« Alors, vous pensez quoi des résultats ?« 

La jeune fille s’est tournée vers moi, sombre, l’air d’attendre une réponse qu’elle a déjà en tête.

Au milieu des autres invités allant et venant dans la vaste appartement dont l’immense salon a été réaménagé en salle-vidéo, un large écran plat accroché au mur faisant défiler les scores des candidats, elle tente de garder son air profond tout en donnant de discrets coups d’oeil à droite et à gauche à la recherche d’un des serveurs portant plateau d’amuse-gueules. Elle finit cependant par reprendre lorsqu’un invité la bouscule et manque de peu de faire choir un peu de son champagne sur sa robe de soirée.

« Vous avez voté pour qui ?
- Jacques Cheminade, évidemment. J’ai toujours eu envie de voir des navettes partir pour Mars.
- Vous êtes sérieux ? Vous croyez à toutes ces histoires de station de colonisation ? Ah vous doutez de rien !
- Attendez, j’ai dit que je voulais envoyer des gens sur Mars, pas que je voulais qu’ils y survivent, ne vous méprenez pas Mademoiselle. L’équipe de John Carter, par exemple. Il y aurait d’ailleurs une délicieuse ironie, puisque…
- C’est « Madame » ! Je n’ai pas à vous donner mon statut marital en vous disant « Mademoiselle ! »
- Ho, vous savez, j’ai rarement été arrêté par un statut marital. Par un mari, une fois, mais je doute que cette anecdote soit de votre âge. « 

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Sa peau change légèrement de couleur, allant plus dans les tons de ma cravate, alors que pour ma part, je sirote dans ma flûte de ce mousseux de seconde zone que le propriétaire des lieux ose appeler champagne parce qu’il a payé suffisamment cher pour. De son côté, la jeune fille arrive péniblement à intercepter un serveur, parvenant ainsi à se saisir de l’ultime gougère du plateau qu’elle dévore avec le minimum de retenue nécessaire imposé par les lieux où elle se trouve. Sitôt sa bouche vide, elle poursuit.

« Vous savez, c’est à cause de gens comme vous qui votent n’importe comment que l’extrême-droite monte dans notre pays ! Si ça ne tenait qu’à moi, on interdirait ce parti ! Pas de tolérance pour l’intolérance ! 
- C’est profond. – dis-je d’un air distant, les yeux rivés sur les courbes d’une étudiante en journalisme passant à côté de nous avant de disparaître dans la foule des autres invités.
- Vous n’écoutiez pas ! De toute façon, je les connais les gens de votre genre, les bourgeois auto-satisfaits plein de morgue et de préjugés ! 
- Si vous ne m’aviez pas dit être pour la tolérance, j’aurais juré vous avoir entendu me sortir un préjugé.
- Hein ? Qu’est-ce que vous… je… ma… ma tête elle… »
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Les yeux de la damoiselle deviennent subitement vitreux, alors qu’elle se fige sur place, la bouche entrouverte, quelques morceaux de gougère encore entre les dents. Je me permets de sourciller, l’observant tout autant que son verre, et tapotant du doigt sur son front pour constater qu’elle ne réagit plus à rien, se contentant de pencher la tête en arrière sous la pression de ma main avant de la ramener en place tout en bavant.

« Diego, viens voir ! »

Le serveur qui venait de passer revient avec son plateau vide, l’air interrogateur en me voyant appuyer sur le front de la damoiselle avec mon doigt.

« Monsieur ?
- Dis-moi Diego, c’était la gougère au GHB ?
- Heu… non Monsieur, pas que je sache. Je la gardais en réserve.
- Ah non parce que là, on dirait qu’elle a reniflé un baril de Le Chat à la paille. Tu es sûr ?
- Oui Monsieur. Peut-être est-ce, autre chose Monsieur ?
- Hmmm… tu as raison mon bon Diego. Je pense savoir d’où ça vient. Je crois que c’est une groupie politique : son intellect limité a dû planter une fois mise face à ses propres contradictions : il ne faut jamais introduire de réflexion chez ces êtres, ça pourrait les tuer. J’aurais dû le savoir. 
- Une… groupie politique ? Monsieur ? Je… 
- Ne t’inquiète pas Diego. Va chercher un bavoir pour la demoiselle, et je t’explique de suite. »

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Le serviteur trotte promptement jusqu’à disparaître dans la foule, alors que je reste en face de la pauvre damoiselle dans un état second. Profitant d’un trou dans la foule me laissant percevoir le maître des lieux, je lève vers lui ma flûte en souriant, flattant son ego d’ignare en matière de cuvée à champagne. Puis, sitôt notre liaison visuelle brisée par l’installation d’un groupe d’intrus entre nous, je cherche un endroit où vider le restant de mon verre en toute discrétion.

