Il est, je le crains, temps d’annoncer la terrible nouvelle : ce blog serait sexiste.

Rougissez malandrins, blanchissez gourgandines, car la honte et la peur devraient à cet instant gagner votre petit coeur, vous rappelant votre écart du droit chemin vers l’égalité des individus. Enfin, je vous dis ça : c’est ce que j’ai lu, hein. Car il paraîtrait, au vu des derniers articles sur ce blog se moquant d’une analyse prouvant que le Roi Lion était une oeuvre machisto-fasciste ou accusant les FEMEN de ne pas toujours agir avec sagesse, que par conséquent il s’agirait ici de l’antre puante du patriarcat.

Bon, remarquez, j’aurais compris si les accusateurs avaient évoqué les diverses références au GHB, dissimulation de jeunes filles dans les coffres ou les sous-bois voire le fait que je me serve d’une collaboratrice comme table basse, mais cela n’a curieusement jamais été avancé. Un phénomène assez mystérieux. Et… raah, arrêtez de trembler Ludivine, ça m’empêche d’écrire correctement !

Toujours est-il qu’en cette période où l’Assemblée Nationale française a voté la proposition d’Osez le féminisme, sur le scrutin binominal aux élections cantonales, à savoir qu’au lieu d’un élu à un poste, vous aurez deux élus, un homme et une femme, pour s’assurer de lutter contre le sexisme, il convient de développer céans une notion essentielle trop peu connue :

Henri Désiré Landru à son procès, découvrant qu’on ne lui reproche pas tant les meurtres que d’avoir regardé Aladdin

L’agnoslipisme

Là où les religions peuvent se déchirer entre christianisme, islamisme, judaïsme et Nicolas Cagisme, il existe d’autres voies : l’athéisme, bien sûr, mais aussi l’agnosticisme ainsi que l’apathéisme. L’agnosticisme étant l’incapacité à déterminer l’existence de Dieu, et l’apathéisme de s’en moquer éperdument. Il en va donc de même avec le sexe : machisme, masculinisme, féminisme voire priapisme voient aussi d’autres voies de dessiner de manière proche. Ainsi, pour des raisons de simplicité, nous mélangerons l’agnosticisme et l’apathéisme en un seul concept, à savoir l’agnoslipisme : l’art de ne pas aller voir ce qu’il y a dans le slip de son prochain et de ne pas en tenir compte en dehors des situations impliquant des échanges de fluides. Bon, et puis "agnoslip", ça sonne quand même mieux que "apaslip", qui ressemble plus au cri désespéré d’un député conservateur sur une plage nudiste.

Passons.

Définition

L’agnoslipisme est donc la capacité à ne pas prêter attention au sexe d’autrui en dehors des tentatives d’accouplement, la chose pouvant alors avoir une certaine importance. L’agnoslipisme n’existe bien évidemment pas dans le hentai, où, de toute manière, tout le monde n’a que des tentacules, alors on est plus à ça près. Mais tout de même ! L’agnoslip, terme désigné pour employer un suivant de la doctrine agnoslipe, est souvent l’ennemi des quotas, puisqu’il ne comprend pas trop en quoi le contenu d’un slip peut être essentiel dans une prise de décision n’ayant objectivement strictement rien à voir. De la même manière, l’agnoslip n’écrit pas agnoslip-e-s ou agnoslipE (oui, j’ai découvert que maintenant, la mode était de rajouter un E majuscule à la fin de tous les mots pour ne pas paraître sexiste) quand il écrit quelque part, puisqu’il se fiche éperdument de connaître le sexe de la personne qu’il désigne et accessoirement, qu’il respecte la langue française, qui est un féminin, ce qui n’est pas une raison pour la violer dans des tournantes de barbarismes.

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Paris XVIIe, 1er mars 2013, locaux de la brigade des moeurs.

"Interrogatoire de Mme la Langue Française, qui vient déposer plainte pour les pratiques dégradantes qu’elle aurait subies. On vous écoute, racontez-nous ce qu’il s’est passé.
- Ils… ils étaient nombreux ! Si nombreux ! 
- Où est-ce que cela est arrivé ?
- Je ne sais plus, tout est allé si vite… parfois, ils me font du mal sur des Skyblogs… parfois sur des pétitions. Et dans des statuts Facebook, ho, si vous saviez !
- Est-ce que vous pouvez nous décrire ce qu’ils vous ont fait ?
- C’est encore difficile… 
- Indiquez-moi sur ce Bescherelle où ils vous ont touché. 
- Ici…
- Là, sur les terminaisons ? C’est immonde !
- Ils… ils y mettaient des tirets, parfois des -e placés aléatoirement… et ces majuscules, Seigneur ! Je préfère ne pas vous parler de l’emploi du pluriel.
- Je crois que… que j’ai moi aussi besoin de prendre un peu l’air soudainement… c’est si abominable…"

