je ne sais quel recours à la magie noire, si l’on suit le raisonnement comme quoi il fallait se méfier de ces « vulnérabilités« , qu’aurait-on dû faire ? Ne pas le nommer à un poste à responsabilités, comme le disent certains ?

« Ah, non monsieur : d’après nos fichiers, vous pouvez être un violeur potentiel : on ne va pas vous nommer au FMI.
- Bon, bin tant pis. Sinon, je fréquente des femmes en dehors de mes fonctions au FMI, donc c’est pas grave ?
- Non, non : ce qui nous emmerde, ce n’est pas qu’une femme se fasse violer : c’est que ce soit le directeur du FMI. Avec d’autres fonctions, c’est moins grave. »
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Formidable. Et ce qui est génial, c’est que ça fait une semaine que ce genre de raisonnement emplit téléviseurs et radios sans que personne ne remarque qu’il y a comme des trucs vaguement incohérents dedans. Enfin ; ne volons pas la vedette à notre héros, et revenons au sire Deloire, qui semble persuadé que le sort du monde libre se joue sur un coït. Parce que bon, moi je pensais que l’on pouvait faire ce que l’on voulait dans sa chambre à coucher tant que ça n’empiétait pas sur la vie publique (« Française, français : j’ai choisi de former un gouvernement uniquement à partir de mes maîtresses« ) et/ou la légalité (« Tiens, je vais violer quelqu’un, c’est ma vie privée, venez pas m’emmerder ! »). Mais notre homme a sûrement raison ; aussi, puisqu’il considère que la vie privée et l’intimité sont les deux ennemis de la Démocratie, je lui propose de donner l’exemple sur le champ : révélez-nous les noms de toutes les personnes avec qui vous avez couché ! C’est pas du voyeurisme, hein, c’est pour la France. Et puis sinon, vous pensez quoi de la Toupie Javanaise ? Vous préférez ça ou la position du Hollandais Volant ? Sinon, ça vous dérange pas si moi et mon équipe de tournage on vient dans votre chambre à coucher ? Rassurez-vous : tout comme vous, une fois qu’on aura un scoop sur vos pratiques intimes, on ne diffusera pas ça dans les journaux : on fera plutôt un DVD vendu à la Fnac à côté de votre livre.

Je suis sûr que la Démocratie s’en portera mieux.

Un modèle d'éthique : les français méritent la vérité

Mais, allons ! Trêve de plaisanteries douteuses, il serait bien cruel de ne s’en prendre qu’à notre pauvre monsieur alors que d’autres ont aussi carburé pour surfer sur la vague pour défendre aussi leur propre cause cette semaine, comme par exemple : le féminisme. Parce qu’il y avait une femme impliquée dans l’affaire, donc, en avant !

Et cette fois-ci, c’est Gisèle Halimi qui s’y colle, dans Le Monde toujours, présentée comme avocate et féministe, deux métiers à part entière. Je cite son morceau de bravoure sur le fait que certains partisans de la théorie du complot soupçonnent la femme de chambre d’avoir participé à un coup monté (je vous laisse à vos grivois jeux de mots) :

« [...] la jeune femme employée de l’Hôtel Sofitel de New York qui accuse Dominique Strauss-Kahn d’agression sexuelle « dit la vérité ».« Comment voulez-vous croire qu’une simple femme de ménage, noire, mère célibataire de surcroît, ne dise pas la vérité ? Quel serait son intérêt ? »

C’est bon les mecs, inutile d’enquêter : une femme de ménage, noire et mère célibataire ne peut pas mentir. Si elle essaie, pouf pouf, elle change de couleur (ou de sexe, ou de conjoint, ou de métier, au choix ; voire, son enfant disparaît dans un nuage de souffre) : c’est très pratique ! Après les histoires de cul qui font avancer la Démocratie, voici l’autre nouvelle du jour : votre sexe, votre couleur de peau, votre métier et votre situation familiale vous permettent ou non de mentir. Dans le cas présent, donc, c’est tout simplement impossible. Et c’est une féministe & avocate qui le dit, autrement dit, une spécialiste de la défense argumentée dans les deux cas.

