"Bonjour Messieurs !"

La porte se referma en claquant derrière le personnage alors qu’il entrait dans la salle de réunion du 33e étage, les fauteuils autour de la longue table ovale pivotant dans un léger son de cuir écrasé alors que leurs occupants se tournaient vers lui. D’un geste, il leur fit signe de rester assis et tout en souriant, vint se placer en bout du table pour consulter la pile de papiers disposés à cet endroit d’un air amusé. Finalement, et s’allumant un cigare, il fit un dernier tour pour observer la circulation en contrebas au travers de la baie vitrée avant de prendre place dans l’imposant fauteuil lui étant réservé.

"Bien, je vois que tout le monde est déjà là.
- Nous vous attendions pour commencer Monsieur Connard. J’aimerais pour commencer vous remercier au nom des investisseurs présents ici aujourd’hui pour avoir accepté de nous consacrer un peu de votre précieux temps.
- Ma bonté me perdra, j’en conviens.
- Hem, fort bien, je… permettez-moi de vous rappeler le sujet de notre entretien d’aujourd’hui : nous aimerions savoir comment vous avez réussi, en pleine crise financière, à trouver des investissements non seulement particulièrement rentables, mais en plus permettant d’obtenir des déductions fiscales. Une question qui, je ne vous le cache pas, nous turlupine quelque peu.
- Interrogation pertinente, mais, laissez-moi commencer."

0

Me retournant, j’appuyais sur le bouton de la petite télécommande placée devant moi pour faire descendre l’imposant écran blanc servant habituellement à présenter d’hideux powerpoints aux présents. Tirant sur mon cigare, je me levai pour aller indiquer sur les graphiques qui apparurent les éléments essentiels à la bonne compréhension de mon exposé.

"Investir est une chose risquée. Demandez à 10 experts boursiers leurs meilleures stratégies, ils vous donneront 13 solutions contradictoires. Mon truc ? C’est de maîtriser chaque élément de la mécanique de mes placements.
- C’est-à-dire ?
- Et bien pour commencer, je crée moi-même de nouvelles structures et leur donne toujours une vocation humanitaire. Aides, déductions, je bénéficie de tout cela en quelques instants, sans compter divers avantages complémentaires comme par exemple, une image de grand seigneur qui permet de faire chavirer le coeur des damoiselles dont les joues se teintent de pourpre lorsqu’entre deux coupes de champagne, vous leur contez votre amour de votre prochain.
- Et elles y croient ?
- Ce sont des femmes, Stevens.
- Pardon.
- Donc, disais-je : l’important, c’est de créer une structure que vous allez maîtriser. Puis de la rendre incroyablement rentable en jouant sur la culpabilité des bobos. 
- Je ne saisis pas bien.
- Prenez l’an dernier : j’ai créé une structure permettant à des handicapés de retrouver le chemin de l’emploi en participant à la création de livres audios pour la jeunesse.
- Une intention louable, mais je ne vois pas où c’est rentable. 
- Hé bien pour être exact, je n’ai pris que des gens atteints de Gilles de la Tourette. Non seulement parce que le résultat était des plus intéressants et a sûrement dû enseigner quantité de vocabulaire à de pauvres bambins venus écouter Blanche-Neige, mais parce que les parents, découvrant l’horreur, ne pouvaient même pas se plaindre : ce serait de la discrimination envers des personnages atteints d’un handicap. Tiraillés par leur sensibilité humaniste, il ne leur reste alors qu’une échappatoire : expliquer que non, ce n’est pas nul, c’est juste complètement avant-gardiste. Leurs amis, jaloux de ce vernis culturel obtenu à vil prix et leur permettant de se donner en plus bonne conscience en aidant des personnes en difficulté, se mettent donc à acheter eux aussi en nombre, et plutôt que de reconnaître l’indicible ignominie de mon procédé, ils se retrouvent esclaves de leur fierté et pire, recommandant un produit objectivement honteux. Et moi, je ris.
- Un peu comme chez Apple ?
- Pas de troll avant 10h du matin Stevens, c’est mauvais pour l’estomac. Toujours est-il que le crypto-hipster se lasse vite de tout, puisqu’il court après l’avant-garde. Il faut donc se renouveler chaque année.
- Mais alors, quel est votre plan pour cette année ?"
0

Mon regard brilla d’une lueur nouvelle alors que l’idée même de leur révéler mon dernier plan m’emplissait d’une certaine fierté.

"Cette année, j’ai monté une structure qui propose à des adolescents atteints de la maladie de Parkinson de devenir cinéastes. 
- Non mais attendez, là, ça va se voir quand même ! Des morveux bourrés d’hormones qui ne savent pas tenir une caméra, c’est grossier ! Qui irait louer pareille monstruosité ?"
0

Mon sourire ne se fit que plus grand face à cette réplique attendue alors que je jetais sur la table une série de journaux.

Cahiers du cinéma – 5/5 : "De cet objet idiot s’écoule une sorte de poésie repoussante et naïve, burlesque et synthétique, vulgaire et bête, une sorte de poésie perdue, à ramasser, à rincer, impropre à la consommation, innommable en somme, mais qui exprime aussi la part poétique et misérable de notre époque."

Critikat.com – 5/5 : "N’aimant rien tant filmer que "l’ingrat" de ce bas monde, l’ex-kid qui a écumé les travées insanes de l’Amérique investit la culture pop des années 2000 pour livrer une bombe irradiant le sentiment d’une époque."

le Monde – 5/5 : "On sent bien que la réalité intéresse moins Harmony Korine que sa représentation fantasmatique, son reflet forgé par la publicité et les clichés sans esprit des industries culturelles."

Les Inrockuptibles – 5/5 : "Korine filme cette débauche de formes et de couleurs avec une énergie folle, variant ses cadrages, balançant des décharges de montage en cut-up, bombardant les mots Spring Break comme un mantra. C’est du Godard boosté au Red Bull."