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Histoire

L’agnoslipisme serait né au IVe siècle avant notre ère à Athènes, lorsqu’Aspasie fille de Xénophon se rendit sur l’agora en compagnie d’Eschyle, son mari. Ils étaient venus trouver Platon qui, comme à son habitude, était en train de gaver un groupe de jeunes gens à l’aide de diverses platitudes d’où lui venait son nom, puisqu’en réalité il s’appelait Gérard Roubieux. Aspasie demanda donc à Platon : "Platon, vois donc l’Olympe : chaque Dieu y a sa compagne, formant une extraordinaire parité ! Pourquoi est-ce que nous autres, les Grecs, ne nous inspirons-nous pas de nos dieux pour faire de notre forum un endroit où pour chaque voix d’homme s’exprimerait aussi une voix de femme ?". Le vieil homme se leva et prenant un bâton, il dessina du bout de celui-ci dans la terre humide un étrange schéma. "Vois cette grotte, Aspasie", lui dit-il "Imagine que s’y trouvent des hommes et des femmes enchaînés, dos à la lumière du jour, qui ne voient du monde extérieur que des ombres se reflétant sur les parois, alors qu’eux-même sont tant et si bien plongés dans l’obscurité qu’ils ne peuvent voir leur propre corps. Maintenant, imagine qu’un débat éclate entre ces personnes pour savoir si l’ombre qu’ils voient sur le mur ressemble plutôt à un hippopotame ou à un éléphant : crois-tu vraiment que leur sexe à quelque chose avec le débat ?"

Aspasie, troublée par la sagesse du vieil homme, répondit "Bien sûr que oui, car potentiellement, cela peut aider un mec à faire une trompe en ombre chinoise." Après avoir copieusement pété la gueule à Aspasie, Eschyle et Platon la balancèrent dans la mer Egée lestée d’une dalle en marbre. Puis, ils firent jouer la garantie auprès de Xénophon, mais là n’est pas la question.

Rappelons que Platon était tellement lourd que même les pirates qui le capturèrent un jour voulurent s’en délester au plus vite. Des gens de bon sens.

Mais le mal était fait : Platon avait inventé le concept d’agnoslipisme, alors agnotogisme pour d’évidentes raisons, en invoquant le fait que l’entrejambe de son prochain n’avait pas à être prise en compte dans un débat d’idée. Il invoquait du même coup l’allégorie de la caverne, faisant ainsi la joie de quantité de copies de bac et la terreur d’autant de correcteurs.

Le comportement agnoslipe : une dangereuse dérive

Dans l’antiquité, l’agnoslipisme était relativement accepté, comme le prouve le commencement de la religion chrétienne, alors que l’on se contentait d’accepter que Dieu et les anges n’avaient pas de sexe, et que c’était très bien ainsi d’un point de vue tant religieux qu’hygiénique, même si cela donnait une image relativement chiante du Paradis comparé à d’autres religions où l’on parle de copulations à n’en plus finir plutôt que de gratter des tac-o-tac avec Saint Pierre pour gagner deux places pour le prochain concert de luth.

Mais l’Eglise finit par dériver, et commença à introduire le sexe (chut, on se concentre) dans sa doctrine (vous n’êtes pas concentrés, retirez-immédiatement ces calembours de vos esprits malades) : savoir qui a le droit de copuler avec qui, pourquoi et quand, ou tout simplement interdire la prêtrise aux femmes pour qu’il y ait au moins une robe qu’elle ne puisse pas insister pour acheter (et puis cela permettait de caser le célèbre "Passe ton âme d’abord" dans les conversations, permettant ainsi d’égayer les jours tristes d’un âge obscur où le principal loisir de la population était de construire des maisons en bouse avant la prochaine invasion des anglois).

Evidemment, si le temps a fini par effriter la foi d’une bonne partie de la population, plus guère convaincue par le fait que Dieu envoyait sa foudre sur quiconque couchait sans vouloir forcément se reproduire à la vue de Silvio Berlusconi toujours pas transformé en paratonnerre, cette volonté de voir le monde par le prisme du sexe n’a pour autant pas disparu.

