Je vais être bref : la guerre, c’est cool.

Non pas à cause de l’imagerie hollywoodienne qui en découle, non. Certes, nombreux sont ceux qui se laissent enivrer par ces virils combats où les douilles volent au ralenti, où des visages crasseux aux dents malgré tout blanches comme le linge dans un matin d’été échangent des hurlements puissants pour instruire les autres de leur sacrifice à venir alors que les balles sifflent tout autour d’eux, mais au-delà de cette mine à mauvais films testostéronés, certains faits laissent entendre que l’aspect cool est en fait tout bonnement vrai. Ho, vous trouverez bien quelques hippies et autres babanarchistes pour tenter de vous convaincre du contraire, mais s’ils savaient, ils auraient déjà attrapé un M-16, une grenade ainsi que le premier avion pour le Vietnam afin de retourner livrer dans les rizières une guerre qui sent fort le napalm, l’agent orange (si vous ne connaissez pas, recherchez "Tang") et le patchouli.

Alors qu’à côté de ça, l’amour… pfou. Quel truc chiant !

Au début, je ne dis pas, c’est sûrement sympa (personnellement, je n’en sais rien, j’ai troqué mon coeur contre une boîte de cigares il y a bien longtemps) : il y a une sorte d’effet de nouveauté, de découverte, d’aventure qui démarre… et puis, tout s’estompe : ce qui faisait la fraîcheur d’hier devient le sujet des critiques d’aujourd’hui, quant à l’aventure, elle se résume désormais à raconter l’incroyable épisode de la pièce de caddie qui avait roulé sous le canapé avant de partir chez Auchan (raconté plusieurs fois à chaque fois qu’un ami passe à la maison). Aventure épique permettant d’ailleurs de réaliser au moins deux films français tant elle est rocambolesque. C’est dire.

Ainsi, ces derniers jours, c’est malgré tout l’amour qui semble au coeur des débats du bon Royaume de France. Car une importante question se pose : faut-il autoriser les péd.. les tarl… les gays à se marier entre eux ?

Sujet d’importance s’il en est, tant tout le monde a un avis dessus. Et le partage généralement avec bonheur, même si icelui dépasse rarement la taille – et la pertinence – d’un tweet. Aussi, ces derniers jours, les médias ont donc croulé sous les sujets sur le mariage gay : bon alors s’il est autorisé, est-ce que les champs Elysées vont ruisseler de sang d’agneau bouillonnant ? Et les lesbiennes alors, peuvent-elles avoir le droit de procréer ? Et surtout : qu’est-ce qu’on fait de Mylène Farmer ?

Du coup, entre les journaux, les réseaux sociaux, les émissions et autres, impossible d’échapper au débat, débat qui n’a de cesse d’agiter le petit monde politique national, de faire remuer l’assemblée, descendre dans la rue des centaines de milliers de personnes et exiger un référendum parce que nom d’un petit bonhomme, il y a des choses sur lesquelles le peuple a le droit de s’exprimer ! Comme par exemple de savoir si, oui ou non, les gays ont eux aussi le droit de divorcer en se battant pour avoir la garde du chien (car une rumeur voudrait que les gays soient des cons comme les autres, mais passons) !

Rappelons que plus que d’un papa ou d’une maman, les enfants ont surtout besoin de coups de pied au cul.

Dans le même temps, et pendant que ce passionnant sujet faisait rage, la France envoyait avions, missiles et soldats bourrer la gueule de malandrins de l’autre côté de la Méditerranée. Un sujet tellement peu important que non seulement on en parle entre deux portes (entre deux interview de Frigide Barjot ou SOS Tout-Petits, vous pouvez avoir un bref point sur les chiffres de la guerre que l’Elysée communique), mais en plus, la quasi-totalité de la classe politique s’est unie dessus parce qu’il y a des choses sur lesquelles on ne peut que tous être d’accord, au point de ne même pas évoquer le sujet au parlement. Ici, pas question de débat, de référendum ou d’happening quelconque : tout le monde est d’accord.

Parce que la guerre, c’est comme ça : c’est tellement cool et évident que l’on ne voit pas comment on pourrait seulement en discuter. Alors que l’amour, bon.

Mais visiblement, ça ne choque pas grand monde, y compris chez les plus grands pacifistes autoproclamés. C’est fort.

Attention tout de même à ne pas lire ce qui n’a pas été écrit : il ne s’agit pas d’émettre un jugement sur la légitimité de ladite guerre, mais quand même, je ne sais pas vous, mais aller coller des balles sur la gueule d’autres gens, ça parait vaguement intéressant comme sujet, non ? Du genre : on pourrait au moins s’y intéresser un minimum ? Mais non : mieux vaut réfléchir à ce qu’il se passe sous les couettes plutôt que sous les bombes, c’est quand même vachement plus sain. Et sûr.

Gay, sache-le : serais-tu terroriste qu’on s’intéresserait drôlement moins à ton cas. Mais puisque tu as choisi la zigounette plutôt que la kalachnikov, préféré l’huile de massage au pain de plastic, sache que le parlement, la rue et les médias se déchireront sur ton sujet. C’est ainsi : tu représentes probablement un danger plus grand, un écart moins humain.

Vous pouvez chercher un petit moment dans vos journaux préférés : l’histoire du Mali, de son pouvoir, de ses dérives, liens financiers, groupes rebelles… vous ne trouverez pas grand chose. Par contre, un reportage de quatre pages sur un couple gay qui aurait réussi à élever un enfant sans que celui-ci ne se transforme en Landru (mon Dieu ! C’est impossible !), ça vous pourrez en trouver pléthore ! A croire que le slip est plus vendeur que le turban (j’attends avec impatience le premier groupe terroriste qui portera fièrement le slip comme couvre-chef pour attirer l’attention des médias, nul doute qu’il aura un certain panache).

Ainsi va l’actuelle notion de débat : on passera plus de temps à réfléchir sur l’union d’adultes consentants que sur l’éclatage de gueules de personnes qui ne le sont guère. Ce qui ne veut pas dire qu’un sujet doit en chasser un autre, bien au contraire.

D’ailleurs, j’en profite : puisque seul ce débat sur le mariage gay semble intéresser le quidam comme le président de parti politique, parlons-en !

Je me répète, mais dans la notion de débat, il y a une notion particulièrement complexe qui est celle de "débat". A savoir qu’il serait possible, lors de certains alignements planétaires, de discuter avec des gens qui ne partageraient pas votre avis. Si. Et pas seulement pour imposer son opinion, mais pour aussi écouter celle d’autrui ! Mais c’est vrai que ce n’est pas facile, j’en conviens. Il est toujours beaucoup plus simple de commenter à 152 une photo sur internet pour hurler son opinion avec des gens la partageant : ça donne instantanément un grand sens de la démocratie.

En même temps, je dis ça, mais si on s’attardait sur ce qu’il se passe sous ma couette, je pense que ce serait carrément La Haye qui s’en mêlerait.

Ce qui signifie par exemple arrêter la guerre de tranchée consistant à considérer l’autre camp comme un conglomérat de sombres rabouins (ouvrez Le Point ou Facebook pour vous convaincre de l’existence massive de pareils arguments, vous verrez, c’est facile, seule la charte change). Généralement en se convaincant que l’ensemble des gens contre sont de foutus conservateurs passéistes intégristes empêcheurs de tourner en rond et de droite, et bien évidemment fachos et homophobes. Si un interlocuteur émet des réserves, fussent-elles modérées ou non, face à votre opinion, cela n’en fait pas automatiquement un illustre enculé. Et la légende raconte qu’il est beaucoup plus difficile de convaincre quelqu’un en l’insultant qu’en discutant. Et de même qu’il n’y a aucune faiblesse à faire évoluer sa propre opinion, bien au contraire. Il en va de même pour ceux qui considèrent que l’ensemble des gens contre sont prêts à piétiner une institution traditionnelle et le bien des enfants simplement pour faire plaisir à une part de la population qui a choisi son orientation sexuelle alors qu’elle se démerde, sacrebleu. Là encore, ça ne fait guère avancer le schmilblik, voire pire encore, ça permet à chacun de creuser sa tranchée "Tu m’as traité de gros con obtus ? C’est toi le gros con obtus !" (+ miroir magique + c’est toi l’chat pas l’droit d’retoucher son père et autres arguments cultes qui laissent rêveurs). Ce n’est pas parce que l’on pense que sa cause est juste qu’elle fait automatiquement de vous quelqu’un d’intelligent : nous sommes tous le gros con obtus d’en face de quelqu’un. Et ça, visiblement, ce n’est pas encore bien passé : le nombre de larrons montés sur rails qui vous expliquent que bien sûr qu’ils sont ouverts contrairement au camp d’en face puisqu’ils ont RAISON, EUX, ça devient assez déraisonnable.