Ah, les groupies politiques, me dis-je intérieurement en contemplant la pauvresse me faisant face. Tout un poème.

Mais, parlons-en brièvement, si vous le voulez bien.

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Si vous regardez fixement l’image, vous finirez par apercevoir deux journalistes au fond. Si, si, il faut se concentrer mais c’est possible !

Pour celles et ceux qui ne le sauraient pas car vivant dans de lointains pays où l’on n’a pas décapité son roi pour une sombre histoire impliquant force pains et moult brioches, il se trouve que ces derniers mois en France se déroulait l’élection présidentielle française. Depuis ce dimanche, donc, la chose est terminée puisque la majorité des Français était d’accord sur un point : il fallait mettre Mickael Vendetta dehors (si vous ne connaissez pas non plus, toujours parce que vous habitez des terres étranges, méfiez-vous, il pourrait se décider à venir s’installer chez vous), ce qui fut fait.

Il ne saurait être question de commenter céans les résultats des urnes, cela ayant été fait avec brio par bien d’autres (que celui qui a dit « David Pujadas » se lève et prenne la porte, merci) mais plutôt de traiter d’un sujet régulièrement abordé durant la campagne : la montée des extrêmes.

Si quantité d’experts ont tenté d’expliquer le phénomène avec moult arguments, mais en s’attardant quand même plutôt sur l’extrême-droite que sur l’extrême-gauche (si un électeur d’extrême-droite est « intolérant« , un électeur d’extrême-gauche est « indigné« , pensez à réviser vos raccourcis d’analystes télé), on peut s’étonner qu’un extrémisme pourtant répandu ait pu passer aux travers des mailles du filet de nos fins observateurs :

L’extrême-groupisme.

Là où l’extrémiste de droite est qualifié de nazi et celui de gauche de communiste (voire de mangeur de bébés, alors que tout le monde sait que c’est un gibier très difficile à cuisiner, surtout en sauce), l’extrémiste appartenant à un parti qualifié comme ne l’étant pas par les commentateurs les plus en vue n’est jamais montré du doigt, puisque considéré comme le représentant normal d’une démocratie en plein fonctionnement. Pourtant, bonnes gens, qui n’a jamais eu le droit, à l’occasion d’un repas, d’une sortie ou d’une soirée mousse dans un club échangiste (ne faites pas les innocents), de trouver en face de lui l’une de ces fieffées groupies (qu’importe son sexe) soucieuse de vous expliquer qu’elle avait toujours raison, que son parti avait d’ailleurs aussi toujours raison, et que quiconque votait autrement que pour son camp était un fasciste/pétainiste/bourgeois conservateur/gros mou/défenseur de l’assistanat/bobo/partisan de la ruine de l’état/coco/sale rouge/gros enculé (biffez la/les mentions inutiles en fonction de vos opinions) ? Qui n’a jamais vu ses actualités Facebook se remplir de vidéos d’un ami dans lesquelles on peut voir son candidat glorieux sur fond de Carmina Burana ou une explication détaillée sur pourquoi son adversaire est en fait un étron qui parle ? Qui n’a jamais eu à subir de non-débat, dans lequel quelqu’un se contente de vouloir imposer son point de vue sans argumenter (un peu comme Twitter, mais en permanence) ? Et surtout, qui n’a jamais rêvé de coller une grosse torgnole dans le visage poupin de ces larrons qui estiment ne pas être extrémistes, puisque attends, attends, mon parti ne l’est pas, comment pourrais-je l’être ?

Hélas, jeune forban : non, la carte d’un parti démocrate n’a jamais fait de qui que ce soit un démocrate (ou alors, vous connaissez un mec qui vend du carton enchanté, et là, je m’inquiète)

