"Votre badge Monsieur."

Le journaliste accrocha timidement le petit objet plastifié à sa veste, notant l’imposante mention "Visiteur" sur celui-ci au point de couvrir à demi la photo qu’il venait de fournir. Il releva brutalement les yeux lorsque la sirène stridente de la grille de sécurité du couloir face à lui résonna, l’agent de sécurité de faction laissant passer un homme en blouse qui vint lui serrer la main un sourire bienveillant aux lèvres.

"Pile à l’heure, pile à l’heure ! Vous avez de quoi prendre des notes ? Bien. Suivez-moi !"

Le médecin n’avait même pas pris le temps de le laisser répondre, filant à nouveau vers le couloir qu’il venait de quitter en invitant le journaliste à le suivre. L’endroit était sordide : des néons jetaient une lueur verdâtre sur un carrelage fatigué, alors que la faible lumière parvenant de l’extérieur jetait sur le sol l’ombre inquiétante des barreaux obstruant chaque fenêtre. Le journaliste déglutit en entendant les cris au bout du couloir.

"Ne paniquez pas, ils ont un peu bruyants, mais ah ! Inoffensifs ! Les plus agités sont dans un autre quartier.
- Vous avez souvent des pensionnaires qui vous posent problème ?
- Certaines crises de manque peuvent être violentes, mais en général, nos auxiliaires gèrent bien la situation."

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Une porte trembla à côté d’eux, alors que le corps lourd d’un homme de l’autre côté venait de se jeter contre. Si elle n’avait pas été plusieurs fois renforcée et capitonnée, le journaliste était sûr qu’elle aurait cédé. Le médecin, visiblement habitué à ce genre d’excès, s’approcha de la porte pour ouvrir le judas qui l’ornait.

"Il faut vous calmer Monsieur Stevens !
- Docteur ! Docteeeeeeuuuuuuuuur, gémit la voix de l’autre côté, juste une ! Juste une, s’il-vous-plait !
- Monsieur Stevens, vous savez très bien pourquoi vous êtes là.
- Juste une licence ! Allez, une petite… même une vieille ! Une gratuite ! Une que vous n’aimez pas, je la prends, je vous en supplie !
- Ça suffit, calmez-vous ou je fais appeler l’infirmier.
- Non, non, nooon ! Je suis calme. Je suis très calme. Très très calme docteur."

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Le médecin s’éloigna de la porte sous le regard étonné du visiteur, qui avait suivi le bref échange sans même le prendre en note. Il était trop surpris par la réalité qu’il découvrait derrière l’image qu’il se faisait de l’honnête établissement.

"Vous savez, ici à la Société Protectrice des Scénaristes, ce genre de scène, c’est le quotidien. Tenez, Monsieur Stevens, on l’a recueilli il y a trois semaines, on l’a trouvé abandonné sur un trottoir par ses maîtres à Hollywood… triste histoire trop commune !
- Qu’est-ce qu’il a ? Pourquoi est-il si agressif ?
- On passe des années à les abreuve de licences, d’adaptations… ils deviennent complètement accro. Au bout d’un moment, ça leur a tellement pourri le crâne que leurs maîtres les abandonnent. On essaie bien de leur trouver un studio d’adoption, mais ça demande du temps pour les réadapter.
- Comment vous y prenez-vous ?"

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Feignant de ne pas voir le journaliste noircir son calepin de ses réponses, le médecin s’approcha d’une autre porte, vitrée cette fois-ci, derrière laquelle un homme aux cheveux épars et aux gestes nerveux roulait des yeux fous en regardant un médecin, assis en face de lui, occupé à l’interroger.

"Ici nous faisons un atelier pour les réhabituer à réfléchir seuls. Là par exemple, nous notons leurs propos souvent incohérents sur une feuille, puis nous leur soumettons en leur faisant croire que c’est une licence à adapter. C’est une sorte de placebo, au bout de quelques mois nous avons de très bons résultats et certains peuvent se réinsérer dans la société.
- Et pour les autres ?
- Nous en parlerons en fin de visite. D’ailleurs je…"
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Il y eut un cri terrible en provenance de l’atelier qu’ils observaient lorsque le patient se rua sur le médecin en hurlant "C’est PAS une licence ! J’en veux une vraie MAINTENANT !" ; deux imposants infirmiers sortirent d’une porte dérobée pour s’interposer, traînant le patient en hurlant loin de la salle. Une fois encore, le journaliste déglutit bruyamment, tant et si bien que son interlocuteur l’entendit.

"Vous savez, c’est un long chemin qu’ils doivent faire, il est normal qu’ils trébuchent parfois.
- Tout de même je… je ne m’attendais pas à ça. Heureusement que vous avez de la sécurité pour les surveiller, je crois que je ne serais pas rassuré sinon.
- Ah, ça ! Nous manquons encore de sécurité pourtant : téléphones portables qui circulent dans les cellules pour appeler des réalisateurs, échanges de licences en cachette, tenez, on en intercepte parfois de drôles !"
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Le praticien tira de sa poche un papier chiffonné et couvert de traces laissant supposer qu’il avait été dissimulé dans un endroit peu ragoûtant.

"Lisez-moi ça !
- Hansel & Gretel chasseurs de sorcières… mais… je… c’est nul ? 
- A qui le dites-vous ! Ils en sont arrivés à un tel niveau de nullité qu’ils parviennent à écrire des films n’ayant aucun rapport avec la licence qu’ils utilisent. Là, leur histoire : quel intérêt qu’il s’agisse de Hansel & Gretel ou bien de deux autres pinpins ? Aucun ! Mais ils sont accros à la licence, c’est affreux !"

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Le journaliste sentit son repas du matin lui remonter : pouvait-on être assez idiot pour aller chercher une licence sans aucune raison pour faire un film qui n’avait rien à voir ? Était-on tombé aussi bas ?

Pour le savoir : spoilons, mes bons !

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L’affiche : "Chasseurs", "3D", autant de signes qui ne trompent pas quant à la bouse.

Tout commence dans une tranquille chaumière, alors qu’un couple de paysans est en train de discuter d’un sujet grave : Madame a décidé qu’il était temps d’emmener les enfants dans la forêt puisqu’ils font du bruit pendant Plus Belle la Vie. Monsieur n’est pas trop d’accord, mais préférant éviter un conflit qui dégénérera en "Je fais la gueule au lit mais si tu me poses la question, je te dirai qu’il n’y a pas de problème, bonne nuit", il finit par céder. Papa va donc réveiller ses deux beaux enfants, Hansel & Gretel, qui ne trouvent pas du tout suspect que leur père leur annonce en pleine nuit qu’il est temps d’aller se promener dans les bois. C’est bien normal.

Evidemment, après les avoir emmenés au coeur de la forêt, le géniteur relâche sa progéniture "Allez on joue à cache-cache, comptez jusqu’à 37 puissance 12", puis s’en va, les abandonnant à leur triste sort pendant qu’ils tentent de calculer combien cela fait. "Papa !" crie Hansel en comprenant qu’entubage il y a eu, "Papa !" reprend Gretel alors que le désespoir les gagne dans l’obscurité. Finalement, lorsqu’ils ont fini d’espérer le retour de leur père, et que leurs cris se sont plutôt rapprochés de "Gros bâtard !", les marmots décident d’avancer au hasard dans la forêt.

Chemin faisant, les marmots tombent sur une demeure pas du tout suspecte : celle-ci n’est faite que de pain d’épice et de sucreries, ce qui a tôt fait d’endormir leur méfiance tant n’importe quel enfant (et certaines blogueuses) mis en face d’une demeure constituée en partie de fraises Tagada a une forte tendance à se ruer dessus dans une charge digne de Braveheart sans chercher l’embuscade. Hélas pour eux, à peine ont-ils commencé leur festin que la porte de la demeure s’ouvre, révélant une horrible sorcière qui les capture aussitôt.

Et on comprend la sorcière : non mais franchement, quand on a pas de quoi se payer des parpaings et que l’on fait construire en pain d’épice, vous croyez vraiment que ça fait plaisir de voir des morveux venir boulotter votre misérable bicoque qui en plus, a les murs qui gonflent dès qu’il pleut réduisant de moitié la surface au sol ? Quelle bande de rascals, ces enfants !

Bref : Hansel & Gretel capturés, la sorcière utilise Gretel comme esclave pendant qu’elle gave Hansel de sucreries dans l’espoir de le boulotter plus tard, puisque le cannibalisme est tout de même un hobby plus sympa que la belote. Mais profitant d’un moment d’inattention de la bougresse, nos deux héros ont tôt fait de se révolter et de la coller dans un four, avant de cruellement regarder la vieille dame se transformer en charbon. A noter que dans la bagarre, nos loulous ont remarqué quelque chose : les sorts que lançait la mémé n’avaient aucun effet sur eux… étrange !

Mais allez, voilà pour la séquence d’introduction : passons et lançons le générique !

Les années passent alors à toute allure, et nous découvrons alors via diverses coupures de presse que nos héros, loin de s’en être arrêtés à l’incinération d’une seule sorcière, ont décidé d’en faire leur métier en conséquence de quoi ils ont occis de la friponne plus que de raison, fournissant suffisamment de cendres pour tous les jardinets de l’Europe de l’Est à eux seuls. Finalement devenus adultes et célèbres, nous pouvons donc laisser le film véritablement commencer avec la fin du générique.

Rendons-nous donc dans la bonne bourgade de Boubourg, où la population locale est très excitée par un évènement très intéressant : le shérif local, Berringer, s’apprête à brûler une sorcière sur la place du marché. Le peuple est donc très excité et agite fourches et torches à foison, tout en écoutant le discours de l’homme de loi expliquant de quoi il retourne.

"Bon peuple de Boubourg, regardez bien cette femme : c’est une sorcière !
- Buuuuuurn !
- Oui mes amis ! Nous allons la châtier comme il se doit et…
- Attendez !Vous avez remarqué la moustache du shérif ? Je n’avais jamais fait attention, mais ça et le fait qu’il parle avec une voix horripilante, je ne sais pas pourquoi mais je pense qu’il pue le traître qui va mourir.
- Ah oui tiens ! C’est vrai Michel, t’as raison, non mais quelle idée aussi de porter la moustache dans un film comme celui-ci ?
- J’te jure, y en a qui doutent de rien.
- Hé ho, ça va aller tous les deux ? Vous me le dites si je vous fais chier ! Allez le peuple, on se concentre. Je disais donc, c’est une sorcière, et nous allons la…"

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Mais alors que le shérif s’apprête à en remettre une couche sur le côté allume-barbecue follement décadent des sorcières, celui-ci est interrompu une fois encore, mais cette fois par l’arrivée d’un canon de revolver contre son crâne : Hansel & Gretel sont dans la place ! Ils sont grands, ils sont beaux, ils sont tout de cuir vêtus et évidemment, Gretel porte l’indispensable décolleté de toutes les combattantes de mauvais films. Cela dit, ce débarquement impromptu et quelque peu cavalier a tôt fait d’exciter les hommes du shérif (non, pas comme ça), qui n’aiment pas trop que l’on braque ainsi leur patron. Heureusement, Gretel prend la parole pour calmer tout le monde.