Résultat : 90% des commentateurs s’enferrent à pourrir le débat, résultant dans un clivage constant sur une question où, en toute logique, débattre du bonheur d’autrui devrait se faire dans une relative bonne humeur et intelligence avec, pour objectif, c’est fou : le bonheur d’autrui.

J’en déduis donc, une fois encore, que la guerre, c’est cool.

Ou alors, il va falloir m’expliquer comment jusqu’aux pacifistes autoproclamés, personne n’estime important de parler du sujet quand, dans le même temps, ces derniers ont si peu d’estime pour l’amour qu’ils ne prennent même pas le temps d’en parler intelligemment mais l’invoquent tout de même à cor et à cri.

Et qu’il revient aux connards de sourciller.

Tout se perd.

Le mariage gay est magique.

Non pas qu’il nécessite l’intervention d’un enchanteur ou de toute autre profession magique déclarée en préfecture (ex : consultant en consulting), mais tout simplement qu’à tant déchaîner les passions, il permet de révéler des choses extraordinaires. Ainsi, si le camp pro-mariage gay défend avec vigueur l’égalité pour tous, allant souvent jusqu’à l’adoption pour tous les couples, qu’importe les chromosomes des adoptants, les anti-mariage gays n’ont eux guère envie de voir la notion de "mariage" être bousculée et de découvrir deux hommes ou deux femmes échangeant des alliances ou se considérant comme une famille. Non parce que, sait-on jamais, peut-être que si on commence à unir des gays, il pleuvra des grenouilles, les rivières deviendront sang et peut-être même que Christophe Hondelatte sortira un nouveau single. Brrr.

Or, même si les deux camps restent d’accord sur le fait que Christophe Hondelatte chante aussi bien qu’il anime, ils n’en sont pas moins en désaccord sur la question de l’union homosexuelle. Parfois, avec des nuances subtiles du type "Non mais moi je suis pas contre le mariage homosexuel vous savez, c’est juste qu’ils peuvent bien avoir les mêmes droits, mais alors il ne faut pas que ça s’appelle mariage, parce que le mariage c’est entre un homme et une femme et surtout que si un jour je me marie, je veux pas que l’on puisse penser que je suis une grosse tapette". Les accusations d’homophobie vont bon train, mais c’est évidemment faux : l’homophobe, le vrai, ne peut être que pour le mariage gay : il faut être profondément cruel pour souhaiter à autrui de se retrouver à payer une cérémonie qui implique dans 90% des cas un DJ au nom à faire pleurer qui finira forcément, à un moment ou à un autre de la soirée, par diffuser du Patrick Sébastien en demandant à faire tourner les serviettes. Enfin, je dis ça mais je ne suis pas objectif : je préside l’association "L’égalité pour tous : supprimons le mariage et les DJ". Mon association "Supprimons les enfants" sponsorisée par l’amicale des fabricants de parpaings pour régler la question de l’adoption est elle toujours en attente de validation des statuts. Flûte.

Que disais-je ? Oui : qui dit débat sur un quelconque sujet de société dit souvent interventions absurdes. Or, cette semaine, nous avons été gâtés : trois groupes ont décidé d’unir leurs forces pour ruiner à peu près tout ce qui aurait pu ressembler à de la réflexion ou de l’intelligence. Mesdames et Messieurs, merci d’applaudir :

  • L’institut Civitas, sympathique groupe de catholiques intégristes qui n’a évidemment rien contre les gays (comme toutes les personnes contre le mariage gays), mais bon, hein, ho, c’est pas bien naturel tout ça
  • Le FEMEN, joyeux groupe de féministes dont la spécialité est de réaliser des opérations de protestation seins nus, même si les participantes sont bien trop jeunes : ce n’est qu’en vieillissant que l’on peut se servir de sa poitrine comme arme contondante
  • Les Anonymous, des pirates justiciers dopés au Biactol

Il n’y a pas de raison que les homosexuels n’aient pas le droit de faire la chenille avec beau-papa bourré : ça suffit les privilèges

Car pour ceux qui n’auraient pas la chance d’habiter le royaume de France ou qui auraient passé la dernière semaine dans un bureau de vote à Nice, voici un résumé des épisodes précédents :

Dimanche dernier, jour du Seigneur, l’institut Civitas et d’autres organismes trop vite oubliés ont décidé d’organiser une manifestation visant à protester contre le mariage gay, abomination contre-nature. Plusieurs dizaines de milliers de manifestants sont donc allés battre le pavé, mais pas que : car alors que la petite troupe marchait au son de divers slogans du type "Un papa, une maman pour tous les enfants" (les enfants qui vivent par exemple dans des foyers suite à divers malheurs sont bien plus heureux avec des éducateurs qu’avec deux papas ou deux mamans, c’est connu) et autres joyeusetés lorsque soudain, au milieu de la foule, un petit groupe d’infiltrés proches de Sam Fisher s’est révélé : les FEMEN !

Les féministes, toujours sur le front pour lutter pour plus d’égalité (du genre la sous-représentation dans les manuels de mathématiques, même si, si demain on inversait la représentation, on hurlerait au sexisme en disant que les manuels dépeignent des femmes qui ont toujours des problèmes pour compter toutes seules), avaient en effet réussi à entrer dans la foule sous la forme d’un petit groupe déguisé en nonnes. Mais telles certaines de mes fans à ma simple vue, il ne leur fallut pas plus d’une seconde pour faire tomber le haut et exhiber leur poitrine au tout venant.  Mais les bougresses avaient elles quelques douces inscriptions comme "Fuck god", "Fuck church" et autres joyeusetés. Comble du bon goût, ces dames avaient par ailleurs fait le choix heureux de s’équiper de petits extincteurs peints en blanc (ce que certains ont pris par erreur pour des bombes lacrymogène semble-t-il) marqués "Sperm" (oui, c’est léger), et dont le contenu a servi à oindre la foule les environnant au son de divers cris impliquant le fait de couvrir les gens de "Sainte Semence".

Vaguement titillés par les déguisements de nonnes mêlés aux seins nus, des divers "Fuck god" et surtout à force de se prendre de l’extincteur dans le museau, des manifestants sont devenus grognons (collégien, si tu ne connais pas le sens du mot "euphémisme", demande à tes parents – même gays – de t’aider à le chercher dans le dictionnaire)

Si.

Et ils leur ont donc pété la gueule jusqu’à ce que la police s’en mêle, mâtinant le tout de "Pute", "Salope" et autres termes des plus joyeux.

En conséquence de quoi, il y a eu indignation générale sur le fait de tabasser de jeunes femmes et de les insulter (c’est bien normal), avec même une proposition pour interdire Civitas suite à ces violences. Le tout suivi de près par, je l’ai découvert ce jour, un piratage du site de Civitas par les Anonymous. Celui-ci est donc désormais parfaitement inaccessible, et après avoir été félicités par FEMEN pour leur action, les Anonymous ont aussi reçu une vague de soutien sur Twitter.

Voilà.

Je…

Je crois que c’est à ce moment là qu’il faut quand même le dire :

Dans cette affaire, il faut croire que tout le monde a été complètement con.

Et pas qu’un peu, plutôt du genre "Tiens, si je m’enfonçais une pied de chaise dans une narine pour voir ce que ça fait ?"

Ce petit moment où les deux camps font des trucs tellement absurdes que vous n’avez envie de soutenir aucun des deux

Je ne vais pas m’étendre sur Civitas : je crois qu’il vous suffit de taper leur nom dans Google pour avoir plusieurs centaines d’articles expliquant pourquoi la violence c’est mal et condamnable, ce que personne ne remet en cause. Mais FEMEN et Anonymous par contre, eux, visiblement, ont le droit aux applaudissements pour s’être opposés à ces gens violents. Et pour avoir défendu l’égalité pour tous. Or s’il y a un truc rigolo chez les défenseurs 2.0 de "l’égalité pour tous", c’est qu’ils ont dû oublier de lire rapidement "égalité" et "pour tous" ; remarquez, ça laisse quand même le L apostrophe, c’est quand même déjà pas mal en soi (mais c’est vrai que c’est déjà un peu long à lire). Mais je m’explique.

L’égalité, c’est proposer un traitement égal. Pour tous, ça veut dire pour tout le monde. Je sais, c’est pas simple-simple, mais si, j’vous jure.

