Comme souvent après les élections, je suis grognon.

Non pas à cause des résultats des élections – c’est mon côté beau joueur et mon amour des chansons bavaroises – mais des réactions indignées et des commentaires constructifs de tout et tout le monde, avant de recommencer comme avant. Et puisque se répéter ne semble déranger personne, en sus du dernier article post-électoral, je propose  donc un petit complément que voici.

Comme d’habitude : on clique.

Europclick

Il faut croire que ça m’amuse : c’est probablement le plus inquiétant.

Et on s’indigne, bien sûr.

Comme chaque année à la même saison, voici revenir notre bon ami, le baccalauréat.

Sujet passionnant pour des centaines de journalistes qui meubleront leurs journaux de corrections des sujets de philosophie, ou de micros-trottoirs  à la sortie d’un quelconque lycée parisien afin de savoir si Bianca a ressenti du stress avant l’épreuve, à quelle heure Kévin est sorti, et ce que Gudule pense de ce qu’il fallait répondre, c’est accessoirement l’un des grands moments de la vie du petit Français scolarisé, qui par cette épreuve, en finit avec une bonne partie de son parcours scolaire, et peut donc commencer à s’adonner à d’autres activités, comme par exemple, s’inscrire à la fac pour y sécher les cours ou se planter un tournevis dans l’oreille pour enfin pouvoir devenir suppléant de Nadine Morano.

La chose n’étant cependant peut-être pas évidente pour les passants et passantes sur ce blog venant de par-delà les mers, permettez-moi de vous présenter ce qu’est la chose que l’on nomme « baccalauréat » plus en détails, particulièrement sa place dans le parcours scolaire du jeune fripon étudiant en France.

Lorsque le petit Français naît, tout le monde est content : sa famille est couverte de présents, moult courriers partent pour informer le monde de l’arrivée de Théo/Léo/Enzo/Matthéo parmi nous, et les fabricants de jouets moches se tapent dans les mains hilares ; bref, le pays va bien. Cependant, rapidement, les parents du petit Français réalisent que ce dernier est un peu lourd : il braille en permanence, consomme deux fois son poids en lait, et semble capable de transformer sa chambre fleurie en cloaque du 7e cercle de l’enfer par le seul pouvoir de ses méphitiques déjections. Aussi, vers ses 3 ans, l’enfant est envoyé à l’école maternelle pour tenter de le civiliser un peu, voire de le laisser user de son bavard rectum en d’autres lieux.

D’une durée de 3 ans, l’école maternelle vise à apprendre au petit Français la vie en communauté : grâce à un système de « rituels » matinaux, on permet à l’enfant d’apprendre à apprendre : s’organiser, écouter, éviter de péter la gueule à ses petits camarades à l’aide d’un boudin en pâte à sel pour lui chourer ses BN, autant de compétences qui viendront se mêler à quelques bases comme par exemple, savoir reconnaître son prénom à l’écrit, faire un peu de sport, ou plus prosaïquement, réaliser un collier pour la fête des mères si lourd qu’il permettra de lester sa génitrice le jour où il y aura besoin de toucher l’héritage.

en Afrique, on a pas de pâte à sel, mais on a des idées

Sitôt cela fait, généralement en 3 ans, l’enfant est envoyé vers un nouveau lieu enchanteur : l’école primaire. D’une durée de 5 ans, c’est à cette période que le marmot apprend à lire, écrire, compter, retenir une leçon ou un poème, reconnaître son pays sur une carte et délimiter ses frontières afin de savoir où s’arrête le doux royaume qui est le sien, et où commencent les terres des étrangers qui, avouons-le, sont quand même une sacrée bande de judéo-muslimo-maçons (ne biffez rien, c’est une combinaison gagnante). Il découvre aussi les filles, mais uniquement parce que c’est rigolo de leur tirer les couettes pendant qu’elles jouent à l’élastique.