La démocratie étant le débat, et accessoirement, selon certaines légendes druidiques, une vague possibilité de respecter l’opinion de l’autre (ce qui n’empêche pas de la contredire, mais on appelle ça « contre-argumenter« , pas « J’en ai rien à foutre de ce que tu me dis, c’est toi qui as tort, moi j’ai toujours raison hihihihi« , comme le dirait probablement une jeune fille de 12 ans en tirant la langue alors que ses pouces tirent sur les bretelles de son  sac Hello Kitty), on en déduira donc que la groupie n’a toujours pas compris tout ce qu’impliquait le verbe « débattre« . Et se contente donc, comme une vulgaire bougresse sur le chemin de Justin Bieber, ou un piètre bougre sur celui de David Guetta, de hurler le nom de son idole en expliquant à qui veut bien l’entendre que holala, il est trop génial vas-y haaaaan y m’a serré la main, plus jamais je me la laverai, ce qui me donnera accessoirement l’occasion d’entamer une collec’ de panaris, trop cool. Cela vous parait ridicule ? Ma foi, ça, nous le savions : nous avions déjà évoqué précédemment l’incroyable capacité de la groupie à trouver normal voire génial le truc le plus improbable. Mais en fait, c’est aussi vaguement incohérent, et aussi plutôt dangereux.

Ainsi, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais personne ne fait jamais remarquer que dans une démocratie, avec des débats et tout, les assemblées ne fonctionnent pas vraiment comme elles le font chez nous, où le groupisme est devenu une sorte de normalité parfaitement acceptée.

Un exemple de groupie dans son milieu naturel. On notera que la mauvaise foi peut plier jusque l’espace-temps.

Je m’explique.

Prenons l’Assemblée nationale en France ; comme dans quantité d’autres pays, on y trouve des partis, organisés en groupes le plus souvent, qui constituent une majorité, une minorité, et diverses tendances se présentant comme « non-alignées » (c’est un peu le tiers-monde de l’assemblée, sauf que la cantoche est mieux remplie). Grâce à des concepts universellement acceptés tels que « La discipline de parti‘ » ou « Mon équipe a toujours raison« , en général, les débats n’ont aucun suspens (à part dans de rares cas où il y a vraiment eu des vagues dans l’opinion publique), et les choses se finissent de la manière suivante : le groupe majoritaire a la majorité, et la loi proposée par celui-ci passe. A l’inverse, les lois proposées par le groupe minoritaire ont de forte chances de se faire éjecter (« Ne vote pas pour leur amendement, ils sont de droite » – citation authentique entendue avant même la présentation dudit amendement dans une assemblée officiellement démocratique où ladite consigne fut appliquée). Du coup, le seul suspens est de savoir à quelle heure une loi va être votée, unique moment où par la grâce de l’absence de députés partis dormir du sommeil des justes, la minorité peut soudainement se retrouver majoritaire.

Une démocratie fonctionnant selon l’heure du dodo, c’est tout de même curieux. Inquiétant diraient certains, mais ce sont de petits pessimistes.

La chose est d’ailleurs si ancrée que, pour ceux ayant quelque mémoire, on peut se souvenir que les rares députés à ne pas avoir voté comme leur groupe en diverses occasions, faisant parfois passer une loi à une voix près, ont été montrés du doigt comme des traîtres qui méritent de manger des DVD de Battleship jusqu’à la fin de leurs jours ou présentés comme des héros qui ont osé faire leur boulot, ce qui est quand même très très courageux, tant la chose parait inhabituelle. A l’inverse, lorsque l’on allume la télévision pour regarder l’Assemblée en direct et que l’on y trouve quotidiennement des gens lisant le journal en ignorant ouvertement les débats (ou se levant en hurlant et tapant sur leur table pour montrer que c’est à bâbord que l’on gueule le plus fort), personne ne réagit : c’est normal. On a fini par s’y habituer. De la même manière, car la chose n’arrive pas qu’à l’Assemblée, on se souvient que dans des conseils municipaux, des télévisions avaient pu filmer les fiches contenant les « rails » de chaque parti, donnant les consignes de vote pour toutes les propositions mises aux voix à un jour dit, et signifiant de ce fait que les votes sont décidés avant même les débats. Et encore une fois : personne n’y a rien trouvé à redire : c’est devenu la norme, et est donc accepté.

Il va donc falloir m’expliquer : quel démocrate peut, honnêtement, accepter de suivre un tel fonctionnement, puisque par principe, celui-ci est anti-démocratique (à part les députés suivant Vladimir Poutine, hein, parce que eux, s’ils ne le font pas, on les retrouve le lendemain lestés au fond de la Volga, la police concluant à un suicide par baignade avec parpaings dans l’anus) ?

On me répondra que ces outils sont forts utiles : après tout, il est difficile pour un élu d’étudier en profondeur tous les dossiers qui vont lui être soumis, surtout lorsque les dits élus ne le sont pas à temps plein (si vous ne voyez pas de quoi je parle, n’hésitez pas à aller à un conseil municipal jeter un oeil), aussi il est toujours bon que ses petits camarades ayant étudié la question puissent lui dire ce qu’il est raisonnable de choisir et pourquoi il doit les suivre.

