"Commissaire Gordon, commissaire Gordon !"

Le commissaire souffla dans sa moustache en se retournant pour fixer le jeune policier qui venait d’arriver sur le toit du commissariat, dégoulinant de sueur. Il s’étonna, en le fixant, des traits poupins de son visage : Gotham devait être en bien mauvaise posture pour que l’on en soit à recruter de pareils jeunots.

"Que se passe-t-il ?
- C’est… c’est incroyable ! On vient de perdre le contrôle de l’asile d’Arkham !
- Pour la 279ème fois ? C’est fou. 
- Bin oui… en attendant, toujours aucun signe de Batman ?"

0

Le commissaire fixa le projecteur à côté de lui, braqué vers le ciel. Depuis des jours, ils tentaient de joindre le seul homme encore capable d’arrêter le chaos en ville, mais le chevalier noir ne s’était pas montré. Chaque nuit, l’anarchie gagnait un nouveau quartier, et les forces de l’ordre perdaient peu à peu du terrain. Les malfrats avaient une nouvelle arme, et il y avait fort à parier que Gotham tomberait bientôt, Batman avait échoué. Les forces du mal avaient été plus rusées que le plus rusé des justiciers.

Oui, pensa le commissaire, ils se sont montrés plus malins.  Fixant le ciel, il grimaça en voyant que le projecteur n’illuminait plus rien.

En effet, les malfrats avaient découvert le site de Météo France, et attaquaient désormais les nuits sans nuage. Sans nuage, pas de surface pour refléter le projecteur, sans projecteur, pas de Batman. Les bandits ne reculaient devant rien : qui aurait pu prévoir plan aussi diabolique ?

"Tout le monde", grommela Gordon dans sa moustache. "A part ce blaireau de Batman". Mais il se ravisa : après tout, qu’attendre d’un héros si mauvais que toute sa trilogie était entachée de décisions incohérentes et de plans foireux ?

Il repensa à comment tout cela avait commencé. Avec Batman Begins.

Comment Bruce Wayne est-il devenu Batman ? Pourquoi choisir une tenue de chauve-souris ? Chevalier noir, ou plutôt marron ? Ni une, ni deux, reprenons au début d’une série dont nous n’avions évoqué que le troisième volet, et spoilons mes bons !

________________________

L’affiche : Batman, ce héros si sombre qu’il s’habille comme un collégienne mal dans sa peau. Respect.

Tout commence du côté de Gotham City, riante mégalopole nord-américaine alors que dans un riche manoir de la campagne voisine, deux enfants s’amusent follement (mais hélas pas au jeu du foulard) : Bruce Wayne, garnement et fils unique du couple de multimilliardaires possédant les lieux, et Rachel, son amie malgré le fait qu’elle ne soit pas aussi prout-prout que lui. Tout irait pour le mieux si, lors de leurs jeux, ce gros blaireau de Bruce ne se vautrait pas lamentablement au fond d’un puits oublié, menant aux souterrains sous la demeure Wayne. Plus de peur que de mal, et c’est le cas de le dire, puisque si Bruce n’est pas blessé, il n’en est pas moins agressé par les chauve-souris qui logeaient là. Et les tournantes de rongeurs volants n’étant pas parmi les hobbys favoris des enfants, le jeune Bruce sort de l’expérience quelque peu traumatisé. Il en fait des cauchemars la nuit : ah, toutes ces chauve-souris qui l’insultent, lui disent des choses sales, puis dessinent les courbes de son postérieur de leurs ailes de cuir en lui chuchotant à l’oreille que tout va bien se passer, qu’elles aiment juste la spéléologie,… bref : il se réveille souvent sale.

Aussi, un jour, Papa et Maman Wayne ont une super idée : s’ils emmenaient leur fiston à l’opéra (les enfants adorent) voir une représentation pleine de chauve-souris ? Ah, on sent qu’ils sont riches : ce serait maman qui laverait les slips, on aurait pas entendu le même refrain. Mais qu’importe : les Wayne se rendent sur place en utilisant les transports en commun, comme par exemple le métro aérien (sachant qu’ils habitent à la campagne dans un manoir solitaire à l’écart, il faudra m’expliquer comment ils ont fait leur coup : ils ont marché jusqu’à Gotham City ? Ils ont appelé un taxi pour lui dire de ne pas faire le trajet en entier parce que le métro, c’est plus rigolo ?). L’occasion pour Papa Wayne de débiter divers éléments du scénario : "Tu vois mon fils, ce métro aérien, c’est moi qui l’ai fait pour aider les prolos à se déplacer en ville ! Et puis tu sais, j’ai beau être le président d’une multinationale, je laisse ça à mes directeurs : moi, je me consacre à ma passion, la médecine dans les hôpitaux pour aider mon prochain. Bon, ça n’empêche pas que je me sois fait construire le plus gros building de Gotham, mais ça, c’est juste parce que j’ai… hem, ça va rester entre moi et maman, ça d’accord ?" bref, vous l’aurez compris : Papa et Maman Wayne sont tellement gentils, qu’on imagine bien que tous les dimanches, ils distribuent des crêpes aux sans-abris avant de toucher les écrouelles des gueux du coin pour les soulager de leurs afflictions. Affliction, hein, je n’ai pas dit "affligé", mais on en est qu’au début, patience. Papa et Maman Wayne expliquent aussi que pour lutter contre le crime, il faut lutter contre la pauvreté, ouvrir des écoles, etc.  Bref, ce sont des multimilliardaires de gauche, mais genre bien bien, hein, ils n’ont pas voté François.

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si, une fois à l’opéra, Bruce, en plus de se faire cordialement chier à se demander pourquoi tout le monde autour de lui a l’air fasciné par ce groupe de teutons déclinant de mystérieux poèmes en tenues colorées, se mettait aussi à paniquer en voyant des acteurs déguisés en chauve-souris. Plutôt que de fermer les yeux ou de couiner, Bruce pète donc un peu puis demande à ses parents s’ils peuvent sortir. "Pas de souci", dit donc Papa, toujours bienveillant. "Mais tu sais quoi ? On va pas sortir par la porte principale, on va plutôt prendre l’issue de secours menant à la ruelle pourrie d’à côté, comme ça, pour voir.". Et en effet : l’opéra étant accolé à une rue ressemblant à un quelconque sous-sol de Total Recall, le trio un peu con-con s’y engage sans raison avant de s’y arrêter lorsque surgit devant eux la silhouette chancelante de Maurice le clodo, qui armé de son pistolet, demande à la petite famille de laisser tomber portefeuilles et bijoux. Pas de souci : Papa Wayne est prêt à tout lâcher (pour Bruce, c’est déjà fait), mais malgré tout, faisant un geste brusque en voulant protéger sa femme, il déclenche le feu du malandrin qui abat Papa et Maman avant de s’enfuir sous les yeux du garçonnet.

Papa Wayne profite donc de ses derniers instants de vie pour dire une banalité du genre "N’aie pas peur" et non "Aaaah ! Appelle une ambulance fils d’imbécile ! Aaaah ! Putain ce que je douille ! Mais pourquoi je suis sorti par là, moi ?" puis, il meurt d’une manière qui ne sera pas sans rappeler Marion Cotillard deux volets plus tard, mais comme l’acteur était moins connu, personne ne s’en est offusqué.

Emmené au commissariat local, Bruce rencontre le sergent Gordon, gentil policier moustachu qui lui passe un manteau sur les épaules avant de lui dire que tout va bien se passer (oui, comme ça, hors contexte, je sais que ça sonne étrange, mais c’est un gentil moustachu à lunettes, vous êtes vraiment plein de préjugés). Et en effet, peu après, la police annonce avoir arrêté Maurice le clodo, ce qui provoque grand liesse chez les journalistes de Closer, mais un peu moins chez Bruce, qui est quand même un peu choqué. Il retourne donc chez lui enterrer ses parents près de la demeure ancestrale des Wayne, où il vit désormais seul, épaulé par son fidèle majordome, Alfred. La bonne nouvelle, c’est que maintenant, c’est lui qui décide à quelle heure aller au lit !

Le temps passe, et Bruce est devenu un jeune homme toujours hanté par le meurtre de ses parents, et qui 16 ans après le jour funeste, est revenu à Gotham qu’il avait quittée pour études (il n’a pas besoin de trouver un travail : il étudie donc probablement la philo) afin d’assister à l’audience de demande de libération de Maurice le clodo. A cette occasion, son amie d’enfance Rachel, qui a elle aussi bien grandi et est devenue adjointe du procureur, vient le trouver et lui explique que tu vois, Bruce, bon, on sait que tu as soif de vengeance, mais ça ne te mènera à rien. Et je sais que cette idée ne te plait guère, mais Maurice le clodo a noué des liens en prison avec le terrible parrain Falcone relâché depuis, et il a accepté de coopérer pour nous aider à le coincer. Du coup, il mérite de sortir et d’aider la justice.

"Grmmblllblblblll" répond Bruce, à qui on ne la fait pas.

"Grmmblllblblblll", te dis-je.

Et qui n’est tellement pas d’accord qu’il a emmené un pistolet avec lui à l’audience : il veut tuer l’assassin de ses parents parce que vraiment, il est colère. Sauf qu’à la sortie de la brève session, avant que Bruce ne puisse distribuer du pruneau dans les bidous, voilà-t-y pas qu’une femme sort de la foule et abat cette balance de Maurice en hurlant "T’as le bonjour de Falcone !". Frustré de s’être fait griller la politesse, surtout par une femme, ces étranges créatures qui ne savent même pas faire pipi debout, Bruce quitte donc le tribunal avec Rachel, à qui il avoue le sombre complot qu’il avait ourdi. En retour, il se mange une paire de taloches, ainsi qu’un beau discours. Il aurait préféré juste les taloches.

"Mais enfin Bruce ! La vengeance, c’est juste pour te soulager, tu vaux mieux que ça ! Ton père aurait eu honte de toi ! Lui au moins, c’était un grand homme !
- Qui n’était pas foutu de trouver la porte principale d’un opéra, soit dit en passant.
- Oui, alors, pas d’rapport, et puis en plus, lui n’essayait pas de prouver quelque chose !
- Est-ce qu’on peut reparler de son building géant avec ses initiales et de son train phallique, circulant au-dessus de toute la ville ?
- Je… bon, tu sais quoi ? Regarde, on va plutôt faire un tour dans les quartiers pourris que je t’explique. Falcone contrôle toute la ville. Tout le monde est corrompu. Le juge de l’audience avait insisté pour une audience publique justement parce que Falcone le voulait, pour pouvoir envoyer un assassin. Gotham pourrit sur pied parce qu’il manque des gens comme ton père, qui refusent de se laisser acheter, pour pouvoir aider la ville à lutter contre la pauvreté et donc le crime !
- Tu aurais juste pu dire "On manque de pognon", on serait allés plus vite tu sais.
- Raah, tu m’énerves, tiens-t-en au script !  Regarde toute cette pauvreté ! Ces clochards partout autour de la voiture ! Et Falcone qui parade dans son luxueux restaurant lui servant de QG et qui…
- Attends attends.
- Quoi ?
- Regarde le décor : est-ce que le réalisateur vient bien de caser un restaurant de luxe en plein milieu d’un bidonville ?
- Ah bin tiens, oui.
- Bon, on va faire semblant de rien. Et pour te prouver que je suis un mâle, un vrai, avec des pastèques dans le slip, je vais aller provoquer Falcone dans son restaurant. 
- Si tu veux, moi j’ai des trucs à faire, ça te dérange pas si je te dépose là et que je pars ? Parce que bon, c’est pas comme si la dernière fois qu’on avait laissé un Wayne dans un coin sombre avec des clodos, il y avait eu de deux morts, hein, mais moi aussi j’ai déjà oublié le début du film."

0

Et Bruce regarde donc s’éloigner la voiture de Rachel. Puis passe la porte du restaurant de luxe de Falcone intelligemment installé au milieu des favelas locales. Et à l’intérieur, plein de gens riches et influents dînent donc, dont l’ami Falcone, qui en bon parrain arrogant, laisse notre jeune héros s’asseoir à sa table. Et lorsque Bruce lui dit que bon, en fait, il reste encore un Wayne debout, donc la ville n’est pas perdue, Falcone lui fait comprendre que s’il ne peut l’acheter, il peut le calmer par exemple en tuant sa copine Rachel ou son gentil majordome. Puis le fait jeter dehors, au milieu des clodos que visiblement, personne n’empêche de faire des feux de bidon pour se réchauffer en plein milieu de la rue devant l’entrée principale. J’imagine qu’encore une fois, tous les gens riches du restaurants sont venus à pied après être sortis des transports en commun puisque personne ne vient virer ces clodos qui pourraient gêner une circulation potentielle. Quand on est riche à Gotham, on est donc soit très écolo, soit très con. Sachant que Bruce est très très riche et que la Batmobile n’est pas électrique, je vous laisse deviner vers quelle issue on se dirige. Passons, le film est encore long, et c’est quand même déjà très mauvais.

Bruce est donc bien embêté : sachant qu’il dispose d’un empire gigantesque, de réserves illimitées de pognon, probablement bien plus que Falcone, et d’une influence politique certaine, comment pourrait-il faire quelque chose pour la ville ? Rah, c’est pas facile.

Du coup, il décide fort logiquement… de brûler toutes ses affaires et de devenir un clandestin.

Pardon ? Que…

Ho, misère.

Il court donc vers le port, et embarque sur le premier bateau qui passe. Officiellement, avec pour plan de "comprendre les criminels", mais c’est pas vraiment en subissant un toucher rectal à une quelconque douane qu’il va mieux comprendre les ruses et secrets de la mafia. Enfin je dis ça, hein, c’est pour aider, mais c’est Bruce Wayne quand même, il sait mieux que moi. Toujours est-il que son navire l’emmène en Chine, puis ses pieds le mènent au Tibet, où il vit de petits larcins, avant d’être arrêté par les autorités et enfermé dans une prison où d’autres détenus essaient régulièrement de lui casser la margoulette, mais échouent, parce que I’m Bruce Wayne, bitch.

Parce que oui, entre deux larcins, il a appris des dizaines d’arts martiaux différents. Hop. D’ailleurs, s’il maîtrise l’attaque de la panthère ou la posture du héron, notre héros a toujours la garde de la buse. Mais même s’il y a la place entre ses poings pour y garer sa C3, personne n’arrivera à y passer un pied, comme de bien entendu. C’est beau, tant de talent.

Evidemment, j’exagère : Bruce Wayne a aussi appris d’autres ruses de pauvre, comme comment déféquer dans les fourrés, ou raconter une histoire triste dans une rame de métro. Nul doute que sa lutte contre le crime en sera renforcée.

Bref, en prison, Bruce se tatane tant et si bien que les gardes locaux finissent par le mettre en isolement… et notre héros découvre qu’un caucasien en costume de ville l’attend dans sa cellule en se tripotant la barbichette.

