Iron Man III est, comme son nom l’indique, la suite d’Iron Man I & II.

Aussi, vous imaginez bien qu’il serait fort malvenu de ne pas vous raconter le début de l’histoire avant de vous laisser avec ce spoiler. Aussi, comme il se doit, nous allons débuter par le résumé des épisodes précédents.

Iron Man I : Tony Stark est le boss de Stark Industries, multinationale spécialisée dans l’armement. Playboy surdoué et bricoleur de génie, il est blessé lors d’une visite en Afghanistan et se retrouve avec des bouts de shrapnels près du cœur impossible à retirer, l’obligeant à se greffer un réacteur sur le torse pour maintenir tout ce bousin à distance. Si, c’est logique, chut. Il en profite pour se fabriquer une super armure alimentée par ledit réacteur et s’en sert pour faire la justice, comme par exemple bourrer la gueule du type qui lui a tendu une embuscade en Afghanistan, le numéro 2 de Stark Industries que personne n’avait vu venir depuis le premier plan du film puisqu’il était grand, costaud, avec une pilosité louche et un nom d’apocalypse biblique, donc forcément insoupçonnable. A la fin, Iron Man gagne, et c’est la fête.

Iron Man II : Le réacteur sur le torse de Tony Stark commence à contaminer son corps avec des trucs pas cool, comme par exemple des neurones. Après une heure de film à combattre des méchants en carton, Tony Stark découvre suite à une succession d’incohérences et de télescopages à faire passer Hubble pour un microscope de salon qu’il peut améliorer son réacteur en créant un nouvel élément, sauvant ainsi sa vie tout en lui permettant de rendre ses armures encore plus puissantes. Il en profite donc pour vaincre les méchants et faire des bisous à Pepper, sa secrétaire, avant de lui abandonner la direction de Stark Industries pour ne plus avoir à faire la compta, ce qui est tout à fait compréhensible. Ainsi délivré des tableaux Excel, Iron Man est content d’avoir gagné, et c’est la fête.

Vous avez tout suivi ? Vous vous demandez si Iron Man va gagner et si ce sera la fête ? Alors en route pour l’épisode III. Spoilons mes bons !

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L'affiche : pas d'explosion mais des flammes et des étincelles : l'honneur est sauf

L’affiche : pas d’explosion mais des flammes et des étincelles : l’honneur est sauf

Tout commence en décembre 1999, à Genève, alors que Tony Stark s’apprête à fêter le passage à l’an 2000 en compagnie d’un certain nombre de sommités du monde scientifiques, réunies là pour se murger au champagne en discutant génétique sur fond des tubes de l’année comme Notre Dame de Paris ou Manau. Quelle année, pfou. En tout cas, comme il se doit, l’ami Stark ne perd pas son temps avec les vieux barbons qui peuplent l’endroit : il a repéré une jeune botaniste prénommée Maya qui semble plus à même de pratiquer le tourniquet moldave que ce vieux professeur de chimie qui déambule dans un coin en bavant des morceaux de roulé au fromage. Fort bien : Stark décide de l’emmener (Maya, pas l’ami des roulés au fromage) vers sa chambre, la réception se déroulant dans un luxueux hôtel local.

Sauf que sur le chemin, une sorte de gros nerd (à l’époque, cela signifie "Joueur de Counter-Strike") tente de l’aborder malgré son garde du corps personnel, Hogan, et Stark se retrouve sur les bras avec une sorte de publicité pour le shampoing qui lui explique qu’il a un projet super génial qu’il a monté avec sa propre boîte, AIM, et qu’il aimerait bien que Stark le soutienne. Tony lui dit que bon, oui oui, tu es bien gentil, tiens, tu veux pas aller sur le toit de l’hôtel m’attendre ? J’arrive dans 5 minutes. Et sitôt que le gourgandin a disparu pour s’en aller au rendez-vous fixé par Tony, celui-ci va plutôt s’occuper de la petite Maya, avant de l’abandonner au réveil comme il se doit parce que ho, dis, tu as cru quoi petit maline ? La bougresse peut donc s’en retourner tristement à son projet phare : un bidule génétique permettant aux plantes de se régénérer lorsqu’on leur marrave la mouille, une sorte d’archnémésis pour élagueurs, quelque chose comme ça. Quant au nerd malheureux, il est probablement mort de froid sur le toit, ou pire, est retourné sur de_dust.

Faisons un bond dans le temps, par exemple pour nous rendre en décembre 2013, où nous retrouvons Tony Stark dans le sous-sol de sa villa, occupé à bricoler une nouvelle armure, la Mark 42, qui a pour capacité spéciale d’avoir des pièces toutes équipées de petits réacteurs (oui, même le masque. Ah, ça, si ça s’enclenche par accident, ça va sentir le bouc à bien des sens du terme) pour pouvoir voler dans tous les sens et ainsi rejoindre Tony où qu’il se trouve. Formidable.

Détail important, cela fait 72h que Tony n’a pas dormi. En fait, Tony n’arrive plus à dormir : depuis l’épisode des Avengers, il a des crises d’angoisse et de terribles cauchemars et se réveille la nuit en murmurant "Non… pas ce film au scénario pourri… pas le passage où Loki explique son plan incohérent… pitié… et pourquoiiii Captain America ?". Mais rassurez-vous : ça ne le gêne pas spécialement pour autant : le sommeil, c’est un truc très surfait. Et de la même manière, même si le héros nous joue le traumatisé des Avengers, du film, jamais il ne pensera à les appeler, ou ne justifiera cet oubli de quelque manière que ce soit. Un détail j’imagine.

Pendant ce temps, à Stark Corporation, société désormais dirigée par Pepper Potts, la copine de l’ami Tony, la maîtresse des lieux reçoit en rendez-vous un élégant industriel dont la tête lui dit bien quelque chose… hmmm… voyons voir…

"Bonjour Pepper. Vous vous souvenez de moi ?
- Attendez, attendez, ne me dites rien…
- Mais si, c’est moi ! Genève ! La tribu de Dana ! Le geek de la société AIM qui harcelait Tony : c’est moi, Aldr…
- STEPHANE ROUSSEAU ! Ho bon sang Monsieur Rousseau, j’adore tous vos sketchs ! Celui au ski, je me fais pipi dessus !
- Mais ? Mais enfin, pas du tout !"

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Sauf que si. Pour la peine, pour le reste du film, ce personnage sera Stéphane Rousseau. Ça vous apprendra à m’obliger à aller vérifier le casting tellement j’ai douté tout du long.  Ah mais.

Stéphane Rousseau et sa société ont donc créé un super outil permettant d’explorer le cerveau humain, et plein d’autres trucs cools. Pour les présenter, Stéphane a un outil sympa : trois petites boules qu’il balance n’importe où et qui affichent aussitôt un hologramme 3D parfait au-dessus d’elles. Ce qui me laisse supposer que le bougre doit être balaise à la pétanque, puisque qu’importe comment il lance, les bidules atterrissent toujours en parfait triangle équilatéral. Même s’il les envoie sur une table, hop, ça s’arrête au bord. C’est fort. Mieux encore, la représentation en direct du cerveau de Stéphane Rousseau est supposée montrer son activité cérébrale : et il n’en a que quand Pepper le pince, pas quand il parle.

Je trouve ça assez représentatif de ce film.

Bref : Stéphane essaie de convaincre Pepper en lui disant une fois encore que Stark Industries et AIM devraient s’allier… mais Pepper refuse, car si Stark a dit non par le passé, elle se voit mal le désavouer aujourd’hui. Stéphane est donc fort marri de ce refus et part donc bouder dans sa chambre en écoutant du Avril Lavigne.

Mais Hogan, l’ancien garde du corps de Tony désormais chef de la sécurité à Stark Industries a suivi tout cela de loin : il voit bien que Stéphane Rousseau qui se promène comme ça, c’est quand même pas très crédible, et qu’il tourne un peu trop autour de Pepper. Sans compter que Rousseau a en plus emmené son propre garde du corps, Maurice, et que sa tête ne revient pas vraiment à Hogan (non mais les préjugés : ah bravo !). Ce dernier décide donc de les suivre personnellement, puisqu’en tant que chef de la sécurité de l’un des plus grands groupes économiques mondiaux, il n’a que ça à faire de ses journées. Pepper, elle, après avoir chassé Stéphane Rousseau de ses locaux, s’en va retrouver son doux amant, Tony Stark, pour une belle soirée en amoureux. Hooo, comme tout cela est prometteur.

Sauf que rapidement, les choses tournent assez mal :

  • Déjà, Tony continue d’être obsédé par le bricolage de nouvelles armures pour lutter contre ses crises d’angoisse et occuper ses pensées, et passe donc plus de temps au sous-sol qu’avec Pepper, probablement pour échapper à la simple obligation de prononcer son prénom
  • Cela dit, pour occuper la bougresse, Tony a programmé ses armures pour agir de manière autonome. Il s’en sert donc pour distraire Pepper (je n’ai pas dit "sex-toy" bande de galopins) pendant qu’il continue de faire le zazou dans sa cave
  • Pepper n’aime pas trop ces conneries. Pire encore, dans la nuit, alors que Tony cauchemarde lors d’un des rares moments où il dort, murmurant "Noooon… pas la scène finale d’Avengers toute pourrie", Pepper le secoue pour le réveiller… et une armure déboule aussitôt pour lui péter la gueule, pensant qu’elle agresse l’ami Tony

C’est donc une Pepper grognonne qui s’en va pioncer sur le canapé, parce que bon, hein, s’il aime tant ses armures Iron Man, il n’a qu’à coucher avec, ah mais. Dis donc. Ah, cette Pepper, elle a bien raison de lui en vouloir : après tout Tony ne cauchemarde que parce qu’il a affronté une invasion extra-terrestre qui s’est finie à coups de portails dimensionnels et d’armes nucléaires où il a failli y rester, il pourrait quand même faire un effort pour fermer sa gueule quand elle pionce, merde.

Vous rentrez chez vous, quand soudain vous rencontrez ceci. Et haïssez le goût pour le cosplay de votre compagnon pour l'éternité

Vous rentrez chez vous, quand soudain vous découvrez ceci sur le canapé. Et haïssez dès lors le goût pour le cosplay de votre compagnon pour l’éternité

Tony tente bien de varier les plaisirs pour s’occuper l’esprit, et de ne pas en rester à sa collection d’armures, par exemple en s’intéressant à l’actualité : depuis peu, un mystérieux terroriste, le Mandarin, fait péter des bombes ici ou là, et envoie derrière des vidéos plus ou moins hideuses (non vraiment les mecs, il va falloir revoir votre notion de "vidéo terroriste", là on dirait plutôt le petit Kévin qui joue avec le caméscope de papa) dans lesquelles il dit qu’il va "Donner une bonne leçon à l’Amérique, nardinamouk". Iron Man aurait-il un nouvel ennemi ? Probablement, car s’ensuit une scène très intéressante où notre héros décide de contacter son vieil ami, le colonel Rhodes (possesseur d’une autre armure façon Iron Man, récupérée chez Stark et mise au service des Etats-Unis sous le nom "d’Iron Patriot"), qui est justement en charge de lutter contre le fameux terroriste. Et comme il se doit, ils décident de discuter de ce dossier top secret… dans un bar. Avec des enfants qui viennent leur réclamer des dessins à table pendant qu’ils causent. Mmmoui, quel intérêt à part montrer qu’une fois encore, on se paie une scène entière avec figurants juste pour se rajouter du n’importe quoi ? Toujours est-il qu’après avoir insisté une demi-seconde (montre en main, les dialogues sont de qualité comme toujours), Rhodes accepte de révéler à Tony ce qu’il en est du dossier "Mandarin" : rien du tout. Personne n’arrive à savoir qui il est ni ce qu’il veut, et pire encore, les bombes qu’il pose… semblent ne pas être des bombes conventionnelles : on n’en retrouve jamais le moindre fragment. Curieux.

Surtout pour tout le reste du bar, donc, qui profite de cette conversation avec bonheur, Tony étant en plus venu avec son armure garée devant l’établissement des fois que l’on ne sache pas qui épier pour apprendre des trucs. Ah non ce film est… intéressant.

De son côté, Hogan a lui réussi à suivre Maurice, l’homme de main de Rousseau, jusqu’à un curieux rendez-vous où il vient semble-t-il filer de la drogue à un clodo qui marmonne "Ouiiii Maurice, donne-moi une dose, je peux réguler, je te jure." Tiens donc ? Hogan constate que Maurice donne une étrange seringue au clodo, visiblement un ancien militaire au vu des plaques qu’il porte au cou, et sitôt que le loulou s’est injecté la substance et que Maurice s’est éloigné, le larron semble se mettre à luire puis brûler de l’intérieur…

… avant d’exploser purement et simplement, désintégrant tout et tout le monde dans un rayon de quelques mètres.

Hogan survit de peu à l’explosion, protégé par un stand de vendeur de chouchous (on sous-estime trop souvent le pouvoir protecteur des chouchous), mais constate que Maurice, lui-même un peu blessé dans l’affaire, semble lui aussi se mettre à luire de l’intérieur… mais au lieu d’exploser, ses blessures se referment, et tout son corps semble se régénérer tranquillement pendant qu’il se barre. Et accessoirement, rien ne semble lui faire obstacle : il parait incroyablement fort. "Qu’eeeesse que c’est qu’ce bordel", murmure Hogan avant de sombrer dans le coma, le chanceux, il n’aura pas à subir la suite. L’explosion est revendiquée peu de temps après par le Mandarin, décidément le roi de la déconne, tant on sent bien que faire sauter un stand de chouchous a dû déstabiliser l’Amérique. La prochaine fois, le mandarin s’en prendra sans vergogne au mobilier urbain, probablement en taguant des bancs : c’est un fou, on ne l’arrête plus.

Tony apprend lui ce qui est arrivé à son bon ami Hogan, et devient vert de rage parce que bon, là faut pas déconner : tuer des innocents, d’accord, mais abîmer mon gros copain, non. Notre héros va donc voir les médias et leur annonce : "Alors là, je ne rigole plus : Mandarin, je vais te péter la margoulette, tu vas moins faire ton malin ! Et je te défie de venir essayer de t’en prendre à moi à mon domicile du 22 rue Yves Calvi à Malibu ! J’te prends quand tu veux !".Puis, il va étudier ce que l’on sait du Mandarin et du mystérieux attentat qui a quelque peu refroidi l’ami Hogan sur son super ordinateur à la maison.

Et comme c’est un super ordinateur qui parle, écoutons plutôt le dialogue.

"Jarvis, j’ai besoin d’étudier le dernier crime du mandarin. Affiche-moi les données.
- Tout de suite Monsieur. Hop, voici une représentation holographique de la scène de crime, on peut même y voir Hogan au sol.
- Parfait Jarvis. J’espère qu’aucun spectateur ne se demandera comment on peut avoir les données pour avoir une représentation aussi précise.
- Sûrement pas Monsieur. Ils supposeront sûrement qu’il y avait des caméras sur les lieux.
- Des caméras qui arrivent à faire une représentation 3D juste après avoir survécu à une explosion qui a désintégré les gens façon Hiroshima tellement c’était puissant ? 
- Exactement Monsieur.
- Des caméras avec enregistrements qu’il suffirait de consulter, même si elles avaient été détruites, pour voir ce qu’il s’est passé et du coup découvrir que la bombe était humaine, que Maurice, le garde du corps de Stéphane Rousseau était derrière tout ça, et ainsi avoir une ligne droite vers le coupable en 15 secondes et avec des moyens traditionnels ?
- Pour sûr Monsieur.
- Non, tu sais quoi ? On va plutôt travailler sur notre scène en 3D, faire des calculs sur ce que fixaient les yeux d’Hogan pendant qu’il était au sol (et qui par miracle, ne fixent pas Maurice fuyant les lieux, alors que c’est ce qu’il s’est passé), découvrir qu’il regardait des plaques militaires ayant survécu par miracle à l’explosion quand bien même elles étaient sur le type qui a pété et devraient ressembler à une fondue savoyarde, zoomer dessus comme dans les experts et retrouver son nom.
- Bien Monsieur. Zoom sur incohérence effectué. Le nom sur les plaques est Jean-Jacques Martin.
- Parfait Jarvis. Maintenant qu’on vient de passer une scène bourrée d’effets spéciaux à étudier cette plaque, n’en parlons plus du film d’accord ? 
- Oui Monsieur.
- File-moi plutôt la température de l’explosion et dis-moi où il y a eu des pics de chaleur de ce type, hors attentats du Mandarin, ces 10 dernières années histoire de voir où l’on a expérimenté ce genre de bombe.
- Alors… 3 000 degrés, soit visiblement pas assez pour faire fondre des plaques militaires… et… oui, j’ai la trace d’une explosion de ce type dans le Tennessee il y a 6 ans, puisque j’ai des thermomètres dans tout le pays depuis des années. 
- Okay super. Voilà une piste bien relou à remonter, heureusement que je suis un personnage supérieurement intelligent."

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Et Tony se dit donc qu’il irait bien enquêter sur place. Sauf qu’au même moment, on sonne à la porte… c’est Maya, la botaniste qu’il avait rencontrée à Genève 13 ans plus tôt ! Celle-ci arrive pour dire à Tony qu’il y a urgence, il faut partir, et qu’elle a une information importante à lui donner. Mais pas ici, en sécurité, et loin de toute la presse qui encercle la villa Stark, devenue le symbole de la résistance contre le Mandarin. Pepper, qui traînait dans le coin, vient se mêler à la conversation mais avant que Maya ne puisse faire de formidables révélations, on découvre que trois hélicoptères non-identifiés approchent rapidement de la villa… et viennent de sortir des rampes lance-roquettes, probablement pour faire une petite boutade amicale à l’ami Tony. Et non, personne ne les voit venir avant. Ah bah hé, détecter des plaques militaires n’importe où, oui, ça, non.

Il y a tellement d’architecture contemporaine à passer à la roquette et le Mandarin a choisi ce bâtiment-ci. Quel manque de goût.

A peine nos héros ont-ils le temps de constater la chose que déjà, une roquette touche la villa et souffle Maya, Pepper et Tony en tous sens ; heureusement, notre héros fait appel à l’une de ses armures et l’envoie… sur Pepper pour la protéger des explosions alentours. Et lui ordonner de se servir de cette protection pour sortir Maya loin de là ; et sitôt les deux femmes hors de la structure, Tony rappelle l’armure pour l’enfiler et…

Découvrir que tous les modules offensifs de celle-ci n’ont pas été réglés et ne fonctionnent donc pas.

Bin oui : je veux dire, tu provoques le Mandarin, sorte de super terroriste mondial, et tu oublies juste de garder prêt de quoi te défendre, c’est tellement logique. Le genre de truc qu’on oublie quoi. Et puis bon : c’est pas comme si tu avais 40 armures à la cave qui n’attendaient qu’un ordre pour te prêter main forte : tu risques de mourir, ta copine aussi, bon, pas de quoi s’affoler. Autant faire… hmm… disons du rien.

Ah vous ai-je dit que le module de vol de l’armure ne fonctionnait pas non plus ? Mais si vous savez, le module qui fonctionnait depuis le début du film, et ce tellement bien que chaque élément de l’armure parvenait à voler avec ses propres petits réacteurs ? Hé bien le temps de cette scène : hop, il est en panne. C’est rigolo, on dirait de grosses ficelles scénaristiques pour justifier pourquoi notre héros ne plie pas le film en 30 secondes plutôt que d’écrire une intrigue intéressante.

Tony Stark vêtu de son armure curieusement défectueuse affronte donc les hélicos comme il le peut, par exemple en leur lançant des cailloux ou des hamsters (ah, on fait avec ce que l’on a sous la main) sur le pare-brise, et après en avoir abattu deux, se retrouve pris dans l’effondrement de sa villa bombardée et ne peut donc abattre le troisième. Par contre, lui et son armure sont entraînés avec les ruines de sa demeure au bas de la falaise où tout cela était installé, et si Tony en réchappe, il n’en perd pas moins connaissance dans la bataille, et son armure passe en mode automatique et resurgit de l’eau pour voler loin, très loin de là…

Pardon ? Non, personne n’arrête le dernier hélico (évidemment piloté par Maurice en personne) lorsqu’il repart tranquillement après ce bombardement pourquoi ? Attendez : c’est juste un bombardement du sol américain effectué depuis un petit appareil plutôt lent pile à l’endroit où tous les Etats-Unis attendaient que le Mandarin frappe : vous ne croyez quand même pas que quelqu’un va penser à envoyer un avion lui faire bobo ? Non : tout le monde rentre à la maison en paix.

J’espère que vous avez bien savouré cette scène moisie, puisque la suite s’annonce tout aussi royale.

En effet, revenons à Tony : lorsqu’il reprend connaissance, c’est uniquement parce que l’alarme de manque d’énergie de son armure vient de s’allumer. Mais si, le manque d’énergie. Vous savez bien. Oui, dans les films précédents l’armure était alimentée par le gros réacteur bleuâtre que Tony Stark porte à la poitrine, mais visiblement dans celui-ci, elles se mettent à fonctionner sur piles LR6. Bon, mettons, j’ai dû louper un truc. Comme toutes ces affiches des films où l’on voyait bien le gros réacteur, même au travers de l’armure pour bien montrer ce qui l’alimentait. Thème qui était au cœur (jeu de mot) des deux précédents volets d’ailleurs, mais c’est probablement un peu subtil pour des professionnels, j’imagine.

Passons.

A court de batteries, donc, Tony Stark s’écrase au milieu du Tennessee, son ordinateur de bord, Jarvis, lui indiquant qu’il l’a automatiquement emmené ici puisque c’était le dernier endroit qu’il avait étudié (une réaction parfaitement logique, chacun en conviendra, heureusement que notre héros n’était pas vulcanologue). Ignorant le fait que dans les précédents films, avec des armures moins élaborées, Tony faisait Malibu – Kaboul aller-retour sans s’inquiéter du moindre problème d’autonomie de vol, notre héros jure donc qu’il est bien embêté car le voilà avec une armure en rade au milieu de nulle part. Tant pis : notre loulou traîne donc son corps de métal jusqu’à la station service la plus proche – mais curieusement déserte – et y emprunte un téléphone pour laisser un message sur le répondeur intégré à toutes les armures Iron Man :

"Pepper, si tu as ce message, et je suis sûr que tu l’auras contre toute logique, je voulais juste te dire que j’étais triste. Mais vivant. Je règle tout ça et je reviens, salut."

Oui. L’autre option c’était de te rappeler que tu étais le patron multimilliardaire d’un groupe surpuissant, et d’appeler un hélicoptère pour venir te chercher/te filer des batteries pour ton armure. Mais bon, hein, c’est pas comme si tout ce film reposait uniquement sur la négation complète de 100% de son propre concept. Soit : le message arrive en tout cas à Pepper, puisqu’elle trouve sur le sol près des ruines de la villa un casque d’une autre armure d’Iron Man, et l’enfilant, obtient le message de Tony.

Casque d’Iron Man qui n’a pas pu atterrir là, puisque toutes les armures étaient à la cave, et que la cave est encore fermée et a échappé au bombardement. M’enfin bon, hein.

De son côté, Tony se traîne donc jusqu’à la ville du Tennessee où il avait prévu de venir enquêter, personne ne remarquant Tony Stark, célébrité mondiale, traînant son armure derrière-lui le long des routes jusqu’à ce que sitôt arrivé à la bordure du petit bourg, il trouve un petit atelier visiblement désert où se cacher le temps de procéder à quelques réparations sur son armure. Et donc, sitôt installé dans l’endroit, il commence à s’atteler à son labeur.

"Ah, si seulement j'avais un réacteur sur le torse pour alimenter mon armure..."

"Ah, si seulement j’avais un réacteur sur le torse pour alimenter mon armure… rah, je n’arrive pas à me concentrer avec toute cette lumière entre mes tétons !"

"Halte-là !" dit soudain une voix qui comme dans tout film où quelqu’un entre dans une remise déserte, appartient soit à un vieux, soit à une jolie fermière célibataire, soit à un enfant avec une tête à parpaing (une sorte de tête à claque de niveau supérieur). Et pas de bol pour tout le monde : c’est la troisième option.

Apparaît donc Richie, jeune garçon armé d’un patator, qui a tôt fait de reconnaître le sauveur du monde Iron Man (présumé mort dixit le journal tout neuf que Richie se trimbalait sous le bras sans raison aucune au beau milieu de la nuit), et d’accepter de l’aider en lui fournissant le peu de matériel qui lui manque pour réparer son armure. Et comme il se doit, avec un ressort avec de la mousse à raser, notre héros a tôt fait de réparer son bidule… mais le tout manque encore d’énergie : il va falloir brancher le tout sur secteur et faire sans en attendant ! Pour passer le temps, Tony Stark décide donc de demander à Richie de l’emmener sur les lieux de l’explosion qui a eu lieu en ville 6 ans plus tôt. Et a tué 6 personnes. Et ni une, ni deux, le marmot emmène notre héros incognito dans un petit bâtiment en ruine ou autour d’un cratère on aperçoit encore contre les murs les silhouettes carbonisées de 5 victimes.

"C’est donc ici.
- Quelle qualité dans les dialogues M. Stark ! Vous vous attendez à ce que je vous réponde : "Non, ça c’est l’autre bâtiment en ruine avec les silhouettes de gens morts que l’on montre aux touristes, le vrai est là-bas" ?
- Tiens t’en aux dialogues, petit con.
- Okay… alors attendez… ah, voilà ! Oui, c’est ici M. Stark ! En ville, les gens disent que les silhouettes sur les murs représentent les âmes des gens montés au paradis. Et que s’il n’y en a que 5 c’est parce que le 6e, le kamikaze, n’avait pas d’âme. Je… attendez, c’est vraiment ça le dialogue ? Ils veulent faire croire que les gens sont assez cons pour ne pas comprendre que le kamikaze, s’il n’est pas contre un mur, c’est parce que c’est le petit cratère au milieu ?
- Bon, allez, on enchaîne, on enchaîne."
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Après un certain nombre de répliques à se tirer une balle dans la bouche, Tony apprend que le kamikaze qui a provoqué cette fameuse explosion était un militaire du coin, et que sa mère, traumatisée, traîne toujours au bar du coin pour noyer ses soucis dans l’alcool. Curieux, Tony décide donc d’aller la rencontrer, et se rendant sur place pour trouver la donzelle, découvre que celle-ci, non content d’être là, a aussi avec elle le dossier militaire de son fils ! Ho bin ça alors !

Là vous vous dites "Nan mais c’est complètement télescopé ce film !", mais hohoho, mauvaises langues, non.

Car en fait, le même jour, la maman du kamikaze a eu un coup de fil lui disant de venir ici avec le dossier militaire de son fils… mais qui a bien pu passer le coup de fil, se demande Tony Stark ? Maurice ! Et son amie Mauricette, elle aussi au service d’AIM ! Et tous deux débarquent dans le café en tabassant ou mitraillant tout ce qui passe dans le but de récupérer le dossier et de capturer Tony. Subtilement, bien sûr.

Pourquoi sont-ils venus ce jour là récupérer le dossier et pas 6 ans auparavant ? Et comment ont-ils sur pour Tony ?

Là, vous pouvez y aller : "Nan mais c’est complètement télescopé ce film !". Il suffisait juste d’attendre un peu. Vous ne croyez tout de même pas qu’un rebondissement allait être crédible ?

S’engage donc une course-poursuite au travers de toute la ville, durant laquelle Tony constate que Maurice comme Mauricette sont plus forts que des êtres humains normaux, et semblent régénérer leurs corps à chaque fois qu’ils subissent quelque blessure. Si notre héros parvient à tuer Mauricette à l’aide d’une explosion suffisamment grosse pour l’empêcher de régénérer son mascara, Maurice n’est que temporairement mis hors-de-combat dans l’histoire. Tony en profite donc pour emprunter la voiture avec laquelle les méchants sont venus, puis décide de mettre les voiles loin de là le temps de se mettre les idées au clair. Pendant ce temps, il demande à Richie de rester en ville et de veiller sur son armure le temps qu’elle se charge. Ho, et de fermer sa gueule aussi, pour changer. S’il te plaît Richie.

Au fait, et Pepper de son côté ? Elle s’en tire ? Faisons bref : après l’attaque de la villa, plutôt que d’aller s’abriter, elle aussi, au sein de Stark Industries et son énorme service de sécurité, elle préfère jouer la fille de l’air avec Maya, qui lui explique ce qu’elle venait révéler à Tony : Maya est botaniste et pense que son patron travaille pour le Mandarin. Et qui est son patron ? Stéphane Rousseau ! Une nouvelle choquante pour Pepper, plus encore lorsque s’arrêtant dans un quelconque coin avec Maya, ledit Stéphane débarque en personne pour kidnapper Pepper… et dire à Maya que c’est très vilain d’avoir tenté d’avertir Tony Stark. Maya rétorque que Stéphane comme lui savent qu’ils ont besoin de Tony Stark, et que plutôt que de le capturer, elle voulait le convaincre de se joindre à la cause. Tout le monde hausse les épaules et les choses s’en arrêtent donc là, avec une Pepper en bien mauvaise situation. C’est bon, on a fait le point ? Quelqu’un a prêté le moindre intérêt à ce qu’il vient de se passer ? Moi non plus. Alors retournons à notre héros.

De son côté, Tony a découvert dans le dossier militaire du kamikaze du Tennessee, écrit en gros au marqueur pour que personne ne puisse le rater "AIM" (si vous pensiez toujours n’avoir pas été pris pour un con par ce film jusqu’ici, c’est chose faite, même les accessoiristes s’y mettent), et comprend donc que la société en question a peut-être un lien avec tout ce bazar. Hmmm, que tu es fort, Tony. Heureusement que les indices sont écrits en gros dans les dossiers pour faciliter le travail des gentils. Tony décide donc, en croisant un quelconque concours médiatisé de miss camping au fin fond du pays, non pas de se changer les idées en faisant voler des bikinis en écoutant du Bach (un hobby de gentlemen), mais plutôt de détourner un système de retransmission local pour pirater le système de la société AIM et étudier leurs archives.

Et ça tombe bien, AIM garde dans ses archives bien accessible et dans le premier dossier qui passe des vidéos montrant ses expériences où l’on peut voir des militaires américains mutilés, parmi lesquels Maurice et Mauricette, invités à essayer un nouveau produit devant leur donner le pouvoir de se régénérer. Et pour des raisons mystérieuses, lorsque le corps se régénère avec cette drogue, il devient super chaud et les membres repoussent sous la forme de…

… poussées de lave.

Par contre, ça ne provoque pas de poussée de bon goût : dites non aux carreaux. Où qu’ils soient.

Non, je ne déconne pas. Ne me demandez pas le rapport avec la choucroute, mais par exemple pif pouf, les manchots ont des mains en lave qui leur poussent, avant de refroidir et de devenir parfaitement humaines. Et ensuite, les gens sous cette drogue peuvent à volonté faire chauffer des parties de leur corps ce qui, j’imagine, donnera quantité d’idées à mon lectorat canaillou, mais il suffit les fripons. Car toujours est-il que certains soldats acceptent fort mal ladite drogue, et que leurs corps chauffent, chauffent, tel le pauvre Jean-Jacques plus tôt dans le film… et explosent comme de véritables bombes. On aperçoit par ailleurs sur les vidéos Stéphane Rousseau, dirigeant lui-même les opérations.

Tout cela est bien étrange, se dit Tony Stark. Serait-il possible qu’AIM soit derrière tout cela ? Et donc derrière le Mandarin, qui revendique ces curieuses explosions ? Pourquoi est-ce que le méchant est toujours un type que les gentils connaissent déjà ? Ni une, ni deux, il appelle Richie qui le met en communication avec son armure toujours en charge, mais où désormais, Jarvis le bon ordinateur de bord est de retour. Et après une rapide enquête facilitée par les trous du scénario, hop hop hop Jarvis localise d’où le Mandarin envoie ses vidéos, à savoir… Miami.

Ho. Même pas une planque crédible ? Hmmm, non, je dois être trop exigeant.

Le Mandarin justement n’est pas resté inactif : il a encore envoyé une vidéo à l’Amérique, non pas où il danse  en tutu sur du Taylor Swift (je sais, vous êtes déçus), mais cette fois-ci dans laquelle il a kidnappé un responsable de banque et menaçait de le tuer en direct sur toutes les télévisions du monde si le président américain ne l’appelait pas immédiatement. Et bien que le président ait découvert, surpris, que la Mandarin avait réussi à rentrer un numéro où le joindre dans son propre portable (non, ça n’étonne pas grand monde de savoir que le terroriste a réussi à avoir accès au téléphone présidentiel) et ait aussitôt appelé ledit numéro… le Mandarin s’est contenté de ricaner et d’exécuter son otage en direct.

Pourquoi ? Pourquoi montrer en direct au monde entier que l’on n’a aucune parole ? Pourquoi se décrédibiliser ainsi ?

Heu…

Ah bin pour rien en fait. Là encore, cette séquence ne servait à rien, à part à rajouter du n’importe quoi au chaos général.

Iron Patriot a lui bien été envoyé à l’endroit où le numéro de téléphone du Mandarin a permis de remonter, mais pas de chance pour lui, non seulement le Mandarin n’était pas sur place… mais il s’est avéré que c’était un piège, et qu’il a été capturé avec son armure, l’un des méchants soldats modifiés d’AIM présent sur place en embuscade ayant utilisé ses supers pouvoirs de chauffage ambulant pour taper au bon endroit et désactiver en partie son armure. Pas d’bol.

Ne reste donc que Tony Stark pour sauver le monde. Qui se dit "Hmmm voyons voir… je ne sais pas qu’Iron Patriot est prisonnier, d’ailleurs bien que ce dernier passe tout le film à utiliser son armure pour téléphoner, il ne pensera justement jamais à appeler qui que ce soit à l’aide ou prévenir de ce qu’il se passe quand bien même on voit que le système est fonctionnel, mais comme j’ai lu le scénario, je sais que ça ne sert à rien d’essayer de le joindre. J’ai toujours mes 40 armures prêtes à servir dans la cave de ma villa, mais je vais pleurer que je n’ai aucun modèle disponible sous la main au prétexte que le dernier que j’ai utilisé est en charge chez Richie. Je ne vais pas non plus appeler un quelconque officiel, voire un de mes potes Avengers pour essayer d’intervenir : non, vous savez ce que je vais faire ? Je vais me bricoler un patator et un gant de cuisine customisé en taser et avec ça, je vais prendre d’assaut la villa du terroriste le mieux protégé au monde."

Je ne blague pas. C’est bien armé d’un patator et d’un gant de cuisine customisé en taser que notre héros se présente donc à l’entrée de la villa de Miami où le Mandarin doit se cacher, et s’infiltre donc discrètement en nettoyant la moitié de la sécurité locale sans avoir le moindre problème grâce à ses super gadgets. Il finit donc par arriver jusqu’à la chambre principale où il rencontre… le Mandarin.

A savoir un vieux en pyjama qui fait des blagues, sent le caca (véridique aussi), et se boit des bières en se payant des prostituées.

C’est donc ça, l’ennemi de l’Amérique ? Tony Stark lui met une ou deux torgnoles et lui demande quelques explications : qui est-il ? Que veut-il ? Quel est le rapport entre lui et AIM ? Aucun problème : le Mandarin lui explique qu’il n’est qu’un acteur à qui on a payé un peu de chirurgie esthétique pour lui faire une nouvelle tête et tourner dans des vidéos où il se présente comme le Mandarin, terrible terroriste menaçant l’Amérique. Il travaille avec AIM, et son patron est Stéphane Rousseau. Pourquoi ? Il ne sait pas tout du plan, mais il sait que Stéphane Rousseau se sert de cette figure du Mandarin pour rester dans l’ombre… et avoir un bouc émissaire pour justifier les étranges explosions qui arrivent aux quatre coins du pays. Et que son plan a une suite, qu’elle implique le président des Etats-Unis en personne, et que tout cela se passera à bord d’un bateau sur un quai de Miami.

Le Mandarin explique aussi que "Ahahah, tout ça, c’est que du cinéma, ou alors on m’a menti", et Tony Stark le croit sur parole : c’est vrai quoi, dans la dernière vidéo, le Mandarin n’a fait que tuer quelqu’un en direct tout en poussant le spectacle jusqu’à pirater jusqu’au téléphone du président Américain. Alors oui, c’est complètement crédible. Ça se confond tellement avec un clip MTV.

Mais le film n’en parlera plus : il vaut mieux, je crois.

Hmmm… je vais reprendre du brandy. Voilà : retournons à nos souffrances.

Sauf que Tony Stark n’a pas le temps – ni l’idée – d’appeler qui que ce soit pour partager ces informations : il a tôt fait d’être dérangé par Maurice et d’autres larrons d’AIM, qui lui cassent la margoulette et le font prisonnier. Tristesse. Et c’est là que les choses commencent à devenir sales.

Déjà, dans une autre pièce de la villa, le pauvre Iron Patriot est prisonnier. Mais refuse de quitter son armure : c’est donc lors d’une séquence ridicule où Stéphane Rousseau transforme son bras en lave et crache des flammes(…si, si) sur le pauvre colonel Rhodes qu’enfin, l’armure en surchauffe s’ouvre et laisse échapper le malheureux, qui est lui aussi mis aux fers manu militari. Et à sa place monte dans son armure… Maurice, le bras droit de Stéphane Rousseau. Qui décolle donc bien vite pour une destination inconnue.

Les méchants comptent sur le fait qu'en pleine période de sécurité maximale, personne ne pense à regarder qui peut bien se promener dans les coins les plus sensibles, surarmé et le visage ouvert. Et ça va marcher.

Les méchants comptent sur le fait qu’en pleine période de sécurité maximale, personne ne pense à regarder qui peut bien se promener dans les coins les plus sensibles, surarmé et le visage couvert. Et ça va marcher.

De son côté, Tony voit aussi Stéphane Rousseau venir le narguer en lui expliquant qu’il a fait prisonnier Pepper, et qu’il veut se venger de l’humiliation faite 13 ans auparavant, lorsqu’à Genève, Tony Stark l’avait snobé (ah, ça, on a son petit ego) : il a donc kidnappé Pepper et… lui a injecté sa super drogue ! Donc soit Pepper va survivre et sera une vilaine mutante… soit son corps va rejeter le produit et elle va exploser. Mais dans l’immédiat, elle va juste souffrir, hohoho, je suis maléfique !

Ho oui Stéphane. D’ailleurs, si même ton dernier modèle de drogue est expérimental et tue presque une fois sur deux, tu peux m’expliquer pourquoi tu te l’es injecté puisque tu peux cracher du feu et transformer des bouts de ton petit corps en lave ? Oui, c’est bien ce que je me disais : toi aussi tu es con à sucer des cailloux.

Stéphane explique aussi qu’il est tellement méchant que tiens, hop, il tue Maya sa gentille assistante (sans raison, allez), et que lorsque Stark sera désespéré  il se servira de son intellect supérieur (on ne rit pas) pour qu’il l’aide à améliorer sa formule. Et en attendant, hé bien… l’ami Rousseau explique plus en détails son plan : oui, le Mandarin est une marionnette, un acteur. Oui, il lui fait revendiquer des explosions produites par certains de ses hommes, de manière volontaire ou non, histoire de couvrir des accidents d’un côté et de terroriser le pays de l’autre. Et que grâce à la partie finale de son plan, il va faire du président des Etats-Unis une autre marionnette .. et ainsi il contrôlera à la fois le Mandarin ET le président des Etats-Unis ! Le terrorisme et l’anti-terrorisme ! L’offre et la demande ! Hahahahaha HAHAHAHAHA

Oui mais pourquoi Stéphane ?

Hein ? Non parce que c’est cool, mais puisque tu es déjà multimilliardaire et que tu peux tirer plein de ficelles depuis les ombres, pourquoi ce plan pourri à part risquer tout ce que tu as ? Dis-moi ? Hmmm ? Ah oui, j’y suis : parce que tu es un méchant de film écrit avec de la sauce piquante sur un carton à pizza un soir de cuite, et qu’à ce titre, tu as donc la profondeur du carton sur lequel tu es né. Bien bien. Et comme tout méchant pourri, après avoir révélé son plan, l’ami Rousseau s’en va pour rejoindre le bateau où doit se dérouler la fin de soirée.

Je… hmf. Combien de temps pour écrire ce film ? Moins que cet article, je suppose.

Sauf qu’un moment plus tard, Tony Stark sourit en découvrant l’heure : son armure doit avoir fini de se charger. Et comme elle est conçue pour voler jusqu’à lui… ça ne rate pas : alors qu’il est prisonnier dans la cave de la ville du Mandarin, son armure débarque et se greffe sur lui, lui permettant non seulement de se libérer, mais aussi de coller une branlée à tout ce qui bouge dans la villa Mandarin. Le colonel Rhodes, privé d’armure, a lui aussi réussi à s’échapper malgré tout et rejoint son copain Iron Man pour le prévenir qu’Iron Patriot contient désormais… Maurice le méchant ! Vite, il faut prévenir le président des Etats-Unis !

Mais comme par un curieux hasard du scénario, Tony Stark n’a que le numéro du vice-président (le Mandarin a accès au téléphone présidentiel, mais pas Tony Stark le-sauveur-du-monde, encore une fois tout le film repose sur d’inexplicables lacunes), c’est celui-ci qu’il appelle pour lui dire qu’il faut mettre le président en sécurité et tenir Iron Patriot à distance. Le vice-président reçoit bien le message, raccroche et… ne donne pas l’alerte. Car on découvre que sa fille est unijambiste, et donc qu’il est en fait l’allié de Stéphane Rousseau, qui a probablement obtenu sa loyauté en échange d’une nouvelle gambette pour sa marmotte !

Oui, je sais, c’est mauvais, mais à ce stade, qui attend encore quoi que ce soit de ce film ?

Car en effet, à bord d’Air Force One, où Iron Patriot a réussi à monter, personne ne se demande pourquoi ce dernier se promène partout de manière louche sans parler ni relever son masque. Et c’est bien normal, car Maurice se contente de prendre son temps avant de préparer son coup. Et lorsqu’il estime que tout le monde est assez détendu… il commence à tuer tout le monde à bord, voire fait des trous dans la coque de l’avion pour que les passagers aillent s’adonner au freefall de l’extrême. Il est comme ça, ce gros taquin de Maurice.

Tony Stark lui est bien embêté : il aimerait prêter assistance tant au président qu’à Pepper, probablement prisonnière sur le bateau où Stéphane Rousseau s’est rendu, mais ne pouvant être aux deux endroits à la fois, il a décidé de couper la poire en deux : il va aider sa copine, et a envoyé son armure péter la gueule au faux Iron Patriot à bord d’Air Force One. Sauf qu’à sa grande surprise, à bord, nenni d’Iron Patriot : ne reste que Maurice, sans l’armure, s’apprêtant à sauter en parachute et refusant de dire ce qu’il a fait du président. Tant pis : Iron Man lui pète la mouille par principe, puis va sauver de la chute libre les différents passagers qui avaient été éjectés de l’appareil. Les autres, il les laisse probablement crever, mais le film n’en pipe mot. Et comme chacun sait : si le film n’en parle pas, ça n’existe pas.

Après cette mission couronnée de succès, l’armure est hélas percutée par un camion, et ce qui ne faisait rien à la bête dans le premier film ici la démonte complètement : elle ne revient donc pas à Tony (pourquoi, sachant que tous les éléments peuvent se mouvoir individuellement ? Mystère), et celui-ci se retrouve donc un peu en slip pour aller sauver Pepper, son ami Rhodes étant lui aussi privé de son armure d’Iron Patriot.

Le bateau de nos héros arrive donc après des heures de voyage (ou alors la nuit est tombée comme par enchantement, allez savoir : c’est devenu si commun) jusqu’à un immense navire marchand à quai sur lequel semble régner une intense activité. Là encore, hors de question d’appeler à l’aide, nos deux loulous ont un meilleur plan :

"Hey, si on tentait de libérer le président qui doit être ici et Pepper à deux, avec un pistolet chacun ? Même qu’on ferait de l’infiltration et qu’on essaierait d’affronter des surhommes qui résistent aux balles vu qu’ils sont limite mutants ?
- Excellente idée Tony, ce film n’était pas assez vaseux : c’est clair que faire une opération commando de nuit avec un type qui a un réacteur qui fait de la lumière comme un énorme projecteur sur le torse, ça va être discret.
- Complètement : et tu sais quoi ? Je ne vais même pas tenter de le dissimuler, parce que je crois qu’on pourrait encore se foutre un peu de la gueule du public ! D’ailleurs, tu as remarqué comme tout le monde a oublié l’utilité de ce réacteur depuis le début du film ? Qu’est-ce qu’on se marre !
- Claro ! Allez, c’est parti mon Tony."

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Et en effet : c’est donc lors d’une consternante scène d’infiltration nocturne avec un homme-décoration de Noël (ça tombe bien, c’est la saison) que nos héros approchent du navire des méchants, et notent que le président des Etats-Unis est bien là… enfermé dans l’armure d’Iron Patriot : c’est comme ça que Maurice l’a sorti d’Air Force One ! Stéphane Rousseau prévoit, au nom du mandarin, de le faire brûler avec son armure à minuit (soit le jour de Noël, puisque nous sommes le 24 décembre donc), ce qui sera une grande victoire pour le Mandarin, et donc l’occasion pour le vice-président de devenir président sous les acclamations d’un peuple en colère contre le Mandarin… et donc pour Stéphane Rousseau d’avoir enfin un type sous son contrôle dans le bureau ovale.

Mais pas de bol pour nos héros : ils se font repérer (quelle surprise !). Crotte, que faire ?

Elle est bien ta veste Tony. Tu pourrais la fermer et éviter de mettre tout le monde en danger en te promenant avec une cible sur le torse

Elle est bien ta veste Tony. Tu pourrais la fermer et éviter de mettre tout le monde en danger en te promenant avec une cible sur le torse, non ? Non.

Encerclés, mitraillés, désespérés, il semble que tout soit perdu lorsqu’enfin, Tony utilise son téléphone pour lancer l’opération "Mégateuf". A savoir que dans les ruines de sa villa que des équipes de déblaiement dégagent, le sous-sol, épargné par le bombardement, s’ouvre soudainement et en sortent… toutes les armures de notre héros, qui partent en volant pour le rejoindre en quelques secondes seulement !

Oui oui, vous avez bien lu : depuis le début du film, Tony Stark pouvait appeler toutes ses armures, n’importe quand, mais il ne l’a jamais fait malgré les 268 fois où même en appeler une seule lui aurait sauvé la mise. D’ailleurs, on s’est tapé près d’une heure de film sur Iron Man sans armure qui pleure… c’est donc d’autant plus intéressant. Evidemment, les mauvaises langues diront "Ouiiii mais peut-être que le sous-sol n’était pas accessible jusqu’ici à cause des ruines qui couvraient la sortie" et je réponds que ça tombe bien : pour s’assurer qu’aucun spectateur ne puisse trouver cette excuse au film, l’équipe a même créé spécialement une armure "Spéciale lourdes-charges/déblaiement" qui n’apparaît que trois secondes dans le film, soit juste pour gaspiller de l’argent et faire un gros doigt à la dernière personne au fond de la salle qui pensait que quelque chose tenait encore debout.

Bref : Tony demande à ses armures de tabasser tous ses ennemis, et en récupère une pour lui-même pour se joindre à la fête. Stéphane Rousseau, qui était occupé à siroter une pina colada en attendant l’heure de son triomphe, grommelle donc en constatant que l’on est en train de saccager ses réjouissances, et sort donc se battre en utilisant ses pouvoirs de surhomme et de centrale vapeur humaine pour affronter Iron Man : grâce à ses mains de feu, il transperce l’acier comme du beurre, et on a donc le droit à des scènes où le bougre brise armure sur armure dans lesquelles Tony Stark tente de trouver refuge, avec des passages rigolos mal montés du genre

"Tiens Iron Man, je te tranche la jambe !"

Et hop, dans le plan suivant, Iron Man a toujours ses deux jambes. Et non, il n’a pas éjecté sa jambe d’armure pour préserver sa gambette de chair : on voit que tout est encore impeccable. Même ça, c’est raté.

Bref : échange de patates (car oui, ses armures permettant de voler et de tirer, jamais Tony ne pense à se servir de ces options pour latter le vilain de loin d’où il ne peut rien faire) et de blagounettes, certes, mais il y a quand même des gens à libérer. Le président est sauvé par le colonel Rhodes, qui le détache avant de récupérer l’armure d’Iron Patriot pour l’emmener loin de la bataille, en sécurité, pendant que Pepper, elle, qui avait réussi à se libérer se vautre comme une vieille bouse dans un brasier local. Evidemment, si elle est vivante, c’est que son corps a accepté la drogue, et elle se régénère donc sous les yeux un peu choqués de Tony, avant de venir l’aider à coller une tannée au pauvre Stéphane Rousseau, qui cette fois-ci, perd le combat pour de bon, puisque les armures d’Iron Man ne pouvant rien contre lui, nos héros décident de commander à une armure se venir se greffer sur lui contre son gré, avant de passer en mode auto-destruction. Mais si, vous savez, ils lui greffent l’armure qui s’était mangée un camion plus tôt ce qui expliquait pourquoi elle n’était pas à la disposition de Tony. Elle s’est réparée toute seule ? Elle a trouvé un Renault Assistance pas loin ? Bref : elle est là et saute sur Stéphane Rousseau.

Ce qui suffit à en terminer avec le méchant.

A noter d’ailleurs que visiblement, la drogue transforme aussi en ninja : Pepper est devenue super balaise en combat alors qu’elle n’y connaissait rien, mais ni elle ni Tony ne semblent s’en étonner. D’accord d’accord. De toute manière, le film arrive sur sa fin : encore un truc pour tomber un peu plus bas ? Bien sûr !

"Hooo Tony, tu m’as sauvé la vie !
- Je sais Pepper. Et je vais aussi te sauver de cette curieuse drogue, tu vas voir.
- Merci Tony. Tu es le meilleur : grâce à tes 40 armures, tu as pu me venir en aide, en finir avec Stéphane Rousseau, sauver le président des Etats-Unis et probablement des millions de gens.
- Tu as raison Pepper. Du coup tu sais quoi ? Jarvis : programme l’auto-destruction de toutes mes armures !"

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Pour ceux qui pensent que j'exagère : ils ont même fait des affiches montrant la fameuse armure curieusement conçue pour porter des charges lourdes et déblayer, par exemple, les gravats d'une villa

Pour ceux qui pensent que j’exagère : ils ont même fait des affiches montrant la fameuse armure curieusement conçue pour porter des charges lourdes et déblayer, par exemple, les gravats d’une villa

Pardon ? Attends : on t’explique tes armures ont sauvé plein de gens DONC tu les détruis toutes ? Mais ? Mais ? Merde, heureusement que tu n’as pas trouvé un sérum contre le cancer alors ! Allez, bouclons, parce que là ce n’est plus possible : sans raison aucune, les armures se mettent donc à exploser l’une après l’autre dans le ciel en faisant… un feu d’artifice pour Noël. A ce stade, une de mes voisines a eu une telle diarrhée d’arcs-en-ciel que son siège s’est mis à ressembler à une création de Valérie Damidot. Tony et Pepper se font donc des bisous, et nous découvrons donc la suite des événements, à savoir que le complot est révélé au monde, et donc que le vice-président et le Mandarin sont arrêtés manu militari, Richie le garçon relou reçoit en récompense de son aide à Iron Man plein de cadeaux cools comme un patator conçu par Tony Stark lui-même (je pense qu’il aurait juste préféré du pognon, mec), Hogan sort du coma, Pepper est guérie et la vilaine drogue sortie de son corps, quant à Tony, il décide qu’il en a assez d’être Iron Man grâce à ses gadgets, et choisit donc de ne pas s’en arrêter qu’aux armures, et demande donc à une équipe médicale de lui retirer du corps les shrapnels qui l’obligeaient à se promener avec un réacteur sur le torse. Mais si, vous savez, les shrapnels impossibles à retirer comme on vous l’expliquait depuis deux films : en fait il suffisait de 5 minutes sur une table d’opération, et pif pouf, c’était réglé.