Ainsi, dans une même phrase, des gens peuvent ouvertement s’insurger du fait que l’Eglise fasse des discours sur le sexe, mais applaudit des deux mains lorsque l’assemblée nationale légifère de manière contraignante sur celui-ci pour interdire à telle ou telle personne de se présenter ici ou là parce qu’elle n’est pas née avec le bon chromosome. Comme quoi, c’est rigolo l’indignation.

L’agnoslip, lui, a une doctrine simple : "le contenu de mon slip ne regarde que moi et les personnes consentantes qui iraient bien regarder", voir éventuellement les chèvres dans certains domaines militaires, mais nous entrons la dans des cas particuliers qu’il ne convient pas de traiter aujourd’hui.

Lorsque ceci est au coeur de votre politique électorale, il ne faut pas s’étonner que le reste ne vole guère plus haut

L’agnoslip est donc généralement opposé à toute politique de quota de sexe qui, par définition, est sexiste.

Exemple : "Au nom de la lutte contre le sexisme, permettez-moi de faire entrer votre culotte dans mes critères de recrutement : alors dites-moi, qu’y a-t-il dedans ?"

Ainsi, par exemple, là où certains se félicitent d’une avancée sur l’égalité, n’oublions pas que si, par exemple, un transexuel voulait se présenter à une élection, cela donnerait trois semaines de débats journalistiques pour savoir si, médicalement et administrativement, cette personne a le droit de s’exprimer à l’assemblée. Et ce en se basant une uniquement sur un critère n’ayant strictement rien à voir avec la choucroute. Magique n’est-ce pas ? Je trouve aussi. Je pense que la balance commerciale déficitaire du pays est essentiellement due aux imports massifs de schnouf pour alimenter tous ces nez bien inspirés (hohoho).

D’ailleurs, en cas de candidature de Vincent McDoom ou Christine Bravo, nous serions bien emmerdés de savoir dans quel quota les caser. Et j’ignore si notre budget serait suffisant pour motiver des experts à se pencher sur la question, mais passons.

L’agnoslipe français est donc très malheureux, puisque son pays est le seul à avoir ces curieuses pratiques visant à s’occuper de ce qui ne le regarde en rien pour tenter d’établir un principe d’égalité mathématique plutôt que celui d’égalité de droit (généralement d’ailleurs, vous noterez que les militants pro-quotas sont les premiers à s’opposer à "la politique du chiffre", ce qui est assez formidable). Et maintenant, il va pouvoir se retrouver à élire deux personnes à un poste, car les combattants du sexisme expliquent qu’ils refusent d’être représentés par un élu qui ne soit pas de leur sexe.

Je vous la refais autrement : "Non mais je ne suis pas raciste, mais au nom de l’égalité, je refuse d’être représenté par un noir."

De la même manière, j’espère qu’Osez le féminisme applaudit des deux mains cette proposition issue de ses rangs, qui interdit désormais à toute femme de se présenter sans un homme. On attend avec impatience le moment où quelqu’un va réaliser qu’une seule personne pour un seul poste, c’est drôlement plus pratique pour prendre des décisions sur un dossier, ou que deux femmes vont vouloir se présenter ensemble, et qu’au nom du féminisme, on leur interdira.

Il est donc intéressant de voir, qu’à l’heure du mariage pour tous, l’homosexualité binominale vient d’être interdite.

Ouf : heureusement que les partisans de la tolérance étaient là.

F.A.Q

Mais alors… les agnoslipes se moquent du sexisme ? Hein ? Bande de petits bâtards !

Non : l’agnoslipe ne se base que sur une règle simple :  y a-t-il une barrière à l’entrée d’une assemblée ou d’un groupe quelconque pour un sexe ? Si oui, il n’y a pas égalité de droit, l’agnoslipe s’insurge. Sinon, il se moque de savoir si un sexe est majoritaire et il s’occupe plutôt de trucs importants, comme par exemple, où se trouve la soirée barbecue la plus proche pour emmener ses interlocuteurs grognons lécher la grille en pleine cuisson.

Je porte des boxers, des strings voire parfois rien du tout, car j’aime sentir le vent fouetter mes cuisses quand je traverse Paris à vélo poursuivi par la police municipale, suis-je agnoslipe quand même ?

Vous êtes exhibitionniste, c’est un autre sujet. Ou ancien président de la République, mais là, c’est plus grave : vous vous rendez compte que vous avez géré un pays sans un binome paritaire ? Comment avez-vous fait ?

Comment puis-je savoir que je suis agnoslipe ?