"Pas de panique, peuple de Boubourg ! Nous sommes Hansel & Gretel, les fameux chasseurs de sorcières, et nous pouvons vous certifier que cette femme n’est pas une sorcière ! 
- C’est à dire qu’elle est rousse, sans famille et a l’air vaguement mystérieuse quand même.
- J’suis d’accord avec Michel.
- Ho, je te sens taquin peuple de Boubourg ! Mais vois : cette sorcière n’a pas les dents pourries, la peau dégoûtante ou les cheveux sales comme les sorcières ! (authentique : ce sont les "signes distinctifs" selon nos héros) 
- S’cusez-moi, mais en fait là vous venez de faire la description de tous les figurants puisque l’on est censés être des bouseux du cru, alors il faut tous nous brûler, c’est ça ?
- Ouais, parce que du coup, le fait que ce soit la seule avec les dents brossées, la gueule propre et les cheveux qui flottent dans le vent du soir, c’est quand même d’autant plus suspect.
- Raaaah, écoutez-moi, je suis Gretel de Hansel & Gretel quand même ! Puisqu’on vous dit que les sorcières ont naturellement une apparence de méchantes, arrêtez de gueuler !
- Aaaaah ouais okay. Nan, si elles ont naturellement la gueule de travers, d’accord. Heureusement qu’elles sont connues pour ne pas savoir faire de la magie et changer d’apparence alors ?
- Sérieusement Hans et Greta, pourquoi on devrait croire vos conneries ?
- Parce que nous sommes deux allemands en manteaux de cuir qui vous disent qu’ils poursuivent des gens aux nez crochus qui font le sabbat pour les mettre dans des fours. 
- …
- Ah ouais. C’est vrai que dit comme ça, j’ai tout de suite envie de collaborer."

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Attention : dans cette image, retrouve la seule personne condamnée à mort. Un indice chez vous : Tom Selleck.

Après avoir dissipé le terrible malentendu avec le peuple de Boubourg, nos deux héros libèrent donc la jeune femme menacée de faire du cosplay extrême de Jeanne d’Arc en insistant bien sur le fait qu’une sorcière ne pourrait dissimuler son apparence, et que la belle rousse – prénommée Gertrude – est donc innocente. C’est bien noté. le shérif, furieux de cette interruption, apprend que les deux chasseurs ont été recrutés par le maire de Boubourg, car depuis des mois, des enfants se font enlever en ville et le shérif n’est jusqu’ici parvenu à aucun résultat. Berringer, blessé par cette interruption, tente bien de faire un esclandre mais dans l’affaire, Gretel lui pète le nez parce qu’elle est comme ça, mais ouais. J’en profite pour glisser qu’Hansel, pendant ce temps, et tout le long du film ne fera qu’une chose : prendre la pose avec son fusil sur l’épaule, ce qui ne tirera jamais d’un figurant un "Je suis derrière vous bougre de con, arrêtez de faire ça !" ou même du cerveau d’Hansel le fait qu’en combat, il dégaine deux fois moins vite en jouant le poseur, mais passons.

Nos héros décident donc de commencer leur enquête pour savoir ce qu’il est advenu des enfants kidnappés, et plutôt que de se renseigner sur les disparitions (détail), décident donc de se rendre dans une forêt voisine pour tabasser une sorcière au hasard. C’est ce qu’on appelle avoir le sens de la justice ou du pogrom. Bref : nos deux héros ont tôt fait de trouver une demeure de sorcière et d’y rentrer à coups de botte pour menacer l’hideuse maîtresse des lieux. Chose amusante : on constate qu’Hansel & Gretel, malgré le fait qu’ils chassent les sorcières depuis leur enfance ont toujours un modus operandi digne des plus grands, à savoir :

  • Etape 1 : on entre en faisant plein de bruit (il ne faudrait pas avoir l’avantage)
  • Etape 2 : on regarde la sorcière la bouche en coeur en faisant "Ho !" (non parce qu’ils n’en ont jamais vu, alors à chaque fois ils sont étonnés)
  • Etape 3 : la sorcière profite de la surprenante surprise des deux blaireaux pour essayer de se barrer
  • Etape 4 : nos héros tirent partout, sauf sur la sorcière (leur compétence au tir varie beaucoup selon les séquences du film)
  • Etape 5 : s’ensuit une course-poursuite (durant laquelle Hansel finit toujours accroché à quelque chose ou quelqu’un)
  • Etape 6 : puis arrive une baston au corps à corps pleine de poncifs ("Aïe le coup de poing", "Mon arme a glissé au sol !", "Je rampe vers elle, raaah")
  • Etape 7 : et pour finir, arrestation de la sorcière par un quelconque coup de bol

Mais à part ça, ce sont de vrais pros.

Bref, après avoir arrêté la sorcière et l’avoir passée à tabac, nos héros reviennent en ville pour annoncer la nouvelle : bon, la sorcière ne savait rien. D’ailleurs, elle ne savait tellement rien qu’elle avait chez elle un curieux document parlant de la "lune rouge", un phénomène qui n’arrive qu’une fois par génération et fort sacré pour les sorcières maléfiques, et qui va bien évidemment arriver dans trois jours. Evidemment, vous vous doutez bien que cela n’aura strictement rien à voir avec le coeur de l’intrigue. Non parce que si c’était le cas, ça voudrait dire que la sorcière avait plein d’informations, voire savait tout en fait. Et donc que nos héros racontent n’importe quoi.

Et ça, ce serait complètement incohérent : ça ne risque donc pas d’arriver, pas vrai, ouf. Hein? Hein ?

De son côté, le shérif Berringer, probablement guidé par sa moustache maléfique, a décidé qu’il n’allait pas se faire doubler par Hansel & Gretel : il a donc recruté un petit groupe de pisteurs du coin en leur proposant d’aller, dès cette nuit, inspecter la forêt à la recherche des enfants disparus (on notera donc qu’il n’a jamais eu cette idée avant, quitte à en plus le faire de jour). Les hommes insistent bien en disant que rooooh, quand même, la nuit chez les sorcières, c’est très con comme idée. Le shérif insiste donc en disant "Oui, c’est très con, mais j’ai du pognon" : les larrons décident donc que c’est une excellente soirée pour mourir et se mettent en route. A noter qu’ils sont tous plus ou moins laids et/ou possesseurs d’une pilosité faciale aléatoire.

Et évidemment, ça ne rate pas : une fois au coeur des bois, la petite troupe fait étape et allume un feu pour se sustenter, lorsque surgit soudain de l’obscurité une ravissante femme.

"Bonsoir, étrangers, que faites-vous si tard au milieu de ces dangereux bois ?
- On attend que le script annonce notre mort. 
- Et là il vous dit quoi ?
- Là il nous dit de ne surtout pas nous méfier ou braquer la femme super mystérieuse vêtue de noir qui vient d’apparaître en pleine nuit au milieu d’un territoire réputé pour ses sorcières. D’ailleurs sitôt que vous nous attaquerez, on jettera tous nos armes sans raison pour ne surtout pas se défendre.
- Ah oui. Quand même.
- Oui, hein ? 
- Allez, faisons vite, j’ai honte rien que d’être dans ce film, je crois que je préférerais animer une foire au boudin."

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Et en effet, la bougresse n’est pas simplement une belle damoiselle, puisque ses traits se déforment rapidement pour révéler… une sorcière !

Ah bin ça ! Des sorcières qui peuvent changer d’apparence, c’est vraiment fou.

Toujours est-il que la gourgandine a tôt fait de bourrer la gueule de tous les pisteurs de diverses manières (alors dans ce film, sachez que les gens meurent tout de même essentiellement par décapitation/explosion de tête ; un curieux fétichisme), n’en laissant qu’un survivre pour revenir jusqu’à Boubourg et annoncer à la taverne du coin, où Hansel & Gretel ont décidé de passer la soirée, que la sorcière des bois les conchie d’une force, mais alors (en substance, hein, c’est un spoiler) ! A noter que nos héros ont rencontré dans l’endroit un jeune homme qui les idolâtre, Ben, et se rêve chasseur de sorcières lui aussi. J’en profite pour signaler que l’homme qui a transmis le message a littéralement explosé à la fin de son propos, tant les sorcières aiment donner un côté coloré à leurs annonces. C’est leur côté blogueuses.

La nuit étant désormais tombée depuis un moment, nos héros décident d’aller se coucher (un mec vient juste d’exploser, pas de quoi s’agiter quoi), et la pauvre Gretel se réveille après avoir rêvé de sa mère : c’est rigolo, à chaque fois qu’on lui parle de sorcières, elle rêve d’elle. Je me demande bien ce que cela veut dire, hmmm. Des fois que le spectateur n’ait pas bien compris, elle s’interroge aussi à voix haute : "Hansel, ne t’es-tu jamais demandé pourquoi nous étions immunisés aux sorts des vilaines sorcières ?" mais son frère se contentant de lui répondre "Ta gueule, je dors" avant de se tourner sur le côté, laisser ses sphincters se relâcher puis se rendormir, elle ne creuse pas plus la question.

Le lendemain matin donc, il est temps de reprendre la chasse à la sorcière ; Hansel se rend donc au marché local pour acheter un peu d’équipement où il recroise Gertrude, la rousse damoiselle qu’il avait sauvé d’un mercredi des cendres anticipé. Celle-ci l’approche donc malgré le terrible côté dark de notre héros, en faisant des bruits comme "glousse, glousse" ou "huhuhuhu". La discussion s’engage vite avec la pintade, et malgré le spam intensif de Gertrude à base de "Toutes les sorcières ne sont pas méchantes", "Y en a des bien" et "Tu sais tu pourrais tomber amoureux d’une sorcière, genre à tout hasard une rousse, tout ça *CLIN D’OEIL*", le bougre ne remarque rien de suspect dans la conversation. Bravo, heureusement que tu chasses les sorcières mec, ton détecteur a l’air performant.

