Lecteur, lectrice.

Point d’inquiétude, l’article hebdomadaire arrive prochainement : il y sera probablement question de gens de petite taille, de dialogues tout pourris et de dévastation globale. Et non, ce ne sera pas un article sur la Corée du Nord, même si cela peut prêter à confusion, j’entends bien. Bref, que disais-je ? Ah, oui. Alors que vous devez d’ores et déjà être en train de jurer comme des charretiers face à ce honteux décalage de vos programmes, ce qui est très mal puisque votre maman ne vous a jamais appris à parler comme cela, chenapans, j’ai ici une petite annonce personnelle à faire passer. Comme l’an dernier à la même époque, il sera donc brièvement question de boulot (oui, un mercredi alors que c’est le jour des enfants) entre deux articles.

Ho l’autre. Comment il utilise son blog pour faire passer des messages persos, c’est vraiment dégueulasse.

Z’allez voir que si ça se trouve, il se sert de ce noble média pour recevoir des demandes en mariage. Honteux.

Mais donc, quel est le message en question, quand bien même il n’a aucun rapport avec ce blog ?

Il se trouve que mes vaillantes troupes ont déployé un truc qui s’appelle EnigmApp. Selon votre culture historique ou si papy était sous-marinier et a des quintes de toux quand on lui parle de sa jeunesse, vous ne verrez pas forcément la même chose dans ce nom, mais qu’importe.  Car ce bidule est donc une application iPhone et Android qui a le bon goût d’être gratuite et qui sert à différents trucs.

Truc numéro 1 : à l’heure où il y a environ 83 754 applications de tourisme, chacune pour un coin différent et évidemment pas compatibles entre elles, EnigmApp a un but (mais ce n’est pas le seul) : une application pour les rassembler toutes, et dans les ténèbres, les lier.

Sauron aime ça.

Ah bin hé, il faut avoir de l’ambition aussi.

En tout cas ça vous évite d’avoir 67 applications pour le même truc. Vous avez une application qui vous liste tous les sites où il y a des choses à faire, et vous choisissez uniquement ce qui vous intéresse. Et vous avez même un gros bouton "Parcours à proximité" comme ça quand vous arrivez quelque part, vous avez juste à appuyer dessus et voir ce que vous proposent les autochtones.

Truc numéro 2 : pour éviter d’avoir une application qui ne vous sert que 4 jours par an quand vous êtes en train de courir les champs (ça peut être plus souvent petit galopin, mais alors laissez-moi vous dire que ce n’est pas comme ça que l’on va redémarrer l’économie), on y trouve des trucs pour vous occuper dans le métro, les salles d’attentes ou pendant que vous faites caca.

Allez-y, faites semblant que c’est pas vous : vous croyez que personne ne se doute de ce que vous faites quand vous fourrez votre smartphone dans votre poche avant de disparaître aux waters ?

Donc, les trucs… et bien au lieu de vous proposer des visites (aux toilettes, c’est limité), il y a un gros bouton "Enigmes" qui permet de trouver des jeux plus ou moins idiots. Enfin que je dis "énigmes" et "idiots", on est quand même encore loin au-dessus de la séquence des énigmes dans Bilbo : parfois la nuit, je me réveille encore et je me fais chier rien qu’en y repensant. Brrr. Donc ? Ah oui : les moins idiots traitent d’enquêtes à suivre, les plus idiots traitent de comment survivre dans un film américain. Après, reste à savoir si c’est le film ou le jeu qui est idiot.

"Aaah nan mais haaan y a pas beaucoup de contenu là-dedans, dis !"

"Et puis t’es quand même un gros bâtard là vazy tu fais ta pub kesstudis ?"

Ah non mais ça on est complètement d’accord : c’est honteux. Moi les mecs comme ça qui profitent de leur tribune pour passer leurs messages persos, ça m’énerve vous n’imaginez même pas. Par contre on va arrêter tout de suite le tutoiement, sacripants. Parlons du contenu.

