Paris, octobre 2059

Le verre de synthé-scotch claqua sur le comptoir du bar lorsque Richard Dequart le reposa sans précaution après l’avoir vidé cul-sec. Derrière le zinc, l’hôtesse lui jeta un regard légèrement méprisant avant de s’emparer de l’objet, hésitant quelques secondes lorsqu’elle aperçut le type en trench-coat lui commander d’un geste de la main hésitant de le remplir à nouveau. Sitôt qu’elle eut glissé le verre aux glaçons craquant à l’air libre sous le nez de son client, Richard s’en saisit et le vida à nouveau d’un trait.

"Ancore.
- Je croit que vous aver assez bu pour ce soir, Runner."
  

Richard releva péniblement la tête pour fixer la jeune fille de ses yeux vitreux ; en grattant le mauvais rasage descendant de sa chevelure désordonnée aux tons châtains, il se demanda l’âge que pouvait avoir la serveuse. Probablement la moitié du sien : il se sentait vieux et hors-jeu rien qu’à la regarder ; elle n’avait probablement jamais connu les émeutes de 2038, et les épidémies de 2022 devaient être d’ennuyeuses histoires de ses parents.

"J’ai dis ancore. Je payes assez d’eurocrédits pour sa. 
- Vous connaisser les règle : pas de F5 après le second sans un alcootest d’abord."
  

"Sociéter de mairde", marmonna Richard. Il détestait l’expression "F5", petit truc rétro supposé vouloir dire "rafréchissemment" sans qu’il comprenne bien pourquoi. Truc rentré dans le dictionnaire en 2019 en référence à des pièces de vieilles machines du XXe siècle dénommées "clavier", ou quelque chose du genre, si ses souvenirs de l’académie étaient bons.

Richard était un Runner, un membre d’une force d’élite chargée de faire respecter les nouvelles conventions grammaticales et orthographiques. Depuis les grands combats des années 2010, la langue n’avait eu de cesse d’évoluer pour devenir plus belle, plus égalitaire ; hélas, dans l’ombre, des hommes et des femmes d’obédience fasciste continuaient de vouloir préserver les règles de l’ancien monde et prétendaient que tout cela, c’était "de la connerie". Les Runners étaient là pour les empêcher d’agir ; formés dans une académie spéciale au tir, au combat au corps à corps et aux règles de grammaire passées et présentes pour savoir tant ce qu’ils défendaient que comprendre leur ennemi, ils pourchassaient sans relâche les membres de ces groupuscules pour les renvoyer en rééducation à Skyblog Bay, un centre de coercition grammaticale tenu par une corporation privée travaillant main dans la main avec l’Etat.

En 2041, le rouge a été remplacé par le rose, parce que "Les garçons ont le droit au bleu sur le drapeau, alors pour avoir l'égalité, il nous faut le rose, sinon c'est machiste"

Derrière les persiennes qui couvraient les vitrines du bar, Richard pouvait apercevoir sur le vieux mur en face de l’établissement des tags de ses ennemis, qui bien qu’invisibles la plupart du temps, n’avaient de cesse de couvrir la cité de règles de grammaires et de conventions orthographiques dictatoriales et passéistes. Là, sur ce mur de résidence fatigué, on pouvait lire à la lueur d’un lampadaire grésillant "Dilemme, pas dilemne !" ou "L’infinitif, c’est pas impératif !" juste au-dessous d’une inscription officielle "Afficher ici se que vous vouler" certifiée par le Ministère de le Francophonie.

Faire respecter le Francophonie était relativement complexe dans ce monde qui n’avait de cesse d’évoluer : chaque mois, l’assemblée passait de nouveaux mots et nouvelles règles pour suivre des lobbys influents ; régulièrement, de nouveaux messages tombaient sur l’I-Plant de Richard, son implant crânien de dernière génération lui permettant d’enregistrer directement dans sa mémoire les nouvelles règles à appliquer. Parfois, il se demandait comment on faisait, avant tout cet équipement. Son mentor, Matthéo rOkssOr_18 lui racontait souvent comment les choses étaient difficiles, au début, quand les gens se montraient encore tellement conservateurs qu’il fallait se battre pour appliquer la moindre nouveauté à la langue. Richard ricana en repensant à la première fois où il avait rencontré Matthéo, la légende des Runners, les yeux embués par l’émotion : c’était rOkssOr_18 qui avait abattu Bernard Pivot, l’un des leaders fascistes alors qu’il réunissait en secret des gens dans les catacombes de Paris pour donner… des dictées. Brrr.

