La rentrée approche.

Alors que derrière les fenêtres, les enfants soupirent longuement en regardant papa ranger le barbecue, sous le ciel se teintant de gris, la nostalgie de l’été s’installe doucement. Finis, les châteaux de sable bâtis à la marée montante pour résister à l’assaut des flots. Terminées, les boissons fraîches à l’ombre à l’heure de la sieste. Oubliées, les cachettes des trésors enterrés sous le Club Mickey, comme par exemple ce cadavre d’étudiante anglaise (oui, bon, hein, j’étais un enfant précoce, mais on m’avait laissé seul avec ma première pelle en plastique, nous savions tous que ça devait arriver).

Cependant, les marmots ne sont pas les seuls à souffler à l’idée de l’été qui se termine. Ailleurs en France, on ajuste sa veste, serre ses lacets et range sa carte du SNES : une nouvelle génération de professeurs s’apprête à monter au front. A vous, jeunes engagés qui allez vous élancer à l’assaut des hordes sauvages pour tenter de les civiliser, à vous qui allez connaître le feu des questions et le roulement de l’artillerie parentale, bref, à vous qui venez de faire une énorme connerie en choisissant comme carrière de rester à l’école quand enfant vous ne rêviez que d’en sortir, permettez à cet humble blog de vous préparer à cette épreuve. Car à l’heure où tous les objectifs sont tournés vers les caddies afin de savoir combien coûte en moyenne la rentrée pour un élève de telle ou telle classe, ou savoir quel cartable est plus solide, il est de bon ton de s’intéresser à celles et ceux qui vont affronter l’enfer.

Le principe est simple, comme au code de la route : une question, 4 réponses, une seule est la bonne.

On se retrouve à la fin de ce test pour voir si vous êtes prêts.

On y va ? Fort bien.

Question1

La bonne réponse était la réponse D

On sous-estime trop souvent l’agenda. Si pour la plupart des pédagogues, l’agenda est un « outil pédagogique d’organisation permettant de donner des repères à l’élève dans le cadre extra-scolaire facilitant son apprentissage« , propos en général tenu avec une seringue d’héroïne dans chaque bras, le tout debout sur une licorne, l’agenda n’en est pas moins, en effet, un excellent allié du professeur. Non pas pour les devoirs, non, ceux-ci sont toujours faits la veille au soir et terminés aux alentours de minuit, au son de petits couinement paniqués (l’élève stressé ressemble en de nombreux points au cochon d’inde, le côté kikinou en moins) mais pour d’autres raisons.

En effet : il vous suffit de le consulter au prétexte de « vérifier que les devoirs sont bien notés » et de vous rendre directement aux pages des vacances de Noël pour découvrir, écrit généralement au fluo, quantité de messages personnels à base de « Je t'<3 ma Brenda, je te kiff » ou « T ma besta pour la life BB » ou autres déclarations enflammées ou blague sur tel ou tel enseignant. Vous disposez dès lors d’une mine d’information pour faire chanter n’importe quel trou du cul (c’est une métaphore, hein, pensez à autrui) pour les siècles des siècles.

Vous pourrez alors, dès que le larron s’agitera quelque peu en classe, marmonner quelque chose comme « Vous ne vouliez pas dire quelque chose à Brenda ? » pour voir l’individu changer de couleur et se ranger à votre charisme naturel.

Pensez pratique, que diable.

Question 2

La bonne réponse était la réponse B

« It’s a trap« , disait l’Amiral Ackbar en découvrant que ses espions Bothan lui avaient fourni des informations erronées. En hommage au plus célèbre des héros de Mon Calamari, n’hésitez pas à laisser traîner des sujets des futurs contrôles sur votre bureau en évidence, puis de temps à autres, sortez brièvement de la classe pour un prétexte X ou Y, comme par exemple, avoir abusé des pois chiches à la cantoche.

Le jour de l’examen, présentez des sujets différents de ceux que vous avez laissé traîner : vous aurez alors la joie de voir des visages se décomposer, incapables de se plaindre de l’échec de toute leur ruse, puisque cela reviendrait à se dénoncer. N’hésitez pas à lancer quelques commentaires aux plus dégoûtés d’entre eux comme « Ça va ? Vous avez l’air d’avoir un peu chaud. » Logiquement, à ce stade, le nombre de petits malins dans votre cours baissera drastiquement, et tous auront l’impression que votre classe est une annexe du Vietnam, booby traps inclus.

Bon par contre, vous n’aurez peut-être pas de cadeaux en fin d’année, du coup. Mais la victoire n’a-t-elle pas une saveur bien plus délicieuse qu’une vulgaire boîte de chocolats ?

Question3

La bonne réponse était la réponse A

N’oubliez pas que l’élève pense être le plus malin : il vous guette et cachera discrètement les objets illicites à votre approche, sauf si vous prétendez ne rien voir, auquel cas le gourgandin ricanera, glissant à son voisin quelque chose comme « Woh l’aut’, comment il a rien capté !« . Tournez dans la classe tel un grand fauve, vous rapprochant toujours plus de votre cible, qui, ayant l’impression que vous ignorez tout de son activité, se montrera de plus en plus imprudente.

Au moment où l’andouille ne cache plus sa console (à part si c’est une WiiU, mais là c’est normal, il a juste honte), bondissez et saisissez-vous-en. C’est là que commence le passage le plus doux de tous : vérifiez où se situe le petit bouton à presser à l’aide d’une mine sur la console pour en effacer toutes les sauvegardes, et pendant que le brigand ment comme un arracheur de dents avec des « C’est pas à moi » « Je regardais juste l’heure » ou « Vous avez pas l’droit, faut me la rendre« , faites descendre tout doucement la mine d’un critérium vers le bouton « Reset ». Peu à peu, le brigand va de moins en moins argumenter et pousser des cris de plus en plus porcins, jusqu’à se rouler par terre alors que vous ne serez plus qu’à un millimètre du bouton en question, gardien de toutes ses parties passées, son propos quelque part entre le rire maladif et la supplication.

Par la suite, vous verrez peu de consoles en classe. Vous pouvez bien évidemment profiter de cette séance de torture psychologique pour faire avouer au bougre tout ce que vous voulez, comme par exemple qui a vidé l’extincteur de la salle de SVT. C’est un peu le procès des templiers, mais en plus rigolo, et sans malédiction ou adaptation de Maurice Druon avec Jeanne Moreau. Vous en sortez gagnant, tout de même.

Question4

La bonne réponse était la réponse C

Lorsque le pédagogue est fatigué d’avoir trop chevauché sa licorne, parfois, il revient en surfant sur un arc-en-ciel pour prodiguer de nouveaux conseils comme « L’importance de la confiance dans le rapport élèves-enseignants« . Et en bon enseignant, à vous de suivre son exemple. Et d’en abuser, comme de bien entendu.