Stevens sentit la sueur couler le long de sa nuque : "Attendez, Spring Breakers alors ce… c’est vous ?"

Il sentit une vague de dépit monter en lui.

"Vous… vous êtes incroyablement maléfique !"

La preuve ? Spoilons, mes bons !

________________________________________________________

L’affiche : toute la subtilité du film résumée en une image

Notre film débute dans une petite ville universitaire des Etats-Unis ou nous découvrons plusieurs personnes qui, bien qu’étant les personnages principaux, auront des prénoms que personne ne retiendra du film tant ils ont été écrits avec soin. Il y a donc blonde 1, qui passe son temps à dormir et se droguer à l’aide de tout ce qui se fume ou s’inhale, blonde 2 et 3, étudiantes en histoire qui passent leur temps à glousser et dessiner des kikoutes en disant "Vivement Spring Break que l’on puisse en tripatouiller plein, hihihuhuhuhu" et enfin Faith, plus sage que ses comparses et appartenant à divers groupes chrétiens typiques des Etats-Unis, ceux où un gros motard avec une moustache en guidon de vélo te dit qu’il kiffe Jésus qui est son meilleur pote parce qu’il est trop cool, et qu’il échangerait ses bottes en croco contre ses sandales quand il le voudrait, ouais mec. Big love.

Car en effet, notre intrigue (ne pouffez pas tout de suite, attendez) se déroule à quelques jours de Spring Break, ces vacances universitaires durant lesquelles les jeunes étudiants américains aiment à aller se retrouver sur les plages pour pratiquer diverses activités comme danser en bikini, faire la chenille tout nu ou voir combien de litres de bière on peut faire rentrer dans le cul de Lulu sans le réveiller. Un grand moment de culture, donc, au même titre qu’une compétition de tuning ou une trépanation de yorkshire (un exercice de précision).

Bref ; faisons le point tout de suite sur un élément essentiel du film : si vous pensiez avoir déjà vu un film réalisé avec les pieds, Spring Break relèvera la barre avec brio. Le film consiste en effet, à 65% (ce n’est pas une blague), en de vastes séquences de gros plans maladroits et mal cadrés placés à la queue-leu-leu le tout pendant que la voix-off de l’un des personnages déclame des vérités digne d’un statut Facebook : "kan ta besoin des gens il sons pas la pour toi alor que toi tu l’et toujour pour eus : moi j’ose dire que j’aimes pas les hypocrite ! Qui osera cliker sur j’aime et partagé sur son mur ?", le tout filmé au ralenti sur fond de musique saturée et de préférence, avec des filles qui montrent leurs seins/fesses, par contre vous ne verrez pas un kiki ou une kikoute, parce que même si le film se veut grave subversif, tu vois, avec des gros mots et des roploplos, il ne faudrait pas qu’un rebelle se sente choqué en voyant un trilili battant au vent. Bref, on dirait que le tout a été réalisé par un lycéen fasciné par Fight Club, Drive et autres niaiseries crypto-philosophiques. D’ailleurs, à en croire le film, Spring Break c’est donc 97% de filles et aucun boudin, bien évidemment, mais c’est sûrement une coïncidence.

Fort bien. Allons-y donc pour un exemple :

________________

Musique saturée quelconque, ralenti constant

Des filles sautent sur une plage, des bières vont de main en main. Une voiture roule dans la nuit (pour ceux qui ont vu Drive, ce genre de plan rappellera des choses). Quelqu’un montre ses seins en dansant dans l’eau. Une fille fume une cigarette la nuit, dans une ville américaine. Des seins bondissent en gros plans, des filles se font des bisous en se frottant l’une à l’autre. Jean-Paul Sartre lit Tintin en fumant la pipe. Un DJ arrose la foule de danseuses en bikini.

Une voix répète "Spring Break. Le meilleur moment de l’année."

Etc.

________________

Faith, notre plus ou moins personnage principal et seule brune de notre quatuor, entend dire par des amies de son groupe chrétien que ses amies Blonde 1, Blonde 2 et Blonde 3 seraient en fait trois idiotes. Faith explique que non, elle les connait depuis la maternelle : ce n’est pas parce qu’elles gloussent comme des otaries, se défoncent pour un oui ou pour un non et n’ont aucun sujet de conversation en-dehors des fringues, des garçons et de Sarah Jessica Parker qu’elles sont limitées. Peut-être cachent elles une passion secrète pour la physique nucléaire ? Allez savoir. Toujours est-il que notre héroïne les défend : elles sont géniales et elle veut partir en Spring Break avec elles.

Notre louloute va donc retrouver ses copines pour faire le point : voilà un an qu’elles économisent, il est temps de faire les comptes de l’argent dont elles disposent pour partir à l’aventure, histoire de voir si elles pourront se payer un jacuzzi au champagne, comme tout vacancier lambda qui se respecte. Hélas, horreur : sitôt l’argent sorti des strings et entre deux plans pas du tout racoleurs sur les filles qui se frottent entre elles en s’échangeant quelques cochoncetés, le compte est fait : il n’y a que 325 dollars… soit même pas de quoi partir en Floride, la destination prévue à l’origine par nos amies !

Drame, larmes, perplexité : notre fière équipe est quelque peu dévastée par la nouvelle. Que vont-elles faire ? Devoir se trouver des loisirs intelligents ? Alors ça : jamais ! C’est hors de question ! Car Spring Break, c’est l’endroit "où l’on se révèle, on découvre qui l’on est vraiment, où l’on découvre ce que l’on va faire de son avenir".

Si le gouvernement me lit et qu’il cherche à faire des économies, voilà, maintenant il le sait : il peut mettre tous ses conseillers d’orientation dehors et les remplacer par un baril de bière avec un tuyau à s’insérer dans un quelconque orifice dans le plus grand esprit Spring Break, il semblerait que cela permette au jeune de savoir ce qu’il veut faire. Entre deux bulles de 8-6 ressortant par une narine, nul doute que l’adolescent verra la lumière et saura qu’il est temps pour lui de devenir expert-comptable ou ingénieur en conception de stylos billes. Mais oui.

