Je vais être bref : la guerre, c’est cool.
Non pas à cause de l’imagerie hollywoodienne qui en découle, non. Certes, nombreux sont ceux qui se laissent enivrer par ces virils combats où les douilles volent au ralenti, où des visages crasseux aux dents malgré tout blanches comme le linge dans un matin d’été échangent des hurlements puissants pour instruire les autres de leur sacrifice à venir alors que les balles sifflent tout autour d’eux, mais au-delà de cette mine à mauvais films testostéronés, certains faits laissent entendre que l’aspect cool est en fait tout bonnement vrai. Ho, vous trouverez bien quelques hippies et autres babanarchistes pour tenter de vous convaincre du contraire, mais s’ils savaient, ils auraient déjà attrapé un M-16, une grenade ainsi que le premier avion pour le Vietnam afin de retourner livrer dans les rizières une guerre qui sent fort le napalm, l’agent orange (si vous ne connaissez pas, recherchez "Tang") et le patchouli.
Alors qu’à côté de ça, l’amour… pfou. Quel truc chiant !
Au début, je ne dis pas, c’est sûrement sympa (personnellement, je n’en sais rien, j’ai troqué mon coeur contre une boîte de cigares il y a bien longtemps) : il y a une sorte d’effet de nouveauté, de découverte, d’aventure qui démarre… et puis, tout s’estompe : ce qui faisait la fraîcheur d’hier devient le sujet des critiques d’aujourd’hui, quant à l’aventure, elle se résume désormais à raconter l’incroyable épisode de la pièce de caddie qui avait roulé sous le canapé avant de partir chez Auchan (raconté plusieurs fois à chaque fois qu’un ami passe à la maison). Aventure épique permettant d’ailleurs de réaliser au moins deux films français tant elle est rocambolesque. C’est dire.
Ainsi, ces derniers jours, c’est malgré tout l’amour qui semble au coeur des débats du bon Royaume de France. Car une importante question se pose : faut-il autoriser les péd.. les tarl… les gays à se marier entre eux ?
Sujet d’importance s’il en est, tant tout le monde a un avis dessus. Et le partage généralement avec bonheur, même si icelui dépasse rarement la taille – et la pertinence – d’un tweet. Aussi, ces derniers jours, les médias ont donc croulé sous les sujets sur le mariage gay : bon alors s’il est autorisé, est-ce que les champs Elysées vont ruisseler de sang d’agneau bouillonnant ? Et les lesbiennes alors, peuvent-elles avoir le droit de procréer ? Et surtout : qu’est-ce qu’on fait de Mylène Farmer ?
Du coup, entre les journaux, les réseaux sociaux, les émissions et autres, impossible d’échapper au débat, débat qui n’a de cesse d’agiter le petit monde politique national, de faire remuer l’assemblée, descendre dans la rue des centaines de milliers de personnes et exiger un référendum parce que nom d’un petit bonhomme, il y a des choses sur lesquelles le peuple a le droit de s’exprimer ! Comme par exemple de savoir si, oui ou non, les gays ont eux aussi le droit de divorcer en se battant pour avoir la garde du chien (car une rumeur voudrait que les gays soient des cons comme les autres, mais passons) !

Rappelons que plus que d’un papa ou d’une maman, les enfants ont surtout besoin de coups de pied au cul.
Dans le même temps, et pendant que ce passionnant sujet faisait rage, la France envoyait avions, missiles et soldats bourrer la gueule de malandrins de l’autre côté de la Méditerranée. Un sujet tellement peu important que non seulement on en parle entre deux portes (entre deux interview de Frigide Barjot ou SOS Tout-Petits, vous pouvez avoir un bref point sur les chiffres de la guerre que l’Elysée communique), mais en plus, la quasi-totalité de la classe politique s’est unie dessus parce qu’il y a des choses sur lesquelles on ne peut que tous être d’accord, au point de ne même pas évoquer le sujet au parlement. Ici, pas question de débat, de référendum ou d’happening quelconque : tout le monde est d’accord.
Parce que la guerre, c’est comme ça : c’est tellement cool et évident que l’on ne voit pas comment on pourrait seulement en discuter. Alors que l’amour, bon.
Mais visiblement, ça ne choque pas grand monde, y compris chez les plus grands pacifistes autoproclamés. C’est fort.
Attention tout de même à ne pas lire ce qui n’a pas été écrit : il ne s’agit pas d’émettre un jugement sur la légitimité de ladite guerre, mais quand même, je ne sais pas vous, mais aller coller des balles sur la gueule d’autres gens, ça parait vaguement intéressant comme sujet, non ? Du genre : on pourrait au moins s’y intéresser un minimum ? Mais non : mieux vaut réfléchir à ce qu’il se passe sous les couettes plutôt que sous les bombes, c’est quand même vachement plus sain. Et sûr.