Ainsi, lors d’un contrôle, annoncez bien que vous ne voulez voir aucun téléphone portable et qu’ils doivent être dans les cartables, et les trousses sur la table autorisées uniquement si fermées, ce qui peut paraître évident, mais tout de même. Soulignez que c’est faire preuve de confiance envers vos élèves que d’agir ainsi, parce que vous êtes décidément trop sympa, puis laissez l’épreuve se dérouler.

Après environ 20 minutes histoire de laisser la méfiance décanter, saisissez-vous d’une trousse au hasard et faites-la sauter en l’air en sifflotant et en ne rattrapant l’objet que de justesse à chaque fois, marmonnant des choses sur votre maladresse proverbiale. Poursuivez ainsi, et savourez le visage du pauvre propriétaire de la trousse, décomposé, craignant à chaque seconde de voir jaillir de la trousse qu’il avait laissée habilement entrouverte son précieux téléphone portable pour aller s’écraser sur un mur ou une table voisine.

Si jamais la chose arrive, réagissez vite : posez vous en victime blessée moralement, expliquant que vous faisiez tellement confiance à vos élèves que pareille trahison vous paraissait inimaginable malgré vos consignes. Avec un peu de bol, et en cas de procès, c’est peut-être même la famille qui vous devra des sous, tel un Bernard Tapie ayant besoin de quelques millions pour se remettre du drame qu’il a traversé.

Question5

La bonne réponse était la réponse D

Ne réagissez pas : ça encourage le cabotin à poursuivre son oeuvre maléfique. Si le bougre essaie ainsi de se démarquer principalement parce qu’il est à un âge où il a envie d’être distinct des autres, de sortir de la masse, et accessoirement, d’attirer l’attention de Sabrina, la 4eB avec de gros seins, vous ne devez en aucun cas rentrer dans son jeu en réagissant de quelque manière que ce soit. Vous l’inciteriez à rebondir sur votre réaction pour tenter de se présenter, tantôt, en amuseur public, tantôt en martyr, nardinamouk.

Si l’humour local vole généralement à la hauteur d’un flacon d’eau précieuse, il n’en est pas moins que ce genre de blagues vole en escadrille : pour les stopper, inutile de grogner : vous devez tout simplement les mépriser. Avoir une aura de haine, irradier le dédain. Pour ce faire, et dès à présent, n’hésitez pas à répéter votre meilleure Poker Face comme le disait une mauvaise artiste pour qu’à chaque calembour estudiantin, l’auteur d’icelui ait l’impression d’être dans un duel Philippe Bouvard – Tywin Lanister.

Si vous ne savez pas quelle tête faire, je suis sympa, je vous file un modèle : ici, Pitch le chien, dont l’expression pleine de tristesse, de désarroi, de dédain et de haine mêlés sauront vous inspirer, je n’en doute pas. Voyez plutôt :

Mepris

Pitch le chien, ici juste après avoir entendu une blague de Laurent Ruquier

Éventuellement, si vous n’y arrivez pas, filez une image de Pitch le chien à chaque mauvaise blague d’un élève, et au bout de 10, c’est un poster de Nicolas Cage.

Ça va vite le calmer, croyez-moi.

Question6

La bonne réponse était la réponse B

La salle des profs est l’ultime repaire de l’enseignant. C’est là qu’il s’isole des hordes estudiantines qui viennent gratter à la porte (la réponse D est applicable en permanence, et pour les plus farceurs, vous pouvez même déféquer dans le casier de Monsieur Mérichoux : lorsqu’il demandera en classe qui a « mis une surprise dans son casier », un formidable quiproquo devrait naître, ainsi qu’une plainte pour élève battu, mais bon, vous n’avez jamais aimé Mérichoux) pour trouver un peu de calme. Pourtant, parfois, une ombre furtive et généralement bleutée est aperçue du coin de l’œil avant de disparaître : ce sont les professeurs de sport qui, après avoir hiberné dans leur gymnase, se décident à aller finir la cafetière discrètement en salle des profs avant de regagner leur repaire.

L’œil habile peut parfois en surprendre un, fuyant le gobelet à la main (le professeur de sport est le kobold local).

Une seule solution, que ce soit pour empêcher les élèves de venir vous enquiquiner dans votre dernier sanctuaire, ou plus prosaïquement pour empêcher ces rabouins en jogging de venir vous tirer tout le kawa : barricadez-vous en posant un objet lourd contre la porte, comme par exemple un professeur d’art.

Vous pouvez aussi piéger le café, mais de vous à moi : il y a suffisamment d’arrêts maladie comme ça, non ?

Question7

La bonne réponse était la réponse D

Non pas pour envoyer des messages salaces à vos élèves les plus girondes, non, vous risqueriez en retour d’un « Kikoo » de recevoir un « ASV ? » de la part de la maréchaussée. Non : ce mystérieux rituel pour des centaines de milliers d’élèves consistant à découper de petits morceaux de papier pour  y écrire des renseignements comme leur adresse, la profession de leurs parents ou même leurs hobbys, et ce pour chaque professeur, a des utilités bien plus pratiques.

En effet, loin d’être un outil pour mieux comprendre vos élèves (il ne faut pas déconner : je vous ai dit de les mépriser, suivez un peu, merde), ils ‘agit d’un fameux moyen de vous amuser des heures durant. Ainsi, durant les examens, gardez la liste des numéros à proximité de votre personne, et sitôt qu’un bambin vous parait suspect, envoyez-lui un « Sa va ? » sur le téléphone qu’il est censé avoir rangé et éteint. Vous n’avez plus qu’à discrètement profiter du spectacle, au lieu de vous ennuyer à surveiller l’examen, à savoir observer le galopin chercher du regard à gauche puis à droite à la recherche de la personne qui a bien pu le contacter. Il renverra alors avec toutes les précautions du monde et poussé par la curiosité un « T ki ? » et vous n’aurez plus alors qu’à défoncer le brigand lors des corrections, qui quand on rendra les copies, s’étonnera de comment vous avez pu savoir qu’il avait un téléphone sur lui, sachant qu’il avait fait attention à ce que personne ne le voie.

 Vous gagnerez en mystère en plus, n’est-ce pas beau ? Ah, je sais, ne me remerciez pas.