Quand on vous dit que ce film est philosophique, bon sang.

S’ensuit donc, évidemment (et encore, je vous en ai passé), un nouveau passage se voulant philosophique

Durant Spring Break, certaines jeunes filles découvrent par exemple qui elles sont vraiment : ici, un tacos au fromage

________________

Musique saturée quelconque, ralenti constant

Les héroïnes se regardent, perdues. Sur une plage, des filles rient en se caressant. De l’argent est dispersé au sol. Quelqu’un lance un concours de pets. Faith va à son groupe chrétien (oui, parce que pour rentabiliser, on vous rebalance des plans que vous avez déjà vus, c’est plus rigolo). Un type mime la masturbation avec une bière. Un spectateur s’endort.

Une voix répète "Spring Break, où l’on se révèle, on découvre qui l’on est vraiment, où l’on découvre ce que l’on va faire de son avenir" (puisque recoller des images déjà vues ne suffit pas : on vous remet aussi les dialogues que vous venez d’avoir pour qu’il se passe encore moins de choses, c’est bien pensé)

Etc.

________________

Les filles sont donc bien embêtées, que faire pour trouver de l’argent rapidement ? En emprunter à quelqu’un ? Non, cette idée ne sera même pas évoquée. Utiliser le internet, cet objet du démon, pour trouver un plan pas cher et faire de l’auto-stop ? Là encore, personne n’en pipe mot : les jeunes n’ont jamais entendu parler du internet, c’est connu. Acheter des actions Lagardère (hoho, tout de même pas) ? Non : elles vont plutôt braquer un fast-food local.

D’accord.

Non mais c’est un plan, hein, je comprends. Blonde 1, Blonde 2 et Blonde 3, laissant Faith de côté qui n’est pas du genre à participer à ce genre d’action, décident donc de s’armer de pistolets en plastique pour aller trouver un petit restaurant local et, cagoulées, vont donc y semer la terreur avant de s’enfuir dans un véhicule volé. Le stratagème fonctionne à merveille puisque non seulement l’argent est obtenu aisément et rapidement, mais par ailleurs, les filles parviennent à ne pas laisser derrière-elles de traces de leur forfait en brûlant intelligemment leur monture de métal, le tout en restant à danser autour de la carcasse en feu histoire d’être sûres que la police vienne les cueillir sur place, ou à défaut, que l’explosion du réservoir révolutionne leur vision de l’auto-bronzant.

Heureusement, rien ne se passera.

C’est donc un trio radieux qui revient (à pied, je suppose), le vocabulaire toujours d’une richesse à peu près équivalente à celle de candidates de télé-réalité (elles font vraiment des étudiantes crédibles, surtout le genre à vouloir suivre des cours d’histoire, vraiment), pour présenter le butin à Faith et lui raconter comment elles l’ont eu. S’ensuit évidemment un nouveau passage philosophique que je vous passe pour éviter de rendre ce spoiler aussi chiant que le film (pour la première fois de ma vie, j’ai pensé sérieusement à quitter la salle, chose qui n’était jamais arrivé même devant Twilight tant c’était au moins rigolo de nullité et pas simplement consternant).

Nos héroïnes filent donc trouver un bus pour la Floride, car après un nouveau plan séquence (si, si) avec des phrases philosophiques du genre "Nous voilà, nous sommes enfin nous-même, qui osera copier ce message sur son mur ?",  elles ont enfin la joie d’arriver à destination.  Elles peuvent donc s’adonner à des joies simples comme sauter en bikini, se frotter à de (rares) garçons qui ont tous des têtes de champions, sniffer divers trucs, se saouler et évidemment, danser sur René la Taupe.

Un soir, Faith et ses amies se retrouvent donc dans une piscine pour philosopher.

Attendez, j’ai écrit philosopher ? Excusez-moi, j’ai été influencé par les critiques dithyrambiques ci-dessus. Laissez-moi détailler Faith et ses amies.

"Haaaan tu vois Spring Break c’est trop cooool, c’est la vie quoiiiii.
- Mais ouaiiiis c’est incroyable c’est fou quoiiiii.
- Wé.
- Méwé !
- Moi parfois j’aimerais mettre la vie, haaan, en pause, et tu vois, ce serait Spring Break pour toujouuuuurs !
- Han moi je ferais pareil, je voudrais tellement mettre pauuuuse des fois !
- Haaan ouais ?
- Ouaiiiiis.
- Geeenre ?
- Ma foi par exemple lorsque la foudre s’abat dans le soir tombant sur la campagne, illuminant l’espace d’un instant collines et bois et jetant d’étranges ombres sur le monde ; c’est, le temps d’une seconde, l’image de la puissance de la nature, de son aspect aléatoire, et de sa beauté résumée en un simple éclair lumineux. Ce curieux sentiment qui vous étreint lorsque soudain, la nature n’est plus un concept mais une véritable force qui semble tout dominer et nous ramener à notre place. L’écho étrange des plaisirs simples comme lorsque la nuit la fenêtre bat sur les carreaux et que roule ce fameux tonnerre au-dessus des villes endormies alors que l’on est blotti au fond de son lit à l’abri de ses dangers, mais spectateur de sa majesté vautré dans sa paresse.
- …
- …
- Naaaaaan j’rigooooooole j’mettrais pause quand j’fais un prouuuut loooooool !"

0

Bref. Dois-je vous laisser deviner ce qui suit ? Vous êtes sûrs ? Vous voulez vraiment que je l’écrive ?

________________

Musique saturée quelconque, ralenti constant

Les héroïnes dans une piscine. Sur une plage, on boit de la bière à l’entonnoir. Blonde 1 se frotte à Blonde 2. Des jeunes sniffent de la drogue sur le ventre de quelques fières coquines. Gérard Majax conduit un Twingo. Nos héroïnes font du scooter. Un caméraman gerbe.