Après le stade "J’ai tout le temps mon arme sur l’épaule pour avoir l’air cool", il y a le stade "On dirait que je fais un câlin à mon arme"

Mais justement : Hansel sent soudain une grande faiblesse l’étreindre ; non pas qu’il réalise enfin le niveau du scénario et des dialogues, mais simplement qu’il fait du diabète puisqu’ayant été gavé de sucreries par une sorcière petit, de temps à autres, ce n’est pas la grande forme (il utilise la même excuses pour justifier ses caries et son haleine de chacal mort). Il s’injecte donc son insuline sous les yeux de Gertrude, qui lui dit pouvoir l’aider car elle connait bien cette maladie mais… Hansel s’en fout.

Il est bien cet Hansel, en fait. Il tombe sur une sorcière qui a plein d’infos, ça ne l’intéresse pas et il revient en ville en disant qu’il n’a rien trouvé, une nana l’aborde en lui disant grossièrement qu’elle aussi, elle chevauche son balai la nuit, il ne comprend pas, et enfin quand on lui dit qu’on peut le guérir de sa petite faiblesse, il s’en moque aussi.

Enfin un personnage avec lequel s’identifier : moi aussi, j’ai le plus grand mépris pour ce qu’il se passe sur l’écran.

Bref : sur ces entrefaites, Hansel se sépare de Gertrude malgré le petit plan drague qu’elle a tenté sur lui, et s’en va dans les bois avec sa soeur pour tenter d’attraper une autre sorcière. Et ça tombe bien, car au fond des bois, la sorcière Muriel (celle qui avait tué les pisteurs et pouvait prendre l’apparence d’une nana pas trop moche) et ses deux complices, A & B, discutent tranquillement alors que les enfants kidnappés les regardent, inquiets, dans des cages tout autour d’elles. Muriel a en effet trouvé un moyen d’immuniser de manière définitive les sorcières au feu grâce à une potion qu’il faut réaliser le soir de la lune rouge ! Et elle a déjà invité toutes les sorcières à venir partager le breuvage, hohoho…

… hoho ? Oui donc, je confirme : la sorcière il y a quelques scènes "qui ne savait rien" savait donc tout. Misère, c’est d’un nul.

En tout cas, après ce petit échange, B a décidé d’aller se promener dans les bois en plein jour parce que… heu, rien. Et soudain, elle entend un enfant crier qu’il est perdu ! Vite, elle fonce dans cette direction pour aller croquer un bout du marmot, lorsque soudain, elle réalise qu’il ne s’agit que d’un mannequin à côté d’un tourne-disque : c’est un piège !

Mais heureusement, un piège nul (ouf, j’ai eu peur) car nos héros emploient leur méthode habituelle consistant à faire n’importe quoi pour tout faire échouer (ça valait le coup de faire un piège) avant de se lancer dans une course poursuite absurde avec la sorcière, jusqu’à la capturer sur un coup de bol (non sans qu’Hansel ne se soit retrouvé accroché au balais de la fuyarde, etc, vous avez saisi). La bougresse est donc ramenée en ville pour interrogatoire, et c’est donc parti pour une séance de coups d’annuaires dans le museau au fin fond d’une cellule locale.

Et puisque l’on a décidé que le personnage d’Hansel n’aurait pas le droit à une ligne de dialogue cohérente, c’est parti :

"Parle sorcière, ou je te rabote le groin !
- Non ! 
- Tiens ! *Hansel lui caresse le visage poing fermé*
- Ah ! Ouïe ! Très bien, très bien, je parle : le soir de la lune rouge, le sang de douze lunes sera versé, nous y ajouterons un ingrédient qui…
- Bah ! Elle n’a rien à nous apprendre, elle est inutile."

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Et il se dirige vers la porte. Je n’invente rien : pile au moment où la prisonnière se met à table, Hansel déclare qu’en fait, ça ne l’intéresse pas. Mais ? MAIS ? C’est impossible, ce film a été uniquement basé sur des paris pris un soir de cuite ? Expliquez-moi ?

En tout cas, Gretel, contrairement à son blaireau de frère, comprend que la sorcière est en train de balancer des informations exploitables : elle a parlé du sang de 12 lunes a versé, et 11 enfants ont été kidnappés, tous nés un mois différent, et 6 garçons et 5 filles. Il faut donc aller trouver la seule petite fille née en avril de Boubourg, vite, elle est en danger ! Nos héros, après avoir consulté le registre local, sont donc prêts à s’élancer quand soudain dans le ciel de la ville, Muriel la sorcière et son acolyte A paraissent sur leurs balais… et commencent à jeter des boules de feu sur les demeures du cru ! Les toits s’embrasent, l’ambiance aussi, et Hansel & Gretel décident de se disperser en groupes de un, le chasseur filant chercher la petite fille en danger pendant que la chasseuse restera ici à défendre la cellule de B, que Muriel ne manquera pas de venir chercher.

Faisons la brève : les figurants courent partout en ignorant complètement les sorcières qui se baladent dans les rues en marchant en souriant, le shérif et ses hommes sont partis faire caca, quant aux habitants qui défendent leurs maisons, à chaque fois qu’ils voient une sorcière, plutôt que de tirer, ils font "Ho !" en attendant gentiment de se faire latter. C’est… excusez-moi, je baillais. C’est répétitif. En parlant de répétitif, vous ai-je parlé d’Hansel, qui se bat avec une sorcière n’importe comment avant de finir accroché à son balai pendant qu’elle s’enfuit ? Original, ça aussi. Gretel, elle, participe à l’illogisme général consacré à sa manière, par exemple en attendant gentiment que la sorcière se pointe, faisant "Ho !" la bouche en coeur en la voyant, lui laissant 12 fois le temps de l’attaquer, puis tirant à côté de sa cible 40 fois à bout portant.

Remarquez, c’est vrai que quelque part, le film a sa propre logique : chaque scène d’action suit le même rituel.

Bref : Mumu la sorcière tombe sur le chou de Gretel, avant de lui raconter son plan (tant qu’à être là, hein, on a bien deux minutes !), à savoir que le dernier ingrédient pour sa super potion permettant d’ignifuger les sorcières… c’est elle ! Ho bin ça ! Mais avant qu’elle ne puisse en dire plus, Gretel parvient à s’échapper, et s’effondre finalement dans les rues de Boubourg pour n’être dissimulée aux yeux des sorcières patrouillant la ville que grâce à l’intervention de Ben, leur fan number one. Déçues, les sorcières décident donc de se barrer de là, emmenant la prisonnière B avec elles pour qu’elle retrouve sa place au coeur de la forêt. Précisons que dans l’assaut, elles ont été aidées d’un troll, un énorme humanoïde qui a emporté la petite fille que les enchanteresses étaient venues chercher, avant de repartir à pied, pépère, sans que personne ne l’ennuie.

Sinon, tous les mecs du shérif que l’on voyait armés au début, j’insiste mais ils étaient où ? Ah oui, partis, caca, tout ça.

"Regarde Gretel on dirait le script ! J’ai comme l’impression que mon amour propre vient de partir avec mon cachet pour ce film"

Le lendemain, donc, Gretel se réveille dans un chiche logis de la cité, alors que le jeune Ben est occupé à la nettoyer de toute la suie due aux incendies qu’elle a sur le corps, s’attardant un peu pour lui tripatouiller les roploplos. Après lui avoir fait les gros yeux et rappelé que ce n’est pas parce qu’on s’endort n’importe où dans un état second que l’on est consentante, Gretel discute avec lui des derniers évènements : les incendies ont causé de nombreux morts, les sorcières ont kidnappé une petite fille et libéré leur prisonnière, Hansel a disparu à la poursuite d’une des vilaines, et en gros, le moral des troupes est bas à Boubourg. Gretel papote donc un peu avec Ben, rajoutant une cerise pourrie sur le gâteau de daube, en expliquant par exemple que "Chasseur de sorcières est un métier qu’on ne choisit pas". Ah oui donc uniquement parce que tu as échappé à une sorcière petite, tu étais OBLIGEE de devenir une chasseuse. Impossible de devenir comptable ou consultante en consulting. Tiens, c’est pareil, j’ai un ami qui un jour a failli se faire écraser sur un passage piéton. Depuis, il tabasse toutes les voitures qu’il croise : il est obligé, comprenez-vous ?

Toujours est-il qu’entre deux dialogues pourris, Gretel tombe sur une des nombreuses coupures de presse sur les sorcières que Ben garde chez lui en espérant un jour faire carrière dans la chasse à la jeteuse de sorts, et quand bien même sur la coupure se trouve un dessin qui ne ressemble à rien, avec une femme blonde parfaitement inexpressive, Gretel reconnait instantanément sa mère, qui était pourtant brune et n’avait pas du tout la même tronche.

Ne me demandez pas pourquoi ils se sont embêtés : il suffisait de faire un peu de coloriage au dessin pour le rendre plus crédible, ou même de rajouter un signe distinctif à la mère du genre un grain de beauté fait au Velleda juste pour expliquer comment Gretel pouvait la reconnaître sur un dessin aussi pourri soit-il, et c’était bon.

Mais non : c’eut été ne pas se foutre du spectateur, et ça, jamais ma bonne dame ! A 50 millions de dollars de budget, ça coûte cher, un feutre.

Toujours est-il que l’article explique que la mère de Gretel était en fait une sorcière selon les habitants de Boubourg, et que même si elle n’a jamais avoué, on lui a brûlé la tronche pour lui apprendre, à cette gourgandine. Cela commence donc à éveiller de vagues soupçons chez Gretel mais… hmmm… vagues alors, hein. Ne perdons pas le spectateur en route Déjà, elle doit partir chercher Hansel : elle file donc vers les bois pour utiliser la meilleure méthode qui soit, à savoir, courir dans une direction aléatoire en hurlant "Hanseeeeeel ?". Hélas pour elle, la seule chose sur laquelle elle tombe est non pas une randonnée nudiste, ce qui aurait pu rendre les choses intéressantes, mais la troupe du shérif, qui lui tend une embuscade et la malmène au motif qu’ils accusent Gretel d’avoir provoqué l’invasion de sorcière de la nuit précédente.

Ah oui : la nuit où les hommes du shérif avaient disparu du script. J’aime bien ce petit côté "Appuyons bien fort sur nos ratages".

Mais le tabassage de jeune fille tourne court, puisque non loin de là, une créature entend les cris de la jeune fille : le troll qui a kidnappé la petite fille ! Celui-ci, occupé à danser avec des musaraignes ou je ne sais quelle autre activité typique des amis de la forêt, approche de l’origine des sons et découvre Gretel en train de se faire botter les fesses : avant que tout ne vire à la tournante moustachue, il rentre donc dans une rage terrible et sort en hurlant de sa cachette pour violenter du margoulin ; de manière très étonnante, il tue donc tous les hommes du shérif, puis le shérif lui-même, ce qu’on ne voyait pas du tout depuis le premier plan du film après le générique centré sur sa moustache. Cela fait, le troll emmène la jeune femme inconsciente et mal en point jusqu’à une petite source où il la soigne, la fait boire et lui explique en grognant qu’il se nomme Edouard et qu’il l’a aidée car "Il est au service des sorcières." Puis il l’abandonne là, la laissant libre de tenter de retrouver son chemin.