Par exemple, dire aux couples gays qu’ils ont autant le droit de s’unir que les couples hétéros, et ce, via un mariage en bonne et due forme. Sauf que l’égalité pour tous, ça veut aussi dire que l’on se montre égal sur d’autres droits, du genre, et à tout hasard, la liberté d’expression : le principe de celle-ci est que tout le monde a le droit de donner son avis, même si ce n’est pas le vôtre. C’est même le raisonnement invoqué par les FEMEN pour justifier leur action : comme quoi, c’est rigolo la géométrie variable de cette notion.

Du coup, censurer Civitas est probablement l’action la plus stupide qui soit : on applaudit bien fort les Anonymous qui comme toujours ont réussi à marquer contre leur camp en censurant un site au nom de la liberté, et en refusant des droits au nom de l’égalité. Ce qui a d’autres conséquences rigolotes : par exemple, dans un débat, c’est bien de savoir ce sur quoi l’argumentaire des gens qui ne sont pas d’accord avec vous repose. Ça permet de débattre, et ce qui est bien avec le débat, c’est que non seulement c’est une base de la démocratie, mais en plus, ça vous permet de faire grandir votre cause en allant convaincre des gens. En utilisant un truc il est vrai pas simple : le raisonnement.

A partir du moment où vous commencez à censurer, non seulement vous allez empêcher le débat, et donc d’expliquer en quoi untel a tort ou raison, mais en plus, cela permet à Civitas de se poser en victime.

Et donc de se radicaliser (s’il y en avait besoin).

Ce qui les renforce.

C’est beau.

Je pense qu’il y a des mecs qui doivent tremper leurs tartines dans des acides chaque matin pour arriver à ce genre de contresens. Ou alors, ils mangent à la même cantine que Ridley Scott.

Quant au FEMEN je… bon sang. Non seulement il applaudit des deux mains l’acte des Anonymous ("Merci de radicaliser nos adversaires pour qu’ils fassent preuve d’encore moins d’ouverture d’esprit et puissent passer pour des victimes après nous avoir tabassé ! Et merci d’empêcher l’accès à leurs argumentaires pour qu’on ne les démonte pas !") mais il va falloir m’expliquer : c’était quoi le but de l’action à l’origine. Faire de la com’ ? D’accord, mais pour dire quoi ? Il y avait un argumentaire derrière ? Non parce que j’ai cherché et je tombe sur ça :

Pourquoi Femen, un mouvement féministe, se mobilise-t-il pour le mariage pour tous ?

En tant que féministes, nous considérons que nous devons avoir un avis sur tout, pas seulement sur les sujets qui ne concernent que les femmes. Sur la mondialisation, sur le réchauffement climatique, sur tout.

D’accord, je suis votre raisonnement. Allez, on essaie de le tenir sur plus d’une ligne ?

Vous annonciez vous-même vouloir symboliquement«attaquer» la manifestation de Civitas…

Bien sûr, nous voulons attaquer les catholiques intégristes. Le mariage gay est une affaire laïque et on ne comprend pas pourquoi ils s’en mêlent

C’est un échec. Résumons : les féministes peuvent s’occuper de tout, mais les catholiques, non. C’est connu : les croyants ne peuvent pas penser à autre chose qu’à leurs croyances. S’ils tentent de le faire, le sol s’ouvre et ils tombent directement dans le 3e cercle de l’enfer. Comme ça, pouf pouf. Sinon, encore une fois, je rappelle, vous défendiez quoi, déjà, chez Femen ? "L’égalité" ? Quel drôle de concept.

Bref.

Je vous passe aussi les articles où l’on peut lire "Ils criaient "pute", "salope", j’étais choquée". dixit des gens qui avaient écrit "J’encule Dieu" ou "J’encule l’Eglise" sur eux. Je propose que l’on remette Civitas et le FEMEN ensemble sur une scène du Zénith, je suis sûr que ce sera une excellente occasion de faire une Tourette Battle. Quant au fait d’arroser des gens à l’extincteur en leur hurlant "C’est du sperme !", non seulement je pense que même Jean-Marie Bigard aurait réussi à faire plus léger, mais en plus je ne vois pas bien le message. A part "Houhouuuu ça vous dérange pas si on vous énerve un peu, là, comme ça, pour voir ? Il se passe quoi si je vous vide un extincteur dessus ?".

Non parce que si je suis la logique des ardents défenseurs de l’égalité qui ont le courage de militer sur Twitter et Facebook (bravo les enfants), j’imagine que si demain, à l’occasion d’une prochaine manifestation pro-mariage gay avec des gens de FEMEN, des militants de Civitas se pointent au milieu du défilé, se foutent à poil et arrosent la foule à l’extincteur en gueulant "C’est du sperme ! On vous encule !" et que curieusement, ça dégénère, on demandera la dissolution de FEMEN ? Anonymous bloquera leur site, et on dira que c’est bien fait pour les féministes et que Civitas a eu bien raison ?

Une des campagnes soutenues par nos amis Anonymous. Oui, hein ?

C’est vrai que ça serait égalitaire. Mais curieusement, allez savoir pourquoi, je pense qu’on hurlerait plutôt aux "méthodes ignobles et grossières de quelques extrémistes venus faire de la provocation". Ce n’est pas du tout comme si ça s’était déjà vu en plus, pfou. Mais bon, tant que ce sont des extrémistes de son camp, ça va, c’est cool. C’est pas comme s’il fallait se montrer intelligent, juste ou que sais-je pour garder un minimum de crédit.

Par ailleurs, puisque le FEMEN semblait agir pour défendre le mariage gay, permettez-moi de poser une autre question bête : pensez-vous qu’une seule personne, en France ou dans le monde, après cette action a décidé de passer en faveur du mariage gay ? "Ho mon dieu, elles arrosent les gens à demi à poil en hurlant des grossièretés ! Leur argumentaire a balayé mes préjugés et m’a convaincu !" ? Non parce qu’à mon avis, le seul truc qui a dû passer, c’est que des catholiques en faveur du mariage gay (si, il y en a, mais c’est vrai que c’est plus rigolo de mettre tout le monde dans le même panier quand on "lutte pour plus de tolérance") ont dû trouver fort intéressant d’apprendre que fuck god et fuck church, et peut-être se braquer un peu, voire décider d’arrêter de militer à côté d’andouilles comme le FEMEN. Donc, au mieux, le résultat est nul (ce n’est même pas une action de communication qui cherchait à mettre en valeur un quelconque argumentaire), au pire, ça a fait reculer la cause.

Mais dans tous les cas, ça a permis à chacun de se radicaliser, de mettre un bon coup de cutter à la notion d’égalité pour tous, de liberté d’expression, et même de débat démocratique (sans même parler de la notion de classe).

Alors, vraiment, Civitas, FEMEN, Anonymous : bravo. Grâce à vous, le débat pour lequel vous prétendez vous battre a reculé, et le niveau général est encore descendu un poil plus bas. En tout cas, vous pouvez au moins vous réconcilier sur un point : vous êtes tous "Pour l’égalité des droits pour tous, sauf pour les gens qui n’ont pas les mêmes préférences que moi".

Chapeau.

Et du coup, moi, je suis comme un con ; je voulais faire un "Ho, le beau site" sur Civitas, en montrant qu’ils s’étaient indignés sur le mariage gay avant même son arrivée en France, mais qu’ils n’ont pas réagi aux gens qui se sont mariés avec leur chien parce que "Un labrador okay, mais un gay, non", mais du coup j’en ai été privé. Bande de rabouins.

Il faudra donc que j’attende la prochaine manifestation de l’Alliance Vita sur les animaux, oui, les homosexuels, non intitulée : "Un papa – un teckel" pour enfin pouvoir constater toute la hauteur du débat.

Rah, bravo, je suis impatient maintenant.

Au-dehors de la salle des fêtes, le crépuscule achève de chasser la chaleur écrasante de ce mois de juillet.

Adossé à un vieux mur de pierre qui peine à étouffer pleinement les rires, musiques et chants qui s’échappent du bâtiment, je contemple les cendres de mon cigare voleter vers le sol poussiéreux. A côté de moi, un type dont j’ai déjà oublié le prénom est lui assis dans la couche grise et ocre qui recouvre les bords de la chaussée et enquille cigarette sur cigarette tout en agitant une bouteille de whisky commercial dont il vient de faire disparaître près des trois-quarts à lui seul. Dans une sorte de couinement hilare, il se propose de remplir mon verre en voyant que le niveau de liquide au sein de celui-ci est dangereusement bas. Je l’ignore, non sans lui avoir jeté un regard plein de mépris qu’il ne devine qu’à peine derrière les brumes alcoolisées de son esprit, et porte mon cigare à mes lèvres lorsque…

"Ho ! Messieurs ! Y a le marié qui vous cherche !"