Une voix répète "J’aimerais tellement faire pause, parfois… Spring Break pour toujours."

Etc.

________________

La réalisation se dépasse : notez la figurante tout à droite à qui on a pas dit en quoi consistait son rôle.

Le lendemain, nos bonnes amies sont à une nouvelle fête fort intéressante au milieu de 500 personnes occupant un hôtel entier, et où l’alcool et la drogue vont de main en main. Seulement voilà : la maréchaussée, lassée de cette petite délinquance en string, fait une descente et arrête 6 personnes : nos quatre héroïnes ainsi que deux clampins. Chose amusante : les policiers ont réussi à traverser une foule de 500 personnes sans arrêter personne d’autre et sans que les amis de la drogue n’essaient de se barrer : d’ailleurs, nos héroïnes n’en ont même pas sur elles et il est impossible que les fiers agents aient pu les voir consommer, mais ce n’est pas grave, pif pouf magie du scénario, ils les arrêtent.

Encore une séquence avec de la musique et les visages attristés de nos héroïnes que l’on envoie découvrir les joies de la prison (je pense bien sûr aux cours d’origami collectif, quoi d’autre ?), avant d’être envoyées devant un juge qui leur explique que consommer de la drogue, c’est mal, et qu’elles passeront donc deux jours à la prison locale le temps d’apprendre les bonnes manières à moins que quelqu’un ne puisse payer leur caution : cela tombe bien, car il y a dans la salle un certain Alien, aussi appelé "Je suis James Franco déguisé en Joey Starr et comme ce film est mauvais, j’ai dans le cou un tatouage "$" Malabar tellement mal fait qu’en fonction des séquences, on peut voir le contour changer de couleur". Mais comme Alien c’est plus court, nous en resterons à cela. Toujours est-il qu’Alien décide de payer la caution de ces dames au motif qu’elles "ont l’air cool", comprendre qu’elles remplissent leur bikini de manière convenable, et accueille donc les damoiselles à leur sortie de prison posté devant son abominable automobile tunée.

C’est vrai qu’il manquait un Jackie à ce film. Ça volait déjà un peu trop haut.

Séquence-clip-philo (c’est chiant hein ? Imaginez-vous devant, malandrins, mon esprit de sacrifice aura raison de moi)

Alien étant un mec profondément intéressant, il propose d’emmener nos héroïnes avec lui discuter un peu pour faire connaissance en allant s’asseoir sur des tables de pique-nique dans un coin quelconque : ça vend du rêve. Alien est visiblement con comme un tiroir à slips, grossier comme Jean-Marie Bigard et intéressant comme Christine Boutin : un cocktail qui parlera à nombre d’entre vous qui prendront feu rien qu’à cette idée, je n’en doute pas. Alien a aussi une histoire parfaitement inintéressante, et explique accessoirement que son métier, c’est dealer.

C’est très important d’annoncer ses activités illégales, comme ça, à de parfaites inconnues. Non, parce qu’on ne sait pas, hein, peut-être qu’un spectateur n’avait pas encore compris que tu étais foutu de perdre au Trivial Pursuit contre une palourde mon vieux Alien.

Faith, elle, sent bien que quelque chose ne va pas. Pas seulement le tatouage de James Franco qui vient encore de changer de couleur la peau étant subitement devenue rose au-dessous, non : elle pense que… je sais pas… p’têtre qu’un dealer, qui en plus, leur parle beaucoup frics et armes… bin c’est dangereux.

Ah bon ? Qu’est-ce qui te fait dire ça ? Heureusement que la presse a pleuré de bonheur devant ce film.

Toujours est-il que notre héros propose aux jeunes filles d’avoir des activités encore plus intéressantes que dire du rien assis sur une table de pique-nique, comme par exemple en allant dans des bars sans musique jouer au billard au milieu d’énormes types patibulaires en marcels sales qui regardent les filles d’une manière qui laisse supposer qu’ils auraient bien envie de parler de Kant et Spinoza avec elles, probablement à l’occasion d’un débat troglodyte à présidence tournante. Faith commence donc à pleurer, expliquant à ses amies qu’elle n’en peut plus : "C’est pas ça, Spring Break, j’ai un mauvais pressentiment !"

Tu m’en diras tant. Comme quoi, l’instinct féminin, c’est surpuissant : c’est sûr que quand le mauvais pressentiment est juste derrière toi à baver, fait environ 140 kilos de muscles et de tatouages et s’appelle Abubackar, tu peux effectivement supputer qu’il se passe quelque chose de curieux.

Notre héroïne décide donc, à la moitié du film, de se casser de celui-ci (une décision chaleureusement applaudie par la salle) en annonçant au groupe qu’elle rentre chez elle. L’occasion de balancer… hmmm… que… ah, tiens, je me demande bien quoi.

________________

Musique saturée quelconque, ralenti constant

Faith pleure en gros plan mal cadré. Sur une plage, on écoute du Skrillex. Les héroïnes se disent au revoir. Quelqu’un joue avec un mannequin en se saoulant à la bière. Des ninjas jouent au Time’s Up. Nos héroïnes font du scooter. Un bus file sur les routes. Faith est en gros plan mal cadré, attendez, je crois que c’est un plan sur son gros orteil gauche. Ou bien est-ce un plan large sur James Franco ? Je suis perdu.

Une voix répète "Spring Break… pour toujours."

Etc.

________________

Problèmes capillaires ? Choix de sombres bouses où tourner ? James Franco, je suis désolé : vous êtes atteint de Nicolas Cagisme.