Truc numéro 3 : en fait, le contenu… vous le créez. Jeux, visites ou que sais-je, c’est comme un blog : c’est ce que vous en faites.  Non parce qu’à l’heure où l’on peut même échanger son logement avec un inconnu pour partir en voyage, ce serait bien le diable s’il n’y avait pas aussi des inconnus pour vous guider et vous proposer des circuits ou activités à faire autour de chez eux ou ailleurs.

Du tourisme participatif, comme dirait l’autre.

A vous la joie de perdre un bus entier d’asiatiques dans Paris en leur ayant proposé un jeu de piste si dur qu’on ne les retrouvera jamais.

Ce n’est donc pas très compliqué, vous vous connectez , et pif pouf, vous avez toute une interface et plein d’outils pour créer un peu de tout et tout modifier, jusqu’à l’apparence pour faire ce qui vous convient. Et un guide pour aller avec si jamais vous étiez perdus. Mais ça n’arrivera pas : il n’y a que des gens de qualité qui passent par ici. Vous pouvez donc créer ce que vous voulez, parcours ou jeu à faire dans le métro, le publier en privé (ça n’apparaîtra dans l’application que pour vous et les gens à qui vous filerez le code/flash-code), et éventuellement le soumettre à l’équipe qui après avoir vérifié que vous n’avez pas fait un jeu intitulé "Promène-toi avec Adolf", pourra le rendre public. A vous la gloire, donc.

Et pour les esprits chagrins : personne ne touche un radis dans l’affaire. Il n’y a de publicité ni sur le site, ni sur l’application (non parce que si vous faites un jeu d’ambiance et qu’en plein milieu il y a une pub pour des slips, merci bien). Donc oui, même toi l’étudiant ou le futur travailleur du monde de la culture ou du tourisme, tu peux briller en entretien en débarquant avec un truc sur smartphone présentant de manière concrète ce que tu sais faire en matière de médiation et faire pétiller les yeux de ton interlocuteur sans aligner un roupie (c’est beau).

La morgue, un truc que l’on m’attribue souvent, et pas seulement à cause de mon doctorat en nécromancie.

Bon, allez, un dernier point parce que ça commence à bien faire, ho. Il y a une ligne éditoriale sérieuse ici. Si je tenais le responsable de ce blog qui se permet de parler de trucs à lui, il entendrait parler du pays.

Truc numéro 4 : non parce qu’il faut bien payer la coke quand même (mais rassurez-vous, vous pouvez ranger votre carte bleue, on ne vous demande rien de ce type) : vous travaillez dans le monde merveilleux de la culture et/ou du tourisme ? Vous avez des contacts dans ce monde enchanté où on aime bien proposer des trucs pour guider, distraire et informer les gens ? Vous m’intéressez.  Puisque forcément, il y a une version professionnelle (pour les professionnels, mais oui, c’est étonnant) avec des trucs en plus dedans. Et puis comme ça, ça me fera une occasion de venir visiter d’autres contrées. N’hésitez donc pas à utiliser l’adresse de contact disponible en haut de ce site (celle qui sert aussi aux demandes aux mariages, c’est très polyvalent le internet).

L’argent qui n’aura pas servi à financer les achats massifs de coke sera entièrement reversé à mon projet d’un groupe de mercenaires internationaux les G.I Raymond, chargés de défoncer porte et margoulette de toute personne terminant un post Facebook par "qui osera partager ?". Autant dire que ça fait du monde, d’où le budget.

Ah, j’allais oublier :

Pour les intéressés, un employé sous-payé se charge du Twitter et du Facebook adapté. Enfin ce sera ça ou il sera viré. Vous pourrez donc suivre ses discrètes tentatives d’appeler à l’aide à cause de son patron tyrannique : c’est beau quand même, le XXIe siècle.

Il y a des choses en bêta encore, mais rassurez-vous : tout cela va évoluer (tant le site que l’appli). Si ça vous tente de jeter un oeil, n’hésitez pas à gueuler comme des putois dans le formulaire de contact de chez EnigmApp, ça sera transmis au contremaître chargé de fouetter les stagiaires.

Si vous n’avez rien eu à faire de tout cela, félicitations :  on va p’têtre pouvoir arrêter les conneries et revenir à de VRAIS sujets essentiels.

