Voici venir la dernière semaine avant Noël.

Voyez comme les rues sont emplies d’enfants aux joues rougies par le froid, leurs visages ronds s’arrêtant en de grands rires devant les vitrines illuminées ;  entendez ces doux chants qui montent à vos oreilles : Mozart, Bach, René la Taupe… tous les plus talentueux artistes s’invitent sur nos trottoirs. Ah, ça, oui ! Pas de doute : il est temps de presser le pas pour aller quérir les présents qui feront le bonheur des petits, mais aussi des grands.

Cependant, comme chaque année, il est bien difficile de trouver de bonnes idées pour surprendre son prochain et tirer de lui un si doux sourire lorsque, au pied du sapin, il trouvera l’inattendu, l’attentionné, l’excellent cadeau que vous lui aurez fait. Heureusement, sur ce blog, et en cette période de Noël, le maître des lieux s’en voudrait de ne pas mettre la main à la pâte pour aider les indécis à trouver leurs ultimes cadeaux. Aussi, permettez-moi de vous présenter une brève liste d’idées qui pourront, je l’espère, vous aider.

Vous avez votre bloc-notes à proximité ? Alors allons-y.

Le Chihuaha

Attention, un seul de ces deux petits animaux a appris la propreté. Concentrez-vous.

Vos amis rêvaient d’un chien ? Offrez leur un chihuahua.

Un choix judicieux, sachez-le, tant il faut savoir que le chihuahua est dans le top 10 des animaux les plus cons du globe, juste en dessous de l’huître et du présentateur télé. Minuscule et tremblotant en permanence probablement puisque la coordination de ses quatre pattes demande déjà un effort monstrueux à son cerveau, le chihuahua a l’avantage de se dissimuler facilement dans une boîte à chaussure, ce qui est fort pratique pour l’offrir. Certes, il faut penser à faire des trous pour laisser la bête respirer, mais quand bien même, il faut au moins une semaine aux heureux destinataires du cadeau pour s’apercevoir que l’animal est mort, tant d’un point de vue tant intellectuel qu’olfactif, ça ne fait pas de grande différence avec son équivalent vivant. En général, ce qui met sur la piste, c’est qu’il n’a pas déféqué sur le tapis. Notons d’ailleurs que le chihuahua est le seul animal avec le yorkshire capable de produire des étrons plus gros que son propre corps, ce qui laisse supposer que son anus est une sorte de porte des étoiles, mais là n’est pas le sujet.

Non, en offrant un chihuahua, vous avez la garantie que non seulement par la suite, vos amis n’oseront jamais critiquer vos cadeaux puisqu’ils l’auront demandé, mais que par ailleurs, quoique vous offriez derrière, vous ne pourrez jamais faire pire que ce truc. Alors n’hésitez pas : pour Noël, faites leur payer le fait qu’ils demandent à se faire offrir un chien en les condamnant à vivre en colocation avec un chihuahua.

La culotte Edward

On attend avec impatience la version Jacob, pour créer une sorte de mise en abyme slipesque.

Vous avez dans votre entourage une jeune fille qui se transforme littéralement en flaque à la simple évocation du sieur Patachon, ou qui semble même excitée à la vue d’une choucroute ? Aucun doute possible : vous avez là l’occasion en or de faire un cadeau qui fera se joindre l’utile à l’agréable. Grâce à la culotte Edward (mais si, si), non seulement la bougresse n’aura jamais été aussi proche du vampire de ses rêves, mais par ailleurs, ses parents vous remercieront d’ainsi protéger la virginité de leur fille, car on imagine bien le pauvre bougre qui, après avoir séduit la bougresse, découvrira en face de lui le regard du Edward grognon.

Logiquement, il s’effondrera, littéralement pris de convulsions, et lorsqu’il sortira du coma, se contentera d’entrer au monastère en essayant d’oublier l’horreur à laquelle il a fait face. Chaque nuit, il cauchemardera de la vision d’horreur du gros Edward chevelu qui semblait lui reprocher sa tentative d’accouplement. Un sort terrible.

D’ailleurs, tant qu’à rentabiliser l’investissement, n’oubliez pas : à chaque fois que la jeune fille en question viendra chez vous avec ses parents par la suite, ne cuisinez que du chou. Non seulement la belle y verra une allusion à son idole, mais par ailleurs, vous pourrez savourer intérieurement le triste destin auquel vous condamnez le pauvre Edward dans les heures qui suivront.

J’attends avec impatience l’édition Gandalf avec la sortie du Hobbit, intitulée « None shall pass » ou quelque chose dans le genre.

Le DVD de Prométhéus

Rappelons qu’une suite est prévue : voilà encore un Noël de prêt.

Vous avez tous un ami relou (mais si, vous le savez mais évitez simplement de lui dire par courtoisie, bande de petits filous) qui lorsqu’il apprécie un film, ne tolère aucune critique à son égard, voire le qualifie instantanément de chef d’oeuvre pour se donner des airs d’érudit. Non parce qu’il ne peut pas simplement aimer un film : il l’a forcément compris, et y a vu tellement de choses que c’en est à se demander s’il va au cinéma sous acide, ce que, cela dit, je ne peux personnellement guère condamner dans bien des cas.

Avec Prométhéus, vous êtes sûr de lui faire plaisir : 100% des scènes ratées ou incohérentes, un côté supra-pompeux et une licence considérée comme mythique pour nombre des actuels gros consommateurs de cinéma et de séries… vous ne pourriez lui faire plus beau présent. n’hésitez pas, par la suite, à passer le repas de Noël à ses côtés pour l’écouter tenter d’inventer des sparadraps au scénario en extrapolant sur « ce qu’il n’y a pas dans le film mais qu’il faut comprendre en fait, tu vois« . Si vous ne l’aimez vraiment pas, contentez vous simplement de lui lister toutes les incohérences, et regardez son cerveau se liquéfier tranquillement pour aller rejoindre le jus des huîtres.

Si vous ne savez pas à qui l’offrir, contentez-vous de trouver un ami qui a les DVD de 24. S’ils trouvaient les rebondissements de cette série crédible : c’est bon, c’est un client.

Bilbo le Hobbit

Le livre qui se termine plus vite qu’un seul des films

Si la précédente idée cadeau ne vous a pas suffi et que vous voulez quelque chose qui crée des débats encore plus casse-gueule, n’hésitez pas à offrir Bilbo le Hobbit à un fan.

Pas le film, hein, il n’est disponible qu’en salle et je sais que vous ne téléchargez jamais car vous êtes d’honnêtes citoyens. Non, je vous parle du livre, celui avec marqué dessus « Maintenant au cinéma » parce que c’est le livre du film du livre, tout ça tout ça. Après l’avoir offert, de préférence à un fan, même s’il l’a déjà lu, vous avez là non seulement une occasion de lui faire plaisir, mais aussi de disserter avec lui du sens de la vie, puisque vous pourrez alors aborder avec la cible du présent des questions aussi existentielles que « Mais dis-moi, tu n’as pas l’impression que l’on se fout un peu de ta gueule à faire 3 films à partir d’un livre qui à lui seul était deux fois plus petit qu’un seule tome du Seigneur des Anneaux ? » , « Es-tu vraiment certain qu’il faille complètement adapter un livre au cinéma ? Du genre, lorsque des nains font la vaisselle sur trois lignes dans un livre, est-ce que tu n’as pas là encore l’impression qu’en faire une scène entière, c’est juste pour rallonger la sauce et te faire payer plusieurs places au lieu d’une ? » « D’ailleurs, as-tu remarqué comme, ces deux dernières années, tous les livres ont subitement tous eu besoin de deux films pour être adapté au lieu d’un ? » « Peux-tu poser cette bûche pendant que je te parle ?« .

Logiquement, la soirée devrait rapidement tourner au pugilat, ce qui mettra un peu de piment dans une fête habituellement trop calme.

Ce qui sera toujours plus intéressant que le film, donc.

Un masque de Guy Fawkes

Le masque est aussi très utile pour cacher l’acné de quantité de ses porteurs

Si vous hésitez, regardez bien sur Facebook : vous avez forcément un ami qui signe n’hésite pas à militer vigoureusement dans des groupes comme « Pour ceux qui sont contre le cancer« , « Tous unis contre la torture » et plus discrètement administrateur de la page « Télécharger du p0rn gratos : les bonnes adresses« . E-militant qui ne fout pas un pied dans la rue parce qu’il fait froid, pas un dans les partis parce qu’ils sont tous corrompus, et pas un dans les associations parce qu’il n’a pas le temps après 18h, il combat vigoureusement l’impérialisme depuis Facebook ou Twitter, et s’offusque publiquement contre l’inaction des masses dont il ne fait évidemment pas partie, puisqu’il soutient des groupes sur internet. Censeur des censeurs, bourreau des bourreaux mais à condition de pouvoir le faire depuis chez lui entre deux épisodes de Dexter, il saura apprécier ce présent qui lui rappellera toute sa condition d’activiste 2.0. Il passera alors la soirée de Noël à vous expliquer comment il lutte contre le capitalisme grâce à ce symbole, puis s’en retournera préparer la Révolution depuis son iMac.

Bref, de grands moments en perspective.

Voilà, n’hésitez pas à en combiner plusieurs pour gâter vos petits préférés, et surtout, n’oubliez pas de prendre des photos.

C’est qu’un type en slip Edward avec un masque de Guy Fawkes, ce serait quand même bête de le manquer.

La nuit était encore jeune.

Par la fenêtre aux volets grands ouverts, les nuages gris et bas avaient achevé de dissimuler les étoiles, formant une immense couche molle qui tout en cachant la voute céleste, reflétait les lumières orangées de la ville. Un léger courant d’air sortait du radiateur, faisant trembler les figurines d’origami qui encombraient les étagères du petit studio étudiant. Ça et là, d’anciennes affiches de concerts depuis longtemps terminés couvraient les murs aux couleurs dégradées, et parfois, sous le pli d’un recoin de corné, on pouvait voir paraître un trou dissimulé à la va-vite par ce camouflage de papier glacé.