Blonde 1, Blonde 2 et Blonde 3 abandonnées à elles-mêmes, Alien peut donc les réconforter en leur proposant de venir visiter sa villa. Car non seulement le bougre a une voiture tunée permettant à tout agent de la maréchaussée de le repérer à des kilomètres, mais en plus, le bougre en bon caïd a décidé d’entasser dans son salon contre les murs des tonnes (littéralement) de drogue, ainsi que des armes en quantité non négligeable. Moui je… pourquoi pas. Probablement que comme ça, même depuis le commissariat à trois bornes de là, les chiens peuvent flairer la drogue, et les policiers le blaireau.

Heureusement, comme le film a été écrit aussi bien qu’il a été filmé, cela ne choque personne. Nous voilà rassurés.

Alien présente donc aux filles sa drogue, ses armes, fait le cake en montrant ses nunchakus, et les filles se contentent de glousser encore et encore, parce que bon, depuis le début du film, elles n’ont pas fait grand chose d’autre. A un moment, Blonde 2 et 3 se disent que tiens, puisqu’Alien semble con comme un rat mort, elles pourraient peut-être en profiter, mais finalement non : elles préfèrent se mettre à rentrer dans ses plans, parce que quitte à avoir noté qu’il était idiot, autant lui remettre toute la conduite stratégique de la suite des opérations.

C’est bien normal.

Nos louloutes deviennent donc le nouveau gang d’Alien, le sien ayant été affaibli dernièrement, et vêtues de bikinis et de passe-montagnes roses (si, je… pfou), elles commencent à écumer les endroits à touristes du coin pour prendre leur argent aux pauvres gens. Chose amusante : alors qu’elles prennent grand soin de cacher leurs visages, elles font tous leurs coups avec Alien et sa tête unique découverte permettant à tout clampin de faire remonter la police au coupable et son gang en moins d’une heure. Mais encore une fois : cela n’arrivera jamais, soyez rassurés. Il ne faudrait pas qu’il se passe un truc dans ce film.

En parlant de trucs qui ne se passent pas, ça fait un moment que l’on a pas eu une séquence au ralenti, non ?

________________

Musique saturée quelconque, ralenti constant

Les héroïnes braquent une salle d’arcade. Sur une plage, on joue au ballon. Alien tabasse un type. Des jeunes se frottent les uns aux autres en s’arrosant. Blonde 1 menace un type avec un flingue. Un spectateur convulse devant tant de nullité. Nos héroïnes jouent avec du pognon qui tombe du ciel façon clip de rap. Des filles sur une plage sucent des glaces fusée de manière très lascive et pas du tout racoleuse.

Une voix répète "Spring Break, Spring Break" bien que cela n’ait strictement aucun rapport avec le film, en fait, puisque ça pourrait aussi bien se passer à la Bourboule

Etc.

________________

Pendant ce temps, dans une boîte de nuit, nous découvrons Miko, un méchant dont je n’ai pas non plus retenu le nom qui a pour sigle un cornet de glace à trois boules : un truc qui impose le respect au point qu’il se l’est fait tatouer sur le visage (… ho bon sang) et porte un énorme cône en collier. Bref : notre loulou explique qu’Alien et ses nouvelles copines semblent un peu trop prendre leurs aises. Dernièrement, il a eu une petite conversation avec Alien, qui est aussi son ancien meilleur ami même si cette information n’a aucun intérêt, et il a noté que l’appétit de celui-ci grandissait. Il propose donc d’aller calmer tout ce petit monde, par exemple, avec une bonne fusillade, puisque cela permet de poser les bonnes bases d’un bon débat.

Pendant ce temps, Alien, lui, fait des trucs intéressants, comme par exemple jouer du piano en bord de plage (si) en chantant du Britney Spears (si, si) pendant que Blonde 1, 2 et 3 font la ronde en jouant avec des fusils à pompe d’une manière tellement naturelle que Francis Huster à côté aurait pu faire le ballet de Moscou. Le tout est bien évidemment filmé au ralenti pendant que la musique sature et que divers plans coupent le tout et qu’alors que ça n’a toujours plus aucun rapport, une voix off murmure "Spring Break…"

Un soir, donc, les folles aventures s’arrêtent un peu brutalement lorsque Miko vient croiser nos larrons dans sa propre voiture et leur explique que bon, ça suffit les conneries. Il demande donc à son assistante de vider un chargeur d’UZI sur la voiture d’Alien, et si aucun des occupants n’est tué dans l’affaire, Blonde 1 se mange un pruneau dans le bras, l’occasion de recaser une séquence-philo que je vous passe encore une fois, puisque sinon je vais devoir tabasser quelqu’un à coups de clavier pour oublier la douleur dans mes doigts meurtris à chaque fois que j’évoque pareille nullité.

Alien, après avoir sans raison décidé de glander sur un trottoir avec Blonde 1 se vidant de son sang à côté de lui, décide finalement de retirer la balle et de désinfecter le tout au bourbon. La conclusion de Blonde 1 est qu’il est temps pour elle aussi de se barrer du film, par exemple en retournant chez elle. Ses amies la retiennent un peu en lui disant que ça va, rho, c’est juste une balle, c’était strictement amical, mais non : elle prend aussi un bus et rentre chez elle.

Nouveau plan relou durant lequel, cette fois, c’est James Franco qui rappe minablement un truc à base de jeunes filles perdues qui veulent s’échapper de leur cage, parce que c’est de la philo rebelle, tu vois t’as vu. Carpe Diem. Ça veut dire "mange du poisson"  tu vois ? C’est de Schubert, c’est pour ça que c’est en romain, si si la famille.

Toujours est-il que malgré la désertion d’un deuxième élément, Alien décide qu’il ne faut pas se laisser abattre à bien des sens du terme. Après une scène gratuite centrée sur un plan à trois (mais soft, c’est pour des jeunes rebelles) dans une piscine digne des plus grands moments de Loft Story, notre rasta Jean-Edouard décide donc de lancer une opération vengeresse sur Monsieur Miko.