Vers ses 11 ans, donc, le petit Français subit la plus grande déception de sa vie : alors qu’il attend avec impatience qu’un grand monsieur barbu vienne le trouver le jour de son anniversaire pour lui annoncer qu’il est un sorcier et qu’il va l’emmener dans une nouvelle école pour apprendre la magie (ce qui arrivera, mais uniquement par le biais d’un pédophile lettré), on lui annonce que sa nouvelle école s’appelle plus probablement Jules Ferry que Poudlard ou Beaubâton, et qu’à défaut d’y apprendre la magie, il y apprendra plutôt à reconnaître un triangle isocèle, ce qui est un peu moins impressionnant qu’une boule de feu, mais peut quand même servir de sort de sommeil de zone. Mais surtout, le pré-adolescent découvre un phénomène étrange : les filles se mettent à faire une tête de plus que lui (temporairement, qu’il se rassure, il pourra à nouveau les battre comme plâtre prochainement), et de mystérieuses choses leur arrivent, qui font que notre marmot a de moins en moins envie de leur tirer les couettes, et de plus en plus envie de savoir ce qu’il se passe sous leurs pulls ; d’ailleurs, cette simple idée provoque chez cet être de curieux phénomènes qui feront râler maman au moment de laver ses slips, mais passons. Car après 4 ans de ce traitement, le petit Français s’apprête à passer sa première grande épreuve : le brevet des collèges, sorte de gros contrôle se rapprochant plus de la blague que de l’examen.

Une fois celui-ci validé, il peut donc poursuivre son chemin et se rendre…

Au lycée. D’une durée de 3 ans, celui-ci propose aux élèves de plus ou moins se spécialiser, même si leur intérêt du moment est toujours de savoir ce qu’il se passe dans les vêtements des damoiselles, de fumer des pétards, et de se saouler à la vodka-Red Bull parce que la vodka toute seule, ça pique et c’est pas bon, alors il faut mettre du goût bonbon dedans. Après avoir choisi une simili-spécialisation, l’élève doit donc se présenter en salle d’examen pour y passer, au mois de juin, l’épreuve du baccalauréat.

Mais alors, qu’est-ce donc, le baccalauréat ?

Pour beaucoup, le baccalauréat, c’est un peu l’annonce de la fin de la scolarité « classique », l’épreuve qui sanctionne la réussite du lycée et permet d’enfin sortir de celui-ci pour se rendre à la fac, et commencer à étudier le sujet que l’on préfère, comme par exemple, la philosophie, afin de pouvoir occuper son temps une fois au chômage ou mettre des statuts pédants sur Facebook. Et c’est surtout un diplôme, ce qui donne l’occasion de recevoir une bonne accolade en famille, puis d’aller courir nu autour d’un barbecue fait de cours d’histoire-géographie (ce qui est très mal comme chacun sait, puisque si lorsque l’on dit « Je ne crois pas aux fées« , l’une d’entre elles meurt, lorsque l’on déclare « L’histoire-géo ça ne sert à rien« , un nouveau Steevy Boulay naît). Toute proposition de réforme dudit diplôme, désormais obtenu par plus de 73% de la population, fait donc descendre dans la rue des hordes de lycéen, parfois syndiqués (qui a rigolé ?) qui hurlent que l’on « dévalorise leur diplôme« , que cela va « affecter la qualité de celui-ci« , quand d’autres voix leur répondent qu’il faut « revoir le niveau du bac, qui n’a de cesse de baisser » ou à l’inverse « qu’il faut organiser des cérémonies de remises de médailles pour les jeunes lauréats« , comme cela se fait dans certaines communes.

Bref, en un mot comme en cent : en France, le baccalauréat est une institution, et gare à celui qui osera toucher à ce précieux sésame !

Sauf que, si nous voulions être plus honnêtes, nous pourrions reformuler la chose ainsi : « le bac est un étron fumant fait papier« .

Un élève trichant en tentant de faire celui qui ne regarde pas l’ordinateur qu’il a subtilement placé dans un endroit discret

Journalistes faisant jusqu’à 10 reportages par jour sur le sujet, lycéens défendant la valeur de la chose ou personnes soucieuses de la valeur tant éducative que symbolique du bac, merci de bien vouloir brûler pour l’éternité dans les flammes d’un four à pizza (l’Enfer a un peu trop de panache pour vous).

Et pour argumenter quelque peu mon propos, permettez-moi de citer le site du ministère de l’éducation lui-même, qui nous dit ceci :

Le baccalauréat  sanctionne la fin des études secondaires et ouvre l’accès à l’enseignement supérieur. Il est le premier grade universitaire.