"Poke !
- Poke."
 

La clochette au-dessus de la porte du bar tinta lorsque le nouvel arrivant la passa, saluant la salle de la manière traditionnelle imposée par la Grande Réforme de 2030, dites "Facetweet", du nom de la corporation ayant soutenu son passage à l’assemblée et fait rentrer "J’aime" comme nouvelle manière d’approuver un propos dans le dictionnaire. Richard observa le type aller s’asseoir sur l’un des tabourets près du zinc, faisant craquer le faux-cuir de tout le poids de son embonpoint. Derrière eux, une femme âgée qui savourait jusqu’alors son sojakawa en lisant le journal s’approcha du I-Juke pour lancer un bon vieux morceau du début du siècle, du Justin Bieber. Y’a pas à dire, les vieux morceaux étaient toujours les meilleurs. On savait faire de la musique en ce temps-là.

"Allez Runner, oublier l’alcootest, vous m’aver l’air bien nostalgique. Raconter-moi ce qui vous rends triste comme sa."
  

Richard se retourna vers la serveuse, notant que celle-ci s’était accoudée sur le comptoir, ouvrant ainsi un formidable point de vue sur l’intérieur de son débardeur ; le Runner se concentra pour fixer ses yeux, se répétant intérieurement qu’il aurait pu être son père.

"Vous saver, je ne fait pas un métié facile. Des fois, je me dit que je me fait vieux, que je n’arive plus à suivre.
- LOL c’et normal, vous saver. Depuis qu’ons ont nommé Cyber-Xavière Tibéri en tant que ministresse de le Francophonie, c’est vrai qu’il y a pas mal de loi chaque semaine, sa dois être dur à suivre.
- J’aime. Les conservateurs sons d’ailleurs de plus en plus actif ; un nonbre croissant d’illuminer de leur secte considère le Bescherelle comme un livre sain ; l’autre jour, ons ont carrément tenter de posé une bonbe station Loovre-Rivaulee, au motif que la nouvelle plaque apposer après les réfexions ne serait pas conforme au nom original de l’endroits. Quel bande de passéiste !
- Oui, les mêmes qui ont refuser que l’on transforme des noms masculins en féminins et inversement afin d’obtenir la pariter dans le dictionnaire. Foutus rétrograde ! S’est pas avec des gens comme eux que nous les femmes, on aura un jour l’égaliter. 
- Je sait, vous n’imaginer pas à quel point ons considèrent les textes comme importans. L’autre jour, on en a encore choppé une dizaine qui dealé des texte d’un certain "Maître Eolas" directement au pied de la tour Eifelle. Ons osent tout."
  

En 2059, la suppression des cours d'histoire-géographie a persuadé l'ensemble de la population que la tour Eiffel avait été érigée en hommage au groupe de musique éponyme

L’implant crânien de Richard tourna à plein régime tout du long de la conversation, analysant la prononciation et l’élocution de son interlocutrice pour confirmer qu’elle utilisait les règles officielles de le Francophonie ; c’était à ça que l’on reconnaissait les conservateurs, ces fichus terroristes : aux détails. Mais tout du long, l’hôtesse avait utilisé les règles officielles correctement : du LOL (intégré au dictionnaire en 2018), un refus des accords (considérés comme sexistes en 2015), une utilisation aléatoire de l’orthographe et de la grammaire (la chute des notes de français avait alerté en 2023 Steevy Boulay, ministre de l’éducation lors du second mandat de Jean-François Copé, et afin de redresser les notes des élèves, avait fait supprimer les cours de français permettant ainsi de satisfaire tant les bambins que les journalistes qui critiquaient les statistiques des échecs au bac français, ainsi que l’on réglait tous les problèmes d’éducation depuis 2002). Bref : cette jeune fille était une citoyenne exemplaire, véritable Molière moderne quant à sa maîtrise de la langue ; cela faisait toujours plaisir de discuter avec des gens éduqués, qui savaient utiliser correctement la nouvelle personne du pluriel, "Ons", remplaçant avantageusement "Ils" et "Elles", pronoms porteurs de préjugés.

"Vous parler drolement bien, belle maitrise de la langue. Dite-moi: d’ou vous viens cette éducacion ?
- Ho, j’étudis un peu… je voudré ètre conservatrisse au Musée de l’Homme ET DE LA FEMME. Serveuse, s’est juste le tant de payé mes étude. 
- Beau projais. 
- Merci. Maintenent, excusé moi, je vai servir l’autre cliant."
   