Devant la porte entrouverte de la salle des fêtes qui laisse bruyamment s’échapper les notes d’une chanson de Patrick Sébastien, la jeune fille qui vient de nous apostropher nous jette un regard interrogateur, constatant que sa précédente maxime n’a pas éveillé chez nous des pics de dynamisme. De mon côté, je me contente de soulever un sourcil de manière ostentatoire tout en jaugeant mon interlocutrice.

"Et qu’est-ce qu’il nous veut le marié ?
- Il a dit : tout le monde à l’intérieur. Alors, vous venez ?"

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Je jette un regard à mon voisin qui commence doucement à perdre toute vigueur.

"C’est-à-dire qu’en fait, non, je n’ai pas trop envie de rentrer : si vous rappelez tout le monde, c’est soit pour un discours chiant, soit pour un jeu idiot, alors non.
- Pourquoi ? Vous aimez pas vous amuser ?
- Plus simplement, je n’aime pas les mariages.
- Quoi ? Mais c’est un des plus beaux évènements d’une vie !"

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Merde. Une ingénue romantique. Je croyais l’espèce disparue.

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"Dis-moi petite, tu as quel âge ?
- 15 ans pourquoi ?
- Hmmm, le contenu de ton t-shirt t’en donnait 4 de plus. Dommage. Tiens, prend un tabouret, je vais t’expliquer un ou deux trucs"

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Relevant d’un mouvement de pied une assise qui avait servi plus tôt dans la journée à savourer quelques petits fours en extérieur, je l’invite à y trouver place.

Car oui, lecteur, le mariage reste à l’heure actuelle l’une des plus grandes aberrations qui soit. Tenez, prenons celui de ce soir : Ludovic et Anne-Laure ont choisi d’unir leurs vies, tant sous le regard de Marianne que sous celui du Seigneur. Ludovic est un gentil garçon : grand, plutôt athlétique, le rire facile et l’humeur souvent radieuse, il travaille dans la téléphonie mobile où ses talents de commercial font fureur. A ses côtés, Anne-Laure, une allégorie du proverbe "les opposés s’attirent" : trapue, rondelette, la bouche constamment en pleine tentative d’imitation d’une  arche de cathédrale gothique et à l’humeur allant du maussade au colérique. Elle travaille en tant que téléopératrice dans la même société que son compagnon, l’un de ces rares métiers où ses interlocuteurs ne peuvent apercevoir son immense mâchoire garnie de dents désordonnées ; certains jours, lorsque quelqu’un ouvre un parapluie derrière elle un peu rapidement alors qu’elle est en train de parler, on a l’impression de voir un dilophosaurus en pleine attaque, prêt à cracher son noir venin sur ses victimes. Troublant.

La mariée s'apprêtant à dire "oui"

De ce couple improbable, seul un mariage pouvait naître, car concrètement, à quoi sert un mariage ?

"A symboliser l’union de deux personnes autour de la flamme de leur passion ?"

Je rêve. Ma petite, la flamme de la passion entre Ludovic et Anne-Laure équivaut à un liquide pet méphitique sur un briquet à bout de souffle. Non, le mariage, civil ou religieux, c’est un simple lien. Un contrat unissant deux personnes ; enfin pas tout à fait, à la base, le mariage unissait surtout un homme à un bien appelé "femme". Ça rentrait dans la même catégorie que les amphores et les sandalettes. L’objectif était donc bien de signifier sa propriété privée à l’aide d’un papier officiel.  Donc non : le mariage n’a pas grand chose avec la passion ou avec l’amour. Ça, c’est juste le truc commercial pour faire passer la pilule.

"Non mais c’est important d’officialiser son union, non ?"

Ça dépend : marque t-on ses amis au fer rouge pour signifier les liens unissant tout ce beau monde ? Passe t-on les menottes à Maurice de la compta pour montrer à l’univers à quel point on apprécie travailler avec lui ? Non. Et pour cause, on a pas besoin d’officialiser ce qui est visible : pas besoin de reçu pour prouver que l’on est soulagé lorsque l’on ressort des toilettes les flancs vides, inutile de disposer d’un certificat affirmant que vous aimez faire du jetski à Ibiza, donc pourquoi avoir besoin d’officialiser sur papier et par cérémonie son union ou ses sentiments pour untel ou unetel ? Non, c’est niais et inutile.

"Nan mais c’est pas que ça ! Y a aussi des droits et tout qui vont avec le mariage !"

Ho oui ! Comme par exemple, le droit à la copulation. Car comme chacun sait, en dehors du mariage, nenni d’accouplement : c’est M. Camden qui l’a dit. Si jamais vous essayez de le faire sans vous être marié avant, deux options : soit Dieu intervient pour faire apparaitre un champ de force entre les fornicateurs, soit il envoie directement sa foudre. Il est comme ça Dieu, faut pas trop l’emmerder. Même depuis votre chambre à coucher : il est partout. Vous imaginez le nombre de fois où vous lui mettez le doigt dans l’œil en une journée ? Alors comprenez qu’il soit de mauvaise humeur lorsque vous sortez carrément votre trilili.

Non, en fait, c’est ça la ruse : c’est que ce sont surtout des devoirs (et pas seulement "le" devoir conjugal que Monsieur invoque le soir après un bon match de l’UEFA), comme par exemple, et évidemment à tout hasard, la fidélité. Oui, il y a un devoir officiel de fidélité (art. 212 du code civil) ; c’est bien, non ? "Chéri, j’ai tellement confiance en toi que je te propose de nous marier : comme ça, j’aurai un recours légal si tu me trompes !" . Existe aussi en version "Chérie, je sais que tu ne me quitteras jamais, alors ça ne te dérange pas si je te coupe les deux jambes par précaution, juste pour le symbole ?".

Mari fidèle appelant son avocat car sentant qu'il a été embrouillé

"Mais c’est une belle tradition quand même !"

Très belle. Tellement que pour que ce soit plus beau encore, il y a quantité de gens qui filent se marier à l’église en sus de la mairie alors qu’ils n’y foutent pas les pieds de l’année : bin oui, mais c’est tellement plus traditionnel ! Surtout que ce n’est pas du tout hypocrite de :

- se marier devant une entité en laquelle on ne croit pas (et qui prend régulièrement des trililis dans l’œil – dans le meilleur des cas -)

- en présence du clergé, à qui on demande gentiment de rendre service, même si on les conchie à côté

- et en trimballant avec soi toute sa famille à l’occasion d’une messe ou d’une bénédiction durant laquelle tout le monde ne pense qu’à une chose : quand est-ce qu’on mange ?

- et durant la cérémonie on jure de "s’aimer toute la vie". Ah oui, parce que c’est vous qui gérez ce genre de question ? "Je promets de rester amoureux", "Je promets de ne pas tomber malade", "Je promets de gagner au loto en juillet 2017". Non, définitivement, c’est très con.

Splendide tradition. D’ailleurs, on peut même faire un mariage posthume ; c’est super rigolo, ça aussi. Surtout pour la nuit de noces.

"Rah ! Et bien dites vous que c’est une belle journée, voilà ! Une belle journée pour un couple amoureux !"

Fabuleuse journée, oui : la mariée aura passé plus de temps à choisir sa robe qu’à la porter, tout le monde se sera ennuyé à la mairie et/ou à l’église à entendre un énoncé de toutes les obligations du mariage sans trouver d’autres avantages que fiscaux à celui-ci (quand il faut rajouter des avantages fiscaux à un contrat, c’est pour contrebalancer tous ses défauts, je vous le rappelle) ; enfin, la famille sera réunie, et on peut ainsi profiter de Jules, le cousin homophobe aux calembours un peu trop grivois qu’il se prend à énoncer à haute voix depuis le début de la journée, non sans les ponctuer d’un rire gras à chaque fois ; Thomas, le grand-père grognon qui trouve que la mariée est une "mijorée" et le fait remarquer à qui veut l’entendre ; Sylvie, la fille un peu pète-sec qui vous jette des regards noirs quand vous regardez votre montre durant les cérémonies, et Armand-Kévin, le DJ ami de la famille recruté pour la soirée qui a concocté "plein de supers jeux"…

Et encore, ne parlons pas de la soirée, justement : obligation de voir tout le monde s’imbiber d’alcool alors que se succèdent les musiques et les jeux les plus beaufs que la Terre puisse porter : jeu de la jarretière, chaises musicales où l’on doit trouver un objet dans la salle (mais hélas, jamais une arme à feu), amis profondément lourds qui vous tirent par le bras lorsque retentit la danse des canards afin que vous alliez vous déhancher avec eux sur la piste et surtout, surtout, petites collaboratrices qui viennent vous chercher dehors pour vous ramener comme des miliciennes fanatiques  lorsque vous avez enfin réussi à vous isoler de cette maudite soirée en emmenant avec vous un inconnu qui avait le mérite d’avoir les clés du bar.