Quand vous écoutez quelqu’un parler à la radio, est-ce que vous écoutez ce qu’il dit ou foncez-vous cherchez son carnet médical ? Si c’est la première solution, vous êtes agnoslipe. Si c’est la seconde vous êtes probablement un dangereux psychopathe.

Attendez, vous voudriez dire que… vous ne seriez pas un affreux machiste ?

Allons, allons ! C’est très personnel comme question, je ne peux me permettre d’y répondre. Surtout que là, déjà, je suis relativement peu concentré, j’ai un autre problème à traiter :

Ludivine, je vous ai prévenue : arrêtez de trembler ou je vous permute avec Cynthia pour me servir de tabouret.

Hooo, non. Ça y est, c’est aujourd’hui.

Sur nombre de blogs, dans quantité de réseaux sociaux, chacun y va de sa petite blague : "Haha, je préfère les 364 jours de l’homme !" ou "Tu feras la vaisselle demain chérie !", alors que dans le petit monde politique, chacun parle d’égalité, de parité, et d’autres avancées majeures de nos sociétés démocratiques.

Ce 8 mars, c’est la Journée de la Femme.

Heureusement, l’Eglise, qui n’est pas la dernière pour la déconne, s’est débrouillée pour que cette année, le 8 mars soit aussi la date de Mardi Gras : autant vous dire qu’aujourd’hui, ce sont les anorexiques qui vont en chier, mais passons.

Que disais-je ? Ah, oui : la journée de la femme, longue succession de calembours machistes et de réclamations féministes qui s’affrontent de l’aube au crépuscule ou jusqu’à ce que Twitter plante ; et pourtant, c’est tout de même une sacrée date que celle-ci : surtout que d’après l’ONU, ce serait le 100e anniversaire de la mise en avant des femmes le 8 mars, et cette année le thème serait en sus « L’égalité d’accès à l’éducation, de formation et de la science et la technologie: vers un travail décent pour les femmes ».  Un thème particulièrement percutant, surtout quand l’on constate le niveau du site de la journée de la femme, qui laisse en effet supputer que certaines n’ont eu le droit ni à un minimum d’éducation, ni à une basique formation sur les nouvelles technologies. Cela dit, je suis mauvaise langue : même avec un doctorat en informatique, je ne suis pas sûr que Valérie Damidot soit capable de faire quelque chose de bon goût, par exemple, mais nous sortons du contexte ici étudié.

 

Souvenez-vous la dernière fois que Ségolène Royal a voulu s'intéresser à internet

Bref, aujourd’hui, c’est un peu la grosse fête, puisque si je résume, nous célébrons la Journée de la Femme, le 100e anniversaire de cette folle aventure, et par-dessus tout, Mardi Gras (si vous souhaitez ne rien rater, et festoyer le tout d’un coup d’un seul, habillez-vous comme Marine Le Pen : vous célébrerez ainsi les femmes, les déguisements, le gras et bien évidemment les idées vieilles d’un siècle). Mais en dehors de cela, au cours de cette belle journée, qu’est-ce qui est mis en avant pour lutter contre les inégalités hommes-femmes ?

Je vous enjoins à lire la prose du bon Ban Ki-Moon, secrétaire général aux Nations Unies, qui explique les choses à mettre en avant aujourd’hui lorsque l’on viendra vous demander ce que sont les grands thèmes de cette journée. Et parmi les questions de l’accès à la technologie de nos amies dénuées de chromosomes Y, ou de leur rapport à la science, le sympathique Ban veut que l’on rapproche les femmes de :

La téléphonie mobile et Internet, par exemple

Mais enfin ! Ban, mon petit Ban, conçois tu vraiment qu’il faille rapprocher femmes et téléphonie mobile ? Es-tu conscient, galopin, que 78% des heures de forfait mondiales sont utilisées par des midinettes se racontant leurs dernières aventures lycéennes, ou analysant avec joies des milliers de textos ("Jennifer, Brian a mis "kiss", au lieu de "biz", tu crois qu’il est amoureux de moi ?") ? Les femmes sont un fléau encore plus grand depuis que l’on leur a donné accès à la téléphonie mobile ; déjà que naturellement, elles sont capables, telles les abeilles, de faire circuler une information entre elles à une vitesse laissant supposer qu’elles ont un esprit de ruche et fonctionnent par essaim (enfin ça, c’est plus au moment des soldes), les nouvelles technologies ont encore accéléré cet abominable processus. Quant à internet… Ban ! Mais nom d’une pipe ! Lis-tu des blogs, parfois ? Ne te souviens-tu pas de ta petite camarade, Sung-Yu, à Séoul ? Mais si, souviens-toi, celle qui racontait très fort toute sa vie en cours de mathématiques ; bon, tu la visualises bien ? Maintenant, imagine qu’on lui refile un mégaphone ; voilà, c’est ça donner accès aux femmes à internet : c’est courir le risque qu’elles n’ouvrent un blog ou ne se créent un compte sur des réseaux sociaux.