Elle s’éloigna d’un pas rapide jusqu’à son voisin, prenant la commande pendant que Richard se demandait ce qu’il en aurait été de lui si le monde n’avait pas tourné ainsi. Aurait-il sacrifié autant pour son travail ? Se serait-il marié ? Aurait-il pu voir grandir une fille comme celle là, et l’aider à poursuivre ses ambitions ? Tout avait commencé avec la loi sur la libre orthographe des prénoms et le choix de ceux-ci, et ensuite, tout s’était enchaîné : fin de certains mots, apparition de nouveaux, mise en place de lois précises… parfois, il se demandait ce qu’il se serait passé si, au lieu de changer les règles pour s’adapter aux nouvelles générations qui prétendaient ne pas arriver à les apprendre, on avait amélioré l’éducation des dites générations pour qu’elles puissent apprendre au moins aussi bien que leurs ancêtres ? Il chassa brièvement cette idée de son esprit, se disant que c’était probablement comme cela que l’on devenait un vieux conservateur.

Soudain, sa vision devint rouge, et de nombreux messages d’alerte s’affichèrent sur son holo-rétine, l’informant d’un danger immédiat. Bondissant en arrière en faisant choir son tabouret dans le mouvement, Richard tira de son holster son pistolet, braquant le laser de visée vers le type obèse qui s’était assis à sa droite tout en tirant son badge de sa poche.

"Dit donc toi, le gros !
- Pardon ? Moi Moncieur ? Que… qu’aisse que j’est fait ?
- Regarde mon badge ! Runner d’Etat, division des crime ortografiques ! Allonge toi sur le saule ! 
- Mer enfin je… je venez juste…
- Tu t’ai trahi ! Passe encore ton accent, mais tu vient d’appelé la dame "Mademoiselle !" Tu c’est très bien que c’et interdis, car sexiste !"
  

Le type à l’épatant embonpoint baissa doucement les mains, observant la sueur couler sur les tempes du Runner.

"Bravo Runner, pour ce coup, vous m’avez eu. Mais vous aviez raison sur un point : nous sommes de plus en plus actifs. Grammaire vaincra !"

Le temps que Richard appuie sur la gâchette, le type avait déjà ouvert en grand sa veste, révélant que son large bourrelet n’était pas constitué de gras, mais de bien autre chose.

"Du Tekssmeksse !"

Hurla le Runner avant qu’une explosion ne le réduise, ainsi que l’intégralité du café "Le Facebar", à l’état de chaleur et de lumière.

Le bon côté, c'est qu'en 2059, tout le monde trouve les blagues sur le 21 décembre 2012 absolument nulles.

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Louise bondit en hurlant dans le lit, apposant ses mains partout sur elle-même pour s’assurer qu’elle était bien réveillée ; la sensation de la sueur sur sa peau coulant entre ses doigts lui confirma que tout cela n’était qu’un mauvais rêve.

"Grmmmbllll…. c’que c’est ?" – dit une voix pâteuse à côté d’elle.

Elle hésita quelques instants, cherchant à se rappeler les détails de son rêve.

"Je… j’ai rêvé que la langue française était régie par des lobbys plus ou moins idiots qui demandaient des modifications de la loi pour un oui ou pour un non. Hoooo, si tu savais, c’était affreux ! 
- Hmmmm…. pffff… du genre ?
- Et bien par exemple, les féministes avaient demandé à ce que l’on féminise des accords, ou des mots en pagaille pourvu de donner l’impression de faire avancer la cause… c’était bizarre."
  

Son voisin se redressa dans le lit.