Ah non mais je ne vois toujours pas venir le seul rebondissement du film dites-donc. Je me demande bien ce que c’est.

Sauf qu’Hansel n’est pas du tout dans la direction supposée : lors de la course-poursuite où il a fini, comme toujours accroché au balai d’une sorcière fuyarde, il a terminé dans un arbre, et évidemment, qui le trouve en plein milieu des bois ? Gertrude, la gentille rousse ! Voyant notre héros mal en point et blessé, elle l’aide donc en l’emmenant jusqu’à un étang dont l’eau guérit les blessures. Vous aussi vous avez noté comme tout manque de la moindre once de créativité ?

"Bon les mecs, faut qu’on fasse deux scènes différentes, nos héros sont séparés.
- Heu… on dirait que Hansel se bat avec une sorcière et s’accroche à son balai quand elle fuit ? Et que Gretel fait "Ho !" en voyant un ennemi ?
- Mmmoui… quelqu’un d’autre ?
- On pourrait faire la même scène en double. Du genre Gretel est sauvée par un troll qui l’emmène se soigner avec de l’eau magique, et Hansel fait pareil.
- Deux trolls ?
- Ah non, merde.
- Si on remplaçait le second troll par une rouquemoute ?
- Bien joué Berthier ! On reste dans le ton ! Sortez les caméras, on est prêts ! Quel puissant brainstorming mes amis !"

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Avantage tout de même à Hansel : lui a la chance de pouvoir se baigner nu avec sa nouvelle copine, qui bien vite, lui fait des bisous avant de lui indiquer le chemin pour rentrer à Boubourg puisque la nuit va tomber. Evidemment, à aucun moment Hansel ne lui dit "Attends attends, comment ça je rentre seul ? Aux dernières nouvelles, tu habites Boubourg, alors pourquoi resterais-tu seule au coeur des bois hantés par les sorcières la nuit ?". Mais là encore, cela ne choque pas notre héros, qui repart donc en sifflotant.

Vous avez déjà entendu le son typique d’un suicide de tympan ? Moi, oui, à cet instant exact.

Mais hélas, notre héros se perd quelque peu… et finit par tomber sur une énième maison au milieu des bois (ho bin ça !) où il décide de passer la nuit pour avoir un abri. Mais à peine rentré, il tombe nez-à-nez non pas avec une sorcière à qui botter le groin, mais avec sa propre soeur ! Mieux encore, en visitant la maison, nos héros découvrent… qu’il s’agit de celle de leur enfance ! MAIS QUELLE COÏNCIDENCE !

Oui : jusqu’ici, ils ne se rappelaient pas qu’ils avaient passé toutes leurs jeunes années à côté de Boubourg. Détail. Sérieusement ?

Accessoirement, ils trouvent aussi, sous le plancher de la demeure… un antre de sorcière ! Vide depuis des années, semble-t-il. Hansel s’exclame donc "Ça alors, on a grandi à côté d’une antre de sorcière !" puisque définitivement, chacun de ses dialogues semble avoir été écrit par un marcassin sous acides. Gretel s’apprête à lui expliquer qu’il est quand même drôlement con, quand soudain, la porte de la demeure s’ouvre en battant : Mumu la sorcière les a retrouvés !

Mumu ou la preuve que tout ce que racontaient les héros depuis le début était de la daube.

Comment ? On en sait rien. On pourrait bien supposer que c’était grâce au pouvoir de sa magie, mais comme dans le même temps, lorsqu’elle a attaqué la ville, elle avait été incapable de localiser Gretel lorsqu’elle s’était enfuie, on va juste supposer que c’est nul. Une supputation audacieuse, j’en conviens. Mais oui, je suis comme ça.

Toujours est-il que Muriel, en bonne méchante pourrie, commence par révéler son plan :

"Haaaa, Gretel ! Cela faisait des années que j’étais à ta recherche… tu n’étais qu’une enfant à la dernière lune rouge ! Car le dernier élément pour ma potion d’immunité au feu est le coeur d’une sorcière blanche, une sorcière gentille. Or, la plus puissante d’entre elles était… TA MERE !
- Ta mère toi-même !
- Tais-toi Hansel ! Elle essaie d’expliquer le scénario aux deux derniers qui n’auraient pas compris.
- Oui, bon, je disais : votre mère, Ariana ! Maiiiiiis… je ne pouvais pas vaincre votre mère, elle était trop forte… alors j’ai fait courir la rumeur à Boubourg qu’elle était une sorcière, et comme les sorcières blanches n’ont pas le droit d’utiliser leurs pouvoirs contre les humains, ils sont venus la brûler sans qu’elle puisse se défendre, hohohoho ! Mais elle avait compris que je voulais un coeur de sorcière blanche… et si ça ne pouvait être le sien, alors ce serait le tien, Gretel ! Mais elle avait pensé à vous abandonner dans les bois avant l’arrivée des paysans et… vous avez disparu… jusqu’à aujourd’hui ! Maintenant, tu es à m…
- Pardon Madame Mumu, mais je peux poser une question ?
- Heu, bien sûr mon petit Hansel.
- Pourquoi ma mère ne s’est pas juste planquée avec nous dans sa batcave, là, son antre sous la maison que même nous en vivant là nous ne connaissions pas ?
- Heu… je…
- Ou même tout simplement : pourquoi ne s’est-elle pas planquée dans les bois avec nous ? Et hop, c’était plié.
- Haaan, ouais. Pas con.
- Oui. C’en est presque gênant.
- Bon, vous savez quoi ? Et si on se battait ?
- Vendu !"

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Le combat éclate donc, et rapidement, Mumu a le dessus : elle poignarde Hansel, le faisant choir au travers du plancher dans l’antre de maman, puis met Gretel hors de combat avant de l’emmener loin de là. Quel instant tragique.

Tragique comme dans "ce film est une tragédie". Mais non, pas comme ça : l’autre.

Quelques heures plus tard, à son réveil, Hansel après s’être demandé ce qu’il avait foutu hier soir pour avoir aussi mal à la tête est déjà très étonné de ne pas être au paradis des héros moisis, mais voici qu’en plus découvre en face de lui Gertrude… qui a complètement refermé sa plaie pourtant mortelle ! Hansel comprend donc la vérité :

"Gertrude ! Tu es… UNE SORCIERE ! Comme 100% des personnages féminins de ce film, HO BIN ÇA ALORS !"

Notre héros a donc le droit à une explication sur le fait qu’il y a des méchantes sorcières et des gentilles, et qu’elle fait carrément partie du clan des Bisounours, des sorcières cucus qui aiment les flash-mob du Parti Socialiste. Elle ajoute qu’elle peut aider Hansel à retrouver sa soeur car elle a trouvé dans l’antre (là encore, d’ailleurs, ne me demandez pas comment elle aussi a su qu’il fallait venir ici) un objet très puissant : le grimoire de Jean-Jacques le sorcier des temps anciens ! Un artefact très puissant, qui attendait là depuis des années, car évidemment, Mumu n’avait pas pensé, après avoir buté la plus puissante des sorcières blanches, à aller voir s’il n’y aurait pas du loot dans son antre comme on dit dans les forums les plus maudits du net.

Formidable.

Gertrude explique donc que grâce au grimoire, il est possible de faire des choses rigolotes, comme par exemple invoquer Patax ou enchanter des armes pour qu’elles passent toutes les défenses des sorcières : parfait, se dit Hansel, non parce que j’ai un peu toute une armurerie à bénir. Allez hop les amis : ce soir, c’est la lune rouge, alors Gertrude et Ben l’apprenti-chasseur, vous m’accompagnez, nous allons libérer Gretel et stopper ce terrible rituel ! Ni une, ni deux, la petite troupe se met en branle et à la nuit tombée, va poser des pièges tout autour de l’endroit où les sorcières ont prévu de se réunir, avant de laisser Ben sur place pour tirer sur les fuyardes qui tenteraient d’échapper au futur massacre, pendant que Hansel et Gertrude approchent de la petite plate-forme rocheuse non loin où les vilaines sorcières sont en train de se réunir. Et où Mumu est en train de haranguer les dizaines de sorcières déjà sur place.

"Sorcières ! Mes soeurs ! Ce soir, nous sacrifierons douze enfants, et prendrons le coeur à Gretel, la sorcière blanche puisque fille de sorcière blanche, pour compléter une potion qui, sous la lune rouge, nous immunisera au feu pour toujours, hahaha HAHAHA !
- Mais pas aux décapitations ?
- Non.
- Ni aux fusils ?
- Non plus.
- Ni aux lames ?
- Encore moins. Idem pour la noyade.
- Okay donc si je résume : nous serons immunisées aux flammes, soit simplement aux bûchers, à savoir la seule arme que l’on emploie contre nous uniquement lorsque l’on est déjà prisonnière de l’ennemi.
- Voilà.
- Et à votre avis, que se passera-t-il lorsqu’ils verront que l’on ne brûle pas ?
- Et bien je… ils nous décapiteront ? Fusilleront ? Poignarderont ? Noieront ? Buteront, quoi ?
- Donc ?
- Okay : sorcières ! Mes soeurs ! Je suis fière de vous convier à cette grande soirée de la lune rouge, où nous allons pouvoir boire une potion QUI NE SERT STRICTEMENT A RIEN A PART PEUT-ÊTRE A POUVOIR CUISINER DES TARTES AUX POMMES SANS SE BRÛLER !"

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C’est si enthousiasmant. Quel film.

Bien, justement, finissons-en : Hansel et Gertrude se placent chacun d’un côté de la plate-forme rocheuse, Gertrude ayant avec elle une mitrailleuse lourde bénie (mais si), alors qu’Hansel a fait bénir son gros fusil aussi. Il se pointe donc au milieu de la réunion, son arme sur l’épaule comme à son habitude, et annonce qu’il vient libérer sa soeur. Les sorcières rient très fort, annonçant que leurs sortilèges les protègent des balles, mais font vite moins les cakes lorsque le plomb commence à voler et à les tuer sans grand souci : on sent que le désarroi monte d’un cran. Un mouvement de panique gagne donc la petite communauté, alors que Gertrude fait cracher la sulfateuse pour transformer la zone en Omaha Beach du pauvre. Les sorcières tombent une à une, y compris la pauvre A, bientôt rejointe par B. Les fuyardes sont elles prises dans les pièges à l’extérieur, et finalement ne reste guère plus que Mumu (ça alors !) qui tente de s’en prendre à Gretel alors que la lune rouge, bien haute dans le ciel, débute.