Dramatique. Mais je mets ça sur le compte de ta méconnaissance du sujet, sinon, jamais tu n’aurais écrit :

L’accès à ces outils, ainsi qu’à l’éducation et à la formation, peut aider les femmes à rompre le cycle de la pauvreté, à lutter contre l’injustice et à exercer leurs droits.

Donne accès à ta fille de 15 ans à la téléphonie mobile, tu vas voir, le cycle de la pauvreté, si ça t’en sort, galopin. Que puis-je faire, Ban, si ce n’est t’inviter à ne pas brider ton regard (et là, je pouffe), sur la société moderne ?

Bref.

Mais je serais de bien mauvaise foi (et ce n’est pas mon genre) si je ne m’intéressais pas à la conclusion du secrétaire général :

La création, cette année, de l’Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation de la femme (ONU-Femmes) est la preuve que nous sommes résolus à concrétiser nos aspirations. Ce n’est qu’en garantissant aux femmes la participation à part entière et à part égale à tous les domaines de la vie publique et privée que nous pouvons espérer bâtir la société viable, pacifique et juste que promet la Charte des Nations Unies.

Nous avions déjà abordé, sur ce blog, la question de l’ONU-Femmes ; abordons donc, aujourd’hui, un autre grand thème porté aux nues en ce jour, et brièvement évoqué dans les précédentes lignes sous la forme de "participation à part entière et à part égale à tous les domaines de la vie publique et privée" : la parité.

 

Internet ET le téléphone ? Les filles s'éclatent trop en centre d'appels

Puisque tout de même, voilà bien une avancée qui n’est que peu contestée : face à un déséquilibre de fait dans notre société (inégale répartition hommes/femmes dans les entreprises, institutions, etc), nous avons mis en place des lois favorisant le rapport 1 homme pour 1 femme. Ce qui en soi, paraît logique. A part en Afghanistan, mais c’est juste parce que l’on entend que trop peu Isabelle Alonso se plaindre qu’un bidasse sur deux ne soit pas une bidasse, et que les mâles font rien qu’à garder tous les FAMAS pour eux. Salauds.

Mais la parité, en cette belle journée de la femme, représente pourtant la plus belle incarnation du sexisme, qui, d’après mon dictionnaire, est "la discrimination basée sur le genre". Ainsi, à compétences égales, on considère que c’est votre entrejambe qui fait la différence ; c’est ce qu’on appelle la classe, bien que je laisse ce sujet d’érudition à mon bon ami Georges Abitbol. Si, ayant le choix entre deux personnes, vous en favorisez une en vous basant sur sa couleur de peau, c’est de la discrimination, et c’est très mal. Si vous le faites en vous basant sur sa religion, c’est tout autant de la discrimination, et c’est tout aussi mal. Mais si vous le faites sur le sexe, c’est toujours de la discrimination, certes, mais c’est très bien. C’est youpi, même.

Ainsi donc, mesdemoiselles, on vous explique avec force discours que pour obtenir l’égalité de traitement avec les hommes, vous devriez exiger d’être traitées comme des femmes avant tout. Et d’être recrutée pour vos seins, et non pour vos connaissances ; pour ma part, c’est précisément ce que je fais lorsque je choisis mes secrétaires, et curieusement je ne passe pas pour un formidable féministe : je crois qu’on me discrimine. Il faudra que j’enquête.

La parité crée ainsi d’improbables situations, particulièrement lors d’élections : la loi obligeant l’alternance un homme/une femme, on se retrouve avec des candidatures où, parfois, certains candidats (mâles, s’entend, puisque comme bien des domaines, la politique est majoritairement masculine) se retrouvent bien incapables de concourir puisqu’ils n’avaient pas de femmes voulant se présenter avec eux. A l’inverse, mettons que deux femmes décident de se présenter, parce qu’elles ont les compétences, l’envie, la motivation, les idées… non, interdit. Elles DOIVENT trouver un homme, et l’une d’entre elles doit dégager, parce que merde, des femmes qui se présenteraient sans un homme pour les cornaquer, ce serait proprement scandaleux. Merci, la parité. De la même manière, si un groupe de femmes compétentes se présente à une élection de liste, et qu’elles n’ont que des mâles incompétents (je ne veux pas entendre que c’est un pléonasme, petites succubes) pour les assister, et bien qu’importe : elles ont obligation de les prendre et de les mettre en avant au nom de leur chromosome Y, et non de leurs aptitudes. Si la représentation citoyenne est avant tout question de sexe, alors Berlusconi est le plus grand démocrate d’Europe.