"Bonjour, Bruce Wayne.
- Que… qui êtes-vous ? Que faites-vous là ?
- Mon nom est Ninjabouc, comme l’indique ma pilosité faciale aléatoire. Quant à ce que je fais ici : je suis venu te voir.
- Oui non mais d’accord, mais en fait, je voulais dire "Que faites-vous là en costume de ville alors qu’il fait -22, qu’on est dans une cellule sans vitrage en pleine montagne, et que ça pèle, un peu ?"
- Oh. Joker ?
- SPOILER !
- Que ? Bon, laisse tomber. Tu veux pas plutôt que je te dise ce que je suis venu faire ici ?
- Allez tiens, si.
- Bien. On reprend. Un homme comme vous ne disparaît pas si facilement, M. Wayne. Et je sais que vous êtes ici parce que vous avez soif. Soif de justice. Vous voulez comprendre la mentalité criminelle pour lutter contre eux. Je vous ai vu vous battre dans la cour. Vous êtes doué. Je veux vous aider à utiliser ce potentiel. Je fais partie d’une organisation : la ligue des ombres. Nous ne voulons pas former des justiciers faits de chair et d’os : nous voulons créer des légendes immortelles qui sèmeront la peur dans le cœur de nos ennemis. Veux-tu en être ?
- Hmmm…
- On a des tickets restos aussi.
- Okay tope-là.
- Bien : demain, tu seras libéré. Va chercher dans les montagnes à l’est d’ici une fleur bleue fort rare qui ne pousse qu’à très haute altitude. Lorsque ce sera fait, rends-toi au sommet le plus haut que tu verras. Et tu y trouveras ce que tu cherches."

0

Puis, l’étranger s’en va, l’air mystérieux, en essayant d’ignorer la demi-douzaine de gardes qui pleurent de rire dans le couloir à cause de son bouc. Et dès le lendemain, sa promesse est tenue : les geôliers de notre héros l’abandonnent en plein milieu d’une route de campagne. Pas de problème, se dit Bruce Wayne : je n’ai jamais fait d’alpinisme, mais je suis sûr qu’escalader les plus hauts sommets du Tibet, ça se fait en deux deux et sans équipement, tranquille Emile. Et en effet : non seulement entre deux plans, Bruce arrive à générer magiquement des objets sur lui (je suis mauvaise langue : il les a peut-être eu comme loot en tuant des écureuils ou des lérots, ces petites créatures ont souvent des sacoches et des chaussures neuves dans leur inventaire), mais en plus, malgré la description pourrie de Ninjabouc digne d’une aventure du Schtroumpf Bêta, il trouve la fameuse "fleur bleue", puis découvre que sur le sommet voisin, il y a un joli temple, auquel il arrive, épuisé. Quelques coups sur la porte, et celle-ci s’ouvre dans un grincement…

… révélant une déco digne d’une salle de bain de Sex & the City : le budget bougie est visiblement la première charge du bousin, ne manque que le bain moussant et les pétales de rose pour que tout soit complet. A peine est-il rentré que Ninjabouc apparaît, indiquant sur une sorte de trône un vieil asiatique.

"Bonjour Bruce, je vois que tu as trouvé la fleur bleue. Je te présente Ras’Al Ghul, notre maître à tous.
- Konnichi wa.
- Mais ? Il vient de parler japonais, là ! On était pas en Chine, voire au Tibet aux dernières nouvelles ?
- Ho, hé, hein, c’est un film pour geeks, alors tout vieux maître doit être japonais. Et puis hein, les asiatiques, bon. C’est un peu pareil tout ça.
- Rhooo !
- Bon, je propose de changer de sujet. Sache qu’ici, nous allons t’apprendre à devenir un fabuleux prédateur de criminels. Tu découvriras l’art du subterfuge, de la confusion, du combat au corps à corps… nous allons faire de toi un être invincible, invisible, mortel.
- Okay, on commence quand ?"

0

La réponse intervient bien vite sous la forme d’un gros pied dans la gueule de notre héros, la première leçon étant de toujours être prêt. La seconde étant de toujours s’assurer que son adversaire a les pieds propres. Puis, l’entraînement peut commencer, et en effet, notre homme apprend à se défendre et à attaquer de toutes les manières possibles, à devenir silencieux, à semer la peur dans les rangs ennemis à l’aide de divers artifices comme de la poudre explosive ou des pochettes d’album de Stromae… et s’en tire plutôt bien au milieu des 100 ninjas locaux qui s’entraînent comme lui à devenir les meilleurs des meilleurs.

Un jour, Ninjabouc l’informe qu’il est temps de "tuer sa propre peur" ; il lui prépare donc un vieux bédo à partir de fleur bleue magique de la montagne, et lui tend en lui disant "Tiens, avec ça, tu vas planer jusqu’en Jamaïque". "Ho putain, c’est de la bonne !" s’exclame donc Bruce Wayne alors que la peur s’empare de lui et perturbe ses sens. "Et maintenant que tu es tout flappy, laisse moi te présenter l’épreuve ultime de notre temple." lui répond Ninjabouc.

L’épreuve ultime : "Retrouve mon barbier et tue-le"

Alors l’épreuve ultime du temple, pour vous la résumer, c’est une sorte de Où est Charlie chez les ninjas. Le but est simple : il faut retrouver, parmi les ninjas, et sous l’influence du bédo magique, lequel est Ninjabouc. Malgré la peur et les visions de nuées de chauves-souris, sa peur d’enfant, Bruce Wayne triomphe de l’épreuve et retrouve Ninjabouc en utilisant la ruse (il raconte une blague à Toto en anglais, et comme Ninjabouc est le seul à le parler, c’est le seul qui rigole en marmonnant "Pfff, Toto il fait caca devant sa maman !"  et se fait donc gauler. Ou alors ça ne se passe pas exactement comme ça, mais à ce stade du film, je crois qu’il valait mieux que j’enjolive tant cette oeuvre, pourtant encensée, est quand même un hymne à la daube). L’épreuve réussie, Ninjabouc propose à Bruce de devenir l’un des leaders de la ligue de l’ombre et de mener les autres ninjas sur leur prochaine mission.

"Ah bon ? Je passe directement grand chef, je suis pas bidasse d’abord ? Mais les autres ils sont pas un peu jaloux ?
- C’est un raccourci scénaristique subtil.
- J’étais d’accord jusqu’à "raccourci".
- Il suffit. Pour prouver ton allégeance, tu dois d’abord faire quelque chose : voici Chong, un gros fermier du coin. Il a tenté de voler les terres de son voisin, et nous l’avons condamné à mort car il ne faut pardonner aucun crime si on ne veut pas l’encourager. C’est à toi de l’exécuter. Tiens, prends ce sabre et décapite-le.
- Mais ? Mais je ne veux pas ! Je ne veux pas tuer les gens. Je veux les livrer à la justice.
- Pour qu’une administration incompétente les libère ? Ah !
- C’est à l’administration de les juger ! D’organiser leur procès ! Ils y ont droit ! Moi, je ne ferai que les livrer !
- …
- Oui, il y a un problème ?
- Bin je sais pas : tu serais pas en train de m’expliquer que c’est à la justice de faire la justice ?
- Si, pourquoi ?
- Bah du coup, c’est pas à la police de faire la police si on suit le même raisonnement ? "L’administration" ? Parce que pour un bon procès, il faut de bonnes preuves, une arrestation dans les règles, avec des droits, etc, non ? Sinon la justice risque très fort de relâcher les criminels pour procédure irrégulière et en fait, tu serais juste une sorte de gros boulet en collant qui plante toute les opérations judiciaires ?
- Heu je… je… je n’y avais jamais pensé… mais non, en fait je suis super fort pour faire la police parce que… si, voilà : d’après les fans, je suis un "super enquêteur". Avec des compétences inégalées dans le domaine.
- Ah oui ? Tu m’expliques où tu les as obtenues ces compétences, dans un monastère au fin fond de la montagne ? Tu as joué à Cluedo en cachette ? Vous avez fait des parties de "Qui a caché les collants de Jean-Jacques le ninja ?"
- Mais c’est dans le script ! Et puis tout le monde sait que Batman est super fort en enquêtes !
- Ah bin c’est clair que c’est chaud : le méchant a toujours une fâcheuse tendance à se faire repérer en hurlant "Haha, Batman !" même au milieu d’une foule et d’être habillé comme une chroniqueuse de Canal Plus.  Le coupable est pas trop dur à trouver, ça va, v’la les enquêtes.
- Bon allez ça suffit ! Je ne tuerai pas Chong ! Un point c’est tout ! Et puis d’abord, c’est quoi la première mission où vous voulez m’envoyer ?
- Détruire Gotham.
- Hein ?
- Oui, on s’est dit que c’était la pire ville du monde et qu’il fallait la raser à cause du crime qui la ronge.
- Tu as déjà ouvert un livre de géographie ? Répète après moi : "Tijuana". 
- Haaa mais ça suffit petite langue de pute ! Gotham est irrécupérable, alors, hop, on rase ! Et comme tu es un peu le messie là-bas, tu auras d’autant plus de facilités à y rentrer pour meuler des margoulettes.
- Jamais !
- Mais que fais-tu de la justice, hein ?
- Juste une question : dans "détruire Gotham", à quel moment vous pensez aux innocents, amis justiciers ?
- Ah heu… bon, tu sais quoi ? Si on se battait tous pour faire oublier ces dialogues lamentables ?
- Allez !"

0

Tout le monde dégaine donc son arme pour régler ce conflit idéologique, mais Bruce Wayne, rusé comme un goupil, envoie une petite étincelle du côté des réserves de poudre locales, et une terrible explosion s’ensuit, puis une autre, puis une demi-douzaine d’autres, mettant Ninjabouc inconscient d’entrée de jeu, et détruisant l’intégralité de son armée de ninjas, qui attendaient tranquillement en se faisant les ongles.  Disciplinés, les enfants.

Dans la bagarre, Ras’Al Ghul se fait tuer par Bruce Wayne, mais un peu par accident. Puis, tout le monastère étant parcouru d’une immense série d’explosions (ils devaient stocker dix barils de poudre dans toutes les pièces, c’est pas possible autrement ; et dire que ces inconscients mettaient des bougies partout, c’est fou), Bruce s’enfuit, emmenant avec lui Ninjabouc inconscient (les autres ninjas, il s’en fout, ils n’avaient pas de nom). va le déposer dans un village voisin pour qu’un rebouteux local prenne soin de lui. Et lui dise bien que Bruce Wayne lui a sauvé la vie, ah mais dis.

Cela fait, Bruce se dit qu’il est temps de rentrer au pays : il appelle donc Alfred pour lui dire que ahaha, tu sais quoi vieux ? Je suis pas mort, c’était pour rire ! Allez, envoie moi un jet privé au Tibet que je puisse rentrer à la maison. Avant qu’Alfred n’envoie surtout un drone détruire la cabine téléphonique d’où l’imposteur passe l’appel, Bruce raccroche, et coup de bol, cette andouille d’Alfred l’a en fait cru sur parole et envoyé un appareil avec lui-même dedans. Sur le vol du retour, Alfred papote donc avec son jeune maître.

"Maître Bruce, quel plaisir de vous revoir.
- Oui et toi Alfred ? Ça biche ?
- Heu… oui oui. Maître Bruce, je me demandais… pourquoi revenez-vous à Gotham après toutes ces années ?
- Pour rendre la ville meilleure.
- Comme votre père ? Ho, quelle fierté ! Vous allez financer les organismes qui en ont besoin, veiller à la bonne distribution des fonds, relancer l’économie, lutter contre la pauvreté et…
- Non, je vais mettre des collants et mettre des claques à des voleurs de sac à main.
- Ah.
- Je dois devenir un exemple, une légende qui signifie que l’espoir n’est jamais mort, un symbole positif qui terrorise en même temps mes ennemis… je dois devenir la propre peur de mon enfance. Je dois devenir… un homme chauve-souris !
- Posez lentement ce verre, Maître Bruce, je crois que vous êtes complètement pété."

0

_________________________________________

Pendant ce temps, en Europe.

"James ? Jaaaames, je suis rentré !
- Maître Brice ! Ho, maître Brice ! Où étiez-vous ?
- Loin d’ici, James. Je crois que j’étais parti à la recherche de quelque chose… de moi-même, je crois. Et je me suis trouvé.
- Très bien Maître Brice. Allez-vous disparaître à nouveau ?
- Non, cette fois je reste pour de bon. Cette ville est ravagée par la pauvreté et le crime. Elle est décadente et a besoin d’espoir. C’est pourquoi je vais transformer mes peurs d’enfant en arme contre mes ennemis. Je vais devenir ce qui me terrorisait, je vais devenir…"
0

Et c’est ainsi que Brice Van Der Waine, paisible habitant de Charleroi, la Gotham belge, devint ce qui l’avait terrorisé toute son enfance : un pédophile.

Depuis, les super-héros sont interdits en Belgique, et la logique de Bruce Wayne est passible de lapidation (mais avec des gayettes, Charleroi oblige).

_________________________________________

Bientôt, le jet privé se pose à Gotham, et Bruce retrouve le manoir familial, l’empire Wayne, toujours dirigé par les directeurs de l’époque de son père et qui va désormais entrer en bourse, les actions de Bruce, supposé mort, partant aussi pour une petite vente, Bientôt, le retour de l’enfant prodigue fait la une des journaux comme "Le Point" ou "Le Nouveau Détective", et Rachel est toute émue d’apprendre que son ami d’enfance est back in ze bizness. Puis, il va s’enfermer dans les souterrains du manoir Wayne, et commence à les aménager en base secrète pour héros en goguette, en installant lampes, tables, et posters d’Axe Cop (je soupçonne le scénariste des deux œuvres d’être le même). Puis, il va voir chez Wayne Enterprise s’il n’y aurait pas des bidules intéressants à récupérer, par exemple au département des prototypes, géré par Lucius Fox. Comme par exemple, un script qui tienne debout. Ça il a pas, mais il a quand même des trucs en réserve.

Car ce dernier a évidemment tout ce dont l’ami Bruce a besoin pour l’aventure sous la main, comme une armure souple mais résistante, une cape permettant de flotter en l’air, et autres accessoires amusants. Bruce donne des excuses plus ou moins moisies pour obtenir ce matériel militaire (comme "second amendement dans ta face, margoulin"), mais comme c’est un peu le proprio de la boîte et que Lucius ne veut pas trop d’ennuis, il obéit sans poser de questions. Et repart avec ses affaires sous le bras, ainsi qu’une voiture blindée, mais ça aussi, personne ne le remarque.

Quand on voit ce que Lucius Fox a en réserve, on se dit que les réserves de Wayne Industries doivent être dans les mêmes locaux que les vestiaires de Lady Gaga

Heureusement, aucun des 260 ingénieurs ayant bossé sur ces projets, en les voyant à la télé durant une quelconque escapade de Batman, ne s’exclamera "Hey ! C’est un prototype de chez Wayne Industries ! J’ai bossé dessus ça ne devait pas sortir des réserves et il faudrait en plus des pétrachiées de brouzouf pour les entretenir et… ho ? Attendez, je crois que je sais qui est Batman, en fait."