L'amour rend aveugle.

""

Je la regarde et j’espère que cette dernière phrase a réussi à percer les couches de sébum mêlées d’eau précieuse qui séparent mes propos de sa cervelle de collégienne.

"Bon bin je retourne à l’intérieur. Venez Monsieur Goffrain, suivez-moi, vous, je vous resservirai un verre si vous le souhaitez à l’intérieur. Il y a un karaoké qui va commencer."

Je regarde l’homme à côté de moi se relever péniblement tout en jetant dans le champ d’en face sa bouteille de whisky vide. Il écrase une demi-cigarette sous ses chaussures de ville et suit en titubant la jeune damoiselle vers l’intérieur du bâtiment ; la porte s’entrouvre à nouveau et fusent les paroles de Gilbert Montagné ainsi que les ombres des silhouettes agitées du DJ et de quelques convives se déhanchant sous les spots de la piste.

Le silence retombe plus ou moins, à peine perturbé par les basses et le son de la nature alentour. Voilà, Ludovic et Anne-Laure sont mariés. Madame, sous le couvert d’un acte amoureux, vient de s’assurer que son désormais mari aura quelques difficultés à la quitter. Le but du mariage, quoi.

Et le paradoxe, c’est que dans l’Histoire, l’homme qui saisit le mieux ce qu’était le mariage fut Adolf Hitler :

Une heure après s’être marié, il se tirait déjà une balle dans la tête.

La jeune fille me regarde avec un sourire radieux.

Alors que pour ma part, j’avoue que je fais la moue. La même que celle que je fais lorsqu’une mouche tente d’amerrir dans mon brandy.

"Monsieur ?
- Oui bonsoir, je voudrais une place pour…
- Oui, pour quel film ?
- Pour heu…
- Oui ?
- HEM HEMTwiHEMlightHEMtrois.
- Pardon ?
- HEM Twaïla.. le.. le HEM le 3 ?
- ?
- Je… hmmm…Twilight 3, s’il vous plait"
0

Elle se fend d’un sourire plus grand encore que le précédent et tapote sur sa machine.

"Ah oui ! Ah, vous allez voir, il est bien mieux que le 2 !"

Après avoir récupéré tant mon ticket que mon esprit, je me permets quelques pas vers les contrôleurs. "Mieux que le 2 ?" grommelle-je en fronçant les sourcils. "Mais comment diable serait il de toute manière possible de faire pire ?". Me frayant un chemin au travers de la marée de jeunes filles (jeunes physiquement ou mentalement), je finissais pas trouver une place libre dans la salle.

Je ne le savais pas encore, mais jamais je n’allais autant regarder ma montre lors d’une séance de cinéma. Et pas seulement parce que j’ai une superbe toquante. Mais vous n’avez que peu de goût pour ces considérations, alors comme le veut la tradition, constatez par vous-même : spoilons !

L'affiche : notez que le visage de l'héroïne n'est pas sans rappeler l'inexpression faciale de Nicolas Cage. Quel jeu d'acteur.

Notre histoire commence quelque part à Seattle, par une pluvieuse nuit. Riley, jeune homme sans histoires ni charisme, sort tranquillement d’un bar pour regagner son petit nid douillet ; pour ce faire, il n’hésite pas à passer par les rues les plus étroites et mal éclairées qu’il peut trouver sur son chemin, histoire de. Soudain, quelque chose le bouscule avant de disparaître ; qu’est-ce ? Un animal ? Un brigand ? Une racaille ? Non… "Y a quelqu’un ?" – marmonne t-il timidement – mais personne ne lui répond, si ce n’est le son des gouttes s’abattant sur les pavés. Il reprend donc sa route lorsque, ho ! Re-bousculade !  Notre Riley commence quelque peu à paniquer : il chuchote donc un "à l’aide !" mais juste une fois et pas trop fort, avant de commencer à courir car il sent que son agresseur invisible le poursuit. Alors qu’il débouche sur des docks, il est à nouveau attaqué et cette fois-ci, mordu au bras. Il tombe alors au sol en se tordant de douleur, car comme chacun sait, dans Twilight, lorsqu’un vampire vous mord n’importe où, le venin de ses canines vous transforme en créature de la nuit de manière super douloureuse : c’est donc ce qui est en train d’arriver au jeune homme. Diantre, ça commence fort.

Mais dirigeons nous plutôt vers Forks, riante cité bénie par un soleil éclatant, qui darde de ses rayons les champs de fleurs de la petite communauté. D’ailleurs, qui retrouvons nous au milieu des dites fleurs ? Edward Cullen et Isabella Swan bien sûr ! Et cette dernière est en train de lire un truc qu’elle a écrit, probablement pour son cours de français, qui se résume à "Si le monde doit se finir, ce sera dans les flammes ou dans la glace ; moi, je pense que ce sera dans le feu car je brûle d’amour, mais bon, si c’est la glace, ce sera pareil hihihihi" (ça aurait sa place sur un skyblog entre deux gifs animés clignotants tant c’est représentatif) ; Edward lui se contente de lui faire des bisous comme le gros vampire attardé qu’il est "Edward, j’essaie de réviser, arrête, hihihi" "Bisouuuu… bisouuuuu ! Huuhuhuhu, t’es trop belle baybay". Je regarde ma montre : ah, oui, nous n’en sommes même pas à la 5e minute et c’est d’ores et déjà consternant. Hmmm.

En attendant, entre deux bisous avec moult bruits de succion (c’est un peu le sceau d’un Twilight, le monde où les vampires doivent avoir des glandes salivaires hypertrophiées), Edward repose la question à Bella "Veux tu m’épouser ?" ; et la jeune fille de répondre que non, que d’abord, elle veut être transformée en vampire. Qu’ensuite, okay, mariage. Mais dans l’immédiat, non. En attendant, 16h approche et Bella doit rentrer chez Papa Swan, sinon elle sera privée de choco-BNs.

A l’heure dite, Bella franchit donc la porte du domicile paternel comme prévu, et va trouver son père qui souhaite s’entretenir avec elle ; en effet, ce dernier s’inquiète : elle ne voit plus qu’Edward ("Ouiii mais Edward, c’est ma vie ! On se connait depuis 6 mois alors c’est le big love !"), et plus du tout ses autres amis. Il insiste donc pour que la jeune fille aille voir au moins l’un de ses plus vieux et fidèles camarades: Jacob, le joyeux indien de la réserve (et accessoirement loup-garou amateur de sorties en slips).

Soit, dit Bella, il en sera ainsi ; elle va donc se saisir de son téléphone portable, et envoie à Jacob "Jakob, t ou ?" suivi de "Tu fé la gueul ? :o" avant d’expédier "apel moa mdr ;)" ; pourtant, nenni de réponse de la part de l’indien bodybuildé, aussi notre héroïne se décide t-elle à se rendre directement dans la réserve indienne à l’aide de son vieux pick-up personnel. Hélas, le véhicule ne démarre pas : et pour quelle raison je vous prie ? La réponse apparait vite sous la forme d’Edward (suis-je le seul à trouver que son nez ressemble à une pièce de Duplo ?), qui informe de son air psychopathe habituel (appuyé par ses énormes sourcils en scratch) qu’il a saboté le véhicule pour ne pas que Bella aille voir Jacob. Oui, il ne veut pas qu’elle visite ses amis, et est prêt à bousiller sa voiture pour ce faire : je pense que le vampire est aussi un pervers narcissique, mais passons.

Ce vieux conservateur de Charlie Swan aimerait que sa fille fréquente plus de gens vivants et moins de gens morts. Le naze.

Pendant ce temps, dans les bois de Forks (je vous rappelle que c’est là que se déroule 85% de l’intrigue), Victoria, la vilaine vampire rousse tueuse et avide de vengeance envers Bella et Edward (qui avaient tué son copain, James,  dans le premier volet) se promène. Hélas, impossible pour elle d’aller à la cueillette aux champignons comme elle le voudrait tant les vampires de la famille Cullen la pourchassent d’un côté et les loups-garous indiens de l’autre. Constatant que le coin est décidément peu accueillant avec tous ces gens qui cherchent à la tuer, elle met donc rapidement les voiles vers d’autres cieux.

