Cher éditorialiste politique,

Ce lundi matin, pour toi, c’est la grosse fête. Il faut dire que tu vas passer une bonne journée : tout le monde va vouloir lire ta chronique. Avoir ton opinion. La comparer avec celle du journal d’à côté. Bref, ce matin, tu vas être un larron drôlement important ! Puisque bon, il faut le reconnaître : tu ne fais pas un métier facile, tu es un peu le commentateur sportif de la politique. Quand il ne se passe rien sur le terrain, tout le monde se fout de ce que tu racontes, toi y compris, mais alors parbleu ! Quand ça remue, c’est ton heure de gloire ! Tu peux t »agiter, crier tel Eugène Saccomano, bondir en tous sens, tu as enfin de la matière, et tous ceux qui t’ignoraient jusqu’alors entendent clairement ce que tu dis, les yeux rivés sur l’action !

Et c’est dommage, parce que ce que tu vas dire n’aura probablement aucun intérêt.

Je publie ce post avec un peu d’avance sur toi, tu me pardonneras, juste pour te montrer à quel point tu es tristement prévisible et appuyer brièvement ce que j’ai dit ici-même la semaine dernière avec des petits dessins. Tu vas parler de l’abstention, ça oui ! On en parlait ici-même la semaine dernière. C’est bien, l’abstention. On peut se poser tout un tas de questions que l’on va résumer à « Le camp qui a perdu n’a pas su mobiliser son électorat« . « Mobiliser l’électorat« , ça fait bien, ça fait sérieux, ça fait même un petit peu technique. Et puis comme ça, ça permet aussi de répondre en une ligne à toutes les questions sur l’abstention sans trop y penser. Faire les questions et les réponses, c’est pratique (je le fais moi-même, je confirme). En même temps, que peux-tu faire d’autre ? Parce que contrairement au commentateur sportif, toi, les équipes sur le terrain se foutent un peu de ta gueule au sortir du match : certes, elles te disent peu ou prou que « l’important, c’est les trois points » , mais surtout, l’équipe qui a pris sa branlée t’explique très tranquillement que si elle a perdu, c’est qu’elle « n’a pas assez expliqué sa stratégie« . C’était donc ça ! Et tu feras tous tes poncifs : tu parleras de « contexte national« , de « déroute« , de « montée du FN« … mais tout ça, je l’ai déjà dit. Toi aussi remarque, mais à ta différence, moi je ne suis pas payé pour faire du copier/coller. Mais histoire que ça ne se voit pas, tu qualifieras la situation « d’historique« . Après tout, si c’est historique c’est que ça n’a jamais été fait avant. Et si ça n’a jamais été fait avant, comment t’accuser de te répéter ?

Tu es un malin, toi. On ne te la fait pas.

J'accuse !

L’éditorialiste politique tel qu’il se voit.

Mais, éditorialiste, ne t’inquiète pas ! Il va quand même y avoir de l’originalité dans ce que tu vas dire à la télé, dans les journaux et à la radio. Parce qu’on va te proposer ce qu’il y a de mieux : un remaniement ! Tu sais, ce truc qui n’a jamais répondu en rien à quoi que ce soit mais que tout le monde attend quand même. Bon, ça tu ne le diras pas, parce que le remaniement, c’est un sujet tellement bon qu’il ne faudrait pas s’en priver. Bref, tu vas pouvoir commenter une grosse partie de chaises musicales. Et comme tu es d’une folle originalité, éditorialiste, quand on te parlera de la nomination de Laurent Fabius, tu feras un laïus sur « l’expérience« . Moi, à ta place, je ferais plus tôt laïus sur le fait que vouloir incarner le renouveau en nommant un type qui a déjà été premier ministre il y a trente ans, c’est quand même vaguement du foutage de gueule, mais toi, tu t’en fous : tu commentes sans trop te mouiller, même si tu prétends le contraire. Tu ne vas pas en plus souligner les absurdités, merde ! Tiens, et puis tu sais quoi ? Peut-être qu’ils vont aussi ramener l’amie Aubry ou l’amie Royal ? Ça aurait de la gueule, un gouvernement supposé endiguer la fameuse « montée du FN » dans lequel on rappelle des gens qui étaient déjà aux commandes, eux, il y a douze ans (comme le temps file, n’est-ce pas ?) et qui, justement, s’étaient pris une branlée « historique » lors d’une « poussée du FN« .

Je ne sais pas toi éditorialiste politique, mais moi, quand je perds la guerre, j’évite de rappeler les généraux qui s’étaient mangés échec sur échec ou ceux qui commencent à sentir le raisin sec.

Alors évidemment, mon bon, tu me diras « Oui, mais si je parle pas de ça, je parle de quoi ?« 

Hé bien tu sais quoi ? Après avoir prédit ton édito, je vais aussi te prédire ce qu’il va se passer cette semaine dans les mairies qui viennent de changer de main. C’est un joli spectacle : tu pourrais y assister simplement en prenant ton vélo et une heure de ton temps.

Tu sais quel est le service le plus débordé après un changement de camp au sein d’une mairie ? Celui des élections ? Celui des équipes juridiques ? Non : c’est le service informatique.

Entre celui qui a installé Angry Birds ou maté Youporn sur l’iPad du boulot et qui préférerait que ça ne se sache pas, et celui qui a vraiment besoin de faire disparaître tous ses mails sans exception, ça bosse dur. D’ailleurs, la nouvelle équipe s’étonnera en arrivant aux commandes d’avoir des ordinateurs si rapides : ils auront une installation toute propre, ça aussi je le prédis. Oui, je suis très fort. Certains auront même un disque dur neuf. C’est fou, n’est-ce pas ? Tu aimes ce genre de petits détails ? Je vais t’en filer un autre à commenter : regarde bien le site de ta région. Tu ne sais pas pourquoi ? Allons, réfléchis : toutes ces villes qui changent de mains, tous ces élus qui ne vont plus toucher une indemnité de maire ou d’adjoint, tous ces cabinets qui vont changer du jour au lendemain… ça en fait des gens sur le carreau ! Surtout qu’il y a un truc de vieux singe quand on est élu qui marche bien : prendre un prêt que l’on rembourse avec son indemnité. Tu sais pourquoi c’est malin ? Parce que quand on constitue des listes – ce moment critique auquel tu ne t’intéresses jamais, c’est dommage – les élus qui se représentent peuvent utiliser cet argument pour garder leur place : « Si vous ne me redonnez pas au moins la même position, c’est comme si vous preniez sa maison à ma famille !« . Et quel candidat veut se mettre à dos un ancien colistier qui en plus, pourrait le faire passer pour un salaud auprès de ses petits camarades ?

Sauf que quand la mairie change de mains, que se passe-t-il à ton avis, mon bon ami ?

Parce qu’il est toujours là, le prêt. Et la maison. Et la voiture. Et le chien.

Hé bien il faut trouver du travail : les élus qui perdent ne se transforment pas en vapeur d’eau avant de réapparaître juste avant l’élection suivante (même si c’est ce que l’on pourrait croire de prime abord, j’en conviens), il faut qu’ils mangent et qu’ils paient. Oui mais ! Quand on est dans une ville qui est restée des années à gauche par exemple, dans un contexte de branlée générale, et que du coup on doit partir de son poste, que fait-on ? On trouve du travail ? Tu as vu le marché du travail ? Je suppose que oui, tu es supposé commenter les chiffres. Et puis pour quoi faire, d’abord ? Certains élus ont commencé en tant qu’attaché à un élu avant de le devenir eux-même, regarde leur CV. Quelles compétences ont-ils à proposer et à qui ? A leur parti ? Celui-ci touche du pognon en proportion de ses élus, donc en cas de branlée, au contraire, c’est régime Et puis où aller d’abord ? Si les perdants veulent se représenter pour récupérer leur place encore chaude la prochaine fois, ce n’est pas la mobilité qui les étouffe, tu y as pensé ? Il y aura bien une ou deux mairies du coin qui pourront recueillir une paire de naufragés en leur confiant des placards, mais les autres ?

Il faudrait qu’ils trouvent, au hasard, une collectivité, disons de la même sensibilité politique. Disons de préférence, qui n’a pas froid aux yeux parce que les règles électorales ont changé et qu’elle sait qu’elle a de bonnes chances de ne pas repasser. Et qui, du coup, aurait à la fois un budget, un va-tout à jouer et besoin de mecs pour l’aider à faire du réseau et de la campagne lors de ses prochaines échéances propres.

Vraiment, si j’étais toi éditorialiste politique, je regarderai les ouvertures de postes à paraître dans ma région prochainement. Histoire de voir si, mystérieusement, des élus battus y deviennent chargé de mission aux champignons. En tout cas, je prédis – encore ! – une mystérieuse vague de recrutement. Et tu sais quoi ? Je pourrais même presque mettre le nom des futurs recrutés dans une enveloppe cachetée, tiens. Mais bon, chacun sait que je suis de mauvaise foi : ça n’arrivera sûrement pas, pas vrai ?

L'éditorialiste politique tel qu'il est.

L’éditorialiste politique tel qu’il est.

Mais je peux me tromper, hein, je suis mauvaise langue. Probablement que tous ces gens qui ont milité pour la relance, le redressement économique et la création d’emploi vont tous mouiller leur chemise, créer une entreprise et recruter des jeunes et des seniors avec le « pacte de responsabilité ». C’était dans leur profession de foi, les « valeurs », relis-les et pose leur la question, je serais curieux. On fait bien un « Que sont-ils devenus ? » pour les candidats de télé-réalité, pourquoi pas les élus ? Ça serait intéressant. Et ça pourrait même soulever un lièvre ou deux.

En tout cas, moi je sais deux choses :

Que si tu étais un journaliste politique et que tu voulais un scoop, tu irais dans les mairies qui changent de main en caméra cachée en te faisant passer pour quelqu’un « Qui au nom de l’autre candidat, vient vérifier les numéros de série des disques durs et ordinateurs » ou quelque chose dans le genre. Si tu veux voir des gens courir très vite en faisant de petits bruits de pets liquides, fais-toi plaisir, tu as moins d’une semaine pour le faire. Le vrai spectacle en ce moment est en coulisses.

Mais je sais qu’à la place, tu vas rester à ton bureau à parler d’abstention, de FN, de contexte national et bien évidemment, de remaniement en disant que holala attention, maintenant les Français attendent !

Bref, je sais que tu voudrais être Jaurès ou Zola.

Mais qu’hélas, tu ne seras que Nabilla.

La période des élections municipales française est là, et avec elle, l’actualité traîne le pied.

Heureusement, et parce que sur ce blog, on aime pas laisser les gens sans de quoi se distraire un peu, vous trouverez ci-dessous une copie du « Guide du petit cumulard illustré« , qui vous permettra de reconnaître, dans le discours de vos édiles, des techniques édifiantes de simplicité pour justifier l’injustifiable.

Nul doute que vous pourrez vous en servir pour faire un véritable bingo auprès de vos candidats préférés.

A vous de jouer !

Cumulard1

Cumulard2

Cumulard3

Cumulard4

Cumulard5

Cumulard6

Cumulard7

cumulard8

Cumulard9

Cumulard10

Bon allez, je pars en réimpression.

« Père Castor, Père Castor !« 

Ajustant ses lunettes un sourire bienveillant aux lèvres, le sage rongeur pose son regard sur les enfants assis sur le petit tapis en face de lui, leurs visages ravis seulement éclairés par la lueur des flammes de l’âtre voisin. Savourant la douce chaleur du foyer, le Père Castor hume l’air, appréciant l’ambiance unique de ces instants. Il sait déjà ce que ces jeunes gens vont lui demander, et comme à chaque fois, cela ne rate pas :

« Père Castor, raconte-nous une histoire !« 

Caressant son menton, le vieil animal feint de chercher un récit alors qu’il a déjà son idée en tête.