Et top du top, Lucius Fox confie aussi à Batman un câble rétractable ultra-fin permettant de soulever pas moins de 150 kilos !

"Oui Bruce, je précise le poids pour une seule raison : tout le long du film, on te verra utiliser le câble pour soulever des gens avec toi. Sachant qu’avec ton corps musclé et ton matos, tu dois peser environ 110 kilos au bas mot, on va donc supposer que tous les méchants de la ville ne pèsent au maximum que 40 kilos. Ils ne sont pas très denses, quoi."

Encore une fois : il suffisait d’effacer cette ligne de dialogue pour couper une incohérence. Mais non, on a bien insisté pour rajouter du mauvais au médiocre. C’est affreux. Et ça n’est toujours pas fini.

Pour sa première escapade, Batman y va doucement : il se rend chez le sergent Gordon, le policier s’étant occupé de lui le soir du meurtre de ses parents, et accessoirement un des derniers agents des forces de l’ordre non corrompus de la ville. Batman lui explique donc qu’il est nouveau en ville, mystérieux, prêt à tout pour défoncer le crime, et qu’il voudrait bien commencer par Falcone, le parrain qui tient Gotham. Que faudrait-il pour cela ?

"Bah je sais pas, moi, des preuves ?" explique Gordon, décidément bien utile. Avant que Batman ne disparaisse dans la nuit. Bin ça alors !

En se renseignant un peu, notre héros apprend qu’il va y avoir une opération de débarquement de drogue sur les quais de Gotham, et irait bien y faire un tour. Mais déjà, Alfred a de bons tuyaux pour lui.

"Maître Bruce, vos escapades nocturnes sont intéressantes, mais prenez garde à ne pas être démasqué, cela pourrait vous coûter cher.
- Pas d’inquiétude Alfred : j’ai un masque et un cancer de la gorge portatif, personne ne me reconnaîtra.
- En même temps, Batman étant apparu environ 48 heures après votre retour ultra-médiatisé, je pense que même un élève de CM1 pourrait vous démasquer. Je ne vois qu’une seule solution.
- Abattre tous les CM1 de la ville ?
- Hmmm… oui, non, pas exactement. Je pensais plutôt à vous montrer en public et jouer le playboy pour que l’on ne soupçonne pas qu’un homme comme vous soit Batman.
- Alfred, êtes-vous en train de me dire que je dois m’envoyer putes et coke comme un vulgaire joueur de l’équipe de France pour le bien de la Justice ?
- Parfaitement Maître Bruce.
- Je bénis le jour où on t’a engagé comme majordome : en avant Guingamp" !

0

Et Bruce Wayne se sacrifie donc courageusement en allant se prendre des kilomètres de rail de schnouf et organisant des castings pour la future Nabila à lui tout seul, le tout en faisant le kéké dans des voitures hors de prix. Si cela l’aide à passer pour une andouille qui ne risquerait sûrement pas d’être Batman, mais plutôt éventuellement un candidat de télé réalité, cela déçoit un peu son amie Rachel, lorsqu’elle le croise lors d’une soirée avec deux damoiselles à demi-nues au bras en train de glousser. Ils échangent timidement quelques mots, mais avec tous ces gloussements, on ne s’entend plus : Bruce Wayne rentre donc chez lui. Et va enfiler son bat-slip.

Et cette fois-ci, on ne rigole plus, direction les quais pour notre super enquêteur préféré.

Et ce soir là, encore une fois, ces talents de super enquêteur vont être mis à rude épreuve car :

  • Les vilains déchargent la drogue de containers en plein milieu des quais les mieux éclairés, merci.
  • Des fois que ce soit encore trop subtil, puisque la drogue est cachée dans des peluches un lieutenant surveillant l’opération vient arracher la tête d’un ourson et brandir la came bien haut, histoire que Batman soit sûr que c’est bon, c’est bien des méchants.
  • Et si ça ne suffit pas, le lieutenant en question est aussi un flic ripou, se montrant ouvertement avec les criminels histoire de bien se cramer.
  • Ho, et vous ai-je dit qu’il était venu en partageant la même voiture que le parrain Falcone, pour encore plus de subtilité ?
  • Ah, attendez, j’ai oublié d’ajouter que Falcone assistait en personne au déchargement sans aucune autre raison que "s’exposer inutilement".

Vas-y Batman, enquête fort, je sens que ça va être compliqué.

Batman attendait encore deux minutes et les méchants se menottaient tous seuls avant de s’expédier par FedEx directement au tribunal.

Non mais sérieusement.

Je vous passe l’escalade de la consternation lors de cette scène décidément bien bancale, surtout lorsque les malandrins décident de se disperser en groupes de un lorsqu’ils sentent qu’un justicier approche, comme ça, pour voir. Curieusement, ils finissent tous avec une bat-botte dans la face. Y compris l’ami Falcone, qui plutôt que de se barrer sitôt que ça commence à sentir le roussi, décide de sortir de sa voiture sans aucune protection pour courir les prés.

Mais ?

Bon. Concentrons-nous, j’ai les yeux qui piquent déjà un peu trop là.

Quelques heures plus tard, la police retrouve sur le toit du commissariat le corps de Falcone inconscient, ligoté contre un projecteur braqué vers le ciel, et donnant l’illusion d’une silhouette de chauve-souris contre les nuages. Quelle mise en scène ! s’exclame donc le sergent Gordon. "Oui, et d’ailleurs, comment a-t-il trimbalé un gros parrain de la mafia sur son dos dans toute la ville, escaladé un immeuble ce faisant et ligoté tranquillement le bonhomme en plein sur le commissariat sans que personne ne le remarque ?" ajoute un figurant tatillon, peu avant d’être viré.

Sauf que les choses ne vont pas se passer exactement comme prévu. Rachel est super contente de savoir que Falcone s’est fait attraper par un mystérieux justicier qui en plus a amené douze kilos de preuves à la police. Il va aller au trou, et pour longtemps ! Sauf que Falcone demande à voir le docteur Craine, un psychiatre qui l’a aidé à éviter le procès à beaucoup de ses hommes en plaidant la démence. Falcone espère donc qu’il va pouvoir utiliser la même ficelle pour le sortir de ce mauvais pas.

"Craine, espèce de bourricot, sortez-moi de ce trou ! Faites un rapport, dites que je suis fou, mais bougez-vous, je n’ai pas que ça à faire.
- Certes oui, mais parlez-moi sur un autre ton.
- Je te parle comme je veux, corniaud ! Je suis le parrain de cette ville. Et si tu n’obéis pas, j’ai des choses à balancer sur toi, comme toute cette drogue que mes hommes font rentrer en douce pour toi !
- Oui mais je ne travaille avec vous que parce que mon Maître le veut bien. Mon Maître qui vient bientôt en ville. Mon Maître qui n’a pas trop envie que vous balanciez que vous avez fait entrer sa drogue en ville. 
- Ah oui ? Et qu’allez-vous faire si je refuse de coopérer ?
- Ceci."

0

Et le chenapan envoie un mystérieux gaz hallucinogène à Falcone, qui fait danser devant lui quantité d’illusions terrifiantes, comme le prochain budget du ministère de la culture. Pour rajouter à l’effet, Craine s’affuble d’un masque d’épouvantail, et terrorise le pauvre bougre jusqu’à ce qu’il en perde définitivement la raison.

Et, oui, il repart tranquillement, et personne ne trouve étrange le fait que le parrain se mette à hurler de terreur alors qu’il n’en faisait rien jusqu’à ce qu’il voie Craine.

Du coup, je pense qu’il se fait appeler "L’épouvantail" non pas à cause de son masque, mais probablement à cause de la poutre qui a servi à lui faire une petite spéléologie rectale lorsque les hommes du parrain ont vu qu’on s’était attaqué à leur patron.

Mais heureusement, dans le film, tout le monde se fout que l’on agresse le type le plus puissant de la ville. Ouf.

Pendant que la plupart des spectateurs raisonnables en sont à ce stade à jouer à Candy Crush Saga pour oublier, Batman lui est le seul à trouver étrange cette démence aussi soudaine qu’intense du principal suspect. Il enquête donc sur le Dr Craine, et lors d’une confrontation surprise, se retrouve en mauvaise posture lorsque le brigand lui envoie du gaz à la gueule.

Oui, parce que Batman n’est pas protégé contre les gaz. Ce qui signifie qu’il peut être repoussé par n’importe quelle blogueuse avec une bombe lacrymo dans son sac, ou éventuellement par Misou-Misou ou autre Bachar El Assad. Ah, un héros qui a pensé a tout sauf à l’arme la plus répandue dans les sacs à main de Gotham, quel talent.

Batman se met donc à halluciner et s’enfuit donc tant bien que mal, non sans avoir en plus subi un début d’immolation de la part de l’Épouvantail. C’est donc Alfred qui doit aller chercher Batman ("J’ai fini de m’amuser, viens me chercher s’il te plaît, et amène mon goûter !"), le ramener à la maison à l’arrière de la voiture, et purger le poison durant deux jours à l’aide de Lucius Fox, appelé en urgence puisque comme chacun sait, dans un film américain, un éminent scientifique est… un scientifique, ce qui signifie qu’il excelle dans toutes les sciences, et peut reprogrammer un satellite comme générer un remède miracle contre n’importe quelle menace chimique. Ce qu’il fait donc en créant, en moins de deux jours, un antidote immunisant en plus définitivement le patient contre les effets du gaz de l’Épouvantail. Balaise : avec autant de talent, je suppose que Batman vit dans un monde où le cancer et le SIDA ont été éradiqués entre le fromage et le dessert lors d’une soirée chez l’ami Fox, le tout en utilisant comme seuls ingrédients pour le vaccin un reste de gouda, un gâteau aux abricots et une fondue savoyarde.

18825466.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

"Alors Lucius, c’est vous qui avez terraformé Mars pendant la nuit ?
- Bah, je m’ennuyais et il me restait de la raclette."

A son réveil, c’est l’anniversaire de Bruce. Mais il n’a guère le temps de le fêter : Rachel est passée lui déposer son cadeau et lui annoncer qu’elle voulait en savoir plus sur les activités du Dr Craine. Elle se rend donc à l’hôpital psychiatrique d’Arkham, en plein quartier chaud patate, pour essayer de comprendre ce qu’il a bien pu se passer. Batman sentant que son détecteur à embrouilles s’allume comme un soit de débat Martine Aubry – Jean-François Copé, il file mettre son costume pour aller escorter sa douce.

Et ça ne manque pas : une fois sur place, Rachel croise le Dr Craine, et voyant que la belle a des soupçons sur ce qu’il se passe ici et la soudaine folie de Falcone il décide de… bah, de lui révéler tout son plan, tant qu’à faire. Bin oui, hein ! Il l’emmène donc dans le sous-sol de l’asile, non pas pour lui faire découvrir des plaisirs aussi interdits que multiples, mais bien pour lui montrer une armée de petits chimistes en train de déverser de la schnouf dans les conduites d’eau.

"Et voilà ma petite Rachel ! Grâce à mon plan génial, l’eau de la ville est remplie de ma drogue hallucinogène ! Et maintenant que tu sais tout, tiens, prends un petit coup de gaz ultra-dosé dans la face ; non seulement tu vas halluciner grave, mais en plus après, tu vas tout simplement mourir ! Tu n’as aucune chance de t’en sortir, sauf si Batman était évidemment dans le coin et avait en plus profité de mon plan inutilement raconté à voix haute, hahaha ! 
- Je suis là, épouvantail !
- BATMAN ! Ho bin ça alors ! Comme ce film est surprenant !"

0

Batman surgit donc de l’obscurité et claque tous les bandits du coin, avant de s’en prendre à l’Épouvantail et de retourner le gaz contre lui, et sous l’effet de celui-ci, le méchant avoue travailler pour… Ras’Al Ghul ! Puis, il récupère la petite Rachel en train d’halluciner complètement ("Je trouve que David Pujadas est un grand journaliste") et fonce jusqu’à la Batmobile pour déguerpir à folle allure vers la Batcave où il reste un peu d’antidote pour Rachel, qui a sombré dans l’inconscience. S’ensuit une course-poursuite durant laquelle Batman roule sur des voitures de police, en envoie à pleine vitesse contre des piles de pont, en éjecte d’autres dans le décor… sacré Batman ! Heureusement qu’il est contre le fait de tuer des gens, et plus encore, des innocents ! Mais bon, en voiture, ça compte pas je suppose. Ou alors les policiers sont tous constitués de titane de carbone.

Toujours est-il que la maréchaussée ne parvient pas à rattraper la Batmobile, et Batman peut donc ramener tranquillement chez lui la jeune Rachel inconsciente dans sa cave.

Ça m’a un peu rappelé la maison.

Ah, et oui, Batman ne sème la police qu’à environ 100 mètres du manoir Wayne. Mais personne ne se doute que c’est là que Batman pourrait se cacher : après tout, c’est la seule bâtisse à 1 kilomètre à la ronde, il n’y a sûrement aucun rapport. La police décide donc de retourner au QG jouer au tarot, ce qui est bien normal.

Je vous laisse le temps de pleurer un peu, et on reprend.

Car pendant ce temps, à la Batcave, Batman réveille Rachel pour lui expliquer la situation.

"Coucou Rachel.
- Hooo, Batman ! Vous m’avez sauvée !
- Oui. Je tenais à vous dire que votre combat d’assistante du procureur pour la justice était super. Et que je n’étais pas Bruce Wayne.
- C’est rigolo parce que vous avez la même voix dans cette scène, pourquoi vous avez coupé votre cancer de la gorge ?
- Heu je… je sais pas. Vous ai-je dit que je n’étais pas Bruce Wayne ?
- Sinon, qu’allez-vous faire de moi ?
- Vous donner les deux dernières doses d’antidote qu’il me reste. Remettez les au sergent Gordon. Une pour lui, l’autre pour la production en série. Vous ai-je dit que Bruce Wayne avait un très gros sexe ?
- Que ? Je… J’ai cru entendre…
- En attendant, je vais vous filer un sédatif et vous vous réveillerez chez vous. 
- C’est une manie de me trimbaler partout pendant que je suis inconsciente ?
- Je lis de très bons blogs."

0

Et hop, la pauvre Rachel est droguée, puis laissée à Alfred pour qu’il aille la déposer chez elle. Mais la soirée ne fait que commencer ! Car c’est toujours l’anniversaire de Bruce, aussi quantité de gens sont venus squatter chez lui pour boire son champagne. Bruce tente donc de ne pas se trahir en participant à la fête, prétendant avoir été retenu en ville par quelque affaire urgente, puis se mêle à la foule des invités.

Au passage : la Batmobile. Un véhicule pas du tout identifiable au premier coup d’oeil tellement il est commun. Quelle discrétion, ce Batman.