La tête profondément enfoncée dans l’oreiller, Charlène détourna les yeux de ce curieux ciel orangé pour observer l’affiche qui lui faisait face ; sur celle-ci, le héros d’un quelconque film semblait l’observer de ses petits yeux ronds depuis l’abri d’une imposante capuche ; se tournant sur sa gauche, elle sentit le corps de son compagnon se gonflant à chaque inspiration ; le simple fait de voir par la fenêtre le ciel hivernal lui avait donné froid : aussi vite qu’elle le put, elle se glissa jusqu’à lui et se colla à sa peau dont émanait une douce chaleur. Elle eut un petit rire en s’accolant à ce curieux chauffage, et murmura à l’oreille de celui qu’elle soupçonnait de ne pas dormir.

« Cette nuit était… extraordinaire.
- Hmm ? Je sais.
- Je voulais te dire que… je… je t’aime.
- Hmmm…
- Cela fait quatre ans que nous sommes ensemble, et tu vois, ce soir, j’ai l’impression que tu as encore trouvé quelque chose de nouveau à me révéler… une facette de ta personnalité. Une part de toi qui m’était inconnue. C’est peut-être parce que je suis un peu pompette, mais, hihihi !
- Hmm hmm.
- Je… vraiment… je… je t’aime Loïc. »

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Le dit Loïc poussa une profonde inspiration ; il se tourna, la regarda dans les yeux, et constata qu’elle disait la vérité : elle l’aimait. Malgré l’obscurité, elle nota un curieux rictus sur son visage ; il avait l’air de rire sans produire le moindre son. Elle suivit son regard en voyant que celui-ci se déplaçait, et constata qu’il se portait sur l’affiche qu’elle avait précédemment observée. On pouvait y lire :

« Mission Impossible – Protocole Fantôme« 

Quel mystère recelait cette affiche ? Pourquoi Loïc semblait-il s’amuser ? Et si Charlène secouait les draps, là, maintenant, allait-elle comprendre le sens de l’expression « silent but deadly » ? Autant de questions auxquelles il convient de répondre ; spoilons mes bons !

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L'affiche : et pas d'idées, non plus, visiblement. Ou alors trop, mais uniquement des mauvaises

Notre histoire commence par une grise journée, quelque part du côté de la gare centrale de Budapest, au pays du paprika.

Sur le toit d’un bâtiment qui n’avait rien demandé, un bellâtre surgit, débouchant d’une cage d’escalier dans laquelle se trouve moult galopins à sa poursuite, visiblement soucieux de l’abattre (probablement pour d’excellentes raisons, comme par exemple sa coupe de cheveux) ; mais ce n’est pas un problème pour notre jeune fripon que nous appellerons Jean-Jacques, comme le veut la tradition de ce blog (vous en déduisez donc naturellement que l’importance du Monsieur pour la suite sera limitée, et vous avez raison). Dans tous les sens, entre lui et ses poursuivants, ça tire, ça râle, mais comme il se doit dans ce genre de film, même lorsqu’il court en ligne droite deux mètres devant ses ennemis, ces derniers vident leurs chargeurs en le ratant comme de grosses tanches selon le règle dite de « James Bond » ainsi énoncée : « Un personnage anonyme n’a que peu de chance de toucher ou même érafler un personnage ayant un nom, et plus il y a de personnages sans nom au même endroit, moins ils ont de chance de réussir quoique ce soit« . Cela étant dit, notre loulou finit par sauter du toit où il se trouvait pour filer en contrebas, s’aidant dans cette manœuvre d’un fameux gadget : une capsule qui une fois jetée au sol, se transforme en gigantesque matelas pour amortir sa chute. Je ne vous cache pas que je veux la même chose dans ma garçonnière, mais passons sur les raisons qui motivent chez moi cette soudaine et déraisonnable envie d’achats (probablement l’approche de Noël).

Après avoir semé les méchants qui voulaient le transformer en pulpe, Jean-Jacques se rend dans une petite ruelle où une blondinette l’attend ; mais à peine a t-il aperçu la donzelle que son téléphone fait « Bidibip ! » pour lui annoncer qu’il a un SMS : il regarde donc son appareil et, ce faisant, détourne son attention de la damoiselle, ce qui est une grosse erreur tant l’on connait la fourberie naturelle de ces êtres. En effet, celle-ci sort promptement un pistolet et lui envoie trois balles dans le museau, ce qui est tout de même moyennement sympa. Cela fait, elle vient le prendre dans ses bras alors qu’il choit, pour lui faire un câlin tout en lui mettant quatre autres pruneaux dans le bidou. Oui, cette action n’a aucun intérêt pour elle, à part celui de frotter tout son ADN contre sa victime et de prendre le risque de voir le mourant tenter une dernière action, genre plantage de couteau, mais on va dire qu’elle fait ça parce qu’elle est secrètement excitée par les gens qui agonisent longuement (Valérie Giscard d’Estaing doit être une sorte de grand fantasme pour elle ; agoniser depuis 1981 tout en jouant de l’accordéon, c’est quand même balaise).

Une fois cela fait, la damoiselle se relève, récupère sur sa victime une sacoche, et s’en va du bon pas de celle qui vient de faire du bon travail (ou qui a des soldes à faire, c’est selon). A côté du mort, on aperçoit alors son téléphone avec le dernier message qu’il venait de recevoir : un MMS (si, si) avec une photo de la blondinette marquée en gros « ASSASSIN » ; visiblement, le message est arrivé trop tard. Et, oui, la nana, bien que n’ayant pas pu ignorer l’appareil avec sa photo en gros, a décidé de le laisser sur place, histoire que tout le monde puisse se lancer à sa poursuite.

Ça commence fort.

Mais ne nous attardons pas sur cette jeune fille aux moeurs douteuses et au professionnalisme consternant, et allons plutôt du côté de Moscou, quelques temps plus tard. Par une belle nuit, nous voici au coeur d’une prison de la capitale russe, où l’on peut entrapercevoir dans une chambrée endormie un prisonnier tuant l’ennui en faisant ricocher un gros caillou contre un mur ; le genre de bruit un peu lourd qui risque de réveille tous ses camarades avec un furieuse envie de lui bourrer la gueule (enfin, uniquement dans le meilleur des cas), mais je dis ça, c’est pour éviter une fin de nuitée douloureuse à ce gourgandin des plus naïfs. Bref ; pendant ce temps, à l’extérieur, deux agents du groupe Mission Impossible, travaillant pour la CIA, sont à pied d’oeuvre : il s’agit d’un côté de Benji Dunn, informaticien surdoué qui depuis une camionnette, vient de pirater toute la sécurité de la prison, et de l’autre de Jane Carter, donzelle relativement poumonnée qui attend patiemment dans les souterrains de l’endroit le moment où elle devra récupérer le prisonnier qu’ils sont venus chercher.

Dès que tout le monde est en position, Benji commence à ouvrir des portes de cellules un peu partout dans le pénitencier, et une émeute démarre bien vite ; finalement, le verrou de la chambrée du détenu amateur de ricochets minéraux s’ouvre, et nous découvrons dans la lumière le visage de celui-ci : il s’agit bien évidemment d’Ethan Hunt, le chef surdoué (J’en ai vu un pouffer ! Oui ! Je t’ai vu, au fond, galopiot ! Tu viendras me voir à la fin de l’article !) du groupe Mission Impossible ! Et comme toujours, il fait n’importe quoi (une spécialité chez lui), en commençant par refuser de s’évader malgré le plan établi (peut-être aime t-il le confort douillet des prisons d’ex-URSS). Car oui, il a mieux à faire : faisant signe à Benji via les caméras de l’endroit, il lui ordonne d’ouvrir des portes pour se frayer un chemin dans l’émeute jusqu’à une cellule où il a un pote à récupérer, un Russe bedonnant prénommé Bogdan. Sûrement son petit gros porte bonheur (le mien est ministre du travail).

Passons sur les détails consternants de cette épopée, mais malgré ce changement de plan comme ça, pouf pouf, juste pour rigoler, l’arrivée d’unités anti-émeutes (qui se font tataner malgré leur tenue par un Tom Cruise nain seulement équipé d’un marcel crasseux et d’un pantalon qui sent l’urine) et les hordes de prisonniers déchaînés se promenant de-ci de-là, Ethan et son pote Bogdan finissent arriver jusqu’au point d’extraction, une petite salle de la prison sous laquelle se trouve l’agent Carter embusquée dans son souterrain. En deux coups de gadgets magiques, elle a tôt fait de faire s’effondrer le sol de l’endroit, permettant aux deux filous de s’enfuir, allant rejoindre la camionnette de l’ami Benji avant de prendre le grand large.

Dans ce film aussi on met les femmes dans des caves : il marque des points auprès de moi

Et là, générique. Spectateur, sache que c’est probablement le générique le plus idiot du monde, puisqu’on y voit – sur fond du célèbre thème de Mission Impossible –  des gros plans sur les scènes à venir du film. Comme ça, vous savez déjà ce qu’il va se passer lors de scènes « phares » ; je regarde ma montre : 10mn, et j’ai déjà la fin du film. Bravo.

Allez, assez bavé : revenons à nos moutons. Dans la camionnette, tout le monde est trop content de cette évasion réussie, mais s’étonne quand même « Dis-donc Hunt, c’est moi ou tu as failli foutre tout le plan en l’air juste parce que tu as eu envie sur le coup de sortir un pote, comme ça, pouf, sur un coup de tête et sans prévenir personne ? » ; Ethan n’hésite donc pas à répondre « Nan c’est pas toi, c’est juste que je suis un gros con« . Ou alors, ça je l’ai peut-être fantasmé, je ne suis plus sûr. Ah, c’est pas évident.

Bogdan, de son côté, ne se plaint pas : on l’a sorti alors qu’il ne demandait rien à personne, et en plus il est entouré d’agents secrets américains visiblement complètement trépanés puisqu’ils s’appellent par leurs vrais noms et sont à visage découvert ; il s’étonne juste de découvrir qu’Ethan s’appelle Ethan et est natif du pays du hamburger et de JJ Abrams, alors que lui pensait qu’il s’appelait Sergeï et était natif du pays de T.A.T.U et de Vladimir Poutine (car oui, Ethan parle tellement bien le russe qu’il n’a aucun accent, et maîtrise parfaitement le jargon des prisons moscovites au point que personne ne s’est jamais douté qu’il pourrait être vaguement étranger, quel homme). Oui, la Russie a des spécialités curieuses. Qu’importe : Bogdan est gentiment confié à une autre équipe pour pouvoir fuir les autorités du coin, et le trio Hunt – Carter – Dunn poursuit sa route paisiblement, continuant de discuter de sujets divers & variés. A commencer par la raison de cette évasion : Ethan, qui semble t-il était en prison pour avoir un peu merdé lors d’une précédente aventure, se demande bien pourquoi on est venu le sortir de là, et la réponse tombe bien vite : la CIA a un gros souci. Pour mieux saisir la chose, Carter explique donc plus en détails ce qu’il s’est passé à Budapest quelques temps plus tôt lors de la scène d’ouverture du film. Suivez bien.