Le lendemain au lycée, Jacob est là, attendant tranquillement devant l’entrée principale : cela rend immédiatement Edward bougrement nerveux, tant les tensions entre vampires et loups-garous sont grandes (non, Edward n’a même pas le minimum de self-control nécessaire malgré son siècle d’existence pour parler calmement à quelqu’un n’étant pas de son camp). Et Jacob raconte à Bella ce que le vampire choucrouté voulait lui cacher : Victoria est de retour. "Ho bin non alors !" s’exclame Bella, avant d’embrayer sans plus attendre sur le fait que l’indien ne répond pas à ses textos (moi aussi, quand on m’annonce que le tueur surnaturel psychopathe & immortel qui me recherche est dans le coin, j’ai envie de parler de qui répond à mes sms ou non). En conséquence de quoi, mademoiselle Swan décide d’accompagner Jacob dans sa réserve pour parler avec lui au calme. La discussion est assez sympathique, jusqu’à ce que Jacob commence à faire de subtils sous entendus comme "Holala, les garçons imprégnés d’une fille (oui, imprégnés) ne peuvent plus s’en passer, je connais un ami dont c’est le cas qui…" ; halala, on se demande trop s’il parle de son ami ou de lui dis donc tellement les dialogues sont bien écrits.

Accessoirement, Jacob apprend que Bella compte se faire vampiriser après son diplôme de fin d’année ("Hihihi mon Edwardou, si j’ai une mention tu me vampiriseras plus vite, hihihi ?") ; or, détestant les vampires, il s’oppose à cela, et signale qu’il préfèrerait Bella morte que vampire.

Ça tombe bien mon garçon : être vampire, c’est en général être mort. Tu vois, tout le monde va y trouver son compte.

Quelques jours plus tard, Bella se voit proposer par les Cullen deux billets d’avion pour aller voir une dernière fois sa mère avant de finir transformée en suceuse de sang. Officiellement, son prétexte pour disparaître est "Je pars étudier en Alaska". Quelle formidable excuse. Il y avait aussi "J’ai décroché un stage au Pôle Nord" suivi de "Je pars vivre à Roubaix". En tout cas, maman Swan est évidemment formidable, puisque c’est la meilleure amie de sa fille ; accessoirement, elle a une qualité merveilleuse : elle est incroyablement stupide. Par exemple, elle ne remarque à aucun moment, alors qu’Edward a accompagné Bella (tiens, je me demande comment il a fait pour prendre l’avion ; au dessus des nuages, il a dû prendre le soleil, non ?), que ce dernier brille de mille feux puisque la maison de maman Swan est bien vitrée et située dans une contrée particulièrement ensoleillée. Pratique. Elle n’a pas non plus fait attention au fait qu’il ne mangeait pas (un détail), qu’il était tout pâle (un autre détail), que ses yeux étaient d’une couleur surnaturelle (décidément) et qu’il n’avait pas dû se laver les cheveux depuis près d’un siècle. Par ailleurs, elle précise lors d’une discussion que "Hihihihi, Edward te regarde comme un gros pervers psychopathe, c’est trop chou !". Bravo maman, tu es décidément la digne mère d’Isabella Swan, à vous deux vous devez réussir à aligner le QI d’une truite. Tous les personnages de cette série me fascinent.

Maman & Fifille Swan sont trop des supers copines, hihihi, trop mégalol !

Pendant ce temps, à Seattle, il se passe des choses étranges : des gens disparaissent, des massacres sont effectués ici ou là, mais apparemment, personne ne sait qui remue ainsi la ville. En réalité, ce sont de jeunes vampires nouveaux-nés proliférant rapidement, que Riley (désormais mort-vivant, donc) tente de contrôler, et qui se nourrissent d’une manière bien barbare. A noter que malgré la non-furtivité des jeunes vampires, personne ne les remarque. C’est vrai que des mecs qui retournent des voitures en pleine rue avant de se ruer sur la gorge des passagers effarés, c’est incroyablement discret.

Dans tous les cas, le clan Cullen suit la chose à la télé. Ah oui, c’est malin : autant laisser les journalistes de TF1 mener l’enquête, vous avez raison les gars, c’est plus sûr. Jean-Pierre Pernaut dans son 13h devrait bien vous dégoter une information capitale sur la situation, comme par exemple un reportage sur le terrible meurtre du dernier fourreur de bottes de castor de Seattle.

Une nuit cependant, le jeune vampire Riley se rend donc à Forks afin de visiter discrètement la maison des Swan ; il y vole une culotte de Bella (ou une chemise, je ne suis plus sûr, je me souviens juste que c’était très laid et très sale) pour des motifs bien mystérieux (personnellement, je pense que c’est parce qu’il est aussi pervers qu’un Edward moyen). Sa présence est cependant reniflée par Edward, dont le mini-nez ne l’empêche pas de maxi-sentir ; afin de protéger Bella, il est décidé de la mettre sous surveillance. Mais pour les Cullen, comment faire pour protéger Bella, repousser les incursions de Victoria, chasser pour se nourrir et rester le cul devant la télé à regarder les reportages de TF1 sur Seattle en même temps ? Une seule solution : informer la tribu de Jacob de ce qu’il se passe. En conséquence de quoi, vampires & loups font une trêve et se relaient devant la maison de Bella pour faire le guet et la protéger de toute incursion vampirique.

Autre mesure pour protéger notre adolescente en folie : lui faire passer un maximum de temps dans la réserve indienne, où les loups peuvent s’assurer qu’il ne lui arrive rien d’affreux (comme tomber amoureuse d’un macchabée par exemple). Jacob en profite pour inviter la jeune fille à une soirée indienne durant laquelle Père Castor raconte les belles histoires de la tribu, à commencer par comment les indiens ont rencontré les vampires pour la première fois, et surtout, comment un jour, alors que le chef indien de l’époque était menacé par une vampire fourbe, sa femme se poignarda pour faire couler le sang et affoler les sens du prédateur nocturne ; la diversion et le sacrifice de la peau rouge permirent au chef tribal de tuer la vampire.

Remarquez, l’indienne était bien bête : faire couler le sang pour provoquer une diversion ne nécessite pas forcément de se poignarder dans le ventre, bande d’andouilles. Et après ça s’étonne de se faire exterminer. Tsss.

J’en profite pour vous annoncer, puisque nous n’allons pas toutes les faire, que régulièrement, le film est coupé par une scène cucu durant laquelle Edward demande encore à Bella de l’épouser, Bella qui lui répond que "Nan, je veux être transformée d’abord !" suivi de propos à base de "Tu es ma raison de vivre" (mais tu es mort, sombre margoulin !) et autres "Si je te transforme, tu seras immortelle et tu verras tous ceux que tu aimes mourir, je ne veux pas que cela t’arrive c’est trop dur". Ces séquences répètent toujours les mêmes choses, mais varient par le lieu où elles se déroulent : sur le lit de Bella, dans un bois, dans un salon, sur le capot de la benz-benz-benz… Ça dégouline de niaiserie.

La séquence niaise numéro 18. Ou 19. Ah, il y en a trop, je suis perdu.

Mais revenons à la réserve indienne, voulez-vous ? Un jour, Jacob emmène Bella dans un superbe coin sauvage, où elle ne pourra pas crier au viol. Là, l’indien lui révèle qu’il l’aime très fort, qu’elle devrait le choisir lui et pas le vilain vampire, car petit a, lui est un être vivant, et petit b, lui n’aura pas besoin de la transformer en vampire. Notant que ses paroles n’ont pas l’air d’atteindre le cœur de Bella, il se décide à passer à la seconde étape de son plan : le roulage de patin. Cela surprend notre jeune fille, qui se rebelle un peu et s’énerve : elle demande à repartir aussitôt, tant l’haleine de chien mouillé du bel indien lui a pourri les papilles.

Quelques heures plus tard, alors qu’elle regagne son domicile raccompagnée par Jacob, Edward débarque à toute allure et tout énervé en hurlant "t’as touché ma meuuuuuf beuaaar !" : en un mot comme en cent, c’est un peu la grosse colère. C’est finalement Charlie Swan, le shérif de père d’Isabella, qui viendra séparer et calmer les deux jeunes courtisans, aidé en cela par le charisme fabuleux que lui procure sa moustache. Tout se finira donc calmement pour cette fois.

Hélas mes bons amis, la fin d’année approche (mais pas la fin du film, ce qui est regrettable) ! Il est donc temps que nos chers élèves du lycée de Forks aillent chercher leurs diplômes lors de la célèbre cérémonie qui va bien. Pour l’occasion, la famille Cullen a organisé une grande fête chez eux où tous les élèves sont invités.