Imaginons la situation suivante, et là, attention, regardez bien sur votre carte d’identité si vous êtes un monsieur ou une madame, c’est important :

Vous souhaitez vous présenter aux élections cantonales qui approchent (si, si, je vous jure) ; fiers défenseurs des citoyens, vous vous dressez fièrement et vous présentez sans plus attendre pour être candidat : votre programme est formidable, mais il vous manque un suppléant, obligatoire pour l’élection. Or, deux personnes sont prêtes à partir à l’aventure avec vous :

1 – Si vous êtes une femme, ces deux personnes sont : Marie Curie et Steevy du loft

2 – Si vous êtes un homme, ces deux personnes sont : Benjamin Franklin et Loana

Et bien vous avez l’obligation de virer le premier, au motif qu’il est du même sexe que vous : c’est vrai quoi, deux personnes du même sexe sur une affiche, ça ferait jaser. Heureusement, grâce à la loi sur la parité visant à mieux représenter les citoyens, vous aurez la joie, mesdemoiselles, de faire campagne avec quelqu’un qui pense que Clémenceau a toujours été un porte-avions, et pour vous messieurs, vous disposerez d’un formidable range-tracts. A n’en point douter, vos citoyens se sentiront mieux défendus par quelqu’un du même sexe qu’eux : c’est vrai, quoi, merde : quelle femme pourrait se sentir représentée par Benjamin Franklin ? Ayant un kiki, il ne peut donc pas raisonnablement avoir les mêmes aspirations sociales, ce serait aberrant.

 

"Ah non madame, vous n'avez pas le droit de vous présenter avec votre amie. Steevy sera un choix bien plus pertinent pour la société française"

L’égalité républicaine (ce truc tellement ridicule qu’il est gravé sur le fronton de chaque mairie), pourrait laisser supposer que l’on considère les gens comme des citoyens, et non comme des propriétaires de chromosomes X ou Y en plus ou moins grand nombre ; mais comme le disait un haut responsable politique, un jour que nous dissertions ensemble autour d’une table branlante dans une arrière salle enfumée, alors que je l’interrogeais sur la parité et sa capacité à instaurer des quotas de représentation de sexe, quand la chose est interdite pour la couleur de peau ou la religion : "Tu sais, Odieux : on peut fermer les yeux sur la couleur de peau, la religion, les opinions de quelqu’un… mais on ne peut jamais fermer les yeux sur son sexe."

Probablement un type qui fait l’amour lumières allumées.

Et c’est bien là toute la beauté de la journée de la femme : au motif qu’il faut que ces dames obtiennent l’égalité parfaite, on commence par les considérer avant tout comme des femmes, et ensuite seulement comme des citoyens comme les autres.

Ça doit être ça, ce que l’on appelle des "citoyens de seconde zone".

Manquerait plus qu’on leur file internet ; elles pourraient, je ne sais pas moi, finir sur ce blog : ce serait une preuve définitive de leur mauvais goût.

 

 

 

 

 

Le monde va mal.

Crise financière, tremblements de terre, glissements de terrains, famine, maladie, neige en hiver, massacres, situation en Côte d’Ivoire, Francis Huster, incertitude en Tunisie… la litanie des malheurs s’abattant sur notre monde ne saurait s’arrêter à ces quelques exemples, mais il serait vain de vouloir se montrer exhaustif dans l’inventaire du malheur mondial. Régulièrement, nous rencontrons des amis au grand coeur qui n’hésitent pas à dire lorsque sont abordés les tracas de nos contrées "Ne nous plaignons pas : c’est pire ailleurs !", car comme chacun sait, à partir du moment où il y a plus malheureux que soi, il ne faut surtout rien faire.

Heureusement, au coeur de ce chaos mondial, un fier étendard rallie les différentes nations vers un objectif commun de paix et de développement à l’échelle planétaire ; ce drapeau est d’azur et on y trouve de blanches figures représentant notre bonne planète entourée de rameaux d’oliviers. Votre expertise héraldique ne saurait vous tromper : il s’agit en effet de l’Organisation des Nations Unies, ou ONU.