Comme Oblivion par exemple, dont le spoiler arrive bien vite si tout va bien.

Il y a quand même des priorités, ah mais.

Ah, malheur, je n’ai toujours pas trouvé de sponsor prêt à me payer une fortune pour que je vous rédige des billets dans lesquels je vous explique comment mes problèmes de capiton se sont envolés depuis que je me roule chaque soir dans du saindoux Boncochon©. Croyez bien que je le vis relativement mal, mais bon ; pour compenser ce grand vide en moi, je vais faire de la pub pour des compagnons de débauche et de mauvais goût, que ceux qui fréquentent mes liens ont connus après avoir cliqué sur le blog d’Ultimex ou celui de Wandrille

Mettons-nous en situation : ce soir, vous avez dîné chez les Martin. Si le repas fut une succession d’agréables mets, il n’en fut pas moins difficile de tenir au milieu du classicisme sans borne des conversations : remarques sur les saisons qui sont devenues folles, observations sans intérêt sur la situation du pays et plus particulièrement de son paysage audiovisuel, et même une imitation du général De Gaulle à l’aide du tire-bouchon qui avait servi pour le rosé. Ne nous le cachons pas : si vous avez bien mangé, vous vous êtes cordialement fait chier.

C’est pourquoi lorsque la dernière miette du dessert a été engloutie, vous devenez particulièrement anxieux, sachant ce que vos compagnons de table vont proposer ; et le coup ne rate pas : Anne-Sophie, qui était assise en face de vous tout du long et mangeait en consultant son smartphone, annonce d’une voix enjouée "Hooo, et si on se faisait un petit Time’s Up ?".

Comme toute personne normalement constituée, vous vous levez en renversant la table afin de bien souligner l’importance du propos que vous allez tenir, et au milieu des bruits de porcelaine brisée, vous envoyez un bon crochet du droit dans la gueule d’Anne-Sophie, que vous ponctuez d’un "Dis-donc, ça fait trois plombes qu’on s’fait chier, t’as pas idée de proposer des trucs pareils, dis ?" ; la main sur son museau sanguinolent afin d’éviter d’éclabousser les convives d’hémoglobine, la bougresse ajoutera alors prestement "Nan mais si tu veux pas, on peut se faire un petit Jungle Speed ?". C’en sera trop pour votre patience, puisque vous vous étiez jusqu’ici contenu, et vous utiliserez probablement votre chaise comme arme contondante afin de réduire la vilaine au silence pour de bon : pour que les invités saisissent bien votre légitime mais parfois incomprise réaction, vous hurlerez donc ce-faisant "Parce que tu crois que j’ai envie de jouer à un jeu dont le but est de sentir tes ongles se planter dans mon poignet, hein ? Tu crois que j’ai envie de t’entendre couiner que "Hoooo noooon Michel, y triche, j’avais une demi-phalange de plus que lui sur le totem", dis ?" alors, jetant la chaise désormais aussi brisée qu’Anne-Sophie loin de vous, vous remettrez la table sur pied et y déposerez le jeu Coups d’un soir, expliquant que pour une fois que vous pouvez mêler ludisme et bon goût, autant en profiter. Sans compter que ça permettra à Christian de réussir à draguer une fille au moins une fois dans sa vie.

"Mais alors", s’exclameront vos convives, "En quoi ce jeu consiste t-il ? Est-ce cocasse et susceptible de nous divertir ? Et quelle est cette substance visqueuse qui sort de l’oreille d’Anne-So ?"

Soyons concis ; comme nous le souffle le personnage Ultimex dessiné au dos de la boîte, l’objectif est simple : "Attrapez les toutes !"

Si vous ne connaissez pas le Monsieur avec un gros oeil, dénommé Ultimex, c'est une faute de goût. Et non, il ne fait pas partie des cartes à deviner au Time's Up.