C’est bien normal : ce sont des vampires pluriséculaires ; ils passent donc évidemment leur temps à fréquenter et inviter des lycéens immatures. Par ailleurs, c’est une idée fabuleuse d’inviter une horde de trous du culs curieux & rebelles dans sa maison au fond des bois, celle où il n’y a aucun lit puisque chacun sait que les vampires ne dorment pas, et où sont entassées des milliers de photos & des peintures d’eux les représentant à différentes époques. Bref, le truc trop discret ; dites, vous voulez pas non plus leur montrer la pièce où vous stockez tous les diplômes que vous décrochez depuis plusieurs siècles et prouvant votre immortalité tant qu’à faire ? Celle que vous montriez à Bella dans le premier volet ? Ah, mais suis-je bête : des lycéens en quête d’un coin discret pour copuler finiront bien par la trouver par eux-même. Vous êtes décidément trop intelligents les Cullen, c’est fou.

Tiens d’ailleurs, en parlant de gens trop intelligents, que devient la famille royale des vampires, les Volturi ? Et bien figurez-vous qu’ils se sont déplacés à Seattle pour constater que ce sont bien des vampires qui mettent la ville à feu et à sang. Et en se renseignant un peu, ils comprennent vite qu’il s’agit d’une armée qui se prépare avant d’aller massacrer le clan Cullen. Et comme les Volturi n’aiment pas trop les Cullen, ils décident de laisser faire.

Excellent plan ! Car en les laissant faire leur petit bain de sang à Seattle, au vu et au su de centaines de témoins, qui c’est qui va bientôt se prendre sur la gueule tout ce qui ressemble à un chasseur de vampire/l’inquisition/des humains vengeurs sur la gueule ? Mais oui, tous les vampires, Volturi compris ! Dont le rôle était, je le rappelle, de s’assurer que les vampires restent discrets. Et qui étaient qualifiés de "subtils" et d'"intelligents". Définitivement, ils sont donc forts cons, comme ils ont su le prouver à chaque fois qu’on a entendu parler d’une de leurs décisions depuis trois films.

Les Volturi savent s'habiller pour ne pas éveiller l'attention des humains

Mais éloignons nous de ces considérations qui nécessitent un QI supérieur à 55 pour être prises en compte, et retournons voir les Cullen qui, comme toute bonne famille d’américains moyens, décide d’aller camper pour profiter de la nature sauvage. Ils laissent donc la maison pour un week-end à Edward et Bella, ce qui sent l’orgie à plein nez.

Incroyable coïncidence, c’est le jour où Papa Swan décide qu’il est temps de parler sexe, protection & petites abeilles à sa fille. Après un habile mouvement de moustache, il se décide donc à entamer la conversation (attention, nous arrivons sur le passage sexe, donc lourd) :

"Ma chérie tu… tu te protèges, hein ? Tu ne fais pas de bêtises ?
- T’inquiète papa !
- Oui mais avec Edward vous… heu… hein ?
- Papa ! Edward est de… la vieille école.
- Il préfère la sodomie ?
- Papaaaaa ! Enfin ! Il a dit pas avant le mariage ! Et puis je suis viergeuuuuh, d’abord !"
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Vierge, mais plus pour longtemps mes bons amis, car le week-end arrive, et Bella a bien envie de couchailler avec Edward. C’est à peu près à ce moment là que dans le cinéma, tous les mâles présents font "Ouiiii une érection alors que son cœur ne bat plus, hahaha, les nuls" ; oui en même temps les mecs, ça fait 1h30 que vous êtes devant un film ou un mec mort depuis un siècle au cœur qui ne bat effectivement plus marche, parle & éprouve des sentiments, alors bon, on est plus à ça près. Non, le vrai problème c’est que un, s’il s’accouple à une vierge et que la vue du sang le rend fou, il va vite y avoir un problème, et que je… attendez… qu’est-ce que je viens d’entendre ? Pourquoi Edward refuse de copuler ? "Je te mettrais en danger, je pourrais te faire mal" (véridique). Je… ha. Okay, donc notre bonhomme explique qu’il est tellement puissant qu’il risque de traverser sa dulcinée de part en part. Quel gros vantard. Je suis consterné. Vite, Edward, dis quelque chose qui nous sorte de ces grivoiseries, sois prompt, je t’en conjure ! Remonte le niveau !

Edward trouve donc une diversion parfaite pour calmer les hormones de Bella : la demander en mariage (allez, ça fait quoi depuis le début du film… la 7e ? La 8e fois ?). Et Bella accepte, car cette fois, la seule chose qui a changé par rapport aux autres tentatives, c’est que le beau vampire lui a offert une énorme bagouze. Non, elle n’est pas du tout vénale, pourquoi dites vous cela ?

En tout cas, j’ai dû être le seul à me souvenir que ça faisait une petite dizaine de fois que la demande en mariage avait été faite et plus ou moins acceptée ("si tu me vampirises d’abord", c’est déjà un oui), vu que les poufettes de la salle se sont toutes mises à applaudir. Consternant. En tout cas, j’imagine bien l’auteure:

"Les scènes de demandes en mariage, c’est trop choupinou. Tiens, je vais en mettre une. Tiens, deux. Allez, trois. Ho, et puis zou, une toute les vingt pages ; et puis entre les mêmes personnages, hein, je suis sûr que personne ne remarquera rien."

Quand on est lue par des huîtres, c’est vrai que ça passe. Sinon, non.

Edwaaaaaaard hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !

Sur ces entrefaits, maintenant qu’on a eu un peu de scène d’amour, mettons un peu de scène d’action : désormais, les Cullen savent  grâce à divers supers-pouvoirs que l’armée des vampires de Seattle leur en veut personnellement, ainsi qu’à Bella. Hélas, ils risquent de subir une sévère défaite, tant ils sont en infériorité numérique. Aussi décident ils de proposer une alliance aux loups-garous indiens (qui acceptent), au motif que tout cela est avant tout fait pour protéger Bella. Car ils savent que Riley, le chef de la meute de nouveaux-nés, a une culotte de la damoiselle et qu’il la fait renifler à ses troupes pour mieux la pister. Pauvres vampires.

Et les Cullen proposent aussi de s’entrainer car, figurez-vous que les vampires nouveaux-nés sont les plus forts de tous les vampires, puisque leurs tissus sont encore "gorgés de sang humain", ce qui les rend plus puissants. De là à en déduire que les Cullen sont de vieilles merdes sèches, il n’y a qu’un pas que je franchis au son du Bolero de Ravel. Cependant, ils disposent d’un atout de choix dans leurs rangs : Jasper, le vampire à la coupe de cheveux de jeune UMP (il en a changé, mais ça reste dans l’esprit), propose à l’assemblée de regarder un de ses flash-back où, comble du bonheur, figure brièvement Kirsten Prout ce qui est signe de bon goût. On y apprend qu’il était un major de l’armée confédérée, vampirisé par une vilaine dame qui levait des armées de nouveaux-nés. Or, lorsqu’ils avaient atteint l’âge d’un an et perdu leur force de vampire tout neuf, elle les faisait exécuter par Jasper, qui est donc devenu un expert dans la matière. Il donne donc de superbes conseils, que je vous cite (des fois que vous ayez à affronter des vampires nés de la dernière pluie) :

  • Ne jamais les prendre de front
  • Essayer au maximum de les prendre en traître
  • Rester attentif

Merci pour ces superbes conseils, dont je ne retiens qu’une chose : "Mieux vaut les attaquer par surprise". Soit.

Après cet entrainement, tout le monde rentre chez soi se coucher (enfin, surtout Bella puisque les vampires ne dorment pas), et notre héroïne a un rêve : celui de Victoria levant une armée de nouveaux-nés qui… ho ! Elle se réveille en sueur aux côtés d’Edward qui passe ses nuits à la mater (je pense sérieusement qu’il devrait consulter) à qui elle révèle tout : "Ah bin dis, ah bin en fait, si ça se trouve, p’têt’ que c’est Victoria qui lève l’armée des vampires, là, dis-donc !" "Pas con, j’y avais pas pensé", répond Edward, avant de lui commander de se rendormir afin qu’il puisse continuer de la regarder en marmonnant "Beeeelle….belle… fifille… greeuuuu…"

Les Cullen décident donc de mettre au point un plan : puisqu’il est crédible que Victoria soit la véritable chef de l’armée vampire, et non Riley, qui ne serait qu’un jouet qu’elle manipule (tout comme Jasper fut manipulé en son temps), et que Bella semble être la cible principale des assaillants, il faut :

  • Mettre Bella en sécurité, en la mettant avec Jacob loin du champ de bataille, son odeur de loup-garou pétomane masquant celle de la jeune fille en fleur
  • Choisir un terrain donnant l’avantage au clan Cullen et aux loups
  • Attaquer par surprise l’armée ennemie vu qu’ils sont trop forts de face

Okay, donc ça c’est le plan. Tout le monde est d’accord ? Oui ? Alors en route.