Question8

La bonne réponse était la réponse C

En effet, tel un capitaine Achab furieux, vous pourrez à l’aide de ce fameux ustensile issu de l’industrie japonaise aller rechercher tous vos élèves lorsque ceux-ci traîneront en arrière ou feront toute ânerie dont ils ont le secret. N’oubliez pas de viser une partie non-vitale, comme par exemple le crâne, afin de ramener l’enfant dans un état qui n’éveillera pas de soupçons chez ses parents (même trépané avec un projectile de 5 kilos propulsé au gaz, ces derniers continueront de penser que leur marmaille est absolument géniale).

Si vous avez répondu D, vous n’avez pas compris le jeu : personne n’a encore saisi à quoi servait un inspecteur d’académie. Certains prétendent qu’il aurait autrefois eu une utilité, d’autres qu’il n’est que le résultat d’une partie de Kamoulox qui aurait dégénérée dans un laboratoire de génétique.

Petite précision pour les instituteurs qui me lisent : le lance-harpon étant un peu gros pour vos bambins, n’hésitez pas à l’échanger avantageusement contre un SPAS-12 avec projectiles en caoutchouc ; non content de vous conférer une certaine classe, ce bel outil permet à chaque tir de faire reculer le plus énergique des enfants sur une distance d’environ 6 mètres sans toucher le sol. Tips : si vous lui tirez sous le menton et ce contre un mur d’escalade, vous pouvez reproduire un flipper avec brio.

Question9

La bonne réponse était toutes les réponses

Parce que sérieusement, il ne faut pas déconner.

Question10

La bonne réponse était la réponse D

Aucun enfant n’est con. Non, même pas celui-là là-bas qui s’enfonce des stylos dans les narines en regardant « Les Anges de la Télé-Réalité« . Ils sont simplement malades, et vous feriez bien d’y faire attention bande de gourgandins aux mille préjugés. C’est pourquoi, à chaque fois qu’un parent vous explique que son fils est atteint de mille maladies, et vous regarde bizarrement quand vous dites « Oui, je sais pour les MST, mais que voulez-vous, ça se passe toujours comme ça en classe de neige« , demandez-lui un certificat médical.

Puis, échangez-les avec vos amis en salle des profs ! Comme dans les paquets de Magic, il y a des cartes communes (hyperactivité, troubles de l’attention), des moins communes (dyscalculie), ou même des rares (Test de QI supérieur à 70). Bientôt, les réunions parents-prof seront pour vous comme un nouveau Noël, et vous l’attendrez avec impatience les yeux embués de joyeuses larmes.

Mais en tout cas, je suis sérieux : avec autant de maladies, les gamins ont les autorisations de se charger comme des mulets, alors si ce n’est pas pour devenir cycliste, je ne vois pas à quoi ça sert.

Voilà ! Ce test est à présent terminé. Comptez vos points !

Si vous avez 10 bonnes réponses

Quelque part dans le désert éducatif, un homme (ou une femme, personne n’est parfait) roule en Fuego, le collier de barbe au vent, les coudières en cuir aux portières. Sur son pare-choc, un autocollant du SNES, sur son pare-brise, un calendrier avec les jours cochés jusqu’aux prochaines vacances. Vous êtes l’ultime guerrier éducatif. Vous êtes la dernière barrière face à l’ignorance. Quand viendra le jugement dernier et que les utilisateurs d’Instagram seront jetés dans les entrailles de la Terre, vous gagnerez votre place au Paradis. Et vous vous ferez un peu chier du coup, mais c’est un autre problème.

Si vous avez 8-9 bonnes réponses

Vous êtes plein de promesses. Lorsque l’on prononce votre nom dans les salles des profs, la température monte d’un cran alors que les visages rougissent, quand bien même si l’on en fait autant dans les soirées étudiantes, certains s’évanouissent alors que d’autres ne tiennent que grâce aux litres de coca-redbull qu’ils ont ingurgité (mais qui n’ont aucun rapport avec leur activité, rappelons-le). L’éducation nationale envisage sérieusement d’engager des troubadours pour compter vos exploits, avec l’espoir, un jour, de faire de vous le guerrier parfait.

Si vous avez 6-7 bonnes réponses

On ne vous connait pas encore, mais au moins, vous savez ce qu’il convient de faire pour tenir au front. Certains se dressent encore au-dessus de vous, mais vous avez suffisamment de bases pour ne pas vous laisser avoir tout de suite par les hordes en face de vous. Un jour peut-être connaîtrez-vous la gloire, mais en attendant, toute votre énergie est concentrée sur votre tâche. Tout espoir n’est pas perdu, accrochez-vous.

Si vous avez 0-5 bonnes réponses.

Vous savez quoi ? Vous avez bien fait de vous trouver un vrai métier loin de l’école.

Question subsidiaire :

Parmi les méthodes expliquées ci-dessus, l’auteur de ce blog en a appliqué la majorité (véridique) dans sa précédente carrière. Sauras-tu retrouver lesquelles ?

Bon courage. Et bonne rentrée.

Nous voici au premier jour de septembre.

Alors que certains adolescents paressent tristement dans leurs chambres, incapables de savourer les joies de l’été à la simple idée de la rentrée prochaine, d’autres se précipitent en masse dans divers lieux pour tenter d’organiser le dernier barbecue des vacances, la dernière beuverie à grand coup de mélange alcool- Red Bull (pour pouvoir dire que l’on boit de l’alcool comme un grand, mais avec un goût de bonbon sinon c’est pas bon), ou l’ultime baignade alors que déjà, un vent frais a commencé à souffler rappelant à chacun que bientôt, celui-ci viendra balayer les cours de récréations repeuplées.

Même les médias annoncent avec force l’approche de la funeste date : reportages sur la famille Dubranchu faisant ses courses de rentrée, et expliquant que tout cela coûte horriblement cher une fois les livres et le cartable Spiderman achetés (avec pleurs concernant l’inflation touchant aussi les produits de l’homme-araignée), interviews de Théo, 7 ans, pour savoir s’il est content que ses parents l’aient inscrits dans une classe d’été le remettant à niveau durant les deux semaines avant la rentrée (« Ho oui, merci papa et maman, je m’éclate tellement à faire des exercices de maths pendant que mes potes profitent des beaux jours, trop sympa. Dès que vous êtes vieux, je vous étouffe avec vos couches pleines.« ) et autres joyeusetés, chacun savourera ce dur labeur journalistique, qui sera bientôt complété par Twitter et Facebook, où se multiplieront les statuts comme « Ho non, pas la rentrée ! » et « Pfiou, pas envie » avant de revenir à des choses plus concrètes comme par exemple, la météo ou les calembours sur les vedettes mortes (soit 78% de l’activité des réseaux sociaux).