En effet, le jeu est constitué de deux paquets de cartes, dont l’un contient une série de demoiselles telles Céline Deschanel, une rousse incendiaire aux formes généreuse pour laquelle tous les joueurs se battront, Eva Sangria, une jeune fille qu’il est possible de séduire en remplissant suffisamment son verre, Vanessa Racli, caillera sensible de son état, qui nous dit en citation associée "Prends-moi la bouche, bâtard", ou encore  Truc, la copine de Valérie. Chacune de ses damoiselles a des attentes dans différentes catégories : la virilité, la morale, la réussite et la classe.

C’est là qu’intervient notre second paquet de cartes, qui contient des arguments et des coups de pute (avouez que c’est autre chose que vos soirées Uno) ; la première catégorie permet d’obtenir les atouts nécessaires à la conquête de ces dames : une moustache vous rendra plus viril, une canne-épée vous donnera une certaine classe, raconter que vous êtes parrain d’orphelins dans un pays pauvre vous aidera à vous faire passer pour quelqu’un de moral, et un portefeuille bien rempli permettra d’exhiber votre réussite au tout-venant. Une fois suffisamment influent dans ces diverses catégories, vous pourrez donc souffler sous le nez de vos amis les plus belles filles de la soirée ; mais c’est sans compter leurs coups de pute, visant à vous ridiculiser, à envoyer le fisc s’assurer que votre réussite n’est pas liée à une sombre histoire de cotisations non payées, ou même à retourner votre jardin pour y retrouver vos précédentes compagnes (quand je vous dis que ce jeu est de bon goût).

La partie s’achève lorsqu’un joueur a atteint un certain nombre de points de conquête, un peu comme à Risk, mais sans le Kamchatka. Je vous cite les règles du jeu sur la question : "Le gagnant est celui qui le premier atteint le score que les joueurs se sont fixé en début de partie. Il devient alors le roi de la soirée, et peut donc se lever bruyamment et se moquer de ses adversaires en utilisant des insultes à caractère homophobe, comportement que les créateurs du jeu désapprouvent, mais vous savez comment sont les gens…".

Voilà. Maintenant, vous faites ce que vous voulez, mais soyons francs : si vos amis sont des gens très premier degré dont la tirade clé est "On ne rigole pas de ces choses là", et si en plus ils trouvent Laurianne Deniaud charismatique et pertinente, n’achetez pas le jeu et investissez plutôt dans une grenade lacrymogène qui vous permettra de fuir leurs soirées sans encombres. Pour le reste, une première extension du jeu est déjà programmée, pour que l’on puisse y séduire des hommes, aussi, que l’on attirera probablement avec des pièges à bière, un peu comme les guêpes. On regrettera bien sûr que le jeu ne comporte pas de cartes "Pelle", "Pistolet maüser" ou "Odieux Connard". Mais bon, si malgré tous ces défauts, ça ne vous arrête pas, c’est par là. Sinon, c’est par ici.

P.S : Ce billet ne retardera pas la parution du prochain sur le blog. C’est qu’on est sérieux, ici, vous savez. Ce n’est pas parce qu’on a ni principes ni éthique qu’on ne peut pas avoir une ligne éditoriale. Regardez Le Figaro.

"Messieurs…"

Tout autour de l’immense table, chacun lève lentement les yeux de l’immense dossier empli de diagrammes qu’il faisait semblant de lire jusqu’ici pour se donner un semblant de sérieux. Peu à peu, les regards se tournent vers l’homme dans l’immense fauteuil à l’extrémité de la table qui vient de se faire entendre.

"Je vous remercie d’être présents aujourd’hui. Comme vous le savez, il n’y a qu’un seul point à l’ordre du jour de notre bureau aujourd’hui : le déséquilibre total dans la parité au sein de notre établissement."
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Toussotements, échanges de regards, consultations rapides du dossier mis à disposition… le silence se fait de plus en plus pesant jusqu’à ce qu’une main se lève timidement.