Un objectif audacieux digne d’un sabbat de sorcières.

Edouard le troll, qui a l’air de bien aimer la petite Gretel, s’interpose pour la sauver et la libérer des liens qui la retiennent prisonnière, mais sitôt cela fait, Mumu, colérique, lui envoie un sort qui le fait choir de la plate-forme loin en contrebas. Gretel est bouleversée par la perte de ce personnage nommé Edouard, symbole de tant de mauvais films, et profitant du fait que Mumu, comprenant que ça sent le pâté, mette les voiles, elle descend le plus vite possible rejoindre le troll en contrebas.

A noter que durant ces 30 secondes, on voit que la lune rouge s’arrête.

Hé bé, il fallait être rapide.

Mieux encore, il fait soudainement jour alors que nous étions au coeur de la nuit : intéressant ! Mais ne nous en arrêtons pas là dans le ridicule : sitôt arrivée auprès du troll, Gretel constate que ce bougre d’Edouard a l’air d’avoir le coeur qui ne bat plus : pas de problème, sortant de sa poche un taser (Si, si ! D’ailleurs que faisait-il avec elle alors qu’elle était prisonnière deux minutes auparavant, mystère !), elle s’en sert pour relancer le coeur de la bête, et ainsi la sauver.

Oui. Vous avez bien lu : l’héroïne invente le défibrillateur.

Pendant ce temps, et alors que vos neurones meurent un par un, Hansel est parti à la poursuite de Mumu, mais pour une fois, n’a pas réussi à s’accrocher à son balai. La méchante sorcière ne tombe pas dans un piège, elle, et se fait simplement abattre comme un vulgaire B-17 au-dessus de Berlin par la DCA locale, ici incarnée par Ben et un gros fusil. Se traînant dans les bois, blessée elle a le temps d’atteindre avant qu’Hansel ne la rattrape… la maison en pain d’épice de leur enfance !

C’est fou comme le monde est petit.

Et c’est fou comme le temps passe : il fait à nouveau terriblement sombre, et pas seulement à cause de la forêt, alors qu’il faisait grand jour il y a là encore 15 secondes ! Breeeeef.

Celle-ci, bien qu’abandonnée depuis des années, est encore debout. Mais Mumu attend de pied ferme : pour commencer son embuscade vengeresse, elle tue Gertrude, la laissant agoniser dans les bras d’Hansel façon "Accroche-toi Gertrude, j’entends les hélicoptères !" "Raaah, non, arrête Hansel, je sais que j’suis foutu je… je voulais te dire… je… je t’…a… raaaaarrrrgh". C’est donc un Hansel grognon et nourri aux dialogues vus et revus qui s’avance dans la maison de pain d’épice pour aller en finir avec la bougresse, et est bientôt rejoint par Gretel pendant que Ben est occupé… à faire du rien. Bien bien bien. Les deux chasseurs se battent donc face à la vilaine sorcière jusqu’à ce que finalement, respectant minutieusement le poncif dit du "Grand combat final dans un endroit abandonné avec les armes qui glissent au sol, les gens qui rampent et le combat à mains nues.". Finalement, et c’est le seul moment de gloire du film, nos héros décident d’utiliser la seule arme qui en vaille la peine pour en finir avec une fille un peu collante :

Une PELLE

Après quelques coups, Mumu la ramène un peu moins, et une fois décapitée, on peut même dire qu’elle fait preuve d’un certain mu(mu)tisme (pardon). Hansel & Gretel, malgré les épreuves, sortent donc vainqueurs et ont donc en plus massacré un nombre improbable de sorcières en une seule fois. On peut donc dire qu’ils sont définitivement les meilleurs chasseurs de sorcières ! Et donc, en selle, Gretel, car voici venir la F…

Non ! Une ultime séquence nous présente désormais Hansel, Gretel, Ben et Edouard le troll formant désormais une équipe de choc pour traquer les sorcières, et voyageant désormais dans des contrées exotiques pour toutes les tabasser jusqu’à la dernière et alors que les spectateurs prient pour être libérés de cette bouse infâme…

… FIN !

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"Et bien, merci docteur je… je n’imaginais pas la SPS comme cela.
- Je vous en prie, il faut que les gens sachent quel fléau frappe Hollywood. Je vous souhaite une bonne journée.
- Attendez, vous aviez parlé de me dire ce que vous faisiez des scénaristes irrécupérables en fin de visite !
- Ah, oui, excusez-moi !"

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A sa grande surprise, le scientifique lui fit signe de se diriger non pas vers l’intérieur des locaux, mais vers le parking. Là, collé contre le bâtiment, un camion-benne était en train d’être chargé de quantité d’hommes et de femmes parcourus de tics nerveux, hurlant de-ci de-là des propos incohérents sous le regard d’un employé s’assurant que le compte y était bien.

"Voilà, dit le médecin, nous les emmenons simplement dans un endroit très loin, une ferme où ils peuvent s’ébattre en paix.
- Je pourrai aller les voir ?
- Allons, allons ! C’est un endroit très loin, si loin qu’on ne peut même pas leur écrire.
- Vous vous foutez de moi ?
- Pas du tout mon cher, pas du tout.
- Mais qu’est-ce qu’ils font dans cette ferme alors ?
- Et bien… je préfère ne pas vous en parler. Tout ne mérite pas d’être dit."

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Le médecin agita la main pour saluer le conducteur de la benne, qui après l’avoir verrouillée, remonta dans sa cabine. Il agita à son tour sa casquette pour retourner son salut au cadre de santé de la SPSH, puis, il tourna la clé.

Et Ridley Scott emmena ses futurs scénaristes jusqu’à ses studios.

Notre guide semble hésiter l’espace d’un instant : il a un doute. Il a dû réviser toute la nuit son texte si j’en crois les cernes qui ornent son visage, et pourtant, il a un trou. Il n’est plus sûr de la date exacte à laquelle l’architecte dont il est en train de nous parler a réalisé sa troisième halle de style dans une quelconque ville où aucun d’entre nous n’a jamais mis les pieds. Il bafouille, rougit, hésite… il est bien jeune et ne semble pas vouloir décevoir son auditoire d’officiels en goguette. Aucun d’entre eux ne se soucie de cette date ; il pourrait improviser, faire sans, mais non : il compte bien continuer de réciter naïvement sa leçon comme un écolier fier de connaître sa poésie par cœur. Probablement un de ces bons élèves qui a traversé tout sa scolarité sans une once de sens pratique, mais capable de bachoter comme personne. Quant à l’aisance orale…

"Heu… c’est en… aaaah… heu…"

Il agite les bras et plie les jambes nerveusement d’une manière qui informe l’ensemble de l’auditoire et des passants que son côté efféminé et ultra-maniéré s’amplifie lorsque la panique vient à poindre. L’officiel en tête de la délégation, celui pour qui on a organisé cette petite visite regarde sa montre et toussote. Mais notre guide ne l’entend plus : il est perdu dans les archives de sa mémoire à chercher un dossier mal classé. Le responsable officiel local, tentant de se dépêtrer des sables mouvants dans lequel son guide s’efforce de s’agiter pour enfoncer le groupe un peu plus chaque seconde décide d’embrayer.

"Passons par le parc !" dit-il en indiquant un vaste jardin avoisinant, sur lequel nous venons d’être abreuvé de détails historiques et architecturaux. "C’est un lieu agréable en cette saison : les jeunes viennent s’y détendre et profiter de leur pause repas." Il pose une main sur l’épaule de l’officiel en chef pour l’inviter à le suivre en direction de cet espace de verdure. Notre groupe dépasse le guide, qui semble s’enfoncer un peu plus chaque seconde dans ce qui ressemble à une crise d’autisme entrecoupée de "Ha, mais je le sais !" et de hoquets nerveux. Je presse le pas de peur qu’il ne finisse par sombrer totalement dans la folie et ne tente de poignarder les passants à coup de bic mâchonné.

C'est vrai ça : que deviennent nos fayots une fois sortis de l'école ?

La petite délégation s’engage dans le parc, et c’est notre hôte local qui prend la relève du guide en nous parlant des nombreux travaux que sa commune a engagé pour en arriver à un tel paradis de verdure. Sur les pelouses, à l’ombre d’arbres d’origines variées, de petits groupes de jeunes sont allongés ici ou là et savourent un repas, discutent ou jouent aux cartes. Assis sur le dossier d’un banc, l’un d’entre eux joue un petit air de guitare qui semble enchanter une jeune fille à ses côtés ; ce soir, après le cours de chimie, l’apprenti-musicien lui proposera de l’aider à faire ses devoirs et pourquoi pas de lui montrer comment jouer un morceau ou deux sur sa guitare. Il posera ses mains sur les siennes alors qu’elles tenteront quelques maladroits accords sur le manche en acajou, et lors de ce contact physique supposément pédagogique, leurs regards se croiseront, intenses : là, il lui mettra la guitare sur la gueule et profitera de son inconscience pour se la taper. Ha, les amours adolescentes…

Laissant mon regard s’attarder sur quelques groupes ici ou là, je remarque soudain qu’en réalité, ce parc abrite derrière ses allures douces et romantiques toute une série de guérillas extrémistes en manque de sang, tel que celui qui bat dans les veines du cortège cravaté que mes camarades costumés et moi-même formons : c’est une véritable embuscade. Sur la besace d’un jeune homme, une étoile rouge est brodée : ce dangereux communiste portant le sceau de l’armée rouge est probablement un terrible révolutionnaire pour lequel nous serions des cibles idéales ! Là, c’est une croix gammée qui est taggée sur le bord d’un banc, signal de l’entrée dans un territoire tenu par un groupe néo-nazi qui se fera sûrement un plaisir d’ouvrir le feu sur le communiste précité, nous prenant ainsi dans un tragique et terrible feu croisé ! Là-bas, des vampires se cachent du soleil à l’ombre d’un immense chêne et semblent guetter leurs prochaines proies ; leurs regards semblent indiquer que nous serons de ceux-là… Et ce n’est pas fini, car un personnage en pantalon large traverse le chemin aménagé juste derrière nous, arborant fièrement un écusson anarchiste à l’épaule ; diable ! Et dans cette direction, un cheguevariste… ho un sataniste qui nous fixe et… et elle, brandissant son poing en… ha ! Ho !

Tout devient confus, ma tête me tourne tant chaque nouveau regard semble indiquer un nouveau danger, et pourtant… pourtant, aucun de ces sigles ne veut dire quoi que ce soit. Ils sont tous morts il y a bien longtemps, victimes du temps qui passe et des récupérations diverses.