De son côté, le sergent Gordon, occupé à fouiller l’asile d’Arkham pour essayer de comprendre ce qu’était la fusillade sur place entendue plus tôt dans la soirée, y trouve donc le Dr Craine à moitié fou, et surtout, qu’une gigantesque quantité de drogue a été déversée dans l’eau de la ville ! Gordon se tourne donc vers un chimiste de la police étudiant la chose.

"Bon sang ! Qu’est-ce que c’est que ce dawa ?
- Il semblerait que les brigands déversaient de la drogue dans les canalisations sergent.
- Mais alors on en a tous ingurgité ! Pourquoi n’est-on pas atteint ?
- Parce que… c’est dans… les canalisations ?
- Oui mais l’eau du robinet, elle vient d’où gros malin ?
- Ho. Attendez, je lis le script… ah non. Bon. Bin écoutez, je sais pas.
- Super. J’espère que Batman va vite résoudre cette affaire parce que nous là, on est un peu des grosses buses.."

0

Justement : pendant ce temps, il se passe des choses du côté de chez Bruce Wayne. Comme par exemple le fait qu’une convive lui dise "Bruuuce, hooo, Bruuuce il faut que je vous présente quelqu’un, vous allez voir, il a vraiment une pilosité faciale, on dirait une dédicace de Michael J. Fox". Et en effet, dans la foule des invités, Bruce aperçoit… Ninjabouc !

"Bonsoir, Bruce.
- Ninjabouc. Que faites-vous ici ? Que voulez-vous à Gotham ? Je vous ai sauvé la vie : allez-vous en.
- Je t’avais dit que ta pitié te perdrait. Nous allons détruire Gotham. La consumer. Et cette fois-ci, nous allons réussir.
- Comment ça "cette fois-ci ?" Vous avez déjà attaqué Gotham par le passé ?"

0

Et là, attention, instant révélation.

"Oui, en effet : il y a des années, nous avons tenté de la détruire économiquement. Nous avons créé de la pauvreté et donc du crime. Mais ton père a commencé à lutter, à partager les fruits de son empire… il fallait qu’il disparaisse.
- Mon Dieu ! Vous voudriez dire que…
- Oui, c’est nous qui avons t…
- VOUS ÊTES LE FMI ! Vous pourrissez autrui économiquement !
- Hein ? Ho hé, pas d’insultes, on est maléfiques, mais quand même, 
- Ah ? Bon, d’accord, mais alors expliquez-moi un truc : vous luttez pour la justice, c’est ça ?
- Oui. On est juste un peu extrémistes.
- Mais alors si vous êtes capable de manipuler l’économie, vous pouvez aussi créer des périodes florissantes où le crime diminue de lui-même, non ?
- Heu… je… on y a pas pensé, tiens.
- Du coup, vous avez créé une crise à Gotham pour engendrer du crime, et maintenant vous montez une opération géante pour éradiquer Gotham à cause du crime qui la ronge ? Et donc, vous avez claqué vos ressources pour obtenir quelque chose, et maintenant vous claquez vos ressources pour lutter contre ce quelque chose, et ce tout à fait volontairement ? Est-ce que "pompier pyromane" vous dit quelque chose ?
- Non.
- Et "gros blaireau" ? Ça vous parle, ça, "gros blaireau" ?"

0

Un peu vexé, Ninjabouc en finit avec les révélations : en fait, il n’est pas que Ninjabouc, il est aussi Ras’Al Ghul. Le mec que Bruce a tué à la montagne, c’était juste une couverture. Pourrie, mais une couverture. Maintenant, Ninjabouc compte bien faire bobo à Bruce. Mais Bruce, feignant la situation sous contrôle, fait sortir ses invités sans leur dire ce qu’il se passe en leur annonçant ce qui fait fuir n’importe qui en soirée :

"Je vais chercher le Time’s Up ! On va bien rigoler !"

Aussitôt, tous les invités ayant un minimum de goût et de bon sens fuient vers leurs voitures, et bientôt, Bruce et Ninjabouc se retrouvent seuls dans le manoir Wayne. Enfin pas tout à fait : Ninjabouc est aussi venu avec des hommes. Bien vite, un combat éclate alors que les méchants mettent le feu à la demeure ancestrale, et Bruce finit par terre après s’être pris une poutre en flamme sur le museau. Ninjabouc souffle donc :

"Tu as brûlé ma demeure et tu m’as laissé pour mort. Nous sommes quittes." dit-il avant de quitter les lieux, oubliant que, petit détail, au temple, Bruce l’avait sorti des décombres et amené à un médecin, pas abandonné inconscient aux flammes. Mais bon, c’est sûrement un détail, hein, je chipote.

Notez que Bruce Wayne est coincé sous une poutre qui n’a pas brûlé. Elle est donc juste tombée, comme ça, hop. C’est beau, le sens du détail.

Ninjabouc ainsi libéré de l’affreux Batman, il peut donc s’en retourner vers Gotham, et surtout vers l’asile d’Arkham. Où aidé de quelques hommes ayant "infiltré tous les niveaux de Gotham" (il faudra me dire quand, sachant que d’après le chronologie, Bruce Wayne n’est de retour en ville que depuis deux semaines tout au plus, et que tous les ninjas qui étaient censés infiltrer Gotham sont morts dans l’explosion du temple enchanté de Ninjabouc. Il a sûrement pris des ninjas intérimaires chez Vediorbis.), il passe les barrages de police encore en place après la fusillade ayant lieu sur place plus tôt, puis ouvre toutes les cellules des criminels enfermés. Autant dire qu’aussitôt, l’île d’Arkham sombre dans la panique, alors que les rues se remplissent de méchants. Toutes les unités de police disponibles sont donc envoyées sur place et maîtrisent tant bien que mal la situation.

Rachel, elle, arrivée sur place peu avant, a remis les deux doses d’antidote au sergent Gordon, une pour lui et une pour la production en série. Sauf qu’avec ce qu’il se passe sur l’île, Gordon préfère ordonner que l’on relève tous les ponts afin que les criminels ne puissent se répandre dans Gotham. Tout le monde est donc bloqué autour de l’asile, mais les quelques unités de police arrivées en renfort avant la remontée des ponts rétablissent bien vite l’ordre. Ouf !

Sauf que, pas de bol, Ninjabouc étant dans la place, il sort son arme secrète : un prototype de bidule micro-onde géant qui vaporise toute l’eau autour de lui et peut même faire bobo à plusieurs kilomètres de distance (non parce que si ça marche juste dans un rayon de 10 mètres, ça veut dire que ça ne marche que sur les réserves d’eau que vous contrôlez déjà). Celui-ci a été volé à Wayne Industries, et devait servir à "vaporiser les réserves d’eau de l’ennemi", ce qui est particulièrement con tant il y a des armes moins chères et plus efficaces pour ça. Le but de Ninjabouc ?

"Vaporiser toute l’eau contenant le poison que l’Épouvantail déversait dans les conduites d’eau : le gaz va ainsi sortir partout dans Gotham et rendre folle la population, et la ville se déchirera d’elle-même, obligeant enfin une vraie prise de conscience contre le crime et la décadence, hahaha, HAHAHA !"

Alors, oui, c’est intéressant pépère, mais du coup, c’était plus malin de juste empoisonner l’eau : ça aurait provoqué des crises de folie un peu partout dans Gotham, sans que l’on comprenne vraiment d’où ça vienne. Ou trop tardivement. Du coup, ça aurait un peu secoué l’opinion publique. Mais là, attaquer ouvertement la ville, bin la seule chose que ça va provoquer, c’est que tout le monde va se dire "Ho ! Des terroristes !" et du coup, se moquer éperdument du crime et simplement se mobiliser contre toi.  Mais bon, hein, c’est pas grave Ninjabouc, tu es mignon.

Ninjabouc installe donc sa machine dans le seul truc qui puisse encore sortir de l’île d’Arkham sans les ponts : le métro aérien de papa Wayne ! Son plan est simple : il va ainsi pouvoir faire éclater toutes les conduites d’eau en les survolant avec le métro, puis foncer au cœur de la tour Wayne où les rails vont et où se situent les centres de contrôle de la distribution d’eau. Et là, toute la ville sera condamnée, hohohoho !

Moui. Ou alors, plan B, puisque ton bousin a une portée de plusieurs kilomètres, tu visais la tour Wayne de très loin. Et pouf. Mais là encore, je ne suis pas un génie du mal, je ne dois pas savoir.

Cela n’empêche pas le bougre de mettre son plan à exécution, et bientôt, les plaques d’égout de la ville sautent l’une après l’autre sous la pression de la vapeur empoisonnée s’échappant des conduites, et tout le monde se met à grave flipper sa mère à cause des hallucinations liées au poison (comprendre : "ils voient tout le monde avec des yeux rouges, le tout avec des effets spéciaux kitsch"). A part Rachel, qui est immunisée grâce à l’antidote, et le sergent Gordon, qui s’injecte le bousin sur le champ. Et ça tombe bien parce que qui voit-il tomber du ciel ?

"BATMAN !
- C’est moi sergent. 
- Mais attendez, il y a deux scènes, vous n’étiez pas dans votre manoir en feu ?
- Si, mais je m’en suis tiré avec l’aide d’Alfred.
- Non mais ça d’accord, mais on vous voyait avec une grosse blessure au flanc, bien profonde, l’occasion d’ailleurs pour Alfred de vous implorer de vous accrocher alors que vous déliriez à demi-conscient. Elle est où la grosse blessure ?
- Ho. Cette… blessure. Qu’on a mise en avant dans la scène précédente. Celle-là. Je… hé bieeeeen… 
- Laissez-moi deviner : encore une scène rajoutée qui ne sert à rien à part pour mieux se mettre une bonne grosse incohérence ?
- C’est ça. Bon, Gordon, allez, on se concentre : il faut arrêter le métro aérien. Ninjabouc est dedans avec la machine à micro-ondes volée à Wayne Industries. 
- Oui, mais comment l’arrêter ?
- Je m’occupe de lui. Toi, prends la Batmobile, voilà les clés, et va t’assurer que le métro ne puisse atteindre la tour Wayne. Allez, en route, et t’inquiète chaussette, j’assure chaussure !"

0

Consterné par les expressions moisies de Batman, le sergent Gordon saute donc dans la Batmobile, s’y enferme, et fonce vers la tour Wayne. Pendant ce temps, Batman via diverses acrobaties rejoint le métro aérien, et un combat s’engage entre Ninjabouc et lui, le tout, je le rappelle, à 15 centimètres d’un appareil vaporisant toute l’eau autour de lui. Mystérieusement, cela ne semble pas affecter nos héros, qui ne sont pas instantanément transformés en gâteaux secs ou en sénateurs français.  Mais ça continue par contre de vaporiser l’eau sous le métro, le poison se répandant donc peu à peu en-dehors de l’île d’Arkham, dans tout Gotham.

Batman accède brièvement aux commandes du métro, mais pas assez pour freiner. Il retourne donc se battre avec Ninjabouc, et finit par lui coller un bon vieux taquet dans le museau. Il retourne donc aux commandes pour de bon. mais par terre, vaincu, Ninjabouc ricane :

"Tu es vaincu, Batman ! Il est trop tard pour freiner à présent… la tour Wayne est toute proche ! 
- Mais, qui t’a dit que je voulais freiner ?"

0

Et en s’écartant, Batman montre à Ninjabouc que plus tôt, il n’a pas essayé de freiner : au contraire, il a coincé l’accélérateur à fond. Car il compte sur le commissaire Gordon pour faire sauter les piles des rails du métro aérien juste devant la tour Wayne pour faire s’écraser le métro avec Ninjabouc et sa machine encore dedans !

Bon, je sais pas vous, mais décidément, je vois mal comment on pouvait faire plus mauvais. A savoir, à choisir entre "Tenter de freiner le métro, et si ça loupe, Gordon pétera les piles du pont" ou "Empêcher le métro de freiner, anéantissant ainsi une chance de plus d’arrêter le plan du méchant, puis faire accélérer le métro pour donner encore moins de chances à Gordon de réussir sa mission dans les temps, mission qu’il doit accomplir à l’aide d’un véhicule super compliqué qu’il n’a jamais piloté.", il faut être proche du lamantin avec des chromosomes superfétatoires pour choisir le plan B.

Ninjabouc, perplexe en comprenant que le plan de Batman est quelque part entre stupide et absurde. Mais comme le sien l’était aussi, ça va.

Mais malgré ce plan incroyablement moisi (heureusement que la grande force de Batman est son "intelligence", parce que sinon, je n’ose pas imaginer), tout fonctionne, Gordon détruit ce qu’il faut dans les temps, et le métro s’écrase, Batman sautant de celui-ci en n’emportant pas Ninjabouc : s’il ne veut pas tuer qui que ce soit, il se réserve le droit "de ne pas le sauver".

Quel con ce Batman. Pour rappel, sa logique c’est "Si je te mets dans un métro dont je fais sauter les rails et que tu en meurs, je ne t’ai pas tué !". Du coup, c’est pas souvent que les terroristes doivent tuer des gens : faire s’écraser un avion ou sauter un transport, c’est pas vraiment tuer des gens, c’est juste "ne pas les sauver d’une catastrophe qu’on a peut-être vaguement provoquée".

En tout cas, Ninjabouc est mouru, la machine détruite, et la ville est sauvée.

Pardon ? Comment ça "Et tous les gens empoisonnés" ? "Et le fait qu’en plus le gaz avait commencé à se répandre sous le métro aérien alors qu’il se rapprochait de la tour Wayne, le faisant sortir de l’île d’Arkham" ? "Et en plus, Lucius Fox avait dit qu’il faudrait des semaines pour produire de l’antidote en série" ? Hé bien vous savez quoi ?

Personne n’y pense. Et les centaines de milliers de personnes empoisonnées ne le sont plus, hop, sans explication. C’est magique.

Quel talent ce Nolan, vraiment.

On retrouve donc Bruce Wayne au petit jour sur les ruines de sa masure, lorsqu’il est rejoint par sa copine Rachel, à qui il a plus ou moins fait comprendre qu’il était Batman. Elle lui fait donc un gros bisou, mais pas plus, parce qu’elle ne veut pas être vue avec Bruce Wayne le playboy ; elle attendra donc que la ville n’ait plus besoin de Batman pour que Bruce Wayne redevienne celui qu’elle a connu et qu’ils puissent se faire des bisous, des câlins, voire des orgies avec des poneys.

La nuit suivante, le sergent Gordon, promu inspecteur, a installé sur le projecteur du toit du commissariat une silhouette de chauve-souris pour ainsi joindre Batman lorsqu’il le souhaite. Batman arrive donc, amusé par ce système de communication, et tous deux ont une petite discussion :

"C’est l’escalade, Batman. Maintenant, qu’il y a un nouveau héros en ville, les bandits ont le leur. 
- Ah oui ?
- Oui, il signe même de sa carte : un joker.
- Mmm… cela sent aussi l’escalade à incohérences.
- Et vous n’avez encore rien vu, Batman ! Parce que pour beaucoup de gens, le second volet est le meilleur !"