Elève sentant la rentrée approcher : naturellement, son esprit entre en hibernation pour éviter d’apprendre des trucs durant les prochains mois

Mais pourtant, qui parle des principales victimes de cette rentrée ? De ces baroudeurs anonymes qui, une fois encore, iront à la brèche ? Eux qui affronteront l’ennemi droit dans les yeux, et tomberont parfois face à celui-ci sans qu’aucun monument ne soit dressé à leur mémoire, s’effondrant face aux vagues incultes en utilisant leurs dernières forces pour leur jeter des craies à la gueule ?

Aujourd’hui, et à l’approche de cette belle rentrée 2012-2013, parlons-donc d’une espèce particulièrement mystérieuse :

Les professeurs

A l’origine Homo Sapiens, le professeur (homme ou femme) a fini par renier l’ensemble de ceux de sa race après avoir observé l’avenir de celle-ci dans sa salle de classe. Ce terme désigne cependant un groupe relativement large de créatures allant du professeur de chimie (Homo Sapiens en blouse) à celui de sport (Homo Sapiens en jogging) en passant par les professeurs des écoles, quand bien même nous ne nous attarderons pas aujourd’hui sur cette espèce qui enseigne lâchement à de jeunes gens n’étant pas encore entrés dans la puberté afin d’éviter le maximum d’emmerdes. Les historiens s’accordent à dire que les professeurs sont apparus dès l’antiquité, puisqu’aucune trace de leur existence n’a été retrouvée dans les vestiges préhistoriques. On suppose donc qu’à l’époque, lorsqu’un marmot était trop chiant, plutôt que de le scolariser comme on le fait aujourd’hui, on le donnait directement à un tigre à dents de sabre.

A noter que le tigre à dents de sabre a disparu suite à ce régime alimentaire, bien que certains prétendent que dévorer pareilles créatures l’aurait rendu si malfaisant qu’il aurait évolué pour former l’espèce des professeurs d’allemand. Le débat reste cependant ouvert.

Histoire

Si nous savons que les professeurs sont apparus durant l’antiquité, il faut pour cela remercier les fouilles archéologiques qui ont permis de retrouver les objets du quotidien typiques des enseignants. Ainsi, sur l’acropole d’Athènes, on a retrouvé des restes d’encre rouge, des sacoches en peau de chèvre et bien évidemment, une tablette en marbre de correspondance dans laquelle un professeur avait écrit un mot pour signaler à la maman d’Askeplos qu’il avait encore oublié ses affaires pour le cours d’histoire des Mèdes. A l’époque, il faut cependant rappeler que la principale matière enseignée reste malgré tout la philosophie, avec des professeurs restés célèbres comme Aristote, Socrate ou Platon (dit « le lourd« ), tradition parvenue jusqu’à nos jours puisque désormais, la philosophie ne sert plus qu’à former des professeurs de philosophie. Un curieux cercle vicieux.

Evidemment, l’imagerie populaire se souvient surtout, bien plus que des professeurs de l’antiquité, du fait que c’est Charlemagne qui a créé ce corps de métier en inventant l’école. Souvenons-nous en effet que l’empereur à la barbe fleurie, un jour qu’il revenait de la chasse avec son escorte,  découvrit une bande de garnements en train de graver « Prout » (les tags étaient beaucoup plus difficiles à enlever à cette époque) sur sa demeure d’Aix-la-Chapelle. Ni une, ni deux, Charlemagne ordonna à ses cavaliers de courser les fripons et, après les avoir fait encercler, vint s’enquérir des raisons de leur geste : bien vite, et devant les mauvaises histoires bredouillées par les jeunes gens, l’empereur comprit qu’il s’agissait simplement là d’éphèbes oisifs cherchant à s’amuser, et pour éviter que cela ne se reproduise, inventa l’école histoire de les occuper un peu.

« Merveilleuse idée, votre Clémence« , ajouta l’un des jeunes gens en baisant le pied de l’empereur ; le même jour en plus de l’école venait donc de naître le premier fayot tête à claques, certains récits ajoutant qu’il s’agissait d’un certain Jean-Eudes Bern, ancêtre du fameux animateur.

L’histoire retiendra que durant des siècles, plus que la fonction de professeur, c’est l’équipement qui évoluera : le marbre deviendra cire, qui se transformera en papier, qui, avec l’imprimerie, permettra enfin de faire des centaines de copies inutiles d’exercices alors qu’il suffisait de les écrire au tableau (là par contre, la craie n’a pas évolué), instaurant une certaine tradition d’utilisation massive et superfétatoire de papier dans la fonction.

De même, le titre servant aux élèves à désigner leur enseignant évolua, allant de « tuteur » à « professeur« , puis « hussard noir de la République » avant que ne soient autorisés le « Monsieur » ou « Madame » au XXe siècle (le « Mademoiselle » n’est plus autorisé depuis le XXIe), puis « Ohé enculé« , officialisé dans certains établissements sur autorisation préfectorale suite à son utilisation coutumière.

Dans les zones les plus difficiles, des mercenaires contractuels sont envoyés par le ministère. Ici, John Rambo, professeur de français, demandant au petit Léo de réciter Le Corbeau et le Renard

Apparence

Bien loin des coudières en cuir et des colliers de barbe (même pour les femmes, mais oui) restés dans l’imagerie populaire, il faut rappeler que les professeurs sont d’apparence particulièrement variable, ressemblant à tout et n’importe quoi – sauf à Gérard Klein. Certains d’entre eux arborent cependant fièrement les oripeaux de leur fonction, comme la blouse de l’enseignant de matières scientifiques, le jogging du professeur de sport, ou l’odeur de nicotine particulièrement tenace du professeur d’art qui permet à tout observateur averti de savoir d’un simple coup de narine si celui-ci vient de passer ou non en salle des professeurs.

A noter que l’apparence est d’importance chez la caste des professeurs, puisque faisant face à des marmots en pleine puberté, le moindre enseignant un peu soigné sera la coqueluche de ses élèves, quand à l’inverse, le moindre relâchement provoquera moqueries et surnoms divers, du moins, jusqu’à ce qu’un commando cagoulé ne vienne briser les molaires des malotrus à coups de batte (mais si, rappelez-vous de la méthode). Ou un professeur de sport s’étant trompé de salle (c’est assez commun, dans leur oisiveté, ils s’égarent régulièrement).