Une étoile rouge sur le sac ? le jeune homme qui l’affiche fièrement et son voisin portant lui un t-shirt du Che n’ont rien de dangereux communistes révolutionnaires, non. Ce sont deux trous du cul en train de jouer en réseau sur leurs Ipods offerts par papa et maman. Tout comme leurs scooters, siglés d’autres signes tout aussi révolutionnaires, parce que la rébellion il faut la porter sur les vêtements pour faire cool ; la faire dans les actes, c’est un coup à être privé d’argent de poche durant une semaine, alors non… le risque est trop grand. Être un rebelle, ça se mesure à la quantité d’écussons à caractères revendicatifs que tu portes et à la largeur de ton pantalon : plus c’est large, plus tu niques la société, plus c’est slim, plus tu as de chances d’avoir ta carte chez les jeunes UMP. Dans l’immédiat, les seules propriétés privées que ces petits trotskystes iront mettre en commun, ce seront leurs bouteilles de biactol et leurs revues porno. Et une fois cela fait, ils iront demander à maman de broder un sceau de l’armée rouge sur leurs nouveaux jeans pré-troués. Et dire que Lénine portait des costards, pfff, le vieux conservateur rétrograde.

Un révolutionnaire sans baggy ? Le nul.

La croix gammée sur le banc ? Ce n’est même pas un nazi qui l’a faite. D’ailleurs, elle est à l’envers. Ha, combien de spécialistes de la question lors des profanations pour chercher à comprendre pourquoi la croix a été faite à l’envers ? "C’est probablement un symbole de renouveau par rapport à l’ancienne doctrine… un groupe plus dangereux et plus actif…" ; "Non, il s’agirait plutôt d’une volonté de doubler la nuisance du symbole, en le rendant plus étrange encore et plus symbolique d’un refus total de l’ordre établi…" et autres théories pour découvrir qu’en fait, c’est Théo, 11 ans, qui l’a faite avec son copain Hugo parce qu’ils avaient piqué le blanc de Léa en cours de français et qu’ils comptaient bien le vider ; Théo a eu l’idée de faire le sigle qui fait trop trop peur aux gens, la croix machin, là., sur un banc du parc.. zut… dans quel sens elle se fait… Car non, l’idée que cela puisse juste être fait par des cons (petits ou grands) échappe mystérieusement à tous les analystes. Il est vrai qu’on imagine tout à fait les tactiques de propagande de cellules secrètes nazies : "Bon les gars, on va faire notre sigle, mais à l’envers, histoire d’être bien sûr que personne ne pige rien à qui revendique quoi. Et demain, on fera une croix toute simple. Et la semaine prochaine, on remplacera la croix gammée par une tarte aux fraises, ha ha, on est trop diaboliques." ; tremble, monde libre.

Des vampires ? Certes ils sont blancs, vêtus de tenues mystérieuses et pleines de cuir et de couleurs sombres et semblent quelque peu associaux, mais ils ne boivent pas trop de sang. Ni de vin. Ni d’alcool. Mais par contre, ils ne crachent pas sur le Banga (les booms d’adolescents gothiques, ça doit être quelque chose : planter ses fausses canines dans un berlingot de jus de fruit, ça doit faire son petit effet). Ils ont vu Twilight et ont grave kiffé les poésies des skyblogs ou d’autres gens, comme eux, se sont détournés de la société ("Hahaha, ils m’ont rejeté et ne m’invitent pas aux booms car je ne suis pas cool ; je suis différent, je suis… une créature de la nuit… Ils me craindront ! Maintenant, je vais me draper dans ma cape et me mettre au lit, il est déjà 21h.") et ont découvert la voie obscure, celle qui côtoie chaque jour la mort et explique la solitude. Sur l’agenda de l’une d’entre elles, on aperçoit même un pentacle argenté : pour certains, il ne suffit plus de se trouver un petit côté "dark" (sombre, c’est pour les ringards), on peut pourquoi pas se la jouer sataniste (ça fait trop peur !) en portant quantité de crucifix à l’envers (décidément, les croix à l’envers…) ou en claquant son pentacle sur son agenda. Nan parce que c’est vrai, c’est bien pratique un pentacle sur un agenda. Mise en situation :

"Ho non ! 7 au contrôle de maths !
- T’aurais dû réviser au lieu d’écrire ton poème "La mort aime le tang" sur ton skyblog, Adèle-Guenièvre.
- Tais-toi Matthéo ! J’ai tout prévu ; je me saisis de mon agenda et… ô Lucifer, j’en appelle à tes pouvoirs obscurs, viens à mon aide ! Regarde comme je sacrifie avec mes ciseaux à bouts ronds cette règle souple Hello Kitty ! Entends mon appel, seigneur des ténèbres, et apparais en mon pentacle (mais pas trop fort, si le prof me voit encore faire des invocations en cours il va me coller) car j’ai besoin de la moyenne en maths ce trimestre ou papa va me confisquer ma collection de bottines avec lamelles de métal ! Je te propose en échange mon ââââme…"
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On sous-estime trop souvent l’intérêt d’avoir un pentacle portatif. D’où l’agenda. En tout cas, s’ils partagent bien un point avec les créatures de la nuit, c’est leur refus total du soleil : non pas lié à leur bronzage, mais à leur tenue, qui les fait littéralement crever de chaud pour peu qu’ils exposent une once de leurs corps à l’astre céleste.

Journée de la femme : après l'interdiction de la burqa, bientôt celle des gothiques

L’anarchiste ? Une jeune punkette (elle a un bracelet en cuir et une mèche de cheveux colorée de couleur extrêmement vive) discute avec lui en brandissant de temps à autres en l’air son poing, dont ne dépasse de ce dernier que l’index et l’auriculaire dans un geste connu qui fait sourire les supposés vampires voisins : "Rock n’Roll !" dit elle, puisqu’elle sait là que c’est ce que ce signe signifie. Du moins, selon elle : elle l’a vu dans des concerts de Tokio Hotel. Son collègue au célèbre A débordant légèrement d’un cercle brodé à même le t-shirt Calvin Klein reprend le cri avant d’embrayer sur son dernier acte de refus total de la société qui ferait pâlir Bakounine tant il est osé : il a téléchargé un album entier sur internet et a mis tout ça sur son baladeur ! Et nique la loi ! La société vous vole, à bas la société ! Il présente alors sur son Ipod l’ensemble de ses dernières prises de guerre à la jeune fille qui se met alors à glousser en frétillant. C’est son combat à son échelle pour faire s’effondrer les bases du système oppresseur capitaliste : non, il n’a pas fait ça pour avoir de la musique de merde gratos, c’est évidemment un geste de rébellion à caractère revendicatif fort. Ce soir, ensemble, ils feinteront la société en sortant ensemble sans dire à leurs parents s’ils rentreront à 21h30 ou 21h45, pour vivre leur idylle méprisée des bourgeois, puisqu’il y a au moins 7 mois de différence entre eux deux. Personne ne peut comprendre leur amour. Ils sont des rebelles, des fous, qui vivent sans lois se nourrissant désir platonique, d’air pur et de SMS chanmé grave . Ou en tout cas, ce sera le cas jusqu’à leurs 18 ans, merde, vas y, fuck quoi. No future.

Je m’écartais temporairement du groupe pour m’approcher du jeune anarchiste supposé, tout occupé qu’il semblait à allumer son briquet pour le porter à sa bouche. Énervé qu’il était par la résistance que lui opposait l’objet en plastique, il n’entendit pas le bruit produit par mes semelles dans la petite allée qui menait à l’endroit où lui et son amie avaient décidé de s’isoler. C’est donc arrivé à son niveau que je me permis de saisir par surprise du joint qu’il tentait de s’allumer en ajoutant au geste un petit mot gentil comprenant les mots "interdit", "amende", "condamnation" et "viol dans les douches de Fleury-Mérogis". Surpris, trop jeune et pas assez anarchiste, il décida donc de détaler avec son amie en poussant quelques jurons sur ces voleurs de pétards qui ne respectent donc plus rien.

Je m’en retournais vers notre guide qui n’avait pas bougé de sa position et s’agitait désormais dans une succession de petits cris incompréhensibles : je lui mis donc à la bouche l’objet nouvellement confisqué dont je disposais, avant de l’allumer à l’aide d’une longue allumette à cigares.

"Tiens, ça te fera du bien mon garçon."

Il me jeta un regard étonné tout en s’étouffant à moitié avec ce haschisch de mauvaise qualité. J’en profitais donc pour m’éloigner promptement avant qu’il n’aie pu piper mot, et alors que je regagnais le groupe d’officiels au travers des allées du parc, je saisis l’occasion de croiser deux agents de la maréchaussée en VTT pour leur signaler un étrange personnage fumeur de marijuana à l’entrée de ce parc empli d’adolescents influençables. Fier de ce geste citoyen, je réajustai ma cravate Hugo Boss.

Tant qu’à porter des sigles revendicatifs, autant s’habiller chez le tailleur des nazis ; c’est tout de même plus classe.

On a beaucoup parlé cinéma en ces lieux ces derniers temps. Mais on a parlé de films récents, et plus ou moins connus (si, même GI Joe). Mais vraiment, je m’en voudrais de ne pas vous parler d’un film culte à mes yeux :

Flyboys

Comment vous parler de Flyboys ? Chef d’oeuvre ? Pilier du 7e Art ? Orgasme cinématographique ?

Ha, je ne sais comment le formuler. Le mieux, c’est peut-être de vous le raconter. Gare aux spoilers, donc !

Flyboys, c’est "tiré de faits historiques", attention, ça rigole pas. En effet, durant la première guerre mondiale, avant l’entrée en guerre des Etats-Unis, une escadrille de volontaires américains avait été formée pour botter le cul de tout ce qui portait casque à pointe : l’escadrille Lafayette, portant uniforme français. Le film propose donc de suivre le destin de ces jeunes pilotes américains lors de l’année 1917, alors que nos amis teutons folâtrent gaiement dans les cieux du pays du bon pain. Pour des informations plus techniques, sachez que le film date de 2006, doit être vu en VO pour savourer les figurants supposément français, et dure 135 minutes, soit 135 de trop.