Mais sincèrement, si des gens ont des arguments pertinents à même d’aider à la prise de décision, pourquoi les partagent-ils avant le débat pour créer le « rail de vote », plutôt que le jour même pour qu’il y ait une vraie discussion, et que chacun puisse prendre sa décision sans a priori avec tous les arguments qui auront été donnés ? Non, parce que c’est dangereux, mine de rien, un rail de vote : imaginez que quelqu’un arrive à changer, au dernier moment en graissant la patte du militant chargé de la photocopieuse, le rail de vote ? Le type pourrait prendre le contrôle du parti majoritaire, et donc de l’assemblée pour enfin faire passer une loi interdisant Joséphine Ange Gardien. Ou pire, il pourrait glisser, entre deux paquets de couches, ses propres feuillets au conseil constitutionnel pour obtenir que sa secrétaire ne puisse pas le poursuivre suite à un très sympathique calembour qu’il lui avait fait impliquant de la drogue et du café (en même temps, je devrais la virer, elle n’a décidément aucune ouverture d’esprit, il va falloir que j’y pense) !

On peut aussi utiliser d’autres rails.

Surtout que bon : si quelqu’un ne connait vraiment rien d’un dossier, il dispose de la possibilité de s’abstenir : ça s’appelle savoir dire « Je ne sais pas« , et c’est probablement plus responsable que de lancer « J’en sais foutrement rien, mais j’vais voter comme on me l’a dit« .

Du coup, à force de vider le principe du débat démocratique de son sens, et donc du principe même de l’échange d’arguments raisonnés pour prendre la meilleure décision, les groupies ont pu imposer un mode d’échange basé sur la non-argumentation et l’utilisation massive de notion de Bien et de Mal pour remplacer le tout. Ainsi par exemple, quand Eric Zemmour, philosophe de comptoir, lançait il y a deux ans des propos sur la couleur des trafiquants en France, on retrouvait en face de lui SOS Racisme, qui diffusait une série de spots suite à ces propos pour lutter contre le racisme (comme son nom l’indique, jusque là, c’est logique). Mais alors, me direz-vous, que nous disait-on dans ces spots ? Nous expliquait-on, comme Maître Eolas l’avait fait, en quoi cela était un point de vue quelque peu biaisé pour ne pas dire plus ? Et bien non : on nous disait juste, je cite :  « Méfiez-vous des idées qui puent« . Et rien de plus, pouf pouf, voilà, démonstration terminée. On ne disait pas « Ce qu’il dit est faux« , on disait « Ce qu’il dit pue« . Comme ça, c’était bien : ceux qui étaient d’accord avec lui pouvaient, selon le même raisonnement « Bon/Mauvais » se dire victimes de la « bien-pensance » (ce que l’auteur des dits propos fit sans hésiter), et ceux qui n’étaient pas d’accord se dire que ce Monsieur racontait du caca sans avoir le moindre argument pour appuyer leur propos ; bref, tout le monde a pu rester dans ses positions, voire les radicaliser autour de ce joyeux échanges de sympathiques et pourtant superfétatoires propos. Ce qui se traduit en général, sur Facebook, par des échanges en militants à base d’accusations sur du vent et de dignité outragée toutes les deux minutes (chacun se posant en victime de la méchanceté de l’autre).

La groupie, donc, qu’importe son camp, tue donc simplement le principe de la discussion, se contentant de radicaliser ses interlocuteurs autant qu’elle le fait elle-même ; parfois, au nom de la démocratie, elle se permet aussi de tenir les propos les plus anti-démocratiques qui soient comme « Interdisons tel parti parce que je ne suis vraiment pas d’accord avec lui« , « Refusons cette oeuvre parce qu’elle porte des idées que je ne soutiens pas » (Monsieur le chien illustre bien ce qu’il en est dans la BD, il y a quelques planches à lire), « Ne mangeons plus de rutabaga, aliment connu pour être pétainiste »  (caser Pétain partout est un argument ; c’est comme une sorte de sous-point Godwin local, genre Franco-Godwin, en fait. On pourrait appeler ça « Le point Gaudouin« , ou un truc dans l’esprit) ou « Ne parlons pas avec les gens de tel parti au nom de la démocratie » : ces derniers jours par exemple, on se souvient de la levée de boucliers après qu’un ministre ait dit que l’on pouvait « parler » à l’extrême-droite (et pourtant, chacun sait que je ne suis pas fan du FN : je les trouve trop modérés, chacun connaissant mon amour immodéré pour les petites moustaches et le prince William), ou il y a quelques années maintenant, lorsqu’un journaliste de France 2 avait été accusé d’être affilié au FN, et qu’un responsable de la rédaction s’était fendu, dans un petit reportage d’un « Ah non, ici, on est pour la tolérance alors on ne travaille pas avec des gens du Front National« . Là encore, tout cela était bien normal.

