Ce week-end, vous étiez appelés au don.

C’est vrai, on a tous envie d’agir : quand on voit ces regards suppliants, quand on  parle de ces indispensables greffes qui semblent ne jamais arriver, quand on constate de visu ces handicaps lourds, ces graves dégénérescences… on a tous envie de décrocher notre téléphone pour faire quelque chose.

Ce week-end, c’était possible, ce week-end…

C’était Miss France.

Ah, s’il est bien un week-end dans l’année où, mesdemoiselles, bien plus que pour la journée de la femme, vous êtes bien représentées, c’est bien celui-là. Et cette année, petites gâtées, vous n’avez non pas eu une, mais bien deux miss pour défendre votre sexe et porter haut les couleurs de la féminité dans les médias ! Non, arrêtez de pleurer, je comprends votre joie, mais là vous faites couler votre mascara, c’est immonde. Allez, reprenez-vous les filles.

Lecteurs, lectrices, n’étant moi-même qu’un homme dont la galanterie s’efface lorsque les ambassadrices de l’élégance française s’expriment, permettez-moi aujourd’hui de vous rendre un fier service : transcrire par écrit les premières interviews respectives de nos deux Miss, afin que vous puissiez boire leurs paroles. Vous auriez pu aller voir vous-même les vidéos, mais je vous connais sacripants : vous surfez sur le web au boulot, et vous ne pouvez pas mettre le son trop fort. Alors, inutile de me remercier, et retrouvez ci-après les propos de nos élues en version tapuscrite, comme on dit.

 

Si on pose cette couronne sur votre tête, c'est que vous venez officiellement de toucher le fond

Commençons avec Miss France

Il s’agit de Laury Thilleman, 19 ans, 1m79 (ce qui lui permet de manger sur la tête de la plupart d’entre vous, un atout formidable), et accessoirement Miss Bretagne, célèbre région de France connue pour ses terroristes adeptes des attentats à la crêpe. Selon les lois d’internet, comme toujours, nombreux seront les mâles à crier au boudin et à jurer que jamais ils n’approcheraient tel bestiau, avant de s’en retourner se reproduire avec un rouleau de sopalin non sans avoir auparavant passé deux niveaux sur World of Warcraft. A noter qu’en bonne ambassadrice de la France qu’on aime, notre damoiselle est diplômée d’un "bachelor en management". Oui, moi aussi, ça me laisse songeur. N’oubliez jamais les enfants : plus il y a de mots anglais dans un intitulé français, plus ça sent le vol de poules. Que dire d’autre ? Sa biographie officielle nous annonce qu’elle est "naturelle, spontanée, dynamique". Effectivement. Ils auraient dit "Socialement, c’est une sorte de chacal barbu", j’aurais été étonné aussi. Il ne manque que "généreux", et on fait le Puissance 4 des poncifs. Allez, je ne vous fais pas patienter plus avant : en route !

Ho, éventuellement, je rajouterai peut-être un ou deux propos personnels en rouge. Mais juste pour faciliter votre compréhension d’un éventuel jargon technique de Miss, hein, rien de trop surchargé. Sur ce, sus à la retranscription de cette vidéo !

L’interview est réalisée en duplex, Claire Chazal dans les locaux de TF1 où elle a établi son nid, et Laury Thilleman dans un grand hôtel parisien où elle a passé la nuit. Naturelle et spontanée comme nous l’avons vu plus haut, Laury pose très simplement dans un fauteuil doré la couronne posée sur le crâne et l’écharpe bien ajustée. Son sourire (lui aussi naturel et spontané) n’est pas sans rappeler Francis Huster.

Claire Chazal : Merci beaucoup d’être avec nous Laury Thilleman

Laury Thilleman : … Bonjour (NdOC : elle met du temps à répondre, apparemment, il y a une liaison un peu lente. J’ai pas dit que c’était forcément la technique qu’il fallait remettre en cause, attention)

CC : Alors on a vu votre émotion, heu, hier soir au moment du heu, couronnement, d’abord comment s’est passée cette première matinée, pas trop fatiguant ? (NdOC : demande lui plutôt ce qu’elle a fait cette nuit, cette coquinette !)

LT : Non, c’est vrai queee j’ai peu dormi (NdOC : Ah ! Je l’savais ! Ah ça a dû y aller la toupie javanaise !) mais heu, l’excitation (NdOC : Tu m’étonnes…) fait queee, que j’étais très en forme ce matin heu, de bonne heure, on a commencé avec, avec des séances photos et c’était très plaisant de, de se retrouver heu… voilà sous… sous les objectifs, heu… ça s’est très bien passé.