A Budapest, Benji, Carter et Jean-Jacques, le simili-remplacement de Ethan quand celui-ci est occupé dans des douches de prisons moscovites, devaient intercepter un « courrier » transportant des documents sensibles en gare de la capitale hongroise (Ethan pense que l’on parle de la recette de la pálinka de prunes, activement recherchée par la CIA comme arme de destruction massive, suite au célèbre attentat dit de « L’implosion des latrines du Pentagone »  de 1997) . Pour ce faire, Jean-Jacques portait d’ailleurs une superbe lentille de contact contenant un micro-ordinateur, lui permettant de trouver dans une foule la cible transportant les documents uniquement à partir d’une vieille photo de permis de conduire : pratique. Sitôt que sur sa rétine est apparue en surimpression un petit cadre rouge autour d’un Monsieur avec marqué « Vas-y Jean-Jacques, choppe-le, c’est lui le rabouin ! » (les lentilles de contact ne sont pas connues pour leur éducation, c’est consternant), le bougre d’agent s’est lancé à sa poursuite, lui a envoyé un peu de sédatif et lui a tiré son sac comme un vulgaire voleur de poules. C’est alors qu’il a constaté qu’il n’était pas seul sur le coup : d’autres agents impossibles à identifier se sont lancés à sa poursuite, tentant de l’abattre parce que merde, il ne serait pas dit que quelqu’un volerait au coeur de la Hongrie la recette de la pálinka de prunes.

La suite, vous la connaissez : Jean-Jacques parvient à fuir, se rend dans une ruelle et là, il rencontre son destin. Enfin pour être exact : il aperçoit la blonde arrivant en face de lui, et sa lentille l’identifie, lui envoyant ainsi un message sur son téléphone pour le prévenir.

Question : pourquoi 10mn avant, dans la gare, la lentille donnait toutes les informations directement sur la rétine, et là se sent-elle obligée d’envoyer des SMS sur le portable de l’agent du genre « Attention, lol ;)« , histoire de bien détourner son attention ? Et puis quand bien même : c’est quoi ce concept ? J’imagine le pauvre mec qui fait une planque avec ce genre de matériel et qui du coup, dès qu’il voit passer un agent ennemi, se retrouve à faire BIDIBIDIBIIIIIIIIP pour bien se faire repérer. Bref.

Donc, disais-je avant de m’interrompre, Jean-Jacques se fait abattre comme le gros nase qu’il est, mais là, attention, passage obligé : à peine son assassin a t-il disparu au coin de la ruelle, emportant la précieuse sacoche à documents, que Benji et Jane débarquent en courant, PILE à la seconde où la nana a tourné au bout de la rue, PILE en venant des seules directions où ils ne pouvaient pas la croiser, et EVIDEMMENT sans même regarder alentour s’il n’y aurait pas la nana affichée en gros sur le téléphone portable du mort pas loin (car techniquement, il leur suffit de faire 3 mètres et d’avancer au coin du passage pour la voir, surtout qu’elle s’enfuit en marchant, formidable). Quant à Jean-Jacques, il n’est pas mort-mort, il est juste mort-mourant : Jane a le temps de le prendre dans ses bras, simplement pour le voir pleurer et l’entendre dire « Jane, je t’aimeuuuuuaaaarghhhhh…« .

Oui enfin, tu dis ça, mais en moins de deux minutes, tu t’es laissé choir dans les bras de deux damoiselles différentes, petit trainé.

En tout cas, ce moment est tellement caricatural qu’il déchire la trame de l’espace-temps et nous renvoie dans la camionnette de Mission Impossible dans le présent, où Jane jure qu’elle se vengera de cette radasse blonde d’assassin, dont elle a obtenu le nom : il s’agit de Sabine Moreau, vilaine française connue pour être l’un des meilleurs tueurs si ce n’est le meilleur au monde (ah bah putain, une professionnelle qui se frotte à ses victimes avant de laisser en évidence un téléphone avec sa photo en gros, si c’est la meilleure, ça fait rêver quant au niveau des autres ; ils font quoi, ils laissent un bon de passage La Poste « Je suis passé vous tuer aujourd’hui mais vous n’étiez pas là : merci de venir me retrouver à l’entrepôt désert demain soir pour obtenir une mort rapide. Je vous laisse mes coordonnées pour m’appeler si vous ne trouvez pas, c’est derrière le Quick. » ).

Mesdames et messieurs : la plus grande tueuse du monde d'après le film. Ca fait très très peur.

Ethan s’interroge cependant : c’est si rude que ça pour les intestins, la pálinka ? Mais Jane le coupe : en fait, les documents dans la sacoche volée, loin de traiter d’alcool de prunes, étaient tout simplement… les codes de lancement nucléaires russes. Car oui, ils se promènent dans la nature, c’est assez courant, et sans que les Russes ne s’en inquiètent, parce que bon, hein, c’est pas comme si c’était important. C’est comme ça à Moscou « Hoooo Mikhaïl, tu as encore paumé le post-it avec les codes de lancements nucléaires, on va encore risquer une guerre, pffff, là on est vendredi soir, mais lundi matin faudra qu’on les cherche, hein« .

L’équipe a cependant déjà des ordres quant à la suite : elle emmène donc Ethan à une cabine téléphonique d’une banlieue pourrie de Moscou, où en composant un certain numéro, surgit non pas la voix sensuelle d’une opératrice téléphonique visiblement soucieuse de raconter des cochoncetés, mais un gros écran avec une voix préenregistrée qui dicte la mission qui attend notre héros.

« Bonjour Ethan. Comme vous le savez, nous vous avons fait sortir de prison pour un but précis : nous avons une mission pour vous, si toutefois, vous l’acceptez (enfin ça serait un peu chafouin de pas la faire alors qu’on vous a sorti de taule, allez, faites pas votre pute). Vous devez vous rendre au Kremlin afin d’obtenir des informations dans les archives de celui-ci sur les potentiels méchants qui pourraient en vouloir aux codes ; pour ce faire, vous serez déguisé en général Kokov, le seul général nain de l’armée rouge, parce que merde, vous êtes Tom Cruise : même avec un masque, ce serait compliqué de vous faire passer pour Tony Parker. Par ailleurs, je vous informe que vous avez moins de 5 heures pour faire cette mission, et que votre équipe sera constituée des deux cons qui vous ont accompagné jusqu’ici. Voilà voilà… je crois que j’ai tout dit… Simone, je suis arrivé en bas de mon texte, comment on coupe l’enregistreur ? Ici ? Bon, heu, hem, ce message s’autodétruira dans 5 secondes, au fait.

P.S : Oui, je sais, vous allez dire « Putain, mais ça sert à quoi d’installer un truc hors de prix discrètement dans une cabine de banlieue moscovite en prenant moult risques, surtout pour qu’il ne serve qu’une fois et qu’on l’autodétruise, quand on aurait pu filer le briefing à vos deux compagnons qui de toute manière, vont faire la mission avec vous, ce qui nous aurait évité de perdre le temps de vous amener jusqu’à cette cabine, sachant qu’on a déjà peu de temps pour agir », mais je vous emmerde, Hunt, vous m’entendez ? Mon mépris est un obélisque dressé sur la plate-bande de votre irrévérence ; en un mot, je vous conchie. Rah, comment ça se coupe ce bidule, est-ce que c’est ce bouton l – CLIC - « 

Car oui, à la CIA, quand on veut obtenir des informations du Kremlin, on envoie des mecs en infiltration : ce n’est pas comme s’il existait des fonctionnaires corruptibles en Russie, non mais ho. En tout cas, après avoir partagé les informations du briefing avec son équipe, Ethan et ses deux compagnons se préparent à passer à l’action ; aussi je vous propose de retrouver nos loulous quelques heures plus tard, au Kremlin, une fois que tout le monde est prêt.

Ethan et Benji, déguisés en officiers russes, entrent dans le célèbre bâtiment par la grande porte, où personne ne les passe aux rayons X ou même au détecteur de métaux malgré leurs énormes valises fort peu crédibles, et où un spécialiste de la sécurité qui les aborde ne remarque même pas leur curieux accent américain, une fois encore. Puisque oui : Benji aussi parle le russe comme un dieu, ses heures passées derrière un écran à programmer lui ayant sûrement appris à effacer toute trace de son accent. Passons ; l’équipe parvient à s’infiltrer jusque dans les sous-sols de la célèbre bâtisse, et atteint le couloir des archives, qui est hélas gardé par un malheureux soldat ; que faire ? L’endormir ? Le baratiner ? Se débarrasser d’un soldat isolé, c’est vraiment trop dur pour des mecs de Mission Impossible ; aussi nos héros ont tout prévu : ils ont un écran de toile déployable PILE de la taille du couloir visé (sachant qu’ils n’ont eu que quelques heures pour se préparer, c’est quand même bien foutu ; dire que chez Confo, des fois, faut trois semaines pour avoir la bonne vis, moi je dis respect), avec derrière celui-ci, un projecteur qui envoie sur l’écran une image du couloir vide, calculée en fonction de la perspective depuis laquelle regarde le garde pour qu’il ne s’aperçoive de rien et ait juste l’impression d’observer le couloir désert : de la haute technologie les enfants. Ainsi, nos héros peuvent avancer derrière l’écran en restant parfaitement invisibles (il leur suffit juste de faire avancer le dit écran en même temps), jusqu’à la porte du couloir menant aux archives. Et coup de bol (une fois encore, et ce n’est pas fini) figurez-vous que le digicode et l’ouverture de la porte blindée des archives du Kremlin ne font aucun bruit ! Pas un « Bip ! » ou un « Clac ! » ; non : dans le plus pur respect de la tradition des bibliothèques, ils ne produisent pas le moindre son. C’est beau.