Gay, sache-le : serais-tu terroriste qu’on s’intéresserait drôlement moins à ton cas. Mais puisque tu as choisi la zigounette plutôt que la kalachnikov, préféré l’huile de massage au pain de plastic, sache que le parlement, la rue et les médias se déchireront sur ton sujet. C’est ainsi : tu représentes probablement un danger plus grand, un écart moins humain.
Vous pouvez chercher un petit moment dans vos journaux préférés : l’histoire du Mali, de son pouvoir, de ses dérives, liens financiers, groupes rebelles… vous ne trouverez pas grand chose. Par contre, un reportage de quatre pages sur un couple gay qui aurait réussi à élever un enfant sans que celui-ci ne se transforme en Landru (mon Dieu ! C’est impossible !), ça vous pourrez en trouver pléthore ! A croire que le slip est plus vendeur que le turban (j’attends avec impatience le premier groupe terroriste qui portera fièrement le slip comme couvre-chef pour attirer l’attention des médias, nul doute qu’il aura un certain panache).
Ainsi va l’actuelle notion de débat : on passera plus de temps à réfléchir sur l’union d’adultes consentants que sur l’éclatage de gueules de personnes qui ne le sont guère. Ce qui ne veut pas dire qu’un sujet doit en chasser un autre, bien au contraire.
D’ailleurs, j’en profite : puisque seul ce débat sur le mariage gay semble intéresser le quidam comme le président de parti politique, parlons-en !
Je me répète, mais dans la notion de débat, il y a une notion particulièrement complexe qui est celle de "débat". A savoir qu’il serait possible, lors de certains alignements planétaires, de discuter avec des gens qui ne partageraient pas votre avis. Si. Et pas seulement pour imposer son opinion, mais pour aussi écouter celle d’autrui ! Mais c’est vrai que ce n’est pas facile, j’en conviens. Il est toujours beaucoup plus simple de commenter à 152 une photo sur internet pour hurler son opinion avec des gens la partageant : ça donne instantanément un grand sens de la démocratie.

En même temps, je dis ça, mais si on s’attardait sur ce qu’il se passe sous ma couette, je pense que ce serait carrément La Haye qui s’en mêlerait.
Ce qui signifie par exemple arrêter la guerre de tranchée consistant à considérer l’autre camp comme un conglomérat de sombres rabouins (ouvrez Le Point ou Facebook pour vous convaincre de l’existence massive de pareils arguments, vous verrez, c’est facile, seule la charte change). Généralement en se convaincant que l’ensemble des gens contre sont de foutus conservateurs passéistes intégristes empêcheurs de tourner en rond et de droite, et bien évidemment fachos et homophobes. Si un interlocuteur émet des réserves, fussent-elles modérées ou non, face à votre opinion, cela n’en fait pas automatiquement un illustre enculé. Et la légende raconte qu’il est beaucoup plus difficile de convaincre quelqu’un en l’insultant qu’en discutant. Et de même qu’il n’y a aucune faiblesse à faire évoluer sa propre opinion, bien au contraire. Il en va de même pour ceux qui considèrent que l’ensemble des gens contre sont prêts à piétiner une institution traditionnelle et le bien des enfants simplement pour faire plaisir à une part de la population qui a choisi son orientation sexuelle alors qu’elle se démerde, sacrebleu. Là encore, ça ne fait guère avancer le schmilblik, voire pire encore, ça permet à chacun de creuser sa tranchée "Tu m’as traité de gros con obtus ? C’est toi le gros con obtus !" (+ miroir magique + c’est toi l’chat pas l’droit d’retoucher son père et autres arguments cultes qui laissent rêveurs). Ce n’est pas parce que l’on pense que sa cause est juste qu’elle fait automatiquement de vous quelqu’un d’intelligent : nous sommes tous le gros con obtus d’en face de quelqu’un. Et ça, visiblement, ce n’est pas encore bien passé : le nombre de larrons montés sur rails qui vous expliquent que bien sûr qu’ils sont ouverts contrairement au camp d’en face puisqu’ils ont RAISON, EUX, ça devient assez déraisonnable.
Résultat : 90% des commentateurs s’enferrent à pourrir le débat, résultant dans un clivage constant sur une question où, en toute logique, débattre du bonheur d’autrui devrait se faire dans une relative bonne humeur et intelligence avec, pour objectif, c’est fou : le bonheur d’autrui.
J’en déduis donc, une fois encore, que la guerre, c’est cool.
Ou alors, il va falloir m’expliquer comment jusqu’aux pacifistes autoproclamés, personne n’estime important de parler du sujet quand, dans le même temps, ces derniers ont si peu d’estime pour l’amour qu’ils ne prennent même pas le temps d’en parler intelligemment mais l’invoquent tout de même à cor et à cri.
Et qu’il revient aux connards de sourciller.
Tout se perd.