"Louise allons : les féministes ne sont pas si bêtes ; je veux dire : même en féminisant les accords, du genre en utilisant la règle du "l’adjectif s’accorde avec le dernier nom dans une suite, et pas automatiquement le masculin s’il n’y a pas uniquement des termes féminins", ce serait complètement idiot : il resterait le "Ils" et le "Elles" : 999 filles et 1 garçon font "Ils". Alors à moins qu’elles décident de demander à ce qu’on applique cette règle en comptant les participants pour dire si il y a une majorité de "Ils" ou de "Elles" et en cas d’impossibilité de le déterminer, du genre ils sont un nombre égal ou inconnu, utiliser un nouveau pronom "Ons", ce serait un combat non seulement inintéressant mais parfaitement stupide puisque ne changeant rien.
- Oui, mais dans mon rêve, pour elles, c’était la langue française qui était sexiste.
- Allons, te dis-je ! Si c’était vrai, et si une langue influençait vraiment les gens, alors les féministes en question ne pourraient pas exister, puisqu’elles parleraient le français expliquant que quiconque parle français a une vision des choses machiste ! Leur simple existence serait donc la preuve de l’absurdité de leurs arguments. Allez, calme-toi.
- Oui… tu as raison…
- Maintenant, en parlant d’égalité hommes-femmes, je ne me souviens pas avoir entendu ces dames hurler sur le fait que les hommes ne peuvent pas avoir autant d’orgasmes qu’elle, alors hop, au boulot mademoiselle."
  

Louise fit brièvement la moue avant de disparaître sous les draps.

M’allumant un cigare, je me félicitais de ne pas être féministe : si je l’étais, je n’ose pas imaginer à quel point je deviendrais fou si des gens prétendant l’être sortaient ce genre d’énormité.

 

Après le dernier article, nombreux ont été celles et ceux (Matt en tête) à interroger le maître des lieux pour savoir si les magazines masculins méritaient un châtiment semblable à leurs équivalents féminins.

Excellente question s’il en est.

Car l’homme est un animal tant majestueux que mystérieux, qui ne cesse de faire la une de tous les journaux ; à part quelques magazines de seconde zone qui font leurs couvertures sur les marées noires, l’économie ou les animaux à bajoues tel le hamster ou même Carla Bruni, l’essentiel de la presse mondiale n’a de cesse de se concentrer sur l’homme.

Tant de questions se posent au sujet de cet être pas comme les autres : pourquoi est il si velu ? Quelle est cette odeur de houblon qui semble se déplacer avec lui ? Pourquoi met il tant d’ardeur à soutenir les sportifs quand il rechigne bien souvent à remuer son gras ? Vous et moi, nous le constatons un peu plus chaque jour, l’homme est un animal allotropique capable du meilleur comme du pire : il sait réaliser les peintures de la Chapelle Sixtine avec patience comme il peut faire la guerre avec ardeur ; il est capable de vous offrir des fleurs tout comme il peut claquer tout votre plan épargne logement dans le tuning de sa twingo. Oui, s’il est difficile à cerner, l’homme n’en continue pas moins de fasciner une autre espèce de la planète, la femme, qui, inconsciente, essaie malgré tout de le cerner. Cette dernière est par exemple capable de relire entre 5 et 6 fois le même SMS pour essayer d’analyser si "bisous" au lieu de "bises" est vraiment significatif d’une évolution dans la perception de la dite femme par l’homme. Désespérant.

Pourtant, il existe des magazines qui se consacrent uniquement à répondre aux vraies questions que se posent les mâles ; souvent entreposées sous les matelas (un réflexe inné chez le mâle homo sapiens qui peut cacher quantité de choses sous son lit, maîtresses comprises), ces revues abordent différentes thématiques spécifiques aux possesseurs de chromosomes Y : on y retrouve fitness, mode et autre "lifestyle" (mais enfin, qu’est-ce que c’est que cette mode de l’anglicisme ?) tout comme dans son pendant féminin, mais abordé d’une bien différente manière. Par exemple, là où chez nos amis du sexe faible, fitness signifie "comment perdre 2 kilos sur les fesses avant l’été", le mâle lui préfère "comment perdre un peu de son bide à bière avant d’aller draguer". De même, la mode est plutôt portée sur les dernières sorties de voitures qui font vroum plutôt que sur les débardeurs, car l’automobile chez l’homme est ce que la semelle compensée est à la femme.

Ma voiture est énorme, titanesque, turgescente !

Pour notre étude, je vous propose de concentrer notre dissertation, non pas en nous basant sur les multiples thématiques abordées par un seul exemple comme dans le précédent article, mais plutôt en abordant une seule thématique prise au travers d’une revue disposant de pignon sur rue en ligne. Et dans les kiosques, ce qui est tout aussi malheureux.

Et quoi de mieux que la séduction, puisqu’alors que la presse féminine propose aux damoiselles de se faire belles pour la plage, la masculine indique différentes techniques pour mieux obtenir diverses choses des cibles ainsi apprêtées ? Messieurs, prenez des notes, mesdemoiselles, constatez comme les mâles ont des techniques subtiles pour mieux vous approcher.