Seulement voilà : alors qu’Ethan fouille les archives, il réalise que les documents qu’on l’a envoyé chercher sont… des casiers vides. Il n’y a rien là-dedans, que du vent ! Qu’est-ce que cela signifie ?

La réponse vient vite lorsque, sur leur fréquence radio, les agents de Mission Impossible entendent quelqu’un s’exclamer « Ok chef : maintenant qu’on s’est bien infiltrés, j’ai posé la bombe, allez, je fais tout sauter ! » : tout cela est un piège, on les a attiré là-dedans pour les faire passer pour des terroristes ! Nos héros décident donc de fuir à toutes jambes, se dispersant dans le bâtiment avant de galoper vers l’extérieur ; ce faisant, Ethan croise un homme habillé en civil et transportant une énoooooorme sacoche qui marche paisiblement dans les couloirs, mais n’y prête guère attention, soucieux de filer promptement dans l’immédiat.

Oui, dans ce film, toutes les sacoches et objets de cuir du même genre sont des objets vaguement maléfiques. Comme le dirait Marine Le Pen « Encore un coup des Marocains« .

Meuheuheuheu hohohohoho HINHINHINHINHIN... hem je... hmmm... je suis juste une sacoche d'accord ? Je ne viens pas du tout d'avoir un rire maléfique. Vous avez rêvé.

En tout cas, je vous passe les détails et les ruses de goupil qu’emploie l’ami Hunt, mais il finit par sortir du bâtiment, rejoignant la Place Rouge où il retourne son uniforme militaire pour faire apparaître en-dessous une tenue de paisible touriste… sauf que sitôt sur la place, il aperçoit à nouveau l’homme à l’énorme sacoche de tout à l’heure, et s’étonne que quelqu’un d’autre ait filé du bâtiment aussi vite que lui (surtout que toi tu courais, lui non, explique-moi comment il est sorti avant toi ?) ; il constate d’ailleurs que dans sa sacoche, il semblerait qu’il transporte quelque chose de louche, mais alors qu’il s’approche pour essayer de tirer tout cela au clair, quelque chose de peu banal arrive :

Le Kremlin explose.

Comme ça, broum, la moitié du bâtiment part en fumée, et une partie de la Place Rouge saute à son tour, empêchant le pauvre Ethan de rattraper sa cible : il est purement et simplement soufflé par l’explosion. Il se prend donc dans le nez un bon vieux fondu au noir alors qu’il sombre dans l’inconscience… (quel suspens insoutenable)

A son réveil, Ethan est dans un hôpital ; visiblement, il n’a pas eu de trop gros bobos mais… il est solidement menotté à son brancard. Que… comment ? Pourquoi ? La police l’a-t-elle trouvé ? Est-il au fond d’un donjon belge ? Ces interrogations ne durent guère pour notre homme, puisque rapidement lui apparaît un certain Anatoly Sidirov, agent du FSB, l’ex-KGB, qui a bien envie de lui poser quelques questions. En effet, on a retrouvé sur Hunt une veste réversible servant de déguisement d’officier russe, et en écoutant ce qu’avait enregistré le micro qu’il portait sur lui, ils ont entendu le fameux message pirate « Attention chef, je vais faire sauter la bombe !« . Aussi, la conclusion est simple : Ethan est accusé d’avoir participé à un attentat ayant tué moult personnes et rasé une partie de la Place Rouge, Kremlin compris. Flûte, zut, cacaboudin comme on dit.

Mais attendez, hoooo, les Russes, là, vous vous croyez où ? Vous pensez sérieusement arrêter Tom Cruise avec une paire de menottes et un sermon sur le fait que faire sauter les gens, c’est mal ? Vous parlez à un scientologue, là, pas à un type régi par les lois de la raison, malheureux !

Aussi, ni une, ni deux, Ethan a tôt fait de se débarrasser de ces banales étreintes et s’enfuit de l’hôpital via moult acrobaties, avant de récupérer de quoi se fringuer sur divers trucs passant à portée (la vie est bien faite : tout ce dont il a besoin l’attend dans la rue et sans surveillance ; aaaah, Moscou !), et volant même un téléphone tel un racaillou malin afin de joindre son agence pour que l’on vienne le récupérer. Et le soir venu, ce qui est dit est fait : une imposante voiture vient le chercher à un coin de rue.

Sauf qu’à l’arrière de celle-ci, ce ne sont pas de simples agents qui sont là, mais le ministre de la justice américain lui-même, Bob Jevaimourir, accompagné de son analyste en chef, William Brandt. Ensemble, ils expliquent à Hunt que la situation sent méchamment le caca : les Russes n’aiment pas trop que des américains se déguisent et fassent sauter des bombes par chez eux ; roooh, quand même. Ils sont un peu soupe au lait, hein ! Ça va, c’est pas comme si on avait fait sauter Versailles ou le Futuroscope, hoooo. Tsss.

Conséquence de quoi, le Président a déclaré le « Protocole Fantôme » : l’agence Mission Impossible est dissoute, et l’ensemble de ses éléments est considéré comme ayant agi de leur propre chef. Ainsi, pour calmer les Russes, le ministre de la justice a reçu comme ordre de ramener Ethan au pays pour le juger pour terrorisme, et ainsi le punir d’avoir fait sauter le Kremlin.

Mais le ministre n’est pas comme ça : c’est un vrai, un tatoué, un baroudeur qui connait bien Ethan et croit en lui, qui a tellement donné pour son pays : il lui propose de le laisser quitter la voiture en faisant comme s’il s’était échappé, d’aller retrouver Benji et Jane, et de poursuivre le boulot de Mission Impossible pour retrouver qui est derrière toute cette sombre histoire de coup monté. D’ailleurs, à ce sujet, Ethan a bien une petite idée : il fait un dessin en 15s sur sa main pour représenter le visage du mec louche qui était sorti du Kremlin en même temps que lui, et le montre à Brandt, l’analyste qui évidemment, connait tout du CV d’un mec dessiné à la va-vite sur une main suante dans une voiture en mouvement par un type l’ayant entraperçu moins de 20s dans sa vie : il s’agit de Kurt Hendricks, un génie au QI de 190 (rien que ça), professeur de physique, ancien des forces spéciales et fanatique de la guerre nucléaire (chacun ses hobbies). Et attention, quelle est la logique du Monsieur et de son gros QI (puisque je doute que tout ça ait été écrit par un mec aussi intelligent) ?

« Hiroshima, Nagasaki… ces villes sont réapparues sur les cendres du feu nucléaire ; aujourd’hui, elles sont des symboles de paix« 

Jusque là, d’accord.

« Donc, pour la paix dans le monde, il faut le feu nucléaire dans le monde« .

Ok, donc on retrouve le principe de « guerre pour la paix » (Souvenez-vous, en 2003, c’était à l’ONU, maintenant c’est dans Mission Impossible : que de chemin parcouru !), et un concept intéressant, le : « Si on apprend de nos erreurs, alors refaisons-en une qu’on a déjà faite » : bravo, on applaudit ce formidable génie qui a probablement un QI de 190, mais uniquement si on le calcule en années chien, ou un truc du genre.

Pour Hendricks, ceci est un symbole de paix ; je préfère ne pas savoir comment il fait la bise.

Nos héros sont donc tout à ces discussions quand soudain, patatras ! Voici que le FSB, qui suivait la voiture du ministre depuis un moment, décide d’ouvrir le feu sur celle-ci à l’arme de guerre (pas au petit pistolet, plutôt à la grosse sulfateuse) ; en quelques secondes, le chauffeur meurt, le ministre meurt, et la voiture fait une embardée vers la rivière la plus proche, s’enfonçant dans les eaux glacées avec Brandt et Hunt encore vivants à son bord ; problème supplémentaire : la dizaine d’hommes du FSB qui ont eu le véhicule continuent de tirer dans l’eau comme des bourrins pour s’assurer que personne ne sorte vivant de cette histoire. Mais bon : comme vous l’imaginez, pas de quoi impressionner Ethan, qui avec son nouveau compagnon d’infortune, parvient à fuir l’endroit à la nage au nez et à la barbe des brigands d’ex-URSS.

Juste comme ça, en passant : c’est normal que le FSB tire sur des ministres américains (et les tue) sans que ça ne fasse un scandale ? Surtout en plein milieu de la circulation, devant des centaines de témoins, sans compter l’acharnement au-dessus de l’épave dans la rivière pour bien montrer que leur but était de tuer et surtout pas d’arrêter des gens pour les interroger ? Ça ne crée pas une vague petite tension, un truc ? Non. On n’en parlera plus du reste du film : tout le monde semble s’en taper. C’est bien normal, tenez, on imagine bien ce qu’il a du se passer à Washington.

Washington, Maison Blanche – 15:04

« Monsieur le Président, Monsieur le Président !
- Oui Simone ?
- Votre ministre de la justice ! Vous ne devinerez jamais ce qu’il lui est arrivé !
- Bob Jevaimourir ? Merde, trop de suspens, viiiite, dites-moi tout.
- Hé bin figurez-vous qu’on a des centaines de témoins qui confirment que le FSB russe a mitraillé sa bagnole, qu’il a pris une balle dans la tête ce faisant, et qu’en plus ces rascals ont mitraillé la rivière où son véhicule avait fini pour être sûr que personne n’en sorte. C’est plus qu’un assassinat, c’est une déclaration de guerre. 
- Allons Simone, calmez-vous : passez moi mon téléphone. Le rouge, oui, voilà. Merci mon chou. Ah, c’est bon, ça sonne.
- Aлло ?
- Oui bonjour Popov, c’est le président des United States de l’Amérique, dis-donc, j’ai perdu un porte-clé chez toi l’autre jour, tu l’aurais pas trouvé ?
- что ?
- J’avais mis un ministre de la justice au bout pour pas le paumer. Ça te dit quelque chose ?
- Si c’эst gros con dэ Bob Jэvaimourir, nous avoir tuэ lui avэc grossэ ballэ dans la tэtэ. Grossэ rigoladэ. Ho ho.
- Ok, je voulais juste confirmer. Non mais c’est pas grave, c’est qu’un ministre, c’est pas comme si ça avait de l’importance.
- Da, chэz nous on dit « Noэl au ministэrэ, Pâquэs au cimэtiэrэ« . Viэux provэrbэ Stalinэ.
- Oui, vous avez de l’humour en Russie. C’est ce que j’aime chez vous. Ça et la vodka en intraveineuse.
- Ho ho, da, on dit aussi « A Noэl tu blaguэs, à Pâquэs t’эs au goulag« . Autrэ provэrbe Stalinэ.
- Qu’est-ce qu’on se marre chez vous. Allez, ne parlons plus de cet incident : de toute manière, mon ministre avait un côté chien fou ; il avait bien besoin… d’un peu de plomb dans le crâne !
- …
- C’est une joke, I’m pulling your leg vieux coquin.
- … moi compris. ЛoЛ.
- Héhé, ouais, bon c’est pas tout ça mais je te laisse. Salut mec, hein ! Et bisous à la momie de Lénine ! Voyez Simone : j’ai réglé la crise, n’en parlons plus et allez me chercher un café. »