0

Prêt à affronter de nouvelles absurdités et une intrigue à base d’incohérences dans tous les sens, Batman saute donc du toit, et planant au dessus de Gotham, il file vers de nouvelles aventures et…

… FIN.

Batman n’ayant pas précisé qu’il habitait à la campagne, au départ, le commissaire mettait le signal un peu bas. Il fallu attendre le 73e braquage pour qu’il pense à monter l’angle du projo.

Diable. C’était encore plus mauvais que dans mon souvenir. Et pourtant, je n’avais déjà pas un bon souvenir.

________________________

"Commissaire, commissaire !"

Le commissaire Gordon poussa un long soupir en voyant arriver derrière-lui le jeune policier chargé de l’avertir des pires nouvelles lorsqu’il était occupé sur le toit à attendre la venue de Batman. C’était devenu son corbeau, porteur de tous les messages qu’il aurait préféré ne jamais entendre.

"Que se passe-t-il cette fois ?
- C’est encore l’asile d’Arkham ! On a perdu le contrôle, tous les prisonniers se sont échappés et…
- Et il faut que Batman intervienne, je sais.
- Hein ? Non, comme c’est la 300e fois, on a juste fait un gâteau, dépêchez-vous, il n’en reste pas beaucoup ! Batman ne viendra pas de toute manière, non ?"

0

Gordon haussa les épaules. Après tout, le jeunot avait raison : Batman ne viendrait pas. Il y a quelques semaines, il avait enfin réussi à contourner le problème des nuages : Wayne Industries avait, curieuse coïncidence, soudainement investi des millions de dollars dans un projet de régulation climatique couvrant Gotham de nuages supposés rafraîchir la cité chaque nuit. Comme toujours, il avait suffi de quelques semaines à Lucius Fox pour créer un prototype. Le projecteur avait à nouveau pu servir, même les nuits normalement sans nuages, et Batman avait recommencé à calmer les brigands.

Mais désormais, ces derniers avaient ourdi un plan encore plus génial, plus imprévisible.

En effet, ils attaquaient de jour.

Gordon caressa sa moustache en se disant que définitivement, Batman était une sacrée et inutile buse. Notant les troupes de malandrins paradant dans les rues au-dessous de lui, la police incapable de les arrêter alors que Batman refusait d’intervenir en journée, il haussa les épaules. Et se dirigea ves les escaliers pour rejoindre l’intérieur du commissariat.

Avec un peu de bol, il arriverait à temps pour avoir une part de gâteau.

Ce qui est chouette avec les faits divers, c’est que cela engendre toujours quantité de réactions.

Or, les réactions sont probablement ce qu’il y a de mieux : c’est en effet là que s’exprime à peu près tout sauf les discours raisonnés, puisque le raisonnement nécessitant du temps et de la réflexion, c’est bien là une chose trouvant rarement sa place dans un reportage d’1mn30 dans un quelconque journal télévisé, entre un reportage sur les prix de l’essence sur la route des vacances et un autre sur pour ou contre le top-less (un sujet majeur, j’en conviens). On a donc le droit à ce qui se fait de mieux en terme de débat public : la réaction foireuse, celle pleine de pathos qui fait appel aux tripes et pas au cerveau : un seul des deux se déclenche au moins une fois par jour (sauf forte constipation).

Ainsi, il y a quelques temps encore, je continuais de m’émerveiller en constatant dans divers médias que le traitement de l’affaire Méric n’était pas terminé, et que continuaient donc de s’échanger les plus beaux arguments de la Terre. Pour celles et ceux qui n’auraient pas le bon goût de vivre sous les cieux enchanteurs du royaume de France, l’affaire Méric se résume ainsi : il y a quelques semaines un type d’extrême-droite n’aimant pas beaucoup les gens de l’extrême gauche a tué dans une rixe un type d’extrême-gauche n’aimant pas beaucoup les gens d’extrême-droite.  La conclusion fut donc la suivante : non seulement se taper sur la gueule et s’entretuer, c’est mal (jusqu’ici, l’analyse était déjà assez poussée), mais en plus, ça serait bien de dissoudre… les groupes d’extrême-droite.

D’accord. Et ce qui fut donc dit fut donc décidé.

C’est donc ici bon lecteur que votre serviteur sourcille. Non pas suite à un amour immodéré pour l’extrême-droite (même si chacun connait ma passion pour le char Tigre, toujours utile au péage en ces temps de vacances pour aider le type devant vous à se dépêcher de ramasser le ticket qu’il n’aura pas manqué de faire tomber, le gredin), mais simplement parce qu’il parait assez intéressant de noter que dans le cas présent, ce qui a posé problème n’est pas l’idéologie d’un camp (la gauche ou la droite) mais ses méthodes (à savoir l’extrémisme, qui est à la réflexion ce que Jean-Pierre Pernaut est au journalisme). Et ça tombe bien, de leur propre aveu, les deux camps ont recours aux même, et évoquent sans trop de problèmes le fait d’en venir aux mains, à la batte ou à tout autre objet contondant tel qu’une Twingo. Si ça vous intéresse, pas mal de journaux ont fait des portraits de membres d’un camp ou de l’autre, et tous deux revendiquent assez fièrement le fait de faire des "descentes" ou de distribuer des torgnoles à tire-larigot. Un hobby que je serais bien malvenu de critiquer cela dit, moi-même le pratiquant mais essentiellement sur les enfants (ils ripostent plus difficilement ou au mieux, vous giflent le genou en retour avant que ce dernier ne vienne les aider à perdre leurs dents de lait, mais je m’égare).

images

"Bon, et là on y va, on leur pète la gueule et on fait taire leurs idées ! Putain dire que ces cons pensent qu’ils ont raison !
- Ahaha, c’est clair ! Quand je pense qu’ils veulent nous péter la gueule pour faire taire nos idées alors qu’on a raison, faut vraiment être con."

Ainsi donc, quantité de groupes d’extrême-droite viennent d’être officiellement dissous, ce qui ne les empêchera probablement pas de se reformer sous d’autres noms plus discrets, comme par exemple l’Association Historique des Amis des Chorales Bavaroises de 1933.

Du coup, prenons les faits :

  • Des extrémistes se battent entre eux. Que ce soit pour savoir si Marx ou Adolf avait la plus belle pilosité faciale est sûrement fascinant, mais bizarrement, le problème est que s’ils n’avaient pas été extrémistes mais vaguement ouverts, ils auraient peut-être pu en discuter. Un détail, sûrement.
  • Suite à un Blitzkrieg no jutsu mal bloqué par un Lenin’s Dragon Skin, le militant d’extrême gauche tombe et meurt
  • D’ailleurs, oui, on a le droit à ce genre de blagues : n’oubliez pas les enfants, le premier des respects dû aux morts est d’en parler comme s’ils étaient vivants. Sinon, c’est un peu hypocrite, et comme même les candidates de télé-réalité connaissent ce mot, bon
  • Conséquence de la mort, tout le monde s’indigne et on décide d’interdire divers groupes d’extrême-droite
  • On sait très bien que ça ne sert à rien puisqu’ils vont se reformer ailleurs, mais on les punit symboliquement, pourquoi pas
  • L’autre camp impliqué dans la baston, lui, organise par contre des défilés en mémoire de leur camarade tombé et de ses idées
  • Le recul étant une notion un peu chiante, on écrit même des articles sur des lycéennes qui décident d’en parler dans toutes leurs copies au bac en comparant feu le militant d’extrême-gauche avec Stéphane Hessel ou Nelson Mandela, sans que personne ne fasse remarquer qu’ils étaient tous deux des diplomates n’ayant eu recours à la violence que lorsqu’ils ne pouvaient plus faire autrement et condamnant fermement l’extrémisme et l’irrespect des autres opinions, probablement un détail assez méconnu puisque ne représentant que l’ensemble de leur carrière

Parfois, le soir, en écrasant mon cigare sur le dos courbé de Diego pour avoir osé proposer de mettre du coca dans mon whisky, je me demande si lors de la prochaine rixe, si cette fois-ci c’est un type d’extrême droite qui meurt, on les laissera défiler dans les rues en hurlant leurs slogans magiques tout en disant à l’extrême-gauche qu’on ne veut plus la voir, la vilaine. J’imagine déjà ce spectacle avec bonheur, tant j’ai une certaine bienveillance pour les skinheads : au moins, eux vont jusqu’au bout en essayant par tous les moyens de ressembler à des glands. Mais je diverge une fois encore, si je puis me permettre. Enfin, je me comprends.

Bref, disais-je : j’ai une véritable admiration pour celles et ceux, qui, dans une baston entre extrême-gauche et extrême-droite, n’arrivent pas trouver dans ces deux appellations le mot commun qui pose vaguement problème. C’est vrai que c’est pas facile, pfou. Je crois que ça ferait une bonne énigme pour le Journal de Mickey (certains s’étant arrêtés à cette phrase avant d’aller lire la suite, on parle bien de méthodes, pas d’idéologie, c’est aussi marqué au début de l’article, en fait).

Jeu : essayez de savoir si ces gens sont fascistes ou antifascistes. Histoire de savoir s’il faut les interdire ou les applaudir.

Ainsi, on tolérerait l’utilisation arbitraire de la force par un camp et non par l’autre, puisque tous deux reconnaissent bien volontiers l’utiliser l’un contre l’autre au nom de leurs idéaux, ce qui laisserait entendre qu’il y aurait un côté lumineux de celle-ci et que donc, celui-ci ne poserait pas de problème. Après tout, c’est bien normal de péter la gueule de quelqu’un à partir du moment où il véhicule des idées différentes des vôtres, aussi nauséabondes soient-elles. Nan passque tu vois, moi, ch’uis un défenseur de la liberté, s’pour ça que j’laisse pas les autres s’essprimer, t’vois. Un raisonnement tout à fait intéressant, puisque vous pouvez faire le test : mettez n’importe quel extrémiste amateur de claques à côté d’un Choco-BN, au bout de 10 minutes d’entretien, c’est curieusement le Choco-BN qui a l’air le plus malin. Pour un peu vous le verriez fumer la pipe d’un air méprisant. Même si lui aussi commence à fondre devant la masse de non-sens et d’absurdités historiques débitées à la minute. Que l’on parle de politique, de religion ou d’autre chose, d’ailleurs.

Mangez le BN quand même ensuite, ce serait ballot de gâcher. Laissez juste la pipe de côté.

En tout cas visiblement, là encore, malgré les centaines de personnes invitées à débattre de l’affaire, le mot extrémisme n’a jamais posé problème. D’ailleurs, lorsqu’une paire de petits malins a dit "Hep ! Et pourquoi dans cette affaire, on ne dissout pas l’extrême-gauche aussi ?"  notre premier ministre a eu le bon goût "d’appeler à la retenue". Hmmm, "retenue" comme dans "faire preuve d’extrémisme serait mauvais" ? C’est moi ou il y avait un énorme contresens dans ce raisonnement ? C’est intéressant. Quand on aime les mauvais scripts, du moins.

Cependant, allez, mettons que la décision soit parfaitement pertinente. Prenons les faits, un truc d’ailleurs pas très intéressant.

Car en effet, si tout le monde couine à la montée de l’extrême-droite en France et en Europe voire au-delà, chacun estime que hohoho, non, il n’est pas responsable. Sûrement que tout cela est la faute de farfadets nazis qui viennent la nuit déposer des exemplaires de Mein Kampf sous les oreillers. Sacrés farfadets, quels taquins.

Non parce que, pour ceux qui ne l’auraient pas remarqué, depuis 40 ans, du moins en France, l’extrême-droite a une seule stratégie : se poser en victime. Et depuis 40 ans, elle progresse. Avec d’ailleurs, dans la plupart de ses discours, des références à des affaires de justice où le Front National, là encore, explique être du côté des victimes de l’injustice. Hmmm, un peu comme si on essayait d’attirer à soi :

  • les bonnes gens, en se disant du côté des opprimés (même votre voisin a un paladin de niveau 2 qui sommeille en lui)
  • les théoriciens du complot, en disant que l’on est opprimé soi-même

Du coup, comment combat-on l’extrême-droite ? Ho bin tiens, si on leur donnait plein de prétextes pour crier à l’injustice ? Et au complot ? Et au pouvoir qui tente de les museler et pas les autres ? Ou tiens, si on utilisait exactement les méthodes qu’on leur reproche en se disant antifacho ? Comme le disait Winston Churchill, qui s’y connaissait probablement bien moins en fascisme qu’une lycéenne passant son bac : « les fascistes de demain seront les antifascistes » (on me souffle que c’est un hoax dans les commentaires, je m’en remettrai donc à son perroquet, qui parlait aussi de fascisme et bien d’autres mots en f) . Mais c’est probablement notre passion commune pour le cigare et les aventures du Bismarck qui trouble ma pensée.

Et puis bon, c’est un personnage historique assez obscur, personne n’en a entendu parler et il disait sûrement ça pour déconner.

Du coup, je ne dis pas que dissoudre les groupes des deux camps aurait été plus efficace : leurs membres ne vont pas subitement disparaître ou se dire qu’ils vont se mettre au macramé et à l’amour de la nature, mais qu’au moins, quitte à punir, autant être juste et vaguement sérieux, a minima ça ne donne pas de biscotte. Sinon, c’est non seulement incohérent, mais en plus contre-productif. Mais bon, hein, si en plus il faut s’intéresser à ce que l’on fait, merde alors !

Conjugaison

Pour les plus jeunes, un extrait du tableau de conjugaison du verbe "convaincre" qui à ce qu’il parait, est vaguement plus efficace que le verbe "Tabasser comme un blaireau bas du front". En fait, c’est même comme ça qu’une idéologie progresse, flûte alors.

Bref, la démocratie, finalement, ça a l’air d’être un truc vachement compliqué, puisque visiblement même ses défenseurs n’ont pas bien pigé les règles.

C’est vachement plus simple avec des gentils et des méchants quand même.

Alors qu’en fait, la première loi est simple : tout le monde a le droit d’être un gros con.

Sinon, une bonne partie de l’humanité vivrait dans l’illégalité.

"Ça n’a pas l’air d’aller patron ?"

Diego fronça un sourcil, notant la boîte de cigare encore pleine à cette heure avancée de la soirée, son employeur étant là, enfoncé dans son fauteuil près du feu de cheminée. Il nota que celui-ci se contentait simplement, de temps à autres, de jeter un peu de petit bois dans l’âtre, alimentant les flammes jetant une lueur orangée et tremblante alentour.

"Je me fais vieux Diego. Je n’ai plus les bonnes références, je crois qu’il faut que je fasse autre chose. De la peinture, peut-être ?
- Allons, il ne faut pas vous laisser aller comme ça… vous ne voulez pas que je fasse monter une stagiaire ?
- Non. Je veux rester seul à contempler l’âtre reflétant mon âme se consumant dans les affres du web. Va, Diego. J’ai besoin d’être seul."

0

Le serviteur hésita, ne pouvant accepter de voir son employeur dans pareil état. Mais après des années de bons et loyaux services, il commençait à connaître le bougre.