Toutes ces incohérences terminées, alors qu’autour de moi des gens mangeaient leurs fauteuils en hurlant "Ph’nglui mglw’nafh Cthulhu R’lyeh wgah’nagl fhtagn", on découvre alors Tony Stark sur les ruines de sa villa déclarant que débarrassé de tout ce bazar, et se préparant à écrire une nouvelle page de sa vie,  il n’en reste pas moins celui qu’il a toujours été : IRON MAN.

Et… FIN !

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C’est à peu près à ce moment là que moi aussi j’ai eu envie de me fabriquer une armure pour aller faire la justice. Comme par exemple bombarder Hollywood.

Mais nous sommes en France : il me faudra, en plus des quelques mois pour monter l’engin, en rajouter environ 7 pour faire immatriculer le tout à la préfecture sous peine d’amende, 2 ans de débat à l’assemblée pour savoir si je peux afficher mon numéro de département sur la plaque d’immatriculation du bousin, trois interventions d’Arnaud Montebourg pour que je remplace le coeur énergétique par une batterie de 205 pour soutenir l’économie locale et éventuellement virer le Jarvis local pour installer un minitel, et je pense que lorsque j’aurai enfin obtenu l’autorisation du préfet pour survoler les agglomérations après 22 heures, mes ennemis seront morts de vieillesse.

Il y a vraiment des ennemis bien plus terrifiants que n’importe quel super méchant.

"Vous pouvez vraiment m’aider à prendre en photo Tom Cruise ?"

Caché dans un buisson près de la luxueuse propriété de l’acteur, le paparazzi se tourna vers l’homme assis un peu en arrière, occupé à lire son journal, une flasque de brandy à son côté. Il se retourna à peine pour répondre au photographe.

"Evidemment. Vu mes tarifs, vous vous doutez bien que ce que je vous vends est sûr.
- Non mais je ne comprends pas. Les copains m’ont dit que ça marchait presque à chaque coup. C’est quoi votre truc ?"

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Dérangé dans ma lecture par l’incessant babillage du professionnel de l’image, je me décidais à plier mon hebdomadaire en grommelant pour me mettre au travail. Il y a des gens tellement impatients.

"L’homme sage ne poursuit pas le guépard : il le fait venir à lui.
- Quel rapport avec le guépard ?
- C’est une image. Nous n’allons pas tenter de surprendre Tom Cruise, nous allons le faire venir à nous. Tenez, passez moi ma mallette."
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Le photographe s’exécuta et fit glisser vers moi mon porte-documents, dont je tirai bien vite un tas de feuilles mal reliées glissées dans un sachet hermétique habituellement utilisé pour transporter les preuves d’un quelconque crime.

"Qu’est-ce que c’est ?
- Un appeau à Tom Cruise. Lui seul peut sentir son fumet subtil. Nous allons le déposer dans la pelouse juste devant le buisson, et préparez-vous : la bête viendra bien vite le chercher. 
- Vous déconnez ? Comment ça fonctionne ?
- J’ai trouvé un vieil asile en Amérique centrale où d’anciens nègres de Tom Clancy tentent de reposer leurs âmes torturées. Un peu de peyotl dans leur café avec la complicité des infirmiers, quelques mots clés susurrés à leur oreille pendant leur transe, et ils pondent de la bouse contenant les éléments de votre choix. Par exemple, là pour du Tom Cruise, j’ai utilisé les choses auxquelles il ne résiste pas, qu’importe la qualité merdique du script : "agent d’état", "moto", "identité mystérieuse", "encore de la moto", "descente en rappel", "trucs qui volent" et "escalade". Presque 70% de sa filmographie vous ne croyez quand même pas que ce soit une coïncidence ?
- Je suis sûr que vous vous foutez de moi."

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Le photographe roula des yeux lorsque j’ouvris d’un vif coup de couteau le sachet hermétique et que je jetais quelques mètres devant nous le tas de feuillets. Il y eut un bref moment de silence durant lequel le photographe, dubitatif, laissa son regard aller de ma personne aux feuillets s’agitant sous la brise dans la pelouse, puis enfin, il y eut un bruit de porte que l’on ouvrait. Puis une voix grommela doucement depuis la résidence face à nous :

"Snif… snif snif… cette odeur… oui… ça sent les lunettes d’aviateur.. la vidange de mobylette… le suspense pourri et le scénario moisi… ouiiii… c’est pour MOI !"

Et sous les yeux ébahis du photographe qui eut besoin de quelques secondes pour se remettre du choc et commencer à mitrailler à l’aide de son appareil, Tom Cruise galopa droit vers le script d’Oblivion.

Spoilons, mes bons !

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L'affiche : notez la tentative difficile malheureuse de donner l'air pensif au héros

L’affiche : notez la tentative malheureuse de donner l’air pensif au héros

Notre film débute quelque part dans une rue de New York, alors que Jack Harper, un fier larron au sourire ultra bright regarde amoureusement une fille. Tout cela serait à peu près correct si le tout n’était pas tourné avec un filtre instagram accompagné de la voix off de notre héros qui nous dit qu’il fait toujours ce rêve étrange… non, pas celui où il chevauche un poney avec Kirsten Prout : celui-là, là, à l’écran. Il est à New York avec cette fille, mais il est incapable de se souvenir de son prénom (personnellement, je ne vois rien d’anormal là-dedans). Pourtant, il a l’impression que ce rêve est plus qu’un simple rêve, mais carrément un souvenir… mais c’est bien évidemment impossible puisque la ville de New York a disparu bien avant sa naissance. Ah, c’est pas banal.

Quittons ce rêve, puisque Jack se réveille en sueur dans son lit : il n’est pas à New York, et en effet, nous sommes dans le futur, en 2077 pour être exact. Notre héros habite au sommet d’une "tour", structure fragile installée au sommet d’une montagne ressemblant à un loft très luxueux monté sur pilotis façon publicité EDF. Il a à ses côtés Vika, coéquipière et compagne, car toujours en voix off, notre loulou nous explique ce qu’il s’est passé depuis nos jours jusqu’aux siens.

En 2017, une race alien sobrement nommée "les chacals" est venue attaquer la Terre. Pour ce faire, elle a d’abord fait sauter la Lune, probablement avec un très gros pétard, provoquant diverses catastrophes sur Terre, comme des tremblements de terre, des tsunamis et une nouvelle chanson d’Indochine intitulée "A qui je vais demander moi maintenant ?". Et alors que les survivants en étaient encore à se demander ce que c’était que ce bordel, dérivant sur les flots déchaînés avec leurs bouées canard et les oreilles saignantes, les chacals ont fini le travail en envoyant leurs troupes de choc mitrailler ce qui restait. Sauf que l’humanité, un brin taquine, a dit que bon bin si c’est ça, paf, riposte nucléaire. Ça a tellement bien fonctionné que les chacals ont été vaincus, mais que la Terre est devenue complètement irradiée. Les survivants sont donc partis fonder une colonie sur Titan, le satellite de Saturne, où la vie est chouette à ce qu’il parait puisqu’on y capte pas Jean-Marc Morandini. Et ils ont laissé en orbite de la Terre le Tétraèdre, ou "Tet", gigantesque station spatiale qui est là pour superviser le transfert des ressources exploitables de la Terre vers Titan. Car la science a évolué avec le destin de l’humanité (les gens, pas le journal qui n’a fait de son côté que faire évoluer la recette de cuisson de la merguez à sa fête éponyme) et désormais, d’énormes centrales aspirent l’eau des océans et la transforment en énergie. Energie qui est donc renvoyée ensuite vers Titan.

Et là, vous vous demandez "Ah oui, et comment donc ?". Et heu… bin non, personne ne se pose la question. Probablement que les usines envoient le tout sous forme de piles LR6 par Chronopost. J’espère qu’ils ont des prix sur les timbres.

Notre Jack Harper de héros fait donc partie des troupes laissées derrière elle par l’humanité pour s’assurer que les usines de production d’énergie tournent bien. Sa mission ? Il doit réparer les drones qui empêchent les restes en déroute de l’armée des chacals de s’en prendre aux dites usines. Le matin, il prend donc son petit vaisseau volant pendant que Vika s’occupe des communications, du radar et du café, et s’en va  en sifflotant retaper les machines qui ont eu des accidents durant la nuit dans le secteur 49, dont il a la responsabilité.

Oui, en gros c’est l’histoire d’un mec de chez Carglass en 2077. Fascinant.

Pour plus de sécurité, notre héros a eu la mémoire effacée pour ne pas qu’il puisse donner d’informations utiles à l’ennemi si jamais il était capturé. Ses souvenirs actuels remontent donc à 5 ans, soit le début de son actuelle mission. Et dans deux semaines, on viendra le relever, pendant que lui et Vika partiront pour le Tet, dernière étape avant de s’en aller couler des jours heureux sur Titan.

Vous avez tout suivi ? La Terre envahie puis radioactive, le Tet, Carglass et le rêve curieux qu’on ne voit pas venir à 70 kilomètres comme étant un vrai souvenir ? Alors en route.

Comme chaque matin, Jack se réveille aux côtés de Vika. Alors que la douce jeune femme s’étire tel un félin dans sa nuisette de satin, laissant l’air d’un beau nouveau jour sur Terre lui gonfler les poumons telle une nymphe s’éveillant sur l’Olympe, Jack est déjà en train de se préparer (comprendre : se gratter les fesses, pisser aux trois quart à côté des toilettes en sifflotant, prendre un café en riant grassement et lâcher un pet tonitruant avant de sortir ; du rêve, quoi) et file bientôt vers son appareil pendant que Vika va s’installer au poste de communication de la tour. Et c’est donc parti : Vika fait l’inventaire des drones ayant eu des problèmes techniques durant la nuit, pendant que notre héros file vers le plus proche pour lui mettre des coups de clés à molette.

J’en profite : si nos héros ne travaillent que le jour, c’est pour plusieurs raisons :

  • La nuit, les chacals sont de sortie, c’est donc plutôt dangereux
  • Le jour, on voit quand même drôlement mieux et puis c’est plus choupinou
  • Et surtout, le Tet n’est du bon côté de la Terre qu’aux heures du jour, en dehors de cela, les communications avec lui ne passent plus

Jack, donc, à bord de son petit appareil à réaction, file joyeusement dans les cieux et prend un malin plaisir à voler au milieu d’un orage dès la première scène, alors que l’on découvrir par la suite qu’il n’était pas obligé, son appareil pouvant aussi bien voler au-dessus qu’en-dessous. Mais bon, histoire de bien montrer qu’il est un peu con, il y va, se mange un éclair, et son appareil n’étant pas conçu pour (bin non), il en perd le contrôle durant un moment avant évidemment de tout récupérer à la dernière seconde en ricanant parce que hohoho, quel casse-cou je fais tu vois t’as vu wesh. Puis, ayant localisé le drone 166 qui a visiblement été abattu durant la nuit, il se pose sur le site du crash de l’engin, pile au milieu d’un ancien stade pour découvrir le bousin inactif au milieu des restes de la pelouse locale. L’occasion pour notre héros de dire qu’il adore le football américain, yeah. Et de mimer un match entier quand bien même il est en pleine zone hostile. Et radioactive.

Vika, obligée de suivre les mimes consternantes de son compagnon sur le terrain. On comprend qu'elle fasse la gueule.

Vika, complètement blasée à force de suivre sur écrans les actions lamentablement stupides de son binôme.

D’ailleurs, sachez-le : Vika comme Jack passeront tout le film où qu’ils soient à se promener sans aucune protection, parce que bon, la Terre a été évacuée à cause des radiations, mais c’est sûrement pas bien dangereux, pas vrai ? Sûrement un détail un peu subtil. C’est donc vêtu d’une petite tenue de pilote et d’une casquette de base-ball que notre héros s’approche du drone, encore entouré des cadavres de chacals, mais ne prête aucune attention au fait que les chacals ressemblent furieusement juste à des humains avec un casque, voire à un mauvais cosplay (pléonasme) : ça ne l’intéresse pas. Il va donc voir la machine, et commence ses réparations sur place, puisqu’elle n’a quasiment rien : il suffit de changer le joint de culasse et elle redécolle. Parce que oui, l’engin a été  "abattu" mais alors il n’y a pas un impact de balle dessus, toutes les pièces sont impeccables, et les chacals ne se sont pas dits "Tiens, on va la démonter pour récupérer des pièces dessus", non : ils ont tout laissé en état pour que, comme chaque jour depuis plus de 60 ans, un mec vienne réparer la machine et qu’elle puisse retourner les tuer.

Sympas les mecs. Vraiment. Ils veulent sûrement maintenir de l’emploi. Tant dans l’entretien des drones que les pompes funèbres pour chacals.

Notre héros repart en sifflotant pour se diriger vers le second drone abattu dans la nuit, qu’il est "impossible de localiser précisément puisqu’il n’émet plus de signal". Oui et puis, faudrait pas consulter les  derniers enregistrements du drone pour voir où il s’est crashé à peu près Vika, c’est pas comme si c’était ton boulot, tiens. Jack décide donc de sortir l’accessoire inévitable de tout film avec Tom Cruise : une moto, qui traînait dans le coffre de son engin volant. Ni une, ni deux, il file donc à folle allure au travers des plaines dévastées de notre planète, et guidé par le pouvoir enchanté de son pif, parvient à retrouver le signal du drone, provenant des restes d’une bibliothèque dont seul un bout du toit dépasse encore un peu du sol. Notre filou gare donc son solex du futur et descend en rappel (encore une fois film, Tom Cruise, tout ça) via l’ouverture béante pour voir où est passé son copain le drone. Ouhouuuuuu copain ? Tu es où ? Allez, viens voir papa que je te sorte de ce film.

Accompagné de son fidèle fusil, parce qu’il sent bien que ça sent le piège à andouilles dans ce coin obscur bourré de livres, Jack ne réalise que trop tard qu’il n’y a aucun drone là : seulement sa balise de détresse ! Il a été attiré ici par les chacals ! Et en effet, bientôt, les lueurs orangées des visières des casques de ses ennemis apparaissent autour de lui, ainsi que les curieux cris de ces derniers, ressemblant à des bruits de talkie-walkie en fin de batterie. Jack ouvre donc le feu, mais bien vite et suite à diverses aventures, bien que l’ennemi n’ouvre curieusement pas le feu sur lui, il doit se replier et manque de peu de se faire capturer, seulement sauvé par l’intervention télescopée du drone qu’il a réparé un peu plus tôt qui, passant par là (alors qu’on nous a expliqué que justement, aucun signal ne passait, il l’a probablement retrouvé à l’odeur), en profite pour sulfater du chacal. Jack remonte donc à la surface… pour réaliser qu’on lui a tiré sa moto pendant ce temps. Bande de voleurs de poules !

Juste comme ça : il faudra m’expliquer comment les chacals ont pu voler la moto du Monsieur, sachant qu’ils ne sont pas supposés être à la surface  de jour, qu’un drone était visiblement en train de survoler le coin prêt à les sulfater, qu’il n’y avait aucun endroit pour planquer le véhicule à des kilomètres à la ronde, l’accès à la bibliothèque étant en plein milieu de nulle part, et surtout, encore une fois, ce que foutait Vika puisqu’il y avait une caméra sur la moto, et que depuis le début du film, elle suit la progression sur le terrain de notre héros grâce à d’autres caméras visiblement placées tous les deux mètres sur l’ensemble de la planète. D’ailleurs, on a entrevu durant la scène que Vika avait une parfaite vue de ce qu’il se passait à la surface, et que s’il y avait eu vol de mobylette, elle aurait tout vu.

Mais, là, non. Elle devait probablement lire Public.

Bref, il y a plus d’incohérences dans cette scène que de raisons pour les vilains de tirer la mopette. C’est quand même malheureux. Mais, passons parce que tout cela ne fait que commencer, comme trop souvent.

Le soir, en rentrant à la tour du secteur 49 , Jack retrouve Vika et lui ramène un truc cool : des fleurs qu’il a eu le temps de cueillir sur le chemin. Aussitôt la jeune femme panique en lui disant "Mais ça va pas espèce de blaireau ? C’est super radioactif, allez hop !" et elle fonce dehors en petite robe (après tout, elle ne vient que de dire que la radioactivité lui faisait très peur, pourquoi s’embêter ?) pour balancer le bouquet par dessus le balcon de la tour. Et explique à son compagnon que bon, certes, elle est un peu à cheval sur le règlement, mais bon, ils sont à deux semaines de la fin de la mission, c’est pas le moment de faire des conneries.  Jack grommelle un peu, et tente bien de dire à Vika que dans la vie, le règlement ne fait pas tout, tu vois, et puis bon, d’ailleurs, toi aussi tu as pas des rêves bizarres d’avant ton formatage de mémoire, dis ? Mais Vika se contente de dire que dis donc, ho, hé, tu vas pas commencer à emmerder le monde Jack hein ! Allez viens, on va se baigner tout nu pour oublier ça puisque notre tour située sur une planète radioactive (j’insiste) a été intelligemment équipée d’une piscine géante (… véridique). Plif plouf, vont donc faire nos larrons en gazouillant, hihihihihi huhuhuhuhu huuuuuuu (vous noterez comme je retransmets bien toute la force du gloussement idiot, c’est un don).

Sauf que c’est bien gentil tout ça, mais la nuit venue, un terrible bruit réveille nos deux filous alors qu’ils avaient fini par retrouver le chemin de leur lit : avant que Jack ne dise "C’est pas moi !", une gigantesque explosion illumine l’horizon ! En effet, les chacals ont visiblement réussi à se frayer un chemin jusqu’à une centrale à énergie et l’on fait péter en utilisant, d’après le rapport des scanners, une batterie volée sur un drone abattu, et qui peut servir de bombe monstrueuse une fois en de mauvaises mains. Faisant l’inventaire des drones endommagés puis réparés dont la batterie avait disparu, Jack et Vika en comptent dix : les chacals ont tout un arsenal sous la main !

Sinon, juste comme ça : sachant que les centrales à eau de mer sont intelligemment placées en mer avec des drones tournant autour jour et nuit, ils ont fait comment les chacals pour s’y rendre ? Ils ont fait du kayak avec la bombe sur le dos pendant que les drones étaient partis faire un pique-nique ? Visiblement, oui, car personne ne se pose la question. J’espère qu’ils l’ont déclaré, leur kayak, parce que sinon ça va très mal se passer mes petits amis.

Vous ai-je parlé de la tour dont la hauteur varie en fonction des scènes ? Des fois elle est à 10 mètres du sol, des fois elle est en plein ciel… c’est magique.

Le lendemain, sitôt le Tet du bon côté de la Terre, Vika fait donc son rapport au QG, où son unique interlocutrice est Sally, une femme très souriante avec des phrases plus ou moins louches du genre "Dites-moi Vika, formez-vous toujours une bonne équipe avec Jack ?" (La réponse "Non, c’est une grosse tanche" n’est jamais prononcée) mais dans l’ensemble, Sally est surtout grognonne d’apprendre qu’une centrale a été détruite durant la nuit, et explique donc que c’est la responsabilité de Vika et Jack, en tant que techniciens sur la zone 49, de défendre ces structures.

Oui, c’est vrai Sally. Ou alors celle des drones qui ont disparu du film le temps de cet événement. Mais si tu veux, on peut aussi parler de l’intelligente stratégie qui est la vôtre consistant à envoyer, pour rappel, un technicien en slip en zone radioactive peuplée d’ennemis, avec même pas un binôme pour le couvrir pendant qu’il injecte sa résine dans les trous plus petits qu’une pièce de deux euros. Non ? Tu n’as pas envie Sally ? Comme je te comprends. Passons donc à la suite.

Car la vie ne s’arrête pas avec la perte d’une usine : il faut protéger les autres, et donc continuer à réparer les drones. Jack redouble donc d’efforts pour réparer un drone qui est au "garage" de la tour, et auquel il manque des pièces alors qu’il serait bienvenu en renfort, et de temps à autres, lorsque Vika est occupée, Jack profite justement de sa solitude dans ledit garage pour lire un livre qu’il a piqué dans la bibliothèque l’autre jour en affrontant les chacals. Il n’en lit qu’un seul paragraphe, qui dit en substance qu’il faut bien mourir pour quelque chose, fut-ce face à l’ennemi, mais il trouve ça cool, la lecture des livres d’avant l’apocalypse. Il préfère ne pas en parler à Vika pour autant, sinon elle est encore foutue de tout passer par-dessus la balustrade de la tour. Ah oui, c’est une manie chez elle. Du coup j’ai espéré tout le film que Jack trouve un enfant ou même un Justin Bieber, mais non, même pas. Déception.

Mais il n’en faut pas moins repartir sur le terrain : après ces quelques réflexions, nous retrouvons donc Jack aux commandes de son petit vaisseau, alors qu’il se passe un truc étrange… on détecte un signal curieux sur le terrain : les chacals sont en train d’émettre ! Le signal est crypté et indéchiffrable dans l’immédiat, et surtout… orienté vers l’espace.

"Mais enfin, ça n’a aucun sens ! " s’écrient en choeur nos héros.

Oui, c’est vrai ça ! Pourquoi les chacals enverraient-ils des signaux dans l’espace ? Rappelez-moi d’où ils venaient, déjà ? Ah oui, l’espace. Non, effectivement, "ça n’a aucun sens" les enfants. Sinon, vous voudriez pas plutôt utiliser cette phrase pour tout ce qui s’est passé depuis le début du film, non ?

Qu’importe : la source du signal est repérée et Jack s’y rend, évidemment seul (on envoie jamais de drones pour le couvrir : pourquoi faire ?), et arrive sur la pointe de l’Empire State Building, dépassant encore du sol (les tremblements de Terre et les tsunamis n’ont pas rigolé : ils sont carrément venus avec leurs sacs de terreau pour remonter le niveau du sol de plusieurs centaines de mètres, ils sont comme ça, ils doivent avoir une sacrée ardoise chez Jardiland). Toujours est-il que donc, sur place, Jack a de brefs flashs où il se voit là, avec la fille de son rêve, passant un bon moment. Il hausse les épaules en se disant que ce n’est pas très important et pénètre prudemment dans l’endroit pour découvrir un vieux téléphone satellite branché à l’antenne locale et émettant l’étrange signal en boucle : il l’étudie plus en détail, le transmet à Vika puis le coupe. Sitôt analysé, Vika se met à hurler dans l’interphone :

"Seigneur ! J’ai décrypté le message : il s’agit de coordonnées…
- Quelles sont-elles Vika ?
- Un endroit en plein secteur 1-7… mais il n’y a rien là-bas ! Pourquoi envoyer des coordonnées d’un secteur désert loin de nos défenses dans l’espace quand on est une race alien ?
- Je ne sais pas Vika.  C’est tellement mystérieux. Avec qui peut-on communiquer dans l’espace et indiquer les coordonnées d’un endroit calme ?
- Un vaiss…
- Un poney, tu as raison ! C’est sûrement les coordonnées d’un pâturage pour poneys.
- Bon, tu sais quoi Jack ? En fait on va dire qu’on ne comprend pas de quoi il peut bien s’agir et tu vas aller enquêter.
- Okay."

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Jack remonte donc aussitôt dans son vaisseau et longe la zone interdite à la frontière de son secteur, à savoir la zone vraiment radioactive qui… heu… est… comment vous dire ? Elle est délimitée par une grosse frontière qui apparaît en réalité augmentée sur le cockpit du vaisseau de notre héros. Et les personnages de bien préciser que d’un côté, c’est radioactif mais ça va, mais sitôt que l’on traverse d’un mètre la frontière, on meurt. Vous vous souvenez de toutes les blagues sur le nuage de Tchernobyl ? Hé bien ils en ont visiblement fait un film. Chapeau.

Mais puisque l’on peut encore faire plus mauvais, et alors que l’on vient de dire aux héros que les chacals venaient pour la première fois depuis des années de communiquer avec l’espace et qu’il fallait enquêter sur cet événement hors-du-commun, celui-ci… j’ai mal rien que de l’écrire, tenez. Jack vole dans un canyon où les communications ne passent plus jusqu’à une sorte de clairière cachée où la nature est restée verdoyante et où il a construit une cabane. Cabane construite sur son temps de travail sans que Vika ne le réalise jamais ("Tiens, tu as encore disparu des écrans 5 heures d’affilée. Sinon ça va?"), et remplie de reliques d’avant la guerre, type livres & vinyles… y compris un frigo (allez savoir comment il s’est trimbalé ça, mais il l’a fait). Jack décide donc que plutôt que d’enquêter sur l’événement historique en train de se dérouler en plein dans son secteur et pouvant mettre en péril ce qui reste de l’humanité, il va plutôt aller s’écouter un petit morceau de musique, taper la discute avec une truite (là encore, véridique), s’habiller avec une chemise à carreau et une casquette de beauf (authentique aussi, n’en jetez plus) et… se faire une sieste.

Voilà. Sinon, le mec qui a écrit ça, il va bien ? Je dis ça juste comme ça, hein. La prochaine fois, nous découvrirons James Bond qui au lieu d’aller désamorcer une bombe du S.P.E.C.T.R.E, va plutôt se faire des tac-o-tac en se buvant une 8-6. Quel héros, ce Jack.

Quelques heures plus tard, donc, Jack sort de sa sieste éveillé par un grand bruit : un vaisseau vient de pénétrer dans l’atmosphère, visiblement en sale état, et file donc droit vers le sol en direction des coordonnées envoyées vers l’espace plus tôt !

Sauver le monde ou mettre une chemise contestable : Jack a choisi

"Un vaisseau !" s’exclame notre héros bien étonné, puisqu’il attendait plutôt un poney. "Il faut que j’aille voir ça !" ; Jack range donc sa chemise à carreaux et sa casquette dans sa cabane et file donc à bord de son fier vaisseau pour quitter la charmante vallée dont il a fait son refuge secret, reprenant ainsi les communications avec Vika.

"Jack ! Tu avais disparu depuis des heures, que s’est-il passé ?
- Rien.
- D’accord. Non parce que je suis restée des heures à me demander où tu étais alors que te suivre sur les écrans est ma mission, tu as raison, ce n’est sûrement pas un sujet qui m’intéresse. En tout cas, je viens de voir qu’un vaisseau était entré dans notre atmosphère ! 
- J’ai vu ça : je vais aller inspecter le site d’atterrissage de près.
- Non ! Sally vient de m’informer depuis le Tet que les drones y vont et qu’il n’y a rien d’intéressant à voir là-bas.
- C’est fou comme ça ne sonne pas suspect du tout.
- Oui hein ?
- Bon bin je vais aller voir quand même.
- Jack, non !"

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Notre technicien s’en va donc droit vers le site vers lequel le vaisseau a filé, et note que celui-ci ne s’est pas posé : il s’est écrasé ! Plus intéressant encore (plus intéressant que "soudain, il fait nuit alors qu’on était en plein après-midi jusqu’ici"), il s’agit visiblement d’un vaisseau humain d’avant la guerre si Jack se fie à l’apparence de la bête, et on peut encore lire "L’Odyssée" écrit sur la coque. Il atterrit malgré les consignes de Sally et les cris désespérés de Vika qui lui ordonne de rentrer, et commence à inspecter le site pour découvrir… que des caissons ont tenu le choc lors du crash, et qu’ils contiennent chacun un humain en sommeil ! Et surtout parmi l’un d’eux il y a…

Attention, je suis sûr que vous n’avez pas deviné ce rebondissement depuis la première scène du film.

… la fille de son rêve, de son souvenir ! En train de dormir, là, dans sa petite caisse (quand je dis "caisse" je pense "caisson", pas "litière", hein, que l’on soit clairs). Jack est bien étonné, puisqu’il aimerait bien savoir d’où sort ce vaisseau et pourquoi les chacals l’ont amené là, mais il est bien vite interrompu par l’arrivée des drones de sécurité sur place qui observent la scène quelques instants avant de commencer à sulfater tous les caissons en vue. Jack est très étonné, car les drones sont supposés être les amis des humains, et il ne parvient qu’à sauver le caisson contenant sa copine onirique en se plaçant devant pour que les machines ne tirent pas et repartent en sifflotant vers d’autres activités.

Jack, l’étonnement passé, décide qu’il serait de bon ton de ramener le caisson en question jusqu’à la tour 49 pour pouvoir y réveiller son occupante et mettre celle-ci hors d’atteinte des chacals jusqu’au matin où il conviendra de prévenir le Tet de cette étonnante découverte. Cela tombe fort bien : la queue de son vaisseau est pile poil de la bonne taille pour que l’on y accroche un sarcophage de ce type, c’est quand même bien fait ! Et voler avec ne pose aucun souci. Hopopop, donc, retour avec le butin jusqu’à la maison. "Coucou Vika, j’ai ramené une fille ! Noooon, pas le balcoooon !"

Arrivé sur place, Jack constate que Vika fait un peu la gueule, puisqu’encore une fois, ce gros corniaud n’a pas respecté les consignes, mettant ainsi en péril leur mission à deux semaines de sa fin. Qu’importe, il est temps de réveiller la jeune femme endormie. En poussant deux boutons, le caisson s’ouvre et la donzelle sort de sa stase, et il faut donc bien vite l’emmener à l’infirmerie tant elle est un peu secouée par la manœuvre.

Mais, durant l’événement, elle a tout de même le temps de regarder Jack et Vika avec étonnement et de murmurer "Jack…" faiblement.

Ce qui surprend notre héros.

Tellement qu’il n’en parlera plus du film.

Allons justement voir à l’infirmerie ce qu’il s’y passe, car la jeune femme ayant pleinement repris conscience et commençant à demander ce qu’elle fout là, nos héros décident donc de tout lui expliquer.

"Comment vous appelez-vous ?
- Julia Popovitch.
- Okay Julia, on va t’expliquer. Ton vaisseau date d’avant la guerre, ce qui veut dire que tu dors depuis 60 ans au moins. Tu t’es écrasée ici avec ton engin spatial et es la seule survivante de ton équipage. Nous sommes en 2077 et la Terre a été ravagée par une guerre nucléaire pour repousser l’invasion d’une bande d’aliens, les chacals. Le coin étant pourri de radiations, tout le monde s’est barré vers Titan fonder une colonie pendant que nous, nous restons ici à obéir à notre station, le Tet, pour s’assurer de la collecte des dernières ress…
- Pfffrrrrt.
- Vous avez ri.
- Non. Pffrt.
- Si, vous venez de le refaire, là.
- Bon, un peu.
- Okay, bonne soirée."

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Pardon ? Je veux dire : ça ne vous intéresse pas de savoir pourquoi elle rigole, pourquoi elle semble connaître Jack alors qu’elle vient d’une époque où il n’était même pas né, ou encore quels sont ses derniers souvenirs, voire ce qu’elle fout dans les rêves de notre héros ?

Non. A la place, Vika et Jack vont se coucher, après un ultime échange.

"Tu sais Vika, des fois je rêve de cette fille la nuit.
- Ça explique deux trois choses avec les draps. Mais bon, je dis ça mais moi aussi j’en rêve des fois.
- Ah. Bon, n’en parlons plus non plus, ces informations ne sont pas du tout intéressantes.
- Okay."

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A ce stade, j’avais installé des petits cotons sous mes yeux pour absorber mes larmes de dépit.

La nuit se passe donc, même si au petit matin, avant que Vika ne se réveille, Jack va trouver Julia. Qui lui explique qu’elle voudrait récupérer la boîte noire de son vaisseau afin de savoir ce qu’il a bien pu se passer. Notre héros trouve l’idée raisonnable, et avant que Vika ne se réveille, ils vont tous deux prendre le petit engin volant de Jack pour filer sur le site du crash où, déjà, des pièces ont disparu. Jack précise donc qu’il faut faire attention, car les chacals sortant la nuit, ils pourraient tomber sur eux.

C’est vrai. En même temps, quand vous étiez dans la tour, nous étions au petit matin avec le soleil levant. Mais visiblement, il est parti se recoucher, c’est magique.

Nos héros explorent donc le site plongé dans la nuit pour des raisons qui prouvent qu’écrire l’heure approximative de chaque scène dans la marge du script pour ne pas se planter n’a pas été fait, puisque ça prenait au moins 1 minute 30 sur un coin de table. Et bien vite, Julia trouve la boîte noire ! Joie ! Allégresse ! Hélas, les chacals n’ont pas perdu une miette de la scène et encerclent bien vite nos loulous. Jack tente bien de résister, mais il se fait rapidement péter la gueule par ses assaillants ! Dans un dernier geste, il utilise simplement via une télécommande l’autopilote de son véhicule volant pour le renvoyer à la tour et éviter que l’ennemi ne s’en empare. Vika, qui a assisté à toute la scène, est choquée par les événements… mais refuse d’annoncer au Tet ce qu’il s’est passé durant la nuit, préférant faire confiance à l’instinct de Jack (malheureuse !). Elle se contente de dire qu’il a disparu ce matin en partant en mission, et qu’il serait de bon ton d’envoyer un drone à sa recherche, ce que le Sally accepte.

De son côté, Jack se réveille attaché à une chaise au milieu de l’obscurité. Il entend alors une voix grave s’adresser à lui.

"Bonjour, Jack.
- Qui êtes-vous ? Laissez-moi partir enfoirés de chacals !
- As-tu déjà vu un chacal de près, Jack ? 
- Hmmm attendez que je réfléchisse… 
- Laisse, je vais plutôt te montrer."

Et sort alors de l’obscurité… un humain (ça non plus, vous ne l’avez pas vu venir).

"Voilà, Jack. Voilà qui nous sommes…
- Vous êtes… vous êtes…
- Oui, des h…
- VOUS ÊTES MORGAN FREEMAN AVEC UNE TENUE DE NINJA !
- Oui ! Heu, attends,  non bougre de con ! Nous sommes surtout des humains !
- Mouais, vous êtes quand même vaguement noi…
- Hohohoh houlala ça dérape."

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La lumière s’allume dans la salle et bientôt, Jack constate qu’il est entouré non pas d’aliens, mais d’humains. Alors depuis toutes ces années, on lui aurait menti ?

"Oui, Jack, on t’a menti. 
- C’est immonde ! Cela dit, je me pose une question.
- Oui ? Je t’écoute Jack.
- Pourquoi alors à chaque fois que je vous croisais vous gardiez vos casques à la con et vos déformateurs de voix à part pour me convaincre de vous tirer dessus alors qu’il suffisait de me montrer votre tête pour que je réalise toute la supercherie?
- Ho. Oui. Bonne remarque.
- Alors ?
- Hem… ho, tu as vu Jack ? Je suis Morgan Freeman avec une tenue de ninja !
- CA ALORS !"

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Et je me suis abstenu de parler des lunettes de soudeur ou de sa cape piquée dans un Grandeur Nature

D’ailleurs, à partir de ce moment là, plus jamais les chacals ne mettront leur casque du film. Comme quoi, c’était bien juste pour se faire plomber par Jack.

Mais comme si tout cela n’était déjà pas suffisamment naze en soi, Jack ne demande aucune explication et Morgan ne lui en donne de toute manière aucune non plus. Il se contente de lui dire que voilà, ils ont réussi à désactiver un drone et à le capturer, et qu’ils lui ont collé dans le ventre les 10 batteries de drones volées, reconverties en bombes, soit de quoi faire péter plusieurs fois de Tétraèdre. Ils aimeraient donc que Jack reprogramme l’engin puisqu’il est le seul à savoir le faire pour l’envoyer dans l’espace rentrer au Tet. Mais Jack refuse parce que sur le Tétraèdre, il y a plein d’humains en attente de transit pour Titan, et que tuer des gens c’est mal.

Morgan, plutôt que d’expliquer tout ce qu’il sait à Jack pour le convaincre, lui amène plutôt Julia en lui expliquant que s’il n’obéit pas, il demandera à son bras droit, Jaime Lannister (qui doit avoir une sacrée grosse dette à payer pour jouer dans ce film), de tirer une balle dans la tête de la gourgandine voir si cette zone est mortelle chez la femme (par exemple, il a été observé par le passé que la blogueuse mode était insensible aux balles dans la tête, mais qu’il était tout de même possible de leur faire très mal en poignardant des posters de Ryan Gosling ou en mangeant le dernier macaron). Jack grogne quand soudain, une alarme retentit : des drones du Tet sont en approche !

En effet, au-dessus du souterrain où Jack est retenu prisonnier, un drone a utilisé son scanner et malgré les 10 mètres de roche entre lui et la surface, a réussi à détecter… son ADN. La vache, ils sont forts ces drones. Même si 5 minutes plus tard, le même drone n’arrivera pas à détecter un ennemi caché derrière un caillou de 3 centimètres. C’est fou.

Bref, le drone décide de passer à l’attaque de la base des chacals, mais ces derniers montrent à Jack comment ils combattent ces engins : ils attirent leur attention, puis tirent dans un petit clapet derrière le drone qui n’est pas protégé et qui est la partie la plus sensible de l’appareil. Raison de plus pour ne pas la blinder, j’imagine. En deux temps trois mouvements, le drone est donc abattu. Morgan peut donc enchaîner.

"Ah, quelle chance quand même que ces drones volants se mettent à 1 mètre du sol pour attaquer plutôt que de nous canarder depuis le ciel. Tu as donc vu notre tactique de guerre, très efficace ! Ensuite, nous récupérons la pile d’énergie sur le drone et nous le laissons en état pour que tu puisses le réparer et qu’il recommence à nous tuer dès le lendemain. D’ailleurs, sur celui que nous venons d’abattre, tu noteras que l’on est même pas allé désactiver sa balise de détresse qui appelle du renfort. Mais comme le scénariste aussi l’a oubliée, ça va. Un peu comme les deux milliards de caméras que Vika avait au début du film pour tout voir, alors que maintenant on en parle même plus.
- Je… bon, écoutez c’est confondant de nullité. On pourrait pas parler d’autre chose ? Genre pourquoi vous avez fait s’écraser l’Odyssée sur Terre ?
- Ah, si, c’était pour récupérer un mini-réacteur de la NASA dessus afin de parachever notre bombe pour le Tétraèdre.
- Okay… donc, vous me parliez de reprogrammer un drone à ce sujet d’ailleurs. Non ?
- Ho non, tu sais quoi ? Ça aussi on ne va plus en parler. Enfin pas de suite. C’est pas comme si j’étais à deux doigts de faire buter ta copine il y a 5 minutes pour que tu le fasses tellement c’était urgent.
- Alors je fais quoi ?
- Hé bien je te rends sans raison tes armes, ta copine, et même cette très intéressante boîte noire que personne n’a encore écoutée. Je te rends aussi ta moto qu’on t’a tirée en début de film, et je te propose de partir découvrir la vérité.
- Vous ne pourriez pas me la dire directement plutôt ?
- Hahahaha hohohoho… non. Comme dans tous les films pourris, je préfère rester mystérieux quand bien même parler pourrait tous nous sauver la vie. Commence donc par aller dans la zone soit disant radioactive, là tu trouveras la vérité.
- Mais ? Elle couvre presque la totalité de la surface du globe ! Vous pourriez pas être plus précis ?
- Non. Allez, salut mec."

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Sans poser de questions, et il vaudrait mieux pour lui, Jack file donc jusqu’à la partie encore visible de l’Empire State Building (qui n’est pas dans la zone radioactive) et se sert de l’antenne locale pour demander à Vika de lui envoyer son vaisseau volant pour qu’il vienne le chercher avec Julia. En attendant l’appareil, nos deux héros font le tour du coin, et Jack a encore des flashbacks de lui et Julia, avant la guerre, passant du temps ensemble à cet endroit. Il décide donc d’interroger la belle sur ce que c’est que ce bordel, ha, dis.

Celle-ci accepte enfin de parler et lui explique que oui, elle le connait, lui, Jack Harper. Et que oui, ils sont allés ensemble ici, au sommet de l’Empire State Building quand tout était encore calme et heureux, et que c’est là que Jack l’a demandée en mariage. Et tous les souvenirs de ce jour reviennent à notre héros, qui sait qu’elle dit la vérité. Mais Jack n’est pas au bout de ses surprises : Julia lui annonce que Jack était astronaute et qu’en 2017, lui et elle avaient été envoyées en mission pour explorer Titan. Sauf qu’en chemin, la NASA a repéré un gros tétraèdre extra-terrestre approchant de la Terre, et le vaisseau a été envoyé à sa rencontre. Jack et Vika (oui, elle aussi était là) ont donc été sortis de leur sommeil en caisson pour aller voir de quoi il retournait (ne me demandez pas comment Julia a pu voir tout ça puisque, justement, elle pionçait dans sa caisse, tout est lamentable)… et qu’après elle s’est réveillée dans la tour 49. Jack ému par tout cela fait donc un gros câlin à celle qui est en fait sa femme, même s’il ne pige pas bien comment il peut avoir connu l’avant-guerre, qui était il y a plus de 60 ans, et ne constate que trop tard qu’il n’a pas entendu arriver son appareil volant.

Après tout, ce n’est qu’une sorte d’avion à réaction : un truc qui approche silencieusement, c’est connu. Non, ce film n’arrête jamais.

Vika, par la caméra de l’appareil, voit donc l’étreinte des deux loulous et en pleure de jalousie. Aussi, lorsque Jack et Julia reviennent à la base, elle ne leur ouvre pas la porte du petit loft perché, et fait la gueule de l’autre côté en disant "De toute façon j’ai toujours su que tu préférais cette fille qu’on avait dans nos rêves, j’en ai marre, pour la peine je dis au Tet que tu as désobéi et qu’il reste une survivante du crash de l’Odyssée ! Na !".

Mal lui en prend car dans le garage de la tour, le Tet donne l’ordre au drone en rade de se réveiller (oui, il lui manquait des pièces, ce qui justifiait sa présence là, mais pif pouf, il les a à nouveau, à part son blindage)… et de tuer tous les gens du coin. Vika est donc très étonnée de voir le drone surgir de la cave en grognant et… lui sulfater la margoulette.

Hé oui.

Jack et Julia sont donc eux aussi bien étonnés de voir leur amie se faire désintégrer le museau sous leurs yeux, et ne doivent eux-mêmes leur salut qu’à l’intervention de Julia utilisant les armes de l’aéronef de notre héros pour se débarrasser de l’assaillant mécanique. Avant de partir, puisque des renforts vont sûrement bientôt arriver, Jack se rend au poste de communication de feu Vika pour y voir apparaître le visage de Sally.

En plus, Julia a l'air tellement aimable... on a follement envie de l'aider.

Julia a le syndrome de l’actrice moderne de Blockbuster : elle fait toujours la même tête. Quel talent.

"Bonjour Jack, je suis Sally : on ne s’est jamais vus puisque quand je communique avec Vika, tu es occupé sur le terrain. C’était pour te dire que toute cette histoire de drone pulvérisant Vika n’est qu’un gros malentendu : viens me rejoindre sur le Tétraèdre avec la survivante de l’Odyssée, nous aimerions vraiment faire sa connaissance ici. On prendra un verre et ce sera sympa comme tout. Le champomy est au frais, viens vite !"

Mais Jack n’est pas homme à se faire rabouiner si aisément : il préfère donc fuir avec Julia à bord de leur petit appareil volant. Pas de chance pour lui : d’autres drones arrivent et se lancent à la poursuite de l’appareil lors d’une séquence qui fait woush, wuiiiiz, vroum et tacatacata. Au final, Jack parvient à se débarrasser des trois poursuivants, même du drone du trio qui met des coups de pare-choc (là encore, je ne rigole pas : on avait pas dû expliquer à celui-là à quoi servaient ses mitrailleuses). Mais son appareil sévèrement endommagé, il s’écrase dans le désert du côté de la zone super-radioactive. Et le dernier drone qu’il a vaincu s’écrase non loin.

Jack rampe donc hors de l’épave avec Julia, pour mieux aller voir ce qu’il reste du drone ennemi. Mais à peine a-t-il commencé à courir les dunes qu’il aperçoit un autre appareil volant comme le sien arrivant : un autre technicien est en train de s’apprêter à remettre en route ledit drone !

Comment est-il arrivé aussi vite ? Et surtout, pourquoi rentre-t-il tranquillement dans la zone über-radioactive alors que c’est supposé être über-interdit, justement ? Hop, ça aussi, à la trappe, allez zoup. Rien n’a de sens, c’est génial.

Toujours est-il que voyant le technicien s’approcher du drone, Jack fonce droit vers lui en lui hurlant de ne rien en faire, tant il semblerait que les choses soient plus complexes qu’il n’y parait de prime abord. Mais en abordant ainsi le personnage, celui-ci se retourne, l’arme à la main et se révèle être…

Un autre Jack Harper !

"Qu’est-ce que c’est que ce bordel ?" s’exclament donc les deux hommes, mais le temps presse, car le technicien a eu le temps de changer une pièce (comme toujours, c’était la seule chose qui posait problème) sur le drone endommagé, et celui-ci se rallume. Jack de la zone 49 saute donc sur Jack de la zone 52 (c’est marqué sur son uniforme) et lui pète donc la gueule en profitant de son trouble en voyant Julia (il a aussi les mêmes souvenirs semble-t-il) pour aller à nouveau désactiver le drone avant que ça ne tourne au carnage. Il y arrive, mais dans la bataille, un coup de feu est parti et a bien évidemment touché Julia en plein bidou. Jack est bien embêté, parce que les filles mortes c’est quand même vachement moins intéressant : il attache donc comme il le peut son clone assommé, met sa copine dans un coin d’ombre, et s’empare du véhicule du technicien qu’il vient de rosser pour aller chercher de quoi soigner ce bobo.

A noter que l’on découvre que les drones comme les véhicules obéissant à la voix, il suffit à Jack de dire qu’il n’est pas Jack – 49 mais Jack – 52 et ça marche. Mais jamais notre héros ne pensera à user de la même ruse sur les drones qui le recherchent, c’est ballot.

Jack file donc à la tour 52 et y découvre… une autre Vika. Bon, il se dit que tant qu’à faire, hein, autant en profiter aussi lui fait-il un petit bisou. Faudrait pas avoir fait tout ce chemin sans rentabiliser un peu. D’ailleurs, Vika, qui je le répète, voit tout ce que les caméras voient, particulièrement celles du véhicule volant de Jack, n’a rien vu du Jack – 52 se faisant péter la gueuler par un Jack – 49 quand bien même c’est arrivé pile devant les caméras de l’engin.

Bon sang, mais… c’est volontaire ou bien ?

Toujours est-il que Jack récupère une trousse médicale dans la tour et repart trouver Julia dans la zone interdite. Sur place, il constate que son clone a disparu (et s’est barré : il était juste à côté de Julia, la femme qui hante ses rêves, et venait de découvrir qu’il avait un clone, mais ne lui a pas demandé la moindre explication. Pourquoi faire ?) et que Julia est encore en pleine forme puisque les balles dans le bidou, c’est très surfait. Un coup de bombe froide et d’éponge magique et on en parle plus ! Sitôt la jeune femme soignée, Jack l’emmène dans sa petite clairière magique où il a sa cabane pour reconquérir son coeur dans cet écrin de verdure, et aussi philosopher un peu. Ne suis-je qu’un clone de celui que tu as aimé, Julia ? Ces souvenirs sont-ils vrais ou peut-on considérer que ne les ayant pas véritablement vécus, ils ne sont qu’une illusion de mon esprit ? Pourtant, mon amour est réel et…

"Oui c’est bon, moi tout ce que je vois c’est qu’avec des clones de toi, je vais pouvoir me faire une sacrée orgie."

Quel esprit pratique, cette Julia. Mais l’heure n’est pas à la déconne : après quelques câlins pour la forme, notre héros explique que quoi qu’il y ait à l’intérieur du Tet, cela l’a manipulé. Cloné. Et employé à participer à l’extermination de l’humanité. Il veut donc retourner voir les chacals pour les aider à achever cette histoire de bombinette. Julia lui dit qu’elle va l’accompagner, ah mais, et tous deux retournent donc au QG des chacals où attendent toujours Morgan Freeman et Jaime Lannister. Ces derniers les accueillent avec de grands sourires.

"Bon retour parmi nous, Jack Harper. A toi aussi, Julia Popovitch… enfin, Julia Harper.
- Bon sang Morgan Freeman, vous aviez raison ! J’ai découvert la vérité ! Vous avez bien fait de ne rien me dire et de me laisser partir avec Julia et la boîte noire de l’Odyssée qu’on a toujours pas écoutée d’ailleurs ! Vous saviez que j’allais retourner à l’Empire State Building alors que vous m’aviez donné des informations qui n’avaient rien à voir, vous saviez que je n’allais pas entendre mon appareil volant à réaction approcher pendant que je serais en train de faire un câlin à Julia, et que cela rendrait jalouse Vika, que vous n’avez pourtant jamais vue. Vous saviez que du coup, Vika avertirait le Tet provoquant ainsi une course poursuite où je réchapperais de la mort avec Julia en m’écrasant à côté d’un drone dans une zone où alors que c’est interdit, un clone de moi viendrait réparer ledit drone, et donc que là et seulement là, je pourrais réaliser la vérité.
- Hem je… heu… oui, je … j’avais bien évidemment prévu tout ça. Puisque c’était… complètement prévisible… bien sûr. 
- C’est vraiment épatant. Alors que vous auriez juste pu me dire la vérité et me proposer d’aller visiter une autre tour comme la mienne pour me prouver votre récit tout en provoquant en bonus un chaos général chez les serviteurs du Tet qui découvriraient alors leur condition et ne manqueraient pas d’en informer les autres tours. Vous êtes vraiment fort Morgan Freeman.
- Hahaha je… oui. Hem, bref, si on changeait de sujet et que je te racontais plutôt la VRAIE histoire et pas celle qu’on t’a apprise ? 
- Mais vas-y pépère fais toi plaiz’"

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J'aime bien le concept du mec qui porte des lunettes de soudeur dans le noir.

Père Castor 2077

Et donc Morgan de raconter qu’en 2017, il y a 60 ans de cela alors qu’il était encore un tout jeune soldat, il a vu le Tet arriver en orbite de la Terre. Puis faire exploser la Lune. Et enfin, des vaisseaux arrivèrent pour débarquer, non pas des drones (ce qui aurait été intelligent) mais des milliers de clones de Jack Harper, le célèbre astronaute de la mission Odyssée qui avait dû tomber aux mains de l’ennemi d’une manière ou d’une autre ! Et le massacre fut complet puisqu’en plus, Tom Cruise étant une cible très petite, ça n’aidait pas à riposter.  Donc non, l’humanité n’a pas gagné la guerre. La planète n’est d’ailleurs même pas radioactive (personne n’a jamais pensé à demander un compteur pour voir les zones dangereuses ou non pour se promener sans combinaison), et les tours qui génèrent de l’énergie sont en fait là pour alimenter le Tet, qui assèche ainsi les planètes l’une après l’autre. Morgan Freeman n’explique pas comment les milliers de clones de Jack Harper ont pu détruire les restes de l’humanité en 2017, puisque bon, déjà ils ont dû se poser des questions en réalisant qu’ils étaient les clones des uns des autres, et ensuite Jack Harper ne combattait les chacals que parce qu’il ignorait qu’ils étaient humains. Or à l’époque, je doute que tous les réfugiés humains aient eu des gros casques idiots pour se faire passer pour des chacals. Allez hop, encore un truc d’évacué.

Ce film est incroyable.