"- Hem… président ?
- Oui Gadinot ? Vous avez une idée ?
- C’est quoi "la parité", en fait ?"
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Au bruit des soupirs, on devine que la question semble soulager bien des membres de l’assemblée qui n’osaient la poser directement. S’enfonçant un peu plus dans son fauteuil, l’administrateur en chef se prend le visage dans les mains avant de tenter brièvement une réponse :

"La parité, c’est lorsqu’il y a autant de femmes que d’hommes. Une pour un. Vous comprenez Gadinot ?
- Heu… oui. Oui président, c’est tout à fait clair.
- Bien, donc notre problème est le suivant : nous avons bien plus d’hommes que de femmes dans nos rangs, il nous faut donc une solution."
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Là encore, seul le bruit des dossiers compulsés de manière incertaine vient briser le son monotone de la climatisation qui travaille.

"Monsieur le Président ?
- Morandieu, je n’en attendais pas moins de vous. Une suggestion ?
- C’est que… c’est quoi, une femme ?"

Fig 1 : une femme. Des fois, ça fait peur.
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Les regards se tournent une fois encore vers l’homme en bout de table, et on sent que chacun attend une réponse à cette interrogation qui brûlait toutes les lèvres. Le dit personnage semble absolument effondré par la question.

"Je… c’est plus grave que ce que je pensais. Bon, et bien, une femme c’est… c’est comme un homme, mais… enfin, souvent plus petit, déjà, et puis elles aiment bien avoir les cheveux longs et puis… et puis des fois elles ont des… des seins. Ce sont des sortes de protubérances au niveau du torse.
- Ah, mais alors président, ça veut dire que je suis une femme ?
- Non Andriet, vous, vous êtes juste petit, gros et mal coiffé, ça ne compte pas.
- Président ! Moi je sais, j’en ai vu une une fois sur internet, je crois. Elle chantait un truc genre "Chie Wolf", une histoire de loup constipé ou je ne sais pas quoi. La dame elle dansait tout bizarre, même qu’au bout d’un moment, ça me faisait tout bizarre sous la table quand je la regardais.
- Voilà ! Voilà, bien joué Armanson ! C’est ça, une femme, vous avez trouvé !
- Mais Vincent Mc Doom alors, c’est un Monsieur ou une Madame ?"
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7 heures et bien des explications plus tard, le président finissait par jeter l’éponge et confiait à une boîte de communication extérieure à son établissement la mission d’attirer des filles à l’École Centrale Paris. Ainsi naquit…

Mademoiselle fait Centrale

Parfois, il arrive qu’une filière comporte bien plus de membres d’un sexe que de l’autre ; traditionnellement, on suppose qu’une filière scientifique concentrera quantité de mâles, alors qu’une filière littéraire par exemple serait plus à même de regrouper les membres du sexe faible. Est-ce là une fatalité ? Non ; plus le temps passe, plus les choses évoluent et l’équilibre se fait.

Pourtant, dans certains cas, l’équilibre peine à être atteint. Ce n’est en rien grave : après tout, former des damoiselles ou des damoiseaux ne change pas grand chose à l’affaire. Mais à l’Ecole Centrale, quelqu’un a dû s’émouvoir de ces mâles laissés entre eux : beuveries, concours de pets et bizutages idiots ("Mais non, c’est une intégration, c’est très différent !") ont dû finir par lasser les plus endurants ; aussi une âme plus fatiguée que les autres s’est mise à appeler de ses vœux l’arrivée massive de femelles pour occuper les esprits embués par la testostérone des étudiants.

Découvrons ensemble par quelle formidable stratégie l’École Centrale Paris compte attirer ces dames.

Commençons donc par la colonne centrale du site, sobrement appelée "Les billets d’humeur de Mademoiselle C : 20 bonnes (et mauvaises) raisons de faire Centrale"

Et entamons notre étude avec la bonne raison numéro 1


Dire qu’on est Centralienne, c’est trop la classe !

Et là, tout est dit : le premier argument déployé n’est pas la qualité de l’école, ses débouchés ou autres, non, le premier élément c’est que c’est "trop la classe !" ; c’est inquiétant pour la suite. Cependant, on s’adresse à des femelles, qui sont donc forcément des pintades superficielles : il faut donc leur expliquer que bon, la meilleure raison d’intégrer Centrale, c’est parce que la carte étudiante s’accorde parfaitement avec la couleur des derniers escarpins à la mode. Je pense qu’à la base, il y avait un gloussement type "hihihihi" rajouté à côté, mais finalement même cela ne retranscrivait pas à la perfection l’esprit de dinde tant recherché.