Quant à l’intérêt, effectivement ; elle n’en a aucun. Même pas l’argent (sur Terre, les gens travaillent par passion uniquement), si tentative de filouterie il y avait eu : il est impossible de corrompre une femme de ménage noire et mère célibataire. Si vous lui tendez de l’argent, il se désintègre automatiquement grâce au champ de force anti-corruption qu’elles intègrent automatiquement. Du coup, c’est un peu chiant pour les pourboires, mais quelque part, ça en fait un peu des golgoths de ménage.

Mais l’aimable dame ne s’en est pas arrêtée là dans sa vision du monde, et a embrayé :

Elle se dit « persuadée que si cette affaire était arrivée en France, on n’en aurait rien su ». 

C’est vrai. En France, on est méchants. On protège tellement la vie privée de nos hommes politiques qu’ils ont droit de faire ce qu’ils veulent : quand un journaliste apprend qu’un homme politique viole, tue, boit dans le crâne de ses ennemis et sacrifie des vierges à Odin, il se décide à écrire un article sur le tricot. Si Gisèle avait pris deux minutes pour consulter les archives de journaux ou demandé à son copain Google, elle se serait probablement souvenue de ce conseiller d’un rayonnant premier ministre, qui, un soir qu’il se promenait à 4h du matin, aperçut une jeune fille sur le bas-côté ayant besoin d’aide. Alors qu’il baissait la vitre pour lui demander de quoi elle avait besoin, quelle ne fut pas sa surprise de découvrir que le verrouillage automatique de sa berline merdouillait et avait ouvert la portière à la pauvrette ! La voyant monter à bord, il se dit que, tant pis, il allait faire un peu de route avec. Las ! Les policiers un peu plus loin, qui l’attrapèrent avec une prostipute mineure dans sa voiture, rigolèrent très fort lorsque le bon monsieur leur conta cette histoire.

Réunion de l'association "Les amis de Dominique"

Et curieusement, toute la presse aussi ; et pourtant, c’était un type moins visible qu’un DSK, et ce n’était pas un viol. Alors un scoop sur une personnalité en vue pour un crime plus grave encore, on imagine mal la presse s’en priver.

Comme quoi, cette semaine, il y a ceux qui ont parlé de complot politique. Et ceux qui ont expliqué que ceux qui parlaient de complot participaient eux-même à un complot médiatique. Toute ces histoires, ça me perd ; il va falloir que je me recentre sur le coeur du sujet et que j’en parle à Martha : après tout, elle a sûrement un avis sur la question.

Posant mon journal, je me tournais donc vers la jeune femme qui était occupée à ranger ses derniers instruments dans son sac, dont dépassaient nonchalamment quelques embouts de produits ménagers et autres plumeaux. Tentant vainement de la regarder dans les yeux lorsqu’elle se retourna, je sortais mon portefeuille.

« Tenez Martha, c’est pour vous. Merci pour le ménage.
- Ho, je vous en prie M. Connard, c’est toujours un plaisir de… »
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Martha arbora subitement une moue interrogative en contemplant les billets que je venais de glisser dans sa main.

« … Mais ? M. Connard ? Ce ne sont pas des euros, ce sont des…
- des Reichsmark, ma petite. N’est-ce pas la monnaie de votre pays, ma chère Martha, ou peut-être devrais-je dire… Colonel Martha Von Knecht, de la Panzerdivision Groß Ménache ! »

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Elle me regarda avec un air parfaitement interloqué.  Les pieds sur le bureau, je savourais mon calembour tout comme son étonnement, fouillant dans le même temps la poche de mon veston pour voir si je n’aurais pas quelques véritables euros à lui donner.

C’est à ce moment précis qu’elle sortit un lüger de son sac avec une vitesse quasi-surhumaine avant de le tourner vers moi. Au travers de ses dents serrées, elle jura :

« Scheiße ! »


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