Morgan explique enfin que jusqu’ici, ils n’avaient jamais pu convaincre un Jack de s’allier à eux. Mais qu’un jour, en voyant Jack -49 ramasser un livre tombé à terre pour le lire, ils ont compris qu’il était gentil (Morgan cite même le passage précis que Jack a lu au début du film, quand bien même il n’a aucun moyen de le savoir, c’est magique).

D’ailleurs, tant qu’à savoir que Jack savait lire, moi plutôt que d’essayer de l’approcher pour lui parler et de me prendre ses drones et des balles dans le museau, j’aurais plutôt laissé des messages écrits pour lui où on lui expliquait tout en lui disant "Va voir une autre tour si tu me crois pas" sur des sites où il suffisait de l’attirer (avec une balise de détresse de drone, comme ils avaient su le faire pour lui tendre un piège). Comme ça, pas de risque. Mais c’est sûrement ma fourberie naturelle qui parle. Après, je ne sais pas, ils auraient pu être taquins : je m’étonne que les drones vandalisés n’aient pas été retrouvés avec des messages écrits sur la coque comme "Prout" ou "Celui qui lit ça est un clone". Ces chacals manquent terriblement de créativité.

Achevant son récit, Morgan explique qu’il ne suffisait plus que d’une étincelle pour que Jack – 49 puisse voir ses souvenirs remonter en lui : faire tomber l’Odyssée sur Terre pour que sa femme Julia revienne et lui secoue un peu les souvenirs. Un plan très intéressant, si Morgan n’avait pas expliqué plus tôt dans le film qu’il avait amené l’Odyssée sur Terre pour une autre raison, à savoir récupérer une pièce dessus pour finir sa bombe destinée pour le Tet. Et qu’accessoirement, il ne pouvait pas prévoir que Jack viendrait sur place (ça lui était interdit) et n’arriverait à sauver qu’un seul sarcophage, et pile poil le bon en plus. Qui a dit téléphoné ?

Sans compter que Julia, on peut la féliciter : souvenez-vous qu’à son réveil dans la tour 49, alors qu’elle avait Jack en face d’elle et aucun moyen de savoir qu’il n’était qu’un simple clone, jamais elle n’a tenté de dire à Vika et lui la vérité. C’est vraiment d’une nullité crasse.

Rappelez-moi quel passage était réussi dans ce film, déjà ? Non parce que là en est quand même en train de découvrir que même les mauvaises scènes étaient encore plus nulles et incohérentes que prévu.

Bref, qu’importe : Jack connait la vérité, Morgan est content, et il y a de quoi envoyer la bombe sur le Tet. Sauf que… sauf que le Tet lui n’a pas abandonné la partie et a envoyé des drones chercher Jack et ses amis ! Et ils les ont découverts ! Les chacals sont bien ennuyés d’ainsi voir leur base être compromise au moment où ils allaient enfin pouvoir débuter leur grand plan pour faire sauter le Tet, et la bataille s’engage donc. Pif paf pouf, des anonymes meurent, des drones sont mis hors de combat, et alors que leurs balles désintègrent habituellement l’ennemi, lorsqu’elles touchent Morgan Freeman, elles se contentent de lui faire de petits bobos. Quant au drone reprogrammé qui devait porter la bombe jusqu’en orbite… il a été endommagé et ne peut plus servir à grand chose. Il faut donc changer de plan.

Oui, et les trois drones que vous venez d’endommager et qui étaient réparés avec du chewing gum au début du film (là encore, tristement véridique), non ? Non. Nos héros décident donc que quelqu’un va plutôt devoir prendre le véhicule volant local et aller jusqu’en orbite porter la bombe en personne. Mais Sally ne va-t-elle pas se douter de quelque chose ?

"Non" explique Jack "Sally voulait que je lui apporte Julia… je vais le faire. Et apporter la bombe avec." Ho oui, sacrifions nous mon amour, ce sera tellement plus dramatique que de prendre 5 minutes à réparer l’un des drones qu’on a sous la main. Ou d’envoyer l’appareil en pilote automatique, puisqu’on nous a bien montré qu’il y en avait un, apporter le petit cadeau à maman.

Raaah.

Soit : le plan est donc de rendormir Julia dans son caisson, de mettre la bombe dedans, d’accrocher le tout à l’aéronef et de quitter l’atmosphère sans problème avec cet attelage branlant qui…

Oh tiens mais au fait, attendez : d’où il sort le sarcophage ? Ils ont tous été détruits, et celui de Julia est resté à la tour 49, non ? Et bien si, mais pouf : un sarcophage marqué "Odyssée" avec le nom de Julia Popovitch apparaît au milieu de la base des chacals ! Formidable. Julia s’allonge donc dedans, et Jack lui souhaite de faire de beaux rêves de leur folle idylle avant de refermer le capot… et d’endormir la donzelle avec la bombe à ses côtés. Puis, il grimpe dans son véhicule et file vers les cieux pour sa dernière mission.

Et non, pas de soucis de turbulences en quittant la Terre, de quoi me parlez-vous ? Son petit engin n’a aucun problème pour faire ça.

Cependant, le trajet est long et Jack n’a pas la radio : il a cependant à son côté la boîte noire de l’Odyssée, qu’il n’a toujours pas écoutée quand bien même elle devait expliquer pas mal de trucs, et qu’il a emmenée avec lui pour que l’humanité ne puisse jamais connaître la vérité (ou bien juste parce qu’il est juste très con). Et appuyant sur play pour entendre les dernières communications de la navette… flashback.

Nous sommes en 2017. L’Odyssée, fier vaisseau international qui devait aller faire une mission sur Titan est dévié de sa trajectoire pour aller inspecter un énorme tétraèdre extra-terrestre se dirigeant vers la Terre. A bord, l’ambiance est bonne, mais sage : seuls les deux pilotes sont éveillés, à savoir le commandant Jack Harper et son second, Vika. Derrière eux, les autres membres d’équipage dorment dans leurs caissons puisque l’on a estimé qu’un premier contact avec une civilisation alien ne valait pas le coup de les réveiller. Depuis la Terre, nos héros communiquent avec la Nasa et leur contact au sol : Sally. Celle-ci leur donne des consignes sur leur trajectoire et ce que l’on attend d’eux, à savoir approcher doucement l’objet inconnu. Sauf qu’arrivés à une certaine distance, le vaisseau ennemi commence à attirer le leur, et même avec les moteurs à fond, il parait impossible de s’en sortir ! Jack décide donc que s’il est impossible de fuir, il faut au moins sauver ses compagnons en sommeil : il décroche donc l’arrière du vaisseau qui est "programmé pour retourner dans l’orbite de la Terre". Ce qu’il fait, abandonnant ainsi sa femme.

Et son plan fonctionne parce que oui, la partie principale du vaisseau avec les moteurs à fond n’arrive pas à échapper à l’attraction de l’objet alien, par contre la partie envoyée à la dérive regagne la Terre tranquillement, sans puissance. D’accord.

Donc oui, le plan de Jack était très con, mais il marche quand même. Mais s’il savait que ça allait marcher, dans ce cas il aurait pu aussi bien se planquer avec Vika dans cette partie retournant vers la Terre, hein, puisqu’il y avait la place pour et même leurs caissons personnels. Mais autant rajouter des incohérences au sein même des incohérences, des fois que.

Jack, réalisant avec effroi que son lui originel était déjà con comme un bulot

Et des incohérences dans les incohérences des incohérences (ah bin oui, il y a du talent) puisque la boîte noire, pourtant récupérée dans la partie arrière de l’Odyssée lorsqu’elle s’est crashée sur Terre, contient aussi les conversations qui ont eu lieu dans l’avant du vaisseau une fois détaché ! Magnifique. Et c’est vraiment juste pour se planter puisque cela n’apprend rien : on voit juste qu’une porte s’est ouverte au sein du tétraèdre, avalant le vaisseau et… c’est tout.

Le tétraèdre a donc simplement cloné ses deux prisonniers pour s’en faire une armée de serviteurs, puis a pris, pour les tromper, l’apparence de Sally dans ses communications avec eux pour avoir une forme familière à leurs esprits. Fort bien. Quel dommage qu’en envahissant la Terre, tu n’aies pas pensé, gros machin, à capturer d’autres humains pour pouvoir varier tes clones. Du genre, ceux qui étaient dans les caissons de l’Odyssée lorsqu’il s’est crashé, les ramener à bord plutôt que de les faire mitrailler par tes drones, non ? Mais est-on encore à ça près ?

Revenons en 2077 alors que l’enregistrement de la boîte noire terminée, Jack et son vaisseau pénètrent à bord du tétraèdre, trop curieux de voir Julia pour lui refuser l’entrée. Comme quoi, encore une fois : il aime les survivants mais n’en fait pas. Allez, finissons cette bouse : notre héros est escorté avec son appareil jusqu’au cœur du vaisseau ennemi, où l’attend juste une sorte de gros tétraèdre volant avec une sorte d’œil rouge, qui ricane très fort :

"Hohoho, Jack, tu es fini. Tu as découvert mes mensonges, mais tu vas mourir et renaître, une fois encore, sans savoir que tu es mon esclave.
- Sauf que j’ai amené une surprise !"

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Et Jack ouvre le caisson et en surgit…

"Morgan Freeman avec une tenue de ninja ?!" s’exclame bien surpris le tétraèdre.

"Oui, je voulais être là quand tu mourrais vilaine bête. Julia est en sécurité sur Terre. Maintenant, on a une bombe avec nous qu’aucun de tes détecteurs, qui jusqu’ici voyaient tout, n’a réussi à détecter ! Alors, attention, c’est parti : bombinette go !"

Et dans un grand flash, Jack et les millions de clones de Vika et lui qu’il voit flotter dans des cuves autour d’eux, Morgan Freeman, la tenue de ninja et le tétraèdre disparaissent emmenés par la fabuleuse explosion de leur bombe. Aussitôt, sur Terre, tous les drones tombent en panne, quand bien même le film avait expliqué clairement que les drones pouvaient fonctionner sans le Tet, c’est même pour cela que c’étaient eux qui étaient actifs contre les chacals la nuit, alors que le Tet était de l’autre côté de la Terre et que les communications étaient coupées. Mais allons-y ! Et encore une autre incohérence pour la route ? Allez, c’est cadeau : Julia se réveille dans son caisson au milieu de l’écrin de verdure où Jack avait une cabane…  et comprend que Jack a préféré ne pas la faire sauter avec le tétraèdre et l’a laissée là. Certes, mais sachant que déjà que les chacals n’étaient pas censés avoir le caisson de Julia dans leur base, et que Morgan Freeman l’a déjà utilisé pour aller mourir avec Jack dans leur mission suicide, d’où sort ce deuxième caisson ? Là encore, mystère !

Le tétraèdre kaput, Julia sauvée, la vie peut suivre son cours…

Et quelques années plus tard, nous découvrons que Julia avait visiblement eu l’occasion de tomber enceinte de Jack, puisqu’elle a désormais une petite fille. Elle jardine paisiblement dans son petit coin de verdure, quand soudain, elle voit arriver des gens : impossible, sa cachette est secrète (ah oui ? Et qui t’a déposée ici alors, puisque Jack était parti aussi vite que possible pour sa mission suicide ?) ! Ce sont en fait les chacals, menés par Jaime Lannister, qui ont une petite surprise pour elle… ils ont retrouvé le clone numéro 52 ! Celui avec qui Jack s’était battu !

Toute contente de pouvoir arrêter de faire abstinence, notre Julia sourit naïvement à l’idée de tout ce qu’elle va pouvoir faire avec lui et…

FIN

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Quelques heures plus tard, devant une autre résidence.

"C’est génial votre truc ! Et ça marche à tous les coups ?
- Ah non. Ça dépend quand même des cibles. Il faut qu’elle ait des goûts un peu spécifiques, sinon c’est le bordel.
- Comment ça ? 
- Ici nous allons avoir le problème. C’est un peu comme lâcher un lapereau dans un champ avec des loups : ça n’empêche pas un aigle de se pointer et de partir avec la bête, parce que le lapereau est un mets très générique chez ces animaux. 
- Vous pourriez préciser ?
- Vous allez voir tout de suite."

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Une nouvelle fois, je tirai de ma mallette un sachet contenant des feuilles raturées, et après avoir ouvert la chose pour en extraire le contenu du bout des doigts, je jetai la chose loin devant nous.

"C’est quoi les mots clés cette fois ? 
- "Bouse", "Pognon" et "Problèmes capillaires". J’ai pas mieux."

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Une fenêtre s’ouvrit en face de nous, et un visage aux narines retroussées fit un large sourire alors que nous parfaisions notre camouflage.

"Cette odeur… ouiiiiii…. ouiiiii…  je la reconnais… c’est pour MOIIIIII !"

La silhouette bondit au-dehors sous le crépitement de l’appareil photo de mon voisin, mais alors qu’elle s’élançait, il y eut un cri terrible et une forme beige et blanche sortit d’un autre fourré non loin pour se saisir du script moisi qui patientait à même le sol et s’enfuir en hurlant  "NOOON ! A MOIII !"

Et sous mes yeux émerveillés d’expert en bouse, je vis Bruce Willis s’éloigner vigoureusement avec sa prise sous les yeux tristes de Nicolas Cage.

Ah, G.I Joe.

On ne dirait pas comme ça, mais G.I Joe, c’est tellement d’émouvants souvenirs : pas tant à cause des figurines qui, étant enfant, me permirent d’organiser mes premiers défilés militaires (si Monsieur Hasbro me lit, sachez que vos figurines ayant les doigts pliés pour y clipser des armes, cela a quelque peu brisé l’harmonie des bras tendus de ma fidèle armée mais passons) et de tenir mes premiers tribunaux populaires, non, G.I Joe, c’est tout autre chose.

Car il y a 4 ans sortait le premier volet de ce merveilleux film : l’occasion pour cet humble blog, alors dans ses premières semaines, d’initier une nouvelle rubrique intitulée "Spoiler dans la bonne humeur" puisque comme de bien entendu, le film était une sorte d’étron chaud barbouillé sur grand écran par un casting consternant. C’est donc avec une certaine impatience et un masochisme dont plus personne ne doute que j’attendais le second volet . Et comme tout est qui est mauvais vient par deux (ex : les seigneurs Sith ou les frères Bogdanov), c’est donc en ce beau printemps 2013 qu’est sortie la suite de cette belle perle vieille de 4 ans, cette fois-ci sobrement intitulée "G.I Joe : Conspiration".

Permettez-moi tout d’abord, afin que tout le monde saisisse bien toute la subtilité de l’intrigue, de vous résumer l’épisode précédent.

Duke, un militaire pas très fin intègre l’unité d’élite internationale G.I Joe, chargée de bourrer les méchants où qu’ils soient. Envoyé enquêter sur un trafic de nanomachines, il découvre que les responsables ne sont autres que son ex (devenue méchante à cause de nano-machines), son ex beau-frère "Cobra"(… bon, bref, devenu méchant par passion pour les nano-machines) et accessoirement un certain "Destro" qui, non, n’est pas son ex belle-mère histoire de rester dans le ton, mais un riche industriel spécialisé dans l’armement. Après s’être copieusement fait bourrer la gueule par Duke et ses amis, Cobra et Destro sont envoyés dans une prison secrète. Mais, c’est sans compter sur le fait que dans la bagarre, les méchants ont réussi à remplacer le président des Etats-Unis par Zartan, un de leurs agents qui a copié l’apparence présidentielle grâce aux nano-machines et à une bonne dose d’émail diamant.

Et pour ceux qui voudraient en savoir plus, l’antique spoiler est ici.

Vous avez tout saisi ? Fort bien ! Alors : spoilons, mes bons !

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L'affiche : lorsque l'explosion occupe toute la surface de celle-ci, je vous laisse deviner ce que ça veut dire

L’affiche : lorsque l’explosion occupe toute la surface de celle-ci, je vous laisse deviner ce que ça veut dire

Notre film s’ouvre donc sur l’un des endroits les plus à la mode du moment : la Corée du Nord, ce gigantesque goulag pour coiffeurs des années 80 (ou alors si ce n’est pas le cas, il faudra qu’on m’explique). A la frontière de celle-ci, un petit groupe de soldats progresse discrètement en profitant de l’obscurité : c’est Duke, le célèbre G.I Joe, et ses fameux amis : François le sniper, Ginette la commando, Maurice le soldat et The Rock le gros bourrin (étonnamment, il ne joue pas une couturière, je conviens que cela puisse vous choquer mais faites un effort tas de malandrins). Tous font bien attention de ne pas se faire repérer, car c’est connu, le Nord-Coréen a un côté taquin, et vont donc jusqu’au grillage délimitant la frontière pour faire un gros trou dedans afin de passer car ils sont là, dixit Duke, pour extrader un autochtone soucieux de passer au sud. Soit ! Mais alors comment procéder ?

Et bien c’est simple : sitôt dans la zone, nos loulous commencent par ne surtout pas se cacher, en restant à taper la discut’ dans un coin éclairé à 20 mètres d’un mirador, probablement parce qu’ils ont très envie qu’un garde local leur fasse coucou et leur apporte un kawa (le Nord-Coréen, en bon communiste, aime partager son kawa). Puis, après avoir papoté deux plombes sur des sujets divers et variés n’ayant pour la plupart rien à voir avec la mission et repéré le transfuge qui a réussi à trouver une cachette (lui) juste à côté d’eux, Duke lance l’ordre qui va bien : "François, fait diversion, vite !"

Pour les plus jeunes qui ne connaîtraient pas le sens du mot "diversion", dans le dictionnaire G.I Joe (un ouvrage facile à se procurer puisqu’il ne fait que 7 pages, dont deux à base de variantes de "fuck" et "balls"), la définition est la suivante :

Diversion /di.vɛʁ.sjɔ̃/ féminin. Action qui consiste à faire n’importe quoi pourvu que ça fasse du bruit. Exemple : "Vazy François, fait diversion en tirant dans tous les sens avec ton gros fusil : les Coréens ne nous avaient pas repérés, alors si tu pouvais les inciter à donner l’alerte, ce serait cool". Synonyme : Jérôme Cahuzac.

Et ce qui est dit est fait : c’est vrai quoi, extrader quelqu’un sans donner l’alarme, ça n’a pas la même saveur, nom d’une pipe ! Et puisque nous n’étions déjà pas assez dans une sorte d’épisode de Corky sous acide, Maurice le soldat décide pour déconner de quitter le groupe en ricanant pour aller baisser le drapeau Nord-Coréen local et faire flotter à la place le drapeau des G.I Joe : non parce que sinon, ce serait bête si les nord-coréens ne savaient pas à qui envoyer une ogive nucléaire en remerciement. J’espère qu’il a aussi mis son adresse, sait-on jamais que le colis s’égare. Attendez, je relis quand même mes notes… "G.I Joe est une organisation ultra-secrète… meugneugneu… situation de crise… meugneugneu… éviter que le monde ne bascule…" hmmm d’accord. Bon, qui c’est qui a encore oublié de lire de quoi traitait son film avant de tourner la première scène ?

En tout cas, ça commence bien.

Filons quelques temps plus tard, au pays du hamburger, alors que le président (qui est donc en fait le méchant Zartan, mais ça personne ne le sait) est occupé en salle de réunion avec tous ses conseillers et son état-major à discuter d’une situation un peu tendue : un groupe de terroristes a réussi à piquer une arme nucléaire au Pakistan, et compte visiblement s’en servir pour envoyer un message clair, voire lumineux au monde sur leurs intentions ("Arrêtez avec le Harlem Shake, nardinamouk !" ou quelque chose du genre). Une partie des présents déclare qu’il faut agir de suite, d’autres qu’il faut attendre d’en savoir plus : le président lui, explique qu’il n’est pas homme à rester assis : comment s’appelait cette unité si subtile, déjà, mais si vous savez celle qui a failli faire éclater une guerre avec la Corée du Nord il n’y a pas deux minutes tant ils étaient cons comme des bulots ? Ah oui : les G.I Joe. Envoyez-les, ce sont les meilleurs des meilleurs.

Les G.I Joe reçoivent donc le message, et alors que dans le film précédent ils étaient un organisme international, maintenant ils sont juste au service des Etats-Unis. Et d’ailleurs, sachez que les autres personnages du précédent film, à part une paire, ont tous disparu sans explication. C’est vrai : si maintenant il faut que les suites se suivent, où va le monde ? Enfin bref : les G.I Joe envoient donc sur zone toutes leurs troupes (oui, ils sont comme ça, faut pas trop les chercher) à part Ninja Noir, leur agent super secret qui est occupé ailleurs, soit une bonne dizaine de super avions de transport du futur avec de gros réacteurs qui font pschrouf qui peuvent voler ou se poser en stationnaire, ce qui est très pratique, car l’ennemi ayant été localisé dans une usine d’armement, des G.I Joe peuvent donc être largués sur le toit, sur les côtés, et un peu sur tous les angles du bâtiment en fait façon invasion de rongeurs, sauf qu’aucun défenseur n’avait pensé à disposer des tapettes avec de la testostérone en guise d’appât, la faiblesse ultime des G.I Joe. Dommage.

Mieux encore : malgré cette arrivée massive de gros transporteurs bruyants qui se posent directement sur la margoulette des terroristes locaux, aucun de ces derniers n’entend quoi que ce soit.

Les deux principaux officiers des G.I Joe : je commence à comprendre certains trucs

"Mohammed tu as pas entendu quelque chose ?
- Hein ?
- JE DEMANDAIS SI TU AVAIS ENTENDU QUELQUE CHOSE ? 
- Ah ! Non, rien : avec ce bruit de réacteur, impossible d’entendre quoi que ce soit !"

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Quelque part, ça se tient. Je soupçonne quand même un scénariste d’avoir habilement recasé la blague de la banane dans l’oreille, comme ça, discrétos, pour voir si ça passait. Et, oui, c’est passé. Dramatique, mais pas autant que la suite : poursuivons donc.

Sitôt le dernier terroriste éliminé, nos fameux héros sont plutôt contents : ils viennent en effet de prendre le contrôle de l’installation sans une seule perte, et mieux encore, l’ogive qu’ils recherchaient est bien là et n’attend plus qu’eux ! Après l’avoir soigneusement rangée dans du papier bulle et chargée dans un camion qui n’était pas là 15 secondes avant puisque notre petite armée est arrivée par voie aérienne et a curieusement décidé de ne pas repartir par le même moyen, nos loulous se mettent donc en route au travers du désert, avant de décider de s’arrêter pour la nuit pour faire la fête et picoler, parce que bon, on est jamais qu’en zone hostile avec une ogive nucléaire, qu’est-ce qui pourrait bien nous arriver ? Le Banga coule donc à flot, on sniffe des lignes de Tang et bientôt, tout le monde commence à être un peu dissipé, la rumeur courant même que quelqu’un aurait trouvé du Champomy pour épicer la soirée.

Hélas ! Alors que la fête bat son plein au coeur de la nuit, un curieux son de rotor se fait entendre : il s’agit là du chant d’amour de la flopée d’hélicoptères qui vient distribuer des roquettes sur les commandos d’élite sans défense ! Parce que non, nos guerriers n’ont rien prévu contre les hélicos : on ne leur avait pas dit que ça existait. Du coup, les explosions se multiplient autour de nos vaillants soldats, et bientôt, nombre d’entre eux meurent dans le bombardement, parmi lesquels François le sniper qui reçoit un 10 kilos d’explosifs dans sa moustache naissante, le faisant instantanément passer du statut de militaire couillu à celui d’engrais gentil. Et là, accrochez-vous : Duke, notre fier héros, apercevant une roquette filer sur ses amis décide de voir s’il ne pourrait pas l’arrêter avec ses abdominaux : hélas, ses efforts chez Amazonia ont visiblement été vains, puisque Duke en meurt (petite compensation : la roquette aussi y reste). The Rock, qui a vu son copain avoir une crampe d’estomac explosive sous ses yeux, est choqué mais ne reste pas inactif pour autant : attrapant Maurice et Ginette, il court vers un puits voisin où ce petit monde se jette pour s’abriter. Grand bien leur en prend car le ballet des hélicoptères poursuivant son oeuvre de destruction a tôt fait d’en finir avec le campement des G.I Joe, et nos 3 larrons sont donc les seuls survivants. Bientôt, ils entendent des troupes être déposées à proximité, et un certain nombre de soldats inspectent l’endroit sans pour autant les trouver (ils tirent même quelques balles dans le puits histoire de voir, mais ne touchent personne : si l’un d’entre eux avait eu une grenade, j’aurais pu rentrer chez moi plus tôt, flûte : foutues restrictions budgétaires sur la Défense !).

Mais, retournons plutôt aux Etats-Unis où nous découvrons que le faux président a caché dans sa cave le vrai président, et qu’il le maintient là sous la surveillance d’agents de Cobra qu’il a recruté pour remplacer le service de sécurité présidentiel, et qui ont tous un petit sigle "Cobra" sur le veston. Oui, le même sigle qu’utilisé dans le précédent film par Cobra en personne, comme ça, c’est un peu comme s’il leur mettait une croix gammée sur le col pour bien que tous les gens qui les croisent les trouvent vaguement suspects, ainsi que lui pour les avoir ainsi soudainement tous recrutés alors que c’est quand même le sigle d’une organisation terroriste. Heureusement, personne ne pensera à le faire remarquer du film tant chaque élément semble avoir été choisi avec soin par un scatophile particulièrement pervers. Bref, toujours est-il que faux président et vrai président ont une petite discussion que je vous retranscris ici à peu près :

"Ahahaha… alors vrai-président, tu es dég’ que je sois président pendant que toi tu moisis dans ce vieux bunker de la guerre froide situé sous une résidence de campagne du président !
- Vaguement. Que voulez-vous espèce de sombre rascal ?
- Pas grand chose… je veux juste savoir dans quelle prison secrète est enfermé Cobra… pour le faire libérer ! HAHAHAHAHA !
- Mais quel intérêt avez-vous à le faire ? Non parce que techniquement vous êtes déjà président des Etats-Unis, il a quoi à vous offrir de plus ? Si vous le laissez dans son trou, c’est tout bénéf’ pour vous non ?
- Bé heu… je… heu… que… bon ! On s’en moque, aucune importance ! Dis-moi où est cette prison !
- Vous avez pensé à le demander à vos services plutôt qu’à venir ici en prenant le risque de vous griller ? Non parce qu’en fait, eux ils le savent forcément, hein ! Vous pensez vraiment que seul le président est au courant d’une prison secrète ? Non parce que sinon, c’est compliqué d’y affecter du personnel : "Hé mec, tu commences ton boulot demain à 8h, mais je peux pas te dire où !". Vous êtes con ou bien ?
- Nom d’un petit bonhomme, quelle insolence ! Je suis très loin d’être con : sache que je suis tellement intelligent que je viens de DETRUIRE LES G.I JOE, HOHOHOHOHO ! Grâce à un plan qui va vous épater, vieux barbon : j’ai demandé à mon état-major et tous mes conseiller de les envoyer en mission pour récupérer une ogive volée, et une fois cela fait, j’ai dit qu’ils l’avaient piquée et j’ai donc envoyé l’armée les bombarder, HAHAHAHA ! J’ai gagné!
- Vous saviez que sinon vous pouviez juste signer un papier pour couper leur budget ?
- Ah merde. On a le droit ?
- Personne n’est plus maléfique que l’administration, gros naze. Maintenant, explique-moi comment tu vas t’en tirer puisque tous tes conseillers et généraux sont au courant de ta trahison ?"

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Mais le faux-président n’a pas à répondre à cette question : le script s’en est chargé pour lui en éclipsant complètement le sujet. Il n’a donc plus qu’à aller faire une annonce à la télévision dans l’heure qui suit.

"Bonsoir chers concitoyens. Je tenais à vous annoncer que l’unité d’élite dont vous n’avez jamais entendu parler puisqu’elle était secrète et dont je n’ai aucun intérêt à parler non plus, les G.I Joe, ont trahi le pays. J’ai donc organisé une grosse soirée barbecue durant laquelle aucun membre n’a survécu, voilà pour ça. Le seul survivant, un certain Ninja Noir, a été arrêté et pour ses crimes, sera donc envoyé dans la prison super secrète où nous gardons déjà le célèbre terroriste Cobra enfermé. Je profite de cette allocution pour vous informer que j’ai d’ailleurs formé une nouvelle unité super secrète pour remplacer les G.I Joe, que j’ai intelligemment nommée "Cobra", et qui utilisera le sigle de l’organisation super dangereuse qui va bien et que je suis supposé combattre. Voilà, y-a-t-il des questions dans la salle. Oui Brenda ?
- Monsieur le Président, je n’arrive pas à déterminer si je viens d’entendre votre bouche ou votre anus, pourriez-vous préciser ?"

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Laissons donc le président aux journalistes, et allons plutôt en Allemagne, où il se passe des choses intéressantes. En effet, quelque part en ex-RDA, nous découvrons que Ninja Noir a été fait prisonnier et est emmené par des militaires vers un complexe souterrain qui n’est autre que la fameuse prison secrète évoquée plus tôt, le Fleury-Mérogis du futur. Le directeur local a tôt fait d’accueillir son nouvel invité pour lui expliquer comment cela fonctionne ici : c’est facile, il n’y a que deux autres prisonniers, Cobra le vilain et Destro le méchant, le bras droit du premier, chacun enfermé dans une sorte de gros tube rempli d’un liquide qui paralyse tous leurs membres mais les maintient conscients, les rendant prisonniers de leur propre corps. Parce que oui : dans le camp des gentils démocrates, on est comme ça, on aime bien la déconne. Bref : Ninja Noir a déjà un tube qui l’attend (d’ailleurs, il n’y en a que trois en tout et pour tout : heureusement qu’il n’y a pas eu plus d’un G.I Joe fait prisonnier, sinon il allait falloir se serrer dans les tubes ce qui aurait monté l’ambiance d’un cran), et l’équipe présente commence donc à lui retirer son armure pour le…

Grâce aux nano-machines, Zartan peut aussi se déguiser en Terminator pour faire de bonnes blagues à ses amis.

Ah, oui parce que je ne vous ai pas dit : les mecs ont tout laissé à leur prisonnier, y compris son armure et de quoi planquer ses armes.

Oui, il y a un vrai entraînement derrière pour faire un aussi mauvais film, vous savez ? Enfin bref : lorsqu’ils retirent son casque à Ninja Noir, le directeur recule, étonné : il ne s’agit pas du tout de Ninja Noir, mais de Ninja Blanc, son pire ennemi et allié de Cobra ! Le directeur a donc la réaction qui va bien :

"Mon dieu, ce n’est pas le bon prisonnier ! En plus ce personnage est mort dans le film précédent, qu’est-ce que c’est que ces mecs que l’on ressort du placard sans explication ? Heureusement que le type qui fait ce spoiler avait déjà annoncé cette incohérence 4 ans à l’avance tellement c’était gros qu’ils allaient la faire !
- Ouais, mais alors, qu’est-ce qu’on fait chef ? 
- Bah heu… je suppose qu’on le met quand même dans le tube qui n’était pas pour lui sans prévenir personne de cette découverte qui signifie qu’on a toujours un Ninja Noir en liberté, ce qui intéresserait probablement l’ensemble du monde libre ?
- Okay chef, on va faire ça."

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Et ce qui est dit est fait. Sauf qu’évidemment, personne ne se doute qu’il s’agit là d’un piège (à part bien évidemment l’amiral Ackbar qui s’égosillait dans la salle au même moment en martelant son siège), puisque ce n’est pas du tout suspect, après tout. Mais sitôt plongé dans son tube de liquide paralysant, notre Ninja Blanc se met à pouffer car il en a prévu une bien bonne : il ralentit son coeur pour faire croire qu’il fait un arrêt cardiaque, une technique secrète qu’il a apprise à Koh-Lanta (Si tu as souri, tu es un très vilain personnage, je te félicite pas canaillou). Un peu étonnés, les techniciens le sortent de sa prison pour le réanimer, mais c’est là leur erreur : non seulement leur prisonnier leur refait tous leur museau à coups de tatane, mais comme le film est vraiment mauvais, il fait apparaître des shurikens qu’il n’avait pas 5 secondes auparavant, et s’en sert pour tuer les gardes qui traînaient par là. Puis, il récupère ses sabres, que le directeur de la prison avait intelligemment rangés près d’un escalier, et commence à découper tout et tout le monde pour exprimer son désarroi. Enfin, il détruit la prison de verre retenant Cobra, son maître, qui à défaut de faire apparaître un shuriken, fait apparaître un masque mystérieux tout lisse pour s’en couvrir le visage, comme ça, pif pouf. Mais oui. Cela fait, ils sont alors rejoints par un autre homme que nous découvrons : Firefly. Celui-ci est rentré dans la prison par la grande porte en envoyant de petits drones lucioles explosifs tuer les gardes restants pour ouvrir la voie afin que son maître sorte en paix. Mais, et Destro dans tout ça allez vous me dire ? Et bien le bougre attend toujours dans sa prison de verre que son maître vienne le sauver. Sauf que Cobra annonce que hahaha, non, il va plutôt le tuer parce que… heu… c’est-à-dire…

Non, rien. Comme ça, hop.

C’est vrai quoi : vous avez pour bras droit un ex-industriel de l’armement avec un réseau particulièrement important et des fonds planqués aux quatre coins du monde, pourquoi le tuer ? Non parce que je veux bien comprendre que l’acteur n’a pas resigné pour une telle daube, mais bon, en fait, en retirant cette scène, vous pouviez justement économiser et retirer une incohérence, par exemple avec Destro mourant tué par la rafale d’un garde traversant son tube de verre durant l’évasion. Ça coûtait moins cher et ça se tenait plus : mais il est vrai qu’il ne faudrait pas oublier de bien souligner combien, plus que la volonté de faire facile, il y a de la vraie incompétence derrière. C’est-à-dire que l’on a payé pour se vautrer un peu plus. C’est tout simplement beau.

Toujours est-il qu’alors que Cobra, Ninja Blanc et Firefly sortent tranquillement du complexe, victorieux, le directeur de la prison, blessé, parvient à tirer sur une conduite de gaz au moment où ils passent devant, provoquant une explosion qui aurait bien tué tout ce petit monde si Ninja Blanc n’était pas intervenu pour pousser ses amis à l’abri . Cependant, il en paie le prix, puisque son dos est léché par les flammes et ressemble alors à un mauvais steak : Cobra, après avoir achevé d’une balle le directeur rebelle, termine donc sa spectaculaire évasion en expliquant qu’il va soigner son fidèle agent comme il se doit pour qu’il ressemble à nouveau à un fier ninja et non plus à un menu Flunch. Nous reviendrons sur le sujet, mais puisque je sens bien que vous manquez d’incohérences depuis au moins trois lignes, sachez que Ninja Noir, le vrai, planqué à la sortie du complexe observe le trio sortir. Comment a-t-il su qu’il s’agissait là d’un piège visant à faire évader Cobra ? Pourquoi n’a-t-il pas prévenu, d’une manière ou d’une autre, l’équipe locale ? Et surtout, pourquoi, alors qu’il est armé, bien planqué et face aux pires ennemis qu’il ait jamais connu incapables de se défendre tant à cause de la surprise que parce que Cobra et Firefly sont occupés à soutenir Ninja Blanc blessé, n’intervient-il pas pour sauver le monde ?

Je vous laisse deviner. Attention, concentrez-vous ! Mais oui, c’est ça : rien. Juste comme ça, hop. Un peu plus et je pense qu’il leur faisait aussi la vidange et la pression des pneus pendant qu’ils s’évadaient pour être sûr qu’ils ne tombent pas en rade sur la route de la liberté. Il est comme ça Ninja Noir : trépané serviable.

Mais, assez discuté : retournons du côté du campement dévasté des G.I Joe, au petit matin alors que The Rock, Ginette et Maurice sortent de leur puits pour découvrir les cadavres de leurs amis abandonnés au soleil. Quelque peu grognons, nos larrons font le tour des corps pour récupérer les plaques d’identité, ce qu’il reste de Tang de la veille et faire la moue devant leurs amis tombés au combat, puis décident de se mettre en route pour s’éloigner du coin le plus vite possible, tant il y a un risque que l’ennemi revienne. Chemin faisant, une discussion s’engage, principalement entre The Rock et Ginette.

"The Rock, c’est toi le chef maintenant vu ton grade… que penses-tu de tout cela ?
- Qu’en tant qu’héroïne dans un film écrit avec les pieds, tu dois avoir toutes les bonnes intuitions sans aucune explication. Alors au boulot pendant que je fais ma tête de mec qui réfléchit. Hmmmrr… grrhmmmm… pas facile. 
- Bon, moi je pense qu’alors qu’on a rien vu puisque les hélicoptères volaient de nuit et qu’on a passé une bonne partie de la bataille planqués au fond d’un puits, on a été attaqués par l’armée américaine.
- Grugurummmm.. muuurgnn…. D’accord, nous n’avons pas la moindre raison de penser cela, tu es sur la bonne piste, continue ?
- Je pense toujours sans raison qu’un général seul n’aurait jamais pu donner un ordre comme celui-ci… je pense…. je pense que seul le président des Etats-Unis aurait pu demander à tous nous tuer !
- Alors qu’il nous a envoyés en mission, ce qui l’innocente immédiatement, sauf si évidemment un personnage se met à tout deviner parce qu’il a lu le script ? Bon bin super : en route alors !"

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Et comme une grosse ficelle n’arrive jamais seule, au moment même où ils terminent cette conversation, nos héros tombent nez-à-nez avec un petit aéroport au milieu de nulle part où ils pourront jouer les clandestins le temps de rentrer au pays. C’est tout de même bien fait. Ou magique. Mais c’est là en tout cas. Passons.

Ginette, malgré une nuit passée dans un puits et un bombardement sur le coin du nez a toujours une peau impeccable. Mais, quel est ton secret, Ginette ?

Pendant ce temps, ailleurs, les choses avancent : Cobra a trouvé le temps de se changer pour se trouver un imperméable de cuir qui rappellera évidemment à tout un chacun les plus grandes heures d’Hugo Boss (c’est fou comme les méchants ne s’habillent jamais en tutu), et visite en compagnie de Firefly un complexe ultra-secret, avant d’être bientôt rejoint par le faux-président des Etats-Unis, qui aime bien venir visiter des complexes terroristes clandestins pour ne pas du tout attirer l’attention sur ceux-ci. L’endroit est rempli de soldats portant le sigle de Cobra, et d’énormes satellites attendent sur des plates-formes. Nos méchants peuvent donc eux aussi se mettre à avoir des conversations complètement crédibles :

"Commandeur Cobra, les satellites Zeus seront bientôt prêts à être lancés.
- Parfait, mon plan se déroule à merveille.
- Votre plan ?
- Mais si vous savez, le plan. Le plan. Raaah, le plan ! Je vous fais des clins d’oeil depuis dix minutes bougres de cons !
- Aaaah. Ah nan mais aussi avec votre masque là, on voit pas alors bon, c’est pas facile. Nan mais je me demandais : comment on a pu s’occuper des préparatifs de votre nouveau plan puisque vous êtes seulement sorti de votre isolement depuis moins d’une journée et que le plan que vous aviez avant d’y entrer n’avait rien à voir avec celui-ci ?
- …
- …
- Haaaan ouais. Les clins d’oeil, d’accord."

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Soit. On aurait mieux fait de ne pas revenir voir ce que faisait Cobra : allons plutôt au Japon regarder s’il se passe quelque chose de plus intelligent (oui, je sais, vous non plus n’avez aucun espoir mais faites semblant les enfants). Car au sein d’un dojo, un célèbre maître ninja africain aveugle que nous appellerons donc Amadou reçoit en audience Ninja Noir. Bon, c’est un peu con puisqu’un muet qui tente d’expliquer quelque chose à un aveugle en langage des signes, ça doit prendre un moment (là encore, ils ont payé des accessoires pour grimer pépé en aveugle, alors que ça n’apporte rien à l’affaire à part un nouvel échec, j’en pleurerais de bonheur), mais là encore, la scène débute alors que le vieux maître explique que oui, il a bien compris ce que Ninja Noir lui a expliqué, à savoir que Ninja Blanc était encore vivant et qu’il avait aidé Cobra à s’évader. Amadou confie donc une mission à notre sombre héros : aller capturer le galopin et le ramener au Japon pour qu’il soit jugé pour le meurtre de son maître il y a des années. Ce sera peut-être aussi l’occasion d’en apprendre plus sur les plans de Cobra. Pour l’occasion, Amadou confie à Ninja Noir une de ses disciples pour l’aider : Jinx, personnage lui aussi parfaitement oubliable.

Ni une, ni deux, nos héros partent donc pour ce qui doit être le Tibet, puisque Cobra a envoyé Ninja Blanc se faire soigner dans un monastère là-bas auprès d’une petite vieille qui lui applique divers onguents sur le dos.

Attendez, quoi ? Cobra, le maître des nano-machines, expliquant qu’elles guérissent tout, a envoyé son meilleur agent et sauveur se faire soigner chez une mamie qui va tenter de soigner ses brûlures au troisième degré avec de la compote de pomme et des feuilles de thé ? Je… mais ? Bordel, vous aviez un album Panini des merdes à faire que vous les enchaînez ? C’est quand même, enfin… je crois qu’il vaut mieux nous concentrer très fort sur la suite, d’accord ?

Car au Tibet, donc, alors que Ninja Blanc vient à peine de cicatriser de ses blessures grâce aux soins attentionnés de la mémé locale, que voit-il passer devant sa fenêtre ? Deux ninjas rouges, les habitants du temple local, qui tombent en hurlant. Ni une, ni deux, il comprend qu’il ne s’agit pas là d’une sorte de Jackass à base de cosplay mais bien d’une attaque : il sort aussitôt pour découvrir les assaillants : Ninja Noir et Jinx ! Notre loulou les affronte, et ne succombe que lorsque Jinx lui colle un anesthésiant sous les narines, car si notre ninja préféré sait ralentir son coeur pour simuler un arrêt, il ne sait pas retenir sa respiration : c’est ballot quand même. Nos héros l’enferment donc dans un gros sac de couchage Quechua qu’ils collent à un filin qui attendait là, tendu, en plein milieu de la cour du monastère local, et sitôt cela fait, environ 2789 ninjas rouges leur tombent dessus et les encerclent.

Ah, oui : on parle bien des 2789 ninjas rouges que l’on avait pas vu jusqu’ici alors qu’ils étaient supposés être juste à côté pendant que leur héros blanc se faisait tataner ? Probablement qu’ils faisaient caca.

Enfin bref : nos héros, eux, ignorant cette foule hostile s’accrochent au filin suspendu, envoient le sac Quéchua devant eux, et filent donc le long du câble loin des méchants, qui tentent bien de les poursuivre durant 10 bonnes minutes, mais n’arrivent à rien faire d’autre qu’à se vautrer comme des bouses ou se prendre des coups de tatane, voir des obstacles dans le museau sur la route (obstacle que le sac Quéchua a réussi à esquiver puisqu’il est supposé être devant eux sur le filin, c’est quand même triste d’être un ninja et d’avoir moins de sens de l’esquive qu’un duvet). Après avoir dévalé environ 7 kilomètres de câbles en tous sens, ce qui laisse supposer que nos héros ont tranquillement installé ça en paix durant quatre jours avant leur attaque, ce qui a dû être particulièrement intéressant surtout concernant la partie qui débouchait en plein milieu de la cour du temple ninja ("Nan mais vous inquiétez pas, c’est pour EDF"), Ninja Noir et Jinx triomphent : ils ont leur prisonnier et peuvent donc rentrer au Japon pour que Ninja Blanc passe au tribunal d’Amadou.

C’est donc un peu plus tard que Ninja Blanc se trouve devant l’honorable aveugle. Sauf qu’il se passe quelque chose de peu banal : au lieu d’être puni, Ninja Blanc arrive à prouver d’une manière tout à fait absurde que je vous passe qu’il n’a jamais tué son vieux maître. Qu’au contraire : c’est parce qu’il a été accusé du meurtre qu’il est devenu si plein de haine et qu’il a fui. Mais alors, qui a bien pu tuer le vieux maître ? Là encore, pas de problèmes ou d’enquête, nos larrons se disent "Le seul qui avait intérêt à le tuer, c’était celui qui voulait faire de toi son instrument, Ninja Blanc. Le maître qui t’a recueilli… qui n’était pas du tout un asiatique : c’était Zartan, agent au service de Cobra ! Il t’a manipulé pour faire de ta haine, son arme !".

Vous pensiez que j’exagérais ? Mesdames et Messieurs : Amadou, le maître aveugle qui adore discuter avec son disciple muet

Ah oui. Et sinon, le fait que visiblement tout ça s’est passé 15 ans auparavant alors que Cobra n’est apparu que récemment ? Non ? Et accessoirement : Zartan machin, il est fort en déguisement, mais il y a un moment où ça a dû se voir quand même : il n’est pas maître d’arts martiaux, comment a-t-il pu enseigner quoi que ce soit à Ninja Blanc ?

Diego ? Appelle-moi la compta, je commence à avoir du mal à garder le compte des erreurs dans cette daube. Merci.

Enfin en tout cas, les ninjas de toutes les couleurs, sortes de Télétubbies asiatiques, décident donc de s’unir pour arrêter Cobra. Surtout que Ninja Blanc, bien introduit, peut connaître ses plans… c’est donc fortement intéressant.

Mais soyons sérieux : puisque ce film s’appelle G.I Joe, revenons tout de même aux trois G.I Joe isolés que sont The Rock, Maurice et Ginette et que nous avions laissés plus tôt alors qu’ils avaient trouvé un aéroport pour rentrer au pays. Ayant deviné par la puissance du néant scénaristique qu’ils étaient recherchés par toutes les polices des Etats-Unis, ils se font discrets et décident donc d’aller à un endroit où personne ne pensera à aller les chercher : le gymnase où The Rock a passé sa jeunesse et où les G.I Joe l’ont recruté, coin où en plus il a tous ses potes qui traînent .. bref, le premier endroit où on pensera qu’il viendra. Surtout que les services secrets ont une bonne raison de le chercher : ils ont découvert que ces trois G.I Joe avaient survécu. Mais rassurez-vous : ils ne feront rien pour les retrouver, aussi nos héros peuvent tranquillement s’installer dans le gymnase délabré et récupérer un peu d’équipement pour tenter de prouver leur théorie tout à fait crédible que le président est louche depuis quelques temps :

Pas de problème, Ginette, toujours prête à avancer à partir d’arguments foireux, étudie plein de vidéos des derniers discours du président et parvient à établir que celui-ci est un imposteur ! Comment ?

"Regardez ! J’ai pris des vidéos de lui, et depuis le 10 juin, il n’utilise plus l’expression "une sorte de" mais dit "un genre de". Par ailleurs, ses mains n’ont pas exactement la même position quand il parle ! Cela ne peut vouloir dire que deux choses…
- J’écoute.
- Soit le président a des conseillers en communication…
- Impensable.
- Soit il a été remplacé par un imposteur modifié à l’aide de nano-machines qui a pris son apparence et parvient à duper jusqu’à sa femme et ses enfants !
- HO MON DIEU ! IL FAUT FAIRE QUELQUE CHOSE !"

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Convaincus par ces preuves en carton, nos héros décident d’aller contacter le seul homme qui pourrait les aider : le général Willous, qui visiblement doit avoir faim, puisqu’en ce moment il est dans un film sur deux, et rarement des bons. En effet, le général Willous est le fondateur des G.I Joe : maintenant qu’il est à la retraite, il a peut-être moyen de les aider… mais lorsqu’ils se rendent chez lui, nos larrons découvrent que Willous ne peut pas faire grand chose : on ne l’écoute plus à Washington, il n’a plus le droit de commander la moindre unité, sa prostate commence à montrer de sérieux signes de faiblesse et cette histoire de président imposteur n’est pas la plus crédible qu’il ait entendue. Par ailleurs, sa maison est surveillée par tout ce qui est possible pour s’assurer qu’il reste calme.

J’en profite pour glisser que cette information a encore été glissée par pur goût de rajouter des étrons dans la soupe au caca : nos héros ne tiquent pas, et personne ne les repérera. Cette phrase est juste prononcée pour souligner que nos G.I Joe sont au meilleur endroit pour se faire attraper, mais que ça n’arrive quand même curieusement pas. C’est fou.

The Rock, Ginette et Maurice décident donc qu’ils ont vraiment trop besoin du général Willous pour agir : il leur faut donc une preuve que le président des Etats-Unis n’est pas le président des Etats-Unis pour le convaincre de passer à l’action. Willous, beau joueur, leur file quand même un tuyau s’ils veulent explorer cette piste : il connait un cercle de poker fréquenté par l’un des plus fidèles conseillers du chef de l’état. Ni une, ni deux, l’équipe G.I Joe va donc sur place, et au sortir de la salle de jeu, kidnappent le pauvre membre du cabinet présidentiel avant de lui expliquer comment ça va se passer.

"Salut mec, nous sommes les G.I Joe. Nous venons de t’administrer un puissant sérum qui fait que dans 5 minutes, tu t’endormiras et à ton réveil ne te souviendra de rien. Alors tu n’auras pas de problème de conscience, et nous on aura pas à t’éliminer. Maintenant, on va te dire pourquoi on t’a kidnappé : on a besoin que tu ajoutes un nom à la liste de la prochaine soirée où sera le président. Envoie un mail tout de suite à qui de droit pour arranger ça.
- Oui, ou alors je résiste 5 minutes, et ensuite vous êtes bien feintés.
- Huuuu…. on avait pas pensé à ça. Je me sens comme un sorte de gros Baboulinet, rheuuuu…"

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Malgré ce nouveau ratage, le petit homme coopère bien vite, et dès le lendemain grâce à l’invitation ainsi ajoutée à leur inventaire, nos G.I Joe envoient en infiltration Ginette en robe de soirée pour qu’elle approche le président à une réception où il se rend. La chose est aisée, tant la jeune femme sait utiliser le stratagème universel "über décolleté" qui permet d’approcher tous les hommes de goût (enfin, je crois), et est bientôt invitée à danser par le président lui-même. Récupérant un cheveu sur sa veste à cette occasion, elle l’étudie grâce à son tube de rouge à lèvre – analyseur d’ADN (ne me demandez pas où elle l’a trouvé vu que nos héros n’ont plus aucun soutien) et découvre que le président n’est autre que… Zartan, le maître du déguisement de Cobra ! Ses doutes confirmés, elle fuit bien vite, car la sécurité a repéré qu’elle n’était pas une invitée comme les autres, mais une G.I Joe. A noter d’ailleurs qu’un agent de sécurité qui, la trouvant suspecte, la suivait grâce à un micro-directionnel, n’a par contre rien trouvé de suspect quand elle a donné deux identités différentes à deux personnes différentes en moins d’une minute. Encore une fois : rajout, daube, tout ça. C’est… épuisant, quelque part. Mais impressionnant d’un autre côté. Quel talent.

Heureusement que ce n’est pas le tromblon du régiment qui a survécu, sinon il aurait fallu envoyer The Rock dans la même robe.

A la sortie, The Rock averti par Ginette que le président est un agent de Cobra est prêt à l’abattre depuis une ruelle, mais il est hélas empêché dans sa tentative par Firefly qui, sortant de nulle part, vient lui distribuer des mandales. Ce n’est que lorsque Maurice, qui glandait dans un 4×4 un peu plus loin, repère ce petit cirque qu’il oblige le méchant  à se replier en lui passant dessus avec son véhicule (mais rassurez-vous : il repart quand même en boitant juste un peu, hop). Comme quoi, c’est très surfait les 4×4.