CC : Alors est-ce que c’est important pour vous Laury que ce soit la Bretagne qui soit couronnée ? (NdOC : Nan mais Claire Chazal, quoi. Et cette femme est sélectionnée régulièrement pour interviewer le président. Tu crois qu’elle va te répondre quoi ? "Non, les bretons, c’est trop des cons, en fait, moi je suis de Maubeuge" ?)

LT : Bah bien sûr, j’suis vraiment très fière de ma région et (NdOC : Tu mens ! Tu n’as pas défilé avec une bigouden, jeune effrontée !)… et d’la représenter après 49 ans sans avoir été heu… heu… ouais bin représentée par, par une Miss France (NdOC : Mais comment la Bretagne n’a t-elle pas sombré sans cela ?) et, c’est un honneur pour moi et… et j’remercie vraiment toutes les personnes tous les bretons qui… qui m’ont soutenue mais également toutes leees… tous les, tous les français qui ont été présents heu, lors de ce couronnement. (NdOC : Mais pas tous les français qui ont voté pour toi ! Raaah, truie pourpre ! C’est comme ça que tu me remercies pour mes votes ! La prochaine fois, je donnerai au Téléthon, tiens, et tu seras bien attrapée.)

CC : Alors on a entendu tout à l’heure que vous disiez "c’est une belle année qui m’attend", qu’est-ce que vous voulez faire de cette couronne, dans l’immédiat ? (NdOC : "Mais, la balancer, parce que ça me gratte trop la tête en fait")

LT : Dans l’immédiat, déjà donc heuuu…. voilà rendre aux gens c’qui… ‘fin…c’qui… c’qui m’ont, c’qui m’ont donné c’est-à-dire heu… me… me rendre Miss France me rendre ambassadr… ambassadrice et heu… bon après, dans la suite, bien sûr, j’espère, j’espère me servir de cette couronne pour… pour faire passer des messages (NdOC : C’est une couronne, c’est pas un téléphone, hein) et heu… et… et me présenter dans je sais pas, des associations p’têtre qui m’tiennent à coeur donc j’ai j’ai quelques idées déjà en tête (NdOC : profites en bien. Non, je dis ça comme ça, aucun sous-entendu, pourquoi ?) heu… on verra par la suite heu comment ça va s’passer.

"Si Miss France utilise l'influence de sa couronne magique pour me demander de partir, je le ferai"

CC : Voilà en tout cas mettre un peu entre parenthèses vos études, sans doute ?

LT : … pardon ? (NdOC : Mais si ! Le truc que t’es OFFICIELLEMENT *clin d’oeil* supposée faire *clin d’oeil appuyé*)

CC : Vous mettrez donc forcément un peu entre parenthèses vos études ? (NdOC : Fais lui un clin d’oeil ! Vas y Claire !)

LT : Oui, forcément, donc j’en ai parlé déjà avec heu, avec l’administration heu, avant de partir heu pour l’concours, yyy z’étaient vraiment enchantés deee… bin de de c’qui m’arrivait (NdOC : Oui, j’imagine leur tête en fait. J’imagine même les explosions de rires à la seconde où tu as fermé la porte du secrétariat, jeune ingénue) et heu forcément donc cette année heu je vais mettre entre parenthèses heu, mon année heu, déjà entamée et puis heu… pour la reprendre heu… de plus belle heu… l’année prochaine ? Hi hi !

CC : Voilà donc vous voulez exercer une fonction dans le management sans doute ? (NdOC : Non, en fait, elle veut être docteur en physique nucléaire. Mais elle a passé un "bachelor en management" par erreur)

LT : Heu, alors j’envisage heu plus de travailler plutôt dans la communication et l’audiovisuel (NdOC : Chut, vous entendez ? Si, tendez l’oreille, ce cri de goret qui dit "JE VEUX TRAVAILLER A LA TELE ! JE VEUX ETRE CELEBRE !") mais heu les études que je suis actuellement me heu me serviront certainement pour heu, pour cette vocation (NdOC : attends, ça sert à quelque chose, un Bachelor en Management, à part à caler une table ?) là, hi hi, mais également mon titre de Miss France heu… m’apportera beaucoup j’pense pour heu, pour c’que j’veux… c’que j’envisage de faire plus tard (NdOC : "LA TELE, HIIIIIIIII !")