Et devant la ruine de notre monde, face au spectacle des braises de l’insurrection rallumant les feux d’hier pour mieux alimenter les incendies de demain, la fière organisation a décidé de frapper du poing sur la table, de mettre fin à cette intolérable situation.

En effet, depuis le 1er janvier 2011, l’ONU a mis en place un nouvel organisme : l’ONU – Femmes.

 

Une candidate potentielle pour représenter les Femmes à l'ONU

Ah.

Bon, j’entends d’ici les esprits chagrins qui n’hésiteront pas à dire que vu la situation mondiale ces derniers temps, la création d’un tel organisme avec un budget de 500 millions de dollars, ce n’était peut-être pas la priorité.

Malandrins ! Oubliez-vous que nous sommes en janvier ? C’est la période des soldes. Et vu comment se comportent les détentrices d’un double chromosome X dès la vision d’un chemisier à moins 50%, il va bien falloir un demi-milliard pour financer les compagnies de casques bleus que l’on va devoir envoyer chez H&M, Jennyfer et autres Camaieu afin d’éviter de nombreux massacres (chaque année au mois de février, on retrouve de discrets charniers dans des cabines d’essayage isolées, dernière demeure de celles qui n’ont pas réussi à vaincre lors de la bataille pour le sac à main à moins 66% imitation vintage). Mais je suis mauvaise langue : comme nous l’indique le site de l’ONU – Femmes, il y a des raisons bien plus profondes derrière cette création, comme nous l’indique la FAQ

L’entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes — ou ONU Femmes — a été créée par les États Membres pour que l’ONU puisse aider plus facilement ceux-ci à accélérer les progrès en vue de réaliser leurs objectifs en matière d’égalité des sexes

Et c’est connu, pour favoriser la progression de l’égalité entre les sexes, rien de mieux que d’expliquer aux damoiselles que l’ONU ne peut pas s’occuper des hommes et des femmes de la même manière : autant créer un organisme particulier pour ces dames. Si l’on avait décidé de créer l’ONU – Noirs, tout le monde aurait gueulé à la discrimination raciste. Si l’on avait créé l’ONU – Protestants, tout le monde aurait crié à la discrimination religieuse. Si l’on avait créé l’ONU – Nains, tout le monde aurait pleuré à la discrimination physique, avant de proposer un certain Nicolas S. à sa tête. Mais on a créé l’ONU – Femmes, alors on a applaudi.

En juillet dernier, d’ailleurs, on était déjà fou de joie à l’annonce de ce nouvel organisme (qui n’est pas si nouveau : il regroupe en réalité quatre anciennes structures qui ont eu le droit à un coup de peinture avant d’être fusionnées), preuve en est le discours de Mme Tiina Intelmann, ambassadeur estonienne, qui s’est sentie obligée de préciser :

« ONU Femmes, à travers le contrôle à l’échelle du système de ses activités et des rapports de son secrétaire général adjoint, devra être une entité responsable dont les résultats seront examinés scrupuleusement »

Parce que c’est vrai qu’à la base, certains pensaient que ça allait être une entité irresponsable et incontrôlée, qui allait claquer toute sa thune en macarons et louboutins. Très en forme, la bougresse a bien évidemment poursuivi :

le mandat d’« ONU Femmes » prévoit clairement la féminisation des postes de décision au sein même de l’Organisation

Puisque c’est connu, pour gérer ONU – Femmes, il faut des femmes. Et pour gérer des problèmes entre hommes, des hommes. Non, l’égalité des sexes ne peut pas être un combat mené par un homme, c’est comme ça. S’il y en a un qui essaie, son chromosome Y se dissout en libérant du cyanure dans son organisme et il meurt en quelques minutes. Et non, faire de la discrimination positive, ce n’est pas faire de la discrimination, bande d’esprits chagrins. Si vous refusez un homme pour prendre une femme, ce qu’il faut voir, c’est que vous avez pris une femme, et c’est bien. Si vous refusez une femme et que vous prenez un homme, ce qu’il faut voir, c’est que vous avez refusé une femme, et c’est mal. C’est comme ça. Il est important de rappeler aux femmes qu’on ne les recrute pas sur leurs compétences, mais sur leur sexe. C’est ça, l’égalité.