La Mafia de Québec est connue pour offrir ce DVD à ses futures victimes
Si on vous offre ce DVD, c’est que l’on vous hait

Bref, tout commence aux Etats-Unis d’Amérique, un pays merveilleux en ce début de XXe siècle, quand Blaine Rawlings, sympathique héros à mèches blondes (un classique à l’époque) vit le drame de sa vie. Oui, lui, le gentil garçon, le bon ami, le facétieux cow-boy voit de vilains banquiers venir lui saisir son ranch. Ha, les canailles, venir ainsi dépouiller un vrai héros des vraies valeurs de la vraie vie, c’est vraiment immonde. Du coup, notre bon héros se dit que merde, qu’est-ce qu’il va bien pouvoir faire pour s’occuper ? De la crapette ? Du squash ? Tiens, et s’il partait pour l’Europe, histoire de devenir pilote de chasse ? Allez, hop, vendu, en avant Guingamp. Et évidemment, si notre bon Blaine s’embarque pour la France, c’est flanqué de toute une horde d’aventuriers qui, comme lui, ont une fâcheuse envie de devenir pilote de chasse : le fils de bonne famille qui tente de redorer son blason auprès de son père, le bellâtre qui veut être un héros et embarque avec lui une photo de sa copine, le black qui veut être respecté parce que ça suffit de discriminer maintenant tas de racistes, et enfin un jeune tout niais et tout fragile qui devait vouloir aller à la Japan Expo mais s’est visiblement planté de RER.

A peine mettent-ils un pied en France qu’ils découvrent ce beau pays, couvert de figurants français. La VO est intéressante car on peut y découvrir tout ce que les Etats-Unis comptent justement de figurants parlant plus ou moins français ; du coup, on entend en bruit de fond du yaourt de Molière histoire de mettre dans l’ambiance. En tout cas, nos vaillants héros sont amenés au super camp de l’escadrille Lafayette où ils sont accueillis par Jean Reno et sa moustache d’époque.

C’est donc parti pour se poser de vraies questions sur la folle épopée qui attend nos vaillants héros :

  • Notre héros est beau, gentil, courageux, et va t-il réussir à briser sa solitude avec la petite française qu’il a croisé en arrivant ?
  • Le fils de bonne famille n’aime pas trop les noirs ; pourtant, vont-ils réussir à se comprendre et à trouver la voie de l’amitié ? Houlala, quel suspens, j’en suis fou.
  • Le bellâtre qui a une photo de bibiche dans son coucou arrivera t-il à surmonter sa peur de la guerre (car il a peur, oui) pour sauver ses amis au moment opportun ?
  • Le jeune gentil et niais qui aurait préféré acheter des DVDs de Naruto mais qui se retrouve là va t-il rester aussi gentil, niais et pourquoi pas vivant ?

Mais ne déflorons pas l’intrigue de suite. Découvrons plutôt les autres personnages qui sont déjà présents sur la base outre Jean Reno, comme par exemple Cassidy, le chef d’escadrille super mystérieux. Alors, quand je dis super mystérieux, c’est parce que le grand hobby de notre homme consiste à se cacher dans toute zone d’ombre affichée à l’écran et à en sortir à un moment choisi pour asséner une lapalissade du genre "La guerre, c’est moche" ou "Attendez d’être en l’air, blancs-becs". Mais des fois, pas de bol, il n’y a pas de coins obscurs où se cacher pour faire ses effets de scène, flûte. Heureusement, Cassidy a appris à compenser en pratiquant quelques savants exercices comme lire un gros livre ("Patapon va aux putes") ou jouer aux échecs tout seul (c’est plus facile) pour se donner un petit côté "baroudeur philosophe".

Cependant, il est de bon conseil, le Cassidy quand même, parce que la guerre, il connait, il en a vu des zincs descendre en flammes, des amis mourir, et toutes sortes de choses. C’est pourquoi il décide de remettre à deux de nos héros (Blaine et le fils de bonne famille,) un revolver chacun. Il leur explique que si leur biplan se fait transformer en réplique d’un vol Rio-Paris, plutôt que de brûler dans leur engin, ils peuvent toujours se tirer une balle, ça les aidera. Les deux larrons disent merci à ce héros des airs pour son aide, et l’affaire est close. A noter que Cassidy n’arme que ces deux andouilles (qui ont remercié Cassidy alors que celui-ci aurait pu leur filer un parachute, disponible à l’époque et un poil plus intéressant), et pas le reste de l’escadrille, ce qui veut dire deux choses :

  • Soit Cassidy emmerde le reste de l’escadrille, ha mais
  • Soit le scénariste a prévu que seuls deux des héros se servent de leurs armes, donc pourquoi en filer aux autres ?

Je ne vous donne pas la réponse, je ne veux pas tuer le suspens insoutenable qui doit vous étreindre en cet endroit du récit. Toujours est-il que c’est parti pour l’entrainement de nos héros, puisque bon, ils n’avaient jamais foutu les pieds dans un avion avant. Et une fois cela fait, alors qu’ils sont prêt à aller bouter toute l’armée prussienne à eux seuls, on leur confie leur première mission : le bombardement d’un entrepôt.

Nos héros apprêtent leurs appareils, vérifient trois fois tous leurs instruments et s’envolent vers la gloire. L’observateur attentif notera par ailleurs que si nos champions ont pensé à tout, aucun d’entre eux ne décolle avec des bombes. Comme si ça servait à quelque chose lors d’une mission de bombardement.

Nonobstant ce détail sans intérêt, nous retrouvons nos fiers guerriers appréciant la douceur de la campagne française qui se dévoile en dessous d’eux, quand soudain, oui soudain, paf : des allemands, planqués entre deux terriers de lapins, décident de faire tirer leurs gros canons, ces farceurs. Nos beaux aviateurs sont tout déroutés par cette manifestation d’hostilité germanique et froncent les sourcils en tentant de ne pas se ramasser un obus perdu. Chose qu’ils réussissent avec brio, les tirs se calment mais…

Chez Midas, pour lachat dun biplan, la troisième aile est gratuite. Et on vous le peint en rouge pour un euro de plus

Blaine découvre avec surprise qu'il y a des promos sur la peinture rouge et les ailes chez Fokker

… ce n’est que pour mieux laisser place à toute une horde de vrombissants allemands volants. Par ailleurs, le réalisateur ayant probablement entendu parler une fois d’un certain Baron Rouge, il a été décidé que tous les avions du pays de la saucisse seraient d’énormes triplans rouge pétard. Le Haut Quartier Général allemand ayant probablement déclaré que les biplans, c’était vraiment un truc de tapettes, alors zou, tous au triplan, et en rouge tuning s’il-vous-plait. En tout cas, la bataille s’engage. Et on ne pige pas grand chose, car comme tous nos pilotes portent un gros casque et des lunettes d’aviateur, on ne les distingue pas toujours les uns des autres. Personnellement, j’ai eu l’impression que le même mec mourrait trois fois. Passons.

De manière générale, nos héros procèdent tous de la même manière : si jamais un germain leur tire dessus, ils se mettent à faire "Ho !" la bouche en cœur avant de chercher d’où les tirs peuvent venir (tout en volant en ligne droite), ou le plus souvent, simplement fermer les yeux en priant très fort genre "Petit Jésus, vite !" ; dès lors, on voit le pilote allemand derrière qui ajuste son tir (avec un sourire sadique, évidemment), et au dernier moment, le teuton en question est évidemment balayé par une rafale d’un pilote allié qui sauve ainsi son copain à la dernière seconde. Retenez bien ce principe, il servira de nombreuses fois tout au long du film.

Mais, il est grand temps de lancer l’intrigue, car oui, intrigue il y a. Au milieu des triplans rouges qui virevoltent, on aperçoit un gros triplan noir, celui du gros et méchant allemand (on l’appellera "Knut"). Knut est donc un gros farceur, un Keiser du Kalembour, comme on dit chez lui.

Or, la bataille tourne mal pour nos vaillants héros, dont la plupart des petits copains commencent à tomber. Parmi eux, le héros gentil, niais et vaguement paumé dont je parlais plus haut s’est pris toute une série de cacahuètes et a réussi à poser son appareil dans un champ un peu plus bas. Une fois au sol il s’est dit "Tiens, si je me mettais à découvert au milieu d’un champ et que je faisais coucou à mes copains qui sont encore en l’air en agitant très fort les bras ?" ; et ce qui fut dit fut fait. Seulement, c’est Knut qui le voit le premier et se dit "Ach, il y a une große andouille qui fait koukou plus bas ; ché fé aller lui mettre une ou deux kartouches chuste pour foir" (je vous l’ai dit, il aime la marrade le bougre) ; et Knut mitraille donc notre pauvre gentillet qui meurt. Pile au moment où Blaine, en pleine bataille, regardait dans la même direction. Il est donc un peu colère, notre cow-boy, et jure de lui coller une branlée au vil Knut le moment venu. Mais hélas, suite à un trop grand nombre de pertes, c’est toute l’escadrille Lafayette qui est rappelée à la maison, sans avoir pu atteindre son objectif (pour lequel ils avaient oublié les bombes, donc dans tous les cas c’eut été un échec).

Rentré à la base, et après moult discussions philosophiques sur "les cieux sont si beaux quand on nous tire pas dessus", on apprend que l’avion de Knut s’appelle le "Faucon Noir" (le Kolibri Kouillu sonnait pourtant mieux). Et comme par hasard, Cassidy, le chef d’escadrille a lui un avion avec un aigle blanc dessus, sobrement baptisé l’"Aigle Blanc" (ha, trouvaille narrative !). Et lui aussi a juré d’abattre le "Faucon Noir" qui a massacré tous ses amis (oui, lui et pas un autre pilote : c’est à supposer que pendant que Knut tire sur tout ce qui vole, les autres allemands font un ballet aérien). De son côté, le bellâtre et la photo de sa copine ont eu si peur qu’ils ne veulent plus faire la guerre, ho non. Remontera t-il dans son avion ?

Halala. Quelle intrigue mes enfants, je me demande si Knut paiera un jour pour ses crimes.

Mais, malgré ce massacre, Blaine se dit que ça fait un petit moment qu’il n’est pas aller courir la gueuse. Il se dit donc qu’il devrait recontacter la petite française qu’il a croisé en arrivant sur la base au début du film. Mais comment ? Le destin (ou le scénariste) réunissant toujours les gens qui s’aiment (dans les mauvais films en tout cas), il met sur le chemin de Blaine tout un tas de personnages soit disant français parlant un anglais parfait (mais un français déjà beaucoup plus limité), et lui indiquent que Lucienne (puisque c’est son nom) n’habite pas bien loin. Blaine décide donc tout naturellement de prendre son avion pour aller la voir (c’est tout à fait logique).

Blaine explique à Lucienne comment il va passer dans ses six heures

Blaine explique à Lucienne comment il va passer dans ses six heures

Ca tombe bien, Lucienne a un champ bien plat juste à côté de sa maison parfait pour garer son biplan, ce qui est toujours pratique quand on a envie de coucher avec toute l’armée de l’air. Elle vit avec son neveu et sa nièce, car en effet, sa petite maison est jumelée avec une autre qui s’est visiblement prise un gros obus sur le coin de la gueule. C’était la maison de son frère et de sa femme, tués dans un bombardement d’artillerie allemand. L’observateur notera cette fois que vu le paysage parfait environnant, le bombardement a dû consister en un seul tir d’un unique obus, qui est tombé pile sur la maison du frangin. Plus efficace que Julien Courbet pour vos problèmes de voisinages : l’armée allemande.