Vous pensez que j’exagère sur le cadrage ? Hooo, la belle main de l’assistante tenant un parapluie dans le champ pour gérer la lumière !

________________

Musique saturée quelconque, ralenti constant

Blonde 1 prend le bus. Sur une plage, on danse dans l’eau. Alien est dans sa piscine. Des jeunes boivent. Blonde 2 et 3 jouent avec des flingues. Un crapaud s’accouple avec un caillou. Les filles se roulent sur le lit d’Alien au milieu de ses armes. Un pont au loin est illuminé.

Une voix répète "Tu vas le faire ?" environ 2783 fois alors que la séquence ne s’arrête pas.

Etc.

________________

Notre petite troupe décide donc de prendre un bateau pour aller cartonner le vilain Miko, qui semble-t-il, dispose d’une villa en bord de mer. Notre trio, vêtu de vêtements fluo (bin oui) et d’aucune protection s’arrête donc sur le quai local puis, alors que l’on entend en voix off les filles qui appellent leurs parents pour dire que "Spring Break les a révélées", à savoir qu’elles ne veulent plus étudier l’Histoire mais devenir gansta-puputes (une carrière vaguement différente, on peut comprendre la confusion). Sur le quai, une fusillade éclate donc durant laquelle Alien est bien vite tué, alors que les filles, elles tuent les 30 gardes locaux sans être touchées une seule fois, quand bien même les hommes expérimentés les visent à 1 mètre avec des armes automatiques et ont le bon goût de jouer mal au point de bien tirer dans leur direction exacte pour bien montrer à quel point le film est mal pensé. Les filles tuent donc tout le monde puisqu’à chaque fois qu’elles tirent une balle, il y a trois morts, et finalement, rentrent dans la ville de Monsieur Miko, qui malgré la fusillade, n’a rien entendu et n’est pas sorti de son bain (d’ailleurs, certains gardes n’ont eux-même pas réagi à la fusillade quand bien même ils étaient à deux mètres, tout est raté c’est formidable).

Le pauvre Miko n’a pas le temps de faire grand chose qu’il est abattu par Blonde 2 et 3, qui donc, uniques survivantes de l’affaire, vont prendre la grosse Ferrari orange pétard du Monsieur et quittent les lieux, cheveux au vent, alors qu’une voix répète :

"Spring Break… pour toujours !"

Et… c’est tout. Oui : FIN !

________________________________________________________

"Mon Dieu, c’est abominable ! Mais je ne comprends pas, vous aviez dit que votre structure n’accueillait que des adolescents plein d’hormones et de mauvais goût, et Harmony Korine a tout de même 40 ans !
- Vous voulez que l’on re-regarde le film et ses passages à base de seins, de fesses, de filles qui se lesbichent sur fond de Skrillex et de philo caca pour vous convaincre que c’est juste un ado barbu ou ça va aller ?
- Je… ça va aller.
- Je crois aussi."

0

Il y eut un blanc dans la salle, alors que les présents se remettaient difficilement de l’indicible horreur qu’ils venaient de voir, puis quelqu’un reprit timidement.

"Bon d’accord, mais alors pour l’an prochain, qu’est-ce que vous prévoyez ?
- Même formule. Un truc qui permette d’écouler n’importe quelle bouse au prétexte de vernis culturel et où les experts du genre préfèrent parler de révolution avant-gardiste plutôt que de reconnaître que l’on se moque d’eux.
- C’est-à-dire ?"

Je pris une dernière bouffé de cigare avant de sourire à l’assemblée.

"Quoi d’autre que l’art contemporain ?"

Il est, je le crains, temps d’annoncer la terrible nouvelle : ce blog serait sexiste.

Rougissez malandrins, blanchissez gourgandines, car la honte et la peur devraient à cet instant gagner votre petit coeur, vous rappelant votre écart du droit chemin vers l’égalité des individus. Enfin, je vous dis ça : c’est ce que j’ai lu, hein. Car il paraîtrait, au vu des derniers articles sur ce blog se moquant d’une analyse prouvant que le Roi Lion était une oeuvre machisto-fasciste ou accusant les FEMEN de ne pas toujours agir avec sagesse, que par conséquent il s’agirait ici de l’antre puante du patriarcat.

Bon, remarquez, j’aurais compris si les accusateurs avaient évoqué les diverses références au GHB, dissimulation de jeunes filles dans les coffres ou les sous-bois voire le fait que je me serve d’une collaboratrice comme table basse, mais cela n’a curieusement jamais été avancé. Un phénomène assez mystérieux. Et… raah, arrêtez de trembler Ludivine, ça m’empêche d’écrire correctement !

Toujours est-il qu’en cette période où l’Assemblée Nationale française a voté la proposition d’Osez le féminisme, sur le scrutin binominal aux élections cantonales, à savoir qu’au lieu d’un élu à un poste, vous aurez deux élus, un homme et une femme, pour s’assurer de lutter contre le sexisme, il convient de développer céans une notion essentielle trop peu connue :

Henri Désiré Landru à son procès, découvrant qu’on ne lui reproche pas tant les meurtres que d’avoir regardé Aladdin

L’agnoslipisme

Là où les religions peuvent se déchirer entre christianisme, islamisme, judaïsme et Nicolas Cagisme, il existe d’autres voies : l’athéisme, bien sûr, mais aussi l’agnosticisme ainsi que l’apathéisme. L’agnosticisme étant l’incapacité à déterminer l’existence de Dieu, et l’apathéisme de s’en moquer éperdument. Il en va donc de même avec le sexe : machisme, masculinisme, féminisme voire priapisme voient aussi d’autres voies de dessiner de manière proche. Ainsi, pour des raisons de simplicité, nous mélangerons l’agnosticisme et l’apathéisme en un seul concept, à savoir l’agnoslipisme : l’art de ne pas aller voir ce qu’il y a dans le slip de son prochain et de ne pas en tenir compte en dehors des situations impliquant des échanges de fluides. Bon, et puis "agnoslip", ça sonne quand même mieux que "apaslip", qui ressemble plus au cri désespéré d’un député conservateur sur une plage nudiste.