Après cette tentative d’attentat sur le président des Etats-Unis qui ne semble pas émouvoir sa propre sécurité plus que ça, ni inciter à rechercher un peu plus activement les G.I Joe, notre troupe retourne à son gymnase pour tomber nez à nez avec… Ninja Noir, Ninja Blanc et Jinx ! Un peu troublé par cette irruption soudaine d’hommes en collants, nos héros sont un peu tendus jusqu’à ce que Jinx détaille la situation. Cette dernière explique que Ninja Blanc n’est plus méchant, qu’il va les aider à arrêter Cobra, qui l’a manipulé avec Zartan depuis le début (à une période où ni l’un ni l’autre ne se connaissaient, rappelons-le pour la beauté de la chose). Et détaille donc ce qu’il sait du plan de Cobra : ce dernier va utiliser le prochain congrès sur l’armement nucléaire organisé par le président des Etats-Unis pour faire un coup d’état à l’échelle mondiale en déployant une nouvelle arme de destruction massive bien plus terrifiante que toutes les autres : le satellite Zeus… il faut donc agir vite ! Un plan est donc rapidement organisé : d’abord, la troupe se rend chez le général Willous pour lui annoncer qu’elle a récupéré un cheveu dont l’ADN prouve que le président n’est pas le président, comme ils le supposaient : Willous est très impressionné, principalement  parce qu’un cheveu, ça faisait longtemps qu’il n’en avait plus vu un, aussi propose-t-il aux G.I Joe de les aider : il rappelle quelques vieux Joe sur le retour et propose de monter un commando pour intervenir durant le sommet sur le désarmement nucléaire. Et arme tout ce petit monde, car en réalité, sa demeure est une incroyable cache d’armes, avec même un véhicule blindé dans le garage !

Ça c’est subtil les petits amis.

Toujours est-il que le sommet sur le désarmement nucléaire va se dérouler sur un fortin sur une toute petite île seulement reliée à la terre par un ponton, et que l’endroit sera bien gardé. Il est donc convenu de procéder ainsi :

  • Ninja Blanc restera avec Cobra, qui a prévu de débarquer sur l’île pendant le sommet, histoire d’être au plus près pour intervenir au moment opportun. Il filera un déguisement à Jinx pour qu’elle se joigne à l’escorte de Cobra.
  • Maurice et Ninja Noir formeront un commando qui devra infiltrer l’endroit pour soutenir Ninja Blanc et Jinx dès que cela commencera à s’agiter
  • Willous et Ginette iront libérer le véritable président des Etats-Unis, Ninja Blanc ayant révélé dans quel coin il était planqué.
  • The Rock prendra le véhicule blindé et… heu… ira se battre avec trois chars américains qui n’avaient rien à voir avec la choucroute, en fait. Voilà voilà. Que voulez-vous que je vous dise ?

Vous avez bien suivi ? Parfait, alors allons directement voir ce qu’il se passe le lendemain dans le fameux fortin où se déroule le sommet. Dans une salle de conférence, le président des Etats-Unis reçoit les différents chefs des puissances nucléaires, et commence d’entrée de jeu en force, en expliquant que la guerre nucléaire, c’est très vilain, et qu’à ce titre, il ne tolérera pas qu’un pays sorte de cette pièce sans s’être totalement désarmé, nom d’un Francis Cabrel. Les autres chefs d’état se regardent puis, d’un commun accord, lui font un gros doigt (ils sont joueurs).

"Fort bien !" déclare donc le président en sortant la mallette nucléaire américaine. "Dans ce cas moi je vais vider mes réserves nucléaires sur vos gueules, allez hop !". Avant que qui que ce soit ne fasse une remarque scabreuse sur cette expression qui est un peu le facial de l’atome, il a tôt fait de joindre le geste à la parole et de montrer sur écran que tout son bazar est en train de partir vers ses cibles. Un peu choqués, ses interlocuteurs le traitent de fou et répliquent aussitôt en utilisant leurs propres mallettes pour tirer des missiles vers l’attaquant parce que hé, dis, tu vas te calmer ? Tu veux vraiment qu’on te ratiboise la gueule gros malin ?. Histoire de rajouter une bouse sur le scénario, on peut voir sur l’écran que tous les pays tirent leurs missiles dans toutes les directions, et pas seulement sur les USA : c’est vrai quoi, quitte à faire la guerre autant la faire contre tout le monde, c’est plus rigolo.

C’est alors que le président américain ricane et se saisissant de sa mallette, appuie sur le bouton d’autodestruction de tous ses missiles. Souriant, il ajoute "Et voilà ! Moi je suis totalement désarmé et je ne représente plus une menace, à vous les kikinous !". Les autres leaders se regardent, un peu étonnés, puis appuient tous sur le bouton d’auto-destruction pour ne pas que ça dégénère. C’est alors que les portes de la salle de conférence s’ouvrent et qu’entre Cobra, accompagné de Firefly, Ninja Blanc et d’une paire de soldats à lui (dont Jinx, habilement déguisée en ninja rouge). Tout le monde sursaute autour de la table, mais le vil terroriste les invite à rester assis.

"Restez calmes : je tenais simplement à vous informer que je me proclame maître du monde. 
- Mais encore ?
- Et bien vous venez tous de vous désarmer : vous n’avez donc plus d’armes nucléaire pour vous défendre, HAHAHAHA !
-  Oui, parce qu’évidemment on est suffisamment cons pour avoir tiré tout notre arsenal, ce qui est impossible même si on le voulait. On a encore des cartouches. Donc ton plan il pue, en fait.
- Heu… je peux ressortir de la salle et refaire mon entrée quand vous aurez tout tiré ? On dirait que vous avez rien vu et que c’était pour de la fausse, d’accord ? 
- Non.
- Bon, écoutez, vous commencez à me faire chier : le scénario n’a pas prévu cette éventualité, alors on va dire que vous êtes tous désarmés : je disais donc : HAHAHAHA ! Puisque maintenant, je suis le seul à disposer d’armes de destruction massive grâce à mes satellites Zeus que j’ai secrètement fait construire grâce à un trou dans l’intrigue pendant que j’étais en tôle ! 
- Et vous les avez envoyés dans l’espace comment ? Avec un très gros élastique ? Non parce que c’est cool de construire ça, mais sans lanceur…
- Mais vous m’emmerdez avec vos détails ! Tiens, pour la peine, je vais raser Londres et vous expliquer comment fonctionne mon arme : il s’agit d’un satellite qui largue des missiles tout simplement tellement denses qu’en touchant le sol, il rase tout sur des kilomètres sans la moindre retombée radioactive ! Je pourrais donc m’emparer de vos pays sans crainte, HAHAHA ! 
- Il n’y a pas que les missiles qui sont denses par ici. Non parce qu’à quoi ça te sert de conquérir des ruines gros malin ? Et puis quand ton missile qui rase tout sur des kilomètres va toucher une centrale, tu crois que les radiations vont rester chez elles à lire Picsou Magazine ?
- … bouhouhou, j’en ai marre d’être un méchant à chier. Je veux un câlin.
- Roooh, pépère. Allez, allez : rasez Londres Monsieur Cobra, ça ira mieux après.
- Merciiiii… snif…"

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Et en effet : en appuyant sur un bouton qui fait "pouit !", Cobra commande à l’un de ses satellites de larguer un missile lourd comme une playlist de mariage sur Londres, résultant ainsi lors de son impact avec le sol en une onde de choc telle que l’ensemble de la ville est détruite, faisant disparaître un patrimoine historique unique, tel que Big Ben ou encore Geri Halliwell.

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Détail amusant : aucun des plans sur la table n’a le moindre rapport avec l’endroit où ils se rendent. Voilà voilà.

Cobra, satisfait de cette attaque réussie, explique alors la suite de son plan : "A l’heure actuelle, partout dans le monde, mes troupes Cobra sont en train de remplacer vos drapeaux par mon étendard. Quant à vos ridicules capitales, je vais aussi les raser juste par principe puisque ça ne me sert à rien si je les contrôle à part à perdre des troupes, du temps et du butin. Mes autres satellites Zeus sont en train de se mettre en position à l’heure où je vous parle". A ces mots, Ninja Blanc semble soudain décider que le moment est venu d’intervenir (non, pendant que Cobra expliquait qu’il allait raser Londres, il se curait le nez et Jinx devait probablement être occupée à envoyer des SMS à une copine), et commence donc à distribuer du shuriken dans tous les sens, à part sur Cobra quand bien même c’est sa cible principale : il est décidément complètement con. Le grand méchant s’enfuit donc, tout comme le faux président américain, alors que les autres chefs d’états se mettent à couvert puisqu’une fusillade éclate entre Ninja Blanc, Jinx et les hommes de Cobra. Bien vite, ils sont rejoints par Ninja Noir et Maurice, qui ont réussi à infiltrer l’endroit sans trop de problèmes, puisque les gardes ne réagissaient à rien, pas même aux bruits de fusillade autour d’eux. Voilà voilà.

Pendant ce temps, Willous et Ginette arrivent en voiture à la résidence présidentielle où est retenu le vrai président : ils ont du bol parce que, alors qu’ils arrivent en mitraillant à tout va, là encore, aucun agent des services spéciaux ne donne l’alerte (il y en a même un qui se contente de se demander ce qu’il se passe alors qu’on entend clairement des rafales : je ne sais pas mec, qu’est-ce que ça peut être ? Un mec qui s’occupe en faisant péter 50 mètres de papier bulle ?). Quant aux hommes gardant le président dans l’ancien bunker anti-atomique, plutôt que de se dire "Tu entends, on dirait qu’on est attaqués ? Enfermons-nous et appelons du renfort, je doute que l’ennemi puisse enfoncer une porte blindée de 3 mètres d’épaisseur", ils décident de s’organiser à grands coups de "Séparons-nous en groupes de un et allons voir l’un après l’autre ce qu’il se passe !" : autant vous dire que leur plan ne marche que moyennement, et que c’est donc un Willous et une Ginette triomphante qui viennent libérer le président, en profitant pour lui demander une petite baisse d’impôt, là, dis, ho, hein, hé, tu nous dois bien ça, garnement.

Au même moment, loin de là, The Rock a tranquillement fini de préparer son véhicule blindé, qu’ils ont bricolé non pas avant de partir à l’assaut, mais directement sur l’unique ponton menant au lieu de réunion des plus grands dirigeant mondiaux. Oui, vous avez bien lu. Et non, il n’est pas gardé, vous l’imaginez bien. Du coup, notre héros peut passer tranquillement par là avant d’aller cacher la bête dans les fourrés de l’île, à environ 2 mètres des trois chars américains montant la garde qui évidemment, ne remarquent pas du tout le véhicule chenillé non-identifié qui approche. Puis, une fois le niveau d’absurdité suffisamment haut (il faudra que j’invente une unité de mesure, du genre le "Cage" pour ce genre de choses), notre héros passe à l’attaque : les trois malheureux chars qui n’avaient rien à voir avec la choucroute ne peuvent rien faire et se font donc dézinguer gratuitement pour le plus grand plaisir de la foule. C’est gentil d’être venus.

Hélas, au même moment, les trois méchants du film que sont le faux président des Etats-Unis, Firefly et Cobra tentent de s’enfuir. Manque de pot pour eux : Ninja Blanc transperce vite fait le président qui, en mourant, reprend son apparence de Zartan le méchant, et permet ainsi à Ninja Blanc de se sentir vengé de le mort de son vieux maître, Cobra trouve un hélicoptère qui passait par là et s’enfuit avec sans encombre (non, ils n’ont toujours pas pensé aux armes anti-aériennes : on sent que la mort de tous leurs camarades au début du film leur a appris quelque chose, l’hélicoptère doit être une sorte d’archnémésis du G.I Joe). Quant à Firefly, qui s’est retrouvé avec la valise contenant les commandes du système Zeus, il tente bien de s’enfuir en bateau, mais The Rock a tôt fait de le rattraper et de lui refaire le nez à coups de poing. Victorieux, le bougre se saisit donc du système de commande des satellites Zeus qui n’étaient évidemment qu’à une seconde de tirer, et appuie sur le bouton "stopper le tir".Ce qui fait exploser tous les satellites.

C’est un peu radical : je préfère ne pas savoir ce que fait la pédale de frein dans les véhicules de Cobra.

Cobra, sorte de Japan expo ambulante

Zartan est donc mort, le vrai président libéré, le monde sauvé et les troupes de Cobra en déroute : c’est donc une victoire pour les G.I Joe ! Bon, on a perdu Londres et l’arsenal nucléaire américain dans la bagarre alors qu’on avait des agents prêts à intervenir bien avant que tout cela n’arrive, mais quand même, c’est plutôt positif tout ça, non ? Allez, on en a assez eu pour aujourd’hui.

Une cérémonie est donc organisée, où chacun reçoit une belle médaille ainsi qu’un bisou du général Willous. Tout le monde salue donc le drapeau, fier d’être un G.I Joe parmi l’élite des trépanés mondiaux et…

FIN !

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Non, sérieusement, vous croyez vraiment qu’il y a quelque chose à ajouter ?

4 ans pour préparer un tel film, ça valait le coup.

Je ne suis pas déçu.

Vraiment.

"Bonjour Messieurs !"

La porte se referma en claquant derrière le personnage alors qu’il entrait dans la salle de réunion du 33e étage, les fauteuils autour de la longue table ovale pivotant dans un léger son de cuir écrasé alors que leurs occupants se tournaient vers lui. D’un geste, il leur fit signe de rester assis et tout en souriant, vint se placer en bout du table pour consulter la pile de papiers disposés à cet endroit d’un air amusé. Finalement, et s’allumant un cigare, il fit un dernier tour pour observer la circulation en contrebas au travers de la baie vitrée avant de prendre place dans l’imposant fauteuil lui étant réservé.

"Bien, je vois que tout le monde est déjà là.
- Nous vous attendions pour commencer Monsieur Connard. J’aimerais pour commencer vous remercier au nom des investisseurs présents ici aujourd’hui pour avoir accepté de nous consacrer un peu de votre précieux temps.
- Ma bonté me perdra, j’en conviens.
- Hem, fort bien, je… permettez-moi de vous rappeler le sujet de notre entretien d’aujourd’hui : nous aimerions savoir comment vous avez réussi, en pleine crise financière, à trouver des investissements non seulement particulièrement rentables, mais en plus permettant d’obtenir des déductions fiscales. Une question qui, je ne vous le cache pas, nous turlupine quelque peu.
- Interrogation pertinente, mais, laissez-moi commencer."

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Me retournant, j’appuyais sur le bouton de la petite télécommande placée devant moi pour faire descendre l’imposant écran blanc servant habituellement à présenter d’hideux powerpoints aux présents. Tirant sur mon cigare, je me levai pour aller indiquer sur les graphiques qui apparurent les éléments essentiels à la bonne compréhension de mon exposé.

"Investir est une chose risquée. Demandez à 10 experts boursiers leurs meilleures stratégies, ils vous donneront 13 solutions contradictoires. Mon truc ? C’est de maîtriser chaque élément de la mécanique de mes placements.
- C’est-à-dire ?
- Et bien pour commencer, je crée moi-même de nouvelles structures et leur donne toujours une vocation humanitaire. Aides, déductions, je bénéficie de tout cela en quelques instants, sans compter divers avantages complémentaires comme par exemple, une image de grand seigneur qui permet de faire chavirer le coeur des damoiselles dont les joues se teintent de pourpre lorsqu’entre deux coupes de champagne, vous leur contez votre amour de votre prochain.
- Et elles y croient ?
- Ce sont des femmes, Stevens.
- Pardon.
- Donc, disais-je : l’important, c’est de créer une structure que vous allez maîtriser. Puis de la rendre incroyablement rentable en jouant sur la culpabilité des bobos. 
- Je ne saisis pas bien.
- Prenez l’an dernier : j’ai créé une structure permettant à des handicapés de retrouver le chemin de l’emploi en participant à la création de livres audios pour la jeunesse.
- Une intention louable, mais je ne vois pas où c’est rentable. 
- Hé bien pour être exact, je n’ai pris que des gens atteints de Gilles de la Tourette. Non seulement parce que le résultat était des plus intéressants et a sûrement dû enseigner quantité de vocabulaire à de pauvres bambins venus écouter Blanche-Neige, mais parce que les parents, découvrant l’horreur, ne pouvaient même pas se plaindre : ce serait de la discrimination envers des personnages atteints d’un handicap. Tiraillés par leur sensibilité humaniste, il ne leur reste alors qu’une échappatoire : expliquer que non, ce n’est pas nul, c’est juste complètement avant-gardiste. Leurs amis, jaloux de ce vernis culturel obtenu à vil prix et leur permettant de se donner en plus bonne conscience en aidant des personnes en difficulté, se mettent donc à acheter eux aussi en nombre, et plutôt que de reconnaître l’indicible ignominie de mon procédé, ils se retrouvent esclaves de leur fierté et pire, recommandant un produit objectivement honteux. Et moi, je ris.
- Un peu comme chez Apple ?
- Pas de troll avant 10h du matin Stevens, c’est mauvais pour l’estomac. Toujours est-il que le crypto-hipster se lasse vite de tout, puisqu’il court après l’avant-garde. Il faut donc se renouveler chaque année.
- Mais alors, quel est votre plan pour cette année ?"
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Mon regard brilla d’une lueur nouvelle alors que l’idée même de leur révéler mon dernier plan m’emplissait d’une certaine fierté.

"Cette année, j’ai monté une structure qui propose à des adolescents atteints de la maladie de Parkinson de devenir cinéastes. 
- Non mais attendez, là, ça va se voir quand même ! Des morveux bourrés d’hormones qui ne savent pas tenir une caméra, c’est grossier ! Qui irait louer pareille monstruosité ?"
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Mon sourire ne se fit que plus grand face à cette réplique attendue alors que je jetais sur la table une série de journaux.

Cahiers du cinéma – 5/5 : "De cet objet idiot s’écoule une sorte de poésie repoussante et naïve, burlesque et synthétique, vulgaire et bête, une sorte de poésie perdue, à ramasser, à rincer, impropre à la consommation, innommable en somme, mais qui exprime aussi la part poétique et misérable de notre époque."

Critikat.com – 5/5 : "N’aimant rien tant filmer que "l’ingrat" de ce bas monde, l’ex-kid qui a écumé les travées insanes de l’Amérique investit la culture pop des années 2000 pour livrer une bombe irradiant le sentiment d’une époque."

le Monde – 5/5 : "On sent bien que la réalité intéresse moins Harmony Korine que sa représentation fantasmatique, son reflet forgé par la publicité et les clichés sans esprit des industries culturelles."

Les Inrockuptibles – 5/5 : "Korine filme cette débauche de formes et de couleurs avec une énergie folle, variant ses cadrages, balançant des décharges de montage en cut-up, bombardant les mots Spring Break comme un mantra. C’est du Godard boosté au Red Bull."

Stevens sentit la sueur couler le long de sa nuque : "Attendez, Spring Breakers alors ce… c’est vous ?"

Il sentit une vague de dépit monter en lui.

"Vous… vous êtes incroyablement maléfique !"

La preuve ? Spoilons, mes bons !

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L’affiche : toute la subtilité du film résumée en une image

Notre film débute dans une petite ville universitaire des Etats-Unis ou nous découvrons plusieurs personnes qui, bien qu’étant les personnages principaux, auront des prénoms que personne ne retiendra du film tant ils ont été écrits avec soin. Il y a donc blonde 1, qui passe son temps à dormir et se droguer à l’aide de tout ce qui se fume ou s’inhale, blonde 2 et 3, étudiantes en histoire qui passent leur temps à glousser et dessiner des kikoutes en disant "Vivement Spring Break que l’on puisse en tripatouiller plein, hihihuhuhuhu" et enfin Faith, plus sage que ses comparses et appartenant à divers groupes chrétiens typiques des Etats-Unis, ceux où un gros motard avec une moustache en guidon de vélo te dit qu’il kiffe Jésus qui est son meilleur pote parce qu’il est trop cool, et qu’il échangerait ses bottes en croco contre ses sandales quand il le voudrait, ouais mec. Big love.

Car en effet, notre intrigue (ne pouffez pas tout de suite, attendez) se déroule à quelques jours de Spring Break, ces vacances universitaires durant lesquelles les jeunes étudiants américains aiment à aller se retrouver sur les plages pour pratiquer diverses activités comme danser en bikini, faire la chenille tout nu ou voir combien de litres de bière on peut faire rentrer dans le cul de Lulu sans le réveiller. Un grand moment de culture, donc, au même titre qu’une compétition de tuning ou une trépanation de yorkshire (un exercice de précision).

Bref ; faisons le point tout de suite sur un élément essentiel du film : si vous pensiez avoir déjà vu un film réalisé avec les pieds, Spring Break relèvera la barre avec brio. Le film consiste en effet, à 65% (ce n’est pas une blague), en de vastes séquences de gros plans maladroits et mal cadrés placés à la queue-leu-leu le tout pendant que la voix-off de l’un des personnages déclame des vérités digne d’un statut Facebook : "kan ta besoin des gens il sons pas la pour toi alor que toi tu l’et toujour pour eus : moi j’ose dire que j’aimes pas les hypocrite ! Qui osera cliker sur j’aime et partagé sur son mur ?", le tout filmé au ralenti sur fond de musique saturée et de préférence, avec des filles qui montrent leurs seins/fesses, par contre vous ne verrez pas un kiki ou une kikoute, parce que même si le film se veut grave subversif, tu vois, avec des gros mots et des roploplos, il ne faudrait pas qu’un rebelle se sente choqué en voyant un trilili battant au vent. Bref, on dirait que le tout a été réalisé par un lycéen fasciné par Fight Club, Drive et autres niaiseries crypto-philosophiques. D’ailleurs, à en croire le film, Spring Break c’est donc 97% de filles et aucun boudin, bien évidemment, mais c’est sûrement une coïncidence.

Fort bien. Allons-y donc pour un exemple :

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Musique saturée quelconque, ralenti constant

Des filles sautent sur une plage, des bières vont de main en main. Une voiture roule dans la nuit (pour ceux qui ont vu Drive, ce genre de plan rappellera des choses). Quelqu’un montre ses seins en dansant dans l’eau. Une fille fume une cigarette la nuit, dans une ville américaine. Des seins bondissent en gros plans, des filles se font des bisous en se frottant l’une à l’autre. Jean-Paul Sartre lit Tintin en fumant la pipe. Un DJ arrose la foule de danseuses en bikini.

Une voix répète "Spring Break. Le meilleur moment de l’année."

Etc.

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Faith, notre plus ou moins personnage principal et seule brune de notre quatuor, entend dire par des amies de son groupe chrétien que ses amies Blonde 1, Blonde 2 et Blonde 3 seraient en fait trois idiotes. Faith explique que non, elle les connait depuis la maternelle : ce n’est pas parce qu’elles gloussent comme des otaries, se défoncent pour un oui ou pour un non et n’ont aucun sujet de conversation en-dehors des fringues, des garçons et de Sarah Jessica Parker qu’elles sont limitées. Peut-être cachent elles une passion secrète pour la physique nucléaire ? Allez savoir. Toujours est-il que notre héroïne les défend : elles sont géniales et elle veut partir en Spring Break avec elles.

Notre louloute va donc retrouver ses copines pour faire le point : voilà un an qu’elles économisent, il est temps de faire les comptes de l’argent dont elles disposent pour partir à l’aventure, histoire de voir si elles pourront se payer un jacuzzi au champagne, comme tout vacancier lambda qui se respecte. Hélas, horreur : sitôt l’argent sorti des strings et entre deux plans pas du tout racoleurs sur les filles qui se frottent entre elles en s’échangeant quelques cochoncetés, le compte est fait : il n’y a que 325 dollars… soit même pas de quoi partir en Floride, la destination prévue à l’origine par nos amies !

Drame, larmes, perplexité : notre fière équipe est quelque peu dévastée par la nouvelle. Que vont-elles faire ? Devoir se trouver des loisirs intelligents ? Alors ça : jamais ! C’est hors de question ! Car Spring Break, c’est l’endroit "où l’on se révèle, on découvre qui l’on est vraiment, où l’on découvre ce que l’on va faire de son avenir".

Si le gouvernement me lit et qu’il cherche à faire des économies, voilà, maintenant il le sait : il peut mettre tous ses conseillers d’orientation dehors et les remplacer par un baril de bière avec un tuyau à s’insérer dans un quelconque orifice dans le plus grand esprit Spring Break, il semblerait que cela permette au jeune de savoir ce qu’il veut faire. Entre deux bulles de 8-6 ressortant par une narine, nul doute que l’adolescent verra la lumière et saura qu’il est temps pour lui de devenir expert-comptable ou ingénieur en conception de stylos billes. Mais oui.

Quand on vous dit que ce film est philosophique, bon sang.

S’ensuit donc, évidemment (et encore, je vous en ai passé), un nouveau passage se voulant philosophique

Durant Spring Break, certaines jeunes filles découvrent par exemple qui elles sont vraiment : ici, un tacos au fromage

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Musique saturée quelconque, ralenti constant

Les héroïnes se regardent, perdues. Sur une plage, des filles rient en se caressant. De l’argent est dispersé au sol. Quelqu’un lance un concours de pets. Faith va à son groupe chrétien (oui, parce que pour rentabiliser, on vous rebalance des plans que vous avez déjà vus, c’est plus rigolo). Un type mime la masturbation avec une bière. Un spectateur s’endort.

Une voix répète "Spring Break, où l’on se révèle, on découvre qui l’on est vraiment, où l’on découvre ce que l’on va faire de son avenir" (puisque recoller des images déjà vues ne suffit pas : on vous remet aussi les dialogues que vous venez d’avoir pour qu’il se passe encore moins de choses, c’est bien pensé)

Etc.

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Les filles sont donc bien embêtées, que faire pour trouver de l’argent rapidement ? En emprunter à quelqu’un ? Non, cette idée ne sera même pas évoquée. Utiliser le internet, cet objet du démon, pour trouver un plan pas cher et faire de l’auto-stop ? Là encore, personne n’en pipe mot : les jeunes n’ont jamais entendu parler du internet, c’est connu. Acheter des actions Lagardère (hoho, tout de même pas) ? Non : elles vont plutôt braquer un fast-food local.

D’accord.

Non mais c’est un plan, hein, je comprends. Blonde 1, Blonde 2 et Blonde 3, laissant Faith de côté qui n’est pas du genre à participer à ce genre d’action, décident donc de s’armer de pistolets en plastique pour aller trouver un petit restaurant local et, cagoulées, vont donc y semer la terreur avant de s’enfuir dans un véhicule volé. Le stratagème fonctionne à merveille puisque non seulement l’argent est obtenu aisément et rapidement, mais par ailleurs, les filles parviennent à ne pas laisser derrière-elles de traces de leur forfait en brûlant intelligemment leur monture de métal, le tout en restant à danser autour de la carcasse en feu histoire d’être sûres que la police vienne les cueillir sur place, ou à défaut, que l’explosion du réservoir révolutionne leur vision de l’auto-bronzant.

Heureusement, rien ne se passera.

C’est donc un trio radieux qui revient (à pied, je suppose), le vocabulaire toujours d’une richesse à peu près équivalente à celle de candidates de télé-réalité (elles font vraiment des étudiantes crédibles, surtout le genre à vouloir suivre des cours d’histoire, vraiment), pour présenter le butin à Faith et lui raconter comment elles l’ont eu. S’ensuit évidemment un nouveau passage philosophique que je vous passe pour éviter de rendre ce spoiler aussi chiant que le film (pour la première fois de ma vie, j’ai pensé sérieusement à quitter la salle, chose qui n’était jamais arrivé même devant Twilight tant c’était au moins rigolo de nullité et pas simplement consternant).

Nos héroïnes filent donc trouver un bus pour la Floride, car après un nouveau plan séquence (si, si) avec des phrases philosophiques du genre "Nous voilà, nous sommes enfin nous-même, qui osera copier ce message sur son mur ?",  elles ont enfin la joie d’arriver à destination.  Elles peuvent donc s’adonner à des joies simples comme sauter en bikini, se frotter à de (rares) garçons qui ont tous des têtes de champions, sniffer divers trucs, se saouler et évidemment, danser sur René la Taupe.

Un soir, Faith et ses amies se retrouvent donc dans une piscine pour philosopher.

Attendez, j’ai écrit philosopher ? Excusez-moi, j’ai été influencé par les critiques dithyrambiques ci-dessus. Laissez-moi détailler Faith et ses amies.

"Haaaan tu vois Spring Break c’est trop cooool, c’est la vie quoiiiii.
- Mais ouaiiiis c’est incroyable c’est fou quoiiiii.
- Wé.
- Méwé !
- Moi parfois j’aimerais mettre la vie, haaan, en pause, et tu vois, ce serait Spring Break pour toujouuuuurs !
- Han moi je ferais pareil, je voudrais tellement mettre pauuuuse des fois !
- Haaan ouais ?
- Ouaiiiiis.
- Geeenre ?
- Ma foi par exemple lorsque la foudre s’abat dans le soir tombant sur la campagne, illuminant l’espace d’un instant collines et bois et jetant d’étranges ombres sur le monde ; c’est, le temps d’une seconde, l’image de la puissance de la nature, de son aspect aléatoire, et de sa beauté résumée en un simple éclair lumineux. Ce curieux sentiment qui vous étreint lorsque soudain, la nature n’est plus un concept mais une véritable force qui semble tout dominer et nous ramener à notre place. L’écho étrange des plaisirs simples comme lorsque la nuit la fenêtre bat sur les carreaux et que roule ce fameux tonnerre au-dessus des villes endormies alors que l’on est blotti au fond de son lit à l’abri de ses dangers, mais spectateur de sa majesté vautré dans sa paresse.
- …
- …
- Naaaaaan j’rigooooooole j’mettrais pause quand j’fais un prouuuut loooooool !"

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Bref. Dois-je vous laisser deviner ce qui suit ? Vous êtes sûrs ? Vous voulez vraiment que je l’écrive ?

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Musique saturée quelconque, ralenti constant

Les héroïnes dans une piscine. Sur une plage, on boit de la bière à l’entonnoir. Blonde 1 se frotte à Blonde 2. Des jeunes sniffent de la drogue sur le ventre de quelques fières coquines. Gérard Majax conduit un Twingo. Nos héroïnes font du scooter. Un caméraman gerbe.

Une voix répète "J’aimerais tellement faire pause, parfois… Spring Break pour toujours."

Etc.

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La réalisation se dépasse : notez la figurante tout à droite à qui on a pas dit en quoi consistait son rôle.

Le lendemain, nos bonnes amies sont à une nouvelle fête fort intéressante au milieu de 500 personnes occupant un hôtel entier, et où l’alcool et la drogue vont de main en main. Seulement voilà : la maréchaussée, lassée de cette petite délinquance en string, fait une descente et arrête 6 personnes : nos quatre héroïnes ainsi que deux clampins. Chose amusante : les policiers ont réussi à traverser une foule de 500 personnes sans arrêter personne d’autre et sans que les amis de la drogue n’essaient de se barrer : d’ailleurs, nos héroïnes n’en ont même pas sur elles et il est impossible que les fiers agents aient pu les voir consommer, mais ce n’est pas grave, pif pouf magie du scénario, ils les arrêtent.

Encore une séquence avec de la musique et les visages attristés de nos héroïnes que l’on envoie découvrir les joies de la prison (je pense bien sûr aux cours d’origami collectif, quoi d’autre ?), avant d’être envoyées devant un juge qui leur explique que consommer de la drogue, c’est mal, et qu’elles passeront donc deux jours à la prison locale le temps d’apprendre les bonnes manières à moins que quelqu’un ne puisse payer leur caution : cela tombe bien, car il y a dans la salle un certain Alien, aussi appelé "Je suis James Franco déguisé en Joey Starr et comme ce film est mauvais, j’ai dans le cou un tatouage "$" Malabar tellement mal fait qu’en fonction des séquences, on peut voir le contour changer de couleur". Mais comme Alien c’est plus court, nous en resterons à cela. Toujours est-il qu’Alien décide de payer la caution de ces dames au motif qu’elles "ont l’air cool", comprendre qu’elles remplissent leur bikini de manière convenable, et accueille donc les damoiselles à leur sortie de prison posté devant son abominable automobile tunée.

C’est vrai qu’il manquait un Jackie à ce film. Ça volait déjà un peu trop haut.

Séquence-clip-philo (c’est chiant hein ? Imaginez-vous devant, malandrins, mon esprit de sacrifice aura raison de moi)

Alien étant un mec profondément intéressant, il propose d’emmener nos héroïnes avec lui discuter un peu pour faire connaissance en allant s’asseoir sur des tables de pique-nique dans un coin quelconque : ça vend du rêve. Alien est visiblement con comme un tiroir à slips, grossier comme Jean-Marie Bigard et intéressant comme Christine Boutin : un cocktail qui parlera à nombre d’entre vous qui prendront feu rien qu’à cette idée, je n’en doute pas. Alien a aussi une histoire parfaitement inintéressante, et explique accessoirement que son métier, c’est dealer.

C’est très important d’annoncer ses activités illégales, comme ça, à de parfaites inconnues. Non, parce qu’on ne sait pas, hein, peut-être qu’un spectateur n’avait pas encore compris que tu étais foutu de perdre au Trivial Pursuit contre une palourde mon vieux Alien.

Faith, elle, sent bien que quelque chose ne va pas. Pas seulement le tatouage de James Franco qui vient encore de changer de couleur la peau étant subitement devenue rose au-dessous, non : elle pense que… je sais pas… p’têtre qu’un dealer, qui en plus, leur parle beaucoup frics et armes… bin c’est dangereux.

Ah bon ? Qu’est-ce qui te fait dire ça ? Heureusement que la presse a pleuré de bonheur devant ce film.

Toujours est-il que notre héros propose aux jeunes filles d’avoir des activités encore plus intéressantes que dire du rien assis sur une table de pique-nique, comme par exemple en allant dans des bars sans musique jouer au billard au milieu d’énormes types patibulaires en marcels sales qui regardent les filles d’une manière qui laisse supposer qu’ils auraient bien envie de parler de Kant et Spinoza avec elles, probablement à l’occasion d’un débat troglodyte à présidence tournante. Faith commence donc à pleurer, expliquant à ses amies qu’elle n’en peut plus : "C’est pas ça, Spring Break, j’ai un mauvais pressentiment !"

Tu m’en diras tant. Comme quoi, l’instinct féminin, c’est surpuissant : c’est sûr que quand le mauvais pressentiment est juste derrière toi à baver, fait environ 140 kilos de muscles et de tatouages et s’appelle Abubackar, tu peux effectivement supputer qu’il se passe quelque chose de curieux.

Notre héroïne décide donc, à la moitié du film, de se casser de celui-ci (une décision chaleureusement applaudie par la salle) en annonçant au groupe qu’elle rentre chez elle. L’occasion de balancer… hmmm… que… ah, tiens, je me demande bien quoi.

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Musique saturée quelconque, ralenti constant

Faith pleure en gros plan mal cadré. Sur une plage, on écoute du Skrillex. Les héroïnes se disent au revoir. Quelqu’un joue avec un mannequin en se saoulant à la bière. Des ninjas jouent au Time’s Up. Nos héroïnes font du scooter. Un bus file sur les routes. Faith est en gros plan mal cadré, attendez, je crois que c’est un plan sur son gros orteil gauche. Ou bien est-ce un plan large sur James Franco ? Je suis perdu.

Une voix répète "Spring Break… pour toujours."

Etc.

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Problèmes capillaires ? Choix de sombres bouses où tourner ? James Franco, je suis désolé : vous êtes atteint de Nicolas Cagisme.

Blonde 1, Blonde 2 et Blonde 3 abandonnées à elles-mêmes, Alien peut donc les réconforter en leur proposant de venir visiter sa villa. Car non seulement le bougre a une voiture tunée permettant à tout agent de la maréchaussée de le repérer à des kilomètres, mais en plus, le bougre en bon caïd a décidé d’entasser dans son salon contre les murs des tonnes (littéralement) de drogue, ainsi que des armes en quantité non négligeable. Moui je… pourquoi pas. Probablement que comme ça, même depuis le commissariat à trois bornes de là, les chiens peuvent flairer la drogue, et les policiers le blaireau.

Heureusement, comme le film a été écrit aussi bien qu’il a été filmé, cela ne choque personne. Nous voilà rassurés.

Alien présente donc aux filles sa drogue, ses armes, fait le cake en montrant ses nunchakus, et les filles se contentent de glousser encore et encore, parce que bon, depuis le début du film, elles n’ont pas fait grand chose d’autre. A un moment, Blonde 2 et 3 se disent que tiens, puisqu’Alien semble con comme un rat mort, elles pourraient peut-être en profiter, mais finalement non : elles préfèrent se mettre à rentrer dans ses plans, parce que quitte à avoir noté qu’il était idiot, autant lui remettre toute la conduite stratégique de la suite des opérations.

C’est bien normal.

Nos louloutes deviennent donc le nouveau gang d’Alien, le sien ayant été affaibli dernièrement, et vêtues de bikinis et de passe-montagnes roses (si, je… pfou), elles commencent à écumer les endroits à touristes du coin pour prendre leur argent aux pauvres gens. Chose amusante : alors qu’elles prennent grand soin de cacher leurs visages, elles font tous leurs coups avec Alien et sa tête unique découverte permettant à tout clampin de faire remonter la police au coupable et son gang en moins d’une heure. Mais encore une fois : cela n’arrivera jamais, soyez rassurés. Il ne faudrait pas qu’il se passe un truc dans ce film.

En parlant de trucs qui ne se passent pas, ça fait un moment que l’on a pas eu une séquence au ralenti, non ?

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Musique saturée quelconque, ralenti constant

Les héroïnes braquent une salle d’arcade. Sur une plage, on joue au ballon. Alien tabasse un type. Des jeunes se frottent les uns aux autres en s’arrosant. Blonde 1 menace un type avec un flingue. Un spectateur convulse devant tant de nullité. Nos héroïnes jouent avec du pognon qui tombe du ciel façon clip de rap. Des filles sur une plage sucent des glaces fusée de manière très lascive et pas du tout racoleuse.

Une voix répète "Spring Break, Spring Break" bien que cela n’ait strictement aucun rapport avec le film, en fait, puisque ça pourrait aussi bien se passer à la Bourboule

Etc.

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Pendant ce temps, dans une boîte de nuit, nous découvrons Miko, un méchant dont je n’ai pas non plus retenu le nom qui a pour sigle un cornet de glace à trois boules : un truc qui impose le respect au point qu’il se l’est fait tatouer sur le visage (… ho bon sang) et porte un énorme cône en collier. Bref : notre loulou explique qu’Alien et ses nouvelles copines semblent un peu trop prendre leurs aises. Dernièrement, il a eu une petite conversation avec Alien, qui est aussi son ancien meilleur ami même si cette information n’a aucun intérêt, et il a noté que l’appétit de celui-ci grandissait. Il propose donc d’aller calmer tout ce petit monde, par exemple, avec une bonne fusillade, puisque cela permet de poser les bonnes bases d’un bon débat.

Pendant ce temps, Alien, lui, fait des trucs intéressants, comme par exemple jouer du piano en bord de plage (si) en chantant du Britney Spears (si, si) pendant que Blonde 1, 2 et 3 font la ronde en jouant avec des fusils à pompe d’une manière tellement naturelle que Francis Huster à côté aurait pu faire le ballet de Moscou. Le tout est bien évidemment filmé au ralenti pendant que la musique sature et que divers plans coupent le tout et qu’alors que ça n’a toujours plus aucun rapport, une voix off murmure "Spring Break…"

Un soir, donc, les folles aventures s’arrêtent un peu brutalement lorsque Miko vient croiser nos larrons dans sa propre voiture et leur explique que bon, ça suffit les conneries. Il demande donc à son assistante de vider un chargeur d’UZI sur la voiture d’Alien, et si aucun des occupants n’est tué dans l’affaire, Blonde 1 se mange un pruneau dans le bras, l’occasion de recaser une séquence-philo que je vous passe encore une fois, puisque sinon je vais devoir tabasser quelqu’un à coups de clavier pour oublier la douleur dans mes doigts meurtris à chaque fois que j’évoque pareille nullité.

Alien, après avoir sans raison décidé de glander sur un trottoir avec Blonde 1 se vidant de son sang à côté de lui, décide finalement de retirer la balle et de désinfecter le tout au bourbon. La conclusion de Blonde 1 est qu’il est temps pour elle aussi de se barrer du film, par exemple en retournant chez elle. Ses amies la retiennent un peu en lui disant que ça va, rho, c’est juste une balle, c’était strictement amical, mais non : elle prend aussi un bus et rentre chez elle.

Nouveau plan relou durant lequel, cette fois, c’est James Franco qui rappe minablement un truc à base de jeunes filles perdues qui veulent s’échapper de leur cage, parce que c’est de la philo rebelle, tu vois t’as vu. Carpe Diem. Ça veut dire "mange du poisson"  tu vois ? C’est de Schubert, c’est pour ça que c’est en romain, si si la famille.

Toujours est-il que malgré la désertion d’un deuxième élément, Alien décide qu’il ne faut pas se laisser abattre à bien des sens du terme. Après une scène gratuite centrée sur un plan à trois (mais soft, c’est pour des jeunes rebelles) dans une piscine digne des plus grands moments de Loft Story, notre rasta Jean-Edouard décide donc de lancer une opération vengeresse sur Monsieur Miko.

Vous pensez que j’exagère sur le cadrage ? Hooo, la belle main de l’assistante tenant un parapluie dans le champ pour gérer la lumière !

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Musique saturée quelconque, ralenti constant

Blonde 1 prend le bus. Sur une plage, on danse dans l’eau. Alien est dans sa piscine. Des jeunes boivent. Blonde 2 et 3 jouent avec des flingues. Un crapaud s’accouple avec un caillou. Les filles se roulent sur le lit d’Alien au milieu de ses armes. Un pont au loin est illuminé.

Une voix répète "Tu vas le faire ?" environ 2783 fois alors que la séquence ne s’arrête pas.

Etc.

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Notre petite troupe décide donc de prendre un bateau pour aller cartonner le vilain Miko, qui semble-t-il, dispose d’une villa en bord de mer. Notre trio, vêtu de vêtements fluo (bin oui) et d’aucune protection s’arrête donc sur le quai local puis, alors que l’on entend en voix off les filles qui appellent leurs parents pour dire que "Spring Break les a révélées", à savoir qu’elles ne veulent plus étudier l’Histoire mais devenir gansta-puputes (une carrière vaguement différente, on peut comprendre la confusion). Sur le quai, une fusillade éclate donc durant laquelle Alien est bien vite tué, alors que les filles, elles tuent les 30 gardes locaux sans être touchées une seule fois, quand bien même les hommes expérimentés les visent à 1 mètre avec des armes automatiques et ont le bon goût de jouer mal au point de bien tirer dans leur direction exacte pour bien montrer à quel point le film est mal pensé. Les filles tuent donc tout le monde puisqu’à chaque fois qu’elles tirent une balle, il y a trois morts, et finalement, rentrent dans la ville de Monsieur Miko, qui malgré la fusillade, n’a rien entendu et n’est pas sorti de son bain (d’ailleurs, certains gardes n’ont eux-même pas réagi à la fusillade quand bien même ils étaient à deux mètres, tout est raté c’est formidable).

Le pauvre Miko n’a pas le temps de faire grand chose qu’il est abattu par Blonde 2 et 3, qui donc, uniques survivantes de l’affaire, vont prendre la grosse Ferrari orange pétard du Monsieur et quittent les lieux, cheveux au vent, alors qu’une voix répète :

"Spring Break… pour toujours !"

Et… c’est tout. Oui : FIN !

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"Mon Dieu, c’est abominable ! Mais je ne comprends pas, vous aviez dit que votre structure n’accueillait que des adolescents plein d’hormones et de mauvais goût, et Harmony Korine a tout de même 40 ans !
- Vous voulez que l’on re-regarde le film et ses passages à base de seins, de fesses, de filles qui se lesbichent sur fond de Skrillex et de philo caca pour vous convaincre que c’est juste un ado barbu ou ça va aller ?
- Je… ça va aller.
- Je crois aussi."

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Il y eut un blanc dans la salle, alors que les présents se remettaient difficilement de l’indicible horreur qu’ils venaient de voir, puis quelqu’un reprit timidement.

"Bon d’accord, mais alors pour l’an prochain, qu’est-ce que vous prévoyez ?
- Même formule. Un truc qui permette d’écouler n’importe quelle bouse au prétexte de vernis culturel et où les experts du genre préfèrent parler de révolution avant-gardiste plutôt que de reconnaître que l’on se moque d’eux.
- C’est-à-dire ?"

Je pris une dernière bouffé de cigare avant de sourire à l’assemblée.

"Quoi d’autre que l’art contemporain ?"

"Votre badge Monsieur."

Le journaliste accrocha timidement le petit objet plastifié à sa veste, notant l’imposante mention "Visiteur" sur celui-ci au point de couvrir à demi la photo qu’il venait de fournir. Il releva brutalement les yeux lorsque la sirène stridente de la grille de sécurité du couloir face à lui résonna, l’agent de sécurité de faction laissant passer un homme en blouse qui vint lui serrer la main un sourire bienveillant aux lèvres.

"Pile à l’heure, pile à l’heure ! Vous avez de quoi prendre des notes ? Bien. Suivez-moi !"

Le médecin n’avait même pas pris le temps de le laisser répondre, filant à nouveau vers le couloir qu’il venait de quitter en invitant le journaliste à le suivre. L’endroit était sordide : des néons jetaient une lueur verdâtre sur un carrelage fatigué, alors que la faible lumière parvenant de l’extérieur jetait sur le sol l’ombre inquiétante des barreaux obstruant chaque fenêtre. Le journaliste déglutit en entendant les cris au bout du couloir.

"Ne paniquez pas, ils ont un peu bruyants, mais ah ! Inoffensifs ! Les plus agités sont dans un autre quartier.
- Vous avez souvent des pensionnaires qui vous posent problème ?
- Certaines crises de manque peuvent être violentes, mais en général, nos auxiliaires gèrent bien la situation."

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Une porte trembla à côté d’eux, alors que le corps lourd d’un homme de l’autre côté venait de se jeter contre. Si elle n’avait pas été plusieurs fois renforcée et capitonnée, le journaliste était sûr qu’elle aurait cédé. Le médecin, visiblement habitué à ce genre d’excès, s’approcha de la porte pour ouvrir le judas qui l’ornait.

"Il faut vous calmer Monsieur Stevens !
- Docteur ! Docteeeeeeuuuuuuuuur, gémit la voix de l’autre côté, juste une ! Juste une, s’il-vous-plait !
- Monsieur Stevens, vous savez très bien pourquoi vous êtes là.
- Juste une licence ! Allez, une petite… même une vieille ! Une gratuite ! Une que vous n’aimez pas, je la prends, je vous en supplie !
- Ça suffit, calmez-vous ou je fais appeler l’infirmier.
- Non, non, nooon ! Je suis calme. Je suis très calme. Très très calme docteur."

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Le médecin s’éloigna de la porte sous le regard étonné du visiteur, qui avait suivi le bref échange sans même le prendre en note. Il était trop surpris par la réalité qu’il découvrait derrière l’image qu’il se faisait de l’honnête établissement.

"Vous savez, ici à la Société Protectrice des Scénaristes, ce genre de scène, c’est le quotidien. Tenez, Monsieur Stevens, on l’a recueilli il y a trois semaines, on l’a trouvé abandonné sur un trottoir par ses maîtres à Hollywood… triste histoire trop commune !
- Qu’est-ce qu’il a ? Pourquoi est-il si agressif ?
- On passe des années à les abreuve de licences, d’adaptations… ils deviennent complètement accro. Au bout d’un moment, ça leur a tellement pourri le crâne que leurs maîtres les abandonnent. On essaie bien de leur trouver un studio d’adoption, mais ça demande du temps pour les réadapter.
- Comment vous y prenez-vous ?"

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Feignant de ne pas voir le journaliste noircir son calepin de ses réponses, le médecin s’approcha d’une autre porte, vitrée cette fois-ci, derrière laquelle un homme aux cheveux épars et aux gestes nerveux roulait des yeux fous en regardant un médecin, assis en face de lui, occupé à l’interroger.

"Ici nous faisons un atelier pour les réhabituer à réfléchir seuls. Là par exemple, nous notons leurs propos souvent incohérents sur une feuille, puis nous leur soumettons en leur faisant croire que c’est une licence à adapter. C’est une sorte de placebo, au bout de quelques mois nous avons de très bons résultats et certains peuvent se réinsérer dans la société.
- Et pour les autres ?
- Nous en parlerons en fin de visite. D’ailleurs je…"
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Il y eut un cri terrible en provenance de l’atelier qu’ils observaient lorsque le patient se rua sur le médecin en hurlant "C’est PAS une licence ! J’en veux une vraie MAINTENANT !" ; deux imposants infirmiers sortirent d’une porte dérobée pour s’interposer, traînant le patient en hurlant loin de la salle. Une fois encore, le journaliste déglutit bruyamment, tant et si bien que son interlocuteur l’entendit.

"Vous savez, c’est un long chemin qu’ils doivent faire, il est normal qu’ils trébuchent parfois.
- Tout de même je… je ne m’attendais pas à ça. Heureusement que vous avez de la sécurité pour les surveiller, je crois que je ne serais pas rassuré sinon.
- Ah, ça ! Nous manquons encore de sécurité pourtant : téléphones portables qui circulent dans les cellules pour appeler des réalisateurs, échanges de licences en cachette, tenez, on en intercepte parfois de drôles !"
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Le praticien tira de sa poche un papier chiffonné et couvert de traces laissant supposer qu’il avait été dissimulé dans un endroit peu ragoûtant.

"Lisez-moi ça !
- Hansel & Gretel chasseurs de sorcières… mais… je… c’est nul ? 
- A qui le dites-vous ! Ils en sont arrivés à un tel niveau de nullité qu’ils parviennent à écrire des films n’ayant aucun rapport avec la licence qu’ils utilisent. Là, leur histoire : quel intérêt qu’il s’agisse de Hansel & Gretel ou bien de deux autres pinpins ? Aucun ! Mais ils sont accros à la licence, c’est affreux !"

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Le journaliste sentit son repas du matin lui remonter : pouvait-on être assez idiot pour aller chercher une licence sans aucune raison pour faire un film qui n’avait rien à voir ? Était-on tombé aussi bas ?

Pour le savoir : spoilons, mes bons !

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L’affiche : "Chasseurs", "3D", autant de signes qui ne trompent pas quant à la bouse.

Tout commence dans une tranquille chaumière, alors qu’un couple de paysans est en train de discuter d’un sujet grave : Madame a décidé qu’il était temps d’emmener les enfants dans la forêt puisqu’ils font du bruit pendant Plus Belle la Vie. Monsieur n’est pas trop d’accord, mais préférant éviter un conflit qui dégénérera en "Je fais la gueule au lit mais si tu me poses la question, je te dirai qu’il n’y a pas de problème, bonne nuit", il finit par céder. Papa va donc réveiller ses deux beaux enfants, Hansel & Gretel, qui ne trouvent pas du tout suspect que leur père leur annonce en pleine nuit qu’il est temps d’aller se promener dans les bois. C’est bien normal.

Evidemment, après les avoir emmenés au coeur de la forêt, le géniteur relâche sa progéniture "Allez on joue à cache-cache, comptez jusqu’à 37 puissance 12", puis s’en va, les abandonnant à leur triste sort pendant qu’ils tentent de calculer combien cela fait. "Papa !" crie Hansel en comprenant qu’entubage il y a eu, "Papa !" reprend Gretel alors que le désespoir les gagne dans l’obscurité. Finalement, lorsqu’ils ont fini d’espérer le retour de leur père, et que leurs cris se sont plutôt rapprochés de "Gros bâtard !", les marmots décident d’avancer au hasard dans la forêt.