« Hé bien, vous ai-je raconté l’histoire des trois lapins et de la bague dorée ?
- Non Père Castor ! Ho vite, raconte-la nous !
- Bien sûr Benjamin, et bien écoute plutôt : tout commence un soir de pluie, alors que la forêt toute entière bruisse du son des gouttes s’écrasant sur…
- Popopop, halte là Père Castor ! 
- Grignote ? Que se passe-t-il ?
- Je te vois venir, vieux grigou : est-ce qu’il y a des femmes dans ton histoire ?
- Hein ? Et bien je… heu… non, non, ce sont trois frères lapins. Car sais-tu, ce soir de pluie, alors qu’ils…
- Ah, évidemment ! Des frangins, des mâles ! Des couillus ! Ah, ça te ferait chier vieux barbon de raconter des histoires avec des femmes, hein !
- Mais enfin Grignote je…
- Pour nous raconter des histoires de mecs qui se tirent de toutes les situations, il y a du monde ! C’est à croire que toutes les filles de la forêt sont à la cuisine, pas vrai Père Castor ? Quel bel exemple d’histoire ! 
- Câline, toi aussi ? 
- Mais oui Père Castor, assez ! Y en a marre des récits qui tentent d’imposer une putain de conception de la réalité qui… »

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Un long jet d’hémoglobine s’échappe du museau de Câline alors qu’elle reçoit le coin du livre d’histoires du Père Castor en plein visage, l’envoyant s’écraser face contre terre et souiller le tapis de son sang chaud.

« Ça va aller oui ? « Gnagnagna Père Castor », « Une histoire Père Castor », « Dis-nous tout Père Castor », « Mon cul sur la commode Père Castor », et maintenant il faudrait que je vous les fasse sur-mesure ? Nan mais bordel, jamais un bonjour, jamais un merci, et puis alors s’il-te-plait, alors tiens, je peux me brosser ! Et en plus ça se permet de gueuler ! Bon écoutez-moi les mouflets, aujourd’hui, : je vais plutôt vous expliquer en quoi vous êtes plus proche du blaireau que du castor. Et pour ça, j’ai une histoire toute trouvée : tout commence sur internet… »

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Attention : cette femme est peut-être en train de raconter une histoire de chevaliers et de princesses à vos enfants, elle mérite donc un bon coup de batte

Un jour prochain, il n’est pas impossible que l’un d’entre vous vienne à raconter une histoire à un enfant.

Je ne parle pas de celles visant à les amener jusqu’à une camionnette, mais plutôt de celles visant à leur parler de princesses et de dragons, de bravoure et de traîtrise, de Nicolas Cage et d’autres créatures n’appartenant qu’au royaume de l’imagination. Si un jour vous vous surprenez à faire cela, alors sachez-le : vous êtes un monstre.

Mais oui.

Défonçant votre porte à coups de bottes, la Brigade du Bon Goût viendra heureusement instantanément vous trouver et vous taser la gueule, sale malandrin, avant de vous envoyer en camp de rééducation parce que, petit salopard, vous aurez raconté une histoire se déroulant dans un ROYAUME et non une DEMOCRATIE ce qui prouve que vous embrigadez vos enfants, sales royalistes. D’ailleurs, tous les jouets dudit enfant seront passés au lance-flammes s’ils sont liés, de près ou de loin, à des préjugés quelconques, afin de s’assurer qu’il puisse grandir dans un milieu loin de tout embrigadement.

J’en veux pour preuve ce site, recommandé par un lecteur assez inconscient pour se rendre en ces lieux maudits :

Le cinéma est politique

Et plus particulièrement deux articles qui vont vous expliquer en quoi vous êtes de fieffés rabouins. Ho, mais si, ne niez pas ! Car figurez-vous que nombre d’entre-vous ont peut-être oser regarder voire – j’ose à peine l’écrire – diffuser à des innocents des films comme le Roi Lion ou Aladdin. Bande de petits salopards ! Heureusement, nos amis experts en cinéma vont vous remettre dans le droit chemin : mais observons plutôt ensemble ce beau site. Si vous n’avez vu aucun des deux films par contre, et que vous ne voulez pas savoir que les gentils gagnent à la fin (ah, merde, trop tard), passez votre chemin. Pour les autres, étudions la prose d’un homme qui a su s’élever au-dessus de la masse des ignorants pour se faire le phare de la pensée et de la tolérance. Mais phare genre phare de solex, hein, que l’on s’entende bien. Lisons plutôt.

L’une des premières choses qui nous frappe en regardant Le Roi Lion, c’est le sexisme banal et structurant de l’histoire. Dès les premières scènes, Le Roi Lion nous fait connaître un monde structuré hiérarchiquement, avec au sommet de la pyramide le monarque absolu, qui règne en bon patriarche sur, non seulement son peuple docile et servile (les autres animaux), mais également ses lionnes, qui jamais ne remettront en question le bien fondé de la place des hommes, ni de la place des femmes. Le Roi Lion comporte un grand total de 3 personnages féminins, contre 9 personnages masculins. Donc, 75% des personnages du Roi Lion sont masculins.

Voilà, dès les premières lignes, c’est dit : le Roi Lion est un film sexiste. Oooh mais oui, et pas qu’un peu : le sexisme a un rôle structurant dans l’histoire, rien que ça ! Pire encore : dans le Roi Lion, l’auteur du site l’analyse finement , tout semble se dérouler dans une monarchie, ce qui est quand même plutôt suspect.

Nom d’une pipe, tu m’étonnes que c’est suspect ! Une monarchie dans un film intitulé « Le Roi Lion » ! Alors ça, c’est quand même scandaleux. On attend avec impatience les mêmes observations de l’érudit sur « Le Retour du roi« , « Le discours d’un roi » (un film odieux, puisque l’on y trouve relativement peu de personnages féminins) ou « L’homme qui voulut être roi« . Cela fait tout de même beaucoup de coïncidences : sûrement un complot royaliste pour remettre sur le trône de France un quelconque loulou et réhabiliter le port de la moumoute à cheval dans les rues de Paris (un truc autrement plus classe qu’un vélib’).

Il en profite pour compter le nombre de personnages féminins, car c’est vrai que c’est important. Il ne manquerait plus que les gens qui racontent des histoires se moquent du sexe des personnages, voire que les enfants puissent apprécier lesdits individus sans s’intéresser au contenu de leur slip.

Non parce que je vous rappelle le principe : si vous rapportez tout au sexe des gens, vous êtes un héros de la lutte anti-sexisme, si vous n’y prêtez pas attention, vous êtes un fieffé salaud.

Après, il y a quand même des pièges : ce film par exemple parle avant tout de daube.

La relation entre Simba et Nala nous apparaît comme étant une relation d’amitié étant jeune, qui plus tard évoluera selon le schéma classique de Disney vers un amour hétérosexuel.

J’imagine bien ce qu’il se passerait chez Disney s’ils prenaient l’auteur de ces lignes comme consultant pour leurs films.

Studios Disney, un jeudi, 14h12

« Okay les mecs : on doit faire un nouveau film. Alors je vous présente Liam, de la Brigade du Bon Goût. Il va s’assurer que l’on ne… pardon, c’est quoi votre rôle ?
- M’assurer que votre film ne soit pas porteur d’une idéologie puante.
- Oookay… bon, alors on a déjà commencé à écrire un script. Ce serait un truc avec des animaux, comme les calendriers de la Poste, et on se disait « Hey, pourquoi pas un Lion ? »
- Aha ! UN lion, ééééévidemment ! Jamais une lionne ! Quel sexisme !
- Oui enfin ça fait 60 ans qu’on fait des films avec des princesses. 
- Moui, bon allez, va pour le lion. Y a-t-il une lionne qui l’accompagne ? Hein ? Quotas, tout ça ?
- En effet, nous l’avons appelée « Nala ». Et le héros se nomme « Simba ». Et il y aura une histoire d’amour qui…
- AHAHAHA ! Je vous y prends ! Une histoire hétérosexuelle bien sûr ! Vous êtes immondes !
- Je… bon, José, tu notes : Nala s’appelle Nalo et lui et Simba vont s’aim…
- EVIDEMMENT ! Vous virez la lionne ! Remettez-là TOUT DE SUITE
- Bien, José, corrige : Nala est de retour. 
- Faites de Simba une femme SUR LE CHAMP !
- TA GUEEEEEEEEEEEEEEEEEUUUUUUUUUUUUUULE 
- Je… hein ? Mais je… je suis de la Brigade du Bon Goût quand même !
- On va raconter une PUTAIN D’HISTOIRE avec un fucking lion parce que LE lion c’est LE ROI DES ANIMAUX bordel de merde, parce qu’il a une fucking CRINIERE comme une COURONNE et que les enfants le SAVENT alors si tu veux une version avec des lionnes qui se lesbichent, tu vas voir MARC DORCEL
- Mais enfin ?! Je… mais arrêtez de crier, je…
- JOSE LE SCRIPT ! Désormais Simba est un TRANSEXUEL et l’action se passe au BRESIL et ce n’est pas un lion mais un putain de TAPIR ! 
- Holala, il est drôlement tard, je vais y aller moi, hein, salut ! »

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Des réunions probablement passionnantes à n’en pas douter. Mais ce ne serait pas encore assez con. Heureusement, notre champion n’a pas dit son dernier mot.

Bon, jusqu’ici tout va bien dans l’hétéro-réalité patriarcale, mais seulement le film trébuche, perd ses moyens, et voilà qu’il nous montre Nala plus forte que Simba au combat! Comment? Une femme plus forte qu’un homme dans le domaine des hommes, à savoir la violence physique? Impossible! Seulement si : encore et encore et encore, Nala montre qu’elle est plus balèze que Simba.

Jusque là, d’accord : ces salauds de chez Disney ont fait un personnage plus costaud que le héros, et pire encore, c’est une femme : comment réussir à prouver que cela cache en fait d’odieux messages ? Pas de souci : la suite arrive.

Cette supériorité ouvrirait-elle des possibilités subversives? Pourquoi Nala n’affronterait-elle pas Scar elle-même? Pourquoi ne pas renverser l’ordre patriarcal et sexiste et instaurer une démocratie dans le monde des lionnes et des lions, démocratie qui aurait éventuellement la fâcheuse caractéristique de mettre des femmes au pouvoir vu que les lionnes sont bien plus nombreuses dans le film.

Rappelons que quelques lignes plus haut on vous expliquait l’inverse : que les femmes étaient en minorité. Pif pouf, elles sont en majorité. Mais surtout : si les personnages ne se battent pas pour instaurer une démocratie, c’est probablement pour ne pas montrer des femmes au pouvoir.

Et si Nala ne joue pas à la belote, c’est probablement parce que Disney est farouchement opposé aux jeux de cartes. Mais enfin ?

Vous pouvez aussi mettre directement votre enfant devant les séances de l’assemblée nationale.

C’est vrai que c’est dégueulasse : vous aussi vous avez noté tous ces contes dans lesquels les héros ne se battent pas pour la démocratie, l’égalité hommes-femmes, les minimas sociaux ou l’assurance-maladie ? Et bien en fait tout cela est un terrible complot visant à détruire l’imaginaire des enfants pour leur imposer un modèle social, hahaha !

Non parce que sinon, allons-y : les gens vont commencer à raconter des histoires sans s’imposer de codes, et bientôt ils raconteront des aventures, des épopées sans se baser sur la bonne morale du XXIe siècle ou pire, écriront des livres et feront des films EN INVENTANT DES CHOSES ! Tenez, rien que d’en parler, j’en ai des palpitations.

Je me demande si quelqu’un a dit au Monsieur qu’en fait, le but du jeu, c’était justement de raconter une histoire qui ne soit pas basée sur la vraie vie des vrais gens. Non parce que, en fait, les lions ne chantent pas vraiment « Hakuna Matata » ni ne dissertent avec des babouins défoncés à la ganja quant à l’avenir de leur royaume. Et non. Oui, je sais, ça fait un choc.

Mais ce n’est pas fini.

Une fois qu’il aura compris sa destinée, à savoir sa position de dominant, il laissera Nala derrière (et oui, les femmes doivent s’y faire, les hommes ont des responsabilités qui ne laissent pas de place aux femmes, ni même le temps de leur parler). Il rentrera donc affronter Scar au sommet du phallus géant qu’est le monde des lions, après avoir donné des ordres à un peu tout le monde, en assumant enfin (il était temps!) son statut de dominant dans le cercle de la vie.