"Sacrebleu, vampires & loups montent la garde sur tous les bons coins à champignons, comment vais-je bien pouvoir faire ma quiche ?"

Edward installe la planque de Bella sous la forme d’une tente Quechua dans les hauteurs enneigées d’une montagne locale. Et évidemment, ce gros blaireau reste avec Bella, alors que du coup, ça fout tout le plan en l’air (Victoria connait l’odeur d’Edward et sait qu’il est accroché à Bella comme le gros parasite qu’il est), mais personne ne le fait remarquer.

La nuit venue, il fait moult froid sous la tente Quechua, et mademoiselle Swan grelotte. Edward, malgré ses 80 années au lycée, ne sait toujours pas que la neige et l’altitude, souvent, c’est pas très chaud. M’est avis qu’il redouble depuis 80 ans, qu’il n’est pas vraiment au lycée par choix, cette andouille. En plus, comme il est tout mort, il lui est difficile de réchauffer Bella avec sa chaleur corporelle (alors que ses sourcils en fourrure auraient pu servir de couverture supplémentaire, mais il n’y pense pas). Finalement, c’est donc Jacob, le célèbre indien en slip qui se pointe sous la tente et se propose de se coller contre Bella pour la réchauffer avec sa super température corporelle supérieure à la normale. Edward étant très jaloux, il refuse ; mais Jacob a un argument de choc "Si elle est malade, ce sera ta faute !" (véridique là encore) : apeuré qu’elle n’attrape un rhume, Edward laisse donc un gros indien bodybuildé en slip rentrer dans le sac de couchage de sa copine. Non mais vraiment, vraiment.

Et une fois Bella endormie, toutes les jeunes filles de la salle fantasment sur sa situation, puisqu’alors qu’elle dort à poings fermés contre les gros muscles de Jacob, ce dernier et Edward échangent entre beaux gosses sur le fol amour qu’ils partagent pour elle. Fabuleux.

Au matin venu, il a beau encore y avoir de la neige et du froid partout, Bella se promène en petit chemisier ouvert dehors : je confirme, elle ne doit pas avoir froid, hier soir elle faisait juste du gros chiqué pour attirer slip-man dans son lit. On sent que ses hormones en plein travail lui tiennent chaud. Mais pas le temps de rigoler cependant : l’armée de Victoria est en train d’arriver, et Jacob veut partir se battre ; Bella tente de le retenir pour ne pas qu’il soit blessé, et se propose même de lui rouler des pelles devant Edward si ça peut le faire rester (alors vieux vampire, on commence à comprendre que l’on s’est entiché d’une simple lycéenne en rut ?) ; Jacob prend les bisous et en profite bien, puis part quand même.

Oui, alors ma petite Bella, tu serais un peu moins salope chipie, il suffisait de dire "Le plan, c’est que tu restes ici pour cacher mon odeur, alors ne fout pas tout en l’air". Mais nous allons vite constater que le plan, tout le monde s’en tape.

Car oui, la stratégie des Cullen était de choisir un terrain à leur avantage et d’attaquer l’ennemi par surprise, et surtout pas de face. Je ne sais pas, comme par exemple, se planquer dans les arbres ou les fourrés et tomber sur l’ennemi dans les bois, là où le terrain l’empêchera de profiter pleinement de l’avantage du nombre et qui… quoi ? Pardon M. Cullen ? Vous allez plutôt les attendre à découvert et tous en ligne dans une clairière avant de les attaquer de face ? Mais dites donc, ce ne serait pas l’exact contraire de la stratégie que vous proposiez en fait ? Vous êtes tous profondément idiots dans cette famille ou bien ?

"Attendez les amis ! Et si on faisait l'exact contraire du plan prévu ? Ils ne s'attendent sûrement pas à ça !"

Il n’empêche que malgré toute l’incohérence de la situation, tout marche à la perfection : à grands coups de poings et de mâchoires de loups dans la gueule, les nouveaux-nés sont bien vite mis en déroute. Tiens, d’ailleurs, saviez-vous que lorsque l’on envoie un objet suffisamment vite dans la tête ou dans un membre d’un vampire, il explose comme de la pierre ? Si c’est le cas, pourquoi ne pas utiliser des armes à feu ? C’est comme des coups de poings surhumains, mais en mieux. Non ? Non.

Pendant ce temps, Victoria et Riley ont contourné le champ de bataille et ont foncé droit sur le campement Quechua de Bella & de son amant, qu’ils ont pu tranquillement trouver grâce à la vieille odeur de ce bon vieux Edward. Le combat est rude, Riley est rapidement vaincu, mais Victoria se montre plus fourbe et résistante et se retrouve à un moment en position de tuer Edward. Se souvenant de la vieille légende indienne, Bella se fait saigner au niveau du bras (tu vois, pas besoin de te poignarder, tu es définitivement plus maligne qu’une Pocahontas locale toi) et détourne ainsi l’attention de la vampire rousse, laissant ainsi juste le temps à Edward de la tuer. Ce dernier jette alors un briquet sur les corps fracassés des deux vilains vampires, qui prennent instantanément feu.

Ah ? Ça brûle si facilement que ça un vampire, au point qu’on dirait qu’ils sont imbibés d’essence ? Mais alors pourquoi ne pas se contenter de leur balancer des mégots de cigarette à la gueule plutôt que de se faire chier à les combattre à coups de poings ? Je suis déçu, ça serait tellement plus classe de s’en débarrasser ainsi.

Tout le monde décide cependant de se retrouver sur le champ de bataille, où les restes de l’armée de Riley finissent d’être massacrés. C’est alors que, lorsque le dernier d’entre eux est tué (non sans avoir légèrement blessé Jacob), les Volturi arrivent. Point intéressant, il faut savoir que les Volturi ont tous d’inutiles capuches qu’ils portent lorsqu’ils se déplacent et retirent lorsqu’ils parlent pour faire sombre et mystérieux. Mais alors, toutes les racailles à capuches seraient sombres & mystérieuses ? Ou même, seraient-ce des Volturi ? Diantre !

En attendant, les vampires royaux sont donc là. Alors qu’ils s’attendaient à trouver le clan Cullen et Bella mis en pièces, ils s’aperçoivent que les nouveaux-nés ont échoué. Zut, crotte de bique, s’exclament ils. Ils tentent donc le bluff : "Holala, on arrive trop tard pour vous aider à arrêter ces vilains vampires, zut alors" ; mais histoire d’appuyer leur bluff, ils constatent qu’une petite vampire s’est rendue aux Cullen : ils se proposent donc de l’exécuter. Et le font aussitôt, en prenant leur air le plus méchant, pour bien rappeler qu’ils sont habillés en noir et portent des capuches pour d’excellentes raisons de manichéisme visuel.

Quelques heures plus tard, nous retrouvons Jacob se remettant de ses blessures dans la réserve indienne, où Bella vient le visiter : il lui explique qu’il continuera de la protéger quoiqu’il advienne, même si elle devient une vilaine suceuse de sang. Sur ce, Bella retourne voir Edward dans le grand champ de fleurs où le film a commencé, et elle lui annonce avoir choisi la date de sa vampirisation et de son mariage : le 13 août, puisque c’est tout de même la journée internationale des gauchers, et qu’elle veut célébrer un jour pareil. Une fois cela fait, elle pourra profiter du haut de ses 17 ans de l’immortalité, c’est trop cool, hihihi, je t’aime mon Edwardounet, d’ailleurs je voulais te dire qu’en fait, je crois que j’ai toujours su que j’étais une petite vampire trop choupi au fond de moi, hihihi, allez viens, on va annoncer le mariage à mon père maintenant, hihihihi.

"Si ton père me refuse ta main, j'lui pète les vertèbres"

Et sur ce rire de niaise sous LSD…

FIN

C’est à ce moment précis que je suis retourné à l’entrée du cinéma pour vider deux chargeurs de Maüser dans le guichet de la jeune fille qui m’avait vendu le ticket.

"Mieux que le deux, hein ?" dis-je en écartant du pied une douille fumante qui achevait de rouler sur le sol.

J’aime pas trop qu’on se foute de ma gueule.

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