Il est cependant possible de noter quelques particularités physiques récurrentes permettant d’identifier un enseignant égaré :

  • il a du rouge sous les ongles après avoir passé du temps à chercher comment écrire sur la copie de Dylan « Tu es un étron qui parle » pour résumer sa pensée
  • il compte régulièrement sur ses doigts en marmonnant (il est toujours en train de compter les semaines le séparant des prochaines vacances)
  • il a des traces de craie placées aléatoirement sur sa personne
  • il se plaint pour un oui, un non ou un peut-être (dans l’académie de Normandie)

Le professeur est rarement richement vêtu, et passe son temps à pester lorsqu’il se retrouve bloqué en R19 derrière une monstrueuse berline qui a mis ses warnings pour déposer ce petit merdeux de Kévin-Eudes devant l’établissement local. Parfois, le professeur se dit que bon sang, il aurait sûrement pu être riche s’il avait pris une autre voie, et lui aussi, rouler dans une grosse automobile.

C’est en général à ce moment là qu’il se rappelle qu’il a un diplôme de philosophie et qu’à l’exception de punk à chien, il aurait probablement eu peu d’autres carrières, ce qui lui permet de retrouver promptement la paix intérieure.

Comportement

Bien que souvent considéré comme trop agressif ou passif en fonction des cas, il faut bien noter que le professeur a une qualité rare : il sait conserver une certaine distance avec ses élèves. Non pas par professionnalisme, non, mais tout simplement car il a le plus parfait mépris pour ces créatures qui, jour après jour, tentent de se montrer plus rusées que lui alors que bon, hein, ça fait des plombes qu’il fait ça, ce ne sera jamais que son 249e élève qui cache un smartphone sous la table. Le professeur doit donc s’entraîner jour après jour à faire semblant de s’émerveiller devant la richesse intellectuelle de ses élèves, quand bien même, au fond de lui, il a surtout envie de procéder à une strangulation de masse, ou de manière plus pragmatique, de clouer un quelconque élève à la porte de sa salle de classe avec un panonceau « Je n’enverrai plus de SMS en cours » avec le sang du défunt coupable.

Le métier d’enseignant étant d’aider de jeunes gens à retenir leurs leçons, on peut donc aisément comprendre que le professeur rêve de recourir à des méthodes aussi efficaces (et potentiellement relaxantes).

Le professeur est un être qui doit donc savoir rester stoïque en toutes circonstances, et faire avec les contraintes qui lui sont régulièrement imposées (voir la rubrique Prédateurs) pour tenter de faire semblant que, oui, il apprend bien quelque chose à ses élèves, et non, il ne s’agit pas simplement de les faire bachoter pour qu’ils se barrent enfin de son établissement. Il doit par ailleurs apprendre à maîtriser parfaitement ses 5 sens, afin de par exemple devenir capable de couper son odorat à volonté pour ne plus être enivré de l’odeur de biactol et de vieux pet entourant généralement ses élèves, avoir une vue qui lui permette de repérer une pompe cachée dans une trousse à plus de 25 mètres, et pourquoi pas utiliser son ouïe surdéveloppée pour reconnaître le bruit typique de l’ongle de pouf tapotant sur l’écran de son smartphone. Le professeur est une sorte de sentinelle ultime, bien qu’en fonction des départements, on puisse en trouver de potentiellement plus doués que d’autres : ainsi, par exemple, en Seine-Saint-Denis ou même dans certains quartiers de Marseille, le professeur doit aussi apprendre à développer un 6e sens pour esquiver les balles.

On se souvient par exemple qu’au départ, Matrix n’était autre qu’une biographie d’un professeur de Français de Clichy-sous-Bois.

Lorsque le professeur est las, il se rend à la salle des professeurs, son cimetière des éléphants, où il pourra aller se vautrer avec ses collègues sur quelques chaises en plastique pour maudire le désert éducatif dans lequel ils évoluent. Il trouvera dans cet endroit boisson, nourriture, éventuellement clopes si un professeur d’art traîne, et probablement la photocopieuse qui, comme il se doit, sera encore en rade suite à un bourrage papier dont le coupable ne se sera pas vanté (même si on retrouvera un sujet de physique-chimie sur les lieux du crime).

La meilleure amie de l’enseignant, qui lui permet de pourrir la forêt amazonienne pour se venger de l’humanité

Reproduction

Le professeur se reproduit souvent avec d’autres professeurs, donnant des enfants qui seront un temps élèves, puis professeurs (le basculement de l’autre côté du bureau sera le pivot de leur vie). De fait, le principal lieu de sociabilité de l’enseignant reste la salle des professeurs, où il peut tenter d’observer ses collègues pour essayer de voir s’il n’y aurait pas moyen de moyenner avec l’un ou l’autre. La parade amoureuse de l’enseignant est un phénomène fascinant et étrange à la fois, puisqu’après avoir commencé à baver avec son comparse sur le métier qui est « très difficile, sous-payé et épuisant » (ne leur parlez pas du monde extérieur, l’enseignant est très susceptible), ils se rapprochent en discutant des dernières réformes. Là, généralement, l’un des deux propose une grève ou une soirée romantique correction de copies à l’autre, et partant main dans la main, ils iront échanger leurs fluides (comprendre : leurs cartouches d’encre rouge) chez l’un ou l’autre.

A noter que parfois, un professeur plus chafouin que les autres décide de s’accoupler à une élève que la puberté avait bénie avant l’heure.

Non parce que pour ceux qui ne le sauraient pas, les fiches que le professeur demande à remplir en début d’année avec « nom/prénom/hobby« , c’est juste pour avoir le numéro des bombasses de la classe. Et même si le professeur ne s’en sert pas lui-même, il peut toujours revendre les précieuses coordonnées contre espèces sonnantes et trébuchantes. Le professeur est pragmatique. Et personne ne pose jamais de questions sur l’utilité de ces fiches.

Prédateurs

Nombreux sont les prédateurs sur la route du professeur, l’obligeant, jour après jour, à se faire plus fort que ceux qui le pourchassent. Listons-en quelques-uns :

L’élève

Aussi qualifié de « petite fiente« , l’élève est le principal prédateur de l’enseignant. Évoluant en groupe allant de 15 à 40, l’élève voit aussi paradoxalement l’enseignant comme son prédateur, et tente donc de s’en débarrasser à tout prix via diverses ruses plus ou moins lamentables, même si cela est généralement plus que moins. On distingue plusieurs sous-catégories parmi les élèves en fonction de leur type d’attaque visant à décourager l’enseignant comme par exemple « celui qui fayotte », « celui qui se croit drôle », « celui qui se croit complice avec l’enseignant », « celui qui est persuadé d’être plus malin », « celui qui arrive automatiquement en retard », « celui qui joue toujours avec un truc sous la table » (attention : dans certains cas, vous ne pouvez pas lui arracher l’objet des mains sans provoquer un hurlement de douleur), « celui qui dort » et « celui qui a déjà eu une vie longue et incroyable et doit donc la raconter à tout le monde ». Ces attaques se combinent parfois entre elles, et il faut se rappeler que toutes ces petites créatures agressant ainsi le pauvre enseignant évoluant entre les tables pour distribuer des copies ont ainsi permis à certains observateurs attentifs d’inventer le premier tower-defense.