Chemin faisant, les marmots tombent sur une demeure pas du tout suspecte : celle-ci n’est faite que de pain d’épice et de sucreries, ce qui a tôt fait d’endormir leur méfiance tant n’importe quel enfant (et certaines blogueuses) mis en face d’une demeure constituée en partie de fraises Tagada a une forte tendance à se ruer dessus dans une charge digne de Braveheart sans chercher l’embuscade. Hélas pour eux, à peine ont-ils commencé leur festin que la porte de la demeure s’ouvre, révélant une horrible sorcière qui les capture aussitôt.

Et on comprend la sorcière : non mais franchement, quand on a pas de quoi se payer des parpaings et que l’on fait construire en pain d’épice, vous croyez vraiment que ça fait plaisir de voir des morveux venir boulotter votre misérable bicoque qui en plus, a les murs qui gonflent dès qu’il pleut réduisant de moitié la surface au sol ? Quelle bande de rascals, ces enfants !

Bref : Hansel & Gretel capturés, la sorcière utilise Gretel comme esclave pendant qu’elle gave Hansel de sucreries dans l’espoir de le boulotter plus tard, puisque le cannibalisme est tout de même un hobby plus sympa que la belote. Mais profitant d’un moment d’inattention de la bougresse, nos deux héros ont tôt fait de se révolter et de la coller dans un four, avant de cruellement regarder la vieille dame se transformer en charbon. A noter que dans la bagarre, nos loulous ont remarqué quelque chose : les sorts que lançait la mémé n’avaient aucun effet sur eux… étrange !

Mais allez, voilà pour la séquence d’introduction : passons et lançons le générique !

Les années passent alors à toute allure, et nous découvrons alors via diverses coupures de presse que nos héros, loin de s’en être arrêtés à l’incinération d’une seule sorcière, ont décidé d’en faire leur métier en conséquence de quoi ils ont occis de la friponne plus que de raison, fournissant suffisamment de cendres pour tous les jardinets de l’Europe de l’Est à eux seuls. Finalement devenus adultes et célèbres, nous pouvons donc laisser le film véritablement commencer avec la fin du générique.

Rendons-nous donc dans la bonne bourgade de Boubourg, où la population locale est très excitée par un évènement très intéressant : le shérif local, Berringer, s’apprête à brûler une sorcière sur la place du marché. Le peuple est donc très excité et agite fourches et torches à foison, tout en écoutant le discours de l’homme de loi expliquant de quoi il retourne.

"Bon peuple de Boubourg, regardez bien cette femme : c’est une sorcière !
- Buuuuuurn !
- Oui mes amis ! Nous allons la châtier comme il se doit et…
- Attendez !Vous avez remarqué la moustache du shérif ? Je n’avais jamais fait attention, mais ça et le fait qu’il parle avec une voix horripilante, je ne sais pas pourquoi mais je pense qu’il pue le traître qui va mourir.
- Ah oui tiens ! C’est vrai Michel, t’as raison, non mais quelle idée aussi de porter la moustache dans un film comme celui-ci ?
- J’te jure, y en a qui doutent de rien.
- Hé ho, ça va aller tous les deux ? Vous me le dites si je vous fais chier ! Allez le peuple, on se concentre. Je disais donc, c’est une sorcière, et nous allons la…"

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Mais alors que le shérif s’apprête à en remettre une couche sur le côté allume-barbecue follement décadent des sorcières, celui-ci est interrompu une fois encore, mais cette fois par l’arrivée d’un canon de revolver contre son crâne : Hansel & Gretel sont dans la place ! Ils sont grands, ils sont beaux, ils sont tout de cuir vêtus et évidemment, Gretel porte l’indispensable décolleté de toutes les combattantes de mauvais films. Cela dit, ce débarquement impromptu et quelque peu cavalier a tôt fait d’exciter les hommes du shérif (non, pas comme ça), qui n’aiment pas trop que l’on braque ainsi leur patron. Heureusement, Gretel prend la parole pour calmer tout le monde.

"Pas de panique, peuple de Boubourg ! Nous sommes Hansel & Gretel, les fameux chasseurs de sorcières, et nous pouvons vous certifier que cette femme n’est pas une sorcière ! 
- C’est à dire qu’elle est rousse, sans famille et a l’air vaguement mystérieuse quand même.
- J’suis d’accord avec Michel.
- Ho, je te sens taquin peuple de Boubourg ! Mais vois : cette sorcière n’a pas les dents pourries, la peau dégoûtante ou les cheveux sales comme les sorcières ! (authentique : ce sont les "signes distinctifs" selon nos héros) 
- S’cusez-moi, mais en fait là vous venez de faire la description de tous les figurants puisque l’on est censés être des bouseux du cru, alors il faut tous nous brûler, c’est ça ?
- Ouais, parce que du coup, le fait que ce soit la seule avec les dents brossées, la gueule propre et les cheveux qui flottent dans le vent du soir, c’est quand même d’autant plus suspect.
- Raaaah, écoutez-moi, je suis Gretel de Hansel & Gretel quand même ! Puisqu’on vous dit que les sorcières ont naturellement une apparence de méchantes, arrêtez de gueuler !
- Aaaaah ouais okay. Nan, si elles ont naturellement la gueule de travers, d’accord. Heureusement qu’elles sont connues pour ne pas savoir faire de la magie et changer d’apparence alors ?
- Sérieusement Hans et Greta, pourquoi on devrait croire vos conneries ?
- Parce que nous sommes deux allemands en manteaux de cuir qui vous disent qu’ils poursuivent des gens aux nez crochus qui font le sabbat pour les mettre dans des fours. 
- …
- Ah ouais. C’est vrai que dit comme ça, j’ai tout de suite envie de collaborer."

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Attention : dans cette image, retrouve la seule personne condamnée à mort. Un indice chez vous : Tom Selleck.

Après avoir dissipé le terrible malentendu avec le peuple de Boubourg, nos deux héros libèrent donc la jeune femme menacée de faire du cosplay extrême de Jeanne d’Arc en insistant bien sur le fait qu’une sorcière ne pourrait dissimuler son apparence, et que la belle rousse – prénommée Gertrude – est donc innocente. C’est bien noté. le shérif, furieux de cette interruption, apprend que les deux chasseurs ont été recrutés par le maire de Boubourg, car depuis des mois, des enfants se font enlever en ville et le shérif n’est jusqu’ici parvenu à aucun résultat. Berringer, blessé par cette interruption, tente bien de faire un esclandre mais dans l’affaire, Gretel lui pète le nez parce qu’elle est comme ça, mais ouais. J’en profite pour glisser qu’Hansel, pendant ce temps, et tout le long du film ne fera qu’une chose : prendre la pose avec son fusil sur l’épaule, ce qui ne tirera jamais d’un figurant un "Je suis derrière vous bougre de con, arrêtez de faire ça !" ou même du cerveau d’Hansel le fait qu’en combat, il dégaine deux fois moins vite en jouant le poseur, mais passons.

Nos héros décident donc de commencer leur enquête pour savoir ce qu’il est advenu des enfants kidnappés, et plutôt que de se renseigner sur les disparitions (détail), décident donc de se rendre dans une forêt voisine pour tabasser une sorcière au hasard. C’est ce qu’on appelle avoir le sens de la justice ou du pogrom. Bref : nos deux héros ont tôt fait de trouver une demeure de sorcière et d’y rentrer à coups de botte pour menacer l’hideuse maîtresse des lieux. Chose amusante : on constate qu’Hansel & Gretel, malgré le fait qu’ils chassent les sorcières depuis leur enfance ont toujours un modus operandi digne des plus grands, à savoir :

  • Etape 1 : on entre en faisant plein de bruit (il ne faudrait pas avoir l’avantage)
  • Etape 2 : on regarde la sorcière la bouche en coeur en faisant "Ho !" (non parce qu’ils n’en ont jamais vu, alors à chaque fois ils sont étonnés)
  • Etape 3 : la sorcière profite de la surprenante surprise des deux blaireaux pour essayer de se barrer
  • Etape 4 : nos héros tirent partout, sauf sur la sorcière (leur compétence au tir varie beaucoup selon les séquences du film)
  • Etape 5 : s’ensuit une course-poursuite (durant laquelle Hansel finit toujours accroché à quelque chose ou quelqu’un)
  • Etape 6 : puis arrive une baston au corps à corps pleine de poncifs ("Aïe le coup de poing", "Mon arme a glissé au sol !", "Je rampe vers elle, raaah")
  • Etape 7 : et pour finir, arrestation de la sorcière par un quelconque coup de bol

Mais à part ça, ce sont de vrais pros.

Bref, après avoir arrêté la sorcière et l’avoir passée à tabac, nos héros reviennent en ville pour annoncer la nouvelle : bon, la sorcière ne savait rien. D’ailleurs, elle ne savait tellement rien qu’elle avait chez elle un curieux document parlant de la "lune rouge", un phénomène qui n’arrive qu’une fois par génération et fort sacré pour les sorcières maléfiques, et qui va bien évidemment arriver dans trois jours. Evidemment, vous vous doutez bien que cela n’aura strictement rien à voir avec le coeur de l’intrigue. Non parce que si c’était le cas, ça voudrait dire que la sorcière avait plein d’informations, voire savait tout en fait. Et donc que nos héros racontent n’importe quoi.

Et ça, ce serait complètement incohérent : ça ne risque donc pas d’arriver, pas vrai, ouf. Hein? Hein ?

De son côté, le shérif Berringer, probablement guidé par sa moustache maléfique, a décidé qu’il n’allait pas se faire doubler par Hansel & Gretel : il a donc recruté un petit groupe de pisteurs du coin en leur proposant d’aller, dès cette nuit, inspecter la forêt à la recherche des enfants disparus (on notera donc qu’il n’a jamais eu cette idée avant, quitte à en plus le faire de jour). Les hommes insistent bien en disant que rooooh, quand même, la nuit chez les sorcières, c’est très con comme idée. Le shérif insiste donc en disant "Oui, c’est très con, mais j’ai du pognon" : les larrons décident donc que c’est une excellente soirée pour mourir et se mettent en route. A noter qu’ils sont tous plus ou moins laids et/ou possesseurs d’une pilosité faciale aléatoire.

Et évidemment, ça ne rate pas : une fois au coeur des bois, la petite troupe fait étape et allume un feu pour se sustenter, lorsque surgit soudain de l’obscurité une ravissante femme.

"Bonsoir, étrangers, que faites-vous si tard au milieu de ces dangereux bois ?
- On attend que le script annonce notre mort. 
- Et là il vous dit quoi ?
- Là il nous dit de ne surtout pas nous méfier ou braquer la femme super mystérieuse vêtue de noir qui vient d’apparaître en pleine nuit au milieu d’un territoire réputé pour ses sorcières. D’ailleurs sitôt que vous nous attaquerez, on jettera tous nos armes sans raison pour ne surtout pas se défendre.
- Ah oui. Quand même.
- Oui, hein ? 
- Allez, faisons vite, j’ai honte rien que d’être dans ce film, je crois que je préférerais animer une foire au boudin."

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Et en effet, la bougresse n’est pas simplement une belle damoiselle, puisque ses traits se déforment rapidement pour révéler… une sorcière !

Ah bin ça ! Des sorcières qui peuvent changer d’apparence, c’est vraiment fou.

Toujours est-il que la gourgandine a tôt fait de bourrer la gueule de tous les pisteurs de diverses manières (alors dans ce film, sachez que les gens meurent tout de même essentiellement par décapitation/explosion de tête ; un curieux fétichisme), n’en laissant qu’un survivre pour revenir jusqu’à Boubourg et annoncer à la taverne du coin, où Hansel & Gretel ont décidé de passer la soirée, que la sorcière des bois les conchie d’une force, mais alors (en substance, hein, c’est un spoiler) ! A noter que nos héros ont rencontré dans l’endroit un jeune homme qui les idolâtre, Ben, et se rêve chasseur de sorcières lui aussi. J’en profite pour signaler que l’homme qui a transmis le message a littéralement explosé à la fin de son propos, tant les sorcières aiment donner un côté coloré à leurs annonces. C’est leur côté blogueuses.

La nuit étant désormais tombée depuis un moment, nos héros décident d’aller se coucher (un mec vient juste d’exploser, pas de quoi s’agiter quoi), et la pauvre Gretel se réveille après avoir rêvé de sa mère : c’est rigolo, à chaque fois qu’on lui parle de sorcières, elle rêve d’elle. Je me demande bien ce que cela veut dire, hmmm. Des fois que le spectateur n’ait pas bien compris, elle s’interroge aussi à voix haute : "Hansel, ne t’es-tu jamais demandé pourquoi nous étions immunisés aux sorts des vilaines sorcières ?" mais son frère se contentant de lui répondre "Ta gueule, je dors" avant de se tourner sur le côté, laisser ses sphincters se relâcher puis se rendormir, elle ne creuse pas plus la question.

Le lendemain matin donc, il est temps de reprendre la chasse à la sorcière ; Hansel se rend donc au marché local pour acheter un peu d’équipement où il recroise Gertrude, la rousse damoiselle qu’il avait sauvé d’un mercredi des cendres anticipé. Celle-ci l’approche donc malgré le terrible côté dark de notre héros, en faisant des bruits comme "glousse, glousse" ou "huhuhuhu". La discussion s’engage vite avec la pintade, et malgré le spam intensif de Gertrude à base de "Toutes les sorcières ne sont pas méchantes", "Y en a des bien" et "Tu sais tu pourrais tomber amoureux d’une sorcière, genre à tout hasard une rousse, tout ça *CLIN D’OEIL*", le bougre ne remarque rien de suspect dans la conversation. Bravo, heureusement que tu chasses les sorcières mec, ton détecteur a l’air performant.

Après le stade "J’ai tout le temps mon arme sur l’épaule pour avoir l’air cool", il y a le stade "On dirait que je fais un câlin à mon arme"

Mais justement : Hansel sent soudain une grande faiblesse l’étreindre ; non pas qu’il réalise enfin le niveau du scénario et des dialogues, mais simplement qu’il fait du diabète puisqu’ayant été gavé de sucreries par une sorcière petit, de temps à autres, ce n’est pas la grande forme (il utilise la même excuses pour justifier ses caries et son haleine de chacal mort). Il s’injecte donc son insuline sous les yeux de Gertrude, qui lui dit pouvoir l’aider car elle connait bien cette maladie mais… Hansel s’en fout.

Il est bien cet Hansel, en fait. Il tombe sur une sorcière qui a plein d’infos, ça ne l’intéresse pas et il revient en ville en disant qu’il n’a rien trouvé, une nana l’aborde en lui disant grossièrement qu’elle aussi, elle chevauche son balai la nuit, il ne comprend pas, et enfin quand on lui dit qu’on peut le guérir de sa petite faiblesse, il s’en moque aussi.

Enfin un personnage avec lequel s’identifier : moi aussi, j’ai le plus grand mépris pour ce qu’il se passe sur l’écran.

Bref : sur ces entrefaites, Hansel se sépare de Gertrude malgré le petit plan drague qu’elle a tenté sur lui, et s’en va dans les bois avec sa soeur pour tenter d’attraper une autre sorcière. Et ça tombe bien, car au fond des bois, la sorcière Muriel (celle qui avait tué les pisteurs et pouvait prendre l’apparence d’une nana pas trop moche) et ses deux complices, A & B, discutent tranquillement alors que les enfants kidnappés les regardent, inquiets, dans des cages tout autour d’elles. Muriel a en effet trouvé un moyen d’immuniser de manière définitive les sorcières au feu grâce à une potion qu’il faut réaliser le soir de la lune rouge ! Et elle a déjà invité toutes les sorcières à venir partager le breuvage, hohoho…

… hoho ? Oui donc, je confirme : la sorcière il y a quelques scènes "qui ne savait rien" savait donc tout. Misère, c’est d’un nul.

En tout cas, après ce petit échange, B a décidé d’aller se promener dans les bois en plein jour parce que… heu, rien. Et soudain, elle entend un enfant crier qu’il est perdu ! Vite, elle fonce dans cette direction pour aller croquer un bout du marmot, lorsque soudain, elle réalise qu’il ne s’agit que d’un mannequin à côté d’un tourne-disque : c’est un piège !

Mais heureusement, un piège nul (ouf, j’ai eu peur) car nos héros emploient leur méthode habituelle consistant à faire n’importe quoi pour tout faire échouer (ça valait le coup de faire un piège) avant de se lancer dans une course poursuite absurde avec la sorcière, jusqu’à la capturer sur un coup de bol (non sans qu’Hansel ne se soit retrouvé accroché au balais de la fuyarde, etc, vous avez saisi). La bougresse est donc ramenée en ville pour interrogatoire, et c’est donc parti pour une séance de coups d’annuaires dans le museau au fin fond d’une cellule locale.

Et puisque l’on a décidé que le personnage d’Hansel n’aurait pas le droit à une ligne de dialogue cohérente, c’est parti :

"Parle sorcière, ou je te rabote le groin !
- Non ! 
- Tiens ! *Hansel lui caresse le visage poing fermé*
- Ah ! Ouïe ! Très bien, très bien, je parle : le soir de la lune rouge, le sang de douze lunes sera versé, nous y ajouterons un ingrédient qui…
- Bah ! Elle n’a rien à nous apprendre, elle est inutile."

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Et il se dirige vers la porte. Je n’invente rien : pile au moment où la prisonnière se met à table, Hansel déclare qu’en fait, ça ne l’intéresse pas. Mais ? MAIS ? C’est impossible, ce film a été uniquement basé sur des paris pris un soir de cuite ? Expliquez-moi ?

En tout cas, Gretel, contrairement à son blaireau de frère, comprend que la sorcière est en train de balancer des informations exploitables : elle a parlé du sang de 12 lunes a versé, et 11 enfants ont été kidnappés, tous nés un mois différent, et 6 garçons et 5 filles. Il faut donc aller trouver la seule petite fille née en avril de Boubourg, vite, elle est en danger ! Nos héros, après avoir consulté le registre local, sont donc prêts à s’élancer quand soudain dans le ciel de la ville, Muriel la sorcière et son acolyte A paraissent sur leurs balais… et commencent à jeter des boules de feu sur les demeures du cru ! Les toits s’embrasent, l’ambiance aussi, et Hansel & Gretel décident de se disperser en groupes de un, le chasseur filant chercher la petite fille en danger pendant que la chasseuse restera ici à défendre la cellule de B, que Muriel ne manquera pas de venir chercher.

Faisons la brève : les figurants courent partout en ignorant complètement les sorcières qui se baladent dans les rues en marchant en souriant, le shérif et ses hommes sont partis faire caca, quant aux habitants qui défendent leurs maisons, à chaque fois qu’ils voient une sorcière, plutôt que de tirer, ils font "Ho !" en attendant gentiment de se faire latter. C’est… excusez-moi, je baillais. C’est répétitif. En parlant de répétitif, vous ai-je parlé d’Hansel, qui se bat avec une sorcière n’importe comment avant de finir accroché à son balai pendant qu’elle s’enfuit ? Original, ça aussi. Gretel, elle, participe à l’illogisme général consacré à sa manière, par exemple en attendant gentiment que la sorcière se pointe, faisant "Ho !" la bouche en coeur en la voyant, lui laissant 12 fois le temps de l’attaquer, puis tirant à côté de sa cible 40 fois à bout portant.

Remarquez, c’est vrai que quelque part, le film a sa propre logique : chaque scène d’action suit le même rituel.

Bref : Mumu la sorcière tombe sur le chou de Gretel, avant de lui raconter son plan (tant qu’à être là, hein, on a bien deux minutes !), à savoir que le dernier ingrédient pour sa super potion permettant d’ignifuger les sorcières… c’est elle ! Ho bin ça ! Mais avant qu’elle ne puisse en dire plus, Gretel parvient à s’échapper, et s’effondre finalement dans les rues de Boubourg pour n’être dissimulée aux yeux des sorcières patrouillant la ville que grâce à l’intervention de Ben, leur fan number one. Déçues, les sorcières décident donc de se barrer de là, emmenant la prisonnière B avec elles pour qu’elle retrouve sa place au coeur de la forêt. Précisons que dans l’assaut, elles ont été aidées d’un troll, un énorme humanoïde qui a emporté la petite fille que les enchanteresses étaient venues chercher, avant de repartir à pied, pépère, sans que personne ne l’ennuie.

Sinon, tous les mecs du shérif que l’on voyait armés au début, j’insiste mais ils étaient où ? Ah oui, partis, caca, tout ça.

"Regarde Gretel on dirait le script ! J’ai comme l’impression que mon amour propre vient de partir avec mon cachet pour ce film"

Le lendemain, donc, Gretel se réveille dans un chiche logis de la cité, alors que le jeune Ben est occupé à la nettoyer de toute la suie due aux incendies qu’elle a sur le corps, s’attardant un peu pour lui tripatouiller les roploplos. Après lui avoir fait les gros yeux et rappelé que ce n’est pas parce qu’on s’endort n’importe où dans un état second que l’on est consentante, Gretel discute avec lui des derniers évènements : les incendies ont causé de nombreux morts, les sorcières ont kidnappé une petite fille et libéré leur prisonnière, Hansel a disparu à la poursuite d’une des vilaines, et en gros, le moral des troupes est bas à Boubourg. Gretel papote donc un peu avec Ben, rajoutant une cerise pourrie sur le gâteau de daube, en expliquant par exemple que "Chasseur de sorcières est un métier qu’on ne choisit pas". Ah oui donc uniquement parce que tu as échappé à une sorcière petite, tu étais OBLIGEE de devenir une chasseuse. Impossible de devenir comptable ou consultante en consulting. Tiens, c’est pareil, j’ai un ami qui un jour a failli se faire écraser sur un passage piéton. Depuis, il tabasse toutes les voitures qu’il croise : il est obligé, comprenez-vous ?

Toujours est-il qu’entre deux dialogues pourris, Gretel tombe sur une des nombreuses coupures de presse sur les sorcières que Ben garde chez lui en espérant un jour faire carrière dans la chasse à la jeteuse de sorts, et quand bien même sur la coupure se trouve un dessin qui ne ressemble à rien, avec une femme blonde parfaitement inexpressive, Gretel reconnait instantanément sa mère, qui était pourtant brune et n’avait pas du tout la même tronche.

Ne me demandez pas pourquoi ils se sont embêtés : il suffisait de faire un peu de coloriage au dessin pour le rendre plus crédible, ou même de rajouter un signe distinctif à la mère du genre un grain de beauté fait au Velleda juste pour expliquer comment Gretel pouvait la reconnaître sur un dessin aussi pourri soit-il, et c’était bon.

Mais non : c’eut été ne pas se foutre du spectateur, et ça, jamais ma bonne dame ! A 50 millions de dollars de budget, ça coûte cher, un feutre.

Toujours est-il que l’article explique que la mère de Gretel était en fait une sorcière selon les habitants de Boubourg, et que même si elle n’a jamais avoué, on lui a brûlé la tronche pour lui apprendre, à cette gourgandine. Cela commence donc à éveiller de vagues soupçons chez Gretel mais… hmmm… vagues alors, hein. Ne perdons pas le spectateur en route Déjà, elle doit partir chercher Hansel : elle file donc vers les bois pour utiliser la meilleure méthode qui soit, à savoir, courir dans une direction aléatoire en hurlant "Hanseeeeeel ?". Hélas pour elle, la seule chose sur laquelle elle tombe est non pas une randonnée nudiste, ce qui aurait pu rendre les choses intéressantes, mais la troupe du shérif, qui lui tend une embuscade et la malmène au motif qu’ils accusent Gretel d’avoir provoqué l’invasion de sorcière de la nuit précédente.

Ah oui : la nuit où les hommes du shérif avaient disparu du script. J’aime bien ce petit côté "Appuyons bien fort sur nos ratages".

Mais le tabassage de jeune fille tourne court, puisque non loin de là, une créature entend les cris de la jeune fille : le troll qui a kidnappé la petite fille ! Celui-ci, occupé à danser avec des musaraignes ou je ne sais quelle autre activité typique des amis de la forêt, approche de l’origine des sons et découvre Gretel en train de se faire botter les fesses : avant que tout ne vire à la tournante moustachue, il rentre donc dans une rage terrible et sort en hurlant de sa cachette pour violenter du margoulin ; de manière très étonnante, il tue donc tous les hommes du shérif, puis le shérif lui-même, ce qu’on ne voyait pas du tout depuis le premier plan du film après le générique centré sur sa moustache. Cela fait, le troll emmène la jeune femme inconsciente et mal en point jusqu’à une petite source où il la soigne, la fait boire et lui explique en grognant qu’il se nomme Edouard et qu’il l’a aidée car "Il est au service des sorcières." Puis il l’abandonne là, la laissant libre de tenter de retrouver son chemin.

Ah non mais je ne vois toujours pas venir le seul rebondissement du film dites-donc. Je me demande bien ce que c’est.

Sauf qu’Hansel n’est pas du tout dans la direction supposée : lors de la course-poursuite où il a fini, comme toujours accroché au balai d’une sorcière fuyarde, il a terminé dans un arbre, et évidemment, qui le trouve en plein milieu des bois ? Gertrude, la gentille rousse ! Voyant notre héros mal en point et blessé, elle l’aide donc en l’emmenant jusqu’à un étang dont l’eau guérit les blessures. Vous aussi vous avez noté comme tout manque de la moindre once de créativité ?

"Bon les mecs, faut qu’on fasse deux scènes différentes, nos héros sont séparés.
- Heu… on dirait que Hansel se bat avec une sorcière et s’accroche à son balai quand elle fuit ? Et que Gretel fait "Ho !" en voyant un ennemi ?
- Mmmoui… quelqu’un d’autre ?
- On pourrait faire la même scène en double. Du genre Gretel est sauvée par un troll qui l’emmène se soigner avec de l’eau magique, et Hansel fait pareil.
- Deux trolls ?
- Ah non, merde.
- Si on remplaçait le second troll par une rouquemoute ?
- Bien joué Berthier ! On reste dans le ton ! Sortez les caméras, on est prêts ! Quel puissant brainstorming mes amis !"

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Avantage tout de même à Hansel : lui a la chance de pouvoir se baigner nu avec sa nouvelle copine, qui bien vite, lui fait des bisous avant de lui indiquer le chemin pour rentrer à Boubourg puisque la nuit va tomber. Evidemment, à aucun moment Hansel ne lui dit "Attends attends, comment ça je rentre seul ? Aux dernières nouvelles, tu habites Boubourg, alors pourquoi resterais-tu seule au coeur des bois hantés par les sorcières la nuit ?". Mais là encore, cela ne choque pas notre héros, qui repart donc en sifflotant.

Vous avez déjà entendu le son typique d’un suicide de tympan ? Moi, oui, à cet instant exact.

Mais hélas, notre héros se perd quelque peu… et finit par tomber sur une énième maison au milieu des bois (ho bin ça !) où il décide de passer la nuit pour avoir un abri. Mais à peine rentré, il tombe nez-à-nez non pas avec une sorcière à qui botter le groin, mais avec sa propre soeur ! Mieux encore, en visitant la maison, nos héros découvrent… qu’il s’agit de celle de leur enfance ! MAIS QUELLE COÏNCIDENCE !

Oui : jusqu’ici, ils ne se rappelaient pas qu’ils avaient passé toutes leurs jeunes années à côté de Boubourg. Détail. Sérieusement ?

Accessoirement, ils trouvent aussi, sous le plancher de la demeure… un antre de sorcière ! Vide depuis des années, semble-t-il. Hansel s’exclame donc "Ça alors, on a grandi à côté d’une antre de sorcière !" puisque définitivement, chacun de ses dialogues semble avoir été écrit par un marcassin sous acides. Gretel s’apprête à lui expliquer qu’il est quand même drôlement con, quand soudain, la porte de la demeure s’ouvre en battant : Mumu la sorcière les a retrouvés !

Mumu ou la preuve que tout ce que racontaient les héros depuis le début était de la daube.

Comment ? On en sait rien. On pourrait bien supposer que c’était grâce au pouvoir de sa magie, mais comme dans le même temps, lorsqu’elle a attaqué la ville, elle avait été incapable de localiser Gretel lorsqu’elle s’était enfuie, on va juste supposer que c’est nul. Une supputation audacieuse, j’en conviens. Mais oui, je suis comme ça.

Toujours est-il que Muriel, en bonne méchante pourrie, commence par révéler son plan :

"Haaaa, Gretel ! Cela faisait des années que j’étais à ta recherche… tu n’étais qu’une enfant à la dernière lune rouge ! Car le dernier élément pour ma potion d’immunité au feu est le coeur d’une sorcière blanche, une sorcière gentille. Or, la plus puissante d’entre elles était… TA MERE !
- Ta mère toi-même !
- Tais-toi Hansel ! Elle essaie d’expliquer le scénario aux deux derniers qui n’auraient pas compris.
- Oui, bon, je disais : votre mère, Ariana ! Maiiiiiis… je ne pouvais pas vaincre votre mère, elle était trop forte… alors j’ai fait courir la rumeur à Boubourg qu’elle était une sorcière, et comme les sorcières blanches n’ont pas le droit d’utiliser leurs pouvoirs contre les humains, ils sont venus la brûler sans qu’elle puisse se défendre, hohohoho ! Mais elle avait compris que je voulais un coeur de sorcière blanche… et si ça ne pouvait être le sien, alors ce serait le tien, Gretel ! Mais elle avait pensé à vous abandonner dans les bois avant l’arrivée des paysans et… vous avez disparu… jusqu’à aujourd’hui ! Maintenant, tu es à m…
- Pardon Madame Mumu, mais je peux poser une question ?
- Heu, bien sûr mon petit Hansel.
- Pourquoi ma mère ne s’est pas juste planquée avec nous dans sa batcave, là, son antre sous la maison que même nous en vivant là nous ne connaissions pas ?
- Heu… je…
- Ou même tout simplement : pourquoi ne s’est-elle pas planquée dans les bois avec nous ? Et hop, c’était plié.
- Haaan, ouais. Pas con.
- Oui. C’en est presque gênant.
- Bon, vous savez quoi ? Et si on se battait ?
- Vendu !"

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Le combat éclate donc, et rapidement, Mumu a le dessus : elle poignarde Hansel, le faisant choir au travers du plancher dans l’antre de maman, puis met Gretel hors de combat avant de l’emmener loin de là. Quel instant tragique.

Tragique comme dans "ce film est une tragédie". Mais non, pas comme ça : l’autre.

Quelques heures plus tard, à son réveil, Hansel après s’être demandé ce qu’il avait foutu hier soir pour avoir aussi mal à la tête est déjà très étonné de ne pas être au paradis des héros moisis, mais voici qu’en plus découvre en face de lui Gertrude… qui a complètement refermé sa plaie pourtant mortelle ! Hansel comprend donc la vérité :

"Gertrude ! Tu es… UNE SORCIERE ! Comme 100% des personnages féminins de ce film, HO BIN ÇA ALORS !"

Notre héros a donc le droit à une explication sur le fait qu’il y a des méchantes sorcières et des gentilles, et qu’elle fait carrément partie du clan des Bisounours, des sorcières cucus qui aiment les flash-mob du Parti Socialiste. Elle ajoute qu’elle peut aider Hansel à retrouver sa soeur car elle a trouvé dans l’antre (là encore, d’ailleurs, ne me demandez pas comment elle aussi a su qu’il fallait venir ici) un objet très puissant : le grimoire de Jean-Jacques le sorcier des temps anciens ! Un artefact très puissant, qui attendait là depuis des années, car évidemment, Mumu n’avait pas pensé, après avoir buté la plus puissante des sorcières blanches, à aller voir s’il n’y aurait pas du loot dans son antre comme on dit dans les forums les plus maudits du net.

Formidable.

Gertrude explique donc que grâce au grimoire, il est possible de faire des choses rigolotes, comme par exemple invoquer Patax ou enchanter des armes pour qu’elles passent toutes les défenses des sorcières : parfait, se dit Hansel, non parce que j’ai un peu toute une armurerie à bénir. Allez hop les amis : ce soir, c’est la lune rouge, alors Gertrude et Ben l’apprenti-chasseur, vous m’accompagnez, nous allons libérer Gretel et stopper ce terrible rituel ! Ni une, ni deux, la petite troupe se met en branle et à la nuit tombée, va poser des pièges tout autour de l’endroit où les sorcières ont prévu de se réunir, avant de laisser Ben sur place pour tirer sur les fuyardes qui tenteraient d’échapper au futur massacre, pendant que Hansel et Gertrude approchent de la petite plate-forme rocheuse non loin où les vilaines sorcières sont en train de se réunir. Et où Mumu est en train de haranguer les dizaines de sorcières déjà sur place.

"Sorcières ! Mes soeurs ! Ce soir, nous sacrifierons douze enfants, et prendrons le coeur à Gretel, la sorcière blanche puisque fille de sorcière blanche, pour compléter une potion qui, sous la lune rouge, nous immunisera au feu pour toujours, hahaha HAHAHA !
- Mais pas aux décapitations ?
- Non.
- Ni aux fusils ?
- Non plus.
- Ni aux lames ?
- Encore moins. Idem pour la noyade.
- Okay donc si je résume : nous serons immunisées aux flammes, soit simplement aux bûchers, à savoir la seule arme que l’on emploie contre nous uniquement lorsque l’on est déjà prisonnière de l’ennemi.
- Voilà.
- Et à votre avis, que se passera-t-il lorsqu’ils verront que l’on ne brûle pas ?
- Et bien je… ils nous décapiteront ? Fusilleront ? Poignarderont ? Noieront ? Buteront, quoi ?
- Donc ?
- Okay : sorcières ! Mes soeurs ! Je suis fière de vous convier à cette grande soirée de la lune rouge, où nous allons pouvoir boire une potion QUI NE SERT STRICTEMENT A RIEN A PART PEUT-ÊTRE A POUVOIR CUISINER DES TARTES AUX POMMES SANS SE BRÛLER !"

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C’est si enthousiasmant. Quel film.

Bien, justement, finissons-en : Hansel et Gertrude se placent chacun d’un côté de la plate-forme rocheuse, Gertrude ayant avec elle une mitrailleuse lourde bénie (mais si), alors qu’Hansel a fait bénir son gros fusil aussi. Il se pointe donc au milieu de la réunion, son arme sur l’épaule comme à son habitude, et annonce qu’il vient libérer sa soeur. Les sorcières rient très fort, annonçant que leurs sortilèges les protègent des balles, mais font vite moins les cakes lorsque le plomb commence à voler et à les tuer sans grand souci : on sent que le désarroi monte d’un cran. Un mouvement de panique gagne donc la petite communauté, alors que Gertrude fait cracher la sulfateuse pour transformer la zone en Omaha Beach du pauvre. Les sorcières tombent une à une, y compris la pauvre A, bientôt rejointe par B. Les fuyardes sont elles prises dans les pièges à l’extérieur, et finalement ne reste guère plus que Mumu (ça alors !) qui tente de s’en prendre à Gretel alors que la lune rouge, bien haute dans le ciel, débute.

Un objectif audacieux digne d’un sabbat de sorcières.

Edouard le troll, qui a l’air de bien aimer la petite Gretel, s’interpose pour la sauver et la libérer des liens qui la retiennent prisonnière, mais sitôt cela fait, Mumu, colérique, lui envoie un sort qui le fait choir de la plate-forme loin en contrebas. Gretel est bouleversée par la perte de ce personnage nommé Edouard, symbole de tant de mauvais films, et profitant du fait que Mumu, comprenant que ça sent le pâté, mette les voiles, elle descend le plus vite possible rejoindre le troll en contrebas.

A noter que durant ces 30 secondes, on voit que la lune rouge s’arrête.

Hé bé, il fallait être rapide.

Mieux encore, il fait soudainement jour alors que nous étions au coeur de la nuit : intéressant ! Mais ne nous en arrêtons pas là dans le ridicule : sitôt arrivée auprès du troll, Gretel constate que ce bougre d’Edouard a l’air d’avoir le coeur qui ne bat plus : pas de problème, sortant de sa poche un taser (Si, si ! D’ailleurs que faisait-il avec elle alors qu’elle était prisonnière deux minutes auparavant, mystère !), elle s’en sert pour relancer le coeur de la bête, et ainsi la sauver.

Oui. Vous avez bien lu : l’héroïne invente le défibrillateur.

Pendant ce temps, et alors que vos neurones meurent un par un, Hansel est parti à la poursuite de Mumu, mais pour une fois, n’a pas réussi à s’accrocher à son balai. La méchante sorcière ne tombe pas dans un piège, elle, et se fait simplement abattre comme un vulgaire B-17 au-dessus de Berlin par la DCA locale, ici incarnée par Ben et un gros fusil. Se traînant dans les bois, blessée elle a le temps d’atteindre avant qu’Hansel ne la rattrape… la maison en pain d’épice de leur enfance !

C’est fou comme le monde est petit.

Et c’est fou comme le temps passe : il fait à nouveau terriblement sombre, et pas seulement à cause de la forêt, alors qu’il faisait grand jour il y a là encore 15 secondes ! Breeeeef.

Celle-ci, bien qu’abandonnée depuis des années, est encore debout. Mais Mumu attend de pied ferme : pour commencer son embuscade vengeresse, elle tue Gertrude, la laissant agoniser dans les bras d’Hansel façon "Accroche-toi Gertrude, j’entends les hélicoptères !" "Raaah, non, arrête Hansel, je sais que j’suis foutu je… je voulais te dire… je… je t’…a… raaaaarrrrgh". C’est donc un Hansel grognon et nourri aux dialogues vus et revus qui s’avance dans la maison de pain d’épice pour aller en finir avec la bougresse, et est bientôt rejoint par Gretel pendant que Ben est occupé… à faire du rien. Bien bien bien. Les deux chasseurs se battent donc face à la vilaine sorcière jusqu’à ce que finalement, respectant minutieusement le poncif dit du "Grand combat final dans un endroit abandonné avec les armes qui glissent au sol, les gens qui rampent et le combat à mains nues.". Finalement, et c’est le seul moment de gloire du film, nos héros décident d’utiliser la seule arme qui en vaille la peine pour en finir avec une fille un peu collante :

Une PELLE

Après quelques coups, Mumu la ramène un peu moins, et une fois décapitée, on peut même dire qu’elle fait preuve d’un certain mu(mu)tisme (pardon). Hansel & Gretel, malgré les épreuves, sortent donc vainqueurs et ont donc en plus massacré un nombre improbable de sorcières en une seule fois. On peut donc dire qu’ils sont définitivement les meilleurs chasseurs de sorcières ! Et donc, en selle, Gretel, car voici venir la F…

Non ! Une ultime séquence nous présente désormais Hansel, Gretel, Ben et Edouard le troll formant désormais une équipe de choc pour traquer les sorcières, et voyageant désormais dans des contrées exotiques pour toutes les tabasser jusqu’à la dernière et alors que les spectateurs prient pour être libérés de cette bouse infâme…

… FIN !

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"Et bien, merci docteur je… je n’imaginais pas la SPS comme cela.
- Je vous en prie, il faut que les gens sachent quel fléau frappe Hollywood. Je vous souhaite une bonne journée.
- Attendez, vous aviez parlé de me dire ce que vous faisiez des scénaristes irrécupérables en fin de visite !
- Ah, oui, excusez-moi !"

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A sa grande surprise, le scientifique lui fit signe de se diriger non pas vers l’intérieur des locaux, mais vers le parking. Là, collé contre le bâtiment, un camion-benne était en train d’être chargé de quantité d’hommes et de femmes parcourus de tics nerveux, hurlant de-ci de-là des propos incohérents sous le regard d’un employé s’assurant que le compte y était bien.

"Voilà, dit le médecin, nous les emmenons simplement dans un endroit très loin, une ferme où ils peuvent s’ébattre en paix.
- Je pourrai aller les voir ?
- Allons, allons ! C’est un endroit très loin, si loin qu’on ne peut même pas leur écrire.
- Vous vous foutez de moi ?
- Pas du tout mon cher, pas du tout.
- Mais qu’est-ce qu’ils font dans cette ferme alors ?
- Et bien… je préfère ne pas vous en parler. Tout ne mérite pas d’être dit."

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Le médecin agita la main pour saluer le conducteur de la benne, qui après l’avoir verrouillée, remonta dans sa cabine. Il agita à son tour sa casquette pour retourner son salut au cadre de santé de la SPSH, puis, il tourna la clé.

Et Ridley Scott emmena ses futurs scénaristes jusqu’à ses studios.

La foi en l’humanité est une chose qui se perd facilement.

Evidemment, je dis cela pour ceux qui ne l’auraient pas perdue il y a bien longtemps ; si vous aviez besoin d’idées pour ce faire, il existe des méthodes simples : passer une demi-heure sur Youtube à regarder des gens se filmer eux-même, lire la presse un lendemain de débat important à l’assemblée pour s’apercevoir que visiblement, il n’y avait pas que sur les bancs des députés que ça pionçait, ou plus simplement, consulter Allociné.

Ne parlons pas des commentaires, qui semblent être une annexe des skyblogs, non : parlons de quelque chose de bien plus odieux, à savoir les films les plus attendus en France. Et là, attention : les plus courageux peuvent cliquer ici

Pour les autres, je me permets quand même de faire la liste du top 10 des films les plus attendus :

  1. Promised Land – De Gus Van Sant avec du vent dedans, comme il se doit
  2. Sublimes créatures – "Vous avez aimé Twilight…" attendez, c’est vraiment un argumentaire pour vendre ?
  3. L’écume des jours - Ça faisait longtemps qu’on avait pas vu une adaptation, non ?
  4. Oblivion – Tom Cruise dans le futur avec un fusil
  5. Spring breakers – Des filles en petites tenues et des gros flingues. Curieusement, aucune d’entre elles n’est un gros boudin.
  6. Hunger Games : l’embrasement – La suite du premier volume déjà nul et incohérent jusqu’à la moelle.
  7. Warm Bodies – Ho ça alors ! Un film avec des zombies ! En même temps, vu qu’on annonce en moyenne 5 projets par jour sur ce thème, faut-il s’étonner ?
  8. Jappeloup – Un film sur un gentil cheval en qui personne ne croit qui va se révéler super cool, contrairement au film je suppose.
  9. Hansel & Gretel : Witch Hunters – La suite de Cendrillon contre les nazis
  10. Boule & Bill – Franck Dubosc. Vous voulez un autre argument ou ça ira ?

Et ça, ce n’est que pour les prochains mois ! Ah, comme je rêve déjà…

Du coup, aujourd’hui, arrêtons-nous un peu pour essayer de comprendre comment des gens peuvent tomber si bas. C’est pourquoi je vous propose un simple test qui vous permettra de déterminer s’il est grand temps d’aller vous passer les yeux à la ponceuse pour arrêter d’encourager ce type de productions, car c’est bien là le pire : ces films sont des films que les gens ATTENDENT.

Seigneur.

Alors attention, concentrez-vous et soyez sérieux ; il est temps de sonder votre âme afin de déterminer l’abominable vérité :

Quel spectateur êtes-vous ?

Bien essayé les amis, mais même en costard, les lunettes 3D donnent toujours l’air très con

1 – Ce soir, vous avez du temps libre. Vous pourriez participer à la recherche contre le cancer grâce à votre intelligence supérieure de lecteur de ce blog, mais là, vous avez la flemme :  vous iriez bien au cinéma. Certes, mais pour cela, il va vous falloir déterminer quel film aller voir. Comment procédez-vous ?

A – Vous allez jeter un oeil à quelques synopsis et bandes-annonces tout en tentant de calmer vos sourcils qui, mus d’une vie propre, s’agitent frénétiquement. Malgré tout, vous arrêtez votre choix en fonction de vos propres critères.

B – Vous savez déjà ce que vous allez voir depuis longtemps. Vous guettez ce film depuis si longtemps… vous avez réservé votre soirée 3 mois à l’avance et l’impatience est telle à quelques heures de la séance que vous vous roulez par terre frénétiquement tant et si bien que des passants viennent vous gratter le ventre.

C – Vous constatez que l’un de vos livres préférés vient d’être adapté à l’écran : il serait criminel de ne pas aller voir ce que donne la chose au cinéma, ni une, ni deux, vous arrêtez votre choix !

D – Vous regardez les affiches en vous retournant pour s’assurer que personne ne vous observe. Si cela arrive, vous jetez une capsule de phosphore à vos pieds et disparaissez dans un nuage irritant.

E – Vous lisez Télérama.

2 – Soit ! Votre choix est arrêté. Mais pour l’occasion, pourquoi ne pas inviter quelque à vous accompagner ? Allez, il est temps d’appeler du renfort… mais qui ?

A – Une personne de votre entourage partageant à peu près vos goûts. C’est généralement la même qui vous accompagne à chaque fois.

B – Lorsque vous avez appelé votre meilleure amie, elle s’est mise à crier très fort. Vous aussi. Elle aussi. Vous aussi. Elle aussi. Vous aussi. Votre forfait bloqué a lâché, ainsi que les tympans de tous les petits animaux du quartier, pulvérisés par les ultrasons. Boubouble, le gentil hamster qui courait dans sa roue à quelques kilomètres de là, meurt donc d’une hémorragie des oreilles

C – Vous faites le tour de vos contacts afin de trouver quelqu’un qui soit à la fois disponible et qui n’aurait pas lu le livre. Vous prétextez que vous vous l’emmener pour qu’il découvre ce chef d’oeuvre, mais en fait, c’est juste pour avoir quelqu’un à qui raconter en boucle que vous avez lu le livre parce que vous êtes un érudit, hohoho.

D – Vous faites semblant de proposer à un ami en lui disant que c’est au cas où, hein, que vous dites ça comme ça… il vous répond avec le même désintérêt qu’il n’a rien de mieux à faire, mais arrive quand même avant vous au cinéma.

E – Daniel McMullgican, du blog "Iranian movies & Cheese cakes"

3 – Au moment d’acheter vos tickets, Madame la vendeuse vous signale qu’il est possible de visionner votre film de plusieurs manières… diable, quel choix faire ?

A – Lorsqu’elle vous propose de voir le film en 3D pour un supplément de un euro, vous l’instruisez sur les insultes les plus usitées au XVIIe siècle. Alors que vous n’en étiez qu’au verbe compisser, elle vous donne vos tickets et arrête d’insister. Merci ma bonne dame.

B – De la 3D ? Bon sang, votre vessie va imploser sous l’excitation du moment ! Vous jetez quelques pièces à la bougresse pourvu qu’elle vous donne de grosses lunettes moches afin de voir le seul truc véritablement en 3D de la séance : la pub Haribo !

C – Vous exigez la VO. Non parce qu’en VF, vous avez lu que le scénar était à chier, la VO devrait probablement changer tout cela.

D – Tant que l’on vous autorise à porter une fausse moustache pour aller voir ce film, vous êtes d’accord.

E – En avant première en VO non sous-titrée en présence du réalisateur, Slobodan Gorbisevich qui parlera ensuite de pourquoi il a choisi de faire son film sur les ouvrières des usines de brosse à dents d’ex-Yougoslavie.

4 – Peu avant d’entrer dans la salle, on vous propose de vous fournir en denrées pour vous aider à tenir tout du long de la séance. Qu’achetez-vous ?

A – Rien.

B – Du pop-corn et des bonbons qui font "scccrrrhchchhchchh" que vous ouvrirez super lentement en pensant que personne ne vous entend.

C – De quoi boire : vous avez prévu de parler durant la séance

D – Du sopalin. Madame la marchande est très étonnée.

E – Vous avez emmené vos gougères aux asperges bio.

5 – Coup de chance, vous arrivez parmi les premiers : vous pouvez donc choisir votre place ! Laquelle est la plus confortable ?

A – Au milieu, parce qu’au milieu, c’est mieux

B – Au premier rang pour avoir l’impression de toucher les acteurs. Bon, sauf si c’est un film avec Gérard Depardieu, auquel cas même au dernier rang, vous avez l’impression qu’il vous touche.

C – Qu’importe.

D – Sur les côtés pour ne pas vous faire gauler.

E – Tout au fond, pour pouvoir garder votre chapeau et ne pas vous mêler au petit peuple.

6 – Fort bien, le film ne va pas tarder à commencer, enfin sitôt que les 15 minutes de publicités seront passées. Quel est votre premier réflexe ? 

A – Vous vérifiez avoir bien éteint votre téléphone histoire d’être tranquille.

B – Vous vérifiez que votre téléphone est bien allumé. Il sonnera, vous vous excuserez en le cherchant 45 secondes avant de le faire tomber et de répondre pour dire que vous êtes au cinéma, mais vous le laisserez en mode sonnerie malgré tout, reprovoquant la même scène 10 minutes plus tard (attention, cette scène peut aussi arriver en réunion).

C – Vous tentez de faire du teasing à votre camarade de visionnage en lui disant qu’il y a des choses qui vont le surprendre, et le spoilez donc comme un gros busard en voulant lui donner un indice. Bon bin heu… désolé mec. Mais le livre est super bien, je te l’ai dit ?

D – Vous mettez votre téléphone en mode vidéo et vous pouffez intérieurement lorsque l’on vous rappelle à l’écran qu’il est interdit de filmer le film. De toute manière, au vu de l’intrigue, c’est à se demander pourquoi quelqu’un n’a pas dit la même chose au réalisateur

E – Vous prenez en photo votre gougère aux asperges via Instagram

"Continue de m’appeler Simone, ça ne fait que trois fois que mon téléphone sonne et ils ne m’ont toujours pas pété la gueule, on va les pousser à bout."

7 – Le film a commencé, et diverses idées traversent votre esprit malade : parlez-vous durant la séance ?

A – Non, mais vous mimez super bien le type qui se pend.

B – Vous ne pouvez pas parler ET glousser en même temps, allons !

C – Oui, en vous tournant vers votre voisin à chaque fois qu’une scène n’est pas conforme au livre pour lui signaler. Vous sentez une mystérieuse aura de haine vous entourer peu à peu.

D – Vous respirez un peu fort, mais ça va.

E – Vous essayez d’avoir l’air le plus bouleversé possible à chaque fois qu’une femme aux traits burinés par le temps, la tristesse et l’alcool, produit à la main une brosse à dent en y mettant un savoir-faire connu de nul autre, déversant sa misère et son expérience dans ce produit du quotidien méprisé par l’occident, allégorie du mépris porté par ces mêmes consommateurs ignorants envers ces femmes qui survivent difficilement. Vous le tweetez sur votre iPhone.

8 – Vous remarquez que ce film contient un élément qui revient dans la plupart des films que vous regardez. Lequel ?

A – Du caca.

B – Des gens qui se mettent torse nu pour un oui, un  non, un peut-être, un éventuellement voire pour un ça dépend

C – Romain Duris qui joue un séducteur un peu maladroit qui remet sa vie en question après avoir rencontré Audrey Tautou,

D – Une scène que vous appréciez secrètement en tentant de rester stoïque à côté de votre voisin pour ne pas avouer votre mauvais goût. Mais bon : comme il fait pareil à côté de vous, ça va.

E – Des plans de trois plombes sur un paysage quelconque

9 – Bon par contre, il y a un truc que l’on ne retrouve jamais dans les films que vous allez voir… lequel ?

A – Un scénario (en même temps, quelle idée d’aller voir La Planète des Singes)

B – Des torses velus

C – Le contenu exact de l’oeuvre dont il est adapté

D – Un pull-over

E – Une scène d’action

10 – Soudain, dans l’obscurité de la salle, une voix résonne : quelqu’un parle devant vous !  Sacrebleu, que faire ?

A – Vous profitez du fait d’être derrière lui pour le stranguler : vous dissimulez son regard vide lorsqu’il rend son dernier souffle en renversant son pot de pop-corn XXL sur son crâne. Comme vous êtes taquin, vous dessinez un bonhomme sur le pot, ce qui trompera sa voisine jusqu’à la fin du film, tant l’auteur du propos était visiblement con comme un mort.

B – Vous lui répondez pour lui dire qu’il a tort, ce n’est pas Brian qui vient de mourir, c’est Bob ! Rah, il pourrait suivre un peu.