Bordel, l’héritier du roi qui va réclamer son trône au lieu d’envoyer sa copine se battre à sa place, c’est quand même salement machiste.

Et oui, l’auteur de ces lignes – qui est je le rappelle, un furieux combattant contre le sexisme – rapporte bien tout au sexe au point de voir en lieu et place d’une tribune de pierre une bite géante.

Freud, si tu es là, fais tourner la coke.

La scène d’amour entre Simba et Nala est une illustration frappante de cette soumission, en renversant les positions des protagonistes. Dans le combat, Nala est au dessus, agressive, dominante, malgré la volonté de Simba, qui est vaincu. Par contre, dans la scène d’amour, c’est Nala qui se retrouve en dessous, et ceci PARCE QU’ELLE LE VEUT! Soumise, Nala retrouve les qualités dont doit faire preuve une femme. L’effacement, la coquetterie, la séduction.

Encore une fois, c’est fou comme chaque détail semble ramener automatiquement à une histoire de cucu. Heureusement que notre héros n’est pas sexiste, sinon je n’ose imaginer le résultat. En même temps, j’avais déjà du mal à imaginer un discours aussi idiot jusqu’ici.

Studios Disney, un jeudi, 16h24

« Boooooooon donc on disait que Nala et Simba allaient se faire des bisous dans les buissons.
- Ouais mais Nala elle est dessus ou dessous ?
- Hein ? Mais j’en sais rien ! Pourquoi, vous pensez qu’elle a une position préférée ?
- NAN MAIS SI ELLE SE MET DESSOUS C’EST QU’ELLE SE SOUMET COMPLETEMENT !
- Ah merde, mais alors dès qu’une femme est physiquement en-dessous d’un homme, même pour un gros câlin, elle devient instantanément son esclave ?
- COMPLÈTEMENT !
- Hé bé, j’imagine que vous copulez en gravité zéro. Bon, José, ajoute la réplique « Nala, est-ce que tu veux que l’on fasse la toupie de Tombouctou ou plutôt le toboggan Afghan ? »
- Ah, tout de même ! Heureusement que je suis là pour empêcher que tout votre film ne tourne autour d’une histoire de sexe. »

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L’amour hétérosexuel rétablit la hiérarchie des sexes, que la domination physique de Nala sur Simba avait quelque peu ébranlé. Rétablir pour mieux affirmer, voilà ce que nous fait voir cette scène.

Compris Mesdemoiselles ? A chaque fois que vous couchez avec un homme, en réalité, c’est une preuve de soumission. Et c’est un féministe qui le dit. Quelqu’un pour expliquer au Monsieur que son kiki n’est pas magique et ne lobotomise instantanément autrui ? Après, ça dépend où on le met, mais tout de même.

La femme est instantanément soumise à tout ce qui se met au-dessus d’elle. Ici, des cailloux. Balaise.

C’est ici que nous revenons à la figure du despote éclairé. Disney, très loin des valeurs démocratiques censées être au fondement de nos sociétés, glorifie dans Le Roi Lion (et ailleurs) la monarchie absolue. Mais ne soyons pas médisant, car la monarchie soutenue par Disney est la monarchie éclairée, raisonnable, qui va de soi. Royalistes de tous les pays, regardez Disney! Vous serez ravi-e-s! Tou-te-s les autres, BOYCOTTEZ CETTE HORREUR!

Fiers démocrates de tous les pays : boycottez le Roi Lion, Disney & co : ces petits salopards se permettent de raconter des histoires avec des rois ! Si vous avez déjà regardé le film sans avoir de remords, alors sachez-le : vous n’êtes qu’une grosse bande de collabos.

Studios Disney, un jeudi, 19h12

« Bon écoutez, j’aimerais rentrer chez moi… alors on disait quoi ? 
- Je disais que je venais de remplacer votre vision honteuse et despotique par une version du film plus proche des vraies valeurs – qui sont évidemment les miennes. J’ai demandé aux animateurs et doubleurs de refaire le passage où Scar tue Mufasa pour prendre sa place en lui envoyant un troupeau de buffles sur la gueule. Vous allez voir, j’ai fait deux ou trois modifications, vous ne remarquerez trois fois rien sur le fond. »

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« Scar !
- Mufasa… Mufasa… croyais-tu vraiment que j’allais attendre mon tour pour prendre le pouvoir ? 
- Mais Scar, tu sais très bien que la Fédération Animale Paritaire a une présidence tournante ! Pourquoi n’as-tu pu attendre ? Tu aurais aussi pu me destituer via un référendum ou une motion de censure aux deux tiers !
- Allons Mufasa, tu sais très bien que je n’aurais jamais pu convaincre les hippopotames de voter pour moi. Alors j’ai décidé de…
- Que… Scar, le sol tremble ! Quel est ce bruit ?
- Ahahaha Mufasa, c’est le son de ta fin qui approche ! Ta carrière va s’arrêter piétinée… par le poids de 5 000 AMENDEMENTS  DÉPOSÉS EN MÊME TEMPS !
- Scar non ! Nooooooooon ! Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaah ! »

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« Je veux rentrer chez moi. Maintenant. »

L’opposition est ici totale, et va jusqu’à s’inscrire dans l’esthétique des deux personnages. Mufasa est rayonnant, lumineux, avec un physique imposant, dessiné avec des traits courbes. Il possède une belle crinière rouge et des yeux noirs bienveillants. Alors que Scar est sombre avec une crinière noire, un teint maladif, des yeux verts aux allures d’antéchrist, des formes angulaires, et il est même carrément défiguré. Cette « laideur d’âme » qui s’inscrit dans le corps même des personnages de Disney ne se limite pas au Roi Lion, c’est un autre des thèmes récurrent de la corporation Disney, à savoir l’idée que le physique d’une personne reflète son for intérieur. D’où la tendance qu’à Disney de dessiner ses héros et héroïnes avec des traits courbes, fins, clairs, et ses méchant-e-s avec des traits angulaires, grossiers, sur-dimensionnés et sombres.

En effet : les enfants ne lisent que trop rarement Machiavel. C’est quand même honteux ces gens qui font des dessins-animés loin de la réalité ! Mais enfin, à quoi pensent-ils ? Si les personnages rigolos ont l’air rigolo, les gentils l’air gentil et les méchants l’air méchant, c’est tout de même suspect. D’ailleurs, avez-vous déjà remarqué comment sur les jouets pour enfants on représente aussi les animaux de manière complètement caricaturale ? Non, Messieurs les jurés, Piou-Piou le poussin n’est pas parfaitement jaune et lisse : c’est de la désinformation et de la manipulation, que les fabricants de jouets soient lynchés pour oser montrer le monde autrement qu’il n’est vraiment via d’odieux mensoooooooooonges et je… oh, je vous laisse pour un autre procès d’intention : je dois aller expliquer au monde libre qu’en fait, le chakra ne fonctionne pas comme dans Naruto. Le sort de millions d’adolescents dépend de moi !

Un tapir. Non parce que je me devais de vous instruire

Ah oui, sinon : notez ce petit défaut d’écriture commun chez un certain nombre de néo-féministes (à savoir celles et ceux dont le combat semble d’être de hurler qu’ils sont les gens les moins sexistes du monde tout en rapportant tout à cela) ; l’utilisation du « -e » pour écrire, comme par exemple dans « méchant-e-s » parce que dire « méchants » (en respectant la langue française) serait sexiste, « méchant(e)s » serait sexiste aussi parce que ça mettrait la féminité entre parenthèses, et « méchant-e-s » qui ne ressemble à rien est moralement correct parce que comme ça, ça met tout le monde à égalité. Même si c’est plus long à écrire sans que l’on comprenne bien l’intérêt, à part de signaler que l’on aime bien se faire remarquer pour dire que l’on est plus féministe que son voisin.

Misère, mais comment ont fait Simone de Beauvoir et Elisabeth Badinter pour écrire sans utiliser ce genre de trucs ? Ah mais oui je sais : c’étaient probablement d’odieuses machistes elles aussi.

Mais ce n’est pas fini ! Concentrez-vous :

Si nous voulons que les enfants de notre société grandissent en ayant les moyens d’avoir des rapports sociaux de sexes égalitaires (et l’enjeu est de taille), ça serait chouette qu’on arrête de remplir leurs imaginaires de schémas, d’images et d’histoires où les rapports entre les sexes sont tout sauf égalitaires et sont mêmes, dans le cas du Roi Lion, carrément réactionnaires et patriarcaux (en 1994, presque 30 ans après la deuxième vague féministe). Ça serait chouette que nous réfléchissions individuellement et collectivement à quelles valeurs nous avons envie de voir habiter les films, livres, dessins animés etc… qui peuplent le monde des enfants et qui nourrissent leurs imaginaires. Si nous voulons vivre dans une société égalitaire (ce qui est quand même le but premier du féminisme, et devrait être le but premier de tout être humain qui se respecte), il est totalement schizophrène et contradictoire de montrer systématiquement aux enfants de notre société des histoires qui glorifient et encouragent précisément l’inverse, à savoir le pouvoir, la domination et la hiérarchie, et ce à tous les niveaux, pas juste au niveau des rapports sociaux de sexes (il y a par exemple de très nombreux textes écris sur le racisme dans Disney).

Vous avez lu ? Disney qui transmet des valeurs honteuses aux enfants qui, tout comme notre auteur, voient des histoires de sexe partout ? Et bien attention :

Il m’a fallu environ 15 ans pour me rendre compte de l’énormité de l’horreur que représente Disney et pourquoi (la plupart de) leurs films (et bien d’autres) doivent être dénoncés et critiqués à chaque tournant. J’ai dû regarder Le Roi Lion environ une trentaine ou quarantaine de fois (et ce n’est même pas le Disney que j’ai le plus regardé) quand j’étais gamin, sans me rendre compte à quel point les valeurs qu’il était en train de me communiquer étaient abominables.

Le même vous explique qu’il a vu 30 ou 40 fois le film sans réaliser tout cela (à raison) et que malgré tout, il est quand même devenu féministe !

Comme quoi, ça ne devait pas être si orienté que ça. Par contre visiblement, trop regarder ledit film rend un peu con.

Mais assez parlé du Roi Lion : parlons d’un autre film de propagande crypto-fasciste : Aladdin.

Ce début de film est en soit d’une violence symbolique fulgurante. Un petit homme arabe essaye de nous divertir en nous souhaitant la bienvenue à Agrabah, « ville de la magie noire » (forcément noire, la magie d’un tel endroit), « d’enchantement », mais surtout ville de la marchandise qu’il veut nous faire gober. Voyant que le spectateur occidental n’est pas intéressé, ce petit marchand comprend qu’il vaudrait mieux leur raconter une histoire de … quelqu’un d’occidental, à savoir Aladdin.

« Une violence symbolique fulgurante« . Essayez de vous souvenir du début du film ? Voilà. Vous vous sentez violenté symboliquement ? Vous non plus ? C’est fou. A noter qu’encore une fois, le héros de la tolérance n’y va pas de main morte : tout est rapporté à la couleur de peau des personnages. Il y a un arnaqueur ? C’est parce qu’il est arabe. Il y a un méchant ? C’est parce qu’il est arabe. Aladdin ? Ah non, lui il est « occidental » (j’aime ce genre de déclarations basées sur du rien). Ah. Oui mais il est voleur quand même, donc même un occidental peut l’être, ce qui prouverait que ça n’a rien à avoir avec la couleur de peau, non ? Pas de souci : l’auteur de ces lignes passe ce détail sous silence, comme ça, il est tranquille : il peut continuer de clamer qu’Aladdin est un film fascisto-nazi.

Image tirée du site en question : Aladdin est tellement occidental que même les marchands locaux sont moins basanés que lui.

Mais c’est vrai qu’une légende du Moyen-Orient pleine de gens basanés, c’est quand même assez raciste. C’est comme en ce moment, la guerre au Mali : figurez-vous qu’on ne voit sur les images quasiment que des noirs ! C’est quand même suspect.