Pour ralentir ces émissaires du malin, le professeur n’hésite pas à les obliger à prendre plein de livres très lourds dans leurs sacs dont seules 11 pages serviront dans l’année alors que tout le cours est pourtant dedans, à leur faire acheter un cahier d’exercice à 26€ qui servira 2 fois (une spécialité des professeurs de langues), ou à leur donner des listes comme « Achetez un cahier petit format grands carreaux 96 pages » alors que là encore, non seulement la moitié suffirait, mais tout élève un tant soit peu véritablement malin réaliserait que la chose n’a d’autre intérêt de les faire chier, puisqu’aux dernières nouvelles, pour écrire des notes, il n’y a pas besoin d’un format particulier.

Le parent d’élève

Si l’élève est parfois qualifié de « petite fiente », le lecteur attentif devinera en conséquence le terme qui qualifie le parent d’icelui. En effet, le parent d’élève est un être qui, fut un temps, fut un des lourds occupants d’une salle de classe. A ce titre, et puisqu’étant allé à l’école lui-même, il a donc automatiquement un avis sur l’enseignement et la manière de le faire. A l’inverse, le professeur irait chez le parent en question, médecin de profession, lui expliquer son boulot parce que lui aussi est déjà allé consulter un mec en blouse, le parent d’élève hurlerait au scandale. Il faut donc, encore une fois, que le professeur fasse appel à tout son sens du zen pour ne pas planter son stylo rouge (son Excalibur à lui, pour devenir prof, il faut l’arracher d’un rocher situé dans la cour du rectorat de son choix) dans l’oeil du mécréant.

A noter que le parent d’élève aime l’élève, puisque partageant souvent une partie de son ADN. A ce titre, il considère que sa progéniture, tout comme lui, est à la fois sage et brillante. Il ne saurait donc être question de nullité ou de branloutisme chez son marmot qui, en cas de difficulté, ne peut qu’être la victime soit d’une maladie aléatoire, soit de circonstances diverses commençant par « C’est pas sa faute« .

Le parent d’élève est souvent la preuve que s’il faut un permis pour conduire une voiture, il en faudrait un pour élever un gosse.

N’importe qui peut faire des enfants. N’importe qui. Brrrr.

L’inspecteur d’académie

Confortablement installé dans un bâtiment où un régiment de Stormtroopers empêche l’accès à toute personne âgée de moins de 21 ans, l’inspecteur d’académie vit dans un bureau où il a une grande carte du territoire sous sa juridiction qu’il regarde en riant maléfiquement. Parfois, il plante un petit drapeau sur celle-ci, et décide en conséquence qu’il ira faire une tournée d’inspection d’un établissement, s’installant dans les classes tel un élève pour voir comment se passent les cours.

Curieusement, l’inspecteur d’académie est probablement le prédateur le plus pourri qui soit, puisque mesurant souvent deux fois la taille d’un élève moyen, le professeur le repère tout de suite et, traditionnellement, fera cours en conséquence pour lui donner satisfaction. Ainsi, l’inspecteur d’académie ne verra jamais ce qu’il se passe vraiment dans les salles de classe, mais s’en moque généralement puisqu’après avoir dispensé quelques fameux conseils sur le cours factice auquel il vient d’assister, il retourne généralement dans son bureau à l’abri des hordes d’élèves pour recommencer à ricaner en se demandant quel lieu il ira hanter demain.

Mais d’abord, il prend un café.

Le ministère

Intelligemment nommé « ministère de l’éducation » alors qu’il s’occupe de tout sauf d’éducation, le ministère change régulièrement de direction et n’a donc pour seul but que d’en indiquer toujours une différente. Ainsi, chaque rentrée ou presque connait sa réforme au nom du nouveau ministre, réforme dont le but et le montage resteront obscurs et ne serviront qu’à donner l’excellent prétexte annuel à diverses manifestations de lycéens et d’enseignants.

Cela fait, le ministre derrière la réforme se retirera, et un nouveau prendra sa place, bien décidé à proposer une nouvelle réforme. L’occasion sera donc parfaite pour le corps enseignant de chanter comme à chaque fois en pareille circonstance la chanson phare du Roi Lion, L’Histoire de la vie (l’enseignant ressemblant le plus à Rafiki ayant le droit de brandir le règlement intérieur vers le soleil durant le récital)

Le journaliste

Apparaissant dans un nuage de soufre à chaque grève, le journaliste s’empresse de faire un reportage que certains appelleraient plutôt un « micro-trottoir ». On y apprend que Madame Germain s’estime « prise en otage » par ces écoles qui ferment et ne peuvent donc accueillir son enfant pour la journée, que Monsieur Michot « comprend, bien qu’il soit gêné lui aussi » et que Madame Granlot en a vraiment assez, qu’elle ne sait pas ce qu’elle va faire de Léa aujourd’hui du coup.

A la fin du reportage, l’esprit chagrin ne saura toujours pas pourquoi il y a grève, par contre pourra confirmer que Léa est particulièrement moche et que si Madame Granlot ne sait vraiment pas quoi en faire, c’est peut-être l’occasion aujourd’hui de l’emmener à la rivière.

Le pédagogue

Complètement défoncé au LSD, la coke et diverses autres substances lui permettant de faire vivre plusieurs familles de dealers (il a une carte de fidélité chez certains d’entre eux, et a le droit à une bouteille de rosé toutes les 4 doses achetées), le pédagogue vit dans un monde parallèle qu’il explore de son esprit alors que son corps, lui, reste vissé à la chaise de son bureau couvert de vomi et de guimauve. Parfois, lors de l’un de ses trips acidulés, le brigand a une vision : un Bisounours lui apparait et lui donne une idée, lui dictant d’écrire celle-ci sur une quelconque pétition pour qu’il aille trouver des suivants (on peut par exemple considérer que Moïse était une sorte d’über-pédagogue). En général, il s’agit d’un truc à base de « Il ne faut plus écrire les notes en rouge mais en rose pour ne pas choquer l’enfant« , « Il ne faut plus renvoyer d’enfants de la salle de classe pour ne pas les exclure du groupe« , ou encore « Il est interdit de hausser la voix ».

Le pédagogue n’a généralement pas connu de salle de classe et, si on lui demandait d’en tenir une durant 20mn en y appliquant ses idées, vous pouvez être sûr qu’il finirait par faire cours à l’aide d’une M-60.