CC : En tout cas on vous souhaite une… bonne chance, une très belle année de Miss France 2011, merci beaucoup, Laury Thilleman, d’avoir été avec nous, et bon courage pour la fin de cette journée qui va être aussi très chargée (NdOC : en schnouf) on le suppose

LT : Merci beaucouuup !

Décidément, quelle ambassadrice ! Je suis sous le charme.

Mais ne nous attardons pas plus, et arrêtons nous sur le cas, je cite, "historique" de notre seconde représentante hexagonale : Miss Nationale, un titre qui, vous en conviendrez, sent la borne kilométrique, les panneaux de la DDE et les aires de poids lourds où quelques routiers urinent en rang le long de quelques frêles arbres jouvenceaux.

Et notre damoiselle se prénomme Barbara Morel, a 21 printemps et mesure 1,75m. Jusque là, rien d’incroyable me direz-vous, mais dixit sa biographie officielle, la bougresse est en 2e année "technique de commercialisation" (ce qui permet de devenir chef du rayon slips chez Auchan, tout de même). Loin de tous les clichés sexistes, "elle adore le shoping, le lèche-vitrine et la presse féminine." ; d’accord. Inutile que je commente, je crois. Par ailleurs, elle est "passionnée par les films d’animation comme Avatar". Ho nom d’une pipe, je crois qu’on tient une gagnante là les enfants. Je… que… que dire d’autre ? "Sa couleur, le blanc, symbole de pureté et d’innocence." Hoooo ! Hoooo ! Arrêtez ! N’en jetez plus ! Dans tous les cas, sachez qu’elle représente la Provence, le pays des cigales, de la lavande, et de Taxi.

Petite précision : pour distinguer Miss France de Miss Nationale, c’est facile : Miss Nationale dispose d’une croix de Lorraine sur l’écharpe (véridique), symbole de la résistance face au concours Miss France tombé aux mains d’Endémol (véridique aussi). Bref, Barbara Morel ne le sait pas, mais elle vient de rejoindre les F.F.I du réseau "Chapeaux moches et France libre". Durant ses premières heures de Miss, elle devrait apprendre à faire sauter une ligne de chemins de fer, à poignarder une sentinelle ou un videur de chez TF1, ou même à envoyer des messages radios comme "J’aime les poneys et les arc-en-ciel" (ça reste une Miss, hein), à Londres.

 

Un partisan de Geneviève de Fontenay s'apprête à faire sauter la ligne Paris-Sedan pour empêcher Miss France d'aller y inaugurer le festival du plus gros mangeur de saucisses. Un geste terrible.

Allez, hop, à l’interview mes bons !

L’interview est menée de fronts par moult mains tenant tout autant de micros ; au vu du plan de la caméra, on ne sait pas s’il y a des gens au bout des dites mimines, mais je soupçonne personnellement qu’il ne s’agisse que de membres tranchés agités par une Geneviève de Fontenay ventriloque pour faire croire que des gens s’intéressent à son élection. Au milieu de tout ce capharnaüm, Barbara répond bien volontiers aux questions, qu’hélas, on entend pas toujours (on n’entend que les réponses, posées en fond sonore de divers plans successifs, et uniquement certaines questions). Je tenterai de remplacer les questions manquantes en les devinant moi-même à partir des réponses pour ne pas trop vous perdre.

Question manquante : Il parait que vous vous êtes défoncée au LSD juste après votre couronnement, c’est vrai ?

Barbara Morel : Je suis très loin de la terre, là. Je, je crois que j’vous ai tous quittés, hi hi hi !

Question manquante : Pourquoi vous être présentée au casting de Miss Nationale, et non pas à celui de "Oui-Oui va aux putes" ?

BM : C’est un choix de coeur que j’ai fait donc heu, j’ai suivi ma déléguée régionale (NdOC : Quand on suit bêtement les gens, on appelle pas ça un choix, mais une volonté d’animal laineux), qui a suivi Mme de Fontenay et heu… je crois au destin donc heu… je me suis pas posé de questions (NdOC : Noooon ?) et heu… je… Fontenay, c’est quand même aussi une identité, c’est un symbole… et pour moi donc j’ai préféré le fond à la forme. (NdOC : le fond… à la forme… on parle bien d’un concours de beauté, là ?)

Journaliste (Ou Mme de Fontenay ventriloque) : Quelle image vous, voulez-vous donner de Miss Nationale ?