La figure de proue de ce racisme est indéniablement Jafar. Introduit par le marchand du début comme « un homme en noir, nourrissant de noirs desseins ». La version originale est encore plus explicite: « a dark man waits, with a dark purpose ». Là où en français l’homme est vêtu de noir, ici l’homme est sombre (dark). Et avec Jafar, TOUT est sombre: ses vêtements, sa peau, ses yeux (qui dans plusieurs gros plans sont rouges), sa barbe courbe et efféminée (encore un efféminé louche chez Disney), ainsi que ses désirs et sa cruauté. C’est l’homme maléfique par excellence. Si le contraste entre la façon dont Disney a choisi de dessiner Jafar et comment il a choisi de dessiner Aladdin est tellement énorme qu’il crève les yeux, ce qui en découle l’est peut-être moins.

Voilà, c’est plié : le méchant est habillé en noir. Ou est Dark (comme Dark Vador, par exemple ?). Donc, c’est du racisme !

Qui se dévoue pour aller annoncer aux gothiques qu’ils sont une annexe du Front National ?

Notez au passage que Jafar a une « barbe courte et efféminée« . La barbe, cet accessoire typiquement féminin.

Or le grand rêve d’Aladdin c’est d’habiter dans ledit palais. Du coup, comment pourrait-on même PENSER qu’Aladdin pourrait utiliser le pouvoir du génie pour instaurer, par exemple, une démocratie à Agrabah et faire en sorte, je dis n’importe quoi hein, que les enfants à qui il a donné du pain juste avant de les avoir sauvés du fouet du méchant prince, que ces enfants-là n’aient plus à vivre dans la pauvreté et la misère, alors que le sultan habite dans son énorme palais et fait mumuse avec ses petits jouets. Mais quelle idée saugrenue ! Quelle manque de classe !

Quel enfoiré cet Aladdin : il tombe sur une lampe avec un génie, et il ne s’en sert pas pour imposer le modèle de pensée occidental du XXIe siècle à tout le monde. A la place, après une vie de mendiant, il pense à son cul : petite ordure !

Non, si le dessin-animé avait été vraiment réaliste, Aladdin aurait souhaité être directement le maître du monde, son compte en banque aurait pris  9 zéros, et le soutien-gorge de Jasmine 4 bonnets.

Mais là encore, je ne suis pas sûr que cela aurait satisfait notre chevalier. Quelle exigence, pfoulala.

Belle excuse pour une fabuleuse scène où les prémisses racistes et sexistes crèvent les yeux. Un gros marchant bien arabe et barbare comme il faut veut trancher la main de notre fragile et innocente Jasmine, et OUF! Juste à temps Aladdin vient la sauver. Quel suspense ! J’étais au bord de mon siège, j’avais tellement peur que la barbarie l’emporte ! Merci Aladdin, quel homme !

Vous pouvez me dire ce que les filles apprennent ici? Et les garçons ?

Ils apprennent que les dessins-animés ne sont pas forcément là pour faire ton éducation, gros galopin. A moins bien sûr que tout film ne soit en fait secrètement éducatif, auquel cas, bonne chance devant Fast & Furious mec.

Après, il y a des films, il n’y a vraiment rien à en tirer

Quant à la présence de marchands arabes dans une ville arabe : il est vrai que c’est assez raciste. Et que Jasmine se fasse sauver par un homme est suspect : encore une fois, l’important pour les enfants est de savoir ce que contient le slip du sauveur. Combien d’enfants dans les salles de cinéma de l’époque ont hurlé « Maman, j’ai pas bien vu ses couilles ?« 

Et encore une fois, Disney va neutraliser immédiatement le contenu un chouïa subversif de cette phrase en nous montrant une scène où, en fait, Jasmine est le premier prix de la tombola, une tombola où Aladdin va lui « ouvrir les yeux » en lui montrant « un rêve bleu » sur un joli tapis volant (la voiture des bougnoules ?), tout en lui mentant une fois de plus (mais les femmes, elles aiment ça qu’on leur mente, hein ?). Comprenez bien, les filles, vous avez besoin d’un homme pour vous « ouvrir les yeux » et vous faire « découvrir le monde ». Toute seule, c’est pas possible, il y a des méchants marchands arabes qui vont vous couper les mains. Mais avec un homme, un vrai, là, tout est différent, tout est merveilleux

Mais ouais mec : enfoirés de Disney à mettre de la romance cucu dans des films pour enfants. Ah, si seulement Jasmine avait pu découvrir la sexualité devant Chatroulette, tout aurait été si bon !

En conclusion, on voit bien qu’Aladdin offre à son jeune public un panel de représentations extraordinairement limité et stéréotypé en terme de personnages féminins (ou plutôt, personnage féminin au singulier). Qui plus est, si Jasmine propose à certain moments du film une attitude (ou des compétences) potentiellement subversive, c’est pour être immédiatement récupérée par le patriarcat et l’hétéronorme. C’est à mon avis la seule différence entre un personnage tel Jasmine, imaginé en 1992, soit 25 ans après la deuxième vague féministe [...] Il n’y a ici aucune égalité possible. C’est une ruse du patriarcat, qui doit être dénoncée, combattue et démanteler, aujourd’hui comme demain.

Enculé de patriarcat qui fait des films pour enfants. Je te collerai tout ça devant des films français, ils feraient moins les malins.

En conclusion, on voit bien que quelqu’un a décidé de se la jouer chevalier du sexisme et du racisme en considérant tout et tout le monde par son sexe et sa couleur de peau, et en rejouant les plus grands moments des théories du complot pour tenter de prouver que oui, Simba invitait les petits mâles à devenir monarchistes, et plus particulièrement si jamais leur papa se faisait piétiner par des buffles.

Exactement le genre de chevalier qui fait que désormais, dans tous les films, qu’importe le contexte, on vous sort du chapeau des personnages se comportant exactement comme des gens du XXIe siècle histoire que le spectateur ait l’impression que depuis la nuit des temps, tout le monde pense comme lui.

En fait, si l’on suivait les recommandations de ce genre de loulous, on ne ferait des films que pour apprendre aux enfants à penser comme lui.

Ouf, heureusement qu’il lutte contre la pensée unique de Disney.

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 « Père Castor, Père Castor, une histoire s’il-te-plaît !« 

Poussant sur les bascules de son fauteuil, le Père Castor observe attentivement le visage ravi de Benjamin, le petit rongeur prêt à entendre une nouvelle aventure des animaux de la forêt. Comme toujours, et bien qu’ayant d’ores et déjà un récit prêt, il se caresse le menton, les yeux levés vers le plafond depuis l’abri de ses lorgnons.

« J’ai une histoire pour toi mon petit Benjamin.« 

Le jeune castor regarda autour de lui, interloqué.

« Mais… Grignote et Câline… elles sont où ? Elles ne viennent pas écouter l’histoire aujourd’hui ?
- Non, elles ne sont pas là mon petit Benjamin, mais ne t’inquiète pas… »

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L’espace d’un instant, les flammes de l’âtre semblèrent briller plus que de raisons dans les verres du vénérable conteur.

« Dis-moi Benjamin… t’ai-je raconté l’histoire du vieux castor qui avait revendu deux peaux au fourreur pour réaliser des pantoufles à Mme Guderian ?« 

Ça vous est tous arrivé un jour.

Alors que vous étiez en train de lire un quelconque ouvrage, ou de réviser on ne sait quelle leçon, arrivé en bas de la page vous avez réalisé que vous n’aviez pas la moindre idée de ce que vous veniez de lire. L’inquisition espagnole aurait pu défoncer la porte et vous sommer d’expliquer le sens de ce que vous veniez de consulter en vous menaçant de quelconques abominables tortures, comme de vous faire assister à une conférence de Bernard-Henri Lévy, vous n’auriez su trouver le moindre mot pour résumer ce que vos yeux étaient supposés avoir assimilé.

Pourtant, en relisant, tout cela vous disait bien quelque chose : vous l’aviez lu, mais votre cerveau n’y avait trouvé aucun sens.

C’est exactement le métier des experts, non pas ceux de la série à base de caméra qui zooment suffisamment pour pouvoir accuser Cricri la fourmi du meurtre de Crocro le haricot, mais bien de ces abominables créatures dont la vie consiste à rédiger des textes imbitables et des Powerpoints qui attaquent la rétine (mais si, ceux où chaque changement de diapo a une animation différente, souvenez-vous), et dont l’objectif ultime est de se faire payer pour intervenir lors d’interminables réunions auxquelles tout le monde assiste mais personne ne trouve d’intérêt (à part de faire avancer la cause de l’euthanasie).

Et bien, parfois, il arrive que l’un de ces experts soit pris sur le vif : c’est le cas de Jacques-Alain Miller, psychanalyste hantant les colonnes du Point pour expliquer longuement aux lecteurs en quoi sa science et son expertise lui permettent de disséquer la situation politique française mieux que personne. Et si cela fait trop longtemps que vous n’étiez pas tombé sur un texte capable de vous anesthésier le cerveau dès le premier paragraphe, alors régalez-vous : l’article complet est . Aussi, plutôt que de critiquer le quelconque baratin d’un expert classique lors d’une réunion, observons tous ensemble le propos d’un de ces fameux larrons pour avoir ainsi une référence commune à bâcher.

Pour ceux qui n’auraient pas suivi la situation politique française de ces dernières semaines, puisque vous étiez trop occupé à chercher un article capable de vous expliquer quel était l’intérêt de la WiiU (à ce qu’il parait qu’on peut en trouver sous le sabot des licornes) ou simplement que vous habitez une contrée sauvage et reculée comme le Québec (ne nie pas, ami trappeur), permettez-moi de résumer la semaine dernière :

L’UMP, principal parti de droite de l’échiquier politique français, organisait des primaires pour désigner son prochain patron. Hélas, les deux candidats arrivés au coude à coude, Jean-François Copé et François Fillon, ont eu bien du mal à se départager, se proclamant tour à tour vainqueur et accusant l’autre d’avoir triché comme de vulgaires équipes d’Intervilles. Finalement, diverses commissions ont proclamé Jean-François vainqueur d’une poignée de voix, et François a décidé de faire tous les recours possibles puisque continuant de douter des résultats. Finalement, et après s’être bien bagarrés, François a fait appel à Alain Juppé, éminence grise locale, pour qu’il vienne essayer de trouver une solution diplomatique en s’interposant tel un petit casque bleu (ou une vachette, si l’on reprend la référence précédente).

Vous avez compris ?

Jean-François et François se chamaillaient pour savoir qui avait gagné, et Alain a été appelé pour une mission bisous.

Rien de bien compliqué.

Dans le monde des experts, tout le monde s'éclate en réunion et meurt d'envie de les entendre un peu plus analyser les choses

Dans le monde des experts, tout le monde s’éclate en réunion et meurt d’envie de les entendre un peu plus analyser les choses

Du moins, jusqu’à l’intervention de Jacques-Alain Miller, expert et psychanalyste, rien que ça, qui à défaut de vous expliquer la situation a… heu… bon, regardons ensemble la puissance de notre expert local ! Et attention, parce que là, on peut carrément parler d’artiste. Lisez plutôt.

Le jour se lève, le cessez-le-feu tient toujours. On respire. On attend le « teafortwo-plus un » prévu dimanche à 19 heures, qui doit réunir à Paris Jean-François Copé et François Fillon à l’initiative d’Alain Juppé.

Premier paragraphe et première ligne : on reconnait l’expert à sa capacité à caser des anglicismes pour un oui ou pour un non. Par exemple, ici c’est plutôt pour un non, puisqu’en fait, ça n’a rien à voir avec un tea for two puisqu’ils sont trois et que notre homme lui-même l’admet. Mais bon, il avait envie, alors il l’a mis parce qu’il trouvait ça rigolo.

C’est à cela que l’on reconnait les pros.