Attardons nous donc sur  Men’s Health, le magazine du "Mieux vivre au masculin", parce que des fois, il n’est pas facile de vivre sa masculinité dans ce monde grouillant de préjugés.

Men’s Health a effectivement une rubrique sobrement appelée "Sexe", puisque comme chacun sait, le mâle ne cherche rien d’autre dans la séduction qu’une bonne grosse partie de jambes en l’air, qu’il achèvera dans un râle avant de se tourner sur le côté puis de lâcher un petit pet pré-endormissement. On retrouve donc sur cette page quantité de fascinantes études qui nous en apprennent plus sur les aventures reproductives de nos amis les humains ; tenez, par exemple, saviez-vous que les anglaises préféreraient faire l’amour saoules ? Bien que l’article détermine que cela serait probablement dû à un manque de confiance en soi, on peut aussi évoquer une autre théorie : les anglais étant particulièrement moches (et parfois même roux), mieux vaudrait plutôt avoir deux grammes dans chaque œil avant d’espérer se trouver le courage de convoler avec l’un d’entre eux. Je vous rappelle que Lady Diana a tout de même réussi à avoir deux enfants avec le Prince Charles ; il y avait forcément un secret là-dessous, le voici donc enfin révélé. D’ailleurs, preuve en est, c’est bien l’alcool qui l’a tuée (indirectement, mais ne chipotons pas).

Autre étude passionnante, nous apprenons que les coureurs auraient une vie sexuelle plus active ; chose tout à fait compréhensible puisque l’homme habitué au jogging court plus vite et se montre bien plus endurant dès lors qu’il doit poursuivre sa proie dans les sous-bois ; là où nombre de jeunes filles parviennent encore à semer à la course quelques hommes bedonnants suintant le gras et la bière, elles ne font que rarement un pli face à un jogger entrainé. Une fois encore, tout se tient. Comment ? Vous trouvez que je survole le sujet ? Lecteurs, vous êtes bien exigeants, mais soit : arrêtons-nous sur un article qui intéressera tout le monde "Les 11 étapes d’une parfaite séduction"

Avec ça, vous n’aurez plus d’excuses messieurs ; et mesdemoiselles, vous pourrez enfin lire dans le plan de bataille des mâles, même si comme vous le savez (car vous êtes des groupies de George Patton) "Les plans, ça tient jusqu’au premier coup de feu". Alors, allons-y :

Vas-y champion, tu vas toutes les faire tomber.

1/ Sourire
Dès que vous entrez quelque part, vous devez afficher une insolente confiance en vous, sourire, et une fois votre cible repérée, ne pas attendre plus de trois secondes pour aller vers elle.

2/ Prétexte
Toujours avoir quelques phrases d’accroche générales et JAMAIS de « mademoiselle, vous êtes charmante », jamais. L’idéal étant que votre cible soit accompagnée.

Jusque là, tout va bien : soyez Patrick Sabatier et tout se passera bien ; sourire, assurance, et un bon prétexte (mais le magazine n’en cite pas d’exemple crédible, la science travaillant toujours à développer un prétexte qui ne fasse pas immédiatement passer celui qui l’utilise pour un gros lourd).

3/ Détachement
Ignorez-la, adressez-vous en priorité à ses amis, et surtout aux hommes s’il y en a.

Méprisez-là, ne la regardez pas, faites en votre chose : c’est elle qui doit vous désirer, pas l’inverse. Vous pouvez même lui cracher vos noyaux de pêche à la gueule afin de bien lui montrer à quel point vous êtes désintéressé.

4/ Les « negs »
Envoyez-lui une « neg », une insulte accidentelle tendant à suggérer à une belle femme qu’on n’est pas intéressé par elle (ex. : « C’est marrant cette couleur de cheveux, c’est fait maison ? »)

Les "negs" ? C’est comme ça que mon arrière grand-père appelait ses collègues de l’infanterie coloniale à Verdun, mais on va faire avec. Je vous propose le célèbre "C’est ton t-shirt qui gondole ou ce sont tes bourrelets que je vois ?"

5/ Briller
Devenez le centre d’attention du groupe en racontant des histoires, ou en faisant des tours de passe-passe. Intéressez-vous toujours aux hommes et aux femmes les moins jolies.