 Et…

C’est tout. Vous pouvez circuler.

Non, amis des débats pourris pouvant douter plusieurs semaines, un simple apprentissage de la lecture vous l’aurait appris:  le baccalauréat n’a pas une « valeur » dont tout le monde parle le temps de quelques débats, hurlant à la baisse future ou présente de celle-ci, en fait, il n’en a tout simplement pas du tout. Et c’est le ministère de l’éducation qui le dit, pourtant guère connu pour s’en prendre à lui-même. Le baccalauréat ne confère aucune compétence, aucune reconnaissance de savoirs particuliers, il est tout simplement un papier officiel reconnaissant que… rien.

« Mais siiiii, il reconnait au moins que vous maîtrisez les programmes enseignés au lycée !« , me dira t-on.

Mais même pas, puisqu’il est possible de passer le diplôme sans même passer par le lycée. Et donc de passer l’examen sans maîtriser les savoirs allant avec. Vous pourriez remplacer toutes les épreuves par un concours de strangulation de chats, ça aurait exactement la même « valeur », à savoir, aucune, les instructions officielles actuelles s’assurant avec sévérité que l’on fasse bien attention à ne reconnaître aucune compétence avec le bac. Ainsi, et je suis désolé de révéler la chose au triste monde n’ayant pas connu les entrailles maudites de l’éducation nationale, il faut savoir que :

  • le bac est probablement l’un des rares diplômes au monde où l’on fixe les résultats avant de le soumettre aux étudiants : un discret courrier aux établissements demande généralement quelques semaines avant l’examen de se débrouiller pour arriver au minimum à tel pourcentage de réussite, parce que ça fera tellement plaisir à Monsieur et Madame Michu de voir leur fils diplômé
  • le bac est probablement l’un des rares diplômes au monde où, lorsqu’un enseignant en corrigeant n’atteint pas une certaine moyenne dans ses copies, on lui explique que c’est lui le nul, pas ceux qu’il a corrigé, et qu’il doit donc se débrouiller pour inventer des points imaginaires jusqu’à atteindre un certain seuil
  • le bac est probablement l’un des rares diplômes au monde où l’on ne demande pas obligatoirement à des élèves de savoir vaguement lire et écrire le français : ils peuvent être de formidables astroquiches, on considère que c’est normal (l’élève lui-même se révolte souvent contre les conventions orthographiques et grammaticales, à base de « Vazy c’et bon on conpran c’que j’dit lache la fère !« )
  • le bac est probablement l’un des rares diplômes au monde où l’on ajoute tellement de points aux élèves pour un oui ou pour un non qu’il y a chaque année des lauréats obtenant une moyenne supérieure à 20, ce qui est techniquement intéressant quand on se présente officiellement comme un diplôme sérieux

Dernier point essentiel donc, puisque le bac ne reconnait aucune compétence particulière, avoir le bac signifie tout simplement que… l’on a le bac.

La chose est si dramatique qu’elle en est admise dans le subconscient collectif : demandez à un employeur pourquoi il a besoin d’une personne avec le bac (autre qu’une filière professionnelle) puisque ce diplôme est généralement requis plutôt que d’une avec le brevet des collèges, dans la plupart des cas, elle s’avérera bien incapable de répondre, puisqu’incapable de pouvoir désigner une compétence particulière qui ne serait présente que dans le programme du lycée et dont il aurait bien besoin.

« T1 G loopé le bak franC Chaipa pourkoa ! La raje ! »

Bon alors mettons, il sanctionne la fin des études secondaires avec du rien saupoudré d’un poil de non-sens, mais alors, au moins, c’est le premier grade universitaire, non ?

Et bien même pas : car si la chose était avérée, on pourrait donc supposer qu’il s’agisse là d’un diplôme certifiant que son possesseur est prêt à suivre des cours à l’université, mais non ; car pour ceux qui ne le sauraient pas depuis quelques années maintenant, nombreuses sont les facultés, dans certaines filières, à commencer l’année… par des cours de français, tant on est pas sûr qu’un possesseur du premier grade universitaire de France maîtrise un minimum la langue du pays. Assez symbolique.