On voudrait s’y introduire, n’est-ce pas, comme une petite souris. Une journaliste politique, Geneviève Tabouis, est restée célèbre pour ses émissions de radio, les Dernières nouvelles de demain, qui débutaient sempiternellement par la formule : « Attendez-vous à savoir… » Nous n’avons ici ni ses dons de pythonisse, ni ses réseaux d’informateurs privilégiés. Voyons si nous pouvons risquer quelques prévisions en prenant les choses comme Rouletabille, par « le bon bout de la raison ».

L’expert aime aussi le name-dropping, le name-bombing (oui, moi aussi je sais mettre des anglicismes partout) et autres petits bonheurs qui servent ici à dire « Vous vous souvenez de Machine ? Ouais, Machine et son émission et tout… vous voyez ? Non parce que moi, je connais bien. Et bien en fait rien à voir ! ». Je ne sais pas vous, mais quelque chose me dit que le Monsieur est payé au caractère. A défaut de rouler ses billes, autant les placer.

[...] La Maison Fillon sera dépecée. Une négociation s’entame. Demandons-nous quel est, pour chacun des protagonistes, son impératif majeur.

Nous dit-on quelques lignes plus bas. C’est rigolo de mettre dès le début de l’article sa conclusion « Fillon a perdu« . Savourons le type qui commence son analyse par un constat sorti de nulle part pour s’appuyer dessus par la suite. Mais c’est vrai que c’est pratique, tout de même puisque du coup on a toujours raison. On appelle ça un axiome, c’est très rigolo comme principe. « Mais non, je n’ai pas tort puisque j’ai dit que j’avais raison !« .

Mais ne nous arrêtons pas là, car après quelques paragraphes de vent à répéter la même chose, notre homme décide de continuer sa fine analyse dans ce qui, je le rappelle, prétend être un site de journalisme :

Le principe de Jean-François Copé fait-il la preuve de son égoïsme ? Mérite-t-il une censure morale ? Est-ce le fait d’un « voyou », comme le suggère Marianne ce matin ? Non, pas nécessairement. Le président en exercice de l’UMP soutient que ce n’est que justice que de lui reconnaître sa victoire, et, dit l’adage, « Fiat justitia, et pereat mundus », traduit par « Que justice soit faite, quand bien même le monde devrait en périr ». Ce fut la devise de Ferdinand Ier, empereur du Saint-Empire germanique, et Kant la commente dans l’une des annexes de son Projet de paix perpétuelle de 1795. Cette sentence, juge-t-il, est cavalière, mais elle est vraie, et elle témoigne de « l’idée, rationnelle et pure, d’un devoir-être inconditionnel » (J. Boulad-Ayoub, « La prudence du serpent et la simplicité de la colombe… », 1997).

Si vous regardez bien, sur un paragraphe de 7 lignes, seules les deux premières ont un rapport avec le sujet. A partir de la 3e, notre puissant psychanalyste se contente de coller lui-même un adage puis de l’analyser en balançant des références et citations pour faire mec qui a travaillé son sujet. Sauf que ça n’a aucun rapport avec la choucroute. La choucroute est un plat typique du Saint Empire Romain germanique, et comme le disait Léopold-Guillaume d’Hasbourg « Ch’est bon« . Cette sentence, certes cavalière mais bien vraie, témoigne du fait que la choucroute est à la fois « délicieuse, fournie bien que parfois bourrative, et du genre à parfumer le lit conjugal » (A. Misou-Misou, « Musique de chambre et pétomanie, ode aux plus grands airs »). Hooo bon sang, je ne sais pas ce qui m’a pris je… je… je crois que je suis fin prêt à écrire pour le Point.

Kant détermine le « mundus » ici en question comme « les méchants en ce monde », et on voit en effet Jean-François Copé prêter à François Fillon des motifs infâmes : ressentiment, envie, mépris du suffrage universel, invitation au suicide collectif… On dira que c’est fort injuste pour François Fillon, et qu’il est dans cette affaire le gentil, l’homme honnête, décent, désintéressé, qui n’a pas d’autre impératif avoué que : « Il faut sauver l’honneur du parti ! » Sans doute. Cependant, l’honneur d’un parti politique, c’est là une notion très aventurée, dont il n’est pas avéré qu’elle ait la moindre traduction pratique. Même à admettre que l’honneur d’un parti politique est quelque chose qui puisse se perdre, rien ne prouve qu’il ne puisse se raccommoder, comme le pucelage des filles de Venise selon Casanova. D’une façon générale, concernant les rapports de la morale et de la politique, les propos de François Fillon et de ses partisans témoignent d’une conception qui les a mis hors jeu, comme on le verra en revenant à la négociation en cours à l’UMP.

Si vous ne vous êtes pas endormi à mi-chemin (mais je sais que vous êtes fort puisque vous me lisez ; très honnêtement, je ne serais pas moi, je ne me lirais pas, je suis beaucoup trop bavard), et que vous êtes toujours en train de chercher ce que Kant et Casanova viennent faire dans cette analyse qui pour l’instant, ne dit strictement rien à part « Vous voyez, je vous l’avais dit que François Fillon s’était perdu, bon, je n’ai toujours amené aucun fait, mais promis, je le fais plus tard« . Et comme vous l’aurez deviné : ça n’arrivera pas. Peut-on raccommoder l’honneur d’un crypto-journaliste ? Qu’en dirait Casanova ? En parlerait-il aux filles de Venise ? Ou est-ce un coup à les faire fuir tant elles ont autre chose à faire que d’écouter du vent ? Quant à Kant, que vient-il faire là, à part sonner de manière rigolote dans « Quant à Kant » ? Mystère.

D'autres adeptes du name-bombing : les hipsters. Un principe rigolo, qui consiste à dire qu'à défaut de comprendre quelque chose, on connait quelqu'un qui sait.

D’autres adeptes du name-bombing : les hipsters. Un principe utile pour eux qui consiste à dire qu’à défaut de comprendre quelque chose, ils connaissent quelqu’un qui sait. Intelligence et éducation, deux choses différentes.

On peut raisonnablement prévoir son issue. Il suffit de s’inspirer de la théorie mathématique des jeux, voire simplement de la théorie des ensembles. Dans le contexte du duel Copé-Fillon, dont l’enjeu était la présidence de l’UMP, nous étions devant un jeu « à somme nulle » : ce que l’un perd, l’autre le gagne, et vice versa ; c’est Fillon le président, ou c’est Copé. Pas de milieu. Tout change avec l’apparition dans le jeu d’un nouveau joueur, Alain Juppé. Non pas que nous ayons maintenant trois joueurs. Comme nous l’avons expliqué, il se substitue au joueur Fillon. Seulement, et tout est là, il ne s’y substitue pas à la même place.

Vous connaissez la théorie des jeux ? La théorie des ensembles ? Non ? Ce n’est pas grave, lui non plus.

La preuve : en fait, il ne va plus en parler, ni même y faire référence, c’était juste pour les caser. Ce n’est pas beau, ça, tout de même ? Mais là encore, personne ne lui a fait remarquer.

Notez d’ailleurs le : « Non pas que nous ayons maintenant trois joueurs. Comme nous l’avons expliqué, il se substitue au joueur Fillon. Seulement, et tout est là, il ne s’y substitue pas à la même place. »

Attention, définition du verbe « substituer » selon le Larousse : Mettre quelqu’un, quelque chose en lieu et place de quelqu’un, de quelque chose d’autre. « Substituer (se) » : Prendre la place de quelqu’un, de quelque chose. Mais ce n’est pas grave, notre expert et journaliste n’a pas froid aux yeux : il vous explique que quelqu’un prend la place de quelqu’un d’autre, mais pas à la même place. Hmmmoui, on peut appeler ça du caca. Aussi. Mais c’est un peu direct, il ne faudrait pas brusquer l’animal. Je rappelle tout de même qu’il écrit dans un journal ayant pignon sur rue, si en plus il faut faire des phrases qui veulent dire quelque chose, mais où va-t-on ?

Le fait capital, c’est que, désormais, l’enjeu n’est plus le même. Alain Juppé a su l’énoncer avec une parfaite lucidité. Jeudi après-midi, dans le communiqué où il posait son premier « ultimatum », il écrivait ceci : « Ce qui est désormais en cause, ce n’est plus la présidence de l’UMP, c’est l’existence même de l’UMP. » Ce dit est transformationnel. Il change la nature même de la situation, et la logique qui l’anime. Nous n’avons plus affaire à un jeu à somme nulle, où les joueurs sont des adversaires se disputant le même gain. À la différence du duel Copé-Fillon, le duel Copé-Juppé est un jeu du type coopératif.

« Coopératif« . Là encore, un mot relativement compliqué, puisque non seulement faire des duels coopératifs est relativement compliqué, mais en plus, rappelons que la « coopération » était tellement amicale qu’au final, elle n’a duré que 25 minutes, mais j’y reviendrai (et moi, je le fais : mais je n’écris pas dans un grand journal, je ne dois pas savoir, enfin je dis ça…). Ah et au fait, sinon, François Fillon là-dedans ? Non parce que qu’il est quand même un peu à l’origine de tout cela, ça vaut le coup d’encore en parler ou bien ? Non ?

Et bien non. Oublions-le.

Quel sens de l’analyse. C’était quand même pas compliqué : il n’y avait que trois personnages à retenir. Dont deux impliqués depuis le début et un qui se proposait de débarquer le temps d’une réunion. Résultat ? Et bien notre expert vire l’un des principaux protagonistes et garde celui qui vient à peine d’arriver. Je… d’accord. Et donc, comme ça, vous êtes expert en analyse politique. Ah. J’espère qu’on vous ne confiera pas la question du Moyen-Orient un jour sinon, j’imagine bien : « Bon, dans le conflit Israël-Palestine, je pense que ça ne vaut pas le coup de parler d’Israël. Les conflits avec plus d’une personne, c’est trop compliqué« .

Simplifions. D’un côté, « sauver l’UMP ». De l’autre, « sauver la présidence Copé, l’UMP dût-elle en périr ». L’impératif Juppé est-il incompatible, antagoniste, avec l’impératif Copé ? Réponse : les deux se recoupent partiellement, il y a une intersection, et c’est précisément « l’existence de l’UMP ». Pour simplifier encore davantage, disons que nous sommes devant une situation de « choix forcé », au sens de Lacan, et qu’il illustre de l’exemple « la bourse ou la vie » (cf. Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, 1973).

En 5 lignes, il y a deux tentatives de simplification, dont une faisant référence à un livre que tout le monde n’aura pas lu, tant Lacan sert plus à caler les bibliothèques qu’à les remplir. Mais c’est pas mal ; « Simplifions et article : il s’agit d’une « bouse à grumeaux » au sens de Diomède, comme on peut le trouver dans mon livre de chevet, Diomède contre Goldorak, 2007« .  Mais rassurez-vous, j’exagère quelque peu : l’homme développe sa « simplification », me laissant là aussi dubitatif quant à la présence d’un dictionnaire à ses côtés.

Vous voilà arrêté sur une route de campagne par des brigands de grand chemin, comme le jeune Barry Lyndon dans le film de Kubrick. Le capitaine Feeney, les armes à la main, vous réclame votre bourse. La lui donner ou pas, vous êtes libre, vous avez le choix. Si vous cédez, vous perdez votre bourse. Si vous résistez, vous perdez et votre bourse et la vie. Dès lors, votre choix est forcé. Vous livrez votre bourse, puisque, dans tous les cas, elle est déjà perdue. Le choix entre les deux termes proposés se limite donc à perdre les deux, ou bien n’en conserver qu’un, toujours le même, la vie, certes écornée d’une perte inévitable..

Après un peu de name-bombing, notre puissant larron nous donne donc un exemple pour vous expliquer la situation… qui là encore, n’a aucun rapport. Puisqu’il vous explique que voilà, dans la bourse ou la vie, vous perdez automatiquement la bourse. Sauf que dans le cas présent, aucune perte n’est automatique, puisque c’est d’ailleurs tout l’objectif des négociations en cours, et celui de tous les participants : il n’y a donc aucun rapport.

Excellent exemple : l'un des thèmes de Barry Lyndon est

Excellent exemple : l’un des thèmes de Barry Lyndon est « Peut-on baratiner tout le monde » ? Le bougre n’a pas dû le regarder en entier.