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Voilà voilà. Revenons donc à Moscou, où Brandt et Hunt finissent par semer le FSB pour aller trouver refuge à la gare, dans un vieux wagon aménagé à l’intérieur en QG high-tech Mission Impossible. Wagon attaché à un train qu’ils ne contrôlent pas, hein, comme ça, ils se font promener leur QG sans pouvoir savoir où ils vont, ou mieux, s’ils se font repérer par les Russes, le wagon peut être livré directement à un endroit précis pour que l’ennemi puisse tout récupérer (enfin à part si le wagon est confié à la SNCF, auquel cas personne ne risque de le revoir avant longtemps). C’est vraiment une belle idée de merde, mais bon, c’est pas comme si je m’attendais à un truc logique dans ce film.

Nos deux loulous retrouvent donc sur place Benji et Jane, et comprennent la situation : désormais, à part ce QG moisi, ils n’ont plus aucune planque, aucun soutien, aucun satellite pour les aider… bref, ils sont abandonnés. Je veux dire : ce n’est pas comme si, parmi eux, il y avait un analyste de la CIA, ex-bras droit du ministre de la justice, non concerné par le protocole fantôme puisque n’appartenant pas à Mission Impossible, capable d’appeler Washington pour leur expliquer la situation et obtenir du soutien en racontant tout ce qu’il sait tant sur l’assassinat du ministre que sur ce que Ethan a raconté sur le coup monté de Kurt Hendricks qui a mis Mission Impossible dans la mouise. Non, vraiment, comment vont-ils faire ? Bin tiens : en fait, ils vont juste pleurer sur leur sort et écouter la mission que leur a donné le ministre juste avant de mourir sur ce que savait la CIA.

Après avoir branché une clé USB, l’équipe voit donc s’afficher sur l’écran géant du wagon (il fallait au moins ça) toute une vidéo, comprenant un portrait du « génie » Kurt Hendricks, ainsi que des éléments intéressants : en fait, Kurt aurait infiltré le Kremlin pour y voler la mallette nucléaire présidentielle, et aurait piégé tant les lieux que Mission Impossible pour faire diversion, occuper les services russes, et faire que dans ce chaos, le FSB mette des jours à réaliser que la valise avait été volée. Maintenant, il ne lui manque que les codes… et pour ça, il va se rendre à Dubaï pour les acheter à Sabine Moreau, la vilaine française !

Je sais que je suis chiant, mais comme ça, à la volée :

  • Comment Hendricks a-t-il fait pour avoir accès aux fréquences/briefings de Mission Impossible et ainsi les piéger ?
  • Comment Hendricks a-t-il fait pour entrer au Kremlin armé, bien que vêtu en civil, lui, aller jusqu’aux quartiers présidentiels, y trouver la mallette (rarement éloignée du président, du coup), y abattre tous les services de sécurité la protégeant sans que personne ne le remarque (ou que l’on parle de tentative d’assassinat sur le président), repartir en marchant pépère et malgré tout sortir de l’endroit avant Ethan ?
  • Comment Hendricks a-t-il fait pour poser un nombre improbable de bombes partout dans le Kremlin et sous la Place Rouge sans que personne ne le remarque à un moment ou à un autre ?
  • Comment Hendricks a-t-il fait pour se promener avec la mallette nucléaire russe sans que ces derniers ne la cherchent d’entrée de jeu, puisque c’est vaguement important, ou mieux, consultent son signal pour s’apercevoir qu’elle se promenait, avant de le retrouver et de lui péter toutes les dents à coups de marteau ?

Réponse : rien.

Vous savez, c’est un peu comme Dumbledore dans Harry Potter : « Oui bon d’accord, tout cela était techniquement impossible à faire ou prévoir, mais bon : c’est un génie« . C’est un peu comme « c’est magique« , sauf que pour Dumbledore, ça passait encore. Et non, le fait que leur ennemi ait accès aux fréquences et données de leur agence ne semble pas inquiéter plus que ça nos héros, qui décident d’oublier aussitôt ce détail, hop. Comme tout cela est merveilleux.

Cette image n'a rien à voir avec le passage du film que j'évoque, mais elle illustre à merveille le concept de "Mission Impossible : Proctologue Fantôme", alors hop.

Passons sur ces consternants évènements, et allons directement à Dubaï, où notre équipe a décidé d’opérer pour piéger tant Hendricks que Moreau. Au passage, ils ont appris un élément important : Hendricks ne va pas faire le déplacement lui-même jusqu’à Dubaï, il est malin : il va rester caché avec la valise nucléaire ; à la place, il va envoyer son employé préféré, Francis, pour faire le sale boulot. Ce dernier retrouvera Sabine dans une suite d’un hôtel situé dans le Burj Khalifa, la plus haute tour du monde, rappelons-le, avec ses 828 mètres. Bon et sinon : si la CIA savait tout ça, pourquoi ne fait-elle rien ? Elle n’est pas censée savoir que Mission Impossible existe encore et va tenter quelque chose ; allez : on va dire que tout le monde avait posé ses RTT le même jour au Pentagone, c’est encore l’explication la plus crédible. Enfin, accrochez-vous car le plus triste est à venir : Ethan a un plan pour agir.

Attention, concentrez-vous, les limites du raisonnable vont être franchies assez allégrement : au 118e et 119e étages se trouvent deux séries de suites d’hôtel. Sachant que Sabine doit recevoir son acheteur de codes nucléaires dans l’une de celles du 118e, le plan consiste à effacer tous les numéros du 119e et à réécrire « 118e », puis à prendre le contrôle des ascenseurs et caméras de l’immeuble, pour que Sabine arrive sans encombre au 118e, et envoyer ses acheteurs au 119e, en leur faisant croire que c’était bien le 118e. L’équipe se divisera alors en deux groupes :

  • Jane se fera passer pour Sabine, et accueillera Francis dans la fausse suite du 119e camouflée en 118e pour lui vendre de faux codes nucléaires dans une valise avec GPS afin de le pister jusqu’à son chef
  • Ethan se fera passer pour Francis et ira acheter les vrais codes à Sabine.
  • Benji de son côté, après avoir géré les ascenseurs, ira déguisé en groom d’une chambre à l’autre, afin de récupérer les diamants que Francis donnera en paiement à Jane pour les faux codes, puis les amènera à Ethan afin qu’il puisse acheter les codes nucléaires véritables à Sabine
  • Brandt lira Pif Gadget dans sa chambre

Ok, vous avez tout suivi ?

Bon bin voilà mon plan à moi : on sait dans quelle suite ils sont ? On les laisse rentrer et on les attend à la porte.

Je sais, c’est trop compliqué, c’était dur d’y penser.

Et hop : on récupère ainsi les codes nucléaires, une assassin mondialement recherchée, le bras droit du mec qu’on veut trouver ainsi qu’en bonus, des diamants pour acheter plein de matos maintenant qu’il n’y a plus la CIA derrière Mission Impossible.

Mais bon, hein, c’est vrai que l’autre plan a l’air techniquement plus cool.

Surtout quand en plus, nos héros découvrent à mi-chemin que pour obtenir l’accès aux ascenseurs de la tour, il va falloir envoyer Ethan à l’extérieur escalader 11 étages pour infiltrer la salle où se trouve les serveurs de l’endroit et y poser un relais. De plus, ils apprennent que Francis n’est pas venu seul : il a emmené avec lui Leonid, un type qui a aidé à concevoir le système nucléaire russe, et qui peut soi-disant ainsi en authentifier les codes de lancement (le pauvre n’est pas volontaire : Francis et Hendricks retiennent sa famille en otage). Cela signifie donc qu’il va être impossible de filer de faux codes à Francis : il faudra lui donner les vrais après les avoir achetés à Sabine, et le suivre jusqu’à son chef avant qu’il ne s’en serve ! Quel bordel ! Et comme il faut les diamants pour acheter les vrais codes… cela signifie qu’il va falloir tout faire en même temps ! Sans compter qu’en plus (les merdes n’arrêtent pas de s’accumuler), les masques qui étaient prévus pour se déguiser en Sabine & Francis sont inutilisables, la machine les fabriquant ayant merdouillé, il faudra donc y aller sans masque et prier pour que ces gens ne se soient jamais vus, même en photo. Enfin, une tempête de sable approche de la ville mais « ça ne devrait rien changer » (bin voyons, on ne le voit pas du tout venir). Ça fait tellement de problèmes techniques qui s’accumulent en boucle qu’à un moment, j’ai cru que je regardais Armaggedon.

Vous voulez vraiment pas plutôt utiliser mon plan qui ne demande comme matériel qu’un pistolet et des sourcils froncés ? Non ? C’est vous qui voyez.

Dans une séquence parfaitement inutile, donc, Ethan Hunt commence donc par se lancer dans l’escalade de la gigantesque tour afin d’aller poser son relais sur les serveurs ; enfin je suis mauvaise langue : ça permet de voir plein d’incohérences. Comme par exemple, le fait que personne ne remarque, sur un immeuble gigantesque entièrement vitré, un mec escaladant 11 étages (probablement 11 étages vides en pleine journée), avant de les redescendre en rappel sur une lance à incendie après avoir explosé une vitre de la salle des serveurs (oui, à part ça, il pose le relais sans soucis, merci). Ho, et d’ailleurs, petit passage intéressant : Tom Cruise a des gants d’escalade high-tech qui adhèrent à toutes les surfaces pour cette mission ; l’un des deux tombe en panne, et une fois arrivé à destination, il balance l’autre (il est comme ça : après tout, c’est pas comme s’il était à court de matériel et de pognon et qu’il fallait faire gaffe à conserver ses instruments de travail) ; mais après être descendu en rappel jusque dans la suite de l’hôtel d’où il était parti, pouf ! De nouveaux gants, plus classiques, sont apparus sur ses mains jusqu’alors nues. Ok les mecs, tout n’est donc pas si mal barré : vous avez un magicien dans l’équipe.