Il en va de la politique comme des croyances : il n’y a pas besoin que celle-ci soit extrême pour que l’on trouve des extrémistes en son sein ; combien de livres saints prônent la tolérance quand leurs adeptes ne le font pas ? Combien de partis se revendiquent démocrates quand certains de leurs membres, à tous niveaux, ne le sont pas ? La comparaison est bête, méchante et cucu la praline, mais finalement, toujours moins que la groupie lambda, ce qui n’est hélas pas bien dur.

Alors, oui : la montée des extrêmes en France a eu le droit à son lot d’analyses, mettant ça sur le compte de l’intolérance, du poujadisme, de la banalisation des idées d’extrême-droite, etc.

Mais c’est peut-être aussi parce qu’au nom de la démocratie, on tue gentiment débat et raisonnement que l’on voit désormais dans une démocratie grandir des partis pas vraiment démocrates et pas vraiment raisonnables.

Chères groupies, vous n’êtes, finalement, que des extrémistes comme les autres.

Mais si maintenant il faut être démocrate pour défendre la démocratie, rah, mais où va t-on ?

Avant de terminer cet article, n’oubliez pas découper ce point Gaudouin sur votre écran.

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La jeune fille se réveille brutalement, agitant ses mèches brunes en tous sens alors qu’elle regarde tout autour d’elle, notant qu’elle ne semble pas avoir changé d’endroit depuis sa perte de conscience ; elle est toujours à la même soirée, il est toujours à peu près la même heure d’après la télévision, et le type en face d’elle n’a pas bougé. Par contre, sa robe est humide.

« Qu’est-ce… qu’est-ce qu’il s’est passé ?
- Tenez, mangez quelque chose, vous en avez besoin. Vous avez été victime d’un syndrome de groupisme : votre cerveau est cliniquement mort quelques minutes, le temps qu’il réalise que la politique était une affaire plus complexe qu’une histoire de gentils contre des méchants. Logiquement, vous ne devriez pas avoir de grosses séquelles, à part peut-être une envie de donner de temps à autre votre opinion sur Twitter. D’autres comme vous sont dans le même cas, mais rassurez-vous, c’est socialement accepté.
- Mais ? Et pourquoi suis-je trempée d’abord ? – dit-elle en mâchant la pâtisserie que je lui ai tendue pour reprendre des forces
- Disons que j’ai dû utiliser le contenu de mon verre de champagne pour vous réveiller. 
- En le versant dans mon décolleté, sale pervers ! 
- Hé ho, vous aviez du maquillage. Je l’ai fait par pure obligation, comprenez-vous ?
- Ho que non ! Ce que je comprends, c’est surtout que vous êtes un salaud, un connard, un… gu… zuf… huuu… »

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A nouveau, le débit de la jeune fille ralentit, alors qu’à quelques secondes de faire un scandale, ses bras retombent ballants sur les côtés de son corps redevenu amorphe.

« Diego ?
- Monsieur ? – dit le serveur en arrivant au petit trot
- Cette fois, c’est bien la gougère au GHB, on est d’accord ?
- Parfaitement Monsieur, à effet rapide. Dois-je charger Mademoiselle dans le coffre de Monsieur ? 
- Oui. Et assure-toi que la pelle soit prête, nous avons du travail. »

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Le serviteur hésite quelques secondes, pendant que j’utilise ma flasque de brandy pour remplir à nouveau ma flûte d’un breuvage plus raisonnable.

« Monsieur, pourquoi l’avoir réveillée, si c’était pour à nouveau la mettre dans cet état »

Versant les dernières gouttes d’alcool dans le récipient, je me fends de mon sourire le plus paternaliste pour préciser ma pensée.

« Parce que c’est un principe Diego, un rail, toute fête a son lot de drogue ; c’est ce que l’on pourrait appeler, si tu veux, ma, disons, discipline de party »

Dis-je en prenant la première gorgée du délicat liquide.