Un détail, évidemment. Un de plus.

Sauf bien sûr, si on sort de son chapeau un raisonnement débile pour expliquer que si, si, perte inévitable il y a.

Dès lors que l’impératif d’Alain Juppé est le « primum vivere », la vie de l’UMP (et il n’est entré dans le jeu que pour le promouvoir), les jeux sont faits : Jean-François Copé gardera la présidence. Quant à François Fillon, il est hors jeu. Il est là, mais ce n’est que pour signer sa reddition. La question de savoir si on lui permettra de sauver la face, et de quelle manière, n’intéresse pas notre logique.

Ah. Bon bin, nous dit-on : François Fillon va se faire défoncer quoiqu’il arrive. C’est rigolo parce que l’ensemble des faits semblent donner tort à notre auteur, encore une fois, mais que sont les faits face à une analyse de pareille qualité ? Et puis d’ailleurs, il a bien raison : « savoir si on lui permettra de sauver la face, et de quelle manière, n’intéresse pas notre logique. ». Car oui, là encore, c’est tout à fait clair : cela n’intéresse pas la logique d’un analyste, de savoir si un duel autour de la tête d’un parti, une main sera tendue pour éviter l’implosion dudit parti… là encore thème central de l’article.

On imagine bien le rédacteur en pleine conversation avec son relecteur.

« Attends mais en fait, ton article parle d’une problématique et finalement tu n’en parles pas. Par contre tu cases Kant et le Saint Empire Romain Germanique, tu m’expliques ?
- Ouais c’est un truc intellectuel, tu peux pas comprendre. Tu n’as pas dû assister à assez de réunions.
- Mais c’est malhonnête !
- Pas si je dis… attends, passe-moi mon papier…. gnnn… ça… nous… intéresse… pas. Voilà.
- Ah oui, ça marche vachement mieux maintenant. Z’êtes fort quand même.
- L’expérience petit. J’ai tout appris aux éoliennes. A part la partie productive. »
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Et parce qu’un bon article ne finit pas sans une bonne conclusion :

Bien que purement formelle, notre analyse de ce samedi matin nous amène donc à prévoir que la « médiation Juppé » ne capotera pas, quels que soient les aléas qu’elle rencontrera. Des soubresauts, des affects, il y en aura, mais ils se plieront en définitive à la logique du choix forcé.

Voilà. Donc ça, c’était samedi dernier, la veille de la fameuse rencontre. Notre homme, après avoir pinaillé des heures, expliquait donc que quoiqu’il arrive, c’était plié et tout allait rouler. Résultat ?

Dimanche, Alain Juppé est allé voir François et Jean-François, au bout de 25 minutes, il s’est barré en disant que tout le monde était trop con, et Jean-François a expliqué en coulisses qu’il était bien content de s’être débarrassé de ce fauteur de troubles qui venait tenter de lui piquer la couronne. Et dans la foulée, François est parti en emmenant avec lui une partie des députés du parti, sans compter un bon paquet de militants qui ont rendu leur carte de dégoût.

« Coopératif » et qui « ne capotera pas« , donc ?

Chez les vrais journalistes, quand on raconte n’importe quoi, en général, on s’excuse un peu après. Mais à la rédaction du Point, non. On fait même mieux.

« Hey, salut Michel !
- Salut Gégé.
- T’as vu ce qu’il s’est passé dimanche ? En fait, on a grave raconté n’importe quoi !
- Qui c’est qui s’occupait de l’article ?
- Un expert vaguement médiatisé…  Jacques-Alain Miller. J’ai pas trop compris le rapport entre la psychanalyse et la politique, mais en tout cas il s’est planté comme un gros busard.
- Super, réserve-lui la prochaine tribune sur le sujet. »

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Et ce qui fut dit fut fait. Oui, c’est complètement surréaliste, mais c’est comme ça. Et non, personne n’est allé bâcher ce fameux commentateur : il s’en est même trouvé pour l’inviter et disserter avec lui de l’actualité. D’ailleurs, pour le coup, plutôt que de recommencer l’exercice à nouveau, l’article en question étant aussi consternant – si ce n’est plus – que le précédent,  je vous laisse tout seul profiter du festival : on vous explique que ça y est, c’est fini, qu’il n’y a jamais eu de problème (ah oui, quand même), et que tout cela a été « très adroit« , soit l’exact opposé des faits, mais là encore, ce n’est pas grave, puisqu’après tout, personne ne semble rien dire.

Et là encore, tout une série de professionnels n’ont vu strictement aucun problème à non seulement raconter à peu près n’importe quoi dans ses colonnes, mais aussi à recommencer sans même prendre en compte le fait que c’était complètement à côté de la plaque.

Du vent, des erreurs grossières et une mauvaise maîtrise d’un sujet pourtant connu enrobé d’une teinte de professionnalisme semi-intellectuel étalés sans vergogne à un public à qui l’on prétend analyser la situation, sans compter que le coupable est aussitôt invité à revenir pour recommencer…

Mesdames et Messieurs : on applaudit bien fort les experts.

Comme certains d’entre vous l’ont peut-être remarqué : sur ce blog, on se soucie beaucoup de questions d’éducation et de ludisme.

Aussi, afin d’aider les plus jeunes à appréhender des notions aussi incompréhensibles que l’état actuel des débats politiques ou les élections qui se préparent au sein de certains partis, je vais me contenter aujourd’hui de vous proposer un set complet pour recréer, chez vous, l’intégralité des débats grâce aux fiches de personnages des principaux intervenants de celui-ci. Vous pourrez ainsi initier les plus jeunes aux joies de la mauvaise foi au travers d’une formidable partie de jeux de rôles, utilisant les règles de L’Appel de Chtulhu (soit ce qu’il y a de plus proche des débats du moment, à savoir une oeuvre basée sur la folie qui nous guette tous).

Et pour ceux qui ne connaîtraient pas, j’ose supposer que les fiches parleront d’elles-mêmes. Evidemment, si les photographies correspondent bien à des personnes réelles, les fiches, elles, ne reflètent en rien leurs compétences, ou alors par pure coïncidence, vous l’imaginez bien.

Bref.

Vous avez-envie de recréer chez vous la saine ambiance d’un congrès du parti socialiste, avec ses motions, ses débats à base de « Nan, moi j’suis d’gauche, tous les autres sont de droite » et autres arguments de fond ? N’hésitez pas à proposer à vos joueurs la fiche de Martine.

Evidemment, n’oubliez pas les règles du jeu : pour bien faire comprendre aux plus jeunes le concept de démocratie, expliquez-leur que quoiqu’il arrive, à la fin de la partie, c’est le joueur qui joue Harlem qui gagne. Vous lui attribuerez donc quand même une fiche.

Là aussi, il est possible de cliquer. C’est tout de même bien fait.

Et, après avoir fait jouer à vos joueurs ce scénario à base de débats entre Martine et elle-même (« Excellent travail Martine – Merci Martine, tu es la meilleure« ), n’hésitez pas à pimenter un peu les choses en leur proposant ensuite de jouer une aventure beaucoup plus violente, comme celle opposant François et Jean-François.

Oui, là, je ne sais pas si cliquer est bien raisonnable en fait

Et casez donc en face un adversaire à sa hauteur avec François, permettant aux deux de s’affronter en d’épiques batailles à base de petites phrases et pourquoi pas, de popopopo.

Cliquetage toujours. Ne me demandez pas pourquoi je le précise à chaque fois.

Cela dit, il peut arriver qu’en voyant les deux s’empoigner, d’autres jeunes gens veuillent se joindre à la bataille : n’hésitez pas alors à leur proposer la fiche d’un autre sidekick qui n’a évidemment rien à voir avec une personne existante ou ayant existé et ne demandant aucune compétence pour être joué (au sens littéral : la moindre compétence trahit l’esprit du personnage).

Toi qui cliques ici, abandonne tout espoir

Et enfin, lorsque vous aurez fait le tour de toutes les possibilité avec ces personnages fabuleux et tous ceux que vous aurez envie d’ajouter à la bataille pour rajouter encore plus d’action et de ludisme pour vos jeunes gens, quand enfin, ils auront les yeux qui pétilleront à la simple audition des mots « politique« , « débat« , ou « parti« , alors n’hésitez pas à leur proposer d’introduire un nouvel être dans la partie demandant encore plus de maîtrise du jeu :

Je ne me répète plus, il suffit.

Voilà.

Avec ça, des heures d’instruction civique faite avec pédagogie et ludisme vous attendent. Amusez-vous bien, et n’oubliez pas : qu’importe si votre partie ressemble à n’importe quoi, ça reste tout de même plus crédible que les échanges actuels.

La prochaine fois, nous verrons comment se joindre à un club d’amateurs de jeux historiques pour refaire avec des figurines 28mm les plus grands moments du bourrage d’urne du congrès de Reims 2008 du PS.

Amusez-vous bien.

La communication est un domaine qui m’échappe.

Non pas parce que mes tympans prennent feu à chaque fois que quelqu’un abuse des mots en -ing et autres anglicismes, choses répandues en ce domaine (avec le tutoiement à outrance, car le communicant sitôt qu’il vous a serré la main se prend aussitôt pour votre meilleur pote, y compris quand il s’agit de demander un service, prouvant ainsi que communication et empathie font deux), mais plutôt parce que les mystères produits par les sombres séides qui y travaillent me laissent pantois. La chose serait anodine, bien sûr, s’il n’y avait en ce moment une foire à l’absurde en direct dans tous les médias : les frémissements du début de la campagne présidentielle.

Alors évidemment, on pourra me rétorquer que nous n’en sommes plus ni aux frémissements, ni même au début, mais bon, hein, je vous rappelle que l’UMP n’a toujours pas de candidat et que nous n’avons aucune idée de qui ils vont présenter (même si personnellement j’hésite encore entre Dominique Le Sourd et Jean-Claude Mignon), aussi il parait difficile de dire que la campagne bat son plein. Et de toute manière, là n’est pas le sujet.

Non en fait, le vrai mystère, c’est comment la communication, qui repousse déjà régulièrement les frontières de l’absurde (les publicitaires particulièrement ont un certain don : feuilletez n’importe quel magazine et ensuite demandez-vous comment quelqu’un a pu déclarer « Et là, on mettrait une photo de nana morte de rire parce qu’elle mange une pomme pour dire que c’est sain et que les fruits sont connus pour raconter de formidables blagues » ou quel esprit malade a pu créer les publicités Orangina, truc tellement vide de sens qu’à chaque diffusion de spot, un philosophe meurt quelque part dans le monde. Mais curieusement, ça épargne toujours BHL, je ne comprends pas pourq… ah, si, en fait, je vois), peut parvenir à un tel niveau de n’importe quoi sitôt qu’elle s’engage dans le domaine mystérieux qu’est la politique.

Une image parmi des centaines : on constate clairement que la pomme raconte quand même super bien celle des deux Belges qui entrent dans un bistrot

Mettons-nous d’accord tout de suite : la politique n’est pas le sujet le plus facile à aborder ; chacun sait par exemple qu’en soirée, nombreux sont celles et ceux à dire « Non, on ne parle pas de politique » parce que a), ils trouvent ça chiant, b), ils ont peur de dire une connerie, c), il y a Maurice qui est présent et est toujours partant pour discuter du sujet, mais à condition que tout le monde soit d’accord avec lui parce que son camp a toujours raison et tous les autres sont des cons.

Mais franchement, ce n’est pas une raison pour nous pondre ça ou ça

Certes, je cite deux exemples du Parti Socialiste, mais c’est surtout parce que je viens de tomber sur la nouvelle chanson de campagne, aussi ai-je décidé de la citer en exemple ; croyez bien que si notre président se représentait, sur le thème dont il est friand de la vaillance de l’homme d’état luttant dans les instants difficiles, je serais le premier à lui proposer le thème de Kirikou comme hymne électoral. Or, il n’en est rien, et je n’ai encore rien aperçu des autres candidats, pas même de Marine, dont j’espérais au moins un hymne de campagne (« Marine, nous voilà !« ) ou un geste de ralliement (« Tend ton bras vers l’avenir !« ). Bref, que disais-je ? Ah, oui.