Mais alors que tout le monde fait fi de ce n’importe quoi et se prépare à tendre le piège tant à Sabine qu’à Francis, Jane a trouvé une solution pour l’histoire des codes nucléaires : Brandt, qui se fait passer pour Léonid, va porter une lentille avec micro-ordinateur exactement comme celle que portait Jean-Jacques au début du film, et pendant qu’il sera avec Sabine et demandera à voir les codes, il clignera deux fois des yeux pour prendre des photos des documents sans les acheter puisque n’ayant pas les diamants ; ils seront alors automatiquement imprimés dans une valise dans la suite où Jane discutera avec Francis ; ainsi, elle pourra lui donner les codes en question et obtenir les diamants que Benji en groom viendra récupérer pour les porter à Ethan qui pourra ainsi définitivement acheter les vrais codes et qui… zzz…

Bien, c’est un peu chiant en fait : voyons voir comment tout se passe en pratique.

D’abord, Sabine arrive en premier à l’hôtel, entourée de gardes du corps qui n’ont pas de noms : je vous laisse donc deviner ce qui va leur arriver. Elle va dans sa suite, et accueille chaleureusement (elle a un décolleté titanesque) Ethan et Brandt, se faisant passer pour Francis et Leonid (et venant sans armes, c’est dans les conditions de la rencontre). Coup de bol : Brandt n’a pas de soucis avec sa grosse lentille magique, parce que sinon, en clignant des yeux, il risque surtout de prendre des photos de décolleté géant, ce qui ferait tache puisque le tout se retrouverait imprimé automatiquement dans une valise un étage plus haut. Je ne dis pas que ça ne plairait pas aux vrais Francis et Leonid, comme documents à acheter à coups de diamants, mais bon : ils ont promis à papa Hendricks qu’ils achèteraient des codes nucléaires et pas des photos de roploplos.

Ensuite, Jane a elle aussi sorti le décolleté de la mort, qu’elle ne quittera plus avant la fin du film ; elle accueille encore plus chaleureusement (la puberté lui a donné un avantage sur Sabine) Francis et Leonid, et commence à gagner du temps en racontant n’importe quoi, histoire que l’autre équipe photographie et imprime les codes pendant ce temps.

La séquence de l'escalade : pour Tom Cruise, qui est tout petit, techniquement, tout ça est proportionnellement encore plus impressionnant

Benji, lui, lit le Pif Gadget qui revenait de droit à Brandt dans le plan original.

Sabine, elle, veut voir les diamants avant de donner les codes à nos héros ; elle menace de tuer nos deux larrons s’ils ne coopèrent pas, mais Ethan sort le bluff le plus pourri du monde : « On est couverts par des dizaines de snipers, si vous nous tuez, tout le monde meurt« . Sabine s’exclame donc « Holala, bon bin alors je vous montre les codes, tenez« . La bonne réponse était « On est au 118e étage, il n’y a pas une tour en face assez grande pour avoir une vue sur cette suite, du coup, je pense que non seulement vous bluffez, mais qu’en plus vous êtes complètement con. », mais ha, cette réplique n’a jamais trouvé son chemin dans le script. Sabine se contentera donc de jouer la surprise et le dépit avec talent ou alors seulement de mal jouer mais bon, elle a forcément un bon niveau pour être dans des films pareils, ça n’a sûrement rien à voir avec le fait d’être la petite fille du patron de Pathé et la petite nièce de celui de Gaumont. Les codes arrivent donc devant nos héros, et Brandt les scanne via sa lentille (alors oui, hein, quand elle prend des photos, c’est qualité professionnelle, on dirait que c’est un fichier fraîchement imprimé en haute résolution et pas une vieille photo de document tenu à bout de bras).

De son côté, Jane reçoit dans sa valise magique les copies des codes fraîchement imprimés : elle les montre donc à son tour à Francis et Léonid, et ce dernier certifie que ce sont les bons ; les bougres paient en diamants et s’en vont. Sitôt dehors, Francis fait une action complètement débile (c’est vrai, je me disais que ça manquait dans ce film, tiens, pfou, merci hein) : il affirme à Léonid que maintenant qu’il a les codes, il n’a plus besoin de lui, et l’abat donc peu après avoir quitté la suite, au coeur de l’hôtel.

Quel intérêt à part prendre le risque de se mettre toute la sécurité de l’hôtel/du pays à dos, alors que tu pouvais le buter plus tard et en paix, puisqu’il te suivait docilement car tu tenais sa famille à ta merci ? Et puis qui te dit, sachant qu’il était là contre sa volonté, qu’il a certifié de bons codes ? Moi j’aurais attendu de lancer les premiers missiles pour être sûr que je n’avais plus besoin de ce garçon, mais bon, on ne se refait pas.

De son côté, Benji se réveille, récupère les diamants auprès de Jane et va les porter à la suite de Sabine pour qu’Ethan puisse payer les codes (même si je trouve un intérêt limité à cette action, allez, pourquoi pas). Sauf qu’à ce moment précis, Sabine remarque que Brandt a une lentille qui prend des photos : cela pue l’embrouille, elle ordonne donc à ses gardes de tuer tout le monde, avant de s’enfuir ; comme prévu, ces messieurs n’ayant même pas un prénom, et malgré leur surnombre et leurs armes, ils se font botter les fesses par Brandt et Ethan.

Benji, lui, a foncé auprès de son ordinateur pour tenter de ralentir le départ de Francis, histoire qu’il reste dans le coin le temps que l’équipe ait neutralisé Sabine et puisse s’occuper de le suivre. Ça devait être facile en ayant le contrôle des ascenseurs ! Il suffit de les bloquer le temps que… que…

Ouais, non : Benji trouve plus intelligent et crédible de faire planter l’ascenseur 20 fois d’affilée à 20 étages différents, ce qui ne parait pas du tout suspect. Pourquoi pas, après tout, on est déjà conscient du niveau moyen de l’équipe : plus rien ne me surprend.

Sabine, elle, finit par de curieux hasards par se retrouver à l’étage 119 (c’est connu, quand on veut fuir, on se contente de grimper d’un étage dans un immeuble avant d’aller errer aléatoirement dans les suites du cru, vraiment, quelle professionnelle jusqu’au bout), et tombe donc sur Jane, qui la reconnait et meurt d’envie de venger feu Jean-Jacques ; un combat de filles s’engage : on se griffe, on se tire les cheveux, on crie très fort en se tapant sur les mains, et finalement Sabine, qui devait à l’origine être capturée vivante, finit par passer par la fenêtre et fait donc une chute vaguement mortelle. Tout le monde fait en conséquence les gros yeux à Jane, sans prendre en compte le fait qu’elle n’a pas vraiment eu le choix.

Ethan, lui, parvient à foncer pour essayer de prendre en filature Francis, qui n’a rien remarqué, mais sent soudain des mains sur ses épaules : le FSB ! L’agent Sidirov l’a retrouvé ! Mais encore une fois, plutôt que de chuchoter « Les mecs, arrêtez-moi si vous voulez, mais le mec devant moi a vos codes nucléaires : fouillez-le pour voir ; si j’ai tort, je suis à vous, si j’ai raison, vous m’emmenez quand même, mais comme ça vous commencerez à comprendre qu’on est dans le même camp« , décide plutôt de leur péter la gueule, ce qui attire l’attention de Francis, qui entreprend de se cavalcader.

Sitôt que les hommes du FSB sont par terre à pleurer parce qu’ils saignent du nez, Ethan fonce à la poursuite de Francis. Les deux larrons se coursent à pied, mais sont surpris par la tempête de sable (je vous avais dit qu’elle arriverait) ; on découvre alors que Francis est décidément une sorte de prodige d’incohérence, puisque malgré le fait qu’il ait un pistolet (ah oui, au fait, sachant qu’il devait venir au rendez-vous désarmé, comment se fait-il qu’il avait quand même un pétard ? Il voulait tout faire échouer ?), il ne s’en sert qu’une fois que la tempête est sur lui et que la visibilité est proche de zéro, et de préférence au moment où Ethan est dans une position où tirer sur lui est compliqué ; c’est quoi son but ? Prouver que ce film est plus proche d’Intervilles qu’autre chose ? Allez, lâchez la vachette.

Après avoir bien couru, nos héros finissent par trouver des voitures ; malgré la tempête, ils conduisent divinement bien, et c’est finalement Ethan qui prend le dessus en profitant d’une occasion pour foncer à contresens dans le véhicule de son ennemi après s’en être éjecté. Ce qui ne sert à rien, puisque malgré cette collision frontale à plus de 100 kilomètres/heure de chaque côté, qui a envoyé le véhicule de Francis faire des tonneaux, ce dernier a, en moins de 4 secondes (soit le temps qu’Ethan se relève de sa cascade hors de son véhicule), réussi à se remettre du choc, à sortir du véhicule, à refermer la portière derrière lui (c’est important, ça, on pourrait lui voler son épave), à courir 30 bons mètres comme si de rien n’était (dans un sens où il aurait dû croiser Ethan, mais on est plus à ça près) et à s’accrocher à un camion qui passait devant lui pour s’enfuir.

Ethan ne peut qu’assister à cette scène proprement consternante, mais histoire d’enfoncer le clou, Francis porte les mains à son visage et… retire ce qui était en fait un masque : il s’agit en réalité d’Hendricks lui-même ! Qui tient à souligner que tous les trucs précédemment faits, c’était lui et son QI de 190 ! Et oui, sinon, il adore prendre plein de risques en personne plutôt que d’envoyer des hommes de main.

On aurait suivi mon plan, c’était le jackpot en fait. Mais on ne m’écoute jamais. Je crois que je vais me faire une coupe au bol avec mèche, porter des t-shirts noirs avec des slogans ridicules et devenir emo.