"Bien, alors je me retire Monsieur. Vous ne voulez rien d’autre ?
- Non, je veux du temps pour m’assagir. Quitter mes vices.
- Vous voulez dire que vous résisterez désormais aux tentations ?
- Parfaitement.
- Alors ça ne vous dérange pas si je pose ce DVD sur ce guéridon par exemple.
- Pas du tout. Du tout. Rien, pas un picotement. Je… hem, quoi comme DVD ? Par pure curiosité bien sûr.
-  The Darkest Hour.
- Le… le film que j’avais raté ?
- Celui-là même.
- Je… non, ça ne me fait strictement… je… rien… du tout.
- Voulez-vous que je vous lise le pitch ? Il y est question d’envahisseurs et de jeunes américains benêts. 
- Gnnnn…. gnnnnn…. je…. dois… résister…
- Saviez-vous que ce film est si mauvais qu’il y a une erreur de cohérence rien qu’entre le pitch officiel et le film ? D’ailleurs il parait que…
- DONNE-MOI ÇA !"

0

Diego eut juste le temps d’esquiver la sombre silhouette de son maître, se saisissant de l’objet avant de le faire tourner sous son oeil brillant de cruauté tout en ricanant. Puis, son rire se fit plus guttural et d’un pas assuré, il disparut en direction du salon.

L’humble employé se demanda si, quand même, il ne venait pas de faire une connerie.

Car : The Darkest Hour est-il si mauvais que cela ? Après tout, certaines critiques furent tout à fait positives. Aussi, il convient de vérifier de quoi il retourne : spoilons mes bons !

________________________________________________

L’affiche : des explosions ET de la désintégration ? Monsieur l’ambassadeur, vous nous avez vraiment gâtés.

Tout commence quelque part au-dessus de notre bonne vieille Terre, au sein d’un avion russe pour être précis. A bord, Sean et Bean, deux américains à l’humour digne d’un épisode de Samantha Oups, et aux têtes qui semblent appeler les balles à sanglier, sont occupés à se chamailler avec les hôtesses parce qu’ils refusent d’éteindre leurs téléphones portables avant d’atterrir, pour la simple et bonne raison que… hé bien qu’ils sont trop cools. Tiens, j’ai écrit cools ? Curieux. Qu’importe ! L’hôtesse la plus proche leur fait quand même les gros yeux, jusqu’à ce que soudain, toute l’électricité de l’avion lâche : c’est la panique à bord. Du moins, un temps seulement, car bien vite la lumière est rétablie, le commandant de bord rappelant aux passagers que les avions russes n’ont pas besoin d’électricité : ils sont entièrement conçus à partir d’anciennes pièces de Trabant et peuvent donc continuer de voler, même avec une aile sur deux. L’évènement ayant calmé nos deux héros, l’avion peut donc atterrir en paix.

En plein jour d’ailleurs, alors que la scène se déroulait en pleine nuit. Oui, je sais, maintenant cela arrive dans la plupart des films. C’est beau, ce vaste naufrage d’Hollywood, mais, passons.

Nos deux héros arrivent sur la terre bénie de Lénine, Khrouchtchev et autres Gérard Depardieu pour échanger diverses stupidités, et rouler des mécaniques auprès des autochtones, et nous apprenons d’ailleurs le métier de nos deux génies : ils ont conçu une application smartphone pour le tourisme haut de gamme et sont à Moscou pour y obtenir les sous de quelques gros investisseurs. Et pour le détail, sachez que Sean incarne donc l’archétype du "Je suis cool, mais pas aussi intelligent que mon ami Ben, si seulement je pouvais arrêter de le décevoir et prendre ma vie en main" et Ben le meilleur ami du héros. Et tu sais ce que ça veut dire Ben ! Hmmm, il ne manquerait plus qu’un méchant avec un bouc, une moustache ou même une coupe de cheveux discutable et…

Ho !

Alors que nos héros rentrent dans l’immeuble où ils ont rendez-vous ce jour là, ils découvrent que la réunion avec les investisseurs pour leur projet a été commencée… et pénétrant dans la salle de réunion, ils y trouvent Skyler, un ancien associé qui les a doublé, fait cavalier seul et vend leur idée pour son seul profit !

Pour information, Skyler a un bouc, une moustache ET une coupe de cheveux discutable. Et en plus, il est européen. Ouch.

Je devrais faire une sorte de bingo des poncifs pour s’occuper devant un film. Attendez, je me note ça quelque part. Voilà. Nous disions ?

Ah, oui: dépités, nos héros décident d’aller faire ce qu’il y a de plus raisonnable : se saouler parce que bon sang, le milieu des applications touristiques a l’air d’être drôlement compliqué en fait, mieux vaut laisser ça aux grandes personnes. Entre deux rails de vodka et quelques verres de coke (non non, nous sommes en Russie ne l’oubliez pas), nos héros rencontrent donc deux jeunes filles : Natalie, une fille cool, et sa meilleure amie Anne, une bimbo blonde (là encore, jeu : devine qui va mourir). A noter que tous sont américains, et tous, bien que jeunes, riches, branchés et passionnés de téléphonie sont équipés de vieilles bouses de 1999. Il en va de même pour Anne, qui bien que photographe professionnelle, se prend en photo à bout de bras en faisant des duckfaces (véridique) avec un appareil d’un autre âge (mais numérique quand même). L’accessoiriste avait dû fuir le tournage, ils n’ont dû trouver que celui de Louis la Brocante pour le remplacer au pied levé. Toujours est-il qu’au sein de la même boîte de nuit où ils ont trouvé refuge traîne aussi le méchant Skyler, mais tout le monde reste à bonne distance histoire de ne pas en venir aux mains.

Mais pendant ce temps, à l’extérieur, un curieux orage comme celui qu’avait traversé l’avion peu avant de perdre le courant au début du film semble se former au-dessus de la ville… et pour respecter la tradition et bien, celui-ci se rapprochant de Moscou, il coupe le jus dans toute la ville, plongeant la boîte dans l’obscurité en plein milieu d’un bon vieux Patrick Sébastien. Dur. Comment on va savoir ce qu’il faut faire tourner maintenant, hein ?

Après que 7 personnes ont imité le bruit du fantôme, comme dans n’importe quel lieu comportant des lourds dont on éteint les lumières (un outil pratique pour détecter les lourds), notre petite troupe sort de l’endroit avec le reste des convives pour descendre dans la rue comme une bonne partie des moscovites, constatant au passage que toutes les batteries des téléphones ont lâché. Nos héros s’étonnent doublement en voyant au-dessus d’eux d’étranges aurores boréales orangées s’agiter en silence avant de laisser choir de petites boules orangées vers le sol. D’ailleurs, l’une d’entre elles se pose au milieu de la foule, qui effrayée, s’écarte promptement.

C’est sans compter sur la police locale, qui n’aime pas trop les atterrissages non autorisés de boules orangées et semi-translucides sur des places interdites au stationnement : l’un des agents des forces de l’ordre essaie donc de s’approcher pour étudier scientifiquement le phénomène à l’aide de la technique élaborée dite du "Et si j’appuie là, est-ce que ça fait pouitch ?"

Mais en fait non : ça fait plutôt proutch.

"Attendez les amis, j’ai déjà vu ça dans Harry Potter 7, c’est probablement un message du ministère de la magie"

Sitôt le truc en contact avec le fier fonctionnaire, celui-ci est instantanément désintégré. Et évidemment, aussitôt, d’autres boules arrivent en renfort pour courser les humains qui s’enfuient, les désintégrant tour à tour. On constate au passage que les boules perçoivent les humains comme des sources de chaleur ou d’énergie, qu’elles chassent goulûment.  Une sorte de gros Pac-Man, quoi.

Nos héros, entre deux hurlements, courent donc avec une partie de la foule vers l’abri de la boîte de nuit qu’ils venaient de quitter (et où même sans électricité, il y a toujours une lumière correcte, c’est fou) et tentent bien de fermer derrière eux, mais les boules poussent fort ladite porte, si fort que Sean, le petit jeunot blond et Youri, le gros videur de 280 kilos de muscles sont propulsés en arrière sur au moins, pfou, deux mètres. Sean se relève donc aussitôt, alors que Youri est… mort ? Tué par la chute. Ah. Bon. On va dire que Youri était très malade alors. Ou alors il a lu le script, ce qui expliquerait l’horreur visible sur son visage.

En tout cas, l’un des serveurs, dans la tradition de son pays, balance un cocktail molotov dans la gueule de l’un des envahisseurs, ce qui a l’air de moyennement lui plaire, mais nos héros s’en soucient peu : dans l’immédiat, ils cavalent. Comme il se doit, Skyler prouve qu’il est très méchant en abandonnant sa copine d’un soir au détour d’un couloir, l’enfermant avec une boule orangée pour mieux s’échapper ; mais plutôt que de réconforter la belle, lui proposer un resto, un dernier café puis une soirée Twister pour parler de tout ça, l’envahisseur se contente de lui désintégrer la gueule, faisant ainsi preuve d’un certain manque de savoir vivre : comme le savent tous les gentlemen, on ne désintègre pas le premier soir. Tsss.

Nos héros cavalcadent donc au milieu de la foule, et bien évidemment, ils sont les seuls à s’en tirer, Skyler compris, en allant se cacher dans la réserve de la boîte de nuit, probablement histoire de faucher une ou deux bouteilles avant de mourir. Sauf que visiblement, même si les aliens ont une vue particulièrement élaborée, ils n’ont pas pensé à regarder de ce côté là : la petite troupe peut donc s’isoler… et entendre que peu à peu, les sons de bataille déclinent au-dessus d’eux. Le temps se met donc à passer, et l’on voit les cartons et bouteilles de la réserve descendre, Skyler s’engueuler avec tous les autres parce qu’il est méchant (l’avais-je dit ?), et les réserves continuer de s’épuiser jusqu’à ce qu’enfin, une fois vides, quelqu’un s’interroge :

"Depuis combien de temps sommes-nous là-dedans ?"

Ho, bin sachant que vous avez vidé les réserves d’une boîte de luxe à vous 5, ça doit bien faire 1 mois et qu…

"27 heures." répond Skyler

Hein ?! Non mais attendez, vous buvez 20 bouteilles de l’heure ? Bouffez 60 boîtes d’olives chacun, que vous avez vidé tous les cartons ? Bon sang, et avec tout ça, vous n’êtes même pas enfermé avec des toilettes à disposition ? Je… vous cherchez à mourir d’une diarrhée collective ? Remarquez, pas sûr que les aliens viennent vous chercher si vous barbotez là-dedans, c’est vrai. Un habile stratagème, j’en conviens.

Toujours est-il que c’est donc avec un gros mal de bide que la troupe décide de ressortir de sa cachette, puisque l’on entend désormais plus rien. Certes, la progression est prudente, car l’ennemi semble capable de devenir plus ou moins invisible, mais la destination elle est décidée : l’ambassade américaine. Bon, Skyler a bien proposé une ambassade européenne, parce que c’est plus près, mais on lui a dit de la fermer, parce que l’Europe, c’est quand même pas un truc très sérieux. C’est donc après avoir trouvé quelques sacs à dos qui attendaient là (?) et fouillé 17 secondes le bar pour emporter quelques bouteilles (mais aucun objet utile, merci de poser la question) que nos héros partent à l’aventure, à l’extérieur de la boîte de nuit.

Dehors, Moscou est déserte. Les avenues sont emplies de voitures abandonnées, et les rues couvertes de la cendre qui reste des habitants du coin. Ici ou là, une paire de kalachnikov abandonnées laisse deviner que des gens se sont défendus avec un résultat, disons, relativement moyen. Attention cependant, car malgré ce spectacle de désolation, nos héros progressent sur les grands boulevards à découvert, hurlent en tombant de leurs talons pour les filles (véridique), et en s’interpellant pour les garçons. Ce qui donne :

"Là ! Regardez ?
- QUOI BEN ? JE NE VOIS RIEN !
- MAIS SI LA, LE BRUIT QUI VIENT DE LA BAS !
- J’ENTENDS RIEN ! PEUT-ETRE PARCE QU’ON HURLE ?
- APPROCHONS-NOUS DISCRÈTEMENT EN L’ANNONÇANT A HAUTE VOIX !
- D’accord !"

0

Mais enfin ? Bon, bref ; le bruit en question est vite identifié : c’est une mamie qui a survécu et est en train de murer ses fenêtres. Nos héros s’approchent d’elle trop heureux de voir une survivante et lui demandent leur chemin, aidés de Skyler qui est le seul de l’équipe à parler le russe, mais écoutons plutôt.

"Skyler, demande lui où est la rue Popovski !
- *en russe* Madame, où est la rue Popovski s’il vous plait ?
- *en russe* C’est vous les bougres de cons qui hurlez au milieu des rues ? Vous avez pas envie de mourir un peu ?
- *en russe* J’ai un bouc et une moustache, vous croyez sérieusement que je vais arriver jusqu’au générique ? Alors autant pourrir les autres, ha !
- Que dit-elle Skyler ?
- Heu… elle dit qu’elle a très peur.
- *en russe* C’est malin, mais vous voulez pas plutôt que je vous prête un rasoir ?
- *en russe* Mamie, tu es une femme rusée, mais ce bouc, je le porte comme mon père, qui lui-même le tenait de son père, et même si aucun n’a jamais atteint la fin d’un film, c’est comme ça.
- Skyler ! Alors, cette rue ?
- Roh, les relous. Bon, elle dit que c’est tout droit.
- Alors on peut à nouveau parler très fort ? OKAY LET’S GO !"
0

Hélas, malgré ces riches indications, nos héros se perdent encore. Sacrebleu ! Sans GPS et véritable carte, ils se demandent donc où ils pourraient en avoir une. Raaah, bon sang, où serait-ce possible d’en trouver ? Je n’arrive pas à me concentrer avec tous ces véhicules portières ouvertes autour de nous aux vide-poches remplis de papiers ! Tant pis… si seulement nous étions dans une ville vaguement touristique, peut-être pourrions nous trouver des boutiques de souvenirs ou offices de tourisme qui en ont… si seulement je n’étais pas un professionnel du tourisme, et si seulement nous n’étions pas sur la place Rouge, peut-être que je saur… OH SI, JE SAIS ! IL NOUS FAUT UNE VOITURE DE POLICE !

Je… ah oui. C’est une idée remarquez. Une mauvaise, absurde, incohérente et écrite avec les pieds, mais une idée me dit mon dictionnaire.

Mais ce n’est pas fini ! Car trouvant une voiture de police abandonnée sur la place, Sean et Ben foncent pendant que les autres vont se cacher, et rentrent donc dans le véhicule pour y prendre un… pied de biche !

Oui oui. Et vous savez pour quoi faire ?

Pour ouvrir la voiture !

Si.