Pour la petite histoire, sachez que certaines facultés ont eu la joie d’en revenir à la distinction entre « et » et « est » dans leurs cours, certains bacheliers ne sachant pas la faire.

Et pas par étourderie, non. Vraiment.

Bref : en fait, le bac ne valide rien, ne prépare à rien, et a une a une valeur très exactement nulle.

A part dans l’imaginaire collectif, ce qui, traduit autrement, signifie que l’on fait stresser des marmots durant des semaines, pourrit le journal télévisé (quoique, en général, il n’y a pas besoin du bac pour le coup pour que le niveau y soit pas), oblige des lycéennes à s’asseoir dans des couloirs en lisant leurs « fiches » (comme déjà évoqué ici, chez la lycéenne, cela signifie « Mon cours écrit en plus petit et avec du fluo« ) en jurant devant tous les passants qu’elles n’arriveront jamais à savoir tout ça, pour très exactement du vent. A part faire tourner quelques boites de bachotage, ce qui certes encourage l’économie, mais probablement moins que le budget investi dans l’organisation des épreuves, et qui s’avère en général assez conséquent, même si au final, tant que l’on n’aura pas donné une télécommande à chaque enseignant surveillant l’épreuve permettant de faire tirer un satellite en orbite pour qu’il envoie un coup de canon à ions sur l’Iphone discrètement caché sous sa table de Jean-Kévin, on ne mettra jamais assez dans la lutte contre la triche.

Ou à la limite, juste un intérimaire Tchétchène avec une batte à la porte de chaque salle. Je suis sûr que ça marcherait bien.

Rappelons d’ailleurs, en parlant de triche, qu’il est soigneusement rappelé aux surveillants de l’épreuve qu’à part s’ils surprennent Eudes-François avec les réponses tatouées sur son dos parce qu’il avait trouvé l’idée trop géniale après avoir regardé Prison Break (il a donc désormais la liste des verbes irréguliers quelque part au-dessus de son rectum), ou autre preuve formelle qui ne nécessite pas un épisode entier des Experts pour confirmer ce que le surveillant prétend avoir vu, il vaut mieux pour eux dire qu’ils n’ont rien vu. Sinon s’enclenche toute une procédure particulièrement lourde qui s’achève généralement par un procès intenté par les parents dudit Eudes-François qui ne peuvent imaginer que leur Choubidou puisse avoir triché (la preuve, les réponses étaient dans son dos, ce qui prouve qu’il était de bonne foi ou alors juste particulièrement con, mais les lois de l’ADN poussent ses géniteurs à supposer qu’il s’agit de la première solution quand ils sont eux-mêmes victimes de la seconde), et finissent donc généralement par gagner. A moins, bien sûr, que le canon à ions en orbite n’ait raté l’Iphone du brigand et n’ait transformé le vil tricheur en pulpe sanglante, auquel cas, tout va bien. Mieux, même dirais-je.

On pourrait donc résumer la chose ainsi : le baccalauréat en France est une chose si mauvaise que le diplôme a non seulement une valeur nulle, mais qu’en plus l’épreuve en elle-même frise le ridicule.

Aussi, si je voulais conclure (ça m’arrive, parfois), je dirais :

Bon courage à vous, lecteurs et lectrices, qui allez supporter les insupportables babillages à venir sur le baccalauréat à la télévision, à la radio et dans les journaux : soyez forts.

Bon courage à vous, enseignants et enseignantes, qui allez surveiller et corriger des copies qui vous feront saigner des yeux, mais sur lesquelles il faudra inventer des points pour simuler la réussite intellectuelle auprès d’une huître anthropomorphe

Et surtout, bon courage à vous, lycéens et lycéennes, qui allez réviser, perdre du temps, stresser et perdre plusieurs heures à user encre et papier pour un résultat parfaitement inutile.

Un indice tout de même sur le sujet de philosophie qui ne tombera pas encore cette année :

« Sachant que ce diplôme ne sert à rien à part jouer avec les nerfs des candidats qui ignorent pourquoi ils le passent, expliquez pourquoi on n’affecte pas le budget d’icelui à d’autres urgences éducatives, comme par exemple la castration chimique des collégiens ?« 

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