Passons.

Définition

L’agnoslipisme est donc la capacité à ne pas prêter attention au sexe d’autrui en dehors des tentatives d’accouplement, la chose pouvant alors avoir une certaine importance. L’agnoslipisme n’existe bien évidemment pas dans le hentai, où, de toute manière, tout le monde n’a que des tentacules, alors on est plus à ça près. Mais tout de même ! L’agnoslip, terme désigné pour employer un suivant de la doctrine agnoslipe, est souvent l’ennemi des quotas, puisqu’il ne comprend pas trop en quoi le contenu d’un slip peut être essentiel dans une prise de décision n’ayant objectivement strictement rien à voir. De la même manière, l’agnoslip n’écrit pas agnoslip-e-s ou agnoslipE (oui, j’ai découvert que maintenant, la mode était de rajouter un E majuscule à la fin de tous les mots pour ne pas paraître sexiste) quand il écrit quelque part, puisqu’il se fiche éperdument de connaître le sexe de la personne qu’il désigne et accessoirement, qu’il respecte la langue française, qui est un féminin, ce qui n’est pas une raison pour la violer dans des tournantes de barbarismes.

_____________________________________

Paris XVIIe, 1er mars 2013, locaux de la brigade des moeurs.

"Interrogatoire de Mme la Langue Française, qui vient déposer plainte pour les pratiques dégradantes qu’elle aurait subies. On vous écoute, racontez-nous ce qu’il s’est passé.
- Ils… ils étaient nombreux ! Si nombreux ! 
- Où est-ce que cela est arrivé ?
- Je ne sais plus, tout est allé si vite… parfois, ils me font du mal sur des Skyblogs… parfois sur des pétitions. Et dans des statuts Facebook, ho, si vous saviez !
- Est-ce que vous pouvez nous décrire ce qu’ils vous ont fait ?
- C’est encore difficile… 
- Indiquez-moi sur ce Bescherelle où ils vous ont touché. 
- Ici…
- Là, sur les terminaisons ? C’est immonde !
- Ils… ils y mettaient des tirets, parfois des -e placés aléatoirement… et ces majuscules, Seigneur ! Je préfère ne pas vous parler de l’emploi du pluriel.
- Je crois que… que j’ai moi aussi besoin de prendre un peu l’air soudainement… c’est si abominable…"

0

_____________________________________

Histoire

L’agnoslipisme serait né au IVe siècle avant notre ère à Athènes, lorsqu’Aspasie fille de Xénophon se rendit sur l’agora en compagnie d’Eschyle, son mari. Ils étaient venus trouver Platon qui, comme à son habitude, était en train de gaver un groupe de jeunes gens à l’aide de diverses platitudes d’où lui venait son nom, puisqu’en réalité il s’appelait Gérard Roubieux. Aspasie demanda donc à Platon : "Platon, vois donc l’Olympe : chaque Dieu y a sa compagne, formant une extraordinaire parité ! Pourquoi est-ce que nous autres, les Grecs, ne nous inspirons-nous pas de nos dieux pour faire de notre forum un endroit où pour chaque voix d’homme s’exprimerait aussi une voix de femme ?". Le vieil homme se leva et prenant un bâton, il dessina du bout de celui-ci dans la terre humide un étrange schéma. "Vois cette grotte, Aspasie", lui dit-il "Imagine que s’y trouvent des hommes et des femmes enchaînés, dos à la lumière du jour, qui ne voient du monde extérieur que des ombres se reflétant sur les parois, alors qu’eux-même sont tant et si bien plongés dans l’obscurité qu’ils ne peuvent voir leur propre corps. Maintenant, imagine qu’un débat éclate entre ces personnes pour savoir si l’ombre qu’ils voient sur le mur ressemble plutôt à un hippopotame ou à un éléphant : crois-tu vraiment que leur sexe à quelque chose avec le débat ?"

Aspasie, troublée par la sagesse du vieil homme, répondit "Bien sûr que oui, car potentiellement, cela peut aider un mec à faire une trompe en ombre chinoise." Après avoir copieusement pété la gueule à Aspasie, Eschyle et Platon la balancèrent dans la mer Egée lestée d’une dalle en marbre. Puis, ils firent jouer la garantie auprès de Xénophon, mais là n’est pas la question.

Rappelons que Platon était tellement lourd que même les pirates qui le capturèrent un jour voulurent s’en délester au plus vite. Des gens de bon sens.

Mais le mal était fait : Platon avait inventé le concept d’agnoslipisme, alors agnotogisme pour d’évidentes raisons, en invoquant le fait que l’entrejambe de son prochain n’avait pas à être prise en compte dans un débat d’idée. Il invoquait du même coup l’allégorie de la caverne, faisant ainsi la joie de quantité de copies de bac et la terreur d’autant de correcteurs.

Le comportement agnoslipe : une dangereuse dérive

Dans l’antiquité, l’agnoslipisme était relativement accepté, comme le prouve le commencement de la religion chrétienne, alors que l’on se contentait d’accepter que Dieu et les anges n’avaient pas de sexe, et que c’était très bien ainsi d’un point de vue tant religieux qu’hygiénique, même si cela donnait une image relativement chiante du Paradis comparé à d’autres religions où l’on parle de copulations à n’en plus finir plutôt que de gratter des tac-o-tac avec Saint Pierre pour gagner deux places pour le prochain concert de luth.

Mais l’Eglise finit par dériver, et commença à introduire le sexe (chut, on se concentre) dans sa doctrine (vous n’êtes pas concentrés, retirez-immédiatement ces calembours de vos esprits malades) : savoir qui a le droit de copuler avec qui, pourquoi et quand, ou tout simplement interdire la prêtrise aux femmes pour qu’il y ait au moins une robe qu’elle ne puisse pas insister pour acheter (et puis cela permettait de caser le célèbre "Passe ton âme d’abord" dans les conversations, permettant ainsi d’égayer les jours tristes d’un âge obscur où le principal loisir de la population était de construire des maisons en bouse avant la prochaine invasion des anglois).