"On compte 800 marines pour une femme, imaginez tout ce qui peut vous arriver d'agréable derrière le hangar à munitions les filles !"

Vous en doutez ? Et si nous allions à la bonne raison numéro 7 (soit encore en haut du classement tout de même) :

Il y a environ 4,5 garçons pour 1 fille ! Et en plus, ils sont plutôt intelligents !

Là encore, l’argument pour midinette de 13 ans "Hey, copine ! Tu veux avoir plein de garçons qui te tournent autour ? Inutile d’aller en boite ! Il y a mieux : Centrale ! Là, tu verras, il y a tellement de mecs que tu n’auras que l’embarras du choix ; tu vas pouvoir copuler à foison, et qui sait, peut-être même trouver l’homme de tes rêves !"

Attendez, c’est un site qui vante les mérites d’un club de rencontres ou d’une école là ? Non parce que j’ai comme un gros doute. Malgré tout, poursuivons notre lecture. Tiens, regardons directement derrière la raison numéro 8 :

C’est l’occasion de quitter sa famille ou sa province pour vivre une expérience en Campus, « a l’américaine »

Ah, le "à l’américaine " ! C’est tout de suite plus vendeur. "I speak Wall Street english !", expliquent quotidiennement les affiches dans le métro ; l’exotisme de la terre de Benjamin Franklin n’a pas fini de faire rêver les ménagères. Non parce que c’est vrai, ça fait tellement plus moderne de dire que c’est "à l’américaine". Non parce que les campus, ça n’existe dans aucun autre pays. Et surtout pas en France, quelle idée. Ce sera donc "à l’américaine". Tiens, quelqu’un pourrait m’expliquer ce qu’un campus "à l’américaine" a de différent d’un campus lambda ?

Bon, je vous passe les points où on explique que mesdemoiselles, en faisant Centrale, non seulement vous allez profiter d’un "réseau d’anciens très puissants" (ça sonne comme un Lovecraft), mais aussi vous pourrez obtenir un poste à "haut niveau de rémunération" (c’est important : comment une pintade pourrait elle vivre sans l’argent nécessaire à payer son indispensable Mini Cooper ?), pour me rendre directement au point numéro 17 :

L’école prépare à une multitude de métiers, très variés et accessibles aux femmes

Et là, Monsieur de La Palice arrive avec toute sa fanfare ainsi que sa chorale de soudards : quant on propose à des femmes de suivre une formation diplômée, mieux vaut que ce soit pour des débouchés accessibles aux dames ; non parce que sinon c’est très très con.

"Céline, bravo : tu as suivi ce cursus de 5 ans afin de devenir pionnier de la légion, toutes mes félicitations !
- Merci Monsieur le directeur, hihihi ! J’en ai toujours rêvé !
- Hélas Céline, il est impossible à une femme de rentrer dans ce régiment, puisque le port d’une barbe fournie y est obligatoire depuis 1844 !
- Heu… ha ?
- Vous ai-je dit que votre diplôme n’avait aucune équivalence ? Vous avez donc, malgré vos 5 années d’études, toujours un niveau bac. C’est con, hein ? Adieu Céline ! "

3 ans après son échec, Céline n'a pas abandonné son rêve

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Sérieusement, est-ce que quelqu’un a pensé à relire les "20 bonnes raisons" ? Je n’en suis pas sûr, au vue des "10 idées reçues (et très fausses) sur Centrale".

2e idée reçue : les garçons sont des geeks boutonneux et les filles ont de la moustache
Chères futées ne vous laissez pas influencer par ces affirmations hautement saugrenues. Je peux vous assurer qu’il y a pléthore de très charmants garçons centraliens, vu que quasi toutes mes copines ont trouvé chaussure à leur pied (et n’oubliez surtout pas que nous avons l’embarras du choix vu le ratio filles/garçons) !
Quant aux filles, comment dire ? Jolies, fraîches, pêchues ou réservées, drôles ou sérieuses, connaissant l’usage du maquillage (et de la cire à épiler !), de solides notions de mode, bref des petits canons… avec un cerveau en excellent état de marche !
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Dois vraiment commenter le fait que les lectrices sont surnommées les "futées" ? Façon "Midi les Zouzous" ou autre émission pour enfants ?