Sean, occupé à chercher de quel côté on rentre dans une voiture

Parce que figurez-vous qu’ils ont deviné que la police russe rangeait toujours ses cartes dans son coffre (comme ça, quand ils en ont besoin, c’est pratique), et qu’ils ont oublié que tant qu’à être dans la voiture, plutôt que refermer les portières (ils l’ont fait, j’insiste sur l’illogisme complet de toute cette scène), il suffisait soit de rester dedans et d’atteindre ledit coffre, soit d’appuyer sur le gros bouton avec un signe de coffre ouvert visible sur le tableau de bord. Raaah… en tout cas, après cette série d’incohérences, nos héros pas peu fiers fouillent le véhicule et peuvent rajouter à leur inventaire une carte plus précise (en russe, mais bon), et des fusées éclairantes, que nos larrons préfèrent aux armes juste à côté. Chacun son truc. Non parce que même si elles ne servent à rien contre les envahisseurs farceurs qui ont visiblement disparu, dans un monde post-apocalyptique, ça peut servir. Maintenant, on a compris que vous étiez idiots les gars : ce serait juste gentil d’arrêter de le prouver. Je pense que si l’on écrivait un jour une biographique de Jar-Jar Binks, on y trouverait la plupart des scènes de ce film.

Sauf que pendant leur petite fouille, Kiki, un chien errant s’est approché, les a dépassé sans même tenter l’accouplement sur une jambe, et a aboyé un peu plus loin… avant d’être brutalement désintégré (c’est rare dans un film, mais c’eut été un chiot ou un chaton, c’est lui qui désintégrait l’autre par le pouvoir du kawaii) par un alien qui attendait là, immobile ! Un bruit de pet liquide plus tard (les boîtes d’olives et la vodka en intraveineuse font effet), nos héros se planquent donc paniqués derrière la voiture de police, hurlant à leurs amis d’aller se cacher dans un bâtiment voisin. L’alien s’approche donc lentement du véhicule, et Sean et Ben, eux, n’échappent à la mort que grâce à une ruse qui avait échappé à tous les moscovites : il suffisait de se cacher sous la voiture, et hop, les aliens ne les voient plus. L’envahisseur inspecte donc l’endroit sans trouver de cibles, et s’en va donc en sifflotant probablement pour désintégrer d’autres chiens un peu plus loin.

Bien bien bien, c’est très intéressant ma foi. Sinon, quand est-ce que ça arrête d’être nul ?

Une fois l’alien parti, l’équipe finit donc par se regrouper dans un centre commercial voisin, où Skyler se met évidemment à paniquer, comme quoi ça ne sert à rien, le monde entier a dû tomber, on va tous mourir, d’ailleurs, il y a une grosse épave d’avion à côté d’eux, bref, rien n’échappe aux envahisseurs. Mais Sean, en héros qui a enfin l’opportunité de révéler ses talents de meneur, explique qu’il faut garder espoir et surtout, utiliser ce que l’on sait : l’ennemi semble faire réagir les sources d’électricité. Quand il a foncé sur la voiture de police, toutes ses ampoules se sont allumées. Donc, en sortant la nuit, il devrait facile de voir, de très loin, si des aliens invisibles squattent, puisque les lumières à côté d’eux seront allumées ! Soit ! En sus, il propose de porter des ampoules sur soir, pour savoir si l’ennemi est proche : c’est un peu leur épée de Bilbo, le côté cosplay en moins.

Ça tombe bien, nos héros décident de passer la soirée dans le centre commercial à attendre qu’il fasse vraiment noir pour sortir, et en profitent pour prendre des vêtements plus pratiques que ceux qu’ils portaient en boîte. Sauf que pendant qu’ils se changent, les ampoules qu’ils portent désormais en pendentifs s’allument : l’ennemi approche ! Ni une ni deux, tout le monde se planque… sauf Sean qui lui décide de rester dans la vitrine du magasin où il était à se faire passer pour un mannequin, immobile. Et figurez-vous que ça marche !

Ce qui permet à Sean d’en déduire que… allez, jouons :

A)  les aliens sont cons comme des ânes morts

B) les aliens ne perçoivent pas les mouvements

C) les aliens ont une vision basée sur la détection des ondes électromagnétiques, or, la vitrine a bloqué celles-ci, le rendant invisible !

D) il a eu un gros coup de moule

Et non, ce n’était pas la réponse A, puisque Sean est incapable de faire cette déduction en étant au même niveau qu’eux, et bien la C, qu’il sort comme ça, de nulle part; et qui s’avère évidemment parfaitement exacte. Non parce que : comment sais-tu pour la vision électromagnétique  bougre de con, puisque toi tu ne regardes pas le film et n’a donc pas vu qu’elle voyaient les humains en orange et le reste du monde en gris ?

Ah mais oui, ça me revient : tout s’explique dans le fait que ce film est un gros coprolithe.

D’ailleurs, vous vous souvenez des avenues de jour, désertes et silencieuses ? Et bien parlons-en : sitôt que nos héros ont échappé à la patrouille de bouboules, ils décident de foncer – il fait suffisamment noir à présent – pour atteindre l’ambassade, à moins de 2 kilomètres. Et depuis que Sean a dit que dans le noir, voir les aliens seraient plus simple, et bien toutes les avenues résonnent du bruit des alarmes de voitures dès que les aliens passent à côté d’elles ! C’est quand même bien fait. Probablement qu’ils jouaient à la crapette en journée.

Arrivés à l’ambassade (instantanément ou presque, probablement que Sean, est en fait Gérard Majax et dispose de toute une panoplie de sorts de téléportation), la troupe constate que comme le reste de la ville, celle-ci a été ravagée par les créatures de l’espace. A l’intérieur, des restes d’équipement de soldats, douilles & co permettent d’imaginer ce que fut la bataille, et Skyler s’empresse de ramasser un fusil d’assaut sous le regard courroucé de ses amis, parce que les armes c’est pour les méchants, et que les gentils ne comptent que sur le pouvoir de l’amour pour se défendre, ainsi qu’un certain piston de la part du script. Sean explique qu’à défaut de trouver de l’aide, il faut grimper sur le toit de l’ambassade "pour connaître le meilleur trajet".

D’accord, mais, comme ça, question : "le trajet pour où ?". Non parce que vous êtes arrivés au seul endroit que vous vouliez atteindre alors… non ? Non, cette question n’intéresse aucun membre de l’équipe ? Très bien. Probablement un détail : après tout, vous allez juste risquer votre vie pour ça.

Et dire qu’il y a 20 minutes encore, nos héros se promenaient comme ça durant des heures dans Moscou sans rencontrer le moindre problème ou bruit. C’est fou comme l’intrigue change, comme ça, pouf

Mais Skyler, qui a décidément envie de se donner toutes les chances, déclare cependant que lui ne grimpera nulle part : non pas qu’il ait lui aussi constaté que le propos de Sean n’avait aucune logique, non : il n’a juste pas envie. Il se sépare donc en groupe de 1 et attend à la porte de l’ambassade que… heu… rien. C’est quand même incroyable les efforts qui ont été déployés pour faire de ce film une sorte d’étron flottant à niveau constant.

De leur côté, nos 4 autres loulous fouillent l’endroit et tombent, pile au moment où leurs fusées éclairantes improvisées en torches rendent l’âme, sur… des lampes à huile ! Car figurez-vous que peu avant de mourir, les derniers résistants de l’ambassade sont descendus dans les souterrains du coin, sont tombés sur des lampes à huiles chargées, mais oui, ont remonté le tout, réussi à contacter par radio des villes d’Europe ou moins de 10 survivants répondaient ici ou là, rédigé un rapport complet sur tout cela dans un cahier, rangé le tout, laissé la radio (qui marche mystérieusement), et sont allés mourir pour ne pas déranger.

Vraiment : sympas les gars. La prochaine fois mettez aussi des bières au frais, ce sera tip top.

En tout cas, sur la radio, nos héros captent un message en russe diffusé en boucle. "Si seulement on savait le traduire !" s’exclament-ils, "Ah mais au fait, il y a Tyler à la porte de l’ambassade ! Non attendez, j’ai mieux : oublions jusqu’à l’existence de son personnage le temps qu’il lui arrive une merde !". Et ce qui est dit est fait : nos héros s’interrogent sur qui pourrait traduire le russe (… soupir) en se plaignant. A noter d’ailleurs que plus le temps passe, plus on sent que, et là, vous allez être surpris, Natalie se rapproche de ce leader de Sean. Rrrrr.

Mais qu’importe, nos héros décident de grimper sur le toit pour observer la ville et constatent que les aliens s’en prennent à tout ce qui est électrique… et creusent donc pour s’en prendre aux câbles. Sauf que soudain, des coups de feu résonnent dans les rues un peu plus loin ! C’est Skyler qui a décidé de… repartir. Tout seul. En pleine rue. En tirant au hasard.

Ah ouais. Rappelez-moi : Skyler c’est bien le lâche ? Le lâche qui part tout seul alors qu’il était à l’abri ?

_______________________________

Quelques temps plus tôt, à Hollywood.

"Et moi je te parie que j’écris tout un scénar avec ce fusain que j’ai trouvé par terre!
- Hahaha, pari tenu !
- Attends, je commence… mon fusain est sombre… je vais appeler ça… l’heure… la plus… sombre… rah, ça coule quand j’écris.
- Heu John… nan mais… en fait en le regardant là, je suis pas sûr que ce soit un fusain"

0

_______________________________

Découvrant ainsi que Skyler est en train de filer, nos héros se rappellent soudain que, ha tiens, comme le dit Ben, "Il pourrait nous aider à traduire le message ! Il a des notions de russe !". Oui Ben, des notions : tellement qu’il le parle couramment depuis le début du film. Ah, que serait un film sans des dialogues rajoutés expressément pour ne rien apporter, à part des incohérences ? Peut-être un bon film, allez savoir. Mais c’est déjà bien de vous rappeler qu’il connait le russe, oui, pfou. Vous auriez eu cette idée il y a 20 minutes, vous n’aviez qu’à descendre un escalier pour lui parler.

Mais Skyler étant évidemment une andouille, il a décidé que ho bin en fait, il ne va plus faire attention aux lumières qui s’allument pour savoir où sont les aliens. Il va plutôt se promener en faisant du rien. Ce qui ne manque pas d’attirer l’attention d’un alien qui était occupé à mâchouiller un Claude François, célèbre objet conducteur d’électricité dont les aliens raffolent. Sean et Ben, partis à sa poursuite, arrivent trop tard : le pauvre est déjà coursé par l’alien entre deux rangées de voitures !

Bin je ne sais pas : dites-lui de se cacher dessous ? Ça vous a sauvé. Non ?

Non : nos héros se contentent de lui hurler "Cours, peut-être que les aliens sont mauvais en athlétisme", ce qui ne suffit pas : l’alien, vexé par ce commentaire qui lui rappelle ses mauvaises notes de sport à l’université galactique de Xlurb-21 en Schlurfball, se saisit donc de Skyler, le désintégrant sur le champ.

Ça alors, le type moustachu, à bouc, à coupe de cheveux louche, méchant, lâche et européen est mort ! Attendez : je vais payer un mime pour jouer la surprise à côté de moi pendant que je continue de rédiger cet article.

Retournant à l’ambassade sans que l’alien ayant mangé leur ami ne s’intéresse à eux, Sean et Ben (qui me font penser à Ben et Nuts à chaque fois que j’écris leurs noms, c’est affreux, cela dit eux aussi sont visiblement à base de noix) annoncent à leurs copines que bon bin, pour Skyler, c’est grillé (hohoho). Quel choc ! Si je m’attendais à ça. D’ailleurs Anne se lance alors dans un jeu d’actrice absolument immonde à base de "Ho mon dieu non je me tiens la tête en la secouant, je suis tellement bouleversée par cette nouvelle". Mais sa panique est de courte durée, car bientôt, l’espoir renaît : nos héros aperçoivent là-bas, dehors, un immeuble avec un dernier appartement allumé, et une silhouette humaine s’y déplaçant. N’ayant rien de mieux à faire, Sean invite ses amis à le suivre là-bas, afin de savoir comment quelqu’un, ici, peut encore avoir de l’électricité et vivre sans être inquiété.

Alors qu’il faisait nuit noire, et que l’immeuble avait l’air d’être à 50 mètres, il fait grand jour lorsque la troupe arrive à proximité. Heureusement, Sean explique ce phénomène par un "Dépêchez-vous, le soleil se lève !". Oui, et puis vite visiblement, pfou, c’est décidément très dur à gérer tout ça. En tout cas, filant dans l’immeuble à bon rythme, la troupe est heureuse de tomber au détour d’un couloir sur d’autres humains : Sergueï un vieux russe à moitié fou qui a transformé son appartement en forteresse barrée de fer, et Vika une fille ayant survécu par miracle s’étant réfugiée chez lui, attirée elle aussi par la lumière.

Une ville abandonnée… un truc apocalyptique… un groupe de survivant apercevant de nuit la lumière d’un immeuble et y découvrant un vieil excentrique ainsi qu’une fille survivant dans un appartement barré de fer avec des caddies plein le couloir…

Dans quel autre film ai-je déjà vu ça ? Bon, je ne m’en souviens pas, mais je me connais, en général ma mémoire me revient environ 28 jours plus tard.

En tout cas, Sergueï explique ce qu’il a compris : les aliens sont constitués d’énergie, ce qui explique qu’ils soient invisibles. Et en transformant son appartement via divers bricolage en grosse cage de Faraday, il l’a ainsi rendu indétectable et impénétrable pour les envahisseurs. Ce qui, vous l’avez compris, signifie que depuis le début, toutes les voitures que l’on a vu remplies de cendres, ce n’était pas possible puisque les bestiaux n’ont pas pu y entrer ou même les approcher si l’on en croit Sergueï. Mais si on s’arrête à des détails, aussi ! En tout cas, rassurez-vous : personne ne pensera à utiliser une cage de faraday ambulante pour se déplacer, ouf. C’est pas comme si on venait de leur dire comment survivre à coup sûr.

Vous pensez que je mens quand je dis que la réalisation a poussé le vice jusqu’à montrer des voitures impeccables remplies de cendres pour bien montrer que les aliens ont largement violé des cages de Faraday ? Savourez.

Attendez, il faut que j’aille rejeter quelques pièces à mon mime pour qu’il feigne l’intérêt pour ce film. Hmmm. Voilà.

De leur côté, nos loulous tendent la radio qu’ils ont trouvé à Vika pour qu’elle traduise le message diffusé en boucle : la marine russe est encore debout ! Un sous-marin nucléaire attend les survivants sur la rivière, au nord de Moscou, et expliquent qu’ils partiront demain matin. Ils expliquent aussi que d’autres sous-marins d’autres nationalités ont la même mission ailleurs dans le monde. Sergueï confirme : un sous-marin russe ! Une énorme cage de Faraday sous-marine ! La cachette ultime face aux envahisseurs ! Sans compter que s’ils l’approchent, étant donné l’état de la marine locale : paf, tétanos direct ! Parfait : le temps pour les filles de rassembler de la nourriture dans les autres appartements de l’immeuble pendant que les hommes jouent avec un gros canon bricolé par Sergueï (hmm…. je me demande ce qu’en dirait lecinemaestpolitique… ou juste Freud) supposé tuer les aliens par micro-ondes, et c’est parti !