BM : Je… je bé… je pense que si… je… j’ai été élue c’est pour ce que je suis, passque je suis restée moi, du début à la fin, chuis quelqu’un de très simple (NdOC : Nooooon, allez, arrête, tu me fais marcher ! ), de très naturel. Je voudrais montrer à toutes les jeunes filles quiii… qui rêvent de… de princesses de… de féérie de… pour leur montrer que bin ça… ça peut arriver à tout le monde (NdOC : Tu es devenue une princesse ? Tu trouves vraiment que Geneviève ressemble à une fée ? Tu aurais envie de la voir nue avec de petites ailes dans le dos ? Tu as déjà pensé à appeler SOS Cannabis ?). Je suis une fille (NdOC : Ho !), vraiment, heu, de… des plus quelconque, j’veux dire j’fais pas partie des plus jolies filles de de, de mon, de mon IUT (NdOC : et tu as remporté le concours de Miss Nationale ? Tu n’es donc pas la plus belle fille de la nation ? Lapidons-là !), je… mais j’ai été élue donc heu, ce, ce rêve est accessible vraiment à toutes les jeunes filles. (NdOC : Tu te rends compte que toutes les jeunes filles ne rêvent pas d’inaugurer la foire au boudin de Dunkerque ? Parce que v’la le conte de fée, bon)

Attention ! Passage interview Geneviève de Fontenay (il y a du montage !)

J(OMdFv) : Est-ce que vous vous êtes assurée qu’il n’y avait pas de photos sexy sur le web de Barbara Morel ? (NdOC : Comprendre "Avez-vous tapé "Barbara Morel buttsex with drunken panda" sur Google ?")

Geneviève de Fontenay : Non, non, sûrement pas, elle a pas des photos sexy (NdOC : Alors là, c’est quand même dégueulasse de dire ça ! Et pourquoi elle pourrait pas en avoir, d’abord ? La traiter de boudin, comme ça, au pied levé, c’est honteux !). Pas l’genre de la famille (NdOC : Ah non mais Geneviève, on peut poser nue sans ses parents en fait, ce n’est pas considéré comme une activité familiale) et tout, c’est une fille très bien, avec des parents qui… qui est entourée par tous les notables de la région et tout (NdOC : Oui, je l’ai vue une fois dans "Gros bourrage à la photocopieuse du Conseil Régional", un truc génial sur Youpor… heu, hem), non… J’ai aucun soucis… j’ai aucun, aucun soucis.

J(OMdFv) : Si vous aviez un conseil à donner, pour l’année qui s’ouvre, à donner à Barbara ?

GdF : Et bien qu’elle soit digne dans toutes circonstances, qu’elle ne fasse justement pas, qu’elle n’ait pas des attitudes quiii… soient contraires à l’image, à cette belle image…

Allez, revenons à notre Miss, je sens que vous êtes impatients.

Question manquante : Franchement, avoir le titre de Miss Nationale, ça vous donne pas envie de vous pendre ? Vous n’avez aucun amour propre ? Vous avez déjà pensé à l’euthanasie ?

BM : Je sais que ça va être difficile pour moi passsqueeee que Mme de Fontenay fait justement un concours heu… indépendant, donc je sais que ça va attiser beaucoup de curiosité (NdOC : Tu aimerais bien, mais non, même pas.), maintenant… heu, avec la force de Mme de Fontenay, je pense que j’ai pas de problèmes à me faire, je sais qu’elle sera là pour me protéger. (NdOC : Elle prendrait même une balle pour toi avant de chanter le thème de Bodyguard sur les genoux s’il le fallait, tu sais).

Que dire, si ce n’est qu’avec de telles Miss, la France est bien représentée ? Mesdemoiselles, les représentantes féminines du pays font honneur à votre double chromosome X. M’est avis qu’encore deux ou trois déclarations de ces deux là et on vous retire à toutes le droit de vote, parce que bon, faut pas déconner quand même.

 

Femme apprenant qui sont ses ambassadrices

Heureusement, rassurez-vous, ce week-end, il y a une autre ambassadrice de la France qui a fait honneur au beau sexe. Une sacrée Miss aussi. La première Dame de France pour être exact, qui comme chacun sait, ne surjoue jamais quoi que ce soit. Aussi, dernièrement, en visite en Inde dans une usine de production de matériel spatial, elle n’a pas hésité à montrer, grâce à ses habituelles réflexions enthousiastes, que la femme était un être décidément fort profond  :

Je cite : "Les satellites, on dirait des objets"

Bon allez, ça suffit les conneries, les filles, allez chercher vos cartes d’électrices et foutez les au feu : au vu de vos représentantes, je crois qu’on peut définitivement dire que vous n’êtes pas fiables.