C’est connu, faire des tours de passe-passe et raconter des histoires ("Alors c’est un chinois, un arabe et un noir qui…") ne vous fait pas du tout passer pour un dragueur ringard digne de la plage de La Baule en 1962 (vous étiez Patrick Sabatier en début de mission, vous voilà Patrick Sébastien ; n’hésitez pas à faire tourner les serviettes pour mieux rentrer dans votre personnage).  Alors n’oubliez pas : adressez-vous aux moches (s’il y a des anglais à table, c’est parfait) et faites un astucieux tour de passe-passe qui saura faire chavirer le cœur de votre cible. Mon petit truc perso reste le coton imbibé d’un substance mystérieuse qu’il faut deviner : lorsque votre victime respirera la chose à pleins poumons pour tenter de déterminer ce que c’est, elle n’aura que le temps de répondre "du chlorofo…" avant de s’effondrer mollement. Payez une tournée à ses amis pour détourner leur attention et chargez là dans le coffre de la Simca 1000. Vous n’avez plus qu’à rouler vers le bois le plus proche armé d’une boîte de préservatifs et d’une pelle. Attention à utiliser tous les objets dans le bon ordre.

6/ « Negs » (2)
Envoyez une nouvelle « neg ».

"Excuse-moi, je n’ai pas compris ton prénom tout à l’heure, tu es Igor ou Grishka Bogdanoff ?"

7/ Enquêter
Demandez au groupe depuis quand ils se connaissent. Si vous découvrez que votre cible est sérieusement engagée avec un membre du groupe, saluez la compagnie et tentez votre chance ailleurs.

Attention cependant : comme cela fait bien dix minutes que vous racontez des blagues bien lourdes et que vous faites des tours de passe-passe ringards, vous pouvez être sûr que tout le groupe vous annoncera qu’ils se connaissent depuis toujours, qu’ils ont fait la légion et que là ils fêtaient leur entrée dans les ordres pour espérer pouvoir se débarrasser de vous. Il faudra utiliser des méthodes plus habiles pour véritablement obtenir les informations escomptées.

"Tu vas me dire si tu as un copain et depuis quand sinon je fais péter le turban de ta copine !"

8/ Isoler
Comme vous l’avez ignorée, faites-vous pardonner en la prenant à part – « viens, je vais te montrer quelque chose ». Profitez-en pour lui toucher l’épaule, ou lui prendre le bras pour la guider. La kinesthésie est capitale à cette étape.

"Viens, je vais te montrer quelque chose" ; pourquoi cette phrase me rappelle toujours le curé de ma paroisse à l’époque où j’étais enfant de chœur ? C’est marrant ça.

9/ Se démarquer
Faites une petite démonstration de vos talents. Par ex. : « Dis un chiffre entre 1 et 10. » (Tablez sur 7.) Puis dites-lui que, si la beauté est une qualité commune, vous ressentez chez elle une énergie/sensibilité/intelligence (au choix) qui la distingue.

Bon, à ce stade, vous l’avez isolée, mieux vaut l’assommer avec un gros caillou que lui demander de deviner un chiffre ou faire un compliment honteux, tant qu’à utiliser des méthodes bien lourdes, autant aller jusqu’au bout du concept.

10/ Pause
Taisez-vous. Si elle relance la conversation, c’est bon signe. Si elle reste muette et jette des regards de biche aux abois autour d’elle, c’est un peu mal engagé.

D’accord, mais si je l’ai assommée avec un gros caillou ?

11/ Conclure
Tentez la tactique du : « Tu as envie de m’embrasser ? » Si elle dit non, rebondissez : « Ah, c’est l’impression que j’avais. » Si la situation ne s’y prête pas, dites que vous devez partir, mais que vous aimeriez reprendre cette conversation un autre jour et prenez son numéro.

Notez bien la chose : en cas d’échec de votre technique de beauf, vous ne lui demandez pas son numéro : vous lui prenez : un taquet coinceur et ensuite, il n’y a plus qu’à fouiller son sac, son téléphone et sa carte SIM. Demander, c’est pour les faibles.

Merci, Men’s Health ; cette technique devrait aider quantité de mâles à devenir de fabuleux tombeurs, pour peu qu’ils se notent le tout sur une petite fiche avant de se rendre en soirée (car certaines étapes prises dans le désordre peuvent mener à de graves malentendus). Cependant, que serait la séduction sans la lecture de tous ces petits signes que nous envoient ces dames pour nous faire passer quelques discrets messages sur leur état d’esprit ? Messieurs, le magazine se propose de vous les dévoiler ; mesdemoiselles, voici de nouvelles clés pour mieux vous faire comprendre grâce aux 25 signes qui montrent qu’elle a envie de vous. A noter que l’article commence fort :

Le langage des femmes est très souvent incompréhensible.