Parfois, une pétition de pédagogue atterrit dans une salle des professeurs : elle est alors roulée et fumée, afin de faire honneur à son auteur.

Les pédagogues tels qu’ils se voient

F.A.Q

Je crois que j’ai de mauvaises notes car mon professeur ne m’aime pas, ai-je raison ?

Non. En effet, s’il ne vous aime pas, vous imaginez bien qu’il ne va pas risquer de vous faire redoubler, c’est tout à fait incohérent : au contraire, il devrait vous coller des points partout pour ne plus vous voir l’année prochaine. Non, s’il vous met de mauvaises notes, c’est parce que vous êtes un peu con. Mais rassurez-vous : par contre, il ne vous aime effectivement pas ; il vous conchie même tant et si bien que si son mépris prenait forme, ce serait un monolithe de dédain, que dis-je, un Stonehenge de morgue.

Pourquoi les professeurs refusent que les délégués des élèves assistent au début du conseil de classe ?

Parce que le début du conseil de classe est un moment réservé aux professeurs justement pour se moquer ouvertement des malheureux qu’ils vont juger sans que leurs avocats puissent les défendre. Parfois même, ils rient ouvertement des délégués, puis les font seulement entrer. Les professeurs pouffent alors tout du long de la séance, savourant leur revanche : pour une fois que ce sont eux qui sont en groupe et peuvent se moquer de leurs ennemis isolés, autant y aller.

Professeur de sport, c’est un métier ?

Non, c’est une blague.

Mon professeur d’histoire-géographie est furieux ! Comment lui rendre sa sérénité d’antan ?

Faites-lui un calembour nazi. Les professeurs de cette matière adorent cela : pourquoi pensez-vous sérieusement qu’ils ont choisi cette voie ?

Mon professeur ne se plaint jamais, est-ce normal ?

Pas du tout : c’est le signe qu’il est très malade. Le vrai, bon professeur geint régulièrement sur à peu près tout et tout le monde.

Mon professeur dit qu’il a demandé une mutation, qu’est-ce que cela signifie ?

Qu’il en a assez de vos sales gueules. Il a donc prié les dieux du chaos pour qu’ils lui accordent de se débarrasser de vous. Probablement pour qu’ils lui donnent des cornes ou un truc du genre (en fonction, même si les professeurs sont de suppôts de Tzeentch comme chacun sait), ou bien plus simplement, l’envoient évangéliser les masses dans un endroit où l’on a plus facilement recours à un cutter qu’à un dictionnaire pour réussir un examen. Allez savoir.

Mon professeur me dit que demain, il a « journée pédagogique », mais qu’est-ce donc ?

C’est une journée où les professeurs doivent aller à l’école écouter un autre professeur leur donner des clés pour réussir dans la vie. Autant le dire : ils papotent, envoient des textos et se font ouvertement chier, bref : ils se comportent exactement comme les cancres qu’ils haïssent

Mon professeur veut devenir pédagogue, comment faire ?

Filez-lui du crack en intraveineuse. Quand sa bave prend des teintes arc-en-ciel, c’est bon.

Voilà, vous savez tout.

Bonne rentrée, jeunes gens.

 

La Rentrée.

Pas la rentrée, hein, la Rentrée, celle avec une majuscule. Celle qu’on vous met sous le nez depuis le mois de Juillet, celle qui vous bombarde de cartables Spiderman et d’agendas Titeuf.

C’est toujours un un grand moment pour les élèves : ces derniers soufflent longuement à l’idée de retourner à l’école et tentent de ralentir les dernières heures qui les séparent du jour fatidique. Cependant, ils préparent avec émoi leurs nouvelles affaires et se disent que bon, cette année, ils vont essayer de mieux gérer que l’an dernier en faisant leurs devoirs à l’avance, histoire de pas tout boucler à la dernière minute comme l’an dernier. Ils n’en feront rien, ils le savent, mais ils essaient de se convaincre.

Pour les profs, c’est à peu près la même chose : ils soufflent eux aussi longuement (en fumant leur pipe) à l’idée de retourner à l’école et tentent de ralentir les dernières heures qui les séparent du jour fatidique. Cependant, ils préparent avec émoi leurs affaires qu’ils avaient remisées dans leurs bureau, et se disent que bon, cette année, ils vont essayer de mieux gérer que l’an dernier en préparant bien leurs sujets à l’avance, histoire de pas tout boucler à la dernière minute avant les conseils de classe comme l’an dernier. Ils n’en feront rien, ils le savent, mais il essaient de se convaincre.

La Rentrée des classes, un moment de joie et de bonheur

La Rentrée des classes, un moment de joie et de bonheur

Pour les élèves,  le premier jour est toujours un grand moment : on salue les copains qu’on a pas revu depuis Juin, on se précipite (mais pas trop vite, il faut avoir l’air cool) vers les listes de classe pour savoir avec qui on est ; et là, bonheurs et déceptions se succèdent : il y a Kevin, le bon copain qui est dans la même classe depuis 3 ans, Thomas, le fouteur de merde rigolo qui va mettre l’ambiance, Céline, celle qui a des gros seins, cette année, c’est bon, on se la serre sur les bancs derrière le gymnase, là où on se cache pour fumer. Ca va être une bonne année mais… Ho non, c’est Monsieur Gronchin le prof principal. Ho nan, il est chiant, Monsieur Gronchin.

Pour les profs, le premier jour est aussi toujours un grand moment : on salue les copains qu’on a pas revu depuis Juin, on se précipite (mais pas trop vite, il faut avoir l’air détendu) vers les listes de classe pour savoir qui on va avoir : et là, bonheurs et déceptions se succèdent : il y a Kevin, le petit brun qui bavarde souvent mais n’est pas méchant ; Thomas, le fouteur de merde bien lourd qui va mettre l’ambiance et que personne ne voulait ; Céline, la petite jeune qui a bien poussé mais qui semble plus intéressée par ce qu’il se passe derrière le gymnase que par le cours et qui sent toujours le tabac froid. Ça va être une autre année mais… Ho non, ils m’ont mis prof principal. Ho nan, c’est chiant, prof principal.

La première heure en salle de classe est toujours particulière : assis à votre place, vous observez vos petits camarades. Ils sont tous plus ou moins adaptés aux lieux : ça va du mec un peu trop détendu en baggy-rastas qui a dû prendre sa dose de pétards et qui regarde ailleurs au petit en chemise à carreaux et à lunettes qui, assis au premier rang, tressaute d’impatience à l’idée d’étaler ses connaissances. Il y a aussi la pauvre racaille, qui jette de petits regards en coin à tout ce qui porte nichons. Tiens, d’ailleurs, Céline elle a continué à progresser de ce côté là. Par contre, ça n’a pas l’air d’être le cas de son français. Comment peut-on placer autant de « Mais ouais grave » – « Mais ouais, clair » et « Mais ouais lol » dans une seule phrase ?