La foule l’ignore.

Et pourtant, il est là, courageux, en ce beau mois de novembre, à tendre les bras bien hauts pour agiter sa pancarte. Pourtant, on le remarque de loin, tant il s’escrime à agiter son petit bout de carton. Ses vêtements sont visiblement ceux d’un lycéen : un jean soigneusement troué accompagné d’un t-shirt empli d’inscriptions anglophones à base de "street" ou de "gangsta" ; une veste siglée d’une étoile rouge parfait le tout, et pourtant, lorsque l’on s’approche, on imagine un personnage bien loin des rues et du communisme, tant sa coupe de cheveux semble avoir coûté quelques milliers d’euros en bouteilles de gel. Budget qu’il n’a pas dû investir dans du biactol, au vu des bubons qui ornent son visage adolescent. A quelques reprises, on peut l’observer aller se fumer une cigarette avec quelques comparses qui, comme lui, plus haut dans la rue agitent un bout de carton semblable. On peut y lire :

"Free hugs – Câlins gratuits"

Et c’est précisément la partie francophone du panonceau qu’il énonce haut et fort en se dirigeant vers votre serviteur, qui sortait d’une rue voisine. Il ouvre grand les bras et se dirige d’un pas assuré dans ma direction ; je lui souris et ouvre à mon tour les bras : on a trop peu souvent l’occasion d’offrir spontanément de la gentillesse et de l’amour, ce garçon a raison de faire cela. Nous entrons en contact et notre étreinte est longue et douce ; on peut sentir le bonheur émaner de cette masse humaine compacte que nous formons ; mais ces quelques secondes, qui semblent des heures, touchent à leur fin : nous nous séparons doucement et nous jetons mutuellement un regard profond. Il a les yeux vairons, me dis-je en contemplant ce jeune homme plein d’entrain et d’élan envers le monde qui l’entoure. Il me rend mon sourire et je lui pose les mains sur les joues, en souriant comme peut le faire un père lorsqu’il est fier de son fils ; il étouffe un petit rire qui devient gargouillis lorsque je tourne violemment son crâne sur la droite d’un petit coup sec ; le craquement des cervicales se fait entendre et il tombe au sol, inerte.

"En v’là d’la gentillesse, petite merde", dis-je en m’éloignant du pas de l’homme qui vient d’accomplir son devoir.

Le Bisounours est un modèle pour certains, un appel au meurtre pour d'autres

Je déteste les Bisounours. Les Bisounours par effet de mode, encore plus. Vous n’avez jamais eu dans votre entourage, quelqu’un qui n’est pas capable de gérer ses émotions et qui vous colle toujours sa gentillesse exacerbée sous le nez ? Le genre à prendre ses ami(e)s dans ses bras pour un oui ou pour un non genre "Tu as renversé la poubelle ? Ho ma pauvre, je vais t’aider ! J’aurais dû te proposer de la descendre à ta place, je ne suis pas digne d’être ta meilleure amie… Viens que je te prenne dans mes bras.". Le genre qui du coup, réagit déjà tellement au maximum pour tout qu’il n’y a aucune nuance : elle fera les mêmes gestes si vous trébuchez dans la rue ou si toute vos famille se fait gazer. Compteur Bisous au maximum, distinction au minimum.

En général, si ces personnes ont Facebook (ce truc mystérieux où les gens aiment faire des rapports toutes les deux heures sur où en est leur inintéressante vie), elles postent des trucs genre "Mon chéri est parti faire des courses, il me manque déjà :("

Saint Adolf, si tu nous entends, gaze une fois.

Or, figurez-vous qu’alors que j’allais m’acheter un célèbre journal satyrique l’autre jour, que découvre-je chez mon humble marchand de journaux ? La une de "Psychologies" qui propose la mise en place de "La Journée de la Gentillesse"