C – Vous vous mettez à chuchoter à votre voisin pour vous plaindre, persuadé que la rangée derrière-vous ne vous entend ou ne voit pas faire à la lueur de l’écran.

D – Vous faites "chhhhht !" puis faites semblant que ce n’est pas vous quand le coupable se retourne

E – Haaaan ! C’est Slobodan Gorbisevich !

11 – La fin du film arrive. Alors, c’était comment ?

A – C’était une sombre merde. Au fond de vous, vous n’êtes pas étonné. Qu’alliez-vous faire dans cette galère ?

B – Haaaan c’était génial ! Génial ! Vous attendez la fin du générique pour voir s’il n’y aurait pas une petite séquence supplémentaire annonçant une suite, et vous hurlez comme un gros putois lorsque cela arrive. Votre slip, lui, a rendu les armes il y a longtemps.

C – Vous êtes scandalisés, évoquant chaque passage où l’oeuvre n’a pas été respectée. Lorsque votre voisin explique qu’il a trouvé ça très moyen, vous lui expliquez que ça ne l’est pas si on lit le livre. Il vous demande pourquoi vous l’avez emmené voir le film alors ? Vous vous demandez aussi.

D – Ho bin… non mais… heu… bon, bref : vous avez un peu apprécié quand même, mais vous n’osez pas le dire. Vous n’assumez pas.

E – C’était incroyable. Vous utilisez des termes comme "généreux" pour en parler.

12 – Maintenant que la séance est terminée, il est temps de rentrer chez vous : tout le monde dehors ! 

A – Tout le long du trajet, vous recensez le nombre de passages à chier qui constituaient le film. Le temps d’arriver à votre domicile, vous avez réalisé qu’en fait, tout le film était à chier. Vous êtes plein de désarroi.

B – Vous gloussez, vous vous roulez par terre et refaites 17 fois les scènes que vous avez préférées. Le voisinage étant endormi à cette heure, chacun prie pour que l’on vous tire un coup de gros sel dans le museau pour qu’au moins, vous couiniez pour quelque chose. Hélas pour la sérénité nocturne, cela n’arrive pas.

C – Vous expliquez à votre comparse à quel point dans le livre, c’était vachement mieux. Il se tire une balle dans la bouche à mi-chemin. Vous expliquez à son cadavre chaud que dans le livre, quand il y a un suicide, c’est vachement plus dramatique.

D – Vous vous séparez de votre compagnon d’aventure sans piper mot, à l’exception de quelques formules de politesses.

E – Vous restez à la conférence suivant le film, twittant tout du long comme quoi vous êtes à une conférence, c’est fou. Lorsque celle-ci se termine, vous constatez que vous n’avez rien écouté, à l’exception d’une phrase que vous avez twittée en anglais pour dire qu’elle résumait parfaitement votre opinion, même si vous n’êtes pas sûr-sûr de savoir sur quoi elle portait. Ce n’est pas grave : on vous a retweeté.

13 – Vous voilà enfin seul, chez vous, libéré de tout cela… 

A – Vous pleurez longuement en vous demandant pourquoi vous avez fait ça. Vous avez l’impression que l’on a souillé votre âme, génocidé vos neurones, et endommagé votre vue. Vous vous sentez coupable : certes, c’était nul, mais pourquoi être allé le voir ? Pourquoi ?

B – Vous allez sur internet commander tous les posters du film, puis vous commencez à écrire une fanfiction dans laquelle vous créez un personnage qui vous ressemble en tous points, et qui sauve Bob d’une mort certaine avant de vivre une romance avec icelui.

C – Vous faites "pfff" très mort en secouant la tête tout seul. Si vous vivez avec quelqu’un, vous vous débrouillez pour mettre le sujet sur la table pour vous plaindre à nouveau.

D – Vous vous enfermez à double tour. Vous auriez bien besoin d’une douche.

E – Vous allez voir si on a répondu à vos tweets, puis vous uploadez toutes les photos que vous n’avez pas eu le temps de partager en leur donnant à chacune un titre en anglais supposé sonner poète, mais sonnant juste crypto-prout pour le reste du monde.

Jeu : propose à tes amis d’écrire une fanfiction après avoir vu "La Chute"

14 – Si vous aviez un site sur lequel donner votre avis ?

A – Ce blog, parce que vous avez du goût

B – Un forum de fans : vous êtes d’ailleurs très fière de votre signature qui clignote. Vous enchaînez les tests pour savoir quel personnage du film vous êtes, c’est tellement lolilol. Vous filez ensuite mettre 5 étoiles sur Allocine avant de laisser un commentaire hystérique et complètement objectif, bien évidemment.

C – Vous en discutez brièvement sur Doctissimo. Alors que cela n’avait strictemenr rien à voir, on vous annonce que vous devez avoir un cancer ou être enceinte, voire les deux. Vous êtes bien étonné. De dépit, vous allez demander sur Yahoo Answers ce que les gens pensent du film, mais au bout d’un commentaire, le sujet dérive. Vous finissez au bout de 10 minutes avec un message "la communauté a estimé ce commentaire comme étant le plus pertinent" indiquant un commentaire critiquant l’animation das Naruto. Vous décidez qu’internet, c’est quand même de la merde.

D – Vous récupérez les meilleurs moments que vous avez capturés discrètement durant la séance, fier de votre forfait, en faites des gifs, et bombardez les forums du vaste internet avec. Vous êtes bannis des deux tiers d’entre eux et vous vengez en créant des nouveaux comptes et postant plein de gifs qui clignotent pour provoquer les modérateurs. Ahaha, ils seront bien embêtés !

E – Votre blog de photographe Lifestyle.

15 – Comment choisirez-vous votre prochain film ?

A – Vous referez exactement la même erreur

B – Vous referez exactement le même excellent choix

C – Vous guettez déjà la prochaine adaptation d’oeuvre de votre bibliothèque

D – Vous avez honte, mais vous savez que vous recommencerez

E – Vous avez carrément un abonnement à Télérama. Brrrr.

Bien, vous avez terminé ? Alors comptez vos points les enfants, car voici venir l’heure des résultats.

Vous avez un maximum de :

A – Celui qui sait très bien, mais qui y va quand même

Vous avez parfaitement conscience du fait que ce que vous allez voir est mauvais. Personne n’est vraiment sûr de savoir si vous êtes simplement inconscient ou si vous avez vraiment un goût malsain pour la daube, mais toujours est-il que l’on finit toujours par vous surprendre en train de sortir d’un quelconque film à base d’invasion extra-terrestre. Au fond de vous, vous avez le secret espoir d’un jour, être agréablement surpris, mais même en partant avec les pires préjugés, les réalisateurs arrivent toujours à faire plus mauvais que ce que vous aviez prévu. Si votre âme immortelle rejoint un jour les enfers, nul doute que vous trouverez le diable peu créatif en matière de souffrances psychologiques comparé à J.J Abrams.

Votre prochain film ? Oblivion.

B – Celui qui a subi une grosse trépanation 

"Con comme une porte" est probablement l’expression qui vous définit le mieux, même si les portes peuvent parfois arrêter les déferlantes de caca. Dans votre cas, vous êtes plus proche du tourniquet ou du moulin fécal : plus il y en a, mieux vous tournez. Et faites tourner, ce qui est encore plus beau, car votre notion de partage s’approche plutôt de celle de contamination. Si un jour on réouvre les léproseries, nul doute que l’on vous y collera pour préserver les innocents. Il est fort probable que vous notez les films et les commentiez sur différents sites, n’allant jamais dans la demi-mesure et portant aux nues la moindre bouse pourvu qu’il y ait votre acteur préféré dedans. Parfois, vous vous surprenez à nettoyer votre corps avec votre propre langue, et vous demandez si vous ne seriez pas juste un labrador métamorphosé en humain par un quelconque phénomène kafkaïen.

Enfin, non, puisque vous pensez que Kafka est une marque de café en poudre.

Votre prochain film ? Sublimes Créatures.

C – Celui qui va t’expliquer qu’en fait, le livre était mieux 

Personne ne sait pourquoi vous allez au cinéma, et surtout, personne ne veut y aller avec vous. Non pas que vous vous plaigniez, non, mais vous semblez ne toujours pas avoir compris qu’un film et un livre étaient deux choses différentes, et que défendre l’un en invoquant l’autre revenait à expliquer que tiens c’est marrant, la comédie musicale "1789, les amants de la Bastille" ne semblait pas respecter l’Histoire. Il n’y a pas à dire, vous êtes diablement perspicace. Vous n’avez pas aimé le film de votre livre préféré, mais le défendrez jusqu’à la mort en expliquant que si on lit le livre, c’est mieux.

Vous continuez cependant de vous persuader que le prochain film tiré d’une oeuvre que vous irez voir sera fidèle à l’original, et repartez invariablement en bougonnant.

Vos amis complotent pour vous tuer, sachez-le.

Votre prochain film ? L’écume des jours (avec, ça alors ! Romain Duris et Audrey Tautou !)

D – Celui qui nie en bloc à chaque fois qu’il revient du cinéma

Vous n’assumez pas, mais alors pas du tout ce que vous allez voir. Tout comme le jeune malandrin qui maîtrise le nom de chaque actrice porno avant d’expliquer que hohoho, mais hem, héhé, non allons, il ne les connait que parce qu’il les… les a vues sur la couverture chez le marchand de journaux, vous expliquez que si vous avez vu la dernière daube, c’est la faute à votre pote qui vous a emmené contre votre gré parce qu’il ne voulait pas y aller seul. Pote qui raconte exactement la même histoire de son côté, et n’arrive pas à assumer, tout comme vous, qu’il est secrètement heureux de regarder des films absolument nuls puisqu’en fait, il les trouve bien. Vous planquez vos DVD de Fast & Furious avec les photos prouvant que papy avait fait la guerre habillé en Hugo Boss, et brûlerez votre demeure plutôt que d’avouer.

Votre prochain film ? Spring Breakers. Attention à bien suivre, ça a l’air compliqué et original à la fois.

E – Vous êtes un putain de hipster

Attention, regardez bien au-dessous de vous : ho, ça alors ! Du tissu à carreaux ! Ah, je sais, c’était facile, mais il n’empêche : c’est vous qui êtes dedans, ne me le reprochez pas. Vous êtes la lie de cette société, une créature mi-humaine mi-vintage qui ne survit qu’en se nourrissant d’un élitisme culturel autoproclamé. Vous n’avez aucune idée de pourquoi vous faites ce que vous faites, mais vous savez que vous devez le faire au risque de perdre votre identité qui ne se définit que par le rejet de ce qui constitue celle des autres. Paradoxalement plus prévisible qu’un film de Nicolas Cage, vous avez une passion pour les films chiants et les expositions d’art contemporain, car vous vous roulez dans ce vernis intellectuel en espérant vous en enduire pour mieux briller.

Votre prochain film ? Boule et Bill, parce que vous ne méritez pas mieux, rejetons de Satan

Enfin, et pire que tout : si vous aimez tout simplement les bons films, je n’aurais que deux questions à vous poser :

La première, c’est que faites-vous sur ce blog ?

La seconde, c’est que faites-vous encore sur cette planète ?

Un peu de cohérence, nom d’une pipe.

"Ça n’a pas l’air d’aller patron ?"

Diego fronça un sourcil, notant la boîte de cigare encore pleine à cette heure avancée de la soirée, son employeur étant là, enfoncé dans son fauteuil près du feu de cheminée. Il nota que celui-ci se contentait simplement, de temps à autres, de jeter un peu de petit bois dans l’âtre, alimentant les flammes jetant une lueur orangée et tremblante alentour.

"Je me fais vieux Diego. Je n’ai plus les bonnes références, je crois qu’il faut que je fasse autre chose. De la peinture, peut-être ?
- Allons, il ne faut pas vous laisser aller comme ça… vous ne voulez pas que je fasse monter une stagiaire ?
- Non. Je veux rester seul à contempler l’âtre reflétant mon âme se consumant dans les affres du web. Va, Diego. J’ai besoin d’être seul."

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Le serviteur hésita, ne pouvant accepter de voir son employeur dans pareil état. Mais après des années de bons et loyaux services, il commençait à connaître le bougre.

"Bien, alors je me retire Monsieur. Vous ne voulez rien d’autre ?
- Non, je veux du temps pour m’assagir. Quitter mes vices.
- Vous voulez dire que vous résisterez désormais aux tentations ?
- Parfaitement.
- Alors ça ne vous dérange pas si je pose ce DVD sur ce guéridon par exemple.
- Pas du tout. Du tout. Rien, pas un picotement. Je… hem, quoi comme DVD ? Par pure curiosité bien sûr.
-  The Darkest Hour.
- Le… le film que j’avais raté ?
- Celui-là même.
- Je… non, ça ne me fait strictement… je… rien… du tout.
- Voulez-vous que je vous lise le pitch ? Il y est question d’envahisseurs et de jeunes américains benêts. 
- Gnnnn…. gnnnnn…. je…. dois… résister…
- Saviez-vous que ce film est si mauvais qu’il y a une erreur de cohérence rien qu’entre le pitch officiel et le film ? D’ailleurs il parait que…
- DONNE-MOI ÇA !"

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Diego eut juste le temps d’esquiver la sombre silhouette de son maître, se saisissant de l’objet avant de le faire tourner sous son oeil brillant de cruauté tout en ricanant. Puis, son rire se fit plus guttural et d’un pas assuré, il disparut en direction du salon.

L’humble employé se demanda si, quand même, il ne venait pas de faire une connerie.

Car : The Darkest Hour est-il si mauvais que cela ? Après tout, certaines critiques furent tout à fait positives. Aussi, il convient de vérifier de quoi il retourne : spoilons mes bons !

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L’affiche : des explosions ET de la désintégration ? Monsieur l’ambassadeur, vous nous avez vraiment gâtés.

Tout commence quelque part au-dessus de notre bonne vieille Terre, au sein d’un avion russe pour être précis. A bord, Sean et Bean, deux américains à l’humour digne d’un épisode de Samantha Oups, et aux têtes qui semblent appeler les balles à sanglier, sont occupés à se chamailler avec les hôtesses parce qu’ils refusent d’éteindre leurs téléphones portables avant d’atterrir, pour la simple et bonne raison que… hé bien qu’ils sont trop cools. Tiens, j’ai écrit cools ? Curieux. Qu’importe ! L’hôtesse la plus proche leur fait quand même les gros yeux, jusqu’à ce que soudain, toute l’électricité de l’avion lâche : c’est la panique à bord. Du moins, un temps seulement, car bien vite la lumière est rétablie, le commandant de bord rappelant aux passagers que les avions russes n’ont pas besoin d’électricité : ils sont entièrement conçus à partir d’anciennes pièces de Trabant et peuvent donc continuer de voler, même avec une aile sur deux. L’évènement ayant calmé nos deux héros, l’avion peut donc atterrir en paix.

En plein jour d’ailleurs, alors que la scène se déroulait en pleine nuit. Oui, je sais, maintenant cela arrive dans la plupart des films. C’est beau, ce vaste naufrage d’Hollywood, mais, passons.

Nos deux héros arrivent sur la terre bénie de Lénine, Khrouchtchev et autres Gérard Depardieu pour échanger diverses stupidités, et rouler des mécaniques auprès des autochtones, et nous apprenons d’ailleurs le métier de nos deux génies : ils ont conçu une application smartphone pour le tourisme haut de gamme et sont à Moscou pour y obtenir les sous de quelques gros investisseurs. Et pour le détail, sachez que Sean incarne donc l’archétype du "Je suis cool, mais pas aussi intelligent que mon ami Ben, si seulement je pouvais arrêter de le décevoir et prendre ma vie en main" et Ben le meilleur ami du héros. Et tu sais ce que ça veut dire Ben ! Hmmm, il ne manquerait plus qu’un méchant avec un bouc, une moustache ou même une coupe de cheveux discutable et…

Ho !

Alors que nos héros rentrent dans l’immeuble où ils ont rendez-vous ce jour là, ils découvrent que la réunion avec les investisseurs pour leur projet a été commencée… et pénétrant dans la salle de réunion, ils y trouvent Skyler, un ancien associé qui les a doublé, fait cavalier seul et vend leur idée pour son seul profit !

Pour information, Skyler a un bouc, une moustache ET une coupe de cheveux discutable. Et en plus, il est européen. Ouch.

Je devrais faire une sorte de bingo des poncifs pour s’occuper devant un film. Attendez, je me note ça quelque part. Voilà. Nous disions ?

Ah, oui: dépités, nos héros décident d’aller faire ce qu’il y a de plus raisonnable : se saouler parce que bon sang, le milieu des applications touristiques a l’air d’être drôlement compliqué en fait, mieux vaut laisser ça aux grandes personnes. Entre deux rails de vodka et quelques verres de coke (non non, nous sommes en Russie ne l’oubliez pas), nos héros rencontrent donc deux jeunes filles : Natalie, une fille cool, et sa meilleure amie Anne, une bimbo blonde (là encore, jeu : devine qui va mourir). A noter que tous sont américains, et tous, bien que jeunes, riches, branchés et passionnés de téléphonie sont équipés de vieilles bouses de 1999. Il en va de même pour Anne, qui bien que photographe professionnelle, se prend en photo à bout de bras en faisant des duckfaces (véridique) avec un appareil d’un autre âge (mais numérique quand même). L’accessoiriste avait dû fuir le tournage, ils n’ont dû trouver que celui de Louis la Brocante pour le remplacer au pied levé. Toujours est-il qu’au sein de la même boîte de nuit où ils ont trouvé refuge traîne aussi le méchant Skyler, mais tout le monde reste à bonne distance histoire de ne pas en venir aux mains.

Mais pendant ce temps, à l’extérieur, un curieux orage comme celui qu’avait traversé l’avion peu avant de perdre le courant au début du film semble se former au-dessus de la ville… et pour respecter la tradition et bien, celui-ci se rapprochant de Moscou, il coupe le jus dans toute la ville, plongeant la boîte dans l’obscurité en plein milieu d’un bon vieux Patrick Sébastien. Dur. Comment on va savoir ce qu’il faut faire tourner maintenant, hein ?

Après que 7 personnes ont imité le bruit du fantôme, comme dans n’importe quel lieu comportant des lourds dont on éteint les lumières (un outil pratique pour détecter les lourds), notre petite troupe sort de l’endroit avec le reste des convives pour descendre dans la rue comme une bonne partie des moscovites, constatant au passage que toutes les batteries des téléphones ont lâché. Nos héros s’étonnent doublement en voyant au-dessus d’eux d’étranges aurores boréales orangées s’agiter en silence avant de laisser choir de petites boules orangées vers le sol. D’ailleurs, l’une d’entre elles se pose au milieu de la foule, qui effrayée, s’écarte promptement.

C’est sans compter sur la police locale, qui n’aime pas trop les atterrissages non autorisés de boules orangées et semi-translucides sur des places interdites au stationnement : l’un des agents des forces de l’ordre essaie donc de s’approcher pour étudier scientifiquement le phénomène à l’aide de la technique élaborée dite du "Et si j’appuie là, est-ce que ça fait pouitch ?"

Mais en fait non : ça fait plutôt proutch.

"Attendez les amis, j’ai déjà vu ça dans Harry Potter 7, c’est probablement un message du ministère de la magie"

Sitôt le truc en contact avec le fier fonctionnaire, celui-ci est instantanément désintégré. Et évidemment, aussitôt, d’autres boules arrivent en renfort pour courser les humains qui s’enfuient, les désintégrant tour à tour. On constate au passage que les boules perçoivent les humains comme des sources de chaleur ou d’énergie, qu’elles chassent goulûment.  Une sorte de gros Pac-Man, quoi.

Nos héros, entre deux hurlements, courent donc avec une partie de la foule vers l’abri de la boîte de nuit qu’ils venaient de quitter (et où même sans électricité, il y a toujours une lumière correcte, c’est fou) et tentent bien de fermer derrière eux, mais les boules poussent fort ladite porte, si fort que Sean, le petit jeunot blond et Youri, le gros videur de 280 kilos de muscles sont propulsés en arrière sur au moins, pfou, deux mètres. Sean se relève donc aussitôt, alors que Youri est… mort ? Tué par la chute. Ah. Bon. On va dire que Youri était très malade alors. Ou alors il a lu le script, ce qui expliquerait l’horreur visible sur son visage.

En tout cas, l’un des serveurs, dans la tradition de son pays, balance un cocktail molotov dans la gueule de l’un des envahisseurs, ce qui a l’air de moyennement lui plaire, mais nos héros s’en soucient peu : dans l’immédiat, ils cavalent. Comme il se doit, Skyler prouve qu’il est très méchant en abandonnant sa copine d’un soir au détour d’un couloir, l’enfermant avec une boule orangée pour mieux s’échapper ; mais plutôt que de réconforter la belle, lui proposer un resto, un dernier café puis une soirée Twister pour parler de tout ça, l’envahisseur se contente de lui désintégrer la gueule, faisant ainsi preuve d’un certain manque de savoir vivre : comme le savent tous les gentlemen, on ne désintègre pas le premier soir. Tsss.

Nos héros cavalcadent donc au milieu de la foule, et bien évidemment, ils sont les seuls à s’en tirer, Skyler compris, en allant se cacher dans la réserve de la boîte de nuit, probablement histoire de faucher une ou deux bouteilles avant de mourir. Sauf que visiblement, même si les aliens ont une vue particulièrement élaborée, ils n’ont pas pensé à regarder de ce côté là : la petite troupe peut donc s’isoler… et entendre que peu à peu, les sons de bataille déclinent au-dessus d’eux. Le temps se met donc à passer, et l’on voit les cartons et bouteilles de la réserve descendre, Skyler s’engueuler avec tous les autres parce qu’il est méchant (l’avais-je dit ?), et les réserves continuer de s’épuiser jusqu’à ce qu’enfin, une fois vides, quelqu’un s’interroge :

"Depuis combien de temps sommes-nous là-dedans ?"

Ho, bin sachant que vous avez vidé les réserves d’une boîte de luxe à vous 5, ça doit bien faire 1 mois et qu…

"27 heures." répond Skyler

Hein ?! Non mais attendez, vous buvez 20 bouteilles de l’heure ? Bouffez 60 boîtes d’olives chacun, que vous avez vidé tous les cartons ? Bon sang, et avec tout ça, vous n’êtes même pas enfermé avec des toilettes à disposition ? Je… vous cherchez à mourir d’une diarrhée collective ? Remarquez, pas sûr que les aliens viennent vous chercher si vous barbotez là-dedans, c’est vrai. Un habile stratagème, j’en conviens.

Toujours est-il que c’est donc avec un gros mal de bide que la troupe décide de ressortir de sa cachette, puisque l’on entend désormais plus rien. Certes, la progression est prudente, car l’ennemi semble capable de devenir plus ou moins invisible, mais la destination elle est décidée : l’ambassade américaine. Bon, Skyler a bien proposé une ambassade européenne, parce que c’est plus près, mais on lui a dit de la fermer, parce que l’Europe, c’est quand même pas un truc très sérieux. C’est donc après avoir trouvé quelques sacs à dos qui attendaient là (?) et fouillé 17 secondes le bar pour emporter quelques bouteilles (mais aucun objet utile, merci de poser la question) que nos héros partent à l’aventure, à l’extérieur de la boîte de nuit.

Dehors, Moscou est déserte. Les avenues sont emplies de voitures abandonnées, et les rues couvertes de la cendre qui reste des habitants du coin. Ici ou là, une paire de kalachnikov abandonnées laisse deviner que des gens se sont défendus avec un résultat, disons, relativement moyen. Attention cependant, car malgré ce spectacle de désolation, nos héros progressent sur les grands boulevards à découvert, hurlent en tombant de leurs talons pour les filles (véridique), et en s’interpellant pour les garçons. Ce qui donne :

"Là ! Regardez ?
- QUOI BEN ? JE NE VOIS RIEN !
- MAIS SI LA, LE BRUIT QUI VIENT DE LA BAS !
- J’ENTENDS RIEN ! PEUT-ETRE PARCE QU’ON HURLE ?
- APPROCHONS-NOUS DISCRÈTEMENT EN L’ANNONÇANT A HAUTE VOIX !
- D’accord !"

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Mais enfin ? Bon, bref ; le bruit en question est vite identifié : c’est une mamie qui a survécu et est en train de murer ses fenêtres. Nos héros s’approchent d’elle trop heureux de voir une survivante et lui demandent leur chemin, aidés de Skyler qui est le seul de l’équipe à parler le russe, mais écoutons plutôt.

"Skyler, demande lui où est la rue Popovski !
- *en russe* Madame, où est la rue Popovski s’il vous plait ?
- *en russe* C’est vous les bougres de cons qui hurlez au milieu des rues ? Vous avez pas envie de mourir un peu ?
- *en russe* J’ai un bouc et une moustache, vous croyez sérieusement que je vais arriver jusqu’au générique ? Alors autant pourrir les autres, ha !
- Que dit-elle Skyler ?
- Heu… elle dit qu’elle a très peur.
- *en russe* C’est malin, mais vous voulez pas plutôt que je vous prête un rasoir ?
- *en russe* Mamie, tu es une femme rusée, mais ce bouc, je le porte comme mon père, qui lui-même le tenait de son père, et même si aucun n’a jamais atteint la fin d’un film, c’est comme ça.
- Skyler ! Alors, cette rue ?
- Roh, les relous. Bon, elle dit que c’est tout droit.
- Alors on peut à nouveau parler très fort ? OKAY LET’S GO !"
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Hélas, malgré ces riches indications, nos héros se perdent encore. Sacrebleu ! Sans GPS et véritable carte, ils se demandent donc où ils pourraient en avoir une. Raaah, bon sang, où serait-ce possible d’en trouver ? Je n’arrive pas à me concentrer avec tous ces véhicules portières ouvertes autour de nous aux vide-poches remplis de papiers ! Tant pis… si seulement nous étions dans une ville vaguement touristique, peut-être pourrions nous trouver des boutiques de souvenirs ou offices de tourisme qui en ont… si seulement je n’étais pas un professionnel du tourisme, et si seulement nous n’étions pas sur la place Rouge, peut-être que je saur… OH SI, JE SAIS ! IL NOUS FAUT UNE VOITURE DE POLICE !

Je… ah oui. C’est une idée remarquez. Une mauvaise, absurde, incohérente et écrite avec les pieds, mais une idée me dit mon dictionnaire.

Mais ce n’est pas fini ! Car trouvant une voiture de police abandonnée sur la place, Sean et Ben foncent pendant que les autres vont se cacher, et rentrent donc dans le véhicule pour y prendre un… pied de biche !

Oui oui. Et vous savez pour quoi faire ?

Pour ouvrir la voiture !

Si.

Sean, occupé à chercher de quel côté on rentre dans une voiture

Parce que figurez-vous qu’ils ont deviné que la police russe rangeait toujours ses cartes dans son coffre (comme ça, quand ils en ont besoin, c’est pratique), et qu’ils ont oublié que tant qu’à être dans la voiture, plutôt que refermer les portières (ils l’ont fait, j’insiste sur l’illogisme complet de toute cette scène), il suffisait soit de rester dedans et d’atteindre ledit coffre, soit d’appuyer sur le gros bouton avec un signe de coffre ouvert visible sur le tableau de bord. Raaah… en tout cas, après cette série d’incohérences, nos héros pas peu fiers fouillent le véhicule et peuvent rajouter à leur inventaire une carte plus précise (en russe, mais bon), et des fusées éclairantes, que nos larrons préfèrent aux armes juste à côté. Chacun son truc. Non parce que même si elles ne servent à rien contre les envahisseurs farceurs qui ont visiblement disparu, dans un monde post-apocalyptique, ça peut servir. Maintenant, on a compris que vous étiez idiots les gars : ce serait juste gentil d’arrêter de le prouver. Je pense que si l’on écrivait un jour une biographique de Jar-Jar Binks, on y trouverait la plupart des scènes de ce film.

Sauf que pendant leur petite fouille, Kiki, un chien errant s’est approché, les a dépassé sans même tenter l’accouplement sur une jambe, et a aboyé un peu plus loin… avant d’être brutalement désintégré (c’est rare dans un film, mais c’eut été un chiot ou un chaton, c’est lui qui désintégrait l’autre par le pouvoir du kawaii) par un alien qui attendait là, immobile ! Un bruit de pet liquide plus tard (les boîtes d’olives et la vodka en intraveineuse font effet), nos héros se planquent donc paniqués derrière la voiture de police, hurlant à leurs amis d’aller se cacher dans un bâtiment voisin. L’alien s’approche donc lentement du véhicule, et Sean et Ben, eux, n’échappent à la mort que grâce à une ruse qui avait échappé à tous les moscovites : il suffisait de se cacher sous la voiture, et hop, les aliens ne les voient plus. L’envahisseur inspecte donc l’endroit sans trouver de cibles, et s’en va donc en sifflotant probablement pour désintégrer d’autres chiens un peu plus loin.

Bien bien bien, c’est très intéressant ma foi. Sinon, quand est-ce que ça arrête d’être nul ?

Une fois l’alien parti, l’équipe finit donc par se regrouper dans un centre commercial voisin, où Skyler se met évidemment à paniquer, comme quoi ça ne sert à rien, le monde entier a dû tomber, on va tous mourir, d’ailleurs, il y a une grosse épave d’avion à côté d’eux, bref, rien n’échappe aux envahisseurs. Mais Sean, en héros qui a enfin l’opportunité de révéler ses talents de meneur, explique qu’il faut garder espoir et surtout, utiliser ce que l’on sait : l’ennemi semble faire réagir les sources d’électricité. Quand il a foncé sur la voiture de police, toutes ses ampoules se sont allumées. Donc, en sortant la nuit, il devrait facile de voir, de très loin, si des aliens invisibles squattent, puisque les lumières à côté d’eux seront allumées ! Soit ! En sus, il propose de porter des ampoules sur soir, pour savoir si l’ennemi est proche : c’est un peu leur épée de Bilbo, le côté cosplay en moins.

Ça tombe bien, nos héros décident de passer la soirée dans le centre commercial à attendre qu’il fasse vraiment noir pour sortir, et en profitent pour prendre des vêtements plus pratiques que ceux qu’ils portaient en boîte. Sauf que pendant qu’ils se changent, les ampoules qu’ils portent désormais en pendentifs s’allument : l’ennemi approche ! Ni une ni deux, tout le monde se planque… sauf Sean qui lui décide de rester dans la vitrine du magasin où il était à se faire passer pour un mannequin, immobile. Et figurez-vous que ça marche !

Ce qui permet à Sean d’en déduire que… allez, jouons :

A)  les aliens sont cons comme des ânes morts

B) les aliens ne perçoivent pas les mouvements

C) les aliens ont une vision basée sur la détection des ondes électromagnétiques, or, la vitrine a bloqué celles-ci, le rendant invisible !

D) il a eu un gros coup de moule

Et non, ce n’était pas la réponse A, puisque Sean est incapable de faire cette déduction en étant au même niveau qu’eux, et bien la C, qu’il sort comme ça, de nulle part; et qui s’avère évidemment parfaitement exacte. Non parce que : comment sais-tu pour la vision électromagnétique  bougre de con, puisque toi tu ne regardes pas le film et n’a donc pas vu qu’elle voyaient les humains en orange et le reste du monde en gris ?

Ah mais oui, ça me revient : tout s’explique dans le fait que ce film est un gros coprolithe.

D’ailleurs, vous vous souvenez des avenues de jour, désertes et silencieuses ? Et bien parlons-en : sitôt que nos héros ont échappé à la patrouille de bouboules, ils décident de foncer – il fait suffisamment noir à présent – pour atteindre l’ambassade, à moins de 2 kilomètres. Et depuis que Sean a dit que dans le noir, voir les aliens seraient plus simple, et bien toutes les avenues résonnent du bruit des alarmes de voitures dès que les aliens passent à côté d’elles ! C’est quand même bien fait. Probablement qu’ils jouaient à la crapette en journée.

Arrivés à l’ambassade (instantanément ou presque, probablement que Sean, est en fait Gérard Majax et dispose de toute une panoplie de sorts de téléportation), la troupe constate que comme le reste de la ville, celle-ci a été ravagée par les créatures de l’espace. A l’intérieur, des restes d’équipement de soldats, douilles & co permettent d’imaginer ce que fut la bataille, et Skyler s’empresse de ramasser un fusil d’assaut sous le regard courroucé de ses amis, parce que les armes c’est pour les méchants, et que les gentils ne comptent que sur le pouvoir de l’amour pour se défendre, ainsi qu’un certain piston de la part du script. Sean explique qu’à défaut de trouver de l’aide, il faut grimper sur le toit de l’ambassade "pour connaître le meilleur trajet".

D’accord, mais, comme ça, question : "le trajet pour où ?". Non parce que vous êtes arrivés au seul endroit que vous vouliez atteindre alors… non ? Non, cette question n’intéresse aucun membre de l’équipe ? Très bien. Probablement un détail : après tout, vous allez juste risquer votre vie pour ça.

Et dire qu’il y a 20 minutes encore, nos héros se promenaient comme ça durant des heures dans Moscou sans rencontrer le moindre problème ou bruit. C’est fou comme l’intrigue change, comme ça, pouf

Mais Skyler, qui a décidément envie de se donner toutes les chances, déclare cependant que lui ne grimpera nulle part : non pas qu’il ait lui aussi constaté que le propos de Sean n’avait aucune logique, non : il n’a juste pas envie. Il se sépare donc en groupe de 1 et attend à la porte de l’ambassade que… heu… rien. C’est quand même incroyable les efforts qui ont été déployés pour faire de ce film une sorte d’étron flottant à niveau constant.

De leur côté, nos 4 autres loulous fouillent l’endroit et tombent, pile au moment où leurs fusées éclairantes improvisées en torches rendent l’âme, sur… des lampes à huile ! Car figurez-vous que peu avant de mourir, les derniers résistants de l’ambassade sont descendus dans les souterrains du coin, sont tombés sur des lampes à huiles chargées, mais oui, ont remonté le tout, réussi à contacter par radio des villes d’Europe ou moins de 10 survivants répondaient ici ou là, rédigé un rapport complet sur tout cela dans un cahier, rangé le tout, laissé la radio (qui marche mystérieusement), et sont allés mourir pour ne pas déranger.

Vraiment : sympas les gars. La prochaine fois mettez aussi des bières au frais, ce sera tip top.

En tout cas, sur la radio, nos héros captent un message en russe diffusé en boucle. "Si seulement on savait le traduire !" s’exclament-ils, "Ah mais au fait, il y a Tyler à la porte de l’ambassade ! Non attendez, j’ai mieux : oublions jusqu’à l’existence de son personnage le temps qu’il lui arrive une merde !". Et ce qui est dit est fait : nos héros s’interrogent sur qui pourrait traduire le russe (… soupir) en se plaignant. A noter d’ailleurs que plus le temps passe, plus on sent que, et là, vous allez être surpris, Natalie se rapproche de ce leader de Sean. Rrrrr.

Mais qu’importe, nos héros décident de grimper sur le toit pour observer la ville et constatent que les aliens s’en prennent à tout ce qui est électrique… et creusent donc pour s’en prendre aux câbles. Sauf que soudain, des coups de feu résonnent dans les rues un peu plus loin ! C’est Skyler qui a décidé de… repartir. Tout seul. En pleine rue. En tirant au hasard.

Ah ouais. Rappelez-moi : Skyler c’est bien le lâche ? Le lâche qui part tout seul alors qu’il était à l’abri ?

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Quelques temps plus tôt, à Hollywood.

"Et moi je te parie que j’écris tout un scénar avec ce fusain que j’ai trouvé par terre!
- Hahaha, pari tenu !
- Attends, je commence… mon fusain est sombre… je vais appeler ça… l’heure… la plus… sombre… rah, ça coule quand j’écris.
- Heu John… nan mais… en fait en le regardant là, je suis pas sûr que ce soit un fusain"

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Découvrant ainsi que Skyler est en train de filer, nos héros se rappellent soudain que, ha tiens, comme le dit Ben, "Il pourrait nous aider à traduire le message ! Il a des notions de russe !". Oui Ben, des notions : tellement qu’il le parle couramment depuis le début du film. Ah, que serait un film sans des dialogues rajoutés expressément pour ne rien apporter, à part des incohérences ? Peut-être un bon film, allez savoir. Mais c’est déjà bien de vous rappeler qu’il connait le russe, oui, pfou. Vous auriez eu cette idée il y a 20 minutes, vous n’aviez qu’à descendre un escalier pour lui parler.

Mais Skyler étant évidemment une andouille, il a décidé que ho bin en fait, il ne va plus faire attention aux lumières qui s’allument pour savoir où sont les aliens. Il va plutôt se promener en faisant du rien. Ce qui ne manque pas d’attirer l’attention d’un alien qui était occupé à mâchouiller un Claude François, célèbre objet conducteur d’électricité dont les aliens raffolent. Sean et Ben, partis à sa poursuite, arrivent trop tard : le pauvre est déjà coursé par l’alien entre deux rangées de voitures !

Bin je ne sais pas : dites-lui de se cacher dessous ? Ça vous a sauvé. Non ?

Non : nos héros se contentent de lui hurler "Cours, peut-être que les aliens sont mauvais en athlétisme", ce qui ne suffit pas : l’alien, vexé par ce commentaire qui lui rappelle ses mauvaises notes de sport à l’université galactique de Xlurb-21 en Schlurfball, se saisit donc de Skyler, le désintégrant sur le champ.

Ça alors, le type moustachu, à bouc, à coupe de cheveux louche, méchant, lâche et européen est mort ! Attendez : je vais payer un mime pour jouer la surprise à côté de moi pendant que je continue de rédiger cet article.

Retournant à l’ambassade sans que l’alien ayant mangé leur ami ne s’intéresse à eux, Sean et Ben (qui me font penser à Ben et Nuts à chaque fois que j’écris leurs noms, c’est affreux, cela dit eux aussi sont visiblement à base de noix) annoncent à leurs copines que bon bin, pour Skyler, c’est grillé (hohoho). Quel choc ! Si je m’attendais à ça. D’ailleurs Anne se lance alors dans un jeu d’actrice absolument immonde à base de "Ho mon dieu non je me tiens la tête en la secouant, je suis tellement bouleversée par cette nouvelle". Mais sa panique est de courte durée, car bientôt, l’espoir renaît : nos héros aperçoivent là-bas, dehors, un immeuble avec un dernier appartement allumé, et une silhouette humaine s’y déplaçant. N’ayant rien de mieux à faire, Sean invite ses amis à le suivre là-bas, afin de savoir comment quelqu’un, ici, peut encore avoir de l’électricité et vivre sans être inquiété.

Alors qu’il faisait nuit noire, et que l’immeuble avait l’air d’être à 50 mètres, il fait grand jour lorsque la troupe arrive à proximité. Heureusement, Sean explique ce phénomène par un "Dépêchez-vous, le soleil se lève !". Oui, et puis vite visiblement, pfou, c’est décidément très dur à gérer tout ça. En tout cas, filant dans l’immeuble à bon rythme, la troupe est heureuse de tomber au détour d’un couloir sur d’autres humains : Sergueï un vieux russe à moitié fou qui a transformé son appartement en forteresse barrée de fer, et Vika une fille ayant survécu par miracle s’étant réfugiée chez lui, attirée elle aussi par la lumière.

Une ville abandonnée… un truc apocalyptique… un groupe de survivant apercevant de nuit la lumière d’un immeuble et y découvrant un vieil excentrique ainsi qu’une fille survivant dans un appartement barré de fer avec des caddies plein le couloir…

Dans quel autre film ai-je déjà vu ça ? Bon, je ne m’en souviens pas, mais je me connais, en général ma mémoire me revient environ 28 jours plus tard.

En tout cas, Sergueï explique ce qu’il a compris : les aliens sont constitués d’énergie, ce qui explique qu’ils soient invisibles. Et en transformant son appartement via divers bricolage en grosse cage de Faraday, il l’a ainsi rendu indétectable et impénétrable pour les envahisseurs. Ce qui, vous l’avez compris, signifie que depuis le début, toutes les voitures que l’on a vu remplies de cendres, ce n’était pas possible puisque les bestiaux n’ont pas pu y entrer ou même les approcher si l’on en croit Sergueï. Mais si on s’arrête à des détails, aussi ! En tout cas, rassurez-vous : personne ne pensera à utiliser une cage de faraday ambulante pour se déplacer, ouf. C’est pas comme si on venait de leur dire comment survivre à coup sûr.

Vous pensez que je mens quand je dis que la réalisation a poussé le vice jusqu’à montrer des voitures impeccables remplies de cendres pour bien montrer que les aliens ont largement violé des cages de Faraday ? Savourez.

Attendez, il faut que j’aille rejeter quelques pièces à mon mime pour qu’il feigne l’intérêt pour ce film. Hmmm. Voilà.

De leur côté, nos loulous tendent la radio qu’ils ont trouvé à Vika pour qu’elle traduise le message diffusé en boucle : la marine russe est encore debout ! Un sous-marin nucléaire attend les survivants sur la rivière, au nord de Moscou, et expliquent qu’ils partiront demain matin. Ils expliquent aussi que d’autres sous-marins d’autres nationalités ont la même mission ailleurs dans le monde. Sergueï confirme : un sous-marin russe ! Une énorme cage de Faraday sous-marine ! La cachette ultime face aux envahisseurs ! Sans compter que s’ils l’approchent, étant donné l’état de la marine locale : paf, tétanos direct ! Parfait : le temps pour les filles de rassembler de la nourriture dans les autres appartements de l’immeuble pendant que les hommes jouent avec un gros canon bricolé par Sergueï (hmm…. je me demande ce qu’en dirait lecinemaestpolitique… ou juste Freud) supposé tuer les aliens par micro-ondes, et c’est parti !

Enfin ça le serait si tout se passait bien. Parce qu’évidemment, non : il y a encore trop de personnages à ce stade du film. Alors que les filles rassemblaient des pots de glace à la pistache en gloussant sur le fait que Sean, il est quand même trôbô, un alien a un kilomètre de là aperçoit, au travers des murs et des vitres, nos donzelles en train de faire leurs courses. Hein ? Comment ça on nous a expliqué plus tôt que les aliens ne pouvaient pas voir au travers des vitres, et que les murs bloquaient aussi leur vision dans tous les autres plans depuis le début du film ? Détail, détail : regardons plutôt la scène suivante, où l’ennemi a foncé à toute allure pour aller chasser les donzelles et les obliger à se replier. Car en rentrant dans l’appartement, évidemment, elles ne le ferment pas bien la porte derrière elles, ce qui résulte dans l’entrée de l’alien dans la cage, puis en la désintégration de Sergueï et Anne (ne faites pas les surpris, elle ne comptait pas coucher avec le héros, comment pouvait-elle espérer avoir ses chances ?)  dans la foulée pendant que tout le monde fuit par une fenêtre en emportant l’arme de Sergueï avec eux. Vika, elle, a réussi à filer de son côté, et rejoint les autres en bas pour découvrir que Sergueï incarne désormais une nouvelle forme de litière écologique pour son chat qui, pour sûr, se fera un plaisir de rendre hommage à son vieux maître en couvrant ses restes de gros colombins.

Mais alors que la créature qui a tué le vieil homme course nos valeureux larrons, voici qu’une étrange troupe s’interpose entre eux et la bête : des… comment vous décrire ça ? Disons, le casting de Mad Max. Mais avec des têtes de héros de l’Union Soviétique. Appelons-les "Mad Marx". Ceux-ci laissent l’ennemi d’outre espace venir à eux, puis le canardent, le passent au feu, et le finissent et la roquette lorsqu’il semble un peu perturbé par tout cela : sans le tuer, cela le blesse, et il s’enfuit donc dans de petits cris confus vers des cieux moins plombés, non sans laisser derrière lui une sorte de… griffe ? Ah bon. Bien bien. Là encore, sachez que dans la scène précédent, Sergueï a expliqué que les aliens étaient constitués d’énergie pure, ce pourquoi son arme fonctionnait sur eux. Depuis quand l’énergie pure a des griffes ?

Encore un qui doit être convaincu que s’il ouvre une pile LR6, il trouvera un pokémon.

Bref : ramenés au QG des Mad Marx, qui sont bien évidemment tous parfaitement anglophones (en fait, à part la petite vieille de tout à l’heure, sachez que tout le monde l’est dans ce film), la situation est vite expliquée : eux sont ici pour se battre. Les histoires de sous-marin, ils s’en moquent, ils n’abandonneront pas Moscou, ainsi que les femmes et les enfants à leurs côtés. Mais c’est sans compter sur l’arme secrète de Sean, qui aimerait bien leur aide pour atteindre le sous-marin qui est encore loin : le discours sur l’amour et l’amitié et le fait que quand on est gentil, on s’entraide, alors gros Popov, tu vas abandonner tes concepts ringards comme "gnagnagna femmes et gnignigni enfants" pour me suivre, m’obéir et m’aduler, d’accord ?

Et en effet : le chef des Mad Marx approuve, et décide de lâcher leur planque à l’ennemi, laissant probablement leurs familles se faire désintégrer la gueule, juste parce qu’un petit con lui a dit que ce serait pas cool de pas l’aider. Ce film est… je… je crois qu’il est temps que l’on m’amène mon sac à chatons. Enfin bref : pour débuter ce périlleux voyage, l’équipe propose de passer par le métro, endroit passablement peu visité par l’ennemi comparé aux rues. C’est marrant, parce que moi au début du film, j’ai quand même vu des gens courir en hurlant des heures dans les rues sans rencontrer d’ennemis. Mais, bon, je comprends : je suis un peu lourd à faire références toutes les deux minutes aux évènements antérieurs : c’est pas comme si l’on était censé suivre une suite d’évènements liés les uns aux autres, ouf. Toujours est-il que si le métro permet de progresser vite et bien, il finit tout de même par se trouver un vilain pour squatter l’endroit en lieu et place des habituels chanteurs de Bamba vous réclamant de la monnaie. Si tout le monde arrive à l’éviter, Vika, elle, se retrouve suite à un léger retard en mauvaise posture, chose que Ben ne peut tolérer. Heureusement, puisqu’équipé du fusil à micro-ondes de Sergueï, il va pouvoir ajuster le méchant alien et lui bourrer la gu…

Ah non tiens. En fait,  il le jette au sol et décide de courir droit vers Vika, et ce complètement à découvert pour… pour… pour rien.

Rappel : Ben est le membre le plus intelligent du groupe.

Qu’importe : s"il parvient à ainsi pousser Vika vers un abri sûr, le pauvre Ben est attrapé par le vil ennemi, qui a soudain de petites mains (mais si, allez hop ! On change d’ennemis en cours de film, on est plus à ça près !) pour lui attraper les jambes et faire durer le moment où il le traîne jusqu’à lui avant de le désintégrer, comme l’y destinait son rôle de pote du héros.

La main d’un méchant : jusqu’ici, ils ne s’en servaient jamais et n’en avaient d’ailleurs pas, mais à partir d’ici, ils n’utiliseront plus que ce curieux appendice qui ne désintègre pas. Ah oui, quand même.

Sean qui évidemment, est un héros choqué, mais visiblement, personne ne sait jouer le choc autrement dans ce film qu’en gonflant les joues. Aussi Sean se transforme donc temporairement en hamster, puis toute l’équipe peut reprendre son chemin sans que l’alien ayant tué Ben ne se décide à les poursuivre, probablement parce que le réalisateur lui a dit de ne pas le faire. Ah, ces aliens, au début du film ils tuaient les humains par paquet de 200, maintenant, un seul et ensuite ils ne font plus rien. C’est si beau. Ce qui permet donc à l’équipe de poursuivre dans les tunnels du métro pour finalement arriver sur la rivière locale et se jeter à bord d’un bateau qui attendait là, déserté : ne reste plus qu’à le laisser dériver en se planquant dans la cale en suivant le courant jusqu’à ce qu’il porte tout le monde jusqu’au sous-marin, plus bas sur la rivière. Le bateau a d’ailleurs le bon goût de ne pas s’échouer, probablement doué d’une conscience propre qui l’incite à tout faire pour quitter ce film.

A l’intérieur, c’est évidemment la séquence émotion sur Ben, qui était le meilleur d’entre nous, tout ça. Et laisse donc augurer bien des choses sur ce que doit être le pire, alors, vu que Ben semblait à peine plus futé qu’un lombric. Et pas un lombric premier de la classe, hein.

Mais tout ne s’arrête pas là, ce serait trop simple ! Arrivés à 100 mètres du sous-marin, le bateau est renversé par un terrible coup du sort : une berge s’effondre sur lui, car les aliens continuent de forer le sol à la recherche de minéraux pour se nourrir, suppose-t-on (mais comme c’est le héros qui le suppose, cela devient aussitôt vérité). Le naufrage a donc lieu, et lorsque les têtes font surface, il manque un des Mad Marx à l’appel, ainsi que… Natalie ! Drame : Sean vient de perdre sa nouvelle copine, et seule fille mignonne survivante du film (Vika n’a pas l’âge légal). C’est intolérable ! Tout le monde nage donc jusqu’au sous-marin qui est tout près, et la discussion s’engage avec le commandant du bord.

"Salut les kids, je suis le commandant Marco Ramius, bienvenue à bord : allez, on met les voiles !
- Non, on ne peut pas ! Mon amie Natalie a disparu par là-bas *indique une direction générale sur le fleuve* il faut aller la chercher !
- Oui et puis quelques milliards de personnes aussi ont disparu, alors on va p’têtre pas non plus risquer notre dernier sous-marin pour ça ?
- Si parce que Natalie, c’est ma copine, et j’invoque le pouvoir de l’amour et de l’amitié qui sont plus important que tout, surtout dans les pires moments.
- Vendu si tu fermes ta gueule."
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Et en effet : le commandant accepte de décaler le départ de son sous-marin pour la retrouver, ce qui tombe bien, car un demi-kilomètre à l’intérieur de Moscou, une lumière vient de paraître au-dessus des toits : une fusée de détresse.

"C’est Natalie !" s’exclame heureux comme tout le brave Sean.

Oui, ou alors c’est une fusée de détresse, Natalie est un poil moins brillante. Non parce que comme en plus elle vient d’être tirée dans la direction opposée à celle que tu indiquais et où votre bateau avait chaviré, cela signifierait que Natalie a survécu à la noyade, est sortie de l’eau sans s’occuper du sous-marin voisin ni de toi qui l’appelait, aurait escaladé des berges bétonnées lisses sans problème, couru au travers de ruines et d’aliens hostiles, réussi à non seulement refaire sa distance avec le sous-marin, mais en plus à y ajouter 500 mètres dans une direction opposée, puis, seulement, elle aurait décidé de tirer une fusée de détresse. En fait, Natalie, c’est Gandalf.

Ça vous parait improbable ?

Et bien peut-être, mais comme il a dit "C’est Natalie" et qu’il est le héros, ça devient aussitôt vrai, et tout le monde accepte sans sourciller.

Aussi les Mad Marx décident d’accompagner notre héros, non sans d’abord charger et dupliquer – mais si ! – le fusil à micro-ondes que Sergueï avait mis des jours à construire. On va donc supposer que c’est, allez, 16 heures plus tard que nos héros décident d’aller la chercher : sympa. Mais non, rassurez-vous : la gestion du temps est tellement lamentable qu’il ne s’est en fait écoulé que moins de deux minutes, la petite équipée peut donc partir rassurée pour aller botter du cul d’outre-espace et sauver du cucu d’outre-Atlantique.