Ethan lui aussi est plein de désarroi en regardant la silhouette d’Hendricks sur son camion s’éloigner dans la tempête… quel dommage. C’est pas comme si Hendricks venait de s’enfuir avec à la main une mallette contenant un système de pistage par GPS qui avait permis à Ethan de le pourchasser dans la tempête, et qui du coup permettrait de le suivre sans aucun souci. Ah non, hein, c’est pas du tout comme ça. Pfoulala.

Pour ceux qui penseraient que j'invente, voici une belle image de la scène où Ethan piste Hendricks dans la tempête grâce au GPS. 2 minutes plus tard, tout le monde fera comme si ce mouchard n'avait jamais existé.

Malgré cet échec, le temps continue de passer, et la tempête de sable s’achève, laissant derrière elle une ville toute propre (c’est une tempête autonettoyante). Par contre, chez Mission Impossible, on s’est planqué dans une vieille remise à l’abandon, et on râle que la mission est un échec, en continuant de baver sur Jane, non pas à cause de son décolleté cette fois, mais bien du fait qu’elle a tué Sabine qui avait sûrement plein d’infos, et que tout est de sa faute (c’est bien, ça : toujours tout mettre sur le dos des nanas, j’approuve).

Ethan, lui, explique que rien n’est perdu : il a peut-être un contact qui peut tout arranger ; il part donc le voir. Et pendant son absence, Brandt révèle à Jane et Benji qu’il n’est pas qu’un simple analyste : en fait, c’est un ex-agent de terrain, mais il y a fort longtemps, il était en mission en Croatie pour escorter sans qu’ils le sachent Ethan et sa femme en lune de miel (ça sentait le voyeurisme) ; sauf qu’il a échoué et que des tueurs serbes ont eu la femme de notre héros, et ont rendu son cadavre en morceaux à qui de droit. Ethan est devenu tout colérique, et a donc retrouvé les 6 Serbes derrière tout cela pour les tuer. Ce faisant, il a agi sans autorisation, et l’agence ne pouvait le couvrir ; il a donc fini en prison (mais à Moscou, allez savoir pourquoi). En tout cas, après cet échec, Brandt a été tellement dégoûté qu’il est devenu tout dépressif et a quitté le terrain. Du coup, ça lui fait bizarre de bosser avec Ethan, qui ne sait pas qu’il était celui qui a échoué à protéger sa femme. C’est trop triste.

Revenons à Ethan : lui, de son côté, à recontacté Bogdan. Mais si ! Bogdan, le type qu’il libérait sur un coup de tête au début du film, et alors qu’il n’avait aucune raison de le faire ; et bien en fait, si : il avait lu le script et savait qu’après presque 2h de film, il en aurait besoin. Car oui : Bogdan a un cousin vendeur d’armes, et par le plus grand des hasards, celui-ci a été en contact avec Kurt Hendricks ; tout cela est tellement merveilleux que je pense qu’ils ont fait écrire le scénario par une licorne ou quelque chose du genre.

En fait, figurez-vous que maintenant que le grand méchant a la mallette et les codes, il a besoin d’un satellite surpuissant pour envoyer son ordre (oui, apparemment, de base, la valise russe n’est pas reliée à un satellite mais à un modem 56Ko ; moi, je sais pas, je pensais que la valise était configurée pour communiquer avec un satellite automatiquement. En fait, c’est peut-être même pour ça qu’il s’agit d’une valise, parce que c’est pour pouvoir l’utiliser n’importe où, non ? Non.), et le cousin de Bogdan a justement servi d’intermédiaire pour que Kurt trouve son bonheur : un magnat des médias indiens Brij Nath, milliardaire et playboy, a justement le satellite qui irait bien de disponible.

Le scénario était déjà bien nase, mais nous allons voir que via ce rebondissement qui ne tient debout à aucun moment, les choses vont pouvoir encore empirer. Ho, mais si elles peuvent. Toujours.

Tiens, vous ai-je dit comment Ethan parvenait à convaincre le vendeur d’armes de tout lui raconter ? Non ? Alors attendez :

« Vendeur d’arme, tu dois m’aider ! Une guerre entre Russie et USA couve : vous devez m’aider !
- Je m’en tape, ça fait mes affaires ; je vends des armes, pas des sucettes
- Oui mais en fait, la guerre sera nucléaire
- Mais alors je ne vendrai plus d’armes ! ZUT ! MOI QUI PENSAIS QU’ON ALLAIT SE BATTRE A COUPS DE COUTEAUX ET DE SCOUBIDOUS, ROHLALA, BAH JE VAIS T’AIDER ALORS ET TE DIRE TOUT CE QUE JE SAIS SUR UN TYPE QUE J’AI AIDE A TROUVER DU MATOS POUR DECLENCHER UNE GUERRE NUCLEAIRE, JUSTEMENT.
- Tu as aidé un mec à trouver du matos pour tuer ton business ? Ce serait pas un peu débile ?
- Hoooo hééé, dis pépère, ça va le sarcasme, hein tu veux que je te rappelle tout ce que tu as fait dans le film jusqu’ici ?
- Pardon Monsieur. »

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Je confirme : si une licorne a rédigé le scénario, les dialogues ont été confié à un blaireau : Mission Impossible – Protocole Fantôme, le premier film intégralement écrit par les animaux magiques de la forêt de Rambouillet.

Bref : pour stopper la guerre nucléaire, il n’y a plus qu’un seul moyen : foncer en Inde pour aller dans la résidence du milliardaire possédant le satellite et utiliser le serveur géant qu’il y a chez lui pour communiquer avec le satellite et le désactiver. Ça tombe bien, par un nouveau heureux et original hasard, il se trouve que ce jour là, Brij Nath a décidé d’organiser chez lui une gigantesque réception. Vraiment, non, c’est du jamais vu. Jamais le mec n’ouvre la porte de sa villa en slip et peignoir pour dire qu’il a la gueule de bois et que personne ne doit rentrer : c’est toujours une soirée portes ouvertes.

Nos loulous foncent donc sur place aussi vite qu’ils le peuvent grâce à un avion fourni par le vendeur d’armes, et se griment en riches invités pour accéder à la fête. Sur place, d’un côté, Benji et Brandt vont pirater le serveur géant (je vous passe toutes les aventures que cela implique, mais oui : il y a évidemment quelqu’un qui passe par un conduit d’aération par lequel peuvent passer des rhinocéros, avant de sauter vers son objectif en ne s’arrêtant, suspendu en l’air les bras écartés, qu’à 3cm de sa cible), mais comme pour désactiver le satellite, il faut un code (et que pirater, c’est mal), Jane est envoyée séduire le playboy milliardaire pour lui extirper la fameuse clé numérique (le fait qu’elle soit jeune et pas moche étant encore une fois un avantage non négligeable qui tombe à pic). La technique de séduction subtile fonctionne plutôt bien (« Hihihi vous êtes trop drôle Monsieur Nath, je me fais pipi dessus de rire, hihihi, allez viens gros, on va dans ta chambre« ), et la douce parvient à obtenir les codes assez rapidement une fois seule avec le Monsieur, habilement aidée de quelques taloches dans la gueule (j’utilisais la même méthode quand j’étais prof pour obtenir des réponses ; au bout de 10 taloches, on finit par l’avoir, cette foutue date de la conférence de Yalta).

Jeu : retrouve sur cette photo qui a les plus gros talons

Ho, et oui : le milliardaire connait par coeur les codes des satellites de communication de sa société. Ah.

Sauf que l’information arrive trop tard à Benji : à peine a t-il commencé à taper la clé que le serveur commence à lâcher de partout ; Hendricks a trouvé la parade ! Le bougre s’est rendu dans les locaux d’une chaîne de communication du magnat et a utilisé les serveurs locaux pour rentrer en contact avec le satellite en le piratant et lui ordonner de ne plus obéir au serveur principal, justement pour éviter une désactivation comme le souhaitait Mission Impossible.

Attendez les choupinous : vous voulez dire qu’il suffisait d’aller dans n’importe quel endroit visiblement mal gardé (Hendricks et Francis n’ont croisé qu’un garde en tout et pour tout) appartenant aux chaînes télés gérées pour surpasser même le serveur principal géant qui demande moult acrobaties et un code ultra-secret pour être piraté ? Misère, si ce n’était que ça, j’aurais été Mission Impossible, je me serais rendu à France 3 Region – Midi Pyrénées et j’aurais uploadé Itunes sur le satellite ; avec ça, les mecs auraient pleuré.

« Bon alors… code de lancement 1-7-3-4-6-2-B. Activation. Communication avec le satellite.
- Bonjour. Une mise à jour des conditions d’utilisation est disponible, merci de la lire.
- Gnagnagna, accepter.
- Vous avez validé, merci d’utiliser Itunes. Une mise à jour Itunes est disponible, voulez-vous l’utiliser ? 
- Raaah, mais non !
- Itunes n’est plus à jour. Vous ne pouvez plus utiliser ce satellite.
- Bon, ok : j’accepte de mettre à jour.
- Vous avez accepté de mettre à jour. Merci de lire les nouvelles conditions d’utilisation. 
- Putain, mais oui ! Oui ! Valider ! Accepter ! 
- Avez-vous un certificat Apple pour utiliser ce satellite ? Merci de créer un nouveau compte pour…
- Bouhouhou, je voulais le feu nucléaire, moi, on souffre moins longtemps ! »

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Je reconnais que c’est un peu extrême, et j’entends déjà les droits-de-l’hommistes hurler à la barbarie, à la cruauté, mais bon : parfois, aux grands maux les grands remèdes.

En tout cas, Hendricks a enfin les mains libres : utilisant la mallette nucléaire avec les codes qui vont bien et le satellite fonctionnel, il envoie à un sous-marin russe un ordre de tir : les bougres, persuadés que l’ordre vient de Moscou (qui n’a toujours pas remarqué le vol de la mallette et appelé à la prudence en conséquence chez ses sous-marins lanceurs) envoient donc la purée vers San Francisco, lançant une belle ogive filant à folle allure vers la cité des hippies histoire de débuter la guerre nucléaire. Seulement voilà : Mission Impossible l’a mauvaise, et n’a pas vraiment apprécié de voir sa superbe tentative sur le serveur central du milliardaire échouer : ils localisent donc d’où viennent les signaux envoyés au satellite, et s’aperçoivent que bon sang, ça provient de juste à côté ! Encore une fois, quelle coïncidence ! Vite, fonçons bourrer la mouille des méchants !