La première heure en salle des profs est toujours particulière : assis à votre place, vous observez vos petits camarades. Ils sont tous plus ou moins adaptés aux lieux : ça va du mec un peu trop détendu en jean t-shirt qui n’a pas dû prendre sa dose de café et qui regarde ailleurs au petit en blouse et à lunettes qui, assis au premier rang, tressaute d’impatience à l’idée d’enseigner ses connaissances. Il y a aussi le pauvre paumé, qui jette de petits regards en coin à tout ce qui a moins de 40 ans. Tiens, d’ailleurs, ça a progressé de ce coté là, il y a pas mal de petites nouvelles. Par contre, au niveau de leur français, ça va être compliqué . Comment peut-on placer autant de « Mais ouais grave » – « Mais ouais, clair » et « Mais ouais lol » dans une seule phrase ?

Pas de Rentrée sans cahiers, pas de Rentrée sans papiers.

Pas de Rentrée sans cahiers, pas de Rentrée sans papiers.

Le moment que tous les élèves attendent arrive : le premier contact avec le prof. Quand il franchit la porte, Monsieur Gronchin est immédiatement observé par toutes les paires d’yeux présentes à ce moment là. Quelle est son attitude ? Il a l’air plutôt déterminé. Quelle est son expression ? Il a l’air plutôt grognon. En tout cas, il se met à expliquer tout ce qui va concerner l’année qui arrive, son importance démesurée par rapport à la précédente, le fait qu’elle est déterminante pour notre avenir… Après tout, un élève n’ayant jamais quitté l’école, il ne peut guère savoir si cela est effectivement pertinent par rapport au monde extérieur. Et puis, une fois tout cela passé, il donne ce que tout le monde attend : les emplois du temps. Ho non, on finit tard le Vendredi… Pfff, trop nul pour le week-end. Ha, par contre, on a pas cours le Mercredi matin, on va pouvoir dormir !

Le moment que tous les profs craignent arrive : le premier contact avec les élèves. En franchissant la porte, le prof observe immédiatement la classe. Quelle est son attitude ? Passive. Quelle est son expression ? Visiblement celle d’un groupe de Jean-Foutre. En tout cas, le prof se met à expliquer tout ce qui va concerner l’année qui arrive, son importance démesurée par rapport à la précédente, le fait qu’elle est déterminante pour l’avenir des élèves…  Après tout, comment le savoir ? Le prof n’a jamais quitté l’école, comment pourrait il savoir comment cela se passe dans le monde extérieur ? Et puis, une fois tout cela passé, il distribue ce que tout le monde attend : les emplois du temps. Ho non, je les ai à la dernière heure du Vendredi, la pire… Ha par contre, je n’ai rien le Mercredi matin, je vais pouvoir dormir.

Cette excitation provoque un certain chahut chez les élèves, et le prof commence donc à élever la voix pour parler discipline. Attends, vas-y, qu’est-ce qu’il nous emmerde ? De toute façon, il a pas le droit de nous toucher. Il va faire quoi, coller le premier jour ? Je m’en fous, mes parents me feront un mot pour pas que j’y aille, parce qu’à la maison, je les emmerde pas, du coup ils sont persuadés que je suis sage à l’école. Et même si je travaille pas, ils me feront passer en terminale, vu que c’est pas les profs qui choisissent si je passe ou pas. Alors il va se calmer le vieux.

Cette excitation provoque un certain chahut chez les élèves, et il faut élever la voix pour parler discipline. Attends, en fait, qu’est-ce que je peux faire ? De toute façon, on a pas le droit de les toucher. Je vais faire quoi, les coller dès le premier jour ? Leurs parents leurs font des mots pour pas qu’ils y aillent, au prétexte que si Chouchou est gentil à la maison, c’est forcément un ange au lycée. Et puis, ils peuvent ne rien branler, on peut freiner des quatre fers pour leur passage en terminale, ça ne sert à rien vu que ce sont les parents qui choisissent s’ils passent ou pas. C’est bien ça, le fait que ce soient les seuls qui ne soient pas là de l’année qui prennent les décisions. Alors, on va se calmer, ça ne sert à rien de s’énerver.

Faut-il laisser entrer la police dans les écoles ? Oui, à condition quils puissent tabasser les élèves qui ne connaissent pas leurs verbes irréguliers.

Faut-il laisser entrer la police dans les écoles ? Oui, à condition qu'ils puissent tabasser les élèves qui ne connaissent pas leurs verbes irréguliers.

Les élèves regardent Monsieur Gronchin. S’il fait chier cette année, ils lui en feront voir. Au pire, si on s’emporte, quoi ? Le conseil de discipline ? Et bin on ira dans un autre établissement et puis voilà. Prends garde, Monsieur Gronchin. Prends garde. La sonnerie vient heureusement mettre fin au chahut, et tout le monde s’ébranle vers la porte.

Monsieur Gronchin regarde les élèves. S’ils font chier cette année, il leur en fera voir. Au pire, si je m’emporte, quoi ? C’est pas comme si on virait des profs. Et bin on ira juste dans un autre établissement et puis voilà. Prenez garde, sales jeunes. Prenez garde. La sonnerie vient heureusement mettre fin au chahut, et tout le monde s’ébranle vers la porte.

La journée finit par se terminer, et tout le monde rentre chez soi pour montrer son emploi du temps à Papa et Maman. Sous le ciel d’une belle fin d’après-midi de Septembre, c’est le cartable sur le dos que chacun s’en va vers son domicile. Il va falloir couvrir les livres, acheter des cahiers petits carreaux grand format parce que Monsieur Gronchin ne veut rien d’autre, et coller sa photo sur son carnet de correspondance. Bon, bin voilà, l’année est partie.

La journée finit par se terminer, et tout le monde rentre chez soi pour montrer son emploi du temps à sa femme ou son mari. Sous le ciel d’une belle fin d’après-midi de Septembre, c’est la sacoche à la main que chacun s’en va vers son domicile. Il va falloir refaire les couvertures de ses livres, s’assurer que ses petits cons achètent bien des cahiers petits carreaux grand format parce que bordel, sinon ils prennent des feuilles volantes et ils les perdent comme des gros busard en disant « Vas-y Monsieur c’est pas ma faute ! ». Putain, je te leur collerai leur gueule contre leur table moi. Bon, bin voilà, l’année est partie.

Bonne rentrée à tous les petits & vieux cons.

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