La troupe, guidée non pas tant par la fusée que par l’instinct magique de Sean qui sait pister sa copine dans un vieux complexe industriel sans avoir bien vu d’où était parti son signal de détresse (probablement que Natalie sent très fort), parvient promptement à localiser la jeune fille, abritée dans un ancien trolley à l’arrêt. Sauf que voilà : un bestiau attend déjà sur place… et fonce sur nos héros ! Mais pas de bol pour la pauvre créature : celui-ci teste son arme, et le fusil à micro-ondes permet d’abaisser les défenses de ces êtres qui deviennent alors vulnérables aux bon vieux plombs. On découvre alors le visage de ces créatures : de petites têtes de mort volantes. Vous vous attendiez à des poneys ? On est pas dans des lasagnes ici, enfin, soyons sérieux.

Si vous aussi, vous vous demandez comment un être constitué d’énergie peut soudain devenir une tête de mort volante, levez la main ? Merci.

Bref : Sean, après avoir cartouché l’animal et laissé ses amis s’occuper des autres qui arrivent, s’en va trouver sa belle dans son trolley abandonné, mais avant de pouvoir lui faire un gros câlin, un autre méchant vient les surprendre (il venait juste se rincer l’oeil en profitant de son invisibilité, mais il a été capté quand il a fait réagir l’autoradio par erreur en lançant le thème de Ghost). Aucun tour de potier mais quelques coups de fusil à micro-ondes plus tard, le bougre faisait moins son malin, ses défenses abaissées, et ne restait plus qu’un projectile pour le tuer : la griffe que son confrère avait perdu lors de son combat contre les Mad Marx, que Sean lui lance !

Pouf, il la prend sur le coin du museau, et alors que la griffe n’est même pas pointue ou lancée fort, ne me demandez pas pourquoi : ça le tue. Probablement qu’il a trop honte.

Misère, il suffisait alors de leur balancer des cailloux ? Mais… c’est nul ! C’est… oooooh seigneur mais comment peut-on rater un film à ce point ?

Une douce musique de piano pose alors l’ambiance, probablement parce que le réalisateur a oublié qu’il filmait un groupe de gens ayant vu plusieurs millions de morts à Moscou, au milieu d’un coin pourri entouré d’aliens hostiles, mais passons : c’est romantique, point. Ils peuvent donc retourner au sous-marin sans encombres, car qui dit musique au piano dit que l’ennemi n’a plus le droit de venir briser l’ambiance. Là, les Mad Marx expliquent qu’eux vont rester ici : c’est là, leur combat.  Haaaa… heureusement qu’il y a eu cette séquence alors parce que sinon, je rappelle qu’à leur première arrivée au sous-marin, ils ne se sont pas fait prier pour grimper dedans. Comme quoi, le combat de toute une vie change vite en 10 minutes.

Sean et Natalie peuvent donc enfin se faire des bisous, et avec l’aide d’un marin, Natalie fait remarcher son téléphone via les récepteurs du sous-marin, et reçoit alors un message de sa mère  "BB c maman t ok ? Moi oci LOL" , mais le message n’explique cependant pas, elle, comment elle a pu avoir un téléphone qui marche vu que c’est déjà un miracle pour Natalie. Probablement qu’elle a sa propre parabole de sous-marin nucléaire soviétique avec elle.

"7 milliards de morts et c’est belle-maman qui survit. Quelle journée de merde"

Tout se termine sur une ultime transmission radio : partout dans le monde, la résistance d’organise, et bientôt, ça va meuler sévère de l’envahisseur.

Souriant, Sean se penche donc sur une carte, et probablement avant que le commandant ne lui demande pour qui il se prend et qu’il ne finisse tabassé par toute une bande de marin d’ex-URSS, il propose de passer à l’action et…

… FIN !

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"Alors, ça va mieux patron ?"

Diego observa son patron, de retour dans son fauteuil, à profiter de la chaleur de l’âtre.

"Hmmm.
- Vous… vous êtes revenu dans votre fauteuil, comme tout à l’heure ? Quelque chose ne va pas."

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Le serviteur fit un bref pas en arrière en notant l’oeil courroucé se tournant dans sa direction.  Il toussota, cachant le frisson qui lui parcourut son échine comme il le pouvait.

"Il y a des choses que tu ne peux pas comprendre, j’ai besoin de plaisirs simple comme alimenter mon foyer. Va, laisse-moi seul Diego."

Interloqué, le valet disparut sans un bruit, se demandant s’il avait réussi sa mission et si son maître avait retrouvé son envie de haïr son prochain. Il haussa les épaules, presque déçu, s’interrogeant sur le plaisir que pouvait bien trouver son supérieur à nourrir le feu.

Il ne put entendre, au travers de l’épaisse porte derrière laquelle son employeur se reposait, le bruit d’un sac que l’on fouillait, le son d’un miaulement léger et mignon tournant sous les plafonds, puis le cri typique d’un chaton fendant l’air tiède avant de finir au feu pour rejoindre le DVD d’une abominable daube.

"Ça va drôlement mieux", me dis-je.

Spoiler Corp, salle de réunion, 15:32

Resserrant délicatement le noeud de ma cravate d’un air concentré, je fais fi des regards embarrassés tournés vers moi autour de la table. Certains jouent nerveusement avec les papiers empilés devant eux, quand d’autres semblent savourer leur café comme si c’était le dernier.

"Je crois vous avoir dit que j’attendais vos idées", dis-je tout en martelant la table de mes doigts. "Noël approche, et nous devrions pour l’occasion faire quelque chose de spécial sur les spoilers. Alors ?"

Après un long moment durant lequel tout le monde chercha à éviter de croiser mon regard en prenant l’air faussement concentré, une main se leva.

"Berthier ?
- On pourrait faire un lip-dub ?
- Et ma main dans la gueule, vous la voulez Berthier ? Vous vous croyez en 2010 ? Soyons sérieux. 
- Mais c’est sur quoi le spoiler cette semaine ?
- Bilbo.
- Vous allez faire un avertissement sur tous les relous qui vont obligatoirement comparer au film pour tout justifier, parce qu’ils pensent probablement que les films tirés d’un livre, il faut les regarder avec l’ouvrage sur les genoux ?
- Non, parce qu’ils le feront quand même dans tous les commentaires qu’ils pourront.
- Oh, j’y pense, patron, si pour une fois on mettait carrément des extraits entiers du film à spoiler ?
- Hmmm… Moui, c’est pas con, Ludivine. Et vous savez pourtant à quel point ça me fait mal de vous dire ça. Mais on a pas les droits par contre. Bon, Véronique, appelez-moi Peter Jackson.
- Tout de suite Monsieur Connard, hihihihi !"

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La secrétaire gloussa tout en composant le numéro, avant d’enclencher le haut-parleur. Il y eut quelques toussotements nerveux avant que finalement, quelqu’un ne décroche.

"Hello ?
- Peter Jackson ? Ici Monsieur Connard, de la Spoiler Corp. Ecoutez, on aimerait bâcher votre film, là Bilbo, parce que bon, c’est quand même un peu un scandale. Vous pourriez nous filer les droits pour exploiter vos images ? Ça nous aiderait bien.
- What ? Fuck no !
- Allez Peter, un petit effort. L’esprit de Noël, tout ça, le partage, hein ? On ne connait pas ça chez les gros geeks barbus ?
- Listen you cocksucker, I’m not gonna give you a single picture for your shitty spoil.
- Ah oui mais non, parce que d’habitude j’utilise au moins des images, même si j’ai pas les vidéos.
- Then fuck you."

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Il y eut un bruit de combiné puis le son strident de la ligne coupée dans le haut parleur.

"Alors, qu’est-ce qu’il a dit Monsieur Connard ? C’est oui ? Hihihihi !
- Véronique, je sais que vous maîtrisez fort mal l’anglais, mais sachez que chez ce peuple, étonnamment, "cocksucker" est souvent synonyme de négation. D’ailleurs, il ne veut même pas que nous utilisions les images de son film.
- Aucune ? Mais !
- Non, Berthier. Aucune.
- Mais… comment allez-vous faire ?"

0

Me tournant vers une fenêtre pour observer la ville s’agitant en contrebas, je me contentais de répondre en ignorant les visages confus de mes conseillers.

"Je n’ai pas toujours eu un blog. Comment croyez-vous que je faisais avant ? Nous allons reprendre les vieilles méthodes.
- Ho non ! Vous n’allez pas…"

0

Ludivine manqua de peu de s’étrangler avec son café, et regarda son mug avec une terreur à peine contenue.

"Si Ludivine. Allez me chercher tous les mugs de l’étage : la cafette est réquisitionnée. Et si je choppe un seul employé à boire du café autrement que dans ses mains meurtries, vous pouvez lui dire qu’il est inutile qu’il revienne demain. Nous allons refaire les plus grandes scènes de ce film. Et vous verrez, il sera difficile de faire la différence avec l’original, à part éventuellement sur le nombre d’images à la seconde, ou alors il faudra vraiment être de mauvaise foi. Et pour une fois, ceux qui me reprochent d’écrire trop pourront se contenter des images."
0

La petite troupe des employés s’ébroua rapidement, parcourant tout l’étage pour se saisir de tout ce qui ressemblait plus ou moins à un conteneur à café. La journée allait être longue pour beaucoup de salariés. Mais à la fin de celle-ci, il y aurait un spoil illustré. Tremble, Peter Jackson : tu vas voir comme il est aisé de réaliser des scènes meilleures que les tiennes !

Alors, pour celles et ceux qui souhaitant en savoir plus sur "Le Hobbit : un voyage inattendu", spoilons mes bons !

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Intro

Notre film s’ouvre sur la riante contrée de La Comté, verdoyante terre des hobbits, ces sympathiques petits êtres aux pieds velus qui passent leur temps à se rouler dans l’herbe ou à la fumer en fonction de l’humeur du jour (parfois les deux en même temps, auquel cas le hobbit se transforme instantanément en merveilleuse fontaine de jardin). Nous y retrouvons Bilbo Sacquet, vieux hobbit qui s’apprête à célébrer son anniversaire en compagnie de nombreux amis. Près de lui, son gros relou de neveu, Frodon, est occupé à farfouiller dans la maison pour des raisons qui lui appartiennent. Histoire de faciliter la narration, il balance aléatoirement des lignes de dialogue du genre "Ho bin hé, ce serait pas une vieille épée que je vois là ? Vite oncle Bilbo, raconte-moi toute ta vie et avec les détails s’il-te-plaît". Heureusement, Bilbo est déjà dans l’ambiance : il est en train de mettre la dernière touche à l’ouvrage qu’il a écrit sur la première aventure qu’il a vécue, celle qui lui permit, un jour, de découvrir l’anneau.

Les deux hobbits papotent de tout et de rien durant un moment, et le spectateur moyen s’emmerde déjà ferme, surtout quand les dialogues continuent de se vautrer du genre :

"Frodon, il faudra que tu veilles sur cette demeure quand je serai…
- Quand tu seras quoi oncle Bilbo ?".

0

Ah mais je ne sais pas mon petit Frodon, c’est tellement compliqué ! Tu t’attends à quoi ? Qu’il te réponde "Quand je serai aux putes ?". D’ailleurs, notez-le, c’est important : dans ce film, tout le monde parle comme Horacio Caine dans les Experts. A savoir qu’on aime bien tourner le dos à son interlocuteur en prenant un air philosophe, les yeux dans le soleil couchant. C’est rigolo la première fois, moins la septième surtout en moins d’une heure. J’en profite pour le souligner : sachez que pour faciliter ces scènes, le soleil est TOUJOURS en train de se lever ou de se coucher. Eunebeulibibeule.

Bref, alors que Bilbo est pensif, le regard tourné vers une fenêtre et que Frodon lâche nonchalamment "Mais vas-y pépé, prends ton temps, parce qu’on a un peu 9 heures de film à tenir avec 300 pages de bouquin, alors on est pas sorti des ronces", celui-ci décide finalement de congédier son couillon de neveu, et de reprendre le fil du livre de ses aventures. Une occasion parfaite pour nous la conter, donc (oui, Frodon voulait l’entendre et il lui demande donc de foutre le camp pour la raconter en paix à personne, c’est tellement logique), puisque figurez-vous que nous en sommes déjà à 10 minutes de film et le titre d’icelui apparaît seulement puisqu’il n’a pas commencé.

bilbofrodon

Nous voici donc quelques années auparavant, 60 pour être exact, alors que Bilbo est encore un jeune et fringuant hobbit qui, pour gagner du temps de film, débite les descriptions du livre en voix off (mais si, je ne blague pas) pendant que la caméra illustre son propos. Mais à cet âge là, Bilbo n’avait rien d’un aventurier, non : c’était un branleur de hobbit comme les autres, qui passait ses journées à fumer devant chez lui comme un vulgaire punk à chien devant Monoprix. Et rien n’aurait dû bousculer sa tranquillité, si ce n’est une vielle histoire (oui, remontons encore un peu dans le temps).

Autrefois, il existait un royaume prospère dans les Terres du Milieu : le royaume d’Erebor, royaume de nains installé sous une montagne sobrement appelée "Mont Solitaire" puisqu’au milieu de nulle part. Il s’agissait là, comme bien souvent chez les nains, d’une imposante forteresse souterraine, dont le portail vers la surface, à flanc de montagne, faisait face à une ville humaine nommée Dale qui profitait des richesses issues du royaume : or et argent en quantité, objets forgés avec un soin sans pareil, et surtout, une énorme marché potentiel de peignes à moustaches. Sauf qu’à force d’accumuler des richesses, y compris une splendide pierre semblable à nulle autre appelée "Coeur de la Montagne", cela a fini par attirer, non pas des traders, mais une bête un poil moins dangereuse : un dragon. Un beau matin, donc, à Dale on a humé l’air et on s’est dit "c’est marrant, ça sent un peu le bouc ce matin" ; sauf qu’avant même de pouvoir accuser les nains et leur hygiène contestable, une imposante créature ailée a plongé des cieux et a commencé à cramer un peu tout à l’aide de son haleine de chacal. Après avoir nettoyé le coin, la bête a défoncé les portes de la forteresse naine, et a commencé à distribuer des cachous au tout venant : malgré une résistance acharnée, les nains ne purent tenir la place, et bientôt, eux qui étaient riches et arrogants se retrouvèrent rejetés de leur foyer, sans abri ni richesses. Alors que le dragon s’endormait paisiblement au milieu de la salle au trésor de la forteresse désertée, parce que déféquer sur des lingots, c’est quand même la classe, des colonnes de réfugiés nains quittaient l’endroit et se dispersaient… mais l’un d’entre eux ne rêvait que de reprendre l’endroit : Thorin, dernier descendant du dernier roi local, et héritier de droit du trône d’Erebor. Il passa donc des années à échafauder un plan mais… revenons déjà à La Comté.

Car oui : à la Comté, le jeune Bilbo, occupé à profiter du banc devant chez lui pour fumer la pipe, voit bientôt débarquer devant chez lui un autre illustre branleur : Gandalf le gris, surnommé ainsi à cause de sa consommation abusive de schnaps. Après un dialogue sans intérêt sur le fait de ce que l’on entend lorsque l’on se dit bonjour, Gandalf explique qu’il ne passe pas tout à fait dans le coin par hasard : il est à la recherche d’un amateur d’aventures. Et même si Bilbo transforme son slip en bourbier à la seule évocation de ce mot, il pense que celui-ci serait le hobbit de la situation, tout simplement parce que…

… heu…

Gandalfbilbo

Moui. Non, en fait, il a juste décidé qu’un bourgeois fumeur de pipe et pétochard serait l’aventurier idéal. Il est comme ça Gandalf : vous voyez qu’il n’a pas usurpé son titre de "gris", le bougre. Bref : Bilbo en ayant assez de ces magiciens bourrés en guenilles qui déambulent sur les routes en ennuyant les honnêtes gens, et décide donc d’aller se réfugier derrière sa porte avant que le vieux ne commence à lui réclamer une ou deux pièces d’or pour rester propre. Sauf que c’est sans compter sur la légendaire lourdeur de Gandalf, qui est du genre à redemander trois fois le Petit Bonhomme en mousse (d’où son amour des hobbits) aux DJs en soirée, et qui s’avance donc vers la porte de Bilbo pour la saloper au cutter en y gravant un signe.

Oui. Vous voyez l’état du RER ? Ne cherchez plus : vous pouvez remercier Gandalf.

Bref, après avoir fait le relou, le magicien s’en va donc et laisse Bilbo finir sa journée en paix. Sauf qu’au soir tombé, voici que l’on frappe à la porte de notre hobbit ! Se dépêchant d’enfiler une robe de chambre pour aller ouvrir, le pauvret se retrouve nez-à-nez avec un nain au crâne rasé, couvert de tatouages, et parlant avec un fort accent de l’ex-URSS. Le bougre semble persuadé qu’une réunion doit se tenir chez Bilbo le soir-même, puisqu’il a bien vu sur la porte le signe gravé par Gandalf et entre sans trop écouter le hobbit gueuler qu’il salope le tapis, puis va taper dans son garde-manger. Quelques minutes plus tard, un autre nain débarque à son tour à la porte, et s’en va rejoindre son compère dans l’orgie de saucisson en cours. Bilbo n’a pas le temps de les traiter de malotrus, de sacripants, voire d’insulter leurs grosses mères que l’on frappe une fois encore : cette-fois, ce sont deux nains d’un coup qui arrivent. Puis 8, accompagnés de Gandalf en personne. Tous semblent heureux de se retrouver là, expliquent qu’ils se sont perdus de vue si longtemps, puis se lancent dans une orgie fromagère sans pareille. Enfin, un dernier nain arrive, l’air cool (comprendre : il regarde ailleurs et en tournant le dos quand on lui parle, donc) : Thorin, le dernier roi d’Erebor.

Gandalfexpert

Bilbo a donc désormais, en sus d’un magicien, 13 nains chez lui. Permettez-moi de les lister :

  • Thorin
  • Balin
  • Jean-Jacques
  • Jean-Jacques
  • Jean-Jacques
  • Jean-Jacques
  • Jean-Jacques
  • Jean-Jacques
  • Jean-Jacques
  • Jean-Jacques
  • Jean-Jacques
  • Jean-Jacques
  • Fat-Jean-Jacques

Et donc, Thorin, c’est le boss (qui est tellement cool qu’il ne ressemble pas non plus à un nain, on dirait juste Aragorn avec une barbe et des chaussures orthopédiques) et Balin, c’est le vieux sage (qui sert à occuper l’espace que Gandalf laisse vide quand il est au bar). Les autres, vous pourriez les interchanger, vous en servir pour caler une porte ou autre, ça serait la même. Bref.

Arrivenains

En tout cas, sachez que les nains sont de joyeux compagnons amoureux de la chanson, et ils n’hésitent pas à se lancer en des choeurs joyeux tout en faisant la vaisselle (fascinant), à chanter en prenant l’air cool au garde-à-vous devant un feu de cheminée parce que leur foyer leur manque, ou autre. Rien de bien intéressant, donc. Finalement, tout de même, les nains acceptent d’expliquer à Bilbo pourquoi ils sont venu piller son frigo et boucher ses chiottes : c’est tout simplement parce que Gandalf leur a expliqué que Bilbo ferait un formidable 14e membre à leur compagnie, et qu’il s’agit d’un excellent cambrioleur, ce qui est toujours utile lorsque l’on veut s’infiltrer quelque part, fut-ce une ancienne forteresse.

"Nan mais attendez, attendez, on s’emballe pas les gars : je ne suis pas un cambrioleur. En fait, je n’ai même pas de métier : tout ce que l’on sait, c’est que je fume la pipe toute la journée en comptant mes orteils.
- Ah, oui, je vois, vous êtes un peu un branleur, en fait ?
- C’est ça.
- Et l’aventure, ça vous tente au moins, non ?
- Non, ça me fait même cordialement chier mes bons amis.
- Et bien formidable, merci Gandalf, bien joué les Ressources Humaines."

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Sauf que Gandalf étant un peu la béquille du scénario, il se contente de balancer "J’AI DIT QUE BILBO SERAIT SUPER ALORS VOUS DISCUTEZ PAS". Et de marmonner des trucs comme quoi Bilbo, c’est un hobbit donc un cambrioleur naturel, et qu’il a un coeur gros comme ça alors il sera parfait, même s’il ne le sait pas lui-même (oui, c’est nul, chut). Pas de problème : les nains soumettent donc à Bilbo un contrat lui expliquant son paiement en cas de succès de l’opération (1/14e des richesses trouvées, Gandalf étant bénévole). Il lui suffit de le signer pour accepter, mais le bougre hésite. Et continue d’écouter les nains causer de ce qu’est l’aventure exacte dans laquelle ils veulent le plonger.

Vous vous souvenez des colonnes entières de réfugiés nains qui quittaient le plus grand royaume de leur race il y a quelques paragraphes ? Et bien à l’idée d’aller le reconquérir, seuls 12 ont répondu à l’appel de Thorin. Ah bon, mais pourquoi ? On ne le saura jamais. Les autres avaient sûrement piscine. Et au fait, pourquoi le reconquérir maintenant ? Parce que les nouvelles disent que les oiseaux retournent se poser sur le Mont Solitaire, chose qu’ils ne faisaient plus du vivant du dragon qui y a élu domicile, Smaug. Et les prophéties disent que ces oiseaux revenant sur le mont sont le signal de la reconquête pour les nains. Thorin a donc une théorie : plus personne n’a vu Smaug sortir de sa tanière depuis 60 ans. Il est peut-être tout simplement mort de sa belle mort au milieu de ses richesses mal acquises, tel un vulgaire petit vieux devant un épisode de Derrick… et la forteresse et ses trésors sont donc sans protection ! Il faut par conséquent que les nains aillent vite réoccuper l’endroit, sinon, il sera pillé, et jamais Erebor ne renaîtra. Et pour cela, les nains ont deux outils dans leur quête : une carte pour les ramener chez eux, et supposée garder le secret d’un accès caché à la forteresse, ainsi qu’une clé pour ouvrir ledit passage. Ce qui est très pratique puisque "l’entrée principale est scellée".

Pardon ? Scellée ?

Attendez, on parle bien de l’entrée principale qu’un gros cul de dragon de plusieurs dizaines de tonnes a défoncé au début du film pour se frayer un chemin ? Celle où à chaque fois que Peter Jackson se sent obligé de faire un plan sur la forteresse abandonnée quand ils en parlent, on voit encore le trou géant dans la façade ? Et ne me dites pas que tout s’est effondré derrière le dragon quand il est rentré : on a eu droit à un beau plan de colonnes de réfugiés fuyant par ladite ouverture tout à l’heure. Mais c’est peut-être un dragon portugais qui, une fois son forfait accompli, a posé de petits parpaings derrière-lui, hein. Salauds de dragons qui prennent le travail des honnêtes artisans : on se souvient de la fois où ils ont construit le stade de France, ça commence à bien faire. Mais je m’égare.

Teufnain

En tout cas : l’idée de finir dans l’intestin grêle d’un dragon, malgré son exotisme, ne ravit pas Bilbo qui explique qu’il décline purement et simplement l’offre d’emploi. Il va plutôt aller se pieuter ; Et si demain les potes squatteurs de Gandalf (j’insiste : il tague, s’invite avec des potes, squatte et pille le frigo des honnêtes gens contre leur avis : il est quand même plus clodo grognon que magicien joyeux) sont encore là, il y aura distribution de coups de pieds velus au cul. Compris ?

Bilbo passe donc une nuit brève mais tranquille, et à son réveil, sa demeure est vidée des nains et autres magiciens, qui ont même pris le soin de nettoyer les traces de vomi de la veille. Trop heureux d’être ainsi de nouveau tranquille, le hobbit a du mal à contenir sa joie, mais finit cependant par croiser le chemin du contrat des nains l’invitant à rejoindre leur compagnie, qu’ils ont abandonné là. Le consultant, Bilbo fait un peu la moue, et puis allez : au diable la cohérence, après avoir bataillé des heures pour être tranquille, il décide de partir à l’aventure, allez hop !

Ne cherchez pas, c’est comme ça, pif pouf.

Bref : saisissant son manteau et ses affaires, le fier hobbit traverse donc la Comté en courant, tentant de rattraper la troupe des nains partie à l’aube. Et c’est heureux, car les petits barbus ne sont pas loin, et voyageant à dos de poney (seul Gandalf a un cheval pour se la péter), lui en ont même gardé un. Heureux de voir un nouveau membre rejoindre la troupe, même si celui-ci ne semble guère taillé pour l’aventure, nos héros cheminent donc lentement vers leur lointaine destination : l’intestin grêle de Smaug le Mont Solitaire.

La troupe voyage donc tranquillement jusqu’à un premier arrêt dans une forêt où nos héros entendent de lointains cris, que les nains identifient comme étant ceux d’orques. De petites troupes de ceux-ci écument en effet le pays, à la recherche d’or à piller, de fermes à brûler et de bons films à regarder. Autant vous dire qu’ils rentrent souvent bredouille sur ce dernier point mais là n’est pas la question. C’est l’occasion parfaite pour Balin, en vieux sage du groupe, d’expliquer que Thorin leur chef a trois ennemis jurés :

  • Les orques
  • Les elfes
  • Les utilisateurs d’Instagram

Les orques, déjà, parce que figurez-vous que quelques années après que les nains aient fui Erebor, le père de Thorin réunit une armée de vétérans de son royaume afin d’aller reconquérir… le royaume nain de la Moria, occupé par des orques.

Moui. Et sinon reconquérir TON royaume, non ? Non parce que je ne sais pas : tu aurais pu te rencarder sur comment buter un dragon et voir ce qu’il était possible de faire (du genre lui balancer du bétail empoisonné à grignoter). Non ? Mais peut-être préfères-tu aller tataner des types qui n’ont rien à voir avec la choucroute dans l’espoir de récupérer une forteresse probablement recouverte de fientes goblinoïdes au trésor dilapidé depuis des siècles ?

Qu’importe : durant la bataille, le père de Thorin est tombé sur le roi orque de la Moria, Azog, un gros orque albinos du genre bougon. Après avoir cordialement pété la gueule à papa Thorin, il tenta de tuer son fils. Sauf que Thorin réussit à se protéger d’un coup mortel en utilisant une branche de chêne qui traînait là, obtenant ainsi le surnom de "Thorin Ecu-de-Chêne", et contre-attaqua en tranchant le bras du margoulin. Dixit Thorin lui-même "Azog est probablement mort de ses blessures, hohoho, personne n’aurait pu survivre à celles-ci, même si on ne retrouva jamais son cadavre, hahaha".

Oui, vous venez bien de lire une phrase moisie issue des plus mauvais James Bond. Je me demande tellement si Azog est mort, holala ! Et si on va le revoir dans le film ! En tout cas, depuis, Thorin n’aime pas trop trop les orques (même si je doute qu’il les aimait avant, mais bon).

Donc sinon, Thorin n’aime pas trop non plus les elfes. Pas tant à cause de leur côté prout-prout ma chère que du fait que le jour où Smaug a attaqué la forteresse de ses ancêtres, les elfes s’étaient pointés avec toute une armée (Ah ?! Mais comment sont-ils arrivés si vite ? Nous ne le saurons jamais, tant chacun sait qu’en sus, une armée, c’est tellement rapide à déplacer) mais se sont dit qu’en fait, bof, les dragons c’est dangereux, cassons-nous. Et ce sous les yeux des réfugiés nains sortant encore à demi-cuits du royaume en flammes. Oui parce que non, les elfes ne se sont pas non plus dit "Tiens, des réfugiés, aidons-les" : non, ils se sont cassés en se disant que ça leur apprendrait l’humilité, à ces gros blaireaux de nains.

Du coup, Thorin leur en veut un peu, là encore.

Pour les utilisateurs d’Instagram, je crois qu’il n’y a même pas besoin d’explication : on comprend juste que Thorin est un nain de bon sens.

Flashback

Cela dit, on découvre que les orques qui traînent dans les bois ont repéré la troupe des nains. Chevauchant des ouargues, ces sortes d’énormes loups, ils restent à bonne distance et semblent très intéressés par cette cible, puisque l’un d’entre eux déclare "Préviens le maître que nous les avons trouvés".

Je me demande TERRIBLEMENT qui est le "maître", sachant qu’on vient d’évoquer un seul orque avec un nom qui en plus, ça tombe bien, est supposé être l’ennemi juré de Thorin. Dites bonjour à l’intrigue Hollywoodienne écrite sur un coin de nappe.

En tout cas, pas d’attaque cette nuit là : nos héros peuvent donc reprendre la route, sans que Bilbo ne fasse remarquer à Balin que c’est quand même curieux : il vient de lui raconter toute l’histoire de Thorin avec un accent de l’ex-URSS que certains nains semblent avoir et d’autres non, alors qu’ils sont tous originaires de la même forteresse. Mais bon, hein, s’il faut commencer à être cohérent aussi, pfou.

Le lendemain, la troupe qui progresse paisiblement finit par arriver à une ferme en ruine : visiblement, dans le coin, les orques se font plaisir. Gandalf propose donc aux nains de ne pas passer la nuit là, et de plutôt pousser jusqu’à Fondcombe, le havre elfique situé non loin.

"Comprenez-vous Thorin, il serait plus sûr de passer la nuit chez les elfes.
- Nan. On va dormir ici.
- Mais enfin, pourquoi ?
- Parce que les elfes, c’est rien que des gros pédés.
- Oui non mais d’accord, mais justement Thorin, pourquoi croyez-vous que j’ai envie de passer la nuit là-bas ? 
- … 
- Bien, bon, je vois, puisque c’est comme ça, moi, j’me casse, bande d’homophobes."

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Et ce qui est dit est fait, puisque vexé par ces nains qui refusent de l’écouter, Gandalf grimpe sur sa monture et quitte la compagnie. On sent bien que quelques nains ne sont pas d’accord avec leur chef et qu’ils aimeraient bien que le vieux grigou reste encore un peu pour leur raconter comment autrefois, il fut aussi Magneto, mais ils n’en disent rien. Et installent donc leur camp pour la nuit dans les ruines de la ferme ravagée.

L’ambiance est bonne, le souper correct, et Bilbo se retrouve chargé d’aller apporter leur pitance à Jean-Jacques et Jean-Jacques qui montent la garde près des poneys. Sauf qu’en arrivant, les deux compères ont l’air bien préoccupés : ils ont beau compter et recompter, il manque des poneys.

"Où sont-ils ?
- C’est bien le problème Bilbo, nous ne savons pas.
- Peut-être qu’ils sont partis parce qu’ils avaient un truc à faire. Genre regarder Koh-Lanta, non ?
- Bilbo, ce sont de fucking poneys. 
- Pardon.
- Les fuckings poneys ne regardent pas Koh-Lanta. Encore, on chevaucherait des yorkshires, je vous dirais que c’est crédible, mais là, non, vous racontez des conneries mon vieux Bilbo, les poneys sont beaucoup trop intelligents. Tenez, rendez-vous utile et inspectez les traces autour du campement, vous devez savoir faire ça, non ?"

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Et des traces, Bilbo, Jean-Jacques et Jean-Jacques en trouvent vite. Des grosses traces de panards d’un fort beau calibre à côté d’arbres renversés… la chose qui a fait ça devait être vaguement balaise. Et les nains vaguement sourds pour ne pas entendre des arbres que l’on déracine à 5 mètres d’eux. Mais je dis ça, hein, bon. En tout cas, en suivant les empreintes, nos héros aperçoivent la lumière d’un feu… et trois trolls en train de préparer un ragoût, les poneys manquants à côté d’eux prêts à être découpés !

"Bon, Bilbo, là ça va être chaud patate mon gars. 
- Hein ?
- Non parce que tu es un cambrioleur, c’est ça ?
- Même pas, non. Je suis juste une quiche avec du poil aux pattes.
- Parfait. Bon alors écoute, tu vas aller voler les poneys. 
- Super plan les mecs : c’est tellement crédible : les trolls ne vont pas DU TOUT le remarquer, après tout, ce n’est que leur repas, repas qui bouge, pue et fait du bruit. S’il se barre, ils vont sûrement rester là à se dire que ce soir ils mangeront des carottes. Non, moi j’ai un meilleur plan : on va chercher les autres et on leur éclate la gueule tant qu’on a l’avantage de la surprise. Parce que même si je réussis à les voler, les trolls vont comprendre qu’il se passe un truc et commencer à courir les bois. Et sachant qu’ils sont à 20 mètres de notre camp, ils ne nous rateront pas.
- Ta gueule Bilbo. Tiens t’en au script.
- Ah oui, pardon : "D’accord les amis, comptez sur moi !""

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Bilbo approche donc discrètement (comprendre "vêtu de sa veste rouge pétard") le camp des trolls, et note que ceux-ci parlent le langage commun, et sont en train de disserter sur la recette du soir. Faisant fi de leurs considérations culinaires, Bilbo s’approche donc des poneys et…

Non, attendez, je vous la fais.

Bilbo tente de détacher les poneys. Mais non, c’est risqué. Bon, il retente. Mais non, c’est vraiment risqué. Bon, allez : il retente. Ah non, un troll va le voir. Mais non. Bon, il reretente. Ah mais pfou, la corde est épaisse. Ah ! Un troll va le voir. Ah, non, c’est bon, rien en fait. Bon, il rereretente. Mais bon, c’est risqué. Tiens, un troll a un couteau ? Bon est-ce qu’il le vole ? Nan, déjà, il retente une fois encore de détacher les poneys. Mais non. Ah ! Un troll va le voir. Bon, le couteau ? Allez, il y va et s’avance. Non, en fait, non, il recule. Il retourne aux poneys. Ah, mais bon, le couteau quand même… bon, allez, il y va. Ah ! Un troll va le voir ! Vite, il se cache. C’est bon ? Allez, il va détacher les poneys. Tiens, la corde est trop épaisse ? Ah si seulement j’avais… ah mais oui, le couteau ! Bon allez : il y va. Oh ! Un troll va le voir ! Il se cache. Mais il le veut ce couteau ! Mais c’est risqué. Bon, il avance. Moui, non, il recule.

C’est chiant hein ? Imaginez-vous dans la salle face à cette scène sans fin. Vous le sentez poindre, le gros soupir ? Bon enfin en tout cas, voilà : maintenant, vous savez comment on peut faire 9 heures de film à partir d’un petit livre.

Bref : je vous passe encore les multiples hésitations et rebondissements sans intérêt : Bilbo finit par se faire attraper par les trolls lors d’une manoeuvre peu habile, et se retrouve comme une andouille.

Heureusement, Jean-Jacques et Jean-Jacques avaient surveillé la chose de loin, et prévenu leurs potes nains : ils volent donc à la rescousse du hobbit, les armes à la main, et s’ensuit une longue séance de combat sans intérêt, avec des passages "lol" hollywoodiens typiques, du genre l’un des nains un peu débilet qui combat… au lance-pierre. Okay, d’accord. Non mais en plus, c’est super drôle, hein, je viens de me péter deux côtes en le regardant tant le rire m’étreint. Voilà voilà. Merci, Peter Jackson.

Trolls

Donc, le combat dure encore et encore, jusqu’à ce que les trolls prennent Bilbo en otage, expliquant qu’ils vont un peu lui déchirer la gueule si les nains ne se calment pas tout de suite. Bien urbains, ces derniers obéissent… et finissent donc saucissonnés, prêts à être passés à la broche. A noter que les nains sont allongés à côté de leurs armes, mais ne pensent pas à essayer de défaire leurs liens avec les lames de ces dernières. Je… misère, c’était si dur de ne pas filmer les armes juste à côté pour virer une incohérence ? Allez, laissons tomber.

"Putain, bien joué Bilbo.
- Je parle bien aux nains qui viennent de faire une séquence de 5 minutes de combat avec des trolls qui n’ont même pas une égratignure à la cheville ?
- Ah oui, tiens, c’est rigolo. On dirait que le réalisateur a oublié de signaler que les coups d’épée dans la gueule, ça faisait vaguement mal. Je veux bien qu’ils aient la peau épaisse, mais dans le Seigneur des Anneaux, même des flèches les tuent. C’était pourtant lui aussi qui le réalisait, non ? Il devrait s’en souvenir, c’est ce qu’il racontait durant plus de 10 heures de film !
- Oui, mais en fait, c’est juste nul. 
- Ah oui, tiens."

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Un peu ennuyé à l’idée de se faire grignoter, Bilbo cherche une ruse pour gagner du temps car les trolls ont une faiblesse : ils se transforment en pierre à la lumière du jour ! Or, l’aube n’est pas loin… il tente donc sa chance pour gagner du temps.

"Attendez amis trolls ! Vous ne devez pas cuire les nains à la broche !
- Ah oui et pourquoi ?
- Parce que je suis Pierre Martinet, et que je suis un traiteur intraitable. 
- Ça se tient, on t’écoute mec.
- Et bien heu… pour cuisiner des nains il… heu… il faut les écorcher vif."

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Pardon ? Tu veux gagner du temps et tu demandes à ce que tous les nains soient tués, là, tout de suite, alors que jusqu’ici ils étaient seulement attachés à une broche (ils n’avaient même pas la broche dans le cucu, ce sont des trolls sympas) ? Mais tu es complètement con mon pauvre Bilbo ? Bon, qu’importe : il baratine encore un peu, et aperçoit du coin de l’oeil une forme qui fait woush-woush entre les arbres : Gandalf ! C’est aussi un ninja !

Aussi, après avoir fait gagner suffisamment de temps au magicien, Bilbo regarde avec bonheur celui-ci apparaître et fracasser une grosse pierre d’un seul coup de son bâton, découvrant derrière celle-ci la ligne d’horizon où, déjà, le soleil apparaît. A peine les rayons ont-ils touché les trolls que ceux-ci sont instantanément transformés en pierre : ouf ! La troupe est sauvée.

"Merci Gandalf ! T’assures chaussure !
- T’inquiète chaussette. Je suis comme ça moi, je suis…
- Oui enfin si tu pouvais nous détacher, ce serait cool aussi, hein."

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S’empressant d’effectuer la tâche demandée, le magicien gris libère ses compagnons et disserte avec eux : c’est étonnant, des trolls si loin de leurs cachettes habituelles, à savoir essentiellement les forums de Hardware.fr. Mais puisqu’ils vivaient dans le coin, ces trolls devaient sûrement avoir une caverne pour s’abriter des rayons du soleil. Et un butin ! Allez les gars, tous sur le loot !

En fouillant un peu, nos héros trouvent bien une cachette, contenant pas mal d’or et d’objets précieux pris sur des voyageurs malheureux, ainsi que quelques épées peu banales : Tranchegueule, une épée qui bourre pas mal et que Gandalf s’attribue, Pètegob, une lame célèbre pour avoir transformé du gobelin en kiwi tranché à la chaîne, que Thorin récupère, et enfin une petite épée elfique qui est remise à Bilbo, et dont la lame devient bleue à chaque fois que des ennemis sont proches. Une sorte de Tom-Tom, quoi "Bon sang Thorin, mon épée devient bleue, ralentit sinon la gendarmerie va flasher les poneys !".

Une fois tout le monde équipé, on décide d’enterrer l’or pour le récupérer plus tard, parce que ce n’est pas comme si on avait des poneys pour le transporter et que ça pourrait servir à acheter du matériel avant de se lancer à l’assaut du Mont Solitaire. Et ce n’est pas non plus comme si, en cas de réussite de la mission, les nains ne comptaient pas repasser par ici (bin oui, ils partent reconquérir leur terre natale, je le rappelle, c’est justement pour y rester). Bref, c’est très con. Mais on est plus à ça près.

Traveling

Car soudain, un bruit terrible se fait entendre : quelque chose d’autre approche au travers des bois à folle allure ! Un troll grognon ? Une meute d’orques ? Non ! Un truc qui n’a strictement rien à voir avec l’intrigue : Radagast le magicien brun et son traîneau tiré par des lapins !

Je… bon, oui, c’est nul, mais faisons semblant de rien quant au niveau consternant de ce film et détaillons un peu, car lors d’un bref flashback, nous apprenons qui est Radagast.

Figurez-vous que Gandalf le gris n’est pas le seul magicien des Terres du Milieu : il y a aussi Saroumane le blanc, le PDG de la United Magic Rabouins, et trois autres compères dont Radagast le brun. Lui, son truc, normalement, c’est de vivre au fond des bois complètement défoncé à la ganja. Comme c’est un film trop lolilol, les oiseaux lui font caca dessus et vivent dans ses cheveux. Bref, c’est un gros hippie.

Sauf que ces derniers temps, rien ne va plus dans la forêt jolie où il se pique habituellement : non pas qu’elle soit envahie d’autres toxicomanes, non, son vrai problème c’est que tous les animaux meurent. Et un jour, parmi les agonisants, Radagast a trouvé Kiki le hérisson, et a décidé de lui sauver la vie. Oui. Il est comme ça Radagast, à côté, Brigitte Bardot est une sorte d’Hitler animalier. Emmenant Kiki à l’abri de sa demeure, Radagast le tourne et retourne dans tous les sens, tentant de lui administrer moult remèdes voire de partager ses pétards avec lui pour apaiser ses souffrances. Hélas, l’animal finit tout de même par clamser : c’est la tristesse. Mais Radagast réalise une chose : si aucun remède n’a sauvé l’animal, c’est probablement que… il est en réalité victime d’un sort ! Vite : utilisant sa magie, le bougre tente d’exorciser le hérisson (je le redis, cette séance ne sert à rien) même s’il est mort, détail, et note que de sombres formes apparaissent devant ses fenêtres : des araignées géantes sont en train d’attaquer sa maison dans le même temps !

Et vous savez le plus fort ? C’est ce que ça n’a strictement aucun rapport ! Puisqu’alors que les bestioles commencent à tout péter pour rentrer tuer le mage, elles s’arrêtent net lorsqu’il finit d’exorciser le hérisson et que celui-ci se réveille. Et s’en vont tranquillement en sifflotant après avoir fait du rien.

Mais ? Pourquoi ? POURQUOI ? Si c’était pour tuer le mage, pourquoi s’arrêter ? Si c’était pour empêcher l’exorcisme de Kiki le hérisson, pourquoi ne pas savater son responsable ? Je… qui a pu écrire une telle merde ? Ça n’a strictement aucun sens.

Bon allez, on enchaîne : Radagast se demande ce que c’est que ce bordel, et décide d’aller suivre d’où venaient les araignées : d’une forteresse abandonnée dans les bois. Or, celle-ci a été réinvestie par un être maléfique : un nécromancien que nous appellerons Saucarré tellement il est difficile de deviner de qui il s’agit. Or, celui-ci a ramené à la vie des morts, dont un spectre qui tente de tabasser Radagast lorsque celui-ci approche de trop près. Heureusement, grâce au pouvoir de sa ganja enchantée, non seulement il parvient à se débarrasser du brigand, mais aussi à lui rabouiner son arme. Il s’en va donc en gambadant gaiement, bondit sur son ridicule traîneau à lapins, et fonce, fonce…

Jusqu’à arriver à Gandalf et aux nains près de la grotte des trolls (qu’il a localisés comment ? Ah oui : pouf), nous ramenant donc à notre aventure. Radagast conte donc son histoire, et même si Gandalf ne pige toujours pas ce que ces foutues araignées voulaient faire en défonçant la maison pendant l’exorcisme de Kiki le hérisson, il estime que tout cela est assez important à prendre en compte : il se passe quelque chose de louche dans les Terres du Milieu, et il compte bien identifier qui est ce mystérieux Monsieur Saucarré lorsqu’il en aura l’occasion.

Sauf que soudain, un autre bruit se fait entendre : encore ?!

Oui ! Cette fois, ce sont les orques sur ouargues qui ont rattrapé les nains et s’apprêtent à les boulotter : pas de souci, dit Radagast, j’ai un fucking traîneau à lapins, et vu mon odeur de pétard, je peux faire une diversion tranquille. Vous pendant ce temps : barrez-vous.

Plan qui est donc fidèlement suivi. Et qui permet donc à tous les ouargues et orques de courser un traîneau à lapins, ce qui non seulement donne l’air très con, mais les fait courir un moment. Ça ressemble un peu à une course de lévrier, sauf qu’au moins avec les lévriers, vous avez une petite chance de ne pas faire que perdre du fric à les regarder.

Radagast

"Mais ça doit pas être facile à manoeuvrer en forêt un traîneau, non ?" me direz-vous puisque vous méprisez mes comparaisons animalières de toute votre morgue. Mais soit, je vais répondre à votre légitime question car…

La forêt a disparu. Les trolls, tout ça, c’est fini. Tout le monde vient de se téléporter au milieu d’une sorte de lande désertique idéale pour filmer des courses poursuites. Je… oh la vache. C’est diablement mauvais. Mais, au montage, ils ne se sont pas dit "Tiens c’est rigolo, on a pas du tout fait les tournages aux mêmes endroits, ça va peut-être se voir ?" et bien non. Le fait de passer d’une forêt super dense à une lande sans un seul arbre jusqu’à l’horizon n’a visiblement choqué personne. Ou alors, ils se sont juste dit "Les spectateurs sont beaucoup trop cons, on s’en fout.".

Moi je penche déjà pour une option, je vous laisse deviner.

En tout cas, la diversion dure un moment, mais les orques finissent cependant par repérer les nains. Et Radagast par… heu… sortir du film. Voilà voilà.

Les nains, eux, se disent que ça fait beaucoup d’orques à affronter quand même, et heureusement, découvrent l’entrée d’une curieuse galerie dans le sol de la lande : ni une, ni deux, ils bondissent tous dedans, alors qu’au même moment, des elfes surgissent de nulle part (on ne les avait vus sur aucun des plans dévoilant tout jusqu’à l’horizon 15 secondes avant, alors qu’en fait, ils étaient à 50 mètres de là, c’est fou, on dirait encore que ce film n’a même pas la qualité de réalisation d’une série B, c’est magique) et boutent les orques qui tenteraient la poursuite.

Les nains, eux, peu pressés de rencontrer des elfes, décident d’explorer la galerie et de la poursuivre pour mieux tomber au bout de celle-ci sur…

Fondcombe.

Attendez, on parle bien de Fondcombe, la riante vallée elfique ? Celle que là encore, on aurait dû peut-être voir, si les nains étaient juste à côté, lors des plans larges sur la lande ? Non plus ? Surtout quand les personnages insistent tous sur le fait que "Ouah, on était juste à côté !" . Mais arrêtez ! Arrêtez le massacre ! Mais bordel, pourquoi est-ce que ce film semble être un enchaînement constant de ratages mis en évidence par les dialogues pour ceux qui les auraient loupés ?

Allez, je… bon, on est pas sorti. Continuons.

A Fondcombe, donc, les nains râlent un peu contre Gandalf, qui leur avoue que bon, okay, il a un peu tout fait pour les emmener dans cette direction, mais pour leur bien. Mais que l’on se rassure : les elfes se montrent accueillant avec leurs hôtes nains, et pardonnent même le côté bourru de Thorin, qui les traite en ennemis potentiels voire fait des commentaires sur tous ces elfes qui jouent à se claquer les fesses avec leurs serviettes dans les vestiaires après leur match hebdomadaire de croquet.

D’ailleurs, on notera que Peter Jackson a fait un effort : je ne sais pas si vous vous souvenez, mais dans Le Seigneur des Anneaux, le bougre avait un don pour prendre au casting des elfes qui avaient tout sauf des têtes d’elfes. Difficile de ne pas oublier le célèbre Elfe Gropif et son ami Elfe Fatass, ce dernier étant probablement la risée de la Lorien avec son bide en avant qui laissait supposer que contrairement aux autres elfes, il ne devait pas vraiment sauter de branche en branche, ou alors uniquement si on l’hélitreuillait. Encore un qui avait passé trop de temps vautré sur sa branche à mater du porn d’écureuils (le seul disponible sur place) au lieu de faire de l’exercice, mais passons.

Bref : à Fondcombe, Gandalf explique à Thorin que le maître des lieux, Elrond, est un érudit. Et comme la carte que les nains ont pour se rendre au Mont Solitaire est supposée contenir un message secret sur une entrée cachée selon Gandalf, il propose de demander de l’aide aux elfes. Thorin traîne un peu les pieds, et finit par accepter : à la lumière de la lune qui, ho bin ça tombe bien alors, est PILE alignée de la bonne manière pour lire le message caché sur la carte, il parvient à obtenir un message codé : "Quand la grive pète les cailloux, jouez donc du biniou" ou un truc du genre. Sûrement un message laissé derrière eux par les bretons, cet autre peuple mystérieux de la Terre du Milieu.

Bien : cela étant dit, Elrond invite Gandalf à le suivre. Car d’autres personnes sont ici et veulent le voir… à savoir Galadriel et Saroumane ! Gandalf fait donc sa tête de mauvais élève qui ne veut pas aller dans le bureau du directeur, et suit donc son hôte jusqu’à arriver face aux deux autres larrons assemblés autour d’une table.

"Alors Gandalf ! Comme ça on part à l’aventure son avertir son copain Saroumane ? C’est pas très sympa ça ! 
- Non mais désolé, mais en fait je voulais vous prévenir, mais en fait, tu vois, et bin le message, il a dû se perdre. Mais d’ailleurs, comment saviez-vous que l’on viendrait ici ?
- On a lu le scénario, comment veux-tu que l’on ait pu faire autrement ? Parce qu’en plus, c’est pas la porte à côté, hein.
- Okay. Bon, en attendant, je vous explique : j’accompagne les 13 nains parce que je pense qu’ils ont raison de vouloir reprendre leur royaume, et parce que si en plus on pouvait ne plus avoir Smaug le dragon sur les bras, ce serait pas mal cool.
- Moui. Autre chose ?
- Et bien en plus, figurez-vous que j’ai peur qu’une force maléfique ne soit en train de revenir en Terres du Milieu. Radagast m’a raconté qu’il a vu des morts se relever sous les ordres d’un mystérieux nécromancien qui avait l’apparence, le goût et l’odeur de Sauron. D’ailleurs, j’ai ramené comme preuve une épée que Radagast a fauchée à l’un des morts-vivants : une épée qui est supposée être enterrée avec son proprio depuis des plombes.
- Alors et d’une, ça prouve rien parce que Radagast, il est sous acide toute la journée, et de deux, si ça se trouve il a récupéré cette lame sur un mort après s’être découvert une passion nécrophile.
- Crédible.
- Oui, quant à Sauron, hohoho, hahaha ! Attendez, il a disparu et on a jamais retrouvé son corps ! Ca ne peut pas être lui !
- Vous avez remarqué comme dans tous les films, dès qu’un personnage dit cela, le mec dont il parle revient instantanément d’entre les morts ?
- Ah oui, c’est vrai que c’est très con. Une scène de plus avec des dialogues ratés ?
- C’est ça. Et je pense que c’est pas fini."

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Et en effet, on monte le niveau d’un cran. Galadriel, qui jusqu’ici n’avait servi à rien, décide de devenir… télépathe ! Comme ça, pif-pouf ! Ainsi, elle peut discuter avec Gandalf pendant que Saroumane grogne comme quoi il n’était pas au courant de cette histoire de nain, que c’est scandaleux, et qu’il va confisquer son carnet de correspondance pour mettre un mot à ses parents. Mais que dit Galadriel ?

"Gandaaaaalf… Gandaaaalf… je communique avec vos pensées ! 
- Mes ?
- Je me disais bien qu’il y avait de l’écho. Bon, je tenais juste à vous dire : je suis grave d’accord.
- De ?
- La quête, le dragon, Sauron, tout ça… j’approuve. Continuez votre quête. Et allez, avouez : vous restez ici à discuter avec nous juste pour nous occuper pendant que les nains se barrent. Comme ça, Saroumane ne pourra pas les arrêter.
- Ah bon, ils se b… hahaha, hem non : oui, complètement, c’était mon plan depuis le début."

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Et en effet : après avoir suivi Gandalf papoter encore quelques minutes pour dire du rien, et échanger avec Galadriel sur le fait qu’il lui suffit de l’appeler pour qu’elle apparaisse (quelle fille facile), le tout en tournant le dos à son interlocuteur en regardant le soleil se lever doucement, nous en revenons aux nains.