 

Casque bleu s'assurant que les femmes restent bien à l'écart des hommes, pour plus d'égalité

Bien que cela n’apparaisse pas dans le compte-rendu de cette conférence, la même aurait d’ailleurs ajouté :

"Et sur la porte de nos bureaux de New York, on mettra "interdit aux garçons !", hi hi hi ! D’ailleurs, on pense faire venir Isabelle Alonso régulièrement pour donner des conférences, et on a déjà demandé à Pénélope Bagieu de nous refaire notre logo : s’il y a un drapeau bleu pour les garçons, on veut un drapeau rose pour les filles ! Mdr !"

A partir de ce mois-ci, donc, Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili et désormais responsable de ONU-Femmes, pourra réunir régulièrement son conseil de décision afin de lancer la grande lutte pour l’égalité des sexes, mais la salle de réunion étant toujours squattée par ces cochons de mâles, elle devra utiliser une solution alternative, comme organiser des soirées pyjama autour d’un DVD de Bridget Jones et, bien évidemment, d’un pot de Häagens-Dazs. Si les deux tiers des présentes ne parviennent pas à une décision, Mme Bachelet pourra utiliser l’article 49-3 de l’organisme :

"En cas de désaccord entre les participantes, et si une majorité constituée à minima des deux tiers des voix n’a pas pu se constituer, une bataille de polochons déterminera le camp qui l’emporte. Si la réserve de polochons de l’ONU est épuisée, ce sera un combat de catch dans la boue équipée du bikini réglementaire qui permettra de connaitre l’issue du débat."

Ce bel exemple de démocratie devrait donc ravir les oreilles de toutes les femmes en difficulté dans le monde, qui sauront désormais que l’ONU, l’UNICEF et l’UNESCO, ce n’est pas pour elles, non, qu’elles, elles doivent s’adresser à l’ONU – Femmes si elles veulent quelque chose. Heureusement, le budget évoqué précédemment pourrait évoluer par la suite pour couvrir les besoins grandissants de l’organisation, car comme le conclue la conférence de presse annonçant la création de cet organisme :

Les États Membres ont reconnu qu’au moins 500 millions de dollars seront nécessaires pour répondre aux besoins initiaux d’« ONU Femmes ».

Et par ce "au moins", on comprend qu’il faudra plus. Car comme en témoigne Silvio B., détenteur d’un siège à l’ONU, "il faudra sûrement plus, surtout si l’on prend en compte le budget SMS et appels entre copines". D’après les premières informations de ce mois de janvier, et afin d’estimer les besoins de l’organisation pour le budget 2012, Michelle Bachelet aurait déjà hérité d’un téléphone de fonction avec forfait bloqué NRJ mobile pour éviter tout débordement.

 

La première ébauche du drapeau ONU - Femmes

Rassurez-vous donc, mesdemoiselles, ce nouvel organisme travaillera donc véritablement à s’assurer que partout dans le monde, les femmes soient respectées. C’est pourquoi l’Iran n’a pas eu le droit d’y siéger, tant la situation des femmes est catastrophique dans le pays. L’Arabie Saoudite, elle, par contre, a eu une place de choix, puisque chacun sait que ce pays est à la pointe des innovations en matière d’égalité des sexes : les femmes n’ont pas le droit d’y conduire une voiture (tout le monde sait qu’elles en chient sur les créneaux), ou même de prendre de décisions sans l’accord de leur mari (par exemple, si l’une d’entre elles prend une balle durant un match de foot, et que son mari veut voir la fin de la rencontre, elle a intérêt à prier pour que les arrêts de jeu ne durent pas trop, puisqu’il faut l’accord du chef de famille pour avoir accès à des soins médicaux). Rassurez-vous, ce n’est pas uniquement pour ce modèle en avance d’un temps sur le reste du monde que l’Arabie Saoudite a eu le droit à un siège, mais aussi – et surtout – parce que le pays a donné quelques sous à l’organisme pour l’encourager (profitant du fait que les femmes sont vénales et ne sauraient refuser, comme chacun sait), et a donc profité d’une place en tant que "donateur". Alors si vous croyez qu’une organisation va faire les gros yeux à l’un des pays qui la finance, mesdemoiselles, vous vous voilez la face (femme, voile, Arabie Saoud… non ? Hoo, allez.)

Bref, sympathiques lectrices, soyez heureuses : le monde applaudit en ce mois de janvier la naissance de cet organisme qui est là pour s’occuper de vous et de votre considération comme étant l’égal des hommes. Mais bien évidemment dans des structures à part de ces derniers, car chacun sait que la mixité est l’ennemie de l’égalité.

Heureusement qu’il y a des blogs comme celui-ci pour lutter contre les préjugés sur les femmes, pas vrai ? Vous pouvez retourner lire Closer ou Public, maintenant, les filles.

 

 

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