Enfin ça le serait si tout se passait bien. Parce qu’évidemment, non : il y a encore trop de personnages à ce stade du film. Alors que les filles rassemblaient des pots de glace à la pistache en gloussant sur le fait que Sean, il est quand même trôbô, un alien a un kilomètre de là aperçoit, au travers des murs et des vitres, nos donzelles en train de faire leurs courses. Hein ? Comment ça on nous a expliqué plus tôt que les aliens ne pouvaient pas voir au travers des vitres, et que les murs bloquaient aussi leur vision dans tous les autres plans depuis le début du film ? Détail, détail : regardons plutôt la scène suivante, où l’ennemi a foncé à toute allure pour aller chasser les donzelles et les obliger à se replier. Car en rentrant dans l’appartement, évidemment, elles ne le ferment pas bien la porte derrière elles, ce qui résulte dans l’entrée de l’alien dans la cage, puis en la désintégration de Sergueï et Anne (ne faites pas les surpris, elle ne comptait pas coucher avec le héros, comment pouvait-elle espérer avoir ses chances ?)  dans la foulée pendant que tout le monde fuit par une fenêtre en emportant l’arme de Sergueï avec eux. Vika, elle, a réussi à filer de son côté, et rejoint les autres en bas pour découvrir que Sergueï incarne désormais une nouvelle forme de litière écologique pour son chat qui, pour sûr, se fera un plaisir de rendre hommage à son vieux maître en couvrant ses restes de gros colombins.

Mais alors que la créature qui a tué le vieil homme course nos valeureux larrons, voici qu’une étrange troupe s’interpose entre eux et la bête : des… comment vous décrire ça ? Disons, le casting de Mad Max. Mais avec des têtes de héros de l’Union Soviétique. Appelons-les "Mad Marx". Ceux-ci laissent l’ennemi d’outre espace venir à eux, puis le canardent, le passent au feu, et le finissent et la roquette lorsqu’il semble un peu perturbé par tout cela : sans le tuer, cela le blesse, et il s’enfuit donc dans de petits cris confus vers des cieux moins plombés, non sans laisser derrière lui une sorte de… griffe ? Ah bon. Bien bien. Là encore, sachez que dans la scène précédent, Sergueï a expliqué que les aliens étaient constitués d’énergie pure, ce pourquoi son arme fonctionnait sur eux. Depuis quand l’énergie pure a des griffes ?

Encore un qui doit être convaincu que s’il ouvre une pile LR6, il trouvera un pokémon.

Bref : ramenés au QG des Mad Marx, qui sont bien évidemment tous parfaitement anglophones (en fait, à part la petite vieille de tout à l’heure, sachez que tout le monde l’est dans ce film), la situation est vite expliquée : eux sont ici pour se battre. Les histoires de sous-marin, ils s’en moquent, ils n’abandonneront pas Moscou, ainsi que les femmes et les enfants à leurs côtés. Mais c’est sans compter sur l’arme secrète de Sean, qui aimerait bien leur aide pour atteindre le sous-marin qui est encore loin : le discours sur l’amour et l’amitié et le fait que quand on est gentil, on s’entraide, alors gros Popov, tu vas abandonner tes concepts ringards comme "gnagnagna femmes et gnignigni enfants" pour me suivre, m’obéir et m’aduler, d’accord ?

Et en effet : le chef des Mad Marx approuve, et décide de lâcher leur planque à l’ennemi, laissant probablement leurs familles se faire désintégrer la gueule, juste parce qu’un petit con lui a dit que ce serait pas cool de pas l’aider. Ce film est… je… je crois qu’il est temps que l’on m’amène mon sac à chatons. Enfin bref : pour débuter ce périlleux voyage, l’équipe propose de passer par le métro, endroit passablement peu visité par l’ennemi comparé aux rues. C’est marrant, parce que moi au début du film, j’ai quand même vu des gens courir en hurlant des heures dans les rues sans rencontrer d’ennemis. Mais, bon, je comprends : je suis un peu lourd à faire références toutes les deux minutes aux évènements antérieurs : c’est pas comme si l’on était censé suivre une suite d’évènements liés les uns aux autres, ouf. Toujours est-il que si le métro permet de progresser vite et bien, il finit tout de même par se trouver un vilain pour squatter l’endroit en lieu et place des habituels chanteurs de Bamba vous réclamant de la monnaie. Si tout le monde arrive à l’éviter, Vika, elle, se retrouve suite à un léger retard en mauvaise posture, chose que Ben ne peut tolérer. Heureusement, puisqu’équipé du fusil à micro-ondes de Sergueï, il va pouvoir ajuster le méchant alien et lui bourrer la gu…

Ah non tiens. En fait,  il le jette au sol et décide de courir droit vers Vika, et ce complètement à découvert pour… pour… pour rien.

Rappel : Ben est le membre le plus intelligent du groupe.

Qu’importe : s"il parvient à ainsi pousser Vika vers un abri sûr, le pauvre Ben est attrapé par le vil ennemi, qui a soudain de petites mains (mais si, allez hop ! On change d’ennemis en cours de film, on est plus à ça près !) pour lui attraper les jambes et faire durer le moment où il le traîne jusqu’à lui avant de le désintégrer, comme l’y destinait son rôle de pote du héros.

La main d’un méchant : jusqu’ici, ils ne s’en servaient jamais et n’en avaient d’ailleurs pas, mais à partir d’ici, ils n’utiliseront plus que ce curieux appendice qui ne désintègre pas. Ah oui, quand même.

Sean qui évidemment, est un héros choqué, mais visiblement, personne ne sait jouer le choc autrement dans ce film qu’en gonflant les joues. Aussi Sean se transforme donc temporairement en hamster, puis toute l’équipe peut reprendre son chemin sans que l’alien ayant tué Ben ne se décide à les poursuivre, probablement parce que le réalisateur lui a dit de ne pas le faire. Ah, ces aliens, au début du film ils tuaient les humains par paquet de 200, maintenant, un seul et ensuite ils ne font plus rien. C’est si beau. Ce qui permet donc à l’équipe de poursuivre dans les tunnels du métro pour finalement arriver sur la rivière locale et se jeter à bord d’un bateau qui attendait là, déserté : ne reste plus qu’à le laisser dériver en se planquant dans la cale en suivant le courant jusqu’à ce qu’il porte tout le monde jusqu’au sous-marin, plus bas sur la rivière. Le bateau a d’ailleurs le bon goût de ne pas s’échouer, probablement doué d’une conscience propre qui l’incite à tout faire pour quitter ce film.

A l’intérieur, c’est évidemment la séquence émotion sur Ben, qui était le meilleur d’entre nous, tout ça. Et laisse donc augurer bien des choses sur ce que doit être le pire, alors, vu que Ben semblait à peine plus futé qu’un lombric. Et pas un lombric premier de la classe, hein.

Mais tout ne s’arrête pas là, ce serait trop simple ! Arrivés à 100 mètres du sous-marin, le bateau est renversé par un terrible coup du sort : une berge s’effondre sur lui, car les aliens continuent de forer le sol à la recherche de minéraux pour se nourrir, suppose-t-on (mais comme c’est le héros qui le suppose, cela devient aussitôt vérité). Le naufrage a donc lieu, et lorsque les têtes font surface, il manque un des Mad Marx à l’appel, ainsi que… Natalie ! Drame : Sean vient de perdre sa nouvelle copine, et seule fille mignonne survivante du film (Vika n’a pas l’âge légal). C’est intolérable ! Tout le monde nage donc jusqu’au sous-marin qui est tout près, et la discussion s’engage avec le commandant du bord.

"Salut les kids, je suis le commandant Marco Ramius, bienvenue à bord : allez, on met les voiles !
- Non, on ne peut pas ! Mon amie Natalie a disparu par là-bas *indique une direction générale sur le fleuve* il faut aller la chercher !
- Oui et puis quelques milliards de personnes aussi ont disparu, alors on va p’têtre pas non plus risquer notre dernier sous-marin pour ça ?
- Si parce que Natalie, c’est ma copine, et j’invoque le pouvoir de l’amour et de l’amitié qui sont plus important que tout, surtout dans les pires moments.
- Vendu si tu fermes ta gueule."
0

Et en effet : le commandant accepte de décaler le départ de son sous-marin pour la retrouver, ce qui tombe bien, car un demi-kilomètre à l’intérieur de Moscou, une lumière vient de paraître au-dessus des toits : une fusée de détresse.

"C’est Natalie !" s’exclame heureux comme tout le brave Sean.

Oui, ou alors c’est une fusée de détresse, Natalie est un poil moins brillante. Non parce que comme en plus elle vient d’être tirée dans la direction opposée à celle que tu indiquais et où votre bateau avait chaviré, cela signifierait que Natalie a survécu à la noyade, est sortie de l’eau sans s’occuper du sous-marin voisin ni de toi qui l’appelait, aurait escaladé des berges bétonnées lisses sans problème, couru au travers de ruines et d’aliens hostiles, réussi à non seulement refaire sa distance avec le sous-marin, mais en plus à y ajouter 500 mètres dans une direction opposée, puis, seulement, elle aurait décidé de tirer une fusée de détresse. En fait, Natalie, c’est Gandalf.

Ça vous parait improbable ?

Et bien peut-être, mais comme il a dit "C’est Natalie" et qu’il est le héros, ça devient aussitôt vrai, et tout le monde accepte sans sourciller.

Aussi les Mad Marx décident d’accompagner notre héros, non sans d’abord charger et dupliquer – mais si ! – le fusil à micro-ondes que Sergueï avait mis des jours à construire. On va donc supposer que c’est, allez, 16 heures plus tard que nos héros décident d’aller la chercher : sympa. Mais non, rassurez-vous : la gestion du temps est tellement lamentable qu’il ne s’est en fait écoulé que moins de deux minutes, la petite équipée peut donc partir rassurée pour aller botter du cul d’outre-espace et sauver du cucu d’outre-Atlantique.

La troupe, guidée non pas tant par la fusée que par l’instinct magique de Sean qui sait pister sa copine dans un vieux complexe industriel sans avoir bien vu d’où était parti son signal de détresse (probablement que Natalie sent très fort), parvient promptement à localiser la jeune fille, abritée dans un ancien trolley à l’arrêt. Sauf que voilà : un bestiau attend déjà sur place… et fonce sur nos héros ! Mais pas de bol pour la pauvre créature : celui-ci teste son arme, et le fusil à micro-ondes permet d’abaisser les défenses de ces êtres qui deviennent alors vulnérables aux bon vieux plombs. On découvre alors le visage de ces créatures : de petites têtes de mort volantes. Vous vous attendiez à des poneys ? On est pas dans des lasagnes ici, enfin, soyons sérieux.

Si vous aussi, vous vous demandez comment un être constitué d’énergie peut soudain devenir une tête de mort volante, levez la main ? Merci.

Bref : Sean, après avoir cartouché l’animal et laissé ses amis s’occuper des autres qui arrivent, s’en va trouver sa belle dans son trolley abandonné, mais avant de pouvoir lui faire un gros câlin, un autre méchant vient les surprendre (il venait juste se rincer l’oeil en profitant de son invisibilité, mais il a été capté quand il a fait réagir l’autoradio par erreur en lançant le thème de Ghost). Aucun tour de potier mais quelques coups de fusil à micro-ondes plus tard, le bougre faisait moins son malin, ses défenses abaissées, et ne restait plus qu’un projectile pour le tuer : la griffe que son confrère avait perdu lors de son combat contre les Mad Marx, que Sean lui lance !

Pouf, il la prend sur le coin du museau, et alors que la griffe n’est même pas pointue ou lancée fort, ne me demandez pas pourquoi : ça le tue. Probablement qu’il a trop honte.

Misère, il suffisait alors de leur balancer des cailloux ? Mais… c’est nul ! C’est… oooooh seigneur mais comment peut-on rater un film à ce point ?

Une douce musique de piano pose alors l’ambiance, probablement parce que le réalisateur a oublié qu’il filmait un groupe de gens ayant vu plusieurs millions de morts à Moscou, au milieu d’un coin pourri entouré d’aliens hostiles, mais passons : c’est romantique, point. Ils peuvent donc retourner au sous-marin sans encombres, car qui dit musique au piano dit que l’ennemi n’a plus le droit de venir briser l’ambiance. Là, les Mad Marx expliquent qu’eux vont rester ici : c’est là, leur combat.  Haaaa… heureusement qu’il y a eu cette séquence alors parce que sinon, je rappelle qu’à leur première arrivée au sous-marin, ils ne se sont pas fait prier pour grimper dedans. Comme quoi, le combat de toute une vie change vite en 10 minutes.

Sean et Natalie peuvent donc enfin se faire des bisous, et avec l’aide d’un marin, Natalie fait remarcher son téléphone via les récepteurs du sous-marin, et reçoit alors un message de sa mère  "BB c maman t ok ? Moi oci LOL" , mais le message n’explique cependant pas, elle, comment elle a pu avoir un téléphone qui marche vu que c’est déjà un miracle pour Natalie. Probablement qu’elle a sa propre parabole de sous-marin nucléaire soviétique avec elle.

"7 milliards de morts et c’est belle-maman qui survit. Quelle journée de merde"

Tout se termine sur une ultime transmission radio : partout dans le monde, la résistance d’organise, et bientôt, ça va meuler sévère de l’envahisseur.

Souriant, Sean se penche donc sur une carte, et probablement avant que le commandant ne lui demande pour qui il se prend et qu’il ne finisse tabassé par toute une bande de marin d’ex-URSS, il propose de passer à l’action et…

… FIN !

________________________________________________

"Alors, ça va mieux patron ?"

Diego observa son patron, de retour dans son fauteuil, à profiter de la chaleur de l’âtre.

"Hmmm.
- Vous… vous êtes revenu dans votre fauteuil, comme tout à l’heure ? Quelque chose ne va pas."

0

Le serviteur fit un bref pas en arrière en notant l’oeil courroucé se tournant dans sa direction.  Il toussota, cachant le frisson qui lui parcourut son échine comme il le pouvait.

"Il y a des choses que tu ne peux pas comprendre, j’ai besoin de plaisirs simple comme alimenter mon foyer. Va, laisse-moi seul Diego."

Interloqué, le valet disparut sans un bruit, se demandant s’il avait réussi sa mission et si son maître avait retrouvé son envie de haïr son prochain. Il haussa les épaules, presque déçu, s’interrogeant sur le plaisir que pouvait bien trouver son supérieur à nourrir le feu.

Il ne put entendre, au travers de l’épaisse porte derrière laquelle son employeur se reposait, le bruit d’un sac que l’on fouillait, le son d’un miaulement léger et mignon tournant sous les plafonds, puis le cri typique d’un chaton fendant l’air tiède avant de finir au feu pour rejoindre le DVD d’une abominable daube.

"Ça va drôlement mieux", me dis-je.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 6 352 autres abonnés