Je me plaignais dernièrement des fêtes, les "journées", c’est à peu près la même chose. En général, quand on a une question qui se pose (qu’on soit l’Etat, un magazine, une association…), et qu’on veut botter en touche, on crée une journée sur le sujet. Ça fait office de hochet qu’on agite gentiment pour calmer les esprits et amuser la foule. Tiens, il y a encore bien du travail à faire sur l’égalité hommes-femmes ? Allez hop, une journée de la Femme devrait aider, on la mettra le 8 mars, hop. Tiens, on s’insulte dans les bouchons ? Allez, une journée nationale de la courtoisie au volant (le 26 mars, cette fois). Et on peut même faire des journées internationales ; par exemple, saviez-vous qu’il y avait, le 9 janvier, la journée mondiale de la Corse ? Une journée dédiée au port de la cagoule, probablement.  Le 2 février ? Journée mondiale des zones humides : une excellent occasion pour Jean-Marie Bigard de refaire son stock de blagues sur les culottes. Et on peut continuer longtemps ! Je n’y résiste d’ailleurs pas :

  • 18 mars,  journée nationale du sommeil chez nous. C’est la France qui se lève tôt qui va gueuler.
  • 8 avril : journée internationale des roms. Pensez à cacher poules et pare-brises.
  • 25 mai : journée mondiale des enfants disparus. Mais personne ne vient jamais manger le gâteau. Dommage.
  • 14 juin : journée mondiale du tricot. J’aimerais vraiment savoir qui a lancé celle-là.
  • 31 août : journée mondiale du blog. Vivement la journée mondiale du "Preum’s !".
  • 19 septembre : journée internationale du Parler Pirate (!). L’occasion de se taper toutes les putes de Tortuga en se murgeant au rhum.
  • 16 octobre : journée missionnaire mondiale. Décidément, c’est Jean-Marie Bigard qui est gâté !

Bon, ça fait déjà beaucoup : la suite est pour les curieux.

La journée mondiale de la lapidation d'humoristes pas drôles n'existe pas encore, hélas

Mais le 13 novembre, surtout, nous aurons donc le droit à la journée mondiale de la gentillesse.  "Osons être gentils !" nous dit-on.

Pour l’occasion, nous sommes invités à déverser mots gentils et petites attentions sur notre entourage, mais aussi sur des inconnus (l’occasion de dire "Tu as un très joli cul." à la fille de l’accueil au bureau sous prétexte d’être gentil. Et pensez à ne pas être trop gentil avec elle, d’ailleurs, sinon, vous deviendrez à ses yeux "gentil", comme dans "mon meilleur copain gay est gentil". Prudence, donc. Je dis ça pour vous.). Alors, fleurs, bonbons, petits mots et autres sont attendus dans une tempête de bonheur et de gentillesse sirupeuse digne d’une fin d’épisode de Sept à la Maison.

Alors, évidemment, certains d’entre vous se disent "Nan mais c’est quoi cette nouvelle journée ? Et pourquoi un 13 novembre ?" ; petits béotiens ! Nenni de nouvelle journée, Psychologies se fait juste modeste relais ; non, le 13 novembre est journée de la gentillesse depuis des siècles.

  • Le 13 novembre 1002, Ethelred, roi d’Angleterre, fait massacrer tous les danois (une sombre histoire de Stimorol), mais gentiment. Cela restera dans l’Histoire comme "le gentil massacre de la Saint-Brice".
  • Le 13 novembre 1934, pour paraître plus gentils et aider à la gentillesse mutuelle, tous les instituteurs d’Italie se voient obligés de porter l’uniforme fasciste.
  • Le 13 novembre 1942, l’armée américaine repousse poliment les japonais, venus proposer d’occuper gentiment Guadalcanal à leur place, histoire de les soulager de ce dur labeur. La célèbre phrase du commandant des forces japonaises, Hyakutake Haruyoshi , "Vous allez la lâcher cette putain d’ île bande de gros troncheurs de porcs gozaimasu." montre bien (grâce au gozaimasu, formule traditionnelle de politesse japonaise) à quel point on faisait des efforts de gentillesse ce jour là.
  • Le 13 novembre 1970, un cyclone traverse le Pakistan Oriental : 300 000 morts. Il passait dire bonjour, pour fêter cette journée.
  • Le 13 novembre 1985, le volcan Nevado del Ruiz fait 25 000 morts en Colombie, en explosant de gentillesse.
  • Le 13 novembre 2002, pour faire alimenter en pétrole la Galice, qui voit les prix flamber avec la guerre en Irak, le Prestige s’échoue gentiment pour offrir 77 000 tonnes de fioul lourd. Le cœur sur la main.

Vous voyez ?  Cette journée existe depuis fort longtemps, bande de mauvaises langues.

Alors le 13 novembre, ne soyons pas d’odieux connards, célébrons la journée de la gentillesse comme il se doit.

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