Oui, donc : QUI peut penser, sérieusement, que l’un de ces trucs sert à quelque chose ? Combien de vis à bois faut-il s’enfoncer dans les narines pour commencer à penser, l’espace d’un instant, que ces créations ont d’autres intérêts qu’à décrédibiliser son propre camp ? Je veux dire : une campagne présidentielle, l’objectif, c’est de faire gagner son candidat, non ? Persuader qu’il est meilleur que les autres, que son programme est plus chatoyant, que la France sera heureuse avec lui et son gouvernement…

Alors quel rapport avec des clips et des chansons ? Non parce que depuis la sortie du premier, on peut lire et entendre un peu partout : « Hou, c’est ridicule » ; certes, j’entends bien, bouger les mains façon « Je scratche un baba-au-rhum, je suis DJ-pâtisser » n’est guère valorisant, mais attendez, la vraie question c’est : « Quelle est l’utilité de cette daube ? » ; imaginons que le signe de ralliement eut été formidable (ce qui, si j’en crois ce que je lis, qui ne s’arrête que sur la qualité de la chose, aurait suffi à faire taire les critiques) ; qu’on eut vu dans ces membres en mouvement une sorte de grâce majestueuse à en faire pleurer les danseuses du Bolchoï, et que chacun se soit levé pour applaudir pareille chorégraphie, mais dites-moi, en QUOI cela aurait eu un QUELCONQUE rapport avec le candidat/le programme/la campagne ?

Ah, bah aucun en fait.

Bon, alors on pourra aussi me répondre que la chose est le fruit des Jeunes Socialistes, qui ont quand même pour président un type qui n’est pas choqué que, d’après ses calculs, la journée scolaire moyenne d’un petit français dure 52 000 heures (ça laisse peu de marge pour les devoirs à la maison après le goûter) et qui peut annoncer sans souci sur Facebook que non, il ne s’est pas présenté à une vraie élection pour être président du mouvement, qu’en fait, c’est la précédente occupante qui lui a proposé le poste (zut, moi qui croyais qu’il y avait une vague histoire de démocratie, tout ça), on comprend quelques trucs, mais quand même : comment les communicants qui encadrent la campagne ont pu laisser passer un truc aussi idiot que ce clip ?

Encore, ils auraient fait leur geste de ralliement un peu plus haut, ça aurait pu éventuellement protéger d’éventuels jets de farine, mais même pas. Heureusement que pour préserver l’équilibre cosmique, en face, chez les Jeunes Populaires, la présidence est à Benjamin Lancar, l’homme du lip-dub (oui, aujourd’hui, beaucoup de liens, mais il faut être documenté pour bien travailler) ce qui donne, en cas de débat présidence jeunes socialistes – présidence jeunes populaires, une sorte de conversation absurde digne de La Ferme Célébrités.

Mais bref ; la vraie question est donc « Comment ces gens peuvent-ils penser que l’on raisonne pour avoir des procédés pareils ?« 

Pour que personne n'oublie jamais les exploits de certains dans le domaine

Je veux dire, oui, effectivement, dans l’antiquité, 50 clampins qui gueulaient sur le forum, ça devait avoir un intérêt (tout le monde se souvient du fameux hymne de campagne de Jules César pour les élections consulaire de -49 intitulé « Pompée, Pompée, enculé« , désormais célèbre dans tous les stades du monde), mais maintenant, honnêtement ? Quel est l’objectif ? Gagner des voix à l’aide de chant et de chorégraphie ? Encore, Shakira se présenterait, je pourrais comprendre parce que bon, un déhanché pareil, ça doit avoir sa petite influence au G20, mais quand même, là, voir des péquins bouger les bras et/ou donner de la voix ? Mais enfin, dans quelle dimension vivent les gens à l’origine de ce genre de trucs ?

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Nous interrompons ce blog pour vous proposer un flash d’une autre dimension.

Au même moment, dans la dimension X.

Le footman #124-B51 s’avança dans la petite salle du Technodrome, observant prudemment les blanches parois alentour sur lesquelles couraient divers câbles plus ou moins entretenus ; après s’être ainsi étonné de ne voir personne dans l’endroit, il s’avança doucement vers la petite table au centre de la salle où trônait une urne à demi-remplie, aux côtés de laquelle reposaient diverses renveloppes et bulletins. Alors qu’il n’était plus qu’à quelques centimètres de l’endroit et que les papiers étaient presque à portée de sa main, une trappe claqua au plafond et un petit écran au bout d’un bras mécanique en sortit ; une voix robotique se fit entendre.

« Bonjour citoyen #124-B51 – vous êtes un citoyen de classe footman – Votre nom civil est Alexander Francis Joshua Roudoudou – Validez-vous cette information ?
- Heu… oui ? – lança timidement le citoyen #124-B51
- Enregistrement validé – Nous vous rappelons que cette élection déterminera qui dirigera la forteresse roulante multi-dimensionnelle de classe Technodrome pour les 8 prochaines années – Validez-vous cette information ?
- Oui je… j’ai compris.
- Enregistrement validé – Vous avez le choix entre deux candidats : Shredder, un ninja qui combat avec une râpe à fromage,  ou Krang, un cerveau parlant qui se déplace à bord d’un robot anthropomorphe en slip – Souhaitez-vous plus d’informations sur les prétendants ?
- Oui, j’aimerais savoir lequel des deux propose de fermer la faille dimensionnelle au travers de laquelle des communicants de chez nous fuient pour se réfugier sur Terre ? Je suis sûr que ça va finir par nous attirer des…
- REQUÊTE ILLOGIQUE – Pour choisir, nous allons diffuser sur cet écran deux clips musicaux – Vous voterez logiquement pour celui qui a le meilleur.
- Moi j’aime bien Shredder quand même. On peut commencer par son clip ?
- Requête validée – CLIP UN : UN FAN DE SHREDDER FAIT DU BREAK DANCE »

Sur l’écran au bout du bras mécanique apparut un type aux cheveux longs s’évertuant à s’agiter en tous sens au son d’une beat box, alors qu’un choeur chantait « Shredder, Shredder, avec lui, ça va le faire« . L’écran s’éteignit finalement et la voix robotique reprit.

« CLIP DEUX : LES JEUNES POUR KRANG FONT DU SMURF« 

Une fois encore, la lucarne électronique s’illumina et apparurent quelques jeunes gens s’évertuant à tourner en tous sens alors qu’entre diverses trompettes on pouvait clairement entendre « Si tu veux pas que ça tangue, choisis Krang !« 

Le footman #124-B51 resta un instant les yeux pleins de larmes, son regard changé sur Krang et son programme : oui, ce clip musical l’avait convaincu de voter pour lui de par la force de ses arguments. Et puis ce refrain… « Ho non, ça tangue ! Viteuh viteuh viteuh : Krang ! » ; il fit un dernier pas vers la table, plia le papier au nom du cerveau amateur de robots géants et le glissa dans l’urne avant de retourner avec impatience travailler dans son secteur de l’immense forteresse mobile errante ; à la seconde où le sas de la salle se ferma derrière lui, il put entendre « CITOYEN SUIVANT !« 

Après ce flash, le blog va reprendre, merci de votre attention.

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Non vraiment, en quoi, à part à dépenser du pognon, ce genre de truc peut bien servir ? Qui pourrait changer d’avis en voyant cela ?

Et comme je l’évoquais plus haut, voilà qui me rend donc d’autant plus perplexe sur la réaction habituelle : « Ho, la chanson/chorégraphie, elle est ridicule » ; non mais en fait ce n’est pas ça le problème, hein, c’est le principe même qui l’est. Et le fait que du coup, à chaque élection, de gens se sentent obligés de pondre ce genre de productions comme un quelconque besoin gastrique soulagé à même nos yeux et nos oreilles.

Evidemment, tout aurait pu s’arrêter là, répétant encore et encore le même modèle incohérent jusqu’à ce que l’humanité connaisse son crépuscule dans le feu nucléaire, si en plus, quelqu’un n’avait pas eu la mauvaise idée d’expliquer à tout ce petit monde qu’il existait un nouvel endroit à souiller à grands coups d’étrons communicatifs : le Internet. Et depuis qu’en plus, on y trouve des réseaux sociaux, le Internet est devenu une sorte de cible formidable que tout le monde vise, mais personne ne sait vraiment trop comment ou pourquoi.

L'homme qui a le mieux compris internet au gouvernement : "C'est une sorte de truc où l'on va discretos au boulot pour poster des conneries sur Twitter"

Par exemple, en ce moment, sur Facebook, c’est un peu le bordel : impossible de vous connecter sans vous retrouver avec des gens relayant des tonnes de trucs sur « Pourquoi mon candidat c’est le plus gentil du monde » ou « Pourquoi les autres sont bêtes et méchants et sentent le prout » , et de préférence, le second (si vous avez un doute sur le sujet, je vous propose deux captures d’écran, l’une des jeunes populaires, l’autre des jeunes socialistes : c’est tellement caricatural que si vous regardez bien, pour savoir qui propose quoi, il faut consulter le site du camp d’en face ; les autres formations politiques me pardonneront de ne me concentrer que sur les deux principales, mais sinon, je risque de ne pas être couché de suite). Du coup, encore une fois, la question se pose :

Qui peut réellement penser que c’est en spammant tout le monde à répétition (oui, spammer à répétition, c’est un pléonasme, je sais mais il fallait appuyer la chose) que d’un coup les gens vont se dire « Ho, merci, à force de me spammer, j’ai envie d’être d’accord avec toi, tu m’as convaincu, et ce n’était pas du tout super lourd au point de me donner envie de tuer toute ta famille » ? Des gens qui au 114e « Enlarge your penis » quotidien, dévalisent toutes les pharmacies du net, désormais convaincus qu’en quelques pilules ils se retrouveront métamorphosés en crypto-éléphants (mais d’Asie, l’éléphant) ? Alors évidemment, on pourrait me dire que « Non non, hein, ça n’a rien à voir avec de la communication, ce sont les militants qui font ça de leur propre initiative !« , mais attendez, ne parle t-on pas des mêmes militants à qui l’on file des « outils de partage » pour faire tourner tout et n’importe sur Facebook ? Qui ont des formations, je cite le programme d’une université d’été de 2011 « Comment devenir influent sur les réseaux sociaux ? » par des gens qui expliquent qu’il y a une formule magique pour ce faire, qu’ils la maîtrisent parfaitement, et qui sont payés pour la présenter, mais qui s’avèrent finalement aussi influents qu’une huître, et en plus, ont des profils Facebook intégralement consultables par le public avec photographies personnelles & co  (véridique) ? Qui ouvrent des sites « réseaux sociaux » qui se disent « copiés sur le modèle de Barack Obama » (la formule magique pour ne pas avoir à argumenter quoi que ce soit « Naaaan mais c’est un truc américain, mais américain cool« ), en oubliant que leur propre camp avait ouvert exactement la même chose, pile deux ans auparavant, et qui oublient donc aussi de l’utiliser, payant donc deux fois la même chose ? Quel est le but ? Faire une campagne axée autour du thème « Regardez comme notre camp est relou, haïssez-le » ? ; « Tenez, si vous pensiez qu’on pouvait gérer un pays, sachez qu’on arrive même pas à gérer un mur Facebook » ?

Aussi, dans la même veine subtile et délicate que ces braves communiquant qui encouragent ces pratiques qui, non seulement n’ont aucun sens, mais en plus sont diablement contre-productives, je vous propose brièvement quelques solutions à des situations fréquemment rencontrées grâce à un habile recyclage de courrier de lecteurs évidemment parfaitement originaux. Jetons donc un oeil.

Cher Odieux,

Une amie à moi n’arrête pas de poster sur Facebook et Twitter des photos de son candidat préféré, mais je n’ai pas envie de bloquer son mur car des fois, elle poste quand même des photos d’elle en bikini, comment faire pour lui demander de cesser sans la froisser ?