Fondcombe

Ces derniers se sont en effet barrés discrètement à l’aube, et marchent en file indienne sur un énième passage étroit pendant que la caméra tourne autour d’eux avec une musique pompeuse (… soupir). Après avoir traversé moult décors, nos héros finissent par une nuit de tempête à chercher un abri, errant sur une corniche glissante de montagne. Sauf qu’en réalité, il ne s’agit pas d’une corniche mais… d’une cavité dans la jambe d’un géant des montagnes assoupi ! Je vous passe les détails, mais le géant se lève, se tabasse avec des potes, se vautre, bref, encore 5mn de séquence hors de prix avec des géants qui se tapent sur la gueule probablement suite à un match de football des montagnes ayant mal tourné. A noter que durant l’affaire, Bilbo manque de peu de tomber, et ne doit son salut qu’à des nains qui lui tendent la main de justesse. Mais là encore, Peter Jackson  se vautre, en choisissant de mettre Bilbo en péril juste à côté de nains avec des lances. Et qui ne pensent pas à s’en servir pour lui tendre : à la place ils se contentent de faire l’habituel "Gnnn attrape ma main ! Aaaah mon bras est trop court !", etc. Non vraiment, c’est vu, déjà vu,  et même pas bon. Et gratuitement incohérent, donc. Vivement la prochaine fois : "Vite, mon bras est trop court ! Ah, et ces 12 mètres de corde enroulés sur mon épaule qui gênent mes mouvements !".

Nos nains s’en tirent malgré tout, et râlant sur le fait que Gandalf ne les ait pas encore rejoints, ils décident de s’abriter après ces aventures dans une grotte voisine, relativement petite et donc sûre puisque sans galeries inexplorées.

Profitons-en pour nous rendre complètement ailleurs : dans de vieilles ruines, loin de là, où les cavaliers orques et leurs ouargues sont venus faire leur rapport à leur chef… qui leur tourne le dos, l’air philosophe, mais en regardant la lune cette fois. Mais ? Bon sang, ça vous dirait pas de faire UNE SCENE où les gens se regardent quand ils se parlent ? C’est nul ! Nul ! Bon sang, vous allez voir, les mêmes mecs qui se moquent des Experts vont quand même réussir à trouver ce film génial alors qu’on y trouve les mêmes ficelles.

Bref, qui est le chef des orques ? Et bien figurez-vous – et là attention, c’est super incroyable – qu’il s’agit d’Azog, le seul orque avec un nom cité précédemment dans le film, et supposé mort ! Il lui manque toujours un bout de bras, mais les orques ayant de fichus chirurgiens, ils lui ont greffé à la place une pince à barbecue. Probablement pour animer les soirées de la Moria en agitant des merguez. Bon, c’est cool tout ça, mais à quoi sert cette scène ? Et bien aux orques à expliquer leur échec à leur maître :

"Seigneur Azog-main-de-merguez, nous avons échoué, huuu… les elfes… les elfes ont surgi alors que nous avions encerclé les nains… ils nous ont échappé !
- Alors tu mourras de ma main. Je veux la tête de Thorin Ecu de Chêne !"

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Et notre homme exécute en effet le serviteur défaillant d’un seul coup de sa puissante musculature, puis s’en retourne caresser son ouargue personnel, aussi albinos que lui, en continuant de contempler l’horizon nocturne.

"Et sinon chef, vous pourriez nous expliquer pourquoi, alors que vous êtes un peu le boss de la Moria,vous vous baladez avec quatre pauvres orques et cinq ouargues à travers tout le pays alors que vous êtes supposé être un seigneur de guerre surpuissant ? Vous n’avez rien de mieux à faire ? Vous avez pas de hobby ? Ça vous dirait pas d’essayer le ping-pong par exemple ? On peut vous greffer une raquette à la place de la main si vous voulez hein !"

Mais le chef orque n’aime pas le ping-pong, parce que ça oblige à regarder son adversaire en face. Aussi, la scène s’arrête ici.

Revenons à nos nains : alors que ces derniers pioncent tranquillement dans leur grotte de montagne, Bilbo se réveille, et note que la lame de son épée est devenue incroyablement bleue : ho bon sang, c’est qu’il y a pléthore d’ennemis à proximité ! Et en effet : soudain, le sol de la grotte s’ouvre littéralement en deux, et nos héros chutent tous dans une sorte d’immense toboggan en pierre (mais super patiné, hein, ils n’ont même pas une égratignure ou un accroc) et se retrouvent dans une cage au beau milieu d’une immense cavité sous la montagne où se balancent d’innombrables passerelles au-dessus d’un gouffre béant menant à une rivière souterrain.

Géant

Et nos héros ont à peine le temps de se demander ce qui leur l’arrive que des dizaines de gobelins jaillissent de partout et fondent sur eux, les empêchant de sortir leurs armes et les emmenant en une masse grouillante sur les passerelles vers une destination inconnue. Dans l’affaire, Bilbo parvient à s’échapper en… heu… marchant à 4 pattes. Et non, aucun gobelin ne remarque ce type en rouge vif entre eux, et ils le laissent donc derrière eux sans même le remarquer. Mais ? Mais ? Bouhouhou ! Arrêtez, s’il vous plait !

Bilbo se croit temporairement à l’abri, mais, erreur ! Un gobelin isolé l’a repéré se faufilant sur les passerelles, et bondit sur lui pour lui bourrer la gueule, oui ma bonne dame, le gobelin est comme ça. Hélas, la mêlée est si confuse entre les deux larrons que bientôt, ils tombent de leur passerelle et disparaissent dans l’immense gouffre au-dessous d’eux. Ouch.

C’est donc après une chute d’environ 400 mètres que nous retrouvons Bilbo, frais comme un gardon. Pardon ? Justifier sa survie ? Ahaha, mais non enfin, pourquoi ? On fait des incohérences à la pelle depuis deux heures maintenant, vous croyez vraiment qu’on va prendre le temps de faire un effort avec ce genre de détail ? Bref : Bilbo note que le gobelin qui l’avait agressé est tombé non loin… et qu’une autre créature est présente avec eux ! Elle, bien en forme : une créature grise et maigre aux yeux ronds qui donnent envie de la gifler qui tousse régulièrement en faisant "Gollum ! Gollum !". Le bougre n’a pas repéré Bilbo, et se contente de sourire devant le gobelin inconscient : après l’avoir fini à coups de caillou sur la face, il compte bien le manger, ce qui, disons le, effraie un peu notre héros témoin des évènements, qui ne comprend guère ce qu’est cette étrange créature. Créature qui en tabassant le gobelin, a perdu un curieux anneau derrière elle, ainsi que des clés de BMW.

Sitôt que la chose a disparu avec sa prise, Bilbo récupère son épée (qui par un fameux hasard, était non seulement tombée à côté de lui, mais en plus couverte par des champignons pour éviter que l’on ne puisse voir sa lumière bleutée, c’est quand même bien fait), l’anneau qui était à côté, mais pas les clés de la bagnole parce que dans ce film, aucune route ne semble faire plus de 40 cm de large pour obliger tout le monde à se balader en file indienne alors bon, ça ne servirait à rien. Puis, il commence à s’avancer dans les profondeurs de la montagne. Bien vite, le fanfaron tombe nez-à-nez avec un petit lac souterrain obscur, où Gollum est en train de s’apprêter à manger sa proie. Mais entrapercevant la lumière de la lame de Bilbo, il l’abandonne, et tel un ninja, disparaît dans l’obscurité avant de réapparaître à côté de notre héros quelques instants plus tard, prêt à lui caillasser la margoulette.

Sauf que Bilbo est vif : il parvient à pointer son épée vers lui, arrêtant instantanément la créature qui ne semble guère aimer les lames elfiques (sa pire phobie après le savon, les dialogues cohérents et les imitations pathétiques). Intrigué, Gollum se demande qui peut bien être ce petit visiteur qui prétend se nommer Bilbo Sacquet et être un hobbit. Mais notre héros n’a guère de temps à perdre : il veut avant tout sortir d’ici. Et comme Gollum s’ennuie, il propose un jeu à Bilbo. Un duel d’énigmes.

Enigmes

Remarquez, ça aurait pu aussi être une partie de Time’s up, alors quelque part, ne nous plaignons pas.

Si Bilbo gagne, Gollum lui montre la sortie. Si Gollum gagne, il lui montre son gosier. Il sortira aussi, d’une certaine manière, mais aura un peu moins de succès à la Comté, disons.

Soit, dit Bilbo. J’te prends quand tu veux.

Et c’est parti pour 6 énigmes. Pas une ou deux, hein : 6. Et à chaque fois, les personnages réfléchissent pendant de longues, longues minutes à base de "Rhoooo", "Attendez", "Mais si je le sais !" et hop, 15 minutes de meublées dites-donc. Cette scène est infernale, sans fin, et je vous avoue que j’ai prié pour que l’on me sorte de cette salle tant c’était non seulement nul, mais que les ficelles pour rallonger la sauce étaient si grosses que j’aurais pu me pendre avec. Et j’en ai vraiment eu envie.

Finalement, ce n’est que lorsque Bilbo pose la question "Qui c’est le plus fort, l’hippopotame ou l’éléphant ?" que Gollum sèche et que le concours est gagné. Mais le bougre étant mauvais perdant, il se dit que allez, bon : il va buter Bilbo quand même, parce que ça commence à bien faire les conneries quand même. Sauf que fouillant dans la poche de son pagne (si, si) pour y prendre l’anneau, son précieux, qui a le pouvoir de le rendre invisible, le bougre constate qu’il l’a perdu. Et que Bilbo l’a probablement volé. Ce gros bâtard.

C’est donc la grosse colère. Si.

Bilbo sent bien que tout cela flaire bon le pâté, et tente donc de s’enfuir, mais, las ! Gollum connait bien les tunnels et s’avère diablement rapide. Du moins, jusqu’à ce que, presque par hasard, Bilbo enfile l’anneau qu’il avait récupéré lorsque l’étrange personnage l’avait perdu, et devienne soudain invisible (d’ailleurs, si vous avez déjà vu le Seigneur des Anneaux, sachez que Peter Jackson recycle jusqu’au moindre plan : l’anneau qui tournoie au-dessus de Bilbo, la main dressée vers le ciel, l’objet qui ratterrit pile à son doigt, le tout au ralenti… Rrrzzz…) ! Suivant Gollum au travers du labyrinthe sous la montagne, celui-ci finit par l’amener devant une sortie. Sortie où Bilbo aperçoit… les nains !

Car pendant ce temps, il s’est passé des trucs du côté des nains, mais oui.

Après avoir été capturés par les gobelins, ceux-ci les ont emmenés devant Grogob, le roi local, qui s’est un peu moqué d’eux et a immédiatement reconnu Thorin (comment ? Probablement qu’ils ont Facebook sous la montagne), redoublant donc de mauvais esprit envers ce roi sans royaume. Il a quand même un peu flippé en notant que les nains se promenaient avec Pètegob, la lame connue pour être un peu le Baygon à gobelins. D’ailleurs, il a peur au point de reculer en hurlant rien qu’en la voyant posée au sol, alors que comme nous le verrons quelques minutes plus tard, la même dans les mains des nains, cette fois-ci grognons et équipés, ne lui fera pas du tout peur. Comme quoi, hein, mais bon : s’il fallait essayer de tenir plus d’une minute sans faire d’incohérences, aussi, hein…

Car justement : alors que les gobelins s’apprêtent à dépecer et torturer les nains histoire de déconner un peu, voici que soudain, une explosion lumineuse projette tout le monde au sol (mais sans les blesser, quand bien même ça désintègre tout ce qu’il y a à côté. Ah) c’est Gandalf ! Comment a-t-il su pour les nains prisonniers ? Comment est-il arrivé jusqu’à la salle du trône sans se faire croquer le cucu par les gobelins en maraude ? Et bien, c’est bien simple : ça ne mérite aucune explication !

"Allez les nains, remuez-vous le derche" leur hurle le magicien pistonné par le script bancal.

Aussi, sautant sur leurs pieds, nos héros se saisissent de leurs armes, et s’ensuit une bataille que je décrirai ainsi :

  1. Les nains courent sur une passerelle en essayant de fuir
  2. Soudain, 8D6 gobelins leur tombent dessus en faisant "Grrreeeuu"
  3. Grâce à d’habiles moulinets, tous les gobelins tombent dans le vide
  4. La troupe peut continuer

Répétez ça sur, disons, 12 passerelles, et vous avez l’intégralité de la scène. Oui, c’est assez chiant. Pas autant qu’un duel d’énigmes sans fin, mais pas loin quand même. Au final, le roi des gobelins, donc, qui a pour principal rôle de hurler le nom de chaque arme brandie par les gentils pour rappeler qu’ils ne se battent pas avec des couteaux à beurre (d’ailleurs, il ne donne pas qu’un nom c’est du genre "HO REGARDEZ ! ILS BRANDISSENT TRANCHEGUEULE, L’EPEE QUI MEULE SEVERE, AUSSI CONNUE SOUS LE NOM DE MARTEAU A MARGOULINS ! SAVIEZ-VOUS QUE CHEZ LES ELFES ON L’APPELLE N’GOLO, CE QUI SIGNIFIE AUSSI "FENDOIR A BLAIREAUX ?" : en fait, ils ne sont pas poursuivis par le roi des gobelins mais par Wikipédia) rattrape le petit groupe de fugitifs pour qu’ils ne puissent échapper à sa sapience. Et comme je vous le disais, le pauvre a beau hurler qu’il craint toutes ces lames plus que tout, même quand il n’y a personne pour les tenir, il n’est plus impressionné du tout sitôt qu’elles sont brandies face à lui par des guerriers expérimentés. Oui, c’est absolument nul, mais si vous ne le remarquez que maintenant, bon.

Bastonnains

Bref : en tout cas, après avoir vaincu le roi des gobelins super facilement, je vous passe les détails mais nos héros ont eux aussi tous chuté dans le gouffre sous les passerelles gobelines, tout comme Bilbo l’avait fait un moment plus tôt. Là encore, et après un curieux effet spécial bien raté, ils survivent tous à une chute de plusieurs centaines de mètres, et n’ont même pas un bleu lorsque le cadavre du roi des gobelins choit sur leur gueule depuis la même hauteur alors qu’il doit bien peser sa tonne cinq. Du détail on vous dit.

Par conséquent, c’est comme ça que Bilbo et les nains se sont retrouvés au même endroit. Et ont pu se retrouver près d’une sortie, qu’ils ont prise sans trop se faire prier.

A noter qu’une fois dehors, Bilbo n’a pas encore retiré son anneau et est donc encore invisible, aussi entend-t-il Thorin dire, lorsque Gandalf demande où est Bilbo, que "Cette petite fiente a probablement fui pour retourner dans son confort petit bourgeois". Il n’en faut pas plus à Bilbo pour aller retirer son anneau dans une cachette (il veut garder ce secret pour lui) et surgir en disant "Ahaha, et bien non Thorin, je suis là parce que je suis trop un mec cool."

Tout le monde embraierait bien sur le sujet, sauf que soudain, nos héros constatent une chose terrible : Azog et ses ouargues les ont retrouvés ! Vite, il n’y a pas une minute à perdre, fuyons !

Hélas, l’endroit n’est pas vraiment pratique pour ce genre d’exercice, puisque nos héros découvrent qu’ils sont en fait sur une falaise, et qu’il n’y a logiquement au bout de celle-ci que le vide… tant pis ! Gandalf donne l’ordre de grimper aux arbres, tant les ouargues sont connus pour être des quiches en escalade, puisqu’à l’école ils séchaient pour aller fumer derrière le gymnase. Les nains ont donc tôt fait d’agir en conséquence, et de noter qu’en effet, la troupe est bien commandée par Azog, le terrible ennemi de Thorin.

Histoire de quand même leur bourrer un peu la gueule et de riposter face aux ouargues, Gandalf utilise ses puissants pouvoirs de mage, non pas pour refaire une énorme explosion dans leur face mais pour… enflammer des pommes de pin. Hmm. Moui, d’accord. Bien bien bien. Jetant le tout dans la gueule des ouargues, ceux-ci reculent alors que le sol s’enflamme devant eux. Mais pour autant, rien n’est gagné. Car non seulement l’ennemi n’a reculé que de quelques mètres, mais en plus le grand arbre dans lequel la troupe a trouvé refuge commence à montrer des signes de faiblesse. Pas de problème : Gandalf décide d’en parler à un papillon.

"Papillon, petit papillon, pourrais-tu nous aider ?
- Ecoutez Gandalf, je suis un papillon. Vous croyez quoi, que je vais vous ramener un hélicoptère ? 
- Papillon, petit papillon, tu te bouges ou c’est Baygon."

0

Un peu blasé, le papillon se casse donc. Et pendant ce temps, Thorin, lui, en a un peu marre de poireauter dans un arbre : il décide donc d’en descendre pour aller se détendre un peu, par exemple en cassant la gueule à Azog. Bon, petit détail : Azog (orque géant) monté sur Mirza (ouargue géant) charge à pleine vitesse le nain, et lui enfonce sa masse d’arme en plein dans la gueule.

Vous allez me dire "Ho non, Thorin meurt ?"

Non. Ça lui fait juste une coupure au nez.

Non, je ne déconne pas. Et puis pas une grosse coupure, hein, vous savez, ces blessures de film qui sont toujours entourées de noir comme si le mec avait à demi-brûlé en prenant le coup. Ah non mais c’est moisi jusqu’au bout, hein ! D’ailleurs, pour en rajouter une couche, Mirza choppe Thorin dans sa gueule et le mâchouille un petit moment, mais ça va, merci là encore, ça ne lui fait rien. Détail amusant : lorsque Thorin se libère de la gueule de l’animal et tombe au sol d’une hauteur d’environ un mètre cinquante… cela l’assomme.

Vous vous souvenez des chutes de 400 mètres il y a 10 minutes qui ne faisaient pas un bleu ? Oui, moi aussi.

Arbre

Bref, finalement, c’est Bilbo qui doit voler à la rescousse du nain, et s’il tient Azog à distance par le pouvoir de la coolitude, il ne parvient pas à le vaincre. Et alors que les ouargues vont en finir avec tous ces petits personnages… les renforts ramenés par l’ami gentil Papillon arrivent ! Il s’agit des aigles géants, les potes de Gandalf, qui devaient donc être juste à côté pour qu’un papillon vole jusqu’à eux en 2 minutes. En tout cas, ils emportent dans les airs les nains, conscients ou non, les magiciens et les hobbits, et les emmènent loin d’Azog et sa troupe, jusqu’à une plate-forme rocheuse en sécurité.

De là, et alors que le soleil venait à peine de se coucher, hop, il se relève déjà (non mais c’est si compliqué que ça à gérer ? Un stagiaire saurait le faire !) pour dévoiler un spectacle intéressant : au loin, le Mont Solitaire est visible !

"Voilà qui promet de belles aventures", s’exclament nos héros en regardant l’horizon, alors qu’une grive s’envole devant eux. "Même si comme à chaque film, Gandalf appelle les aigles à la fin au lieu de s’en servir de taxi aérien pour que l’on arrive à destination sans risquer 20 fois notre peau."

Et la grive, ignorant les trous de l’intrigue, volant jusqu’au Mont Solitaire, tape un escargot si fort contre la paroi rocheuse que cela résonne jusqu’au coeur de l’ancienne forteresse naine (oui, c’est un oiseau sous stéroïdes), où la caméra déambule jusqu’à la salle du trésor… où il y a du mouvement : un museau s’agite, un oeil s’ouvre : Smaug est encore vivant, et bien vivant, contrairement à 20% des spectateurs morts de vieillesse durant la scène des énigmes !

Et… FIN !

Aigles

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"Cate ! Cate ! Tournez-vous Cate ! Souriez !"

Les photographes se pressent sur les bords du tapis rouge, poussant sur le cordon de sécurité malgré la vigilance des agents chargés de s’assurer de l’intégrité d’icelui. Dans les derniers rangs des preneurs d’images, certains sont déjà occupés à contempler leurs prises du jour. "Radieuse", "épatante", "incroyable" : les mots ne manquent pas pour qualifier la photogénie naturelle de l’actrice. Pour les photographes, la journée a été bonne. Il est rare qu’une comédienne d’un tel niveau prenne autant de temps pour poser.

Une bien belle rencontre, en somme.

"Espèce de monstre !"

Lance cependant Cate au travers de son bâillon, alors que je la dépose dans le coffre de ma berline. "Que croyez-vous ? Tout le monde doit être à ma recherche à l’heure qu’il est ! Je suis supposée être en train de monter les marches, ils vont s’en apercevoir, toute la ville sera bientôt à vos trousses espèce de dégénéré !"

Me tournant vers l’agitation visible au coin de la rue, alors que des badauds vont et viennent en tournant les têtes vers les marches où l’on entend distinctement les cris de "Cate ! Par ici Cate ! Souriez, oui !", je me contentai de sourire vers elle.

"J’en doute, jeune fille. J’en doute."

Et refermant le coffre sur la malheureuse, j’imaginais déjà la magie du jour à venir.

Demain, les plus grands magazines auraient pour couverture une salade niçoise.

Voici venir la dernière semaine avant Noël.

Voyez comme les rues sont emplies d’enfants aux joues rougies par le froid, leurs visages ronds s’arrêtant en de grands rires devant les vitrines illuminées ;  entendez ces doux chants qui montent à vos oreilles : Mozart, Bach, René la Taupe… tous les plus talentueux artistes s’invitent sur nos trottoirs. Ah, ça, oui ! Pas de doute : il est temps de presser le pas pour aller quérir les présents qui feront le bonheur des petits, mais aussi des grands.

Cependant, comme chaque année, il est bien difficile de trouver de bonnes idées pour surprendre son prochain et tirer de lui un si doux sourire lorsque, au pied du sapin, il trouvera l’inattendu, l’attentionné, l’excellent cadeau que vous lui aurez fait. Heureusement, sur ce blog, et en cette période de Noël, le maître des lieux s’en voudrait de ne pas mettre la main à la pâte pour aider les indécis à trouver leurs ultimes cadeaux. Aussi, permettez-moi de vous présenter une brève liste d’idées qui pourront, je l’espère, vous aider.

Vous avez votre bloc-notes à proximité ? Alors allons-y.

Le Chihuaha

Attention, un seul de ces deux petits animaux a appris la propreté. Concentrez-vous.

Vos amis rêvaient d’un chien ? Offrez leur un chihuahua.

Un choix judicieux, sachez-le, tant il faut savoir que le chihuahua est dans le top 10 des animaux les plus cons du globe, juste en dessous de l’huître et du présentateur télé. Minuscule et tremblotant en permanence probablement puisque la coordination de ses quatre pattes demande déjà un effort monstrueux à son cerveau, le chihuahua a l’avantage de se dissimuler facilement dans une boîte à chaussure, ce qui est fort pratique pour l’offrir. Certes, il faut penser à faire des trous pour laisser la bête respirer, mais quand bien même, il faut au moins une semaine aux heureux destinataires du cadeau pour s’apercevoir que l’animal est mort, tant d’un point de vue tant intellectuel qu’olfactif, ça ne fait pas de grande différence avec son équivalent vivant. En général, ce qui met sur la piste, c’est qu’il n’a pas déféqué sur le tapis. Notons d’ailleurs que le chihuahua est le seul animal avec le yorkshire capable de produire des étrons plus gros que son propre corps, ce qui laisse supposer que son anus est une sorte de porte des étoiles, mais là n’est pas le sujet.

Non, en offrant un chihuahua, vous avez la garantie que non seulement par la suite, vos amis n’oseront jamais critiquer vos cadeaux puisqu’ils l’auront demandé, mais que par ailleurs, quoique vous offriez derrière, vous ne pourrez jamais faire pire que ce truc. Alors n’hésitez pas : pour Noël, faites leur payer le fait qu’ils demandent à se faire offrir un chien en les condamnant à vivre en colocation avec un chihuahua.

La culotte Edward

On attend avec impatience la version Jacob, pour créer une sorte de mise en abyme slipesque.

Vous avez dans votre entourage une jeune fille qui se transforme littéralement en flaque à la simple évocation du sieur Patachon, ou qui semble même excitée à la vue d’une choucroute ? Aucun doute possible : vous avez là l’occasion en or de faire un cadeau qui fera se joindre l’utile à l’agréable. Grâce à la culotte Edward (mais si, si), non seulement la bougresse n’aura jamais été aussi proche du vampire de ses rêves, mais par ailleurs, ses parents vous remercieront d’ainsi protéger la virginité de leur fille, car on imagine bien le pauvre bougre qui, après avoir séduit la bougresse, découvrira en face de lui le regard du Edward grognon.

Logiquement, il s’effondrera, littéralement pris de convulsions, et lorsqu’il sortira du coma, se contentera d’entrer au monastère en essayant d’oublier l’horreur à laquelle il a fait face. Chaque nuit, il cauchemardera de la vision d’horreur du gros Edward chevelu qui semblait lui reprocher sa tentative d’accouplement. Un sort terrible.

D’ailleurs, tant qu’à rentabiliser l’investissement, n’oubliez pas : à chaque fois que la jeune fille en question viendra chez vous avec ses parents par la suite, ne cuisinez que du chou. Non seulement la belle y verra une allusion à son idole, mais par ailleurs, vous pourrez savourer intérieurement le triste destin auquel vous condamnez le pauvre Edward dans les heures qui suivront.

J’attends avec impatience l’édition Gandalf avec la sortie du Hobbit, intitulée "None shall pass" ou quelque chose dans le genre.

Le DVD de Prométhéus

Rappelons qu’une suite est prévue : voilà encore un Noël de prêt.

Vous avez tous un ami relou (mais si, vous le savez mais évitez simplement de lui dire par courtoisie, bande de petits filous) qui lorsqu’il apprécie un film, ne tolère aucune critique à son égard, voire le qualifie instantanément de chef d’oeuvre pour se donner des airs d’érudit. Non parce qu’il ne peut pas simplement aimer un film : il l’a forcément compris, et y a vu tellement de choses que c’en est à se demander s’il va au cinéma sous acide, ce que, cela dit, je ne peux personnellement guère condamner dans bien des cas.

Avec Prométhéus, vous êtes sûr de lui faire plaisir : 100% des scènes ratées ou incohérentes, un côté supra-pompeux et une licence considérée comme mythique pour nombre des actuels gros consommateurs de cinéma et de séries… vous ne pourriez lui faire plus beau présent. n’hésitez pas, par la suite, à passer le repas de Noël à ses côtés pour l’écouter tenter d’inventer des sparadraps au scénario en extrapolant sur "ce qu’il n’y a pas dans le film mais qu’il faut comprendre en fait, tu vois". Si vous ne l’aimez vraiment pas, contentez vous simplement de lui lister toutes les incohérences, et regardez son cerveau se liquéfier tranquillement pour aller rejoindre le jus des huîtres.

Si vous ne savez pas à qui l’offrir, contentez-vous de trouver un ami qui a les DVD de 24. S’ils trouvaient les rebondissements de cette série crédible : c’est bon, c’est un client.

Bilbo le Hobbit

Le livre qui se termine plus vite qu’un seul des films

Si la précédente idée cadeau ne vous a pas suffi et que vous voulez quelque chose qui crée des débats encore plus casse-gueule, n’hésitez pas à offrir Bilbo le Hobbit à un fan.

Pas le film, hein, il n’est disponible qu’en salle et je sais que vous ne téléchargez jamais car vous êtes d’honnêtes citoyens. Non, je vous parle du livre, celui avec marqué dessus "Maintenant au cinéma" parce que c’est le livre du film du livre, tout ça tout ça. Après l’avoir offert, de préférence à un fan, même s’il l’a déjà lu, vous avez là non seulement une occasion de lui faire plaisir, mais aussi de disserter avec lui du sens de la vie, puisque vous pourrez alors aborder avec la cible du présent des questions aussi existentielles que "Mais dis-moi, tu n’as pas l’impression que l’on se fout un peu de ta gueule à faire 3 films à partir d’un livre qui à lui seul était deux fois plus petit qu’un seule tome du Seigneur des Anneaux ?" , "Es-tu vraiment certain qu’il faille complètement adapter un livre au cinéma ? Du genre, lorsque des nains font la vaisselle sur trois lignes dans un livre, est-ce que tu n’as pas là encore l’impression qu’en faire une scène entière, c’est juste pour rallonger la sauce et te faire payer plusieurs places au lieu d’une ?" "D’ailleurs, as-tu remarqué comme, ces deux dernières années, tous les livres ont subitement tous eu besoin de deux films pour être adapté au lieu d’un ?" "Peux-tu poser cette bûche pendant que je te parle ?".

Logiquement, la soirée devrait rapidement tourner au pugilat, ce qui mettra un peu de piment dans une fête habituellement trop calme.

Ce qui sera toujours plus intéressant que le film, donc.

Un masque de Guy Fawkes

Le masque est aussi très utile pour cacher l’acné de quantité de ses porteurs

Si vous hésitez, regardez bien sur Facebook : vous avez forcément un ami qui signe n’hésite pas à militer vigoureusement dans des groupes comme "Pour ceux qui sont contre le cancer", "Tous unis contre la torture" et plus discrètement administrateur de la page "Télécharger du p0rn gratos : les bonnes adresses". E-militant qui ne fout pas un pied dans la rue parce qu’il fait froid, pas un dans les partis parce qu’ils sont tous corrompus, et pas un dans les associations parce qu’il n’a pas le temps après 18h, il combat vigoureusement l’impérialisme depuis Facebook ou Twitter, et s’offusque publiquement contre l’inaction des masses dont il ne fait évidemment pas partie, puisqu’il soutient des groupes sur internet. Censeur des censeurs, bourreau des bourreaux mais à condition de pouvoir le faire depuis chez lui entre deux épisodes de Dexter, il saura apprécier ce présent qui lui rappellera toute sa condition d’activiste 2.0. Il passera alors la soirée de Noël à vous expliquer comment il lutte contre le capitalisme grâce à ce symbole, puis s’en retournera préparer la Révolution depuis son iMac.

Bref, de grands moments en perspective.

Voilà, n’hésitez pas à en combiner plusieurs pour gâter vos petits préférés, et surtout, n’oubliez pas de prendre des photos.

C’est qu’un type en slip Edward avec un masque de Guy Fawkes, ce serait quand même bête de le manquer.

Ça vous est tous arrivé un jour.

Alors que vous étiez en train de lire un quelconque ouvrage, ou de réviser on ne sait quelle leçon, arrivé en bas de la page vous avez réalisé que vous n’aviez pas la moindre idée de ce que vous veniez de lire. L’inquisition espagnole aurait pu défoncer la porte et vous sommer d’expliquer le sens de ce que vous veniez de consulter en vous menaçant de quelconques abominables tortures, comme de vous faire assister à une conférence de Bernard-Henri Lévy, vous n’auriez su trouver le moindre mot pour résumer ce que vos yeux étaient supposés avoir assimilé.

Pourtant, en relisant, tout cela vous disait bien quelque chose : vous l’aviez lu, mais votre cerveau n’y avait trouvé aucun sens.

C’est exactement le métier des experts, non pas ceux de la série à base de caméra qui zooment suffisamment pour pouvoir accuser Cricri la fourmi du meurtre de Crocro le haricot, mais bien de ces abominables créatures dont la vie consiste à rédiger des textes imbitables et des Powerpoints qui attaquent la rétine (mais si, ceux où chaque changement de diapo a une animation différente, souvenez-vous), et dont l’objectif ultime est de se faire payer pour intervenir lors d’interminables réunions auxquelles tout le monde assiste mais personne ne trouve d’intérêt (à part de faire avancer la cause de l’euthanasie).

Et bien, parfois, il arrive que l’un de ces experts soit pris sur le vif : c’est le cas de Jacques-Alain Miller, psychanalyste hantant les colonnes du Point pour expliquer longuement aux lecteurs en quoi sa science et son expertise lui permettent de disséquer la situation politique française mieux que personne. Et si cela fait trop longtemps que vous n’étiez pas tombé sur un texte capable de vous anesthésier le cerveau dès le premier paragraphe, alors régalez-vous : l’article complet est . Aussi, plutôt que de critiquer le quelconque baratin d’un expert classique lors d’une réunion, observons tous ensemble le propos d’un de ces fameux larrons pour avoir ainsi une référence commune à bâcher.

Pour ceux qui n’auraient pas suivi la situation politique française de ces dernières semaines, puisque vous étiez trop occupé à chercher un article capable de vous expliquer quel était l’intérêt de la WiiU (à ce qu’il parait qu’on peut en trouver sous le sabot des licornes) ou simplement que vous habitez une contrée sauvage et reculée comme le Québec (ne nie pas, ami trappeur), permettez-moi de résumer la semaine dernière :

L’UMP, principal parti de droite de l’échiquier politique français, organisait des primaires pour désigner son prochain patron. Hélas, les deux candidats arrivés au coude à coude, Jean-François Copé et François Fillon, ont eu bien du mal à se départager, se proclamant tour à tour vainqueur et accusant l’autre d’avoir triché comme de vulgaires équipes d’Intervilles. Finalement, diverses commissions ont proclamé Jean-François vainqueur d’une poignée de voix, et François a décidé de faire tous les recours possibles puisque continuant de douter des résultats. Finalement, et après s’être bien bagarrés, François a fait appel à Alain Juppé, éminence grise locale, pour qu’il vienne essayer de trouver une solution diplomatique en s’interposant tel un petit casque bleu (ou une vachette, si l’on reprend la référence précédente).

Vous avez compris ?

Jean-François et François se chamaillaient pour savoir qui avait gagné, et Alain a été appelé pour une mission bisous.

Rien de bien compliqué.

Dans le monde des experts, tout le monde s'éclate en réunion et meurt d'envie de les entendre un peu plus analyser les choses

Dans le monde des experts, tout le monde s’éclate en réunion et meurt d’envie de les entendre un peu plus analyser les choses

Du moins, jusqu’à l’intervention de Jacques-Alain Miller, expert et psychanalyste, rien que ça, qui à défaut de vous expliquer la situation a… heu… bon, regardons ensemble la puissance de notre expert local ! Et attention, parce que là, on peut carrément parler d’artiste. Lisez plutôt.

Le jour se lève, le cessez-le-feu tient toujours. On respire. On attend le "teafortwo-plus un" prévu dimanche à 19 heures, qui doit réunir à Paris Jean-François Copé et François Fillon à l’initiative d’Alain Juppé.

Premier paragraphe et première ligne : on reconnait l’expert à sa capacité à caser des anglicismes pour un oui ou pour un non. Par exemple, ici c’est plutôt pour un non, puisqu’en fait, ça n’a rien à voir avec un tea for two puisqu’ils sont trois et que notre homme lui-même l’admet. Mais bon, il avait envie, alors il l’a mis parce qu’il trouvait ça rigolo.

C’est à cela que l’on reconnait les pros.

On voudrait s’y introduire, n’est-ce pas, comme une petite souris. Une journaliste politique, Geneviève Tabouis, est restée célèbre pour ses émissions de radio, les Dernières nouvelles de demain, qui débutaient sempiternellement par la formule : "Attendez-vous à savoir…" Nous n’avons ici ni ses dons de pythonisse, ni ses réseaux d’informateurs privilégiés. Voyons si nous pouvons risquer quelques prévisions en prenant les choses comme Rouletabille, par "le bon bout de la raison".

L’expert aime aussi le name-dropping, le name-bombing (oui, moi aussi je sais mettre des anglicismes partout) et autres petits bonheurs qui servent ici à dire "Vous vous souvenez de Machine ? Ouais, Machine et son émission et tout… vous voyez ? Non parce que moi, je connais bien. Et bien en fait rien à voir !". Je ne sais pas vous, mais quelque chose me dit que le Monsieur est payé au caractère. A défaut de rouler ses billes, autant les placer.

[...] La Maison Fillon sera dépecée. Une négociation s’entame. Demandons-nous quel est, pour chacun des protagonistes, son impératif majeur.

Nous dit-on quelques lignes plus bas. C’est rigolo de mettre dès le début de l’article sa conclusion "Fillon a perdu". Savourons le type qui commence son analyse par un constat sorti de nulle part pour s’appuyer dessus par la suite. Mais c’est vrai que c’est pratique, tout de même puisque du coup on a toujours raison. On appelle ça un axiome, c’est très rigolo comme principe. "Mais non, je n’ai pas tort puisque j’ai dit que j’avais raison !".

Mais ne nous arrêtons pas là, car après quelques paragraphes de vent à répéter la même chose, notre homme décide de continuer sa fine analyse dans ce qui, je le rappelle, prétend être un site de journalisme :

Le principe de Jean-François Copé fait-il la preuve de son égoïsme ? Mérite-t-il une censure morale ? Est-ce le fait d’un "voyou", comme le suggère Marianne ce matin ? Non, pas nécessairement. Le président en exercice de l’UMP soutient que ce n’est que justice que de lui reconnaître sa victoire, et, dit l’adage, "Fiat justitia, et pereat mundus", traduit par "Que justice soit faite, quand bien même le monde devrait en périr". Ce fut la devise de Ferdinand Ier, empereur du Saint-Empire germanique, et Kant la commente dans l’une des annexes de son Projet de paix perpétuelle de 1795. Cette sentence, juge-t-il, est cavalière, mais elle est vraie, et elle témoigne de "l’idée, rationnelle et pure, d’un devoir-être inconditionnel" (J. Boulad-Ayoub, "La prudence du serpent et la simplicité de la colombe…", 1997).

Si vous regardez bien, sur un paragraphe de 7 lignes, seules les deux premières ont un rapport avec le sujet. A partir de la 3e, notre puissant psychanalyste se contente de coller lui-même un adage puis de l’analyser en balançant des références et citations pour faire mec qui a travaillé son sujet. Sauf que ça n’a aucun rapport avec la choucroute. La choucroute est un plat typique du Saint Empire Romain germanique, et comme le disait Léopold-Guillaume d’Hasbourg "Ch’est bon". Cette sentence, certes cavalière mais bien vraie, témoigne du fait que la choucroute est à la fois "délicieuse, fournie bien que parfois bourrative, et du genre à parfumer le lit conjugal" (A. Misou-Misou, "Musique de chambre et pétomanie, ode aux plus grands airs"). Hooo bon sang, je ne sais pas ce qui m’a pris je… je… je crois que je suis fin prêt à écrire pour le Point.

Kant détermine le "mundus" ici en question comme "les méchants en ce monde", et on voit en effet Jean-François Copé prêter à François Fillon des motifs infâmes : ressentiment, envie, mépris du suffrage universel, invitation au suicide collectif… On dira que c’est fort injuste pour François Fillon, et qu’il est dans cette affaire le gentil, l’homme honnête, décent, désintéressé, qui n’a pas d’autre impératif avoué que : "Il faut sauver l’honneur du parti !" Sans doute. Cependant, l’honneur d’un parti politique, c’est là une notion très aventurée, dont il n’est pas avéré qu’elle ait la moindre traduction pratique. Même à admettre que l’honneur d’un parti politique est quelque chose qui puisse se perdre, rien ne prouve qu’il ne puisse se raccommoder, comme le pucelage des filles de Venise selon Casanova. D’une façon générale, concernant les rapports de la morale et de la politique, les propos de François Fillon et de ses partisans témoignent d’une conception qui les a mis hors jeu, comme on le verra en revenant à la négociation en cours à l’UMP.

Si vous ne vous êtes pas endormi à mi-chemin (mais je sais que vous êtes fort puisque vous me lisez ; très honnêtement, je ne serais pas moi, je ne me lirais pas, je suis beaucoup trop bavard), et que vous êtes toujours en train de chercher ce que Kant et Casanova viennent faire dans cette analyse qui pour l’instant, ne dit strictement rien à part "Vous voyez, je vous l’avais dit que François Fillon s’était perdu, bon, je n’ai toujours amené aucun fait, mais promis, je le fais plus tard". Et comme vous l’aurez deviné : ça n’arrivera pas. Peut-on raccommoder l’honneur d’un crypto-journaliste ? Qu’en dirait Casanova ? En parlerait-il aux filles de Venise ? Ou est-ce un coup à les faire fuir tant elles ont autre chose à faire que d’écouter du vent ? Quant à Kant, que vient-il faire là, à part sonner de manière rigolote dans "Quant à Kant" ? Mystère.

D'autres adeptes du name-bombing : les hipsters. Un principe rigolo, qui consiste à dire qu'à défaut de comprendre quelque chose, on connait quelqu'un qui sait.

D’autres adeptes du name-bombing : les hipsters. Un principe utile pour eux qui consiste à dire qu’à défaut de comprendre quelque chose, ils connaissent quelqu’un qui sait. Intelligence et éducation, deux choses différentes.

On peut raisonnablement prévoir son issue. Il suffit de s’inspirer de la théorie mathématique des jeux, voire simplement de la théorie des ensembles. Dans le contexte du duel Copé-Fillon, dont l’enjeu était la présidence de l’UMP, nous étions devant un jeu "à somme nulle" : ce que l’un perd, l’autre le gagne, et vice versa ; c’est Fillon le président, ou c’est Copé. Pas de milieu. Tout change avec l’apparition dans le jeu d’un nouveau joueur, Alain Juppé. Non pas que nous ayons maintenant trois joueurs. Comme nous l’avons expliqué, il se substitue au joueur Fillon. Seulement, et tout est là, il ne s’y substitue pas à la même place.

Vous connaissez la théorie des jeux ? La théorie des ensembles ? Non ? Ce n’est pas grave, lui non plus.

La preuve : en fait, il ne va plus en parler, ni même y faire référence, c’était juste pour les caser. Ce n’est pas beau, ça, tout de même ? Mais là encore, personne ne lui a fait remarquer.

Notez d’ailleurs le : "Non pas que nous ayons maintenant trois joueurs. Comme nous l’avons expliqué, il se substitue au joueur Fillon. Seulement, et tout est là, il ne s’y substitue pas à la même place."

Attention, définition du verbe "substituer" selon le Larousse : Mettre quelqu’un, quelque chose en lieu et place de quelqu’un, de quelque chose d’autre. "Substituer (se)" : Prendre la place de quelqu’un, de quelque chose. Mais ce n’est pas grave, notre expert et journaliste n’a pas froid aux yeux : il vous explique que quelqu’un prend la place de quelqu’un d’autre, mais pas à la même place. Hmmmoui, on peut appeler ça du caca. Aussi. Mais c’est un peu direct, il ne faudrait pas brusquer l’animal. Je rappelle tout de même qu’il écrit dans un journal ayant pignon sur rue, si en plus il faut faire des phrases qui veulent dire quelque chose, mais où va-t-on ?

Le fait capital, c’est que, désormais, l’enjeu n’est plus le même. Alain Juppé a su l’énoncer avec une parfaite lucidité. Jeudi après-midi, dans le communiqué où il posait son premier "ultimatum", il écrivait ceci : "Ce qui est désormais en cause, ce n’est plus la présidence de l’UMP, c’est l’existence même de l’UMP." Ce dit est transformationnel. Il change la nature même de la situation, et la logique qui l’anime. Nous n’avons plus affaire à un jeu à somme nulle, où les joueurs sont des adversaires se disputant le même gain. À la différence du duel Copé-Fillon, le duel Copé-Juppé est un jeu du type coopératif.

"Coopératif". Là encore, un mot relativement compliqué, puisque non seulement faire des duels coopératifs est relativement compliqué, mais en plus, rappelons que la "coopération" était tellement amicale qu’au final, elle n’a duré que 25 minutes, mais j’y reviendrai (et moi, je le fais : mais je n’écris pas dans un grand journal, je ne dois pas savoir, enfin je dis ça…). Ah et au fait, sinon, François Fillon là-dedans ? Non parce que qu’il est quand même un peu à l’origine de tout cela, ça vaut le coup d’encore en parler ou bien ? Non ?

Et bien non. Oublions-le.

Quel sens de l’analyse. C’était quand même pas compliqué : il n’y avait que trois personnages à retenir. Dont deux impliqués depuis le début et un qui se proposait de débarquer le temps d’une réunion. Résultat ? Et bien notre expert vire l’un des principaux protagonistes et garde celui qui vient à peine d’arriver. Je… d’accord. Et donc, comme ça, vous êtes expert en analyse politique. Ah. J’espère qu’on vous ne confiera pas la question du Moyen-Orient un jour sinon, j’imagine bien : "Bon, dans le conflit Israël-Palestine, je pense que ça ne vaut pas le coup de parler d’Israël. Les conflits avec plus d’une personne, c’est trop compliqué".

Simplifions. D’un côté, "sauver l’UMP". De l’autre, "sauver la présidence Copé, l’UMP dût-elle en périr". L’impératif Juppé est-il incompatible, antagoniste, avec l’impératif Copé ? Réponse : les deux se recoupent partiellement, il y a une intersection, et c’est précisément "l’existence de l’UMP". Pour simplifier encore davantage, disons que nous sommes devant une situation de "choix forcé", au sens de Lacan, et qu’il illustre de l’exemple "la bourse ou la vie" (cf. Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, 1973).

En 5 lignes, il y a deux tentatives de simplification, dont une faisant référence à un livre que tout le monde n’aura pas lu, tant Lacan sert plus à caler les bibliothèques qu’à les remplir. Mais c’est pas mal ; "Simplifions et article : il s’agit d’une "bouse à grumeaux" au sens de Diomède, comme on peut le trouver dans mon livre de chevet, Diomède contre Goldorak, 2007".  Mais rassurez-vous, j’exagère quelque peu : l’homme développe sa "simplification", me laissant là aussi dubitatif quant à la présence d’un dictionnaire à ses côtés.

Vous voilà arrêté sur une route de campagne par des brigands de grand chemin, comme le jeune Barry Lyndon dans le film de Kubrick. Le capitaine Feeney, les armes à la main, vous réclame votre bourse. La lui donner ou pas, vous êtes libre, vous avez le choix. Si vous cédez, vous perdez votre bourse. Si vous résistez, vous perdez et votre bourse et la vie. Dès lors, votre choix est forcé. Vous livrez votre bourse, puisque, dans tous les cas, elle est déjà perdue. Le choix entre les deux termes proposés se limite donc à perdre les deux, ou bien n’en conserver qu’un, toujours le même, la vie, certes écornée d’une perte inévitable..

Après un peu de name-bombing, notre puissant larron nous donne donc un exemple pour vous expliquer la situation… qui là encore, n’a aucun rapport. Puisqu’il vous explique que voilà, dans la bourse ou la vie, vous perdez automatiquement la bourse. Sauf que dans le cas présent, aucune perte n’est automatique, puisque c’est d’ailleurs tout l’objectif des négociations en cours, et celui de tous les participants : il n’y a donc aucun rapport.

Excellent exemple : l'un des thèmes de Barry Lyndon est

Excellent exemple : l’un des thèmes de Barry Lyndon est "Peut-on baratiner tout le monde" ? Le bougre n’a pas dû le regarder en entier.

Un détail, évidemment. Un de plus.

Sauf bien sûr, si on sort de son chapeau un raisonnement débile pour expliquer que si, si, perte inévitable il y a.

Dès lors que l’impératif d’Alain Juppé est le "primum vivere", la vie de l’UMP (et il n’est entré dans le jeu que pour le promouvoir), les jeux sont faits : Jean-François Copé gardera la présidence. Quant à François Fillon, il est hors jeu. Il est là, mais ce n’est que pour signer sa reddition. La question de savoir si on lui permettra de sauver la face, et de quelle manière, n’intéresse pas notre logique.

Ah. Bon bin, nous dit-on : François Fillon va se faire défoncer quoiqu’il arrive. C’est rigolo parce que l’ensemble des faits semblent donner tort à notre auteur, encore une fois, mais que sont les faits face à une analyse de pareille qualité ? Et puis d’ailleurs, il a bien raison : "savoir si on lui permettra de sauver la face, et de quelle manière, n’intéresse pas notre logique.". Car oui, là encore, c’est tout à fait clair : cela n’intéresse pas la logique d’un analyste, de savoir si un duel autour de la tête d’un parti, une main sera tendue pour éviter l’implosion dudit parti… là encore thème central de l’article.

On imagine bien le rédacteur en pleine conversation avec son relecteur.

"Attends mais en fait, ton article parle d’une problématique et finalement tu n’en parles pas. Par contre tu cases Kant et le Saint Empire Romain Germanique, tu m’expliques ?
- Ouais c’est un truc intellectuel, tu peux pas comprendre. Tu n’as pas dû assister à assez de réunions.
- Mais c’est malhonnête !
- Pas si je dis… attends, passe-moi mon papier…. gnnn… ça… nous… intéresse… pas. Voilà.
- Ah oui, ça marche vachement mieux maintenant. Z’êtes fort quand même.
- L’expérience petit. J’ai tout appris aux éoliennes. A part la partie productive."
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Et parce qu’un bon article ne finit pas sans une bonne conclusion :

Bien que purement formelle, notre analyse de ce samedi matin nous amène donc à prévoir que la "médiation Juppé" ne capotera pas, quels que soient les aléas qu’elle rencontrera. Des soubresauts, des affects, il y en aura, mais ils se plieront en définitive à la logique du choix forcé.

Voilà. Donc ça, c’était samedi dernier, la veille de la fameuse rencontre. Notre homme, après avoir pinaillé des heures, expliquait donc que quoiqu’il arrive, c’était plié et tout allait rouler. Résultat ?

Dimanche, Alain Juppé est allé voir François et Jean-François, au bout de 25 minutes, il s’est barré en disant que tout le monde était trop con, et Jean-François a expliqué en coulisses qu’il était bien content de s’être débarrassé de ce fauteur de troubles qui venait tenter de lui piquer la couronne. Et dans la foulée, François est parti en emmenant avec lui une partie des députés du parti, sans compter un bon paquet de militants qui ont rendu leur carte de dégoût.

"Coopératif" et qui "ne capotera pas", donc ?

Chez les vrais journalistes, quand on raconte n’importe quoi, en général, on s’excuse un peu après. Mais à la rédaction du Point, non. On fait même mieux.

"Hey, salut Michel !
- Salut Gégé.
- T’as vu ce qu’il s’est passé dimanche ? En fait, on a grave raconté n’importe quoi !
- Qui c’est qui s’occupait de l’article ?
- Un expert vaguement médiatisé…  Jacques-Alain Miller. J’ai pas trop compris le rapport entre la psychanalyse et la politique, mais en tout cas il s’est planté comme un gros busard.
- Super, réserve-lui la prochaine tribune sur le sujet."

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Et ce qui fut dit fut fait. Oui, c’est complètement surréaliste, mais c’est comme ça. Et non, personne n’est allé bâcher ce fameux commentateur : il s’en est même trouvé pour l’inviter et disserter avec lui de l’actualité. D’ailleurs, pour le coup, plutôt que de recommencer l’exercice à nouveau, l’article en question étant aussi consternant – si ce n’est plus – que le précédent,  je vous laisse tout seul profiter du festival : on vous explique que ça y est, c’est fini, qu’il n’y a jamais eu de problème (ah oui, quand même), et que tout cela a été "très adroit", soit l’exact opposé des faits, mais là encore, ce n’est pas grave, puisqu’après tout, personne ne semble rien dire.

Et là encore, tout une série de professionnels n’ont vu strictement aucun problème à non seulement raconter à peu près n’importe quoi dans ses colonnes, mais aussi à recommencer sans même prendre en compte le fait que c’était complètement à côté de la plaque.

Du vent, des erreurs grossières et une mauvaise maîtrise d’un sujet pourtant connu enrobé d’une teinte de professionnalisme semi-intellectuel étalés sans vergogne à un public à qui l’on prétend analyser la situation, sans compter que le coupable est aussitôt invité à revenir pour recommencer…

Mesdames et Messieurs : on applaudit bien fort les experts.

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