J’insiste : ce paragraphe est supposé lutter contre les idées reçues. Et pourtant, qu’y apprend t on ? Qu’il y a trop moyen de moyenner avec les garçons du campus (apparemment, pour attirer de jeunes filles, il faut bien insister sur le fait qu’il y aura des passages impliquant des hommes, des femmes, des corps caverneux et de la spéléologie domestique), et surtout, que toutes les filles qui intègrent Centrale sont "jolies", "avec de solides notions de mode" ; il n’y a pas un boudin ou une fille mal fagotée qui se moque de la marque de son sac, non, bien au contraire, toutes les Centraliennes sont de divines créatures au regard sensuel entourées de quantités de mâles obligés de se battre pour elles tant ils sont nombreux par rapport aux filles.

Heureusement qu’on luttait contre les idées reçues, les caricatures et les raccourcis faciles, pas vrai les futés ?

Du coup, quand on lit quelques lignes plus bas :

5e idée reçue : les élèves-ingénieurs ne sont pas ouverts d’esprit

On a envie de dire "Bin oui vu qu’ils répondent aux préjugés à leur sujet avec d’autres préjugés encore plus gros que les précédents".

Et si vous en doutiez encore, voici venir le passage sexiste quelques pages plus loin (vous ai-je parlé des petits sigles avec du rouge à lèvre ici ou là pour bien dire que c’est un site so girly ?) :

les femmes ont des qualités spécifiques à  apporter au monde de demain : une autre vision, une approche plus pragmatique sur la conduite des projets, une certaine forme d’analyse, un sens plus développé des relations humaines, une façon parfois d’arrondir les angles. Nous, les femmes, sommes moins dans l’égo et  plus dans le résultat, moins dans l’abstrait et plus dans le concret. Des qualités appréciables et… très appréciées dans les entreprises !

Centralienne en 1429 au siège d'Orléans

"Nan passque tu vois Jeanne-Françoise, nous les femmes, et bin on est pas comme les hommes, tu vois, on a pas des préjugés comme eux sur nous, nous on a des qualités spécifiques, que ça veut dire que eux, bin ils les ont pas, comme tu vois être pragmatique tu vois, pis avoir un meilleur sens du relationnel, pis on est plus diplomates et tout et tout. Pis plus concrètes et moins superficielles. Au fait, t’as vu comment Angelina Jolie a pris du cul ?"

L’auteur de ces lignes n’a visiblement jamais travaillé dans un milieu ultra-majoritairement féminin.

Il faut dire que Centrale a l’air d’être un monde à part ; grâce au petit lien des photos du campus, on comprend mieux le problème : à Centrale, les gens vivent dans la nature ; pas une photo d’un intérieur de bâtiment ou d’une salle, rien : les élèves passent leurs journées dehors à brouter paisiblement.

Et effectivement, au vu de ce qui a été écrit ci-dessus, j’ai tendance à pencher pour une forte consommation d’herbe.

J’ai donc bien peur que toutes les futées ayant suffisamment d’amour propre et de bon sens pour ne pas vouloir passer pour des poufiasses girly en mal de mâles (au vu de l’argumentaire déployé ici) mettent les voiles vers d’autres lieux.

Vous savez, une de ces écoles dont l’argument numéro 1 pour attirer reste "On est bons".

Quelle drôle d’idée. Remarquez, ça pourrait créer une mode, ce concept sérieux et mature :

"Hey les girls ! Vous savez que pour toute inscription dans un régiment en partance pour l’Afghanistan, vous avez un free lipstick ? Un p’tit conseil les chipies : attention aux marques de bronzage avec le casque, XD !"

http://mademoisellefaitcentrale.ecp.fr/les-billets-dhumeur-de-mademoiselle-c/10-idees-recues-et-tres-fausses-sur-centrale.html
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