Par ailleurs, le même tir n’a pas retiré une seule tuile du toît de Lucienne, en faisant un nid parfait pour se faire des bisous sans voisins gênants. De retour à la base, personne ne fait remarquer à Blaine qu’utiliser le matériel militaire pour aller conter fleurette, c’était pas terrible. Ha, l’amour.

Mais hélas, la guerre, elle, ne s’arrête pas et appelle nos pilotes pour de nouvelles batailles. Cette fois, nos bons héros se retrouvent à livrer combat au-dessus des tranchées des vulgaires piou-pious. C’est à ce moment précis que l’un des comparses du héros s’écrase dans le No Man’s Land, entre les tranchées des deux camps, au milieu des cratères, ruines et barbelés. Ni une ni deux, notre Blaine favori pose sa bécane au milieu de tout ça (non, les tranchées, cratères, ruines et barbelés ne gênent en rien son atterrissage ) et vole au secours de son ami qui se trouve bêtement prisonnier de son épave, puisque son bras est coincé sous une aile. Et là, attention :

Notre héros doit se débrouiller pour sortir son ami, dont la main est coincée entre un bout d’avion et de la terre fraichement retournée (puisque régulièrement bombardée), le tout au milieu des tirs. Il dispose, comme seul ustensile, d’une pelle, trouvée sur un soldat mort pas loin.

Crois-tu vraiment que Blaine va comprendre que tiens, en creusant 30s sous la main de son copain, il va pouvoir le dégager ? Évidemment que non, il choisit plutôt de s’en servir comme couteau et coupe la main du bonhomme. C’est plus spectaculaire. Plus con, aussi.

Blaine retourne à son avion qui n’a pas bougé (il avait mis l’antivol) et sur lequel personne ne tire, et décolle à fond les ballons (malgré le terrain accidenté une fois encore). Quel homme. Tu m’étonnes que Lucienne en soit folle.

Pendant qu’il s’occupait ainsi, à noter que le fils de bonne famille s’est retrouvé avec un avion allemand aux fesses à faire "Ho non, on me tire dessus, sauve moi petit Jésus !" et a été sauvé in-extremis (original, donc) par le noir de la bande. Incroyable surprise, ils deviennent donc amis et surmontent leurs différences. On ne l’avait pas vu venir.

Dans cette scène, le pilote semble tourner au lieu de prier en volant en ligne droite. Probablement une erreur de script

Une scène incroyable : un pilote allié tourne au lieu de voler tout en droit en priant

Pourtant, de tristes évènements se déroulent au même moment. En effet, au sol, l’armée allemande a décidé d’avancer, et ce droit vers la maison de Lucienne (l’état major a dû décider que s’emparer du cul de Lulu briserait le moral ennemi) avec moult unités dont quelques chars (que les allemands n’avaient pas à l’époque, mais soit). Apprenant cela à son retour à la base, Blaine n’écoutant que son manque de filles courage s’en va retourne promptement à son appareil pour aller tirer de ce mauvais pas Lulu et ses neveux & nièces. Son biplan ne disposant cependant pas d’assez de place sur la banquette arrière, il lui faudra donc deux aller-retour pour mener à bien sa mission humanitaire.

C’est d’autant plus fort que dans le champ où monsieur a ses habitudes, les allemands ont eu l’idée géniale de placer une sentinelle (ils adorent placer un mec en rase-campagne, des fois qu’une taupe surgisse sur leurs arrières). Pourtant, à aucun moment, celle-ci n’entend ni ne voit un avion se poser devant elle en pétaradant. Il faut dire que par un incroyable timing, à chaque fois que l’avion passe, les copains de la sentinelle, occupés à piller la maison de Lucienne font du bruit (en pétant la vaisselle ou en faisant tomber une chaise), ce qui produit évidemment bien plus de son qu’un moteur d’avion, c’est bien logique. Notre sentinelle est donc bien feintée, car ses copains Fritz et Hans font plus de bruit à eux deux dans une maison de paysan qu’un avion de 1917. Dans leur Bavière natale, ils doivent être les cauchemars de leur voisinage.

De retour à la base, Jean Reno et sa moustache sont très désappointés, puisque bon, merde alors, Blaine a encore utilisé le matériel de la glorieuse armée française pour aller voir sa mie, et ça, Jean Reno et sa moustache ne peuvent le tolérer (alors que ça dure depuis un moment, quelle patience). Cependant, en voyant notre bon cow-boy revenir avec des enfants dans les bras, il décide que plutôt de le passer au peloton, il va le décorer. Le résultat sera le même après tout, puisque sa chemise sera trouée dans les deux cas. Bravo.

Lucienne, elle, a aussi eu le droit à un trou dans son chemisier, puisque lors du dernier redécollage, figurez-vous que la sentinelle allemande a repéré qu’elle avait un avion de chasse à 10 mètres d’elle en train de s’envoler. Elle a utilisé son fusil en conséquence et c’est bien évidemment Lucienne qui a pris. Elle est donc à l’infirmerie en attendant. Heureusement, Lucienne ayant probablement du sang de footballeur pour guérir aussi vite de ses blessures, en un coup d’éponge magique et de bombe froide, ainsi qu’après une nuit de sommeil, la revoilà pétant la forme. Même son médecin français semble surpris, c’est dire. D’ailleurs, je soupçonne l’acteur qui joue le médecin d’avoir fait le cours Florent, mais n’épiloguons pas puisque vous êtes fort impatient de connaître la suite, j’en suis certain.

Quelques jours plus tard, après avoir bien discuté avec ce vieux baroudeur de Cassidy (qui considère notre héros comme le fils qu’il n’a jamais eu, comme c’est original), Blaine apprend que l’escadrille doit partir pour une nouvelle mission : un zeppelin germain est en route pour aller larguer des kilos de choucroute sur Paris.  Nos vaillants guerriers s’envolent donc sur leurs monture pour aller empêcher cette oktoberfest sauvage de se dérouler. La bataille s’engage donc avec une horde de triplans rouges escortant l’appareil (avec profusion de tacatac – ho non, d’où viennent les tirs, vite, Jésus à mon aide – Ho, merci de m’avoir sauvé au dernier moment mon copain), quand soudain surgissent… Knut et son Faucon Noir ! Celui-ci attaque Cassidy et son Aigle Blanc, et là où les autres avions tombaient en 10 cartouches, il en faut à peu près 400 à 500 pour avoir raison de Cassidy. Mais plutôt que de mourir gentiment, notre bon vieux baroudeur (qui cherche désespérément un coin d’ombre pour disparaître comme il sait si bien le faire au sol) décide de crasher son appareil contre le zeppelin, ce qui fait crier et pleurer très fort tout le reste de l’escadrille. Devant cet échec, Knut et ses copains décident de rentrer à la maison ; s’ils se dépêchent, ils peuvent même arriver avant l’heure du goûter.

Pas de choucroute pour Paris ce soir !

Pas de choucroute pour Paris ce soir !

A noter qu’un de nos héros a trouvé la mort : le fils de bonne famille s’est, ô, surprise, retrouvé dans son avion en feu et a donc décidé d’utiliser la pétoire qu’on lui avait filé au début du film pour abréger ses souffrances (la guerre, c’est sale). Il respecte ainsi la vieille théorie scénaristique : "Si on te dit où qu’on te donne un truc, ça te servira à un moment ou à un autre du film". Le lecteur attentif se dit alors "Mais alors, il reste un pistolet à Blaine ! Va t-il s’en servir ?" Patience, patience.

Rentrés à la base, nos héros se retrouvent au mess des officiers pour boire des pintes en pensant fort au vieux Cassidy avec les yeux mouillés. Ils philosophent encore un peu "La guerre, c’est vraiment moche" , "La paix, c’est vraiment cool" , "Moi après la guerre j’ouvrirai un bar" et autres tirades que personne ne pouvait prévoir depuis la première minute du film. En hommage à l’ancien chef d’escadrille (alors qu’on s’en fout un peu du fils de bonne famille, lui on l’a déjà oublié, il avait qu’à savoir jouer aux échecs tout seul pour se faire remarquer), l’avion de Blaine est redécoré en Aigle Blanc et il est promu patron de la troupe.

Dès lors, nouvelle et dernière mission : on propose à nos héros de retourner bombarder l’entrepôt qu’ils devaient raser au début du film. Pour s’assurer qu’ils n’oublient pas les bombes cette fois-ci, on leur propose de se contenter d’escorter des bombardiers. En tout cas, sur leur route, ils trouvent à nouveau une quantité improbable de triplans rouges, et une fois encore, il y a du sauvetage in-extremis alors qu’un pilote priait pour une intervention divine. D’ailleurs, alors que cela arrive à Blaine, il est sauvé par… notre bellâtre toujours équipé de la photo de sa copine ! Il s’est probablement dit que comme la fin du film approchait ce serait bien qu’il surmonte sa peur de la guerre pour se rendre utile. Ce qu’il fait donc ainsi.

Enfin, Knut surgit, Blaine l’engage, et hop, voilà le combat final Faucon Noir contre Aigle Blanc. Et le Faucon Noir a le dessus et applique donc sa technique préférée (qu’il a utilisé à moult reprises depuis le début du film) : il mitraille l’avion français, une fois que celui-ci est bien entamé (et se contente mystérieusement de voler en ligne droite), il vient voler à ses côtés, salue le pilote, retourne derrière lui et l’achève. Il tire incroyablement bien ce Knut pour réussir un coup pareil à chaque fois. Sauf que cette fois-ci, alors que Knut vient saluer notre Blaine qui est dans un sale état, ce dernier sort… son revolver ! Hé oui, objet donné, objet utilisé ! Il colle donc un gros pruneau dans l’aryen visage de Knut, et c’est ainsi que s’achève la carrière du Faucon Noir, jour de deuil pour tous les amateurs de kalembours.

D’ailleurs, maintenant que c’est fait, on aperçoit les bombardiers arriver à destination et bombarder l’entrepôt qui aura quand même résisté presque 130 minutes à nos héros. Ces derniers sont donc contents lorsqu’ils reviennent zouker à la base avec Jean Reno (mais pas sa moustache, elle n’est pas très branchée teuf, elle), Blaine se remet de ses blessures (éponge magique – bombe à froid) et tout notre petit monde finit par accomplir ses rêves après la guerre.

FIN.

Diantre ? Mais ? Rendez-moi 135 minutes de ma vie bande de voleurs !

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