En effet ; elles utilisent régulièrement des termes incompréhensibles tels "trendy-bio", "shopping" ou "égalité des sexes" ; aussi, plutôt que de les écouter, mieux vaut se concentrer sur le langage de leurs corps, autrement plus agréable aux yeux et aux oreilles. Et ça tombe bien, puisque le magazine nous parle de "vingt-cinq signes qui ne trompent pas et montrent que vous êtes sur la bonne voie !" ; c’est donc du sûr à 100% ; découvrons en quelques uns ensemble (non, parce que 25, bon).

Un exemple de femme au langage incompréhensible

1 Elle vous appelle par votre prénom et non par votre surnom parce qu’elle n’est pas un de vos potes et n’a aucune intention de le devenir.

Ou alors votre surnom est "biloute" et elle a reçu un minimum d’éducation ou a plus de 80 de QI.

3 Elle se frotte les lèvres l’une contre l’autre en votre présence.

Elle peut aussi avoir un herpès labial.

7 Ses attitudes commencent à ressembler à celles de Kirsten Dunst.

Attention à ne pas confondre "Kirsten Dunst" et "Kirsten Prout". Ca veut aussi dire que Kirsten Dunst désire tout le monde vu qu’elle a tout le temps une attitude d’elle-même. Quelle coquine celle-là.

9 Elle vous touche plusieurs fois.

Poing fermé et en visant vos gencives, ça ne compte pas : essayez plutôt d’esquiver et ripostez d’un crochet du gauche. Ou utilisez son piercing à l’arcade comme une goupille de grenade (vous pouvez même agrémenter le tout d’un "fire in the hole !" en tirant sur l’anneau métallique).

10 Elle rit fréquemment, nerveusement, même quand il n’y a rien de drôle.

Ça veut surtout dire qu’elle est un peu conne.

13 Elle vous dit que vous ressemblez à une célébrité.

Si elle dit "Carlos", contentez vous de pleurer.

16 Son portable sonne et elle ne répond pas. Mieux, elle l’éteint.

Je suis désiré par un nombre incalculable de femmes en réunion.

18 Elle vous dit que vous avez du talent. Selon les Lois de la chimie de Mick Jagger, cela veut dire qu’elle vous trouve terriblement sexy. Le talent est l’épice de la personnalité.

Ou alors vous deviendrez son meilleur ami gay, celui qu’elle adore car il a un vrai talent pour écouter et qu’on peut parler de tout avec lui.

19 C’est elle qui vous rappelle.

Si c’est pour vous prévenir qu’elle va vous faire un procès pour harcèlement, attention tout de même.

21 Elle est en retard mais curieusement a quand même pris le temps de se maquiller.

On parle de femmes, hein ? Ponctuelle et démaquillée, ça n’existe que dans les livres.

La femme ponctuelle a rejoint la licorne au rang des créatures improbables

23 Elle vous demande si vous savez où se trouvent les toilettes, le vestiaire etc. Quand vous lui indiquez, elle tourne les talons et part dans la bonne direction.

Je vous rappelle que ça fait partie "des signes qui ne trompent pas" ; je n’ai même pas besoin de le commenter, il se suffit à lui-même.

24 Elle est dans la salle de bains depuis plus de 3 minutes, ce qui est plus de temps qu’il n’en faut pour un petit pipi.

Elle fait peut-être un gros caca ?

Non, vraiment, merci Men’s Health, je me sens bien mieux armé maintenant pour aller draguer ; sans compter que je lis autrement mieux les nombreux messages que m’ont envoyés mes collaboratrices & amies et que pourtant je n’avais jamais détectés auparavant. C’est fou le succès que j’ai, en fait. Demain, je n’hésite pas et je vais les séduire. D’abord, je les ignore, et ensuite je leur propose de sortir de la salle de réunion car j’ai "quelque chose à leur montrer" ; de là, tout devrait bien se passer.

Heureusement que les magazines masculins relèvent le niveau par rapport aux magazines féminins et ne tombent pas dans la caricature ; au moins, nous, on a de vrais articles de fond qui portent sur de vrais sujets de société.

C’est à cela que l’on reconnait la supériorité des hommes.

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