Evidemment, si le temps a fini par effriter la foi d’une bonne partie de la population, plus guère convaincue par le fait que Dieu envoyait sa foudre sur quiconque couchait sans vouloir forcément se reproduire à la vue de Silvio Berlusconi toujours pas transformé en paratonnerre, cette volonté de voir le monde par le prisme du sexe n’a pour autant pas disparu.

Ainsi, dans une même phrase, des gens peuvent ouvertement s’insurger du fait que l’Eglise fasse des discours sur le sexe, mais applaudit des deux mains lorsque l’assemblée nationale légifère de manière contraignante sur celui-ci pour interdire à telle ou telle personne de se présenter ici ou là parce qu’elle n’est pas née avec le bon chromosome. Comme quoi, c’est rigolo l’indignation.

L’agnoslip, lui, a une doctrine simple : "le contenu de mon slip ne regarde que moi et les personnes consentantes qui iraient bien regarder", voir éventuellement les chèvres dans certains domaines militaires, mais nous entrons la dans des cas particuliers qu’il ne convient pas de traiter aujourd’hui.

Lorsque ceci est au coeur de votre politique électorale, il ne faut pas s’étonner que le reste ne vole guère plus haut

L’agnoslip est donc généralement opposé à toute politique de quota de sexe qui, par définition, est sexiste.

Exemple : "Au nom de la lutte contre le sexisme, permettez-moi de faire entrer votre culotte dans mes critères de recrutement : alors dites-moi, qu’y a-t-il dedans ?"

Ainsi, par exemple, là où certains se félicitent d’une avancée sur l’égalité, n’oublions pas que si, par exemple, un transexuel voulait se présenter à une élection, cela donnerait trois semaines de débats journalistiques pour savoir si, médicalement et administrativement, cette personne a le droit de s’exprimer à l’assemblée. Et ce en se basant une uniquement sur un critère n’ayant strictement rien à voir avec la choucroute. Magique n’est-ce pas ? Je trouve aussi. Je pense que la balance commerciale déficitaire du pays est essentiellement due aux imports massifs de schnouf pour alimenter tous ces nez bien inspirés (hohoho).

D’ailleurs, en cas de candidature de Vincent McDoom ou Christine Bravo, nous serions bien emmerdés de savoir dans quel quota les caser. Et j’ignore si notre budget serait suffisant pour motiver des experts à se pencher sur la question, mais passons.

L’agnoslipe français est donc très malheureux, puisque son pays est le seul à avoir ces curieuses pratiques visant à s’occuper de ce qui ne le regarde en rien pour tenter d’établir un principe d’égalité mathématique plutôt que celui d’égalité de droit (généralement d’ailleurs, vous noterez que les militants pro-quotas sont les premiers à s’opposer à "la politique du chiffre", ce qui est assez formidable). Et maintenant, il va pouvoir se retrouver à élire deux personnes à un poste, car les combattants du sexisme expliquent qu’ils refusent d’être représentés par un élu qui ne soit pas de leur sexe.

Je vous la refais autrement : "Non mais je ne suis pas raciste, mais au nom de l’égalité, je refuse d’être représenté par un noir."

De la même manière, j’espère qu’Osez le féminisme applaudit des deux mains cette proposition issue de ses rangs, qui interdit désormais à toute femme de se présenter sans un homme. On attend avec impatience le moment où quelqu’un va réaliser qu’une seule personne pour un seul poste, c’est drôlement plus pratique pour prendre des décisions sur un dossier, ou que deux femmes vont vouloir se présenter ensemble, et qu’au nom du féminisme, on leur interdira.

Il est donc intéressant de voir, qu’à l’heure du mariage pour tous, l’homosexualité binominale vient d’être interdite.

Ouf : heureusement que les partisans de la tolérance étaient là.

F.A.Q

Mais alors… les agnoslipes se moquent du sexisme ? Hein ? Bande de petits bâtards !

Non : l’agnoslipe ne se base que sur une règle simple :  y a-t-il une barrière à l’entrée d’une assemblée ou d’un groupe quelconque pour un sexe ? Si oui, il n’y a pas égalité de droit, l’agnoslipe s’insurge. Sinon, il se moque de savoir si un sexe est majoritaire et il s’occupe plutôt de trucs importants, comme par exemple, où se trouve la soirée barbecue la plus proche pour emmener ses interlocuteurs grognons lécher la grille en pleine cuisson.

Je porte des boxers, des strings voire parfois rien du tout, car j’aime sentir le vent fouetter mes cuisses quand je traverse Paris à vélo poursuivi par la police municipale, suis-je agnoslipe quand même ?

Vous êtes exhibitionniste, c’est un autre sujet. Ou ancien président de la République, mais là, c’est plus grave : vous vous rendez compte que vous avez géré un pays sans un binome paritaire ? Comment avez-vous fait ?

Comment puis-je savoir que je suis agnoslipe ?

Quand vous écoutez quelqu’un parler à la radio, est-ce que vous écoutez ce qu’il dit ou foncez-vous cherchez son carnet médical ? Si c’est la première solution, vous êtes agnoslipe. Si c’est la seconde vous êtes probablement un dangereux psychopathe.

Attendez, vous voudriez dire que… vous ne seriez pas un affreux machiste ?

Allons, allons ! C’est très personnel comme question, je ne peux me permettre d’y répondre. Surtout que là, déjà, je suis relativement peu concentré, j’ai un autre problème à traiter :

Ludivine, je vous ai prévenue : arrêtez de trembler ou je vous permute avec Cynthia pour me servir de tabouret.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 6 239 autres abonnés