Aurélien, 19 ans, Metz

Cher Aurélien,

Il convient d’expliquer à cette damoiselle que non, la politique, ce n’est pas Meetic et que du coup, ça n’a pas grand intérêt son affaire. Puisque c’est sympa un candidat bien fait de sa personne, mais en fait, ça n’a tout simplement aucun rapport avec la choucroute. Par exemple, Lucy Pinder rend mieux sur les photos que Robert Badinter, mais bon, un seul des deux pourrait éventuellement se pencher sur la mallette nucléaire sans que ça ne déclenche un tir vers Moscou d’entrée de jeu.

Et puis de toute manière, en cette saison, elle ne risque pas de poster des photos d’elle en bikini : bloquez-là aujourd’hui, débloquez-là en mai. Et éventuellement, déboîtez-là en juin.

Monsieur Connard, 

Je suis bien embêtée car un ami m’a demandé de participer à l’une des nombreuses campagnes sur les réseaux sociaux des candidats qui veulent le plus de « J’aime » possible. Je n’ai pas bien compris l’intérêt, mais bon, vous savez ce que c’est hein, je n’ai pas de chromosome Y, tout ça, alors je suis sûrement passée à côté d’un truc.

Raphaëlle, 31 ans, Toulouse

Chère Raphaëlle,

Vous abonneriez-vous à une newsletter dont vous ne voulez pas ? C’est le même principe : écrivez donc à Mark Zuckerberg de votre plus belle plume en lui demandant de bien vouloir rajouter l’option, juste à côté du « J’aime » Facebook « Je n’en ai strictement rien à foutre« , avec un gros doigt comme illustration.

Vous découvrirez ainsi que non seulement cela vous permettra de répondre aux demandes insistantes de vos amis, mais qu’en plus, vous aurez enfin une option pertinente pour répondre à leurs statuts « Attends le train« , « En cours de maths » ou « Ah, une bonne douche !« 

Mark, si tu me lis, voici le bouton dont je rêve

Cher Monsieur,

Est-ce vrai que toutes les civilisations ne se valent pas ?

Bien à vous,

Jean-Marie, 88 ans, Paris

Cher Jean-Marie,

En effet : tous les Civilizations ne se valent pas. Surtout le 4 qui rame pas mal en fin de partie.

Cher Connard,

Vous prétendez suivre, mais j’ai bien vu que vous ne suiviez personne sur Twitter ; or, la campagne se passe aussi là-bas ! C’est ça, le Internet ! 

Nadine, 5212 ans, Toul

P.S : Vous ai-je déjà dit que le Président était génial ?

Chère Nadine,

A partir du moment où l’on estime que l’on peut discuter sérieusement de politique sur un site qui limite l’argumentation à 140 caractères, il faut commencer à se poser de sérieuses questions sur la richesse de son propre propos.

Par contre, pour raconter que Truc a dit ceci ou cela sans vérifier les sources avant d’ajouter les mots « Honteux« , « Caniveau » ou « Boue » dans un coin, c’est super.

Cher Monsieur,

Je pense que vous avez tort. Vous n’avez rien compris à la notion de partage sur internet

Maxime, 29 ans, Limoges

Cher Maxime,

C’est faux. D’ailleurs, j’aurais bien répondu avec quelque chose d’argumenté, mais il est vrai que nous sommes sur internet, où les gens sont forcément des cons à en croire ce qu’on leur propose, et où donc on peut leur balancer n’importe quoi  pour faire du « buzz » ; j’aurais pu passer deux jours à élaborer une réponse, à la mettre sous forme de vidéo avec chiffres et schémas à l’appui pour présenter de manière simple et pédagogique ma réponse à votre problématique, voire quelques idées, mais je me suis dit que j’allais plutôt passer ce temps là et l’argent allant avec dans une chanson de la même durée qui ne vous apprendra rien, n’est même pas bonne à écouter et n’est, finalement, ni une chanson, ni un discours, mais juste du rien.

C’est débile et absurde ? Personne de sensé ne pourrait laisser passer quelque chose d’aussi gros ?

Bravo : vous avez compris le problème.

On en a dit, des choses, sur le compte d’Eric.

« Sympathique« , « Drôle« , « Intelligent« , « Agréable« , « Poli« … voilà quelques uns des adjectifs qui sont venus à l’esprit de vos interlocuteurs lorsqu’ils vous ont parlé de ce convive inconnu jusqu’alors. On vous rapportait régulièrement en pouffant quelque bon mot qu’il aurait fait à l’encontre de l’un de ses tuteurs de stage ou fantastique soirée qu’il eut organisé en compagnie de quantités de laborantins tout comme lui. Le genre de révélation qui vous arrache un poli « Ho. Hmm hmm. » d’émoi au moment phare de l’histoire, celui où il est censé avoir eu LA réplique qui plia de rire toute une horde d’étudiants bac + moult de son genre et où l’on s’attend que vos côtes s’arrachent sous l’impact de la drolatique  boutade. On vous assura que c’était un tort pour vous de ne pas le connaître ; après tout, vous aviez tellement en commun lui et vous.

Et puis un jour, voilà, la chose arrive : à l’occasion de l’anniversaire de votre ami François (celui qui vous raconte toujours en plein repas la dernière d’Eric persuadé que cela déclenchera votre hilarité), ce dernier a décidé de réunir autour de la table deux de ses groupes d’amis : celui auquel vous appartenez (les vieux camarades) et celui auquel Eric appartient (les collègues sympas). Voilà, le fameux Eric est  donc là : son polo rayé, son jean-baskets détendu, son sourire rayonnant et sa poigne de main dynamique… bref, vous devriez rapidement vous laisser emporter par le charisme de ce garçon dont on vous a tant et si bien vanté les mérites que vous vous attendez à ce qu’on vous remette une plaquette plastifiée à son effigie à chaque fois que son prénom est seulement évoqué.

Seulement voilà, Eric en fait est diablement chiant, car le quidam n’a qu’un sujet de conversation : lui-même.

Personnellement, ce jour là, j’ai bien scruté la tablée pour tenter de comprendre si c’était une illusion, une déformation de ma part ou une simple erreur, mais non. Eric est en fait bel et bien un pauvre con. Tenez, lorsque François lance à Eric « Tiens, Odieux aime bien les séries, films & co, vous devriez avoir plein de choses à vous dire sur le sujet ! » dans le but d’essayer de vous faire fraterniser, Eric est aux anges, et il lance – comme cela était prévisible – « Ah ouais, t’aimes bien ? Moi j’ai quoi… trois disques durs de 500 Go remplis ! J’te raconte pas comment je fais ramer tout le wi-fi de la fac quand j’ouvre les fichiers au partage !« 

Fig 1 : le substitut pénien

Quelle étrange habitude chez beaucoup de fieffés scélérats de mesurer leur kiki en Go de fichiers téléchargés illégalement. Et dans le cas d’Eric, la chose est redondante ; il a un besoin vital de s’écouter parler et d’étaler ce qu’il est, pense et a à l’ensemble de la tablée. Car vous le réalisez bien vite : Eric ne vous parle pas, il vous explique. Certes, entre deux élucubrations bancales sur sa supériorité supposée, il fait rire la tablée avec aisance ; en faisant une remarque salace aussi fort qu’il le peut à chaque fois qu’un convive prononce un mot que la pratique pourrait rapprocher du tendancieux, il provoque grasse hilarité chez la majorité des présents (ce qui est tout de même inquiétant en soi, il va falloir changer d’amis) : c’est bien simple, vous avez l’impression de manger avec Jean-Marie Bigard à votre table.

Mais après une énième blague sur votre voisine de droite, vous vous décidez enfin – puisque vous avez soupé du légendaire humour de l’individu dont on vous avait rebattu les oreilles – à embrayer sur quelque sujet d’actualité afin de voir si l’intelligence tant  évoquée de votre homme est au même niveau que ses calembours. Aussi un convive décide d’aborder ce sympathique reportage de l’émission Les Infiltrés qui a tant fait polémique, celui sur les intégristes catholiques et leurs écoles. Voilà un sujet à potentiel, surtout en sachant que les dits bons chrétiens avaient accusé le journaliste qui avait enquêté d’avoir incité les élèves à chanter des chants bien étranges sur le IIIe Reich pour les faire passer pour d’odieux filous. Ils accusaient aussi le même homme d’avoir sa carte du FN, ce en quoi la direction de France 2 avait expliqué que jamais elle ne travaillerait avec un journaliste ayant un quelconque rapport avec le Front National. La parole est donc à Eric, qui tente d’expliquer à la tablée sa position sur le sujet : putain mais grave, lui non plus y pourrait pas bosser avec des mecs du FN tu vois ? Parce que lui, il est plutôt de gauche, genre l’écologie et tout. Alors bosser avec des intolérants, jamais. D’ailleurs, il avait un mec dans son immeuble, un facho du Front, bin tu vois il lui parlait même pas quoi tellement il détestait ça. Nan mais abusé quoi les gars, les gros racistes et tout.

Je vous la résume : Eric étant un modèle de tolérance (tout comme le service public), il ne parle pas et ne veut rien avoir à faire avec des mecs du Front National. Hmm, c’est vrai que refuser de parler aux gens qui ont la carte d’un parti extrémiste, c’est un signe d’ouverture d’esprit . D’ailleurs, je m’étonne que France 2 ne se soit pas pris un procès, puisque dire ouvertement « Nous, on embauche pas les mecs de tel parti« , c’est moyennement légal tout de même.

Voilà donc l’intelligence & l’ouverture d’esprit tant promises : un cri du cœur sur le fait qu’il veut bien parler avec les gens, à conditions que leurs idées soient assez proches des siennes. Évidemment, moi je suis un peu plus con : j’ai tendance à essayer de parler avec les gens avec lesquels je ne suis pas d’accord. A ce qu’il parait que ça oblige même à argumenter, contre-argumenter et que ça peut apprendre un ou deux trucs. Sans compter que c’est souvent comme ça que l’on peut faire changer d’avis quelqu’un. Alors qu’en lui faisant des doigts et en le traitant de facho tous les matins, il y a peu de chance que la chose soit efficace. Mais c’est quand même vachement plus rebel’z et engagé.

Heureusement, notre bon Eric ne s’en arrête pas là : lui, c’est un mec tolérant, pas un putain extrémiste religieux, parce que lui, tu vois, il est athée. Et que bon, athée du coup, t’as pas de religion, du coup t’es pas croyant. Et que si tout le monde était athée, il n’y aurait plus de guerre de religion. En plus, tous ces gens qui croient un truc qui n’existe pas, enfin v’la les cons quoi.

L'athéisme vomissant les religions. Ah, les croyances entre elles.

Merci Eric, tu es décidément une lumière dans l’obscurité de ce bas-monde. D’ailleurs, tes propos ravissent la table, puisque chacun boit tes paroles ; c’est vrai qu’être athée, c’est totalement différent d’être croyant. Athée, c’est le fait de croire qu’il n’y a pas d’être divin (avec ou sans s, barbu ou non, etc). Alors certes, il n’y a pas de dogme, mais ça reste une croyance. Et il n’y a pas besoin d’un dogme pour être extrémiste ; à partir du moment où l’on estime qu’on a la réponse à une question (« Qu’y a t il dans le ciel ?« ), et qu’en sus, on estime que tout ceux qui croient autres choses sont de gros cons qui se trompent complétement et qui ne méritent que le mépris, bin si, en fait, on s’appelle un extrémiste. D’ailleurs, les extrémistes de toutes les croyances supposent que si tout le monde partageait la leur, ils n’y aurait plus de guerres basées sur le sujet. Ah oui, comme Eric quoi.

Mais Eric, c’est ce petit garçon du quotidien qui ne peut blairer celles et ceux qui ne pensent pas suffisamment comme lui, mais qui a des opinions suffisamment politiquement correctes pour qu’on ne dise pas « pauvre con obscurantiste » mais « mec sympa ouvert d’esprit« . Et des Eric, il y en a des paquets qui rodent.

Alors luttons, oui, luttons contre les Eric.

Halala. Et dire que si tout le monde pensait comme moi, le monde serait tellement plus tolérant.

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