En quelques minutes, les agents sont sur place, et les brigands amateurs de nucléaire se divisent en deux groupes de 1 : Hendricks file d’un côté avec la valise nucléaire, pendant que son bras droit, Francis, tente de saboter les serveurs de la station de télévision pour les empêcher de communiquer avec le satellite pour annuler le tir. Attention, quand je dis saboter : il ne coupe pas les fils, ne met pas des coups de tatane dans les puces, non : il débranche. Il est gentil. Gentil comme dans « il est gentil Steevy« , hein. Parce que sinon, il est méchant. Comme dans « Quel méchant yorkshire ! » ; ça fait trop peur. Du côté de la station de télé, tout est assez vite réglé : Francis a beau faire le zazou, il finit par se prendre un gros pruneau dans le front de la part de Benji, ce qui le rend tout de suite moins grognon ; toute l’équipe peut donc s’atteler à remettre les serveurs en lignes, en attendant que la mallette soit récupérée et que l’ordre d’annulation de tir parvienne.

Ethan, justement, de son côté, finit dans un endroit original : un parking automatique de luxe, où les voitures montent et descendent sur des plates-formes ; de fait, lui et Hendricks peuvent donc se tataner en paix, et le vieux offre d’ailleurs une furieuse résistance ; comme toujours, les armes à feu finissent par tomber/être perdues, afin de respecter cet autre dogme américain :

« A la fin, il doit y avoir un duel entre le Grand Gentil et le Grand Méchant dans un lieu désert, de préférence au corps-à-corps, ou en utilisant des éléments du décor. La cavalerie ne doit arriver que dans les 10 secondes qui suivent la fin du combat.« 

Le combat dure, dure, tant et si bien qu’Ethan finit par avoir une jambe bien entamée et boîte sérieusement ; papy Kurt, lui aussi un peu fatigué par ce duel, constate qu’il ne reste plus que 40s avant l’explosion de l’ogive nucléaire sur les États-Unis. Étant tous les deux sur une plate-forme montant loin au-dessus du vide que constitue le puits central du parking par lequel les voitures montent et descendent, Hendricks se dit « Hahaha, je n’ai qu’à jeter la valise dans le vide, comme ça, le temps que ce gros neuneu de Hunt aille la récupérer en boitant 30 mètres plus bas, il sera trop tard ! » ; sauf que pour aller jusqu’au bout du concept (rappelons son fameux QI de 190), il…

Non.

Il se jette dans le vide avec.

Que ? Pourquoi ? Quelle utilité ? Pourquoi faciliter la tâche au héros ? Au mieux, tu balances la mallette et voilà : tu continues de violenter le pauvre Ethan, qui est ainsi trop occupé pour courir après la valise. Mais non : en te tuant tout seul, tu lui facilites la tâche ; remarquez, moi aussi à la fin du film, je crois que je commençais à devenir sérieusement dépressif.

"Flotte russe, flotte russe, préparez tir sur Roubaix. Roubaix. Non : Roubaix, avec un R. Je... si, ça existe. Comment ça personne ne fera la différence entre avant le tir et après ? Bon, Tirez sur San Francisco."

Ethan, pour suivre son arch-némésis dans les profondeurs de la non-réflexion, décide de lui aussi plonger vers la valise pour la récupérer… mais comment faire, car tout cela est bien haut ? Et bien aucun problème : il prend l’une des voitures du parking, qui est ouverte et n’a pas besoin de sécurité pour démarrer (formidable), et saute avec la voiture vers la val…

Oui, hein, c’est pas comme s’il ne fallait pas la détruire, la valise. Foncer dessus en voiture pour la protéger, c’est malin.  Moi aussi, régulièrement, j’essaie de sauver des chatons en passant dessus avec mes pneus : merci Tom Cruise, tu m’as tant appris. Bref : la voiture plonge dans le puits central, s’écrase à côté de la mallette et du corps d’Hendricks agonisant, et par la magie de l’airbag, sauve notre héros. Poli, le véhicule a la courtoisie de retomber, malgré l’espace limité, loin de l’objet tant convoité par notre agent secret préféré pour ne pas l’écraser.

Sortant du véhicule en rampant, car un héros qui finit le film en pleine forme, ça ne fait pas sérieux, Ethan se dirige droit vers son objectif, et ouvrant la mallette s’acharne sur le bouton « annulation« , le faisant marcher à la dernière seconde : le missile se contente donc d’érafler le toit d’un building, avant de s’écraser dans la baie locale dans un gros plouf.

Le monde est sauvé, et comme le veut la règle énoncée plus haut : la cavalerie (ici incarnée par le FSB) pénètre le parking où notre héros souffre glorieusement au même moment, et comprend qu’il cherchait à empêcher une guerre nucléaire. Hendricks, lui, a agonisé le temps de voir son plan échouer avant de mourir, comme il se doit ; le FSB est donc content, récupère la valise et propose même à Hunt d’être déposé à l’hôpital pour soigner sa gambette folle. Au passage, l’agent Sidirov s’exclame « Mais au fait, Hunt, on a toujours été sur votre piste grâce à des indices et coups de fil… vous vouliez qu’on vous suive pour que l’on comprenne la vérité en fait, c’est ça ? » ; et Hunt de répondre « Héhéhé… et oui, c’est comme ça que vous avez pu me retrouver : parce que je le voulais !« 

Ah, mais oui c’est évident : c’était une idée géniale. Tiens, la preuve, tellement qu’à chaque fois que tu as croisé le FSB que tu avais donc toi-même invité, tu leur as pété la gueule et n’as eu que des emmerdes : souviens-toi, à Dubaï, tu leur as refait la margoulette à coups de mandales sous peine d’être arrêté, te faisant ainsi repérer aux yeux d’Hendricks (alors déguisé en Francis) et lui permettant de prendre la poudre d’escampette alors que tu voulais le suivre. Non vraiment : Ethan Hunt, tu es à l’intelligence humaine ce que le Skyblog est à l’Académie Française.

Bref : plus tard, nous retrouvons notre héros à San Francisco justement, sirotant une bière avec un vieil ami ; après lui avoir raconté ses dernières aventures, il reçoit à sa table Brandt, Benji et Jane à qui il propose une nouvelle mission. Seul Brandt refuse, et attendant que les deux autres soient partis, explique à Hunt que voilà : il ne peut pas travailler avec lui car… il est celui qui a échoué à protéger sa femme. Il ne peut plus garder ce lourd secret plus longtemps.

« Hohoho« , répond Hunt, « Mais non : ma femme n’est jamais morte, tout cela était une mise en scène pour la faire disparaître et la protéger« . Brandt est donc tout content « Génial ! Grâce à toi, j’ai abandonné ma carrière, suis devenu dépressif et je cauchemarde toutes les nuits depuis des années, c’est vraiment trop sympa ! »  ; heureux d’être mis dans la confidence, et touché par cet élan de confiance, Brandt décide donc que Hunt, qui a pourtant ainsi fait de sa vie un enfer, est un mec génial et qu’il a trop envie de bosser avec : il accepte donc la mission, et part donc rejoindre Benji et Jane.

Sur cette ultime incohérence, Ethan se lève, lance le briefing, et dans la brume montante de ce début de nuit sur la baie, disparaît, prêt à servir à nouveau son pays et le prochain ministre de la justice qui pourra crever sans qu’on s’en soucie. Et donc…

FIN

_________________________________________

« Charlène ! Charlène !« 

La jeune fille s’éveilla en sursaut en entendant les cris provenant de la porte du minuscule studio de son ami ; elle se frotta les yeux quelques secondes, s’assurant que ce n’était pas une vision : Loïc était là, debout, à demi-nu, la bouche sanglante et le visage contusionné ; il semblait avoir été sauvagement battu, mais comment ? Il était à côté d’elle quand elle s’était endormie, elle l’aurait entendu s’il avait été agressé ici ! Et il n’avait aucune raison de ressortir avant le petit matin, alors il n’aurait pas non plus pu sortir et se faire malmener une fois dehors ; tout cela n’avait aucun sens. Elle resta là, hagarde, à le regarder debout dans toute l’étendue de sa misère physique.

« Charlène, tu vas bien ?
- Oui Loïc mais, que… toi ? Que s’est-il passé ?
- Tu… tu n’as rien remarqué ?
- Quoi ?
- Mais enfin ! Quand nous sommes sortis de boîte tout à l’heure ! Quand je suis retourné chercher mon portable, que j’avais oublié : il y a un mec bizarre qui a surgi d’une ruelle et qui m’a tabassé à coups de batte de base-ball ; il a dit des trucs bizarres, genre que son arme s’appelait « petite souris », parce qu’à « chaque fois qu’elle part, elle ramène des dents » ; il m’a tabassé tant qu’il pouvait et ensuite, un peu avant que je m’évanouisse, il a dit « Votre damoiselle est fort bien faite, petit Amphitryon ! Ce soir, elle sera mon Alcmène. » Ça veut dire quoi ? Il s’est passé quoi ? Tu n’as pas remarqué que j’avais disparu ? »
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Charlène recula, à demi-terrorisée.

« Mais je… non ! Tu es parti à peine 5 minutes ! Tu es revenu vers moi, tu as dit que tu avais retrouvé ton portable ! Tu… tu m’as ramenée chez toi, même que tu as dit que tu avais un peu trop bu, et que c’est pour ça que tu avais dû ressortir ton portefeuille pour trouver ton adresse. Ensuite, on est montés et…« 

Charlène fit un curieux bruit en déglutissant. Au moins aussi curieux que celui que fit Loïc en manquant de peu d’avaler une de ses dents qui, après un long numéro d’équilibriste, avait enfin fini par tomber.

Quelque part, dans une ruelle non loin, un homme réajusta une cravate d’un rouge éclatant à l’arrière d’une berline.

« A la maison Diego.
- Tout s’est bien passé Monsieur ?
- Oui : les masques en latex sont vraiment des inventions formidables, les étudiantes n’y voient que du feu, même cette petite filoute de Charlène qui m’échappait depuis si longtemps à surveiller son verre en permanence. »
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Il y eut un bref silence.

« Je crois que Mission Impossible contenait quelques bonnes idées, en fait.« 

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